Rocco et ses frèresLe Guêpard

Saga Alain Delon

Mélodie en sous-sol (1963)


MÉLODIE EN SOUS-SOL

Résumé :

Charles est un gangster qui vient juste de sortir de prison. Il retrouve sa femme et sa petite maison, ainsi que le reste du butin qui lui a coûté 5 ans de prison. Alors que Ginette, sa femme, lui parle d'ouvrir un petit commerce dans le midi avec l'argent qu'il leur reste, Charles a décidé et déjà planifié le plus beau coup de sa carrière et qui marquera sa retraite. Charles voit son vieux complice pour faire le coup avec lui mais, ce dernier malade, ne peut plus risquer la prison. Charles décide alors de s'associer avec Francis un jeune truand. Son objectif : braquer le plus grand casino de Cannes, le Palm Beach.

Critique :

J'avais un vague souvenir de ce film, avant de le revoir : juste quelques bribes visuelles comme la scène de fin avec les billets qui remontent du fond de la piscine, l'image m'ayant marquée. Mais j'avais oublié à quel point Mélodie en Sous-Sol est terriblement efficace.

Réalisé par Henri Verneuil (I... Comme Icare, La Vache et le Prisonnier, Peur Sur La Ville) qui aime visiblement le thème des hold up qui se finissent mal, puisqu'il réitérera le sujet quelques années plus tard dans Le Casse. À croire que Verneuil veut nous faire passer le message que le crime ne paie pas ! Il est assisté ici, de Claude Pinoteau et Costa-Gavras rien que ça !

Le film fonctionne dès les premières secondes : les magnifiques plans en extérieur de la ville en Noir & Blanc (le film l'étant entièrement bien qu'il sera colorisé bien plus tard) créent immédiatement une ambiance propre à ce dit film. Et la séquence dans la banlieue que Charles ne reconnaît plus y ajoute encore plus ce quelque chose qui détachent ce genre de long-métrage des autres. On retrouve Jean Gabin en vedette principale, l'année précédente en 1962 il a tourné avec Belmondo dans Un Singe en Hiver, il fallait bien qu'il tourne avec l'autre jeune vedette montante du cinéma français : Alain Delon. Et cela, toujours sous la houlette de Verneuil.

Si Belmondo avait plutôt un rôle facile pour tourner aux côtés de Gabin et avec qui le tournage s'était très bien passé, pour Delon c'est différent. Une sorte de rivalité se sent à l'écran, et le rôle de Delon vis à vis de Gabin est plus difficile à appréhender. Néanmoins, le duo fonctionne parfaitement et c'est un sans faute du début à la fin que ce soit pour Delon ou Gabin. D'ailleurs, dans la rubrique « vieux cons » qui disent que c'était mieux avant, et bien lorsque l'on voit ce film, on se dit qu'effectivement c'était mieux avant !

Des films comme celui-ci on en verra plus, il y a cette alchimie des acteurs, de la qualité visuelle, des dialogues percutants d'Audiard qui font mouche à tous les coups... Tout ceci crée une harmonie dans le film qui fait qu'on ne voit pas passer les 2H qu'il dure. C'est un véritable tour de force une fois encore qui est réalisé. Néanmoins, si c'est un superbe film il y a tout de même un ou deux petits défauts qui ne sont pas très méchants, comme par exemple : si le fait que les plans extérieurs sont superbement réussis, il n'en est pas de même pour les séquences studios avec fond incrusté, comme ceux par exemple où Delon ou Gabin conduisent une voiture, on voit clairement que c'est tourné en studio mais bon, ça ne gâche pas le déroulement du film.

L'image est belle, il y a de magnifiques plans et les acteurs sont à l'aise, même Maurice Biraud (Le Cave se Rebiffe, Le Complot, Le Train) qui est pourtant clairement relégué au second plan et n'a qu'un petit rôle pas très important. Ce sera, malheureusement, la marque de fabrique de cet acteur : de n'être qu'un éternel second rôle, pourtant populaire. Le cercle étant fermé par l'excellente Viviane Romance (Zouzou, Une Gueule en Or, La Chair et le Diable) considérée comme la Vamp du cinéma français des années 30 et 40 et qui tourne ici son dernier grand rôle, bien qu'assez court à l'écran, elle tient la dragée haute à Gabin sans le moindre problème. Delon s'amuse à jouer Belmondo en montant sur les toits et se prend pour Bruce Willis avant l'heure en faisant un parcours du combattant dans une conduite d'aération, sauf qu'à la place du briquet, lui a une lampe torche ! John McTiernan aurait-il vu Mélodie en Sous-Sol pour avoir l'idée de cette séquence dans Die Hard ? ! Ou ce n'est peut-être simplement qu'une pure coïncidence.

Pour la musique, c'est Michel Magne (OSS 117 Se Déchaîne, Angélique et le Roy, Réveillon chez Bob) que l'on retrouve ici et s’il utilise la même musique pendant tout le long du film, il est surtout une chose qui frappe : par moment, celle-ci rappelle furieusement la musique de Fantômas et dont Magne composera d'ailleurs la bo l'année suivante. Pour le reste tout est bon, j'ai juste envie de dire que ce film est un travail de professionnels à tous les étages : acteurs, les gens derrière la caméra, etc. Le public ne s'y trompera pas et répondra présent : le film fera un peu plus de 3.5 millions d'entrées en France. Il fera 2.4 millions d'entrées en Italie et rapportera 1 million de dollars aux états-unis. Une belle performance ! Le film est est un incontournable dans la filmographie de Delon. Un hit assurément !

Anecdotes :

  • Gabin qui n'aimait pas prendre de risques, demandait toujours un cachet fixe dans ses films : ici, pour Mélodie en Sous-Sol il reçut 850 milles nouveaux francs.

  • Alain Delon voulait absolument le rôle pour tourner aux côtés de Gabin qu'il adulait. Jacques Bar le producteur, informe donc la MGM que Delon veut absolument le rôle. Les studios répondent que si Delon désire à tel point ce rôle, qu'il l'accepte pour pas un sou. À la surprise générale : Delon accepte de tourner gratuitement le film et renonce à un cachet de 250 milles francs. Mais en contre-partie demande de recevoir un pourcentage sur les droits dans des pays considérés comme peu importants pour le film comme le Japon ou encore le Brésil ou la Russie. La MGM accepte, et ce sera le jackpot pour Alain Delon qui gagnera plus que le cachet de Gabin !

  • Delon qui admirait Gabin faisait tout ce qu'il pouvait pour plaire à son partenaire à l'écran et était très respectueux avec lui. Gabin se méfiait de Delon et parfois les relations étaient tendues, c'est le pauvre Maurice Biraud qui fit les frais des accès de colère de Gabin.

  • Si Delon admirait Gabin, ce n'était pas pareil pour Verneuil, et pendant tout le tournage, Delon ne put s'entendre avec Verneuil, ils communiquèrent tous les deux par assistants interposés. Delon commençait à avoir son comportement de grande star.

  • Lorsque Jacques Bar annonça la somme reçue par Delon grâce à ses droits sur le film, Gabin fut médusé. Bar lui explique alors que c'est la différence entre le cachet fixe et le fait de prendre des risques. Gabin retient la leçon et va créer quelques années plus tard sa société de production avec Fernandel.

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