saison 1 saison 3

Code Quantum (1989-1993)

Saison 1

 


1. CODE QUANTUM
(GENESIS)


La grande faiblesse de Code Quantum, c'est son pilote. Combien de téléspectateurs ont dû changer de chaîne lors des premières images kitsch montrant un amiral Al Calavicci (Dean Stockwell) arriver dans un bolide de luxe, faire monter à son bord une belle autostoppeuse (en pleine nuit ?), dans un désert de pacotille, tandis que l'horizon nous montrait une montagne éclairée avec un effet spécial toc du plus mauvais goût ?

Dans un décor censé représenter un accélérateur temporel, un homme sourit, semblant entouré de sorte de flammes. Il s'agit du docteur Sam Beckett (Scott Bakula) qui, sans attendre que son projet "Quantum" soit finalisé, a décidé de le tester. Il a profité pour cela de l'absence de Al qui travaille avec lui. C'est David Hemmings, le regretté héros du film d'Antonioni Blow up qui est derrière la caméra. Le scénariste, créateur et producteur Donald P. Bellisario ne nous avait pas – avant Code Quantum – habitué à des séries très subtiles : on lui doit Supercopter, Jag, Tequila et Bonetti pour les moins intéressantes,Têtes Brûlées et Magnum pour les plus. Si ces séries peuvent sembler divertissantes, on est loin de l'anthologie humaniste que va constituer Code Quantum.

Dans une anthologie, les protagonistes sont différents à chaque épisode. Ici, on se rapproche de ce genre tant d'un épisode à l'autre nous allons explorer tous les univers : western, fantastique, policier, sentimental, drame, comédie.

Sam Beckett, né en 1953, est persuadé qu'avec son projet "Quantum", il pourra voyager dans le temps, depuis sa date de naissance jusqu'à "nos jours" (soit un 1999 futuriste, la série étant produite et diffusée à partir de 1989).

En réalité, Sam ne va pas "voyager dans le temps" mais prendre la place de personnes qui ont toutes vécues des drames. À l'écran, nous voyons Scott Bakula, mais les autres personnages voient celui que Sam incarne. Le principe de la série étant complexe, il aurait fallu un pilote mieux écrit et réalisé pour faire adhérer d'emblée le téléspectateur. On trouvera dans les produits dérivés un roman "préquelle" qui, sous la plume de Ashley Mc Connell et le titre Prélude, prend tout le temps d'expliquer au lecteur les rouages du scénario. C'est le reproche que l'on peut faire à ce pilote qui d'emblée nous propose, en 90 minutes, deux histoires.

Car pour compliquer le tout, l'accélérateur temporel échappe à ses créateurs Sam et Al et se révèle incapable de ramener Sam en 1999. Ziggy, l'ordinateur, pense que Dieu a pris le contrôle de cette expérience scientifique !

Al pourra lui aussi voyager dans le temps, mais sous forme d'hologramme. Seuls les enfants et les animaux peuvent le voir. Bellisario a commis l'erreur, dans son pilote, de confondre vitesse et précipitation. Plonger d'emblée le spectateur dans deux histoires "quantiques" n'était pas le meilleur moyen de présenter la série.

Sam se réveille en 1956 dans la peau de Tom Stratton aux côtés d'une épouse enceinte. Le vrai Tom se retrouve en 1999 dans la salle d'attente temporelle de la base ultra secrète du projet Quantum. Dans la réalité, il s'est tué en 1956 en voulant franchir le mur du son avec un prototype d'avion à réaction.

Peu à peu, cependant, le téléspectateur va deviner qu'il n'est pas en train de regarder une énième série de SF. Ici, ce sont les sentiments qui prédominent sur les effets spéciaux, et le projet Quantum n'est qu'un alibi pour nous faire revivre l'histoire des États-Unis de 1953 au début des eighties, à l'exception d'un épisode (Les tuniques bleues) qui se déroule en 1862.

Le pilote est déséquilibré entre deux histoires, celle de Tom Stratton qui va survivre au mur du son et prend les 3/4 de l'épisode, et le second segment où Sam devient joueur de base ball et doit sauver le destin d'une équipe.

Après ce pilote, la première saison ne comptera que sept épisodes, et fort heureusement, dès le premier, Bellisario nous proposera un scénario solide et accrocheur.

L'univers de Bellisario est perceptible par la présence de certains comédiens : W.K. Stratton, qui joue un petit rôle dans le pilote, est un familier des Têtes Brûlées, par exemple.

À chaque fin d'épisode, Dieu va assigner une nouvelle mission à Sam en lui faisant faire un saut (Leap du titre original) dans un nouveau corps et une nouvelle identité. Pour pouvoir changer d'époque et faire un nouveau saut dans le temps, il lui faudra sauver celui dont il a pris l'apparence (ou un proche). Sam va passer son temps à réconcilier des gens, empêcher des accidents, meurtres, suicides et drames, et nous vivons ainsi dans un monde transformé par le docteur Beckett.

La série n'a jamais atteint des taux d'audience record, tant aux États-Unis qu'en France. Elle demeure cependant une bouffée de fraîcheur dans l'océan de séries uniformisées des années 90. Bellisario va aussi savoir nous faire hurler de rire, pour l'instant d'après nous arracher une larme. Car l'histoire des USA de 1953 à 1989 (ou 1999 si l'on accepte le concept d'une décennie "futuriste" lors de la diffusion du pilote), c'est le racisme, la condition féminine, la guerre du Vietnam, l'homophobie, la mafia, des émeutes, des crimes impunis, la mort de Marylin, l'assassinat de Kennedy. Le pilote et la première saison seront diffusés de mars à mai 1989, tandis que la France diffusera les 96 épisodes d'une traite, chaque soir sur M6 de septembre 1993 à février 1994, et curieusement (pour imposer la série ?) la rediffusera à la même case horaire quotidienne, le soir vers 19 h, dès septembre 1994. Lors de rediffusions, M6 coupera le pilote en deux fois 45 minutes.

Une curiosité : aux USA, la NBC donnera un titre au pilote (Genesis, c'est-à-dire Genèse) avant de commencer la seconde saison en septembre 1989. Nous n'avons jamais vu en France ce montage qui réduit à 45 minutes le pilote, histoire de "rafraichir" la mémoire du téléspectateur.

L'édition en vidéo sera un casse-tête. Universal ne voulait pas sortir une intégrale mais seulement un best of en cassettes VHS et en laser disc, or les fins d'épisodes introduisent le suivant ! Pour assurer la continuité des "sauts", Universal devra procéder à de nouveaux montages pour les séquences finales !

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2. AMOURS CROISÉES
(STAR-CROSSED)


Premier véritable épisode de Code Quantum après le pilote dont l'audience décide si oui ou non une série sera entreprise. 

Il s'agit d'une histoire qui combine amour romantique et fait historique. Le grand amour de Sam, c'est Donna. Le jour où il a voulu se marier avec elle, elle s'est enfuie de l'église. Sam ne s'en est jamais remis. Donna n'a pas eu confiance en lui car elle a été délaissée par son père. Sam va donc tenter de guérir le passé de sa bien-aimée pour que dans "la vraie vie", elle ne s'enfuit pas lors du mariage.

Ce faisant, il viole une règle établie lors du projet Quantum. Ce projet ne doit servir ni à ses intérêts personnels, ni à ceux de son complice Al. D'ailleurs, la mission de Sam est de réunir un couple. Lorsqu'il voit Donna dans les parages, Sam s'acquitte de sa mission mais s'affaire ensuite à arranger sa propre existence.

Le personnage de Donna est incarné par Teri Hatcher (Lois et Clark, Demain ne meurt jamais, Desperate Housewives). Lorsqu'elle interviendra à nouveau dans la série (Saison 4, épisode 1), l'actrice ne sera plus libre et c'est Mimi Kuzyk qui la remplacera.

On peut regretter que le couple que Sam doit réconcilier (une grosse brute et une blonde écervelée) reste caricatural. Sam incarne ici un prof tombeur d'étudiantes, et il va devoir persuader Donna qu'il veut simplement la conduire à l'immeuble du Watergate voir son père, un haut militaire, avant son départ pour le Vietnam.

Watergate, 1972, vous l'avez deviné : c'est Sam qui change l'histoire et fait involontairement éclater le scandale qui obligera le président Nixon à démissionner. N'oublions pas que nous vivons dans un monde transformé par Sam Beckett ! L'autre conséquence est que Sam épousera Donna, mais de cette vie transformée, il ne profitera pas puisque dès la réconciliation entre Donna et son père, il sautera pour une autre "mission".

On a reproché à cette série d'être moralisante et larmoyante. Il faut reconnaître que les amateurs de pure SF restent ici sur leur faim, et que cette première saison fait la part belle aux grands moments d'émotion : Sam retrouvant peu à peu la mémoire se rappelle qu'il a eu un frère, Tom, tué au Vietnam en 1970. Sam se rendant compte qu'il peut téléphoner à son père décédé. Il devra pour être crédible se faire passer pour un lointain cousin.

Nous sommes aux antipodes ici de la série Au Cœur du Temps/The Time Tunnel qui privilégiait la SF. La mission de Sam est de corriger les erreurs du passé. De plus, Dieu est de la partie, même si lorsque Sam le rencontrera "en vrai" dans l'épisode final, il n'a pas de barbe blanche et est incarné par un acteur récurrent de Mac Gyver, Bruce Mc Gill (qui jouait l'intrépide Jack Dalton) et exerce la profession de... barman.

Mélangeant scènes comiques (avec la grosse brute jalouse toujours prête à frapper les prétendants de la blonde) et dramatiques (les blessures psychologiques de Donna face à l'indifférence de son militaire de père), l'épisode va convaincre ceux qui ne se sont pas laissés décourager par le pilote.

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3. LA MAIN DROITE DU SEIGNEUR
(THE RIGHT HAND OF THE LORD)


Donald Bellisario a été décrié pour des épisodes comme celui-là, ouvertement orientés vers la religion. Les prêtres et les religieuses vont d'ailleurs défiler au fil des 96 épisodes. Ici, nous découvrons un couvent qui a "acheté" un boxeur. Le but de cette congrégation est de construire une église. Hélas pour elle, dans l'histoire originale, le boxeur en question est un "ripoux" qui a l'habitude de truquer les matchs et de se coucher pour faire gagner les parieurs.

Le boxeur dans la peau duquel s'est glissé Sam est Kid Cody, lié à un caïd de la mafia, Edwards, qui n'hésite pas à lui rappeler qu'en cas de défaillance, il lui tirera dans les rotules et qu'il deviendra paralysé. Sam va donc se trouver dans le dilemme de changer l'histoire (et de gagner le match et la construction de l'église) ou de se faire tuer.

Deux femmes alternent durant l'épisode : la copine de Kid Cody, une belle blonde prénommée Dixie (Tery Copley), sans cervelle mais avec un corps de rêve. L'autre est Sœur Angela (Michellle Joyner). Sœur Angela a un passé dramatique : après le massacre de sa famille, elle est devenue prostituée, et a été sauvée par une religieuse. "Elle ne m'a pas sauvé la vie, elle sauvé mon âme !" avouera-t-elle à Sam/Kid. Et ayant retrouvé la foi, Angela a juré de faire construire une église.

Selon le point de vue du téléspectateur, on peut trouver cela dégoulinant de mièvrerie et de sensiblerie, ou au contraire y adhérer. Défenseur de la série de Bellisario, je dirai que nous ne sommes pas dans La Petite Maison dans la Prairie. Des scènes déchirantes comme celles où Sœur Angela comprend que Cody est un tricheur, et où Sam s'efforce de lui démontrer qu'il n'est pas le vrai Cody, dégagent une bonne dose d'humanisme à défaut de réalisme.

C'est l'hologramme de Al Calavici qui va montrer (en simulant les coups à porter) à Sam le chemin de la victoire contre un adversaire bien plus coriace que lui. Pour sauver sa peau vis-à-vis du caîd, Sam (qui connaît l'avenir, du moins celui de l'année 1974, année où le saut quantique a transporté notre héros) parie avec l'adjoint du truand, un certain Roscoe, 48 000 dollars sur le résultat d'un match entre Cassius Clay/George Foreman.

Le prodige de la série Code Quantum est de transformer un scénario qui ne valait, sur le papier, guère mieux que celui d'un Joséphine Ange Gardien en un film réussi, alternant quelques scènes comiques avec une histoire d'une grande profondeur.

Sans doute est-ce le reproche que font les détracteurs à Code Quantum, se servir de la SF comme prétexte pour faire passer un message humaniste.

À noter que Guy Stockwell, qui joue le rôle du gangster Edwards, était le propre frère de Dean Stockwell (Al). Il est décédé en 2002.

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4. LE DÉFI EST LANCÉ
(HOW THE TESS WAS WON)


À courir après l'esprit, on attrape la niaiserie. Ici, une jeune femme, Tess (Kari Liser) accepte d'épouser un vieux vétérinaire (que personnifie Sam) s'il parvient à réussir toute une série d'épreuves de force. Nous sommes en 1956, dans le fin fonds de l'Amérique la plus rurale, c'est-à-dire paysanne. Tess est un garçon manqué et il faut un homme pour diriger la ferme.

Les scènes supposées drôles se succèdent dans l'indifférence, notamment lorsque Tess et Sam entament un pas de danse en se marchant sur les pieds. En fait, c'est le postulat de départ qui est mauvais. Code Quantum nous fera hurler de rire avec Le cheval d'Éon (2.04). Ici, l'accumulation des maladresses des protagonistes nous arrache difficilement un sourire.

L'enjeu de la mission de Sam Beckett n'est pas d'importance. On est même surpris que Dieu (ou l'ordinateur temporel Ziggie) l'ait envoyé dans ce lieu et à cette époque. Une photo de cet épisode est restée célèbre, celle où Sam tient un cochon dans ses bras.

Fort heureusement, sur 96 épisodes, Code Quantum va nous offrir peu de ratages comme celui-là.

À noter la présence de Lance Le Gault, l'inquiétant persécuteur de Geneviève Bujold dans les morgues de Morts suspectes (Coma) de Michael Crichton (1978).

En fait, ce qui manque à cet épisode, c'est l'émotion. Le défi est lancé se concentre sur les scènes d'action : Sam doit dominer un pur-sang sauvage par exemple. On reste en tout cas sur sa faim.


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5. VEULE MAIS PAS TROP
(DOUBLE IDENTITY)


Dans cette courte première saison de Code Quantum (huit épisodes), il nous en reste deux très bons à voir : Miss Melny et son chauffeur, absolument dramatique, et le drôlatique Veule mais pas trop.

Une petite coiffeuse, Teresa (Terri Garber de Dynastie) est fiancée de force à Don Gino (Michael Genovese) qui refuse de rompre. La belle a pris un amant, Frankie (Nick Cassavetes).

Tout le folklore de la mafia italienne est ici restitué. Frankie/Sam se voit obliger de chanter, au cours d'une fête, Volare de Domenico Modugno (hit aux usa en 1958) – le vrai titre de la chanson était Nel blu dipinto di blu – et comme le savant américain n'en connaît pas un traître mot, c'est Al qui va la lui souffler. Cela donne au début une hirlarante version parlée limite rap de la chanson. 

Gino recherche l'amant de Teresa qu'il veut tailler en pièces. Dans cette ambiance Le Parrain ou Les Soprano, tout ce qui aurait pu être sujet à drame va devenir comédie. Jusqu'au prêtre de la paroisse menacé et obligé de faire gagner au loto une parente de Gino !

La scène la plus intéressante est celle du salon de coiffure où Sam tente le diable et vient se faire coiffer par Teresa. Peu après, c'est la lame du rasoir de Don Gino qu'il a sous le cou.

Sam va faire deux sauts quantiques dans l'épisode : vers la fin, il prend possession du corps de Don Gino et accepte le mariage de Teresa et Frankie. Une fois le truand redevenu lui-même, il ne peut revenir sur sa parole.

Teresa est un personnage tout en verve qui n'arrête pas de répéter "Si je mens, je meurs".

Donald Bellisario a confié que cet épisode devait initialement être le premier saut de Sam après le pilote. Il n'est pas question de Dieu ici mais des créateurs du programme Quantum. Un signe qui ne trompe pas : c'est Bellisario lui-même qui a écrit l'épisode. D'où sa qualité.

La différence avec le ratage de Le défi est lancé est que l'on rit franchement d'un bout à l'autre. On assiste aussi à une analyse de la communauté italienne, comme Bellisario le fera en saison 2 avec la communauté juive dans Un seul être vous manque (2-07).

L'hilarant Michael Genovese reviendra dans l'épisode final Le grand voyage.


6. MISS MELNY ET SON CHAUFFEUR
(COLOR OF TRUTH)


M6, lors de la première diffusion française en 1993, a choisi un titre qui évoque le film Miss Daisy et son chauffeur.

Nous sommes en 1955. La ségrégation raciale sévit aux États-Unis et Sam est devenu un Noir, Jesse Tyler. Il est le chauffeur d'une femme veuve à l'esprit progressiste, Miss Melny (Susan French) qui peu à peu va prendre conscience de l'absurdité de la ségrégation.

Le point de départ de ce saut (l'erreur que Sam doit réparer) est la mort de Miss Melny, percutée dans sa voiture sur un passage à niveau par un train. Mais très vite, et ce sera une habitude dans Code Quantum, on se détache de l'aspect SF pour traiter un sujet de société. Dans la saison 3, l'épisode L'amour n'a pas de couleurs (3-07) sera moins simpliste en montrant que le racisme ne vient pas seulement des Blancs.

Miss Melny et son chauffeur nous parle d'une époque qui semble absurde aujourd'hui, alors que les Américains viennent d'élire Obama comme président. Le simple fait de rentrer dans un bar provoque, pour Sam/Jesse un incident. Le fait, par contre, qu'un hôpital refuse de soigner un blessé, s'il n'est plus comme ici fonction de la couleur de la peau, demeure aux États-Unis une question d'argent. (Cf le documentaire de Michael Moore : The awful truth en 1999). Ici, une jeune Noire, Nell (Kimberly Bailey, vue dans Babe, le cochon devenu berger) se voit refuser l'accès d'un hôpital alors qu'elle a été grièvement blessée dans un accident de la route.

Peu à peu, Sam soumet à rude épreuve l'indulgence de sa patronne en multipliant les actions de refus de se soumettre à sa condition de dominé. Les échanges entre la regrettée Susan French et Scott Bakula sont savoureux. Une nouvelle fois, cette série aurait pu être un désastre sous la férule des réalisateurs de séries françaises comme Le Tuteur ou Joséphine Ange Gardien, par son thème archi-rebattu. La mayonnaise prend parce que dans Code Quantum, le manichéisme est souvent réduit à son minimum. Rien n'est tout à fait noir ou blanc (si j'ose dire) mais plutôt gris. La série aurait pu poursuivre en ce sens si elle n'avait pas été annulée. Dans la saison 5, Enchères frauduleuses (5-10) ne se termine pas par un happy end.

La série est aussi un portrait de l'Amérique et de son histoire, le Sud ségrégationniste en faisant partie. Les Américains semblent avoir moins de complexes que les Français pour revenir sur les travers de leur passé. Des travers qui demeurent lorsque l'on voit qu'en 1992, pendant la quatrième saison, les annonceurs publicitaires boycotteront l'épisode Chasse à l'homme (4-12) qui est à l'homosexualité ce que le racisme est à Miss Melny et son chauffeur.

L'un des moments les plus troublants de l'épisode est celui où (dans le passé transformé par Sam), Miss Melny évite l'accident fatal du passage à niveau. Al Calavicci (Dean Stockwell), du moins son hologramme, va réussir l'impossible : se faire passer pour la voix du défunt mari de Miss Melny, une voix intérieure qui la sauve. Autant Miss Melny que Al en seront étonnés. Intervention divine ? Car si l'on s'en tient aux stricts principes du scénario, l'accident n'aurait pu être évité.

Cet épisode ne sera que le premier sur la condition des Noirs aux États-Unis, thème vite repris en seconde saison par Que Dieu me punisse (2-09). Ainsi que le racisme, toujours en saison 2, anti-japonais cette fois (Retour vers un futur 3-02). Mais il est l'un des meilleurs parce qu'étant passé en premier. On constatera qu'au fil des saisons, certains thèmes seront à nouveau évoqués avec plus ou moins de bonheur, parce que "déjà traités".


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7. LE KAMIKAZE HILARANT
(CAMIKAZI KID)


Les aléas de la série Code Quantum font qu'après un ou deux épisodes exceptionnels, une histoire médiocre et bâclée nous est proposée. C'est ici le cas avec Le kamikaze hilarant qui débute par un concours de vitesse au volant entre jeunes.

Ici, Sam fait un parallèle entre son histoire personnelle et la nouvelle affaire qui lui est confiée lors de son saut quantique. Dans sa "vraie vie", sa sœur a épousé un alcoolique. Aussi, dans la peau d'un adolescent boutonneux (Cameron, qui a une sœur), il va vouloir éviter que l'histoire se répète.

Bob (Kevin Clair), jeune homme bien sous tous rapports, adulé de tous, est en fait une personne violente. Sous l'emprise de l'alcool, il perd vite son sang-froid. 

Pas grand-chose à tirer de ce médiocre épisode, si ce n'est quelques scènes anecdotiques. Sam rencontre un jeune Noir qui danse, et lui apprend le Moonwalk. Le gamin trouve cela à son goût, mais ses frères l'appellent : "Eh, Michael, tu viens ?". Nous vivons donc dans un monde transformé par Code Quantum où Sam a donné envie à Michael Jackson de danser, à Buddy Holly de chanter Peggy Sue. Il sera aussi dans une autre histoire à l'origine de la passion de Stephen King pour le fantastique et dans Good morning Peoria (2-06), apprendra à Chubby Checker le twist. Il s'agit là d'effets faciles qui, la première fois, font sourire, mais au fil des saisons laissent un peu indifférent.

L'essentiel de l'épisode est centré sur la confrontation entre Sam et Bob. C'est là une intrigue digne de Smallville. Bob a une bonne réputation, bien sous tous rapports, et Sam s'attire l'antipathie de tout le monde en voulant faire éclater la vérité tant Bob joue bien son jeu.

Dans un petit rôle, nous retrouvons Jason Priestley, Brandon dans Beverly Hills.

Le scénario soulève ici une contradiction : à chaque saut quantique, Sam est censé avoir tout oublié, or il se rappellera de son frère Tom mort au Vietnam, de son père mort par alcoolisme, ou encore de sa sœur mariée avec un alcoolique. Sans parler de son mariage avec Donna Elesee. Peut-être ne faut-il pas chercher trop de logique dans une série de SF ?

Nous aurons droit au happy end traditionnel où Sam fera sortir de ses gonds Bob, révélant ainsi son caractère violent et éloignant d'elle sa sœur. L'épisode se déroule en 1961 et nous propose plusieurs scènes de concours de vitesse en voiture entre adolescents, avec les modèles de l'époque.


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8. UN HOMME À ABATTRE
(PLAY IT AGAIN, SEYMOUR)


Déjà la fin de la première saison, qui ne comporte donc que huit épisodes. Nous sommes ici dans une comédie policière, dans laquelle Sam joue un détective privé, Nick Allen. Il est aidé par un admirateur, Seymour, jeune homme un peu simple et à la voix horripilante en VF. Il prend Nick pour un mélange de Sam Spade et de Philip Marlowe.

Nick doit enquêter sur un meurtre, prétexte qui ne sert ici qu'à nous proposer une histoire mettant en scène un vague sosie d' Humprey Bogart et à nous plonger dans l'univers du polar de série noire à travers le prisme d'interprétations décalées des comédiens qui empêchent de prendre l'intrigue au sérieux. Nous sommes dans la parodie. Sam/Nick parle tout seul comme Nestor Burma, commentant une enquête qui se veut passionnante. Les références cinématographiques abondent, avec des allusions à Casablanca, tandis que le jeune Woody Allen se fait gifler par sa mère en demandant une dédicace à celui qu'il prend pour Bogart.

La vamp de service malheureusement ne brille pas par son talent. Claudia Christian joue de façon caricaturale le personnage d'Allison, veuve du détective Phil. Willie Garson (Seymour) ne remonte guère le niveau, mais sans doute le doublage raté influence-t-il mon jugement

Tout au long de l'épisode, Allison et le "groupie" Seymour s'accaparent respectivement Nick/Sam. Ces scènes deviennent vite répétitives.

Le meurtrier que doit retrouver Sam est un certain Clamsey, pseudonyme derrière lequel se cache l'identité d'un soupirant de la veuve. Sam soupçonne Seymour, Allison tour à tour et la fin sera décevante avec l'arrestation de Lionel, le logeur de Nick.

Résultat, l'achat du coffret de la première saison n'est pas rentable (huit épisodes dont le pilote de 90 minutes). Et peu de bons épisodes.

Mais surtout, Donald P Bellisario a eu beaucoup de chance de voir sa série renouvelée sur la base de cette courte saison. À noter que le générique qui nous est proposé en DVD ne peut être celui de la saison 1, puisque des images du Cheval d'Éon (2-04) y figurent.

L'acheteur de ce coffret Saison 1 risque de ne pas poursuivre l'aventure et de louper des trésors comme Beth (2-22), La famille avant tout (en deux parties 3-01 et 3-02) ou le fort drôle Cheval d'Éon déjà cité. Car la série va gagner en qualité au fil des saisons, au contraire de tant d'autres où l'inverse se produit.

Sam Beckett reviendra dans Le Maure aux trousses face à un féroce Matthieu Carrière.

Nous passons à la deuxième saison de Code Quantum qui nous réserve l'épisode le plus drôle de la série, Le cheval d'Éon, et des pépites comme Jimmy, Aux portes de la mort et Beth.

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Crédits photo: Universal.

Images capturées par Patrick Sansano.