saison 4Présentation

Alias


Saison 5


1. PROPHÈTE 5
(PROPHET FIVE)



Scénario : Alison Schapker et Monica Breen

Réalisation : Ken Olin

Résumé

Michael Vaughn avoue à Sydney sur la route de Santa Barbara où ils vont se marier qu’il n’est pas celui qui paraît être. Ils ont alors un accident de la route. Vaughn est enlevé et Sydney s’échappe. Sydney est enceinte de Vaughn.

La critique de Patrick Sansano



Pas de générique comme dans un pilote. Horreur, Mia Maestro n’y est plus. Joie, notre compatriote, Elodie Bouchez (« La vie rêvée des anges ») arrive, mais joie de courte durée car son personnage ne lui va pas du tout . Le nouveau retournement de situation (Vaughn agent double) nous laisse un peu sceptique : pourquoi n’a-t-il pas attendu d’épouser sa belle pour tout lui révéler ? L’ambiance de l’épisode rappelle la série « Le fugitif ». Marshall l’insubmersible est toujours présent. Ce n’était pas indispensable. A la 25e minute, on pousse un grand ouf : Ron Rifkin, le meilleur comédien d’Alias, est de retour. Mais il ne fait qu’une apparition. Nous apprenons que Nadia est dans le coma. Après le final apocalyptique de la saison 4, on a l’impression de se trouver dans une autre série. Confrontés à des évènements dramatiques, Vaughn et Sydney n’ont  plus ce côté insupportable et gnan gnan qui a tant gâché la série.

Un nouveau danger se présente en la personne du chef du FBI Gordon Dean (Tyrees Allen) qui se révèle un traître de plus. On le voit trop peu cependant pour lui donner des qualificatifs élogieux, et cet emploi dans la série entre dans une catégorie où beaucoup se bousculent au portillon. Les sœurs Derevko, Sark, Lauren Reed, Zhang Lee dit le dentiste, Anna Espinosa, bien sûr aucun n’égalant le mal incarné, Arvin Sloane.

Objectivement, le script est bien écrit (on ne se croirait d’ailleurs pas dans « Alias », c’est dire).  Il n’est plus fait allusion à Rambaldi. On part sur un nouvel arc, tout aussi fantastique. Cet épisode est le départ vers une nouvelle et dernière aventure. C’est l’ultime saison. Le pilote est une réussite.

La critique de Clément Diaz



La saison 4 a quasiment fermé toutes les lignes narratives de la série. Comment lancer une nouvelle saison ? En faisant encore une fois table rase. Tâche bien lourde à laquelle Alison Schapker et Monica Breen s’attèlent avec réussite. Si les nouveaux personnages sont encore dans l’ombre (Grace absent, Rachel et Renée en brefs caméos), les autres cartes de la saison sont abattues avec célérité, efficacité, clarté, grâce en particulier à l’émergence du groupe Prophet Five. Sydney et Vaughn mènent cette intrigue rythmée et pleine de surprises avec succès. Hélas, le scénario s’écrase en fin de course dans le larmoyant hospitalier. Quant à la mort d’un des personnages-clés de la série, on y croit pas, et on se demande ce que vont encore inventer les auteurs pour le ressusciter.

L’épisode s’enchaîne immédiatement au précédent : Michael Vaughn (Mr. André Michaux désormais) est enlevé, et Sydney, bien que blessée par l’accident, trouve quand même la force de s’évader, tuant deux faux policiers au passage (superbe scène de poursuite dans les hauts champs). Les ressemblances volontaires entre notre agent et les superhéros de comics prennent de plus en plus d’ampleur, participant à la fantasmagorie quintessencielle de la série. L’accumulation massive d’événements qui frappe notre duo semble sans limite, assurant à l’histoire un moteur qui semble inépuisable : l’évasion audacieuse de Vaughn (Michael Vartan joue une de ses meilleures prestations, grâce à un jeu grave très bien calculé), le méga coup de bluff de Sydney contre le pain in the ass Gordon Dean - successeur indéniable de Kendall et Lindsey - qui se révèle être plus qu’un pain in the ass (excellent Tyrees Allen). L’entrée en scène stupéfiante de la torride Rachel Gibson en assoiffée de sexe - comment Vaughn réussit-il à repousser ses avances ? -  est également à relever. La belle comme Dean nous régalent de deux doubles jeux inattendus (ça fait combien de doubles jeux depuis le pilote là ?), et encore, on est pas au bout de nos surprises. La grande nouvelle qu’apprend Sydney en pleine fuite des méchants, renoue avec les grandes révélations massives de nos auteurs chéris.

Le lien entre Prophet 5 et Rambaldi est implicitement mentionné : on n’en a pas fini avec le génial prophète du XVe siècle ! Le mystère entourant l’apparent double jeu de Vaughn/Michaux est crédible, malin ; on est loin de l’explication pathétique de la réapparition d’Irina. On apprécie aussi Dixon acceptant de faire aveuglément confiance à Syd alors que tout est contre elle et Vaughn. Nos auteures sont en pleine forme… jusqu’à ce que Vaughn reçoit une rafale de chevrotine en plein cœur. A partir de là, l’épisode s’égare dans l’irréalisme : que Vaughn ne meure pas immédiatement est déjà bien exagéré, mais surtout nous subissons plein de dialogues vaseux (serments d’amour à n’en plus finir, soutien moral répétitif…), et une séquence d’hôpital qui dure, dure, dure, jusqu’à la lassitude. Ou comment gâcher un excellent scénario qui avait réussi le plus difficile. La coda fait entrer en scène Renée Rienne. La saison 5 n’a pas encore fini de dévoiler tous les enjeux, mais jusque-là, on a plutôt confiance. La suite !

Les infos supplémentaires

Michael Vartan (Michael Vaughn), après 4 saisons en tant que personnage régulier, n’est désormais plus crédité au générique, rétrogradant au statut de personnage récurrent. Greg Grunberg (Eric Weiss) et Mia Maestro (Nadia Santos) ne sont plus également au générique, devenant aussi personnages récurrents. Trois nouveaux acteurs apparaissent au générique : Rachel Nichols (Rachel Gibson), Elodie Bouchez (Renée Rienne), et Balthazar Getty (Thomas Grace). Ce dernier n’apparaît toutefois pas dans cet épisode. Un nouvel acteur s’ajoutera au générique à partir de l’épisode 10. En plus du statut d’actrice principale, Jennifer Garner devient également productrice de la série. Quant à Ken Olin, il devient l’unique réalisateur à avoir tourné dans les cinq saisons.

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2. SANS SCRUPULE
(...1...)

 

Scénario : J.R.Orci

Réalisation : Frederick E.O.Toye

Résumé

Depuis sept ans, Vaughn et une certaine Renée Rienne  travaillent sur un projet génétique, le projet Prophète 5. Mais Vaughn a été tué et enterré. Quatre mois plus tard, Sydney, tentant de surmonter sa douleur pour son enfant à venir, trouve à Londres la fameuse Renée, qui a tué trois agents de la CIA et un ambassadeur.

La critique de Patrick Sansano



Elodie Bouchez joue un rôle à contre emploi total, et imaginer la petite Maité des « Roseaux sauvages » et l’ouvrière de « La vie rêvée des anges » en huitième personne plus recherchée par la CIA est faire un grand écart. Elle doit bien parler anglais puisqu’elle a joué depuis dans « The L Word ». Quand on connaît bien sa carrière française, on a du mal quand même à l’imaginer dans « Alias ». Et malgré tout le bien que l’on peut dire de cette comédienne, elle n’est pas crédible ici, ce qui ne l’empêche pas de briller ailleurs.


Ron Rifkin est visuellement au générique alors que l’on ne voyait que Jennifer Garner dans la saison 4. Retour apprécié de Carrie/Amanda Foreman, la femme de Marshall. Elle n’était souvent qu’évoquée comme Madame Columbo par Marshall dans la saison 4.

Quant à Sloane, qui a tué Danny Hecht, premier fiancé de Sydney, il présente en prison ses condoléances à cette dernière pour la mort de Vaughn. Il faut vraiment le talent de Ron Rifkin pour faire passer de tels dialogues. Oscillant toujours entre bien et mal (bien qu’il soit le mal incarné), Arvin Sloane est un méchant tout en subtilité. Il pourrait inspirer des remarques comme  « Staline aimait bien son chien » ou «  Hitler était gentil avec sa mère ». Rifkin nous fait oublier dans de tels moments combien son personnage est monstrueux. Ce n’est donné qu’aux grands comédiens.

C’est maintenant que le feuilleton s’achève que Jennifer Garner se met à bien jouer. Un peu tard, quand même, mais l’on dit qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Elle arrête les jérémiades, atteint un jeu assez sobre.  Face à l’assassin du père de son enfant (draguer la dame n’est pas signe de longévité, après Danny , Vaughn), elle a une attitude qui la distancie de la boy scout qu’elle était. On dirait qu’elle prend du recul, qu’elle s’est calmée.

Grand atout de l’épisode, le comédien David Marshall Grant, formidable en Curtis, l’assassin de Vaughn. Dommage qu’il disparaisse trop vite.

Le chagrin qu’éprouve Sydney lors de la discussion avec son père est la meilleure scène de l’épisode. C’est bien écrit – curieusement, on ne dirait plus du J J Abrams – bien joué, rien à redire. Les personnages d’Abrams ne sont pas humains, mais Victor Garber et Jennifer Garner ici s’écartent de ces scènes surjouées ou mal jouées pendant quatre saisons. Ils donnent du réalisme à une série qui ne l’est pas.

La critique de Clément Diaz



…1...
confirme avec éclat les potentialités de la saison. Organisation fantomatique et impénétrable, Prophet Five instaure une atmosphère de menaces plus marquante encore que le Covenant. La traque de Curtis ne se relâche jamais. La succession de rebondissements et de scènes d’action de J.R.Orci fait la part belle au trio Sydney-Dixon-Weiss : chacun est complémentaire des autres. La formule du cliffhanger ne change pas pour Alias : toujours aussi excitant !

Sloane, en prison, semble définitivement passé du bon côté de la barrière. Le voir exprimer ses condoléances à Sydney qui a laissé de côté sa haine donne une scène touchante et rare. Curtis, campé par le majestueux David Marshall Grant, est un Big Bad qui a toutes les qualités requises : ironie, méchanceté gratuite, mégalo, joueur… Sydney a besoin de toute l’aide de Dixon et Weiss pour le vaincre. La scène chez Roemer juxtapose une excellente scène d’action avec la séquence d’interrogatoire, où Curtis tient tête avec une morgue insoutenable aux questions du trio. Quel splendide vilain ! Sydney quant à elle, a des envies de femme enceinte très particulières (défenestration de suspects). L’action a la part belle dans cet épisode, on ne s’ennuie pas lorsque notre Élodie Bouchez nationale - dans un déguisement de folie évoquant les plus colorés de Sydney - fait équipe avec notre héroïne pour une trépidante introduction. Et encore lors du règlement de comptes dans l’avion, et son rebondissement qui rend encore plus terrible cet invisible Prophet Five. Curtis sort de scène avec un suicide héroïque d’un effet spectaculaire. Le double twist final précipite Alias une nouvelle fois dans des contrées Fantastiques à faire trembler.

Thomas Grace fait son entrée, relativement anodine malgré sa bagarre initiale. Mais cette tête brûlée s’épanouira un peu dans les épisodes à venir. Les scènes d’émotion sont magnifiquement assurées par Jennifer Garner. Son personnage traverse depuis longtemps une crise de confiance, ne pouvant combler le vide laissé par la disparition de Vaughn, se mêlant à la joie d’être bientôt mère. Quel changement chez l’actrice ! Victor Garber, tout en sobriété, est une présence réconfortante. Ajoutons l’apparition de la toujours sensuelle Rachel Nichols. Tout marche dans cet épisode enlevé.

Les infos supplémentaires

Eric Weiss obtient une promotion et va travailler à Washigton.

Départ de Greg Grunberg (Eric Weiss) de la série. L’acteur souhaitant s’investir dans d’autres projets. Il ne reviendra qu’une fois : dans l’épisode Portée disparue. Michael Vartan s’absente temporairement de la série à partir de cet épisode, mais c’est toujours sa voix qui présente les flash-backs récapitulatifs des épisodes (« Previously on Alias »).

Nouveau changement de générique : cette fois, tous les acteurs réguliers sont représentés à l’écran, contrairement à Jennifer Garner seule dans la saison précédente. La musique de J.J.Abrams reste inchangée.

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3. DANS L'OMBRE
(THE SHED)

Scénario : Breen Frazier

Réalisation : Tucker Gates

Résumé

Sydney est inconsolable de la mort de Vaughn. Marshall apprend qu’une attaque a eu lieu à Instanbul dans un centre de produits toxiques russes pour le compte de Dean. Le nouvel équipier, Thomas Grace, ne plait guère à Sydney. Sloane bénéficie d’une libération conditionnelle.

La critique de Patrick Sansano



Idée saugrenue que de lancer en cinquième saison un nouveau personnage censé remplacer Vaughn. Balthazar Getty en Thomas Grace arrive comme un cheveu sur la soupe. Certes, on ne va pas regretter Michael Vartan (il n’est plus au générique). Mais Getty est insipide, comme Peter Lupus dans « Mission Impossible ». L’intérêt recherché par les scénaristes est d’opposer Thomas Grace à Sydney. Sloane, égal à lui-même, parvient à émouvoir Dixon en disant qu’il a sa fille comme caution et ne s’échappera pas. Sacré serpent à sornettes !. Rachel Gibson (Rachel Nichols) encore une nouvelle venue a suivi le chemin de Sydney dans un simili SD6. Malheureusement, elle n’a ni le charme de Melissa George, ni la beauté envoûtante de Mia Maestro. L’actrice ne semble pas concernée et  donne parfois l’impression de se demander ce qu’elle fait là .On dirait qu’elle traverse l’épisode sous Tranxen. Gordon Dean le méchant devient le Arvin Sloane du pauvre. Le vrai face à un homme décidé à le tuer réussit à parler et duper.

Comme toujours, Ron Rifkin tire son épingle du jeu, mais désormais Jennifer Garner dont le jeu s’améliore lui emboîte le pas. Elle n’est plus horripilante et la disparition de Vartan l’aide beaucoup. Notons aussi une grosse erreur des scénaristes, celle de gober sur le champ et de prendre pour argent comptant ce que raconte Rachel. On a connu la CIA plus méfiante. Ce personnage sert de faire valoir à Sydney qui joue les grandes sœurs protectrices et ayant vécu déjà le même enfer. D’autre part, la réciproque est vraie, Rachel croit trop vite tout ce qu’on lui raconte. Avec elle, nous revivons l’histoire de Sydney au SD6. Ce personnage godiche mais pas haïssable n’a aucune épaisseur, et semble fragile comme une poupée. Rachel Nichols s’est trompée de série, elle avait sa place toute réservée dans une série sentimentale pour ados genre le remake de «  Beverly Hills ».

« Alias » en revisitant le SD6 nouvelle manière commence à tourner en rond.

La critique de Clément Diaz



Les temps changent : moins d’action pour Sydney pour cause de grossesse (cela ne l’empêche pas de monter 10 étages à pied en deux minutes : magie du montage), et du coup, c’est Rachel Gibson qui est au centre. Après Syd et Nadia, c’est au tour de la jolie blonde de découvrir qu’elle travaillait pour les méchants, et qui doit immédiatement s’improviser agent double. Cette idée tourne au procédé : deux fois c’était limite, trois fois, on exagère. Heureusement, la double intrigue du jour est emballante : baptême du feu pour Miss Gibson, et duel psychologique pour Sloane, tout en introduisant le personnage de Kelly Peyton. La mécanique narrative de Breen Frazier s’accélère peu à peu, jusqu’à devenir oppressante dans le dernier tiers.

Errant dans sa solitude, Sydney est en pleine détresse. Le travail devient alors pour elle un moyen de tenir le coup, soit l’exact inverse quand elle était agent double. Bien calculé ! Selon une bonne vieille tradition, Sydney partage la défiance initiale du spectateur face à Grace, remplaçant de Vaughn, aussi fonceur que loup solitaire (la scène de la poursuite en voiture en donne une idée). Balthazar Getty est très bien dans le rôle, mais est engoncé dans un personnage monolithique. On a plus d’empathie pour Rachel Gibson, personnage fragile devant faire face à l’effondrement de son monde. La scène de révélation est très bien dialoguée, et n’a pas peur de prendre son temps. Sa peur et son abnégation mélangées sont visibles quand elle trahit Dean sous ses yeux. Mais le danger ne vient pas de lui, mais de la bonne copine, Kelly Peyton, auquel Amy Acker impose une fausse douceur très judicieuse. La scène où elle tombe le masque la rend aussi sinon plus redoutable que Dean, c’est dire ! Le suspense monstrueux de cette scène très longue est parachevé par une utilisation judicieuse de la pyrotechnie. Rachel Nichols est très convaincante, et on attend de la voir plus sur le terrain.

Sloane court après un remède pour sa fille. Seul son vieil ami Alexander (Jack Laufer, très charismatique) peut le lui donner. Le scénariste est très inspiré pour les scènes Dixon-Sloane, mais que dire du twist final, d’une intensité orageuse, dans laquelle Sloane fait face à la mort avec un courage impressionnant : une pépite Hitchcockienne, qui fait de cet épisode un nouveau rendez-vous à ne pas manquer.

Les infos supplémentaires 

Entrée en scène du dernier personnage principal de la série : Kelly Peyton, jouée par Amy Acker. Elle sera créditée à partir de l’épisode 10 au générique. Amy Acker fut une des candidates malheureuses au rôle de Nadia Santos.

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4. EN PÉRIL
(MOCKINGBIRD) 

Scénario : Drew Goddard

Réalisation : Frederick E.O.Toye

Résumé

Dans un casino, Sydney gagne au jeu. Elle fait diversion pour cambrioler et obtenir des archives. Rachel doit retourner à Prague dans son ancien bureau où ses collègues ont été tués. Le but est de dévaliser le compte de de Gordon Dean.

La critique de Patrick Sansano


On continuer de plagier James Bond avec l’hélicoptère qui aimante la voiture comme dans la poursuite de « On ne vit que deux fois ». Balthazar Getty nous épargne l’insupportable Michael Vartan, gnan gnan au possible. Mais il ne s’intègre pas du tout à l’univers d’Alias, pourtant reparti sur de bonnes bases au début de la saison 4 avec l’APO. Sans charme, nunuche, Rachel Nichols n’arrange rien à l’affaire. Enceinte, Jennifer Garner devient une sorte de « superviseur » plus qu’un agent. La scène où Rachel revoit le bureau avec les fantômes de ses collègues est toutefois bien agencée. Le suspense lorsque Rachel doit donner les mots de passe au questionnaire qui risque de coûter la vie à Dixon et Grace ne fait pas illusion longtemps. Rachel retrouve vite sa léthargie. Ron Rifkin, et c’est un comble, joue faux. Il semble en avoir marre de son personnage. Ce n’est pas le script qui est en cause, mais l’acteur. Où est son panache dans la scène du procès ? Jadis, Rifkin sauvait à lui seul « Alias », mais il semble s’être épuisé. Entre Rachel et Grace ne s’établit aucune alchimie.

C’est vraiment le combat de trop qui est livré avec cette saison 5. Depuis la saison 1, Jennifer Garner a gagné enfin en maturité, mais le fait que son personnage soit envoyé en mission enceinte est totalement improbable et injustifé. Si Rachel pourrait à la rigueur être la petite sœur de Sydney, qui peut croire qu’une créature aussi frêle et sensible ait pu faire partie ou croire faire partie de la CIA ? La fin de l’épisode est téléphonée. On dirait un colis mal ficelé que l’employé des postes laisse partir en sachant que c’est du travail bâclé. On se souvient qu' après un bon début, la saison 4 a fini en eau de boudin. Que pouvait-on espérer ensuite et pourquoi a-t-on entrepris une saison supplémentaire. « Alias » restera dans les annales de la télévision américaine comme une grande injustice, celle d’une série qui aurait à chaque fin de saison méritée l’annulation et que l’on a maintenue en sursis comme un humain sous respiration artificielle.

Dixon et Grace à la plage semblent sortir de la médiocre et justement oubliée série « Surfers detective ». Le niveau n’était pas bien haut et pourtant la série arrive à dégringoler plus bas. On peut aussi dire qu'Alias est devenue une série quelconque telles celles proposées par M6 à la moitié des années 90 comme "Los Angeles Heat".

La critique de Clément Diaz



Une fois acceptée la quadrature du cercle de la saison (la grossesse de Jennifer Garner incluse dans le scénario fait que nous avons un agent de terrain enceinte), l’épisode devient vite captivant. L’introduction d’un agent inexpérimenté, Rachel Gibson, apporte une touche de fraîcheur dans l’univers des agents de terrain assermentés. Les deux missions du scénario de Drew Goddard nous tiennent en leur pouvoir, particulièrement dans le dernier tiers, à suspense maxima. Le duo diabolique Dean-Peyton est suffisamment doué pour faire couler quelques sueurs froides. Le procès de Sloane est également très intéressant. Cette saison 5 a le vent en poupe !

Agent « d’arrière-garde », Rachel n’a pas l’expérience du terrain. Une vérité rentrant en conflit avec sa volonté d’être la plus active possible à l’APO pour réparer son allégeance involontaire à Dean. Rachel Nichols est très émouvante dans son dilemme. Gibson fait l’apprentissage difficile du vrai métier d’espion (sentiments à la corbeille, stress permanent). De ce côté, cette saison se dirige intelligemment vers une fin prévue à l’origine, avec le passage de témoin entre Sydney et elle. Une fin malheureusement passée sous silence à cause de l'annulation prématurée de la série. A Prague, elle doit revenir sur les lieux où moururent ses amis. La fenêtre ouverte sur les moyens tordus imaginés par les paradis fiscaux est également à relever, avec cette banque mouvante qui braque des flingues sur les clients, et au protocole paranoïaque.

Toutefois, c’est la deuxième mission qui nous intéresse le plus, avec Sydney en future maman bling-bling qui triche au casino. Mais le suspense explose à la puissance 1000 quand Sydney et Rachel sont toutes deux piégées dans une voiture suspendue à 60 mètres du sol !! Dean et Peyton dirigent la danse, et le suspense qui s’étire en longueur, fait se hérisser le poil ! Le dénouement sonne comme une libération, y compris pour le spectateur !

Sloane va bientôt être définitivement condamné, lui qui semblait avoir retrouvé le chemin de la rédemption. Mais on lui offre de faire un pacte avec le Diable (dont on ne sait encore de qui il prendra les traits) contre sa libération. On admire le personnage qui ne nie en aucun cas ses crimes passés, mais exprime son désir de changer. Aussi convaincant en repenti qu’en Big Bad, Ron Rifkin continue d’impressionner. Encore un épisode réussi !

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5. À L'AIR LIBRE
(OUT OF THE BOX) 

 

Scénario : Jesse Alexander

Réalisation : Jay Torres

Résumé

Libéré dans des conditions douteuses, Arvin Sloane veut être réintégré à l’APO. Un entrepôt de stockage de l’armée est attaqué en Allemagne. On apprend que Sloane a été blanchi de la justice par …Dean.

La critique de Patrick Sansano



Rien ne nous aura été épargné dans « Alias », ici dans le pré générique, Jennifer Garner ressemble à… Amélie Mauresmo. Sa scène avec Rachel Nichols où elle s’interroge sur sa future maternité, alors qu’elle est forte et musclée et l’autre fragile comme un papillon, est d’un esthétisme douteux. Marseille ressemble à un quartier glauque d’une grande métropole américaine. Quant à Elodie Bouchez, que diable est elle allée faire dans cette galère ? Balthazar Getty est une sorte de robot inutile sans âme, sans charisme, qui cachetonne. L’invité vedette Patrick Bauchau (« Le Caméléon », « Dangereusement vôtre ») qui joue le père de Renée/Elodie Bouchez, habituellement excellent, ne donne pas ici toute la mesure de son talent. Dans ce gâchis, Elodie Bouchez – très bonne comédienne – joue bien, ce qui relève de l’exploit. Saluons là le talent à l’état pur. Faire croire à ce rôle, à ce scénario inepte, sans être ridicule comme Getty, mérite d’être souligné. A cause de son état, Garner devient aussi peu crédible que Roger Moore dans son ultime James Bond.

Quant à Sloane, il devient l’otage de plus méchant que lui. C’est infiniment regrettable pour ce magnifique personnage de salaud intégral. Heureusement, à l’inverse de la somnolence irreversible de Rachel Nichols, Ron Rifkin se réveille et reprend rapidement sa place de meilleur méchant de l’histoire des séries américaines. Il lui suffit d’une scène, jouée toute en subtilité, avec un plan A portant sur l’émotion, un plan B sur la menace, pour redonner à Sloane ses galons.

Rachel Nichols joue tellement faux qu’elle devient une sérieuse prétendante pour le razzie de la pire actrice d’Alias. La distribution finirait presque par faire ressortir le fade Carl Lumbly comme un bon acteur. Kevin Weisman a l’air de s’amuser comme un fou en Marshall. Avec l’obstination qu’il a manifesté depuis le début, en tant que personnage inutile, ce clown pas drôle semble là uniquement pour meubler quelques minutes et obtenir la durée pourtant réduite de quarante minutes. Il met une conviction inquiétante dans son interprétation d’abruti total.   Episode en huis clos se passant plus dans un vieil immeuble de Manhattan qu’à Marseille, nous sommes tout sauf "à l'air libre". Tyrees Allen est un piètre méchant en Dean, qu’il incarne sans conviction comme un pantin. Enfin, la Corée du Nord est ranimée comme repaire des pires criminels de la planète. On se demande bien pourquoi ce régime totalitaire stalinien laisse vaquer à ses occupations une bande de savants fous et de criminels américains aux buts obscurs.

Le navire prend l’eau de toutes parts, mais ici les jeux de notre compatriote Elodie Bouchez et de Ron Rifkin sauvent l’épisode du naufrage total.

La critique de Clément Diaz



Jesse Alexander fusionne les deux intrigues de la saison (Prophet Five et situation d’Arvin Sloane) via un brillant twist promettant à l’avenir d'incommensurables conflits d’intérêts. En attendant, on applaudit le retour de Renée Rienne. La situation du jour est classique mais efficace : Syd, Thomas, Renée, et son père sont barricadés dans un immeuble cerné par des bad guys. Le scénariste n’évite pas quelques délayages, des instants d’immobilisme meublés par des dialogues pas toujours nécessaires. Mais la sauce prend, et il y’a bien sûr un double jeu là pour nous secouer.

Le très renommé acteur belge Patrick Bauchau met son talent au service de la série. Son duo avec Elodie Bouchez donne des dialogues en français assez étendus pour une série américaine. Renée est plaisamment trouble : tueuse à gages mais aux points faibles qui l’humanisent, avec notamment sa quête du père. Elle montre ici un visage frêle, sensible ; registre dans lequel Elodie Bouchez est irréprochable. Chaque personnage a une part à accomplir : Grace est l’homme d’action : sorties téméraires, attaques au culot, pour retarder l’ennemi. Sydney élabore des plans de bataille, Renée prend soin de son père, objet des convoitises de l’ennemi. L’impressionnant déploiement de forces de leurs adversaires donne un côté désespéré à la situation. Toutefois, le suspense ne prend pas tout à fait, car les menaces restent suspendues, on ne voit pas l’ennemi avancer. Tout est un peu trop suggéré. Certes, cela rend le coup d’éclat final… éclatant, mais tout ce qui a précédé est un peu mou. Le twist final est vraiment étonnant, débouchant sur un mexican standoff soit la formule de suspense frénétique par excellence. Dans Alias, la fin d’une mission est toujours climatique !

Sloane renoue avec ses démons. Pour satisfaire l’homme qui l’a libéré (twist !), il recourt à un bon vieux chantage des familles. Mais on sent qu’il a changé. Sloane fait chanter la sénatrice dans une séquence d’anthologie : chaque mot est du venin, il alterne poses caressantes et exigences tyranniques... quel numéro ! Mais on le voit aussi mal à l’aise, peiné, à l’idée de redevenir un Big Bad. Sloane ou la rédemption impossible, Ron Rifkin a tout compris à son personnage.

Les infos supplémentaires

Le générique de fin est réorchestré. Il a désormais une allure plus « JamesBondienne ».

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6. EN SOLO
(SOLO) 

Scénario : Jeffrey Bell

Réalisation : Jeffrey Bell

- You should've given me the disk.

- You were going to kill me anyway.

- Yeah, but I would have felt bad about it.

Résumé

Libre, Sloane devient l’otage de Dean qui le fait chanter. Redevenu directeur adjoint  de l’APO, il est téléguidé par Dean. La nouvelle mission est de retrouver un ingénieur, Janos Vak, qui se cache sur une plateforme pétrolière en mer de Chine. Rachel part pour sa première mission en solitaire.



La critique de Patrick Sansano



Sloane à force de trahir devient agent double, triple, quadruple, tout en travaillant pour son propre compte.

Zéro plus zéro égal zéro, ce qui s’applique aux personnages ainsi qu’aux acteurs  Rachel/Rachel et Balthazar/Grace. Qu’ils prennent de la place dans Alias a de quoi inquiéter sérieusement le téléspectateur parce qu’ils n’ont rien à dire. On en finirait par regretter certains disparus, mais non, il faudrait être masochiste pour déplorer l’absence de Vaughn. Disons que ce couple de remplaçants ne vaut guère mieux. Enceinte, Jennifer Garner n’est plus crédible en mission toute déguisée. Bon, Jennifer Garner ayant fait des progrès, on peut se dire qu’au bout de dix saisons Rachel Nichols saura enfin ce qu’est le métier de comédienne. Pour l’heure, elle est une téléspectatrice, regardant sur l’écran de contrôle de Marshall la mission de Sydney. On se met à trembler pour le sort de Sydney quand on voit que Marshall le confie à Rachel.

Parce que le critique n’est pas insensible, et que l’on vient de découvrir avec Rachel l’équivalent 2006 de la Venus Smith de la saison 2 des avengers (soit la cruche dans toute sa splendeur), on sera profondément émus par la scène où Sydney assise dans un fauteuil regarde une petite fille. Et il est vrai que Jennifer Gardner, à côté de la vision du néant qu’offre Rachel Nichols, voit sa cotte revue à la hausse.

Après un petit passage à vide, Rifkin redevient majestueux comme empereur du mal. Pour une fois, on apprécie Jack Bristow qui envoie dans une mission périlleuse Rachel. Allez, un petit effort Jack, débarrasse nous de la nouvelle Venus Smith ! Arvin Sloane obéit à Dean comme un lion prêt à dévorer son dompteur. C’est un régal malgré la médiocrité du comédien Tyrees Allen.

Alias nous donne envie d’aimer les méchants plutôt que les boy scouts gentils (Vaughn, Sydney) ou cruche insondable (Rachel). Face à Rachel, sur la plateforme, a lieu un combat avec Kelly Peyton (Amy Acker). Kelly est présente dans la série depuis l’arrivée de Rachel, mais c’est dans cet épisode qu’elle se révèle vraiment avec des scènes prodigieuses.

Kelly a choisi le côté obscur de la force, et contrairement à Rachel, elle sait les vrais buts de son patron Dean. Kelly, c’est un peu le retour de Lauren Reed. Infiniment plus convaincante qu’une Anna Espinosa, Kelly ressemble à un ange du mal. On lui donnerait le bon Dieu sans confession juste avant de se faire poignarder. Elle joue ici avec les sentiments d’une Rachel dépassée par les évènements. Enfin, on retrouve notre Nadia Santos, même si c’est pour une scène dans le coma. On mesure, en songeant à Rachel, l’étendue de notre frustration.

Si les scènes avec la voix de Vaughn et la présence de Sydney ne donnent pour une fois pas dans la mièvrerie, on se dit que Danny Hecht a été vite oublié. Il est pourtant à l’origine de toute l’histoire, et de la haine de Sydney pour Sloane.

Enfin, le réalisateur n’est pas charitable avec Rachel Nichols : ses scènes en prostituée sont d’un kitsch et d’une laideur qui donnerait presque au client envie de refuser l’offre.

La critique de Clément Diaz


 

On est libre d’aimer ou de détester le choix de la saison de déplacer son intérêt de Sydney à Rachel, prenant ainsi des accents de spin-off. Mais on ne peut que saluer le courage de la production à prendre de tels risques pour maintenir à tout prix l’innovation. Adonc, Jeffrey Bell envoie l’inexpérimentée Rachel pour une mission ultradangereuse sur le terrain ; gadgets, couvertures en plein délire… et bataille contre son ancienne meilleure amie inclus ! Sydney joue le rôle de grande sœur auprès de Rachel, qui peine encore à entrer dans le vrai monde des espions. Parallèlement, Sloane est en mode agent triple (!), son duo antagoniste avec Dean est tout en tension. L’épisode est excellent, mais souffre de quelques scènes parlées convenues.

Il est intéressant de voir Rachel prendre petit à petit de l’assurance. La première scène où Thomas la forme « à la dure », est difficile pour le personnage, qui doit délaisser toute morale. Sa complicité avec Sydney, sa « formatrice », est ce dont elle a besoin pour tenir le coup. La mission de Bombay est intelligemment écrite, entre humour inattendu (Dixon poursuivant la fiancée du général de déclarations d’amour enfiévrées), superbe exploitation de la grossesse de Sydney… et grosse vague d’inquiétude quand Rachel fuit devant un garde. On enchaîne à la mission en solo de Rachel, qui se fait passer pour une prostituée ! Son look est flashy et criard, contrastant avec sa terreur intérieure. La scène de Janos Vak, suinte d’un suspense débordant. Le gag des déviances sexuelles de Vak permet une simplification inattendue de la situation… re-compliquée quand l’impitoyable Kelly rentre dans la danse. Là, on se dit que Kelly va avaler toute crue sa pauvre ex-collègue (Amy Acker est d’une aisance confondante en tueuse sans conscience). Mais l’énergie du désespoir de Rachel permet un duel trépidant contre elle (toujours utiles les brosses à cheveux fabriquées par Marshall…). Baptême du feu réussi, scénario aussi.

Sloane est coincé dans une situation terrible : forcé de trahir les gens qu’il aime, il ne se prive toutefois pas de dire ce qu’il pense à Dean. Devenu un « gentil », Sloane n’en demeure pas moins inquiétant, et Rifkin un comédien surdoué. On finit sur une sorte de cliffhanger : il doit trancher un nœud gordien. Quelle sera sa décision ? Mystère…

Les infos supplémentaires

Amy Acker qui incarne Kelly est née en 1976. Elle est connue depuis son rôle d’Illyria dans « Angel », le spin-off de « Buffy contre les vampires ». On l’a vue au cinéma dans « Arrête moi si tu peux ». Depuis, c’est une habituée du petit écran : « Dollhouse », « Supernatural », « Person of interest », « Warehouse 13 ».

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7. FAIT ACCOMPLI
(FAIT ACCOMPLI) 

Scénario : Andi Bushell

Réalisation : Richard Coad

Résumé

Se faisant passer pour une riche donatrice, Sydney infiltre un musée avec l’aide de Renée Rienne. Mais elle tombe sur l’un de ses anciens professeurs d’université. Dean fait chanter Sloane qui est au chevet de Nadia. Mais désormais, Sloane sait que sa fille ne guérira pas.

La critique de Patrick Sansano


 

Vu sa grossesse, Sydney ne peut plus assurer les combats. Elle est remplacée ici par Renée, jouée par une Elodie Bouchez façon Nikita/Anne Parillaud.

Encore un pirouette du serpent Arvin Sloane qui avoue à Sydney et son père travailler pour Dean et propose de lui tendre un piège.

On ne peut qu’approuver (pour une fois) Marshall qui nous déclare : « Vous n’avez pas un sentiment de déjà vu ? Sloane était gentil au début, méchant ensuite, puis gentil, puis méchant , etc » »

La relation entre Sydney et Rachel tourne à une relation sœur/sœur. On en veut à Rachel de prendre la place de Nadia. 

Dans la scène du champ de courses, on retrouve l’atmosphère de la série « Mission Impossible ». Chacun des agents a un déguisement improbable qui tend plus à le faire repérer qu’autre chose !

Dans cet épisode, Rachel fait quelques progrès comme espionne. Le monde d’Alias voit toutes les valeurs inversées. Ainsi, Gordon Dean est torturé, et c’est Sydney qui joue le rôle du « réconfort » alors qu’il est responsable de la mort du père de son enfant. C’est un univers où l’homme qui a tué votre fiancé (Danny) se comporte en père, où le loup (Dean) suscite la pitié une fois torturé par les « gentils ».

A force de nager dans l’incroyable, on arrive à un stade de saturation où l’on ne sait plus situer la frontière du bien et du mal, on perd ses repères. Le mélange émotions (réalistes) et action (improbable) est trop fréquent, trop redondant, et le suspense, l'intrigue, finissent par lasser.

Dans Alias, bons comme gentils passent leur temps à faire des marchés : il n’y a plus de morale. C’est une sorte de jeu, une fois pincé, le vilain fait un marché. Tant que l’on n’est pas mort, on a toujours quelque chose à vendre. Ce monde là finit par donner le tournis. La série aurait été géniale en en faisant cent fois moins, mais en étant toujours sur le fil de l’exagération, on ne prend plus les choses au sérieux.

Amy Acker confirme tout le bien que l’on pense d’elle, et Rachel Nichols tout le mal, tandis qu’Elodie Bouchez est bien meilleure dans des œuvres plus ambitieuses.

Symbole de l’après 11 septembre, « Alias » possède un côté cynique que n’avait pas Jim Phelps et son équipe dans les années 60-70. Un aspect vraiment sombre et triste comme notre époque. A ce titre, la série, si elle n'est pas très bonne ni mémorable, n'a pas vieilli.

La critique de Clément Diaz



La martingale de la saison 5 se grippe à l’occasion de cet épisode. Déjà, Rachel n’est plus au centre, mais surtout, Andi Bushell termine l’arc Gordon Dean sans panache. Quelques idées absurdes, étirées sur un rythme moins soutenu qu’à l’habitude, ne fonctionnent pas ; la mission centrale est dénuée d’originalité. On sauve cependant le réveil (bref) de Nadia, la performance de Ron Rifkin, et la grandeur semblant infinie de Prophet Five, successeur avoué de l’Alliance.

Le prélude commence plutôt bien, avec la première mission Sydney-Renée. Élodie Bouchez fait montre de talents de combattante convaincants lors de sa mémorable baston avec le garde, pendant que Sydney rencontre... son ancien professeur d’université !!! Ça, ce sont les petites surprises-clin d’œil tant appréciées de la série. La mission de capture de Dean est une déception : le suspense ne s’active que bien tard, et se résout précipitamment sur une bagarre hâtive (en progrès, Rachel, en progrès). Mais ce qui douche vraiment l'enthousiasme, c’est lorsque Dean est amené à l’APO. La CIA a maintes fois montré ses méthodes d’interrogation musclées contre les criminels (le punching-ball Sark en sait quelque chose), alors pourquoi une méthode aussi ridicule et douteuse que le LSD ? On se croirait revenue aux premiers temps de la série avec une CIA aseptisée. Marshall s’agite beaucoup, mais sans résultat. La scène où Sydney « réconforte » Dean, est hors de propos, d’autant que Tyrees Allen, impeccable jusque-là, tombe dans un surjeu agaçant. Mais l’épisode s’achève sur une bonne note avec un effet de miroir évoquant Opération Tonnerre six (saison 1). De même que Sydney découvrait la grandeur démesurée de l’Alliance, l’APO découvre que Prophet Five est infiltré dans tous les grands gouvernements mondiaux. Encore un ennemi sans nombre à abattre. Et va falloir qu’ils se grouillent, il n'y a plus que dix épisodes !

La bataille de Sloane pour sauver Nadia prend le pas sur toutes ses erreurs passées. On peut voir tout son espoir quand elle se réveille, et son chagrin immense quand elle replonge dans le coma. Sloane a un mauvais destin : chaque fois qu’il sort d’un filet, c’est pour tomber dans un autre plus grand. On sent que ça finira mal (euphémisme).

Les infos supplémentaires

Lors de la séquence finale, une chanteuse reprend « Your song », le tube d’Elton John.

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8. AMOUR MORTEL
(BOB)

 

Scénario : Monica Breen et Alison Schapker

Réalisation : Donald Thorin Jr.

Résumé

Un homme commet un attentat dans un train pour la Sibérie qui carbonise tous les passagers d’un wagon. Sydney et Jack tentent en Angleterre d’avoir des informations sur Prophète 5 auprès du MI6 (L’Intelligence service). Le russe Lukas Basarov doit entrer en possession d’une bombe. Rachel est envoyée sur le terrain.

La critique de Patrick Sansano



En mission, Rachel est une catastrophe. Pas crédible une seconde, elle arrive (seigneur !) à nous faire regretter Sydney. Julian Sark, de retour, comme tous les vilains de Alias, nous donne à penser que la série aurait pu durer vingt saisons. Rachel remplace Sydney, dans Alias vingt ans après la fille de maman Gardner prend la relève. Le problème, c’est la perte d’audience, qui contraint J J Abrams a bricoler une fin. Alias étant un feuilleton et non une série, on peut dire que c’est « Sous le soleil » des séries d’espionnage. La qualité s’érode au fil des épisodes et des saisons.

Connaissant le danger potentiel que représente Sark, la petite brebis innocente Rachel ne va pas tarder à se mettre dans de beaux draps et ce au sens propre comme au figuré. Dans la réalité, Sark, massacré par Vaughn, devrait avoir le visage marqué mais tout se passe comme si de rien n’était. Rachel qui n’hésite pas à coucher avec l’ennemi (mais elle ignore à qui elle a affaire) doit perturber Sark, qui a l’habitude de Sydney qui promet, aguiche mais ne donne jamais. Pourtant, Rachel est quelconque, genre fille de « Melrose Place » ou de « Beverly Hills ».

Encore un hommage bondien : le chef du MI6 est une femme.

La cruche comprend la bourde qu’elle a faite. Quant à Sark, après tous les crimes et meurtres qu’il a commis, on le contacte comme si c’était un ami de la famille. On achète ses services. On le ménage. Nous sommes dans un monde qui a perdu toute logique

Désormais, Sydney ne peut plus se déplacer sur le terrain et Dixon le lui dit. Notons que Thomas Grace en est réduit à un simple comparse homme de main et passe désormais au second plan. L’attention est concentrée sur Rachel.

Celle-ci est aussi douée que Mary Goodnight dans le Bond « L’homme au pistolet d’or ». Pour désamorcer une bombe, on joue vraiment à la roulette russe avec elle.
Episode dont Sydney est majoritairement absente pour cause de grossesse. Ce n’est pas tellement qu’on la regrette, mais l’histoire est creuse comme une cervelle de candidat de télé réalité. L’ennui  s’installe. La lassitude aussi.

La critique de Clément Diaz



Bob
souffre de la faiblesse du postulat de base du duo Breen-Schapker : Rachel rencontre Sark en mission, chacun ignorant le véritable jeu de l’autre. Le lendemain d’une nuit passée ensemble, nos amis découvrent chacun qui est l’autre. Stimulante au départ, l’idée ne débouche finalement sur pas grand-chose. Pour mettre un peu de tension, Jack et une vieille amie sont enlevées par l’employeur de Sark, mission juste correcte. Mais voilà, Julian Sark est de retour ! Alors, on sort le pop-corn, et on regarde David Anders exécuter son numéro de traître gentleman, vantard, et décontracté. Son alliance étonnante avec l’APO, bien que pour des motifs purement pécuniaires, brouille encore plus la frontière bien/mal, déjà bien mise à mal depuis Irina et Sloane. Alias joue en virtuose sur ce thème, fidèle à sa réputation de faire perdre ses repères au fan, l’entraîner dans un délicieux tourbillon d’incertitudes.

L’étonnante intro rappelle la vision d’apocalypse de Firebomb (saison 2) avec incinération automatique de chair humaine. A part le fait que Rachel Nichols est toujours aussi fondante ; il n’y a pas grand suspense dans sa mission, notre espionne se contentant de se cacher quand Sark arrive, avant de reprendre tranquillement le boulot. La scène de séduction est riche de dialogues à double sens sur leurs vrais métiers, et leurs étreintes sont agréables à voir (Sark, tu as vraiment bon goût). Dommage que la scène de lit est gâchée par le soutien-gorge de l’actrice, mais bon, c’est une tradition américaine. Ceci dit, l’intrigue piétine. On a également du mal à prendre en sympathie la collègue de Jack, car on a à peine le temps de faire connaissance avec elle. Bon, on a bien un sursaut quand Masari, le méchant, lui flingue la main gauche, mais Masari lui-même ne bénéficie pas d’un temps de présence suffisamment important pour s’imposer. Les bonnes idées des scénaristes sont coincées dans un manque d’organisation.

Heureusement, l’imperator Sark remonte à lui tout seul la côte de l’épisode. Quelle élégance, quelle roublardise ! On adore son expression dénuée de surprise quand Rachel et Syd viennent lui faire coucou. Classe en séduction, il trahit son employeur sans aucun scrupule, ne montre aucune appréhension dans son double jeu, et fait preuve d’une grosse vantardise tout le long, même menotté à une bombe. Que ce soit Rachel la débutante qui doit désactiver ladite bombe est synonyme de roulette russe bien intense. Ah, et puis il y’a le final, quand Sark fait un auguste geste princier et galant, so british. Pour un peu, on le verrait comme un héros. Sark confirme sa grande valeur ajoutée à la série.

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9. L'HORIZON
(THE HORIZON) 

Scénario : Josh Appelbaum et André Nemec

Réalisation : Tucker Gates

Résumé

Sydney a des hallucinations où elle revoit Vaughn. Kelly Peyton assassine deux agents de la CIA et dérobe le dossier de Vaughn qu’elle remet au docteur De Santis, l’homme qui a pris l’apparence du père de Renée.  La mission de l’APO est de récupérer les dossiers volés. Sydney est kidnappée.

La critique de Patrick Sansano



Souvenirs, souvenirs. L’insupportable Vaughn est de retour dans les rêves de Sydney. Heureusement, le plan d’après, la plus jolie fille d’Alias, Kelly, arrive. Kelly, à égalité avec Renée, Lauren et Nadia,  sans oublier Jenny/Sarah Shahi - la petite amie de Will Tippin en saison 1 au rôle trop bref mais qui n’était pas mal du tout non plus – toutes ces dames  laissent  loin derrière Sydney , Rachel, Anna Espinosa voire Fran Calfo et son sosie tueuse.  Kelly, c’est une beauté fatale, mais quel magnétisme, quel charme vénéneux! Patrick Bachau est à nouveau en forme, ce qui n’était pas le cas lors de sa première apparition en diagonale dans la série. Enlever Sydney permet de continuer à faire jouer l’actrice a un stade avancée de sa grossesse, mais celle-ci a moins bien géré l’évènement que Gillian Anderson dans la saison 2 de X Files.

Il est fait fi de ce que le téléspectateur sait, à savoir l’aversion de Sydney envers son père, pour les expériences auxquelles il l’a soumise étant enfant, et lorsque nous voyons père et fille ensemble, quelque chose sonne faux. Jack semble un père idéal alors qu’il est haïssable. Les scénaristes pensent que le public d’Alias, submergé d’informationss et d’évènements, ne s’en souvient plus, c’est dire le respect qui est porté au dit public !

On maudit les lavages de cerveaux qui nous imposent Vaughn ! A quoi bon le tuer pour nous l’imposer dans des rêves et des flash back. C’est quelque part la preuve que Thomas Grace ne s’est pas imposé. Avec ce procédé, on a presque un épisode clip. L’héroïne n’est plus en état de jouer, alors on pioche dans les archives. La sauvagerie de Jack n’a rien à envier à Prophète 5 ou au SD6. On le voit trancher l’oreille de De Santis avec sadisme. Elodie Bouchez n’est pas vraiment assez dure pour le rôle, elle semble bien trop gentille pour exprimer la férocité de son personnage.

Si nous n’avons droit qu’à des retours en arrière parce que Jennifer Garner est enceinte, le reste de la saison va être pitoyable ! Et puis nous infliger à nouveau un Michael Vartan qui n’est plus au générique, quelle pitié ! Redonnez nous Lauren qui nous manque tant en fantôme si vous voulez faire revenir les morts. De plus, l’image des flash back est granuleuse comme sur une VHS usée jusqu’à la corde. Côté qualité de la photo, on se croirait dans « le projet Blair witch ». L’épisode centré sur les rêves rappelle celui du « Prisonnier » : « ABC » qui était loin d’être une réussite.

Pour peu qu’il ait eu une journée difficile, le téléspectateur qui regarde l’épisode risque de tomber dans la somnolence. En guise d’horizon, c’est un véritable somnifère et un appel à tomber dans les bras de Morphée. Et puis, le couple Vartan/Garner nous inflige à nouveau les geignardises que l’on croyait terminées. On a envie de dire à Sydney : « Et Danny, tu l’as oublié ? Il est pourtant la cause de ta haine de Sloane ».

Un épisode pour rien, dont les scénaristes ont volé leur salaire. Dans un épisode de « Walker Texas Ranger », le héros se retrouvait plongé dans le passé au Far West. Eh bien, nous en sommes tombés à ce niveau. C’est aussi mauvais que la série de Chuck Norris. Il ne transparaît aucune émotion à l’image, seule la musique de Michael Giacchino mérite d’être sauvée de ce fatras.

Chère, douce et magnifique Elodie Bouchez, ne t’aventures plus dans des terres où tu nous montres les limites de ton talent bien mieux exploité au cinéma que dans cette série savonnette. Il est pénible d’écrire cela mais elle joue comme un cochon. Devenue une « gentille », Renée perd toute crédibilité. Dans certains plans, arme au poing aux côtés de Jack, on dirait Marie Fugain dans « Navarro » !

L’identité du chef de Prophète 5 nous est révélée et ce n’est pas une grande surprise.

Il n’y a pas eu de saison 3 aux « Envahisseurs » de ce cher David Vincent, mais on se dit que ce n’est peut être pas plus mal : on aurait pu nous faire quelque chose comme la saison 5 de « Alias », et on en frémit d’horreur rien que d’y songer.

La critique de Clément Diaz



Le scénario de Josh Appelbaum et André Nemec repose sur une idée à double tranchant. Enlevée par Prophet Five, Sydney bataille contre une hypnose régressive pour ne pas leur avouer une information. L’épisode est un faux clip-show : on retrouve des extraits d’épisodes précédents, mais à chaque modifiés, avec des dialogues traduisant la lutte de Sydney contre le processus. Les scènes de souvenirs, accumulées, finissent par lasser, mais la tension demeure toutefois, avec le point de rupture de Sydney toujours en menace d’être atteint. Un double twist final couronne le tout, et la mystery box est à nouveau enclenchée : qu’est-ce que « L’Horizon » ?

Enceinte de huit mois, Sydney prend quand même l’avion pour dire bonjour à Renée. Que Jennifer Garner ait joué Electra au cinéma est finalement cohérent, on dirait vraiment une superhéroïne dans Alias ! Renée, tueuse au grand cœur, manque de panache. Elle a beau démolir un fourgon et tuer DeSantis (après un remake d'une certaine scène de Reservoir Dogs par un Jack énervé) ; à force de s’adoucir, elle finit par ressembler à Sydney qui a déjà une successeure (Rachel). Heureusement, Kelly Peyton/Amy Acker donne le change : effraction, flingues, strangulation, combinaisons de cuir (pas limitées aux bottes), elle est une lethal weapon humaine.

Sous l’effet de la drogue, Syd se souvient de moments avec Vaughn, le chef de Prophet Five cherchant une information qu’il lui a fournie... dans Opération tonnerre six ! On remonte loin ! Chaque scène d’épisode précédent met en scène Vaughn (en fait le subconscient de Sydney) encourageant Syd à tourner la page, à le « laisser partir » avant qu’il ne divulgue l’information. Toute à sa joie de le revoir, Sydney a du mal à se contrôler (comme Sloane voulant rester dans son paradis imaginaire dans In Dreams…). Les ruptures de ton, l’étrangeté des scènes sont fascinantes, mais leur direction aléatoire nuisent à l’ensemble. Le conflit entre réalité et imaginaire est toutefois bien rendu. Les plus finauds auront deviné le premier twist, mais comme d’habitude, les deux suivants le sont beaucoup moins ! L’échiquier des forces en présence s’agrandit soudain, nous sommes laissés sur le fil du suspense.

Les infos supplémentaires 

La participation de Michael Vartan à cet épisode est dû à un plébiscite des fans.

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10. PORTÉE DISPARUE
(S.O.S)

Scénario : J.R.Orci

Réalisation : Karen Caviola

Résumé

Une taupe à la CIA a intercepté le SOS de Sydney. Aussi, Jack Bristow décide de former une cellule de crise pour sauver sa fille sans que la CIA soit au courant. Eric Weiss de l’intérieur de Langley prête main forte au groupe. Un des sept dirigeants de la CIA est complice de Prophète 5. Jack apprend que sa fille est détenue sur un cargo en Atlantique Nord. Le chef de Prophète 5 est la mère de Sydney, Irina.

La critique de Patrick Sansano



Cette fois, l’APO attaque la CIA. Un peu comme si au sein de la DGSE française, une bande de pieds nickelés décidaient de s’autogérer en toute indépendance. Toute cette expédition ressemble à une farce de carabins. Enceinte jusqu’aux yeux, Sydney n’est plus du tout crédible une seconde dans les scènes d’action. On se demande si elle ne va pas accoucher en menaçant  Kelly. Le retour d’Eric Weiss est plus anecdotique d’autre chose. Tout au plus aide-t-il le groupe lors d’une péripétie. Nous nageons désormais en plein surréalisme.

Nous suivons la logique abracadantesque des précédents opus. Plus personne ne comprend rien dans Alias, mais tout le monde s’en fiche. On court, on prend des hélicoptères, et on réfléchit après. Le scénario est devenu une coquille vide. Il est vrai qu’à force de surenchérir dans l’incroyable, plus rien ne tient la route. Le script atteint l’indigence complète. Notons par exemple ce dialogue. Dixon retrouve Sydney attachée au fond d’un cargo, elle demande « Mon bébé va bien ? », l’autre qui n’en sait rien du tout lui répond « Ne t’en fais pas, ça va aller ».

Tant qu’à jouer, Jennifer Garner est maintenant sur des fauteuils et des civières. Désormais, ce n’est plus la seule Nadia qui joue alitée mais aussi Sydney. Cet épisode se déroule dans une confusion totale au point qu’il ressemble à ce qu’aurait donné le tournage durant une grève générale. La mise en scène en roue libre est inexistante, les comédiens, surtout Victor Garber qui s’agite dans tous les sens, semblent livrés à eux-mêmes. On comble les trous d’un scénario gruyère par des coups de théâtre de plus en plus improbables. Au lieu de répondre aux questions légitimes que le téléspectateur se pose, on échafaude une nouvelle intrigue à partir du tristounet Thomas Grace qui s’est tellement fait discret que l'on a oublié son existence.

C’est mal joué, mal filmé, mais l’important est qu’on livre un épisode de plus à la chaîne ABC. Alias a inventé la série fast food, sitôt consommée, sitôt oubliée.

La critique de Clément Diaz



Le scénario de J.R.Orci lance nos héros dans une course à l’abîme qui ne laisse pas en repos le spectateur pendant la première demi-heure. Cet épisode furieux, malgré sa proximité avec le finale de la série, continue de multiplier mystères et fausses pistes. L’incroyable invasion de la CIA par des agents… de la CIA est une des missions les plus réussies de la série (peut-être même la meilleure !). La recherche du traître haut placé donne des scènes au suspense cravaché, et le troisième acte, bien que plus modéré, maintient la tension sur les objectifs de Prophet Five, tout en ouvrant un arc sur Thomas Grace.

Sydney, sur le point d’accoucher, doit encore assommer des gardes, échapper à la fielleuse Kelly (Amy Acker est la révélation de la saison, indubitablement), jusqu’à ce que la nature la rattrape et la fasse s’effondrer. Mais en attendant, on est au théâtre avec les duels psychologiques entre les deux femmes, avec en prime un autre double jeu (on ne change pas les bonnes vieilles habitudes !). Jennifer Garner se donne tout entière pour assurer des scènes difficiles dans son état. L’invasion de la CIA par l’APO est un des plus grands moments de la série. Chaque membre de l’APO court, se cache, joue son rôle, dans un plan d’une ingéniosité formidable parfaitement chronométré. Transpirations en pagaille ! Une scène aussi forte voit les 7 directeurs de division de la CIA tous convoqués par Jack qui sait qu’une taupe est parmi eux. La tension explose totalement pendant cet affrontement dans lequel Victor Garber exacerbe au maximum la fureur et la violence de son personnage.

Le feu d’artifice n’a toutefois pas lieu, Prophet Five évacuant les lieux avant l’arrivée de la cavalerie. On se console avec ce nouveau mystère : pourquoi l’organisation terroriste s’intéresse-t-elle tant au bébé de Sydney ? Et pourquoi Thomas, face au meurtrier de sa femme, le laisse-t-il en vie et lui demande d’appeler le « Cardinal » ? Encore un double jeu ? Ou un règlement de comptes avec le passé ? Avec tant d’arcs ouverts, Alias lorgne déjà vers Lost, tout en maîtrisant avec soin sa mécanique. S.O.S. quoiqu’il en soit, compte parmi les sommets de cette dernière saison.

Les infos supplémentaires

Nous apprenons que Sydney est née le 17 avril 1975.

L’épisode nous permet de revoir James Handy dans le rôle de Devlin, que l’on avait perdu en cours de route.

On apprend que la femme de Thomas Grace a été assassinée et qu’il recherche le tueur pendant sa mission à l’APO.

Dernier changement de générique. Élodie Bouchez (Renée Rienne) n’est plus créditée au générique, devenant simple personnage récurrent. Elle est ici créditée en tant que « spécial guest star »… mais c’est une erreur car elle n’est pas présente dans cet épisode ! Amy Acker (Kelly Peyton) est créditée au générique après cinq épisodes en tant que personnage récurrent.

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11. INSTINCT MATERNEL
(MATERNAL INSTINCT)

Scénario : Breen Frazier

Réalisation : Tucker Gates

Résumé

Irina Derevko achève froidement Jeffrey, la taupe de la CIA. Il semble exister une autre taupe à la CIA, mais l’APO ignore que Sloane trahit encore cette fois pour sauver sa fille. Irina se rend auprès de Sydney.


La critique de Patrick Sansano



Dans Alias, les méchants se comportent comme les gamins d’une école maternelle. Ils sont méchants, se repentent, sont punis mais font des promesses de redevenir gentils, puis récidivent. Régulièrement, Sark, Irina, Sloane, se repentent. Puis redeviennent les ennemis numéros uns de la planète et du monde civilisé, c'est-à-dire des USA. Combien de fois Irina s’est elle repentie ? Quant à Sydney, comment tient elle encore debout à ce stade de la grossesse ? Dixon lui fait d’ailleurs la réflexion.

Lena Olin revient faire ses minauderies devant Jennifer Garner. La comédienne est devenue une caricature de ce qu’elle était lors de sa première apparition dans la série (début de la saison 2), ce qui n’était déjà pas brillant. D’ailleurs, chacun des comédiens semble s’ennuyer. Revoir la famille Bristow complète  est pathétique tant les trois acteurs jouent faux. A ce stade, il n’y a plus rien à sauver dans Alias.

Thomas Grace et Rachel débitent des banalités sur la mort de la femme de l’agent. Jack dit qu’il va retuer son ex femme. En fait, les gentils n’ont pas compris qu’il faut couper la langue des méchants, car ils s’en sortent toujours en parlant et en professant des mensonges à chaque fois plus énormes. L’humour devient ici involontaire, par exemple lorsque Sydney a des contractions ce qui empêche Jack de rendre sa fille orpheline. Ce qui pourrait relever de la Comedia dell’arte ailleurs tient ici du très mauvais feuilleton. On a déjà vu cent fois cette scène, Irina essayant d’aider ceux qu’en fait elle a tenté de tuer.

On a atteint un tel niveau de médiocrité que plus personne ne peut réanimer Alias, même pas Ron Rifkin. La platitude des propos échangés est abyssale. « Hélène et les garçons aux pays des espions » ne serait pas pire. La saison 5 d’Alias est du vide télévisuel fimé. Grande révélation d’Irina : « Je n’ai jamais voulu avoir d’enfant ». On s’en serait douté. Puis, Irina se repend à nouveau. Tuez là tout de suite s’il vous plaît. Ah et puis, le cliffhanger est affligeant.

Comment une telle ânerie a pu tenir l’antenne cinq saisons, c’est là le vrai mystère d’Alias, bien plus que le secret de Rambaldi.

La critique de Clément Diaz



Plein retour d’Irina Derevko ; on était prêt à sabler le champagne, semble-t-il ! Patatras, c’était sans compter sur Breen Frazier qui commet le crime de détruire tout le personnage, en la réduisant à une mère traîtresse incapable d’amour ; soit l’inverse de la savante ambiguïté qui faisait son charme. Conséquence : toute la mission déjà catastrophiquement écrite voit son intérêt réduite à néant. L’accouchement de Syd tombe au plus mauvais moment, médiocrement filmé, et est d’une niaiserie absolue. Seul le cliffhanger, un des plus spectaculaires de la série, est à sauver.

Devlin, le directeur de la CIA, paralyse l’APO par ses investigations. Ses membres doivent donc faire le système D pour effacer toutes les traces compromettantes de la mission illégale des Bristow. A ce titre, Rachel et Sloane par leur duperie improvisée, et Dixon et Renée par leur méthode très efficace pour faire parler un suspect (en voilà un qui prendra plus de voiture de sitôt) décrochent les meilleures scènes.

Tout cela n’est qu’anecdotique tant l’intrigue des trois Bristow (quatre désormais) est un massacre total (accent italien contrefait compris, digne des pires nanars). Une fois sa trahison éventée, Irina se perd dans des dialogues abscons, révélateurs d’une personnalité n’ayant plus rien à voir avec ce que l’on savait d’elle. Le personnage surjoue son côté méchant. La scène où elle balance horreurs sur horreurs à sa fille en train d’accoucher constitue un bel exemple de cruauté gratuite, sans justification. Tout le personnage est trahi, rendant la mission d’une stupidité sans limites. On en rajoute avec Rambo, euh avec Jack démolissant à lui tout seul l’équipe de Kelly - qui nous gratifie d’un délirant tir de bazooka - ainsi que Kelly elle-même (Amy Acker est toujours en grande forme). C’est précipité, pas crédible, c’est le niveau zéro de la série. Avec la longue scène de l’accouchement, on atteint un summum dans la crétinerie, une des plus funestes ruptures de ton dans un épisode. On termine sur une bonne blague d’Irina, et le cliffhanger qui brouille une fois de plus les cartes de la série. Insuffisant pour faire oublier un tel passage à vide.

Les infos supplémentaires

La sublime Amy Acker est désormais présente au générique de début. Mieux vaut tard que jamais.

Superbe erreur de la VF : dans les crédits post-générique, Drew Goddard est mentionné en tant que « productrice »… sauf que c’est un homme !

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12. L'ÉLUE 
(THERE IS ONLY ONE SYDNEY BRISTOW)

Scénario : Drew Goddard

Réalisation : Robert M.Williams Jr.

Résumé

Vaughn est toujours vivant dans un monastère en Asie. Sloane rejoint l’Alliance dont les membres se montrent à visage découvert. Sydney a eu son enfant, une fille, Isabelle. Grièvement blessée dans l’épisode précédent, Kelly est en pleine santé et vient proposer un marché à Anna Espinosa qui croupit en prison.


La critique de Patrick Sansano



Bradley Cooper depuis son départ d’Alias est devenu une vedette de cinéma. On se demande bien pourquoi il a accepté de revenir jouer Will Tippin. Comme Rachida Dati, Sydney est une adepte des congés maternité abrégés. A l’exception de Lauren et Fran, tous les morts ressuscitent. Mieux vaut prendre le parti d’en rire. L’heure est aux grandes déclarations du style de celle de Sydney à son bébé : « Je veux juste rendre le monde plus sûr pour que tu puisses vivre plus tranquille le reste de ta vie ». Après Marx et Nietzsche, le troisième grand choc du critique aura été Sydney Bristow. En 1980, un livre prétendait que Jim Morrison était toujours vivant, et l’on entend ici « Riders on the storm ». Que peut-il arriver désormais dans Alias si ce n’est d’apprendre que Morrison sort chaque nuit de sa tombe du père Lachaise, que le Président Kennedy n’a jamais été assassiné – ce devait être sa doublure – qu’Elvis est toujours vivant et que Nessie, le monstre du Loch Ness a décidé de se cacher au fond du loch pour mieux faire apprécier son come back en 2033, cent ans après sa première apparition.

Alias est devenu un monument de bêtise. Ce n’est même pas de la science fiction qui respecte elle des codes.

Ici, on a greffé une bombe dans la tête de Will Tippin. Anna Espinosa peut ainsi continuer à garder la main. La page 47 d’un ouvrage de Rambaldi servira de monnaie d’échange. A l’heure du débat sur la vente libre du canabis en France, on se rend compte que les scénaristes d’Alias n’ont pas attendu cette loi pour fumer avant d’écrire. Les suspenses sont devenus du style « J’arrête la bombe qui est dans ta tête trente secondes avant l’ultimatum ». C’est de la mauvaise bande dessinée dont ni Marvel ni DC Comics n’oserait proposer les planches.

Bradley Cooper devenu bankable au grand écran devrait passer sous silence sa participation à Alias.

Quant aux cliffhanger, c’est la compétition pour faire le plus idiot possible.

La critique de Clément Diaz



Le fait de devoir terminer sous peu la série a-t-il découragé les scénaristes ? La cinquième saison est bardée d’atouts narratifs, mais ils ne parviennent plus à en exploiter un seul. Pour fêter le 100e épisode, Drew Goddard convoque deux revenants : Will Tippin et Anna Espinosa, mais dans une intrigue risible, entre scènes mièvres et suspense de série B. Confrontée à son annulation prochaine, Alias cesse subitement de développer de nouveaux horizons (Rachel et Tom font tapisserie), et pour trouver un finale faisant le lien avec les cinq saisons, se voit obligée de revenir aux sources Rambaldiennes, laissées en sommeil depuis le finale de la saison 4. There is only one Sydney Bristow est en fait l’épisode de transition, celui qui va lancer l’arc final de cinq épisodes du deuxième « projet ultime » de Rambaldi. Une transition avouons-le très ennuyeuse, mais qui montre que les auteurs savent où ils vont.

Pour sa dernière apparition, Gina Torres nous montre le plaisir communicatif qu’a Anna à lutter contre sa meilleure ennemie (ah, son traditionnel baiser sur la vitre !). Bradley Cooper est toujours aussi charmant, mais son personnage est beaucoup moins bien exploité que son précédent retour dans Remnants (saison 3). Il est ici une simple victime, un McGuffin, soient des adieux à la série bien pitoyables pour lui. Le scénario est un gigantesque pétard mouillé : la mission de Minsk enchaîne les situations routinières en mode automatique, on retient juste la baston Anna-Sydney-Will. Sloane rencontrant la Nouvelle Alliance qui paraît bien fadasse ne sert juste qu’à répéter ce qui a déjà été dit dans la première scène. Toutes les scènes de Sydney avec son enfant s’enlisent dans la guimauve (malgré une Jennifer Garner plus juste dans son jeu). Il n’y a cependant pas à s’étonner si Kelly paraît frais comme un gardon : un mois s’est déroulé entre les deux épisodes, elle a eu le temps de récupérer.

L’éblouissante Anna ne peut pas grand-chose pour sauver la lamentable intrigue du train, qui abuse de grosses ficelles (Will arrive pile au bon moment, Syd retrouve le détonateur dans l’eau). Le spectacle de Sydney roulée dans un fluide rouge donne plus à rire qu’autre chose. Le cliffhanger est prévisible, avec le procédé usé jusqu’à la corde du projet Hélix (encore !). Un échec sur tous les fronts.

Les infos supplémentaires

Will Tippin dit ne plus avoir vu Sydney depuis deux ans. Il va se marier, mais avec une peintre et non avec la ravissante Jenny.

Dernière apparition de Gina Torres (Anna Espinosa). Anna est toutefois présente dans les deux épisodes suivants, grâce au projet Hélix.

L’enfant que Jennifer Garner a eu le 1er décembre 2005 du comédien Ben Affleck s’appelle Violet Rose.

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13. 30 SECONDES
(30 SECONDS)

Scénario : Alison Schapker et Monica Breen

Réalisation : Frederick E.O.Toye

Résumé

Sydney dans un train a été  aspergée par un produit chimique qui a été récupéré par le groupe Prophète 5.  Cela  a servi à transformer le visage et le corps d’Anna Espinosa en parfait sosie de Sydney.  Pour sauver sa fille avec une invention de Rambaldi, Sloane doit provoquer l’arrêt du cœur de sa fille Nadia. Il lui injecte l’antidote et elle revient à la vie.

La critique de Patrick Sansano


Bond/Pierce Brosnan disait dans « Demain ne meurt jamais » à Elliot Carver : « Votre télévision nous met déjà suffisamment à la torture ». Il devait sans doute parler par anticipation d’Alias ! Plus que cinq épisodes avant le dénouement.

Cette fois, contente que sa sœur soit revenue parmi les vivants, Sydney défend Sloane. Il est dommage que la saison 5 soit passée par une tornade d’invraisemblances qui tuent désormais toute émotion.

Dans Alias, un type préfère se pencher sur un vieux papier de 500 ans plutôt que de coucher avec Elodie Bouchez. Dans Alias, on peut être transformé en zombie mort vivant avec les yeux rouges, il suffit qu’on vous tue et vous administre une piqûre pour que vous redeveniez comme avant. Ce n’est pas de la science fiction, c’est du J J Abrams. Lorsqu’il n’y a pas de porte dérobée pour fuir, on peint les contours d’une porte et on fait exploser le mur qui découpe l’équivalent d’une porte. A force de prendre des vessies pour des vessies, on voit des lanternes partout. On ne serait pas étonné outre mesure de voir des fers à repasser volants et des éléphants roses surgir dans le décor.

Arvin Sloane, dans les épisodes récents, a trahi l’ APO et tout sacrifié pour sa fille, et le voilà reparti à la recherche du temple du soleil, comme Tintin.  Enfin du trésor de Rambaldi, c’est pareil. La construction du personnage a été destructurée. On n’y croit plus.

Ron Rifkin, Elodie Bouchez, Mia Maestro ont du talent, on note leurs noms, on les reverra ailleurs. Ainsi le double drame qui survient dans cet épisode, nous privant de deux merveilleuses comédiennes, ne parvient pas à nous émouvoir. Trop de balises ont été dépassées, les vagues de l’océan ont effacé sur le sable la belle histoire  que certains ont tenté d’écrire. Alias n’est plus qu’un produit hybride, recyclage de multiples choses vues ailleurs en mieux. Arvin Sloane se comporte comme un pantin ayant perdu la raison. A partir de bases qui n’étaient pas mauvaises dans le pilote de la saison 1, et d’un retour en grâce en début de saison 4, le récit qui ne peut ni se rattacher aux sagas de la science fiction face Stargate, Star Trek ou Star Wars, ni aux as de l’espionnage comme James Bond, a fait définitivement sombrer l’édifice. Il ne reste plus qu’une chose à faire : arrêter le massacre et annuler la série.

La critique de Clément Diaz



Le finale de la série commence véritablement ici. Les ténèbres envahissent l’épisode, avec la mort de deux personnages importants. La marche vers la catastrophe est inéluctable. On le sent non dans l’intrigue insipide pondue par le duo Schapker-Breen, qui file à la vitesse d’une tortue handicapée, mais dans le personnage de Sloane. Le Destin est d’une dureté terrible pour ce personnage qui a cru jusqu’au bout à sa rédemption : le drame injuste qui le frappe le fait définitivement basculer dans la folie ; il est redevenu l’esclave de Rambaldi. C’est pour les splendides performances de Ron Rifkin et de Mia Maestro que l’on regardera l’épisode.

Le Big Big Bad des premières saisons est devenu la victime d’un destin qui lui refuse pardon et rédemption. Il a joué sa vie, sa liberté, son honneur, a mis de côté son funeste appétit pour Rambaldi, pour sauver sa fille chérie. Ce retournement a beau être surprenant, il a été savamment amené par les auteurs et par le talent du comédien. Son coup de poker initial, à deux doigts d’être gâché par Jack, instaure une vraie tension, même si le spectateur sait que Rambaldi ne peut qu’avoir raison et n’est pas surpris du réveil de Nadia. Au terme de tels changements, voir Nadia se désintéresser de lui est un coup qui le blesse profondément, et le pousse à revenir à Rambaldi. Le revirement de Nadia sera hélas tardif, et mène à l’horrible séquence de la page 47, au sadisme violent. Double peine : aucun de ceux que Sloane aime ne saura qu’il avait vraiment changé, ils croiront qu’il aura été pourri tout le long. Sloane, perdu, passe de l’autre côté de la barrière, moins par méchanceté que par instinct de survie : il doit trouver une raison à l’événement qui sans quoi le traumatiserait définitivement. Cette raison, c’est la deuxième quête ultime de Rambaldi, qui le mènera à sa perte. Mia Maestro est bouleversante à chaque scène, tandis que Rifkin met à nu son personnage avec son succès habituel. Son revirement final n’en est que plus fort.

Le reste se noie dans des allers-retours mous, des scènes guimauve avec Nadia et le bébé de Sydney (les bébés, fléaux éternels des séries télé), une quasi absence d’action. Élodie Bouchez se force beaucoup pour jouer la femme fatale, mais y parvient quand même. La scène d’invasion de Koller renoue avec la dinguerie passée de la série. Mais tous les allers-retours des membres de l’APO n’aboutissent qu’à des actions sans effet, ou des dialogues stériles. Toutefois, il est clair qu’Alias s’engage dans la dernière ligne droite, avec l’élimination choquante d’un personnage en pleine mission. Un scénario médiocre, sauvé par Sloane et quelques moments-chocs.

Les infos supplémentaires

Nadia nous révèle qu’elle est restée 12 mois dans le coma.

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14. SIXIÈME SENS
(I SEE DEAD PEOPLE)

Scénario : Andi Bushell & J.R.Orci

Réalisation : Jamie Babbit

Résumé

Nadia a jeté au feu la page 47 de Rambaldi. En poussant sa fille pour récupérer l’artefact, Sloane l’a tuée accidentellement, la  jeune femme s’étant plantée le verre d’une fenêtre dans le cou. Se trouvant face à celle qu’elle a prise pour Sydney, Renée a été égorgée par Anna Espinosa. Sloane vite consolé de la mort de sa fille a rejoint Prophète 15. Renée avait dans son corps une puce contenant le vrai nom de Vaughn.

La critique de Patrick Sansano


Positivons : Elodie Bouchez a quitté la galère. Certes, elle va avoir la mauvaise idée de jouer dans « The L Word », mais au moins nous allons retrouver cette ravissante et talentueuse comédienne dans des films censés. Ce qui semblait « vraisemblable » dans « Chapeau melon et bottes de cuir : Interférences » avec Christopher Lee et son double est stupide ici. Il y avait déjà assez d’une Sydney, en voilà deux, avec en plus la même voix (en VF). On peut dire ce qu’on veut de Gina Torres, elle était crédible en méchante, pas Jennifer Garner. Quant à la résurrection de Vaughn, on s’en serait allègrement passé. Pourquoi ne pas avoir gardé le personnage mort et marié Sydney avec Will Tippin ?  La distribution se vide des bons comédiens, ne nous laissant qu’Amy Acker et Ron Rifkin. Le face à face Jennifer Garner vs Jennifer Garner est ridicule.

Avec son talent très limité, Michael Vartan n’est pas convaincant une seconde au Népal en Lazare retrouvant sa dulcinée (en fait Espinosa). C’est non seulement mal joué mais pitoyable. Adorable en méchante, Amy Acker compose une Kelly cruelle et le doit à un personnage bien écrit.

Magnifique scène entre le fantôme de Nadia et Sloane. C’est la seconde fois, après son épouse Emily, que l’homme est confronté à un spectre d’un être cher. Mais Nadia (pour notre plus grand plaisir, il en reste peu dans Alias), est plus longuement présente.

A aucun moment, le sosie de Sydney ne provoque la terreur comme celui de Fran jadis. Jennifer Garner ayant fait des progrès en Sydney, on lui demande ici l’impossible. Une comédienne plus confirmée confrontée à un script stupide n’aurait pas forcément fait mieux.  Le procédé qui fait que des microfilms, puces et autres soient contenus dans le corps de gens à leur insu a vécu. C’est du réchauffé.

Les vraies retrouvailles Vaughn/Sydney n’ont absolument rien de bouleversant.  L’apparition de Sark ne nous surprend pas. Un épisode interminable. L'émotion est aussi palpable que le froid papier glacé de "Jours de France".

La critique de Clément Diaz



Alors qu’elle parcourt les derniers mètres, la série retrouve son énergie. Le scénario d’Andi Bushell et J.R.Orci (définitivement un des meilleurs scénaristes de la série), est une grande course-poursuite à perdre haleine reposant sur Vaughn, en danger d’être tué à tout instant par Anna Espinosa dès qu’il ne sera plus utile. De son côté, Sloane achève sa transformation en génie du mal irrécupérable, rendu fou par la mort de sa fille et Rambaldi. Les apparitions d’un fantôme sont classiques dans une série américaine (y compris celles non-fantastiques, comme Dallas et Californication), et celles de Nadia inspirent à la fois fascination et frissons.

L’épisode capitalise beaucoup sur les efforts d’Anna Espinosa en Sydney dans le but de leurrer Vaughn. Il est certes agaçant de voir Anna brûler la voiture de Sydney sans vérifier sa mort ensuite, permettant à notre héroïne de la poursuivre ; mais on est vite happés par la machine à suspense. Chaque étreinte entre Vaughn et la fausse Sydney rend mal à l’aise. L’idée certes pas nouvelle, mais toujours délirante des puces se trouvant dans les corps de Renée et Vaughn, outre qu’elle permet une opération chirurgicale qui fait trembler, prolonge avec succès la tension. La résolution à Hambourg, lorsqu’Anna met en joue Vaughn, entraîne un duel mortel dans lequel nous voyons « Sydney » et Vaughn combattre mortellement (bien plus fortement que dans Nocturne). On ne peut s’empêcher de rire en sachant comment Vaughn a eu des soupçons : une idée qui n’est pas sans rappeler celle de The hungry goblin, le dernier roman de John Dickson Carr. C’est là qu’on se rend compte que finalement, c’est très difficile d’imiter l’amour de quelqu’un… Certes, Sydney et l’APO retrouvent Anna assez miraculeusement, mais il en faut plus pour ne pas être pris dans la tornade.

Sloane, consumé par Rambaldi qui lui a tout pris sur cette Terre, est méconnaissable. Il est redevenu un méchant sans foi ni loi, qui dépasse en noirceur tout ce qu’il a pu nous offrir jusque-là. Il n’agit pas comme un fou, mais il est visible qu’il l’est. Ses regards, ses paroles qu’il adresse à une Kelly Peyton impressionnée, font aussi peur que son dialogue avec le fantôme de Nadia. Mia Maestro change totalement de registre ; outre qu’elle est vraiment sexy dans sa robe noire, elle incarne la mauvaise conscience de Sloane, le poids de tous ses crimes. Elle lui parle d’un ton dur, grinçant, ironique, avec un sourire qui fait mal à chaque fois. Sloane, enfermé dans sa démence, n’est pas atteint par ses piques acerbes. Leur duel spirituel est éprouvant et terrible à la fois. Son double jeu, au demeurant prévisible, paraît donc bien anecdotique à côté. Ron Rifkin repousse encore les bornes de son jeu, ce qu’on aurait pas cru encore possible. Quelle performance ! Et puis, hourra, Sark est de retour et devrait jouer pleinement son rôle lors des épisodes finaux. Le cliffhanger est excellent, Sydney plongeant gaîment dans la gueule du loup. Avec autant d’atouts, Alias se dirige vers une sortie certes accélérée, mais bien digne de tout ce qu’elle nous a apporté. Tout juste regrettera-t-on que l’annonce de l’annulation de la série ait mis sur la touche le duo Rachel-Thomas (et Renée dans une certaine mesure).

Les infos supplémentaires

Vaughn démasque définitivement Anna car cette dernière ne savait pas que lui et Sydney ne sont jamais allés à Carthagène… sauf qu’ils y sont bel et bien allés dans 48 heures (saison 2) ! Messieurs les auteurs, relisez-vous !

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15. SANS RANCUNE
(NO HARD FEELINGS)


 

Scénario : Sam Humphrey

Réalisation : Tucker Gates

Résumé

In extremis, Sydney a sauvé Vaughn en tuant Anna Espinosa. Sydney rejoint Kelly en se faisant passer pour Anna. Sloane trahit Prophète 15 avec Sark. Marshall pense que Thomas Grace est un traître. La prophétie de Rambaldi continue à Rome dans un monastère.

La critique de Patrick Sansano

 
Nous apprenons que Jack Bristow a organisé la fausse mort de Vaughn pour le sauver. Ce n’est pas l’idée la plus brillante qu’il ait eu. Sans le père de Sydney, nous serions (peut être) débarrassés de ce personnage stéréotypé.  Bon, Vaughn est de retour, ce qui souligne l’inutilité totale du tandem Rachel/Thomas qui d’ailleurs n’a pas réussi à s’imposer. Le fait que Thomas soit ou non un traître nous laisse froid. De toute façon, la cruche Venus Smith 2006 Rachel est toujours aussi transparente. La série sent le brûlé et l’annulation est imminente.  David Anders ne manque pas de répartie et il aurait fait un excellent Vaughn. Cela restera une belle erreur de casting.

Le script ne suit aucune cohérence. Rambaldi a caché une fleur dans un endroit qui depuis sa mort a été transformé en pénitencier. Que l’artefact ait résisté et soit encore trouvable est impossible. Autant Rifkin était crédible en sacrifiant tout pour sa fille, autant son attitude actuelle mériterait une interprétation de fou halluciné. Mais n’en voulons pas à ce grand comédien. C’est son 103e épisode en Sloane et il en a marre. Nous aussi. Toutes les scènes dans la prison relèvent de l'incroyable. On y entre et sort comme dans un moulin. Les scénaristes sont partis laissant les comédiens improviser. Bad Robot sous estime les prisons romaines qui ayant accueilli ou accueillant toujours la mafia, la Camora et les brigades rouges sont autrement plus sécurisées.

Cet épisode a tout du Da Vinci Code. Rambaldi évoque Nostradamus et autres illuminés. Dan Brown étant passé de mode, la série a pris un sacré coup de vieux.  L’intrigue secondaire sur l’assassinat de la femme de Thomas Grace ne nous sort pas de notre léthargie. A force de croiser les arcs scénariques, on obtient une confusion générale. La partie familiale du couple Sydney-Vaughn sonne le glas de l’aventure. On comprend que cela va être leur avenir. Imagine-t-on le couple continuer à jouer aux indiens aux quatre coins de la planète avec perruque, fausse barbe, écouteurs et instructions de Dixon et Marshall ?

La critique de Clément Diaz



Peu à peu, le puzzle infernal de Rambaldi s’emboîte avec une précision mortelle. Sloane est une bombe à lui tout seul : fureur, démence, excitation, douleur… il donne un poids géant à l’intrigue. Samantha Humphrey mène l’action avec vivacité, mais ne peut éviter quelques facilités dommageables. Quant à l’intrigue secondaire de Thomas et Rachel, elle est un piètre lot de consolation pour les personnages : plus tôt dans la saison, on aurait pu s’y intéresser, mais l’attention du spectateur s’est déportée sur Rambaldi, et il n’a donc plus envie de s’intéresser à la vengeance de Tom, malgré les excellents Rachel Nichols et Balthazar Getty.

Après une course-poursuite remplie d’émotions fortes (Kelly détruisant l’émetteur, Marshall piratant le feu rouge), le spectateur suit avec plaisir les confrontations de Sydney contre Sark et Sloane qui croient avoir à faire avec Anna. Avec Sark, on est dans des allures de comédie : il sert encore de punching-ball. David Anders est toujours aussi régalant en vilain flegmatique, qui fait les actions les plus folles comme s’il faisait des courses : qu’il fasse sauter un café, ou fasse semblant de s’empoisonner, c’est toujours avec son style inimitable. C’est d’ailleurs lui qui a la réplique de l’épisode (Tu as de la chance que je reste pas longtemps, sinon je t’aurais arraché la langue et étranglé avec !). Jennifer Garner continue son double rôle avec entrain, mais son personnage commet l’erreur de sous-estimer l’affection que Sloane avait pour elle, en prétendant avoir tué Sydney lâchement. Sloane, furieux que celle qu’il considérait comme sa fille ait péri de cette façon, ne veut ni plus ni moins qu’exécuter Anna ignorant qu’il s’agit de Sydney (vous suivez toujours ?).

D’ailleurs, sa tentative de strangulation provoque des sueurs froides. Sloane est décidément un personnage d’une ambivalence sans limites. Son coup de téléphone final glace le sang instantanément, et perturbe une coda qui serait restée dans le sucré sucré (bébé Isabelle est presque aussi boulet que le William des X-Files). La mission du pénitencier souffre cependant de la trop grande facilité avec laquelle Sloane, Sydney, Sark, et Vaughn entrent et sortent sans être inquiétés. Quant à la scène où Sydney découvre la rose de Rambaldi (twist !!), sa teneur Fantastique est un peu lourdingue, malgré le talent du vétéran Jack Donner.

La vengeance de Thomas, enfin détenteur de la vérité sur la mort de sa femme, paraît donc sans intérêt à côté. D’ailleurs, tout est bouclé en quelques minutes (on termine par une explosion, évidemment), rendant l’émotion voulue inopérante. Balthazar Getty fond avec adresse la froideur de Thomas, et Rachel Nichols est tout à son aise dans le désir de Gibson de l’aider. On sent qu’elle a secrètement des sentiments pour lui, mais dans Alias, les doux rêves sont rares, elle en aura la sanglante démonstration dans l’épisode suivant. Problème : nous ne sommes plus intéressés que par la Mythologie, qui condamne toute autre histoire à l’oubli. Titre antiphrastique, No hard feelings est un épisode très noir.

Les infos supplémentaires

L’emprisonnement d’Anna après la trahison de Sark a duré un an.

L’italien de Sark, sans accent tonique, est incompréhensible. En parlant ainsi, les policiers italiens l'auraient tué.

Depuis quand un pénitencier est-il mixte hommes femmes ?

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16. LE DERNIER ÉLÉMENT
(REPRISAL)

Scénario : Monica Breen et Alison Schapker

Réalisation : Frederick E.O.Toye

Résumé

Sloane a deviné que Sydney n’est pas Anna. Aux quatre coins du monde, l’APO traque les membres de Prophète 5. Sloane convainc Kelly et Sark de trahir Prophète 5.

La critique de Patrick Sansano



On sent que la fin de l’édifice Alias est en chemin. Conclure cinq saisons aussi inégales, partant dans toutes les directions, n’est pas chose aisée. Et puis le couple Rachel-Thomas  et leurs amours naissantes arrivent un peu tard dans la série pour que le sujet soit développé. Toutefois, une bonne surprise nous attend. Ron Rifkin se réveille et redevient le Sloane du pilote, l’homme froid et sadique qui a ordonné la mort de Danny. Finis les états d’âmes et les fantômes d’Emily et Nadia, le mal à l’état pur est en face de nous. Il enlève Marshall et Rachel. Ron Rifkin en Sloane est un croisement de James Mason dans « La mort aux trousses » et de Donald Pleasence dans « On ne vit que deux fois ». Le prince du mal est de retour pour un ultime combat. Né en 1939 et tournant depuis 1966, Rifkin a tellement fait de télévision que son chemin n’a pas croisé  Hitchcock, James Bond, Batman, Star Wars, Hannibal et pourtant il a échoué cinq ans dans une série médiocre qui le méritait pas. La grosse erreur des scénaristes n’aurait-elle pas été de faire parfois de Sloane un « gentil » ?

Le bon côté de cet ignoble personnage, c’est Nadia, qui revient en fantôme, hanter sa conscience. « Marshall a ce que tu n’as pas, un cœur ». Sloane est un méchant génial car il n’a pas le côté caricatural de tant de ses confrères. Il connait le bien, il connaît le mal, et il fait son choix délibérément. Nous comprenons, lors du dialogue avec sa fille revenante, que Sloane est devenu fou. Ce qui ne fonctionne pas dans Alias, c’est que Rifkin joue (à quelques exceptions près dont Mia Maestro et Amy Acker) avec des acteurs qui n’ont pas son talent. A force de dominer les autres, il est comme un champion de tennis qui jouerait avec des amateurs qui ne renverraient pas la balle. Si nous avons un final en beauté, nous le devons entièrement à Ron Rifkin. Ne parlons pas de sa confrontation avec l’exécrable Rachel Nichols à côté de laquelle Jennifer Garner est une grande comédienne.

Arvin Sloane, comme il l’a fait avec Danny  Hecht, commande froidement l’exécution de Marshall avec lequel il a travaillé pendant des années. Ce dernier ne devra la vie (spoiler) qu’au soutien gorge de la cruche.

Sloane en réalité est un monstre d’égoÏsme, on s’en rend compte quand il tue accidentellement sa fille, sa Rambaldimania est plus forte que l’amour pour sa fille. L’ex chef du SD6 est semblable à un gamin capricieux qui ne veut pas que l’on touche à ses jouets. C’est un être profondément associal. Il ne vit que pour son obsession. Il devait sacrément s’ennuyer pour quasiment tomber amoureux de Rambaldi, qui constitue pour lui un jeu pour adulte.

Dans un sens, Sloane est plus respectable qu’Irina, Sark ou Jack Bristow, qui agissent pour des buts strictement pécuniers ou liés au pouvoir. Il n’arrête pas, dans les contacts avec Nadia, de parler de sa foi. Sloane a la foi mais c’est une croyance dans le mal absolu.

On regrettera qu’une série au budget conséquent comme Alias nous inflige des scènes de montagne qui évoquent le carton pâte à plein nez. Heureusement arrive la confrontation Sydney/Sloane qui permet encore à Rifkin un grand numéro d’acteur. Menacé, il renvoie à Sydney son passé avec Emily. De diable, il devient le père protecteur. Comme jadis Christopher Lee dans Dracula, Sloane est plus séduisant en représentant du mal que tous les boy scout qui défendent la civilisation et le bon droit. Sloane est vraiment subversif, parce que quelque part, il y a une part diabolique en nous, que nous refoulons (heureusement !).  Sloane, lui, l’assume.

La critique de Clément Diaz



L’épisode le plus éprouvant de la série.

Après avoir tué Renée et Nadia dans 30 seconds, Monica Breen et Alison Schapker taillent à la hache : un épisode sanglant, où les menaces de mort et les morts elles-mêmes s’accumulent à un tempo effréné. Sloane, au-delà des limites de la folie, détruit tout ce qui se dresse autour de lui : les insubmersibles Prophet Five et APO partent en fumée par la mégalomanie terrifiante du personnage. In extremis, Thomas Grace, reçoit un rôle en or massif, par un douloureux sacrifice héroïque. Cela ne rend que plus amer sa romance avec Rachel, brisée dans l’œuf. L’intrigue du jour provoque un stress permanent, alors que l’énigme Rambaldi va enfin être résolue. Un scénario addictif et d’une cruauté hallucinante, qui lance le dernier épisode sur les meilleurs rails possibles. Les cliffhangers, véritable série dans la série, sont représentés une ultime fois, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils finissent en beauté !

L’intro a un côté 007 (vodka-martini inclus) avec nos agents aux quatre coins du monde pour espionner les 12 membres de Prophet Five. Une perspective amusante, surtout lorsque Sydney descend en rappel de l’immeuble. Toutefois, il est clair que le personnage principal d’Alias n’est plus Sydney, mais bien Sloane. C’est lui qui conduit tout l’épisode. Il est prêt à tout pour son but, jusqu’à apparaître soudainement devant Sydney, et jouant sur ses sentiments pour convaincre Marshall de collaborer. Comme d’habitude, Marshall et Rachel ont plus d’un tour dans leur sac (connaître les livres pour enfants peut vous sauver la vie). Carrie Bowman est parfaite en renfort, tandis que la situation des deux kidnappés prend aux tripes, lorsque Sloane décide leur exécution sans battre un cil. Heureusement, un soutien-gorge est souvent utile pour s’évader… Kevin Weisman passe en mode héroïque pour la première et dernière fois de la série ; il se débrouille plutôt bien, tandis que Rachel Nichols est toujours à la hauteur. Le tragi-comique voyant Thomas répéter la même erreur avec Rachel qui a coûté la vie de sa femme est bien mis en exergue. Quant à Sark, ses faux élans de romantisme envers Rachel sont toujours aussi fondants. Un pourvoyeur de vannes hors pair !

Le face-à-face entre Sloane et Sydney dans la caverne du mont Subasio est une des images les plus puissantes que l’on puisse voir. La foi dévorante et destructrice de Sloane, rendue par un Rifkin qu’on croirait shooté à la coke, est comme un rouleau-compresseur pulvérisant tout sur son passage ; même Sydney, sa pire ennemie, chancelle devant tant d’écrasement. La mort héroïque de Thomas, se sacrifiant pour sauver des milliers de vies, touche au plus profond, et on est solidaire du chagrin de Rachel, voyant un drame de plus dans sa vie. Balthazar Getty sort par la grande porte, sacrifié sur l’autel de la nécessité de conclure une Mythologie à laquelle il était étranger. La fulgurante évacuation générale est contrepointée à l’exécution vite fait bien fait des 12 membres de Prophet Five par une Kelly Peyton aussi dingo que Sloane (qu’Amy Acker n’ait pas été une adversaire de 007 est une énigme aussi obscure que celle de Rambaldi). Le tout harmonisé avec la tirade de Sloane. Un vaste ensemble dramatique bien maîtrisé par l’équipe technique.

Le sens caché de la prophétie de Rambaldi est un maître coup de la part de Breen et Schapker, qui entraîne l’ultime cliffhanger de la série, à vous faire bondir du canapé !

Les infos supplémentaires

La caméra ne nous fait voir que 11 personnes sur la liste des 12 de Prophet 5 ! Il est dit que l’un des membres de Prophète 5 s’appelle McMullen. Luke McMullen est le scénariste de l’épisode Sloane & Sloane (saison 4) !

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17. UN SENTIMENT D'ÉTERNITÉ
(ALL THE TIME IN THE WORLD) 

Scénario : Jeff Pinkner et Drew Goddard

Réalisation : Tucker Gates

You beat death Arvin. But… you couldn't beat me !

Résumé

Thomas Grace, qui se sentait responsable de la mort de sa femme tuée à sa place, s’est suicidé en restant près d’une bombe installée par Sloane dans un métro de Los Angeles.  Kelly a mitraillé les 12 membres de l’alliance Prophète 5. Sloane a tenté de tuer Sydney au moment de trouver le Graal en la projetant dans un gouffre. Sloane se procure des missiles. Il veut détruire deux métropoles. Il s’est réfugié en Mongolie. On a quelque mal cependant à croire à une ambiance d’apocalypse lorsque Sark et Sloane se retrouvent plein de poussière dans les souterrains. Devenu irrémédiablement fou devant le repaire de Rambaldi, le mégalomane dialogue avec le fantôme de sa fille décédée et se félicite qu’elle partage cet instant. Il ne fait plus la différence entre rêve et réalité.

La critique de Patrick Sansano



L’épisode commence par un flash back sur l’enfance de Sydney avec son père, lors de l’annonce de la mort d’Irina. Ces images sont mises en parallèle avec la réanimation de Sydney par Vaughn. Ensuite, puisque les producteurs ont décidé de finir en beauté, nous voyons en flash back le recrutement de Sydney par le SD6.

Kelly s’en sort à bon compte, arrêtée par l’APO et la torture qu’elle subit (spoiler) est bien minime par rapport à celles qu’elle a infligées à Marshall. Sark file avec la sphère qu’il veut porter à Irina. Sloane abat Jack Bristow dans une scène qui mêle le présent et le passé (l’annonce de la fille disant qu’elle rentre au Crédit Dauphine, en fait le SDI6). Il est à son tour abattu par Sydney qui venge ainsi Danny. L’homme tombe dans une cavité remplie d’un liquide rouge provenant d’une sphère de Rambaldi. Irina veut lancer les missiles sur Washington et Londres. Le final avec les satellites et les bombes ressemble à un James Bond. Tandis que Sloane revient d’entre les morts, étant désormais immortel, nous assistons à l’affrontement entre Sydney et sa mère. Un flash back nous rappelle le moment où Sloane nomme Sydney officier de terrain au SD6. Le combat entre Sydney et sa mère fait frémir, lorsque l’on voit Irina vouloir occire sa progéniture avec un gros morceau de verre. La série prend un tour dramatique lorsqu’Irina décide de commettre un infanticide. Sark, ayant reçu une balle dans le genou, se révèle un pleutre et neutralise les missiles.

La partition de Michael Giacchino connaît alors des envolées lyriques. Jack se suicide en faisant exploser le refuge de Sloane, le condamnant à jamais à l’emprisonnement derrière une montagne de pierres. Irina choisit à son tour une forme de suicide en refusant d’être sauvée et en se fracassant dans le vide. Sydney se console dans les bras de Sloane, elle est orpheline. Le fantôme de Nadia rejoint la mort, laissant son père qui ne peut plus bouger hurler de desespoir, ayant toute l’éternité devant lui. Quelques années plus tard, Isabelle a grandi. Dixon rend visite au couple. Sydney tient un petit Jack dans ses bras. Sark continue de sévir, il s’est enfui et Dixon vient chercher le couple pour reprendre du service. Isabelle a les mêmes talents que sa mère pour assembler des éléments en bois.

« Alias » reste l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Une série qui dure cinq ans alors qu’une saison (ou deux à la rigueur) en auraient fait une série culte. Il y a trop de personnages. On prend aussi le téléspectateur pour un imbécile. Jack devient un saint alors que c’est un salaud qui a pratiqué des expériences sur les enfants (à la façon de ce qui arrive à Jarod dans « Le Caméléon »). Irina est un personnage mal écrit, elle torture - première rencontre - puis tente de tuer sa fille. Elle a préféré le pouvoir à la fibre maternelle qu’elle n’a jamais eu. La série comporte des aberrations en cascades, avec ses personnages qui meurent et renaissent cent fois. Alias a récupéré tout ce qu’il y avait de mauvais dans les séries d’espionnage : le côté déjanté des saisons en couleur des agents très spéciaux, les excès des James Bond de l’ère high tech Brosnan. On oscille sans cesse entre réalité et fiction, entre un pseudo réalisme souligné par des scènes larmoyantes, et un grand pas dans l'incroyable, illustré par des cascades invraisemblables.

Sydney, le personnage principal, aurait pu être une fantômette de son époque, mais elle quitte très vite cette double vie pour se consacrer à plein temps au métier d’espionne. Le choix de Jennifer Garner s’avère assez rapidement catastrophique, même si elle fait quelques progrès en saison 5. En fait, le seul élément positif de la série est Arvin Sloane qui aura été jusqu’au bout de son rêve cauchemardesque. Plus subtil que Sydney, il sait se faire agneau pour mieux déguiser sa nature de loup prédateur.

En cinq saisons, on oublie beaucoup de personnages et de situations en cours de route puisque chaque saison repart sur un arc narratif différent. Lorsque l’on regarde les dernières images de l’ultime épisode, on n’a aucune envie de revoir cette intrigue à tiroirs qui a révélé tous ses secrets. C’est une série fast food, à la différence d’un Code Quantum que l’on peut revisionner à l’infini. Si l’on peut se laisser aisément tenter de revoir X Files, Stargate SG1, Medium, Buffy ou Supernatural, Alias est un kleenex. Il ne sert qu’une fois. Le feuilleton nous laisse en mémoire une immense confusion, le souvenir de tant de personnages, mais au final le sentiment d’un immense gâchis, et d’une qualité de série américaine qui quelque part s’est perdue. Après la grande restauration que constituaient tant de séries mythiques, des incorruptibles aux envahisseurs, de Columbo à Kojak, la télévision américaine a inventé la série Hamburger Mc Do. « Alias » en restera le triste exemple de référence.

La critique de Clément Diaz


 

L’ordre de la production de ramener le nombre d’épisodes de la saison de 22 à 17 a forcé les scénaristes à accélérer à l’excès les intrigues en cours. Nadia meurt peu après avoir été ressuscitée, la relation Rachel-Thomas commence et se finit dans un même épisode, l’intrigue de la femme de Thomas est vite close, Prophet Five est détruite en quelques minutes, le puzzle de Rambaldi se rassemble avec hâte... les derniers épisodes sont une cavalcade précipitée qui laisse bien des regrets en chemin. Le finale de la série pâtit de même d’un tel coup d’accélérateur. Mais envers et contre tout, Jeff Pinkner et Drew Goddard ont réussi à bâtir un finale satisfaisant, où chaque personnage reçoit à la onzième heure son juste salaire. La Mythologie Rambaldi est de plus close avec succès.

Nous savions depuis longtemps que le deuxième objectif ultime de Rambaldi était l’immortalité. Si l’on regrette que Kelly Peyton et Rachel Gibson partent en cachette (la seconde torturant la première avec un serpent), les comédiennes nous quittent sur une bonne note : Amy Acker en jouant l’effroi, Rachel Nichols par la dureté, deux sentiments originaux pour les personnages ! Même chose pour Marshall/Kevin Weisman, nous quittant devant son éternel ordinateur.

Le choix des scénaristes d’entrecouper la dernière intrigue par des flash-backs relatant plus en détail les moments clés de la vie de Sydney avant le pilote (coucou inattendu de Merrin Dungey en passant), a le défaut de ne rien nous apprendre d’important, de croquer du temps à un épisode qui en a besoin, et de rompre la tension de l’ensemble.

Mais plus que la Mythologie, achevée avec force, Pinkner et Goddard réussissent le plus difficile : trouver une fin idéale à (presque) chaque personnage. Sloane, désormais inatteignable, voit son excitation poussée au firmament lorsqu’il pénètre dans le monumental caveau de Rambaldi (impressionnant décor, très bien filmé par Tucker Gates) qu’il a cherché depuis 30 ans. Près du but, il ne laisse personne s’approcher, et va de plus en plus crescendo dans la folie cupide. On sursaute quand Sloane, pour forcer Sydney à se rendre, abat froidement Jack, et qu’il est tué en retour par une Sydney vengeresse… sauf qu’il tombe dans le liquide rouge de « l’Horizon » qui le ressuscitera et lui donnera la vie éternelle, signant là son triomphe d’avoir achevé le « endgame » de Rambaldi.

Les scènes du tombeau sont vraiment saisissantes. Les adieux déchirants de Jack mourant à sa fille, qui part pour arrêter Irina, sont à fendre l’âme. Jack, personnage intérieurement bon et extérieurement mauvais, a des adieux dignes de lui. Sa tirade ultime à l’adresse de Sloane, à qui il n’a jamais pardonné le chagrin qu’il a fait à sa fille, est un grand moment de télévision, avant l’explosion finale qui condamne Sloane au pire châtiment possible pour un être humain. Cette chute géniale avait certes déjà été exploitée par Rod Serling dans l’Escape Clause de La Quatrième Dimension, mais elle est ici encore plus cruelle que l’original, Sloane n’ayant pas la « clause de désistement ». La dernière apparition de Nadia, à laquelle Mia Maestro donne tantôt un enthousiasme volontairement faux, tantôt une froideur tranchante, est la pointe finale de sadisme. On peut être un peu gêné de cette fin, car Sloane a maintes fois prouvé qu’il pouvait être bon et altruiste, et qu’un funeste destin l’a autant conduit là que ses mauvaises actions. Mais Alias n’a jamais fait dans la demi-mesure, c’est ce qui fait sa force (et ses limites).

Sark tombe le masque : malgré ses perpétuelles rodomontades (sa réflexion sur les chaussures à 500$ est hilarante), il est un méchant qui veut être LE méchant, mais qui ne le sera jamais. A ce jeu-là, il est écrasé par Sloane et Irina. La vantardise de Sark est en réalité un masque, un masque qu’il porte pour être du côté des gagnants. Il a des scrupules à causer un génocide, et le fait moins par envie que pour être dans le camp des winners. Ça se voit quand il s’effondre devant le pistolet de Vaughn, dans une magistrale dernière scène de compte à rebours. Belle sortie pour David Anders, un acteur jouant un méchant qu’on adore… ne pas détester. Bien immoralement, Sark ne tirera aucune leçon de l’histoire et poursuivra son destin capricieux.

Irina résout non sans mal son dilemme. Son affrontement final avec Sydney nous vaut de la part de Lena Olin un spectaculaire chant du cygne. Irina a toujours aimé sa fille, elle ose le répéter aux portes de la mort. Mais son drame est d’aimer davantage le pouvoir, symbolisé par Rambaldi. Entre sa fille et le prophète, elle choisit le prophète. Il est donc juste que sa sortie soit à l’image de son choix : elle refuse la main tendue de sa fille, symbole de vie, pour attraper « L’Horizon », symbole de pouvoir… et de sa chute (aux deux sens du terme). Un final en forme d’apothéose, soutenu par l’orchestre passionné de Michael Giacchino.

Le happy end fait se terminer cette série tragique, de bruit et de fureur, sur une note élégiaque. Marshall est heureux en famille, le chaleureux Dixon a reçu une promotion, et Sydney et Vaughn, après tant d’épreuves et de souffrances, goûtent enfin une (semi) retraite bien méritée. Le clin d’œil terminal, petit cadeau des auteurs, nous indique que si Isabelle pourrait devenir une nouvelle Sydney, son geste final balaye toute possibilité de répétition de l’histoire (heureusement pour elle !). Un carton de l’équipe remercie le spectateur, et… fin. Une fin hâtive, inaboutie, qui laisse quelques regrets, mais dans l’ensemble parfaitement maîtrisée. Étant donné le contexte difficile de sa fin, la série a su trouver un final à la hauteur de sa (dé)mesure.

 

CONCLUSION : Ainsi s’achève Alias. Comme tout artiste digne de ce nom, J.J.Abrams et ses fidèles lieutenants ont pris des risques immenses, portés par le désir de faire quelque chose de nouveau, d’inédit dans l’histoire du petit écran. L’unanimité était impossible : l’univers fantasmagorique d’Alias nécessitait une totale adhésion du spectateur, y compris à ses concepts les plus délirants. Le moindre n’étant pas la systématique redistribution des cartes narratives à chaque moitié de saison. Cette série a voulu au contraire faire perdre son spectateur dans les délices de son labyrinthe babylonien. Un labyrinthe narratif d’un divertissement survitaminé, sophistiqué au plus haut point, dont le but est de faire vivre au public le frisson d’aventures improbables. Un parti pris qui est à l’origine de la séparation du public entre détracteurs et admirateurs. Ce dossier espère vous avoir donné, grâce aux critiques de Patrick Sansano et de votre serviteur, des pistes pour comprendre cette série. Une série révolutionnaire, qui a mélangé l’espionnage et le Fantastique, pour un résultat que l’on trouvera génial ou exécrable selon les goûts, mais à coup sûr étonnant.

Les infos supplémentaires

Comme dans les pilotes des saisons d’Alias, il n’y a pas de générique dans cet épisode.

Ultime hommage bondien : « All the time in the world » rappelle « We have all the time in the world », réplique que dit James Bond devant le corps de Tracy, sa jeune épouse assassinée.

Balthazar Getty est mentionné au générique alors que son personnage, Thomas, est mort.

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Images capturées par Patrick Sansano.