Les ValseusesPréparez vos mouchoirs

Saga Bertrand Blier

Calmos (1976)


CALMOS

classe 4

Résumé :

Deux hommes excédés par les exigences de leurs épouses décident sur un coup de tête de s'installer ensemble à la campagne pour y mener une vie tranquille. Retrouvés par leurs conjointes, ils s'échappent à nouveau et lancent un mouvement de « résistance » contre l'oppression féminine, dont le quartier général se situe sur le plateau du Larzac.

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Critique :

Bertrand Blier se montre ici précurseur en s'attaquant aux excès du féminisme. Comme souvent, il se délecte de prendre à contre-pied les valeurs établies. Généralement, ce sont plutôt les hommes qui sont réputés pour leur obsession sexuelle, et les femmes qui s'en plaignent. Ici, ce sont les femmes qui jouent les obsédées, et les mâles qui cherchent désespérément à échapper à leurs ardeurs.

Paul et Albert, eux, ne pensent qu'à manger et à se prélasser, trop heureux dans leur exil bourguignon d'échapper aux corvées journalières imposées par la gent féminine, et en particulier au devoir conjugal. Ils ne se lavent plus les dents et espèrent avoir de belles caries, ils mangent sans retenue les plats les plus lourds pour faire monter leur taux de cholestérol, ils se lèvent même en pleine nuit pour se remplir l'estomac.

Il faut dire que la situation sociale de nos deux exilés a favorisé ce rejet du sexe dit faible. Paul Dufour (Jean-Pierre Marielle) est gynécologue, et las de voir tous les jours des sexes féminins.  Quant à Albert (Jean Rochefort), il a toujours vécu de ses charmes et cela lui est devenu pénible.

Le meilleur du film est incontestablement la première demi-heure, qui dépeint la vie tranquille de Paul et Albert à la campagne, un hommage à l'amitié virile, à la simplicité de la vie entre hommes, enfin débarrassés des contraintes sociales.

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Ils sont rejoints par le curé du village et un de ses congénères, eux aussi amateurs de bonne chère, oubliant sans doute que la gourmandise est un des sept péchés capitaux...

C'est cette partie qui fournit l'essentiel des dialogues les plus mémorables, et l'on sait que les dialogues sont très importants dans les films de Bertrand Blier.

La partie centrale, qui dépeint l'exode sur le plateau du Larzac, comporte encore de bons moments, grâce à l'excellent Claude Piéplu, venu ravitailler les « Maquisards » de la « colonne Dufour » et leur donner des nouvelles des autres maquis.

Hélas ! La Résistance est un échec, la faute aux forces armées féminines, supérieures en nombre et mieux équipées. Nos deux leaders sont traqués et capturés par une troupe de soldats du beau sexe en tenue de treillis. Ces séquences coïncident avec un délitement certain. La scène du char n'est pas très drôle et les rodomontades de Dora Doll et de sa bande de soudards féminins deviennent vite lassantes.

Nos deux résistants se retrouvent attachés et drogués afin de parvenir à des performances sexuelles hors normes, histoire de satisfaire une armée de femmes en manque. Le défilé des donzelles avec le coup de tampon « a baisé » après les deux minutes réglementaires accordés à chacune est assez plaisant.

Quant au final surréaliste, qui confine même à la science-fiction, il peut être apprécié de différentes façons, mais on ne peut nier son côté original.

La qualité de l'interprétation doit être soulignée. Le duo Marielle-Rochefort, dont la complicité de copains de longue date transparaît à l'écran, se délecte des répliques croustillantes concoctées par Bertrand Blier. Au fur et à mesure de la progression du film dans le délire, il semble tout de même que Jean Rochefort ait plus de mal à se montrer convaincu, et on se prend à imaginer ce qu'un monstre sacré comme Depardieu aurait pu faire dans ce rôle de gigolo sur le retour.

Du côté des seconds rôles, Bernard Blier est formidable en curé de campagne, tout comme Claude Piéplu en passant épris de liberté devenu ravitailleur de maquisards pendant la guerre civile. Brigitte Fossey accomplit une grande performance en épouse nymphomane, bien secondée par Micheline Kahn. Michel Peyrelon et Jacques Rispal sont les premiers maquisards, le second interprétant de façon hilarante un type qui a coupé sa femme en morceaux et la trimballe avec lui dans une valise.

Les comédiens du Splendid commencent à être plus connus, et l'un d'entre eux, Gérard Jugnot pour ne pas le nommer, hérite d'un rôle plus important que dans Les Valseuses. Laissant présager sa future belle carrière, il a tout de suite trouvé le ton juste dans une composition de Français moyen un peu râleur dont il deviendra coutumier. Tel n'est pas le cas de Pierre Bertin, qui en fait beaucoup trop dans le rôle du chanoine, seule fausse note de la distribution.

Bertrand Blier a parfois du mal à terminer ses films, et celui-ci est un parfait exemple. La baisse de régime après un excellent début empêche ce Calmos d'accéder au statut de film culte, tout en demeurant un agréable divertissement.

Anecdotes :

  • La patiente qui se dénude dans le cabinet de gynécologue lors de la première scène du film n'est autre que Claudine Beccarie, une actrice de films pornographiques qui ne tardera pas à quitter ce milieu pour élever des oies en Bretagne.

  • Bertand Blier a l'habitude des lieux et villes imaginaires. Après Angelras dans Les Valseuses, voici Fiancey, le village bourguignon où se réfugient Paul et Albert, et dont on voit le nom à l'entrée de la gare.

  • Ce film marque le début d'une solide réputation de misogyne pour Bertrand Blier.

  • Cette aimable satyre n'a pas le côté sulfureux des Valseuses, ce qui peut expliquer son relatif insuccès (moins d'un million de spectateurs).

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Veronika décide de mourir (Veronika decides to die, 2009, 2)

 

Résumé :

 

A New York, Veronika, jeune femme à qui tout semble se lasse d’une vie qu’elle trouve absurde et ennuyeuse. Un soir elle ingère une dose mortelle de médicaments, mais se réveille dans un étrange institut psychiatrique, dirigé par un médecin non conventionnel. Celui-ci lui apprend que sa tentative de suicide a gravement affaibli son cœur et qu’elle n’a désormais plus que quelques semaines à vivre. Dès lors elle reprend goût à l’existence, tout en se liant à un autre patient, demeuré silencieux depuis des années.

 

Critique :

 

Veronika décide de mourir apparaît comme un film non dépourvu d’éminentes qualités, mais souffrant de grands déséquilibres et d’une approche parfois naïve de la psychologie des personnages. Ainsi le film frappe d’emblée très fort avec la scène inaugurale du suicide entrepris par Veronika, film avec une froideur clinique ajoutant encore à l’horreur profonde de l’entreprise. Mais les causes de ce passage à l’acte ne se voient nullement explicites, hormis un bref préambule très passe partout quant à l’absurdité de l’existence. Or l’on sait bien que les parcours menant au suicide sont toujours intimes, variant d’un individu à l’autre.

 

Ce flou n’est pas seulement dommageable en soi, car pour l’essentiel, le film se consacre à la narration de la renaissance d’une Veronika retrouvant goût à la vie. Mais l’absence du diagnostic des racines profondes du drame entraîne mécaniquement que sa résolution ne peut elle aussi que se cantonner à des clichés. Et de fait les rencontres avec le psychiatre ou les autres patients se résument à quelques poncifs : prendre sur soi pour trouver un sens à sa vie, s’ouvrir au monde, etc. L’ensemble demeure très naïf, avec un vision rose bonbon d’un asile psychiatrique, où les patients tiennent de remarquables discours littéraires et font infailliblement preuve de sagesse. Citons la subtile conclusion du psychiatre : « je pense que la meilleure thérapie contre le suicide est de retrouver goût à la vie ». Pas mieux.

 

Que Veronika s’en sorte en trouvant d’un coup d’un seul le grand amour chez l’un d’entre eux résulte désarmant de mièvrerie, alors que les fêlures profondes menant au suicide sont toujours autrement difficiles à guérir. Il reste aussi dommage que l’unique film de Sarah Michelle Gellar à être mis en scène par une réalisatrice tombe les deux pieds joints dans le cliché assez machiste selon lequel une femme a besoin de vivre en couple pour pleinement s’épanouir. Cela guérit également le muet, deux miracles pour le prix d’un seul. Manifestement, la vie de Veronika attendait ce sauveur pour réellement débuter, peut-être cette idée éculée passe-t-elle mieux dans son substrat littéraire, ici cela semble bien maladroit.

 

D’autres naïvetés sont à pointer comme le stratagème mis au point par le psychiatre, présenté comme un twist à la fin du film, alors que l’on avait immédiatement compris le pot aux roses. De même, alors que Veronika avait dénoncé les « zombies du métro ayant renoncé à leurs rêves », de retour chez elle avec son amoureux tout y est devenu lumineux et souriant. Que la réalité se soit améliorée à l’unisson de son état d’esprit est absurde, il aurait été plus pertinent de la confronter à un réel demeuré tristement banal. Tout le film est de la même eau, avec un déroulement longuet de débats souvent irréalistes et d’un intérêt inégal, jusqu’à une résolution miraculeuse de la crise, au romantisme évoquant la collection Arlequin. On lui reconnaîtra toutefois l’important mérite de n’avoir jamais sombré dans le pathos. 

 

Et pourtant le film ne manque pas d’intérêt. La réalisatrice anglaise Emily Young fait preuve d’un vrai sens de l’image, notamment lors de passages clef telles la tentative de suicide ou la scène onirique se déroulant durant le coma de Veronika (le passage où elle se trouve sur la barque rappellera d’ailleurs Scully dans One Breath aux amateurs des X-Files). Le même soin se voit apporté à la photographie et aux décors. Le film parle toujours agréablement à l’œil jusqu’à parfois courir le risque de la préciosité, mais sans jamais y céder. On apprécie également le grand apport de la musique toujours aussi évocatrice de Murray Gold. Celle-ci a également le bon goût de magnétiquement habiller des scènes muettes sans jamais empiéter sur les dialogues.

 

La distribution se montre de qualité, même si le film, exclusivement centré sur Veronika, réduit souvent les autres rôles à des silhouettes. Le principal atout de Veronika décide de mourir demeure bien la fascinante prestation de Sarah Michelle Gellar, totalement immergée dans le personnage. Veronika, rôle de la maturité, permet de mesurer pleinement le chemin parcouru  par l’actrice durant cette quinzaine de films, depuis la Scream Queen à percutante des débuts. Au sommet de son art l’actrice embrasse pleinement l’humanité, tourmentée puis rayonnante, de Veronika. Elle accomplit l’exploit d’apporter une âme authentique à ce film par ailleurs continuellement superficiel et naïf dans son approche du suicide au féminin.

 

Un magnifique manière de conclure une filmographie où, après les succès initiaux, la superbe et talentueuse actrice aura manifesté la louable  ambition d’opter pour les rôles plus complexes et forts que lui proposait le cinéma indépendant. Inévitablement la qualité des œuvres varie, mais l’ensemble présente un intéressante variété de styles et de thèmes, un parcours à redécouvrir !

 

Anecdotes :

 

Le film est une adaptation d’un best-seller de l’écrivain brésilien Paulo Coelho, publié en 1998.

 

Le roman avait déjà été adapté au cinéma en 2005 au Japon, par Kei Horie.

 

Veronika décide de mourir fut présenté au festival de Cannes, le 16 mai 2009.

 

Veronika décide de mourir, film indépendant, reçut un accueil critique mitigé, mai enthousiaste concernant la prestation de Sarah Michelle Gellar.

 

Le film parvient à sortir en salles dans divers pays, mais connut un échec commercial, rapport 1,3 millions de dollars pour un budget de 9 millions.

 

En France le film est sorti directement en DVD, en mai 2010.

 

Gillian Anderson et  Katherine Fugate avaient vainement tente de produire le film en 2003.

 

Accordant une grande place au piano, la bande son fut très largement l’œuvre du Britannique Murray Gold. Celui-ci est notamment connu pour composer celle de Doctor Who depuis le redémarrage de cette série, en 2005. La réalisatrice anglaise Emily Young avait déjà travaillé avec lui lors de son premier film,  Kiss of Love. en 2003.

 

Le tournage s’est déroulé à New York, de mai juin 2008. L’action s’y déroule, alors que dans le roman elle prenait place à Ljubljana, en Slovénie. La famille de Veronika demeure toutefois slovène.

 

Après ce film la carrière de Sarah Michelle Gellar connut une césure, l’actrice désirant se consacrer à son premier enfant, Charlotte, née le 19 septembre 2009. Deux ans plus tard elle reprend son activité, mais se centre désormais sur la télévision, peut-être déçue par l’accueil réservé à ses films.