saison 1 saison 3

Clair de lune

Saison 2

1. T'as pas une blonde ? (Brother, Can You Spare a Blonde?)

2. La Dame au masque de fer (The Lady in the Iron Mask)

3. Les jeux sont faits (Money Talks -- Maddie Walks)

4. Le Rêve était presque parfait (The Dream Sequence Always Rings Twice)

5. Mon beau David (My Fair David)

6. L'Ex de David (Knowing Her)

7. Un conte de fées (Somewhere Under the Rainbow)

8. Le Portrait de Maddie (Portrait of Maddie)

9. Drôles de numéros (Atlas Belched)

10. Il est né le divin enfant (T'was the Episode Before Christmas)

11. La Fiancée du Tupperman (The Bride of Tupperman)

12. Les Aventures de Mademoiselle Topisto (North by North DiPesto)

13. La Nuit du mort-vivant (In God We Strongly Suspect)

14. La Maîtresse de papa (Every Daughter's Father is a Virgin)

15. Témoins (Witness for the Execution)

16. L'Homme qui parlait trop (Sleep Talkin' Guy)

17. Requiem pour un veuf (Funeral for a Door Nail)

18. Camille (Camille)

Top 5 de la saison 2


 

 


1. T'AS PAS UNE BLONDE ?
(BROTHER, CAN YOU SPARE A BLONDE?)




Scénario : Glenn Gordon Caron
Réalisation : Peter Werner

J
aurais dû être moins prude, jaurais peut-être dû accepter de coucher

- Votre frère est vraiment très attachant.
- C
est vrai ; en général, on a du mal à sen débarrasser

Navarone, trafiquant de drogue,
doit abandonner une mallette de 100000$ pour échapper à la police. Cest Richard Addison, le frère de David, qui tombe sur elle. Richard, en situation financière précaire, saisit loccasion et dépense largent tout en venant à Los Angeles pour impressionner David. David et Richard sont en effet en rivalité depuis toujours. Tout se complique quand Mr.Navarone retrouve leur trace et réclame son dû

La saison 2 réussit son lancement avec un épisode mélangeant action, humour, émotion, suspense
il est parfois lent, mais nen est pas moins brillant. Le scénario na rien doriginal, mais ce sont encore les personnages, finement fouillés, qui triomphent : le triangle David-Maddie-Richard, le méchant de lhistoire à la fois effrayant et caricatural. Après une première partie axée sur lémotion, la deuxième partie lance un crescendo burlesque. Au final, Glenn Gordon Caron montre quil maîtrise tout à fait sa série. Les dialogues sont notamment de véritables bombes comiques !

L
introduction est une des plus fameuses de la série : pour la première fois, la série casse en mille morceaux un des plus grands tabous du code des séries, le quatrième mur : Les personnages parlent directement au spectateur ! Si Clair de Lune nest pas la première série à lutiliser, elle est la première à lexploiter aussi génialement. David et Maddie nous expliquent en direct que lépisode est un peu trop court pour le diffuseur et quils doivent « meubler » pendant une minute bien entendu, ça dégénère en une grosse dispute sous nos yeux, notre couple étant décidément incapable de se tenir tranquille ! Un prélude délirant bien en phase avec la série.

Le début dresse le portrait de Navarone : cest un méchant très menaçant mais tellement caricatural quon ne peut sempêcher de le trouver drôle. Le magnétique Ed ORoss restitue à merveille ces deux pôles, toujours très à l'aise dans les rôles bien extrêmes (Ruth Fisher vous le confirmera). Lentrée en scène de Richard Addison se situe à l'opposé : le show rap auquel il se livre est tellement affligeant quon est pas loin du pur génie (dans le genre). Le frère de David est un idiot charmeur, un raté magnifique et digne. Charles Crocket, en plus dune certaine ressemblance avec Bruce Willis, est linterprête parfait de ce personnage.
La première scène David-Maddie contient un running gag de la série : leur premier dialogue de sourds post pilote : chacun parle de son côté en même temps sans écouter l
autre. Pour saisir tous ces monologues simultanés, il peut être nécessaire de repasser ces scènes plusieurs fois !

Le thème principal de l
épisode est les rapports tendus du trio. David naime pas son frère, nen parlant quen des termes peu flatteurs... qui lui vont pourtant à merveille à lui aussi ! Maddie ne manquera pas de le signaler tout au long de lépisode. La scène du dîner est mémorable avec le concours de vannes entre les frérots. David est jaloux de voir ce raté de première « réussir ». Pourtant, émerge sous le cynisme la volonté de garder ses véritables sentiments : le lien entre les deux frères est davantage une rivalité puérile quune haine. Richard aussi est un grand enfant ; comme David, il est immature mais touchant. Toutefois, il est plus galant, poli, courtois, là où David est plus « mufle ».

Cela fait craquer Maddie : un beau jeune homme gentil et surtout riche. Elle voit en Richard un David qui a de largent. Elle reste une ancienne mannequin habituée au luxe, aux hommes riches. Le fauché David, malgré sa « tchatche » ny peut rien faire. Il subit lattirance naissante entre sa collègue et son frère (tragi-comique scène du slow romantique - très 80s d'ailleurs -). David, déchiré, semble « vendre » Maddie à son frère contre largent dont ils ont besoin. Lellipse nous menant au lendemain laisse songeur : Maddie et Richard ont-ils passé la nuit ensemble ? Maddie reste ambiguë, et l'épisode ne donnera pas de réponse. On mesure dans le regard résigné de Bruce Willis, ici étonnamment excellent dans un registre qui lui est étranger, toute la tristesse du personnage (déjà aperçue dans Radio assassin). De son côté, Richard souffre dun complexe dinfériorité : il se sent moins exubérant, moins séduisant que son frère. Cest un désir de revanche, de frustration refoulée qui lui a fait jouer la comédie.
On délaisse ensuite la mélancolie pour retrouver lhumour, qui va désormais aller en crescendo. Ainsi, le gag du lavabo et le quasi passage à tabac de David (qui se la pète toujours quand il faut pas) par Navarone qui le prend pour son frère. Joli show d'Agnès lors de l'enguelade avec David, qui pleure, se vexe, puis se radoucit successivement, comme un enfant capricieux : c'est à hurler de rire !


Richard sait sy prendre avec les femmes puisquon le voit jouer au trivial poursuit avec une Maddie ne cachant pas son ennui. Après le flamboyant pugilat d'anthologie dans le pavillon de Maddie, la course-poursuite finale, avec la musique de Richard Lewis Warren, (violons sautillants et fanfares de fête foraine) fait virer la fin dans le plus grand désordre jusqu'au génial retournement final, vachard et ironique - rappellant la chute de Meurtre en héritage, une des nouvelles du grand Fredric Brown.

Le délicat tag final est très réussi : David avoue enfin qu
il aime son frère, que leur rivalité nest quun paravent. Ajoutons le tendre regard de Maddie, visiblement contente - et touchée - de la jalousie de son collaborateur. Un moment de calme rare, à déguster sans modération !

Infos supplémentaires :

- Première apparition de Richard Addison, frère de David, interprété par Charles Rocket. Il apparaîtra dans en tout six épisodes de la série. Le premier choix de Glenn Gordon Caron pour incarner Richard était David Lee Roth, le chanteur et leader du groupe de hard rock Van Halen qu
'il venait juste de quitter. Mais Caron déclara quil ne se sentait pas assez « branché avec lui » pour lengager. Il choisit à la place Charles Rocket qui sétait fait connaître grâce à la très populaire émission de divertissement Saturday Night Live.

- David et Maddie écoutent la station de radio fictive KRKD, celle où travaillait Paul McCain dans Radio assassin (saison 1).

- Agnès dit à Maddie qu
elle a lu dans le journal que Mick Jagger allait quitter la scène. Lépisode fut tourné fin 1985. A ce moment-là, le co-leader des Rolling Stones venait de se brouiller avec Keith Richards et envisageait une carrière solo. Le groupe connut une grave crise qui dura 4 ans, avant la réconciliation des deux chefs.

- David tente de remonter le moral de Maddie, inquiète de perdre sa maison en disant "Scarlett, Tara n
est pas encore vendue" : référence à Autant en emporte le vent (1939). Richard Addison cite explicitement La Quatrième Dimension en parlant de la mallette de billets qui lui est tombée du ciel miraculeusement. On peut penser quil sagit plus précisément un clin dœil à lépisode Lhomme dans la bouteille.

- Le titre de l
épisode est un détournement du documentaire anglais de Philippe Mora réalisé en 1975 : Brother can you spare a dime ? (Tas pas 100 balles ? en français). Ce film traite de la Grande Dépression.

- On entend dans l’épisode la chanson For the love of money de Kenny Gamble, Leon Huff et Anthony Jackson, et interprétée par le groupe The O’Jays. Le fond sonore du rap de Richard est celui de Rappin' duke de Shawn Brown. La chanson du slow est If only you knew, de et par Patti LaBelle. La scène du slow sera reprise dans l
épisode Le torchon brûle (saison 3) avec curieusement une musique différente.

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2. LA DAME AU MASQUE DE FER
(THE LADY IN THE IRON MASK)


Scénario : Roger Director

Réalisation : Christopher Leitch

J’adore les trous perdus… et j’adore l’idée que vous pourriez mourir de soif !

Ho ! Vous croyez que c’est facile de se la couler douce toute la journée ?!!

Barbara Wylie, une femme ne sortant jamais sans un masque, engage David et Maddie dans le but de retrouver son ancien amoureux Frank Harbert. Ce dernier lui lança du vitriol à la figure il y’a 12 ans quand il apprit qu’elle allait épouser un autre homme. Elle l’aime encore malgré le mal qu’il lui a fait et serait prêt à divorcer de son mari s’ils le retrouvent. David et Maddie acceptent de s’occuper de l’affaire sans se douter qu’ils jouent le rôle de pions au centre d’un plan diabolique…


Le coup d’essai de Roger Director, un des scénaristes les plus prolifiques de la série (15 histoires) n’est pas un coup de maître. L’épisode est noyé dans une enquête nulle, sans inspiration ni humour, aux dialogues banals. L’épisode est toutefois sauvé sur notre cher duo plus que jamais en crise de confiance mutuelle, un final dingo, et la fantastique partition d’Alf Clausen.

Après la frissonnante introduction, vient le rituel de David-et-Maddie-qui-passent-leur-temps-à-se-disputer, cette fois à cause d'une affaire de paris entre deux employés belliqueux. Maddie gueule un bon coup tandis que David, affublé d’une casquette de bookmaker complètement déplacée, est d’un détachement toujours aussi impossible. Le gag du « petit-déjeuner de dix heures » confirme le cas désespéré des employés de l’agence, d’une paresse à toute épreuve !
Hélas, l’épisode s’enfonce ensuite dans l’ennui le plus total. Handicapée par un script pesant, la réalisation de Christopher Leitch est impuissante à dynamiser le tout. David a oublié son humour à l’agence, et Maddie s'enferme dans le monolithisme. La scène avec Harbart, réexposé inutile de l’affaire, est trop longue, Joël Polis joue par ailleurs très faux. Le premier coup de théâtre est éventé par les soupçons de Maddie, la scène de conflit qui s'ensuit est sans surprise. La filature est d’une longueur à bailler d’ennui, et le twist tombe à l'eau. Les gags sont trop rares pour convaincre…

En réalité, tout ce prélude ennuyeux ne servait qu’à introduire le climatique final qui enfin vire dans le loufoque tant attendu. Précédée du gag de l’ascenseur (David qui donne un coup de poing, on veut croire que c’est le premier pas vers les Die Hard…), ce final met en scène pas moins de quatre femmes voilées ! La faiblesse du méchant est compensée par la délirante course-poursuite au son des trompettes de Guillaume Tell de Rossini. Le voyant parodie clignote à toute berzingue dans ce final dans la plus pure tradition des comédies slapstick.

Notre couple central est en pleine forme ! Maddie est réaliste : elle songe à virer ses employés oisifs. David est bien sûr au-dessus de ces choses bassement matérielles. Leur désaccord est renforcé par leurs principes moraux : Maddie ne veut pas s’occuper de l’affaire car elle ne veut pas confronter Barbara à son bourreau, même à sa demande. Cette attitude s’explique par le récit d’un flirt passé où elle fut l’objet d’un désir paroxystique et intenable, terriblement déstructeur. Une triste expérience qui nous permet de comprendre son refuge dans la froideur.

Maddie est heureuse de sortir avec son partenaire (et ses blagues à deux balles). David aussi. Notre duo se rapproche, et leur rupture temporaire est d’autant plus dramatique. Dans sa vie précédente, les alouettes tombaient toutes cuites dans la bouche de Maddie, maintenant elle doit se battre pour gagner sa vie et accepter que David soit son seul repère, si instable soit-il. David, frustré de leur distance sociale, fait tout pour la ramener à son niveau. Chacun dit à l’autre ce qu’il n’a pas envie d’entendre. Le sommet est quand Maddie refuse de dire ce qu’elle était sur le point de laisser échapper. On peut deviner que c’est sa douleur de s'être rapprochée sentimentalement d’un homme qui finalement la déçoit. David ne dit rien, mais l’a bien compris. Ce versant dramatique est lui, très bien fait. On est aux anges avec le tag final, d’une grande beauté, avec le chaste baiser de nos deux compères : un des meilleurs tags de la série.

 

Infos supplémentaires  :

- Maddie a été convoitée par un étudiant fou amoureux à l’université. Elle déteste la presse à scandale (David adore par contre) et est très intéressée par les méthodes anti-rides.

- Le titre de l’épisode vient d’un roman d’Alexandre Dumas père adapté au cinéma plusieurs fois : L’homme au masque de fer (The man in the iron mask en anglais).

- Glenn Gordon Caron n’aimait pas la musique de Richard Lewis Warren pour cet épisode, et demanda à Alf Clausen - promu compositeur officiel de la série - de faire une nouvelle partition. Mais l’édition Lions Gate du DVD des saisons 1 et 2 de la série utilise par erreur la première partition. Ainsi le thème de l'introduction est beaucoup plus tonitruant, et l’ouverture de Guillaume Tell est substituée par une musique beaucoup plus calme.

- Un des épisodes préférés du scénariste Ron Osborn.

- Après la glissade finale, David propose une partie de Twister à Maddie. Le Twister est un jeu inventé en 1966, surtout populaire aux Etats-Unis. Plusieurs participants doivent poser leurs mains et leurs pieds dans des positions inconfortables (générées par le hasard et un tapis aux pastilles colorées). La difficulté du jeu vient que les participants doivent passer au-dessus ou au-dessous des autres selon les positions demandées. Les quatre protagonistes étant emmêlés les uns les autres à la fin de la glissade, la réflexion de David est on ne peut plus appropriée !

- Dans le journal (fictif) The national pit que lit David en attendant la filature, on voit un article intitulé Dr.Caron discovers antidote for stress. Il s’agit d’une référence à Glenn Gordon Caron, le créateur de la série.

- Dans le même journal, il est fait mention de Samuel Wilbur (1595-1656), un des premiers colons de l’état de Rhode Island, une des treize colonies fondatrices des Etats-Unis. Ainsi que d’une référence à Marlene Dietrich, lors d’un de ses derniers voyages avec un magnat arabe.

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3. LES JEUX SONT FAITS
(MONEY TALKS -- MADDIE WALKS)


Scénario : Kerry Ehrin et Ali Marie Matheson

Réalisation : Christian I. Nyby II

Une fois que je l’aurai retrouvé, je le tuerai ! Et lorsque je l’aurai tué, je le tuerai encore !!

- J’ai besoin d’un verre.
- Vous avez trop de sang dans votre système alcoolique.

Charles, un ami de Maddie, vient d’être ruiné par son homme de confiance. Il veut se suicider. Maddie tente de le raisonner et apprend que l’escroc n’est autre que Ronald Sawyer, le comptable responsable également de sa ruine à elle ! Apprenant qu’il est désormais propriétaire d’un casino à Buenos Aires, elle s’envole là-bas pour avoir une petite explication. L’entretien vire évidemment au désavantage de Maddie, qui n’a aucun moyen de pression sur Sawyer. Accompagnée de David, elle va tenter sa chance au casino de Sawyer dans l’espoir de récupérer une partie de son argent…


Niveau scénario, cet épisode est encore plus désastreux que le précédent. Pourtant, il est plus convaincant. Qui n’a pas compris que le scénario était la dernière priorité de la série ? En effet, cet épisode convainc par l'évolution toujours plus virtuose de la relation David-Maddie vers un attachement plus profond, même si leurs empoignades ne disparaissent pas, au contraire ! La superbe description de nos héros qui inversent leurs rôles (Maddie plus impulsive, David plus tempéré) est un succès. En plus, l’épisode bénéficie également d’un méchant de première classe, à l’élégance sans pareil qui n’est pas sans évoquer les raffinés diaboliques des Mystères de l’Ouest ou même des Avengers
… Sans doute manque-t-il une histoire plus consistante et plus de délire pour faire de cet épisode un quatre étoiles.

Après une longue introduction verbeuse et terne, l'épisode trouve sa vitesse de croisière avec un désopilant dialogue de sourds dans la voiture, puis une nouvelle crise où Maddie, métamorphosée en furie, lâche tout ce qu’elle a sur le cœur. Comme évoqué dans les deux épisodes précédents, Maddie n’a pas encore accepté sa banqueroute et vit mal sa reconversion.

Une curieuse touche de puérilité apparaît sur ce personnage d’ordinaire si responsable. Maddie a l’air une petite fille rêvant encore de devenir une princesse. Est-ce pour exaucer ce conte de fées qu’elle s’engagea dans le mannequinat ? Cette voie lui permettait d’exaucer ses rêves de gosse : les paillettes (le fric coulant à flots), les belles robes, et la joie d’être admirée, désirée. Egalement, son rêve sirupeux où elle imagine que Sawyer lui rendra son bien sans discuter. Sa superbe tenue de soirée, diamant brillant de mille feux, témoigne aussi de son désir d'en mettre plein la vue.
David, inhabituellement réfléchi, tente d'empêcher cette folie. Mais c’est sans doute moins par altruisme que par égoïsme qu'il tente de la fléchir : la crainte de la perdre, la peur qu’elle le quitte l’effraie. Cela rend le personnage moins lisse, au-delà de l'amuseur de service.
Les auteures jonglent en expertes avec les litotes. David a beau prétendre que Maddie ne compte pas pour lui, il ne trompe même pas la pourtant naïve Agnès (Allyce Beasley toujours épatante). Bruce Willis est très à l’aise en clown triste, la force de la scène lui doit beaucoup.

Le méchant, Ron Sawyer, est roublard, calculateur, et cynique. Le fantastique numéro de Mark Lonow est un délice : souriant, courtois, poli, presque gentil, il lui fait même du charme ! Cela rend la défaite de Maddie encore plus amère. Avec de tels personnages, comment se soucier de l’intrigue rachitique ? La réalisation de Christopher Nyby souligne chaque moment d’humour, ainsi que l’allégresse du montage d’images où notre duo gagne de plus en plus d’argent, réellement communicative. La scène fait penser au finale de l’opéra Le Joueur mais où la chanson d’Al Jarreau remplacerait le scherzo brillant de Prokofiev.

Intervient une des scènes les plus romantiques de la série : enivrés par leur succès, David et Maddie se laissent aller. David tente même de l’embrasser !! Si Maddie le repousse gentiment, elle semble tout de même s’abandonner. On a vraiment envie de gifler Ron (qui les prend pour un couple) qui se pointe au plus mauvais moment : Maddie aurait-elle fini par succomber ?
La scène passe du sourire au désenchantement. Voyant là une occasion en or de recouvrer une partie de sa fortune passée, Maddie veut tenter le tout pour le tout car cela lui permettrait de retourner à son ancienne vie glorieuse… et d’abandonner son partenaire. Après l'égoïsme de David, voilà la frivolité de Maddie bien affichée. La série se montre ici pessimiste quant à l’avenir de leur relation, noircissant ses personnages sans pour autant faire disparaître la sympathie, quelle adresse !


La partie de poker déçoit car trop courte mais Lonow assure le show ! Le suspense prend lors de l’ultime main, où tout ce que possède Maddie tient en une seule carte… David, étonnamment sobre, vient la conseiller en ce moment crucial. Sa grande douceur la rassure et elle s’en remet à lui… Mal lui en prend : le twist final leur explose à la figure. Le tag final est hilarant, le pardon de Maddie est quand même bien vachard avec le gag des 340$ ! Reste qu'elle est amère de s'attacher à David qui ne cesse de la décevoir. Un peu d'amertume dans cette fin...

Une question taraude les fans : David a-t-il fait exprès de se tromper ? Altruisme qui n’a pas marché, égoïsme qui a réussi ? L’épisode ne donne pas la réponse, au fan d’en décider !

Infos supplémentaires :

- Maddie jouait au Monopoly et mangeait des patates à l’eau quand elle était mannequin. Elle boit son whisky sec, et aime le champagne Don Pérignon 1967. Elle ne fume pas. Sa fortune quand elle était mannequin dépassait de loin les 100000$.
On la voit commander un magnum de champagne. C’est une bouteille dont la contenance est de 1.5 L. Il s’agit d’une des bouteilles les plus utilisées dans le commerce.

- David aime les crêpes Suzette. On le surnommait « Addison l’as des as » quand, plus jeune, il jouait au poker ; si David connaît les règles, ce n’est pas le cas de Maddie.

- Le titre de l’épisode vient de l’expression : Money talks, someone walks. Elle signifie « l’argent est roi, quelqu’un lui court après ».

- David et Maddie commencent à gagner en jouant au craps. Ce jeu de hasard se joue avec deux dès et est surtout joué aux Etats-Unis. Les règles sont très simples mais quelques variantes existent. David et Maddie jouent vraisemblablement à une de ces variantes
puisque Maddie gagne en lançant un 12 du premier coup. Ce coup, un des trois nommés « craps », est habituellement un coup perdant lorsqu’on le tire d’entrée.

- Les femmes à Paris fument toutes le cigare ! dit Sawyer. Y’a pas de doute, les clichés sur les Parisiennes ont la vie dure.

- David cite Le Prisonnier d’Alcatraz (1963), un film de John Frankenheimer et Charles Crichton, avec Burt Lancaster.

- Incohérence : David dit qu’il a dû descendre 23 étages à pied pour sortir de l’immeuble où se trouve l’agence. Or, dans l’épisode Le Duel (saison 1), l’agence se situe au 20e étage.

- On entend la Danse de la fée dragée, extrait du ballet Casse-Noisette de Piotr Illitch Tchaïkovsky quand Agnès entre dans l’agence. On entend, lorsque Maddie entre dans le casino, You wear it well, par le groupe DeBarge. Quand Maddie et David jouent au craps, la musique est Murphy's law, chantée par Al Jarreau lui-même.

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4. LE RÊVE ÉTAIT PRESQUE PARFAIT
(THE DREAM SEQUENCE ALWAYS RINGS TWICE)


Scénario : Debra Frank et Carl Sautter

Réalisation : Peter Werner

Nous sommes fait l’un pour l’autre, Rita. Comme Fred Astaire et Ginger Rogers, comme les toasts et la confiture…

Vous-z’êtes trompettiste ? Vous savez vous servir de vot’truc ?

David et Maddie ont une discussion avec le propriétaire d’un ancien night-club désormais en ruines, le Flamingo Cove. Il y’a 40 ans, c’était une boîte de jazz où se produisaient les plus grands artistes, mais où eut lieu également le meurtre du mari d’une chanteuse. Cette dernière avait un amant. La police ne sut jamais qui avait tué le mari car chacun prétendit avoir été abusé par l'autre, se rejettant la faute mutuellement. Maddie est sûre que l’amant a abusé de la femme, tandis que David pense le contraire. Chacun rentre chez soi et se met à rêver de sa propre version des faits…


The dream sequence always rings twice est une gifle monumentale, une de celles dont la télévision est si avare. Non seulement cet épisode est la plus grande réussite de Clair de Lune, mais est aussi un des plus grands épisodes de l’histoire des séries télé. Le merveilleux scénario de Debra Frank et Carl Sautter est un cri d’amour aux films noirs américains des années 40 (souligné par le titre original). Les interprètes réussissent un double numéro époustouflant de génie. Tout y est : reconstitution fidèle des 40’s, numéros musicaux à tomber, réalisation magistrale et élégante, recours au noir et blanc transcendant la beauté du scénario. C’est la première fois qu’une série en couleurs réutilise la bichromie, même si elle n’est utilisée que dans les rêves (plus de la moitié de l’épisode quand même). Il faudra attendre le tout aussi génial Prométhée post-moderne des X-Files pour contempler un épisode intégralement en noir et blanc.

Cet hommage à un glorieux passé révolu frappe très fort dès les premières secondes avec une présentation assurée par rien moins que Maestro Orson Welles himself !! Il était juste qu'un des plus grands acteurs-cinéastes du XXe siècle nous préparât à cet épisode - avec de plus un humour léger et bon enfant. Troublant hasard, ce serait l’ultime apparition du Maître sur un écran avant sa mort cinq jours avant la diffusion de l’épisode ! Symboliquement, l’épisode lui est dédié. Précisons de suite que la série intéressait beaucoup Welles et que c’est LUI qui demanda à y participer et non l’inverse !

La première scène donne le la : encore une dispute à couteaux tirés entre David et Maddie ! Une belle enguelade sur leurs oppositions morales totalement réjouissante. On ne se lasse pas de ce rituel qui frappe juste à chaque fois. La petite dispute avec Sloan, leur « client », creuse encore plus le fossé existant eux : Maddie refuse par honnêteté de truquer des photos alors que David accepte par obligation professionnelle. Après le récit du meurtre, vient une des plus mémorables disputes de toute la série, d’une violence inouïe, pour le plus grand plaisir du spectateur ! Une vraie folie furieuse que cette scène qui se poursuit encore par téléphone interposé à l’agence (split screen bien trouvé). Dix minutes d’un tonique incroyable. Mais l’épisode va maintenant dériver dans des eaux peu explorées à la télévision lorsque Maddie rêve.

L’épisode rend hommage au classique Le facteur sonne toujours deux fois de Ted Garnett (1946) : La femme, l’amant, et le mari encombrant. Nous sommes dans un night-club so classic, so jazzy, so vintage avec Big Band et chanteuse affriolante de rigueur. La chanteuse est bien entendu Maddie (Rita Adams désormais) dont la beauté n’a jamais été aussi foudroyante à l’écran, dans sa superbe robe brillante symbole de sa pureté.
Arrive David (ou plutôt Johnny Rick Lonesome Chance McCoy alias Zack !), imper à la Bogart, qui tout de suite lui fait du gringue ! Nous sommes habitués aux numéros de séduction de David, mais ici, il joue à fond la carte du beau ténébreux… Bruce Willis, fantastique, dégage un fort sex-appeal. Une vision fantasmée de l’unique homme de la vie de Maddie ?

 

D’un fondu enchaîné plein de maestria, Peter Werner nous amène au show musical de Rita qui chante le standard Blue Moon. Cybill Shepherd est bluffante : sa voix mélodieuse, oscillant entre un grave sensuel et un médium pur, est merveilleuse pour interpréter ce tube. La douce chanson est à l’unisson de son caractère innocent, très bon choix et très bon clin d‘œil (puisque c'est le nom de son agence). Toutefois, elle se fait presque voler la vedette par Bruce Willis qui fanfaronne avec sa trompette, faisant de remarquables solos prétentieux !
Pendant que Werner nous régale de travellings délicieux, Rita repousse un Zack très insistant, mais le charme a déjà opéré ; le mari clarinettiste (Jack Bannon, très bien), naïf, fait tout d’ailleurs pour leur faciliter la tâche. On retrouve là les histoires classieuses des films noirs. A croire qu’un scénariste et un cinéaste de l’époque se sont alliés, tellement tout resplendit de génie.

La scène où Rita tombe dans les bras de Zack est très érotiquement filmée (ah, ces gros plans…) avec un baiser so hot ! C’est un coup classique : les acteurs s’embrassent mais ce ne sont pas les personnages, mais d'autres. The Avengers avait déjà utilisé cette technique (Qui suis-je ???), et les X-Files la reprendront (Triangle), entre autres. Mais on ne se prive pas d’un tel plaisir !



La scène de meurtre avec ses implacables jeux d’ombres et de lumières, est encore une pure merveille avec une Rita apeurée, et un Zack contenant à peine son excitation morbide, parlant à double sens à sa victime. L’enquête de police fait intervenir deux autres personnages, la femme de chambre (Allyce Beasley évidemment) et surtout l’inspecteur de police trop fouinard : l’interrogatoire de la veuve « éplorée » est un calqué fidèle de ce genre de scènes, et l'inquiétant Francis X. McCarthy apporte toute la tension nécessaire. L’histoire se termine sur un twist brutal qui est la conclusion majestueuse de cette histoire.

Le rêve de David est dans la même veine, mais David Addison n’est pas n’importe qui ! Aussi, son ego lui commande une voix off dans laquelle il raconte l’action… et il va distiller un peu de fantaisie dans tout ça ! Le rêve reprend les grandes lignes mais modifie les points de vue. La pure Rita devient une étourdissante femme fatale, toute en noir, très Ava Gardner (ou Rita Hayworth, ses gants noirs font penser à ceux du Gilda de Vidor). Le mari devient plus violent, plus incisif. Certes, Zack reste assez viril (on est dans le rêve de David !) mais est désarmé face à cette mante religieuse. C’est l’occasion pour Cybill Shepherd de chanter encore, et son interprétation sauvage de I told you I love you, now get out ! (avec un Zack beaucoup moins assuré au piston) campe bien son personnage dominateur.


Cybill Shepherd et Bruce Willis sont impériaux dans leurs doubles rôles. Il y’a aussi quelques scènes de parodie assez détonnantes ! Zack joue de plusieurs instruments à la fois, se fout royalement du 4e mur, la scène du glaçon est joyeusement débile, mais l’apothéose est quand Rita quitte l’appartement de Zack en oubliant ses fringues : morts de rire ! Cybill Shepherd est divine, drapée seulement dans un drap, on en aura la confirmation dans l'infamous I am curious... Maddie (saison 3). Même l'exécution sur la chaise électrique voit sa tension cassée à coup de répliques absurdes ! Quelques instants de poésie s'enchâssent comme Zack jouant au clair du soir, son errance dans les cafés miteux de la ville, la spectaculaire entrée de Rita dans une tenue très sexy, ou les cadrages parfaits de Werner, filmant notre couple post-coïtum… Remarquons que le Bad Blood des X-Files reposera sur la même idée de deux points de vue divergents (quoique Vince Gilligan se cantonnera à l'humour). Cet épisode est un hymne au génie des interprêtes, à la plastique de Cybill Shepherd, et au charme animal de Bruce Willis, via des gros plans fastueux.

Le tag final est un délice : nos amis se regardent l’un l’autre, campant sur ses positions, regardant l’autre avec douceur et ironie. Une fin tout à fait dans le style de leurs relations et achevant glorieusement ces 45 minutes d’éternité…



 Infos supplémentaires :

- L’épisode est dédié à Orson Welles (1915-1985), qui présente l’épisode. Le titre original de l'épisode est tiré de The postman always rings twice (1946). Le titre français s'appuie sur le film de Sir Alfred Hitchcock Le crime était presque parfait (1954).

- Episode partiellement en noir et blanc. Il s’agit d’un des épisodes préférés de la communauté des fans. Cet épisode coûta à la production deux millions de dollars au lieu du million
et demi habituel ! Seul Atomic Shakespeare dépassa aussi le coût standard. La production fut réticente à tourner un épisode en noir et blanc, et il fallut toute l'insistance des deux écrivains et de Glenn Gordon Caron pour les convaincre.

- Le numéro sur l’uniforme de prisonnier de Zack, lors de son exécution, est 08069. Il s’agit du code de la maison de David.

- David se réveille en prononçant les mots « Auntie Em ? ». Il s’agit d’une référence au Magicien d’Oz (1939).

- Anachronisme : Zack mentionne la chanson Stairway to heaven de Led Zeppelin. L’histoire a lieu en 1946, mais la chanson date de 1971 !

- Cybill Shepherd chante Blue Moon et I told you I love you, now get out ! standards de Richard Rodgers et Lorenz Hart. On entend aussi Limbo rock de Jon Sheldon et Billy Strange, chantée par Chubby Checker. Ainsi qu’une orchestration du 3e mouvement Lento de la Sonate pour piano n° 2 en si bémol mineur op.35 de Frédéric Chopin (la marche funèbre) lors de l’exécution de David.

- David dort avec un maillot de sport SBVC. Il s’agit de l’équipe sportive de San Bernadino Valley College, qui joue dans plusieurs domaines : base-ball, basketball, football, etc.

 

 

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5. MON BEAU DAVID
(MY FAIR DAVID)


Scénario : Bruce Franklin Singer

Réalisation : Will Mackenzie

- Et si vous perdez, qu’est-ce que je gagne ?
- Moi !
- Vous en entier, ou seulement la tête sur un plateau ?

Bouge ton cul, banane !!


Clark Graydon, pianiste talentueux et escroc minable, est kidnappé. Sa belle-mère, Emily, est une dame âgée fortunée qui engage David et Maddie afin de marchander le prix de sa rançon (100000$). Le duo accepte et s’embarque dans une enquête pleine de rebondissements. Par ailleurs, Maddie en a assez du comportement immature de David et engage un pari avec lui : il doit être sérieux pendant huit jours. S’il gagne, il aura 3000$ et Maddie devra danser le « limbo ». S’il perd, il devra licencier deux de ses paresseux employés et s’attirer ainsi la fureur de son staff…


Cet épisode pourrait servir d’introduction à la série : il en contient tous les atouts avec un excellent sens de l’équilibre : humour dévastateur, enquête loufoque, dialogues mortels, écriture sans complaisance de nos héros, émotion bien insérée, personnages haut en couleurs… Bruce Franklin Singer montre qu’il a tout à fait saisi l’esprit débridé de la série et offre une partition maîtresse à ses interprètes. De plus, l’épisode accueille une prestigieuse guest star en la personne de Barbara Bain ! Son personnage, bourgeoise hautaine, déterminée, et assez froide, est finalement proche de Cinnamon Carter. Cet épisode, soutenu par la réalisation énergique de Will Mackenzie, est une réussite complète.

L’enquête est très agréable à regarder, car très multiple. Emily Graydon éveille tout de suite notre curiosité. Elle n’a pas le comportement d’une mère affolée, bouleversée, mais envisage la situation sous un sidérant angle pragmatique, sa priorité étant de diminuer le montant de la rançon plutôt que de s’occuper de l’état de son beau-fils ! (très bon Robert Joy) Le premier rebondissement, imprévisible, est très bien trouvé. A la clé, un dilemme éthique avec le toujours amusant déchirement moral de Maddie s’opposant à l’opportunisme beaucoup moins moral de David.

 

Un second rebondissement embraye avec une intense course contre la montre, à l’issue brutale peu familière dans la série. Après un toujours désopilant double monologue simultané, le spectateur tombe à plein dans l'étourdissant twist final. Pas de fin spectaculaire mais un affrontement plein de suspense porté par une tranchante Barbara Bain, qui reprend quelques tics de son rôle d’espionne déterminée. Suspense mâtiné toutefois de burlesque avec les airs outrageusement décontractés de David dans la situation !

Le pari occupe le centre du récit, qui s’ouvre par un coup de gueule de Maddie qui surprend David et le staff en train de danser le limbo rock ! Maddie en a ras-le-bol de son associé fétard et gamin, incapable d’être professionnel une seconde. Leur dispute est d’une longueur inhabituelle, même pour la série, un déballage de répliques furieusement assassines entre l’austérité de Maddie et les délires de David. Ce dernier nous apparaît bien plus sympathique que rabat-joie Maddie alors qu'elle se démène à fond pour faire tourner l'agence... les fans sont si ingrats parfois.
David n’est pas crédible un instant en « sérieux » : phrases à rallonge, ton détaché, maintien victorien, visage monolithique… ajoutez le génie comique de Bruce Willis, et on se marre encore plus à le voir comme ça. En plus, il laisse échapper de temps en temps quelques tics du David habituel, augmentant encore plus l’hilarité.

Maddie surveille le moindre faux pas de son associé, petit jeu stupide doublé d'un concours de vannes qui dure pendant tout l’épisode. Singer noircit beaucoup Maddie, ici décrite plus que jamais comme une bobo BCBG martyrisant son pauvre acolyte. Et ça paie... pétrifiés d’horreur, nous voyons David perdre toute comédie. C’est si inattendu qu'il fait… peur ! Singer enchaîne brillamment sur l’humiliation générale de Maddie entourée d’employés haineux, un immense moment de solitude. Allyce Beasley est irrésistible en Agnès plus infantile tu meurs (Vous l’avez « déDavidé » !!!).
Le sérieux continu de David finit par angoisser Maddie qui avoue que « l’ancien David lui manque ». Rétro-pédalage visible à 10000 km, mais si drôle. Cette minute est évidemment brisée par une bourde de David qui nous fait un show dansant bien allumé !
In extremis, Maddie trouve rédemption aux yeux du spectateur. Elle aime bien David malgré (pour ?) ce qu’il est, et prend conscience qu’elle ne doit pas le juger si elle ne veut pas l’être. David, avec une sincérité étonnante, lui déclare qu’il n’aurait pas eu son indulgence, mais Maddie le savait déjà. Cette belle preuve de confiance, rachetant Maddie, est une fin salvatrice, une bouffée d’espoir quant au devenir de leur relation. Délicieux…

 

 Infos supplémentaires :

- Le titre de l’épisode est tiré de My fair lady (1964), fameuse comédie musicale adaptée de la pièce Pygmalion de Georges Bernard Shaw. Elle raconte comment un professeur de linguistique pygmalion transforme une fille des rues en grande dame distinguée. Pareillement, Maddie tente de transformer David.

- 7 mois se sont écoulés depuis la rencontre David-Maddie.

- Maddie a eu un chien appellé Vieuxfrère. Il mourut écrasé par la voiture de son père.

- Continuité : Quand David ouvre la porte de la voiture, la vitre est fermée, mais elle est ouverte quand David ferme la porte.
D’un plan à l’autre, le cordon du collier de Maddie change plusieurs fois de position dans la scène de la voiture.

- Clark joue en concert le 3e mouvement Presto agitato de la Sonate pour piano n°14 en ut dièse mineur op.27 n° 2 de Ludwig van Beethoven. Ce n’est pas anodin, car il s’agit de la sonate… Clair de lune !!

- On entend dans l’épisode Limbo rock de Jon Sheldon et Billy Strange, chantée par Chubby Checker. Mais aussi la chanson You can’t always get what you want des Rolling Stones. David chante Money (That’s what I want) de Barrett Strong.

- Will Mackenzie remporta un Director’s Guild of America Award pour cet épisode.

 

 

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6. L'EX DE DAVID
(KNOWING HER)


Scénario : Jeff Reno et Ron Osborn

Réalisation : Peter Werner

- Hola Madame, est-ce que le numéro que j’ai demandé est toujours en service ?
- Allez vous faire voir !!

- David, il y’a un tombeau à l’arrière.
- Non mais sans blague, vous avez pas vu où nous sommes ? Nous sommes dans un corbillard !

Gillian Armstrong se présente à l’agence : on lui a volé ses bijoux. A sa grande surprise, elle tombe sur David, qui n’est autre que son ancien petit ami ! Troublé par cette rencontre, David va la voir chez elle et apprend qu’elle s’est mariée à Harlan Armstrong, un homme riche mais qu’elle n’aime pas et dont elle souhaite divorcer. David et Gillian se rapprochent mais elle est victime de deux « accidents » en 24 heures qui manquent de la tuer de peu…


Dring ! Si vous avez demandé la collection Harlequin (ou Casanova pour les Avengerophiles), vous avez sonné à la bonne porte ! Beau garçon, deux belles filles qui se disputent le beau garçon, argent, jalousie, sexe, et mort : la totale !!! Euh, quoi, c’est un épisode de Clair de Lune ? Ah désolé…
L’ex de David tombe au champ d’honneur des épisodes à géniale idée initiale qui s'écrase en vol. Faire intervenir une relation passée de David était plein de promesses. Le choc est rude, le scénario de Jeff Reno et Ron Osborn est une histoire sucrée bourrée de clichés grossiers, tout à fait prévisible. L’épisode n’évite le naufrage que grâce à Cybill Shepherd et sa rivale, à la musique décalée d’Alf Clausen, et la prodigieuse mise en scène de Peter Werner.

Ca commençait bien pourtant, avec l’arrivée pathétique de Maddie à l’agence : sale, mal habillée, toute boueuse… et quand même toujours si belle ! David lui balance des hilarantes remarques débiles, provoquant explosion de fureur de l’intéressée et pétillant dialogue : Maddie croit encore aux contes de fées et se désole de la disparition des « chevaliers servants », tandis que David, prenant appui sur les revendications féministes, justifie l’inaction des hommes devant les femmes en détresse. Un dialogue aussi drôle que rocambolesque, mais pas tout à fait faux : les hommes sont moins galants de nos jours, et l’émancipation de la femme a eu pour effet collatéral de les rendre moins entreprenants. D’où un fossé toujours large dans les relations hommes-femmes.
Sinon, notez que Maddie enlevant ses bas souillés, c’est d’un bel effet sensuel…



La très belle Dana Delany est idéale en ancienne compagne de David, son jeu ambivalent en fait une des guest stars les plus mémorables de la série. Hélas, Bruce Willis réduit à néant toute l'intensité de leurs scènes : s'il est immense en fanfaron, il est terriblement mauvais en sentimental. Confondant sobriété et monolithisme, il n’arrive jamais à être émouvant. Corollaire : son duo avec Delany ne crépite jamais. Duo assassiné en plus par des dialogues d’une niaiserie absolue.

Mais la série a toujours été douée dans les portraits, et Gillian ne manque pas à la règle : partagée entre amour et argent, elle fait penser à la Laura de Radio assassin (saison 1) : elle a plaqué David du jour au lendemain, sans le prévenir, pour épouser un homme riche. Ses aspérités très sèches dans son portrait sympathique ne sont pas très éloignés de la Megan Hunt de Body of proof (série très médiocre dont l'actrice était le seul atout). Après Maddie, Laura, et la Rita de David dans Le rêve était presque parfait, on se dit décidément que la série ne voit les femmes que comme des créatures castratrices et intéressées ! Mais les hommes ne sont pas épargnés non plus, vus comme des crétins faibles : avec le tourmenté Harlan (très bon Joel Colodner, dans un rôle casse-gueule), brisé par la perspective du divorce, et un David humilié dans sa virilité d'avoir été plaqué par une femme. La série prend une intéressante dimension sociologique, mais y sacrifie son intrigue. Jusque dans sa trouble conclusion, on sent un conflit entre les sentiments non feints de Gillian et le secret qu'elle cache en elle, c'est très habile.

David est pesant d’un bout à l’autre. La scène de la chambre d’hôtel est ratée. Celle de l’hôpital n'est guère meilleure, malgré Maddie laissant échapper sa jalousie. L'épisode de noie dans l’eau de rose déversé à grands seaux. Heureusement, la scène « romantique » entre les deux ex est un grand instant de beauté, magnifiquement réalisée. Le coup de théâtre qui suit se dilue hélas dans une enquête rapide, avec un inspecteur benêt au possible et un David réellement saoulant.

Maddie hait Gillian. Mais elle se gardera bien d'avouer que voir David lui échapper lui fait mal. Sa triste solitude durant la journée où David est absent est un excellent miroir à celle des Jeux sont faits
… David songe à quitter l’agence, abandonnant une Maddie désespérée et trop fière pour admettre l’évidence.
La conclusion est bâclée : le revirement de David n’est pas crédible, et Gillian est d’une étonnante maladresse. (mais les close-ups de Werner sur les profonds yeux de Delany sont sans prix…) La spectaculaire course-poursuite de corbillards, malgré une fin trop brusque, retrouve cependant un peu du délire habituel de la série. Au final, L’ex de David ressemble davantage à un roman de Barbara Cartland qu’à un épisode de la série.

Heureusement, le tag final est réussi : David laisse une rose et un mot gentil à Maddie… avant de se raviser : il est trop orgueilleux pour s’humilier devant elle ! On quitte donc avec le sourire cet épisode qui n’a pas tenu ses promesses, malgré une Cybill Shepherd émouvante et sympathique en jalouse délaissée.

Ah, au fait, deux amoureux qui s’appellent David et Gillian, ça ne vous rappelle rien ?

Infos supplémentaires :

- Aka. Blast from the past.

- On voit le numéro 2016 sur la porte de l’agence.

- David est gaucher. Il a songé à se faire curé. Sa liaison avec Gillian Armstrong remonte à trois ans avant le début de cette histoire.

- Maddie a gâché une amitié avec une amie d’enfance après avoir dit qu’elle avait tort d’épouser son fiancé.

- La scène romantique entre David et Gillian a été filmée par Jay Daniel, producteur exécutif de la série. Il réalisera par la suite quelques épisodes de la série.

- On entend dans la scène d’introduction la fameuse chanson I’m singin’in the rain de la comédie musicale éponyme de Nacio Herb Brown et Arthur Freed (chantée par Gene Kelly bien sûr !). Pendant la scène romantique entre David et Gillian, la musique entendue est This Old Heart of Mine (is Weak For You) des Isley Brothers. On entend aussi dans l’épisode de charmants morceaux instrumentaux, ainsi qu’une variation orchestrale de la Marche funèbre de Chopin pendant toute la scène finale.

 

 

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7. UN CONTE DE FÉES
(SOMEWHERE UNDER THE RAINBOW)


Scénario : Debra Frank et Carl Sautter, d’après une histoire de Frank Dandridge, Debra Frank, et Carl Sautter

Réalisation : Peter Crane

- Et j’aimerais accorder trois vœux à Mr.Addison.
- Euh, vous êtes sûre ? Rien qu’à cette idée, j’en frémis à l’avance !

- Je suis un inconditionnel de Pierre-Paul Rubens, période XVIIe siècle, style baroque.
- David ?
- Et il a peint de grosses bonnes femmes qui avaient du monde au balcon ; il a peint des femmes bien rembourrées !! C’est une notion artistique que je peux facilement intégrer.


Kathleen Kilpatrick, jeune irlandaise, a un coup d’un soir avec un inconnu. Mais ils sont dérangés par un homme qui pointe un fusil vers elle et lui ordonne de lui donner « quelque chose ». Aussitôt, Kathleen lance une incantation de magie noire et tue son agresseur ! Elle se présente le lendemain à l’agence Clair de Lune pour leur demander protection : elle dit être un leprechaun, et que des hommes tentent de l’attraper pour qu'elle les mène à son chaudron d’or. Maddie refuse de s’occuper de cette « cinglée », tandis que David est plus enclin à la croire…


Bon, on n’était pas fou au point de croire que le fabuleux duo du rêve était presque parfait allait réitérer pareil exploit, mais le fossé est quand même grand ! Le deuxième scénario de Frank et Sautter accumule longueurs et allers-retours stériles à satiété. La mise en scène monotone n’arrange rien… Pourtant, cet épisode parvient à convaincre par son atmosphère d’opérette pétillante. D’une légèreté joyeuse, il joue à fond sur le choc des cultures entre le réel et le merveilleux. Ainsi que par la transformation de la banalité du quotidien en conte de fées surréaliste. L’invitée du jour, Alexandra Johnson, ravit par un joli abattage comique.

Une ravissante irlandaise a un one-night-stand avec un inconnu. Cette pratique sexuelle commençait à prendre son essor dans les années 80 (développement d’Internet et des sites de rencontre). Que ce soit la femme qui décide ici de cette relation est cependant novateur, ce genre de proposition était alors généralement proposée par les hommes. L’épisode s’inscrit ainsi dans son temps. On vire dans le n’importe quoi avec le maléfice mortel et la prière pour le pardon des pêchés, totalement hors-sujet ! Le cabotinage vaticinant de Johnson est hilarant.

La dispute traditionnelle Maddie-David n'est pas aussi verte que de coutume. En fait, il n’y aura ni dispute cinglante ni approfondissement des relations dans cet épisode, remplacés par une atmosphère de feel good movie : nous allons assister à une petite histoire gentille, sans prétention et à l’humour enfantin. Et malgré les longueurs, ça va marcher, mais c’est surtout grâce à la malicieuse second rôle du jour.

Kathleen est un personnage rafraîchissant (balade romantique avec David, image d'elle en train de dormir telle une princesse de conte de fées). Mais elle est surtout d’une innocence si improbable qu’elle nous fait rire à chaque énormité qu’elle balance calmement à nos détectives éberlués : elle est un leprechaun, a un chaudron d’or, des méchants veulent la capturer… cette rencontre du 3e type aboutit à la concertation David-Maddie. Maddie est une rationaliste qui ne croit en rien, si ce n’est à la logique et au «  réel  ». David, très gamin, est plus ouvert aux contes de fées, et est donc «  croyant  » : il croit à l’indémontrable, alors pourquoi pas les leprechauns ? Ainsi, Mulder et Scully, euh pardon David et Maddie revisitent la loi des « extrêmes s’attirent » mais avec un systématisme qui n’a guère d’équivalent dans le monde des séries !

Quelques bouffées de délire bien destroy pimentent la folie douce de l'épisode comme une scène dans la morgue qui n’est pas sans rappeler les X-Files (version Darin Morgan) ou la recherche du chaudron d'or, où les auteurs ne se refusent rien en matière de burlesque : la chanson paillarde de David qui met Maddie sur les nerfs témoigne bien du non-sens hilarant de l'ensemble.
Cerise sur le gâteau, une bondissante mélodie irlandaise accompagne l’épisode. Cette gigue (elle rappelle celle de la Suite française de Maurice Emmanuel) pleine de fraîcheur contribue au sentiment de pétillement distillé par l’épisode.

Ce conte de fées urbain n’arrive décidément pas à se prendre au sérieux ! Alexandra Johnson est d’une souriante légèreté qui réussit à nous faire avaler cette histoire joyeusement irréaliste. La révélation de la véritable origine de l’or était certes prévisible, mais elle mène à la climatique course-poursuite finale, dans un aéroport : défilé de gags et de glissades dont une dans la soute à bagages qui n’est pas sans rappeler Rabbi Jacob ! La chute finale, angélique et mignonne, exalte le triomphe du conte de fées, nous disant que les vœux les plus incroyables peuvent être exaucés dans la vie de tous les jours. Une morale euphorisante bien dans la veine de la série !

Infos supplémentaires :

- Le titre original est une déformation de la célèbre chanson chantée par Judy Garland dans Le Magicien d’Oz (1939) : Somewhere over the rainbow, qui fut maintes fois reprise.

- Sur la table de nuit de la chambre d’hôtel, on peut voir une bouteille de « Paddy ». Il s’agit d’un whisky irlandais extrêmement fort (plus de 80° !), aux arômes puissants, très populaire dans le pays. Apparemment les leprechauns tiennent très bien l'alcool !

- David dit que Rubens est un de ses peintres préférés (pour ses nus féminins très imposants). Il prétend par ailleurs que Gauguin a combattu Godzilla. Bien entendu, il s’agit d’une référence au film japonais d’Ishirô Honda de 1954.

- Suivant une certaine tradition puritaine, le one-night-stand de Kathleen sort du lit revêtu d’un caleçon…

- Continuité : Dans L’ex de David, la porte attenante au bureau de Maddie s’ouvre sur une salle de bains. Dans cet épisode, il s’agit d’un placard !!
Faux raccord : au début de de la ballade nocturne entre Kathleen et David, ce dernier a les mains dans les poches, mais au plan suivant, il a une main autour de la taille de Kathleen.

- En plus des jolies mélodies irlandaises, David chante une variation de la chanson populaire Swing low, Swing chariot.

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8. LE PORTRAIT DE MADDIE
(PORTRAIT OF MADDIE)


Scénario : Kerry Ehrin et Ali Marie Matheson

Réalisation : Peter Werner

- Là, j’en reste sans voix !
- Ah, si ça pouvait être vrai !

- On a commencé sans moi ? Ma cliente ne répondra plus à vos questions !
- Dites donc, qu’est-ce qui vous prend d’entrer de cette façon ?!
- Je ne sais pas. Vous n’avez qu’à demander aux scénaristes !!


Phillip Wright, artiste peintre, finit de peindre un superbe portrait de Maddie… puis se suicide ! Maddie n’a jamais vu cet homme et est donc stupéfaite du culte secret que l’artiste lui vouait. Plusieurs énigmes se posent : pourquoi le tableau a pour titre « Le trésor de Charles » ? Pourquoi certaines personnes un peu louches sont-elles intéressées par ce tableau ? Quel est le mobile du suicidé ? Pensant que le tableau a un sens caché, David et Maddie essayent de le décrypter...

Cet épisode plaisant se centre sur la personnalité de Maddie, dont il croque un portrait parfois dur, mais sans la juger, que ce soit via les rebondissements de l’enquête, ou par les yeux de David. L’enquête offre un intéressant suspense posé dès les premières secondes qui ne se résout qu’à la toute fin. La sauce prend en dépit de son déroulement aléatoire, avec un excellent double twist final. Le toujours chevronné Peter Werner compte pour beaucoup dans la réussite de l’épisode, sa mise en scène inspirée et vive dynamise un script très modéré.

L’épisode commence par un coup de théâtre : David et Maddie sont… créditeurs ! Sous l'émotion, ils engagent un curieux flirt passager où David « tripote » quelque peu Maddie. Les ambigus regards et un certain « laisser-faire » envers les audaces de son associé désamorcent la froideur acide apparente de Maddie. Troublant !
Le tout vire vite toutefois à une pugnace bataille d'arguments ! Cet épisode nous suggère les talents de gestionnaire de Maddie, plus habile que son associé. Son ancienne carrière de mannequin et la fréquentation d’agents l’a blindée. Son côté businesswoman, novateur à la télévision, se voit quand elle veut fructifier cet argent par des investissements. David, bien entendu, ne pense qu’à faire la fête ! Hédoniste au plus haut point, il profite des plaisirs de la vie, tout en étant d’une vaste incompétence gamine. Maddie, plus austère, plus prudente (depuis la trahison de Sawyer ?) est enfermée par la peur et veut être « raisonnable », sans jamais se laisser aller. Conséquence : une vie verrouillée dans une routine désespérante.

Maddie est encore très sensible à la flatterie et à la reconnaissance. La mannequin n’a pas disparu en elle : elle est remplie de fierté quand elle apprend l’existence de son admirateur secret et de son portrait, symbole d’un amour platonique de l’artiste à sa muse. Presque l’amour courtois du Moyen-Âge avec la sacralisation de la Dame, ce qui n'est pas pour lui déplaire. Cette conjonction explique naturellement son coup de folie. Lorsque David la confronte à ses propres contradictions, Maddie se défend en rappelant qu’elle est la patronne et la libre dépositaire de l’argent. Légalement, elle a tout à fait raison ; moralement, elle est assez intelligente pour comprendre qu'elle a mal agi. On ne peut donc s’empêcher de ressentir une certaine pitié pour cette femme de tête à la merci de ses émotions primitives, de son besoin d’être désirée. Sa naïveté, déjà manifestée dans Les jeux sont faits, apparaît quand elle se fait berner par le trafiquant qui joue sur sa fibre romantique. Maddie sera toujours dessinée avec moins de sympathie que son partenaire masculin, mais la compassion des auteurs désamorcera subtilement ce fait : la vie de Maddie sera toujours plus chaotique et plus amère que celle de David, ce qui la force à être moins lumineuse que lui. Un portrait féministe certes convaincu (Maddie est une patronne efficace, indépendante, supérieure à son collègue) mais assez sombre (bien moins sympathique que Dave), peut-être un peu trop ; mais en 1985, c'était un portrait déjà extrêmement innovant, et malgré son imperfection, demeure fort aujourd'hui.

Son égotisme se voit aussi par le dépit amoureux de David. Comme dans Radio assassin (saison 1), où elle préférait à David un mort ; elle est touchée par l’oeuvre de Phillip - mort également ! - sans accorder attention à David. Quand le second meurtre fait prendre à l’affaire des allures de duel pour ses beaux yeux, elle est secrêtement flattée, ce que ce fin psychologue qu’est David comprend bien. Bruce Willis est plus convaincant que d’habitude en sentimental repoussé (What about us poor slobs that live for you ?). Mais le baiser qu’elle lui lance de loin, dans le plan final, la réhabilite aux yeux du spectateur, par sa spontanéité, et sa sincérité.
Aussi, sa déconfiture est-elle d’autant plus cruelle quand le secret du tableau est découvert, puisque si l’admiration du peintre mort était réelle, le motif de ces morts n’était point Maddie mais bien une affaire plus banale ! Ce coup porté à son ego lui fait mal, mais le galant David - pour une fois - s’abstient de tout commentaire.

L’enquête est un McGuffin mais pas sans qualités. Malgré de flagrantes baisses de régime, les multiples énigmes voient leurs résolutions judicieusement différées. Pas mal de rebondissements, dont le moindre n’est pas les twists de fin. On notera quelques moments forts comme l'introduction où du sang tâche un mur couvert de photos de Maddie, avant que la caméra se dirige, dans un quasi plan-séquence, sur le superbe portrait. Mais aussi la splendide scène de la déambulation muette de Maddie dans le musée avec un significatif jeu de regards. Peter Werner confirme qu'il est le meilleur réalisateur de la série. Côté humour, on note l’apparition du 2e puis du 3e larron, quelques cassages de 4e mur (Maddie, I just had my hand on your behind. If I get any more serious, they're going to move us to cable !), le show déchaîné de David… mais le morceau de choix reste évidemment le festif final, avec de grosses explosions de peinture pour terminer l’épisode sur un hilarant ton parodique !

Infos supplémentaires :

- Maddie et David vont boire un verre ensemble tous les vendredis.

- Quand Agnès est inquiète, elle répond au téléphone en prose.

- Le titre de l'épisode fait référence au roman d'Henry James : Portrait of a lady.

- On réentend la musique de Vertigo de Bernard Herrmann (après Règlement de compte, saison 1).

- David fait référence au mythique soap opera Dallas quand il évoque parmi les grands américains les Ewing.

 

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9. DRÔLES DE NUMÉROS
(ATLAS BELCHED)


Scénario : Roger Director

Réalisation : Christian I. Nyby II

- C’est pas qu’j’en sois pas sûre… c’est que je n’en suis pas certaine !

- Dites félicitations.
- Félicitations.
- Dites je n’y arrive pas y croire David.
- Je n’arrive pas à y croire David.
- Dites serre-moi, prends-moi, viole-moi, abuse de moi !
(Silence)

La banque de Thornton Wellman est cambriolée. Les voleurs emportent par accident son rolodex contenant tous ses numéros de téléphone. Phil West, un de ses employés, est sur le point d’être renvoyé car il avait oublié de le ranger dans le coffre-fort. Wellman fait appel à la prestigieuse agence de détectives Lou LaSalle pour résoudre l’affaire. Ce même Lou LaSalle fait une offre à Maddie pour racheter son agence, offre qu’elle veut accepter, au contraire de David. Ce dernier rencontre West dans un bar et décident de se venger de LaSalle en retrouvant le rolodex avant lui. Ils vont cependant au-devant de grosses complications…


Roger Director ne nous avait guère convaincu avec La dame au masque de fer, à l’enquête indigente et paresseuse. Cet épisode réitère ce même travers, mais avec une différence de taille : il écrit un véritable tournant dans la relation David-Maddie qui p
assent par de douloureux moments qui les souderont plus que jamais. Une étape fondamentale sera bel et bien franchie à la fin de l'épisode. L’épisode convainc aussi pour son attaque au vitriol du milieu des entreprises capitalistes (paternalisme, machisme, mépris des sous-fifres…). Un scénario modéré mais sans temps mort, s’achevant sur une fin joyeusement amorale.

Le début voit Maddie et David partageant un petit-déjeuner romantique ! Heureusement ça ne dure pas : dès que Maddie annonce qu'elle va vendre l’agence, ça fuse sec immédiatement. Ouf, on a eu chaud... cette tonique dispute récapitule habilement la vénalité de Maddie et la faiblesse de David avant leur prochaine rédemption. Un nouveau trait de caractère apparaît sur David : le refus de se laisser abattre, marquant une progression par rapport à sa déprime dans Radio assassin. A la différence du désespéré West (excellent Mark-Linn Baker, au jeu un peu fou-fou), il veut rebondir malgré sa peine de « ne pas compter pour Maddie », et fait preuve d’un optimisme utilisé de manière enfin adulte, loin de son immaturité coutumière ; un optimisme qui permet de passer outre la métaphore un peu lourde de leur fouille dans les ordures sous lesquels se cache leur trésor : le rolodex perdu.

Après une version hilarante du Heigh ho ! de Blanche-Neige et les sept nains, et les appels irréalistes de David au pape et au président des Etats-Unis, il songe à garder le rolodex pour fonder sa propre agence... et c’est la catastrophe car les initiatives malheureuses de West démolissent tout, entraînant une folle course-poursuite sur musique décalée et vaudevillesque (Alf Clausen toujours au top) avec David tel qu'en lui-même : délirant à mort dans les pires situations possibles.

L’épisode est remarquable dans sa description furieuse des entreprises, les employés de multinationales ne sont vus que comme des machines à produire. West est mal récompensé de sa fidélité, son pétage de câble est d'un pathétique sombre. A Wellman, antipathique, mais limité, on préférera comme méchant LaSalle, dont les idées arriérées (misogynie entre autres : il
mute Agnès dans un service invisible car elle n’est « pas décorative ») sont d’autant plus acides qu’il est d’une courtoisie désespérante. Ainsi, il renvoie Maddie non sans l'assurer qu'elle aura de gros dividendes régulièrement : elle pourra ainsi retrouver sa vie d'avant (sa juste place doit-il penser), mais, surprise, elle n’en est pas heureuse !


Car Maddie a changé : après avoir essayé de fuir la réalité, son inconscient a fini par l'accepter, et mieux, à l’aimer ! Le travail est devenu nécessaire pour elle. La petite fille qui rêvait encore de contes de fées meurt quand elle réalise que sa vie de mannequin se résumait à des plaisirs artificiels (shopping…), à être riche mais dénuée des vraies valeurs de la vie. Ce rite initiatique, sujet de milliers de navets, convainc ici car il s'inscrit au sein du portrait le plus sympathique de Maddie dans la série, et aussi parce que les auteurs ne tombent pas dans le béat en sauvegardant quelques traits acérés de l'ancienne Maddie.
La fin est d’une amoralité sardonique. L’alliance entre nos héros et West met LaSalle au pied du mur. Mais il s’en sort par une maligne pirouette. Sans renoncer à son mépris pour la classe moyenne, il ramasse le profit de l’affaire en ne déboursant quasiment rien : une promotion pour West, et Maddie reprend l’agence, c'est tout. Triomphe de nos héros mais aussi de la condescendance des richards, et West promu alors qu’il a commis un vol : soit deux bons coups de poing dans la morale !


La relation David-Maddie évolue de manière décisive, les rapports de classes s’abolissent entre eux. Voir Maddie supplier David de la prendre dans sa future agence comme simple employée est très touchant. Prête à « s’abaisser » pour David, elle prouve qu’elle ne lui est pas indifférente (la séquence de l’escalier est d'une pure beauté). Mais que dire de la scène finale où David lui renvoie l’ascenseur ? Il abandonne ses projets et se remet au service de sa cheftaine qui n’en demandait pas tant. Ce sacrifice mutuel est une vraie déclaration d’amour réciproque déguisée. L'image finale du couple souriant après la tempête est émouvant et heureux. Elle adoucit l’ironie grinçante de la fin. Magnifique !


Infos supplémentaires :

- David aime les bloody mary (pas trop sur le bloody, forcez sur le mary) ainsi que les chocolats froids. Il passait ses vacances autrefois à Rome, dans l’état de New-York.

- Parmi les numéros du rolodex, David est surpris de trouver celui de Pia Zadora. Chanteuse et actrice américaine née en 1954, elle est particulièrement réputée pour avoir tourné un certain nombre de nanars (raflant 5 Razzie Awards au passage) et pour avoir eu son heure de gloire en 1985 avec le tube When the rain begins to fall. Cependant, elle fut toujours considérée comme une artiste dilettante, et pas vraiment douée.

- On voit une référence à Radio assassin (saison 1) lorsque Maddie parle de cette affaire à Lou LaSalle.

- Le titre original de l'épisode détourne un roman d'Ayn Rand : Atlas Shrugged, qui défend via son héros l'idée selon laquelle seul le travail permet de prendre toute sa valeur en société (donc devant certainement servir de combustible pour les employés de l'agence Blue moon). La connexion avec le personnage de West va donc de soi
quoiqu'ironique.

- On entend brièvement l'allegro final de l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini lors de la course-poursuite dans la banque. La chanson entendue dans le bar quand David et West se rencontrent est Leavin'on your mind de Patsy Cline.

 

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10. IL EST NÉ LE DIVIN ENFANT
(T'WAS THE EPISODE BEFORE CHRISTMAS)


Scénario : Glenn Gordon Caron

Réalisation : Peter Werner

Vous avez la moralité d’un lapin, le caractère d’une limace, et les méninges d’un diplodocus !!

- Vous avez ce qu’on va être obligé de faire ?
- De conclure rapidement. Il y’a une autre émission dans douze minutes !

- I hate you !
- You love me !


Joseph Goodman a témoigné en justice contre Léonard, un criminel qu’il connaissait. Ce dernier le retrouve après sa sortie de prison et le défenestre. Mais Mary, sa femme, a eu le temps de s’enfuir avec leur bébé. Dans sa fuite, elle le laisse à sa voisine, qui n'est autre qu'Agnès Topisto ! Pendant que David et Maddie se déchirent quant à appeler la police ou pas, Léonard espionne Agnès et le bébé pour retrouver Mary, unique témoin de l’assassinat. Le dénouement aura lieu le soir de Noël…


Cet épisode euphorique, bourré d’humour et de dialogues pulvérisant tout sur leur passage, est une des créations les plus jouissives de Glenn Gordon Caron. Le créateur de la série enchaîne les situations les plus absurdes à un tempo effréné sans oublier de construire une histoire à suspense. Twas the episode before Christmas (quel titre !) est bien un des meilleurs épisodes de toute la série, et un des plus recommandables épisodes de Noël. Il se conclut par une splendide scène finale restituant toute la magie de Noël, avec un des plus beaux cassages de 4e mur.

Le dramatique assassinat initial fait frissonner, tout comme le grinçant « Joyeux Noël » lancé par Léonard, joué par une futur star, Mr.Richard Belzer ! Drôle d’effet de voir le futur John Munch, le flic impitoyable envers les criminels par excellence, suivre la voie du mal, mais l’éclatant talent de Belzer fait qu’il est tout à fait convaincant dans ce rôle sinistre.


Le comique prend immédiatement sa place avec la chanson d'Agnès puis l'apparition christique du bébé totalement décalée ! Ally McBeal développera d'ailleurs une idée similaire dans un de ses épisodes de Noël (Blue Christmas) où Elaine Vassal trouve un vrai bébé dans une mangeoire et décide de le garder. Mais à la différence de David E. Kelley qui en fera un épisode assez triste pour la secrétaire la plus torride des séries télé, Glenn Caron va maintenir droit le cap dans le loufoque à fond les manettes.

Maddie doit faire face à la dernière frasque de David : il a transformé l’agence en hotline du Père Noël !! S’ensuit une énorme dispute d'environ 10 minutes ! Maddie est outrée que David et les employés profitent de Noël pour leur profit. Les délires de David ajoutés à la virulence de Maddie qui dégaine des vannes furieuses plus vite que son ombre donnent un cocktail ébouriffant. Si vous vouliez une preuve que Clair de Lune est la série à dialogues par excellence, cet épisode est vraiment l’idéal.
Les gags se succèdent à vitesse grand V : Agnès qui fait tout pour cacher le bébé à l’agence, la rencontre avec les trois King, le coup du « chameau », Maddie qui traumatise une fillette parce qu’elle n’est pas la Mère Noël, la liste de courses d’Agnès etc… Quoique le plus gros gag est certainement David qui anticipe toutes les insultes de sa patronne en disant la même chose qu’elle en même temps ! Enfin on atteint les sommets de l’absurde quand David déclare qu’il aimerait porter le futur bébé de Maddie comme preuve d’amitié, ou Agnès déclarer que Maddie est la seule personne avec qui elle aimerait avoir un enfant (Herbert Viola s'agite en coulisses...). Sans oublier les toujours aussi poilants cassages de 4e mur !

Au milieu de ce déluge de rires et de bons mots, l’épisode joue quelques contrastes comme les menaces de Léonard (Belzer est glaçant à souhait) ou, dans un autre registre, l'absence d’instinct maternel chez Maddie. Son attitude envers le bébé est même plutôt dure, là où David se montre plus gentil. Mais David sait bien que Maddie est blessée de sa vie privée vide : si elle refuse qu’Agnès garde le bébé, c’est bien par jalousie (via un nouveau dialogue à 100000 volts). Aussi la belle scène intimiste d’Agnès berçant l’enfant avant de le tendre à une Maddie plus troublée qu’elle ne veut le dire est un beau moment de grâce. La scène - trop longue - menace de s’enliser dans la guimauve, mais Allyce Beasley évite le naufrage grâce à son angélisme souriant.

Avec tout ça, Caron n’a guère le temps de s’intéresser à l’enquête, et il a bien raison car c’est vraiment la dernière des priorités. La brillante scène finale est définitivement un des plus grands moments de n’importe quoi de la série avec cette joyeuse bataille débile de jouets de Noël, jusqu’à l’arrivée finale de la cavalerie… en costume approprié ! Du pur délire.


Le tag final parachève le triomphe de Noël. Car Twas the episode before Christmas est bien le premier épisode où David et Maddie échangent leur(s) (deux) premier(s) baiser(s) !! S’il est encore assez chaste car échangé davantage sous l’euphorie du moment, il n’en est pas moins jouissif à voir, un joli cadeau de Noël ! Et tandis qu’une neige artificielle tombe dans l’agence à la demande de David, le 4e mur s’effondre totalement. Toute l’équipe et leurs familles chantent une chanson de Noël à l’adresse des spectateurs. Tout le monde, y compris les acteurs, partage ce moment de communion avec le public stupéfait de tant d’attention à son égard ! Parmi la foule, on reconnaîtra Vincent Schiavelli (Le train mystère, saison 1), le mari d’Allyce Beasley, et Glenn Gordon Caron lui-même. La dernière image voit David et Maddie (ou bien Bruce et Cybill, on ne sait plus quoi penser !) s’enlacer avec une joie totale. Une fin idyllique, unique dans l’histoire des séries, qui couronne ce chef-d’œuvre de dinguerie qu’est ce conte de Noël décalé.

Infos supplémentaires :

- Maddie aime beaucoup Steven Spielberg.

-
Agnès aurait un léger strabisme.

- Premier baiser (deux même !) entre Maddie et David, après le baiser contourné du Rêve était presque parfait (échangé entre Rita et Zach).

- Premier épisode de Noël de la série. Il y’en aura un second : L’ange gardien (saison 3).

- Le titre de l’épisode vient d’un poème de Clement Clarke Moore datant de 1823 : Twas the night before Christmas.

- David mentionne Kris Kringle lors du premier dialogue avec Maddie. Il s’agit de l’autre sobriquet attaché à Santa Claus (le Père Noël anglo-saxon). Il s’agit également du personnage principal du film de Noël Le Miracle de la 34e rue (1947).

- Agnès chante à l’enfant I'm gonna wash that man right outa my hair du duo Oscar Hammerstein II-Richard Rodgers, un des numéros de la comédie musicale South pacific, ainsi que le traditionnel Jingle Bells. Ambiance de Noël oblige, Maddie chante les traditionnels Hush, little baby et We wish you a merry Christmas. On entend aussi Santa Claus is coming to town de Haven Gillespie et J. Fred Coots, chanté par The Crystals. Le chœur final chante le traditionnel The first Noël.

 

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11. LA FIANCÉE DU TUPPERMAN
(THE BRIDE OF TUPPERMAN)


Scénario : Jeff Reno et Ron Osborn

Réalisation : Christian I. Nyby II et Will Mackenzie

- Je trouverai un bon mari pour elle.
- Il y’a deux minutes, vous disiez que tous les hommes étaient insensibles, égoïstes et mal élevés.
- Oui, mais je crois aussi au canard à trois pattes.

- Je connais une boîte de blues à dix minutes d’ici, c’est l’endroit idéal pour tout oublier.
- Oublier quoi ?
- Je sais plus justement, j’ai oublié.

Alan Tupperman, multi-millionnaire de 39 ans, est toujours célibataire. Il n’a jamais trouvé la femme idéale. En dernier recours, il s’adresse à l’agence Clair de Lune pour leur demander de trouver la femme qui correspondra le mieux à ses attentes. S’ils réussissent, il leur remettra un chèque de 30000$. David et Maddie, malgré la bizarrerie de cette requête, acceptent et se mettent en quête chacun de leur côté d’une femme qui conviendra à leur client…


Après avoir commis le bien trop sérieux L’ex de David, Jeff Reno et Ron Osborn corrigent le tir avec cet épisode, enquête hallucinée où David et Maddie se livrent à une guerre sans merci (bref, la routine, mais on ne s'en lasse pas). Cet épisode est un nouveau miracle de dialogues fracassants incessants, et de twists accumulés jusqu'à un joyeux absurde, tandis que la galerie de portraits proposée s’avère brillamment improbable.

David, en grande forme, veut sortir avec Maddie... et là, le choc, Maddie n’est pas contre ! Heureusement, cette tentative de romantisme est impitoyablement anéantie par leurs discordances sur la soirée à adopter : Dîner, cinéma, boîte… rien à faire, et Maddie le dit bien : ils sont trop différents pour s’accorder même pour une sortie commune. On aura décidément rarement vu un couple aussi antagoniste, jusque dans les moindres détails ! Alors que Maddie cherche une soirée amicale, David voit déjà plus loin… ce ping-pong verbal détonnant est un excellent incipit pour l'épisode.

On remarquera que l'affaire fait songer au Cœur à cœur des Avengers. Maddie appuie sur le bouton « puritanisme », comme à chaque fois qu’il est question d’évolution des moeurs. Pour elle, une rencontre amoureuse doit être le fruit du hasard, non d’un destin forcé ou d’une transaction financière. Pensée aussi idéaliste que réac. Si Maddie a mûri au cours des épisodes précédents, elle reste liée à des valeurs morales élevées mais déconnectées de la réalité. David est plus progressiste, mais c'est parce que la sexualisation de la société rend les rapports plus frivoles, ce qui met notre épicurien patenté aux anges !

Le corollaire est un nouveau conflit dans la voiture, une nouvelle fois d’une violence verbale furieuse ! David rabaisse l’image de la femme idéale à la nymphomane canon soumise, et Maddie à l’ennuyeuse intellectuelle innocente. Vulgarité contre irréalisme, nos deux héros passent à la moulinette de l’impitoyable machine à dialogues de Reno et Osborn, qui ont bien compris que donner des goûts clichés à des personnages ne l'étant pas est un excellent contraste. David fait la tournée des mannequins et des bars louches où il se fait renvoyer à la manière forte, tandis que Maddie fait passer ses candidates comme pour une audition de film. Elles sont toutes aussi catastrophiques les unes que les autres. Mention à la métisse, d’une bêtise effarante.
Finalement Maddie jette son dévolu sur Molly (Nora Heflin, subtile), femme obscure et timide, tandis que David choisit Stevie (Deborah Wakeham, bombe atomique), une pin-up torride qui rend fous tous les hommes de l’agence : entrée sur la célèbre introduction d'Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss, cigarette à la main, air canaille… Nouveau désaccord parfait entre nos deux héros dont les goûts caricaturaux sont irrésistibles.


Aussi au menu, les vers d'Agnès toujours si drôles, les appels d’un obsédé sexuel… qui ont l’air de l’exciter ! Les cassages de 4e mur (I figured it out during the commercials.), etc. La seule pause dans cet épisode fou-fou est la sentimentale scène de l'avion où David et Maddie dorment l'un à côté de l'autre... quelle saveur !
La deuxième partie de l’épisode se résume à des échanges bien méchants entre nos héros, mais surtout très révélateurs : L’épisode ouvre une fenêtre intéressante sur nos héros : David ne pense qu'au sexe, peut-être parce que l'expérience de l'amour à longue période l'a blessé (L'ex de David, et bientôt Big man on Mulberry Street) et qu'il veut se protéger contre les relations sérieuses. Maddie est tentée par la passion sans l'accepter. Le fait qu'elle désire passer outre le physique, elle qui n'a vécu jadis que sur sa plastique, montre son évolution et la vacuité réalisée de son ancien métier.



Le troisième acte enchaîne les retournements de situation jusqu’à ce que tout réalisme soit passé au hachoir, assurant le triomphe de la fantaisie : Ping, Tupperman fait son choix puis se ravise, ping, un nouveau rebondissement, ping, encore une révélation, ping, David réalise qu’ils ont été mystifiés depuis le début (la scène où il entre par effraction dans la maison est un des plus gros gags de l'épisode !)… jusqu’à PING, l’ultime twist final, exaltant le triomphe du surréalisme. Cette virtuosité dans ces rebondissements continuels, renforcé par la réalisation efficace de Nyby et Mackenzie est on ne peut plus délectable. Le tout donne lieu à la course-poursuite finale en fauteuil roulant joyeusement débile, qui nous achève par sa furia comique. Les acteurs s’en donnent à cœur joie, tout comme la musique d’Alf Clausen. Bref, une fin démente, et un joyau de plus pour cette saison !

 

Infos supplémentaires :

- David aime le pop-corn, les films érotiques, et le blues.

- Maddie aime les films de Fellini.

- Agnès a un cousin qui ouvre la porte avant qu’on lui demande.

- Le titre de l’épisode vient du film La fiancée de Frankenstein (1935) de James Whale. D’ailleurs David et Tupperman regardent chacun ce film dans l’épisode.

- Lors de la bataille finale, le 3e objet lancé sur David a changé lorsqu’il se plante dans le mur. De même, lorsque David défend son choix, on peut voir dans la vitre le reflet de la caméra.

- Mis à part Ainsi parlait Zarathoustra, on entend aussi I was made to love her de Lula Mae Hardway, Sylvia Moy, Henry Cosby, et Stevie Wonder, chantée par ce dernier ; ainsi que I like it par DeBarge (dans le bar).

 

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12. LES AVENTURES DE MADEMOISELLE TOPISTO
(NORTH BY NORTH DIPESTO)


Scénario : Debra Frank et Carl Sautter

Réalisation : Christopher Hibler

Death after the first date does not do a lot for your self-confidence.

Kyle, un mystérieux personnage, cherche un objet caché dans une blanchisserie. Mais deux hommes décidés à le tuer et à s’emparer de ce qu’il cherche le forcent à s’enfuir sans qu'il n'ait pu prendre l'objet. Agnès Topisto, lassée de la routine, est en pleine dépression. Maddie et David lui cèdent donc leurs invitations pour le bal des détectives de L.A. pour qu’elle puisse se distraire. Là-bas, elle rencontre Kyle, toujours en fuite. C’est le début des ennuis pour Agnès…


On ne peut pas dire qu’Agnès Topisto ait de la chance : pour une fois qu'un épisode se centre sur elle, c'est un vrai four ! Le thème du quidam normal pris malgré lui dans un tourbillon d’aventures dangereuses, a été souvent excellemment traité. L’épisode, jusqu’à son titre original, rend hommage à La mort aux trousses d’Alfred Hitchcock, le modèle du genre. Pourtant, ici, rien ne marche. North by north DiPesto, privé de bons dialogues, de second degré, au scénario ridicule, à la réalisation inexistante, et aux seconds rôles d’une fadeur extrême, est un fiasco intégral. Le talent d’Allyce Beasley, en femme-enfant innocente, n’est pas en cause, mais elle ne peut rien faire dans cette affligeante comédie d’aventures.

Le spleen d’Agnès, dévidant la routine de sa vie, avec une touchante Allyce Beasley, prend la forme d'un manifeste pour la défense des sidekicks, les faire-valoir des héros qui pimentent l’œuvre mais sans qu’ils aient souvent l’occasion de briller. Frank et Sautter partent d’un bon sentiment en lui donnant le premier rôle (une pratique rarissime à l'époque). Quel dommage que ce cadeau soit si mauvais ! On verra qu'un épisode comme Poltergeist 3 (saison 3) sera à l'opposé une réussite.
Il n’est pas anodin que le meilleur moment reste la dispute entre Maddie et David, quasiment absents de l'épisode. Mais qu’ils soient d’accord pour consoler Agnès ne permet pas les traditionnels dialogues chocs. On retient toutefois les sous-entendus sexuels de David et le double sens du sigle UMS, la meilleure blague de l’épisode. On note que - loin des premiers épisodes - Maddie est plus chaleureuse envers ses employés, prenant à cœur le marasme de sa standardiste.


La musique des Supremes, à l’élégance et à la gaieté rafraîchissantes, convient à merveille à la métamorphose d'Agnès en dame chic, dans un clip pop stylisé du meilleur effet. Sa rencontre avec Kyle est hilarante (le gag du manteau de fourrure !), et leur long baiser est savoureux. Hélas, l’épisode sombre ensuite dans l’ennui le plus complet : péripéties dans un train-train ronronnant, sous-méchants caricaturaux, réalisateur et humour aux abonnés absents… Le pire est de voir Agnès, en dehors de la « cascade » dans l’usine, dans l’inertie la plus totale. Elle traverse l’épisode sans faire quoi que ce soit, et se repose tout entier sur son allié inattendu, Doug (le fade Douglas Warhit), qui avec son charisme d’ustensile de cuisine et ses interventions hors de propos dans l'histoire, parviendra à résoudre l’affaire à lui tout seul. C'est d'un contresens stupide, annulant tout à fait l'idée de départ.

La scène du bowling est alourdie par des dialogues banals, le meurtre de Kyle est mal réalisé, et le coup du faux numéro relève de la grosse ficelle. L’entrée de Doug, avec une tirade inepte, ne convainc pas davantage. L'humour n’aboutit qu’à une prose pesante. La capture d’Agnès agace par son manque de tension dramatique (la mise en scène n’aide guère), alors qu’une des forces de la série est de bien mélanger le burlesque - ici absent - et l’inquiétude, ici gâchée par des méchants nanars.


Frank et Sautter atteignent le degré zéro avec l’évasion d’Agnès, d’une naïveté exaspérante. Elle s’enchaîne à la scène finale, d’habitude un joyeux n’importe quoi, mais ici rendue nulle par un manque de fantaisie sidérant. La gentille baston entre les méchants et Doug, qui, comme Zorro est arrivé sans se presser, est très loin des bagarres plus toniques (ou débiles) de la série. Qu'Agnès soit réduite au rôle de demoiselle en détresse est également dommageable. L’épisode s’est enfermé dans un sérieux désastreux qui rend également caduc son début de romance sucrée (et lourdingue) avec Doug.

Agnès finit par revenir au point de départ, dans une apologie du quotidien consensuelle et surlignée, hors sujet dans une série réputée pour sa fantaisie. Finalement, David frustré de tout détail sexuel sur l’escapade d’Agnès, et Maddie qui casse le quatrième mur (Nous devons parler aux auteurs pour nos dialogues dans le prochain épisode !) finissent bien l’épisode, mais c’est trop tard. Allyce Beasley joue très bien le rôle de Cary Grant en fille perdue dans cette affaire d’espionnage, et la musique d’Alf Clausen est une des meilleures jamais composées pour un épisode de série, où il imite génialement le style de Bernard Herrmann, mais cela ne suffit pas à sortir Les aventures de Mademoiselle Topisto du melon unique.



Infos supplémentaires :

- Bruce Willis et Cybill Shepherd ayant pris une semaine de congé, Frank et Sautter durent écrire un épisode où ils ne seraient presque pas présents. D'où l'idée de confier pour une fois le rôle principal à Allyce Beasley.

- Le titre original est une référence au célèbre film d’Alfred Hitchcock La mort aux trousses (1959) qui s’appelle en anglais North by northwest. Par ailleurs, Eva Marie Saint, l’héroïne du film, sera bientôt un rôle récurrent dans la série en incarnant Virginia, la mère de Maddie.

- Agnès se lève à 6h30. Elle prend le bus 124 pour aller au travail. Elle consomme au déjeuner des sandwiches aux rillettes (parfois avec cornichons), et est fan de Kojak et Starsky et Hutch. Elle déteste son prénom (elle préfère Barbara ou Hélène) et ses cheveux noirs. Elle habite au 638 rue d’Espoir.

- On entend dans l’épisode Come see about me de Lamont Dozier, Brian et Eddie Holland, chanté par The Supremes. Ainsi que Could it be magic ? de Barry Manilow, et Object of my desire de Starpoint (lorsqu’Agnès entre dans la salle de bal).

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13. LA NUIT DU MORT-VIVANT
(IN GOD WE STRONGLY SUSPECT)


Scénario : Scott Spencer Gordon

Réalisation : Will Mackenzie

- Maddie, il y‘a des tas de choses dans la vie qui sont inexplicables.
- C’est vrai, vous et moi faisant équipe par exemple.

- Bas les pattes, grosse brute !
- Attention à ce vœu, il pourrait se réaliser.

Le grand Kandinski, magicien spécialiste de l’évasion, meurt noyé au cours d’un tour. Toutefois sa femme Caroline est inquiète : son mari avait appris son infidélité et avait juré qu’il lui préparait son plus grand tour : mourir, puis revenir, ressuscité, pour la tuer ! Elle engage donc David et Maddie pour surveiller le cadavre en attendant sa crémation, mais le corps de Kandinski se volatilise de son cercueil ! Quelques heures plus tard, Caroline est retrouvée morte…


Trou d’air inquiétant à l’agence Blue Moon. Après qu’Agnès se soit perdue dans une pitoyable aventurette, c’est au tour de notre couple vedette de sombrer dans un navet intégral. Le scénario calamiteux de Scott Spencer Gordon (unique contribution à la série, on ne s’en étonnera pas) casse tout le charme de Clair de Lune : humour laborieux, histoire plate, méchant faible, dialogues sans force... et crime impardonnable, notre couple ne produit quasiment aucune étincelle ! Le titre français, très Mystères de l’Ouest (c’est en effet le titre d’un épisode de la série) laissait présager du meilleur. Hélas, l'épisode est une vraie arnaque.

L’introduction est la seule scène vraiment enthousiasmante. Poursuivant l’expérience de Brother, can you spare a blonde ?, Maddie et David s’adressent directement au spectateur via l'énorme gag des lunettes 3D. David en profite pour regretter que les « atouts » de Maddie ne soient pas mis en valeur… ce qui lui vaut un bon coup de talon ! En réalité, la série avait envisagé sérieusement de tourner un épisode en 3D, mais cela ne se fit pas.
La noyade du magicien fait son effet avec sa terrible tension, multipliée par le décompte fatidique de l’horloge. Nous suivons ensuite une nouvelle étape dans le portrait de Maddie : elle accepte l’affaire, alors qu'elle a toujours été réfractaire d’accepter l’argent venant d’une source immorale ou peu fiable (Le Duel, Un Conte de fées). Elle est moins idéaliste, signe qu’elle a mûri.

Malheureusement, cette idée est balayée en pièces par un retour arrière du personnage sur un autre domaine : alors que Maddie semblait de plus en plus épanouie et se rapprochait de son partenaire, elle dit que cette année a été ratée pour elle sur tous les plans ! En plus d’être incohérente, cette idée nous amène une Maddie atone et pâle qui reste à la remorque durant tout l’épisode. La scène initiale de l’anniversaire de Maddie perd ainsi toute drôlerie par la platitude de son interprète féminine. Pour le coup, Allyce Beasley était plus émouvante dans un registre similaire.
Cybill Shepherd commet pour la première fois une contre-performance. Son énergie, force principale de son jeu, est quasiment absente. David cesse de délirer, et privé de l’essence de son personnage, Bruce Willis est à peine correct. Le fléau de certains épisodes de la série, à savoir une enquête trop importante et « sérieuse » frappe ici lourdement. Elle se suit avec un ennui poli, piétinant dès la disparition du cadavre. L’absurde accélération de la fin où Maddie résout l’affaire grâce à un personnage sorti de nulle part est décevante. Pire, le prévisible complot est d’un académisme navrant ; quel manque d’inspiration ! L’aspect fantastique suggéré au début est à peine survolé, alors que Somewhere under the rainbow charmait par ses allers-retours entre fantastique et terre-à-terre. Ainsi, la scène avec le charmant magicien est dépourvue de la moindre excentricité.

Seules deux scènes échappent à la purge : la scène de la morgue, où David foire ses tentatives de séduction envers une Maddie super cassante. Mais le regard rieur de la belle semble penser qu'elle prend plaisir à se laisser courtiser - d'ailleurs, elle prend pour oreiller l'épaule de David - une des rares scènes où Cybill est parfaite. Et puis, il y’a le duel final bien absurde, plus réussi que l’épisode précédent, mais n’atteignant pas toutefois les cimes de pure folie de Twas the épisode before Christmas ou The bride of Tupperman. Cela ne compense pas la faiblesse du vilain.

L'idée d'opposer notre duo sur la question religieuse est bonne au départ, mais est mal traitée. Somewhere under the rainbow donnait un regard amusant sur l’opposition croyance de David/scepticisme de Maddie. Là, nous n’avons qu’une logorrhée théologique saoulante. David s’auto-caricature quand il essaye de la convertir : le deuxième centre de gravité de l‘épisode est donc aussi manqué. Le tag final souffre d’un excès de naïveté, tout juste sauvé par Bruce Willis. Puisqu’il faut bien trouver de l’intérêt là où il n’y en a guère, on remarquera que l’opposition homme croyant/femme rationaliste préfigure le couple mythique des X-Files - qui sera plus savoureusement ambigu, les croyances des personnages s’inversant dans la religion. Au final, cet épisode déçoit sur (presque) tout.



Infos supplémentaires :

- Aka. Corpse and robbers.

- Maddie est athée, David croyant.

- Il s’agit de toute évidence la première fois que l’agence souhaite bon anniversaire à sa patronne, ce qui tend à penser que Maddie et David ne se connaissent que depuis au plus un an.

- David dit être né le 23 mars 1956, il est donc un an plus jeune que son interprète (Bruce Willis est né le 19 mars 1955). Toutefois, dans la saison 5, David dira être né le même jour que Jimi Hendrix (27 novembre).

- Le titre de l’épisode détourne la devise In God we trust (En Dieu, nous faisons confiance), écrite sur la plupart des pièces de monnaie et dans les tribunaux américains.

- On remarquera dans le rôle du journaliste principal durant l’interview du médecin la belle Hettie Lynne Hurtes. Comédienne qui a eu la curieuse spécialité de jouer à la télévision quasiment que des rôles de journalistes !

- Dans la loge du « Grand Kandinski », on voit curieusement un placard où le nom est orthographié Kanoinsky.

- David chante le fameux Birthday des Beatles dans cet épisode ainsi que Dem Bones.

 

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14. LA MAITRESSE DE PAPA
(EVERY DAUGHTER'S FATHER IS A VIRGIN)


Scénario : Bruce Franklin Singer

Réalisation : Christopher Hibler

- Maddie, je ne ferai rien qui vous mette mal à l’aise.
- Vous quittez la ville ?

Maddie, faisons une trêve. Je suggère que nous allions nous taper la cloche, prendre une cuite, et nous mettre au lit !

Maddie reçoit la visite de ses parents : Alexander et Virginia Hayes. Virginia est anxieuse car elle pense que son mari la trompe. David se charge de suivre le père de Maddie et découvre qu’il a bel et bien une maîtresse. Maddie doit maintenant faire un choix : tout dire à sa mère ou se taire…


Pour la deuxième fois, après L’ex de David, la série braconne sur les terres douteuses du roman à l’eau de rose. Pourtant, ce nouvel essai est plus fructueux. Via une banale histoire d’adultère, une belle radiographie du caractère de Maddie - au premier plan - se développe. Every daughter’s father is a virgin ne repose que sur le talent de ses acteurs, le scénario étant très médiocre. Le père de Maddie a les traits du chevronné Robert Webber, et la mère est jouée par une grande vedette : Eva Marie Saint herself !! L’héroïne de La mort aux trousses est un choix judicieux pour cette femme désenchantée mais malgré tout encore amoureuse de son mari.

L’introduction est vraiment dingue, Maddie et David lisent le courrier des fans ! Mais toutes les lettres ne parlent que d’une chose : quand notre couple va-t-il passer à l’acte ? Clair de Lune montre toute sa complicité avec ses fans en leur parlant de ce qu’ils désirent. Les réponses embarrassées de nos amis sont savoureuses, mais que dire quand ils essaient de s’embrasser dans le noir... avant d'y renoncer. Tant pis, rendez-vous dans l’épisode suivant…
On commence fort avec l’arrivée de David en habit de prêtre… et avec un œil au beurre noir ! Quant à Maddie, devant recevoir ses parents, elle est inquiète des frasques possibles de son partenaire (on la comprend).


Le scénario de Bruce Franklin Singer est d’une insigne pauvreté, on est loin de la maestria dont il faisait preuve dans Mon beau David ! Maman a des doutes sur la fidélité de Papa, sa fille ne la croit pas, David suit le mari, découvre le pot-aux-roses ; ensuite, tous les quatre dînent au restaurant, on s'explique, puis on se pardonne. Point final, difficile de faire pire ! Mais l'intérêt est que les quatre personnages bénéficient d’un dessin soigné, Maddie en tête.

L’épisode a plusieurs atouts, en plus de la belle réalisation de Christopher Hibler, captant très bien les émotions de chacun. David, très protecteur envers Maddie, la soutient dans cette épreuve difficile. Son désir de la blesser le moins possible est très touchant. Que Maddie accepte qu'elle s'occupe de la filature, une grosse preuve de confiance, montre que leur relation a dépassé le stade strictement professionnel. La scène de la révélation, avec un magnifique jeu d’ombres et une somptueuse épure de mise en scène et de mots, atteint son but. Que David lui dise la vérité, au lieu de l’envelopper dans un doux mensonge, montre aussi son ambivalence : David ne s’est pas privé de mensonges plus ou moins immensément fumeux au cours de la série, mais il se refuse ici à y recourir. C'est très poignant. Il utilise par ailleurs au maximum son apparence - un révérend à l’œil poché - pour de souriants effets comiques (on retient quand il se fait passer un garagiste portugais à l'accent proprement monstrueux).

La scène du dîner joue davantage la tension qui couve que le dynamitage destroy. La seconde solution se serait bien inscrite dans l’esprit de la série, mais la volonté de sobriété explique ce premier choix - on est très loin de Californication - On ne s’en plaint pas : la gène de David et la fureur contenue de Maddie mettent suffisamment mal à l’aise. Malgré des dialogues manquant de piment, David qui fait son petit numéro de charme à une Virginia flattée, c'est très mignon. A l'opposé, le climax est quand Maddie craque et tabasse sans sommation son papa à grands coups de sac à main !

C’est la première fois que Maddie réagit physiquement par colère, qui se manifestait alors que par les mots. Dépossédée de sa fortune, son idéal familial s’effondre lui aussi. Une fois ce deuil fait, Maddie sortira définitivement de sa bulle enfantine déjà bien creusée depuis son premier renoncement (Atlas Belched). Le pardon final est convaincant, grâce aux merveilleux Cybill Shepherd, Eva Marie Saint, et Robert Webber. Malgré tout, on sent l’amertume derrière cet apparent happy end. Seules les dernières répliques de David finissent par nous faire sourire, confirmant une nouvelle fois la complicité de notre couple.

L'histoire bien que saturée de clichés, évite toute lourdeur. La relation David-Maddie franchit un nouveau cap de confiance. Cet épisode ne peut s’apprécier qu’une fois vu tous les épisodes précédents, car c’est cette évolution qui en fait le prix. Preuve s'il en était besoin que le scénario est la dernière des priorités dans cette série si particulière...

Infos supplémentaires :

- Aka. The family hour.

- Première apparition des parents de Maddie : Alexander et Vriginia Hayes, incarnés respectivement par Robert Webber et Eva Marie Saint. Ils reviendront dans cinq épisodes de la saison 4.

- David porte un bandeau sur lequel est écrit « McMahon », en référence au prestigieux quaterback (leader de l’offensive d’une équipe de football américain) Jim McMahon. D’après Curtis Armstrong (futur Herbert Viola), McMahon était venu sur le plateau le jour du tournage du prologue. En hommage, toute l’équipe de la série a arboré le même bandeau !

- L’épisode détourne une vieille citation anglaise : Every father’s daughter is a virgin. Elle signifie que les pères de famille ont souvent du mal à accepter que leur petite fille grandisse et ait une vie privée.

- A la fin de l’épisode, Maddie dit que sa mère s’appelle Candy. Or, dans tout le reste de l’épisode, son prénom est Virginia.

- On entend dans l’épisode pas mal de chansons : Whistle while you work de Frank Churchill et Larry Money, Papa was a rollin’stone de Barrett Strong et Norman Whitefield, chanté par The Temptations (dans la voiture de David), Tighten up d’Archie Bell et The Drells, ainsi que Sweet Georgia brown. La pièce de piano écoutée par Alexander dans sa voiture s’appelle Love is a many splendored thing.

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15. TÉMOINS
(WITNESS FOR THE EXECUTION)


Scénario : Jeff Reno et Ron Osborn

Réalisation : Paul Krasny

- Maddie, écoutez, une fois que je me serai lavé, donné un coup de peigne et rasé, je redeviendrai le bon vieux David que vous détestez.
- C’est une promesse ou une menace ?

- Je m’excuse, mais je ne peux pas avoir une conversation sérieuse avec un monsieur en caleçon !
- Vous voulez qu’je l’enlève ?

Lawrence Everett est fatigué de sa vieillesse. Il voudrait se suicider mais l’assurance-vie qu’il a contracté pour ses enfants ne rembourse rien en cas de suicide. Il fait une étrange demande à David et Maddie : qu’ils soient présent à l’hôpital ce soir au moment où un de ses proches débranchera la machine, et le laisser filer. Ainsi, ils pourront attester qu’il y’a eu "assassinat", et l’assurance jouera. Maddie refuse de s'en mêler mais David va quand même à l’hôpital. Problème : lorsqu’il arrive, quelqu’un a déjà débranché le respirateur, l’infirmière le surprend à ce moment-là, et David se voit accusé de meurtre !


Nouveau tournant dans la relation David-Maddie. Jusque ici, leur ritournelle était bien huilée : le premier drague la seconde entre deux orages verbaux, elle le tient à distance tout en se laissant courtiser. Or, Jeff Reno et Ron Osborn ont l’audace de renverser totalement la donne : c’est cette fois Maddie qui livre ses sentiments avec une évidence et une violence telles que l’héroïne en est complètement métamorphosée. Passée la comédie des premières minutes, l'épisode plonge dans le drame avec une force surprenante jamais vue dans la série. Cet épisode atypique poignant de bout en bout se finit sur un tag d’un amer pessimisme, où David a cette fois le mauvais rôle. Ce sentiment négatif quant au futur de leur relation n’est pas sans préfigurer le Milagro des X-Files. La réalisation crépusculaire de Paul Krasny est un travail de maître, couronnant ce beau drame noir.
L’épisode est renommé parmi les fans comme étant celui où David et Maddie échangent leur premier vrai baiser.

La première scène est une pépite de comédie virevoltante où Maddie découvre David sous son bureau avec une monumentale gueule de bois : Il a passé tout le week-end à faire la fête. Les scénaristes nous émerveillent en trouvant toujours un prétexte - si absurde soit-il - pour déclencher la boîte à vannes. Mais cette dispute va au-delà de son objectif comique : le farceur David tend un piège sournois à Maddie qui laisse échapper une émotion qui montre combien elle est attirée par lui ! Oh yes !


Le marché d'Everett est dans la lignée des requêtes bizarres des clients de l’agence Blue Moon. Cette euthanasie réclamée permet une nouvelle dispute entre David et Maddie dont les convictions sont encore une fois radicalement opposées. Reno et Osborn ouvrent une fenêtre sur ce sujet sensible. David est pour (bien que chrétien), et sa collègue contre. On remarque que le réquisitoire de Maddie fait penser aux radicaux religieux (elle va jusqu’à lâcher le mot « pêché ») : athée, oui, mais aux convictions ancrées dans une morale religieuse traditionnelle prégnante en Amérique. La scène cependant reste d’un comique ravageur avec David plein de mousse à raser, pas peigné, en caleçon à cœurs rouges devant tous ses employés, et l’exaspération crescendo de Maddie !

Le dramatique enchaînement de circonstances où David se voit incriminé aboutit à une des scènes les plus puissantes de la série. Le fier détective n'est plus qu'un misérable fugitif. Le désespoir et les tentatives de consolation de Maddie sont très émouvants, rendant son attitude ambiguë : poses subjectives, gestes tendres… bouleversée par la perspective de le perdre, elle adopte inconsciemment un comportement de séduction. On avait déjà entrevu quelques laisser-aller avant ; mais ici, elle perd beaucoup de sa retenue. Il n'y a qu'à citer le mensonge massif qu’elle balance à l’inspecteur pour couvrir David pour comprendre ce qu’elle ressent pour lui.
Le jeu à fleur de peau de Bruce Willis, tendu à l'extrême, pleurant chaudement, subjugue, c’est un magistral contre-emploi !


Maddie se lâche totalement dans la scène désormais culte du garage. Refusant d’accepter la perte de David, elle veut le retenir, court derrière lui pour le supplier de ne pas partir. De son côté, David est désemparé d’abandonner la femme qu’il aime mais veut mettre une distance pour ne pas rendre la séparation trop difficile. On voit que les auteurs se sont grisés d’une telle inversion, qu’ils jouent en virtuoses jusqu’au climax : leur furieux baiser ardent. Cybill Shepherd est transfigurée dans cette scène où elle fait preuve d’un monstrueux talent, la scène est d’une beauté et d’un érotisme fulgurants !

David inaugure un nouveau type de personnage dans les séries (mais déjà présent au cinéma) : l'homme au charme animal. Dans cette scène, il n’est pas propret, dandy, comme un John Steed, mais a tout du bad boy pas rasé, mal coiffé, ruisselant de pluie, mais suintant le « mâle ». Ce type d’homme, mettant l’accent sur les instincts sexuels les plus primitifs, est souvent un séducteur hors-pair. D’autres séries mettront en scène cette autre race de séducteurs, plus réalistes, dont le sommet est le Hank Moody de Californication. Bruce Willis est aussi irrésistible qu’émouvant là-dedans.

C’est avec acuité que l’épisode se centre sur les tourments des héros plutôt que sur l’enquête. Le happy end est progressivement amené grâce aux I love you, I love you, I love you que Maddie répète incessamment. Son transport irrépressible lors du retour de David (là, c’est clair qu’elle cache plus rien !) est une joie sans mélange, une allégresse totale.
Happy end, vraiment ? Eh bien non, car glacés d’effroi, nous voyons David détruire leur beau rapprochement en souhaitant que cela ne se reproduise plus. Sans doute pense-t-il que leur rapprochement et leur baiser ne sont dus qu’aux circonstances, que ça n’a pas été volontaire (curieusement, Maddie reprendra un argument similaire dans Sans héritier [saison 3]). D’où son refus final. Maddie n’essaie même pas de cacher sa tristesse, et l’épisode se termine par elle au bord des larmes. Rare et flamboyant unhappy end qui couronne cet
opus aussi atypique que sublime.



Infos supplémentaires :

- Le titre de l’épisode est un clin d’œil à une fameuse pièce de théâtre de la « Reine du crime » Agatha Christie : Witness for the prosecution (Témoin à charge en français). La pièce fut portée à l’écran en 1957 par Billy Wilder.

- Maddie a 35 ans. Elle aime les lundis.

- Premier véritable baiser entre David et Maddie. Au risque de décevoir les fans, Cybill Shepherd déclara dans son autobiographie Cybill Disobedience que Bruce Willis embrassait comme un "chameau" !! L'intéressé appréciera...

- Maddie compare un David plein de mousse à raser à Soupy Sales. Soupy Sales (1926-2009), de son vrai nom Milton Supman, était un comédien, acteur, jazzman, et surtout humoriste. Cet artiste aux multiples talents a eu une longue carrière fructueuse à la radio et à la télévision. Son émission la plus connue, Lunch with Soapy Sales, était une émission pour enfants où il recevait quasi systématiquement à la fin une tarte à la crème sur le visage, gag qui devint sa marque de fabrique (il en aurait reçu plus de 20000 au cours de sa carrière).

- On a droit dans cet épisode à la plus splendide erreur de continuité de la série : quand David court en sous-vêtements vers le bureau de Maddie, il a de la crème à raser sur une partie du visage… qui passe de l’autre côté du visage au plan suivant, puis la crème disparaît complètement au plan suivant… pour réapparaître de nouveau au plan encore suivant, et cette fois sur les deux parties du visage de Bruce Willis !!

- On entend dans l’épisode Sympathy for the Devil des Rolling Stones. Cybill Shepherd chante Monday, Monday de John Philips, chanson qui fut connue grâce à l'interprétation des The Mamas and The Papas.

 

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16. L'HOMME QUI PARLAIT TROP
(SLEEP TALKIN' GUY)


Scénario : Debra Frank et Carl Sautter

Réalisation : Christopher Hibler

- Je crois avoir trouvé le secret de notre succès.
- Nous ne travaillons jamais ensemble ?

- Il est un peu tard pour discuter d’enquête, mademoiselle. C’est plutôt l’heure d’aller dîner, boire un verre ou encore de faire l’amour. Alors si des fois vous avez faim ou que vous ayez envie de…
(regard qui tue)

Toby, une call-girl, entend une nuit Jerry, un de ses clients réguliers, parler de meurtres dans son sommeil. Elle avertit l'agence Blue moon, mais David ne la prend pas au sérieux. Le lendemain, l’homme désigné par Jerry est bel et bien assassiné ! Voyant une occasion en or de briller aux yeux de Maddie - qui lui reproche son incompétence - il propose à Toby qu’elle devienne son « indic » en lui fournissant toutes les confidences de son client mafieux. Tout se passe bien pendant trois semaines où David et Toby empochent plusieurs récompenses pour la capture des criminels, jusqu’au jour où…


Un épisode plaisant et très sous-estimé. Retour au quotidien après la parenthèse précédente. Cet épisode est clairement centré sur David qui - tombant sur une improbable martingale - a la possibilité de subjuguer Maddie, de gagner plein d’argent, tout en contribuant au bien public. Une situation de rêve ! Pourtant, le revers de la médaille élégamment imaginé par l’inoxydable duo Frank-Sautter ne se fait pas attendre. Il permet une nouvelle variation mélancolique sur notre duo, une des plus subtiles écrites jusque-là. Le scénario est impeccable, utilisant les bons vieux clichés des films policiers poisseux (prostituée indic, bar enfumé, bagarres vigoureuses…) mais sous une forme allégée et drôle. L’alchimie David-Toby fonctionne à plein ; la torride Lisa Blount, une des scream queen des années 80, s’entend à merveille avec son partenaire. Toutes leurs scènes, entre joutes verbales et romantisme naissant, compensent le manque de piquant de certains dialogues.

L’introduction est un panégyrique à la sensualité débordante de la regrettée Lisa Blount, avec un langoureux travelling initial. Première scène : David voit que ça fait une année tout juste qu’il a rencontré sa patronne, et il veut fêter ça avec elle ! Le ton est léger et on se demande ce qu’ont encore inventé nos chers auteurs pour imaginer l’obligatoire dispute qui doit en découler. Eh bien, on est pas déçu car le toujours désintéressé David profite de l’occasion pour demander une augmentation... et Maddie curieusement n’est pas contre ! Mais ça n’empêche pas la scène de virer dans le pugilat verbal où Maddie taille brillamment un costard à son infortuné associé. Si Maddie exagère en le rabaissant excessivement, on ne se lasse jamais de leurs scènes de ménage…

L’idée de base de l’épisode est si tordue qu’on se dit que seul Clair de Lune peut se permettre des idées aussi dingues. Toby est une prostituée revêche mais sympathique. Ses lassitudes devant les pitreries de David, sa misanthropie sous-jacente, sa froideur, entraînent de stimulantes joutes oratoires. Mais on finit par voir un certain attachement de cette femme envers le détective qui reste improbablement victorien avec elle. Sa crise de larmes quand elle apprend que David est en danger, qu’elle serre contre elle, se passe de commentaires. Elle est aussi charitable et plein de sang-froid. David est aussi attiré par elle : ses attentions et ses cadeaux montrent qu’elle ne lui est pas indifférent.

L’épisode délaisse aussi le burlesque (jusqu’au final) pour se concentrer sur la relation David-Maddie qui tourne à la déroute alors que les affaires sont en plein boom. La situation a des airs de fable (voire de La Quatrième Dimension et son thème récurrent d’un bienfait miraculeux à double tranchant) où le succès rencontré par David ne le rend pas heureux. Sous la couche humoristique voyant l’agence envahie de journalistes, de « chasseurs de primes », de belles coiffeuses, etc. semant un joyeux bordel, pointe le désespoir de notre couple séparé par la gloire de David. Condamné à répondre à toutes les attentes, à devenir « people », il n’a plus le temps de la voir. Encore une fois, Agnès (aux vers toujours aussi décalés) est la porte-parole des fans : si nos héros sont trop fiers pour admettre envers l'autre leurs sentiments, ils se livrent devant leur attentive employée, devant nous.

David fait l’expérience de l’argent facile comme Maddie dans Drôles de numéros, et comme elle, est confronté à la solitude du prince : à quoi bon être riche et célèbre s’il doit s’éloigner de Maddie ? Cette dernière est prise au piège de ses propres convictions : elle qui place la réussite professionnelle au-dessus de tout, est obligée - pour ne pas se dédire - d'être « contente » de l’ascension de son employé tout en tirant une tête de pleureuse, quelle ironie ! Comme toujours, dans le registre de l’émotion, on accordera une préférence à Cybill Shepherd, malgré les progrès évidents de Bruce Willis.

La tension augmente soudainement avec le rebondissement central. La scène entre Toby, David, et Jerry (très bon Steven Keats) est d’autant plus tendue que ce dernier ne se doute de rien. On tremble en attendant que Toby ou David commette une bourde qui sera finalement lâchée par… Maddie. La voir toute déçue et furieuse en apprenant le pot-aux-roses est un numéro à ne pas manquer. On peut regretter que les auteurs n’aient pas pensé à cette occasion à offrir une scène de jalousie à Maddie, mais bon, elle a déjà assez d’émotions comme ça...
Le loufoque reprend ses droits pour terminer l’épisode dans une bagarre de saloon tout à fait réjouissante. A la clé, un des gags les plus estomaquants de la série, qui sera repris avec succès dans Symphony in knocked flat (saison 3) : Maddie Hayes met ses poings où elle veut, et c’est souvent dans la gueule ! Bref, un épisode dosant avec un parfait équilibre drôlerie et émotion. On applaudit.



Infos supplémentaires :

- Le titre de l’épisode est un clin d’œil à une chanson des années 60 du groupe The Chiffons : Sweet talkin’guy.

- Cela fait un an que Maddie et David se sont rencontrés.

- Fait rare : l’épisode se déroule sur une durée de trois semaines, au lieu de quelques jours maximum.

- On entend dans l’épisode West end girls par les Pet Shop Boys. Quand David entre dans le bar à la recherche de Toby juste après le meurtre, la musique entendue est Baby talk, par Alisha.

 

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17. REQUIEM POUR UN VEUF
(FUNERAL FOR A DOOR NAIL)


Scénario : Jeff Reno, Ron Osborn, et Charles H. Eglee, d’après une histoire de Jonathon Lempkin

Réalisation : Allan Arkush

Addison, y’a-t-il une once d’intégrité dans votre cervelle de courge ?


C’est bien ma veine : pour une fois que vous êtes allongée, je suis du mauvais côté !

Roger Clements, jeune homme riche, a perdu sa femme Célia dans un accident de voiture. Incapable de s’en remettre, il décide de mettre fin à ses jours en louant les services d’un tueur qui devra l’exécuter dans les trois jours. Mais le lendemain, il est stupéfait de voir Célia, bien vivante, dans la rue, avant de la perdre de vue. Deux missions pour David et Maddie : retrouver Célia, et faire annuler l'exécution de Clements…


Cet épisode mêle deux thèmes : celui classique de la personne morte qui ne l’est pas, et celui plus original de l’homme fatigué de la vie demandant à un tueur de l’exécuter. Ce dernier thème dont on trouve l’origine dans l’épique et fantaisiste Les tribulations d’un chinois en Chine de Jules Verne a été plusieurs fois exploité au cinéma. Source d’humour noir, il est malheureusement ici exploité trop sérieusement, avec un suspense qui fait long feu. Quant à la deuxième partie de l’enquête, elle est carrément nulle avec sa machination tièdement imaginée. Enfin, les auteurs oublient totalement de composer des variations sur notre duo principal. Heureusement, tout n’est pas à jeter dans ce scénario à huit mains, avec une multitude de petits détails burlesques, et un final allumé que l’on goûtera sans modération.

L’épisode souffre de sa trop longue introduction, malgré le jeu sensible de Jeffrey DeMunn en veuf inconsolable. Heureusement, la première scène avec David et Maddie nous remet de suite dans le bain, avec le gag de David imitant tous les gestes de Maddie avec une parfaite synchronisation derrière elle. Tandis qu’Agnès versifie pour notre plus grand plaisir, notre cher couple ne tarde pas à trouver une pomme de discorde : Maddie veut être accompagnée pour un mariage où elle doit se rendre, et n’a pas d’autre choix que de demander à David (l'unique homme de sa vie n'est-ce pas ?) de jouer le rôle de son petit ami. David étant manifestement prêt à « exploiter » à fond cette situation, c’est reparti pour une joyeuse rafale de piques ! Bien sûr, il est dommage de ne pas les voir tenter l’expérience finalement, car on aurait pu se retrouver dans un voyage en Arcadie avant la lettre. David escort de Maddie ? Mmmm...

L’épisode s’enlise rapidement dans une histoire peu convaincante, le twist central est largement prévisible tandis que la recherche de Célia s’étire en longueur. Quant au méchant de l’histoire, il n’a pas l’envergure attendue. Toute la séquence de Maddie, prise d’un accès d’« intégrité » exagérée, entre également en contradiction avec son personnage, devenu moins idéaliste depuis In God, we strongly suspect. L’apparition de Célia rend caduque toute l’affaire, puisque rendant vaine toute sa recherche précédente. Sa confession n'est pas plus crédible, son idée initiale était fichtrement grotesque. Non, tout cela est vraiment très mal écrit.

Heureusement, il y a quand même quelques gags pas piqués des vers qui épicent cet épisode. Le choc des cultures avec la collet monté Maddie entrant dans un magasin porno est assez amusant. Le strip-tease de la jolie fille (la sculpturale Leslie Ackerman) avec une Maddie effrayée et un David qui n'en perd pas une miette vaut également le coup d’œil. Le 4e mur se casse plus souvent que d’habitude, avec notamment la superbe idée de la caméra hochant la tête à notre place ! Il y a aussi le délire sous acide de David sur les chemisiers et soutiens-gorges. Quand il est fatigué, David part dans des fatrasies verbales hilarantes, on ne s’en plaindra pas.
Quant à la petite scène romantique où David étreint Maddie (qui n’a pas l’air de détester ça) en promettant de se tenir tranquille, elle rappelle la scène du garage de Témoins, même s'ils ne répètent pas le baiser. La scène fait son effet au milieu de cette enquête morose. Sa proposition d'être son escort sans qu'il ne demande rien en retour est une nouvelle preuve de l'attirance de David, et Maddie semble ô combien touchée...


Le tout culmine dans un joyeux délire quand David et Maddie bataillent pour arrêter l’assassin : on commence par une bataille de balais… sur la musique de Star Wars ! Cette parodie de duel au sabre laser n’est d’ailleurs pas sans évoquer une scène de Scrubs où J.D se perd dans un rêve éveillé où deux médecins s’affrontent au sabre laser. On aime aussi l’emprunt à la musique de Psychose lors de l’empoignade finale dans l’escalier avec arrosage général. Décidément, les auteurs mettent un point d’honneur à ne pas manquer les fins d’épisode ! La réalisation énergique d'Allan Arkush, qui va devenir le metteur en scène le plus important de la série (il filmera la moitié de toute la saison 4) est également supérieure à l'habitude.

Un épisode sacrifiant l’essentiel aux détails, mais de bons détails. Même dans un épisode mineur, Clair de Lune garde toujours de sacrés atouts.

 
Infos supplémentaires :

- Aka. Beat the clock

- Le titre original de l’épisode est un mélange de deux références : la chanson d’Elton John Funeral for a friend, et l’expression Dead as a door nail.

- Jonathon Lempkin, auteur du script original, n'a pas écrit d'autre scénario dans sa carrière.

- David déclare à Célia qu’elle doit repasser à l’agence lundi, sauf si elle est le bébé de Lindbergh ou Jimmy Hoffa. Charles Jr, le bébé du
prestigieux aviateur Charles Lindbergh, fut enlevé et assassiné en 1932. Une sinistre affaire qui déchaîna les médias en son temps. Quant à Jimmy Hoffa (1913-1975 ?), il était le leader syndicaliste des camionneurs américains de 1957 à 1967. Il fut convaincu de blanchiment d’argent et de liens avec la mafia, et emprisonné, avant d’être gracié par Richard Nixon. Cependant, il disparut mystérieusement en 1975 et ne fut jamais retrouvé ; on présume qu’il fut exécuté par la mafia.

 

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18. CAMILLE
(CAMILLE)


Scénario : Roger Director

Réalisation : Peter Werner

- Je viens d’avoir une idée.
- Comment est-ce possible ?

- Bombez la poitrine, soldat ! Ah non, c’est déjà fait…

Camille Brant, fraudeuse de petite envergure, est traquée par un flic ripoux qui lui ordonne de l’argent pour la laisser tranquille. Lors d’une course-poursuite, elle sauve un sénateur d’un assassin sans le faire exprès. Elle est aussitôt vue comme une héroïne et traitée comme telle. Mais le flic ne la lâchant pas, elle décide d’accepter le poste de détective dans l’agence Clair de Lune que lui propose David - qui voit là le moyen de faire de la pub - en espérant semer son poursuivant…


Cet épisode est considéré comme un des plus faibles de la série. Il souffre en effet d’une totale absence d’action. Il offre cependant d’excellents comédiens dont une guest star prestigieuse : Whoopi Goldberg. Et surtout surtout, une séquence finale où se télescopent fiction et réalité pour un des plus gros cassages de 4e mur jamais vu dans une œuvre de fiction !! Vingt ans après le majestueux Caméra Meurtre de Chapeau melon et bottes de cuir (et vingt ans avant l’épisode final du Cœur a ses raisons), cette coda inouïe est l’occasion de nous offrir une visite des studios de tournage pour un résultat ravageur inoubliable. Hélas, Roger Director a tout misé sur ce finale, oubliant d’écrire une histoire avant. Malgré tout, la fin est un feu d’artifice digne de terminer cette saison 2.

Le début foldingue revisite ironiquement la figure classique de la femme épousant un homme plus vieux qu’elle pour son argent dans l’espoir qu'il meure rapidement… malheureusement, elle l’a choisi trop vieux et le vieil homme meurt cinq secondes avant le mariage !! Mieux, la course-poursuite qui s'ensuit sur une chanson déhanchée des 80’s produit un décalage sidérant, alors que la mise en scène alerte de Peter Werner joue la carte de l’adrénaline. Profitons de l’occasion pour saluer ce brillantissime metteur en scène qui signe là sa dernière collaboration à la série. Il a apporté un savoir-faire qui le place au-dessus de ses confrères. Glenn Gordon Caron le retrouvera cependant dans quelques épisodes de Médium, lui faisant même l’honneur de diriger son finale.
Director a la bonne idée de séparer son histoire en huit parties aux titres plus ou moins humoristiques, toujours reliés par le même leitmotiv musical, produisant un comique de répétition tout à fait charmant.

L’histoire s’enfonce rapidement dans un pénible bourbier. La dispute David-Maddie est certes plaisante, mais manque d’acidité. L’épisode allonge à l’extrême les situations statiques, bridant la truculence habituelle de Whoopi Goldberg. Director se prive d’un atout considérable en ne lui donnant aucun espace. Certes, l’actrice est si talentueuse qu’elle arrive à nous amuser, notemment en diva capricieuse, mais qu’on est loin de ce qu’elle aurait pu faire avec un script plus rythmé ! David et Maddie subissent également cette lenteur : à part s’agiter dans tous les sens pour donner une illusion de mouvement (la séquence ridicule de la fausse alerte incendie), ils ne font rien. Seuls Allyce Beasley et sa bonne humeur enfantine, ainsi que le séduisant Judd Nelson en flic corrompu n’en souffrent pas. Il faut dire que Nelson joue au second degré son rôle caricatural, seule manière d’échapper à la purge générale.
Une seule scène est intéressante : celle de Camille imitant Maddie en parlant et s’habillant comme elle ! Whoopi et Cybill se jaugeant du regard comme dans un duel de western, c’est une petite lumière autour de ce vide scénaristique.

Et puis, arrive enfin le « Big Finale » annoncé, qui d’un coup hisse les dix dernières minutes de cet épisode à l’état de chef-d’œuvre burlesque ! Toute concurrence en matière de folie furieuse est pulvérisée grâce à la carte démente abattue enfin par le scénariste : la brutale invitation du Réel dans l’imaginaire. On commence par le policier prenant Camille en otage avec répliques et interventions absurdes toutes les dix secondes, puis la délirante course-poursuite… dans les studios de tournage !! Le réalisateur a beau les arrêter, rien à faire. C’est ainsi que le quintette (Agnès se retrouvant sans le vouloir dans la scène) perturbe les répétitions des autres séries en cours, fonce dans une penderie, que le méchant galope sur un cheval sur la musique des Sept Mercenaires, etc.

L’ultime gag final abolit tout respect de la fiction. Director est allé à fond dans son idée de dingue, et c’est sur la vision d’un monumental n’importe quoi que l’épisode se termine. Se termine ? Non, il reste encore deux minutes à meubler, et l’épisode s’achemine vers une conclusion encore plus inattendue : le beau dialogue muet David-Maddie (Bruce-Cybill devrait-on dire à ce stade). La profondeur de leurs regards, l’instant de solennité qui envahit l’écran est d’un romantisme débordant. La frontière interprète-personnage est joliment démolie : Bruce et Cybill souhaitent une troisième saison car ils se plaisent bien dans ce feuilleton, tandis que David et Maddie attendent de devenir plus intimes. Un pur délice.

Dix des minutes les plus inoubliables de la télévision, quel dommage qu’elles soient dans un épisode aussi médiocre. Mais rien que pour cette fin, cet épisode est incontournable. Une façon originale de prendre congé en attendant la saison suivante.


 
Infos supplémentaires :

- La carte professionnelle de l’agence que David tend à Camille nous permet d’apprendre que l’agence Blue moon se situe dans la Suite 2016, 15555 Century Park East, Century City, Ca. 91302. Cette adresse est fictive, et le code 91302 est celui de la ville de Calabasas, située à une trentaine de kilomètres de la Cité des Anges. Toutefois, il y'a quand même une cohérence puisque dans Gunfight at So-So Corral (saison 1), l'immeuble en face de l'agence est sis dans cette même rue (mais au numéro 1875).

- Les numéros de téléphone indiqués sur la carte sont (213) 203-2020 et 203-2629. C’est une surprise car il est traditionnel que dans les fictions américaines, les numéros commencent tous par 555 (pour éviter de tomber sur un vrai numéro de téléphone). On ne sait pas si c’est en effet réellement un vrai numéro de téléphone…

- On trouve une nouvelle référence, après La dame au masque de fer, avec S. Wilbur et à cette affaire d’orgie sexuelle à Long Island. Cette « affaire » fictive est souvent écrite dans des journaux que l’on voit dans des séries.

- Camille est bien entendu le prénom du personnage de Whoopi Goldberg. C’est aussi une référence à l’adaptation cinématographique de 1936 (signée George Cukor) du roman d’Alexandre Dumas fils La dame aux camélias, porté à l’écran sous le titre Camille. Il sortit en France sous le titre Le roman de Marguerite Gautier. Le roman connut sa plus célèbre adaptation avec l’opéra de Verdi La Traviata.

- Camille demande dans sa chambre d’hôtel si La couleur pourpre passe à la télé. Whoopi Goldberg tient en effet le rôle principal du film. Etrangement, Goldberg fut nominée pour l’Oscar de la meilleure actrice pour ce film… et sa participation à Moonlighting lui valut également une nomination à l’Emmy Award !

- Cybill Shepherd remporta en cette année 1986 une seconde fois le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série comique ou musicale (cette fois sans ex aequo). Bruce Willis et Cybill Shepherd furent également tous deux nominés à l’Emmy Award du meilleur acteur et de la meilleure actrice dans une série dramatique. Mais les statuettes échurent à William Daniels (Dr.Mark Craig dans Hôpital St Elsewhere) et Sharon Gless (Christine Cagney dans Cagney et Lacey). Toutefois, Bruce Willis la remporterait l’année suivante, chance que n’eut jamais sa partenaire.

- On entend dans l’épisode Devil with the blue dress on par Mitch Ryder et the Detroit Wheels, et la populaire Happy days are here again. Lors de la cérémonie, on entend une version pour piano de la Marche nuptiale du troisième acte de l’opéra Lohengrin de Richard Wagner.
 

 

 

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TOP 5 DE LA SAISON 2

1. Le rêve était presque parfait : la plus belle réussite de Clair de Lune est également un des épisodes les plus réussis de l’histoire de la télévision. Un superbe hommage aux films noirs de l’âge d’or de Hollywood. Scénario aveuglant de génie, mise en scène pharamineuse, acteurs en état de grâce, numéros musicaux au cordeau, mélange idéal entre intensité dramatique et humour décapant. Tout simplement parfait.

2. Il est né le divin enfant : Des gags au kilomètre, des disputes à réveiller les morts, quelques instants de romantisme élégamment enchâssés, une bataille finale d’aliénés. La fin est un émouvant moment de complicité avec le spectateur, remercié pour sa fidélité.

3. Témoins : Un épisode inhabituellement noir, qui joue à fond sur le couple principal, au bord du gouffre. Le contre-emploi est total mais les acteurs sont embrasés par le talent. Le premier baiser de David et Maddie couronne ce diamant romantique et sombre, finalement pessimiste sur leur relation. Amer, mais sublime.

4. La fiancée de Tupperman : Une enquête totalement hallucinée, des rebondissements empilés jusqu’à l’invraisemblable le plus comique, une guerre des sexes sans merci, un joli dialogue enlevé sur les rapports homme-femme, notre couple plus que jamais en conflit... addictif d’un bout à l’autre.

5. Drôles de numéros : Un des épisodes les plus lumineux de la série. Il scelle définitivement l’alliance de David et Maddie, dorénavant attachés l’un à l’autre pour le meilleur et surtout pour le pire. Plein d’espérance et d’humour dans cet épisode roboratif, qui convainc également par sa description sulfurique de l’univers impitoyaaaaaaable des entreprises. Epilogue amoral bien vachard !

Accessits d’honneur : Mon beau David, L’homme qui parlait trop, T’as pas une blonde ?

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Images capturées par Clément Diaz.

 

 

 

 

D’un fondu enchaîné plein de maestria, Peter Werner nous amène au show musical de Rita qui chante le standard Blue Moon. Cybill Shepherd est bluffante, sa voix mélodieuse, oscillant entre un grave sensuel et un médium pur est merveilleuse pour interpréter ce tube ! La douce chanson est à l’unisson de son caractère innocent, très bon choix et très bon clin d‘œil (puisque c'est le nom de son agence !). Toutefois, elle se fait presque voler la vedette par Bruce Willis qui fanfaronne avec sa trompette, faisant de remarquables solos prétentieux, au point qu'elle se retourne plusieurs fois !
Pendant que Werner nous régale de travellings délicieux, Rita repousse un Zack très insistant, mais le charme a déjà opéré ; le mari clarinettiste (Jack Bannon, très bien), naïf, fait tout d’ailleurs pour leur faciliter la tâche ! On retrouve là les histoires classieuses des films noirs. A croire qu’un scénariste et un cinéaste de l’époque se sont alliés, tellement tout resplendit de génie.

La scène où Rita tombe dans les bras de Zack est très érotiquement filmée (ah, ces gros plans…) avec un baiser so hot ! C’est un coup classique : les acteurs s’embrassent mais ce ne sont pas les personnages, mais d'autres ! The Avengers avait déjà utilisé cette technique (Qui suis-je ???), et les X-Files la reprendront (Triangle), entre autres. On est en terrain connu ! Mais on ne se prive pas d’un tel plaisir !