The ReturnÉtats de choc

Saga Sarah Michelle Gellar

Une fille à la page (2007)


UNE FILLE À LA PAGE
(SUBURBAN GIRL)

classe 4

Résumé :

Brett, jeune employée d’une maison d’édition new yorkaise, attend le grand amour tout en  espérant devenir une associée à part entière, et non plus simplement une relectrice d’épreuve. Mais elle se retrouve en butte avec une nouvelle directrice, imbuvable. Un jour elle rencontre Archie, grand ponte de l’édition et une romance nait, malgré une grande différence d’âge. Alors qu’Archie lui enseigne également le métier, Brett va progressivement découvrir que cet homme brillant est également volage et alcoolique. Malgré des heurts, leur relation se poursuit, jusqu’à ce que le père de Brett meure d’un cancer, l’amenant à reconsidérer sa vie. 

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Critique :

Une fille à la page navigue sans guère de houle entre Sex and the City (la vie amoureuse des trentenaires à New York City, enfin, à Manhattan) et Le Diable s’habille en Prada (l’enfer climatisé des Working Girls, avec le dragon femelle de service). De fait le film s’inscrit en plein dans ce courant de comédies romantiques new-yorkaises à destination du public féminin,  qu’en 2015 le Saturday Night Live fustigea lors d’un mémorable sketch avec Scarlett Johansson. Les convergences entre les deux productions s’avèrent édifiantes à cet égard.

Le film enfile les clichés comme d’autres des perles, mais sa véritable faiblesse réside avant tout dans l’extrêmement fade mise en scène de la Mark Klein (il s’agit d’ailleurs de l’unique tentative de ce scénariste). Pour Klein, la réalisation se borne clairement à faire joli, et il est vrai que chaque scène fait l’objet d’un grand soin apporté aux décors et costume, ainsi qu’à la photographie. Mais toutes sont filmées caméra au plancher, de manière parfaitement interchangeable.

Du fait de ce manque de rythme et d’inventivité, le film sombre doucement dans la torpeur au fur et à mesure d’une romance très standardisée, après une première demi-heure, où la découverte des personnages et de l’univers de l’édition soutient l’intérêt. On regrettera aussi l’omniprésence d’un fond musical (chansons ou mélodies), pas désagréable en soi mais parasitant les dialogues et achevant de fusionner dans l’uniformité les séquences successives du film. 

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Le milieu de l’édition apporte toutefois une vraie valeur ajoutée à Une fille à la page l’auteur du livre original, L’auteure du livre originel, Melissa Bank, a travaillé plusieurs années dans cette profession avant de publier l’ouvrage et cela se ressent à travers l’acuité de quelques scènes à ce sujet. A plusieurs reprises, le film semble ainsi à deux doigts de se trouver un sujet, en étudiant les arrières boutiques et le mécanisme conduisant à sélectionner les romans, puis à partiellement les réécrire, afin de débusquer un best-seller (est bon le livre qui se vend).

Le film évite d’ailleurs la caricature et toute cette approche s’accompagne d’une ironie matinée de tendresse pour les petits ridicules de la profession, mais aussi d’amour de la littérature. Il reste dommage que ce volet demeure relativement périphérique, d’autant qu’il permet d’émailler les dialogues de références à livres et auteurs (Hugo, Les Frères Karamazov Dorian Gray, Arthur Miller Hemingway, Dante…). Le procédé ne va pas sans une certaine ostentation, mais  sonne juste le plus souvent.

Le scénario multiplie les personnages autour de Brett, mais le focus demeurant centré sur le couple formé avec Archie, les seconds rôles n’apparaissent que comme des silhouettes, parfois amusantes, parfois anodines. Certaine s’en sortent par le haut grâce à l’interprétation d’acteurs d’expérience, comme Peter Scolari pour le divertissant écrivain ami d’Archie, ou James Naughton, impeccable  dans le rôle du père de l’héroïne. On apprécie la fraicheur de Maggie Grace, en meilleure amie de Brett. Décidément, après Lost et Californication, le film confirme que le milieu urbain lui réussit mieux que la nature sauvage. 

Cette adéquation de la distribution se retrouve pareillement pour le couple central. Le talent et l’évidente complicité de Sarah Michelle Gellar et d’Alec Baldwin parviennent d’ailleurs à sauver quelques tirades de la médiocrité. On apprécie vivement que le film évite de positionner Archie en méchant de l’histoire. Derrière la façade de brio, émerge progressivement un homme cabossé par la vie et des erreurs qu’il assume, miné par le fléau de l’alcoolisme. Les amateurs de série pourront s’amuser à pointer les nombreuses similitudes existant entre Archie et l’inoubliable Jack Donaghy de 30 Rock, qu’Alec Baldwin s’apprête alors à créer, pétri de la même humanité.  

Le scénario exploite joliment la différence d’âge entre Brett et Archie, séparés par une vie apportant aussi concomitamment expérience et fêlures. Mais Brett souffre terriblement de n’exister qu’à travers cette relation, pour le reste elle se limite à des clichés (ambition professionnelle, sortie copines, shopping, rapport au père) que Sarah Michelle Gellar, pourtant excellente et pleinement impliquée, ne peut parvenir à rendre intéressants. Elle doit aussi subir bon nombre de scènes sucrées jusqu’au ridicule. Le plus croquignolet demeure le fil rouge du pantalon de cuir que Brett refuse finalement de porter, au profit d’un jean plus confortable. L’ultime image nos la montre s’éloigner en l’arborant : ayant franchi l’épreuve, elle est devenue adulte. C’est aussi cela, Une fille à la page.  

Anecdotes :

  • Le film est adapté de deux nouvelles (My Old Man et The Worst Thing a Suburban Girl Could Imagine), issues du best-seller The Girls' Guide to Hunting and Fishing (1999), de Melissa Bank. Ce recueil de textes, grand succès aux USA et en Grande-Bretagne, raconte l’éveil à la vie d’une jeune fille de quatorze ans. Il occupa durant 16 semaines la tête du classement des ventes du New York Times.

  • Le titre original devait être celui du film, mais fut changé car Francis Ford Coppola travaillait à l’adaptation d’une autre de ses nouvelles.

  • Le rôle d’Archie fut attribué à Alec Baldwin à la demande de Sarah Michelle Gellar, désireuse de travailler avec lui.

  • Le film fut tourné à new York pour divers extérieurs, mais aussi à Toronto.

  • L’action est centrée sur Lexington Avenue, zone branchée et très vivante de l’East Side, à Manhattan.

  • Une fille à la page fut présenté au Festival du film de Tribeca, évènement annuel destiné au cinéma indépendant, créé par Jane Rosenthal et Robert De Niro,  à Manhattan. Il y reçut un bon accueil public et critique.

  • Le film fut interdit aux moins de 13 ans, pour la verdeur de certaines scènes.

  • Le réalisateur Mark Klein a indiqué n’avoir jamais suivi Buffy contre les Vampires et avoir été surpris par la popularité de Sarah Michelle Gellar auprès du public, durant les tournages se déroulant dans la rue.

  • Film indépendant - non produit par l’une des grandes compagnies d’Hollywood, Une fille à la page eut ensuite difficilement accès au réseau de salles. Comme souvent dans ce cas figure, il finit par sortir en vidéo.

  • Alec Baldwin (Archie), membre d’une grande famille de comédiens, connaît une belle carrière se déroulant aussi bien au cinéma (Aviator, Lady Chance) qu’à la télévision (Will et Grace, 30 Rock. Actif soutien du parti démocrate, il s’est grandement impliqué dans les deux campagnes d’Obama.  De 1993 à 2002, il fut l’époux de Kim Basinger. 

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