Si j'étais un espionCalmos

Saga Bertrand Blier

Les Valseuses (1974)


LES VALSEUSES

classe 4

Résumé :

Les périples de deux petits voyous à la recherche d'argent et de femmes faciles, et leur rencontre avec une jeune fille désespérément frigide.

unechance 7

Critique :

Affaire compliquée que de présenter un film archiconnu, la critique devant fatalement tourner au panégyrique, à l'absence de toutes critiques tellement, même en cherchant bien, je ne trouve aucun défaut à cette œuvre majeure du cinéma français.

Les Valseuses a amené un ton nouveau dans le cinéma français, avec son atmosphère soixante-huitarde, résolument libertaire.

Jean-Claude et Pierrot sont deux jeunes loubards qui vivent de rapines sans penser au lendemain. Ils ont une obsession, c'est de trouver une partenaire sexuelle qui leur conviendrait enfin.

Jean-Claude (Gérard Depardieu) est le chef, c'est toujours lui qui trouve des idées, et Pierrot (Patrick Dewaere) qui le suit. Ils portent les cheveux longs et sont épris de liberté. En les montrant sous un jour sympathique, Blier prend le parti du camp soixante-huitard. Pour preuve, leurs victimes, principalement au début du film, s'avèrent particulièrement antipathiques.

Le coiffeur aisé qui couche avec son employée, profitant sans vergogne de sa position dominatrice de patron, le médecin prêt à mettre ses enfants en danger pour protéger son argent (Michel Peyrelon), et le vigile du supermarché interprété par Marco Perrin représentent la France traditionnelle, petite-bourgeoise et conformiste des années cinquante et soixante, dans laquelle Pierrot et Jean-Claude (et Blier dans les coulisses...) donnent un bon coup de pied, comme dans une fourmilière.

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Le film est certes d'abord destiné à distraire, mais Bertrand Blier ne s'est pas gêné au passage pour donner quelques coups de griffes. Aux Français des cités, toujours prompts à soutenir l'ordre établi en volant au secours du coiffeur, avec des remarques telles que « Tu devrais leur couper les cheveux à ces zoulous ! ». A l'univers carcéral, coupable d'avoir brisé le personnage de Jeanne Pirolle, interprété par Jeanne Moreau, mais aussi dans une moindre mesure de son fils Jacques, ce qui occasionne pas mal de déboires à nos deux compères.

On assiste aussi à une ode à l'amour libre, avec ses scènes et ses dialogues très crus. La vie à trois à la campagne, puis à quatre avec l'arrivée de Pirolle. Les trois hommes se partagent les faveurs de Marie-Ange, selon une formule typique des années 70, espace de liberté sexuelle coincé entre le puritanisme des années cinquante et soixante, et l'apparition du SIDA à partir des années 80. Comme le disent Jean-Claude et Pierrot à Jacques : « Ici, on partage tout. »

L'amour libre, encore un héritage de mai 1968, dont Bertrand Blier ne retient que les aspects positifs. Pourtant, Jean-Claude et Pierrot véhiculent aussi des valeurs, par certains côtés, opposées à celles des soixante-huitards. Le féminisme, ils ne connaissent pas, et leurs aspirations individualistes expurgées de toutes préoccupations altruistes ne sont pas vraiment celles des hippies...

Cependant, le succès (mérité) du film n'est pas dû qu'à sa tonalité libertaire. Tous les ingrédients des grands films de Blier sont présents : personnages hauts-en-couleurs, situations rocambolesques, dialogues savoureux, d'une richesse, d'une truculence vues nulle part ailleurs hormis chez Audiard, et encore un Audiard des meilleurs jours, et bien entendu un ensemble d'acteurs exceptionnels.

Gérard Depardieu et Patrick Dewaere sont plus vrais que nature en petits voyous attachants obsédés par le sexe et l'argent. Depardieu est le leader, toujours prolixe en idées saugrenues que Dewaere suit, bon gré, mal gré, car il lui arrive souvent d'être sceptique au sujet des divagations de son copain.

Depardieu-Jean Claude a le sens de la réplique, avec une kyrielle de bons mots dont le couronnement sera le « A la fraîche, décontracté du gland » tranquillement assené en guise de conclusion. 

Dewaere-Pierrot est hilarant avec sa peur de ne plus pouvoir « fourrer », suite à la balle de revolver qui a éraflé la partie de son anatomie qui a donné son nom au film.

Miou-Miou est épatante dans le rôle de Marie-Ange, notre shampouineuse qui couche aussi facilement qu'elle va acheter le pain, mais qui n'arrive pas à prendre son pied. La tête de Pierrot et Jean-Claude lorsque Marie-Ange le prendra pour la première fois (son pied), avec Pirolle, qui avant elle n'avait jamais eu d'expérience sexuelle !

Plusieurs rôles féminins secondaires sont tenus par des actrices de premier plan. Isabelle Huppert, alors à ses débuts, joue la lycéenne de seize ans en rupture familiale, à qui Jean-Claude et Pierrot vont faire découvrir l'amour physique, sur suggestion de Marie-Ange.

Brigitte Fossey, excellente comme à son habitude, participe à la scène mémorable de l'autorail, où elle donne la tétée à Pierrot, d'abord sous la contrainte, puis avec un plaisir visible.

Et Jeanne Moreau, la merveilleuse Jeanne Moreau, quelle prestation fantastique dans le rôle de Jeanne Pirolle, la malheureuse marquée par ses années de prison, pendant lesquelles ses règles ont disparu. A son crédit, une scène d'amour sensuelle entre elle et nos deux loubards, pour une fois tendres et délicats.

Le dernier quart d'heure scelle le sommet de l'esprit soixante-huitard, avec les parents d'Isabelle Huppert (Christian Alers et Christiane Muller, eux aussi très bons), qui représentent la France traditionnelle, celle avec laquelle leur fille veut rompre, et le final dans la DS, véritable hymne à la liberté et à l'insouciance.

Le film a beau être une comédie, il comporte aussi ses moments tendres, émouvants : Marie-Ange sait aussi donner de la douceur, de la tendresse, d'ailleurs elle répète souvent à ses deux amants qu'elle voudrait qu'on l'embrasse. Les scènes avec Jeanne Moreau sont également sensuelles et émouvantes, notamment lorsqu'elle décide d'en finir en se tirant une balle de revolver entre les cuisses, histoire de saigner à nouveau.

C'est l'art des grands cinéastes que de marier avec harmonie les moments drôles, et même irrésistibles, et les moments d'émotion, où l'on découvre alors derrière les apparences superficielles des personnages une vraie profondeur, voire de la grandeur d'âme.

On comprend donc que Les Valseuses soit devenu un film culte, et un véritable, alors que le terme est trop souvent galvaudé, accolé à tort à n'importe quel nanar qui a fait un joli nombre d'entrées. A un point tel que sa légende et l'héritage qu'il a laissé ont probablement dépassé son succès originel, pourtant phénoménal.

Anecdotes :

  • Il s'agit d'une adaptation par Blier de son propre roman, procédé qu'il renouvellera pour Beau-Père. L'histoire devait se terminer de la même façon dramatique, par la mort des trois héros dans un accident de voiture, mais les distributeurs américains ont exigé une fin différente. On ne peut que se réjouir de ce changement.

  • Le film, après avoir frôlé l'interdiction totale, est dans un premier temps interdit aux moins de 18 ans, et devra évidemment attendre des années avant de passer à la télévision.

  • L'énorme succès commercial contraste avec le précédent film de Blier. Plus de 5 700 000  entrées, soit 75 fois plus que pour « Si j'étais un espion ». La critique est moins unanime, les journaux catholiques et conservateurs n'appréciant pas la « débauche de sexe » (on s'en serait douté...)

  • La musique de Stéphane Grappelli est un délice, bien en harmonie avec la qualité du film. Pourtant, Blier a affirmé qu'elle l'avait déçu.

  • Bertrand Blier avait d'abord pensé à Coluche pour le rôle de Pierrot, mais Dewaere a su le convaincre de le lui attribuer.

  • Selon Blier, Brigitte Fossey aurait été ravie de sa participation, mais celle-ci a affirmé qu'elle en avait gardé un souvenir pénible.

  • On remarque la présence de Thierry Lhermitte et de Gérard Jugnot, qui étaient alors au café-théâtre  Le Splendid et débutaient au cinéma dans de tous petits rôles.

  • La bande-annonce est une parodie des Shadoks, commentée par Claude Piéplu lui-même, avec sa voix inimitable. Ce sera sa seule participation au film puisqu'il ne fait pas partie de la distribution.

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Veronika décide de mourir (Veronika decides to die, 2009, 2)

 

Résumé :

 

A New York, Veronika, jeune femme à qui tout semble se lasse d’une vie qu’elle trouve absurde et ennuyeuse. Un soir elle ingère une dose mortelle de médicaments, mais se réveille dans un étrange institut psychiatrique, dirigé par un médecin non conventionnel. Celui-ci lui apprend que sa tentative de suicide a gravement affaibli son cœur et qu’elle n’a désormais plus que quelques semaines à vivre. Dès lors elle reprend goût à l’existence, tout en se liant à un autre patient, demeuré silencieux depuis des années.

 

Critique :

 

Veronika décide de mourir apparaît comme un film non dépourvu d’éminentes qualités, mais souffrant de grands déséquilibres et d’une approche parfois naïve de la psychologie des personnages. Ainsi le film frappe d’emblée très fort avec la scène inaugurale du suicide entrepris par Veronika, film avec une froideur clinique ajoutant encore à l’horreur profonde de l’entreprise. Mais les causes de ce passage à l’acte ne se voient nullement explicites, hormis un bref préambule très passe partout quant à l’absurdité de l’existence. Or l’on sait bien que les parcours menant au suicide sont toujours intimes, variant d’un individu à l’autre.

 

Ce flou n’est pas seulement dommageable en soi, car pour l’essentiel, le film se consacre à la narration de la renaissance d’une Veronika retrouvant goût à la vie. Mais l’absence du diagnostic des racines profondes du drame entraîne mécaniquement que sa résolution ne peut elle aussi que se cantonner à des clichés. Et de fait les rencontres avec le psychiatre ou les autres patients se résument à quelques poncifs : prendre sur soi pour trouver un sens à sa vie, s’ouvrir au monde, etc. L’ensemble demeure très naïf, avec un vision rose bonbon d’un asile psychiatrique, où les patients tiennent de remarquables discours littéraires et font infailliblement preuve de sagesse. Citons la subtile conclusion du psychiatre : « je pense que la meilleure thérapie contre le suicide est de retrouver goût à la vie ». Pas mieux.

 

Que Veronika s’en sorte en trouvant d’un coup d’un seul le grand amour chez l’un d’entre eux résulte désarmant de mièvrerie, alors que les fêlures profondes menant au suicide sont toujours autrement difficiles à guérir. Il reste aussi dommage que l’unique film de Sarah Michelle Gellar à être mis en scène par une réalisatrice tombe les deux pieds joints dans le cliché assez machiste selon lequel une femme a besoin de vivre en couple pour pleinement s’épanouir. Cela guérit également le muet, deux miracles pour le prix d’un seul. Manifestement, la vie de Veronika attendait ce sauveur pour réellement débuter, peut-être cette idée éculée passe-t-elle mieux dans son substrat littéraire, ici cela semble bien maladroit.

 

D’autres naïvetés sont à pointer comme le stratagème mis au point par le psychiatre, présenté comme un twist à la fin du film, alors que l’on avait immédiatement compris le pot aux roses. De même, alors que Veronika avait dénoncé les « zombies du métro ayant renoncé à leurs rêves », de retour chez elle avec son amoureux tout y est devenu lumineux et souriant. Que la réalité se soit améliorée à l’unisson de son état d’esprit est absurde, il aurait été plus pertinent de la confronter à un réel demeuré tristement banal. Tout le film est de la même eau, avec un déroulement longuet de débats souvent irréalistes et d’un intérêt inégal, jusqu’à une résolution miraculeuse de la crise, au romantisme évoquant la collection Arlequin. On lui reconnaîtra toutefois l’important mérite de n’avoir jamais sombré dans le pathos. 

 

Et pourtant le film ne manque pas d’intérêt. La réalisatrice anglaise Emily Young fait preuve d’un vrai sens de l’image, notamment lors de passages clef telles la tentative de suicide ou la scène onirique se déroulant durant le coma de Veronika (le passage où elle se trouve sur la barque rappellera d’ailleurs Scully dans One Breath aux amateurs des X-Files). Le même soin se voit apporté à la photographie et aux décors. Le film parle toujours agréablement à l’œil jusqu’à parfois courir le risque de la préciosité, mais sans jamais y céder. On apprécie également le grand apport de la musique toujours aussi évocatrice de Murray Gold. Celle-ci a également le bon goût de magnétiquement habiller des scènes muettes sans jamais empiéter sur les dialogues.

 

La distribution se montre de qualité, même si le film, exclusivement centré sur Veronika, réduit souvent les autres rôles à des silhouettes. Le principal atout de Veronika décide de mourir demeure bien la fascinante prestation de Sarah Michelle Gellar, totalement immergée dans le personnage. Veronika, rôle de la maturité, permet de mesurer pleinement le chemin parcouru  par l’actrice durant cette quinzaine de films, depuis la Scream Queen à percutante des débuts. Au sommet de son art l’actrice embrasse pleinement l’humanité, tourmentée puis rayonnante, de Veronika. Elle accomplit l’exploit d’apporter une âme authentique à ce film par ailleurs continuellement superficiel et naïf dans son approche du suicide au féminin.

 

Un magnifique manière de conclure une filmographie où, après les succès initiaux, la superbe et talentueuse actrice aura manifesté la louable  ambition d’opter pour les rôles plus complexes et forts que lui proposait le cinéma indépendant. Inévitablement la qualité des œuvres varie, mais l’ensemble présente un intéressante variété de styles et de thèmes, un parcours à redécouvrir !

 

Anecdotes :

 

Le film est une adaptation d’un best-seller de l’écrivain brésilien Paulo Coelho, publié en 1998.

 

Le roman avait déjà été adapté au cinéma en 2005 au Japon, par Kei Horie.

 

Veronika décide de mourir fut présenté au festival de Cannes, le 16 mai 2009.

 

Veronika décide de mourir, film indépendant, reçut un accueil critique mitigé, mai enthousiaste concernant la prestation de Sarah Michelle Gellar.

 

Le film parvient à sortir en salles dans divers pays, mais connut un échec commercial, rapport 1,3 millions de dollars pour un budget de 9 millions.

 

En France le film est sorti directement en DVD, en mai 2010.

 

Gillian Anderson et  Katherine Fugate avaient vainement tente de produire le film en 2003.

 

Accordant une grande place au piano, la bande son fut très largement l’œuvre du Britannique Murray Gold. Celui-ci est notamment connu pour composer celle de Doctor Who depuis le redémarrage de cette série, en 2005. La réalisatrice anglaise Emily Young avait déjà travaillé avec lui lors de son premier film,  Kiss of Love. en 2003.

 

Le tournage s’est déroulé à New York, de mai juin 2008. L’action s’y déroule, alors que dans le roman elle prenait place à Ljubljana, en Slovénie. La famille de Veronika demeure toutefois slovène.

 

Après ce film la carrière de Sarah Michelle Gellar connut une césure, l’actrice désirant se consacrer à son premier enfant, Charlotte, née le 19 septembre 2009. Deux ans plus tard elle reprend son activité, mais se centre désormais sur la télévision, peut-être déçue par l’accueil réservé à ses films.