Le Bruit des glaçons
Si j'étais un espion

Saga Bertrand Blier

Classement Bertrand Blier de son pire film à son meilleur film


CLASSEMENT BERTRAND BLIER DE SON PIRE FILM À SON MEILLEUR FILM

17) Notre Histoire : Bertrand Blier inaugure ce qui deviendra son nouveau style à partir des années 90. Une mise en scène moins populaire et plus intellectuelle, avec des retours en arrière et des personnages qui racontent leur histoire aux spectateurs. Le début se laisse regarder grâce à la belle performance de Alain Delon, alors que Nathalie Baye a plus de mal pour entrer dans les délires particuliers du cinéma de Blier. Puis le film s'enfonce dans une succession de scènes sans grand intérêt, malgré de très bonnes performances d'acteurs, je pense en particulier à Michel Galabru. Le final est incompréhensible et m'a mis mal à l'aise.

16) Les Acteurs : Centrer un film sur les acteurs, c'est bien. Réunir autant de grands comédiens, de monstres sacrés, sur un même film, c'est encore mieux. Mais le résultat s'avère décevant, trop décousu, faute d'un réel scénario. Le meilleur est pour la fin, avec le moment d'émotion offert par Claude Brasseur et Bertrand Blier lui-même, en conversation téléphonique avec leurs papas respectifs depuis l'au-delà.

15) Merci la vie : OK, Anouk Grinberg est ravissante et bien mise en valeur, mais la mise en scène est irritante, tellement constellée de retours en arrière que l'on finit par ne plus rien comprendre. Voilà qui fait regretter la simplicité et la linéarité exemplaires des scénarios du Blier de la grande époque. Le début du film avait suscité des espoirs, avec l'odyssée amusante des deux amies, et le jeu très au point de Grinberg et de Charlotte Gainsbourg. Mais avec l'intrusion du cinéma, le film se perd dans la confusion et le n'importe quoi, à l'image de ce mélange indigeste entre des histoires de SIDA, de Gestapo et de SS sans queue ni tête. Et pourtant, que de très bons acteurs, Michel Blanc, Jean-Louis Trintignant et Jean Carmet en tête.

14) Un, deux, trois, soleil : Le premier quart-d'heure laisse présager une catastrophe avec ses multiples scènes d'école où l'on ne voit pas où Blier veut en venir. La suite est heureusement de meilleure qualité avec le sens habituel du retournement des valeurs établies représenté par le personnage incarné par le toujours excellentissime Jean-Pierre Marielle, et par instants des dialogues crus et innovants, dans le plus pur style du cinéaste, sans toutefois que l'on atteigne des sommets. En effet, Bertrand Blier a perdu son impertinence, son anticonformisme. J'aurais souhaité qu'il développe une vision originale des problèmes des banlieues, mais il se contente de relayer l'opinion dominante dans les médias et l'intelligentsia.

13) Les Côtelettes : Bien que je n'apprécie guère le style orienté vers la comédie sociale, ce film recèle quelques bons moments, notamment dans sa première partie. Le duo Philippe Noiret-Michel Bouquet s'avère excellent et Blier nous gratifie de trouvailles uniques en son genre, à l'image des digressions sur les excréments. Il est dommage que ces atouts soient gâchés par un final absurde, dans la lignée des délires exagérés de la seconde partie de Calmos.

12) Combien tu m'aimes ? : Quelques années après Mon Homme, Bertrand Blier aborde à nouveau la prostitution, un de ses sujets de prédilection, mais sous un angle plus grave, le jeu de la divine Monica Belluci étant plus orienté vers le drame que celui de l'ingénue Anouk Grinberg. C'est bien cette tonalité dramatique, caractéristique du Blier de seconde partie de carrière, qui empêche ce film d'accéder à la catégorie supérieure.

11) Mon homme : Sans doute le meilleur des trois films avec Anouk Grinberg, égérie du Blier des années 90. La belle est particulièrement sexy et envoûtante dans son rôle de prostituée bien dans sa peau. Gérard Lanvin est étonnant dans sa transformation subite de clochard en maquereau, et le message libertaire délivré par l'auteur très sympathique. On regrettera l'orientation de la seconde partie du scénario vers la comédie sociale douce-amère, genre dans le quel Bertrand Blier se montre généralement moins à l'aise.

10) Le Bruit des glaçons : Un scénario intéressant basé sur la personnification du cancer, et donc typique de l'univers du cinéaste, toujours de bons comédiens, avec un Albert Dupontel désopilant et une surprenante Myriam Boyer, et de jolis moments d'émotion grâce au traitement subtil de ce sujet délicat qu'est le cancer. L'ensemble de ces qualités est un peu gâché par un rythme lent. Si l'on ne s'accroche pas, le film devient vite ennuyeux.

9) Si j'étais un espion : Premier long-métrage de Blier, tourné bien avant les autres, dans les années soixante et dans un style classique, moins iconoclaste que les œuvres qui suivront, Si j'étais un espion ne manque néanmoins pas de qualités avec son univers étrange, à la fois typique des films d'espionnage et un rien différent, son scénario à tiroirs et le formidable Bernard Blier dans le rôle principal.

8) Trop belle pour toi : Bertrand Blier confirme sa prédilection pour les thèmes allant à contresens des valeurs établies. Un scénario solide sur lequel s'épanouissent le génial Gérard Depardieu et les deux actrices remarquables que sont Carole Bouquet et Josiane Balasko, cette dernière se montrant particulièrement en vue dans un rôle femme fatale qui ne paye pas de mine. Et toujours des dialogues au top niveau.

7) Beau-Père : Un sujet sulfureux encore une fois admirablement traité, un Patrick Dewaere égal à lui-même et la jeune Ariel Besse ingénue et rafraîchissante sont les meilleurs atouts de cette œuvre de qualité, malgré un commencement d'évolution du style de Blier qui ne va pas spécialement dans le bon sens, l'excès de personnages racontant leur propre histoire s'avérant vite pesant.

6) Calmos ! : Une première partie du même niveau que les très grands films de Blier, avec un Jean-Pierre Marielle comme toujours excellent, qui arrive à entrer sans états d'âme dans l'univers délirant de Bertrand Blier, et pour ce qui est de délires, on est particulièrement gâtés. Dommage que la seconde partie s'enlise justement dans un excès de délires qui, à la longue, ne sont même plus drôles. Mais la première demi-heure est vraiment à voir et revoir sans se lasser, ode à l'amitié virile, au bonheur de deux amis débarrassés de contingences féminines.

5) La Femme de mon pote : Encore un scénario inspiré et parfaitement linéaire, dans la lignée du Bertrand Blier de la grande époque, et toujours des comédiens exceptionnels. Coluche est hilarant à souhait dans un comique plus fin et recherché que son registre habituel, Isabelle Huppert joue la garce imperturbable mais gentille avec un naturel désarmant, et Thierry Lhermitte se montre digne successeur de Patrick Dewaere, initialement prévu pour le rôle. Encore une fois, on assiste à un festival des dialogues ciselés.

4) Les Valseuses : Faut-il que la filmographie de Bertrand Blier soit riche pour que cette petite merveille ne soit classée que quatrième ! Il est vrai que les numéros trois et quatre sont presque des deux bis tant les trois films de la trilogie se tiennent de près, tous d'une qualité irréprochable. Celui-ci est sans doute celui qui brise le plus de tabous, celui a le plus révolutionné les mœurs et le monde du cinéma, parce que c'est le premier, et parce qu'il incarne tellement bien les valeurs libertaires issues de mai 68. Le cinéaste inaugure ses fameux dialogues à la gouaille bien connue, qui deviendront une de ses marques de fabrique.

3) Tenue de soirée : Michel Blanc, Gérard Depardieu et Miou-Miou offrent un véritable festival, c'est un régal de voir de tels acteurs jouer avec tant de talent et de conviction le bijou de scénario concocté par un Blier au sommet de sa forme. Les dialogues atteignent des sommets inégalés de comique et de truculence, dans le style très rabelaisien qu'affectionne l'auteur. Encore un joli sujet remarquablement traité, avec à l'arrivée une des plus belles réussites cinématographiques françaises des années quatre-vingts, regorgeant de moments irrésistibles d'humour et d'impertinence.

2) Préparez vos mouchoirs : Le duo Depardieu-Dewaere est détonnant, Carole Laure merveilleuse, et la partition que leur offre Bertrand Blier magnifique. L'histoire est à la fois drôle et tendre, le sujet admirablement traité. La voilà la recette des grands films de Blier : un scénario ciselé et des dialogues d'anthologie au service d'acteurs d'exception. Le résultat arrive à surpasser Les Valseuses, qui était déjà un film parfait. On peut donc qualifier Préparez vos mouchoirs de film plus-que-parfait.

1) Buffet Froid : Un film unique, tant au cinéma que dans la carrière de son auteur, un véritable chef-d’œuvre d'humour noir, d'une drôlerie inégalée. C'est ici que Bertrand Blier développe le plus son penchant pour l'absurde, qui peut être diversement apprécié, mais que j'ai toujours trouvé remarquable. Un scénario limpide, logique et génial de simplicité. Des dialogues à faire pâlir de jalousie Michel Audiard. Et des acteurs exceptionnels : le trio principal donne sa pleine mesure et les acteurs de compléments sont au diapason.

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