saison  saison

Les rues de San Francisco (1972-1977)

Saison 1


1. PILOT : THE STREETS OF SAN FRANCISCO

(inédit en France)



Une femme est retrouvée flottant dans la baie. À son cou, elle a les coordonnées d'un juriste. Le lieutenant Mike Stone et l'inspecteur Steve Keller découvrent que la victime a un frère, qui a disparu, et un mystérieux 'oncle'. L''oncle' est, en fait, l'assassin d'un petit garçon et le frère, garagiste, a vu dans le coffre de la voiture de l'individu une botte ayant appartenu à la petite victime. Voulant le faire chanter, il a envoyé sa sœur comme intermédiaire et ils finiront, tous les deux, assassinés, victimes des coups de karaté du tueur. Grâce à un encart d'un programme télé, retrouvé dans les affaires du frère, Stone et Keller se présentent au domicile du meurtrier qui a une cave convertie en salle de rites. L'avoué y est retenu prisonnier. Stone abat le tueur en légitime défense.

Le pilote dure une heure quarante et, honnêtement, l'intrigue n'est pas très solide pour tenir la distance ; 50 minutes d'un épisode normal auraient suffi. L'histoire est classique ; beaucoup de longueurs, dont les flashbacks qui font revivre l'idylle de la victime et de l'avoué. Par contre, le final est excellent et l'antre de l'assassin fait penser à ce qu'on verra des années plus tard dans Le Silence des agneaux. La 'guest star' est Robert Wagner qui joue le rôle d'un homme de loi soupçonné d'avoir assassiné sa maîtresse. Le tueur est vraiment monstrueux tandis que l'oie blanche est si mauvaise qu'on a hâte qu'elle se fasse assassiner.

La série a deux atouts récurrents : la musique, toujours excellente, et bien sûr, la ville de San Francisco, déjà 'utilisée' auparavant pour Bullitt (1968) et L'inspecteur Harry (1971). Là, c'est un plus exceptionnel, la série étant tournée toujours en extérieur à l'instar d'Hawaii, police d'état et contrairement à toutes les séries contemporaines des Experts qui sont toutes filmées, quelque soit le titre "Miami" ou "Manhattan", au même endroit ! Dès les premières images, on aperçoit le Golden Gate et la prison d'Alcatraz en arrière-plan, les célèbres rues en montagnes russes sont bien représentées avec une caméra quelques fois sur la banquette arrière de la voiture des policiers Stone et Keller.

o Metteur en scène: Walter Grauman; scénariste : Edward Hume; musique : Patrick Williams.

o Guest Stars: Robert Wagner, Andrew Duggan, Tom Bosley,  John Rubinstein, Lawrence Dobkin, Kim Darby (special appearance).

o Ce pilote est basé sur le roman Poor, Poor Ophelia de Carolyn Weston.

o Le metteur en scène Walter Grauman appuya la candidature de Michael Douglas pour le rôle de Steve Keller.

o Le pilote de cette série n'est jamais passé à la télévision française ; d'ailleurs, il fait partie du coffret mais seulement en VOST.

o Le pilote  fut diffusé le 16 septembre 1972  sur ABC.

o La remarque de Stone à propos des juristes : ‘They drive like they talk’.

o On apprend que la femme de Stone est décédée depuis deux ans. Lorsque Stone rentre chez lui, il trouve un message de sa fille sur le frigidaire signé Joan, mais la fille de Stone, qu’on verra dans plusieurs épisodes, s’appelle Jeannie !

o Deux répliques ‘politiquement incorrect’ : lorsque le concierge parle de sa femme : « Don’t mind her. Change makes them jealous, you know what I mean?’ [il parle de la ménopause], puis, à la fin du film, Keller décrit Praxas comme ‘real three-dollar bill’, un terme généralement utilisé pour désigner les homosexuels. 

o Quand Stone et Keller arrivent à la maison de Gregory Praxas, on aperçoit, lorsque la caméra se met à piquer, un opérateur de prise de son derrière le mur à gauche de la porte d'entrée. 

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2. TRENTE ANS DE SERVICE
(THE THIRTY-YEAR PIN)

Le lieutenant Mike Stone fait une affaire personnelle d'épingler l'assassin d'un de ses amis, policier proche de la retraite, abattu en service pendant le cambriolage d'une bijouterie.

Une très bonne entrée en matière après un pilote moyen. Stone perd son sang-froid après la mort de Gus Charnovski, un ami de longue date ; les scènes dans l'ambulance et à l'hôpital sont fortes et émotionnelles ('I'm not gonna make it'). La recherche d'indices avec le bijoutier est une bonne séquence, un style malheureusement disparu des polars contemporains.

Le jeu d’O'Brien, qui passe la plupart de l'épisode sur une civière ou un lit d'hôpital, et d’Eileen Heckart, qui joue sa femme Stella, est très bon. Le tout est superbement filmé avec une musique jazzy de Pat Williams inspirée vraisemblablement de Lalo Schifrin, à écouter lors de la traversée de la ville, sirène hurlante. Des scènes d'action, sur les toits, mais surtout dans le final époustouflant dans le métro, alors en construction.

o Metteur en scène : Bernard L. Kowalski ; scénariste : Robert Lewin ; musique : Patrick Williams.

o Guest Stars: Edmond O’Brien, Tim O’Connor, David Opatoshu, Eileen Heckart (Special Guest Star).

o L’épisode fut diffusé le 23 septembre 1972 sur ABC.

o Pendant la poursuite sur les toits, on aperçoit le Transamerica Pyramid en arrière-plan à plusieurs reprises ; le bâtiment fut  terminé  à l’été 72, quelques semaines avant la diffusion de l’épisode.

o Keller révèle à ‘Stell’ qu’il est inspecteur depuis deux ans. 

o La voiture de Stone et Keller est une Ford Galaxie de 1971.

o L'épisode fut tourné à Ghiradeli Square, North Beach, San Francisco General Hospital, Broadway, Mission District et Potrero Hill.

o Le BART (San Francisco Bay Area Rapid Transit District) fut utilisé pour la scène de poursuite finale, plus d'un an avant son ouverture au public, le 3 novembre 1973.

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3. LE PREMIER JOUR DE L'ÉTERNITÉ
(THE FIRST DAY OF FOREVER)

Un maniaque a déjà assassiné trois prostituées en cinq semaines. L'inspecteur Steve Keller doit protéger la dernière victime, seulement blessée. Pendant ce temps, Mike Stone découvre six noms en commun dans les carnets d'adresses des filles. Le tueur est un des six.

Une histoire sombre où un tueur fanatique mène une croisade de pureté. Une bonne partie de l'épisode se déroule dans un hôtel miteux et des liens se tissent entre Keller et la prostituée. On note des passages maladroits, comme le discours de Keller sur le début d'une nouvelle vie (d'où le titre), et la fin est décevante. Il y a, néanmoins, une certaine tension même si l'épisode de référence, Girl in the River de la série Kojak, est loin d'être égalé. Le tueur a une énorme croix en bois sur son bureau où les noms de ses victimes sont gravés à la base et il sera confondu grâce à une empreinte, comme dans les bons vieux polars !

L’interprétation est excellente jusqu’aux petits rôles comme Phillip Pine, qui joue le représentant de commerce, dans la première scène du premier acte très prometteur (‘You  must die. You will die’), et Janice Rule est resplendissante, mais le suspense est éventé car le coupable est rapidement connu. Néanmoins, la tension demeure palpable, avant un final convenu sur une musique moins rythmée que l’épisode précédent (ce n’est pas Pat Williams le compositeur).

o Metteur en scène : Walter Grauman ; scénariste : Robert W. Lenski; musique : Tom Scott.

o Guest Stars: Janice Rule, James Olson.

o L’épisode fut diffusé le 30 septembre 1972 sur ABC.

o Keller révèle à Beverly qu’il a 28 ans, ce qui était l’âge de Michael Douglas au moment du tournage.

o Beverly Landau compare le flic à la prostituée: ‘The hooker and the cop. The whole world spits on us, but they can’t get along without us’. [La pute et le flic. Le monde entier crache sur nous, mais ils ne peuvent pas se passer de nous].

o Lieux de tournage : The Orphanage, célébre club sur Montgomery Street (scène d’ouverture), Kennedy Hotel (démoli depuis),The Embarcadero, Fisherman's Wharf et Ghiradeli Square.

o Les scénaristes se focalisaient sur le chef, Mike Stone, mais Wilder voulait que Keller soit plus qu’un assistant. Cela fut établi dès le second épisode, The First Day of Forever, où Keller chaperonne une prostituée menacée. Michael Douglas montre déjà l’étendue de son talent avec le changement d’attitude de Keller envers la jeune femme durant l’histoire. Celle-ci prouve également que les deux policiers sont des êtres humains avant d’être des flics (The Streets of San Francisco : a Quinn Martin TV Series, James Rosin).

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4. MÉSAVENTURES
(45 MINUTES FROM HOME)

Un représentant prend une auto-stoppeuse junkie et se voit entraîner dans un engrenage de meurtre et de chantage.

Un épisode au-dessus de la moyenne mais dans lequel les deux policiers sont en retrait. Rankin, le représentant en convention, croit être l'assassin de la jeune femme et subit un chantage. Le personnage, pris de remords, interprété par William Windom, est convaincant mais il étouffe complètement l'épisode. Pour une fois, le titre français est plus représentatif, car le tueur est jaloux et impuissant (he wasn't 'as equipped as he looked'). Le titre VO fait allusion à une réplique d'Emily, la femme de Rankin, stipulant que la convention se trouve à quarante-cinq minutes de leur résidence. Stone a deux cent soixante-sept suspects, alors que le coupable crève l'écran…

L’aguicheuse Lita Brewer est un des attraits de l’épisode mais elle disparaît trop rapidement, après seulement dix minutes. Elle est interprétée par la ravissante et sexy Jo Ann Harris, une ex petite amie de Clint Eastwood. Il y a aussi une excellente pointe d’humour quand Stone saborde les plans de Keller en parlant à la vendeuse en chinois ! 

o Metteur en scène : Walter Grauman ; scénariste : Robert I. Holt; musique : Billy Byers.

o Guest Stars: William Windom, Jacqueline Scott, Jo Ann Harris, Stephen Oliver.

o L’épisode fut diffusé le 7 octobre 1972 sur ABC.

o Jo Ann Harris sera une des vedettes de la série Section contre-enquête (Most Wanted) avec Robert Stack en 1976.

o Lita Brewer fait l'historique du fameux Golden Gate lorsque la voiture le traverse.

o La musique au début du quatrième acte est le même air entendu lorsque Gus renseigne un couple au début de Trente ans de service

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5. UNE ADOPTION ILLÉGALE
(WHOSE LITTLE BOY ARE YOU ?)

Après sept ans à l'armée, un sergent déserte pour retrouver son ex femme et kidnapper leur fils qui fut adopté illégalement. Les parents adoptifs cachent quelque chose à Stone.

Rien de palpitant dans cet épisode qui est surtout un drame familial et pas tellement une enquête policière. Cette dernière est des plus rapides et simplistes. L'histoire ne représente pas l'aspect de la série sur la forme, seulement sur le fond avec le syndrome Vietnam aux Etats-Unis dans les années 70. Il n'y a pas de suspense ni de scène d'action. L'ancien soldat du Vietnam, moins dangereux qu'il n'y paraît, veut récupérer sa femme et son fils, qu'il n'a jamais vu. Le point fort est le final où Stone raisonne pacifiquement l'homme et demande au petit garçon : "Whose little boy are you?". 

Un scénario à part où personne n'est coupable ni innocent. C’est l’épisode le plus faible pour l’instant. Le scénariste n’a pas écrit d’autres histoires pour la série, et on comprend pourquoi. Il y a en effet des incohérences, comme le passage de l’enlèvement au carrousel, puis la réaction anormale de l’enfant qui se retrouve avec un inconnu.

o Metteur en scène : Walter Grauman ; scénaristes : Cliff Gould & Donn Mullally.

o Guest Stars: James Stacy, Linda Marsh, Nancy Wickwire, Richard O’Brien.

o L’épisode fut diffusé le 14 octobre 1972 sur ABC.

o James Stacy (1936-2016) fut l'un des héros de la série western Ranch L. En 1973, il fut victime d'un accident de moto où sa petite amie fut tuée. Il perdit son bras et sa jambe gauches. Il fut marié brièvement dans les années 60 à Kim Darby qui joue dans le pilot de la série. Quand la réalité rejoint la fiction, "Molestation is a serious thing" : dans les années 90, il a été reconnu coupable d'avoir agressé une fillette de 11 ans. Il a purgé une peine de six ans et il a été inscrit sur les registres nationaux et californiens des délinquants sexuels.

o La scène du supermarché fut tournée dans le quartier de la Marina. La scène finale fut tournée à Battery Davis, sorte de fortification construite pour protéger la ville d'une invasion à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le carrousel est au zoo de San Francisco; il fonctionne toujours. 

o Mike Stone : "What's in a kid's room that would interest an intruder ? A kid maybe."

o AWOL signifie « absent without official leave », soit « absent sans permission officielle », ce qui est synonyme de désertion.

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6. LA TRAGÉDIE DE LA TOUR
(TOWER BEYOND TRAGEDY)

Un quinquagénaire, obsédé par le vieillissement, fait la connaissance d'escort girls ayant une parfaite ressemblance entre elles. Il essaye de les soumettre à son idéal avant de les assassiner.

C’est un épisode qu’on se souvient longtemps après l’avoir vu. J’ai dû le voir à sa première diffusionEdward Mulhare est un excellent méchant et Stefanie Powers, dans un double rôle, une escort girl très convaincante. La musique troublante au piano est superbe et envoutante - Pat Williams est de retour - et le final permet d'admirer les splendeurs de la baie. En définitive, c'est le tableau de Matisse qui met facilement Stone sur la piste du psychopathe. A noter la scène cocasse lorsque Keller interroge un suspect d'une maison de retraite qui a gagné le second lot d'une tombola : être accompagné d'une escort girl à un diner. Le premier prix était d'avoir la télécommande de la télévision pendant toute la soirée !

L’histoire comporte des ressemblances avec le cultissime Vertigo d’Hitchcock, aussi bien dans le déroulement que dans les lieux de tournage. Contrairement à Rankin (45 Minutes from Home), Amory Gilliam incarne l’homme d’âge mûr collectionneur de femmes aussi jeunes que sa fille, qui est prêt à tout pour arriver à ses fins et freiner son vieillissement (‘There is no going back’).  Malgré les critiques négatives de certains sites américains, Tower Beyond Tragedy est un épisode que j’apprécie beaucoup. Peut-être que les petites erreurs du final telle la localisation de Monterey ne sont pas si importantes pour un Français….Stefanie Powers est évidemment un atout car elle est une parfaite escort girl un peu naïve qui se laisse manipuler avant de réagir à temps. Différente de son rôle d’April Dancer, l’actrice est toujours très agréable à regarder.

o Metteur en scène : Walter Grauman ; scénariste : Mort Fine ; musique : Patrick Williams.

o Guest Stars: Edward Mulhare, Stefanie Powers.

o L’épisode fut diffusé le 28 octobre 1972 sur ABC.

o Stefanie Powers est la vedette des séries Annie, agent très spécial et Pour l'amour du risque.

o Lieux de tournage : Fort Point, Downtown, Golden Gate Park, Conservatory of Flowers.

o Le titre de l'épisode est une référence au poème (1950) du même titre de Robinson Jeffers (1887-1962), poète californien. Il construisit Tor House et Hawk Tower à Carmel, auquel Amory Gilliam fait référence.

o C’est la première des neuf apparitions dans la série du psychiatre Lenny Murchison interprété par Fred Sadoff (‘He could be a real psycho’). 

o C’est la première des trois apparitions du sergent Norm Haseejian interprété par Vic Tayback.

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7. LE COULOIR DES MIROIRS
(HALL OF MIRRORS)

Un meurtre a été commis chez un grossiste en fruits et légumes. L'enquête se déroule dans la communauté hispanique et va réveiller le passé d'un inspecteur.

L'enquête, toute banale, n'est pas le grand intérêt de l'épisode. Le suspect au casier judiciaire chargé est le coupable et les investigations ne sont pas originales; sans compter que les indices qui mènent à l'arrestation des deux complices sont tirés par les cheveux. Toute l'ambiguïté de l'affaire repose sur l'inspecteur Jim Martin, qui est dans le service depuis cinq jours. Le blond David Soul ne ressemble pas beaucoup à un Hispanique et c’est un des problèmes de l’épisode. Martin renie ses origines et il le montre par un comportement et un vocabulaire racistes et inappropriés vis-à-vis des suspects hispaniques ('Watch your mouth, punk !').

La scène comique du début, la mamie soi-disant à la recherche de son mari (‘welcome to the club, kid !’), côtoie des séquences d'action : la poursuite où Stone se casse la cheville et la fusillade dans l'église. À 60 ans, Karl Malden est en grande forme comme le montre sa course dans la rue où il n’est pas doublé. J’apprécie la petite scène quand Stone refuse l’aide du chauffeur de taxi pour se rendre chez la mère de Martin. L‘épilogue permet à Malden de se replonger dans le basket-ball, une de ses premières passions. A noter la très bonne musique de Robert Prince.

o Metteur en scène : Arthur Nadel ; scénariste : Walter Black ; musique : Robert Prince.

o Guest Stars: David Soul, A Martinez.

o L’épisode fut diffusé le 4 novembre 1972 sur ABC.

o L'inspecteur Keller n'apparaît qu'après quatorze minutes.

o Pour la première fois, on découvre l'appartement du lieutenant Stone.

o Comme souvent, le titre renvoie à une réplique. Ici, Stone décrit le métier de policier à la mère de l'inspecteur : 'A cop's life isn't easy ; it's like looking down a long hall of mirrors. Every case shows him another part of himself' [La vie d'un flic n'est pas facile ; c'est comme regarder le long d'un couloir de miroirs. Chaque affaire lui révèle une autre partie de lui-même]

o David Soul fut convaincant en tant qu'inspecteur James Martin, et il interprétera l'année suivante un autre flic de San Francisco, l'agent John Davis dans l’excellent Magnum Force, le second volet des aventures de l’inspecteur Harry. David Soul sera Starsky dans Starsky & Hutch trois ans plus tard.

o Victor Campos qui joue Campos dans une courte scène aurait pu avoir plus de temps à l’écran. Il est le détective Gomez dans six épisodes de Kojak.

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8. LIBERTÉ CONDITIONNELLE
(TIMELOCK)

Un prisonnier bénéficie d'une liberté conditionnelle et il a trente-deux heures pour trouver du travail. Il est rapidement impliqué dans un meurtre mais Mike Stone, qui le connaît, penche pour la thèse d'un règlement de compte dont le commanditaire est à San Quentin.

Le temps alloué pour trouver un job est très court vu le peu de qualifications que Bobby Jepsen possède. Une incursion dans un bar et la rencontre avec un ancien détenu vont perturber les plans de Jepsen, qui est accusé lorsque l’individu est poussé sous un camion. Stone, une connaissance du passé, constitue son seul recours et la police se lance sur les traces de Le Beau, un tueur professionnel. L’interprétation de Peter Strauss en loser est convaincante et il reviendra dans deux aventures plus palpitantes.

Un bon épisode où le temps de présence enquêteurs/suspects est bien réparti, avec des interrogatoires au bar et une longue séquence à la prison de San Quentin. La première scène avec le toit ouvrant de la voiture, d'où émerge un fusil, est originale. Cependant, l'assassin disparaît bien facilement après avoir poussé sa victime, et on se demande pourquoi Keller ne s'enquiert pas plus tôt de savoir si le mafieux a reçu une visite à San Quentin, ce qui permet de faire définitivement le lien avec le criminel. Le temps est primordial dans cette enquête, d'où le titre VO et la présence de nombreuses horloges, montres et pendules. L'épisode se termine par une fusillade à l'embarcadère et un plongeon dans la baie.

o Metteur en scène : Robert Douglas ; scénaristes : Charles McDaniel, Cliff Gould & John Wilder ; musique : Tom Scott.

o Guest Stars: Peter Strauss, Bernie Casey, Elaine Giftos.

o L’épisode a été diffusé le 11 novembre 1972 sur ABC.

o La prison de San Quentin, ouverte en 1852, est la plus vieille de Californie et une des plus connues.

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9. AU MILIEU DES ÉTRANGERS
(IN THE MIDST OF STRANGERS)

Des hauteurs d'une chambre d'hôtel, un trio de malfrats repère des proies à dévaliser. Choisie au hasard, la victime est aussi bien un politicien qu'un vendeur de journaux.

Le début de l'épisode s'apparente à une promotion touristique pour la ville de San Francisco, avec des magnifiques vues de l’Union Square et du fameux Cable CarLa fausse piste politique et le vendeur de journaux sont les fondations de l'intrigue, que je trouve plus intéressante qu’à la première vision. Wally, le vendeur de journaux ‘heureux de tout’, devient pénible, et on remercie Stone de le faire taire (‘Shut up’). D’ailleurs, blessé, que fait-il dans la voiture des policiers pour le final ?

Le poste d’observation à jumelles n’est pas non plus très crédible, et comment les truands reconnaissent-ils Stone et Keller de là-haut ? J’ai néanmoins réévalué la note car cet épisode est finalement plaisant malgré ses défauts. Une paire de chaussures est l’indice qui résoudra l’affaire. On a le plaisir de revoir Louise Latham, disparue il y a quelques semaines, et la touche musicale de Pat Williams est toujours un plus indéniable lors de la scène de l’escalier à l’hôtel et la poursuite dans le final, qui est excellent : quatre minutes d'action pure au pied du Golden Gate.

o Metteur en scène : Robert Douglas ; scénariste : Del Reisman ; musique : Patrick Williams.

o Guest Stars: David Wayne, Louise Latham, Ramon Bieri, Robert Foxworth.

o L’épisode a été diffusé le 25 novembre 1972 sur ABC.

o Mike Stone devant la carte des délits: ‘Look at that, Steve. If this keeps up, we gonna have more pins than space. Civilization.'

o La scène finale de la fusillade, moment fort de l'épisode, est tournée à Fort Point. Ce fort en briques fut construit avant la Guerre de Sécession et il servit pendant la guerre à protéger le passage du Golden Gate qui le surplombe. 

o Autres lieux de tournage : Union Square, l'hôtel Saint Francis.

o Le guide vert Michelin fait déjà partie de la panoplie du parfait voyageur ('the green book') avec l'exemplaire "Italy" dans l'épisode.

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10. CHASSE GARDÉE
(THE TAKERS)

Une infirmière et une hôtesse de l'air sont assassinées dans leur appartement de co-location. L'enquête se tourne vers une autre hôtesse de l'air, présente sur une photo avec les deux victimes, mais le comportement d'un démarcheur en bijouterie et de sa femme intrigue Stone et Keller.

Cet épisode est excellent ; c’est même un des meilleurs de la première saison. Deux jolies brunes sont assassinées au 223 (je serais intéressé de savoir qui joue Stéphanie Brown), et le premier acte, sur les lieux du crime, est consacré à une enquête minutieuse et classique des polars des années 70. Du grand art. En un quart d'heure, l'affaire semble être dans le sac mais un alibi, à priori solide, relance les investigations vers des fausses pistes qui font tout l'intérêt de l’intrigue. 

Stone et Keller ont plusieurs suspects sous la main (le gestionnaire de l’immeuble, un ex petit ami…) et la fusillade au Coit Tower - une belle scène d’action – en fournit un de plus. L’attention des policiers se porte sur le couple Lavery : Arthur, un vendeur de bijoux itinérant, et sa femme Edna, qui regrettent d’être venus en Californie. L’interprétation des deux acteurs est superbe et entretient le suspense jusqu’au dénouement de ce script très ingénieux. La fausse clé donnera définitivement raison à Stone et sa théorie, qui serait jugée sexiste de nos jours : dix-huit balles dont cinq dans le mur, seule une femme peut avoir mis cinq balles dans le mur avec une arme aussi précise (‘All the misses at this range. Try a woman !'). Le final à l’aéroport, sur une excellente musique, est palpitant : une vraie jalousie féminine !

o Metteur en scène: Arthur Nadel; scénaristes: Guerdon Trueblood, Cliff Gould & John Wilder.

o Guest Stars: Harold Gould, Michael Lerner, Heidi Vaughn, Robert Gentry, Barbara Baxley (Special Guest Star).

o L’épisode fut diffusé le 2 décembre 1972 sur ABC.

o Le titre VO est intraduisible. Mike Stone: ‘What’s a taker?’ The Takers est le nom donné à ces jeunes femmes qui profitent de leur physique pour attirer les hommes et leur prendre le maximum.

o Lieux de tournage : San Francisco General Hospital, l'aéroport international de San Francisco, Skyline Terrace Apartments, Coit Tower.

o La touche humoristique de l’infirmière-chef au sujet des infirmières : ‘Glenda Elliott? Let me put it this way, Mr. Keller. The first thing a girl like that does when she hits the hall is get a roster of the doctors. And she goes down it one by one in alphabetical order. When she comes to the interns, she moves on. [Glenda Elliott? Permettez-moi de le dire de cette façon, monsieur Keller. La première chose que fait une fille comme ça quand elle arrive dans le hall d’entrée, c'est d'avoir une liste des médecins. Et elle s’en occupe un par un dans l'ordre alphabétique. Quand elle arrive chez les internes, elle continue].

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11. LE VOL DES SAUTERELLES
(THE YEAR OF THE LOCUSTS)

Lors d'un casse, un gardien est tué. L'enquête désigne une famille de tsiganes dont le chef de clan, un escroc sans violence, est un vieil ami de Mike Stone.

Un des plus mauvais épisodes de cette première partie de saison. Malgré un bon premier quart d'heure, il y a ensuite beaucoup trop de bavardages au détriment de l'enquête. La chaussure goudronnée fait le lien entre le meurtre et les malfrats mais les discussions internes entre les membres du gang sont fastidieuses. Même la fin n'a pas de brio. Angus ne peut éviter un conflit de générations et il préfère saborder son organisation afin d’empêcher qu’elle ne sombre totalement dans une criminalité plus dure.

Les meilleures scènes sont l’apparition de Stone et Keller sur le ring de boxe, la rencontre Stone /Angus au parc et la sorte de chasse au trésor qui permet de boucler les coupables. Il n’y a pas de suspense, ni de scène d’action, l’interprétation n’est pas inoubliable, à part Voskovec, et la musique militaire de Tom Scott est recyclée.

o Metteur en scène : Arthur Nadel ; scénariste : Theodore J. Flicker.

o Guest Stars: George Voskovec, Michael Ansara, Christopher Stone.

o L’épisode a été diffusé le 9 décembre 1972 sur ABC. 

o Lieux de tournage : Ghirardelli Square (la séquence du hold-up et du début de l'enquête), Golden Gate Park (rencontre Stone et Angus), Embarcadero.

o Le titre est une comparaison que fait Stone au sujet de la famille Ferguson. Comme les sauterelles, ils changent de ville après l'avoir pillée : ‘They're like locusts. They pick a town and they pick it clean.’ ['Ils sont comme des sauterelles. Ils choisissent une ville et ils la nettoient proprement]. 

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12. LA BALLE DANS L'ÉPAULE
(THE BULLET)

Un ancien policier, maître-chanteur, est assassiné. Stone et Keller obtiennent les trois rendez-vous de la journée du flic ripoux. Le tueur possède l’original de la liste qui comporte les noms du commanditaire et du témoin blessé.

Le  début  est captivant avec la fusillade et la déduction du parcours de la balle, puis l'enquête s'emballe rapidement car le tueur est identifié à la moitié de l'épisode, au début du troisième acte. Ensuite, l'histoire tire en longueurs avec le passage à l'université, qui est beaucoup trop long (sept minutes) et qui n’apporte pas grand-chose. Jeff Williams, le témoin blessé avec une balle dans l’épaule, est un professeur universitaire, ancien condamné, et il refuse obstinément de se faire ôter le projectile de peur que cela l’empêche d’obtenir une promotion, ce qui est très surprenant : peut-on vivre avec une balle sans risquer un empoisonnement du sang ?

Stone démasque Borrman, le commanditaire, car c’est son premier rendez-vous et il ne s’est pas déplacé, mais la balle est indispensable pour confondre l’assassin. Il faut attendre que sa femme, Alice, se fasse enlever pour que Williams change enfin d’avis. Le final, où Stone prend la place de la cible, permet de conclure l’épisode sur une note positive. Malgré quelques longueurs, The Bullet est une bonne histoire avec une solide interprétation et il permet de connaître ‘les droits de l’homo corpus’, une loi très étrange que je ne connaissais pas !

o Metteur en scène: Walter Grauman; scénaristes: Barry Trivers, Cliff Gould & John Wilder; musique: John Elizalde.

o Guest Stars: Carl Betz, Geraldine Brooks, Patrick Conway, Norman Alden, Hari Rhodes.

o L’épisode a été diffusé le 16 décembre 1972 sur ABC. C'est le premier épisode diffusé en France, le samedi 12 octobre 1974 sur Antenne 2 à 21h35. 

o Hari Rhodes (1932-1992) a joué dans sept épisodes de la série. Il a un rôle récurrent dans Section contre-enquête (Most Wanted) avec Robert Stack. Il a joué aussi dans Daktari.

o Carl Betz, habitué des séries policières américaines des années 70, est décédé d'un cancer en 1978. Sa femme dans l'épisode, Geraldine Brooks, décéda du même mal quelques mois plus tôt.

o Robert Cleaves, qui joue Phillips, le premier sur la liste, fut condamné à 16 ans de prison en 2000 pour avoir roulé deux fois sur un homme après s'être disputé avec lui quelques instants plus tôt.

o Lieux de tournage : University of San Francisco (le campus du collège), la croix du Mont Davidson (le point de rendez-vous du tueur, qui est aussi le lieu d'une scène célèbre de Dirty Harry), le marché Petrini.

o Le poète Ezra Pound, auteur de Ancient Music, est décédé en novembre 72, quelques semaines avant que l’épisode soit diffusé.

o Contrairement aux épisodes précédents, on remarque que les images en voiture de la fin de l’épisode ne sont pas tournées avec une caméra dans le véhicule. Ce sont des images diffusées à l’arrière-plan. Un manque de temps ?

o Walter Grauman se souvient du professionnalisme de Malden lors du tournage. L’acteur avait trouvé que les taches de sang du blessé dans la séquence initiale étaient trop apparentes et le réalisateur les modifia (The Streets of San Francisco : a Quinn Martin TV Series, James Rosin).

o Stone: ’Better than that. We’ve got a witness with a bullet in’ [Mieux que ça. Nous avons un témoin blessé par balle.]

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13. LE VIN EST TIRÉ
(BITTER WINE)

Après avoir purgé une peine de douze ans, un homme revient dans sa famille. Il se rend compte que son frère, pour lequel il s'était accusé d'un double crime atroce, a pris sa place sans scrupules et que leur père, restaurateur grec, ne connaît pas la vérité.

Ce très bon épisode n'est pas une histoire policière mais un drame familial. Il n’y a pas d'action, à part la courte poursuite à pied, mais une tension palpable et un parfait jeu d'acteur ; Nehemiah Persoff, en patriarche grec brisé, et Michael Glaser, en fils déchu sacrifié, sont excellents. Cette affaire de famille plonge même un instant Stone dans ses propres souvenirs personnels. Le seul bémol est la fin qui me laisse très sceptique (‘Love him’), et je me pose toujours cette question : pourquoi Stone et Keller sont-ils déjà sur le parking ?

Le début ressemble à celui de Timelock, avec la libération d’un prisonnier de San Quentin, mais Jason Kampacalas n’a pas d’aide comme Bobby Jepsen. Au contraire, Dimitri, son frère ingrat, est prêt à le faire accuser de l’incendie du restaurant qu’il a provoqué pour toucher l’argent de l’assurance. On note la première apparition du supérieur de Stone, le capitaine Olsen qui charge son lieutenant de veiller sur le repris de justice. À cette occasion, les deux 'vétérans' laissent le 'jeunot' Keller dans l'ombre avec le passage comique du sucre.  Pour finir, on remarque une nouvelle musique agréable de Pat Williams et la très jolie Donna Baccala, qui étonnement n’a pas eu beaucoup de rôles dans sa carrière. 

o Metteur en scène : Christian Nyby ; scénaristes : Hal Sitowitz & John Wilder ; musique : Patrick Williams.  

o Guest Stars : Nehemiah Persoff, Scott Marlowe, Michael Glaser, Donna Baccala, Michael Margotta.

o L’épisode a été diffusé le 23 décembre 1972 sur ABC.

o Robert F. Simon (1908-1992) est le capitaine Olsen dans sept épisodes de la série.

o Lieux de tournage : Prison de San Quentin, North Beach, Potrero Hill et St. Helena.

o Paul Michael Glaser sera Starsky dans la série Starsky et Hutch trois ans plus tard. Auparavant, il interprétera de nouveau un repris de justice qui s'aperçoit qu'il a été victime d'une machination ourdie par sa femme et son amant dans un épisode de Kojak, le policier d’origine grecque (La rivière solitaire, S01E19).

o Nehemiah Persoff, 98 ans, a joué dans (presque) toutes les séries cultes, mais je retiens surtout ses six épisodes des Incorruptibles dont trois dans le rôle du comptable de Capone, Jake 'Greasy Thumb' Guzik.

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14. COMME UN POISSON DANS L'EAU
(A TROUT IN THE MILK)

La défenestration d'un artiste-peintre, coureur de jupons, laisse perplexe Stone et Keller. Meurtre ou accident ? Une boucle d'oreille semble être la seule piste sérieuse. Elle appartient à une top-modèle dont le père est un poète connu à Frisco. Ils sont tour à tour soupçonnés.

La boucle d’oreille est l’indice qui mène les policiers au poète Yale Courtland Dancy puis à sa fille Jenaea. Les personnages farfelus sont plus intéressants que l’enquête, qui est banale et lente, comme le souligne la fausse adresse que donne Dancy aux policiers. Le meilleur passage de l’épisode est au City of Paris où la pétillante Jenaea drague ouvertement Steven avant de lui fausser compagnie (‘She psyched me out’)…une action à mettre en parallèle avec Stone et la mystérieuse femme à l’hôpital.

C'est sinon un épisode faible qui clôt la première partie de la première saison. L’enquête se base sur une fausse piste les trois quarts du temps pour aboutir finalement sur une petite jalousie bien compliquée et l’explication dans la voiture laisse dubitatif. Le mensonge culpabilisateur de Dancy n’est pas crédible (‘Now does that spell ‘queen’ to you ? Yale Dancy is a Don Juan and one gosh darn good liar’). L’intrigue est trouée comme un morceau de gruyère,  et beaucoup de questions restent sans réponse. Le vin de l’épisode précédent était meilleur que ce lait un peu caillé…

o Metteur en scène : Lawrence Dobkin ; scénariste : Robert Malcolm Young.

o Guest Stars: Roscoe Lee Browne, Brenda Sykes, Carol Lawson, Allen Emerson.

o L’épisode a été diffusé le 6 janvier 1973 sur ABC.

o Roscoe Lee Browne (1925-2007) a enseigné la littérature et le français avant d'être acteur.

o Lorsque les deux policiers sortent de l'appartement de la top-modèle, on peut remarquer qu'une femme se penche à sa fenêtre pour observer le tournage de la scène (27'40).

o Lieux de tournage : Washington Square, Japanese Tea Garden, Le grand magasin City of Paris, qui ferma ses portes en mars 1972, après 122 années (a-t-il été rouvert pour le tournage ?). St. Peter and Paul Church à Washington Square est l'église qui apparaît dans Dirty Harry lorsque les policiers, en hélicoptère, aperçoivent Scorpio sur les toits.

o Le titre, 'A Trout in the Milk', est une citation de Henry David Thoreau, un auteur américain (1817-1862). 'Some circumstantial evidence is very strong, as when you find a trout in the milk.' [Certains indices sont flagrants, comme lorsqu'on trouve une truite dans le lait.] Rien à voir avec le titre français qui garde l'image du poisson mais cela n'a aucun rapport.

o Ed Lauter est le docteur Ford pour la seconde et dernière fois (également dans Trente ans de service).

o Lawrence Dobkin a réalisé deux épisodes de la série : celui-ci et l’excellent Victime du devoir, et il interprète le tueur psychopathe Gregory Praxas dans le pilote.

o La scène du crime est tournée en studio et les bâtiments en face sont du ‘fake’.  

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15. IMPUISSANT DEVANT LA MORT
(DEATHWATCH)

En rentrant au port, le bateau de deux pêcheurs essuie des coups de feu. Peu de temps après, un des marins, paralysé par la peur, est témoin de l'assassinat de son collègue, ami de longue date. Mike Stone est persuadé qu'ils ont croisé des trafiquants.

Un épisode au rythme plutôt lent qui a pour thème central l'immigration clandestine. Il n’y a pas de second rôle particulier même si tous les acteurs sont des habitués des séries américaines. Nicholas Colasanto est Joe Patruro, un pêcheur rongé par le remords, qui veut se venger des passeurs de clandestins, assassins de son ami. 

L'enquête passe un peu au second plan, et elle mène les policiers à s'interroger sur l'origine des impacts de balles sur le bateau. Dès le début, ils se rendent compte que Patruro leur cache quelque chose. La discussion Joe/Stone sur le bateau montre que le lieutenant a tout compris (‘I'm a cop, Joe. And I say you're scared. I see it, I sense it, I smell it’). Pour la première fois, San Francisco n’est pas ensoleillé. La pluie diluvienne, les nuages gris et l’obscurité sont de circonstance pour ce drame, dont le thème sera repris en quatrième saison dans un épisode moins réussi (En pays étranger).

o Metteur en scène : Walter Grauman ; scénaristes : Harry Kronman, John Groves & Cliff Gould.

o Guest Stars: Nicholas Colasanto, Victor French, Anthony Caruso, Hari Rhodes.

o L’épisode a été diffusé le 13 janvier 1973 sur ABC. 

o Lieux de tournage : Esquivel Fuel Dock, Fisherman's Wharf.

o Après La balle dans l'épaule, Hari Rhodes fait sa deuxième apparition dans le rôle du laborantin de la police de San Francisco.

o Les doublures de Karl Malden et Michael Douglas sont visibles lorsque les acteurs sont de face, sur le devant de l’hovercraft (‘Closer, closer’) et quand Keller saute de l’hovercraft au bateau. Avec une capture d’écran, je pense que le cascadeur qui double Douglas est le même que dans Mésaventures, lorsque Keller saute du balcon dans la scène finale.

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16. VICTIME DU DEVOIR
(ACT OF DUTY)

Stone et Keller sont sur la piste d'un violeur assassin qui agresse les femmes à la sortie des supermarchés. La dernière victime, policière, a été suivie jusque chez elle, et le tueur a déjà sa collègue en ligne de mire.

L'atmosphère pesante, l’intrigue palpitante, les dialogues excellents et la musique envoutante contribuent à faire de cette enquête le meilleur épisode de la première saison pour moi. Le premier acte, constitué des scènes du supermarché, du meurtre et de l'enterrement, est une parfaite entame. Les deux flashbacks pendant la sonnerie aux morts permettent d'apprécier les liens qu'entretenait Evelyn, la victime, avec Stone et Keller. Quant à la bleue Sherry, elle est rentrée dans la police grâce à elle. Son zèle de vouloir bien faire lui fait désobéir aux ordres de Mike Stone, ce qui met l’enquête et sa vie en danger.

Les deux seconds rôles sont excellents : Michael Burns, le tueur psychopathe visible dès les premières minutes, et Brenda Vaccaro, la femme flic débutante, prochaine cible. Le discours du psychologue Lenny Murchison est parfaitement plausible et cohérent - l'enfance du tueur est à blâmer -  mais l'enquête donne matière à réfléchir. Ainsi, dans une des nombreuses scènes intéressantes de ce sublime épisode, Stone crie à Sherry, qui trouve sa mise à pied injuste : « What’s fair ? Sometimes even justice isn't fair! » [Qu’est-ce qui n’est pas juste? Parfois, même la justice n'est pas juste]. 

Parmi les scènes marquantes, il y a la rencontre de Sherry et d’O.P. dans le lavomatique et la séquence finale : on se demande, avec Keller, où est caché le salopard ! La dernière image conclut magnifiquement l'épisode : l’inspecteur redresse tristement le cadre de la photo d'Evelyn. Malgré une ambiance sombre, l’histoire n’est pas dépourvue de répliques humoristiques (‘You don't have to worry, buddy boy. Not with legs like yours.’).

Le thème principal, récurrent dans les années 70, est la présence des femmes dans la police (un thème de L'inspecteur ne renonce jamais, troisième volet des aventures de Dirty Harry). La réplique de Stone rejoint les pensées de Harry Callahan: « I guess I'm old fashioned. I don’t know. I just don't think this is woman's work. » [Je pense que je suis vieux jeu ; je ne crois pas que cela soit un boulot pour les femmes]. Stone ne met pas Sherry sur l'affaire car il la juge 'too green' mais c'est l'indice qu'elle a trouvé qui mène les policiers au coupable militaire. Un épisode à conseiller pour découvrir la série !

o Metteur en scène : Lawrence Dobkin; scénariste : Robert Malcolm Young ; musique : Patrick Williams.

o Guest Stars: Michael Burns, Brenda Vaccaro (Special Guest Star).

o Act of Duty fut le premier épisode à changer de jour et d’horaire. Il passa le jeudi 18 janvier 1973 à 22h. En fait, à part les trois premiers mois, de septembre 1972 à janvier 1973, où la série était diffusée le samedi,  SOSF ne quitta jamais le créneau du jeudi soir. 

o Steve Keller embrasse sa petite amie (et future victime) Evelyn Hennick et assistera sa collègue Sherry Reese. Cette dernière est interprétée par Brenda Vaccaro, la petite amie de Michael Douglas à l'époque.

o Michael Burns (1947), qui interprète le tueur pervers, a eu une carrière d'historien (récompensé pour ses écrits sur Dreyfus), d'écrivain et d'enseignant. Il élève dorénavant des chevaux dans le Kentucky.

o Judith McConnell, Evelyn, fut Miss Pennsylvania 1965.

o Le réalisateur, Lawrence Dobkin (1919-2002), fut aussi bien acteur que metteur en scène. Il est, entre autres, Dutch Schultz dans la série Les Incorruptibles, mais aussi le tueur psychopathe dans le pilote des Rues de San Francisco.

o Lieux de tournage : Westlake District de Daly City (appartement de Sherry), Presidio, Pacific Heights, un magasin Safeway dans le quartier Marina et The Golden Gateway près de Embarcadero Centre, Olivet Memorial Park à Colma.

o Il y a plusieurs répliques qui seraient jugées ‘politiquement incorrect’ de nos jours. A part la remarque de Stone sur les femmes dans le police, Murchison dit, après avoir appris qu’il n’y a aucune trace d’effraction : ‘That's why women don't like to report rape. They don't like admitting they got halfway there on their own.’ [C'est pourquoi les femmes n'aiment pas porter plainte pour viol. Elles n'aiment pas admettre qu'elles ont permis à cette situation de se produire].

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17. LE TRAQUENARD
(THE SET-UP)

Après des années d'exil en France, un tueur à gages réputé revient à San Francisco à la demande de son ancien patron et ami pour accomplir un dernier contrat. Mais le chasseur devient rapidement le gibier.

L'épisode repose sur Stuart Whitman, qui est excellent dès son arrivée à l'aéroport dans le rôle de Nick Carl, le tueur à gages. Son temps à l’écran est important et il éclipse Stone et Keller, qui font un peu figure de spectateurs pris entre deux feux. Le personnage bénéficie de profondeur, car, devenu père de famille, il a changé ; il est revenu aux Etats-Unis par loyauté à Harmon, qui a décidé de le liquider car il est un des trois témoins d’un meurtre qu’il a commis des années plus tôt.  Ainsi, Carl a été vendu par son vieil ami, un barman aveugle à qui une opération coûteuse a été promise.

L’action se passe exclusivement en extérieurs (il n’y a qu’une seule scène dans le bureau de Stone), et la photographie de nuit est splendide. La superbe partition inédite de Parker accompagne une excellente interprétation survolée par Whitman, mais Jack Albertson en barman aveugle est convaincant. Le tueur, repenti et père de famille en France, finit par demander à Harmon pourquoi il a douté de son silence et brisé leur amitié.

o Metteur en scène : George McCowan ; scénariste : Douglas Roberts ; musique : John Parker.

o Guest Stars: Stuart Whitman, Jason Evers, Claudine Longet, Jack Albertson (Special Guest Star).

o L’épisode a été diffusé le 25 janvier  1973 sur ABC.

o Stuart Whitman (1928) était célèbre à la fin des années 60 pour le rôle du marshal Jim Crown dans la série western Cimarron. En 2006, il a organisé un 'marathon' de la série sur la chaîne Encore Westerns Channel.

o Quelques paroles sont prononcées en français en VO lors de l'appel téléphonique en France. La reconstitution du restaurant est convaincante, mais l’adresse sur l’enveloppe est fantaisiste : 'Loire, Rhône, France.' La Loire et le ‘Loiret’ comme dit Whitman sont deux endroits différents et ils sont très éloignés du Rhône !

o Claudine Longet (1942) est française et a surtout chanté. Elle fut arrêtée et inculpée le 21 mars 1976 suite à la mort par arme à feu de son compagnon, le champion de ski alpin Vladimir Sabich à Aspen dans le Colorado. Elle fut condamnée à trente jours de prison pour homicide involontaire.

o Un peu rétro lorsque Stone demande à un commerçant de rouvrir son magasin pour utiliser son téléphone : 'Can I use your phone ?'.

o Lieux de tournage : San Francisco International Airport, The Palace of Fine Arts, Aquatic Park, Chinatown, San Francisco General Hospital.

o C’est la première apparition de Gerald O’Brien interprété par John Kerr.  Il est présent dans neuf épisodes étalés sur les cinq saisons. Kerr était réellement un avocat en exercice, à Encino, en Californie à partir de 1970 jusqu'à sa retraite en 2000.

o Mike Stone était sergent douze ans plus tôt lorsque son coéquipier a été tué par Carl.

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18. UNE COLLECTION D'AIGLES
(A COLLECTION OF EAGLES)

Un revolver et une pièce d'or découverts près d'un cadavre calciné dans une chambre d'hôtel miteuse mènent Stone et Keller sur la piste d'un assassin numismate.

John Saxon est la 'guest star' de l'épisode et il interprète brillamment ce numismate manipulateur qui a sous son charme une jeune étudiante naïve et un homosexuel jaloux, deux personnages pâlots. Vince Hagopian utilise ses compétences pour dupliquer les pièces et remplacer la collection d’un vieil homme riche. Il est entouré de complices facilement manipulables qui deviennent encombrants dès qu’il n’a plus besoin d’eux (‘Just business’).

Joseph Cotten, en aristocrate tétraplégique épris de ses roses et de sa collection de pièces d'or, est très convaincant. L'enquête fait la part belle à Charley, le laborantin interprété par Hari Rhodes. Il permet de faire progresser les investigations mais dans des limites raisonnables ; rien à voir, heureusement, avec Les experts. L’épisode est d'intérêt moyen, et le hasard de choisir Hagopian comme expert est peu probable ; le fait qu’il omette sa prochaine victime et que Stone le découvre aussi rapidement également.

o Metteur en scène : Walter Grauman ; scénariste : Robert I. Holt ; musique : Michel Mention.

o Guest Stars: John Saxon, Belinda J. Montgomery, Hari Rhodes, Joseph Cotten (Special Guest Star).

o L’épisode a été diffusé le 1er février 1973 sur ABC.

o John Saxon (1935) a commencé sa carrière en 1954. Il tourne toujours régulièrement.

o Lieux de tournage : Maiden Lane & Union Square, Mama’s Restaurant (Washington Square). 

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19. CHAMBRE D'EN FACE
(A ROOM WITH A VIEW)

Après le meurtre de son frère, un indic ne se rend pas au rendez-vous avec Stone et Keller. Une course contre la montre s'engage pour le trouver avant le tueur à gages.

Chambre d’en face ne fait pas partie des meilleurs épisodes de la saison pour plusieurs raisons. Pour commencer, les personnages ne sont pas inoubliables. Richard Anderson, qui joue le commanditaire des assassinats, est à peine audible avec son cigare, le tueur à gages est quelconque (bien loin de Carl/Whitman) et l'institutrice déconnectée tape sur les nerfs. La relation évolutive entre Mary Rae Dortmunder et Art Styles constitue d’ailleurs  la trame de l’histoire.

Il y a aussi des incohérences dans le script. La planque de l'indic est en face de l'appartement où s'est réfugié le tueur ('That's why you're here. That's all you wanted. A room with a view') et on se demande pourquoi Stone et Keller ne font pas le rapprochement plus tôt. Il est également bizarre que l'institutrice, témoin du meurtre, occupe, comme par hasard, l'appartement surplombant celui de la cible ! Parmi les points positifs, on peut citer la voiture de sport précipitée dans la baie (malgré le mannequin beaucoup trop visible) et le dernier acte, dans la rue puis à l'aéroport, bien que les deux truands soient risibles.

o Metteur en scène : Walter Grauman; scénariste : Del Reisman.

o Guest Stars: Steve Forrest, Michael Strong, Richard Anderson, Shirley Knight Hopkins (Special Guest Star).

o L’épisode a été diffusé le 8 février 1973 sur ABC.

o Lieux de tournage : The Conservatory of Flowers,  Everett Middle School, San Francisco International Airport, the Yacht Harbour à Marina Boulevard.

o L’appartement de l’institutrice est un véritable intérieur au 924 Church Street. Il fallait trouver le point de vue plongeant du tueur sur la planque de sa victime. L’appartement était parfait mais très petit, contrairement au studio, et le tournage dura longtemps à cause de l’exigüité des lieux. Walter Grauman, le réalisateur, raconte qu’il était habillé en noir avec un attaché-case et qu’il n’avait pas eu le temps de se changer pour aller au restaurant avec sa femme. On le prit pour un tueur venu exécuter un contrat !  (The Streets of San Francisco: a Quinn Martin TV Series, James Rosin).

o Jeannie, la fille de Mike Stone, est mentionnée à plusieurs reprises.

o L'action se passe au moment de Noël : deux personnes sont déguisées en Père Noël et en sapin sur le trottoir au début de l'épisode et il y a un sapin de Noël dans l'appartement de la femme de l'indic.

o Steve Forrest (1925-2013), le tueur, est John Mannering alias le Baron de la série britannique Le Baron en 1966-67.

o Richard Anderson (1926-2017) était Oscar Goldman dans L'homme qui valait trois milliards et Super Jaimie.

o Mike Stone : ‘Do unto others before they do unto you.’

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20. DERNIÈRE HEURE
(DEADLINE)

Un homme tue accidentellement sa maîtresse dans un excès de jalousie. Journaliste renommé, il oriente l'enquête de son vieil ami, Mike Stone, vers son rival sans se douter qu'il s'agit de son propre fils.

À l'instar de Columbo, le meurtrier est connu dès le début ce qui atténue le suspense. L'originalité de l'épisode réside uniquement dans le fait que le père et le fils ont la même maîtresse sans le savoir. Pourtant, à la fin du premier acte, tout pourrait être terminé : grâce à la localisation du meurtre (vitesse du vent et des marées) tirée par les cheveux, Keller tombe fortuitement sur le témoin au télescope, qui deviendra maître-chanteur, et Chris ‘Ace’ Bane rend visite à Stone et le persuade qu’il s’agit d’un crime.

Après un excellent début et le très beau paysage de la première scène, Bane prend beaucoup trop de place et il a toujours un coup d’avance dans les investigations sur les policiers, qui sont à la recherche d’un jeune acteur de théâtre. La première scène père/ fils est surprenante et la seconde, dans le bureau de Stone, beaucoup plus émotionnelle. Stone et Keller tirent finalement les bonnes conclusions et arrêtent Bane à la maison de bord de mer de sa maitresse. On pense que le reporter, qui menace les policiers, va se suicider, ce qui aurait donné plus de force au dénouement. Un bon épisode néanmoins.

o Metteur en scène : Seymour Robbie ; scénariste : David Friedkin.

o Guest Stars: Barry Sullivan, Geoffrey Deuel, Greg Mullavey.

o L’épisode a été diffusé le 15 février 1973 sur ABC.

o Barry Sullivan (1912-1994),  Chris ‘Ace’ Bane, a joué dans quatre autres épisodes de la série.

o Lieux de tournage: Belvedere, au nord de Golden Gate Bridge, the American Conservatory Theater à Geary Boulevard.

o La rubrique de Bane dans le San Francisco Telegraph s’appelle "Deadline", qui est le titre de l'épisode.

o Keller à l’autopsie: ‘It has to be another way for a day to begin’

o D'après le répertoire de la victime, l'action se situe en mars 1973. Or l'épisode fut diffusé le 15 février 1973.

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21. LA PISTE DU SERPENT
(TRAIL OF THE SERPENT)

Cinq voyous braquent une épicerie et tuent un policier dans leur fuite. Voulant faire délivrer le meneur blessé, le gang capture Mike Stone et le retient en otage pour servir de monnaie d'échange.

Un excellent épisode, particulièrement violent et parfois même dérangeant ; le psychopathe déjanté est, en effet, très bien interprété et la scène où il crache sur l'insigne de Stone et menace de l'exécuter est prenante et dure. Les Cobras sont un gang type qui écume les grandes villes américaines (à l'époque mais aussi maintenant). Une grosse tension dans l'entrepôt désaffecté, de bons seconds rôles et de l'action – Stone est blessé en tentant de s'évader, Keller lors de la scène de la cabine téléphonique – font de cet épisode un des meilleurs de cette saison. Le lieutenant fait jouer son expérience et a du sang-froid (le coup du café est excellent). La réussite de l'épisode est également due à son réalisme : Stone décline après sa blessure et la barbe naissante de Keller souligne l'action en continu.

Les premières minutes de l'agression du couple d'épiciers font penser au film Un justicier dans la ville. La réaction de Keller à l'hôpital, face au blessé moqueur, rappelle Dirty Harry même si, à la fin, Stone doit convaincre son partenaire qu'il n'y avait pas d'autres moyens que d'abattre le malfrat : « Steve, that kid bought that bullet a long time ago. There was no way to buy it back. » La morale est sauve car l'adolescent impliqué retourne dans le droit chemin.

o Metteur en scène : John Badham ; scénaristes : Cliff Gould & John Wilder.

o Guest Stars: Tim O’Connor, Cal Bellini, Brad David.

o L’épisode a été diffusé le 22 février 1973 sur ABC.

o Lieux de tournage : Potrero Hill, Connecticut Street, Grant Street.

o Vermont Street, la route en colimaçon (où Keller et Devitt s'entretiennent avec le propriétaire du pick-up bleu),  a été utilisée dans la poursuite finale de Magnum Force.

o Tim O'Connor (1927-2018) a joué dans quatre épisodes de la série dont trois où il interprète le rôle du lieutenant Roy Devitt, comme dans le premier épisode, Trente ans de service.

o 'The trail of the serpent… leads to death.' Telle est la devise donnée par Stone à Keller [La piste du serpent mène à la mort].

o Brad David (1947), le psychopathe Chick Kramer, était Del Berry, le toxico qui avait vu la botte rouge compromettante dans le coffre du tueur à une station-service où il travaillait (pilote de la série).

o Karl Malden a particulièrement aimé le fait de montrer qu'il perdait de plus en plus de sang et qu'il devenait de plus en plus faible au fur et à mesure que l'épisode avançait sans pour cela montrer des taches rouges qui s'agrandissaient sur sa chemise! Il était d'abord assis sur une boite, très droit. Chaque fois qu'une scène l'impliquait, Malden était plus voûté jusqu'à ce qu'il soit par terre, avachi. Cette sorte de petit défi permettait d'avoir toujours du plaisir à tourner la série. Karl Malden se souvient aussi d'une autre scène de cet épisode. Lors d'une répétition, un jeune homme, un des gardes de l'entrepôt, brandissait son arme sous son nez, le touchant avec. Il s'est rendu compte que le garde agissait de la sorte car il savait ce qui allait se passer. Il savait que Mike Stone n'allait pas se saisir de l'arme; le script ne le prévoyait pas. En fait, cela entrait en conflit avec le point de vue de Karl Malden sur les armes à feu dans les séries télévisées. Le jeune était si tranquille avec son arme que cela cessait d'être une arme mortelle. Soudainement, lors d'une répétition, Malden attrapa l'arme très proche de lui et la pointa sur le garde. Malden précisa que cela pouvait arriver qu'un policier, même blessé, saisisse sa chance de cette façon. Le jeune acteur joua ensuite la scène différemment (When do I start ? de Karl Malden, avec Carla Malden).

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22. LE MORT VIVANT
(THE HOUSE ON HYDE STREET)

Trois gamins profitent de l'absence d'un vieil homme pour pénétrer dans sa maison et chercher un soi-disant trésor. Quelques heures plus tard, Stone et Keller doivent enquêter sur la disparition d'un des enfants.

Un épisode mystérieux, étrange, complètement à part dans la série. La mort d'un enfant et la vie recluse du frère du suspect (qu'on ne verra jamais) sont les points tragiques de l'histoire rocambolesque qui a commencé trente-deux ans plus tôt ! Les policiers n'apparaissent qu'après treize minutes car le début est consacré au passage à l'acte des 'boys' dans cette maison excentrique à mauvaise réputation qui est la grande attraction de l'épisode.

Harlan, le vieil homme, très bien interprété par Lew Ayres, fait longuement ses courses (69 cents le kilo de tomates à l'époque) et collectionne des objets hétéroclites. Il est en fait aussi inoffensif que son chat, Tommy, alors que Billy est un sale gosse détestable. La scène de l'enterrement dans le parc est assez dérangeante, mais l’intérêt de l’épisode s’essouffle à l’arrestation d’Harlan. Une histoire hors norme sans crime car le décès est accidentel, mais le problème des groupes de vigilance est soulevé.

o Metteur en scène: Walter Grauman; scénaristes: John Wilder & Cliff Osmond.

o Guest Stars: Lew Ayres, Albert Salmi, Clint Howard, Joyce Van Patten (Special Guest Star).

o L’épisode a été diffusé le 1er mars 1973 sur ABC.

o John Wilder fut nominé au WGA (Writers Guild Awards) dans la catégorie Meilleur Scénario Dramatique pour cet épisode.

o Lieux de tournage : Golden Gate Park (lieu de l’enterrement), la maison est sur Pennsylvania Avenue, mais les scènes de toit sont filmées sur le toit de l’épicerie où Harlan fait ses courses.

o John Kerr a joué le rôle de l'Attorney O'Brien dans huit épisodes de la série. Il a joué aussi dans… Emily des New Avengers !

o L’histoire de Harlan et Donald Edgerton est basée sur celle d’Homer et Langley Collyer, deux frères reclus qui moururent tragiquement à New York en 1947. Les frères Collyer sont victimes des pièges qu'ils avaient installés dans leur demeure pour décourager les pillards. Homer était aveugle et paralysé et dépendait de son frère, mais Langley fut écrasé par une valise et trois énormes liasses de journaux, alors qu'il rampait dans un tunnel de journaux pour apporter à manger à son aîné, qui est mort  à son tour de faim quelques jours plus tard. Ils avaient aussi la réputation d’avoir une fortune et de collectionner des objets hétéroclites.

o Mike Stone: ‘I don't know, buddy boy. There is junk... and there is junk.’

o L’intérieur de la maison est du studio à la vue de la toile lorsque Keller et Stone interceptent les parents saccageant la demeure.

o Le premier acte intégral de The House on Hyde Street (Aka; My brother’s Keeper) est dans le livre The Streets of San Francisco: a Quinn Martin TV Series de James Rosin. Après que le scénariste pour cet épisode ait abandonné, John Wilder s’y employa lui-même et fut nominé pour un Writer’s Guild of America Award.

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23. AU-DELÀ DE LA HAINE
(BEYOND VENGEANCE)

Une étudiante est assassinée dans un car en provenance de Phoenix. Elle a fait une partie du voyage avec une amie, la fille de Mike Stone. Le tueur voue une haine envers le lieutenant qui l'a arrêté douze ans plus tôt pour viol, torture et meurtre.

C'est un excellent épisode - un des meilleurs de la saison - qui fait penser à deux films policiers des années 70 : Le flic ricanant (un tueur 'œuvre' dans les bus de Frisco) et L'inspecteur Harry (un flic harcèle un psychopathe qu'il ne peut confondre faute de preuves). Il y a plusieurs points communs avec Dirty Harry : Stone menace de rendre son insigne, Keller est prêt à employer des moyens illégaux et l'image finale du duel rappelle celle du stade de L'inspecteur Harry.

Les deux seconds rôles sont parfaits : Jeannie, la fille de Stone, et, bien sûr, Leonard Cord, le tueur diabolique et provocateur à l'harmonica, superbement interprété par Joe Don Baker. Mike Stone est le personnage central de l'histoire et c'est un véritable face-à-face entre le policier et le maniaque qui a préparé sa vengeance. Néanmoins, Stone a réussi à trouver deux témoins – une grand-mère et son petit-fils – qui se rappellent de la présence de Cord dans le car. Parmi les meilleurs passages, il y a la découverte du corps par le chauffeur du car, la réaction de Keller à la description de ‘l’autre fille’, la séquence dans le tramway…

La confrontation dans les bureaux, où la perversité du tueur est mise à nu, est une prémisse de la finale copiée sur un western, musique d'harmonica à l'appui. Pour la circonstance, Steve Keller est neutralisé comme un bleu. Cette histoire sombre n'empêche pas quelques traits d'humour, en particulier entre le policier et sa fille. Ainsi, lorsque Stone se brûle en faisant la cuisine : « I burnt my finger. — Trigger finger ? — The one I type my reports with ! » [Je me suis brûlé le doigt. — Celui pour tirer ? — Celui avec lequel je tape mes rapports !].

o Metteur en scène : Virgil W. Vogel ; scénariste : Robert Malcolm Young.

o Guest Stars: Joe Don Baker, Darleen Carr, Ken Swofford.

o L’épisode a été diffusé le 8 mars 1973 sur ABC. 

o Steve Keller roule en Porsche pendant ses loisirs !

o Lieux de tournage : Transbay Transit Terminal (démoli de nos jours), Star Motel à Lombard (fermé de nos jours), The Legion of Honor (scène finale)

o Charley, personnage interprété par Hari Rhodes, n'est pas visible mais néanmoins présent. Ainsi, Stone lui demande au téléphone de retrouver les empreintes de Cord dans le car.

o Virgil W. Vogel (1919-1996) réalisait là son premier épisode de la série. Il sera metteur en scène sur vingt-huit autres.

o Darleen Carr (1950) sera Jeannie Stone dans onze autres épisodes de la série. On apprend que la fille du policier fait des études d'architecture. 

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24. L'ALBATROS
(THE ALBATROSS)

Un père veut tuer l'assassin de son petit garçon relâché pour vice de procédure. Mike Stone doit prouver la culpabilité du multirécidiviste et empêcher la loi du talion.

À partir d'un crime atroce (l'assassinat d'un enfant) lors d'un cambriolage raté, cet épisode met en évidence les limites de la justice et les dérives possibles. Le meurtrier est relâché car il est sourd et il n'a pas forcément entendu les droits que Steve Keller lui a formulés lors de l'arrestation. Ce thème fut souligné dans Dirty Harry ; le criminel, également multirécidiviste, est remis en liberté car l'arme a été trouvée sans mandat.

Si l'idée est excellente, l'épisode l'est beaucoup moins. Après une poursuite sur les hauteurs de Frisco très bien filmée, la scène du tribunal, bien qu'explicative, est trop longue. Les seconds rôles – meurtrier, père, grand-père – ne convainquent pas. Le père, qui veut faire justice, met Stone dans une position inconfortable car le policier ne peut que l'écouter tant qu'il n'enfreint pas la loi. Même l'achat d'une arme est possible. La seule façon de confondre l'assassin est de retrouver l'appareil auditif qu'il a pu perdre sur les lieux du crime. Chose simple qui ne sera effectuée qu'à la fin de l'épisode ! A noter la scène humoristique lorsque la femme témoin consulte les trognes des suspects en draguant Keller sous l’œil amusé de Stone.

o Metteur en scène : Robert Day ; scénaristes : Cliff Gould & John Wilder.

o Guest Stars: Ed Nelson, Kaz Garas, Douglas V. Fowley.

o L’épisode a été diffusé le 15 mars 1973 sur ABC.

o Lieux de tournage : Twin Peaks (arrestation du criminel au début de l'épisode entre autres), Sanchez Street (maison de Hobbes). Twin Peaks désignent deux collines culminant à environ 280 mètres à San Francisco. Le nom de Twin Peaks est également utilisé pour désigner le quartier entourant les collines.

o Erreur de continuité : lorsque le père voit son fils étendu, il y a déjà le courrier et le journal autour du corps, puis rien au plan suivant. Le père jette ensuite le courrier et le journal, qu'il tient, près du corps lorsqu'il s'agenouille.

o L'image ne semble pas avoir été restaurée à partir de la 44e minute (Stone et Keller reviennent passer l'appartement au crible pour retrouver l'appareil auditif).

o Le vendeur dit au père désirant acheter une arme : « Magnum, this is the most powerful weapon. » [C'est un Magnum, l'arme la plus puissante.] Cette phrase est également stipulée lors du pré générique de Magnum Force, le second volet de l'inspecteur Harry, tourné aussi en 1973.

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25. L'IMAGE BRISÉE
(SHATTERED IMAGE)

Un homme politique en vue est retrouvé mort, harponné sur un bateau de plaisance. Meurtre ou accident ? Les policiers Stone et Keller penchent pour la première hypothèse même si tout l'entourage de la victime, y compris la veuve, oriente l'enquête vers l'accident.

Un épisode politico-magouille avec peu d'action. Mike Stone retrouve une ancienne amie et certaines séquences constituent une sorte de mélo, et elles prendront toute leur signification dans l'épilogue, beaucoup moins léger que d'habitude. Stone et Keller passent au crible les suspects, parmi lesquels se trouvent un sénateur, un constructeur de bateaux, le secrétaire personnel et la veuve éplorée. Tous les protagonistes veulent éviter le scandale et faire passer le meurtre pour un accident voire un suicide !

La pression subie par la victime est rapidement mise à jour mais le dénouement de la scène finale laisse pantois. Le thème du service public ressort dans cet épisode ; le sénateur ne veut pas remuer la boue et l'entrepreneur déverse sur Stone toute sa haine envers les fonctionnaires 'payés par ses impôts'. C'est du beau…Une intrigue complexe à la conclusion déroutante pour un épisode intéressant.

o Metteur en scène : Michael O’Herlihy ; scénaristes : Guerdon Trueblood, Roland Wolpert & Jack Guss.

o Guest Stars: Barbara Rush, Dick Sargent, Jim Davis, Jeff Corey, Richard Ely.

o L’épisode a été diffusé le 22 mars 1973 sur ABC.

Anna Marshall appelle Stone : 'Michael' et non 'Mike'.

o Lieux de tournage : L’hôtel Fairmont, Potrero Hill, The Marina, le bassin du Golden Gate Yacht Club, Mairie de San Francisco et San Francisco Bay. L’appartement de Steve Keller est au 287 Union Street. 

o Barbara Rush (1927) était une actrice très en vue dans les années 50. Sa carrière déclina par la suite et elle fit de nombreuses apparitions dans les séries. Dans les années 80, elle fit ses débuts, avec succès, au théâtre.

o Dick Sargent (1930-1994) fut surtout connu pour être le second Darrin de la série Ma sorcière bien-aimée. Peu avant son décès, il rendit publique son homosexualité.

o Jim Davis (1909-1981) était surtout connu pour son rôle dans Dallas.

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26. LA LICORNE
(THE UNICORN)



Un prêtre vient en aide à un criminel blessé. Mike Stone et une bande de malfrats sont sur la piste de l'homme qui est en possession d'une caisse contenant de l'héroïne.

La religion a une place importante dans cette histoire de trafic de drogue. Le prêtre, magistralement interprété par Richard Egan, se doit de protéger son prochain tout en le secourant ce qui l'oblige à demander de l'aide à Mike Stone. Ce thème est souligné lorsque le policier s'étonne que le responsable du bateau, catholique, ait renseigné les trafiquants sur l'homme d'Église. L'échange entre le flic et le prêtre dans les bureaux est à ce titre intéressant et, à la fin, le père s'interroge sur sa conduite et Stone lui répond : « Who knows which way is right ? ».

Sinon, l'intrigue est quelconque et, peu de temps après la fusillade d'entrée, on a compris que la caisse contient autre chose que du venin de cobra ! Les seconds rôles sont "oubliables" et la scène de la 'fausse balade' bien longue. Il y a un peu d'humour lorsque les policiers découvrent une licorne sur les restes de la caisse. Keller : 'Only one way to catch [a unicorn], it lays its head in the lap of a virgin'. — Stone : 'Information like that's gonna get you right to the top, buddy boy.' [Keller : 'Il n'y a qu'une façon d'attraper une licorne : elle pose sa tête sur les genoux d'une vierge'. — Stone : 'Des infos comme cela te mèneront très loin'.]

o Metteur en scène : Virgil W. Vogel;  scénaristes : Jerry Ziegman & Mort Fine.

o Guest Stars: Richard Egan, Charles Aidman, Mitchell Ryan, Jonathan Lippe.

o L’épisode a été diffusé le 5 avril 1973 sur ABC.

o Richard Egan (1921-1987), le prêtre Father Joe Scarne, était un fervent catholique qui allait à la messe tous les jours.

o Charles Aidman (1925-1993) fut le partenaire de Robert Conrad dans quatre épisodes des Mystères de l'Ouest.

o Lieux de tournage : l'épisode est pratiquement tourné exclusivement sur le port de San Francisco, India Basin et la jetée n° 31 («  The busiest pier on the docks  » d'après Mike Stone).

o Le tueur aux cheveux blancs est Paul Genge (1913-1988). Très reconnaissable, il est le tueur au fusil à canon scié qui tire sur la Mustang de Steve McQueen dans Bullitt.

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27. LA LÉGION DES ÉPAVES
(LEGION OF THE LOST)



Trois clochards ont été battus à mort en l'espace de deux semaines. Mike Stone rejoint une communauté d'alcooliques pour trouver le criminel.

Après un excellent début et une visite de l'appartement de Stone revenu de congés, l'intrigue obscure s'éclaircit à partir du troisième acte : l'assassinat de trois clochards doit dissimuler le meurtre d'un quatrième, héritier d'une entreprise de chantiers navals, qui pourrait refaire surface et exiger son bien. L'enquête tourne autour de trois suspects, dont la sœur de la cible, très jolie, qui n'est pas indifférente à Keller.

La performance de Karl Malden en clochard est à souligner et la réplique de Keller à son encontre plutôt drôle après lui avoir donné deux dollars : « Get out of here, you bum ». L'histoire n'est pas transcendante mais les seconds rôles sont crédibles; à commencer par Leslie Nielsen, en ancien boxeur professionnel qui connaît toutes les victimes, sans oublier les petits rôles comme le type qui veut vider ses poubelles et les deux clodos qui veulent finir la bouteille que Keller a récupérée sur les lieux du crime ! Malgré une fin assez vite expédiée, la saison se clôture sur une bonne note.

o Metteur en scène : Robert Douglas ; scénariste : Calvin Clements.

o Guest Stars: Leslie Nielsen, Karen Carlson, Tom Troupe, Dean Stockwell (Special Guest Star).

o L’épisode a été diffusé le 12 avril 1973 sur ABC.

o Lieux de tournage : l’impasse Osgood Street (première scène et découverte du corps), Fulton Street (Keller rencontre Stone avec l’hôtel de ville en arrière-plan). 

o Le nouveau rasoir de Stone, gros comme un talkie-walkie, lui a été offert par sa fille Jeannie (vue dans l'épisode Beyond Vengeance) pour la fête des pères.

o On apprend que la Porsche de Keller, vue dans Beyond Vengeance, est de 1965.

o Leslie Nielsen (1926-2010) eut quelques rôles sérieux avant de sombrer dans la comédie. Il joua dans un épisode de la première saison des Incorruptibles entre autres, Trois milliers de suspects. Il reviendra dans deux autres épisodes des Rues de San Francisco.

o Karen Carlson fut vice Miss America 1965. Elle débuta dans la série Des agents très spéciaux et on la vit dans Mission impossible, L'homme de fer, Mannix, Shaft, Matt Helm, Starsky et Hutch…avec son mari de l'époque, David Soul

o Erreur de continuité. Le manteau de clodo de Stone est marron alors qu'il appelle Keller puis bleu lorsqu'il se joint aux autres clochards sous l'autoroute.

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Crédits photo : Paramount Home Entertainment.

Images capturées par Denis Chauvet.