Plein soleil

Saga Alain Delon

Rocco et ses frères (1960)


ROCCO ET SES FRÈRES

Résumé :

Rocco Parondi et 3 de ses frères débarquent à Milan avec leur mère. Ils viennent pour le mariage de leur quatrième frère aîné : Vincenzo, et en profitent pour déménager également, suite à la mort de leur père. Une dispute éclate avec les futurs beaux-parents de Vincenzo, et la famille se retrouve à la rue. Grâce à une combine d'un ami de Vincenzo, la famille se retrouve logée dans un logement social de Milan. Tous commencent à faire des petits boulots, et Simone l'un des frères de Rocco commence la boxe et tombe amoureux d'une prostituée, Nadia, juste après l'avoir rencontrée. C'est à partir de ce moment qu'il commence à mal tourner : Simone ment, vole, et fini même par violer Nadia, après que celle-ci l'ai quitté pour Rocco. Tout va de mal en pis pour Simone qui s'enfonce de plus en plus tandis que ses frères réussissent. Il finit par tuer Nadia...

Critique :

Après Plein Soleil qui propulse Delon comme vedette, celui-ci tourne Rocco et ses Frères sous la direction de Luchino Visconti (Les Amants Diaboliques, Le Guépard, L'Innocent) qui était plus un metteur en scène de pièces de théâtre et d'opéras plutôt que de cinéma. Ce film ne fait qu'asseoir le vedettariat de Delon, qui s'acquitte à merveille du rôle du fils gentil et protecteur envers sa famille. À partir de là, tout est dit, Delon joue le rôle d'un personnage à la fois attachant et tout autant irritable : à vouloir surprotéger son frère bon à rien et incapable de se prendre en main, il en devient totalement agaçant, pourtant Delon réussi à le rendre en même temps assez sympathique.

Il est accompagné dans ce film par Renato Salvatori (Le Désordre, Flic Story, Cadavres Exquis) bien connu en France pour son rôle du comparse de Belmondo dans le film Le Casse en 1971. L'acteur étant mort en 1988. Salvatori lui aussi excelle dans son rôle de bon à rien, on a qu'une envie du début à la fin du film pratiquement : c'est de le baffer, tellement il enchaîne les bêtises et les embrouilles qui non seulement l'emmènent au fond du trou, mais comme beaucoup de gens dans la réalité, entraînent également les personnes de leur entourage avec eux. On retrouve également Spyros Fokas (La Peur, Le Diamant du Nil, La Fièvre d'Aimer) dans le rôle du frère aîné : Vincenzo, qui n'est pas à la hauteur de son rôle de chef de famille qu'il devrait être. Acteur qui a eu une jolie petite carrière que ce soit à la télévision Italienne ou aux USA on pourra notamment le voir dans Rambo 3 ou encore la série Arabesque.

Viennent ensuite Rocco Vidolazzi dans le rôle du petit dernier pour les frères Parondi, pas grand-chose à dire sur lui, son rôle étant assez minime, mais sa prestation ne dénote pas dans le film, c'est donc bon signe. Reste Max Cartier, qui incarne le vertueux Ciro, l'acteur n'a pas eu une grande carrière. En fait, Ciro est le personnage que l'on préférera dans le film : contrairement à son frère Rocco, il est réaliste vis à vis de Simone qui a mal tourné. Et très vite celui-ci comprend que la surprotection de Rocco, qui se sent coupable par rapport à son frère et de la femme aimée par ce dernier, est plus néfaste que salvatrice. Simone est clairement un incapable, mais Rocco refuse de le voir.

C'est Annie Girardot (La Gifle, Tendre Poulet, La Zizanie) qui est l'objet de la descente aux enfers de Simone et de la destruction de la famille Parondi. Immense actrice, et pas seulement de cinéma mais aussi de théâtre et de télévision. Elle aura même une période de chanteuse, et nous connaissons malheureusement la fin de carrière de cette actrice qui fut difficile à cause de sa maladie d'Alzheimer. Bien que là aussi son rôle ne soit pas très important, Annie Girardot joue parfaitement la fille de mauvaise vie, qui a eu la malchance de tomber sur Simone.

Nous trouvons également Claudia Cardinale (Il était une fois dans l'Ouest, La Scoumoune, L'été Prochain) dans un petit rôle, immense actrice internationale elle aussi, qui aura la carrière que l'on lui connaît. Nous avons également Roger Hanin, qu'on ne présente plus, dans un petit rôle lui aussi. Tout ceci forme donc un excellent film, et il faut qu'il le soit, car sa durée de près de 3H pourrait rebuter à le regarder. Alors bien sûr, il y a quelques longueurs, mais rien de rebutant, et il se déroule de manière fluide, ce qui fait qu'on ne voit pas passer le temps. Le film est découpé en chapitres pour chaque frère, ce qui permet de garder un bon rythme.

Je l'ai vu en version restaurée, donc je ne sais pas si c'était comme cela à l'origine, mais l'image est vraiment très jolie, le film étant entièrement en noir & blanc, on a un noir très propre, qui manque peut-être d'un peu de contraste, mais là aussi c'est peut-être dû à la remasterisation. Il y a de très beaux plans caméra, par exemple celui de Delon devant le miroir avec le reflet de Rogin Hanin dedans, et il y a par exemple de très jolis plans larges de la ville italienne, on s'aperçoit à un moment lorsque c'est dans les quartiers populaires, que les villes en Europe se ressemblent et que les constructions en béton que l'on voit à l'image, pourraient fort bien être celles d'une banlieue française tellement elle sont semblables au niveau visuel. Le film démontre bien l'aspect des sacrifices que Rocco est obligé de faire pour son frère, et tout l'impact que cela a sur sa famille. Et surtout le changement qui commence à s'opérer sur la vie des gens avec l'industrialisation naissante.

Tout comme celui de Simone qui ne pense qu'à lui et Nadia et ne se rend pas compte, ou ne le veut pas, du mal qu'il fait à ses proches. On pourrait le qualifier d'imbécile, ce qui lui irait comme un gant, tant sa bêtise le guide dans toutes ses actions. Mais on se rend compte au fil des minutes que son mal être est plus profond encore, jusqu'à commettre un meurtre. Bref, une excellente prestation de Delon qui a encore ici cette fraîcheur, qui lui permet d'avoir des attitudes face à la caméra qui le fait se démarquer. Je serai plus critique sur la musique de Nino Rota (Vivre en Paix, 8 ½, Histoires Extraordinaires) mais il faut se replacer dans le contexte des années 60, et ce genre de bandes musicales étaient fréquentes. Personnellement, je n'accroche pas et je trouve qu'elle est vraiment transparente par rapport à l'image, et ne laisse aucun souvenir.

Le film tourné en Italie avec une majorité de comédien italiens fut donc fait en italien, et les acteurs français ont redoublés leur voix en post-synchro pour la version française, ce qui explique que parfois on a l'impression d'avoir une latence entre le mouvement des lèvres et la voix en vf. Le film marchera pas mal en France avec plus de 2 millions d'entrées, mais fera un véritable carton en Italie avec plus de 10 millions d'entrées. À voir pour les fans de Delon, avant qu'il ne s'enferme dans les rôles de flics des années plus tard. Le film existe en version restaurée en BluRay et en DVD.

Anecdotes :

  • La réalité dépassera la fiction, en effet c'est en tournant ce film avec Renato Salvatori que Annie Girardot tombe sous le charme de l'acteur et se mariera avec lui en 1962. Salvatori étant comme son personnage à l'écran dans ce film : violent, qui boit beaucoup, et incontrôlable. Malgré leur séparation beaucoup plus tard, et la naissance de leur fille, Annie Girardot restera mariée à l'acteur jusqu'à la mort de celui-ci.

  • Visconti voulu absolument Alain Delon pour le rôle de Rocco. À tel point, qu'il déclarera après le film que si il n'avait pas eu Delon pour jouer Rocco, il aurait annuler le film purement et simplement.

  • Lors d'un gros plan dans le film, on peut voir très distinctement la cicatrice d'Alain Delon qu'il a au menton. Il s'est faite celle-ci lors du tournage de Sois Belle et Tais Toi en 1958.

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