États de chocVeronika décide de mourir

Saga Sarah Michelle Gellar

Possession (2009)


POSSESSION
(POSSESSION)

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Résumé :

Jeune avocate, Jess assure la défense d’un criminel violent, Roman. A cette occasion elle tombe amoureuse du frère de celui-ci, le sculpteur Ryan. Tous deux vivent en couple quand Roman sort de prison. Au grand déplaisir de Jess, Roman décide alors d’héberger son frère. Suite à un accident de voiture Roman et Ryan se trouvent ensuite plongés dans le coma. Roman en émerge mais affirme alors qu’il est en fait Ryan, dont l’âme a changé de corps. Jess est alors rongée par le doute, se demandant s’il s’agit d’un phénomène paranormal ou d’une manipulation de Roman. 

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Critique :

Sorti directement en vidéo après une gestation difficile, caractéristique des vicissitudes récurrentes affrontées par le cinéma américain indépendantes, Possession dut faire face à une difficulté supplémentaire : l’inadéquation de sa présentation au public. Contrairement à ce que pourrait faire croire on affiche ou son support DVD, il ne constitue en rien un film d’épouvante relevant du Fantastique horrifique.

Il résulte même davantage éloigné de ce genre qu’avait pu l’être en son temps The Return, autre film avec Sarah Michelle Gellar, pour qui il ne s’agissait que d’un prétexte afin de filmer la vie et les panoramas du Texas profond. Bien à rebours on trouve ici un pur thriller psychologique, sinon amoureux, centré sur les sentiments éprouvés par Jess envers les deux frères.

On devine rapidement que c’est bien là que va résider le choix de la jeune femme, bien davantage que dans la résolution d’une simili Affaire non classée à la Mulder et Scully. De fait l’intrigue joue d’entrée la carte du romantique. Le scénario de Michael Petroni et Won-mi Byunne ne déploie d’ailleurs guère de fulgurances, voire originalité. On ne se situe pas dans le champ du cinéma d’acteur mais plutôt dans une série B solide et de bon aloi. 

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Le texte présente en effet l’avantage d’être méthodique. Les auteurs n’hésitent pas à consacrer toute une longue première partie à installer les personnages et leur relationnel, préalablement à l’accident et aux phénomènes surnaturels, ou supposés tels. Cet effort permet d rendre crédible la force du sentiment amoureux au sein du couple Jess/Ryan et le désarroi profond dans lequel demeure immergée Jess après l’accident, tout en suscitant également un fort sentiment de sympathie envers l’héroïne.

Le procédé fonctionne, avec, par moments, de vrais accents de comédie romantique hollywoodienne un tantinet sucrée. Roman ne se voit as négligé pour autant, impulsant déjà une sourde menace venant heureusement contrebalancer un bonheur qui, trop parfait, deviendrait ennuyeux.

 Ce segment du film comporte indéniablement de la substance, bénéficiant de fondements en rien artificiels. L’inévitable contrepartie en demeure la lenteur du rythme, qui décevra sans nul doute le public venu chercher a rasade de frissons, images choc et autres Jump Scares. A l’instar du scénario la caméra de Joel Bergvall et Simon Sandquist ne brille pas par son imagination se dépare pas d'un bon niveau de film de genre. 

La scène de l’accident, tournée avec un vrai sens du sensationnel apporte ainsi une césure nécessaire pour projeter le spectateur dans un deuxième temps tout à fait différent. La mise en scène accompagne efficacement l’action  réussit réellement l’exploit de faire passer Vancouver pour San Francisco, avec il est vrai, de nombreuses scènes tournées en intérieur. La photograpgie appraît finement travaillée, mais a contrario on regrettera une musique trop envahissante

Cette structuration du scénario résulte certes quelque peu prévisible, mais l’ensemble fonctionne, grâce à une seconde partie plutôt intelligemment menée. Le film demeure cohérent en refusant tout effet facile d’épouvante et en développant un mystère qu’il sait entretenu jusqu’à son terme.  L’adjonction d’une posture fantastique classique (le métempsychose) , ou de sa simple possibilité, ne prend pas du tout le pas sur l’analyse psychologique des deux protagonistes, ce qui pourrait courir le risque d’apparaître gratuit.

L’amateur de Fantastique pur, éventuellement attiré par la présence emblématique de Sarah Michelle Gellar ou la communication du film risque toutefois là aussi une déception, car le volet paranormal de l’intrigue se voit réservé la portion congrue de l’intrigue.   Mais le film réserve une part logique à ce qui, dans son optique, ne représente qu’un prétexte.

Malheureusement Possession va échouer au port, après un parcours convaincant, correctement écrit et réalisé à défaut de relever d’un véritable brio. En effet la conclusion résulte très téléphonée et relevant pour le coup franchement de la série B.  C’est d’autant plus regrettable que le film coréen avait su opter pour une décision de Jess aussi audacieuse que subtilement dérangeante. D’ailleurs la fin alternative présente dans les suppléments du DVD et reprenant la solution coréenne se montre bien supérieure à celle finalement retenue, le film aurait sans doute pu de la sorte recevoir un meilleur accueil.

Possession sait également s’appuyer sur un impeccable duo de comédien, d’autant plus remarquable qu’autant Sarah Michelle Gellar que Lee Pace se montrent chacun admirablement convaincants sur un double registre, une Jess radieuse puis rongée par le doute et , bien entendu, un Roman à la double personnalité. L’alchimie entre les comédiens valide pleinement l’inclinaison très romantique du film. A leurs côtés les seconds rôles se montrent le plus souvent à la hauteur, dont un William B. Davis que l’on s’amuse à découvrir dans une séance d’hypnose rappelant fortement celles vues dans X-Files.

Au total, sans constituer un chef d’œuvre, Possession sait maintenir l’intérêt du spectateur jusqu’à une fin hélas décevante. Il aura jusque-là proposé une histoire prenante, portée par un duo de comédiens talentueux et émouvants. En outre ce film confirme la tendance marquée de la seconde partie du parcours cinématographique d’une Sarah Michelle Gellar optant décidément pour le cinéma indépendant, mais aussi des rôles assombris. Son ultime film à ce jour, Veronika décide de mourir, va d’ailleurs représenter une apothéose en la matière. 

Anecdotes :

  • Possession est le remake du film coréen Jungdok, réalisé en 2002 par Park Young-hoon.

  • Le titre de travail du film était Addicted, soit la traduction du titre du film coréeen originel.

  • Aux États-Unis le film parut en 2009, directement en DVD, mais fut en fait tourné en 2006. La sorte fut reportée à plusieurs reprises du fait des difficultés de distribution habituellement connues par un film indépendant, ainsi que de problèmes financiers rencontrés par les producteurs.

  • En France le film est sorti directement en DVD, en janvier 2011.

  • L’action est censée se dérouler à San-Francisco, mais le film fut tourné à Vancouver. Plusieurs acteurs canadiens figurent dans la distribution, dont William B. Davis (bien connu comme l’Homme à la Cigarette des X-Files), dans le rôle de l’hypnotiseur.

  • Une séquence de fin alternative a été tournée, s’alignant sur celle du film coréen originel. Présente en supplément dans le DVD, elle atteint une durée d’une demi-heure.

  • Lee Pace (Roman), figure de Broadway, est également connu pour ses collaborations avec Bryan Fuller. Il fut ainsi Aaron Tyler dans Wonderfalls (2004), pui Ned dans Pushing Daisies (2007-2008). Au cinéma il incarna également le Roi elfe Thranduil, père de Legolas, dans le cycle du Hobbit, et l’antagoniste Ronan l’accusateur dans Les Gardiens de la Galaxie (2014).

  • Lee Pace et Sarah Michelle Gellar sont restés des amis proches depuis le tournage. Ils parurent notamment ensemble à la soirée de gala Superheroes: Fashion And Fantasy, organisée par la section costumes du  Metropolitan Museum of Art de New York, en 2008. 

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