saison 1 saison 3

Alias

Saison 1


1. AGENT DOUBLE
(TRUTH BE TOLD)



Scénario : J.J.Abrams

Réalisation : J.J.Abrams

Résumé

Sydney Bristow travaille pour le SD6, qu’elle croit être une branche de la CIA. Elle a été recrutée il y a sept ans. Son petit ami, interne en médecine, Danny Hecht, la demande en mariage. Elle lui avoue son vrai travail, alors qu’il croit qu’elle est une simple étudiante. Par cet aveu, elle signe son arrêt de mort. Le patron du SD6, Alvin Sloane, en accord avec le père de Sydney, fait assassiner Danny. Réintégrant l’agence pour venger son homme, elle échappe à la mort lors d’une périlleuse mission contre le docteur Zhang Lee, et feint d’accepter les règles de l’organisation. Elle a découvert que son père, Jack, est membre du SD6. Se rendant à la CIA, elle raconte son histoire et demande à être engagée. Elle découvrira alors que son père est aussi agent double à la CIA et au SD6, organisation terroriste membre de l’alliance des douze, composée de dissidents de la CIA, de lybiens et d’espions mercenaires de diverses nationalités.

La critique de Patrick Sansano


Dès les premières images, on est scotchés à l’écran. Le pilote composé de flash back, laisse volontairement le téléspectateur face à plusieurs intrigues. Celle de l’assassinat de Danny, celle de la mission de Sydney en Asie (Tout au plus comprend-on qu’il est question de Taïwan et d’agents chinois). Les va et vient entre le passé et le présent nous donnent un maximum d’informations sur l’héroïne. 

Sa mère est morte (du moins le croit-on dans le pilote), son père Jack est un être méprisable qui ne s’est jamais occupé d’elle, pratiquant sous le couvert d’activités aéronautiques son métier d’espion. 

Sydney mène une double vie, étudiante qui est toute confuse de terminer à peine sa dissertation que le professeur veut ramasser, et jeune espionne. C’est une fille moderne, qui adopte plusieurs tenues vestimentaires, bombe sexy façon bimbo (mais intelligente) en robe du soir, clone d’une Nikita avec des cheveux rouges vivant tel un James Bond des péripéties hautement incroyables entre deux rafales de mitraillettes et un sadique dentiste (Zhang Lee) qui lui arrache ses dents, ou sage petite étudiante.

La seule certitude, c’est que Sydney représente « le bien ». Elle est la bonne copine qui appelle avec son portable une amie pour qu’elle la rappelle sur son portable et échappe à la mort. Elle se bat comme Lara Croft ou Alice de « Resident evil » et a la beauté de la tueuse de vampire Buffy Summers lorsqu’elle se livre à d’improbables combats qui semblent chorégraphiés et nous projettent loin de l’espionnage réaliste à la John Le Carré.

Si Sydney est le bien, autour d’elle, tout est tromperie, tricherie, l’univers est glauque et elle ne peut faire confiance à personne, entre un père complice d’assassinat de son fiancé, le SD6 organisation criminelle, et la CIA dont les agissements ont été révélés depuis longtemps dans des films comme « Les trois jours du Condor » ou « JFK » (des films que n’a pas vus visiblement Sydney) qui ne vaut guère mieux.

Les seuls « gentils » (mais le sont-ils vraiment) sont Marcus Dixon, l’agent black du SD6, son fiancé (mais il meurt très vite), sa copine qui veut lui raconter sa journée alors qu’elle est en pleine bagarre pour sauver sa vie, et son professeur d’université.

Le téléspectateur sait donc qu’il ne peut faire confiance à personne, sauf à Sydney. Cruche tout de même en croyant que la CIA représente « le bien ». Mais la crédulité n’a jamais été un crime.

Cette série a débuté sur la chaîne ABC le 30 septembre 2001, période charnière de l’histoire de l’humanité. J J Abrams connu alors pour la série « Felicity » a en quelque sorte imaginé la version « Fantômette contre les espions » de Felicity Porter.

Les combats sont filmés comme des chorégraphies, et l’action tous azimuts est digne des meilleurs films à suspense du cinéma. J J Abrams, le futur réalisateur de « Lost », « Mission Impossible III », « Star Trek » version 2009, nous propose ici une série novatrice pour l’époque (2001).

Il est évident qu’une telle série ne pouvait fonctionner qu’avec une bonne comédienne. Jennifer Garner (à l’époque peu connue, « Arrête moi si tu peux » et « Pearl Harbour ») se révèle le choix idéal. Moins naïve que Jennifer L ove Hewitt, plus intelligente que Pamela Anderson, égale d’une Jessica Alba ou d’une Sarah Michelle Gellar, plus jolie qu’une Milla Jovovich, elle est le choix idéal. Cette actrice est tellement lumineuse qu’on a envie d’être son ami, son mari, mais pas qu’elle soit la fille d’un soir, elle inspire trop le respect.

Son père, joué par Victor Garber, est ici infiniment moins sympathique que son rôle le lui permettait dans « Titanic ». On a envie d’être orphelin avec un père aussi machiavélique. Il égale en sadisme et en sujet de dégoût le patron du SD6, Arvin Sloane (Ron Rifkin, alors connu pour la série « Urgences »).

La série alterne moments d’émotion (le cimetière), d’actions (les nombreux combats et poursuites) mais ce pilote ne connaît aucun temps mort. Nous sommes à la croisée de plusieurs genres : l’espionnage, en tout premier lieu, le fantastique (qui sera abordé plus tardivement dans la saison), tout en étant ici plus dans un feuilleton que dans une série. On comprend dès le pilote qu’il ne faudra rater aucun épisode, que J J Abrams ne connaît pas la fin, que nous entrons dans un labyrinthe digne de la série « Le Caméléon ».

Michael Vartan, dans le rôle du gendre idéal agent de la CIA, est la grande déception de ce pilote. Il semble bien trop policé et gentil pour un agent du service secret alter-ego occidental du KGB. Son père est le frère de… Sylvie Vartan, ce qui donne déjà envie de le fuir. Marcus Dixon a autrement plus de relief incarné par Carl Lumbly (« Les évadés d’Alcatraz »), de même que la meilleure amie Francie (Merrin Dungey).

Il est difficile d’exister à l’écran dans ce pilote, quand Jennifer Garner occupe tant l’espace à elle toute seule.
Parmi les invraisemblances, le fait que Sydney se présente à la CIA demandant à voir le directeur comme au Prisunic du coin ou à la caisse d’allocations familiales et soit reçue est un monument de bêtise. Un peu comme si un loulou de banlieue demandait à rencontrer le Parrain de la Mafia en personne. Le meurtre de son ex futur mari hélas est lui bien plus crédible.

La CIA de ce pilote est un univers de bisounours que même Ethan Hawk/Tom Cruise renierait, lui qui allait en homme volant au bout d’une corde voler dans les coffres et provoquer des diarrhées à ses employés dans le « Mission Impossible » de Brian de Palma. Pour la CIA, le KGB ou la DGSE, la fin justifie les moyens et les morts d’innocents ne comptent pas. Ici, elle est présentée sous un jour trop flatteur.

Les chansons qui interviennent çà et là ne nuisent pas au rythme. Elles s’intercalent bien dans les scènes cruciales du pilote. Lorsque le générique de fin apparaît, on n’a qu’une envie : la suite, vite !

La critique de Clément Diaz


 

Pour sa deuxième grande série, J.J.Abrams, qui sait qu’il faut scotcher le public à son écran dès les premières secondes, débute in medias res par une scène où une jeune femme de choc se fait bastonner sévère par des gardes chinois. La scène s’enchaîne aussitôt à… la fin d’un examen scolaire où la même jeune femme se dépêche de rendre sa copie ! Comme début, difficile de trouver plus accrocheur !

Alias est une série très riche, et Abrams veut nous présenter tous ses nombreux atouts dès le début : multitude de personnages variés, nombre incroyable d’enjeux différents, intrigues d’espionnage palpitantes… tout en décrivant le changement de vie de l’héroïne. Aussi, ce pilote tombe quelque peu dans la confusion.

Cependant, Abrams est un réalisateur suffisamment adroit pour nous présenter rapidement et clairement tout ça. L’épisode alterne scènes d’espionnage (les plus intéressantes) avec les scènes « quotidiennes ». Le tout avec un montage dynamique allant sans cesse de l’un à l’autre. Cette situation de double vie - qui durera jusqu’à la fin de la saison 2 - fait tout le charme de cette première ère d’Alias, la plus réussie.

On comprend immédiatement à qui on a affaire : une héroïne étudiante le jour/espionne de choc la nuit, un père glacial et peu sympathique (Victor Garber, d’un impressionnant monolithisme), un chef impitoyable et machiavélique (Ron Rifkin, qui écrase tout le reste de sa distribution), un inventeur génial mais assez concon (Kevin Weisman, cabot jusqu‘au boutiste, on aime ou on déteste), un partenaire de mission très strict mais chaleureux (Carl Lumbly, très convaincant). On peut ajouter la bonne copine (Très bonne Merrin Dungey), qui malheureusement sera inutile du début à la fin, et un bon copain secrètement attiré par l’héroïne (Bradley Cooper, très à l’aise), qui aura de l’intérêt en saison 1, mais plus du tout dans les suivantes. Cette craquante galerie de portraits souffre cependant de la présence de Michael Vaughn, le futur supérieur de Sydney, joué par un Michael Vartan très fadasse. Au niveau acteurs invités, Ric Young glace la mœlle des os de chaque spectateur en dentiste sadique. Tandis qu’Edward Atterton joue très bien un fiancé bébéte mais responsable (aux capacités de chant toutefois joyeusement atroces).

Rien à dire sur les scènes d’espionnage : on est immédiatement pris dans la tornade. Les infiltrations à la Mission : Impossible, les gadgets à la James Bond (homologue de Q inclus), les bastons chorégraphiées avec une vigueur trépidante, les rebondissements massifs (toutes les cartes de la situation initiale sont redistribuées non pas une mais carrément trois fois), le suspense et une musique agitée qui en baignent chaque moment. Dans le rôle principal, Jennifer Garner est d’une beauté, d’une solidité, et d’une fougue implacables ; elle rend crédible ce personnage de femme fatale qui joue sur deux - bientôt trois - fronts différents. Une espionne idéale. Mais tout comme il y’a deux Sydney, il y’a deux Jennifer Garner : l’une idéale dans la partie « action », l’autre très limitée dans la partie « émotion ». Garner est en fait une comédienne restreinte, qui sortie de l’habit d’espionne, peut se montrer décevante.

Les scènes estudiantines sont assez ennuyeuses. Bien sûr, il faut montrer ce pan de vie-là, mais elles sentent trop le Dawson (la justesse psychologique en moins) pour qu’on les supporte plus d’une minute. De plus, toute la partie « deuil » de Sydney est beaucoup trop longue, et s’enlise dans la guimauve. Dans l’ensemble, les ruptures de ton et de tempo sont encore maladroites mais seront améliorées par la suite.

En bref, Truth be told est un très bon pilote, porté par un scénario à l’architecture admirable, aux nombreux rebondissements, une réalisation fastueuse (quoique parfois clinquante), et un casting très investi. Mais son ambition le pousse à surcharger un peu grassement ce début. Mais maintenant que l’exposition est terminée, la série va enfin démarrer, et ne va plus vous lâcher une seule seconde. Alors prenez votre respiration, et embarquez-vous dans la folle aventure d’Alias !

Les infos supplémentaires

Le personnage de Sydney Bristow serait né en 1974. En 2001, elle travaille depuis sept ans pour le SD6 , qu’elle a donc rejoint en 1994, à seulement vingt ans.

Dès la mise en chantier de la série, il fut annoncé que Roger Moore (déjà en retraite en 2001) y apparaîtrait. Sa participation se limitera à l’épisode 01-16 « La Prophétie ».

J J Abrams a composé le thème musical du générique.

Le campus universitaire que l’on voit est celui de l’UCLA Westwood à Los Angeles.

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2. OPÉRATION « TONNERRE SIX »
(SO IT BEGINS...)

Scénario : J.J. Abrams

Réalisation : Ken Olin

Résumé

Durant la guerre froide, les soviétiques ont caché une bombe nucléaire dans un cimetière en Virginie. En mission à Paris, puis à Moscou, Sydney Bristow doit empêcher l’achat de cette bombe dont la localisation se trouve sur deux disquettes par le soudanais Ineni Hassan. Marcus Dixon prend l’identité d’Hassan pour empêcher la transaction. Tout en livrant l’information à la vraie CIA, Sydney permet au SD6 de récupérer la bombe, mais cette organisation la vend à Hassan au Caire. En voulant la récupérer, elle désamorce l’engin mais se retrouve avec un révolver sur la tempe.

La critique de Patrick Sansano


Cet épisode nous prouve que nous sommes dans un feuilleton, puisqu’il se termine par un cliffhanger. Première constatation, Jennifer Garner joue deux personnages : Sydney la femme, inconsolable de la mort de son fiancé, et dont on trouve la spontanéité lorsqu’elle gifle son père au courant du meurtre. Mais elle est aussi une bombe, à la fois sexy (elle change de tenues plus vite que Miss France un soir d’élection, et certaines robes moulées et décolletées sont à tomber raide) et à la fois indestructible, comme un Bruce Lee au féminin. Son côté sexy évoque Lynda Carter en short moulant dans « Wonder woman », ses aptitudes physiques tant dans les combats que pour désamorcer les bombes rappellent James Bond et Lara Croft.

L’approche de cet épisode rappelle beaucoup « Mission Impossible », avec l’objectif de duper l’adversaire par des déguisements (en bonne, en bimbo, en nikba lors de la scène en Egypte). On regrettera la multiplication des personnages qu’il faut assimiler en 42 minutes chrono. Le maladroit et un peu gaffeur Marshall Flinkman du SD6 (Kevin Weisman), le journaliste Will Tippin (Bradley Cooper) meilleur ami de Sydney qui continue l’enquête sur la mort de Danny, la plantureuse Jenny (Sarah Sashi) journaliste amoureuse de Will, Francie la meilleure copine et son petit ami, etc…

Les décors qui passent de la tour Eiffel à Moscou, de l’Egypte à une raffinerie de pétrole, nous donnent aussi le tournis. En fait, on veut empêcher le téléspectateur de trop réfléchir. Il faut voir plusieurs fois l’épisode pour saisir toutes les nuances de l’intrigue. En multipliant les personnages, tout le monde ne tire pas son épingle du jeu. On retient le lâche père, peu crédible dans la scène où il prétend avoir essayé de sauver le fiancé Danny, bien plus convaincant en père odieux qui ne mérite pas que sa fille s’excuse pour la légitime gifle donnée. Et Alvin Sloane le patron criminel du SD6.

Toujours convaincante, qu’elle soit maquillée en bonne avec des lunettes pour récupérer l’argent des russes ou en train de se livrer à des combats improbables, Jennifer Garner nous captive et attire notre sympathie constante et jamais distraite. Face à elle, les autres comédiens doivent galérer pour exister : Michael Vartan est transparent, et Ron Rifkin/Sloane le diable et Victor Garber/Jack le père indigne sont les deux seuls que Jennifer laisse retenir au téléspectateur. On se fiche du meilleur ami et de ses regrets à faire pleurer Sydney en réouvrant l’enquête sur la mort de Danny. En revanche, les scènes d’humour à l’intérieur du SD6 parviennent à nous décrisper puisque cet endroit est celui sans qui Danny serait toujours vivant. A ce titre, Dixon en Hassan et Marshall en version maladroite du « Q » des 007 sont indispensables.

Jennifer Garner a d’autant plus de magnétisme et de présence qu’elle affiche le moins souvent sa puissance et son pouvoir de séduction, son visage exprimant une jeune femme accablée par le chagrin, une fille comme les autres. Hors des exploits, bombes désamorcées et scènes de combats, elle n’a jamais l’air auto-satisfaite d’un 007 et tel Jarod le caméléon, elle change de tenue et d’emploi à la vitesse de l’éclair, ne nous laissant pas le temps de dire ouf. En deux épisodes seulement, alliant des atouts physiques indéniables (ah ces T shirt moulants !) et un visage candide, elle entre au panthéon des héroïnes de séries les plus sexy de l’histoire de la télévision. Elle est aux côtés de Wonder Woman, Xéna la guerrière, Emma Peel, Jill Munroe, - Jennifer Garner c’est un peu trois drôles de dames concentrée en une – Buffy Summers, Harriett Makepiece, Super Jaimie Sommers, Tara King, Purdey, une icône télévisuelle inoubliable. « Alias » donne envie avec ses fins en point d’interrogation de voir la suite et de ne surtout pas la rater.

La critique de Clément Diaz

 
La série commence véritablement à partir de cet épisode. Nous sommes immergés dans les premiers jours de Sydney au sein de sa nouvelle vie d’agent double. Autant dire que c’est le baptême du feu ! Cependant, Abrams doit encore se fendre d’un quart d’heure de mise au point des nouveaux enjeux de l’héroïne : loi du silence encore plus exigeante, collaboration avec un paternel froid et autoritaire, danger multiplié par deux, véritable entrée en scène de Michael Vaughn… D’où un rythme d’abord assez lent qui dès le deuxième tiers, s’accélère brutalement. On sent qu’Abrams est vraiment impatient de démarrer la machine. Et une fois ce prélude fini, on peut se dire : Donc, ça commence ! (titre original de l’épisode).

Ce grand prologue est précédé d’une introduction trépidante où Sydney se prend pour James Bond : en trois minutes, elle vole des documents, court à toute vitesse, bastonne trois-quatre méchants, dégaine ses gadgets, glisse le long d’un câble d’ascenseur… le tout sans une égratignure.

Cette portion de mission soulève déjà beaucoup de choses : en particulier, un parti pris anti-réaliste résolument assumé. Si les péripéties sont crédibles, leur accumulation, et le tempo effréné, nous donnent déjà une clé de lecture de la série : Alias est une série fantasmagorique. Une série où les codes de l’espionnage se voient poussés au-delà de toute limite, la rendant presque irréelle. C’est une immersion dans un univers dangereux, paranoïaque, sans pitié. Le spectateur subissant la routine journalière vivant par procuration le frisson de l’aventure, Abrams donne ainsi corps à la raison d’être du Divertissement : une fuite d’un réel banal, représenté métaphoriquement ici par les meilleurs amis de Sydney, à la vie routinière.

La mission à Moscou s’inscrit dans un registre analogue : gadgets à rendre un Q jaloux, l’espionne femme fatale - la robe bleu électrique de Sydney est certainement son costume le plus spectaculaire - échange de documents en deux minutes chrono, violence des bagarres… on admire aussi les engrenages implacables déclenchés par Sydney qui se retrouve bientôt à genoux sur une arme nucléaire active ! Vous n’y croyez pas ? Welcome in Alias, la série prête à tout pour vous surprendre et vous ficher la frousse ! Cela est d’autant plus remarquable que tous les sujets de missions ne sont que des McGuffin : le spectateur se fout de la récupération d’une disquette, d’une arme, d’un document, etc. du moment que nos héros doivent plonger dans la mélasse et essayer de s’en extirper tous seuls. Sur ce point, la série ne décevra jamais, et surtout pas dans ce premier vrai épisode énergique et au suspense omniprésent.

La grandeur immense de l’ennemi à abattre : un SD6 tentaculaire que même Sydney n’imaginait pas, renforce cette idée de croisade plus ou moins solitaire de héros luttant contre un ennemi sans nombre. L’aventure est au rendez-vous !

Will Tippin fait montre d’une solide fidélité à son amie. Par contre, il est étonnant de le voir refuser les avances de Jenny (Sarah Shahi), sa jolie collaboratrice. En début de carrière, et déjà bourreau des cœurs, notre Bradley ! Mais le mystère demeure autour d’Arvin Sloane, couvant encore son machiavélisme débordant, et sur les lourds secrets qu’on devine sous le saisissant monolithisme de Jack Bristow.

RAS en revanche du côté de la transparente Francie et son petit ami Charlie. Jennifer Garner s’affirme comme interprète intelligent d’un agent double efficace et batailleur mais reste toujours limitée dans l’émotion. Michael Vartan est d’une fadeur innommable, mais patientons, il s’améliorera (un peu) par la suite.

L’épisode se finit par un cliffhanger, marque de fabrique pour presque tous les épisodes de cette saison. Une efficacité énorme dont on regrettera la disparition dans les saisons suivantes. Bref, un excellent épisode post-pilote. Action !

Les infos supplémentaires

Sydney découvre que le soir du meurtre de Danny, son père avait pris des billets d’avion destination Singapour pour sauver Danny et sa fille.

Nous apprenons que Sydney connaît le journaliste Will Tippin depuis trois ans.

La bombe cachée dans le cimetière rappelle le fameux épisode de « Chapeau melon et bottes de cuir » : « Les fossoyeurs » (The gravediggers).

Sarah Shahi (Jenny) née en 1980 a joué dans « Les Soprano » et « The L World ».

Bradley Cooper (1975) qui incarne Will Tippin sera ensuite Aidan Stone dans « Nip /Tuck »

J.J.Abrams accomplit dans cet épisode son unique « apparition » au sein de la série. Il est la voix qui, au téléphone, dit à Sydney « Joey’s pizza ? ».

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3. MEILLEURES ENNEMIES
(PARITY)

 

Scénario : Alex Kurtzman, Roberto Orci, et J.J.Abrams (non crédité)

Réalisation : Mikael Salomon

Résumé

Ayant réchappé de sa mission au Caire, Sydney Bristow doit récupérer à Madrid le code numérique d’un savant visionnaire, Milo Rambaldi, (1444-1496). Mais un agent russe, Anna Espinosa, que Sydney a jadis affrontée, est aussi sur l’affaire. Michael Vaughn digère mal de ne plus s’occuper de Sydney au sein de la CIA. Pendant ce temps, Will Tippin continue l’enquête sur l’assassinat de Danny et pense avoir trouvé une piste avec les radars qui pourraient avoir filmé le meurtrier.

La critique de Patrick Sansano:


La scène du début, dans laquelle Sydney affronte un de ses professeurs à qui elle n’a pas rendu un devoir, et affirme l’importance des études pour elle, nous fait irrésistiblement penser à « Fantômette ». La double vie de la super-héroïne, dont le quotidien est aux antipodes avec les aventures incroyables dans lesquelles elle est entraînée. On regrette que le montage soit si rapide, condensant en 42 minutes autant d’éléments narratifs. La vie d’étudiante de Sydney n’est pas assez fouillée et construite, mais sa vie privée réussit quand même à transparaître à travers les rapports difficiles avec son père indigne.

Au sein du SD6, l’humour et les gaffes de Marshall Flinman contrebalancent la noirceur constante d’Arvin Sloane. La façon dont Sydney se sort du piège en Egypte nous montre que désormais, l’agent secret se sortira de toutes les situations, même les plus désespérées. La confrontation entre le réalisme (chagrin de la perte de Danny, émotion lorsqu’elle envoie son meilleur ami chercher ses affaires tant elle est encore affectée) et l’incroyable (les missions pour le double compte du SD6 et de la CIA) constitue un contraste saisissant.

Avec une autre actrice, la mayonnaise ne prendrait pas, et toute la série sombrerait dans le ridicule. Concrètement, si l’on mettait Peta Wilson/Nikita à la place de Jennifer Garner, il n’y aurait plus de série. La dualité élève d’université sage et sainte nitouche/espionne bombe sexy allumeuse nécessite une comédienne qui sache doser la part des deux personnalités. Il fallait un immense talent et un physique hors du commun pour être crédible. Jennifer Garner est la comédienne de la situation.

On regrettera que le format 42 minutes oblige de traiter l’aspect « Mission Impossible » à cent à l’heure au détriment de la profondeur des intrigues. La série est construite comme « Smallville ». L’adolescent Clark Kent/l’extra terrestre Kal-El, soit une vie sociale, une vie secrète. L’aspect espionnage devient un mélange de « Mission Impossible » mâtinée du « Da Vinci Code » (avec le fil rouge Milo Rambaldi) et de « Buffy contre les vampires » (pour les combats chorégraphiés »).

Le plus intéressant dans « Alias », c’est l’aspect réaliste, par exemple l’enquête de Tippin le journaliste sur la mort de Danny, le père Jack est plus détestable au quotidien (voir la façon dont il repousse l’affection de sa fille lorsqu’elle va le voir à son bureau) qu’en agent double où il est moins convaincant. Alors si l’on expédie vite faite les missions improbables, cela laissera davantage de temps à la vie personnelle de Sydney.

Et la scène du baiser entre Sydney et Will Tippin est tellement profonde (Retour à la vie de Sydney dont on sait que la vie et la libido ne s’arrêteront pas avec la mort de son fiancé Danny Hecht), tellement bouleversante d’authenticité que lorsque nous passons au plan suivant, le père et Sloane semblent des pantins artificiels sans consistance sortis de la série « Des Agents très spéciaux » (L’UNCLE, le TRUSH). Le fait que Sydney, au cœur de l’action, cherche à rassurer Francine sur le fait que son petit ami Charlie ne la trompe pas, nous montre l’aspect irréaliste de ses missions d’espionne. Idem lorsque la rivale espionne Anna Espinosa lui parle de la mort de Danny, alors que la russo-cubaine est en mission et devrait penser à des objectifs cruciaux.

Au fond, est-il un instant sérieux et envisageable qu’en seulement sept ans au SD6, Sydney Bristow ait appris des techniques de combat qui l’a rendent invincible à la manière d’un héros de Comics ?

La critique de Clément Diaz:

 

Episode fondamental pour le fan. Parity met en place la « Mythologie » de la série. J.J.Abrams ébauche ce fil rouge SF/Fantastique qui durera jusqu’à l’ultime épisode. Et il faut avouer que la quête des artefacts de Rambaldi sera vraiment passionnante.

L’épisode introduit également une des meilleures (mais trop rare) méchantes de la série : Anna Espinosa, interprétée par la sculpturale Gina Torres. Son charme cubain, sa stature imposante, ses airs effrontés, son regard mielleux… tout contribue à rendre cette Bad Girl une adversaire taillée sur mesure pour Sydney Bristow. Les multiples pistes du pilote sont chacune creusées finement, et le cliffhanger est un modèle du genre. Si vous avez envie de pousser un cri de rage à la fin, c’est compréhensible !

On a souvent reproché au duo Orci-Kurtzman d’avoir écrit pour le cinéma des scénarios sans subtilité, dépourvus de psychologie. Sans doute retient-on trop d’eux leur funeste collaboration avec le bourrin Michael Bay (The Island, et Transformers I et II) et oublie-t-on leur sens du rythme. Ce duo sait enchaîner l’action avec justesse et énergie. Dans une série comme Alias qui ne s’embarrasse pas de réalisme, leurs qualités ont donc tout à s’exprimer, et ils signeront souvent de brillants épisodes.

On est tout de suite fasciné par Milo Rambaldi, précurseur entre autres du transistor, du téléphone portable, du langage informatique…(!) A cette teinte SF, répond une mission bien terrestre, mais dont l’intérêt est décuplé par la présence de ce formidable adversaire qu’est Anna Espinosa.. La course à mille à l’heure entre les deux rivales pour le contrôle de la mallette convoitée est vraiment haletante.

Orci et Kurtzman ne négligent aucun des multiples mystères de la série alors qu’ils ne disposent que de 42 minutes. Une prouesse de concision - la plus haute qualité pour un scénariste comme disait Pierre Bost - à saluer. L’affaire de la mort de la mère de Sydney pue la machination à plein nez. Jack se montre dur, repoussant chaque fois sa fille lorsqu’elle lui pose des questions. Victor Garber impressionne en père indigne (parait-il). Will commence à fouiller la m erde sur l’affaire Danny, bon courage !

Les scènes de « calme » avec Sydney et ses amis rayonnent de bonne humeur et d’euphorie entre deux dangers mortels. La scène finale voit Anna et Sydney contraintes de faire équipe. Les diaboliques scénaristes imaginent ainsi un cliffhanger absolument génial qui termine l’épisode en pleine tension.

Les infos supplémentaires

C’est le 18 juin que Danny a été tué. Tippin découvre que tous les radars étant débranchés ce jour là autour du domicile de la victime, il s’agit d’un complot.

Anna Espinosa est une rivale déjà connue de Sydney. Avant l’affrontement, elle lui fait un clin d’œil. Son personnage reviendra régulièrement dans la série.

Sydney demande à son père si sa mère connaissait ses activités, il répond qu’elle savait qu’il travaillait pour la CIA et qu’elle est morte dans un accident.

Gina Torres (née en 1969) qui incarne Anna Espinosa a tenu des rôles de personnages récurrents dans les séries « Hercule », « Angel » et « 24h Chrono ».

Sydney obtient une promotion pour l'agent Michael Vaughn, détestant l'agent Lambert (Mark Rolston) qui le remplace en raison de son machisme. Il s'adresse à elle comme à une "nana", et dans une scène précédente déclare: "Si elle dit oui, je ne dis pas non". Pas très professionnel (mais on le comprend, réaction humaine!)

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4. CŒUR BRISÉ
(A BROKEN HEART)

 

Scénario : Vanessa Taylor

Réalisation : Harry Winer

Résumé

Sydney essaie de se rapprocher de son père et l’invite à dîner, tandis que Francie accuse son petit ami Charlie de la tromper. Trois destinations pour l’agent Sydney dans cet épisode : dans une église espagnole à Malaga, pour récupérer un artefact de 500 ans, au Maroc pour contrer un terroriste franco-libanais, et à Sao Paulo pour sauver un prix Edgar de la paix.

La critique de Patrick Sansano:


Série atypique : Pour un épisode de 42 minutes, le générique intervient à la 8e minute, et les crédits à la 10e minute.

Baisse de régime dans ce quatrième épisode dûe à une overdose de lieux de mission (trois) et à une foule d’informations, dont beaucoup se révèlent anecdotiques. Ainsi, la mort de l’agent du SD6 Mokhtar (Faran Tahir) vieux complice de Sydney. Elle ne peut vu le timing de l’épisode s’appesantir à la fois sur sa perte et sur la façon dont son père la repousse.

Deux cœurs brisés dans cet épisode : Francie qui s’estime trahie par Charlie (Sydney, on le devine entre les lignes, pense que Charlie a peut-être une double vie semblable à la sienne sans tromper son amie), et l’héroïne qu’un père abject repousse. On la voit se confier à l’agent Michael Vaughn.

Le téléspectateur attentif remarquera que l’on ne part jamais d’Hollywood. En effet, les scènes censées se dérouler en Espagne, au Maroc et au Brésil sont filmées entièrement en intérieurs.

En accumulant à cent à l’heure les missions de Sydney condensées dans une partie des 42 minutes, ce sont les scènes de sa vie personnelle que l’on retient. Son désespoir lorsque son père lui fait faux bond à un repas, au moment même où Francie quitte la table de son amoureux Charlie qui ne lui donne pas d’explications suffisantes face à sa jalousie.

A noter la fusillade et la combat dans une église entre Anna Espinosa et Sydney, surprenante pour une production américaine, pays où l’on trouve des bibles dans les chambres d’hôtel et où le président invoque souvent Dieu.

Trop de personnages empêchent chacun des acteurs de tirer son épingle du jeu. Bradley Cooper parvient à faire exister son personnage de Tippin, amoureux de Sydney, journaliste menant sa propre enquête sur la mort de Danny Hetch. A l’inverse, Carl Lumbly en Marcus Dixon se contente de passer les plats lors des missions de Sydney. Son personnage d’agent sympathique (au SD6) fait double emploi avec l’agent de la CIA Michael Vaughn (Michael Vartan).

L’actrice Jennifer Garner curieusement est infiniment plus attirante au naturel que maquillée en femme du monde dans ses missions. A ce stade de la série, les hommes que Sydney attire (Tippin, Michael Vaughn) la courtisent lorsqu’elle se trouve « au naturel » et non en mission. La collaboratrice de Tippin, Jenny (Sarah Shahi) est ainsi moins mise en valeur que Sydney, alors qu’elle a un physique avantageux.
Hors des scènes de missions, le chef opérateur éclaire le visage de Jennifer Garner et insiste avec sa lumière sur la couleur laiteuse de la peau de l’actrice, à l’inverse d’un bronzage de rigueur chez les héroïnes américaines.

Le grand perdant de l’épisode est Ron Rifkin dont le personnage de Sloane ne fait que des apparitions pour commander mais n’a pas de scènes à lui.

Abondance de biens nuit : la série aurait gagné à n’avoir qu’un lieu de mission par épisode, comme « Mission Impossible » ou « Le Saint ». Notons qu’à ce stade de la saison, les scénaristes hésitent entre développer l’aspect mystique (Les artefacts de Milo Rambaldi) et l’aspect purement espionnage.

La critique de Clément Diaz:

 

Vanessa Taylor, alors à ses débuts, montre ici sa capacité à s’intégrer à n’importe quelle série. Après l’espionnage, elle fera autant merveille dans la « psycho-sexualité » (la trop méconnue Tell me you love me) et dans la fantasy épique (Game of Thrones). Son esprit caméléon se montre apte à assurer tous les côtés de la série.

Côté missions, rien à dire, on apprécie le peps de l’héroïne protéiforme qui court à droite à gauche, combat un colosse brutal et la vigoureuse Anna, rampe dans les conduits… L’ingénieuse Taylor se sert des stéréotypes de l’espionnage autant comme un moyen (scotcher le spectateur sur l’écran) que de but : elles contribuent une à une à provoquer un burn out chez Sydney en fin d’épisode. La « trahison affective » du père qui laisse seule sa fifille, sera la goutte d’eau qui fait déborder le vase : elle craque devant Vaughn dont on sent la gène à être plus proche qu’il le croyait de cette femme. Légère amélioration du jeu des deux acteurs à cette occasion.

Côté comédie, Marshall et surtout Will ici assurent, notamment en obligeant Jenny à accepter un rencard avec son informateur pour qu’il ait une info ! Bradley Cooper a une présence fantastique. La comparaison avec Michael Vartan, engoncé dans le rôle du supérieur beau gosse est terrible pour ce dernier.

Côté soap, Merrin Dungey limite les clichés par un étonnant jeu plein de conviction. Les dialogues sonnent juste et compensent l’intrigue éculée sur son couple.

Le problème majeur de cet épisode est une trop grande place donnée à la « vie publique » de Sydney, tellement moins palpitante que quand elle travaille.

Malgré une machination spectaculaire, la dernière mission et le cliffhanger sont bien moins relevés que d’habitude. Un bon épisode dans l’ensemble, mais moins tonique.

Les infos supplémentaires

Miguel Sandoval (qui joue Anthony Russek) est Devalos, le supérieur de Patricia Arquette dans 130 épisodes de « Médium ».

Sydney fait allusion à une mission en Corse deux ans avant où un gorille lui a cassé le bras. Elle le met cette-fois KO.

Second baiser entre Sydney et Will Tippin, mais la jeune fille montre davantage d’intérêt pour Michael Vaughn, se réjouissant qu’il ne soit pas marié et se soit disputé avec son amie.

Laura Bristow, la mère de Sydney, apparaît pour la première fois dans cet épisode quand Jack se souvient d’elle lors du test psychologique. Comme les auteurs ignoraient encore qu’elle prendrait davantage d’importance par la suite, ils n’accordèrent pas d’attention à son interprète. Il n’est donc pas étonnant que Laura ait eu 4 visages différents. Elle a ici les traits d’Arabella Holzbog, comme dans les épisodes Véritable identité, Jeux dangereux - 1re partie, et Questions-réponses (sous forme de médaillon et de photographie). Elle sera plus tard incarnée par Natacha Pavlovich dans Face cachée sur la vidéo détenue par la CIA, puis par April Webster - en ombre chinoise - dans Danger immédiat. Ce n’est qu’à partir de la saison 2 qu’elle trouvera son interprète définitive en la personne de Lena Olin.

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5. COPIE CONFORME
(DOPPELGANGER)

 

Scénario : Daniel Arkin

Réalisation : Ken Olin

Résumé

Sydney Bristow et Dixon réussissent à ôter lors d’une fuite en ambulance l’explosif inséré dans le corps du prix Edgar de la paix. Et à envoyer la bombe sur ceux qui l’y ont mise. Puis, le SD6 confie une nouvelle mission : faire échapper de Berlin un savant du nom de Schiller. Ce dernier connait le lieu où se trouve une usine ultra-secrète avec un virus qu’il a créé. Mais le vrai Schiller se retrouve avec Michael Vaughn à la CIA, tandis qu’un agent de cette organisation leurre Sloane. Sydney réalise aussi que l’enquête que mène Will Tippin sur la mort de Danny le met en danger. Francie est également, pour d’autres raisons, contre cette enquête qui ne ramènera pas le fiancé de son amie. Alvin Sloane suite à la mission de Berlin commence à avoir des soupçons sur Sydney. Dixon la prévient.

La critique de Patrick Sansano:

 

Le générique de début intervient à 12 minutes du début pour une durée de 42 ! En fait, et c’est un cas unique dans l’univers des séries, la conclusion d’un épisode est diffusée dans le suivant.
Après une baisse de forme (mais une baisse de forme dans « Alias », c’est tomber à trois melons !), la série repart de plus belle sur les rails d’un mélange de « Mission Impossible » mixé avec « Buffy contre les vampires ». La force de la série, ce sont ses personnages attachants (ou moins) qui rivalisent pour tirer la couverture à eux.

Honneur à Ron Rifkin, dont le Sloane ici ressemble à un serpent à sonnettes. Son rôle d’un épisode à l’autre le rend inégal. Toutefois, à ce stade de la série, il se démarque nettement de Jack/Victor Garber, peu convaincant en père au point que l’on se demande pourquoi Sydney est tellement en quête de lui.

Par contre, la co-existence de Sloane avec le gaffeur Flinkman est hautement improbable, et même dérangeante dans la mesure où le comédien Kevin Weisman fait perdre de la crédibilité à l’histoire. Comment imaginer un clown à côté d’un serpent ?

« Alias », bien sûr, ne serait rien sans Jennifer Garner. Le dernier plan de l’épisode, où son visage montre la détresse qu’elle éprouve face à la mort d’innocents ou de supposés tels (Les gens de la CIA ne sont pas des agneaux) qui ont explosé dans l’usine, montre toute l’étendue de sa palette de comédienne. Et c’est dans la tragédie qu’elle est le plus convaincante. On s’étonnera que son maquillage soit disant destiné à l’embellir dans la scène à Berlin la rende en fait affreuse. Le téléspectateur la préfèrera « au naturel » où elle est infiniment plus rayonnante. Ou en tenue complète cuir dans la scène d'action finale.

Les meilleurs amis (Francie et Will Tippin) parviennent à exister entre deux scènes de combats et d’explosion. Sans eux, la série serait une sorte de condensé des James Bond high tech façon Pierce Brosnan, avec moult effets pyrotechniques et une absence totale d’émotion.

Il est difficile pour le spectateur de retenir les intrigues, en raison de leur rapidité (Ici deux histoires dans un épisode). Rapidité au sens propre, comme Sydney courant dans les souterrains de l’usine, et figuré, comme les Macguffins changeant toutes les 30 minutes environ.

L’enquête de Will Tippin commence à tourner en rond, mais il ne se rend pas compte qu’il est à deux doigts de se brûler les ailes. Sa perspicacité face à la fausse maîtresse du regretté fiancé devient aussi grande que son espérance de vie mincit.

Avec Jennifer Garner, le spectateur mâle en a pour son argent. Son regard exprime l’innocence de l’enfant incrédule, tant face à son père (bien que l'on saisisse mal son amour et ses sentiments envers un tel géniteur) que face au mal absolu incarné par Sloane ici soupçonneux. Et son corps inspire le désir, au point que l’on comprend mal ce géant qui jadis l’affronta en Corse voulant la jeter au feu. On aurait mieux compris qu’il ait d’autres vilaines intentions que la morale réprouve à l'égard de l'espionne adversaire.

Le public féminin a droit à une gravure de mode en guise de héros (Michael Vartan) transparent et insignifiant depuis le début, mais trouve en Bradley Cooper l’alter ego de Jennifer Garner. Beau gosse, bon acteur, look étudiant attardé, mal rasé, il est parfaitement attachant avec ses lunettes rondes et son incrédulité devant une enquête qui le dépasse.

La critique de Clément Diaz:

 

Le tempo de la série était déjà bien enlevé, mais là, le métronome monte encore de plusieurs crans ! Tant le scénario au rythme fulgurant de Daniel Arkin que la mise en scène ad hoc de Ken Olin et le montage vif de Mary Jo Markey font des merveilles.

Les premières minutes de lépisode sont une dynamite de suspense urgent où Sydney conduit à toute vitesse une ambulance pendant que Dixon tente dextraire une bombe qui éclatera si leurs poursuivants se rapprochent trop !

Pas le temps de respirer, on passe à la mission suivante : exfiltration dun scientifique allemand prêt à collaborer avec le SD6. Jennifer Garner confirme son aisance dans ce rôle très physique. Arkin nous leurre en nous mettant dans un sentiment de sécurité au moment où éclate un rebondissement terrible. Les auteurs ont le sens de la surprise foudroyante ! Un suspense sachève quun autre prend déjà le relais : made in Alias.

Sloane prend plus dampleur par son intelligence suspicieuse ; Ron Rifkin respire la menace par tous les pores. Le plan malin de Vaughn, visant à la destruction du SD6, semble marcher, mais nos héros apprendront vite que toute médaille a son revers !

La moindre importance consacrée à Fran permet de se consacrer à l’essentiel, même si elle permet de nous faire voir une Sydney habillée en fée pour Halloween !

Deux nouveaux mystères sajoutent à la cohorte déjà bien bourrée : la loyauté de Jack Bristow (par ailleurs, talentueux « déliateur de langues ») est mise en doute. Et il y’a l’existence d’un personnage qu’on croyait imaginaire, et qui malgré sa mort il y’a quelques années est bien vivant ! Le jeu énigmatique de la belle Lori Heuring est à noter.Tant de mystères, peu de réponses, on se croirait déjà dans Lost !

Doppelgänger est lessence dun épisode parfait dAlias : un tourbillon daction, de mystères, de suspense, dhistoires qui semmêlent dans un tempo infernal ! Le cliffhanger, 100% tragique, est un énorme coup de massue qui conclut en feu dartifice ce magistral épisode.

Les infos supplémentaires

Dans cet épisode, il n'est plus question de Milo Rambaldi et de l'aspect mythologie liée à ce dernier.

Sydney et Dixon font allusion à d’anciennes missions que l’on ne verra jamais dans la série : ainsi, Dixon, à la fin de l’épisode, mentionne une mission au Pérou qui a mal tourné.

La comédienne qui joue le rôle de Kate Jones n’est pas créditée au générique.

Kate Jones, la soi-disant maitresse de Danny Hecht, est d’après son numéro de sécurité sociale morte…en 1973.

Les amateurs du film culte « Midnight Express » d’Alan Parker (1978) reconnaîtront en Norbert Weisser (Schiller) le personnage d’Erich (Le comédien a certes beaucoup vieilli).

Cet épisode se passe pendant la fête d’Halloween, durant laquelle Francie espère reconquérir son petit ami Charlie

Article de Will sur les Tests d’entrée à l’université : anticipe sur son boulot de la saison 2 !

Premier échec de Sydney.

A la toute fin de la scène Fran-Will, une boîte tombe d’une table sans un bruit..

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6. VÉRITABLE IDENTITÉ
(RECKONING)

 

Scénario : Jesse Alexander

Réalisation : Daniel Attias

Résumé

Bouleversée par la mort des quatre agents de la CIA dans l’usine, Sydney Bristow voudrait avouer la vérité à Dixon. Vaughn l’en dissuade. Sydney découvre une nouvelle thèse sur le décès de sa mère. Sa mère serait morte parce que le FBI surveillait son père. Les choses s’arrangent entre Francie et Charlie : son secret est qu’il veut devenir chanteur ! Le SD6 découvre qu’il a été piraté. Pour trouver qui en est à l’origine, Sydney doit se faire interner dans une clinique psychiatrique en Roumanie.



La critique de Patrick Sansano:


A la différence des séries d’espionnage comme « Mission Impossible », « Alias » est autant centrée sur la vie privée de l’héroïne, ses amis, qu’à ses missions. Par exemple, une bonne partie de l’épisode est consacrée à la réconciliation entre Francie et Charlie. Nous avons ainsi l’impression permanente d’hésiter entre deux univers : celui de « Beverly Hills » ou « Melrose Place », et celui de « James Bond ».

Sydney attache autant d’importance à sa quête personnelle sur ce qui est arrivé à sa mère qu’à sa mission. 
Au fond, J J Abrams a conscience que la série ne durerait pas longtemps s’il se contentait des missions express de Sydney aux destinations improbables et aux combats vite répétitifs. Il choisit donc de toucher plusieurs publics : celui des séries ados, celui des séries d’action, celui des intrigues poupée russe (comme « X Files » et surtout « Le Caméléon »).

La relation de Sydney avec son père est un fil rouge je t’aime/moi non plus qui à ce stade de la saison reste intéressante. En multipliant les intrigues, « Alias » permet donc au téléspectateur de se fidéliser à d’autres histoires parallèles : l’enquête de Will Tippin, la quête de Sydney sur sa mère et son passé, les raisons de sa mort, les amours de la meilleure amie Francie.

Notons que la série joue la carte de l’économie, puisque lorsque nous voyons Los Angeles, nous avons droit à des extérieurs, tandis que les scènes à Londres et Bucarest ne proposent que des intérieurs. En 2001 (époque de diffusion), le téléspectateur le plus naïf ne se fait pas prendre. Le principe ITC où les séries faisaient le tour de monde dans les studios d’Elstree a fait son temps.

Jennifer Garner porte sur ses épaules la série en maintenant l’équilibre sentiments/action. On apprécie de la voir ici convaincante en jeune femme psychotique internée après avoir joué la femme d’un milliardaire amateur de peintures. Elle laisse cependant Bradley Cooper partager la vedette avec elle. Toutes les scènes du beau journaliste en font un héros charismatique gendre idéal, au physique de chanteur de charme pour demoiselles boutonneuses. On s’étonnera d’ailleurs que le SD6 ne se soucie pas outre mesure de l’enquête de son personnage, Will Tippin.

En dehors des deux atouts charme constitués par Jennifer et Bradley, la série montrerait des lacunes, avec le peu de charisme de Michael Vartan, le jeu répétitif de Kevin Weisman qui devient lassant et pas drôle en gaffeur auprès du serpent Arvin Sloane. Le talent de Ron Rifkin dépend de la latitude que le metteur en scène lui laisse dans la longueur de ses scènes. Dans cet épisode, on le voit trop peu pour que son talent soit mis en lumière.
Les scénaristes condensent ici des morceaux d’histoires vues çà et là. Par exemple, Sydney évoluant sur un gros tuyau qui la brûle rappelle une scène non filmée du roman de Ian Fleming « Dr No », dans laquelle l’agent 007 subissait des brûlures en devant évoluer dans un tunnel à Crab Key, tandis que les subterfuges pour infiltrer la galerie de peinture et l’hôpital psychiatrique doivent tout à la série « Mission Impossible ».

Ce patchwork ne sombre jamais dans le plagiat, et représente plutôt un recyclage de l’univers des espions improbables restés dans l’inconscient collectif (loin d’un John Le Carré). Dans l’épisode, le réalisateur Daniel Attias ne laisse pas le public souffler une seconde ni réfléchir en multipliant les écheveaux des intrigues, comme la Kate Jones témoin crucial retrouvée et perdue par Tippin. « Alias » aurait eu plus de mal à convaincre sur un format long (70 ou 90 mn).

La critique de Clément Diaz:

 

 

Reckoning est une réponse plus calme au déferlement du précédent épisode. Culpabilité de Sydney, résolution inattendue de la crise Fran-Charlie, mur du silence de Jack sont au menu. Mais là où le scénario de Jesse Alexander pêche, cest quil remplace l’action par une tension assez faible, qui attend la 30e minute pour passer à la puissance 100. Avec une menace mortelle qui plane sur la tête de l’héroïne, et une mission qui sannonce déjà comme une des plus mémorables de la saison.

Lépisode se penche sur les pensées intérieures de Sydney. Ce manque daction nest pas compensé par une recherche psychologique approfondie du personnage. Dialogues conventionnels et jeu encore trop faux de Michael Vartan n’arrangent rien. Regain dénergie quand Sydney se déguise en starlette bling-bling pour récupérer un McGuffin très sophistiqué : un décrypteur de codes secrets basés sur un ADN de personne décédée ! Garner est mémorable, mais Lumbly en amateur dart vaut aussi le détour. On apprécie une scène très Hitchcockienne où un garde met un temps infini à déverrouiller une porte alors que Sydney est juchée sur des tuyaux brûlants !

Le volet Fran gagne en intérêt. On samuse de linversion de la situation de son petit ami par rapport à Sydney : il cache sous des dehors scabreux quelque chose de tout à fait innocent. Dans Alias, tout le monde cache quelque chose ! La scène du bar - avec une Merrin Dungey incroyablement sexy - est un rare moment d‘euphorie.

Suspense côté Will, qui commence à se heurter à des murs invisibles. Insensible aux charmes de la languissante Jenny (quel crime !), il fait face à un événement inattendu sur Kate Jones. On apprécie aussi le silence de Jack sur l’affaire de la mort de la mère de Sydney, provoquant une flambée de colère chez elle. Le temps est à l’orage.

Cest la fin de lépisode qui est la plus réussie : dune manière inattendue, la belle idée de Vaughn se transforme en piège pour les Bristow : Sloane sait désormais quil ya une taupe. La tête de Rifkin est effrayante quand il passe son coup de téléphone.

Limmersion criante de réalisme dans un asile de fous où se trouve un patient que Sydney doit contacter est le clou de lépisode. La photographie mortuaire de Michael Bonvillain, alliée à des décors étouffants produisent un effet anxiogène tenace. La composition de folle de Jennifer Garner constitue certainement une de ses meilleures prestations, on se croirait parfois dans Vol au-dessus dun nid de coucou. Sydney se rend compte trop tard qu’elle est tombée dans un nid de guêpes : le cliffhanger est plein deffet avec Sydney désormais seule contre tous. Violemment addictif !

Les infos supplémentaires

Au tout début de l’épisode, lorsque Sydney fait le résumé de ce qui lui a été arrivé, nous voyons les différents personnages qu’elle évoque sous forme de photos en noir et blanc sur des dossiers.

Michael Vaughn révèle à Sydney que son père est mort quand il avait huit ans, il était un agent de la CIA.

Kate Jones s’appelle en réalité Eloise Kurtz et est interprétée par Lori Heuring.

Il faut attendre la 41e minute de l’épisode sur 42 pour voir un combat de Sydney

Premier épisode dans lequel la couverture de Sydney la conduit à s’enlaidir.

Lors de la scène des funérailles des quatre agents morts dans l’explosion de l’usine, on entend l’hymne finlandais.

Changement de séquence introductive. 1re apparition de Diane Dixon.

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7. CIEL JAUNE
(COLOR-BLIND)

 

Scénario : Roberto Orci et Alex Kurtzman

Réalisation : Jack Bender

Résumé

Prisonnière du KD russe en Roumanie dans un asile de fous, Sydney doit gagner la confiance de Michael Sheppard et le faire parler. Pendant ce temps, Eloise Kurtz est retrouvée morte. Will Tippin perd la principale informatrice de son enquête. Sheppard est l’homme qui a tué (en étant « télécommandé ») le fiancé de Sydney. Elle cache au SD6 qu’il a survécu. A Oxford, Sydney doit récupérer un artefact de Rambaldi. Une voix annonce à Sloane qu'il y a plusieurs taupes chez lui.

La critique de Patrick Sansano:




Un très bon épisode avec des combats de plus en plus crédibles, même si les scénaristes manquent d’imagination en nous ressortant les vieux clichés rebattus sur les pays de l’Est (Ici dans l’ère post-soviétique, en Roumanie). Nous ne sommes plus pendant la guerre froide, et plus personne ne croit à ces images d'épinal avariées et non réalistes.

Jennifer Garner est une excellente comédienne, passant du personnage de Lara Croft/Fantômette à celui de la jeune femme désespérée par la mort de son fiancé Danny. La face à face entre Sydney et l’assassin de Danny restera un grand moment de la série. La grandeur de « Alias » est de savoir faire une pause émotion réaliste et touchante au milieu des combats et des explosions.

La mythologie Milo Rambaldi refait surface. La confrontation entre Arvin Sloane le serpent à sonnettes et l’héroïne devient un jeu du chat et de la souris graduel et l’on tremble pour Sydney. Dans ce monde glauque, Francie et Charlie sont des bouffées de fraîcheur.

On adhère moins aux scènes entre Sydney et son père, qui n’arrête pas de mentir, de se disculper d’une accusation d’avoir collaboré avec le KGB en 1977, et d’avoir provoqué la mort de sa mère. Il faut dire que Victor Garber a moins de talent que Ron Rifkin. On se demande si présenter deux « méchants » récurrents est une si bonne idée. Le père est un peu de trop.

Si l’on fait un premier bilan au bout de sept épisodes, deux comédiens se détachent de la distribution : Jennifer Garner et Ron Rifkin. Le personnage de Flinkman ne fait plus rire personne et se retrouve complètement affadi. Il est grotesque face à Sloane, auquel Ron Rifkin apporte une épaisseur certaine. Jennifer Garner réussit un sans faute, prenant un air ingénu dans une scène où elle est toute vêtue de cuir. Elle est une bombe sexuelle qui s’ignore dans la peau de la candide héroïne. Avec parfois des aspects troubles (SM, cuir).

Face à ces deux acteurs magistraux, il est difficile d’exister, et Michael Vartan ne parvient jamais à gagner une once de crédibilité. Cela depuis le début et cela devient pathétique.

La critique de Clément Diaz:


 

23 minutes de suspense, 7 minutes de tension, 12 minutes de decrescendo : le duo Orci-Kurtzman joue et gagne sur les trois tableaux. Lépisode remplit son contrat de présenter une des missions les plus périlleuses de Sydney, (magistrale guest star en prime). Color blind, même dans son dernier tiers, trouble lapaisement final grâce à un Sloane plus vautour que jamais. L’épisode est brillamment architecturé.

A l’asile, Sydney bagarre un peu, mais doit surtout user de tous ses talents de déduction et de diplomatie afin de convaincre Shepard de laider, faute de quoi, elle mourra. Shepard fascine par son état dépave humaine, tellement anéanti quil se raccroche au semblant de tranquillité que lui donne la prison. John Hannah est ébouriffant, entre folie et lucidité.

Les gros plans à répétition de Jack Bender permettent dêtre au plus près des tourments des personnages. Garner subjugue en bête piégée. Le suspense quand elle essaye vainement de le convaincre, est à mettre les nerfs à vif ! La grande scène de la cabane où les voiles de loubli se déchirent pour laisser place à une vérité douloureuse, est un summum dironie, un vrai choc !

Lenquête de Tippin étant au point mort, on sintéressera plutôt aux tentatives de séduction de Jenny - y compris un baiser arraché - foirant toutes impitoyablement. Fran et Charlie sont sur un petit nuage, et détendent agréablement cette fin dépisode.

Jack avait passé au laminoir le pauvre Danny dans le pilote, Jack - encore impeccable Victor Garber - massacre maintenant impitoyablement ce pauvre Vaughn. Lépisode ne se finit pas sur un cliffhanger. Mais attention, ça va repartir aussi sec !

Le plus grand apport de cet épisode est peut-être lébauche dune autre personnalité de Sloane : il aime Sydney comme sa propre fille, et voudrait avoir un lien plus personnel avec elle. Un amour paternel dautant plus repoussant que Sloane - immense Ron Rifkin qui rend crédible cette trace d’humanité dans ce Big Bad - sera pour Sydney (et pour le public) et pour toujours lhomme à abattre n° 1.

Les infos supplémentaires

Le serveur du restaurant est joué par James Hong (Né en 1929) qui a participé à cinq épisodes de « Hawaii Police d’état ».

Nous assistons au meurtre de Danny Hetch, d’un coup de révolver à bout portant, par Sheppard programmé, dans ses souvenirs en noir et blanc.

Sydney, bien que toujours amoureuse de son défunt fiancé, est jalouse de voir Will Tippin avec sa petite amie Jenny.

L’épisode se déroule pendant Thanksgiving.

Charlie demande à Francie de l’épouser. Elle accepte.

Premier épisode sans Dixon.

Les scénaristes font de Vaughn un cœur à prendre (pour Sydney ?). Il a rompu avec sa petite amie Alice.

Premier épisode qui se suffit à lui-même et ne se termine pas en cliffhanger. « Alias » devient ici une série et plus un feuilleton.
 

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8. SALE TEMPS
(TIME WILL TELL)

 

Scénario : Jeff Pinkner

Réalisation : Perry Lang 

Résumé

Sydney récupère à Oxford au nez de sa concurrente Anna Espinosa une horloge conçue par un collaborateur de Milo Rambaldi, Donato. Will Tippin est sur la liste noire des témoins trop gênants de Sloane. La mission de Sydney est de faire réparer la pendule de Donato. Sloane a des doutes sur la loyauté de Sydney et de son père. Sydney s’entraîne avec Vaughn pour tromper le détecteur de mensonges du SD6. Tippin renonce à son enquête par égard pour Sydney. En Argentine, grâce à l’horloge et l’artefact trouvé en Espagne, Sydney trouve dans une grotte le journal de Rambaldi.


La critique de Patrick Sansano:


Après un épisode de transition qui donnait l’impression qu’Alias devenait une série, l’aspect feuilleton repart de plus belle. Confrontée à Anna Espinosa (Gina Torres, peu gâtée par la nature, on pourrait trouver une actrice plus jolie), Sydney vit mille dangers. On la croit morte avoir reçue deux balles ou être tombée dans une grotte.

Dans cet opus, l’aspect « vie familiale » (Francie la bonne copine, Charlie…) est peu présent au profit de la double enquête de Sydney sur les secrets de Rambaldi et de Tippin sur la mort de Danny. Délaissé le temps d’un épisode, Dixon revient. Par contre, l’étau se referme sur Sydney, Sloane étant persuadé qu’elle est la taupe.

Encore une fois, Jennifer Garner et Ron Rifkin écrasent le reste de la distribution. Sydney est une souris prise au piège par un chat. Des intrigues secondaires (la mère de Sidney espionne du KGB) viennent compliquer le scénario. Toutefois, on s’étonne que l’héroïne pour regarder en filigrane le livre de sa mère approche une bougie du papier au lieu d’une torche électrique.

La mythologie prend de plus en plus d’importance dans la série, rappelant « Indiana Jones » avec les souterrains secrets, le « Da Vinci Code » avec la course aux symboles, ce qui nous permet de sortir du canevas série d’espionnage pour aborder le fantastique. L’idée de l’immortalité est avancée subtilement dans cet épisode.

J J Abrams ne donne au téléspectateur que la matière à attendre l’épisode suivant avec impatience. Il n’y a pas ici de « Loners » (épisodes isolés avec une intrigue indépendante), et donc le téléspectateur doit tout voir et dans l’ordre.

La tactique deJ J Abrams à sa faiblesse : une fois vue, a-t-on envie de revoir « Alias » comme on le fait pour « The X Files » ou « Médium » ? En tout cas, la série est construite comme « Lost, les disparus », son autre création. Poupées russes en séries.

La garde-robe de Sydney lui permet de passer d’exploratrice de grottes en Argentine ou de femme du monde en robe du soir à Oxford. On ne se lasse pas tant on est sous le charme de la comédienne. Jennifer Garner fait passer une émotion qui fait défaut à ses consoeurs de « Tomb raider » (Lara Croft) ou « Resident Evil » (Alice).

Quelques artifices du scénario sont parfois un peu gros : pourquoi Sydney portait-elle un gilet pare-balles en Argentine ? Comment peut-elle échapper à la mort de façon aussi providentielle lorsqu’un vieux bonhomme (soit disant immortel) se lève au moment où le tueur à la solde d’Anna Espinosa appuie sur la gâchette?

Mais la mayonnaise prend toujours, il faut dire que Ron Rifkin et Jennifer Garner, par leur talent, font passer bien des invraisemblances à la trappe.

La critique de Clément Diaz:

 

 

Apparemment, la tranquillité du spectateur constitue la dernière des priorités pour les scénaristes d’Alias. Le scénario cinglant de Jeff Pinkner suit un intense crescendo progressif qui culmine dans une furieuse coda et un cliffhanger dévastateur !

Deux missions + une épée de Damoclès qui tourne au-dessus de Sydney + un petit gadget + un passé terrifiant qui refait surface + Rambaldi = épisode sans temps mort !

On retrouve avec plaisir la pulpeuse (et puncheuse) Anna Espinosa pour un beau duel de jolies dames qui tient ses promesses. Force vs vitesse, Feu contre glace, ça crépite !

La Mythologie est toujours centrale : la scène de l’horloger où un simple lapsus ouvre à nos yeux ébahis une touche saisissante de Fantastique. Pinkner enchaîne immédiatement avec une course-poursuite (Coucou Anna !). Dans les épisodes les plus roboratifs d’Alias, le spectateur ne respire que pendant le générique !

Selon toute apparence, mener une triple vie (Université-SD6-CIA) est encore insuffisant pour Pinkner : Syd doit affronter un interrogateur, Dreyer, joué ici par le premier d’une longue liste de guests star : Mr. Tobin Bell ! Bell n’a beau apparaître qu’une quarantaine de secondes, un seul plan, un seul regard suffit à vous liquéfier le sang, surtout quand il démasque Sydney. Ajoutez à cela qu’elle découvre que son père a sûrement trahi son pays pendant la guerre froide, et on se demande si Sydney Bristow n’est pas la preuve vivante de la loi de l’emmerdement maximal.

Tippin veut lâcher l’affaire pour ne pas faire de mal à son amie, heureusement son mauvais destin le rappelle à l’ordre : il commence à comprendre qu’il est en train de ferrer non un poisson, non un requin, mais bien une baleine au bout de sa canne. Jack quant à lui, s’humanise par le bluff fragile qu’il lance à Sloane, prétendant qu’il tuera Will s’il devient trop gênant : la froideur de Garber laisse voir quelques fêlures.

Le final dans la grotte est une TNT d’action urgente avec Anna qui revient foutre le b ordel. Ironie du sort : Sydney a gagné toutes ses batailles contre elle, mais perd la guerre sur un monumental cliffhanger qui met le spectateur KO debout.

Les infos supplémentaires

Nous apprenons un élément essentiel sur la mythologie : en Tunisie, avant de se reprendre et de parler de sa mère, l’horloger qui répare pour Sydney le précieux objet lui dit que Milo Rambaldi ne lui a jamais parlé du secret de l’horloge. Peu auparavant, il a mentionné que Rambaldi pouvait prolonger la vie.

Sydney porte toujours l’alliance de Danny.

Vaughn propose à Sydney de quitter le SD6 et de vivre cachée dans le cadre des opérations « protection de témoins ».

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9. MEA CULPA
(MEA CULPA)

 

Scénario : Debra J. Fisher et Erica Messer

Réalisation : Ken Olin

Résumé

Sydney se retrouve avec Dixon grièvement blessé en Argentine. Dreyer révèle à Sloane que Sydney est la taupe et a triché à ses tests trop parfaits. Le chef du SD6 décide de la faire exécuter en Toscane. Will Tippin reprend son enquête sur la mort de Danny et progresse. Jack intervient pour sauver sa fille.

La critique de Patrick Sansano:


Etrange échange entre quatre yeux entre Sloane et Sydney. Il dit avoir assisté au mariage de ses parents, l’avoir connue bébé. Juste après, il ordonne son assassinat, qui s’avèrera un leurre.

Jennifer Garner n’a jamais été aussi sexy (pour employer un terme pudique). Epaules nues, robe noire transparente, bottes de cuir. Si elle avait été actrice dans les années 70 (elle est née en 72), elle aurait été la Lynda Day George de son époque.

Si Ron Rifkin est lui aussi majestueux, le duo d’acteurs Michael Vartan/Victor Garber est en comparaison calamiteux. La différence de qualité des comédiens est ici évidente, il y a un fossé entre l’insignifiance d’un Vartan et le charisme de Rifkin.

Tobin Bell dans le rôle de Dreyer est en concurrence avec Rifkin. Avant même de parler, leurs visages sont très expressifs. Ils relèvent le niveau de Vartan et Garber. Les méchants dans « Alias » sont étudiés et présentés de façon soigneuse autant sinon mieux que les gentils. Il faut avouer que Francie et Charlie sont des personnages nettement moins bien creusés, plus proches de l’univers des sitcoms ou des séries ados.

Les missions de Sydney ressemblent à des parcours TGV. Le téléspectateur n’a pas le temps de comprendre l’intrigue. Etrangement, on se moque du sort de Dixon dont il est fait grand cas dans cet opus. Ce sont davantage Will Tippin dont l’enquête met la vie en danger, et l’acharnement de Dreyer à prouver à Sloane que Sydney est une taupe. Un opus qui se termine à nouveau par un cliffhanger, Sydney étant enlevée dans un garage souterrain sur l’ordre du chef du SD6.

La série rappelle souvent les dédales des intrigues tortueuses de « X Files » et surtout « Le Caméléon ». Les scénaristes nous donnent une réponse pour nous lancer tout de suite après trois questions. Le syndrome Lost/Abrams qui certes captive mais sur la durée n’est pas inépuisable. Cela sera beaucoup reproché à « Alias » à partir de la saison 3.

En 42 minutes, non seulement il y a plusieurs intrigues mais beaucoup trop de personnages, par conséquent seuls quelques acteurs arrivent à sortir du lot. Notons que certains fils rouges sont parfois négligés (les devoirs que doit rendre Sydney à ses professeurs, la mythologie qui est parfois présente, parfois mise de côté).

« Alias » renoue avec le genre feuilleton qui faisait la saveur des « serial » , moyens métrages projetés dans les cinémas pendant la première moitié du 20e siècle (« Judex », « Tarzan », « Flash Gordon »). La série se différencie ainsi de l’avalanche de séries copiées sur X Files composées d’histoires indépendantes.

La critique de Clément Diaz:

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Le duo Fisher-Messer s’applique à martyriser son héroïne avec une insistance sadique, et cela sans la moindre scène de bagarre, axant beaucoup sur la psychologie. Pari gagné : sueurs froides en pagaille. Il permet aussi de faire décoller un aspect important de la série jusque-là mis en veilleuse : l’intelligence diabolique de Sloane.

Deux petites scènes avec Sloane, cela suffit à Tobin Bell pour donner à Karl Dreyer une aura d’effroi. On regrette qu’il n’apparaisse plus par la suite. D’une ébouriffante perspicacité, il démasque le double jeu de Sydney avec un raisonnement tordu mais logique. Pour l’éliminer, Sloane imagine un plan machiavélique qui maintient l’angoisse dans le public, qui se révelera d’ailleurs être un splendide trompe-l’œil. De plus, l’ambiguité du personnage éclate lorsqu’il révèle à Sydney tous ses sentiments paternels à son égard. Sloane pense certainement ce qu’il dit, mais il le dit d’une telle manière que Sydney ait encore plus les chocottes. C’est gai.

Pendant ce temps, les auteurs plantent un nouveau danger qui germera en temps voulu : Dixon percevant vaguement que Sydney ne prononce pas le bon nom de code. Le moment où il s’en souviendra risque d’être difficile pour Syd ! La deuxième mission concernant Ineni Hassan a pour origine une ironie mordante : Syd devant réparer les pots… qu’on lui avait ordonné de casser !

Côté Will, notre journaliste - via le gadget d’Eloise Kurtz - est aux prises avec des forces obscures qui le surveillent et se manifestent d’une manière… mystérieuse (Abrams’touch évidemment). Le mystère et la guerre psychologique font partie de l’arsenal d’Alias, qui l’utilise encore et encore, jusqu’au vertige. La preuve avec le terrible piège de Sloane dans lequel la CIA est prête à s’engouffrer. La minute de vérité semble durer une éternité, une vraie guerre de nerfs, et on en redemande !

Et c’est au moment où l’on croit Sydney hors de danger… qu’elle se trahit et se fait promptement capturer par le SD-6 ! (Ah, Marshall, pourquoi es-tu si vigilant ?!!). Le cliffhanger est tranchant. Ca ne peut pas aller pire pour Syd (en fait si…).

Les infos supplémentaires

C’est la première fois (en dehors de la mort de Danny) que l’entourage de Sydney (Francie, Will) est confronté à la violence, et voit la jeune femme blessée.

Le portable de Will Tippin nous paraît aujourd’hui bien désuet : c’est un « première génération » assez volumineux avec « antenne ». Cela « date » la série.

On retrouve à nouveau Miguel Sandovan (« Médium »).

Nous découvrons Diane, l’épouse de Dixon.

Depuis plusieurs épisodes, nous ne voyons plus Charlie, le fiancé de Francie.

Le film préféré de Will est La dame du vendredi (1940) d’Howard Hawks, film qui a décidé de sa vocation de journaliste. Ce film, représentatif de la screwball comedy (grosso modo, un couple conflictuel à la tension sexuelle pétillante est entraîné dans une farandole d’aventures loufoques), est connu pour le débit frénétique de ses dialogues, le plus élevé de l’histoire du cinéma (seul The Social Network, écrit par Aaron Sorkin, spécialiste des dialogues-mitraillette, tient la comparaison). C’est un classique de la comédie américaine, et une satire imparable du journalisme.

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10. IN EXTREMIS
(SPIRIT)

 

Scénario : J.J.Abrams et Vanessa Taylor

Réalisation : Jack Bender

Résumé

Au moment où elle va être torturée et exécutée, Sloane change son fusil d’épaule et accuse Russek (Miguel Sandoval) d’avoir trahi et envoyé une transmission à la CIA depuis Genève. Michael Vaughn commence à essayer de séduire Sydney en lui offrant un cadeau, un cadre pour photos où elle en mettra une de sa mère. Le SD6 recherche toujours Ineni Hassan. Sloane envoie Sydney sur une île au large du Kenya sur sa piste. Will Tippin découvre l’existence du SD6. A Cuba, où il veut piéger Hassan, Jack Bristow tombe dans un piège dont il ne pourra sortir…qu’en tuant sa fille prisonnière.

La critique de Patrick Sansano:

 

Jennifer Garner en bikini est la huitième merveille du monde. Peu sensuelle « au naturel » lorsqu’elle fréquente ses amis Francie et Tippin (Charlie n’a toujours pas réapparu), elle devient au kenya, malgré une perruque blonde qui n’était pas indispensable, un agent en forme et en formes. Cette immense sex appeal qui apparaît/disparaît montre bien la dualité entre la vie secrète et publique de Sydney. Elle n’est cependant jamais vulgaire, très loin des Pamela Anderson et autres bimbos, rappelant plutôt les bikinis des années soixante de Lynda Day pas encore George dans « Mannix » et « Cannon ». Sydney reste en bikini durant toute la séquence au Kenya, d'abord en maillot deux pièces, puis vêtue d'un paréo en guise de jupe.

Miguel Sandoval disparaît de la série au sens propre. Nous assistons dans cette série TGV à un monologue de Sloane sur l’obscurité et la morale (ou l’absence de) du monde des espions. C’est assez inhabituel dans la série pour être souligné. Cela permet à Ron Rifkin de faire un beau numéro d’acteur car il n’est jamais ennuyeux. Il nous semble presque que son personnage, pendant quelques instants, tombe le masque en évoquant sa vie privée passée.

La reconstitution de Cuba est particulièrement réussie, alors que l’équipe n’a pas été y tourner. Bien plus que le Kenya qui ici n’est vue qu’au travers d’un palace de luxe de bord de mer pour touristes.

Une fois de plus, Garner et Rifkin remportent la mise et laissent peu de place aux autres comédiens : malgré le nombre de scènes qui lui sont consacrées, Victor Garber ne parvient pas à en profiter pour tirer son épingle du jeu.

En Will Tippin intrépide, Bradley Cooper rafle le reste et les autres comédiens sont sacrifiés et ne servent qu’à passer les plats. Francie/Merrin Duggey est de plus en plus inexistante. Michael Vartan depuis le début était un cas desespéré. Kevin Weisman ne fait plus rire personne et d’ailleurs son temps de présence à l’écran a été considérablement réduit.

On reste inquiet et en plein effroi devant les dangers encourus non par les agents héros (on sait très bien que Sydney ne va pas mourir) mais par l’enquête solitaire et insensée de Tippin auprès d’un homme dont la femme a été assassinée, et qu’il va voir en prison, David McNeil, et son avocat Stoller. On ressent là l’individu fragile face aux secrets d’états et aux forces de l’obscurité. Bradley Cooper nous fait croire à l’insouciance et à l'extrême fragilité de son personnage.

La critique de Clément Diaz:

 
 

Le créateur de la série, accompagné de la caméléon Vanessa Taylor, compose un scénario qui encore une fois fait la part belle à la guerre psychologique plutôt quà la guerre des poings. Pour faire parler Sydney, Sloane sappuie sur son humanité pour la mener à sa perte. Sydney n’échappe à ce piège que par un incroyable coup daudace de son père. Dans le monde des espions, le culot est larme la plus redoutable.

Cest là quon se rend compte de la différence entre le vétéran Jack Bristow et les « bleus » Sydney et Vaughn : il na aucun scrupule à sacrifier un « innocent » pour sauver sa fille : il n’y a pas de règle chez les espions. Jack désintègre encore Vaughn (scène brillamment dialoguée) à ce sujet. Un progrès cependant depuis Color blind : Vaughn mystifie Jack par un coup de bluff. On attendra quand même avant de chanter comme dans Ally McBeal, Theres a new man in town !

Le double jeu de Sydney, après l’ordalie, devient, on le sent, de plus en plus lourd à porter - elle manque de se trahir en face de Will. Dans cet épisode, Alias devient plus noir, plus dur, plus réaliste. Le résultat est excellent.

Monstre horriblement humain, Sloane est fascinant et repoussant à la fois, sa tendresse envers Sydney fiche vraiment le malaise. Il fait par ailleurs une magnifique aria où il parle de livresse exaltante de ses premiers triomphes, bien que fêlée par des pressentiments qui furent prémonitoires. Ron Rifkin est écrasant de talent.

Au Kenya, Sydney (toujours fougueuse Jennifer Garner) arbore une de ses tenues les plus sexy, séduit une cible, casse la gueule d’un garde la routine quoi. Mais on ne sen lasse pas tant suspense, charme, et action se conjuguent efficacement.

Will décompresse en cédant aux tendres assauts de Jenny. La persévérance paye on dirait ! On espère que Will en profite bien car pour la première fois, il entend parler du SD-6 par son informateur. Ca commence à sentir le roussi, et on vient presque à espérer quil échouera dans sa quête, ce qui est vraiment adroit de la part d’Abrams !

Le final à la Havane a un suspense du tonnerre qui s’amplifie quand Jack est forcé de passer une terrible épreuve de loyauté, objet dun terrible cliffhanger

Les infos supplémentaires

Pour une fois, Jack Bristow sauve sa fille en sacrifiant Russek, un « innocent » (Si cela existe au SD6).

L’épisode se déroule pendant Noël.

Will Tippin découvre que le SD6 a fait assassiner la femme d’un ingénieur informatique, Mc Neal.

Sydney est jalouse de Jenny, la petite amie de Tippin.

Nous en apprenons un peu plus sur le passé de Sloane dans cet épisode, et sur les raisons qui ont fait le monstre qu’il est devenu.

Ken Olin (Mc Neal) faisait partie de l’équipe de « Hill Street Blues/Capitaine Furillo ».

Scott Paulin (l’avocat Stoller) était le capitaine Johnson dans « Jag » et on le revoit depuis dans un rôle récurrent dans « Castle ».

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11. ZONES D'OMBRES
(THE CONFESSION)

 

Scénario : J.J.Abrams et Daniel Arkin

Réalisation : Harry Winer

Résumé

Après qu’Hassan ait voulu obliger Jack Bristow de tuer sa fille, l’homme renverse la situation et kidnappe le terroriste. Il est livré à la CIA et laissé pour mort vis-à-vis du SD6. Minos Sakkoulos, le successeur de Hassan va entraîner Sydney sur une mission à Athènes… Vaughn révèle à Sydney que le livre qu’elle lui a confié prouve que son père était un exécuteur du KGB. Hassan avoue que son stock d’armes est caché en Crète.

La critique de Patrick Sansano: 

 


Avec cet épisode, « Alias » enregistre une baisse de forme, due à de trop grandes parlottes entre père et fille, Vaughn et Sydney, Vaughn et Hassan. La série ne nous avait pas habitués à ce genre de lenteurs. Après le cliffhanger qui termine le précédent opus et le début de celui-ci, la folle course initiée depuis le pilote semble se freiner. Et puis, un comble, même la tenue de Sydney n’est pas sexy lorsqu’elle se rend dans la boîte de luxe de Sakkoulos.

Les discussions entre Hassan et Vaughn sont répétitives. Notons qu’en dehors d’une brève visite à Tippin, toute la galerie des personnages secondaires (de la vie privée de Sydney) est absente. La mythologie de Rambaldi aussi.

D’autre part, la façon dont Hassan fait chanter la CIA alors qu’il est leur prisonnier est totalement dénuée de crédibilité scénaristique (même dans l’univers de « Alias »).

Avec « Zône d’ombre, on se rend compte de la fragilité de la série, qui jusque là nous empêchait de réfléchir. Même Sloane, l’alter-égo en importance de Sydney, est ici sacrifié à quelques apparitions insignifiantes, son personnage restant effacé au profit du père.

La série recycle des choses vues ailleurs : par exemple, la reconnaissance optique dont se sert Dixon est exactement la même que celle de Jack Petacci dans le Bond non officiel « Jamais plus jamais ». Beaucoup de scènes rappellent les meilleurs moments de « Mission Impossible ». Sauf qu’ici, on ne demande pas à Sydney si elle accepte la mission !

La critique de Clément Diaz: 

 

Depuis quelques épisodes, Alias a ralenti le tempo pour éprouver le spectateur autrement que par l’adrénaline des missions, et miser davantage sur la psychologie. The Confession va jusqu’à la limite possible de ce rallentendo, nécessaire pour creuser davantage les personnages, avant de relancer de manière cohérente la machine. Cela dit, l’épisode ne renonce pas pour autant aux bagarres, aux missions, et aux cliffhangers, celui de cet épisode étant particulièrement stupéfiant : il redistribue une nouvelle fois les cartes dans le jeu des intrigues de la série.

De la même manière qu’Ann Talbot (Jessica Lange) dans Music box de Costa-Gavras, Sydney doit choisir entre servir la nation en dénonçant son père, ou le sauver.

Ce dilemme tombe au plus mauvais moment, Jack ayant pris conscience d’avoir été trop distant avec sa fille et cherchant à se rapprocher d’elle. Cette valse-hésitation, d’habitude réservée à des couples amoureux, marche grâce aux compositions tout en nuances de Victor Garber et de Jennifer Garner, ici plus à l’aise. Il y’a aussi le fait que Sydney, frustrée d’amour dans son enfance, n’est jamais passée par la phase - obligée pour l’enfant - de l’idéalisation du père. Alors, lorsqu’à la Havane, elle a l’occasion d’observer son père en mode super-héros, elle trouve une sorte d’ersatz d’idéalisation qui la fait davantage l’aimer. Bien trouvé, mais Michael Vartan est trop fade pour nous faire croire à son personnage animé par la vengeance.

L’idée est bonne, mais le traitement donne des scènes verbeuses et longuettes. Heureusement, les deux premières missions insufflent un peu de nerf. J.J.Abrams et Daniel Arkin se réveillent à la 32e minute avec Sydney s’introduisant dans la base d’armes d’Hassan… et qui se trouve bientôt dans un piège diabolique que le trafiquant avait soigneusement calculé ! La tension monte de vingt crans lorsqu’Hassan, mis en joue par Vaughn, joue un coup de poker mortel.

Les scénaristes finissent par une révélation fulgurante qui prend totalement le spectateur à contrepied. Le cliffhanger est particulièrement tonitruant !

Les infos supplémentaires

Le cliffhanger cette-fois ne consiste pas en une scène d’action mais une révélation liée à l’information de la ligne plus haut.

James Handy, qui incarne Devlin, le chef de la CIA, est une figure familière de la télévision. Il tenait le rôle du policier Lou Hadleman, adversaire de Bailey/Robert Davi dans « Profiler » et qui persécutait la fille rebelle de ce dernier.

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12. JEUX DANGEREUX – 1RE PARTIE
(THE BOX – PART 1)

 

Scénario : Jesse Alexander et John Eisendrath

Réalisation : Jack Bender

Résumé

Sydney décide de quitter le SD6 après avoir appris que sa mère était un agent russe. C’est alors qu’une prise d’otages à lieu aux locaux du crédit dauphine, QG du SD6. Un ex-agent, Mc Kenas Cole (Quentin Tarentino), qui travaille pour « Le Monsieur », veut faire ouvrir le coffre fort personnel de Sloane.


La critique de Patrick Sansano:



Bénéficier de la présence pulp fiction de Quentin Tarentino amène certes de l’audience à « Alias », mais était-elle nécessaire ? On a le sentiment que le metteur en scène apporte son univers avec lui plutôt que de contribuer à l’édifice de la série. Dans cette première partie, il nous conduit à voir en huis clos une prise d’otage comme on en a vu des tonnes, et Sydney en est réduite à jouer dans les faux plafonds du building.

Toutes les scènes impliquant Michael Vaughn dans son conflit interne à la CIA avec ses collègues sont vite ennuyeuses. Trop de protagonistes qui se disputent l’attention du chef Devlin, une psy qui brille par son inutilité, donnent envie au spectateur de passer à autre chose. Mais les minutes consacrées à ces intrigues s’éternisent.

Même l’enquête de Tippin malgré l’arrivée de la fille de McNeil n’avance pas, l’ami de Sydney ayant décidé de renoncer à élucider la mort de Danny Hecht. L’effet paranoïa qui nous avait tant saisi se dissipe un peu avant de rebondir avec la clé d’une consigne.

S’il y a de l’action, l’épisode est quand même très bavard. On abreuve le téléspectateur d’informations plus ou moins nécessaires, par exemple la mort du père de Vaughn, le passé de la mère de Sydney, ou celui de Cole. Tarentino est déjanté à souhait, mais il ne nous étonne guère. A trop vouloir manger à tous les rateliers, « Alias » au lieu d’une bombe accouche d’un pétard mouillé. Jack Bender filme dans une semi-obscurité lassante et inhabituelle pour la série qui nous porte d’habitude, même artificiellement, à la lumière des quatre coins du globe.

Jennifer Garner en est réduite à jouer les agents de « Mission Impossible » pour faire descendre et remonter un fil aimanté. On se croirait dans un film de cambrioleurs, de rats d’hôtel ou dans la série « Opération vol ».

Reste la confrontation Tarentino/Ron Rifkin. Elle ne manque pas de piment. Mais Sloane ne semble jamais vraiment en danger. Au poste où il est, chef du SD6, on se doute qu’il est un dur à cuire et les scènes de torture sont moins impressionnantes que le dentiste dans le pilote. On s’attendait à ce que Cole sorte de sa boîte des pinces, des tenailles et autres instruments de bricolage, qu’il crève les yeux ou arrache les dents de Sloane. Le premier segment de ce double épisode ralentit le rythme feuilletonnesque que nous avons eu jusqu’ici.

La critique de Clément Diaz:



Alias a les moyens de faire parler d’elle. Elle invite en effet rien moins qu’une guest star de classe exceptionnelle : Mr.Quentin Tarantino himself ! Ce scénariste-réalisateur surdoué a d’abord été un acteur ce qu’Alias se charge de nous rappeler. Et en effet, Tarantino nous fait un numéro mémorable. Toutefois, cet épisode ne mise pas que sur cette arrivée en fanfare, elle soigne son intrigue avec une incroyable invasion du SD6 par un groupe terroriste, intensité dramatique paroxystique à la clef. Les louvoiements répétitifs de Will sont cependant assez lourds.

Après toutes les tentatives de Vaughn de se rapprocher de Syd, la voir soudainement le draguer crânement est assez comique et… inattendu ! Quant à l’invasion du SD-6, rien ne manque : destructions de caméra, gros lasers, gaz pour faire dodo… un plan parfaitement minuté. McKenas Cole a été écrit sur mesure pour Tarantino : humour à froid, airs décontractés, répliques déphasées, accès de rage… Alias introduit juste ce qu’il faut de Tarantino’s touch tout en conservant son identité (le comique et l’hémoglobine coulant à flots sont soigneusement absents). La guest star est régalante en chef vengeur, qui aime l’épate, assurer le show. Plus qu’un coup marketing, c’est un bon casting. Ses tirades à l’adresse de Sloane rappellent la règle d’or des grands méchants de séries du passé : avant d’exécuter, on cause. Une règle que le génial cinéaste a repris avec succès dans ses films (comme la mémorable première scène d’Inglorious Basterds). Et maîtrisée ici par Jesse Alexander et John Eisendrath.

Par un sommet d’ironie, Jack et Sydney, piégés dans l’immeuble, n’ont d’autre choix que de sauver le SD-6 s’ils ne veulent pas que ça explose dans tous les sens ! Le corps de cet épisode est leur haletante tentative de désamorçage de bombes (Cole ignore que l’ouverture du coffre enclenchera l’explosion), ainsi que ce mystère : qu’y’a-t-il dans le coffre pour que Sloane (Rifkin, dans un rôle quasi muet, est plus magnétique que jamais, ses regards transpercent littéralement) soit prêt à tout faire sauter ?

Il faut malheureusement supporter les états d’âme de Michael le boulet sur ses sentiments envers Sydney, ainsi que les dénis successifs de Will avant son laborieux rétropédalage. Heureusement, on finit par un cliffhanger très efficace !

Les infos supplémentaires

Acteur-réalisateur controversé pour la violence de ses films, Quentin Tarentino (1963) a signé notamment « Jackie Brown », « Pulp fiction », « Kill Bill », « Reservoir Dogs », « Inglourious Basterds », « Django Unchained » .En 1997, Tarentino a tenté de réaliser un James Bond, « Casino Royale » avec Pierce Brosnan et Uma Thurman, mais n’a pu obtenir les droits du roman. Dans « Alias », il reviendra dans les épisodes 03-11 « Passé recomposé » et 03-13 « Nid d’aigle ».

L’ex-agent Cole n’a plus revu Sloane depuis cinq ans. Après avoir fait sauter un pipeline pour le SD6, il a été capturé par les russes en 1996.

Nous découvrons « le salon de conversation » (chambre des tortures) du SD6.

La fille de McNeil, Kelly (Agnès Bruckner) contacte Tipppin.

Agnes Bruckner a joué dans trois séries des rôles récurrents : « Amour gloire et beauté » (il faut bien débuter un jour) !), « 24 heures chrono » et « Private Practice ».

Toni, la maîtresse asiatique de Cole, qui participe à la prise d’otage, est interprétée par Jennifer Tung, une sous Michelle Yeoh, cantonnée la plupart du temps à des apparitions sans lendemain dans des petits rôles à la télévision (« Le Caméléon », « Charmed », « Les Experts Miami ») ou au cinéma (« Star Trek Insurrection », « Contagion »).

L’épisode introduit le personnage récurrent de la charmante Judy Barnett, psychiatre de la CIA, jouée par Patricia Wettig ; et celui de Steven Haladki - un agent énervant qu’on adore détester - joué par Joey Slotnick. L’épisode introduit aussi « The Man » (« Le Monsieur » en VF), ennemi principal de la CIA et du SD-6 au visage inconnu.

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13. JEUX DANGEREUX – 2E PARTIE
(THE BOX – PART 2)

 

Scénario : Jesse Alexander et John Eisendrath

Réalisation : Jack Bender

Résumé

Sydney doit désamorcer la charge explosive qui va détruire le bâtiment du SD6. La CIA doit intervenir de façon discrète afin de sauver les Bristow père et fille et de savoir et de récupérer ce qui se cache dans le coffre de Sloane.

La critique de Patrick Sansano:


Baisse de régime dans cette seconde partie un peu longuette et sans surprises véritables.

On attend une confrontation Sydney/Cole. Elle se fait attendre (rien dans le premier quart d’heure), mais l’on retrouve par contre avec plaisir les personnages de la vie privée de Sydney : Francie et Tippin, même si Francie est reléguée à un simple rôle de confidente (Il n’est plus question de son mariage avec Charlie).

La déception est grande de ne pas avoir d’affrontement entre la Michelle Yeoh du pauvre et Sydney, Toni étant une improbable collègue de 007 (le SIS, secret intelligence service), que Cole tuera sans raison dans un accès de folie. Avec une clé de consigne, Tippin retrouve le rapport d’autopsie de la femme de McNeil. Pour le reste, on ne pointera pas de l’index ( !) Sloane qui sacrifie son doigt pour désactiver la bombe.

La mythologie revient avec un flacon dont l’ivresse sera réservée à Vaughn et à la CIA qui la récupèrent. Les combats Cole/Sydney en deux manches sont bons, mais identiques à ce que l’on voit habituellement dans la série. Le scénario hautement improbable qui voit Sydney sauver Sloane, l’homme qu’elle est censée détester le plus au monde, n'est pas vraiment convaincant, c'était l'occasion ou jamais de le voir mourir.

Fallait-il faire un épisode en deux parties si l’on tient compte des nombreuses et inutiles scènes de Sydney dans la structure du bâtiment ? « Jeux dangereux » laisse le temps au spectateur de tout comprendre quand la série jusqu’ici le bousculait avec deux à trois destinations et identités de Sydney par opus. La fin ouverte avec un Cole capturé vivant permettra un retour du personnage.

Reste le nouveau méchant « Le Monsieur » dont on ne sait pas grand-chose à la fin du double épisode. Point négatif : Sydney en tenue de mécano si elle fait jouer ses muscles et brille dans les combats n’est jamais féminine ni sexy, un des atouts de la série. L’aspect glamour est complètement absent ici.

Le rapprochement amoureux Sydney/Vaughn est cependant évident même s’il reste latent. En dehors de nous avoir montré un SD6 vulnérable, l’incursion Tarentinesque n’aura pas fait avancer l’intrigue.

La critique de Clément Diaz:

 

La deuxième partie de The Box se caractérise par une plus grande importance donnée à l’action principale. Conséquence, l’intrigue de Will s’efface pour mettre au centre l’invasion du SD-6, plus naturelle à exciter les nerfs du spectateur. Alexander et Eisendrath font monter la sauce grâce à un compte à rebours explosif, un Cole de plus en plus dément, et un Sloane plus téméraire et héroïque que jamais. Le spectateur sort secoué de cette aventure trépidante et ne boudera pas l’absence de cliffhanger !

La CIA, par manque de preuves, ne veut pas intervenir. Heureusement, superagent Vaughn se rend lui-même au SD-6, dégommant une sentinelle en passant. Il est un poil énervé là ! Retrouvant Sydney, il « remplace » son père et ainsi, pour la première fois, nos deux compères agissent ensemble sur le terrain. C’est une réussite, car la scène du premier explosif est très bien écrite. Suspense et action ultra concentrés, réhaussés par la photographie clair/obscur de Michael Bonvillain. Et il y’a bien entendu un agent double dans la petite fête. En comptant Jack et Sydney, ça fait trois agents doubles dans le même lieu : du Alias pur !

Cole continue son fielleux numéro. Sa scène avec Sydney où il évoque cinq ans plus tôt les avances qu’il lui avait faites, est un superbe moment dramatique sous un vernis d’humour noir et d’autodérision. Cole est d’autant plus effrayant qu’il est en réalité ce que pourrait devenir Sydney si, comme lui, elle se laissait consumer par sa haine envers Sloane : une espionne sadique et sans morale. Un thème que Quentin Tarantino lui-même exploitera dans Kill Bill. Cole se révèle aussi un excellent combattant lors de son trépidant duel contre Sydney, épicé par ses répliques démentes. Sydney devra d’ailleurs réclamer une revanche pour l’arrêter.

Mais le héros de l’épisode se révèle in fine être le chef du SD-6. Même sous la torture, il a le culot de provoquer Cole qui sous la pression perd son sang-froid (une scène un peu too much, mais efficace !). Mais surtout montre une détermination peu commune par une mutilation ahurissante. Si Sloane a peu de pitié envers ses semblables, il n’hésite pas à payer de sa personne quand les circonstances l’exigent.

Le happy end est arraché dans la douleur, incluant un rare moment d’affection entre Jack et Sydney. Un double épisode vraiment réussi.

Les infos supplémentaires

Tippin dit que Francie et … Sydney ont une vie normale, alors que lui est sur une enquête sur une affaire dangereuse.

Will déclare que, déguisé pour échapper aux filatures, il ressemble à Gabe Kaplan. Kaplan est un joueur de poker américain, qui après une modeste carrière d’acteur est aujourd’hui considéré comme un des plus grands maîtres de ce jeu.

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14. POKER MENTEUR
(THE COUP)

 

Scénario : Alex Kurtzman et Roberto Orci

Réalisation : Tom Wright

Résumé

Sydney et Dixon sont envoyés à Las Vegas dans un casino sur la piste d’un agent du KD. Sydney se trouve face à son amie Francie et à son boy friend Charlie dont elle a découvert l’infidélité. Elle parviendra à écarter l’homme volage de son amie. Puis c’est sa première confrontation, en Russie, avec le mystérieux Sark.

La critique de Patrick Sansano:


On regrettera de voir Dixon dans un déguisement ridicule et improbable. Les intrigues foisonnent (Tippin et McNeal/Sydney et son professeur/Sydney et Sloane/Sydney et le passé trouble de sa mère...). Pour la première fois, la vie privée et professionnelle de Sydney se mélangent. Elle rencontre son amie Francie dans le casino de Las Vegas, tandis qu’une idylle se dessine avec Vaughn. Notons tout de même un souci de continuité feuilletonnesque : la blessure à la joue de Jack Bristow à Cuba par exemple est toujours là. Le doigt de Sloane va guérir. On rappelle au téléspectateur ces détails afin qu’il comprenne qu’ « Alias » est un univers qui se construit petit à petit. La mythologie Rambaldi (parfois abandonnée) est plus que jamais présente en fil rouge.

Les scènes entre Francie et Sydney semblent sorties de « Beverly Hills ». Celles en Russie où Sydney échappe miraculeusement aux balles de mitraillages appuyés d’un James Bond , les missions sont « impossibles » et les cliffhanger sont de retour.

Sark interprété par David Anders est une grosse erreur de casting : trop jeune, trop minet, il n’est pas du tout un méchant à la hauteur. Jennifer Garner ayant plus de scènes à jouer que Ron Rifkin, c’est elle qui tire son épingle du jeu en cette mi-saison. Face à son professeur d’université, elle ressemble à une sage petite étudiante, face à Francie à la meilleure amie modèle, tandis qu’en mission, elle compose un personnage digne de Lara Croft. Passer par autant de registres différents tout en restant crédible est une belle prouesse.

La critique de Clément Diaz:

 

The coup introduit un nouveau personnage récurrent, l’électron libre qui va semer une pagaille homérique dans tous les camps en présence, l’équivalent de l’Alex Krycek des X-Files : Mr. Julian Sark ! Malgré sa jeunesse (20 ans), David Anders le nimbe d’une présence brillante. Il ressemble beaucoup au personnage de Nicholas Lea : gueule d’ange, gâchette facile, humour pince-sans-rire, diplômé ès bluff… et punching-ball des bons comme des méchants. Toutefois, il se distingue par ses motivations, plus animées par ses intérêts personnels que par la vengeance.

Par ailleurs, Kurtzman et Orci ont la géniale idée d’imaginer une collusion entre les deux vies de Sydney, et une dernière mission bourrée d’adrénaline s’achevant sur un des cliffhangers les plus spectaculaires de la série. Malheureusement, l’épisode traverse en son milieu un passage à vide soap opera, très hors de propos.

Sydney voyant son idéalisation de la mère voler en éclats, commence à douter de son choix d’études, choisies en hommage à elle. Mais son dilemme intérieur est vite expédié en quelques scènes pleurnichardes. Une mini-intrigue pour rien donc.

Will nous amuse en volant sans se faire voir un document secret. Les fiançailles de Fran et Charlie donnent une excellente première scène très Gilmore girls (dialogues frénétiques inclus), un twist plein d’effet sur la révélation de la double vie de Charlie… et une emmerde impériale pour Sydney qui les rencontre en pleine mission dans un luxueux casino de Las Vegas ! Cette « double mission » permet un suspense du tonnerre - d’ailleurs le thème du générique est ici réorchestré à la 007, on s’y croirait - et un numéro tordant de Carl Lumbly en joueur de poker bling-bling.

Malheureusement, l’épisode dévie de sa trajectoire et enchaîne une rupture telenovela entre Fran et Sydney, avec un médiocre mélo (les souvenirs mièvres de Sydney et Jack). Lorsque c’est au tour de la sentimentalité niaise de Vaughn qui aimerait sortir avec Sydney, on a une furieuse envie de presser le bouton avance rapide. Heureusement, la coda voit l’entrée en scène du régalant Sark, et c’est peu dire qu’on est conquis. Le personnage et l’acteur sont plein de promesses. Le cliffhanger est haletant, avec une Sydney suspendue et prise entre deux feux. Wouf !

Les infos supplémentaires

Une semaine s’est produite depuis l’attaque du SD6 par Cole.

Depuis « Alias », David Anders a joué dans trois séries des rôles récurrents : « Heroes », « 24 heures chrono » et « Vampire diaries ».

Sark travaille pour « Le monsieur » qui sonne de façon un peu idiote en VO. Ceux qui ont vu la série savent l’importance du personnage qui se cache derrière.

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15. PAGE 47
(PAGE 47)

 

Scénario : J.J.Abrams et Jeff Pinkner

Réalisation : Ken Olin

Résumé

Sloane fait part à Jack Bristow de son intention de tuer Tippin. Sydney est envoyée en Tunisie pour récupérer un manuscrit de Rambaldi dont la 47e page recèle un secret important.

La critique de Patrick Sansano:



Indestructible comme un personnage de dessin animé, Sydney s’en sort toujours. Quand elle ne met pas KO ses adversaires avec ses techniques de combat, elle les trouble avec sa plastique qui les distrait et leur envoie des sprays somnifères. Le jeu du chat et de la souris entre Tippin et le SD6 atteint ici son paroxysme. Sans le savoir, le jeune homme est à la table de ses potentiels tueurs. On se doute que son enquête est arrivée dans l’impasse où serait tout individu lambda devant une affaire de cette ampleur. Une scène ici montre l’immense différence entre la beauté et le talent : la comédienne Sarah Shahi que l’on voit au lit avec Tippin est adorable, mais l’imagine-t-on un instant dans le rôle de Sydney ?

L’arrivée de l’héroïne de « Carrie » Amy Irving en épouse cancéreuse de Sloane, Emily, n’ajoute rien à la série. D’une part, on imagine très mal une amitié Sydney-la femme du chef du SD6. Un tel homme avec un tel poste conserve normalement sa vie privée dans un secret absolu. Les scénaristes ont eu là une bien mauvaise idée, car la série baignant déjà dans l’irréalisme le plus total avec la survie perpétuelle de Sydney qui empêche une narration réaliste, il fallait compenser avec des intrigues dont la probabilité pèse dans la balance en sens inverse. Sloane ferait bien de consulter un ophtalmo où alors il fait exprès. Lorsqu’il surprend Sydney en train de le trahir (ici elle a ouvert son coffre), il accepte l’explication maladroite que lui sert sa subordonnée. S’il la protégeait, il ne s’y prendrait pas autrement. Parmi les incohérences du script de cet opus, pourquoi Sloane parle-t-il de son projet d’assassinat de Tippin déjà décidé à Jack Bristow si ce n’est pour permettre par une contorsion de l’intrigue pour permettre au personnage de survivre ? On n’y croit pas un instant.

Les touches d’humour font mouche : Jenny qui jette de sa voiture Tippin qui a eu la bien mauvaise idée de la quitter alors qu’il était dans un endroit perdu, Sloane qui demande au même journaliste quels sont ses projets d’article. La scène de la bouteille de vin à aller chercher en plein dîner nous donne l’impression d’être au théâtre dans un vaudeville. « Alias » est tout sauf sérieux, et il faut prendre cette série pour ce qu’elle est : un mélange d’espionnage et d’aventures avec une touche de fantastique mais beaucoup de second degré. « Alias » n’est jamais si bonne que lorsque la série reste dans la fiction la plus assumée.

La critique de Clément Diaz:



Page 47 a un scénario certes bien découpé, mais grêvé par des scènes de remplissage. Elle comporte néanmoins un morceau de bravoure avec une des missions les plus suicidaires de Sydney, où aucun garde, aucune bagarre, aucune arme n’est pourtant en jeu, ce qui n’empêche pas un superbe suspense. Les dernières secondes achèvent de faire basculer la série dans les lisières mystérieuses du Fantastique.

Dès lors que Jack prend l’affaire en main pour « persuader » le journaliste d’arrêter les frais, il est impossible de s’inquiéter pour lui car Jack n’a pas le moindre envie de rétrécir le cercle social déjà restreint de sa fille. Cette histoire n’a donc rien d’effrayant. La scène de prison est meilleure quand Will sans le savoir mise sa vie sur un simple mot, et que Jack est impuissant à le protéger s’il fait le mauvais choix. La scène où Will largue Jenny (Sarah Shahi, plus torride que jamais) et Jenny largue Will dans un autre sens du terme, donnent une touche de comédie plutôt rare dans la série !

Le dîner chez les Sloane est le clou de l’épisode. Il permet de découvrir Emily (Amy Irving, très bien), épouse innocente du monstre. L’ironie aiguë qui voit Will serrer la main du chef du SD-6 ainsi que le père de Sydney qui lui a fait passer un sale quart d’heure est très bien trouvé. Les répliques volontairement anodines accentuent l’effet des gros plans de Ken Olin sur les trois espions attablés. Une autre facette de Sloane se fait jour, car le terroriste sanguinaire - dans l’épisode, il demande négligemment d’exécuter un prisonnier - montre une grande affection envers sa femme. Ron Rifkin joue en virtuose toutes les facettes de son personnage. La mission est remplie par un suspense frénétique quand Sydney fouille le bureau de Sloane.

Quelques scènes gâchent cet épisode : celle où Sydney et Francie choisissent de retirer leurs alliances pue le soap estudiantin. La mission de Sydney en Tunisie ne provoque pas la moindre étincelle : Sydney ne faisant que neutraliser les gardes avec son spray anesthésiant, c’est tout. Toutefois, elle est divine en tenue de plage…

Plus dommageable est sa naïveté toujours plus creusée : elle répugne cette fois de manipuler l’épouse de Sloane. On comprend que J.J.Abrams tient à nous montrer son idéalisme, mais là, notre cher agent flirte avec le non-professionnalisme.

La fin désarçonnera tous les fans du show. Par ce cliffhanger renversant, Alias développe sa dimension Fantastique, laissant fan devant une foule de questions…

Les infos supplémentaires

Dickson en voyant Sydney en bikini fait une allusion à « Alerte à Malibu ».

Amy Irving (1953) joua Sue Snell, la "survivante" du carnage perpétré par la première « Carrie » du cinéma (Brian De Palma, 1976).

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16. LA PROPHÉTIE
(THE PROPHECY)

 

Scénario : John Eisendrath

Réalisation : Davis Guggenheim

Résumé

Sydney se retrouve quasiment en état d’arrestation par le DRS (département des recherches spéciales), branche de la NSA chargée des phénomènes surnaturels, qui veut lui faire passer des tests médicaux suite à une mystérieuse prophétie. Sloane pense avoir identifié « Le Monsieur » en la personne du russe Alexander Khasinau. Il demande comme un service personnel à Sydney de voir sa femme condamnée par le cancer. Edward Poole (Roger Moore), membre anglais de l’alliance des douze, pousse Sloane à soupçonner un ami de trahison. Sydney et Vaughn doivent mener une mission au Vatican à la recherche d’un secret de Rambaldi.

La critique de Patrick Sansano:


Roger Moore a été à partir d’un physique avantageux l’un des séducteurs de la télévision ("Invanhoé", « Le Saint », « Amicalement vôtre ») et au cinéma (« James Bond », « Gold », « Les oies sauvages ») mais lorsqu’il a tourné cet épisode, il avait 74 ans et demi. On ne peut pas lui reprocher son âge, mais dans la mesure où il a été malade (cancer) et a prématurément vieilli par rapport à Sean Connery, et n’ayant pas le talent d’un Patrick Mc Goohan, il donne ici au public une image de lui détériorée. Après avoir quasiment arrêté le métier en 1985 après « Dangereusement vôtre », il a cru bon de revenir dans des nanars comme « Ice fire and dynamite » (1991), « Le grand tournoi » (1994) ou dans cet épisode d’Alias. Il a fait la même erreur que son compère d’Amicalement vôtre Tony Curtis qui s’est rendu ridicule dans « L’homme homard venu de Mars » en 1989. Sans son physique exceptionnel qui en faisait le Cary Grant de son époque – acteur qui lui a su s’arrêter à temps – Roger Moore n’est plus que l’ombre de lui-même. Dans le rôle d’Edward Poole, il est tout simplement pathétique.

L’épisode tout entier est un désastre. On ne regarde pas « Alias » pour voir une série cérébrale, et si tel était le cas, on mettrait Helen Mirren, Meryl Streep ou n’importe quelle laideron tue-l'amour intello dans le rôle de Sydney. Nous rejoignons là le problème Roger Moore : quel est le plus grand atout de Jennifer Garner ? Sa plastique évidemment, sachant qu’elle allie sex appeal et intelligence et n’est pas une gourde bimbo. Ici, elle est toujours filmée sous l’angle le plus désagréable. Sans une dose de scènes sexy dans ses missions impossibles aux quatre coins du globe sous les déguisements les plus affriolants, elle devient une actrice quelconque.

Pour à la fois capter la mode « Da Vinci Code » et donner un petit aspect X Files avec le service des phénomènes paranormaux, on envoie Sydney à Rome au Vatican. On obtient donc un salmigondis d’éléments scénaristiques improbables et un épisode profondément ennuyeux et statique. 

Le seul comédien à tirer son épingle du jeu est Ron Rifkin notamment dans la scène où il retrouve son ami le traître ou supposé tel. Le comédien qui alterne le rôle du s alopard intégral et du chef qui peut avoir des faiblesses humaines est absolument prodigieux.

L’épisode calamiteux n’est pas sauvé par les personnages secondaires (Fran et Will Tippin se contentent ici de passer les plats), ni par l’affligeant Vaughn décidemment héros insignifiant.

La critique de Clément Diaz:



La foudroyante révélation du précédent épisode contraint John Eisendrath à faire un virage en tête-à-queue à propos de la conception d’Alias : la série d’espionnage teintée de Fantastique devient subitement dans cet épisode une série Fantastique avec un prétexte « espionnite ». Un renversement trop brutal pour être convaincant et qui fait de The Prophecy le premier coup de faiblesse de la série. Contrairement au duo Morgan-Wong qui modifia aussi brutalement la série MillenniuM en un seul épisode, Eisendrath se perd dans un bourbier mystique grandiloquent, et abuse de quelques facilités comme de voir la sérieuse CIA se pencher sur un problème « paranormal ».

Le pompier de l’épisode s’appelle Ron Rifkin, soutenu par une immense guest star : Sir Roger Moore !! C’est un plaisir de retrouver ce grand acteur dans un rôle bien trouble ; et c’est par ce duo excellent que l’épisode évite le crash complet. Le tout est porté par la musique vaporeuse et maléfique de Michael Giacchino.

L’épisode se résume surtout à du brassage de vent autour d’un faux suspense : Sydney est-elle le sujet de la prophétie de Rambaldi ? On se doute de la réponse, et les états d’âme de l’héroïne et de son père se succèdent sans fin. La série de questions du début est interminable, et ce n’est pas la mission-éclair au Vatican, expédiée en deux temps trois mouvements, qui va relever le niveau. Si Amy Irving accomplit une belle prestation en femme devant sa mort prochaine, ce n’est que du remplissage. Le cliffhanger sur le contenu de la prophétie est d’une pomposité ridicule. A peine immergée dans le Fantastique qu’Alias se caricature déjà, mauvais signe…

On s’intéresse davantage à la petite intrigue voyant Sloane confronté à la possibilité d’une trahison d’un de ses amis au service d’Alexander Khasinau (le « Monsieur »). Même un monstre a sa part d’humanité, et Sloane répugne particulièrement d’en venir à des situations extrêmes, malgré les preuves de Poole (Roger Moore, distillant joyeusement le malaise). La scène du jardin public est remarquable de suspense et de drame latent. Le twist final est cruel et pour un peu, on aurait pitié de Sloane ! Tandis que nous découvrons l’Alliance, une assemblée d’hommes froids et méthodiques, qui n’est pas sans rappeler le Consortium X-Filesien ! La performance de Rifkin rachète en partie l’échec de cet épisode, exhalant un frisson glacial à chaque réplique.

Les infos supplémentaires

Nous en apprenons un peu plus sur l’alliance des douze. Leur réunion ressemble à celle du SPECTRE dans « Opération tonnerre » ou des envahisseurs dans l’épisode « Action de commando ».

Arvin Sloane a été mêlé aux évènements du Chili et à la chute de Salvator Alliendé.

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17. QUESTIONS-RÉPONSES
(Q AND A)

 

Scénario : J.J.Abrams

Réalisation : Ken Olin

Résumé

Arrêtée par le FBI, Sydney qui risque de rester enfermée à vie au secret est interrogée par un trio dont l’assistant directeur Kendall. Cela risque de compromettre sa couverture au SD6. Vaughn et Jack Bristow vont donc tenter de la faire évader. Dans le même temps, l’interrogatoire est le prétexte à connaître tout ce qui s’est passé depuis le premier contact en 1994 entre l’agent et le SD6.

La critique de Patrick Sansano:


Quel est le point commun entre « Le fugitif » avec David Jansen et « Alias » ? Outre le fait que l'histoire des séries télévisées américaines est un éternel recommencement, le rapprochement ici est flagrant. Dans le pilote, nous prenons l’action en cours de route. Il faut attendre l’épisode 01.14 « La fille de la petite Egypte » pour que dans une longue scène de flash back, le docteur Richard Kimble raconte son histoire et que nous voyions enfin tout ce que nous avons deviné jusque là : la dispute entre Helen et Richard, le petit garçon pêcheur dans la rivière seul alibi de Kimble mais que l’on ne retrouvera pas, le manchot qui s’enfuit de la maison, le jugement, la condamnation à mort, l’évasion. Il faut attendre 14 épisodes pour voir tout cela. Et 17 dans « Alias », pour qu’à travers un interrogatoire, nous puissions découvrir en détail le recrutement de Sydney Bristow au SD6, et tout ce qui précède le premier épisode, « Agent double ». Dans cette optique, « Questions réponses » est le vrai pilote de la série.

Cet épisode qui nous présente Sydney en victime, mais ayant retrouvé son allure des beaux jours même si elle est prisonnière, permet à l’héroïne de gagner un énorme capital sympathie auprès du téléspectateur. Elle est désormais accusée de mille maux, comme jadis le docteur Kimble. La beauté de Jennifer Garner faisant le reste, elle est l’agneau innocent que le méchant FBI veut sacrifier.

Kendall, l’homme du FBI, se donne beaucoup de mal pour être l’inquisiteur menant l’interrogatoire à cette belle jeune fille dont l’innocence se lit dans les yeux et à laquelle on donnerait le bon Dieu sans confession. Terry O’Quinn est contraint de jouer les abrutis, alors que la personne en face de lui est coopérante et donne toutes les réponses aux questions qu’il pose.

L’épisode se présente comme une compilation best of de Sydney Bristow dans les tenues les plus avantageuses, alternant avec ses regards de biche apeurée innocente victime d’une justice aveugle comme le docteur Kimble. Malheureusement, O’Quinn n’a pas le talent de Barry Morse/le lieutenant Gerard. Par contre, Jennifer est infiniment plus agréable à regarder que David Jansen, Dieu ait son âme.

Il y a déjà tellement de méchants dans « Alias » que Steven Haladki/Joey Stotnick, ex agent du FBI ayant rejoint la CIA et passant son temps à horripiler Vaughn ne trouve pas sa place. Il est plus une tête à claques qu’autre chose.

Passées les images que nous n’avons jamais vues (le recrutement au SD6 avant la mort de Danny), l’épisode devient sans doute le seul clip show qui ne dégage pas l’ennui de ce procédé souvent employé en fin de saison. Nous revoyons les meilleurs combats, les meilleures cascades, les tenues de soirée les plus sexy.

« Alias », c’est Jennifer Garner, et vice-versa. La comédienne est tellement talentueuse, lumineuse, qu’elle éclipse complètement la présence du pourtant brillant (habituellement) Terry O’Quinn, réduit ici, à présenter Sydney Bristow. FBI contre CIA, on nage en pleine invraisemblance. Loin de desservir la série, elle renforce la prestation de l’héroïne et l’interprétation de Jennifer Garner.

La comédienne est belle, mais là où une autre actrice n’aurait été qu’une gravure de mode, il y a son charme. Elle en dégage tellement qu’elle rend crédible voire fait oublier le script idiot. Quel fou ce Rambaldi avec ses prédictions ! Qu’y a-t-il de plus beau sur terre qu’une jolie fille ? La femme est l’avenir de l’homme disait Aragon et Jennifer l’avenir d’Alias.

Après le clip show, nous avons droit à la plus éprouvante, la plus ahurissante des poursuites en voiture. Il n’y a pas plus de réalisme dans l’espionnage de la série que dans les Bond. On est invités à entrer de plein pied dans l’incroyable. Il y a ici des clins d’œil à des affaires célèbres (l’évasion d’O J Simpson). Une scène est ici directement pompée sur le Bond « Dangereusement vôtre », les Broccoli auraient pu porter plainte. Sydney est plus forte que la police, que le FBI, que la CIA, que la mort. Cet épisode, monté autrement, aurait été (comme « La fille de la petite Egypte » pour Kimble) le pilote idéal.

On sait tous désormais, après Roger Moore et Jennifer Garner, quoi faire pour rester en vie sous l’eau si l’on y tombe avec notre voiture.

J J Abrams a frappé très fort. Au moment où la série commençait à s’épuiser, il nous donne une révélation importante dans les dernières images. Cela relance l’intrigue comme si nous repartions à zéro. Il était temps de gommer l’ardoise.

Jadis, un critique de cinéma avait dit à propos de la comédienne Diane Keaton, l’égérie de Woody Allen : « Quand on la voit, elle rend plus heureux ». Jennifer Garner, c’est pareil. On ne sait plus si c’est le personnage ou l’actrice tant ils se confondent. On a envie de dire, de clamer, de crier : « Sydney, on t’aime ». Et comme l’avait écrit le magazine « Première » il y a longtemps à propos de "Greystoke" avec Christophe Lambert, « si on n’a pas la suite, très vite, ça va chier ».

La critique de Clément Diaz:

 


Un épisode de série américaine, ça coûte cher. Pour amortir les coûts, il existe deux possibilités : le « bottle épisode » (épisode à l’action confinée dans un local clos) et le clip-show, où l’intrigue est prétexte à projeter des extraits d’épisodes précédents, rendant l’épisode peu intéressant à regarder. Ce procédé inventé par les Avengers dans Homicide and old lace (saison 6) est le choix de J.J.Abrams pour Q and A. Surprise : on ne s’ennuie pas vraiment, il y’a même de bonnes surprises.

Le prétexte ? Sydney est interrogée par le FBI - entre les X-Files et Alias, on remarque que l’institution n’est décidément pas traitée sous un jour ensoleillé - et chacune de ses réponses est décrite en images par un montage de flash-backs, un point c’est tout. Mais les dix premières minutes sont intéressantes car Sydney raconte plus précisément son intégration au SD-6 via des images spécialement filmées pour l’épisode. Abrams imagine une histoire convaincante étant donné le peu de temps qu’il lui est imparti - le clip-show bouffe 75% du temps - et peut se reposer sur une admirable guest star : Terry O’Quinn, qui cinq ans après le Peter Watts de MillenniuM interprète l’agent du FBI Kendall.

Kendall est un agent cordial et réfléchi, mais son absence de compassion, et son ironie, en font un « interrogateur » éprouvant pour Sydney. Il n’est pas étonnant que J.J.Abrams se souviendra de lui dans Lost en lui offrant le rôle de John Locke.

Abrams ayant conscience que tout spectateur rêve d’éclater la gueule à l’irritant Haladki (Joey Slotnick est parfait dans le rôle, une bonne sale tête), charge Jack Bristow de lui faire une petite correction quand Vaughn apprend ses secrets. Une fenêtre est ouverte sur le réel jeu d’Haladki : n’est-il qu’une veule crapule ou cache-t-il quelque chose de plus innommble ? Pendant que le clip-show défile, les spectateurs attendent avec impatience la résolution de la situation critique de Sydney, dont le double jeu s’effondrera si la CIA n’arrive pas à la faire évader.

Ce sont toutefois les dernières minutes qui nous collent le plus à l’écran, avec une course-poursuite en voiture au final spectaculaire. Final qui amène un cliffhanger subjuguant, ouvrant de nouveaux horizons à la série…

Les infos supplémentaires

Terry O’Quinn est célèbre pour trois rôles : Watts dans « Millennium », Darius Michaud dans le film « X files, combattre le futur », et surtout Locke dans « Lost les disparus », autre série de J J Abrams.

Syd déclare au début de l’interrogatoire Je n’ai rien à cacher, ce qui est rappelons-nous, la politique officielle du FBI dans les X-Files (tu parles…) comme le rappelle Skinner dans l’épisode X-Cops !

Dans la maison secrète du FBI, on aperçoit un panneau Authorized personnal only. Inscription qui aura une grande importance dans les deux dernières saisons.

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18. POINT FAIBLE
(MASQUERADE)

 

Scénario : Roberto Orci et Alex Kurtzman

Réalisation : Craig Zisk

Résumé

La mère de Sydney serait vivante. Notre héroïne en mission retrouve un de ses ex, Noah Hicks. Sloane promet à Sydney de l’aider à retrouver sa mère. Khasinau aurait été le supérieur de Laura Bristow au KGB. Bien commode, puisque Khasinau est la cible du SD6. Sloane envoie Sydney en mission à Vienne.

La critique de Patrick Sansano:


Cette-fois, en début d'épisode, clin d’œil à « MI2 » avec Tom Cruise et la scène d’escalade refaite avec l'héroïne.

Pauvre Sydney ! Elle n’était déjà pas gâtée avec un père comme Jack, ne parlons pas de son agent de KGB tueuse qui lui sert de mère. On comprend mal d’ailleurs l’attachement qu’elle peut lui vouer. Arvin Sloane devient un substitut de père pour Sydney, ce qui paraît hautement incroyable pour un serpent à sonnette.

Noah Hicks est vraiment un fou : se contenter d’envoyer un mail publicitaire codé pour garder une petite amie comme Sydney. D’autre part, si Michael Vartan et Edward Atterton/Danny sont de beaux garçons plausibles comme amants de Sydney (sans parler de Bradley Cooper devenu depuis « Alias » une star dont les dames s’extasient devant la beauté), le comédien Peter Berg n’a pas un physique très avantageux. Que la belle « remette ça » avec Noah relève d’une incohérence scénaristique totale, ou nous laisse percevoir qu’elle est « en manque », ce qui n’est pas très charitable. Elle mérite bien mieux

Les scènes d’extérieurs (forêts) sont admirablement bien montées avec celles du laboratoire. On retrouve le canevas scènes de réceptions luxueuses/castagnes/évasions improbables. On nage en pleine bande dessinée. Le raccord avec l’étude psychologique des personnages est parfois ténu mais les ficelles souvent grosses résistent au choc.

Les scénaristes mettent l’accent sur la recherche de la mère. Fantôme dont l’ombre flottait sur la première partie de la saison, on comprend que la concrétisation du personnage soit le but souhaité, mais il ne faut pas le concrétiser trop vite de peur de perdre le téléspectateur en route.

Dans le monde d’Alias, tout est duplicité, faux semblants, tromperie. On ne sait jamais qui est qui, qui travaille pour qui, agents doubles, triples, ou oeuvrant pour leur compte personnel. La quintessence est atteinte avec le personnage de Sloane qui passe d’assassin froid (le fiancé de Sydney, l’ami de l’époque Alliendé) à épaule compréhensive et forte sur laquelle se reposer.

La série serait caricaturale sans les deux acteurs magnifiques que sont Jennifer Garner et Ron Rifkin, qui continuent à survoler une distribution parfois faible (Marshall/Kevin Weisman devient carrément insupportable). Rifkin a un tel magnétisme dans son hypocrisie, que l’on note souvent à l’expression rusée de son regard, qu’il vendrait des congélateurs aux esquimaux. Il est le mal dans toute sa splendeur vénéneuse, séduisant comme un Christopher Lee en comte Dracula naguère. Malheureusement, le comédien est trop souvent confiné dans l'ombre du quartier général du SD6. On aimerait que son visage prenne davantage la lumière et que le chef opérateur puisse nous le présenter sous divers profils avantageux.

Jennifer Garner nous prouve à chaque image qu’on a raison de l’aimer. A sa place, n’importe quelle beauté nunuche, se serait cassée les dents à interpréter une Lara Croft inconsistante. Elle lui donne vie et nous ensorcelle, faisant passer les invraisemblances du scénario. J J Abrams ne s’est pas trompé en choisissant avec une précision d’orfèvre ces deux comédiens sans lesquels tout l’édifice s’écroulerait. On en a la preuve lorsque l’on constate que des séries comme « Sydney Fox aventurière », portées par des acteurs insipides, sont vite passées aux poubelles de l’histoire des séries télé. 

Notons que la vie étudiante de Sydney et ses échanges parfois houleux avec son professeur disparaissent, tandis que Fran et Will Tippin sont réduits à la portion congrue.

« Alias » restera une référence dans son genre. Il sera difficile pour une autre série d’aller plus loin. Depuis la fin de la série (2006), aucune ne s’y est d’ailleurs risquée.

La critique de Clément Diaz:

 

 

Masquerade ouvre un nouvel arc dans la Mythologie déjà bien remplie dAlias. Le « cherche Maman désespérément » version Abrams fonctionne plutôt bien : affrontements, conflits dintérêts, beaux numéros dacteurs. Et lintroduction dun ex de Sydney rafraîchit non seulement la valse-hésitation de lhéroïne entre Will et Vaughn, mais est empaqueté dans une intéressante intrigue despionnage.

Lépisode se centre d’abord sur la réaction des protagonistes face à la survie de Laura. Sydney a viscéralement besoin de la retrouver, mais que peut-elle attendre dune rencontre avec ce monstre si ce n’est chagrin et déception ? Ce conflit la rend émouvante, tandis que Jennifer Garner élargit sa palette d’émotions.

Jack Bristow est encore plus à plaindre. Ses subits accès de colère envers Sydney et Sloane et son refuge dans lalcool, sont témoins de sa confusion mentale. Syd doit user dexpédients retors (remarquable scène du bar) pour le remettre sur les rails. Son dialogue de sourds désespéré et manipulateur à la fois entre lui et Judy Barnett est mémorable. Face à un Garber fuyant, Patricia Wettig rayonne de fermeté et de charité.

Sloane, toujours aussi paternel envers Sydney, trouble encore plus son image de Big Bad. Ron Rifkin est comme toujours monumental.

La fusion inattendue de cette histoire et celle de Khasinau permet au tourbillon darcs de se simplifier sans perdre son efficacité.

La mission à Vienne marche à l’accumulation si chère au duo Kurtzman-Orci : suspense haletant, arrivée de l’ex de Sydney, découpage de cadavre, bagarre sur une valse viennoise (comme dans LHomme aux deux ombres des Avengers)... Peter Berg est un bon choix pour un Noah Hicks sympathique et mystérieux. On retient aussi la mission où Sydney est enfermée dans une pièce à - 150°C, Noah s’y montre efficace.

Entre deux scènes, Will et Fran, tombent sur un billet compromettant de Sydney. Ca chauffe décidément dans tous les coins ! Finalement, comme sils avaient pitié, les scénaristes octroient à Syd une nuit d’amour avec Noah, bref répit avant qu’elle reparte dans sa spirale infernale. Un épisode dense et rythmé.

Les infos supplémentaires

Fran découvre un billet d’avion pour Rome qui prouve que Sydney a menti et n’était pas à Seatle pour le crédit Dauphine.

La CIA oblige Jack Bristow à consulter un psychiatre.

Premier rapport amoureux de Sydney depuis la mort de Danny Hecht

Pas de cold open, le générique commence l’épisode après l’introduction. Seulement visible dans le pilote et finale de la saison 1.

 

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19. FACE CACHÉE
(SNOWMAN)

 

Scénario : Jesse Alexander et Jeff Pinkner

Réalisation : Barnet Kellman

Résumé

Alors qu’ils font l’amour, Sydney et Noah Hicks manquent être tués par les hommes de Khasinau. Ils rapportent une vidéo montrant la mère de Sydney, Irina Derevko/Laura Bristow. Noah offre à Sydney l’occasion de fuir le SD6 avec elle. Au cours d’une enquête aux quatre coins de la planète, d’Afrique du sud en Australie, Sydney va affronter un adversaire inattendu.

La critique de Patrick Sansano:



« Alias » est un feuilleton, et à ce titre, il est difficile de noter bon ou mauvais les épisodes lorsque l’action est continue, suite de l’épisode d’avant et préquelle du suivant. Ici, les producteurs ont pris un film de mettons 90 minutes, ont coupé dans les bobines ou presque, de façon à rendre l’histoire impossible à déchiffrer pour le téléspectateur, tellement abreuvé d’informations et traversant le globe à toute vitesse qu’il n’a plus le temps de réfléchir. On a l’impression de traverser l’épisode comme une carte postale, sans prendre le temps de respirer. D’ailleurs, les couples dans « Alias » sont nus en train de faire l’amour et la minute (voire 30 secondes) suivante habillés, sur une improbable moto empruntée à James Bond ou à Ethan Hawk/Tom Cruise. On notera les hommages ou les « emprunts » divers, l’exfiltration des amants se passe comme celle de Claudine Auger et Sean Connery dans le final d’Opération tonnerre. La musique a très envie de ressembler à celle du James Bond theme ou de Mission Impossible. Alors, on regarde tout cela ébahi, sans avoir le temps de dire ouf, sans vraiment tout comprendre (dans cet épisode, entre Sydney et Vaughn, le nombre de destinations parcourues atteignent des records).

Dans le monde d’Alias, il faut faire fi de toute vraisemblance. Votre meilleure amie a trouvé un billet d’avion pour Rome quand vous étiez censée être à Seatle, pas d' importance, vous lui fournissez le plus improbable bobard soit des secrets sur une banque qui demande à ses employés de faire des transactions en main propre (c’est trop simple de faire des virements !) et votre meilleure copine vous croit. Ici, l’émotion a du mal à passer tellement elle est coincée entre une cascade improbable à moto, un combat avec des ustensiles de cuisine, nouvel armement de la ménagère espionne de moins de trente ans, et une scène directement pompée sur le « Mission Impossible » de Brian de Palma où suspendue au bout d’un filin, l’héroïne dérobe un secret. Dans le monde d’Alias, l’homme qui a tué votre fiancé vous assure qu’il va vous aider à retrouver votre mère.

Bien sûr, les décors exotiques ne sont que des trompe l’œil, la série sinon aurait coûté une fortune. On est vite dans les intérieurs, aux lumières tamisées, où l’on cause (peu) et l’on se bat (beaucoup). Il ne faut pas chercher ici la moindre trace de crédibilité, mais la mayonnaise prend bien. « Alias » se contente de recycler les sérials du début du XXe siècle façon High tech début du XXIe. On retrouve même la panoplie de gadgets avec ici un bâton de rouge à lèvres. Tout cela va tellement vite que l’on ne sait plus ce qui relève du SD6 ou de la CIA, à vrai dire le téléspectateur s’en fiche. J J Abrams lui donne l’occasion de le scotcher sur son fauteuil pendant 42 minutes. A une époque où notre triste production hexagonale proposait en long (surtout très long), large et verbeux les enquêtes de Navarro, Julie Lescaut et Isabelle la femme d’honneur, Abrams offrait en un Alias un condensé de vingt ou quarante enquêtes.

Si l’on marche, c’est parce que Jennifer Garner passe des larmes à la superwoman plus vite qu’un demi tour de Wonder woman, que Ron Rifkin jongle entre les protecteurs de jeunes filles et les serpents venimeux mortels le temps d’un changement de regard. On nous offre dans une semi-obscurité un homme atrocement défiguré qui donne des informations à Vaughn, mais comme « Alias » passe à une heure de grande écoute, nous ne le verrons pas trop. Quelques personnages passent complètement à la trappe comme Dixon, présent au début de la série, réduit à quelques apparitions ou Flinkman inutile et qui ne fait plus rire personne, à ce titre on se demande bien pourquoi Sloane ne lui dire une balle en plein front pour nuisance à sa réflexion. Certes, il n’y a pas un pouce de crédibilité dans cette bande dessinée mais l’on ne va bouder notre plaisir. Notons d’ailleurs que l’arc « Rambaldi » d’un épisode à l’autre disparaît pour mieux ressurgir, alternant avec la recherche de la mère de Sydney. Il serait bien fastidieux de résumer à un ami qui l’aurait raté l’épisode, tellement de ficelles narratives sont entremêlées. Un coup de théâtre final avouons le bien improbable vient ponctuer l’épisode au lieu d’un cliffhanger. Nous laissons Sydney en larmes, mais gageons que nous n’aurons pas le temps de lui tendre un mouchoir. On suppose que dans la scène qui ouvrira l'épisode suivant, elle se sera consolée, sera tombée d’avion sans parachute ou en train de faire un combat chorégraphié sur le toit d’un train dans lequel une bombe nucléaire va exploser si on ne déconnecte pas les fils.

La critique de Clément Diaz:


Presto con fuoco ! A un tempo de missile atomique, Jesse Alexander et Jeff Pinkner bâtissent un diabolique scénario carburant à l’énergie pure. Les scénaristes se saisissent de toutes les intrigues de la série et les jètent à la tête du spectateur, les coupant, les reprenant, les alternant, le tout dans un mélange explosif. Menaces et rebondissements s’enchaînent avec une vitesse incroyable, pour s’achever dans une terrible révélation finale, une des plus horriblement méchantes de la série.

Noah a détourné de l’argent de la mafia, et veut l’utiliser pour fuir un monde trop chaotique, vers une île déserte avec celle qu’il souhaite pour compagne. Sydney est tiraillée par ce dilemme éternel qui touche tout homme : faut-il batailler dans ce monde alors que le combat est perdu d’avance ? Ou bien passer sa vie loin de la civilisation, au risque d’être « lâche ». Pendant ce temps, Sloane décide d’« interroger », Noah, synonyme dans Alias d’antichambre de la mort. Sale temps… La vidéo de Laura Bristow (Irina Derevko désormais) montre un personnage calculateur et sans pitié, bien joué par Natasha Pavlovich. Par conséquent, Jack se sent humilié et perdu et demande… un rendez-vous avec la psy ! Quel changement !

Alias multiplie les adversaires. Quoi de plus naturel dans un monde tentaculaire où chacun veut sa part du gâteau. Un tueur maniaque « l’iceberg » (le Snowman du titre) sème la désolation partout où il passe. Syd, elle, est occupée à faire de l’acrobatie mortelle, pendant que Noah se pète un bras. Tension maxima ! La frénétique recherche de Colder, objet d’un rebondissement central, n’est interrompue que par un autre moment de tension : Sydney confronté à son billet compromettant. Le seul et unique moment de calme de l’épisode est la scène Sydney-Noah au coucher du soleil. Et encore, on a l’intuition tenace que tout est trop beau pour ne pas finir mal.

La baston cynégétique entre Sydney et l’iceberg est une des meilleures de la série, brillamment filmée par Barnet Kellman, mais le finish foudroiera le spectateur sur place. Cette tragédie finale, très dure, couronne un épisode addictif.

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Natacha Pavlovich joue ici une Laura Bristow jeune sur des images en noir et blanc atroces à déchiffrer.

Irina mentionne lors de la vidéo la phase 1 pour une espionne du KGB : ressembler à une américaine. Ce principe sera repris avec un résultat massivement surprenant dans l’épisode du même nom Phase Un (saison 2).

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20. MAUVAISE POSTURE
(THE SOLUTION)

 

Scénario : John Eisendrath

Réalisation : Daniel Attias

Résumé

Très malade, Emily Sloane fait des révélations à Sydney qui sont enregistrées, et Arvin devra convaincre l’alliance qu'elle n'est pas un danger pour éviter que l’on tue (prématurément) sa femme. Sydney et Vaughn sont envoyés en Algérie. Will Tippin a identifié le père de Sydney, Jack Bristow, comme l’homme qui l’a menacé pour arrêter son enquête. L’alliance prévient Sloane qu’ils vont exécuter Emily.

La critique de Patrick Sansano:


Les épisodes d’Alias se suivent et ne se ressemblent pas. Celui-là est bavard et manque d’action. Nous assistons à un retour au premier plan du personnage de Will Tippin négligé dans les derniers épisodes. Ce qui passe mal, c’est la transition entre les cascades incroyables et le semblant de réalisme que l’on veut nous imposer à nouveau ici. A force de jongler entre deux registres, « Alias » finit par décevoir. Dans le précédent épisode, nous nagions en pleine jambonderie, ici c’est l’impossible rapprochement voulu avec John Le Carré qui devient un objectif impossible.

A trop vouloir manger à tous les rateliers, « Alias » se fracasse. Notons que pour la première fois, Ron Rifkin joue faux. Lors des scènes avec sa femme mourante, lorsque l’on connait le passé d’Arvin Sloane, il est peu crédible. Jennifer Garner en burka est un crime contre la sensualité. On la préfère déshabillée. Le combat à coup de haches avec l’interlocuteur de Sydney, Mr Sark, bien trop jeunôt, est le combat de trop. Le script multiplie les invraisemblances : pourquoi Sydney dit elle à Francie qu’elle a fait l’amour avec Noah ? Rien ne l’y oblige. La rencontre Will Tippin/Jack Bristow frôle le ridicule. Bristow se confiant à un journaliste, voilà qui est très peu professionnel. On a le sentiment que les scénaristes ont oublié en cours de route que « Alias » est un feuilleton et ne soucient plus de cohérence. Comment Tippin peut-il croire comme un niais que Sydney n’a rien à voir avec les services secrets ? A force de faire avaler des couleuvres aux téléspectateurs (le combat à la hache avec Sark et la victoire impossible de Sydney), celui-ci comprend qu’il a été dupe.

On passe donc à une fin de saison en dents de scie (un épisode avec quatre melons suivi d’un ratage). L’alternance Rambaldi/Laura Bristow finit par ne plus être un fil conducteur intéressant et suffisant pour maintenir l'intérêt. Le pire ici, c’est que les deux seuls bons acteurs de la série, Jennifer Garner et Ron Rifkin, contraints à jouer un scénario incohérent, perdent leur efficacité sur le téléspectateur. Emily, rongée par le cancer, n’est plus un danger, sauf pour l’Alliance. Comme l’épisode est chiche en cascades, que la plastique de l’héroïne loin d’être mise en lumière est cachée derrière une burka, on mettra un zéro pointé aux scénaristes. Le plus gros reproche que l'on peut faire à cet opus est de rendre inintéressante la captivante enquête de Tippin sur la mort de Danny.

Ce fil rouge devient définitivement avarié. Quant à l'émotion, elle avoisine le niveau zéro, mais peut-on passer d'une atsmosphère bande dessinée/Lara Croft à l'espionnage réaliste sans la perdre en route, ainsi que le téléspectateur ? Et puis disons le franchement : on a le sentiment que cet épisode a été conçu sans tenir compte du précédent, où sont les larmes de Sydney pour Noah, son amant et assassin potentiel qu'elle a tué ?

La critique de Clément Diaz:



Le finale de la saison approchant à grands pas, les scénaristes doivent certainement se doper à la coke, parce que les scripts ne cessent d’aller crescendo dans l’intensité, la vitesse, le suspense, et l’action. Le cocktail déjà détonnant d’Alias devient de plus en plus frénétique. John Eisendrath fait monter la sauce en abattant toutes les cartes maîtresses de la série : Emily en danger fatal, cache-cache mortel avec Khasinau, soudain retour de l’enquête de Will, et une terrible collusion entre la CIA et le SD-6 débouchant sur un cliffhanger fulgurant, un des plus stressants qu’on puisse imaginer.

Sydney, grâce à une Francie pour la première fois bonne à quelque chose, échafaude un plan en trois étapes pour faire sortir Khasinau de sa tanière ; sujet principal de ce brillant scénario. Cela nous vaut une nouvelle superbe mission où Sydney dégaine toute sa panoplie pour piéger tout un système de sécurité.

On apprécie aussi les confrontations Will-Jack, toujours électriques. Voir Will toucher la Vérité du doigt fait vibrer le générateur d’intensité de la série. Dans la lignée de The Box, Sydney s’effraie d’être une nouvelle McKenas Cole à force d’être toujours motivée par une vengeance destructrice, c’est touchant.

Emily sait que son mari est du SD-6 et le dit… dans une pièce truffée de caméras ! Du coup, Emily doit subir le même sort que Danny Hecht selon la loi de l’Alliance ! Voir Sloane en danger de subir la même épreuve que Sydney dans le pilote ne manque pas d’ironie. On tremble pour l’innocente Emily et donc par ricochet pour le méchant Sloane, ce qui est un maître coup de la part du scénariste. Amy Irving et Ron Rifkin sont excellents en couple soudé qui souffre de ne s’être jamais dit la vérité.

Le final est dantesque avec le retour gagnant de ce fieffé gredin de Julian Sark, porté par un David Anders toujours aussi ardent et flegmatique. Le combat au Latajang est un concentré d’action étourdissant. Marshall rejoue une fois de plus les involontaires empêcheurs de danser en rond : grain de sable terrible enrayant le beau mécanisme imaginé par Sydney. Le marché entre la CIA et Khasinau est royalement perturbé par l’irruption dans la fête de Dixon, ce qui cause un cliffhanger infernal. Ca va péter !

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Les membres de l’Alliance doivent tout sacrifier (conjointe, amis) pour le « bien commun ». C’est ce qui est annoncé ici à Arvin Sloane.

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21. RENDEZ-VOUS
(RENDEZVOUS)

 

Scénario : Erica Messer et Debra J. Fisher

Réalisation : Ken Olin

Résumé

L’Alliance confirme à Sloane que Poole a trahi au profit de Khasinau. Le SD6 s’est emparé de Sark. Sloane doit trouver Kasinauh. Will Tippins fait une alliance avec le père de Sydney pour trouver l’informateur du SD6 sur le meurtre de Danny.

La critique de Patrick Sansano:




Il n’y a que dans « Alias » où vous vous battez à mort avec votre collègue pour le retrouver ensuite et lui parler de vos vacances à Palm Springs, sachant que vous vous êtes affrontés (Sydney avec Dixon) cachés. Les scénaristes composent ici avec un non-retour de Roger Moore dans le rôle de Poole. David Anders en Sark est un méchant improbable, il ressemble à…Bénabar. Anders n’a pas du tout la gueule de l’emploi. Alors que Khasinau/Derrick O’Connor oui. D’où une association improbable entre les deux hommes. Ensuite que Will Tippin se retrouve de Los Angeles à Paris continue à enfoncer la série dans un manque total de cohérence.

Comme le père de Don Diego découvrant que son fils est Zorro, Tippin sait désormais à quoi s’en tenir à propos de Sydney. Mais c’est mal joué, invraisemblable et bâclé. C’est l’épisode où tous les masques tombent : Dixon avec la blessure au bras de Sydney comprend qui elle est en réalité. Le millesime 1982 Bordeaux demandé à Sark (on traite bien les prisonniers dans « Alias » !) contient un liquide émetteur , on se demandait aussi depuis quand un otage pouvait formuler d’aussi importantes exigences alors qu’il n’est pas en poistion de force .

Sloane exprimant des regrets au sujet de l’assassinat de Danny Hecht est aussi convaincant que Jack l’éventreur qui demanderait pardon. J J Abrams est train de tuer sa poule aux œufs d’or. A noter qu’à la 39e minute, le metteur en scène Ken Olin n’est pas malin. Il fait passer sa main dans les cheveux à Jennifer Garner pour que son oreille ressorte, seul défaut de cette actrice sexy. La confrontation Sydney/Will Tippin est téléphonée et ratée, après vingt épisodes où l’héroïne a joué les fantômettes. C’est aussi la première fois qu’un cancer en rémission devient une mauvaise nouvelle dans une série. Cache ta joie, Sloane !

On reste sur un cliffhanger, mais à force de jouer avec le feu, « Alias » déraille et laisse le téléspectateur dépité. C’est gênant, quand on arrive au dernier épisode de la première saison. On connaît des séries qui ont été annulées pour moins que cela.

La critique de Clément Diaz:




Avec une précision parfaite, Rendezvous emboîte les lignes directrices en cours dans une remarquable fusion. En point d’orgue, la séquence-clé de Will apprenant enfin la Vérité sur Sydney et le SD-6. Dans cet épisode, on perd en vitesse ce qu’on gagne en suspense. Quel spectacle de voir nos personnages se prendre les pieds dans les fils de leurs destins, jusqu’à un cliffhanger d’une violente brutalité !

Passé un prélude plein d’action, on continue sur la lancée : Will brûle ses vaisseaux et joue à quitte au double ; on a peur pour lui, Sark nous régale d’une composition savoureusement ambiguë, entre veulerie, cynisme, et double jeu. Sa confrontation avec Sloane est de haut vol, et n’est pas dépourvue de noblesse. David Anders et Ron Rifkin jouent brillamment les gentlemen bluffeurs. Reste à savoir qui est le meilleur.

Caprice des Parques, les fils du Destin se rejoignent tous dans un cabaret parisien. Dans son numéro de pépée fardée de partout (le déguisement le plus clinquant de la série !), Garner nous offre un très beau numéro musical. La collision avec Will est d’un effet titanesque : les deux vies de Sydney se télescopent de plein fouet. A peine le choc passé que nous apprenons l’identité de l’informateur de Will, un véritable coup de massue machiavélique ! Dans un déchaînement de bruits et de fureur, la destruction du cabaret semble coïncider avec celle de la double vie de Sydney.

Un suspense vertigineux prend le relais de l’adrénaline. En plus de la ruse de Sloane, c’est précisément au moment où notre héroïne a une overdose d’emmerdes, que Dixon commence à se souvenir de sa gaffe en Argentine (épisode Mea Culpa). Pas de chance… Sloane éprouve des remords tardifs sur Danny. Le pauvre, on a envie de le plaindre quand la bonne nouvelle du médecin devient par un sommet d’ironie la pire possible. Le public, submergé par ce flot de rebondissements, en redemande tant la maxime Hitchcockienne est exacte : il aime être manipulé, secoué, agressé.

Le pardon de Will envers Sydney est très touchant, mais ce calme instable est vite contredit par un cliffhanger sauvage flanqué à la gueule du spectateur ! Tout le monde est chauffé à blanc dans cette histoire, c’est le moment de conclure la saison !

Les infos supplémentaires

La série est « datée » par le téléphone portable première génération 2002 de Dixon.

Sydney se transforme ici en chanteuse. Kylie Minogue et Madonna n’ont rien à craindre.

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22. DANGER IMMÉDIAT
(ALMOST THIRTY YEARS)

 

Scénario : J.J.Abrams

Réalisation : J.J.Abrams

Résumé

Will Tippin est prisonnier de Sark qui menace de l’exécuter si ne lui sont pas remis la fiole de Rambaldi et la page blanche du livre qui sera déchiffrable avec la fiole. Sydney décide de trahir pour sauver son ami. Le dentiste veut faire parler Tippin. Sloane propose que sa femme fasse partie du SD6. Dixon découvre que Sydney ne travaille pas pour Sloane. Devlin déclare à Jack qu’une taupe se cache au sein de la CIA. Une course contre la montre est commencée pour sauver Tippin mais Sydney et Vaughn tombent dans un piège. Sydney découvre enfin qui est « Le monsieur ».

La critique de Patrick Sansano:


« Lettre ouverte à J J Abrams »

Mon cher monsieur, la plupart des gens qui ont vu votre première saison passent vite à la seconde, mais moi qui ait du temps libre, avant de chroniquer l’épisode final, j’ai revisionné les 21 premiers épisodes, et je ne suis pas content du tout.

On torture beaucoup dans cet épisode, mais ce sont les scénaristes que l’on a envie d’écorcher vifs. Ils sont tombés dans le piège qui a plombé la série « Le Caméléon ». Lancer plus de questions qu’apporter des réponses. Le retour du « dentiste », un des plus féroces tortionnaires vus dans toutes les séries confondues, semble clore un cycle, puisque du pilote, il revient dans le dernier épisode. L’identité de la taupe que Jack expédie ad-patres est téléphonée, même le moins attentif des téléspectateurs aura deviné son identité. Tout comme celle du « Monsieur », c’était évident.

J’avoue que si j’étais le patron de la chaîne ABC, j’aurais annulé la série à la fin de ce consternant final, d’autres et bien meilleures l’ont été en fin de saison 1 (« Drôle de chance », « Tru Calling », « Profit ») dont jamais « Alias » n’a atteint le niveau. La série se termine sur un cliffhanger où beaucoup de personnages sont dans des situations incertaines voire désespérées. Mais dans le monde d’Alias, tout est possible, celui que l’on croit noyé par les eaux a pu se transformer en poisson (on va bien nous apprendre en saison 2 qu’il est le fils de l’homme de l’Atlandide pour le maintenir au générique ?), la personne à qui l’on a fait boire le bouillon d’onze heures va-t-elle réchapper ?

En coulisses, les contrats se négocient avec les acteurs qui selon leurs exigences financières verront leurs personnages mourir ou survivre. Après avoir été d’un bon niveau pendant la saison, la fin de celle-ci est consternante. Crime suprême, lorsque Jennifer Garner porte un T shirt noir transparent, on la filme dans l’ombre ou en train de se battre alors que cela relèverait au moins le niveau de testostérone des téléspectateurs mâles. Autant voir un film de Clara Morgane, on en aura pour son argent. Parce que pour sauver la série du naufrage (si j’ose dire vu les flots dans le laboratoire de Khasinau), il en faudrait plus. La série commence comme « Nous ne sommes pas seuls », le pilote de X Files, et se termine (en une saison) dans un fatras d’intrigues assommantes comme X Files des saisons 7 à 9. Cherchez l’erreur !

Sommés de jouer leurs personnages aux limites d’un crédible depuis longtemps dépassé, les comédiens perdent pied et tombent dans la caricature. Monsieur Abrams, vous anticipez ici les futures élucubrations de « Lost ». Trop, c’est trop, et quand la coupe est pleine, le TGV déraille. Le téléspectateur est contraint ici de boire le calice jusqu’à la lie, entre des scènes répugnantes (Tippin et le dentiste, Sydney en pareille posture dans le pilote savait ce qui l’attendait) et les faux coups de théâtre qui s’avèrent des pétards mouillés. Le fil rouge de l’enquête du journaliste sur la mort de Danny est définitivement détruit, et c’était l’un des éléments les plus passionnants de la série.

Les producteurs au lieu de garder une certaine sobriété veulent épater toujours plus le public qui commence à saturer. En cette fin de saison 1, on ne donne pas cher d’Alias. La série est très loin d’obtenir le charisme de « X Files » ou « Buffy contre les vampires » au même stade. La partie fantastique (Rambaldi) a été mal maîtrisée, l’aspect fantômette je sauve le monde la nuit, je suis une sage étudiante le jour oubliée en route. Monsieur Abrams vous avez misé sur la mémoire courte du spectateur. Des pans entiers de l’histoire sont oubliés. Que devient par exemple Mc Neal et son avocat Stoller, que Tippin voulait faire sortir de prison ? Et Anna Espinosa, elle a pris sa retraite ? La belle Jenny finit-elle de nous éblouir en ayant largué Tippin hors de sa voiture en banlieue ? Vaughn ne parle plus de venger son père, il est vrai qu’il a d’autres soucis ici. Quant à notre « veuve » héroïne qui était sur le point de se marier et dont la motivation était de se venger de Sloane, elle couche avec le premier ex venu – un traître en plus – et elle a déjà oublié son début de romance avec Vaughn, elle s’apitoie sur le sort de la femme cancéreuse de l’assassin de son fiancé, elle a oublié sa vengeance en cours de route . Je continue : Edward Poole ne sera pas puni de sa trahison dans « La prophétie » (faut dire que Roger Moore a une pension alimentaire à payer à son ex Luisa et voudrait plus d’argent pour continuer), le meurtre d’Eloïse Kurtz/Kate Jones restera impuni. On n’est plus à cela près.

Dans un feuilleton digne de ce nom, on ne perd pas la moitié des intrigues en cours de route.

Monsieur Abrams, vous en rajoutez dans l’invraisemblable avec cette fin pour nous livrer une saison 2 qui sera de toute façon condamnée à une surenchère qui a ses limites.

Cher producteur, votre série revue du pilote à la l’épilogue de la saison 1, me permet de vous dire que vous n’avez pas inventé l’eau chaude. Ce n’est pas vous qui comme Leonard Freeman aurait conçu les aventures de l’équipe de Steve Mc Garrett, pas plus que vous n’êtes Roy Huggins dont « Le fugitif » que vous copiez quand même par la structure narrative volait nettement plus haut, en matière d’espionnage les Broccoli pourraient vous attaquer en plagiat pour un nombre incroyables d’emprunts à 007. Mais le pire, c’est que vous nous avez attendri, avec cette pauvre Sydney qui bien souvent nous émouvait aux larmes (chose que Clara Morgane ne fera pas), mais qu’à force de prendre les téléspectateurs pour des amnésiques, de tout recommencer à zéro à chaque épisode, on craint fort que cela ne soit plus le cas.

On va quand même regarder vos saisons suivantes, histoire de voir si vous allez redresser la barre.
Recevez, cher Monsieur Abrams, l’assurance de mes salutations distinguées

La critique de Clément Diaz:

En dépit de sa qualité, le finale de la saison 1, écrit et réalisé par le créateur de la série, laisse une impression d’imperfection. Les autres intrigues ayant connu une fin provisoire dans Rendezvous, il n’en reste qu’une seule : l’échange entre Will et les artefacts de Rambaldi. Or, le tempo rapide d’Alias repose sur la superposition d’intrigues. Conséquence : le finale se déroule à une allure absurdement tranquille.

A son crédit, on notera la fastueuse réalisation d’Abrams, et surtout les six dernières minutes, qui mènent à une révélation qui éclate comme une bombe. Avec cet insoutenable cliffhanger, on comprend qu’ABC ait commandé une deuxième saison !

Retour en force du dentiste le plus sadique des séries télé. L’effrayant Dr.Zhang Lee, incarné avec une totale conviction par Ric Young, qu « s’occupe » de notre infortuné Will. Déduction : dès le pilote, Sydney n’a jamais cessé de lutter contre Khasinau, ce qui est une élégante manière de boucler la boucle. Ses scènes sont de loin les plus fortes de l’épisode avec un Will bientôt tout sanguinolent. Bradley Cooper est totalement possédé par son rôle, rendant crédible son coup d’éclat final plein de terreur et fureur… Lors de la scène d’échange, le flegme total de David Anders répond efficacement à l’humour noir du personnage de Victor Garber.

Jack et Sydney jouent un culotté coup de poker. Autant le script a du mal à avancer, autant côté scènes de bravoure et numéros de comédien, c’est fromage et dessert ! On retient la puissante scène de l’exécution de la taupe de Khasinau par un Jack totalement envahi par la haine, Jack accordant enfin son respect à Vaughn, la confrontation Sydney-Dixon (grandiose Carl Lumbly), qui s’achève en suspens. Dommage que Vaughn soit réduit à jouer le rôle de remplissage bavard.

La fin d’Emily, mise en scène comme un opéra, est pleine d’une sombre beauté. La voir pardonner à Sloane au moment de prendre le verre fatal rend l’arrachement encore plus douloureux. La scène est superbe d’émotion et de douleur, portées par les compositions à fleur de peau d’Amy Irving et Ron Rifkin.

La scène finale renoue avec la testostérone avec une Jennifer Garner se lâchant totalement dans les combats. En seulement cinq minutes, la machine à électrochocs de J.J.Abrams secoue le spectateur à trois reprises : la vision de la « Circonférence », la tragique fuite en avant, et le cliffhanger époustouflant. Si vous n’êtes pas paralysé durant le générique de fin ; pincez-vous, vous êtes probablement déjà mort.

Un finale au rythme trop lâche, mais aux scènes de bravoure étincelantes. La saison 1 (la meilleure) est terminée, rendez-vous à la saison suivante. To be continued !

Les infos supplémentaires

Aka. 57 minutes.

Retour du dentiste Zhang Lee (incarné par Rick Young).

June Litvack (la supérieure de Will) demande qu’on appelle « Orci au graphisme ». Peut-être un clin d’œil au scénariste Roberto Orci.

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Images capturées par Patrick Sansano.

 

Toucher le fond… (Broken - Part 1)