Le Bruit des GlaçonsLes Valseuses

Saga Bertrand Blier

Si j'étais un espion (1967)


SI J'ÉTAIS UN ESPION

classe 4

Résumé :

Parce qu'il a eu comme client un espion en fuite, un médecin de quartier est entraîné dans une aventure dangereuse, forcé d'obéir aux ordres d'agents ennemis qui menacent la vie de sa fille s'il refuse de coopérer.

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Critique :

Ce premier long métrage en noir-et-blanc n'est pas caractéristique du style de son auteur. Bertrand Blier n'a pas encore trouvé le style particulier qui fera son succès dans les années 70. Rien que de logique, la marque de fabrique Blier ne pourra s'épanouir que dans le contexte de libération tous azimuts qui suivra les événements de l'année 1968.

Pour autant, cette histoire d'espionnage, bien ancrée dans la France conformiste des années 60, ne manque pas d'attraits.

Au-delà de l'intrigue, typique des histoires d'espions alors en vogue, la particularité du film est de créer un doute au sujet du personnage de Jean Lefèvre, le médecin incarné par Bernard Blier. Au début du film, on a l'impression que Lefèvre est un quidam lambda. Mais sa façon de se défendre, particulièrement maladroite, va semer le doute, et plus le temps passe, plus on en vient à se demander si, au fond, le docteur ne serait pas un espion.

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L'habileté du scénario permet aussi bien à la thèse du brave homme innocent qu'à celle de l'espion machiavélique, de demeurer possibles jusqu'au dénouement. Exemple : le fait que Lefèvre aille consulter un avocat en début de film pour tenter de trouver une explication à ses déboires peut laisser penser qu'il est totalement étranger au monde de l'espionnage.

Mais on peut voir les choses sous un autre angle, et supposer au contraire qu'il s'agit de sa part de l'habileté suprême. Se sachant surveillé, Lefèvre a très bien pu aller chez son avocat pour accréditer aux yeux de ceux qui épient ses moindres mouvements la thèse du paisible médecin de quartier, dépassé par cette étrange aventure. Cette double lecture peut s'appliquer à l'ensemble des scènes du film, et c'est ce qui fait son charme.

Le duel implacable entre Lefèvre et Matras, l'espion chargé de ne pas quitter Lefèvre qu'une semelle, constitue le fil rouge du film et permet de maintenir l'intérêt jusqu'au dénouement. Bernard Blier et Bruno Crémer, époustouflants, prouvent une nouvelle fois l'étendue de leur talent. 

Les deux hommes finissent d'ailleurs par éprouver une sorte de sympathie réciproque, flagrante de la part de Crémer, et confirmée dans le final. Il semble que Matras ait compris qu'en réalité, Lefèvre est un espion exceptionnel, qui joue habilement une partie difficile afin de s'en sortir sans être démasqué tout en protégeant la vie de sa fille, et ceci force son respect, d'où la certaine admiration qu'il semble éprouver pour lui.

Car les scènes finales ne laissent guère de doute. Lefèvre semble envoyer un message à Guérin, par l'intermédiaire de la maîtresse de ce dernier (Suzanne Flon). Et comme par hasard, on retrouve Guérin mort à l'arrivée de Lefèvre et Matras. Matras a alors un commentaire révélateur envers Lefèvre : « Cela vous arrange aussi, non ? ». Pour Matras, il est alors évident que Lefèvre a dû faire assassiner Guérin avant son arrivée, afin de se protéger. Et lorsque Matras ramène la fille de Lefèvre, son attitude semble vouloir dire au sujet du docteur : « C'était difficile, mais tu as réussi. Chapeau, l'artiste ! »

Hormis Bernard Blier et Bruno Crémer, la distribution mêle acteurs confirmés, tels Suzanne Flon et Claude Piéplu, malheureusement sous-employés, et comédiens peu connus pour la plupart transparents, à l'image de Patricia Scott, banale dans le rôle de Sylvie Lefèvre.

Bertrand Blier fait donc de bons débuts mais, probablement en raison de l'insuccès du film, il devra patienter sept ans avant de poursuivre sa carrière de metteur en scène.

Anecdotes :

  • Avec 77000 entrées, le film est un énorme échec commercial, qui faillit faire avorter la carrière de Bertrand Blier dès son départ.

  • La musique est signée Serge Gainsbourg.

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Veronika décide de mourir (Veronika decides to die, 2009, 2)

 

Résumé :

 

A New York, Veronika, jeune femme à qui tout semble se lasse d’une vie qu’elle trouve absurde et ennuyeuse. Un soir elle ingère une dose mortelle de médicaments, mais se réveille dans un étrange institut psychiatrique, dirigé par un médecin non conventionnel. Celui-ci lui apprend que sa tentative de suicide a gravement affaibli son cœur et qu’elle n’a désormais plus que quelques semaines à vivre. Dès lors elle reprend goût à l’existence, tout en se liant à un autre patient, demeuré silencieux depuis des années.

 

Critique :

 

Veronika décide de mourir apparaît comme un film non dépourvu d’éminentes qualités, mais souffrant de grands déséquilibres et d’une approche parfois naïve de la psychologie des personnages. Ainsi le film frappe d’emblée très fort avec la scène inaugurale du suicide entrepris par Veronika, film avec une froideur clinique ajoutant encore à l’horreur profonde de l’entreprise. Mais les causes de ce passage à l’acte ne se voient nullement explicites, hormis un bref préambule très passe partout quant à l’absurdité de l’existence. Or l’on sait bien que les parcours menant au suicide sont toujours intimes, variant d’un individu à l’autre.

 

Ce flou n’est pas seulement dommageable en soi, car pour l’essentiel, le film se consacre à la narration de la renaissance d’une Veronika retrouvant goût à la vie. Mais l’absence du diagnostic des racines profondes du drame entraîne mécaniquement que sa résolution ne peut elle aussi que se cantonner à des clichés. Et de fait les rencontres avec le psychiatre ou les autres patients se résument à quelques poncifs : prendre sur soi pour trouver un sens à sa vie, s’ouvrir au monde, etc. L’ensemble demeure très naïf, avec un vision rose bonbon d’un asile psychiatrique, où les patients tiennent de remarquables discours littéraires et font infailliblement preuve de sagesse. Citons la subtile conclusion du psychiatre : « je pense que la meilleure thérapie contre le suicide est de retrouver goût à la vie ». Pas mieux.

 

Que Veronika s’en sorte en trouvant d’un coup d’un seul le grand amour chez l’un d’entre eux résulte désarmant de mièvrerie, alors que les fêlures profondes menant au suicide sont toujours autrement difficiles à guérir. Il reste aussi dommage que l’unique film de Sarah Michelle Gellar à être mis en scène par une réalisatrice tombe les deux pieds joints dans le cliché assez machiste selon lequel une femme a besoin de vivre en couple pour pleinement s’épanouir. Cela guérit également le muet, deux miracles pour le prix d’un seul. Manifestement, la vie de Veronika attendait ce sauveur pour réellement débuter, peut-être cette idée éculée passe-t-elle mieux dans son substrat littéraire, ici cela semble bien maladroit.

 

D’autres naïvetés sont à pointer comme le stratagème mis au point par le psychiatre, présenté comme un twist à la fin du film, alors que l’on avait immédiatement compris le pot aux roses. De même, alors que Veronika avait dénoncé les « zombies du métro ayant renoncé à leurs rêves », de retour chez elle avec son amoureux tout y est devenu lumineux et souriant. Que la réalité se soit améliorée à l’unisson de son état d’esprit est absurde, il aurait été plus pertinent de la confronter à un réel demeuré tristement banal. Tout le film est de la même eau, avec un déroulement longuet de débats souvent irréalistes et d’un intérêt inégal, jusqu’à une résolution miraculeuse de la crise, au romantisme évoquant la collection Arlequin. On lui reconnaîtra toutefois l’important mérite de n’avoir jamais sombré dans le pathos. 

 

Et pourtant le film ne manque pas d’intérêt. La réalisatrice anglaise Emily Young fait preuve d’un vrai sens de l’image, notamment lors de passages clef telles la tentative de suicide ou la scène onirique se déroulant durant le coma de Veronika (le passage où elle se trouve sur la barque rappellera d’ailleurs Scully dans One Breath aux amateurs des X-Files). Le même soin se voit apporté à la photographie et aux décors. Le film parle toujours agréablement à l’œil jusqu’à parfois courir le risque de la préciosité, mais sans jamais y céder. On apprécie également le grand apport de la musique toujours aussi évocatrice de Murray Gold. Celle-ci a également le bon goût de magnétiquement habiller des scènes muettes sans jamais empiéter sur les dialogues.

 

La distribution se montre de qualité, même si le film, exclusivement centré sur Veronika, réduit souvent les autres rôles à des silhouettes. Le principal atout de Veronika décide de mourir demeure bien la fascinante prestation de Sarah Michelle Gellar, totalement immergée dans le personnage. Veronika, rôle de la maturité, permet de mesurer pleinement le chemin parcouru  par l’actrice durant cette quinzaine de films, depuis la Scream Queen à percutante des débuts. Au sommet de son art l’actrice embrasse pleinement l’humanité, tourmentée puis rayonnante, de Veronika. Elle accomplit l’exploit d’apporter une âme authentique à ce film par ailleurs continuellement superficiel et naïf dans son approche du suicide au féminin.

 

Un magnifique manière de conclure une filmographie où, après les succès initiaux, la superbe et talentueuse actrice aura manifesté la louable  ambition d’opter pour les rôles plus complexes et forts que lui proposait le cinéma indépendant. Inévitablement la qualité des œuvres varie, mais l’ensemble présente un intéressante variété de styles et de thèmes, un parcours à redécouvrir !

 

Anecdotes :

 

Le film est une adaptation d’un best-seller de l’écrivain brésilien Paulo Coelho, publié en 1998.

 

Le roman avait déjà été adapté au cinéma en 2005 au Japon, par Kei Horie.

 

Veronika décide de mourir fut présenté au festival de Cannes, le 16 mai 2009.

 

Veronika décide de mourir, film indépendant, reçut un accueil critique mitigé, mai enthousiaste concernant la prestation de Sarah Michelle Gellar.

 

Le film parvient à sortir en salles dans divers pays, mais connut un échec commercial, rapport 1,3 millions de dollars pour un budget de 9 millions.

 

En France le film est sorti directement en DVD, en mai 2010.

 

Gillian Anderson et  Katherine Fugate avaient vainement tente de produire le film en 2003.

 

Accordant une grande place au piano, la bande son fut très largement l’œuvre du Britannique Murray Gold. Celui-ci est notamment connu pour composer celle de Doctor Who depuis le redémarrage de cette série, en 2005. La réalisatrice anglaise Emily Young avait déjà travaillé avec lui lors de son premier film,  Kiss of Love. en 2003.

 

Le tournage s’est déroulé à New York, de mai juin 2008. L’action s’y déroule, alors que dans le roman elle prenait place à Ljubljana, en Slovénie. La famille de Veronika demeure toutefois slovène.

 

Après ce film la carrière de Sarah Michelle Gellar connut une césure, l’actrice désirant se consacrer à son premier enfant, Charlotte, née le 19 septembre 2009. Deux ans plus tard elle reprend son activité, mais se centre désormais sur la télévision, peut-être déçue par l’accueil réservé à ses films.