Un, deux, trois soleilLes acteurs

Saga Bertrand Blier

Mon homme (1996)


MON HOMME

classe 4

Résumé :

Une prostituée indépendante tombe amoureuse d'un clochard et propose qu'il devienne son souteneur. L'homme hésite, finit par accepter et se prend au jeu, au point de tenter de recruter une deuxième fille.

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Critique :

Bertrand Blier lance un réquisitoire à peine masqué contre les lois liberticides qui entendent régenter non seulement la prostitution, mais bel et bien la vie privée des citoyens.

Marie (Anouk Grinberg) est prostituée par vocation, car elle aime le sexe, les hommes et l'argent. Elle se trouve si heureuse dans cette profession qu'elle fait du prosélytisme, n'hésitant pas au début de l'histoire à proposer à une passante qui la regardait en biais de l'imiter, de vivre de ses charmes elle aussi.

Voilà qui commence mal pour tous les tenants d'une certaine idéologie « bien-pensante », qui veulent à tout prix imposer à tous leur vision monolithique et faussée de la prostituée exploitée et non consentante. Cela existe, évidemment, mais il ne faut pas réduire le commerce du sexe à cela.

Dès lors que Marie tombe amoureuse et propose de subvenir aux besoins de « son homme », les ennuis commencent avec la police. Blier montre les forces de l'ordre sous un jour particulièrement défavorable, les policiers n'hésitant pas à se faire passer pour des clients pour traquer le « maquereau », à l'image du flic incarné par Bernard Le Coq.

C'est bien la preuve que le metteur en scène a choisi son camp, celui de la liberté sexuelle et de la liberté de la prostitution, restant ainsi fidèle aux idéaux de mai 68, là où tant d'autres ont tourné leur veste et sont devenus, souvent par féminisme mal compris, semblables aux pires conservateurs sociaux, ceux qui sont sous l'emprise de la religion et/ou de l'ordre moral.

Il semble que le message du cinéaste soit que, dans toute société épanouie, une femme devrait pouvoir vivre de ses charmes tout en ayant un ami de cœur, sans que l'Etat et sa police ne trouvent à y redire, et donc leur laissent vivre leur vie tranquille, comme tous ceux dont l'activité ne nuit à personne, et ce même si le monsieur est entretenu par la dame.

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Vingt ans après la sortie du film, il est triste de constater que la société a régressé sur ces sujets, les lois pénalisant les clients des prostituées s'ajoutant aux traditionnelles lois contre le «racolage ». Il est même probable que Bertrand Blier ne pourrait carrément plus faire un tel film de nos jours, face aux pressions de toutes sortes, mais aussi au retour à un conformisme de mauvais aloi.

Contrairement à Un, deux, trois, soleil, on a donc ici un Bertrand Blier dans son rôle traditionnel de catalyseur d'une société trop rigide, et c'est généralement dans ce registre qu'il réussit le mieux, mais ce que l'on va regretter, c'est la tournure du scénario après ce bon début.

Les scènes montrant Marie dans l'exercice de sa profession, qui suivaient sa tentative de prosélytisme initiale, étaient attrayantes, ne serait-ce que pas leur aspect érotique poussé. La rencontre avec Jeannot (Gérard Lanvin) était tout aussi captivante, malgré la musique épouvantable qui accompagne la scène où Marie se donne à lui, tout à la fois bien leste dans la grande tradition du metteur en scène, et émouvante.

Mais ensuite, le film se délite pour aboutir à une dernière demi-heure décevante, dans une parfaite illustration de la tendance qu'à Bertrand Blier à avoir du mal à terminer ses films.

OK, j'apprécie le message délivré : Marie vivait un bonheur tranquille avec Jeannot, mais l'irruption intempestive de la police dans sa vie privée et la révélation de la duplicité de « Son Homme » l'ont brisée. C'est une illustration de ce que la société, sous le joug d'une caste qui prétend imposer ses vues rétrogrades, peut en venir à gâcher la vie de n'importe qui n'entendant pas se soumettre à ses codes.

Mais le problème est que ceci déporte le scénario vers le drame beaucoup plus que vers la comédie, et que le savant équilibre entre drame et comédie, indispensable dans toute comédie dramatique qui se respecte, est rompu.

Marie perd sa joie de vivre. Elle n'a plus envie de se prostituer, elle épouse Jean-François (Olivier Martinez), rencontré dans un bar, ceci pour avoir deux enfants de lui et mener une vie « normale ». Le mari est pauvre et chômeur. A force de misère, Marie se résout à reprendre ses activités, mais c'est un échec. Lors de ses belles années, son sourire de femme insouciante et heureuse attirait la clientèle. Désormais, la tristesse de son visage fait fuir le mâle en rut.

Ceci serait encore acceptable, mais d'autres éléments scénaristiques font virer la fin du film au n'importe quoi, entre la sortie de prison surréaliste de Jeannot et l'entretien d'embauche raté de Jean-François.

La sortie de prison est le double inversé de la scène entre Depardieu/Dewaere et Jeanne Moreau dans Les Valseuses. Ici, c'est une femme (Sabine Azéma) qui veut aider et aimer un homme à sa sortie de prison, mais la scène est ahurissante avec les crises d'hystérie de Jeannot, dues à un coucou trop bruyant.

Quant à l'entretien d'embauche, il se situe dans le domaine de la critique sociale. Bernard Fresson est parfait en directeur du personnel inhumain, le message délivré est réaliste et sympathique, mais tout ceci assombrit le climat du film, encore une fois plus dramatique qu'axé sur la comédie.

Pour sa troisième et dernière collaboration avec sa compagne Anouk Grinberg, Bertrand Blier l'a à nouveau magnifiquement mise en valeur, après la demi-déception de Un, deux, trois, soleil. Ainsi, on en arrive au fait que la qualité de l'interprétation est le meilleur atout du film. Le scénario s'enlise, les dialogues n'ont plus tout à fait la même saveur qu'autrefois, malgré quelques beaux restes, mais les comédiens, à commencer par la sublime Anouk Grinberg, sauvent la baraque.

La belle Anouk est aguicheuse à souhait dans ses tenues sexy de courtisane assumée, et la multiplication de scènes sexuelles torrides dans la première partie du film est un régal. Ajoutons sa voix et sa diction de femme-enfant, voire de petite fille, qui renforcent l'attraction irrésistible exercée par cette femme pas ordinaire.

Gérard Lanvin est excellent, aussi bien en clochard qu'en maquereau, et sa subite transformation de l'un à l'autre véritablement savoureuse. Valéria Bruni-Tedeschi se montre très convaincante avec son air timide de femme discrète refusant de se livrer à la prostitution, même par amour pour Jeannot.

Parmi les multiples petits rôles qui pimentent la distribution, signalons Jacques François en vieux client amoureux, Michel Galabru en vieux client impuissant, Jacques Gamblin en jeune client vigoureux, et une apparition formidable de Roger Carel en passant qui donne la leçon à Jean-François sur la façon la plus efficace de se livrer à la mendicité.

Avec un thème intéressant et une telle armada de bons comédiens, le Blier de la grande époque aurait bâti un chef-d’œuvre de comédie distrayante, mais celui de seconde partie de carrière nous sert une comédie douce-amère, avec de réelles qualités, mais qui nous laisse tout de même un peu sur notre faim.

Anecdotes :

  • Anouk Grinberg, enthousiaste au départ, a finalement vécu la multiplication de scènes sexuelles très poussées comme un « viol ». Il semble qu'elle n'ait pris conscience de ce fait qu'en visionnant le film après sa sortie, mais ce vécu négatif a scellé la fin de sa vie commune avec Bertrand Blier, tout comme celle de leur collaboration artistique.

  • Un peu plus de spectateurs que pour Un, deux, trois, soleil, ce qui atteste probablement d'un certain regain de qualité, mais le film n'atteint pas les 500 000 spectateurs.

  • La bande musicale, constituée pour partie de chansons de Barry White, peut être évidemment diversement appréciée, mais elle n'a pas la consistance ni l'attrait de celles des classiques de Bertrand Blier. Et certains chants d'opéra intempestifs arrivent à gâcher des scènes visuellement intéressantes.

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