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Maigret (Bruno Cremer)

Volume 5


PRÉSENTATION VOLUME 5

Un coffret curieux, tout en dents de scie. Il comporte parmi les meilleurs épisodes de la série : Maigret chez les riches, Maigret chez le ministre mais également parmi les plus mauvais : Maigret et la croqueuse de diamants. On joue au yo-yo à chaque épisode, ne sachant jamais ce que nous allons y trouver. La série marque cependant une certaine amélioration vers la fin de coffret, avec davantage de régularité. 

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1. MAIGRET CHEZ LES RICHES

Première diffusion : 26/05/2000

D’après Maigret hésite (1968) – Roman

Scénario : Pierre Granier-Deferre et Dominique Roulet

Réalisation : Denys Granier-Deferre

Interprétation : Alexandre Brasseur (Lachenal), Caroline Sihol (Mme Parendon), Michel Duchaussoy (Me Parendon), Cécile Bois (Mlle Vague), Célia Granier-Deferre (Bambi), Jocelyn Quivrin (Gus), Wilfred Benaïche (Ferdinand), Pascal Decolland (Tortu), Stéphane Cottin (Baud), Blandine Lenoir (Lise), Colette Maire (la cuisinière), Roland Farrugia (directeur PJ), Fabien Béhar (inspecteur Luciani), Jacques Brunet (procureur Raynouard)

Résumé : Maitre Parendon a reçu des lettres de menace qu’il ne prend pas vraiment au sérieux. Maigret, pressé par le Directeur de la PJ d’enquêter, débarque dans un somptueux hôtel particulier et découvre l’étrange famille de Maître Parendon. Peu à peu, il s’inquiète qu’un drame ne survienne.

Critique :

Le cinquième coffret de la série s’ouvre sur l’un des tous meilleurs épisodes. Qu’il est plaisant de retrouver une ambiance bien parisienne et ces confrontations magnifiques qui font le charme des Maigret.

Après une amusante ouverture où Maigret traque de petits malfrats, nous pénétrons dans la chaude atmosphère des Parendon. Maigret explore ainsi un microcosme bien particulier, celui des gens aisés et de leurs proches. D’une rare finesse psychologique, le scénario propose une galerie de personnages divers, tous très bien écrits et campés, que Maigret tente, avec grande difficulté, de cerner et de comprendre leurs motivations. En l’absence d’un crime avéré dans un premier temps, il paraît patauger dans ce milieu qui n’est pas le sien et le rend mal à l’aise. La bonhomie apparente de Parendon le séduit mais il n’écarte pas pour autant une manipulation de sa part. La femme et les enfants de l’avocat sont autant de points d’interrogation dans cette enquête qui n’en est pas une. C’est la fréquentation des domestiques qui aide finalement le commissaire à y voir plus clair, leur vision plus terre à terre de la vie paraissant le rassurer. Mais, s’il pressent le drame à venir, Maigret ne peut l’empêcher. Comment aurait-il pu, face à cette conspiration du silence qui anime l’hôtel des Parendon ?

Le crime est inattendu, violent et d’une rare brutalité. L’enquête change alors d’angle et c’est à une nouvelle approche psychologique que doit se livrer Maigret. Bruno Cremer est ici parfaitement assisté d’Alexandre Brasseur, bien plus à l’aise dans son rôle, et leurs échanges sont plus naturels que précédemment. Face à eux, Caroline Sihol et surtout le regretté Michel Duchaussoy sont des partenaires de choix. Diamétralement opposés, leurs nombreuses apparitions sont autant de moments de réjouissance. La justesse des dialogues, particulièrement soignés dans cet épisode, portés par d’aussi excellents comédiens, contribue à la grande réussite du métrage.

La réalisation sublime les décors et filme avec attention les comédiens, superbement mis en valeur par une photo soignée, discrète et léchée. Pas de faux raccords, pas de longueurs – et pourtant, il ne se passe pas grand-chose –,  pas de mouvements de caméra inutile. L’épisode est inspiré, intelligent et rend parfaitement hommage à Simenon. L’étude de ce microcosme sociétal est d’une grande habileté, dans ce quasi huis clos.

Tout simplement l’un des meilleurs épisodes de la série.

Distribution

  • Caroline Sihol : Née en 1949, elle s’illustre surtout à la télévision dans nombre de téléfilms mais également au cinéma. Débutant sous la férule de Jean-Pierre Mocky dans l’Ombre d’une chance, on la voit dans les Morfalous (Verneuil), l’Outremangeur et dans le dernier film d’Alain Resnais : Aimer, boire et chanter.

  • Michel Duchaussoy : (1938-2012) Après des études à Lille et au conservatoire de Paris, il devient sociétaire de la Comédie Française, jouant Dostoïesvski, Feydeau, Shakespeare, Giraudoux et Labiche. Rendu célèbre au cinéma par Alain Jessua dans Jeu de massacre, il entame une collaboration fructueuse avec Chabrol, en particulier dans Que la bête meurt, aux côtés du sinistre Jean Yanne. Il prête sa voix pour le premier doublage du Parrain de Coppola, en doublant Marlon Brando. Il marque de ses apparitions plusieurs séries télévisées (les Cœurs brulées, l’Allée du Roi, les Misérables, Zodiaque…). Il fut marié à la comédienne Isabelle de Funès, nièce de Louis, et à Corinne Le Poulain, nièce de Jean.

  • Cécile Bois : Née en 1971, elle joue aussi bien à la télévision (Navarro), qu’au cinéma (Germinal) et obtient le rôle titre du spectacle Angélique de Robert Hossein. Depuis 2013, elle est l’interprète principale de la série Candice Renoir.

  • Jocelyn Quivrin : (1979-2009) Il débute dans les années 90 (Louis, enfant roi), puis on le voit régulièrement au cinéma, aux côtés de Jean Reno dans l’empire des loups, par exemple. Il obtient le prix Lumière du meilleur espoir masculin pour son rôle dans 99 francs. Il décède dans un accident de voiture le 15 novembre 2009.

Informations supplémentaires :

  • Détail amusant : lors de la scène d’ouverture, lors de l’arrestation des chiffonniers, on peut entendre Maigret dire à ses hommes : « Jouez pas aux cow-boys, c’est pas la bande à Bonnot ! ». Bruno Cremer avait incarné le rôle du célèbre gangster dans le célèbre film homonyme de Jacques Fourastié, en 1968, aux côtés de Jacques Brel.

  • Célia Granier-Deferre, qui tient le rôle de Bambi, n’est autre que la fille du réalisateur de l’épisode. On la reverra quelques épisodes plus tard dans Maigret et la fenêtre ouverte.

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2. MAIGRET ET LA CROQUEUSE DE DIAMANTS

Première diffusion : 16/02/2001

D’après Le charretier de la Providence (1930) – Roman

Scénario : Daniel Tonachella

Réalisation : André Chandelle

Interprétation : Alexandre Brasseur (Paul Lachenal), Michael Lonsdale (Sir Lampson), Renaud Danner (Willy), Jean-Claude Adelin (le boxeur), Maaïke Jansen (la Hollandaise), Frédéric Bodson (Jean), Alexia Portal (Gloria), Ivan Franek (Vladimir), Sandrine Blancke (Huguette), Jean-Paul Dermont (le patron de l'auberge), André Simon (le mari de la Hollandaise)

Résumé : Une jeune femme française est retrouvée morte dans une écurie, le long d’un canal belge. Dans cet endroit peuplé exclusivement de péniches et de bateaux de plaisance, sa présence incongrue amène Maigret sur les lieux. Cette femme était recherchée en Europe pour de nombreux vols de bijoux.

Critique :

Quelle déception que la qualité retrouvée ne se maintienne pas. Cette pâle adaptation d’un des meilleurs romans de Simenon s’avère un long pensum bien pénible à regarder. L’intrigue est très mollement menée, au long de ce canal immobile et immuable. Ce huis clos en extérieur manque de personnages forts et de joutes verbales hauts en couleur. Les dialogues apparaissent comme fastidieux à suivre et l’ennui n’est jamais loin.

Tout débutait sous les meilleurs auspices. Une histoire de bateliers, de bijoux volés, de sexe, de  jalousie et surtout Michael Lonsdale en guest star. On se souviendra qu’il fut l’un des tous premiers adversaires du commissaire dans Maigret et la grande perche, en 1991. Comédien extrêmement savoureux, on pouvait s’attendre à une grande confrontation avec Bruno Cremer. Or, il n’en est rien. Réduit à un banal rôle de riche poivrot, il donne volontiers dans le pathétique et son personnage s’en trouve extrêmement limité. Sa caractérisation pèche au niveau du scénario et le réalisateur ne sait pas exploiter le talent de l’acteur.

Pour le reste, tout apparaît cousu de fil blanc, dans une intrigue pesante et interminable, ponctuée par les joutes egocentriques de Lachenal et du boxeur. Alexandre Brasseur semble à nouveau relégué au faire-valoir sans intérêt de Maigret et cette régression prouve, une fois de plus, que les chemins empruntés par la production à cette époque de la série, sont des plus incertains.

La réalisation ne rattrape pas une écriture lâche. Sans invention, au montage banal, l’épisode allonge cliché sur cliché, et à aucun moment nous ne sommes surpris par ce qui se produit à l’écran. Le véritable mobile du meurtre se dévoile au spectateur avant que Maigret n’ait l’opportunité de le comprendre et le final est ridicule. La direction d’acteur, extrêmement relâchée dans cet épisode n’arrange rien. D’une banalité affligeante, cette mauvaise adaptation d’un bon livre est un grand gâchis.

Distribution

  • Jean-Claude Adelin : Né en 1958, ce coiffeur, passionné de cinéma, débute comme acteur en 1982 au théâtre où il joue les classiques (Molière, Shakespeare, Ibsen) et multiplie les petits rôles sur le grand écran (Lauzier, Téchiné, Corneau, Planchon). A partir des années 90, il devient un habitué du petit écran, en apparaissant dans de nombreuses séries (les Monos, le Miroir de l’eau, Sœur Thérèse.Com, Une famille formidable, Julie Lescaut, etc.).

  • Maaïke Jansen : Née en 1951, cette actrice française d’origine néerlandaise apparaît pour la première fois en 1966 aux côtés de Louis de Funès dans Fantomas contre Scotland Yard. On la voit ensuite chez Lautner, Mocky, Marbeuf, Schmitt et Jolivet. Rare à la télévision, elle s’illustre plus fréquemment sur les planches dans des mise-en-scènes de Mondy, Murat ou Moreau. Epouse du comédien Roland Giraud, leur fille Géraldine est assassinée en 2004 dans des circonstances extrêmement troubles.

  • Alexia Portal : Née au Mans en 1977, elle joue au cinéma (Jugnot, Rohmer), à la télévision (Navarro, Fortunes) ou sur les planches (Labiche, Anouilh, Molière). Joueuse professionnelle de poker, elle fait partie des trois meilleures joueuses françaises de 2010. 

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3. MON AMI MAIGRET

Première diffusion : 25/05/2001

D’après Mon ami Maigret (1949) – Roman

Scénario : Stéphane Palay

Réalisation : Bruno Gantillon

Interprétation : Alexandre Brasseur (Paul Lachenal), Michaël Morris (Inspecteur Pyke), Annie Sinigalia (Ginette), Anna Korwin (Mrs Wilcox), Marc Chapiteau (Carrouge), François Lalande (Zucca), Jean-Michel Portal (Yann Deferre), Blandine Bury (Anna), Emmanuel Guttierez (Philippe De Moricourt), Georges Neri (Justin), Sara Martins (Jojo), Jean-Christian Grinevald (le dentiste), Mama Prassinos (Aglaë)

Résumé : Marcellin, un paumé se prétendant ami de Maigret, est tué d’une balle de revolver sur une île du sud de la France où il vivait depuis des années. Maigret vient enquêter, accompagné de Lachenal mais aussi de l’inspecteur Pyke, de Scotland Yard, venu observer la « fameuse méthode du célèbre commissaire Maigret ». Marcellin avait passé sa dernière soirée au bar, rempli d’habitués au passé mystérieux…

Critique :

Un épisode estival, accablé de chaleur, de langueur et de mystère. Et à nouveau, une petite perle.

Maigret doit dérouler les écheveaux d’une enquête le plongeant droit dans le passé : le sien, lié à celui de la victime, et celui des multiples suspects qui peuplent cette petite île de la Méditerranée. Assisté d’un inspecteur Lachenal, une fois de plus réduit aux utilités pour créer des dialogues introspectifs avec Maigret, et de l’inspecteur Pike de Scotland Yard, savoureux Michaël Morris, le commissaire Maigret promène une allure bonhomme et tranquille au gré d’une affaire mystérieuse. La compréhension de la victime, que Maigret connaissait vaguement, est la première clef que choisit Maigret pour appréhender son enquête. Rapidement convaincu que tous les suspects ont quelque chose à se reprocher, il se lance dans la lente – mais plaisante – exploration de leur passé respectif. Chacun de ces caractères est finement étudié, personne ne se ressemble et tous sont intéressants. Certains n’ont que peu de scènes à l’écran, mais ils ne sont pas sacrifiés pour autant. L’intérêt vient autant de leur psychologie bien construite que de leur interprétation, sans faute.

Le décor procure un sentiment de fraicheur et de légèreté assez bienvenue, même s’il s’éloigne encore un peu plus des standards de la série et du roman, bien plus sombre et à au final tragique. L’effort de renouvellement est pourtant louable, surtout si c’est bien filmé comme ici. Profitant de la luminosité naturellement ensoleillée du Portugal où est tourné l’épisode, le réalisateur filme merveilleusement ses comédiens, procédant à petites touches, semblablement aux tableaux impressionnistes dont il est question dans l’épisode. Ceux-ci sont au cœur du sujet, une histoire de gros sous, de faussaire et de gigolos. Cela n’a pas grande importance, nous sommes ici en vacances et même Maigret semble, parfois, se désintéresser de son sujet. On s’amusera de son œil polisson lorsqu’il observe la jeune et belle Anna s’ébattre nue dans la mer ou de ses conseils un brin moralisateur à l’égard de son neveu qu’il voit « fricoter » avec la sublime Jojo.

Ainsi, le scénario se déplie, par vaguelettes, servi par des dialogues impeccables, aux répliques souvent très drôles et au jeu de pingpong que se livre Maigret et Pike. D’abord agacé par la présence de cet indésirable de Scotland Yard, le commissaire finit par comprendre que le Britannique n’est pas son ennemi et qu’ils partagent quelques points communs. Serait-il devenu, finalement, lui aussi, « l’ami » de Maigret ?  Venu observer les méthodes de Maigret, qui clame haut et fort n’en avoir aucune, il repart satisfait de ce qu’il a découvert. Impressionné par le commissaire qui résout deux affaires en une seule, il aura certainement de quoi raconter à son retour au pays.

Certes, on pourra arguer que la relation aurait certainement mérité un développement plus approfondi. On pourra remarquer que la présence de Paul Lachenal sur l’île paraît tout à fait incongrue. S’il remplace l’inspecteur présent dans le livre, il ne sert pas pour autant à grand-chose. Mais ne boudons pas notre plaisir, Mon ami Maigret reste un très bon cru.

Distribution

  • Michaël Morris : Comédien britannique, il joue fréquemment des rôles d’Anglais en France, comme dans les Ripoux, Septième cible, Hélène et les garçons, Michael Kael contre la World News Company. Après Maigret¸ il disparaît pratiquement des écrans, son ultime rôle semblant être dans un obscur film russe Solomon Enev, en 2006.

  • Annie Sinigalia : Née en 1944, cette comédienne fait quelques apparitions au cinéma dans les années 60 et s’illustre ensuite principalement sur les planches. Pas moins de dix apparitions dans Au théâtre ce soir sont à son actif, et on l’a vu jouer du Achard, Goldoni, Shakespeare, Guitry ou Mirbeau. On l’avait déjà vu dans l’univers de Maigret, en 1971, aux côtés de Jean Richard, dans Maigret en vacances. Comédienne de doublage, elle est une des voix française de Meryl Streep et surtout de Cybill Shepherd.

  • Marc Chapiteau : Né en 1946, Marc Chapiteau est avant tout un homme de théâtre (Camus, Molière, Tchekov, Brecht, Planchon). Ses apparitions au cinéma sont rares (La meilleure façon de marcher, le Choix des armes, la Môme…) et on a pu le voir à la télévision dans Nestor Burma ou les Cinq dernières minutes. Lui aussi avait déjà intégré l’univers de Maigret avec Jean Richard, dans Maigret et la vieille dame en 1979 et dans la Colère de Maigret en 1983.

  • François Lalande : Gueule du cinéma et de la télévision, on se souvient de François Lalande pour ses rôles dans la Coccinelle à Monte-Carlo, les Liaisons dangereuses, la Révolution Française – les années lumière, les Visiteurs, la Vengeance d’une blonde ou le Libertin. Il joue dans un nombre impressionnant de téléfilms et il faut noter son rôle récurrent dans la série Ainsi soient-ils de 2012 à 2015 dans le rôle du pape Grégoire XVII. Homme de planches, il joue des classiques (Musset, Tchekov, Aymé, Mirbeau) et des contemporains (Oury, Aubert, Ponwall).

  • Jean-Michel Portal : Né en 1970, ce jeune comédien passe par le cours Florent et débute aux côtés de Jean Rochefort, au théâtre, en 1989, dans une vie de théâtre. Par la suite il joue aux côtés de Kirk Douglas en 1991 dans Veraz, et joue depuis principalement sur les planches (Shakespeare, Labiche). Il s’illustre dans le rôle principal de la Chambre des officiers.

  • Blandine Bury : Née en 1980, elle fait ses débuts dans Mon ami Maigret. On la revoit ensuite dans Bridage des mineurs, Cinq sœurs et Camping Paradis. Au cinéma on se souvient surtout d’elle pour son rôle dans Fanfan la Tulipe de Gérard Krawczyk.

  • Georges Neri : Né en 1934 à Marseille, il se fait remarquer à la télévision aux côtés de Thierry Ardisson et enchaîne de nombreux rôles au cinéma (le Hussard sur le toit, Hercule et Sherlock, les Rois mage, Gomez et Tavarès, Fanny, la French). Son travail à la télévision est foisonnant (le Château des Oliviers, Docteur Sylvestre, Fabien Cosma, Week-end chez les Toqués, Scènes de ménage), et il lui arrive de jouer au théâtre (la Femme du boulanger). On l’avait déjà vu dans la série dans Madame Quatre et ses enfants.

  • Sara Martins : Née en 1977, cette actrice franco-portugaise se fait remarquer dans Pigalle, la nuit et la série Détectives en 2013-2014. Elle décroche le rôle principal de la série franco-britannique Meurtres au Paradis entre 2011 et 2015.

  • Stéphane Pamay : En plus d’un autre épisode de la série, Maigret chez le Ministre¸ il a principalement signé des scénarios pour Sous le soleil.

  • Bruno Gantillon : Né en 1944, ce réalisateur travaille exclusivement pour la télévision, aussi bien sur des téléfilms que des séries (Médecins de nuit, Highlander, le Voyageur, Force de frappe, Léa Parker, Fabien Cosma, Sous le soleil).

Informations supplémentaires :

  • L’épisode a été tourné au Portugal.

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4. MAIGRET ET LA FENÊTRE OUVERTE

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Première diffusion : 22/06/2001

D’après La fenêtre ouverte (1936) – Nouvelle

Scénario : Pierre Granier-Deferre et Michel Grisolia

Réalisation : Pierre Granier-Deferre

Interprétation : Alexandre Brasseur (Lachenal), Florence Darel (Sylvie Laget), Jacques Boudet (Descharneaux), Jacques Dacqmine (Oscar Laget), Fabien Béhar (inspecteur Lucciani), Clément Harari (Feldman), Evelyne Grandjean (Madeleine Legoff), Célia Granier-Deferre (Odile Rivière), Guy Louret (Stéphane Laget), Christophe Paou (Michel Rivière)

Résumé : Oscar Laget, homme d’affaires et escroc, part déjeuner. Pendant ce temps, plusieurs visiteurs, dont deux inspecteurs de police, patientent dans sa salle d’attente, en compagnie de son homme à tout faire. Dans la pièce voisine de son bureau, sa femme, Sylvie, fait sa sieste. Sans que personne ne l’ait vu rentrer, Laget se tire une balle dans la tête. Du moins, c’est ce que les apparences semblent indiquer…

Critique :

Voici une sympathique incursion de Maigret dans l’univers si britannique des meurtres en chambres closes. Si le résultat final n’égale pas le maître en la matière, le brillant John Dickson Carr, ou même le français très honorable Paul Halter, le scénario n’en reste pas moins maîtrisé, présentant un problème complexe et une solution assez simple. Signe, comme le souligne lui-même Maigret, d’un Agatha Christie. L’histoire est astucieuse, et cette fenêtre ouverte a bien sûr un grand rôle à jouer dedans. Dans le cadre restreint du huis clos d’un immeuble parisien, où un étrange microcosme social s’est réuni autour d’un escroc notoire, Maigret se montre fort inspiré, très tôt, et suit ses intuitions avec tranquillité, bonhommie.

Maigret et la fenêtre ouverte propose une belle galerie de personnages, des misérables aux pathétiques, des solitaires aux amoureuses, des minables aux futés. La caractérisation est aiguë, personne n’est laissé de côté, pas même les petits rôles. Ces hommes et ces femmes sont impeccablement interprétés, Jacques Boudet et Florence Darel en tête. Leur duo, ou plutôt leur duel, tout en opposition, tels chien et chat, offre de grands moments. A mille lieues de son personnage de l’Inspecteur Cadavre, Jacques Boudet est ici tout en rondeur, subtilité et sympathie. Florence Darel campe une femme lucide quant aux affaires de son mari, désillusionnée, faussement ingénue et roublarde. Alexandre Brasseur retrouve un inspecteur Lachenal imaginatif, drôle et intelligent, ce qui est plus que plaisant.

Tout cela est servi par d’excellents dialogues, hauts en couleur, brillamment écrits, qui rappellent ceux de Maigret chez les riches. Les jeux de ping-pong entre les protagonistes pendant leurs interrogatoires évoquent Audiard dans leur gouaille et dans leur justesse. C’est une des caractéristiques de l’épisode : sonner juste. Toutes ces petites gens, gravitant autour de ce baron des affaires malhonnête, ne sont jamais caricaturales, mais empreints de réalisme.

Au rang des points faibles : la relative lenteur de l’épisode. Celui-ci est adapté d’une nouvelle et cela se ressent parfois durant quelques longueurs, notamment à mi parcours. Le final est suffisamment fort pour compenser ce petit égarement et nous passons un très bon moment devant notre télévision.

Distribution

  • Florence Darel : Née en 1968, cette Toulouzaine joue au cinéma chez Berry, dans Uranus, Schoendoerffer, dans Là-haut, un roi au dessus des montagnes. A la télévision, on la voit dans Julie Lescaut, le Comte de Monte-Cristo, Les Moissons de l’océan, les Thibault, le Père Goriot et, plus récemment, Soda.

  • Jacques Dacqmine : (1923-2010) Immense comédien de théâtre, grand tragédien, il a joué les classiques des milliers de fois au cours de sa longue carrière : Molière, Racine, Corneille, Cocteau, Mariveau, Shakespeare, Claudel. Ses rôles au cinéma, bien que nombreux, sont plus anecdotiques. Citons toutefois Classe tous risques de Sautet, Inspecteur Lavardin de Chabrol, Germinal de Berri, la Neuvième porte de Polansky ou Un crime au paradis de Becker. Il apparaît dans près d’une centaine de téléfilms et épisodes de série dont, en 1984, un épisode de Maigret avec Jean Richard : Mon ami Maigret. Egalement comédien de doublage, il prête par exemple sa voix à James Mason dans la Mort aux trousses en 1959.

  • Clément Harari : (1919-2008) Grand comédien et metteur de scène de théâtre, il sert aussi bien Apollinaire, Sartre, Shaw, Adamov, Tchekhov ou Shakespeare. Il tourne au cinéma près d’une centaine de films, pour Clouzot, Hunebelle, Autant-Lara, Girault, Zidi ou de Sicca. Il campa peut-être son plus beau rôle dans Train de vie, en 1997, dans un émouvant rôle de rabbin.

  • Evelyne Grandjean : Née en 1939, cette comédienne est apparue dans grand nombres de jeux télévisés depuis les années 70, a animé des émissions de radio aux côtés de Thierry Le Luron sur France Inter et joué une série de sketchs aux côtés de Pierre Desproges. Célèbre voix de dessin-animés et des habitués de Vidéo Gag, elle écrit plusieurs spectacles, pièces de théâtre et scénarios de téléfilms.

  • Christophe Paou : (1969) D’abord technicien de cinéma, il s’oriente ensuite vers la comédie. Si ses quelques rôles au cinéma et à la télévision sont oubliables, il se distingue en revanche sur les planches où il joue pour des auteurs contemporains, tels Hunsinger, Payne ou Molnar.

Informations supplémentaires :

  • L’épisode a été tourné dans une école d’infirmières pragoise. 

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5. MAIGRET ET LE MARCHAND DE VIN

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Première diffusion : 18/01/2002

D’après Maigret et le marchand de vin (1969) – Roman

Scénario : Pierre Granier-Deferre, Dominique Garnier

Réalisation : Christian de Chalonge

Interprétation : Alexandre Brasseur (Lachenal), Thierry Frémont (Pigou), Nicole Croisille (Mme Blanche), Éric Laugérias (Noblet), Carole Brenner (Jeanne Chabut), Bruno Abraham-Kremer (inspecteur Lorenzi), Jacques Frantz (René Chabut), Gérard Lartigau (Caucasson), Laurent Schilling (inspecteur Lambert), Bénédicte Loyen (Anne-Marie), Dominique Frot (Liliane Pigou), Pierre-Louis Calixte (Stiernet), Raymond Gil (Désiré Chabut)

Résumé : Au sortir de la maison close de Mme Blanche, le riche négociant en vin, René Chabut, est abattu par une homme en imper et chapeau mou qui prend la suite. En enquêtant sur le personnage, Maigret découvre à quel point l’odieux homme d’affaires s’était d’ennemis intimes...

Critique :

Une réelle déception que cet épisode sordide, jamais passionnant ou original.

Les ingrédients d’un Simenon classique sont réunis : Un nabab odieux, sorti de rien et qui s’est fait tout seul, personnage totalement détestable rien que ses évocations. Son temps de présence à l’écran est minime mais il parvient à se rendre haïssable en un rien de temps. Magnifiquement incarné par Jacques Frantz, qui lui offre une stature imposante et cette voix si caractéristique, ce marchand de vins a tout pour se faire tuer. Il collectionne les motifs de meurtre et Maigret lui-même aurait pu succomber devant tant de monstruosité. C’est là que le premier bât blesse. Ce personnage n’est guère humain, il est une caricature. Son aventure avec sa secrétaire pourrait le rendre moins affreux, il n’en est rien, tant la jeune femme se montre d’une rare stupidité devant lui.

Second problème : la personnalité du meurtrier. Tout le film, il est en faux fuyants et on ne le voit pleinement dans la lumière qu’à la toute fin. Si cela est conforme au roman originel, où cela fonctionnait parfaitement bien, ici, c’est tout le contraire. On attend, on espère qu’enfin Maigret va l’alpaguer et que de leur rencontre, sortira une belle confrontation, d’autant plus lorsque l’on sait c’est Thierry Frémont qui l’interprète. Hélas, mille fois hélas, la séquence arrive bien trop tard et est réduite à la portion congrue. Se déroulant dans le nouveau et affreux décor du Quai des Orfèvres, ces quelques minutes nous présentent un personnage faible et falot comme il y en a tant chez Simenon. Mais ici, pas d’étincelle de génie, pas de moment de gloire. On plaint sincèrement ce pauvre type car on le comprend si bien. L’originalité était d’avoir inversé les rôles : ici, le pauvre type parvient à prendre sur lui pour assassiner l’ordure qui l’a humilié, menacé et poussé à bout. Mais il se dégage une telle sensation de vide de cette scène qu’on en retient seulement l’ennui.

Nicole Croisille est amusante en mère maquerelle d’une maison close de luxe mais qui respire la médiocrité. Une fois encore, ce sont des thèmes chers à Simenon que l’on nous présente ici, mais nous les avons déjà vu dans Maigret, à de nombreuses reprises, et avec combien plus d’inspiration. Le scénario est mou, la réalisation à l'encan et le reste de la distribution ne présente pas grand intérêt. A noter le rôle ici totalement inutile de l’inspecteur Lachenal - pauvre Alexandre Brasseur, bien maltraité dans cet épisode - qui fait subir un interminable interrogatoire tout le long du métrage à un jeune homme pour lui faire avouer le meurtre de sa tante. Non seulement cela n’a strictement aucun rapport avec le meurtre du marchand de vin, mais qui plus est ces passages sont outrés, filmés d’une lumière cru et désagréable, sans apporter quoique ce soit au film. Evidemment, on pourrait arguer que le suspect de Maigret, impressionné par cet interrogatoire auquel il assiste, de loin, à la fin du film, justifie le fait qu’il avoue tout au commissaire. Seulement, le personnage s’était déjà décidé à parler à Maigret, cela n’ajoute donc qu’une touche supplémentaire de sordide gratuité, nuisant davantage encore à l’épisode.

On se fatigue de ces longues séquences où Maigret est suivi par cet ombre. On se lasse d’alterner plans larges et lointains avec caméra subjective sur le suiveur. On s’ennuie que tout cela ne débouche sur rien. L’enquête est fastidieuse, pesante et poisseuse. Lorsque l’on songe aux grandes heures de gloire de la série, on pourrait les croire définitivement disparues.

Distribution

  • Thierry Frémont : Né en 1962 ce comédien de théâtre, télévision et cinéma suit le Cours Florent où il a notamment Francis Huster comme professeur. Lauréat du César du meilleur espoir masculin en 1988 pour Travelling avant, il est le premier acteur français à obtenir l’Emmy Award du meilleur comédien pour son interprétation du tueur en série Francis Heaulme dans le téléfilm Dans la tête d’un tueur. Il est un troublant Alfred Dreyffus dans le téléfilm l’Affaire Dreyffus d’Yves Boisset en 1995. Alternant rôles dramatiques et franche comédie, Thierry Frémont est un visage régulier de l’audiovisuel français.

  • Nicole Croisille : Née en 1936, Nicole Croisille débute comme danseuse à la Comédie-Française. Mime aux côtés de Marcel Marceau, meneuse de revue, chanteuse, actrice de théâtre, de télévision, de cinéma et de comédies musicales, elle est principalement connue du grand public pour ses chansons dans les années 70 (Une femme avec toi, Téléphone-moi). A la télévision, on retiendra son rôle terriblement glaçant dans la série Dolmen, en 2005.

  • Éric Laugérias : Né en 1963, il débute au théâtre à Bordeaux, puis travaille ensuite aux côtés de Jean Marais et Jérôme Savary. Sociétaire des Grosses têtes pendant dix ans, avec qui il se fâche en 2011, il joue dans d’innombrables séries et téléfilms et n’a jamais cessé ses activités théâtrales. A noter : son apparition en 1993 dans le film Taxi de nuit, de Serge Leroy, l’un des premiers réalisateurs de Maigret, aux côtés justement de… Bruno Cremer.

  • Bruno Abraham-Kremer : Comédien, auteur et metteur en scène de théâtre français, il joue au cinéma chez Chabrol, Blier, Wilson ou Tasma. Il interprète et met en scène des adaptations des romans d’Eric Emmanuel-Schmitt que le romancier écrit spécialement pour lui et écrit plusieurs spectacles tirés de correspondances d’auteurs célèbres.

  • Jacques Frantz : Né en 1947, ce comédien a tourné pour Poiré, de Broca, Oury, Zidi, Chabrol, Berry ou Arcady. On le voit dans G.I. Joe : le réveil du Cobra en 2009, et a très fréquemment été mis en scène par Robert Hossein. Immense comédien de doublage, il est la voix française et régulière de Robert de Niro, mais également de John Goodman, Mel Gibson et Nick Nolte.

  • Laurent Schilling : Comédien français vu dans Capitaine Conan, la Môme, il joue depuis 2016 dans la série Agathe Koltès. Déjà apparu dans un petit rôle dans Un meurtre de première classe, Laurent Schilling incarne le temps de deux épisodes l’éphémère inspecteur Lambert.

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6. MAIGRET CHEZ LE MINISTRE

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Première diffusion : 01/02/2002

D’après Maigret chez le ministre (1954) – Roman

Scénario : Pierre Granier-Deferre, Dominique Garnier, Stéphane Palay

Réalisation : Christian de Chalonge

Interprétation : Alexandre Brasseur (Lachenal), Bernard Freyd (Auguste Point), Gisèle Casadesus (Mme Calame), Laure Marsac (Claire Point), Christophe Reymond (Jacques Fleury), Laurent Schilling (inspecteur Lambert), Olivier Broche (Piquemal), Bruno Abraham-Kremer (inspecteur Lorenzi), Pascal Leguennec (René Bonnet), Jean Dautremay (Mascoulin), Christian Pereira (directeur PJ), Cécile Caillaud (Lise Piquemal)

Résumé : Le nouveau ministre des Travaux Publics, Auguste Point, tout juste installé, reçoit la visite d’un ingénieur des Ponts & Chaussées qui lui remet un rapport accablant quant à l’effondrement d’un sanatorium ayant entraîné la mort de plus de cent enfants. L’ingénieur avait prédit la catastrophe et s’en remet au ministre pour faire éclater la vérité. Mais Point se fait voler le rapport et appelle Maigret à son secours. Ce dernier va avoir bien du mal à démêler cette affaire où la politique s’en mêle...

Note : 4 sur 4

Critique :

On aurait pu croire la série en perte de vitesse, c’était une erreur : elle se réinvente.

Cet épisode, tout simplement l’un des meilleurs jamais tournés, prouve qu’une bonne histoire, de bons comédiens et une belle réalisation, le tout parfaitement équilibré, permet toujours de passer un grand moment devant Maigret. Le commissaire s’invite dans les hautes sphères, ou plutôt on l’y invite. Il entre littéralement chez le ministre, dans son cabinet, dans son appartement encore empaqueté des cartons de déménagement, dans son intimité où il fait la connaissance de sa curieuse fille et de son non moins intrigant fiancé.

Mal à l’aise pour frayer parmi les requins de la politique, Maigret trouve un écho dans le personnage du ministre, pas beaucoup plus à l’aise que lui. C’est la rencontre, magnifique, entre deux terriens, amoureux des bonnes choses, de la nourriture riche et des grands crus. Ils partagent certains idéaux et certaines désillusions. Conscients, chacun, de la vanité de la politique, le ministre admire l'opiniâtreté et l’honnêteté de Maigret. Le commissaire, lui, admire la sincérité et le courage de cet homme capable assumant des responsabilités qui ne sont pas les siennes.

C’est un Maigret très à part, très différent de ceux que l’on connaît habituellement auquel nous avons droit. C’est un jeu d’énigmes, de faux-semblants, où la DGSE met son grain de sel et où les barbouzes sont de sortie. Nous n’avons affaire à aucun gangster, aucun malfrat, aucun pauvre type tuant par impulsion pour un crime banal. Ici, c’est la mise en scène de l’Etat assassin qui est mis en cause, de son incapacité à admettre ses fautes et à les rejeter sur un innocent. Le propos renvoie, forcément, à nos propres hommes politiques. Aucun parti n’est directement nommé et, en ces années 50 où les cabinets ministériels valsaient plus vite qu’un classique de Chopin, l’habileté du scénario est de ne jamais nous perdre. Qui est ce ministre ? De quel bord est-il ? A quel camp appartient-il ? Qui, au pouvoir, cherche à lui nuire pour dissimuler ses propres forfaits ? On s’en moque et c’est parfait. Car le principe réside dans une démonstration générale de la misère des politiciens et en une critique acerbe, contemporaine et intemporelle.

Réalisé dans de magnifiques décors évoquant sans peine un ministère de Paris, l’épisode est remarquablement filmé. Se déroulant en grande partie la nuit, jamais nous ne sommes laissés dans le vague ou dans le flou. Le jeu des ombres et des lumières est parfaitement maîtrisé, de l’appartement du ministre aux couloirs du ministère. De beaux et lents travellings lèchent une image superbe où évolue une distribution aux petits oignons. Bernard Freyd est criant de vérité et traite d’égal à égal avec Bruno Cremer. Une réelle complicité se dégage de leurs échanges savoureux. Ce très bon comédien revient après Maigret et la vieille dame où il se montrait autrement moins convaincant dans un rôle de petit politicien véreux. Maigret chez le ministre rend pleinement hommage à son talent.

Le final est remarquable et l’ultime plan l’un des plus savoureux de toute la série, nous rappelant à quel point Jules Maigret est un homme simple, bonhomme et bon vivant.

Distribution

  • Laure Marsac : Née en 1970, elle reçoit le César du meilleur espoir féminin à 14 ans pour le film la Pirate de Jacques Dollon. Elle débute simultanément au théâtre et à la télévision, en 1990, respectivement dans Roméo et Juliette et dans l’Enfant des loups. Présente dans Taxi de nuit avec Bruno Cremer en 1993, on la voit principalement à la télévision (le Sang de la vigne, les Bleus, Entre vents et marées...). Elle écrit et réalise son premier long métrage en 2007 : le Quatrième Morceau de la femme coupée en trois.

  • Christophe Reymond : Il joue les classiques au théâtre et multiplie les rôles à la télévision. Il prête également sa voix comme narrateur de livres audio.

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7. MAIGRET ET LE FOU DE SAINTE-CLOTHILDE

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Première diffusion : 10/05/2002

D’après Le fou de Bergerac (1932) – Roman

Scénario : Pierre Granier-Deferre et Michel Grisolia

Réalisation : Claudio Tonetti

Interprétation : Alexandre Brasseur (Paul Lachenal), Philippe Khorsand (Me Duhour), Philippe Magnan (Dr Rivaud), Anne Kreis (Florence Rivaud), Philippe Dormoy (commissaire Leduc), Sonia Vollereaux (Mme Bellanger), Michel Vuillermoz ( Bellanger), Dora Doll (Tativa), Chrystelle Labaude (Janine), Armelle (l'infirmière Bordenave), Jean-François Gallotte (le patron de l'hôtel), Béatrice Michel (Mlle Jouanet), Christiane Ludot (l'institutrice), Nicolas Combe (un gendarme)

Résumé : Maigret voyage en train pour rejoindre son épouse, au chevet de sa nièce, en train d’accoucher, lorsqu’il surprend un individu en train de sauter du wagon en marche. Maigret, sans vraiment comprendre lui-même ce qui le pousse à agir de la sorte, saute à sa suite et se blesse. Transporté jusqu’au petit village de Sainte-Chlothilde, il apprend qu’un fou sème la terreur dans la ville.

Critique :

Un retour à la campagne et aux petites villes de province de bon augure pour Jules Maigret. Malgré quelques défauts agaçants, l’épisode est très agréable à regarder.

Après un début original, c’est un Maigret amoindri physiquement, mais pas intellectuellement, qui se lance dans une enquête à propos d’un tueur en série, un fou semant la terreur dans le petit village endormi de Sainte-Chlothilde. Maigret sautant d’un train en marche pour se lancer à la poursuite d’un lunatique est une jolie séquence, assez fidèle au roman, qui augure d’un épisode un peu à part. Et, effectivement, face à une galerie de personnages étranges, bizarres, « fous », Maigret débute une enquête lente, dans une atmosphère d’incongruité qui ne dépareillerait pas dans un Jean-Pierre Mocky. L’ambiance générale de l’épisode rappelle en effet la Cité de l’indicible peur avec Bourvil, le grotesque en moins.

L’intrigue est évidemment à chercher dans les actes manqués des personnages. Sous leurs lourds secrets de bourgeois de province, ces êtres veules dissimulent, mentent, fuient et se confondent dans un passé sordide, que Maigret aura bien dû mal à extirper. Hantés par des fantasmes morbides, les petits secrets que l’on taie, tous les protagonistes tentent, vainement bien sûr, d’égarer le commissaire sur de fausses pistes plutôt que d’avouer leur propre misère intime. Si le procédé n’est pas nouveau dans la série, il est bien amené dans cet épisode, écrit sans fioriture, mais avec justesse.

Alors on agresse, on tue, on se suicide… Sans que cela ne donne grand-chose, faute à une réalisation un peu terne, filmant platement les dialogues mais s’attardant joliment sur le décor et les paysages. Cette succession de rebondissements n’offre pas un rythme très soutenu, et il arrive qu’on s’ennuie lors des longues séquences muettes du métrage. Heureusement que des comédiens hors pair éclairent de leur talent ce film. Avec le regretté Philippe Khorsand à leur tête, ces excellents acteurs magnifient les notables de ce village curieux.

Si on s’amuse volontiers de certaines séquences, comme Maigret s’improvisant en barman, on regrettera cette stupide voix-off du début, devant expliquer la présence de Maigret dans le train et son geste pour le moins curieux. Elle rappelle même les pénibles séquences narratives des premiers Maigret avec Jean Richard. Autre regret : pourquoi avoir autant défloré l’intrigue originale, l’une des meilleures de Simenon ? Le final est des plus absconds et on se demande bien comment Maigret en arrive là ? Transposer l’histoire de Bergerac à Sainte-Chlothilde s’explique certainement pour des raisons de droits : il devait être trop onéreux de tourner dans le Périgord, mais cela ne justifie pas ces modifications dans l’enquête, allant jusqu’à totalement détourner la solution de l’énigme.

Pourtant, l’ensemble fonctionne bien et on ne passe pas un mauvais moment au visionnage.

Distribution

  • Philippe Khorsand (1948-2008) : Né à Paris, il débute au cours Simon à l’âge de 15 ans, où il fait la connaissance de Jean-Michel Ribes dont il sera l’un des plus fidèles comédiens durant de nombreuses années. Il débute au cinéma chez Lautner dans Laisse aller, c’est une valse. C’est avec 1988 qu’il se fait connaître du grand public grâce à la série Palace, sur Canal+ où il interprète l’étrange directeur d’un hôtel. Ce rôle lui collera longuement à la peau, puisqu’il continuera de l’incarner dans de longues campagnes de publicité pour une célèbre marque d’assurance, aux côtés de son compère Marcel Philippot. Brièvement pensionnaire de la Comédie Française, on le voit jouer de nombreux classiques et continue d’apparaître dans un cinéma populaire ou intellectuel jusqu’à sa mort. Il obtient un rôle régulier dans Une famille formidable. Son dernier rôle sera dans Musée haut, musée bas, de Ribes, qui lui sera dédié.

  • Philippe Magnan : Né en 1948, ce comédien français est un des seconds-rôles les plus connus du cinéma, où il prête une voix et un phrasé très particulier à des personnages cyniques, cinglants ou carrément odieux. Il a joué notamment deux fois le rôle du président François Mitterand dans l’Affaire Farewell et Changer la vie, un docu-fiction. Il joue régulièrement au théâtre depuis 1993.

  • Anne Kreis : Actrice française, elle débute chez Truffaut dans Une belle fille comme moi, et on la remarque dans les Rois Maudits de Claude Barma où elle interprète Marie de Cressay. Traductrice, metteur en scène, on la voit peu au cinéma mais joue dans de nombreux téléfilms.

  • Philippe Dormoy : Né en 1953 à Lyon, il débute dans le théâtre amateur en 1974 et passe professionnel en 1978. Il joue principalement des pièces modernes et apparaît occasionnellement à la télévision (H, l’Affaire Dominici, Jean Moulin).

  • Sonia Vollereaux : Née en 1959, cette comédienne incarne Constance Mozart aux côtés de Roman Polansky dans la pièce Amadeus de Shaffer et joue dans de nombreux classiques, aux côtés de Tréjan, Cassel ou Bouquet. Pensionnaire de la Comédie-Française de 1987 à 1989, elle joue du Shaw, du Coward, du Molière ou du Marivaux. Metteur en scène, on la voit régulièrement à la télévision (Fabien Cosma, la Crim’, Plus belle la vie, Joséphine Ange gardien, Alice Nevers)

  • Michel Vuillermoz : Né en 1962, il entre à la Comédie-Française en 2003, dont il est encore sociétaire. Il y interprète notamment Cyrano de Bergerac environ tous les deux ans depuis 2006, dans des mise en scène différentes. Au cinéma, on le voit principalement chez Podalydès (Versailles Rive Gauche, Dieu seul me voit, le Parfum de la dame en noir, Adieu Berthe…).

  • Dora Doll (1922-2015) : Fille d’un banquier russe chassé par la Révolution de 1917, elle suit les cours de Louis Jouvet au Conservatoire et commence par faire de la figuration au cinéma (Hôtel du Nord, Paradis perdu). Elle se fait remarquer dans Touchez pas au grisbi (avec Jean Gabin et Lino Ventura), le Bal des maudits (aux côtés de Montgomery Cliff, Dean Martin et Marlon Brando) et Archimède et le clochard (avec Jean Gabin et Bernard Blier). Après une très belle carrière au cinéma, elle redevient à nouveau très populaire entre 1998 et 2000 dans le feuilleton le Cap des pins. Elle prend sa retraite en 2007 et en retire en Camargue où, suite à de mauvais placements financiers, elle termine sa vie dans la misère.

  • Chrystelle Labaude : Née en 1959, cette actrice française est principalement connue pour son rôle principal dans Section de recherches de 2006 à 2017.

  • Armelle : Née en 1969, on la voie au cinéma dans la Belle verte de Coline Serreau mais est surtout connue pour son rôle régulier de Maéva Capucin dans Caméra Café et dans sa suite cinématographique Espace détente.

Informations supplémentaires :

  • Fait assez rare pour la série, l’épisode a principalement été tourné en France, dans le petit village de Marville, dans la Meuse, ainsi qu’à Longuyon en Meurthe-et-Moselle. D’autres scènes ont été tourné dans plusieurs villes luxembourgeoises : Ettelbruck, Esch-sur-Alzette (orthographiée sans le ‘l’ dans les crédits de l’épisode), Rambrouch et Vianden.

  • Alexandre Brasseur Brasseur fait ici ses adieux à la série. Au total, il aura joué dans neuf épisodes le rôle de l’inspecteur Paul Lachenal, le neveu de Maigret, de 1999 à 2002. 

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8. MAIGRET À L’ÉCOLE

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Première diffusion : 11/11/2002

D’après Maigret à l’école (1953) – Roman

Scénario : Pierre Granier-Deferre et Michel Grisolia

Réalisation : Yves de Challonge

Interprétation : Jean-Claude Dreyfus (Dr Xavier Bresselles), Carole Richert (Mme Gastin), Stéphane Jobert (Marcellin Rateau), Philippe Duquesne (Louis Paumelle), Thierry Levaret (Yann Valois), Ilroy Plowright (Jean-Paul Gastin), Jean-Claude Lecas (Théo Goumard), Eva Mazauric (Thérèse), Lucia Sanchez (Maria), René Remblier (Julien Sellier), Vivien Picouleau (Marcel Sellier), Kevin Jacob (Joseph Rateau), Georges-Gilbert Cazeneuve (Félicien Cornu), Nathalie Dorval (Marthe Sellier)

Résumé : Le petit Jean-Paul Gastin, âgé de douze ans, écrit à Maigret pour lui demander de venir enquêter sur le meurtre de l’ancienne postière de son village, la vieille Léonie. En effet, son père, le maître d’école du village, est accusé du crime et croupi en prison à l’heure actuelle. Maigret se rend sur place et commence son enquête, très intéressé par les habitués du café, qui tous, gravitent autour de l’école.

Critique :

Un bon cru que ce Maigret à l’école, inaugurant une nouvelle ère dans la série et concluant ce cinquième coffret d’une plaisante manière.

Maigret est accueilli froidement dans ce décor de petit village un peu froid, au charme suranné, aux couleurs sépia. Assez vite à son aise, il promène sa silhouette massive au gré des maisons des suspects, toutes situées autour de cette école. Les protagonistes, petites gens besogneuses, à la vie banale voire misérables, sont autant d’études de caractère intelligentes et fines. L’étude psychologique de chacun de ces personnages fonctionne parfaitement, leurs interprètes sont bons et on joue à tenter de deviner qui est le véritable meurtrier.

Maigret, en effet, semble d’emblée persuadé de l’innocence du maître d’école, à tel point qu’il nous racontera ses entrevues avec lui, sans que nous ne voyons davantage qu’une photographie. Curieux choix de mise en scène que de ne pas montrer le principal suspect d’un meurtre, choix qui ne fonctionne pas. L’enquête se focalise donc sur les enfants, ces écoliers qui accusent le père de leur camarade. Les enfants-acteurs ne jouent pas toujours juste, ici, il ne faut pas se plaindre. Dans l’ensemble, ils sont très convaincants, aussi bien dans leurs petits et grands mensonges que dans leur joie de vivre. L’affaire se suit d’une façon sereine et plaisante, toute dans l’exploration de ce microcosme de province où Maigret semble assez à l’aise.

Notons la belle musique de Laurent Petit-Gérard, particulièrement inspiré sur cet épisode et la superbe lumière, tout en clair-obscur, et une réalisation sachant tirer le meilleur de jolis décors naturels.

Quelques éléments, toutefois, empêchent l’épisode de recevoir la note maximale. Hormis le principe de ne jamais rencontrer le principal suspect du meurtre évoqué plus haut, nous manquons d’une grande confrontation avec un comédien d’envergure. Certes, la présence du rusé Jean-Claude Dreyfus ajoute une certaine plus-value, mais ses quelques scènes sont trop brèves et trop éparpillées dans tout le métrage pour suffisamment retenir l’attention. Le jeune inspecteur de service, Valois, est agréable mais il ne brille pas particulièrement non plus. Ajoutons à cela une ou deux longueurs à mi-parcours et nous obtenons un bon épisode, mais loin d’être parfait.

Une sympathique conclusion pour ce cinquième coffret, un épisode de transition vers la dernière période de la série.

Distribution

  • Jean-Claude Dreyfus : Né en 1946, il débute au cabaret dans des numéros d’illusionnisme, puis se produit comme travesti dans des revues. Il débute au cinéma en 1972 dans le film expérimental What a Flash ! puis rejoint la bande à Audiard pour Comment réussir quand on est con et pleurnichard. Il tient de nombreux seconds rôles jusqu’à se faire connaître du grand public avec les publicités pour la marque Marie à partir de 1986. Son rôle le plus célèbre est sans aucun doute celui du boucher dans Delicatessen, de Jean-Pierre Jeunet et Jean-Marc Caro. Fidèle aux réalisateurs, il revient dans La cité des enfants perdus puis Un long dimanche de fiançailles. Il joue volontiers dans des courts-métrages de réalisateurs débutants, comme Déconnexion de Jérémie Prigent et François Rémond, et joue fréquemment au théâtre les classiques (Anouilh, Brecht, Hugo) comme les modernes (Devos, Nothomb, Savary).

  • Carole Richert : Née en 1967, cette comédienne multiplie les rôles sur le petit écran et se révèle au grand public avec son rôle récurrent dans la série Clem.

  • Philippe Duquesne : Né en 1965, cet illustre membre de la troupe comique des Deschiens, a tourné à trois reprises pour Albert Dupontel et s’illustre au cinéma dans Bienvenue chez les Ch’tis en 2008. Il joue régulièrement au théâtre (Feydeau, Molière) et à la télévision.

  • Ilroy Plowright : Enfant acteur, il tourne dans quelques téléfilms et séries dans les années 90 et arrête sa carrière à l’âge de 14 ans.

  • Jean-Claude Lecas : Né en 1953, on le voit fréquemment à la télévision (les Cordiers, Navarro, Julie Lescaut, SOS 18) et tourne au cinéma chez Chabrol, Pinoteau, Ozon, et fait une apparition dans Cheval de guerre de Spielberg. 

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