La Princesse du Rail (1967)

Guide des épisodes

 


PRÉSENTATION

La Princesse du Rail est un feuilleton de 26 épisodes de 13 minutes (existant également sous la forme de 13 épisodes de 26 minutes) qui relate l'épopée du chemin de fer en France.

Cette série a été imaginée par le metteur en scène et vétéran de la télévision Henri Spade durant la guerre de 1939-45. Il fit un voyage en train et traversa le Massif central. Il s'est fait la réflexion: « Ce n'est pas possible que les américains aient fait tant de films sur la conquête du rail et pas nous, de plus les paysages du Massif central, de l'Auvergne et des Cévennes s'y prêtent ».

Il lui faudra 20 ans pour concrétiser son projet. Même si dès 1960, des rails sont posés spécialement sur une ligne appelée « La transcévenole » pour le film, il ne tournera son feuilleton qu'en 1966.

Pour l'occasion, il recrute deux comédiens, Muriel Baptiste et Jacques Santi, dont il parlait encore avec émotion en janvier 2006. Tous deux n'auront qu'un autre rôle célèbre après : Michel Tanguy des Chevaliers du Ciel pour Santi, Marguerite de Bourgogne des Rois Maudits pour Muriel. Tous deux sont décédés encore jeunes et après avoir perdu pied comme comédien.

Henri Spade a écrit sa série avec le cheminot Henri Vincenot (et Juliette Saint Giniez). Le feuilleton fera un triomphe lors de ses deux diffusions, en février mars 1967 et en juillet 1972.

Henri Spade nous a quitté le 12 novembre 2008, un mois après l'édition en DVD de La Princesse du Rail.

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1.ÉPISODE 1



Nous sommes à Langeac, en Allier, sous Napoléon III. Une ligne de chemin de fer est en construction. Antoine Delorme (Jacques Santi), chaudronnier, décide d'y travailler. Il laisse au village sa fiancée Marie (Claude Marcault). Alexandre (Benoît Brione) lorgne sur Marie. Antoine découvre alors que les bateliers, rouliers, postillons, bourreliers, charrons s'opposent à la construction de la ligne, De retour le dimanche à son village, Antoine est fraîchement accueilli par Marie.

Ce premier épisode nous présente Jacques Santi, alors inconnu, arborant une fière moustache. D'emblée, le feuilleton a le rythme et le panache des séries de l'époque. Beaucoup d'action, de la romance, des bagarres.

o Jacques Santi (1939-1988) est devenu célèbre en 1967 avec la diffusion de ce feuilleton en février et celle des Chevaliers du Ciel en septembre où il tenait le rôle du pilote de chasse Michel Tanguy. Il tourna trois saisons des Chevaliers jusqu'en 1970. Un accident de voiture l'éloigna de la profession. Devenu réalisateur au cinéma en 1987 avec Flag, il nous quitta l'année suivante victime d'une tumeur au cerveau.

o Benoît Brione sera plus tard Philippe de Valois dans Les Rois Maudits.

o Parmi les ouvriers du chemin de fer, on retrouve des comédiens de télévision de l'époque: André Valmy, Jean Franval.

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2.ÉPISODE 2

Un ancien colonel d'empire, Vidal, a l'habitude de saboter la ligne de chemin de fer. Antoine demande à se faire engager comme chauffeur de locomotive, et fait la connaissance des mécaniciens Chambon (Armand Mestral) et Carpolino (Dalexy). Antoine sympathise avec un ouvrier, « Le frisé » (Fred Ulysse), qui a une belle cousine, Virginie (Sylvie Bréal), femme de petite vertu. Antoine est confronté au premier sabotage du colonel Vidal. Dans un bar, une jeune femme brune inconnue, qui se révèlera être Annunciata, princesse de Bohême et fille de Vidal (Muriel Baptiste) les espionne et met le feu à la guérite des cheminots. En sabotant une péniche pour se venger, Antoine et Le frisé se mettent hors la loi.

Ce second épisode introduit brièvement le personnage d'Annunciata, qui ne fait ici qu'une fugitive apparition. On ne la voit vraiment que quelques secondes. L'épisode élude ici un aspect dramatique du roman d'Henri Vincenot dans lequel Antoine et Le frisé tuaient un batelier.

o Muriel Baptiste (1943-1995) devint populaire avec le rôle d'Annunciata. Elle ne retrouva un tel succès qu'avec son rôle de Marguerite dans Les Rois Maudits.

o Armand Mestral fit une grande carrière de chansonnier.

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3. ÉPISODE 3

Antoine, poursuivi pour avoir saboté un bateau, est de retour dans son village et retrouve sa fiancée avec laquelle il rompt. Puis il rencontre chez Le frisé Virginie dont il tombe amoureux. Il ne comprend pas, naïf, quelle vie mène en réalité la jeune femme. Antoine commence son apprentissage de la conduite avec Chambon. Les deux hommes se trouvent confrontés à la dureté du chef mécanicien anglais Barnett (Fred Neumann). Des doutes assaillent Antoine sur les activités nocturnes de « garde-malade » de Virginie.

Épisode moins intéressant. On perd beaucoup de temps en scènes sentimentales peu convaincantes. On nous présente l'un des "méchants" de la série, le chef mécanicien anglais. L'épisode n'est pas représentatif du rythme soutenu du feuilleton.

o Dans le bonus du DVD, on retrace la carrière de la comédienne Claude Marcault, qui pourtant a un rôle mineur dans la série. Cette actrice a joué dans la série Les Brigades du Tigre (épisode: Le village maudit).

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4. ÉPISODE 4

Virginie et Antoine ont une romance. Antoine est arrêté pour le sabotage de la péniche. Virginie s'arrange pour le faire libérer, en faisant intervenir un politicien dont elle est la maîtresse.

Après un début passionnant, cet épisode tourne un peu en rond, Henri Spade filme beaucoup de bavardages inutiles et l'action ne progresse pas. L'histoire d'amour entre Virginie et Antoine n'est guère passionnante. Le télespectateur a compris qui est Virginie, et Antoine se fait plus niais qu'il ne l'est.

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5. ÉPISODE 5

Antoine découvre la double vie de Virginie et rompt. Puis Chambon lui confie son premier voyage comme mécanicien aux côtés de Claudius. Ensemble, ils affrontent le colonel Vidal et son aide de camp cosaque, Tiarko, qui prétendaient arrêter leur convoi.

Après un épisode ennuyeux, retour à une action trépidante. Le tour de force du réalisateur est d'avoir rendu crédible cette épopée du rail sans jamais tomber dans le ridicule, malgré la présence de Vidal/Jean Davy qui joue de façon trop appuyée son rôle. Jacques Santi fait ressentir l'émotion de son personnage à l'heure où il mène son premier convoi.

o Hervé Sand (Claudius) fut le héros de la série tirée de Gaston Leroux Chéri Bibi (1974) pour laquelle la production lui demanda de prendre beaucoup de poids. Lorsque le comédien mourut prématurément en 1976, Télé Poche en lui rendant hommage posa la question des effets des prises et pertes de poids sur la santé du comédien.

o Jean Davy (Vidal) joua dans plusieurs séries comme Noëlle aux Quatre Vents (deux saisons 1970 et 1971), La Lumière des Justes (1979) et surtout Chateauvallon (1985) où il était le patriarche Antonin Berg. Il est décédé en 2001.

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6. ÉPISODE 6

Antoine propose à son supérieur de retrouver Vidal et son ordonnance Tiarko (Frank Estange). Il découvre le repaire de l'ennemi, le château de Rochegude. Il y retrouve Annunciata, qui lui révèle ses origines. Il a une vive discussion avec son père. Antoine propose à la Compagnie du chemin de fer de construire un abri pour les chauffeurs sur les locomotives.Chambon présente sa fille Céline (Marie-Claude Mestral) à Antoine. Ce dernier ne tarde pas à retourner à Rochegude où Annunciata s'entraîne au sabre avec son père. Ce dernier parti, elle donne une leçon d'escrime à notre héros. Les deux jeunes gens réalisent que malgré leurs différences, ils sont tombés amoureux.

Après une brève apparition dans le second épisode, Muriel Baptiste s'impose comme l'héroïne de la série, volant la vedette à Jacques Santi. Par opposition à Marie-Claude Mestral, qui interprète une sage jeune fille effacée et soumise, Muriel incarne une rebelle prise entre deux sentiments : l'amour envers son père dont très vite elle va réaliser la folie du combat perdu d'avance contre le progrès, et celui pudique et sincère qu'elle éprouve envers Antoine. Au-delà de ce destin de petite gitane, la série se fonde sur le déchirement qui est le lot des marginaux. Antoine Delorme représente la civilisation et le Colonel Vidal est taxé "d'anarchiste" par l'ingénieur du chemin de fer.

Henri Vincenot, Henri Spade et Juliette Saint Giniez ont écrit une tragédie. Elle commence avec cet épisode et se poursuivra jusqu'aux dernières images. Le réalisateur a su équilibrer les scènes d'action et de sentiments. "La Princesse du rail" dans les cinq premiers épisodes ne laissait pas deviner au téléspectateur vers quel tourbillon on le conduirait. Dans le sixième, toutes les pièces du drame se mettent en place.

o Marie-Claude Mestral est la fille d'Armand Mestral.

o La réalité dépasse souvent la fiction : Muriel Baptiste devint la compagne de Jacques Santi sur ce tournage. Santi demanda aux producteurs d'engager Muriel sur Les Chevaliers du Ciel où elle tint le rôle d'une amie de Laverdure/Christian Marin, Colette. Lors du tournage, elle changea son texte et se fit appeler Muriel.

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7. ÉPISODE 7

Un avocat du chemin de fer tente de convaincre les propriétaires de vendre leurs terres pour la construction de la ligne. Annunciata et Antoine, qui appelle la jeune femme "Princesse", assistent à l'affrontement du colonel avec le représentant de la Compagnie. Ce dernier doit son salut à Antoine qui lui permet de fuir sous le regard passif de la princesse de Bohême. Claudius va se marier, tandis que "Le frisé" (cousin de Virginie) revient travailler au chantier du rail.

Cet épisode nous montre la fraternité qui existait entre les premiers cheminots. Tout en exploitant les magnifiques paysages naturels d'Auvergne qu'il filme sous tous les angles, le réalisateur donne une touche "sociale" à son propos. Il s'attache non seulement à décrire la condition ouvrière des pionniers de la SNCF, mais aussi la misère des paysans (en l'occurence, ici, un propriétaire exproprié par le rail). Les comédiens qui jouent les cheminots donnent à la série une profonde authenticité. La seule ombre au tableau est l'interprétation de Jean Davy qui sur-joue en permanence son rôle d'opposant au rail, lui faisant perdre en crédibilité ce qu'il gagne en comique involontaire.

o Fred Ulysse qui incarne "Le frisé" a fait une longue carrière partagée entre la télévision (Jacquou le Croquant, L'Instit, Avocats et Associés) et le cinéma (Je suis Pierre Rivière, La Lune dans le caniveau, Vidocq -version 2001)

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8. ÉPISODE 8

Annunciata reproche à Antoine d'avoir aidé l'avocat à fuir. Le cheminot retrouve son frère de lait, l'abbé Chantegrelet (Yan Brian). Pendant ce temps, un berger loue un wagon pour transporter ses brebis. Vidal commet un sabotage en incendiant un tunnel que le train emprunte. Par sa dextérité, Antoine accélère son convoi qui traverse les flammes intact. Antoine baptise sa locomotive Crampton "La princesse". Il a rendez-vous avec la jeune femme qui lui révèle que son père a commis un nouveau sabotage : il a déboulonné les rails du train conduit par Chambon. Antoine sauve ce dernier en stoppant le train après avoir emprunté le cheval de sa belle.

Il faut avouer que d'aspect trop juvénile pour le rôle, le comédien Yan Brian peine à nous faire croire à son rôle d'abbé. Nous assistons ici à une scène spectaculaire (le train échappant au mur de flammes). Dans cet épisode, Muriel Baptiste qui n'avait à son actif que trois ans de comédie, étonne à nouveau par la justesse de son jeu. Elle ne peut compter sur sa toilette, portant du début à la fin la même robe de gitane. L'actrice fait passer l'émotion par sa voix et des expressions qu'elle retrouvera plus tard dans Les Rois Maudits. Elle "vit" littéralement son rôle. Jacques Santi, qui ne bénéficiait pas encore du capital sympathie que le public allait lui donner avec le rôle de Michel Tanguy, est parfait dans le rôle. Il évoque ces héros personnifiés par Robert Etcheverry, Michel Le Royer ou André Laurence.

Cet épisode donne une tonalité "western" à la série, voulue par Henri Spade qui rêvait d'égaler les films américains sur le thème de la conquête du rail.

o Yan Brian, qui débutait avec ce rôle de prêtre, fait carrière au cinéma. On l'a revu dans L'Ennemi public n° 1 (2008).

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9. ÉPISODE 9

Marie ex fiancée d'Antoine épouse Alexandre. Annunciata est accusée de trahison par son père, mais Antoine vient la sauver d'une correction. Elle s'enfuit avec lui à cheval. Antoine l'installe confortablement dans une petite maison à l'abri des gendarmes et de son fou de père. Ce dernier continue à inciter les populations rurales à se rebeller contre le chemin de fer. L'ingénieur Barnett jure de retrouver Vidal et ses complices.

Nous passons de la conquête du rail à "Roméo et Juliette". Muriel Baptiste et Jacques Santi jouent tout en pudeur et sans sombrer dans le ridicule un couple romantique pris dans la tourmente. La scène qui montre Claude Marcault et Benoît Brione partir en voyage de noces en chemin de fer ajoute également à la touche sentimentale de l'épisode. Le réalisateur laisse percevoir qu'il ne s'agit là que d'un répit, puisque les drames sont en train de se nouer. Dans la scène de bagarre où Jacques Santi met KO le colonel et le cosaque, nous avons déjà un aperçu du futur Michel Tanguy qui se frottera aux espions de toutes sortes dans Les Chevaliers du Ciel. Fred Neumann, tout en justesse, se révèle le personnage que l'on aimerait haïr. Il aurait pu par sa carrure ressembler à un Hercule Poirot de son époque, mais montre ici le sadisme requis pour obliger Chambon le mécanicien à travailler jusqu'à l'épuisement.

o Il semble que "La Princesse du rail" soit le seul rôle en France de Fred Neumann, comédien de langue anglaise.

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10. ÉPISODE 10

Accablés, les ouvriers du chantier découvrent que Vidal a saboté leur labeur. "Le frisé", en voulant faire exploser un rocher pour la construction de la ligne, trouve la mort. Barnett oblige Antoine après avoir roulé de nuit à reprendre son train. À bord de son convoi se trouve une femme enceinte qui accouchera durant le trajet. Antoine a l'idée de créer un injecteur d'eau pour la locomotive.

Manque de moyens ou d'imagination : la scène d'ouverture de l'épisode montrant des ouvriers en train de piocher sera reprise deux fois par la suite. La mort dramatique du "frisé" ancre la série dans le drame. Jacques Santi quitte sa carapace de héros pour laisser éclater sa douleur à la mort de son fidèle compagnon. L'épisode nous montre aussi les cadences infernales auxquelles étaient soumis les cheminots. Le défi ici constitue à rouler rapidement sans eau suffisante. L'ingénieur Barnett continue son ascension de personnage le plus antipathique de la série. Marie-Claude Mestral, lors de ses fugitives apparitions, fait comprendre au spectateur le moins attentif qu'elle est amoureuse du héros Antoine. Son père Armand Mestral joue les vétérans cheminots débonnaires avec énormément de charisme et exprime par ses regards pleins de malice une profonde humanité, sans doute apprise au music hall lors de ses spectacles de chansonnier.

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11. ÉPISODE 11

Antoine essaie d'apprivoiser Annunciata qui ne jure que par les cartes de tarot et une cuisine "approximative" : elle prépare des hérissons à son amoureux. Le colonel Vidal, arrêté, est transféré en prison en train, mais c'est compter sans Tiarko le cosaque qui attaque le convoi et arrache son chef aux gendarmes. L'abbé Chantegrelet essaie, pour que la morale soit sauve, de convaincre Vidal de laisser Antoine épouser sa fille. Mais il finit par se battre avec le père d'Annunciata et le cosaque.

Encore une scène d'action époustouflante : l'évasion du colonel Vidal. Nous assistons ensuite à de rares scènes de bonheur entre Annunciata et Antoine. Ces scènes sont agrémentées d'humour, le cheminot découvrant avec effarement la cuisine de sa bien aimée (ragoûts de hérisson !). Les résultats ne sont pas plus probants lorsque la gitane s'essaie à préparer des repas plus orthodoxes.

À noter la scène du plus haut comique lorsque l'abbé Chantegrelet demande pardon au Seigneur d'avoir mis KO ses agresseurs. Ainsi que celle de Claudius, marié à une mégère, qui l'oblige à faire la lessive et sécher le tout sur le chaudron de la locomotive. Épisode décidément destiné à nous faire sourire : Barnett laisse éclater sa fureur contre les gendarmes et se voit menacé d'outrage à la maréchaussée.

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12.ÉPISODE 12

Un bal se prépare. Antoine s'y rend avec Annunciata, mais a promis une danse à Céline Chambon. Annunciata est folle de jalousie. Carpolino (Daxely) et Barnett invitent la gitane qui les rabroue, ce qui provoque une bagarre et l'intervention des gendarmes à la recherche de la fille du saboteur, le colonel Vidal. Céline facilite la fuite d'Annunciata par amour pour Antoine.

Nous assistons aux scènes mêlant humour et tendresse entre Muriel Baptiste et Jacques Santi, lorsque Delorme apprend à danser à sa partenaire. Annunciata a son petit caractère et Muriel le restitue à merveille. Pour la première fois, la gitane tutoie son partenaire, on les voit s'embrasser. Muriel Baptiste ne donne cependant là qu'un aperçu de son talent qui excelle dans la tragédie, comme le montrera une scène pourtant anodine au début de l'épisode 23 lorsqu'elle découvre la citadelle de Rochegude déserte. Ici, elle alterne le bonheur (avant le bal), la jalousie, la bouderie (après le bal).

L'épisode se concentre sur le bal délaissant pour une fois les attaques de train. Le spectateur assiste à une nouvelle humiliation de Barnett que son supérieur somme de laisser en paix Delorme.

o Le comédien Daxely interprétait là son dernier rôle après avoir tourné au cinéma dans Manon des Sources, Fortunat et Merlusse.

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13. ÉPISODE 13

Un ministre vient visiter la ligne. Qui va conduire le train? Chambon ou Delorme? Annunciata voit son (sombre) avenir dans les tarots. Delorme refuse d'y croire. Ce sont les derniers moments du couple. Annunciata ne supportera pas que Céline vienne annoncer à Antoine qu'il est choisi pour conduire le train. Annunciata, jalouse, quitte le mécanicien et va rejoindre son père.

Deux comédiennes ici personnifient le bonheur et le malheur : Marie-Claude Mestral les yeux pleins de malice et de naïveté (Son jeu évoque parfois celui d'Odette Joyeux) et Muriel Baptiste (L'expression de son visage découvrant son destin dans les cartes préfigure celles de la fin de Marguerite dans Les Rois Maudits). Les larmes de Muriel lorsqu'elle quitte silencieusement le domicile de l'homme qu'elle aime sont un des grands moments de la série. La comédienne exprime le désespoir avec une pertinence rare.

Cet épisode est le "tournant" de la série : désormais, la série va verser dans le drame absolu et la tragédie pour plusieurs personnages. Henri Spade filme avec justesse chaque plan, l'image en noir et blanc vient magnifier son propos. Le réalisateur nous a fait partager un peu du bonheur de ses personnages pour mieux à présent dérouler un à un chacun des actes de la tragédie.

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14. ÉPISODE 14

Antoine conduit le train du ministre (Max Desrau) et reconnaît à ses côtés la cousine du "frisé", Virginie (Sylvie Bréal). Amères retrouvailles. S'il reçoit les félicitations du ministre, il découvre en rentrant chez lui que la princesse de Bohême l'a quitté.

Il s'agit d'un épisode triste (pas le dernier dans le genre). Antoine ressasse son amertume envers Virginie. Le propos s'attarde aussi sur la condition des chauffeurs, livrés aux vents et intempéries sans abri dans leur cabine. Le ministre qui daigne serrer la main pleine de suie d'Antoine illustre la misère ouvrière de l'époque. Nous avons dans cet épisode un plan vertigineux du convoi franchissant un viaduc. De toute évidence, Henri Spade s'est régalé en filmant ces locomotives de musée arpentant les paysages du Massif central.

o Sylvie Bréal a fait une courte carrière: télévision avec Le Comte Yoster a bien l'honneur, L'Alphoméga, La Duchesse d'Avila, cinéma avec Le Gendarme de Saint Tropez et Solo de Jean Pierre Mocky.

o Max Desrau était une figure familière du petit écran, on l'a vu notamment dans Karatékas and Co.

o Peu de temps après le tournage, les locomotives "Crampton" furent définitivement immobilisées dans le musée du chemin de fer de Mulhouse, devenant trop fragiles pour être manipulées.

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15. ÉPISODE 15

Le colonel Vidal vend tous ses biens pour continuer son combat. Antoine cherche en vain Annunciata dans la montagne, à la tour de Rochegude, il crie son désespoir, elle l'entend mais ne répond pas, se cache en pleurant. Antoine confie son chagrin à l'abbé Chantegrelet. Chambon a un chagrin d'un autre ordre : sa locomotive "La Caroline" va être mise au placard et remplacée. L'ingénieur Barnett lui demande... la main de sa fille Céline.

Cet épisode évoque Manon des Sources lorsqu'Ugolin crie le nom de Manon dans la montagne. Nous assistons à une double performance d'acteurs, Muriel Baptiste et Jacques Santi. Muriel pleure comme elle le fera plus tard dans Maigret aux Assises et Les Rois Maudits, on est moins habitué à voir ce grand gaillard de Santi aussi ébranlé. Il a une scène poignante face à Chambon/Armand Mestral, qui tente de le rassurer. Mestral est également excellent, drapé dans sa dignité lorsqu'il répond au méchant de l'histoire, l'ingénieur anglais Barnett, que sa fille prendra toute seule sa décision de l'épouser ou non.

Marie-Claude Mestral, avec sa fraîcheur, apporte un peu de détente dans l'atmosphère étouffante. Son cri d'horreur quand elle apprend le nom de son prétendant, est un autre grand moment de la série.

Quatre numéros d'acteurs pour un épisode en or.

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16. ÉPISODE 16

Barnett ne croit pas que la locomotive de Chambon manque de pression et veut la tester. Il décide de faire le parcours avec Carpolino. Vidal et Tiarko sabotent le train et la locomotive laisse les voitures en route (sans que Barnett s'en aperçoive). Barnett est réprimandé par l'ingénieur pour avoir oublié les premières classes et le wagon. Céline, déçue de ne pas avoir été demandée en mariage par celui qu'elle croyait, boude Delorme. Vidal a recueilli un postillon ivrogne et voleur (Gérard Dessalles). Il a aussi acheté une diligence pour concurrencer le train. Le sort remet face-à-face Annunciata et Antoine : elle prétend ne pas le connaître. Elle découvre que le postillon a volé son père.

Après la tension de l'épisode précédent, celui-ci multiplie les rebondissements au détriment parfois de la crédibilité. Nous avons une longue scène où le train conduit par Antoine et Claudius tombe en panne, les voyageurs partant dans les champs comme des élèves faisant l'école buissonnière. Cette séquence suit celle où Barnett perd une partie de son convoi en route.

Muriel Baptiste sort du registre dramatique où elle excelle. Le texte à défendre est moins convaincant. Les scènes supposées drôles qui voient la déconfiture du "méchant" Barnett/Fred Neumann, ou l'apparition du postillon que Vidal prend on ne sait pourquoi en affection, tombent à plat. On comprend avec cet opus décevant que le succès de "La Princesse du rail" dépend d'une alchimie délicate entre l'interprétation des comédiens et la qualité du scénario. Ici, Henri Spade et Henri Vincenot tirent à la ligne.

Notons aussi que dans cet épisode, on prend moins de plaisir aux scènes de train qui habituellement nous coupent le souffle.

o Gérard Dessalles continue sa carrière au théâtre. En 2009, il a joué avec Anne Kreiss (Marie de Cressay dans Les Rois Maudits)

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17. ÉPISODE 17

Pour compenser la perte de son argent volé, Vidal veut dérober la paie des ouvriers du chemin de fer. L'ingénieur (Yves Brainville) est ravi du projet d'injecteur que lui soumet Delorme. Le postillon voleur se réfugie chez l'abbé Chantegrelet. Annunciata dérobe la sacoche contenant le salaire du chantier et la rend aussitôt à Antoine.

À nouveau un épisode qui combine action et romantisme. La scène où Muriel Baptiste entend le train et cesse d'écouter les délires de son père nous montre que la gitane a perdu tout son dynamisme et se meut désormais comme un pantin. Son visage et son regard expriment une douleur intense.

L'attaque du chantier par le colonel et le cosaque à cheval (en fait une diversion destinée à permettre à Annunciata de s'introduire dans les bâtiments) assure le côté épique et western de l'épisode. L'équilibre entre les scènes mouvementées et psychologiques est assuré. En multipliant les chevauchées, Henri Spade marque sa volonté de présenter un "far west" auvergnat.

Jacques Santi nous dépeint un héros qui, après un passage à vide, a retrouvé tout son dynamisme.

Le téléspectateur est invité ici à se familiariser avec un autre aspect de la vie quotidienne des mécaniciens et ouvriers du chemin de fer : la paie qui est remise chaque vendredi par un trésorier porteur d'une sacoche.

o Yves Brainville (1914-1993) a joué dans Les Brigades du Tigre. On l'a vu aussi dans Le Jeune Fabre. C'était un second rôle familier du petit écran.

o Muriel Baptiste ne savait pas monter à cheval avant le tournage. Elle dut prendre des cours accélérés, n'étant pas doublée. Elle fit une chute, se blessa à la tête, mais le choc fut amorti par l'épaisse perruque brune qu'elle portait.

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18. ÉPISODE 18

Le colonel Vidal reproche à sa fille sa trahison. Les gendarmes le cherchent. L'abbé Chantegrelet découvre que le postillon a volé Vidal. Antoine restitue à Annunciata l'argent dérobé à son père. La jeune gitane dit au colonel que le postillon n'a rien volé, mais que l'argent était simplement égaré. L'ingénieur apprend à Delorme qu'un inventeur parisien a déposé avant lui le projet d'injecteur.

Retrouvailles de Muriel Baptiste et Jacques Santi. Pas d'échange verbal, uniquement un regard. Armand Mestral fait également passer toute l'émotion que lui procure "l'agonie" de sa locomotive vieillissante par l'expression de son visage.

Les mots dans un cas comme dans l'autre sont superflus.

Nous assistons ensuite à une scène bouleversante : Delorme comprenant qu'il a été spolié de son invention part dans les rues sombres en sortant du bureau de son supérieur, et écœuré, déchire ses plans. Le réalisateur a voulu insister sur l'injustice qui régnait à l'époque. Nous sommes au début de la révolution industrielle et un simple chauffeur de locomotive ne peut agir en justice contre un ponte parisien qui, sans aucune vergogne, l'a dépouillé de ses travaux. L'image noir et blanc ajoute à la gravité de la situation. Pas d'action dans cet épisode qui se concentre sur le drame en train de se nouer.

On perçoit une nouvelle facette du caractère d'Antoine lorsqu'il menace le postillon de le tuer sous les yeux de l'abbé, afin d'obtenir les aveux du voleur.

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19. ÉPISODE 19

Chambon a roulé toute la nuit puis la journée et rentre chez lui épuisé. Mais Barnett, voulant se venger, lui demande d'assurer à nouveau le service de nuit. Chambon s'endort aux commandes de sa locomotive et avec Carpolino, percute un autre convoi. Chambon, grièvement blessé, en réchappe mais va passer en jugement. Avec l'aide de l'ingénieur Fabre, Delorme fonde une société de secours mutuels.

À nouveau un épisode dramatique : l'accident d'un cheminot épuisé magistralement incarné par Armand Mestral, poussant ici la chansonnette pour ne pas s'endormir, ce qui est en fait un clin d'œil à sa carrière de chansonnier.

La légèreté du personnage de Fabre vient apporter une touche d'humour (Il multiplie tout au long de la série des citations de Napoléon 1er en soulignant "L'empereur, le vrai", tandis que l'action se déroule sous Napoléon III).

Par manque de moyens et pour épargner les locomotives de musée, l'accident n'est pas filmé.

La scène la plus dramatique de ce segment montre l'affrontement entre le chef ingénieur (Yves Brainville) et Barnett dont les intentions détestables sont mises à jour. Fred Neumann évite la caricature et nous livre un portrait de salaud intégral.

On se rapproche ici d'Émile Zola. Henri Spade nous décrit la misère des mécaniciens responsables devant la justice des accidents provoqués par les cadences infernales qu'on leur impose. Si La Princesse du Rail est si chère au cœur de nombreux cheminots encore aujourd'hui malgré le manque de rediffusions, on le doit sans doute à cet aspect de l'intrigue.

o Ce fut le dernier rôle du vétéran Lucien Baroux (1888-1968). Sa carrière, commencée en 1924, se déroula essentiellement au cinéma (Les Mystères de Paris, Le Diable et les Dix Commandements).

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20. ÉPISODE 20

Chambon et Carpolino sont interrogés par le juge pour s'être endormis aux commandes. Antoine incite ses compagnons à se rebeller face à l'injustice. Le colonel Vidal se réjouit du procès à venir. Claudius se laisse dominer par son épouse Clarisse (Nicole Guéden). Les accusés sont acquittés. L'épisode se termine par une tournée générale dans un café. Malgré son ignominie, Barnett demande à Antoine d'intercéder auprès de Chambon pour qu'il lui accorde la main de sa fille ! Antoine finalement se décide à faire comprendre à Chambon qu'il est lui-même épris de Céline.

Dans ce contexte dramatique, le comédien Daxely (Carpolino) tente d'apporter une touche d'humour avec sa maladresse lors du procès, tandis qu'Armand Mestral joue dans un registre plus grave.

Jacques Santi emprunte les habits de Lantier dans Germinal. Il est convaincant à souhait dans cet emploi.

Muriel Baptiste lors des scènes qui la confrontent à Jean Davy est moins persuasive que d'habitude, à la fois en raison du jeu caricatural de Davy et des exigences du scénario qui nous proposent une Annunciata fort passive.

Le réalisateur demande au comédien Fred Neumann le tour de force consistant à gommer son côté répugnant pour en faire un homme plus bête que méchant, qui se laisse piéger par l'alcool local ("le ratafia") et veut faire oublier sa responsabilité dans l'inculpation de Chambon. Dur labeur car le téléspectateur a appris à le détester. Pourtant, à compter de cet épisode, Neumann réussira à humaniser son personnage en le rendant moins antipathique et un peu ridicule.

o Nicole Guéden est née en 1944. Elle n'a pas connu d'éclipse dans une longue carrière qui se partage entre le cinéma (Mon petit doigt m'a dit) et la télévision (Fargas avec Guy Marchand, Section de Recherches).

o En Janvier 2006, interviewé au sujet du tournage, Henri Spade m'a précisé avoir eu beaucoup de mal à diriger Muriel Baptiste. Lors d'une prise, elle n'admit pas d'avoir à patienter et quitta le plateau pour faire une balade de quatre heures à cheval, alors que les caméras et les techniciens l'attendaient pour filmer !

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21. ÉPISODE 21

Céline et Antoine se rencontrent à l'improviste, et le mécanicien offre à la jeune femme de monter à bord de sa locomotive, "La princesse". L'ingénieur ordonne à Antoine d'aller remorquer un train qui a déraillé sans que Céline (qui s'est cachée) puisse descendre ! Barnett, ivre de "ratafia", les attend à bord du train en panne et découvre la présence du passager clandestin. Une bagarre éclate à bord de la locomotive.

Un épisode qui commence dans la légèreté et manque finir dans le drame. On part d'une situation comique (Céline coincée sous une bâche sur la Crampton), avec un fonds romantique (Les fiançailles de Céline et Antoine avouons-le un peu trop précipitées au détriment de la crédibilité de l'histoire) et tout bascule dans le suspense et la tension. Lors de la bagarre, Barnett a jeté hors du train Claudius, et tente d'en faire de même avec Céline.

On poursuit dans la rédemption du méchant qui, dégrisé, s'avère tout penaud et prêt à tout pour se racheter. Barnett se voit même obligé d'assister Delorme en tant que chauffeur ! La fin de l'épisode où Antoine sali par le charbon vient demander la main de Céline à ses parents nous arrache même un sourire.

Henri Spade nous propose de superbes vues du train surplombant les gorges et traversant des viaducs.

o Marie Margey, née en 1922, incarne l'épouse de Chambon dont le prénom n'est jamais mentionné. Elle a une longue carrière de comédienne à son actif, jusqu'en 2009 avec La Première Étoile. Elle a joué dans de nombreuses séries télévisées comme Ardéchois Cœur Fidèle et L'île aux Trente Cercueils.

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22. ÉPISODE 22

On prépare le mariage de Céline et d'Antoine. Céline et sa mère s'occupent du trousseau. Une collecte est organisée pour le cadeau de noces. Barnett n'est pas invité. Il en fait une maladie. Vidal et Tiarko récupèrent le postillon. Vidal indique à Annunciata qu'elle doit le considérer comme son frère. Magnanime, Antoine invite Barnett à la noce. Le postillon tente de violer Annunciata qui l'assomme. Elle décide de quitter son père pour rejoindre Antoine qu'elle découvre en plein repas de noces !

Le drame est en train de se nouer, commençant par le pathétique combat du colonel Vidal. Il ne fait plus rire personne, tel un Don Quichotte perdu dans sa folie, qui ne comprend pas le malheur qu'il a semé alentour.

Muriel Baptiste a retrouvé sa verve et chacune de ses scènes est un morceau d'anthologie. En grande tragédienne, Muriel prend à bras-le-corps ce personnage qui va être broyé par le destin. C'est au cœur d'un lieu festif, un mariage heureux, que son personnage éclate en mille morceaux. La douleur sur son visage à la révélation de son amour définitivement brisé évoque son jeu quelques années plus tard dans la forteresse des Rois Maudits. "Le malheur des uns fait le bonheur des autres", celui de Céline et Antoine plonge Annunciata dans le désarroi extrême.

Sans en faire trop, la comédienne montre étape par étape les ravages du chagrin. Lorsqu'elle repart vers la montagne avec son cheval, elle exprime tout le désespoir du monde. Bien qu'elle ait souvent déclaré aimer rire et faire rire, c'est dans des rôles tragiques comme celui d'Annunciata que Muriel Baptiste montrait l'étendue de son talent. On peut comparer sa façon d'incarner le personnage à celle de Patrick Dewaere dans Hôtel des Amériques. De fait, Muriel Baptiste dans cet épisode éclipse toute la distribution. La rédemption de Barnett, la stupidité de Vidal, la félicité de Céline et Antoine étaient autant de moments savoureux à interpréter pour les autres comédiens. Muriel a trouvé le ton juste pour concentrer toute l'attention sur le sort de son seul personnage.

o En 1977, en donnant sa toute dernière interview, Muriel Baptiste déclarera au journaliste Christian José Gonzales de Télémagazine avoir évité l'écueil où s'échouent bien des acteurs de feuilleton dont le personnage éclipse complètement la carrière : "J'ai joué des personnages qui étaient réels, dans lesquels les gens pouvaient se reconnaître; le rôle d'Annunciata dans La Princesse du Rail aurait peut-être pu me marquer, mais j'ai eu la chance de mourir à la fin du feuilleton". Elle expliquait cela avec un sourire au journaliste.

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23. ÉPISODE 23

Choquée d'être arrivée en pleines noces de l'homme qu'elle aime, Annunciata cherche son père dans la citadelle de Rochegude déserte. Elle erre tel un fantôme le long des couloirs, arpente les escaliers. Claudius la rencontre, elle ne semble pas le voir. Barnett fait ses adieux à Delorme et retourne en Angleterre. Antoine se rend auprès de l'abbé, s'inquiétant du sort d'Annunciata sur laquelle l'homme d'église tente de veiller.

L'épisode débute par des images de profonde désolation. Annunciata arpente la citadelle de Rochegude où tant de cris retentissaient il y a encore peu et ont laissé place au vent et au silence. Cette scène met mal à l'aise. La musique ajoute au climat dramatique, le visage triste et grave de Muriel Baptiste l'illustre à chaque plan. L'ambiance est totalement lugubre. C'est le moment le plus tragique de la série, bien plus que la scène du suicide dans le 25eme épisode. Nous avons tous un jour parcouru un endroit désert et abandonné jadis connu et peuplé de personnes que nous aimions. C'est ce qu'a filmé Henri Spade.

Tout l'univers de la bohémienne est brisé, au milieu de ces pierres sans âme qui furent autrefois un château. Muriel Baptiste joue là sa dernière grande scène, avec une gravité dont l'intensité nous surprend. Pas d'action donc dans cet opus mais le portrait d'une femme brisée. Une ultime scène oppose la gitane à son père. La comédienne sort de sa léthargie pour sombrer dans l'hystérie, couvrant ses oreilles de ses mains avant de s'enfuir.

En comparaison, la sortie de scène de Barnett/Fred Neumann passe presque inaperçue.

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24. ÉPISODE 24

Chambon va inaugurer la ligne effectuant la jonction avec le tronçon qui vient de Langogne. Une nouvelle plus importante l'attend chez lui : il va être grand-père ! Clarisse l'annonce malicieusement à Annunciata. Vidal et Tiarko préparent un trajet gratuit en diligence pour concurrencer le train le jour de l'inauguration de la nouvelle ligne.

Peu d'action et beaucoup de bavardages dans cet épisode. L'intrigue tourne essentiellement autour de la grossesse de Céline, cause légitime de joie pour les Delorme, et qui aggrave encore la détresse de la gitane. Armand Mestral tire son épingle du jeu dans cet épisode avec ses mimiques et sa surprise. Jean Davy essaie de dépeindre un vieux fou pathétique dans son dernier combat. La scène de dispute conjugale entre Claudius et Clarisse a été faite pour détendre un peu l'atmosphère. Hervé Sand et Nicole Guéden semblent s'amuser malgré un scénario qui les oppose.

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25. ÉPISODE 25

Le jour de l'inauguration de la ligne est arrivé. Vidal et Tiarko pour prendre de vitesse le train, mettent hors d'état de nuire plusieurs cheminots chargés de faire la signalisation. Annunciata s'approche des rails et devant l'assistance présente court au devant du train et trouve la mort. Malgré le drame, le train a gagné.

Action et émotion dans l'épisode. Les conducteurs passent leur temps à délivrer leurs camarades cheminots chargés de faire la signalisation et ficelés et assommés par Vidal. La musique est un peu trop omniprésente et en arrive même à casser les oreilles. La scène du suicide est jouée avec sobriété, le réalisateur a choisi de ne pas s'appesantir sur le drame et filme moult viaducs et traversées vertigineuses du convoi à travers la montagne.

o La scène du suicide n'a pas été filmée telle que prévue. Henri Spade avait demandé à Muriel Baptiste de se coucher sur la voie et de s'écarter lorsque la locomotive était à deux mètres d'elle. Cela s'avéra trop dangereux. À l'écran, l'actrice se contente de courir au devant de la machine.

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26. ÉPISODE 26

Chambon prend sa retraite. Un jeune charron (Bernard Rousselet) demande à devenir mécanicien, comme autrefois Antoine. Vidal avoue sa défaite et remet à Delorme le bijou d'Annunciata. Céline donne le jour à un fils. Nous faisons ensuite un saut dans le temps en 1966 : l'arrière-arrière-petit-fils (et petite-fille) d'Antoine sont là pour accueillir Henri Vincenot, journaliste de "La Vie du rail". Le descendant d'Antoine est conducteur d'une locomotive. Ni lui ni sa sœur ne sont capables d'expliquer pourquoi la "Crampton" de leur aïeul s'appelait "La princesse". Vincenot demande quel est l'origine du bijou que porte au cou la descendante de Céline : elle l'ignore et répond : "C'est un bijou de famille".

Henri Spade termine la série sur une note dramatique en filmant en gros plan le bijou d'Annunciata, dernière image avant un générique qui nous permet d'arpenter une fois de plus les lignes auvergnates et cévenoles. Le fantôme de la princesse de Bohême plane sur l'épisode. Le scénario par l'évocation du nom de "Princesse" dont on a oublié l'origine, et cet anonyme bijou, insiste davantage sur le personnage joué par Muriel Baptiste que dans l'épisode précédent alors que la comédienne n'est plus à l'image. Au lieu d'un happy end, nous avons une autre scène émouvante entre Jean Davy et Jacques Santi, lorsque le colonel donne les effets personnels de sa fille à Antoine. C'est sur cette atmosphère triste que se clôt la série.

Le procédé qui consiste à faire interpréter à Marie-Claude Mestral et Jacques Santi les descendants de Céline et Antoine est peu crédible. Leurs prénoms ne sont pas cités. Il est mentionné que la locomotive Crampton "Princesse" est exposée pour le centenaire de la ligne, mais le nouveau Delorme sans prénom précise bien à Vincenot qu'il s'agissait de son arrière-arrière-grand-père. Cinq générations donc en cent ans ?

o Henri Vincenot, écrivain cheminot et co-auteur de la série, tient ici son propre rôle.

o La locomotive moderne montrée est une motrice diesel type CC, modèle très courant en 1966.

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Crédits photo : Koba Film.

Images capturées par Patrick Sansano.