saison 1 saison 3

Hawaï Police d'État (1968-1980)

SAISON 1


1. LE COCON
(HAWAII FIVE O)



Diffusé tardivement en France et en deux parties (alors qu'il s'agit d'un pilote de 90 minutes), cet épisode inaugure assez mal une des plus longues et fabuleuses séries de l'histoire de la télévision américaine : Hawaii Police d'État. Après plusieurs diffusions télé en VF, ce pilote est uniquement disponible en VOST dans le coffret DVD de la saison 1.

Si l'on peut considérer que l'épisode est raté, il le doit tout d'abord à un scénario d'espionnage abracadabrantesque, peu représentatif du reste de la série. On y voit Stephen J. McGarrett, plus couramment appelé "Steve", conter fleurette à une jolie fille sur une plage. Or, même en mission, Steve McGarrett est loin d'être un dragueur. On ne lui connaîtra d'ailleurs que deux aventures tout au long des 279 épisodes, et encore bien chastes (dans l'épisode 53 Souvenirs au présent 3-04, il retrouve en Diana Muldaur une femme qu'il a failli épouser ; dans l'épisode 230 Une petite balade 10-14, il tombe amoureux mais la jeune femme meurt à la fin).

Les histoires d'espionnage, qui souvent confrontent l'équipe de Steve – un département imaginaire de la police d'Hawaii, le Five O – à Wo-Fat, un espion chinois, et à divers pays communistes (outre la Chine : Cuba et parfois l'URSS), seront plus subtiles. Ici, nous avons droit à un ersatz de James Bond sans les moyens du cinéma.

Le partenaire de Steve McGarrett est Danny Williams, appelé dans la VO "Danno". Il est dans ce "Cocon" bien mal interprété pour la seule et unique fois par le comédien Tim O'Kelly.
En revanche, le gouverneur, personnage récurrent et supérieur de McGarrett, trouve en Lew Ayres (un familier de la télévision américaine, guest star dans des séries comme Mannix) une bonne incarnation. Mais il refusa de s'installer à Hawaii pour le tournage, et le créateur-producteur Leonard Freeman le remplacera par Richard Denning.

Le reste de l'équipe est constitué de comédiens recrutés sur place dont certains vont marquer la série comme Chin Ho Kelly (Kam Fong), qui sera tué dans l'épisode 240 Un deuil dans la famille (10-24), rare occasion où l'on verra le visage de pierre de McGarrett pleurer.

McGarrett, qui ne vit que pour son travail et arbore un visage peu souriant, est incarné par Jack Lord, qui fut Félix Leiter dans James Bond contre Dr No. Avec la série, il s'engageait dans un long marathon de 1968 à 1980, et ne devait tourner ensuite qu'un téléfilm – Mr Station – avant d'être frappé dans les années 80 par la maladie d'Alzheimer et de décéder le 21 janvier 1998, vivant comme un Howard Hugues invisible et soigné par sa femme Marie.

Dans ce pilote, nous faisons connaissance avec l'ennemi de toujours de McGarrett, Wo Fat (Khigh Diegh), que le policier mettra sous les verrous dans la dernière scène du 280e et dernier épisode : Mes bons vœux. Petit problème, vite oublié par la magie de la télévision : le comédien Khigh Diegh est de taille assez grande, ce qui n'est pas vraiment représentatif de la morphologie chinoise.

Bien qu'il ne soit guère réussi, il faut voir Le cocon pour faire connaissance avec les personnages. C'est la première bataille entre l'américain et Wo Fat.

Plusieurs des scènes du fabuleux et inoubliable générique sont tirées de ce pilote. La magie de la série (les intrigues policières à suspense) sera au rendez-vous dès l'épisode 2 – Balade en bateau. Heureusement, car en jouant les imitateurs de 007, Hawaii Five-O (titre original) n'aurait pas duré douze saisons. La série va se maintenir en qualité jusqu'en 1973, année de la mort du créateur Leonard Freeman qui dirigeait avec passion cette série.

La légende veut que Freeman proposa le rôle à... Gregory Peck, qui le refusa, et que Jack Lord faillit être le capitaine Kirk dans Star Trek. Avec les années, ces rumeurs deviennent invérifiables, et l'on peut noter dans le documentaire tourné en 1996 sur la série nombre de contradictions dans les souvenirs des uns et des autres. Jack Lord était absent (car malade) et l'on pouvait y voir en chaise roulante Richard Denning (le gouverneur) retrouver avec émotion James MacArthur (Danny Williams dès le second épisode).

En France, le premier épisode diffusé le sera en juillet 1973 sur la troisième chaîne. Il s'agira de Sombre dimanche (2-05). Seuls les téléspectateurs attentifs noteront, lors de la diffusion du Cocon en deux parties en 1988 sur M6, qu'il s'agissait du pilote. On le comprend avec les interprètes inhabituels de Danny Williams et du gouverneur, et la première rencontre avec Wo Fat. Depuis 1973, Wo Fat est en effet familier aux Français comme le docteur Loveless dans Les Mystères de l'Ouest ou Blofeld dans les James Bond.

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2. BALADE EN BATEAU
(FULL FATHOM FIVE)

Avec cet épisode au suspense terrifiant, Hawaï Police d'État prend son envol. Nous assistons à bord d'un yacht au meurtre par empoisonnement d'une femme fortunée. Son corps est mis dans un tonneau et plongé dans la mer. Deux amants diaboliques ont mis au point un piège mortel pour veuves fortunées. Victor Reese (Kevin McCarthy, le héros de L'Invasion des profanateurs de sépultures réalisé par Don Siegel en 1956) fait une croisière entre le continent US et Hawaï, séduit une veuve, lui présente "sa sœur" (en fait sa femme), l'entraîne boire du champagne cyanosé sur un yacht après lui avoir fait le grand jeu et demandé un prêt.

Kevin McCarthy est diabolique à souhait dans ce personnage sans scrupules. Toute l'équipe de Hawaii Five-O est désormais constituée : James MacArthur reprend le rôle de Danny Williams après un Tim O'Kelly peu convaincant, les autres principaux protagonistes sont Kono, certes bedonnant mais efficace (joué par un acteur nommé Zulu qui fut le partenaire de Roy Thinnes dans un téléfilm lorsque ce dernier fut libéré de David Vincent), Chin Ho Kelly (Kam Fong, décédé d'un cancer à 74 ans), et la "Moneypenny" locale, la secrétaire de Steve, May (Maggi Parker).

Bien entendu, comme dans tout polar qui se respecte, nous avons droit à la fausse piste. Une riche héritière supposée victime de Reese se trouve en fait dans une communauté hippie. Elle y dilapide son argent et renvoie son conseiller financier devant un McGarrett médusé.

Pendant ce temps, le nombre des victimes augmente car les autres riches veuves disparues passent entre les mains de Reese. L'équipe Five-O a tôt fait de répérer les voyages incessants de Reese, qui se trouvait à bord des paquebots à chaque disparition. Mais il faut le prendre sur le fait, et une femme policier, Joyce Wever (Patricia Smith), va jouer les appâts auprès du dangereux couple Nora et Victor Reese.

Comme il serait trop rapide de pincer le méchant aussi facilement, McGarrett et ses hommes perdent de vue Joyce, livrée alors au démon. Mais Zorro-McGarrett arrivera juste à temps pour lui éviter le verre empoisonné et abattre Reese.

Cet épisode fut diffusé pour la première fois parmi 24 autres de janvier à juin 1976 le samedi après midi sur la 2, en concurrence avec le début de "Samedi est à vous". Par la suite, il fut l'un des plus rediffusés. À noter que la bande-son VF a souffert et est quasi inaudible sur le DVD. On peut régler la tonalité comme on veut, le son est caverneux.

Mystère, angoisse, décors tropicaux naturels, les dés sont lancés : Hawaï Police d'État est un succès. Nous assistons à la première apparition de Richard Denning en gouverneur, ici affolé que l'affaire s'ébruite et que la psychose règne parmi les touristes.

Bref, une réussite totale.

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3. NOUS SERONS DES ÉTRANGERS
(ONE DAY WE SHALL BE STRANGERS)

Deuxième épisode diffusé en France en juillet 1973, Nous serons des étrangers évoque bien l'atmosphère des années 60 par la réalisation de Hershel Daugherty. La façon dont il filme l'un des suspects joué par le fabuleux comédien Milton Selzer (Pas de printemps pour Marnie, Les Envahisseurs dans l'épisode Équation : danger) rappelle l'image des séries sixties.
À ce titre, l'épisode se différencie nettement des Hawaï de la décennie suivante où l'on voit apparaître les pat' d'eph, les Ford de l'époque et l'image plus moderne, style Les Rues de San Francisco.

Après l'espionnage et le crime crapuleux, ce troisième épisode aborde le fait qu'Hawaï est une colonie et nous avons affaire à une nouvelle sorte de méchants, les indépendantistes, plus exactement ici un écologiste avant l'heure mâtiné de nationalisme hawaïen. Ce thème reviendra bien entendu souvent dans la série.

À l'aéroport d'Honolulu, une bombe explose. Un élu hawaïen, Manu, est tué. McGarrett dispose d'un film pris par une touriste et d'un coupable idéal qui a la bonne idée de se suicider avant de parler. C'est compter sans la perspicacité du policier qui découvre que le film est truqué, à partir d'images d'horloges qui ne correspondent pas avec l'heure du crime.

Le début de l'enquête est perturbé pour l'équipe Five-O par un faux coupable (Milton Selzer), un pauvre type qui veut absolument s'accuser pour jouer les vedettes. Steve et Danny feront preuve de beaucoup de psychologie lors de la longue scène de l'interrogatoire pour lui faire avouer qu'il a un profond mal-être et a voulu avoir son heure de gloire, fusse comme assassin.

L'enquête palpitante se poursuit ; il y a eu machination, car la touriste qui filmait lors de l'attentat a disparu. McGarrett finit par soupçonner le meilleur ami de la victime, Benny (joué par le formidable Simon Oakland, plus vrai que nature ici en indigène). Lors d'une scène d'interrogatoire en plein air et décors naturels, Benny désigne à McGarrett le paysage défiguré par les immeubles modernes et lui déclare : "Un jour, nous serons des étrangers sur la terre de nos ancêtres".

Pour Benny, Manu est un traître à son île au profit des colonisateurs américains et du modernisme qui abîme la nature. À ce titre, Hawaï Police d'État a inventé avant l'heure l'écolo-terrorisme avec la mallette piégée (une bombe) remise dans le taxi qu'empruntait la victime en sortant de l'aéroport.

Très bel épisode (visuellement parlant), on mesure ici la supériorité entre la série et celles tournées en studio auparavant à Hollywood comme Hawaian Eye avec Robert Conrad. Les scénaristes ont su multiplier les fausses pistes (un mauvais garçon qui se suicide, un pauvre type qui veut exister...).

Le thème de l'écolo-terrorisme indépendantiste reviendra avec le fabuleux épisode Kaïlimoku (04-13).

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4. LE PIÈGE
(TIGER BY THE TAIL)

Cet épisode a été multi-diffusé en France depuis sa première programmation en août-septembre 1979 sur FR3, qui pour l'occasion avait inventé des titres français, c'est-à-dire retitré des épisodes qui depuis sont toujours diffusés ou édités en DVD avec un autre titre français. Cela risque d'embrouiller les fans de McGarrett qui tentent d'établir une cohésion dans le titre des épisodes et l'ordre dans les saisons.

C'est en tout cas le titre français Le piège qu'il faut conserver, je ne me souviens pas quel fut le titre FR3 1979.

Histoire archi-classique du faux enlèvement de fils à papa qui devient vrai enlèvement avec kidnappé gênant et à abattre (cet épisode ressemble comme deux gouttes d'eau à celui de la saison 4 du Fugitif : L'enlèvement, avec Lynda Day George). Sal Mineo incarne ici un chanteur de cabaret, Bobby George, qui veut faire de la peine et escroquer son père (incarné par Harold J. Stone).

Très vite, l'anti-héros qui s'est adjoint deux amis "kidnappeurs" devient une vraie victime que l'on va abattre.

L'épisode ménage un suspense constant, et l'équipe de McGarrett doit à la fois contrer le riche père de Bobby mais aussi la situation de mauvaise plaisanterie et racket qui se transforme en tragédie. Sal Minéo – qui fut le héros de Exodus, La Fureur de vivre, et guest star dans un épisode de L'Immortel avec Christopher George – a eu moins de chance que le personnage qu'il interprète, Bobby. Il a été assassiné dans sa villa de L.A. en février 1976, meurtre d'un rôdeur qui fut remis en liberté conditionnelle en 1990.

Dans le rôle du milliardaire D. J. Georgiatti, Harold J. Stone est comme d'habitude tout en force et en charisme. Ce comédien a souvent joué avec talent les gangsters. Le méchant de l'épisode, Sam Melville, est particulièrement torturé et convaincant dans le personnage du copain qui décide de tuer Bobby.

Un épisode un brin au-dessous de Balade en bateau niveau qualité, mais qui demeure représentatif de l'excellente saison 1.

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5. LE SAMOURAÏ
(SAMURAI)

Hawaï étant l'état le plus à l'est des États-Unis, et l'histoire de Pearl Harbour ayant marqué à vie l'ïle, la série va aborder plusieurs fois le thème du Japon. Ici toutefois, après un début digne d'un pré-générique de 007, l'épisode ne tient pas ses promesses.

McGarrett veut confondre un gangster, Tokura (Riccardo Montalban), qui élimine tous les témoins à charge à son procès. Le pauvre Montalban est affublé d'un maquillage aussi ridicule que celui de Sean Connery vers la fin de On ne vit que deux fois. Cela d'emblée nuit à la crédibilité. Si l'on frissonne au tribunal lorsque le témoin, Mary Travers, s'effondre empoisonnée (par son rouge à lèvres), l'intrigue sombre ensuite dans l'ennui.

Le samourai fut diffusé pour la première fois début 1976 par Antenne 2 le samedi après-midi vers 14h. Ce n'est pas le meilleur moment de la saison 1. Nous sommes confrontés à toute la galerie des clichés sur les samourais. Ici les Bushido, organisation japonaise, veulent punir le faux Tokura, un usurpateur, dont on saura qu'il était un déserteur japonais de la Seconde Guerre mondiale et a pris l'identité d'un américain d'origine japonaise qu'il a tué.

L'histoire revient sur l'emprisonnement des américains d'origine japonaise après Pearl Harbour, mais le thème a été traité tant de fois et avec plus de bonheur (Un Homme est passé au grand écran) qu'il est ici éventé.

La mise en scène relève la pauvreté du scénario. Lorsque McGarrett est convoqué par le gouverneur, on se croirait dans un Bond. Même la secrétaire du gouverneur a le bon goût de ressembler à Loïs Maxwell. Les scènes qui opposent le pseudo Tokura et sa fille n'arrivent pas à capter l'attention ni à émouvoir.

Bref, un épisode pour compléter la saison avant le chef-d'œuvre qui va suivre, Le rat d'hôtel. Dans Hara Kiri (03-08), nous aurons droit à un magnifique épisode sur les criminels de guerre japonais.

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6. LE RAT D'HÔTEL
(THEY PAINTED DAISIES ON HIS COFFIN)

Voilà un épisode incontournable, qui a généré deux suites : dans la même saison l'épisode Les otages (01-17), puis La vieille dame et l'incendiaire (03-22).

Danny, qui n'est pas en service, voit un jeune homme crocheter la serrure d'une auto. Il prend le coupable en chasse. Le fuyard se réfugie dans une chambre d'hôtel qu'il habite. Pour ouvrir la porte fermée à clef, Danny tire dans la serrure. Las, le voleur était derrière et est tué. Toutefois, il était armé. Danny ne remarque pas qu'une prostituée et droguée, petite amie du voleur, s'empare de l'arme et s'échappe. Dès lors, pour l'opinion publique, Danny est un policier qui a froidement tué un homme désarmé. Il est mis à pied en attendant d'être jugé. Même Steve McGarrett semble lui avoir retiré sa confiance.

La prostituée cherche de la drogue auprès du dealer "Beau Sourire" (Gavin McLeod). C'est l'un des méchants les plus sadiques et terrifiants de la série ; il tentera d'avoir, une fois sous les verrous, sa revanche dans l'épisode Les otages. Et pourtant, nous connaissons Beau Sourire pour un rôle infiniment plus sympathique, celui du capitaine de La croisière s'amuse.

L'épisode, rempli de tension d'un bout à l'autre, nous montre la lutte dramatique d'un policier pour prouver son innocence. À travers cette intrigue, c'est une analyse de la position des policiers face aux bavures. Autre point abordé : la drogue et la prostitution, ici vues par le prisme d'une jeune hippie paumée. Enfin, troisième point : l'impuissance de McGarrett devant un caïd haïssable, Beau Sourire, qui le nargue jusque dans les dernières images.

Pour profiter du succès de cet épisode, la production, lors de la troisième saison, inventera un frère au jeune voyou et une vengeance contre Danny.

Épisode typique des années hippies "flower power", Le rat d'hôtel ne fut diffusé qu'en 1976 sur Antenne 2 le samedi en début d'après-midi. Mais il a été multi-diffusé depuis.

Après la vision de cet épisode, on ne regarde plus le capitaine de La croisière s'amuse du même œil. Les scènes qui le montrent donner une petite dose de drogue à la paumée, et où il lui conseille de se trouver un autre fiancé protecteur, en font l'un des personnages les plus abjects que McGarrett aura à affronter.

L'une des scènes avec la jeune femme, venant de fuir après la mort de son boyfriend et tenant le pistolet dérobé, se situe sur une plage. Le paradis d'Hawaï est devenu un enfer. C'est la conclusion que l'on pourrait tirer.

Malgré l'innocence reconnue de Danny, l'épisode s'achève sur un happy end au goût amer.

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7. TRAFIC D'OR
(TWENTY-FOUR KARAT KILL)

Une jeune hawaïenne se rend au marché et achète du poisson. Quelle n'est pas sa surprise de trouver une petite barre d'or à l'intérieur. Hélas, elle est aussitôt froidement poignardée.

L'équipe de Five-O dispose d'un seul indice : des traces d'or sur le couteau de cuisine que la victime a utilisé pour ouvrir le poisson. Dès lors, l'épisode part un peu dans toutes les directions, avec une intensité dramatique qui ne faiblit pas. Pour percer à jour l'un des trafiquants, un certain Johnny Fargo, il est fait appel à un agent secret, Andréa Dupres (Marj Dusay, alors à ses débuts). Lorsque Steve demande ses références, il lui est répondu qu'elle était en mission en Extrême-Orient et qu'elle est... toujours vivante.

Marj Dusay est une guest star de toutes les séries de l'époque (Max la Menace, Cimarron : épisode Huit ans après où elle tient un rôle crucial, Opération Danger/alias Smith and Jones, Les Mystères de l'Ouest, La Nouvelle Équipe...). Je l'avais remarquée pour une petite ressemblance avec Diana Rigg. Elle reviendra dans un rôle différent auprès de McGarrett dès la deuxième saison (SOS Singapour, 02-09). Elle est particulièrement ravissante dans cet épisode où elle approche un truand dangereux.

L'épisode se distingue des précédents par son extrême violence (meurtre de la jeune femme au début en présence de son bébé dans son parc, Chin Ho grièvement blessé et ne survivant de justesse que par une trépanation, menaces de McGarrett dans le bureau du gangster Dennison – joué par une "gueule" des années 60, Paul Richards – où Jack Lord exprime une colère rarement atteinte face à un suspect et lui écrit sur le bureau "Chin Ho Kelly" en criant "Assassin !").

La fin de l'épisode est décevante : Dennison est arrêté dans un parking automobile souterrain alors que l'on s'attendait à une fusillade, le "beau gosse" Johnny Fargo évente le piège d'Andrea Dupres destiné à acheter de l'or et se fait abattre par McGarrett. On retiendra ce grand moment d'humour lorsque McGarrett demande au gouverneur un million de dollars pour piéger les trafiquants. "Et si vous le perdez Steve ? — Je mangerai du pain à l'eau pendant quelque temps ".

Un bon épisode, mais pas de la meilleure veine de cette première saison.

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8. LES VOIES DE L'AMOUR
(THE WAYS OF LOVE)

Rarement dans la série Steve McGarrett se dévêt de son costume cravate. On le voit dans le pilote Le cocon à bord du bateau de Wo-Fat déguisé en ouvrier, avec bleu de travail et casquette. Et dans cet épisode, il va jouer le rôle d'un taulard. Toute une partie de l'intrigue consistera pour lui à gagner la confiance d'un truand emprisonné, Dave Barca.

Ce dernier a caché le butin volé pour lequel il est en prison. L'épisode joue donc plus sur la psychologie que sur l'action malgré une entrée en matière mouvementée, en l'occurrence une poursuite en voiture. Sur le point d'être rattrapé, Steve Larsen (Don Knight, le "méchant" Fletcher qui poursuit "L'immortel" Christopher George) jette par la portière sa passagère Céleste Holm. Avant de mourir, la jeune femme a le temps de dire : "Les voies de l'amour". C'est le début pour l'équipe Five-O d'une enquête sur des bijoux volés.

Il s'agit d'un des premiers épisodes diffusés en France (août 1973, 3e chaîne), peu revu par la suite en dehors des diffusions de l'intégrale en 1989-1990 par TF1 et sur les chaînes du câble Série Club et 13e rue. L'édition de ce DVD nous permet donc de voir et revoir cet excellent épisode. Les scènes en décors naturels d'aéroport militaire entre le continent et Hawaï démontrent une fois de plus que la série vaut toutes les pseudo-séries tropicales tournées en studio.

James Patterson dans le rôle de Barca et Don Knight (qui reviendra plusieurs fois dans des rôles de tueurs dans la série) sont particulièrement convaincants et ne laissent guère de place au peu de présence féminine.

Don Knight – qui a traversé les années soixante et soixante-dix en jouant dans toutes nos séries cultes, de Drôles de Dames à L'Immortel en passant par Kojak, Columbo, Magnum, ou Mannix, la plupart du temps dans des rôles de méchants (dûs à son physique) – nous a quittés discrètement en 1997 à 64 ans. Il fait partie de ces visages que l'on reconnaît instantanément sans pouvoir mettre un nom dessus.

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9. PLUS DE FLEURS BLEUES
(NO BLUE SKIES)

Un épisode diffusé très tôt par l'ORTF (septembre 1973) et multi diffusé par la suite, repris presque à chaque rediffusion alors que certains épisodes des dernières saisons n'ont été programmés que deux fois (TF1 et 13e rue).

Le chanteur de country Tommy Sands incarne ici Joey Rand, un chanteur de night-club et rat d'hôtel qui au lieu de se consacrer à sa boîte de nuit visite les chambres d'hôtel – si possible habitées par des personnes fortunées y conservant leurs bijoux. Il finira par se faire abattre par McGarrett. Le titre français vient des dernières paroles du policier au chanteur-voleur mourant et à sa petite amie complice Valérie "Plus de fleurs bleues, Joey".

Un épisode qui mélange suspense et musique, une superbe interprétation de ce chanteur inconnu en France et de la comédienne Sandra Smith (vedette d'un Columbo : Dites-le avec des fleurs). Au jeu du chat et de la souris, McGarrett gagnera. La tension règne pendant 50 minutes, avec notamment la blessure du jeune complice de Joey, le fait que ce dernier soit sans cesse poussé à voler encore pour rembourser ses dettes de jeu. Il faut dire qu'il doit 200000 dollars au syndicat du crime. Cela motive pour agir !

Les numéros chantés ne font pas "toc" comme souvent dans les séries et ne viennent pas casser le rythme de l'action.

Télé Poche lors de la première diffusion montrait une photo de Tommy Sands disant que comme son personnage, il chantait dans une boîte de nuit à Hawaï, mais que là s'arrêtait la comparaison avec le personnage de l'épisode.

Un excellent épisode avec un adversaire plus paumé que méchant pour l'équipe de Five-O.

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10. LE MAUVAIS NUMÉRO
(BY THE NUMBERS)

Le mauvais numéro, c'est le téléspectateur qui le tire avec cet épisode d'un ennui mortel, au scénario creux, exsangue. À quoi bon tourner une histoire aussi mauvaise si ce n'est l'obligation de remplir les 24 numéros d'une saison ?

Non seulement c'est mal écrit, mais en plus c'est mal joué. Le "héros", un infortuné soldat en permission, combattant au Vietnam, attend en vain sa femme qui lui a posé un lapin. Pour s'occuper, il s'intéresse à la loterie. L'un de ses co-permissionnaires vient de décrocher le gros lot, il a le billet gagnant. Mais il s'agit là d'une loterie clandestine et l'homme, lorsqu'il veut se faire payer, est pris à partie. Il est plus fort physiquement que ses agresseurs mais reçoit un coup de couteau mortel. Le soldat du début, faute de revoir son épouse, va jouer les détectives, risquant ainsi sa vie par inconscience car il évolue dans les bas-fonds de Honolulu.

L'épisode a été diffusé pour la première fois en 1988 sur M6. L'une des seules scènes intéressantes est constituée par le face-à-face entre le caïd qui s'occupe des jeux illégaux et McGarrett. L'équipe de Five-O cherche à protéger le soldat vengeur devenu lui-même lors de la séquence finale la proie d'un tueur dans un stade.

On nous a concocté un happy end avec l'épouse qui arrive enfin (il était temps, la permission est déjà largement consommée). Les scénaristes devaient plancher sur le génial Demain ne naîtra jamais et ont négligé ce mauvais numéro 10 qui n'a pas volé son nom !

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11. DEMAIN NE NAÎTRA JAMAIS/LA VIE ET LA MORT
(YESTERDAY DIED, TOMORROW WON'T BE BORN)

Lors de sa première diffusion française en septembre 1979 sur FR3, cet épisode portait le titre banal de La vie et la mort ; depuis, les rediffusions et l'édition DVD ont choisi une traduction partielle du titre original.

Si je devais conseiller à quelqu'un de regarder un épisode sur les 280 de Hawaï Police d'État, un épisode représentatif du meilleur de la série, je conseillerais parmi quelques autres (dont Kailimoku 04-13) celui-là.

Le seul problème de cet épisode, c'est que l'on n'y voit pratiquement pas McGarrett. Et pour cause...

Une musique obsédante à chaque meurtre. On ne voit pas son visage. Il s'approche, guette, un pistolet à la main. McGarrett est sur une plage en train de courir. Tapi derrière un buisson, l'inconnu regarde le policier faire du sport, sauver un jeune hawaiien, un tout petit enfant de la noyade ; il attend.

Cela fait des années qu'il attend. La vengeance est au bout de son arme. McGarrett arrive devant lui, étonné. "Mais on se connait ?" Des coups de feu claquent et notre héros s'effondre. Steve est entre la vie et la mort. Le prochain sur la liste n'aura pas sa chance et succombera. Toujours cette musique obsédante, l'absence de visage, la voiture qu'il regagne.

McGarrett est transporté aux urgences où il sera opéré. C'est Danny qui va mener l'enquête. Il y a un homme qui veut tuer le chef des Five-O, c'est le gangster Charley Mangan (Charlie dans la VF). Incarné par l'un des "Incorruptibles", Paul Picerni. La piste est bonne, trop évidente, trop facile. Car avant que l'on tire, McGarrett a dit "On se connaît ?" mais c'est dans un passé lointain qu'il aurait dû chercher.

Un passé où il était soldat, et avec deux autres militaires (dont l'un sera tué, et l'autre est le gouverneur actuel d'Hawaï), il a condamné un traître qui faisait du marché noir en pleine guerre de Corée. C'était il y a quinze ans, en 1953.

Il s'appelle Trinian, Joseph Trinian, et il est magnifiquement joué par John Larch. C'est l'un des méchants les plus marquants de toute l'histoire de la série. Nous sommes en 1968 et Trinian vient de purger une peine de prison de quinze ans. Il revient voir son épouse qui lui est restée fidèle. Elle croit voir arriver un fantôme.

Tandis que McGarrett se bat contre la mort en salle d'opération, Danny, Chin Ho, et Kono vont se démener pour trouver le tueur. Il apparaît que la piste Charly Mangan (que l'on va coincer au passage) n'est pas la bonne. C'est dans le passé du "chef" qu'il faut chercher.

Et c'est Emma, l'épouse de Trinian, qui va aider Danny lors d'un défilé - une parade à laquelle assiste le gouverneur - à empêcher son mari d'accomplir sa vengeance. Il sera abattu. Avant, elle l'attendait. À présent, il n'y aura pas de lendemain.

Très bel épisode, filmé de main de maître par Herschel Daugherty, incontestablement l'une des plus grandes réussites de cette première saison. L'épisode peut se revoir plusieurs fois sans lasser. L'épilogue nous permet de retrouver McGarrett convalescent et enfin sauvé sur le lit de sa chambre d'hôpital. Il nous a manqué tout l'épisode, comme Tara King dans Meurtres au programme. Le comble serait que Jack Lord ait pris des vacances pendant ce tournage, l'histoire ne le dit pas.

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12. LE TÉMOIN SECRET
(DEATHWATCH)

Diffusé pour la première fois sur Antenne 2 le samedi en début d'après-midi en mai 1976, Le témoin secret est construit sur le même canevas que Le samouraï, à savoir l'élimination de témoins par un gangster, Matsukino (James Shigeta) comme le faisait Riccardo Montalban dans l'épisode pré-cité.

Ici, Matsukino se méfie de tout le monde, y compris de son bras droit et meilleur ami Harry Cardonus (Nehemiah Persoff) que McGarrett a insidieusement retenu après Matsukino lors d'un interrogatoire. Ayant semé le doute dans l'esprit du gangster, McGarrett va se faire un "témoin secret" de Cardonus, qui lorsqu'il confie les clefs de sa voiture à sa petite amie, voit l'automobile exploser et comprend que son ex-meilleur ami est devenu une menace mortelle.

L'épisode joue plus sur le terrain de la psychologie que de l'action. Cardonus est caché dans un endroit secret, le dernier étage d'un hôtel consigné par l'équipe Five-O. Bien que l'on goûte tous les plats, que l'on protège comme un trésor Cardonus, ce dernier est empoisonné. Feinte de McGarrett pour ne faire réapparaître Cardonus, plus remonté que jamais contre son ex-complice, qu'au procès.

James Shigeta est essentiellement un acteur de télévision, vu dans Les Rues de San Francisco, Kung Fu, La Petite Maison dans la Prairie. Il joue souvent les méchants asiatiques, un peu comme Soon Taik Ho (le lieutenant Hip dans L'Homme au pistolet d'or, moult fois guest star dans Hawaï). Ici, il est parfaitement convaincant en tueur froid et chef de gang impassible, prêt à sacrifier son meilleur ami sur un simple soupçon.

Nehemiah Persoff est un recordman en guest star de toutes les séries des années 60-70, depuis Les Incorruptibles, Opération Vol, Mission : Impossible, Mannix, Les Rues de San Francisco... Il a tenu aux côtés de George Hamilton et Michael Rennie un rôle au cinéma dans le méconnu La Guerre des cerveaux de Byron Haskin (1967). Il reviendra à plusieurs reprises dans la série dans d'autres personnages au fil des saisons.

Leonard Freeman avait compris que la série serait enrichie par des guest stars de qualité, même pour des rôles brefs (Milton Selzer dans Nous serons des étrangers...). Notons que c'est une fois de plus Herschel Daugherty qui réalise l'épisode. Il compte plusieurs réussites dans cette première saison comme le sublime Demain ne naîtra jamais ou Plus de fleurs bleues, gardant le meilleur pour la fin de saison avec Le grand Kahuna sur lequel nous reviendrons.

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13. QUI A TUÉ MIRA BAI ?
(PRAY LOVE REMEMBER, PRAY LOVE REMEMBER)

Grande réussite que cet épisode qui tourne autour du meurtre d'une jeune étudiante fiancée avec le principal suspect, John Hayes, joué par un acteur assez grand par la taille et le talent, Denny Miller. Ce comédien participait il y a encore deux ans à une convention des fans du Fugitif, ayant joué le géant simple d'esprit dans un épisode culte de la quatrième saison, Un être inoffensif.

Denny Miller par sa stature se trouve souvent confronté à des personnages qui abusent de leur force. C'était le cas dans Le Fugitif, cela l'est ici aussi puisque, amnésique, il ne peut donner aucun détail à McGarrett qui dans un premier temps l'inculpe du meurtre de sa fiancée étranglée.

L'épisode a été diffusé assez tôt en France (mai 1975, FR3 le dimanche soir). Puis souvent reprogrammé. L'histoire est assez astucieuse car devant un coupable trop évident, McGarrett va se mettre à enquêter sur… un poisson volé. Une petite fille le met sur la piste : elle a perdu son poisson ; il ne s'agit pas de simples poissons rouges mais de spécimens qui atteignent des sommes faramineuses. Le téléspectateur est dérouté et un temps ne comprend plus rien. Loin du crime passionnel, qui s'expliquerait par le fait que Mira voulait repartir en Extrême-Orient et Hayes rester aux USA, compromettant un mariage d'amour évident, McGarrett traque ici Benny, une force de la nature et un simple d'esprit prêt à tout avouer du moment qu'on lui rend son animal fétiche, un coq.

Benny a volé le poisson à l'université et s'est fait surprendre pour son malheur par Mira (dont il a tout juste "un peu serré le coup parce qu'elle criait"). La fin de l'épisode nous montre la psychologie de l'équipe Five-O qui va mettre à jour les peurs du meurtrier : il n'a pas conscience de la gravité de son geste, mais ment pour couvrir le fait qu'il a conduit sans permis.

Aussi, l'enquête policière trop vite résolue par l'arrestation (à tort) de Hayes est ici le prétexte pour nous montrer la sensibilité de McGarrett, prêt à tout pour innocenter l'amoureux de Mira, puis à trouver la communication avec le simplet Benny. Jack Lord révèle ici un grand talent loin de la froideur qu'il affiche souvent dans la série. La scène avec la petite fille qui demande au policier de rechercher un poisson, qui aurait pu sombrer dans le saugrenu, est un grand moment d'émotion. Et de stupeur pour l'équipe lorsque McGarrett fait imprimer des avis de recherche avec l'image du poisson. Son subordonné Kono, dans une scène comique, se demande si "le patron" parle sérieusement ou non !

Avec autant de joyaux dans la première saison, il était difficile de maintenir une telle qualité scénario/réalisation/interprétation pendant douze saisons.

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14. LE ROI DE LA COLLINE
(KING OF THE HILL)

Après plusieurs épisodes réussis, Le roi de la colline, qui se déroule entièrement en huis clos dans un hôpital et repose sur les épaules du comédien Yaphet Kotto (Kananga dans le James Bond Vivre et laisser mourir), est une fausse bonne idée.

En effet, très vite, on s'ennuie. Nous assistons aux hallucinations du caporal Auston (Yaphet Kotto) qui va voir tour à tour nos brillants éléments de la police d'État soit sous l'uniforme de l'armée américaine, soit en vietcongs. Les trucages sont assez réussis, mais tenir cinquante minutes avec ce seul argument relevait de l'impossible.

L'épisode commence de façon banale. De retour du Vietnam, Auston est légèrement blessé à la tête et perd conscience. Lorsqu'il reprend ses esprits, il se croit dans l'enfer du Vietnam. Il va manquer mettre à feu et à sang tout un hôpital parce qu'il se croit à l'assaut du QG ennemi dans la jungle.

L'épisode fait partie des douze premiers diffusés en France l'été 1973 sur la troisième chaîne ORTF balbutiante. D'après la lecture du résumé, on pouvait penser à un épisode palpitant. Grande fut ma désillusion des années plus tard lors de la première rediffusion.

En dehors du premier adversaire de Bond-Roger Moore, la distribution nous propose dans le rôle du colonel-chef de ce soldat fou L.Q. Jones. Pour les amateurs des séries américaines 60-70, il était difficile d'échapper à ce comédien qui, tout comme Nehemiah Persoff, a participé à la plupart des séries de l'époque en guest star : Cannon, L'Homme de Vienne, Drôles de Dames, Columbo, Kung Fu... et une prédilection pour les séries western comme Le Ranch L, Le Virginien, Le Proscrit...

Un épisode à voir quand même pour la prestation de Yaphet Kotto qui vole la vedette à McGarrett et à son équipe.

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15. LE GRAND VOYAGE
(UPTIGHT)

Un des pires ratages de la saison 1. Les programmateurs français refouleront l'épisode dans les années 70 sur FR3 et Antenne 2.

Lorsque Hawaii Police d'État parle de drogue et de hippies, soit elle le fait de façon réaliste (la prostituée du Rat d'hôtel dans le 01-06 en est une bonne évocation), soit de façon bêtement moralisatrice. L'équipe de cinéma psychédélique du dernier épisode de la saison (Le grand Kahuna) sera ainsi présentée de façon caricaturale et désastreuse, comme c'est le cas dans le présent épisode.

Le regretté Ed Flanders avait pris un abonnement comme guest star à chaque saison de Hawaii 5-O. Ainsi, sa figure nous est-elle familière, puisqu'après le chimiste du Grand voyage, il joue le rôle d'un savant tourmenté dans le double épisode final de la saison 2 (Alerte à Hawaii), revient en violoniste soviétique dissident en début de saison 3 dans L'affaire du Guarnérius... et continuera ainsi au fil des saisons. Ici, il joue le rôle du chimiste David Stone, hippie, dealer, professeur révoqué. Il est responsable de la mort d'une jeune femme, et le père va exercer sa vengeance.

Auparavant, les scènes s'enchaînent sans aucun souci de réalisme ; ainsi la visite à la meilleure amie de la victime, une fille à papa nommée Donna. Cette vision caricaturale de la façon dont circule la drogue dans la bourgeoisie américaine des sixties a aussi fait l'objet d'un épisode de la deuxième saison de L'Homme de fer : Où est la limite ? encore plus moralisateur.

L'épisode reste cependant assez violent, avec la vengeance du père, Ralph Hastings, qui oblige Stone à avaler sa drogue jusqu'à l'overdose sous la menace d'une arme. Nous le voyons ensuite déambuler, tel le rescapé de Body Snatchers version 1955 qui cherche à échapper aux automobiles sur l'autoroute. Décidant de faire "le grand voyage" et de se prendre pour un oiseau, il sera in-extremis sauvé par McGarrett.

Le grand voyage nous laisse sur un sentiment d'inachevé : quid du père de la victime par exemple ? On ignore ce qu'il devient. Hawaï Police d'État nous a habitué à des fins plus carrées avec le fameux "Bouclez-les, Danny !". L'épisode réussit l'exploit d'être encore plus ennuyeux que Le roi de la colline.

Un épisode à zapper sans regrets.

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16. FACE AU DRAGON
(THE FACE OF THE DRAGON)

Pas de dragon dans cet épisode (vous aurez noté le contresens du titre français, la vo signifiant "visage" et non "face au").

Des touristes découvrent un mourant victime de la peste bubonique. Un motard à visière noire dérobe au malheureux son portefeuille afin qu'on ne l'identifie pas.

L'épisode joue sur deux registres, le premier celui de la contagion et de la panique occasionnées par la peste bubonique (dont le tueur motard au casque noir intégral est porteur).

Pour les combattre, McGarrett utilise les compétences d'une savante (jouée par Nancy Kovacks, vue dans l'épisode des Envahisseurs : Action de commando).

L'autre registre est celui de l'usurpation d'identité de ce motard, agent de la Chine rouge qui se fait passer pour le neveu d'une grande famille de l'île dont le patriarche est Shen (David Opatoshu, figure familière du petit écran en guest star depuis Des agents très spéciaux, Kojak à Mission : Impossible...). Le motard, qui n'hésitera pas à contaminer et à tuer froidement, c'est Lewis Shen, ou du moins l'agent chinois qui a pris son identité avant de le tuer au terme d'un long voyage à bord d'un cargo "empesté". Le méchant est interprété par Soon Taik Ho (L'Homme au pistolet d'or).

Malgré une réalisation soignée et de belles vues d'Hawaii, l'épisode souffre d'un scénario d'espionnage confus. Lewis Chen est là pour dérober une arme secrète militaire qu'il va rendre après en avoir fait le dessin et l'avoir démontée, pour ensuite rejoindre un sous-marin chinois. Malgré plusieurs balles (il n'est pourtant pas Jason Voorhees ou Michael Myers), il sera arrêté par McGarrett sur le port.

L'épisode nous éclaire sur l'importante communauté chinoise d'Hawaii en nous faisant découvrir la famille Chen. Il s'agit aussi d'espionnage "sérieux" sans Wo Fat et ses gadgets du Cocon. Par ce côté propagande anti-rouge, la série se situe sur le même registre que Destination danger avec Patrick McGoohan.

On regrette en voyant Face au dragon que Nancy Kovacks ait arrêté tôt sa carrière, essentiellement télévisuelle. Elle donne la réplique avec talent à Jack Lord. Elle fait partie des actrices qui marqueront la série comme Marj Dusay ou Diana Muldaur.

Les scènes de quarantaine et de vaccinations finissent par ennuyer le téléspectateur. Cet aspect répétitif nuit au suspense recherché. Le passeur clandestin du cargo contaminé, Sibley (Jackie Coogan) et le trop jeune Soon Taik Ho, n'offrent pas comme méchants des portraits inoubliables, au contraire de Beau Sourire et Wo Fat.

Un épisode inégal ; sitôt vu, sitôt oublié.

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17. LES OTAGES
(THE BOX)

Après une série d'épisodes moyens, un nouveau grand moment pour cette saison 1 avec la première séquelle de l'épisode Le rat d'hôtel (la seconde sera La vieille dame et l'incendiaire, 03-22).

Intéressante analyse de l'univers carcéral et de ses travers, cet épisode se penche sur les conditions de détention dans les prisons d'Hawaii. Et ce à travers le cas de Carl Swanson (Gérard S.O. Loughlin) qui se révolte contre la loi que mène en prison le terrible "Beau Sourire" (Gavin McLeod, plus proche du capitaine des Révoltés du Bounty que du gentil héros de La Croisière s'amuse). McGarrett a mis sous les verrous Beau Sourire à la fin de l'épisode Le rat d'hôtel et celui-ci va tenter ici de se venger.

Avec les diffusions dans le désordre des épisodes de Hawaii 5-O à la télévision française, le téléspectateur lambda ne comprend pas ce que fait au milieu des bandits l'un des hommes de McGarrett. Il s'agit de Al Harrington, le sympathique Ben Kokua qui remplace Kono à partir de la saison 5. Ici, il est Toshi, un truand. Dans le documentaire 1996 Souvenirs de Hawaii 5-O, Al Harrington raconte que Leonard Freeman l'imposa à Jack Lord ccntre son gré dans le rôle de Ben Kokua. Hélas pour le comédien, le créateur-producteur Freeman décéda en 1973, et rapidement (lorsque la décision dépendit de Jack Lord), il fut écarté de la série.

Swanson prend à la fois en otage des prisonniers (Beau Sourire et sa bande) et des gardiens. Il sait ce qui l'attend s'il est à nouveau emprisonné avec le sadique Beau Sourire. Toute la tâche de McGarrett va être de convaincre (en se livrant comme otage) Swanson de renoncer à son évasion, de laisser partir un gardien blessé, et de s'exprimer à la presse et à la télévision sur l'enfer qu'il vit, afin qu'une nouvelle prison plus moderne soit construite.

Si dans l'hôpital du Roi de la colline le huis clos était vite lassant, ici le réalisateur Seymour Robbie a su tirer avantage du climat de claustrophobie. L'indécision de Swanson, la menace omniprésente de Beau Sourire à qui l'on vient de livrer son pire ennemi McGarrett, nous tiennent en haleine cinquante minutes. Finalement, Swanson choisira McGarrett contre Beau Sourire, dont le chef des Five-O dit : "Lui, il ne sortira jamais !".

Cet épisode a souvent été diffusé (M6, TF1, puis les chaînes du satellite) et par sa qualité, permet au néophyte de se faire une idée de la série (sans avoir vu forcément Le rat d'hôtel).

On reverra le personnage de Swanson en fin de saison (01-23) dans Six kilos.

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18. TANTE MARTHA
(ONE FOR THE MONEY)

Jeannette Nolan, la tante Martha de cet épisode, était la terrifiante Mademoiselle Havergill dans l'épisode Cauchemar de la série Les Envahisseurs. Sous les traits de Tante Martha, elle n'est guère plus avenante, méprisant l'un de ses neveux, Charlie (Paul Collins), pour vanter les qualités de l'autre, Arnold (Farley Granger).

Pour hériter de sa tante, tutrice de son héritage et qui le brime, Charlie va imaginer un tueur en série qui écrit à McGarrett sa volonté de tuer cent femmes. De fait, le neveu déshérité commence par tuer deux innocentes avant de faire de sa tante la troisième victime. Sur le même canevas (cacher un meurtre en le faisant passer pour l'un des crimes d'un tueur en série), la troisième saison nous proposera mieux avec Meurtre, amour, et poésie (03-12).

Tante Martha reste cependant un très bon épisode par son atmosphère qui rappelle un peu Columbo (dont le téléfilm initial avait été diffusé l'année précédente, en 1968). Nous voyons en effet le meurtrier calculer au centimètre près l'endroit où il devra se poignarder pour être blessé de façon convaincante et ne pas figurer sur la liste des suspects. Hawaï Police d'État nous montre ici ce que l'on peut voir dans les vingt premières minutes de chaque Columbo, on peut presque dire avant l'heure, la série ayant réellement que deux ans plus tard.

L'erreur qui va mettre McGarrett sur la piste du criminel est le fait que toutes les victimes travaillent pour la même société, celle dont Charlie veut prendre la tête. Le réalisateur Paul Stanley ne ménage pas les scènes de suspense (pas moins de deux tentatives de meurtre sur le "gentil" Arnold par son frère). Fragile psychologiquement, l'assassin va revoir, une fois morte, comme le fantôme de sa tante. Nous ne sommes pas loin du chef-d'œuvre de Hitchcock, Psychose, tant Charlie garde même post mortem ce sentiment de domination par sa vieille sorcière de tante.

Même le jeu du chat et de la souris entre McGarrett et le coupable rappelle Columbo, car peu à peu, le chef de Five-O va démonter un à un les éléments du mécanisme criminel, trouvant des indices qui ne concordent pas avec le récit de la soi-disant victime. Rappelons que Charlie est censé avoir été poignardé par le tueur en série et n'avoir pu sauver sa tante.

Un épisode glauque, passionnant mais sans réelle surprise. On connaît la finesse de détective de Steve McGarrett face aux situations embrouillées. On pourra reprocher le manque de nuances dans le scénario entre le trop poli et bien élevé Arnold et le psychopathe Charlie, élément renforcé par l'interprétation des deux comédiens. Ce côté manichéen et un peu caricatural empêche d'en faire un épisode parfait.

Tante Martha est l'un des premiers épisodes à avoir été diffusé en France l'été 1973, mais il fallut longtemps attendre sa rediffusion.

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19. SON DERNIER ROUND
(ALONG CAME JOEY)

Ne pas confondre cet épisode avec Les amis de Joey Kalima (10-04).

Joey Kalama est battu à mort après un match de boxe. Le seul témoin est sa petite amie Lois, mais avec la confusion qui régnait dans la ruelle, aveuglée par les phares de la voiture des deux tueurs, elle ne peut apporter de témoignage.

Cet épisode sans surprise raconte l'enquête parallèle menée par le père de la victime, le policier Phil Kalama (Frank De Kova). McGarrett tente de l'écarter de l'enquête (même schéma qu'avec le détective de Meurtre, amour et poésie, 03-12, où Monte Markham joue une situation similaire). Kalama est un sanguin, et en bousculant – accidentellement – un entraîneur véreux, Nat Keller, il le fera tomber d'un escalier, devenant à son tour "recherché pour meurtre".

Belle prestation du toujours élégant Peter Marc Richman (Les Envahisseurs, Mannix, Les Rues de San Francisco, Dynastie, Santa Barbara...) en Nick Morgan, commanditaire du meurtre de Joey Kalama. À l'époque, il s'appelait simplement Mark Richman. Il n'a pas dû être emballé par la série car on ne le retrouve plus en guest star dans les onze saisons suivantes alors qu'il a participé (dans deux rôles différents) aux deux saisons des Envahisseurs, et qu'en général, il revient plusieurs fois dans les séries où il apparaît.

L'épisode multiplie les scènes "moralisatrices", par exemple lorsque McGarrett fait parler Lois, une fille de petite vertu, ou encore lors du final lorsqu'il rappelle son honneur de policier à Phil Kalama pour l'empêcher de tuer Morgan.

C'est un épisode trop prévisible, avec l'éternel match truqué, le boxeur qui accepte de se coucher mais ne le fait pas, et que la pègre des paris fait abattre. La scène où McGarrett parvient à faire parler l'un des deux tueurs est un copié-collé de la façon dont il avait piégé Cardonus dans Le témoin secret (01-12).

Aucune surprise donc dans cet épisode diffusé d'abord en 1973 sur la 3e chaîne ORTF. L'épisode a été souvent rediffusé par la suite, alors qu'il est loin d'être l'un des meilleurs.

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20. LA PREUVE VIVANTE – 1re PARTIE
(ONCE UPON A TIME – PART 1)

Il s'agit là d'un véritable épisode en deux parties de cinquante minutes, non d'un 90 minutes artificiellement découpé en deux (comme le pilote Le cocon).

Cet épisode a ceci de remarquable qu'il nous fait enfin connaître la famille de McGarrett. Et ce dans des conditions dramatiques puisque sa sœur, Mary Ann (Nancy Malone), a un bébé atteint d'un cancer. La médecine l'a condamné. Mais la sœur de Steve McGarrett a choisi de se tourner vers les médecines parallèles, en l'occurrence le Docteur Frémont (Joanne Linville, qui reviendra en deuxième saison dans un autre rôle dans La reine de la Polynésie, 02-25).

Or, le docteur Frémont est un charlatan. Elle se sert d'un appareil électrique et prétend guérir les gens du cancer. Les malheureux, dépouillés de leur argent, finissent par mourir. Si le policier, loin de son Honolulu (l'action se passe à San Francisco), parvient à trouver des preuves, il se heurte à l'hostilité de sa sœur Mary. Frémont exerce sur elle un chantage : "Votre frère veut me mettre en prison, j'arrête le traitement".

Par conséquent, les deux parties de cet épisode ne vont pas du tout relever du genre "policier" à proprement parler, mais du drame psychologique.

Comme allié, McGarrett dispose de son beau-frère, Tom, qui l'a fait venir à San Francisco. L'épisode ne cumule pas les scènes d'action (il n'y en a aucune même) mais s'axe sur la recherche de témoins de familles victimes de Frémont. Ce sont souvent des situations délicates car le policier vient réveiller des souvenirs douloureux dans les familles.

De plus, le docteur Frémont a un comité de soutien (genre bande de cinglés fanatiques) qui croient en elle et la protègent.

L'inévitable arrive, et le bébé meurt. McGarrett traîne le docteur Frémont en justice. Parviendra-t-il à confondre cette dangereuse créature ?

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21. LA PREUVE VIVANTE – 2e PARTIE
(ONCE UPON A TIME – PART TWO)

Les Américains, on le sait, aiment les procès télévisés. C'est même un genre à part entière. Côté séries, Perry Mason et Murder One en sont les illustrations. Cet épisode se concentre donc sur le procès de McGarrett contre le Docteur Frémont.

De nombreux rebondissements vont se produire au tribunal car le docteur Frémont trouve des témoins pour contredire l'accusation. Le visage de Mary Ann, la soeur de McGarrett, qui porte le deuil de son bébé, est tendu et ses yeux braqués tantôt sur son frère, qu'elle croit responsable du drame (il a provoqué l'arrêt du traitement), tantôt sur Frémont.

L'épisode réussit à ne jamais ennuyer alors que nous entamons une seconde tranche de cinquante minutes sur le même sujet. McGarrett découvre qu'il a fort à faire ; ses poings, sa forme physique, son équipe, tout ce qui lui permet d'habitude de combattre le mal est inefficace en l'occasion. Il doit donc piéger à son propre piège le charlatan.

McGarrett réussit avec difficulté à obtenir l'exhumation du corps d'une victime de Frémont. Hélas, le cercueil n'était pas étanche et il est impossible de confondre Frémont en faisant des analyses sur le cadavre.

Retour au tribunal : la tension augmente lorsque Frémont accepte de faire une démonstration. Elle va tester la santé de McGarrett en mettant sa machine électrique en marche. L'avocat de la défense est particulièrement vindicatif. Il déconseille à sa cliente de laisser McGarrett tester la machine.

Pour l'examen, Frémont fait un petit prélèvement de sang à McGarrett sur un bout de carton. McGarrett le subtilise et le remplace par un autre contenant une goutte de jus de fruit.

C'est la descente aux enfers pour la démoniaque Frémont. L'écran d'ordinateur de sa machine rappelle les décors (à l'époque futuriste) des Avengers ou des Champions. Le docteur a pris connaissance du passé médical de McGarrett, et récite cela comme si l'ordinateur le lui avait révélé. Puis, elle évoque l'avenir et indique au policier qu'il va être atteint et mourir d'un cancer avant la cinquantaine.

Enfin convaincue de la fumisterie de Frémont, Mary Ann se jette dans les bras de son frère.

Fin d'un double épisode atypique, qui bien évidemment ne reflète pas le Hawaï Police d'État que nous connaissons. Notons que des années et saisons plus tard, Steve fera encore allusion à ce qui est arrivé à sa sœur en parlant à la fille de Chin Ho.

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22. POUR LA PAIX
(NOT THAT MUCH DIFFERENT)

La fin de saison approche et voici un épisode témoin de son époque, et il faut bien le dire assez incompréhensible pour les jeunes générations actuelles. Nous évoluons ici dans le milieu étudiant contestataire (l'épisode a été tourné en 1969, en pleine guerre du Vietnam). C'est le climat de "Mai 68" qui prédomine, pour simplifier. Rappelons qu'aux États-Unis eurent lieu de tragiques émeutes étudiantes à Ken State. Cette tragédie qui vit la police tuer quatre étudiants se déroulera quelques mois après la diffusion de cet épisode, très exactement le 4 mai 1970 dans l'Ohio.

Pour la paix est un titre ironique pour un épisode très violent qui voit la mort d'un jeune lors d'une manifestation pacifique contre la visite d'un général. Les étudiants font front commun contre l'équipe de Steve McGarrett, qui ignore que derrière ce drame se cache une rivalité entre deux jeunes gens. Nous assistons au procès d'un des leurs par le groupe. Une distribution essentiellement jeune et sans vedette invitée connue. L'épisode reste très politique avec un McGarrett moralisateur, même si la victime n'a pas été tuée par erreur.

On peut considérer que ce genre d'épisode a beaucoup vieilli et nous n'en verrons certainement nul ersatz dans le remake de 2010.

Après qu'un des jeunes ait anonymement informé McGarrett, l'histoire quitte le terrain politique pour une intrigue policière classique, avec poursuite en voiture, innocent sauvé au bord d'une falaise par l'équipe de Five-O, conclusion de McGarrett qui à la fois pense qu'il n'y a pas "que de la mauvaise graine" dans cette jeunesse, mais aussi ironie devant l'assassin qui se croit mortellement blessé. McGarrett l'informe qu'il va aller méditer de longues années en prison (la peine de mort n'existe pas dans l'État d'Hawaii).

Mais il y a une image rare dans cet épisode, et qui vaut le détour, nous rappelant le pilote Le cocon : McGarrett, devant un Danny Williams médusé, joue de la guitare. Profitons-en, les incursions du chef de la police d'État dans la fantaisie sont rarissimes tout au long des douze saisons.

FR3 avait baptisé cet épisode « C'est du pareil au même », le titre anglais étant en effet « Not that much different ».

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23. SIX KILOS
(SIX KILOS)

Zéro pointé pour cet avant-dernier épisode de la saison qui, je vous rassure, se terminera en beauté avec Le grand Kahuna. Ces deux épisodes font partie des premiers diffusés en France en 1973 et il fallut longtemps attendre une rediffusion.

Tout d'abord, on prend le téléspectateur pour un amnésique : nous retrouvons (libre comme l'air) Carl Swanson, toujours interprété par Gérard S.O. Loughlin, qui était le héros de l'épisode Les otages 01-17. Ici, il fait la connaissance de McGarrett qui se fait passer pour un cambrioleur, Harry Brown (le vrai Harry a été tué à l'aéroport d'Hawaii par Danny Williams). Or, Swanson ne reconnaît pas McGarrett. Alors, me direz-vous, l'épisode est diffusé en fin de saison mais l'action pourrait être antérieure à Les otages. Eh non, car Swanson se fait descendre à la fin.

Pour le fan, cette incohérence du scénario désoriente. Dans la peau d'Harry Brown, McGarrett porte des complets de luxe que l'on croirait tailllés pour 007 ou Matt Helm des sixties, est entouré de jolies filles en bikini, et drague ouvertement Margi (Antoinette Bower qui va se révéler aussi dangereuse que dans l'épisode des Envahisseurs : Alerte au rouge).

Mais Jack Lord nous a habitués à être tellement sérieux et martial, avec son visage de pierre et ses manières rigides, que de le voir se comporter comme un Thomas Brown (plus Steve McQueen que Pierce Brosnan) nous laisse plutôt sceptique.

L'équipe de Five-O est sur la piste de cambrioleurs dangereux qui vont tenter un "gros coup" à bord d'un yacht. Leur chef, tel un Blofeld ou un Monsieur X/Valéry Inkijinov des Chevaliers du Ciel, ne communique que par le biais d'une voix monocorde sur une bande magnétique. La fin est un peu trop simpliste avec McGarrett changeant la vitesse de lecture du magnétophone révélant ainsi la voix de... Margi, laquelle vient d'abattre Swanson et un autre comparse pour partager le butin avec celui qui l'a séduite en Harry Brown et l'arrête en Steve McGarrett.

Ce ratage de fin de saison comporte aussi un titre tiré par les cheveux : Six kilos (qui est aussi le titre anglais) est le poids du butin dérobé sur le yacht.

Un épisode à vite oublier pour découvrir une atmosphère fantastique et mystérieuse avec le fantôme du "Grand Kahuna".

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24. LE GRAND KAHUNA
(THE BIG KAHUNA)

En douze saisons, Hawaï Police d'État qui est une série du type "Police procedural", c'est-à-dire crime-enquête-arrestation du coupable, le tout en épisodes indépendants, s'est rarement aventurée dans le genre fantastique. À deux exceptions près : cet épisode final de la saison 1 (mais qui relève du "fantastique expliqué" comme dans Belphégor la série télé, ou chez Gaston Leroux) et le génial Coup de froid (10-21) que l'on aimerait tant revoir. À ma connaissance, Coup de froid qui parle de cryogénisation (comme les étudiants de l'académie Alpha dans L'invasion des terriens, épisode des Avengers) n'a pas été rediffusé depuis la diffusion de l'intégrale sur TF1 de septembre 1989 à mai 1990.

Le grand Kahuna, lui, après sa diffusion confidentielle sur la 3e chaîne ORTF pendant l'été 1973, a été rediffusé plusieurs fois et est bien connu des fans de la série.

Attachez vos ceintures, les frissons sont au rendez-vous. Le vieux Sam Kalakua (John Farley) est un personnage respecté dans l'île, y compris par le gouverneur qui demandera à Steve de le ménager. Il possède un terrain qu'il refuse de vendre, ce qui provoque des convoitises. Voilà soudain qu'une nuit, il est réveillé par un fantôme, celui de la déesse Pelé.

Seul le téléspectateur naïf ou inattentif ne remarque pas sur le champ, à travers ce personnage auréolé de lumière qui se déplace dans l'air, une certaine ressemblance avec l'actrice Sally Kellerman (héroïne au cinéma de M.A.S.H.) qui joue ici la nièce du vieil homme, Eleanor, pressée de faire passer son oncle pour fou et de vendre la propriété à un promotteur. À plusieurs reprises, le fantôme de la déesse Pelé se manifeste et Kalakua finira par lui jeter une lanterne à la figure provoquant un incendie et son internement.

Une savante enquête de l'équipe, avec un Danny Williams performant qui découvre plusieurs indices, nous permet de découvrir que le fantôme n'est qu'un trucage, un hologramme créé par une compagnie de cinéma dirigée par des hippies. Comme dans Belphégor, il n'y a pas de fantôme mais un truc.

Très bien réalisé une fois de plus par le génial Herschel Daugherty auquel on doit pour l'instant les meilleurs épisodes, le suspense est ménagé jusqu'au coup de théâtre final. Le premier plan la nuit ressemble au début du Halloween 1978 de John Carpenter.

Puis, une fois le trucage révélé au spectateur, on lui réserve une autre surprise, terrifiante. Eleanor va être punie par où elle a péché. Se trouvant au bord d'une falaise, la nièce se déguise en son "effet spécial" en chair et en os, peinte sur tout le corps, fantôme de déesse Pelé plus vraie que nature, et veut faire tomber Kalakua.

Un peu comme la scène finale de Sueurs froides avec Kim Novak, elle va mourir. Ce n'est pas une religieuse qui provoque sa chute fatale, comme dans le film d'Hitchcock, mais la vision de McGarrett et Danny qui empêchent in extremis l'oncle de se suicider. Et sa chute rappelle celle de Juliette Gréco à la fin de Belphégor. Moralité, quand on joue les fantômes au bord du vide, il faut garder son sang-froid et ne pas soi-même être craintive de personnes qui arrivent subitement derrière votre dos.

Fin morale de l'épisode et de la saison, le vieux Sam Kalakua lègue sa fortune pour la construction d'un hôpital pour enfants.

Fin de la première saison, Steve McGarrett reviendra dans Assurance sur les morts...

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Crédits photo: Paramount.

Images capturées par Patrick Sansano.