Une fille à la pagePossession

Saga Sarah Michelle Gellar

États de choc (2007)


ÉTATS DE CHOC
(THE AIR I BREATHE)

classe 4

Résumé :

Au sein d’une mégapole contemporaine, les vies de personnages très différents vont s’enchevêtrer. Une jeune pop star, un gangster capable de prédire l’avenir, son employeur ultra violent, un médecin désespéré et un employé de banque dépressif vont ainsi se croiser au fil d’évènements dramatiques. 

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Critique :

Etats de choc, au titre français inutilement pompier, s’inscrit dans une lignée de films bâtis autour du thème des destins croisés et ayant marqué les années 2000 après le Crash de Cronenberg en 1996 : Traffic (2000), Collision (2004) ou encore Babel (2006), entre autres. Contrairement aux plus ambitieux et aboutis de ces films, on peut regretter que celui de Jieho Lee ne retienne pas l’option d’une narration pleinement chorale. Il opte au contraire pour une trop sage succession de passages organisés autour de protagonistes successifs. Malgré la présence de Trista et de Fingers en fil rouge, on converge ainsi vers la formule davantage usuelle et dramatiquement moins riche du film à sketchs.

De ce fait le film connaît un souffle moindre qu’une œuvre symphonique et court le risque inhérent à ce genre de production : des segments inévitablement plus faibles que d’autres. Maladroitement Jieho Lee tente de rectifier le tir lors de la séquence finale en sortant du chapeau une pirouette connectant les différents personnages, mais de manière totalement gratuite et soudaine, en guise de conclusion à l’ensemble. Il s’agit sans doute de la séquence la plus artificielle du film, d’autant plus dommageable qu’elle se situe hors de son propos, bien davantage intimiste que centré sur des jeux du destin relevant davantage de L’effet papillon (2004).

Au-delà de la référence initiale à un proverbe chinois, qui ne parlera fatalement que modérément au public occidental, tel quel, le sujet du film s’avère captivant. En effet le scénario propose une succession de portraits particulièrement émouvants, voyant les protagonistes rongés par la vacuité de leurs existences et se trouvant soudain une porte de sortie. Cette épiphanie s’avère toujours périlleuse, voire mortelle, mais la joie sourde et profonde avec laquelle le personnages font face à cette ordalie frappe le plus souvent au cœur. 

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Les sujets s’avèrent également suffisamment variés pour parer à toute impression de répétition ou de système (l’employé modèle ne trouvant plus de sens à sone rxistence, le gangster dont les prédictions dirigent la vie, le médecin étant passé à côté de l’amour de sa vie, la pop star confrontée au mirage de la célébrité). En parfait contrepoint le gangster Fingers plastronne tout au long du récit mais reste aveugle quant au néant de sa destinée de prédateur, demeurant en cela bien plus captif que ses victimes.

En tant que metteur en scène s’avère inégal. Il cède ainsi parfois à la tentation du sensationnalisme ou de l’esthétique de clip vidéo. De même, il filme Mexico City de manière particulièrement impersonnelle, la dépeignant comme une mégapole parfaitement interchangeable. Sans aller jusqu’à sombrer dans la carte postale, on apprécie toujours qu’un environnement soit caractérisé et qu’il apporte un supplément d’âme au récit, comme a pu l’accomplir Tokyo pour The Grudge.

Le réalisateur manifeste toutefois quelques fulgurances (visions prophétiques, univers de la nuit, mobilité des angles de vue) et sait mettre en valeur ses merveilleux comédiens. Le talent de Jieho Lee apparaissait alors en devenir et se serait sans doute bonifié avec le temps, il reste dommage que le monumental bouillon pris par Etats de choc l’ait tenu depuis éloigné des caméras. 

Etats de choc demeure peut-être avant tout un film de comédiens, tous excellents et donnant le meilleur d’eux-mêmes. Certains déroulent sur un registre qu’ils connaissent sur le bout des ongles, comme Kevin Bacon en médecin plus qu’au bord de la crise de nerfs (séquence relativement prévisible) ou Andy Garcia en gangster extraverti et ultra violent, très inspiré de son Vinnie Corleone. Mais le plus marquant d’entre eux demeure Forest Whitaker, dont la force émotionnelle met d’emblée le film sur orbite, à l’occasion du premier segment.

S’affranchissant a contrario de son emploi coutumier, Brendan Fraser quitte ici ses comédies burlesques pour orienter sa carrière vers des rôles davantage matures, avec un total succès. Original et captivant, son gangster introverti, descendant éloigné de Cassandre, fascine par son fatalisme résigné, puis sa renaissance. Cette distribution très relevée s’enrichit encore de nombreux visages connus (Julie Delpy, Kelly Hu, John Cho, Clark Gregg…), dans des seconds rôles souvent aussi savoureux que météoriques.

Unique protagoniste féminin au sein d’un ensemble extrêmement masculin, Trista s’érige toutefois en véritable point central du film, comme point de convergence des différentes histoires, mais aussi, et surtout, grâce à la bouleversante composition de Sarah Michelle Gellar. Celle-ci rend réellement palpable le désarroi profond, quasi existentiel, de son personnage face au dévoilement de la dimension factice du vedettariat et au dénouement tragique de sa romance inattendue avec Pleasure (grande complicité avec Fraser). L’intensité du jeu de l’actrice permet d’aisément passer outre à ce que l’empilement des malheurs s’abattant sur Trista pourrait comporter de mélodramatique.

On apprécie que le personnage soit suffisamment complexe et non irréprochable pour ne pas devenir une énième incarnation unidimensionnelle de Fantine. Les esprits facétieux pourront également s’amuser de voir Trista manquer de périr en chutant du sommet d’un immeuble, une coutume des personnages de Sarah Michelle Gellar (Buffy, Scream 2, The Grudge 2). Mais on ne peut qu’applaudir sa volonté de trouver des rôles forts au-delà de ce qu’un Hollywood toujours très formaté pourrait lui réserver, quitte à opter toujours davantage pour le cinéma indépendant. Un choix exigeant et courageux, privant sa carrière de succès faciles.  

Anecdotes :

  • Etats de choc s’inspire d’une antique conception chinoise, selon laquelle la vie se divise en quatre émotions : bonheur, plaisir, douleur et amour. Le film développe puis entrecroise quatre histoires chacune s’inspirant de l’un de ces sentiments.

  • Les quatre protagonistes ne sont pas nommés, mais sont simplement désignés par l’émotion qu’ils représentent (la chanteuse incarnée par Sarah Michelle Gellar porte toutefois le nom de scène de Trista). Le bonheur est ainsi interprété par Forest Whitaker, le plaisir par Brendon Fraser, la douleur par Sarah Michelle Gellar et l’amour par Kevin Bacon.

  • Dans la tradition chinoise, chaque sentiment primordial est associé à un élément : le bonheur à l’air, le plaisir au feu, la douleur à l’eau et l’amour à la terre.

  • Ce film indépendant fut produit par des investisseurs américains et mexicains, pas par l’une des majors d’Hollywood.

  • Il fut tourné à Mexico, même si la ville n’est jamais explicitement désignée.

  • Etats de choc fut présenté au Festival du film indépendant de Tribaca, en 2007.

  • Le film connut une faible diffusion en salles et reçut une critique négative, même si la prestation de Sarah Michelle Gellar fut acclamée comme tranchant sur l’ensemble. Il rencontra un terrible échec public, avec un box-office ne dépassant pas les 2,6 millions de dollars, pour un budget de 10 millions.

  • En France le film sortit directement en vidéo, en octobre 2014.

  • L’album photo de Trista parcouru par Pleasure est en fait composé de diverses photos de Sarah Michelle Gellar réalisées au cours de sa carrière.

  • Le segment de Sarah Michelle Gellar se distingue des trois autres car il n’est accompagné d’aucune narration à la première personne.

  • Sarah Michelle Gellar n’interprète pas elle-même le tube Sweet Spot de la pop star Trista. Il l’est par l’artiste Kim Wayman.

  • En 2007, l’actrice participe également à deux longs métrages d’animation. Elle assure ainsi la voix d’April O'Neil dans TMNT : Les Tortues Ninja et celle de Cendrillon (Sandy) dans Cendrillon et le Prince (pas trop) charmant, version satirique du conte.

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