saison 1 saison 3

CLAIR DE LUNE

SAISON 1

1. Clair de lune (Pilot)

2. Le Duel (Gunfight at the So-So Corral)

3. L'Instinct de meurtre (Read the Mind... See the Movie)

4. Radio assassin (The Next Murder You Hear)

5. Le Train mystère (Next Stop Murder)

6. Règlement de compte (The Murder's in the Mail)

Top 3 épisodes Saison 1

 


1. CLAIR DE LUNE
(PILOT)




Scénario : Glenn Gordon Caron
Réalisation : Robert Butler

Je n’ai absolument rien contre vous, Addison. Je vous hais, c’est tout.

Maddie, on a du mal à imaginer en voyant vos affiches, que vous n’êtes qu’une rombière sans cœur et froide comme une banquise.


Klaus Günther, un brigand, dérobe une montre sur le corps de Jonathan Kaplan dont il a provoqué la mort pour la remettre à son patron. Mais Günther est suivi par un autre gang qui veut s’accaparer ladite montre.
Madelyn Hayes, dite Maddie, se réveille un matin dépossédée de toute sa fortune qu’elle a amassée après une glorieuse carrière de mannequin. Son homme de confiance est en effet parti avec la caisse. Pour éviter la banqueroute totale, elle liquide toutes les agences dont elle est la patronne via ses investissements. Mais lorsqu’elle veut fermer l’agence de détectives Cité des Anges, elle se heurte au dirigeant de la boîte : David Addison Jr. jeune play-boy insolent mais plein de charme qui tente de la fléchir. Après une énième dispute dans un restaurant, ils sont les témoins du meurtre de Klaus qui a cependant le temps de mettre la montre au poignet de Maddie avant d’expirer. Maddie et David plongent ainsi dans un nid d’embrouilles où ils sont poursuivis par les deux gangs à la fois


La série prend un tonique départ avec ce brillant pilote d’une heure et demie qui nous expose tout ce que deviendra la série. La première affaire que devra résoudre le duo de choc n'est ainsi qu'un prétexte pour qu'ils nous fassent un show très allumé. Cette histoire extravagante de montre mystérieuse et de diamants invisibles est certes bien écrite, mais n’est pas la priorité de Glenn Gordon Caron qui a d’ores et déjà décidé que la série serait centrée sur son couple vedette et non sur les enquêtes !
D'entrée, le créateur impose génialement la dualité de leur relation : un mélange amour-haine explosif. Bien entendu, le versant rugueux, aigu, de leur relation instable domine pour notre plus grand plaisir. Pendant 90 minutes, c'est un affrontement sans merci entre ce couple que tout oppose : une rigoriste coincée contre un vantard désinhibé. Certes, le duo-mal-assorti est un classique depuis longtemps (depuis Chapeau melon et bottes de cuir en fait), mais ici, il atteint des hauteurs déjà hallucinantes, déjà inégalées, qui monteront toujours plus haut par la suite. On remarque aussi un futur rituel de la série : Maddie et David qui parlent en même temps, qui se disputent sans écouter l’autre ; ça va devenir une habitude ! En même temps, certaines scènes plus douces entrecoupent les disputes : l'on voit que déjà, une complicité non feinte s’installe malgré eux.

Surtout, et c’est là un beau trait d’adresse : Maddie évolue tout au long du récit, apprenant à apprécier ce pot-de-colle qui la suit partout. Elle délaisse ses airs de diva hautaine au fur et à mesure qu'elle s'immerge dans une réalité bien éloignée de son ancienne bulle de confort. La Maddie de la fin ne sera pas tout à fait la même que celle du début. Cybill Shepherd montre toute l’étendue de son talent en passant par des émotions très variées. On avouera un faible pour ses (nombreuses) crises de fureur hilarantes. Tandis que Bruce Willis donne l’impression d’avoir avalé 10 litres de LSD : il suffit de le voir pour qu’on rit, il suffit de l’entendre pour éclater ! Rares sont les comédiens à imposer un aussi immense potentiel comique, et Willis en faisait clairement partie dans le temps

La série abat d’entrée son 2e atout maître : les dialogues. Clair de Lune marque immédiatement avec ses enchaînements frénétiques de répliques assassines, d’échanges décapants, et d'aphorismes délirants. Le comique de la série passe aussi par des personnages croquignolets. Maddie, David, et Agnès (nous allons en reparler) mis à part, le pilote nous régale d’entrée avec une galerie de fêlés en roue libre : le cuisinier italien qui pète un câble, les méchants caricaturaux, le soupirant ch… à mourir, la veuve éplorée pas éplorée, les policiers pas cools puis très cools, etc. annonçant les futurs adversaires bien cramés du couple d’enquêteurs.

Tout en nous offrant de superbes images de Los Angeles, ville nocturne et animée, l
a réalisation vivace de Robert Butler dynamise considérablement ce pilote, jusqu’à devenir haletante dans le mano a mano final. Car la série sait également se montrer dramatique. Ainsi, cette scène climatique sur une échelle suspendue est d’une tension très forte, qui tranche avec la légèreté ambiante. C’est un moyen pour la série d’éviter le fourre-tout en réalisant certaines scènes plus inquiétantes.
1h30, c’est long, et en effet le pilote n’échappe pas à quelques longueurs. Il se découpe en deux parties parfaitement égales (excellent montage) : la 1re partie est la rencontre David-Maddie. C’est la partie la plus réussie. La 2e est plus tortueuse à cause d’un certain statisme.

L’introduction, où Klaus (frissonnant Dennis Stewart), look de punk typiquement 80's, à qui faut pas baver sur les rouleaux, colle longuement aux basques de Jonathan nous accroche de suite. La démission fracassante - y compris au sens littéral - du cuisinier de Maddie (John Medici, cabot impayable) est le premier indice des directions hallucinatoires que va prendre l'épisode. On commence par Agnès Topisto, la standardiste qui ne parle qu’en vers à ses clients. Ce brillant second rôle apporte immédiatement sa fantaisie pétillante à une série qui pourtant n’est pas en manque ! Ensuite, David apparaît et son charisme explose immédiatement à la figure : ses airs un peu bénêts, son débit ultra-rapide (accrochez-vous si vous regardez en VO), son orgueil démesuré, son assurance clinquante, son charme physique… et surtout son culot d’acier ! Les premiers contacts David-Maddie (dans le bureau, puis dans le restaurant) sont des modèles de comédie étincelante, grâce au contraste entre l'exubérance du premier et les airs glacés de la seconde. Même le meurtre de Klaus ne peut arrêter cette machine infernale, avec les gags franhcement énormes de David qui met les flics dans sa poche, ou celui des caméras de télévision. Par ailleurs, Bruce est magnifique en smoking qu'il arbore avec une élégance Steedienne et Cybill voluptueuse dans sa robe de soirée…

Nouveau dialogue conflictuel entre les deux héros, interrompu quand Simon et son homme de main apparaissent pour « cuisiner » (dans les deux sens du terme !) nos héros. Dennis Lipscomb réussit l’exploit d’être à la fois 1er et 2e degré. Au 1er degré, il est très menaçant, redoutable, parlant lentement et fielleusement. Au 2e, on s’aperçoit qu’il accumule tous les clichés du mafieux grossier. Ce décalage lui donne une aura incroyable. Quant à la bagarre qui s’ensuit, c’est un grand moment d’ironie de voir le futur John McClane, le futur gunman des gros films d’action, se battre comme un manche contre l’homme de main !! Au final, on a droit à une des plus belles crises de nerfs qu’une actrice nous ait jamais donné à la télévision (Je suis calme, je suis CAAAALME !!!).

Disons-le, l’enquête a du mal à démarrer : les scènes chez l’horloger puis chez la veuve sont un peu longues, mais elles sont compensées par les disputes incessantes des héros dans la voiture (encore un futur rituel de la série). Cette baisse de régime reste cependant marquée par quelques morceaux de bravoure (le mort sur la banquette arrière, la veuve gouailleuse, Maddie jetant le téléphone par la fenêtre…). Le tout est parachevé par le duel sous adrénaline au sommet du gratte-ciel. D’ailleurs, elle est prophétique du fait que c’est tout à fait le genre de situation où se fourrera le héros veinard des Die Hard ! On se surprend à penser qu’en matière de se fourrer dans les pires situations possibles, David et Maddie sont des cracks, à égalité avec un Alex Krycek, un Hank Moody, ou un Chuck Bartowski. Et c’est sur un ultime gag que se conclut ce fabuleux pilote.

Les rares scènes où Maddie et David font la paix (armée) sont encore un peu maladroites, trop tranchantes. Maddie mine de rien, est sensible par le côté bad boy de David. Quant à David, il a tout de suite le coup de foudre. Il y a leur nuit (platonique) dans l’agence, leur slow romantique dans le café, scène délicieusement kitsch, puis la dernière scène où ils prennent calmement le thé : autant de moments où la folie laisse la place à la délicatesse. Ces scènes disent les sentiments ambigus des deux protagonistes. Prometteur !

Le bouillonnement instrumental de la musique de Lee Holdridge compte beaucoup dans le succès du pilote. Le thème principal, joué par un érotique saxophone, nous rentre de suite en tête. Ce thème parsème le pilote, et le générique de fin est hautement symbolique : le thème est réorchestré, la voix d’Al Jarreau s’y mèle, et la chanson-phare de la série est maintenant entendue au complet. Clair de Lune est née !!

Les fans des X-Files auront reconnu Brian Thompson dans le rôle de l’homme de main de Simon. Eh oui, même le Bounty Hunter devait gagner sa vie dans le temps… Sinon, la garde-robe des personnages est un vrai délice, et les brushings de Cybill Shepherd sont déjà une série dans la série.

Un pilote presque parfait.

Infos supplémentaires :

- Un des épisodes préférés de Cybill Shepherd.

- Maddie est mannequin depuis l’âge de 14 ans. Elle n’a plus eu de petit ami depuis l’université.

- David prend 3 sucres dans son thé.

- Klaus court pieds nus dans l’introduction. Mais après « l’accident », il porte des chaussures.

- Ni David ni Maddie ne savent ce que veut dire « pampre ». Ce terme désigne une tige feuillue de vigne, on le voit souvent représenté en ornement de tapisseries. D’ailleurs, en architecture, il désigne un ornement sculpté particulier.

- Le thème que joue David à l'harmonica quand lui et Maddie se préparent à dormir à l'agence est le standard de jazz Blue Moon. Ce n'est pas anodin car il s'agit du nom du shampoing qui rendit célèbre Maddie. Blue Moon est également le nouveau nom qui est donné à l'agence... Et Maddie chantera le standard de Rodgers & Hart dans le fameux Le rêve était presque parfait (saison 2).

- On entend dans l’épisode deux chansons : Crazy de Willie Nelson, chantée par Patsy Cline. Et Since I fell for you de Buddy Johnson, chantée par Al Jarreau.

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2. LE DUEL
(GUNFIGHT AT THE SO-SO CORRAL)


Scénario : Michael Petryni
Réalisation : Peter Werner

Si je me fais tuer, Maddie, je ne vous adresserai plus jamais la parole.


- C’est un bar où tous les avilis de la Terre viennent s’abreuver[…]
- C’est votre quartier général ?


Pour leur première véritable enquête ensemble, David et Maddie sont chargés de retrouver Michael Wrye, le fils perdu de Farley Wrye qui est prêt à payer 10000 $ pour le retrouver. Michael Wrye se révèle cependant être un redoutable tueur à gages… Maddie et David hésitent : doivent-ils confronter le vieux Farley à la sinistre vérité ?


La première chose qui nous accroche en voyant cet épisode est le générique. La superbe chanson d'Al Jarreau deviendra indissociable de la série.

Prise de service agitée pour Maddie, encore encombrée de ses oripeaux d’idéaliste angélique : sa première enquête se charge de mettre à mal ses principes moraux, tandis que David nous fait mesurer son mélange détonnant d’improvisateur hors-pair et de détective maladroit. Le scénario de Michael Petryni manque un peu de rythme (même si la réalisation de Peter Werner est très allante) et les dialogues qu’il écrit n’ont pas encore la flamboyance des grandes heures de la série. Mais il réussit toutes les scènes traitant de la relation David-Maddie, c'est le principal. De plus, l’épisode traite d’un thème toujours intéressant : l’action de « tuer le père » dans une relation maître-élève.

L’introduction semble classique : un jeune homme entre dans un hôpital dans l’intention de tuer un vieil homme mourant. Mais rien ne se passe comme prévu, et c’est le vieillard qui donne une bonne leçon au jeunot dans une scène qui n’est pas sans rappeler la bataille de Tara King à la fin de Trop d’indices dans les Avengers ! Bienvenue dans le monde enchanté de Moonlighting

Maddie découvre avec stupeur que l’agence n’a jamais eu vraiment de clients et que les employés passent leur temps à s’amuser. Entendre Agnès dire toutes leurs détentes est très drôle. Maddie doit ensuite subir les gros délires de David qui durant tout l’épisode cherche des projets d’émission de télévision !!! Le tag final lui retombera d’ailleurs sur le nez. Leurs disputes sont déjà très toniques comme celle dans la voiture où David met la musique à fond la caisse pour couvrir les cris de Maddie.
La façon dont David parvient à trouver un client pour calmer l’ire de Maddie tout en draguant une belle secrétaire est à la fois surréaliste et efficace. Il en profite d’ailleurs pour draguer la belle secrétaire. Le voir se mousser quand Maddie le complimente est un beau moment de comédie.

Toutefois, la meilleure scène est quand ils doivent entrer dans un bar louche : David Pygmalion veut métamorphoser Maddie en femme fatale pour qu’elle ait l’air «  d’être dans le milieu  » : déboutonnage de chemise, décoiffage, et… robe déchirée (Maddie est ravie). Au-delà de l’humour de cette scène parachevé par les chansons ringardes que chante David à tue-tête, c’est bien l’attirance violente qu'il ressent pour elle qui transparaît ; il rêve déjà de "remodeler" cette femme dans le but de la faire entrer dans son univers, de la séduire. Maddie dans un même regard mêle la fureur à un certain plaisir secret de se laisser manipuler. Nouveau rituel de la série : David roule des mécaniques puis se vautre totalement (vol plané dans le bar) là où Maddie, en posant simplement la question, obtient des renseignements. Au passage, le 4e mur se craquèle avec David (Pour ceux qui auraient pris l’émission en cours…) qui par ailleurs arbore dans une scène des lunettes à rayons X d’un ridicule assumé (ou pas).

David semble jaloux de la soirée que Maddie doit passer avec leur client. Même si Farley n’est plus tout jeune, il a un charme certain, et une présence très forte. La scène du dîner est réussie grâce à lui. La magistrale composition de Pat Corley est un des principaux atouts de l’épisode. Il est très émouvant et philosophe, même après la révélation de sa véritable identité. La métaphore sur le train express est une belle trouvaille qui refait tout son effet à la fin. Farley est une des premières secousses mettant à mal les principes moraux de Maddie.

L’apparition surprise de Michael (Gary Graham surjoue) avec un Addison toujours aussi déconnecté de la réalité précède le duel final. Duel plein d’adrénaline, qui a également la plus-value des étourderies d’Addison, d’une maladresse exquise : qu’on est loin des futurs rôles de Bruce Willis ! La scène finale est un peu trop surlignée, abuse des violons, mais l’éblouissant Pat Croley parvient à sauver l'émotion voulue de la scène, épaississant son personnage qui cherche une rédemption de ses fautes passées, et qui la trouve en sauvant un homme égaré de son chemin fatal. Maddie se rend compte que le monde n’est pas manichéen, tandis que David, qui connaît les vraies priorités, s’intéresse surtout au chèque de Farley !

Ah, en passant, ne manquez pas les rimes d'Agnès au milieu de l'épisode, c'est à mourir de rire !

Bref, un épisode qui augure bien l’avenir de la série.

 

Infos supplémentaires :

- L’agence est au 20e étage de l’immeuble.

- D’après David, lui et Maddie ont des points communs : ils aiment les spaghettis bolognaise, la lecture, et le sexe (Maddie ne confirme pas ce dernier point).

- Le titre original de l’épisode est un clair hommage à Règlements de compte à O.K. Corral de John Sturges (1957). Chaque titre d'épisode parodiera une chanson, un livre, un film, etc. L’épisode se termine aussi par un duel.

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3. L’INSTINCT DE MEURTRE
(READ THE MIND… SEE THE MOVIE)


Scénario : Joe Gannon
Réalisation : Burt Brinckerhoff

Je ne veux pas mourir en petite culotte !!


Je suis papa ours, et elle, c’est mon pot de miel !


La SRT, société d’armement, voit certains de ses projets et documents secrets tomber aux mains de leurs concurrents : la société Holt. Brian Baker et sa sœur Vivian, une amie de Maddie, ont engagé l’agence Clair de Lune pour mettre fin à cet espionnage industriel. Etant incapables de mettre la main sur la taupe qui les trahit, et n’ayant pas réussi à prévenir un nouveau sabotage, Maddie et David sont renvoyés. Ils ne comptent cependant pas lâcher l’affaire et enquêtent sur Preston Holt. Mais ils ignorent que Holt n’est pas le seul dans l’affaire à cacher des secrets…


L’instinct de meurtre est un intéressant exemple d’épisode qui oublie quelles sont les priorités de la série où elle s’inscrit. Les deux premiers épisodes nous racontaient des enquêtes un peu surréalistes, mais qui n’étaient que prétextes à des successions de gags rythmés et à de fortes enguelades au sein du duo principal. Joe Gannon n’a manifestement pas compris que Clair de Lune était une comédie avec un fond de policier et non une série policière avec des éléments de comique. Le corollaire est donc une enquête se prenant trop au sérieux. De plus, le coupable est évident dès les premières minutes. Enfin les portraits proposés ici (le médium malhonnête, le jeune loup vindicatif, le play-boy séducteur…) sont bien trop fades. Heureusement, l’épisode évite le zéro pointé par son final spectaculaire et par les brillants numéros de David et Maddie.

Les débuts sont plutôt amusants, avec David utilisant son détecteur de mensonges pour interroger un gardien tout en le plumant au poker, les vers toujours aussi délirants d’Agnès, le furieux coup de pied de Maddie... Mais déjà, on pressent les faiblesses du récit. Vivian Baker apparaît trop effacée, Brian Baker est d’une faiblesse insigne, loin de l’homme d’affaires puissant qu'il est sensé être. Holt amuse davantage en séducteur bien que la scène du dîner n’a d’intérêt surtout que pour la superbe tenue de soirée de Cybill Shepherd. Mais la scène devant le pavillon de Maddie est hilarante avec Preston très à cheval sur sa réputation de tombeur, et un David surgi du diable vauvert qui fout tout en l’air (Où sont vos porte-jarretelles ?) ! Nouvelle crise de nerfs à la clé. On a donc un premier quart d’heure plutôt tonique, bien dans la veine de la série.

Hélas, l’enquête reprend le dessus : toute la partie chez le médium, sans aucune excentricité (la voyante des Avengers nous manque déjà), est d’une longueur lénifiante. On retient quand même la citation textuelle de l’introduction des épisodes de La Quatrième Dimension par un David inspiré par le décor tandis que le twist central fait son effet. David et Maddie espionnent ensuite la demeure du voyant tout en se jetant des mots à la tête (c‘est incroyable de voir à quel point Maddie peut gober tous les bobards de son partenaire). David commet quelques gaffes (le coup de la gouttière est joyeusement crétin !). Mais toute cette partie est bien trop longue : la manipulation organisée par Brian relève du cliché le plus éculé, la tension entre lui et Omar est voisine de zéro, et la prose s'alourdit : un comble pour une série qui d’habitude soigne ses dialogues ! Et puis la révélation qu’Omar est un charlatan, ah le scoop, c’était visible à des kilomètres ! Mais on ne boudera pas notre plaisir (et celui de David), de voir Maddie en robe courte sur le toit (énième dispute). Les regards de David sont tout un roman…

Le twist final, suivi de la dernière scène, très spectaculaire, est par contre un festival d’effets pyrotechniques, et égalise la formidable tension qu’on avait ressentie lors du final du pilote. Le méchant de l’histoire s’avère être un formidable Diabolical Mastermind : sa folie meurtrière, se lisant dans les yeux fous de son interprète, permet un climax à couper le souffle. Quant à David, il s’obstine à déblatérer des fadaises énormes dans la situation la plus critique qui soit comme on aime. Le tag final déçoit cependant : on a vu des manifestations de jalousie de David plus rigolotes.

L’intermède précédant la dernière scène aborde le côté plus doux de la relation David-Maddie, avec une Maddie rentrant ses griffes, et David prenant des poses de charmeur. La scène, comme dans le pilote, vient un peu brutalement, mais elle permet de voir qu’au fond, ils s’aiment bien ses deux-là.
Mais malgré tout, il manque le grain de folie qui caractérise la série, son surréalisme burlesque, ici quasiment absent. On salue la musique de Richard Lewis Warren, en complet décalage avec l‘action : les humoristiques pizzicati de violons lors de la scène d’espionnage sont en déphasage total avec la situation. Ou bien celle du final, assez stressante. La réalisation de Burt Brinckerhoff est efficace, malgré une scène de ralenti dispensable.

Infos supplémentaires :

- Maddie est cover-girl depuis qu’elle a 17 ans. Elle a arrêté sa carrière il y’a 5 ans.

- Peut-être une référence au Prisonnier à 7’13 : David congédie le garde en lui disant Bonjour chez vous !

- De même, David cite explicitement l’introduction de La Quatrième Dimension. Bruce Willis avait participé à un épisode du segment 1985 de la série (Le jour de la déchirure). Par ailleurs, Joe Gannon, le scénariste, avait également écrit un épisode du revival de la série (Rêve-machine).

- le plan précédant celui où l’assassin meurt est assez rapproché pour qu’on se rende compte qu’il s’agit d’un mannequin !

- La musique entendue chez Omar Gauss est le 1er mouvement de L’été des Quatre saisons d’Antonio Vivaldi (Concerto pour violon en sol mineur op. 8 n° 2 RV315).

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4. RADIO ASSASSIN
(THE NET MURDER YOU HEAR)


Scénario : Peter Silverman
Réalisation : Peter Werner

- Pour moi, ce n’est pas évident.
- Normal, vous avez la cervelle dans votre pantalon !

Pouet-pouet-pouet-pouet-pouet-pouet-pouet-pouet-pouet…


Paul McCain anime chaque soir l’émission nocturne de radio « Cœurs brisés » où il parle à des gens solitaires. Mais une nuit, il se fait tuer en pleine émission. McCain ayant été très populaire dans la ville, David et Maddie - malgré une résistance initiale de cette dernière - enquêtent d'eux-mêmes sur cette affaire qui pourrait faire monter la côte de l’agence. Mais ils vont aller de surprises en surprises


Radio assassin ne semble pas au prime très engageant. L’enquête est en effet d’une inconsistance totale, accumulant d’énormes longueurs. De surcroît, le burlesque traditionnel de la série n’est présent qu’à petite dose. Et pourtant, cet épisode triomphe grâce à un atout maître : une prodigieuse galerie de portraits d’une belle richesse, en particulier de nos héros. Derrière la froideur de Maddie et la jovialité de David, se cachent un manque d’affection qui les rend très émouvants. C’est pour ces magnifiques portraits, sa description fine du Los Angeles des années 80, les disputes inénarrables de notre couple, et le trépidant final (une caractéristique de la série), que cet épisode convainc.

L’introduction débute par un magnifique plan-séquence - Peter Werner s'impose déjà comme le meilleur réalisateur de la série - qui nous mène des hauteurs de L.A jusqu’à l’immeuble radio. Elle fait presque office de documentaire lorsque l’on voit ensuite les différents quartiers de Los Angeles, dont le seul point commun semble être l’émission écoutée. Le succès de ce genre d’émissions montre aussi la passion que nous avons à entendre les confessions des gens mal dans leur peau, mais ici sans le voyeurisme vulgaire de la télé-réalité. Paul McCain (Gregg Henry, au jeu très raffiné) est en effet un personnage sensible, patient, qui écoute et aide les gens. On sourira en entendant le responsable de la station dire que les hommes mariés travaillent le jour mais pas leurs épouses ! Les mentalités ont changé depuis... Les pièces jazzy d'Alf Clausen sont un délice pour les oreilles.

Assassinat de McCain. Maddie a les pieds sur terre : ils ne peuvent mener d’enquête sans rémunération, et de plus, McCain semblait être un homme à femmes, ce que la puritaine Maddie ne goûte pas. David, toujours aussi cartésien, est d’un détachement pas possible niveau argent (on ne cherche plus à comprendre pourquoi l’agence est déficitaire), et bien plus épicurien sur les rapports homme/femme ! Cela donne lieu à une première dispute d’anthologie dans la voiture où les dialogues nous explosent à la figure par leur vivacité, leur vitesse, leur force hilarante, chacun démolit l’autre avec entrain. Le tout se finit par une Maddie furax éjectant David de la voiture !

Peter Silverman nous offre alors de superbes portraits de deux personnalités trop fières pour admettre qu’elles n’existent pas en dehors de leur travail. Ainsi Maddie n’a aucune occupation, aucun ami. Dépossédée de sa fortune, le mirage a disparu : ses serviteurs ne sont plus là, ses connaissances ont fui en apprenant sa ruine (ce n’est pas dit mais on le devine). Prisonnière également de ses préjugés sur les relations homme-femme, dont elle refuse toute idée de frivolité, sa vie sentimentale et sexuelle est un zéro absolu. Le contraste avec le luxe de sa maison est éclatant. Elle peut bien allumer des chandelles et dormir (à l'heure précoce prédite par David) dans un grand lit à deux places, elle est seule à manger, et seule à dormir. La description de frigide frustrée énoncée par David est-elle totalement fausse ? Elle nous communique son spleen tandis qu’elle parcourt la ville, jalousant les couples qu’elle croise. Elle compense ce manque en se créant un amour platonique envers le défunt, ce consolateur d'âmes blessées, ce qui ne manque pas d’attiser la jalousie de David ! Cybill Shepherd, d’une belle justesse de ton, est merveilleuse, rendant palpable la tristesse de son personnage.

David ne vaut guère mieux. Le jouisseur iconoclaste et déjanté se révèle sous son vrai jour lors de la pathétique scène du bar : durant son temps libre, il amuse la « galerie » d’un café en jouant les ridicules à fond la caisse. Maddie l’accusait de vulgarité, et c’est en effet à un spectacle lamentable auquel il se livre : les clients l’ignorent, il prêche dans le désert. Il se refugie dans l’alcool et la cigarette, il ne respecte pas son Carpe Diem : sa vie est tristement vide, il ne sait pas quoi en faire. Il est le cousin exact du Fanfaron de Dino Risi : clinquant et brillant à l’extérieur, blessé et sans but à l’intérieur. Le volage David est en fait un sentimental, déjà blessé du rejet de Maddie. Génial dans la comédie, Bruce Willis est encore laborieux en sentimental. Heureusement, l'acteur gagnera en métier au fur et à mesure de la série.

Deux solitudes écorchées compensant par un stoïcisme glacial ou une exubérance outrancière le chagrin de leurs vies. La mise en scène de Peter Werner appuie sans forcer sur le levier de l’émotion. Ainsi, la scène où Maddie se réconcilie avec David a-t-elle une saveur particulière.

La fouille de l’appartement de la victime croque un troisième portrait : Laura, la maîtresse du mort, mariée à un riche homme d’affaires. Partagée entre fortune et protection d’un côté, amour et tendresse de l’autre, elle est àla fois vénale et aimante, intéressée et généreuse, un double visage très intéressant, bien rendu par la fausse froideur de la sculpturale Barbara Stock. L'excellent twist central dessine un 4e portrait tout aussi réussi que les précédents, toujours sur la différence entre vie privée et vie publique, où la joie d’être aimé des autres ne suffit pas toujours pour s’aimer soi-même. Ces adroites descriptions compensent les longueurs de l’enquête et un humour très modéré.

Silverman comprend bien que son whodunit ne va pas fonctionner, le coupable est trop évident. Aussi, il a l'excellente idée d'un comique de répétition qui débouche sur une 3e dispute entre David et Maddie qui chacun se trompent de coupable, tout en accusant l'autre de partialité (ce qui est tout à fait vrai). Le téléspectateur jubile alors d'avoir une longueur d'avance sur eux, un très bon "truc" scénaristique ! Le dénouement mis en scène à la Hercule Poirot vire au loufoque échange d’amabilités. On apprécie les toujours foireuses méthodes de combat de notre duo qui déchaînent le rire, avant que l’électrique baston finale (électrique en effet) couronne le tout par un retour de la tension dramatique. On oubliera le tag hâtif.

Episode atypique, mais indispensable pour comprendre la personnalité de nos héros.



Infos supplémentaires :

- Addison rêve d’être interviewé par Barbara Walters. Née en 1929, Walters est une journaliste animatrice de télévision qui fut la première femme à présenter un journal d'actualités aux USA (en 1965). Pugnace dans ses interviews, elle est réputée pour certaines prises de position polémiques (notamment sur les catholiques), et pour son franc-parler. C'est une figure populaire très réputée aux Etats-Unis. Elle a pris sa retraite en 2014. Sinon, on apprend que David se fait régulièrement des brushings.

- David fait référence au canular d’Orson Welles : le 30 octobre 1938, Orson Welles réalisa une dramatique radio, adaptation de La Guerre des Mondes de H.G.Wells. Son adaptation fut si réaliste que beaucoup d'américains crurent réellement à une invasion extra-terrestre en écoutant la radio ! Orson Welles présentera l'année suivante le mythique Le rêve était presque parfait (saison 2).

- Le Los Angeles Tribune, qui relate l'assassinat de McCain, est un journal fictif .

- On entend dans l'épisode Respect d'Aretha Franklin, et Ooo Baby Baby de Smokey Robinson et The Miracles. A la fin de l'épisode, David chante une mélodie populaire bien connue : Powerhouse B. de Raymond Scott. Cette mélodie devint célèbre par son utilisation en tant que générique des dessins animés des Warner Brother Cartoons. Cette chanson sera réentendue dans le fameux Rock around Shakespeare (saison 3).

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5. LE TRAIN MYSTÈRE
(NEXT STOP MURDER )


Scénario : Ali Marie Matheson et Kerry Ehrin
Réalisation : Kevin Connor

- Quelque chose m’a piqué.
- C’est peut-être le contact de ma lime à ongles sur vos côtes !

S’il vous plaît, réfrénez vos pulsions sadiques si elles ne répondent pas à un fantasme érotique…


Agnès Topisto a remporté le concours de Meurtre Magazine organisé chaque année par J.B. Harland, fameux auteur de romans policiers. A ce titre, elle sera son invitée d’honneur pour participer au jeu annuel qu’il donne traditionnellement : six personnes seront enfermées dans son train personnel qui roulera sans s’arrêter durant 24 heures. Pendant ce temps, un « meurtre » sera commis, et les participants devront enquêter pour arrêter le « coupable ». Mais deux complications surgissent : suite à une bourde de David, lui et Maddie prennent également place dans le train express ! Et surtout plus grave, Harland est retrouvé assassiné… pour de vrai ! Nos deux détectives doivent maintenant résoudre cette affaire avant l’arrêt du train…


Cet épisode est un des plus appréciés des fans. On
se demande bien pourquoi car on a là un des plus beaux exemples de gâchis dans la série. A partir d’une brillante idée initiale, les auteurs commettent l’exploit de rater l’épisode dans ses grandes lignes. Après un premier tiers éblouissant, l’épisode vire dans un consternant sérieux dont elle ne se débarrassera plus. On comprend ce qu’ont voulu faire Ali Marie Matheson et Kerry Ehrin - future scénariste tutélaire de la série : parodier Le crime de l’Orient-Express, un des plus célèbres romans policiers d’Agatha Christie. Mais leur énigme n’a ni l’intensité de l’enquête d’Hercule Poirot, ni l’humour du pastiche. Faute irréparable : David et Maddie sont relégués au second plan jusqu’au final. Les suspects du jour sont bardés de clichés, sans second degré. Et c’est bien dommage pour le premier épisode à se centrer sur le craquant personnage d’Agnès.

Une atmosphère de bonne humeur rayonne d'entrée : Agnès en fait un max en gagnante enthousiaste, et David n’est pas en reste avec son culot légendaire, confiant jusqu’à l’absurde dans l’avenir devant une Maddie plus terre à terre. La scène dans la gare nous fait voir un David jaloux - comme c’est surprenant ! - d’apprendre que Maddie a un rendez-vous galant ce soir (aurait-elle tiré les leçons de l’épisode précédent ?), nouvelle joute verbale à la clef !

Le sommet de l’épisode est atteint à la scène suivante, avec un humour décapant : David se perd dans un monologue volontairement lourd mais hilarant tandis que Maddie (Cybill Shepherd est à croquer dans son élégant manteau) souffre le martyre. Le tout se termine par l'« accident » de la couchette et la monumentale enguelade qui en découle. La persistance de David à retarder leur départ, combiné à sa jalousie à propos du date de Maddie, fait qu’il a peut-être bien appuyé volontairement sur le mauvais bouton, qui sait ? Ajoutons le sous-entendu sexuel des répliques de David, et Maddie toute décoiffée comme sortant d'une nuit d'amour, et nous avons un bel hommage aux Screwball comedies, dialogues tonitruants inclus. En conséquence, la scène du restaurant où Maddie fait la gueule devant un David absolument pas désolé vire au mordant pastiche d’une scène d’amour

Le coup de foudre Rodney-Agnès est l'occasion pour les scénaristes de passer les scènes d’amour hollywoodiennes à la moulinette ravageuse des scénaristes qui recyclent tous les pires clichés : expressions extatiques, musique lyrique, dialogues pompeux… un vrai délire ! De plus,
c’est le fabuleux comédien Vincent Schiavelli qui incarne Rodney… Schiavelli qui à l’époque était le mari d’une certaine Allyce Beasley !

Hélas, l’épisode s’effondre totalement dès le deuxième tiers : après la fastidieuse présentation des invités, le meurtre imprévu de l’organisateur transforme la ludique énigme initiale en enquête réelle à résoudre avec un assassin à débusquer. A part David et Maddie, tous les invités seront accusés tour à tour, et chacun avait curieusement une bonne raison de le tuer : mais hélas, les suspects sont enfermés dans des figures figées : l’ex jalouse, l’endetté, le nègre qui vit dans l’ombre, l’ami méprisé… que tout cela est dépourvu d’imagination ! Notre duo est relégué car chaque suspect participe à l’enquête : cela donne des discussions vaseuses, des confidences attendues, des interrogatoires vite avortés, une répétition des scènes… le tout sans la moindre tension ni humour. Toute l’enquête se traîne à un tempo lent, n’offrant aucune étincelle si ce n’est les toujours délicieux vers d’Agnès (Allyce Beasley est irrésistible), et l'excellent numéro de Schiavelli. Les dernières minutes retrouvent un peu d’éclat, avec le coup de bluff de David qui démasque le tueur (dont l’identité était néanmoins prévisible), et le traditionnel final haletant sur le sommet du train. Une scène d’action intense, bien servie par la caméra pleine d’adrénaline de Kévin Connor : James Bond saura s’en souvenir dans Skyfall ! Le tag final est assez réussi, avec une jolie démonstration de l’amitié naissante entre Agnès et sa patronne.

Un épisode à regarder pour son début et sa fin, mais pas pour ce qu’il y’a entre les deux. Dans ce voyage en train mystère, les meilleurs moments sont finalement le départ et l’arrivée.

Infos supplémentaires :

- David prétend avoir été l’auteur du Blackout du Nord-est de l’Amérique de 1965 (Northeast blackout of 1965). Le 9 novembre 1965, une grande panne d’électricité laissa 9 états dans l’obscurité totale durant 12 heures. La cause vient d'une erreur humaine : un important relais électromécanique disposé en Ontario fut incorrectement réglé : l’intensité électrique qu’il pouvait supporter était trop basse. L’hiver et le froid obligeant à une grande consommation d’électricité, le relais ne résista pas, causant la panne générale. Il est cependant hautement improbable que le simple fait d’avoir laissé la lumière allumée dans sa chambre suffit à désigner David comme responsable unique !

 

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6. RÈGLEMENT DE COMPTE
(THE MURDER IS IN THE MAIL)


 Scénario : Maryanne Kasica et Michael Scheff
Réalisation : Peter Werner

Vous allez vous magner le derche et nous ouvrir à fond la caisse ou bien j’défonce la porte et j’vous rentre dedans !

- Vous vous traînez, mettez un tigre dans votre moteur !
- Ok… mais ça veut dire quoi ?
- Ca veut dire « appuie sur la pédale, Chantal ! ».


Roy Hirsch revient à Los Angeles après un voyage et apprend qu’il est considéré comme mort ! De retour à son appartement, il est assassiné. David et Maddie ont quelques problèmes financiers et doivent se résoudre à accepter un travail intérimaire de percepteurs… et Roy Hirsch fait partie de leurs « clients » ! Aussi, quelques secondes après son assassinat, David et Maddie entrent chez lui et tombent sur le cadavre. David, tout excité, s’occupe de l’enquête, accompagnée d’une Maddie de plus en plus récalcitrante. Il y’a de quoi, car ils viennent de mettre le pied dans une conspiration d’agents secrets ennemis…

C’est sur cet épisode divertissant, bien qu'accusant quelques baisses de régime (et des dialogues moins forts que de coutume) que se termine la première saison. L’enquête du jour est joyeusement décalée et improbable, excellent pastiche de plusieurs genres. Si l’épisode commence sous des auspices menaçants évoquant La Quatrième Dimension, elle se termine en comédie slapstick à l’américaine avec lancer de tartes à la crème de rigueur. L’épisode brasse aussi du côté du film d’espionnage (les agents secrets), et des policiers urbains (la poursuite en voiture). Le tout pour un patchwork décousu mais accrocheur. La musique d’Alf Clausen, décalée jusqu’à en devenir hors-sujet, participe avec entrain à ce petit délire !

Le début de Règlement de compte (encore un titre français foireux) fait très Twilight Zone, avec en plus le thème hypnotique de Vertigo ! Même si cette impression s’évanouit au profit d’une conspiration plus terre à terre. La discussion avec le faux prêtre montre incidemment que les Avengers ont marqué avec leurs religieux truands (Les petits miracles, Le repaire de l’aigle
…).

C’est évidemment sur une homérique dispute que se déroule la première scène David-Maddie. Madame doit serrer le budget de l’agence, tandis que Monsieur, toujours aussi sensé, achète un piano, un violoncelle, et un billard (entre autres) pour « mettre une bonne ambiance » dans l’agence. Une crise qui passe la surmultipliée lorsque David veut rentrer dans ses frais en acceptant un second emploi intérimaire de percepteur avec Maddie comme coéquipière ! Une histoire aussi abracadabrante qu'hilarante. La prise de bec dans la voiture sert également de premier bilan de la saison : la froide et mécanique Maddie du pilote - qui licenciait ses employés sans broncher - apparaît plus chaleureuse en pointant la part d’inhumanité de ce travail. Amusant paradoxe : si David est plus souriant que Maddie, il n’a aucun scrupule à jouer les oiseaux de malheur, mais c’est davantage une contenance qu’il se donne que de la méchanceté : la scène où David se dégonfle minablement devant un client récalcitrant montre bien que son interprête n’est pas encore le porte-flingues que nous connaissons !

Le scénario est bien agencé, avec de jolis retournements. Il est malheureusement trop lent, et le deuxième tiers de l‘épisode, bien que comportant quelques moments de bravoure (David ayant peur de son reflet, les rimes d’Agnès, Maddie épouvantée par le révolver, le faux sonotone…) se contente d’enchaîner des scènes ne faisant pas avancer l’enquête : la scène « d’humiliation » de notre duo, et la fouille nocturne, sont inutilement longuettes. Brusque accélération lorsque nos héros apprennent qu’ils sont menacés. La scène du parking offre à Bruce Willis de faire ce qu’il réussit le mieux : le pitre ! Et effectivement, le voir chanter à tue-tête, se donner des airs de con, ou tirer sans prévenir trois coups de révolver est immense. La poursuite en voiture qui s’ensuit est très rythmée, mais sa tension est joyeusement sabotée par Maddie, un peu trop pointilleuse sur le code de la route, et les commentaires abscons de David. Plus proche de la poursuite à la Tex Avery de On s’fait la valise doc ? que de l’adrénaline de Bullitt. Et le tout n’est pas sans évoquer une scène similaire dans Une journée en enfer (Die Hard 3).

Hélas, l’épisode perd tout espoir de décrocher son quatrième melon avec son rebondissement final idiot. Comment un tueur à gages aurait-il la bêtise de dévoiler son plan à nos détectives ? D’autant qu'Arthur Taxier en méchant n’est pas du tout convaincant. La manière qu’a David de percer à jour l’histoire est aussi tirée par les cheveux. Heureusement, le final remonte le niveau : la bataille de rimes entre David et le portier est devenue une des scènes les plus connues de la série. Voir Maddie en tenue de serveuse à l’ancienne avec coiffe serrée, décolleté vertigineux (Y’a de la place pour les pourboires ?), jupon, et collants, est une vision très délectable, et David est de notre avis ! Les regards-de-la-honte de Maddie, au bord de la rupture, sont d’un comique ravageur. Finalement, tout finit bien, nos héros interpellent l’assassin, mais sans empêcher de provoquer une bataille de tarte à la crème mais bien trop courte. On est loin du paroxysme déjanté du sketch Auberge ! des Nouveaux monstres (1977).

Peu importe, nous quittons cette première saison avec nos héros barbouillés de crème. Et cela suffit à notre bonheur !

Infos supplémentaires :

- Ce fut Cybill Shepherd qui eut l'idée de faire terminer l'épisode avec elle et Bruce recevant une tarte à la crème. C'est le coordinateur des cascades Chris Howell qui se chargea de les "entarter".

- Première et unique fois où David se sert d’un révolver.

- Première scène de poursuite de la série, et loin d'être la dernière : la série va en effet se spécialiser dans les poursuites, pas seulement en voitures, mais aussi en véhicules les plus exotiques (fauteuil roulant, biplan, montgolfière, trotinnette...).

- David dit que ses capacités en rimes lui viennent de sa lecture de « Dr.Seuss ». Dr.Seuss est l’affectueux surnom donné à Theodor Seuss Geitel (1904-1991), dessinateur-illustrateur australien qui écrivit beaucoup de livres et contes pour enfants, souvent caractérisés par la présence de rimes légères et pleines d’humour. Il fut une véritable icône en son temps dans le milieu des dessinateurs, et ses contes furent souvent adaptés au cinéma et à la télévision.

- Continuité : Quand David brise le miroir, on peut voir qu’il n’y a pas d’enveloppe cachée derrière. Elle n’apparaît que dans le plan suivant. Et lors de la scène où la voiture de l’homme blond se renverse, on voit très bien que l’acteur a été remplacé par un cascadeur, il porte même un casque !

- David chante dans l’épisode My Girl du groupe The Temptations.

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TOP 3 ÉPISODES SAISON 1

1. Clair de Lune : Le flamboyant pilote de la série est également un de ses meilleurs épisodes. Il présente dans un tempo effréné tout ce qui fera le succès de la série : personnages défoncés, dialogues de haut vol, burlesque irrésistible, enquêtes surréalistes, scènes de tension, musique décalée, et surtout son couple central devenu mythique, explosant d’entrée de fougue et de talent. La belle Cybill Shepherd inaugure ses fameuses crises de nerf, Bruce Willis s’impose comme un des plus grands acteurs comiques de télévision. Naissance d’un événement télévisuel !

2. Radio assassin : Episode émouvant qui explore la vie privée tristement vide de nos héros. Cet épisode dépeint avec une étonnante précision une somptueuse galerie de portraits riche et ambivalente. L’épisode carbure également aux répliquesquituent, et la relation entre nos héros est plus piqûante que jamais.

3. Règlement de compte : Une enquête sophistiquée et volontairement embrouillée, joyeusement improbable dans les grandes largeurs. C’est l’occasion pour la série de passer à la moulinette les films d’espionnage. Plusieurs scènes irrésistibles.

Accessit d’honneur : Le duel.

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Images capturées par Clément Diaz.