Volume 3Volume 5

Maigret (Bruno Cremer)

Volume 4


PRÉSENTATION VOLUME 4

Ce volume poursuit la lente transformation de la série. Originellement noire et poisseuse, très fidèle à l’esprit originel des romans de Simenon, peu à peu, le besoin de modernisation par la production se fait sentir. L’adaptation de nouvelles permet aux scénaristes de prendre de nombreuses libertés et de proposer un programme davantage grand public, moins sombre et plus chaleureux. Les épisodes se montrent sous un jour plus léger, humoristique, mais la série perd peu à peu de sa saveur. Le temps des grands épisodes est malheureusement passé.

S’il est encore possible de dénicher de véritables petites perles dans ce volume, l’ensemble s’est un peu affadi et manque de piquants. Moins de grands comédiens pour affronter un Bruno Cremer qui commence à s’affaiblir. La maladie le guette, il prend au poids au fil des épisodes et son jeu semble parfois plus relâché. 

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1. MAIGRET ET L’ENFANT DE CHŒUR

Première diffusion : 3 octobre 1997

D’après Le témoignage de l’enfant de chœur (1946) – Nouvelle

Scénario : Dominique Roulet et Pierre Granier-Deferre

Réalisation : Pierre Granier-Deferre

Interprétation : Stanislas Crevillen (Etienne), Anne Roussel (Hélène), Ginette Garcin (Denise), Jacqueline Jehanneuf (Marthe), Sylvie Granotier (Mme Dupin-Duclos), Roger Dumas (M. Dupin-Duclos), Jean Martin (le juge Mézières), Philippe Duclos (Thiberge), Steve Kalfa (Castagnet), André Penvern (Luchard), Jacques Goasguen (le curé)

Résumé : Dans une petite ville de l’Est de la France, le jeune Etienne, enfant de chœur sur le chemin de l’église, découvre un cadavre et de celui qu’il décrit au commissaire comme étant l’assassin, un homme aux yeux noirs. Malheureusement, depuis, aucune trace du corps. Maigret, sceptique, décide d’enquêter malgré tout sur la base de ce témoignage, sujet à caution.

Critique :

Episode sympathique que ce Maigre et l’enfant de chœur, qui se déroule au rythme tranquille d’une petite ville de province.

L’intrigue sert ici de prétexte à la description du microcosme d’une rue, arpentée en long et en large par un Maigret qui aimerait croire cet enfant mais que pratiquement tout le monde décrit comme un menteur. Le scénario évoque le roman Monsieur Galet décédé sans en avoir les malicieuses descriptions et adapte très librement une petite nouvelle fort simple. Il permet aux comédiens du jour de proposer une succession de duos, voire de duels, entre eux et Bruno Cremer. Dans une étude psychologique assez poussée, le film dresse le portrait des besogneux, des bourgeois, des riches et des « entre-deux ». Le commissaire tâche de ne pas prendre partie, au moins au début. Mais, peu à peu, des sympathies inattendues pointent pour certains de ces suspects, pleines de compréhension et de tendresse. 

Bruno Cremer excelle réellement dans le rôle et ne s’en est pas encore lassé comme ce sera par la suite. Il paraît prendre sous son aile le petit Stanislas Crevillen, le mettant en valeur avec sympathie et bonhommie. Celui-ci joue particulièrement bien, ce qui reste rare pour les enfants, très juste et fin. A nouveau, le reste de la distribution est impeccable, point fort de l’épisode. Les épisodes de Maigret mettant en scène des enfants sont généralement très réussis. Dans ce registre, il convient de signaler les futurs Maigret à l’école et Maigret (2002) et les sept petites croix (2005). Dans chacune de ces histoires, la relation qu’entretiennent le commissaire et le petit, est particulièrement tendre.

Il est cependant regrettable que la résolution de l’affaire soit pratiquement éventée dès les premières minutes de l’épisode, faute à un procédé de montage stupide consistant à montrer le regard de l’assassin. Au cinéma, à la télévision, au théâtre, il n’est rien de plus évocateur que les yeux d’un acteur, qui véhicule autant d’émotions qu’il le souhaite par un simple regard. Si l’image reste ici fugace, elle est suffisamment évocatrice pour nous permettre d’identifier le meurtrier à la première vision de celui-ci.

Si l’histoire se délaye un peu trop, faute à un format originel trop court, ce Témoignage de l’enfant de chœur demeure un épisode attachant, bien réalisé, tout en se limitant à un minimum de décor et de personnages. Economique, précis, l’épisode offre, de plus, une jolie évocation de l’enfance du commissaire, par petites touches plaisantes

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Distribution :

  • Stanislas Forlani Crevillen : Né en 1982, ce comédien spécialiste de doublage, débute très jeune sa carrière en 1991 avec Génial mes parents divorcent, en 1991, dans le rôle de Nestor. On le voit grandir à la télévision dans Julie Lescaut, les Cordier, l’Instit, Famille d’accueil, ou Joséphine Ange gardien. Au cinéma, il évolue chez Michel Blanc : Mauvaise passe, ou Francis Veber : le Placard. Il est la voix régulière de Darren Criss dans Glee.

  • Anne Roussel : Née en 1960, cette comédienne de théâtre et de cinéma est apparue dans les marmottes et les truffes. Elle joue au théâtre dans Shakespeare, Assous, ou Kafka. Elle campe le personnage régulier de Gabrielle Peyrac dans Equipe médicale d’urgence.

  • Ginette Garcin : (1928-2010) Elle débute sa carrière dans l’opérette Avec le soleil, en 1942. Première interprète de Bobby Lapointe et de Jean Yanne, elle débute au cinéma dans les années 70. Elle tourne pour Audiard, Lelouch, Yanne, Boisset et Tachella. Elle obtient un gros succès à la télévision dans Marc et Sophie. Auteur de la pièce le Clan des veuves¸ elle y obtient un énorme succès en compagnie de Jackie Sardou. De 2001 à sa mort en 2010, elle joue dans Famille d’accueil, et on la voit encore dans la Beuze ou les Dalton. Elle décède d’un cancer du colon, quelques jours après avoir terminé le tournage de son ultime épisode de Famille d’accueil.

  • Sylvie Granotier : Née en 1951 à Alger, cette comédienne joue depuis les années 80 au cinéma et à la télévision, chez Leconte, Corneau ou Jugnot. Elle joue depuis 2016 dans Baron noir. Elle est également un auteur reconnu de romans policiers (Mort sans lendemain, Dodo, Double je, la Rigole du diable) et une traductrice de romans de langue anglaise.

  • Roger Dumas : Né en 1932, il joue principalement au théâtre à ses débuts, chez Hossein et Michel de Ré. Mais on le voit également au cinéma dans un très grand nombre de seconds rôles prestigieux, aux côtés de Belmondo ou De Funès, dans l’homme de Rio et Pouic-Pouic. Il joue régulièrement pour Chabrol comme pour Assayas, Denys de la Patellière ou Claude Berri. Il joue aux côtés de Raymond Souplex dans les cinq dernières minutes en 1962, ou dans Navarro, Julie Lescaut. Auteur de chansons avec Jean-Jacques Debout, il est notamment l’auteur des paroles du générique de Capitaine Flam et a régulièrement composé pour Chantal Goya et Sylvie Vartan.

  • Jean Martin : (1922-2009) Il débute au théâtre dans des créations de Beckett, Adamov et Ionesco. Il crée le personnage de Lucky dans En attendant Godot en 1953. Il trouve son premier rôle au cinéma en 1942 dans l’adaptation du roman de Maigret Cécile est morte de Jean Delanoy, dans le petit rôle du garçon d’étage. Son rôle le plus important est dans la bataille d’Alger. Inquiétant grand maître dans le feuilleton fantastique les Compagnons de Baal en 1968, il participe à l’émission pour enfants Récré A2 dans les années 80. Il est la voix de l’Oiseau dans le roi et l’oiseau.

  • Philippe Duclos : Comédien français, il débute par le Cours Florent et travaille avec Daniel Mesguich. On le voit dans De gré ou de force, et dans le rôle récurrent du juge d’instruction de la série télévisée Engrenages depuis 2005. Il joue au théâtre chez Shakespeare, Bergman, Marivaux, Sartre ou Duras.

  • André Penvern : Né en 1947, il joue au cinéma pour les plus grands réalisateurs, Chabrol, Cayatte, Preminger, Oury, Frankesnheimer ou Polansky. Il interprète, de 1982 à 1989 le rôle de l’inspecteur Castaing dans les enquêtes du commissaire Maigret avec Jean Richard. 

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2. MAIGRET ET LE LIBERTY BAR

Première diffusion : 17 octobre 1997

D’après Liberty bar (1932) – Roman

Scénario : Bernard Marié

Réalisation : Michel Favart

Interprétation : Pascale Roberts (Mado), Marina Golovine (Sylvie), Françoise Christophe (Madame Martini), Jeanne Goupil (Gina Martini), Philippe Uchan (Boutigues), Eric Boucher (Joseph), Gavin Van Den Berg (Harry Brown), Graham Clarke (Yann), Pascal Leclair (un gardien de la paix), Nigel Kent (le chauffeur de taxi)

Résumé : Côte d’Azur. William Brown, riche Australien, est poignardé et revient mourir à sa villa. Les deux femmes avec qui il vit, tentent de s’enfuir mais leur voiture a un accident. Incarcérées, elles attendent la venue de Maigret, venu prêter main forte à l’inspecteur Boutigues, dépassé par la situation. 

Critique :

Les Maigret se suivent et ne se ressemblent pas. Voici une histoire de femmes, de jalousie, de vengeance, de sexe et de passion dévorante.

Maigret et le Liberty Bar est un des épisodes les plus sordides de la série, plein d’une noirceur savamment distillée au cœur de rencontres « simenonienne » et de personnages désespérés, accrochés au crépuscule de leur existence. La peinture sociale est au vitriol et nul ne sera épargné. Petites gens, fausses bourgeoises et réussite à l’américaine. L’argent détruit le cœur de l’homme, pourrit son âme et le pousse au vice : telle pourrait être la morale de cette histoire qui ne débute pas sous les meilleurs auspices. La scène d’introduction est étrange, on n’y comprend pas grand-chose. Est-ce le montage ou tout simplement la direction d’acteur qui pèche ? Deux femmes sont en fuite d’on ne sait quoi, frivoles d’apparence, fragiles psychologiquement comprend-on rapidement. Mais elles ne sont absolument pas crédibles dans leur rôle, surjouent abondamment et la scène de leur accident est risible.

Que vient donc faire Maigret dans cette affaire ? Débarquant d’un magnifique avion à hélice, on le découvre tout sourire sous le soleil des cigales. Il déchante bien vite en découvrant celui qui se révélera son nouvel assistant, du moins pour cette affaire : l’inspecteur Boutigues. Ridicule, idiot, heureusement qu’il aime la vie, cela procure au moins quelques bons moments en sa compagnie, notamment l’apéritif partagé avec le commissaire, d’autant plus que le personnage est bien interprété. 

Si les autres comédiens ne sont guère remarquables, Pascale Robert, en revanche, illumine l’épisode, par un jeu complexe, déclinaison subtile d’une femme épuisée, malade, au bout du rouleau, tentant malgré tout de faire bonne figure. L’attachement que Maigret éprouve à son égard est tellement bien écrit et joué que nous le partageons aussitôt. Tendre, pathétique, lâche, à la fois séduisante et repoussante, Mado est une figure typique des Maigret, de ces Madones brisées par la vie et par les hommes. Prisonnière de ses fantômes, elle se réfugie dans l’alcool car elle ne sait plus rien faire d’autre, ni penser, ni aimer, ni haïr. Profitons-en, nous n’en reverrons pas de sitôt.

Mais ce Liberty Bar n’est pourtant pas très palpitant. Ce lourd soleil amoindrit tous les effets de noirceurs amorcés dans l’introduction pour proposer une ballade dans le Sud de la France. Comment se passionner pour une victime dont on ne sait rien ? Rarement la personnification du mort aura été aussi pauvre et hormis le chassé croisé entre les quatre femmes « du mort » présente un peu de piquant. Le doublage des comédiens étrangers est, une fois encore, particulièrement raté.

La série amorce, lentement, son déclin, déclin dont elle se remettra, mais nous n’y sommes pas encore…

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Distribution :

  • Pascale Roberts : Née en 1933, elle joue aussi bien au théâtre, à la télévision ou au cinéma. On la voit devant la caméra de Christian-Jaque, Yves Allégret, Marc Berthomieu, Jean Giraut, Philippe de Broca, Jean-Loup Hubert, Jean-Pierre Mocky ou Max Pécas. Figure régulière du cinéma de Robert Guédiguian, elle trouve son rôle le plus célèbre en 1974 dans Dupont-Lajoie, d’Yves Boisset, aux côtés de Jean Carmet. Après une trentaine de téléfilms et apparitions dans des séries, elle joue, de 2008 à 2015, le rôle régulier de Wanda Legendre dans Plus belle la vie.

  • Marina Golovine : Née en 1976, cette comédienne est l’arrière-petite-fille de Michel Simon. Elle joue au cinéma chez Goretta ou Chéreau et à la télévision sous la direction de José Pinheiro.

  • Françoise Christophe : (1923-2012) Elle suit les cours de René Simon puis de Lucien Nat et entre en 1941 au Conservatoire où elle obtient un second prix de comédie. Elle joue chez Henri Decoin et dans Fantomas en 1946. Elle retrouve cet univers en 1967 dans Fantomas contre Scotland Yard avec Jean Marais et Louis de Funès. Pensionnaire de la Comédie Française, elle y joue Musset, Giraudoux, Molière et Rostand. Elle était déjà apparue dans l’univers de Maigret avec Un échec de Maigret, avec Jean Richard, en 1987.

  • Jeanne Goupil : Née en 1950, cette comédienne de télévision et de cinéma débute en 1970 dans Mais ne nous délivrez pas du mal, premier long métrage de Joël Séria dont elle partage la vie. Elle tourne encore pour lui les Galettes de Pont-Aven, avec Jean-Pierre Marielle et Claude Piéplu. Elle également artiste peintre sous le nom de Jeanne K. Lichtlé.

  • Philippe Uchan : Né en 1962, Uchan est un acteur, metteur en scène et chanteur français. Après un passage au Conservatoire de Toulouse, il monte à Paris pour suivre les cours du Cours Florent et entre au Conservatoire national d’art dramatique en 1985, en compagnie de Denys Podalydès. Au théâtre, il a joué Molière, Hugo, Giraudoux, Marivaux sous la direction de Jean-Luc Tardieu ou Pierre Mondy. Grâce à Yves Robert, il obtient le César du meilleur espoir masculin en 1990 pour le rôle de Bouzigue (sic !) dans le Château de ma mère. Depuis, il tourne régulièrement pour Albert Dupontel et Bruno Podalydès.

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Anecdotes :

  • L’épisode a été tourné en Afrique du Sud.

  • Bruno Cremer, sans doute malade pendant le tournage, apparaît parfois fatigué, bouffi et sa prise de poids est manifeste. 

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3. MAIGRET ET L’IMPROBABLE MONSIEUR OWEN

Première diffusion : 12 décembre 1997

D’après L’improbable monsieur Owen (1938) – Nouvelle

Scénario : Virginie Brac

Réalisation : Pierre Koralnik

Interprétation : Arielle Dombasle (Mylène Turner), Bernard Haller (Monsieur Louis), Camille Japy (Germaine), Michel Voïta (Schaft), Eric Petitjean (l'inspecteur Gimello), Joào Lagarto (Niklos), Bruno Slagmulder (Roger), François d'Artemare (Owen), Filipe Ferrer (l'antiquaire), Isabel Ruth (la femme de chambre), Luisa Barbosa (la vieille femme), Ricardo Carriço (le plagiste), Joao Bras (l'inspecteur adjoint), José Manuel Mendes (le commissaire-priseur), David Costa (le jeune chasseur)

Résumé : Maigret, en vacances sur la Côte d'Azur dans l'hôtel d'un ancien informateur est contraint d'enquêter sur le meurtre étrange d'un client de l'hôtel, l'étrange monsieur Owen. Près du corps, retrouvé dans sa baignoire, se trouve également le cadavre du chien d'une starlette, Mylène Turner, que tout semble accabler....

Critique :

Maigret chez Agatha Christie ou comment Maigret se prend pour Hercule Poirot !

L’adaptation d’une nouvelle prouve une nouvelle fois la faiblesse de ce genre de procédé. Rallonger une intrigue initialement conçue pour être brève par un conteur du talent de Simenon relève de la gageure et il faut être un sacré bon scénariste pour s’en sortir. Ici, Virginie Brac échoue totalement à l’exercice. Scénario inepte, interprétation insipide, clichés abondants, tout concourt à un ratage complet et à un naufrage inévitable.

Et pourtant… Et pourtant, il est difficile de détester d’emblée cet O.V.N.I. dans l’univers de Maigret, cet épisode si incongru, totalement hors continuité, où Maigret s’insinue dans un univers qui n’est pas le sien. Cette affaire porte toutes les marques d’un polar british classique, fait d’éclats, de strass et de paillette. Un hôtel bondé, une star finissante, des amants dans tous les sens, un trafic d’œuvres d’art, tout va y passer. Jusqu’à Maigret lui-même qui, à l’instar d’Hercule Poirot, séjourne en vacances dans cet hôtel – superbe incongruité quand on connaît le personnage – et, comme par hasard, un meurtre est commis. Ce n’est pas de chance, tout de même. Mais, en cela, l’épisode ne fait qu’adapter la nouvelle de Simenon qui s’était sans doute essayé à l’exercice de style. 

Cette étrangeté sied donc à un épisode à part, porté par de très amusantes séquences et de bons comédiens pour la plupart. Arielle Dombasle est aussi insupportable que son personnage mais Bernard Haller est particulièrement savoureux. Il est plaisant de voir un Maigret papillonner un peu partout comme un gamin avec son ami Louis, humer l’air comme un chien de chasse pour chercher des indices, se lier d’amitié avec un masseur aveugle – leurs scènes comptent parmi les meilleurs moments de toute la série – et il est certain que l’on passe de bons moments.

Mais il est difficile de s’affranchir une certaine impression de vide, que tout cela est un peu vain et ne mène nulle part. L’intrigue est tirée par les cheveux et ce personnage d’Owen extrêmement peu crédible. Les cadavres déguisés font rarement de bons cadavres. Les faux-semblants se multiplient, les révélations absurdes s’en suivent et la cohérence n’est que rarement au rendez-vous. Pas de surprise, pas de grandes révélations et une histoire qui se suit, simplement, au gré des promenades de Maigret au bord de l’eau.

S’il fait clairement partie des Maigret inférieurs, l’improbable monsieur Owen se regarde pourtant avec amusement et une certaine tendresse pour ce qui ressemble à une parenthèse – presque – enchantée pour notre commissaire préféré. 

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Distribution :

  • Arielle Dombasle : Actrice, chanteuse, scénariste et réalisatrice franco-américaine née en 1953 aux Etats-Unis. Elle se fait connaître auprès du public grâce aux films d’Eric Rohmer (Perceval le Gallois, Pauline à la plage) et pour nombre de réalisateurs prestigieux comme Polanski, Khan, Malkovitch, Houellebecq, Mocky ou Zidi. Elle réalise en 1982 un premier film Chassé croisé, puis les Pyramides bleues en 1988 et Opium en 2013. On la voit occasionnellement au théâtre depuis les années 80. Soin mari, Bernard-Henri Lévy la met en scène aux côtés d’Alain Delon en 1996 dans le jour et la nuit, film qui est un désastre critique, artistique et commercial. En 2013, elle enregistre un album avec le groupe Era.

  • Bernard Haller : (1933-2009) Humoriste et acteur Suisse, Bernard Haller débute en 1955 à Genève avant de monter à Paris. Il se spécialise dans le cabaret. Il participe à la première tournée de Sheila et se fait remarquer par Pierre Fresnay en 1971. Au théâtre il joue chez Savary et dans ses propres spectacles. Il apparaît occasionnellement au cinéma et dans quelques téléfilms.

  • Camille Japy : Actrice française née en 1968, elle joue les classiques au théâtre (Molière, Racine)  ou les modernes (Ibsen). On la voit à la télévision surtout à partir des années 2010 (Deux flics sur les docks, Mongeville) et tourne avec éclectisme pour le cinéma (Ozon, Klapishc, Schmitt, Schoendoerffer).

  • Michel Voïta : Comédien Suisse, né en 1957, il est principalement connu pour avoir joué un des rôles principaux de la série R.I.S. de 2011 à 2013, après être apparu à l’occasion d’un épisode des Cordier, Zodiaque, Julie Lescaut, Joséphine ange gardien, etc.

  • Joào Lagarto : Né en 1958, ce comédien portugais a joué dans un très grand nombre de télénovelas à succès portugaises (Polmicias, Terra Maë, Bastidores, Furia de Viver, Baia Das Mulheres, Lusitana Paixao, Santa Barbara). Figure régulière du petit écran portugais, on le voit également dans un épisode de Novaceck et quelques séries étrangères. Parfaitement bilingue, il joue à l’occasion en France comme le prouve encore récemment sa participation à Benoît Brisefer : les taxis rouges en 2014.

  • Bruno Slagmulder : Né en 1967, ce comédien français s’est surtout illustré à la télévision (Les Cordier, l’affaire Dominici, le juge est une femme, Joséphien ange gardien, les Petits meurtres d’Agatha Christie, Camping paradis). 

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Anecdotes :

  • L’épisode a été tourné au Portugal 

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4. MAIGRET ET L’INSPECTEUR CADAVRE

Première diffusion : 9 janvier 1998

D’après L’inspecteur Cadavre (1943) – Roman

Scénario : Catherine Ramberg, Pierre Joassin

Réalisation : Pierre Joassin

Interprétation : Jacques Boudet (Cavre), Nade Dieu (Geneviève Naud), Jean-Pierre Moulin (Etienne Naud), Philippe Bas (Louis), Renaud Verley (Alban Groult-Cotelle), Axelle Abbadie (Louise), Claire Wauthion (Mme Groult-Cotelle), Nadia Barentin (la postière Gilberte ), Gabriel Cattand (le chef de cabinet), Raymond Pradel (le chauffeur de taxi), Jo Rensonnet (Désiré), Gaëtan Wenders (Edouard Govaert), André Debaar (docteur Petit), Valérie Coton (la bonne), Christophe Sermet (Albert), Nicole Madinier (la mère de Louis), Marie-Rose Meysmans (Mme Retailleau), Christophe Sermet (Albert Retailleau)

Résumé :  Un haut fonctionnaire du Ministère de la Justice demande à Maigret de venir en aide à son beau-frère, Etienne Naud, résidant en Belgique. Celui-ci est accusé par la rumeur publique d’avoir assassiné un jeune homme de la région, Albert Retailleau. Dans le train qui l’emmène sur place, Maigret croise une vieille connaissance, autrefois inspecteur à Paris, un certain Cavre, qui l’évite comme la peste. Une fois arrivé, Maigret surprend d’étranges va-et-vient de la fille de Naud, la nuit venue et à chaque témoin qu’il interroge, il se heurte à une inexplicable réticence. « L’inspecteur Cadavre » est déjà passé avant lui…

Critique :

L’inspecteur Cadavre fait partie de ces épisodes délicieux, à « l’ancienne », digne de la première période de la série. Une affaire trouble, nébuleuse, campagnarde à souhait dans laquelle Maigret s’ébat a     vec légèreté. Plus que jamais fin limier, le commissaire se meut dans une foule de personnages étranges, tous suspects à ses yeux.

Tout le monde ment, tout le monde joue sur des faux semblants, qu’il s’agisse des notables exécrables ou des petites gens peu reluisantes. Toutes sont liées à cet « inspecteur Cadavre » que l’on voit au final assez peu dans le métrage. Mais chacune de ses apparitions, magnifiées par le remarquable Jacques Boudet, met irrésistiblement mal à l’aise. Répugnant, repoussant, rien en lui n’attire la sympathie. Et pourtant, lorsqu’il rend Maigret responsable de tous ces mots, le personnage apparaît presque touchant. La très belle scène d’affrontement entre les deux hommes dans la chambre d’hôtel est superbe à bien des égards. Cremer excelle dans l’art de la retenue, dans le personnage qui aimerait donner une correction à ce minable, et Boudet est exaspérant à souhait. 

Au milieu des magnifiques décors belges, l’intrigue prend place peu à peu, au gré de la nuit et de la brume, très bien utilisés pour renforcer l’atmosphère de mystère un rien malsaine qui se dégagent de certaines scènes. Les escapades nocturnes de la petite Geneviève intriguent, mettent mal à l’aise et il faudra toute la compréhension, le tact et la délicatesse de Maigret pour venir en aide à la petite, perdue, exploitée, aux mains d’un autre personnage au moins aussi répugnant que Cavre : Groult-Cotelle. Le mépris qu’éprouve Maigret à son égard est salutaire et on est heureux, à la fin de l’épisode, de le voir quitter cette maison poisseuse, étouffante, après avoir, une fois n’est pas coutume, épargné la prison au criminel.

Episode très plaisant, Maigret et l’inspecteur Cadavre est, une fois de plus, une belle réussite. 

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Distribution :

  • Jacques Boudet : Acteur français né à Paris en 1939, il œuvre principalement sur les planches (Pinget, Shakespeare, Brecht, Pagnol, Labiche, Pinter, etc.) et connaît un très grand succès dans les années 80 pour Raymond Queneau. S’il travaille pour des réalisateurs prestigieux (Besson, Tavernier, Blier…), il faut attendre Robert Guédiguian pour qu’il accède enfin à la notoriété, avec qui il tourne presqu’à chaque film. Il a joué un rôle récurrent dans Plus belle la vie de 2011 à 2012. Il revient en 2001 dans la série pour Maigret et la fenêtre ouverte.

  • Nade Dieu : Née en 1970, cette comédienne Belge tourne pour Godard Notre musique en 2004, Jacquoulot dans Barrages en 2005. De 2009 à 2014, elle tient le rôle récurrent de Marie Germain dans Un village français.

  • Jean-Pierre Moulin : Comédien français né en 1933 au Mans, il œuvre sur les planches et tient quelques petits rôles au cinéma. Mais il est surtout connu comme comédien de doublage. En plus de doubler nombre d’acteurs tchèques des Maigret, il est la voix régulière de Jack Nicholson et d’Anthony Hopkins.

  • Philippe Bas : Ancien du Cours Florent, ce touche à tout alterne télévision et cinéma avec élégance. On le voit dans Julie Lescaut, les Cordier, Boulevard du Palais et tient le rôle principal dans l’éphémère série Greco. On le voit au cinéma dans l’Empire des loups aux côtés de Jean Reno. Depuis 2012 incarne le rôle principal de la série Profilages.

  • Axelle Abbadie : Née à Alger en 1951, elle se distingue tout d’abord dans la danse classique de 1961 à 1967 où elle intègre l’opéra de Paris comme « sujette », avant d’opter pour une carrière dramatique. Elève de René Simon puis de Robert Manuel, elle joue au théâtre depuis les années 70, alternant boulevard et classique, dans des rôles de bourgeoises dures et intolérantes. Entre 2013 et 2014, on la voit à la télévision dans Famille d’accueil.

  • Nadia Barentin : (1936-2011) Au théâtre elle travaille pour de grands metteur-en-scènes, comme Raymond Rouleau et interprète les grands auteurs (Aymé, Brecht, Obaldia, Anouilh, Dubillard, Grumberg, etc.) et reçoit en 1979 le prix de la meilleure comédienne par le Syndicat de la critique dramatique pour son rôle dans la maison des cœurs brisés de Shaw. Au cinéma, elle retrouve régulièrement le Splendid et Victor Lanoux dans Louis la Brocante.

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Anecdotes :

  • Une note d’hôtel nous apprend que nous sommes en 1955.

  • L’épisode a été tourné en Belgique, dans les communes de Rebecq, Rixensart, La Hulpe et Viroinval en Belgique.

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5. MADAME QUATRE ET SES ENFANTS

Première diffusion : 16 janvier 1999

D’après Madame Quatre et ses enfants (1945) – Nouvelle

Scénario : Pierre Granier-Deferre et Dominique Roulet

Réalisation : Philippe Bérenger

Interprétation : Marianne Basler (Mme Quatre), Claude Duparfait (Lagarde), Sacha Briquet (le militaire retraité), Christian Morin (Vaimber), Delphine Zentout ( Mathilde), Hélène Babu (Janine), Kevin Goffette (Jean-Claude), Antoine Du Merle (Jean-Jacques), Tomas Hanak (Riom), Yvette Petit (Raymonde), Jacky Nercessian (Heurtebise), Georges Neri (l'homme provincial), Lucette Raillat (La femme de 65 ans), Jean Pommier (le docteur Bérenger), Nina Diviskova (la femme du militaire), Ewan Mc Laren (Berthier), Milan Gargula (Mariani)

Résumé : Une jeune femme se rend au bureau du commissaire Vaimber : elle a découvert chez elle, dans la serre, le cadavre d’une femme et elle accuse son mari d’être l’assassin. Le mari reste introuvable. Vaimber s’apprêtait à partir en vacances en compagnie de son épouse et de ses cousins : le couple Maigret. Maigret, peu emballé par ces vacances, lui propose d'enquêter discrètement, sous une fausse identité, dans la pension de famille qu'occupe cette femme, que tous les pensionnaires surnomment "Madame Quatre", car elle occupe la chambre numéro 4. Sur place, Maigret commence à se demander si la jeune femme ne serait pas mythomane...

Critique :

Cet épisode réussit là où bien d’autres épisodes, avant lui, se sont cassés les dents, à savoir l’exploitation d’un même lieu, pratiquement unique, pour nous plonger dans une passionnante intrigue policière. Et s’il réussit non seulement cela, il parvient qui plus est à faire mentir la mauvaise réputation qu’ont, à mes yeux, les adaptations de nouvelles dans Maigret. Il s’agit, loin sans faux, de la meilleure d’entre elle et se paie même la gageure de ne pas avoir le commissaire dans son texte originel.

Drôle d’idée vraiment que d’adapter une histoire de Simenon sans Maigret dedans ! Comme s’il n’y avait pas assez d’histoires intéressantes à mettre en scène. Et pourtant, vraiment, quel bel épisode. D’abord léger, souvent drôle, il se fait macabre puis tout à fait sordide dans sa dernière partie. Cette bascule vers le « noir » et l’horreur est remarquable, preuve d’un scénario habile, écrit de main de maître et servi par d’excellents dialogues. L’exploitation parfaite d’un décor purement idéal contribue largement à la réussite de l’épisode, servi par une interprétation au cordeau. Bruno Cremer paraît comme un poisson dans l’eau dans cette pension de famille où il tente de démêler le vrai du faux, par petites touches, en humant l’air comme à son habitude. 

On se prend à son jeu, savoir si Madame Quatre est une affabulatrice ou une femme réellement en danger. On se prend à détester ses petits monstres tout en leur trouvant un certain attachement. Les personnages sont écrits avec une grande finesse, leur caractérisation est puissante et tous sont parfaitement crédibles. Une belle diversité sociale se retrouve dans le film et Maigret laisse transparaître sa tendresse pour les bonnes de la pension, sans se douter tout à fait du rôle crucial que l’une d’elle sera appelée à jouer dans le final.

Par ailleurs, les quelques scènes montrant Maigret, aux côtés du subtil Christian Morin, fuyant les obligations familiales, font partie des plus savoureuses de toute la série.

Sans aucun doute le meilleur épisode de ce coffret, probablement le meilleur de cette fin des années 90.

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Distribution :

  • Claude Duparfait est un acteur français, issu du Théâtre national de Chaillot et formé au conservatoire. Il fait partie de la troupe permanente du Théâtre national de Strasbourg de 2001 à 2005. Professeur de comédie, metteur en scène, il ne joue pratiquement qu’au théâtre pour Ibsen, Tchekhov ou Shakespeare.

  • Sacha Briquet : (1930-2010) Grand ami de Marlène Dietrich, ce comédien est surtout connu pour son rôle de Monsieur Traveling dans l’île aux enfants. Il a joué de petits rôles dans près d’une centaine de films et téléfilms.

  • Christian Morin : Né en 1945, il débute comme graphiste et dessinateur de presse et débute sur Europe 1 comme animateur grâce à Pierre Delanoë. Il présente un grand nombre d’émissions de télévision jusqu’en 1994 où il disparaît pratiquement du petit écran. Clarinettiste confirmé, il enregistre plusieurs disques et élargit sa palette à la comédie à partir des années 90. Il joue les « guest » dans Maigret, Navarro, Femme de loi, Alice Nevers, et participe à 16 épisodes de Plus belle la vie. Il joue de nombreuses pièces en tournée et assure toujours une chronique sur Radio Classique. 

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Anecdotes :

  • Pierre Granier-Deferre et Dominique Roulet ici entament une collaboration artistique fructueuse qui les conduira à écrire cinq épisodes de Maigret d’affilée, pour le meilleur, Madame Quatre et ses enfants comme pour le pire Un meurtre de première classe

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6. MEURTRE DANS UN JARDIN POTAGER

Première diffusion : 5 février 1999

D’après Le deuil de Fonsine (1945) – Nouvelle

Scénario : Pierre Granier-Deferre et Dominique Roulet  

Réalisation : Edwin Baily

Interprétation : Geneviève Fontanel (Fonsine), Michèle Simonnet (Fernande), Rémy Kirch (Picard), Christophe Kourotchkine (Paturel), Renée Le Calm (Grand-mère Fouly), Martin Amic (Louis Fouly), Thierry Ragueneau (Bouvier), Maïté Nahyr (Janine Joubert), Jean-Claude Bolle-Reddat (Germain Fouly), Sylvie Herbert (Micheline Fouly), Blandine Lenoir (Hélène)

Résumé : Un clochard est retrouvé tué d’un coup de serpe dans la cabane d’un jardin potager à Saint-Mesmin. Sur lui, il portait un pistolet automatique. Ce dernier, envoyé à Paris, est identifié comme étant l’arme d’un autre crime, l’assassinat d’un autre clochard, tué sous le pont de l’Alma. Maigret débarque alors à Saint-Mesmin et découvre l’étrange jeu auquel se livrent les deux sœurs propriétaires du jardin potager. Elles ont coupé la maison en deux, élevés un mur entre elles et s’insultent à longueur de journée. Maigret s’interroge sur l’origine de cette haine et sur la présence de ce vagabond dans leur jardin.

Critique :

Pratiquement aussi bon que l’épisode précédent, Meurtre dans un jardin potager est lui aussi adapté d’une nouvelle de Simenon dans laquelle Maigret n’apparaît pas. Cela se sent un peu, et la présence du commissaire dans ce petit village pluvieux ne paraît guère justifiée. Néanmoins, la magie opère à nouveau, car il est fait grand plaisir de revoir Maigret à la campagne, avec ses bottes, à la pêche aux sensations.

Tout tourne autour de Fonsine et Fernande, les sœurs ennemies, impeccablement interprétées respectivement par Geneviève Fontanel et Michèle Simmonet, toutes deux emplies de hargne et de rancœur mais bercées encore de tendresse et d’amour l’une pour l’autre, sous des couches et des couches de colère. Jalousie, infortune, amours contrariées, nous sommes au cœur d’un drame social assez classique, où il faudra chercher dans un lointain passé la solution du crime et de toutes ces éclaboussures. 

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L’enquête digresse cependant vers une fausse piste trop longuement exploitée pour qu’elle soit intéressante. La nouvelle est trop brève pour fournir suffisamment de matière à un film d’une heure et demie. Les petits jeunes du village, voleurs, un peu veules, rallongent avec ennui une intrigue qui aurait gagné à être resserrée autour des deux sœurs. Certains des comédiens tchèques sont particulièrement mal dirigés qui plus est, et leur doublage est, une fois encore, catastrophique.

Mais ces quelques légers défauts n’entament que très peu notre plaisir de visionnage, bien au contraire. Les temps s’apprêtent, une fois encore, à changer pour Maigret…

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Distribution :

  • Geneviève Fontanel : Née en 1936, cette comédienne débute à 18 ans au conservatoire où elle remporte le premier prix de la Comédie Française et le premier prix de Comédie Moderne. Pensionnaire de la Comédie Française de 1958 à 1962, elle se rend célèbre dans l’adaptation brillante du Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau. Elle n’a jamais quitté le théâtre (Guitry, Balzac, Allen, Cocteau, Ensler, etc.) et elle apparaît dans un grand nombre de téléfilms et de séries. Elle apparaît dans l’univers de Maigret aux côtés de Jean Richard en 1989 dans Tempête sur la Manche. On la voit à douze reprises dans Au théâtre ce soir, de 1966 à 1982. Elle obtient le Molière de la comédienne dans un second rôle pour Délicate balance en 1999.

  • Michèle Simonnet : Cette comédienne française joue au théâtre depuis 1962 et a participé au TNP avec Georges Wilson et de nombreux festivals. Elle enregistre de nombreuses émissions dramatiques pour France Inter et assure la direction artistique de nombreux courts métrages entre 2003 et 2006. Auteur, adaptateur et metteur en scène d’un grand nombre de spectacles elle joue occasionnellement au cinéma et à la télévision et s’investit dans diverses commissions artistiques et dramatiques.

  • Rémy Kirch : Kirch fait ici sa seconde apparition dans Maigret, après Les plaisirs de la nuit, dans un rôle bien plus important cette fois. Comédien principalement de doublage, il est la voix d’Armin Shimerman dans Star Trek Deep Space Nine. Il décède en 2000 dans un accident de voiture, entraînant dans sa mort celle de son amie comédienne Pascale Audret, sœur cadette d’Hugues Aufray. On l’avait vue dans Julie Lescaut, la Petite voleuse, Ne réveillez pas un flic qui dort.

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Anecdotes : 

  • Bruno Cremer conclut ici son troisième contrat. Celui-ci a amorcé nombre de changements : tournages pragois, fin des inspecteurs récurrents, adaptation de plus en plus fréquente des nouvelles, adaptations de plus en plus libres… On est loin, à l’aube du 31e épisode de la série de Maigret et les plaisirs de la nuit et du charme noir et désuet défini par le « pilote » de la série. Dorénavant, les digressions seront plus fréquentes, l’humour plus présent, la légèreté renforcée. L’arrivée imminente d’Alexandre Brasseur dans le rôle du récurrent inspecteur Lachenal s’apprête à ouvrir une quatrième ère, singulièrement différente pour Maigret, dont la série va longuement porter certains stigmates désagréables. 

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7. UN MEURTRE DE PREMIÈRE CLASSE

Première diffusion : 26/11/1999

D’après Jeumont, 51 minutes d’arrêt ! (1936) – Nouvelle

Scénario : Pierre Granier-Deferre et Dominique Roulet

Réalisation : Christian de Chalonge

Interprétation : Alexandre Brasseur (Lachenal), Hélène de Saint-Père (Lena Leinbach), François-Régis Marchasson (Arnaud), François Caron (Albert Dutoit), Laurent Schilling (Eric Dorléac), Veronika Varga (Catherine Frankel), Philippe Lamendin (Guillaume Collet), Christian Pereira (René Bonvoisin), Fabien Béhar (inspecteur Luciani)

Résumé : A la frontière franco-belge, un train s’arrête dans la gare de Jeumont. Cependant, la découverte d’un cadavre à bord contient le jeune inspecteur Lachenal à retenir deux compartiments en gare au lieu des 51 minutes prévues. Rapidement dépassé par l’ampleurde l’affaire, l’inspecteur téléphone à Paris pour solliciter l’aide de son oncle… Jules Maigret !

Critique :

Un meurtre de première classe marque le début de l’ère « Lachenal ». Non pas que le personnage ou son interprète, Alexandre Brasseur, influe à ce point sur la série, mais sa présence coïncide avec un remaniement en profondeur du programme. Bruno Cremer se trouve relooké, cheveux courts coupés en brosse, et il arbore même, pour l’unique fois de la série, un complet veston beige crème particulièrement détonnant, mais qui lui va pourtant très bien. L’adaptation des nouvelles se poursuit, avec une inefficacité particulière dans cet épisode, paresseux au possible et ennuyeux comme jamais.

La série accueille donc pour la première fois l’inspecteur Lachenal. Si cela aurait pu être une simple incidence, comme sa présence dans la nouvelle originelle sous un autre nom, ce n’est en réalité que le premier des neuf épisodes dans lequel il prêtera sa silhouette en tant que partenaire attitré de Maigret. Sa participation, prétexte aux dialogues avec le commissaire, s’affinera au fil du temps mais, pour l’heure, il n’est qu’un faible faire-valoir, nécessaire pour amener Maigret à Jeumont. Celui-ci s’implique, sans trop y croire, dans cette histoire invraisemblable de meurtre, de vol, de faux et de mœurs. 

Rien ne tient dans cette histoire, l’interprétation est mauvaise et les digressions prennent le pas sur une enquête dont on n’a rien à faire. Les scènes d’amour entre les suspects se multiplient, agrémentées de discussions insipides sur le sens de la vie qui n’ont rien à faire dans cette histoire. Le décor, joli en soit, devient rapidement monotone et la réalisation n’a rien qui sorte de l’ordinaire. Les quelques bonnes scènes se déroulent entre Cremer, impérial Christian Pereira, génial en commissaire priseur cynique, et leurs dialogues sont les rares bien écrits de l’épisode.

Encore une nouvelle étirée, pour rien, sans saveur, où Bruno Cremer semble en vacances au soleil et ne donne clairement pas le meilleur de lui-même. Alexandre Brasseur est encore un peu hésitant, mais le personnage est sympathique. L’épisode augure mal cependant cette nouvelle ère. 

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Distribution :

  • Alexandre Brasseur : Né en 1971, il est l’héritier d’une dynastie de comédien. Fils de Claude Brasseur, petit-fils de Pierre Brasseur et d’Odette Joyeux, il suit les cours de l’école du cirque d’Annie Fratellini. Il se fait remarquer pour la première fois dans Maigret puis, de 2003 à 2006 dans Alice Nevers. Il apparaît occasionnellement dans d’autres séries et quelques rares filkms mais l’essentiel de sa carrière se poursuit brillament au théâtre : aux côtés de son père dans le triomphe de Mon père avait raison de Sacha Guitry, ou seul, dans Georges et Georges d’Eric-Emmanuel Schmitt, par exemple.

  • François-Régis Marchasson : Acteur français né en 1952, il multiplie les apparitions à la télévision (Commissaire Moulin, Nestor Burma, Julie Lescaut, Quai numéro Un, l’Instit, Joséphine, Sauveur Girdano) et plus rarement au cinéma. Il avait déjà joué dans un Maigret, avec Jean Richard, dans Tempête sur la Manche.

  • François Caron : Acteur français, il se fait remarquer dans des rôles récurrents à la télévision : Les enquêtes d’Eloïse Rome (2001-2005), Un flic (2006-2008) et joue actuellement le rôle récurrent du général de police Sartine dans les Enquêtes de Nicolas le Floch.

  • Christian Pereira : Comédien, scénariste et auteur dramaturge français, il multiplie les petits rôles au cinéma (Un long dimanche de fiançailles, les Visiteurs 2, Bienvenue chez les Rozes, le Dîner de cons), à la télévision (Commissaire Moulin, Julie Lescaut, Panique au Plazza, Sœur Thérèse.Com, Camping Paradis) et au théâtre (Trois partout, la Résistible ascension d’Arturo Ui, la Maison du lac, la Cage aux folles, Des cailloux plein les poches) et a écrit plus de quinze pièces de théâtre. Il reviendra dans la série avec Maigret chez le ministre dans le rôle du Directeur de la P.J. 

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8. MAIGRET VOIT DOUBLE

Première diffusion : 3 mars 2000

D’après On ne tue pas les pauvres types (1946) – Nouvelle

Scénario : Pierre Granier-Deferre et Dominique Roulet

Réalisation : François Luciani

Interprétation : Laure Duthilleul (Evelyne Tremblet), Alexandre Brasseur (Lachenal), Aladin Reibel (Magine), Julien Cafaro (inspecteur Olmetta), Consuelo de Haviland (Josette Keller), Eléonore Gosset (Francine Tremblet), Jean-Paul Muel (Mauvre), Jean-Pierre Becker (veilleur de nuit), Daniel Laloux (forain stand de tir), Sylvie Flepp (concierge)

Résumé : Un certain Tremblet, expert comptable, est retrouvé mort chez lui, tué par un fusil à plombs. Homme banal, père de trois enfants, il paraissait sans histoire, simplement amoureux de son canari. Maigret ne tarde pas à découvrir que l’homme prétendait aller à son travail tous les jours alors qu’il se rendait tous les jours dans un appartement similaire au sien, exact double, empli de canaris…

Critique :

L’épisode rappelle le médiocre L’homme du banc (Coffret 2) et est à peine meilleur que ce dernier. Long, peu palpitant dans sa première moitié, l’intrigue s’accélère quelque peu dans sa seconde, une fois découvert le secret de la victime. La très lente exposition est du, une fois encore, à une intrigue trop brève pour remplir un film d’une heure et demie et les scénaristes peinent à construire un fil conducteur intéressant.

On ne se passionne guère, en effet, pour l’histoire de ce pauvre type, qui vit sa vie en double par ennui, parce qu’il ne sait rien faire d’autre. Tout tourne autour de sa capacité à ramener une paie à sa femme chaque mois, alors qu’il ne vit plus, depuis quatre ans, que sa double vie, entouré des canaris que lui rapporte une pseudo-maîtresse. La fille de Tremblet semble cacher des secrets à Maigret. Celui-ci convoque alors, par une risible astuce scénaristique, son neveu Lachenal à venir le rejoindre pour suivre, protéger et même séduire la jeune fille. Cette sous-intrigue inepte n’est qu’un prétexte pour introduire, cette fois-ci, en bonne et due forme, Alexandre Brasseur comme nouvel inspecteur régulier de Maigret. Heureusement que le personnage est sympathique, car sa présence ici est simplement stupide. 

La solution s’avère, à nouveau, extrêmement simple, voire simpliste. On devine très rapidement les tenants et aboutissants du mystère entourant la victime et la surprise n’est guère au rendez-vous. La mise en scène multiplie les mouvements de caméra inutile, et se compromet même dans de pitoyables scènes de caméra-épaule, comme aux pires moments des débuts de la série. Le doublage des acteurs tchèques est, évidemment, complètement à côté de la plaque.

Fort heureusement, les comédiens sauvent l’ensemble d’un ratage total. La plupart sont peu connus, habitués aux seconds-rôles, mais ils jouent juste et transmettent, par moments, de belles émotions. Notons toutefois que le final de l’épisode offre une des arrestations les plus musclées de la série et l’une des plus réussies.

Si c’est l’ennui qui prédomine cet épisode, il recèle quelques moments agréables et se regarde, du coin de l’œil.

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Distribution :

  • Laure Duthilleul : Actrice française, elle tourne au cinéma pour Beinex, Serreau, Granier-Deferre, Métayer, Berri et occasionnellement à la télévision : les Steenfort, le Vent des moissons, Bouvard et Pécuchet, etc. Elle réalise un unique film en 2003, A ce soir, avec Sophie Marceau.

  • Julien Cafaro : Artiste de théâtre, spécialiste du boulevard (Drôle de couple, Knock, Croque monsieur, Ciel ma mère, la Femme du boulanger), il joue énormément à la télévision (Maguy, Marc et Sophie, Joséphine, Camping Paradis…).

  • Consuelo de Haviland : Née en 1955, cette danseuse, actrice et écrivain franco-américaine. Elle n’a que très peu jouée et représente les chemins de fer russes en France.

  • Jean-Paul Muel : Né en 1944, il commence dans la comptabilité mais abandonne pour comédie à l’âge de 24 ans. Après un passage au Cour Simon, il débute réellement dans les années 60 et intègre le Magic Circus de Savary. Il joue au théâtre chez Ribes ou Bisson. Au cinéma, on le voit dans le Sucre, Papy fait de la résistance, les Visiteurs, la Môme. Puis, dans les années 90, il ne joue plus pratiquement qu’au théâtre et à la télévision. On l’avait déjà vu dans Maigret tend un piège (Coffret 3).

  • Jean-Pierre Becker : Né en 1955, il a joué dans une cinquantaine de pièces (Shakespeare, Molière, Tchekhov, Goldoni, Koltes). Au cinéma, il fait partie des trognes régulières de Jean-Pierre Jeunet. En 1982, il apparaît dans l’émission pour enfants le Village dans les nuages.

  • Sylvie Flepp : Née en 1955, elle joue dans de nombreux téléfilms et tient le rôle récurrent de Mirta Torres dans Plus belle la vie depuis 2004. 

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Anecdotes :

  • La coupe de cheveux de Bruno Cremer varie selon les scènes : coupés courts en brosse ou bien en train de repousser. 

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