Saga Hercule Poirot - Peter Ustinov: PrésentationSaga Hercule Poirot - Peter Ustinov: Présentation

Saga Hercule Poirot - Peter Ustinov

Guide des films & téléfilms

 

1. MORT SUR LE NIL
(DEATH ON THE NILE)




 

La riche héritière Linnet Ridgeway est assassinée pendant son voyage de noces en Egypte. Tous les passagers du bateau où le crime a été commis avaient des mobiles pour éliminer la victime, et la plupart n'ont aucun alibi.

La série d'enquêtes d'Hercule Poirot avec Peter Ustinov livre d'emblée son meilleur cru avec ce film exceptionnel, adapté il est vrai d'un des romans les plus célèbres et les plus réussis d'Agatha Christie. Scénario machiavélique à souhait, acteurs tous excellents, décors somptueux : tous les ingrédients nécessaires sont présents, et la réussite est au rendez-vous.

Le film a été tourné dans les magnifiques décors naturels de l'Egypte. On peut notamment admirer le temple de Karnak et ses 134 colonnes, lors de la scène où Linnet subit un attentat par le truchement de la chute d'un énorme bloc de pierre. Mais aussi l'entrée du temple de Ramsès II, gardée par quatre colosses, où surgit Jacqueline de Bellefort alors que Linnet et son époux croyaient bien avoir réussi à la semer.

Comme souvent dans les romans ou adaptations d'Agatha Christie, le plan comporte trois parties : la présentation du contexte, des personnages et de leurs mobiles de meurtre respectifs ; le crime et les investigations du détective qui en découlent, en particulier les interrogatoires des suspects ; enfin, la révélation par Poirot de la vérité, au cours d'une réunion entre son adjoint, lui-même et l'ensemble des suspects, cette troisième partie étant plus courte que les deux autres.

Le succès du roman et celui du film sont mérités. Agatha Christie a signé une de ses meilleures histoires, bien que parfaitement typique. En effet, pour un habitué de l'univers « christien », il est extrêmement facile de trouver le coupable. J'avais même deviné dès les premiers chapitres du roman qui allait être assassiné, et pourquoi (mais pas comment !). Et tout amateur d'Agatha Christie est en mesure d'en faire autant.

Même en connaissant la clé de l'énigme, le film est passionnant à voir, et même à revoir. Parce que, malgré une intrigue conventionnelle, les méandres de l'enquête sont captivants. Parce que les personnages sont fascinants et formidablement interprétés. Parce que l'atmosphère égyptienne apporte un plus incontestable, qui peut expliquer pourquoi Christie réutilisera la recette à plusieurs reprises. On excusera donc la musique. Trop passéiste, elle semble sortie d'un film des années 40 ou 50, mais peut-être est-ce volontaire pour teinter le film d'une ambiance rétro, style époque d'Agatha Christie. L’époque où se déroule l’action n’est pas précisée, mais visiblement elle est contemporaine du roman.

Linnet Ridgeway, riche héritière d'un homme d'affaires milliardaire, est de retour dans sa luxueuse propriété à la campagne. Elle reçoit la visite de son amie Jacqueline de Bellefort, dite Jackie, qui vient de se fiancer. Jackie demande à Linnet d'engager Simon Doyle, son futur époux, comme intendant. D'abord réticente, Linnet finit par accepter de rencontrer Simon, afin de se décider.

Miss Ridgeway a tout pour elle puisqu'elle est non seulement riche, mais aussi très jolie, beaucoup plus que Jackie. Ce qui devait arriver arrive : c'est le coup de foudre entre Simon et Linnet, qui se marient peu après, laissant Jacqueline totalement désemparée. Sans pitié, Simon explique que Jackie était la Lune, et lorsque le Soleil (Linnet) est apparu, la Lune a disparu...

Folle de rage, Jackie poursuit les jeunes mariés pour les harceler de sarcasmes. Elle part jusqu'en Egypte, où les tourtereaux sont en voyage de noces. Les Doyle échafaudent un stratagème pour prendre un bateau remontant le Nil, à l'insu de Jacqueline. Du moins le croient-ils, car l'amoureuse éconduite ne tarde pas à faire sa réapparition.

Un soir, Jackie, ivre d'alcool et de désespoir, tire sur Simon et le blesse à la jambe. Pas rancunier, Doyle insiste pour que Jackie, qui est victime d'une crise de nerfs à la suite de son geste, soit raccompagnée à sa cabine et veillée toute la nuit par une infirmière. Le lendemain, Linnet est trouvée morte, assassinée d'une balle dans la tête. L'ensemble des passagers avaient des motifs de vouloir la mort de Mme Doyle.

Hercule Poirot, qui est en vacances, est du voyage. Il a tenté de raisonner Jackie, lui a conseillé de partir, mais en vain. Peter Ustinov se montre très à l'aise dans ce personnage, démontrant ainsi l'étendue de son talent. Il compose un parfait Hercule Poirot, malgré le peu de ressemblance physique avec le détective belge. Pour ce premier film, il est doublé par Roger Carel, pour un résultat très convaincant.

Poirot retrouve un ami, le colonel Race, avec le même plaisir que le spectateur découvrant le colonel sous les traits de David Niven. Le colonel Race joue un grand classique d'Agatha Christie, l'idiot utile, le naïf qui assiste le détective dans son enquête, mais ne comprend rien. Race est tout de même plus intelligent, plus nuancé, que le traditionnel acolyte de Poirot, le nommé Hastings, absent de cette enquête. Il prétend se trouver en vacances, mais Poirot a du mal à le croire...

C'est la splendide Loïs Chiles qui incarne la victime Linnet Ridgeway, épouse Doyle. Peu diplomate, Linnet a le don de s'attirer des ennemis, et donc des ennuis, ce qui ne va pas faciliter la tâche de Poirot, en prise avec une kyrielle de suspects.

Simon Mac Corkindale est lui aussi très bon dans le rôle de Simon Doyle, mais qu'écrire sur la formidable Mia Farrow, inoubliable interprète de Jacqueline de Bellefort ? Simplement qu'elle est égale à elle-même, toujours aussi exceptionnelle. L'exceptionnel est par nature... exceptionnel, donc rare, mais chez Farrow, c'est une habitude, une tradition même. Souvenons-nous de ses performances dans Rosemary's baby  et tant d'autres films, y compris français comme Docteur Popaul de Claude Chabrol.

Aveuglée par la jalousie, Jackie avait toutes les raisons de tuer Linnet. L'assassin a tenté de l'incriminer en traçant l'initiale « J » avec le sang de la victime, comme si la malheureuse Mme Doyle avait voulu désigner la coupable, mais cette ruse grossière a échoué : Linnet est morte sur le coup et n'a donc pas eu le temps d'écrire ce « J ». D'autre part, Jacqueline est restée sous la garde d'une infirmière pendant toute la nuit du crime. Poirot doit donc la retirer de la liste des suspects.

Tel n'est pas le cas de la majorité des autres passagers, l'équipage étant curieusement mis d'office hors de cause par Poirot. Le vol du collier de la victime pouvait constituer un mobile pour le personnel, mais il faut croire que, dans le monde d'Agatha Christie, on considère les domestiques comme tellement inférieurs qu'ils ne sont même pas capables de concevoir un assassinat...

Simon semblait adorer son épouse, mais aurait pu vouloir sa mort pour toucher l'héritage. Cependant, il était totalement immobilisé par sa blessure, et ne peut être suspecté. De même, Poirot ne mettra pas son ami le colonel Race parmi les suspects.

Mais les autres... Louise Bourget, la petite bonne française, à qui sa patronne refusait de rendre sa liberté pour se marier, est interprétée (et doublée) par Jane Birkin, auteur d'une très bonne performance. Bien qu'ayant découvert le corps, Louise ne sera totalement innocentée, du moins du meurtre, que lorsqu'on la retrouvera égorgée, sans doute après avoir essayé de faire chanter l'assassin.

Une étonnante Bette Davis interprète Mme Van Schuyler, une voleuse de bijoux sur les traces du collier de Linnet. Justement, le collier a été dérobé pendant la nuit du crime. Lorsque l'amatrice de bijoux, inquiète de la tournure que prend l'affaire, restitue le collier en douce, Poirot a la preuve qu'elle était bien la voleuse, mais pas qu'elle a tué pour voler. Il ne va pas pour autant l'innocenter d’emblée.

Mme Van Schuyler a une infirmière, Miss Bowers (Maggie Smith), dont le père a été ruiné par le père de Linnet. Elle ne cachait pas qu'elle détestait Mme Doyle, et la vengeance est un mobile toujours solide...

Salomé Otterbourne est écrivain, dans le genre romans d'amour. Linnet a été ulcérée de se retrouver dans un de ses romans et lui a intenté un procès pour diffamation. Sa mort pourrait arranger Mme Otterbourne, mais ce personnage truculent est tout de même fort sympathique. Saluons la composition étonnante d'Angela Lansbury, la vedette de la série Arabesque, qui apporte la majeure partie des scènes comiques. Hélas pour elle, Salomé a assisté à quelque chose qu'elle aurait mieux fait de ne pas voir, et est assassinée à son tour alors qu'elle allait parler.

Sa fille Rosalie avait eu l'imprudence de demander à Poirot s'il est vrai qu'on ne peut diffamer un mort. Elle pourrait avoir tué Linnet pour éviter des ennuis à sa mère.

Andrew Pennington (George Kennedy), c'est l'amoureux de Rosalie. Son personnage est un classique de l'univers d'Agatha Christie : le jeune cynique, issu de « bonne » famille et converti au communisme. Autant dire le diable incarné pour la conservatrice qu'était Christie. Il y a pourtant une part de vérité dans ce type de personnages puisque dans les pays anglophones, contrairement aux pays latins, le marxisme n'a eu aucun écho parmi les masses populaires, mais a connu un certain succès au sein d'une partie de l'élite intellectuelle et bourgeoise.

Evidemment, le rebelle rentre dans le droit chemin à la fin. Mais sa haine des riches en fait un suspect idéal. N'a-t-il pas dit en regardant Linnet que dans toute société civilisée, les gens de son espèce devraient être liquidés ? De plus, Andrew pourrait avoir agi par amour pour Rosalie, ou être son complice.

Le docteur Bessner, interprété par Jack Warden, est un Suisse germanophone, inventeur d'une crème contre les rides dont l'effet s'est avéré désastreux pour une amie de Mme Doyle. Linnet s'apprête à l'affronter et risque de le ruiner.

Enfin, le suspect le plus antipathique est sans conteste M. Ferguson, incarné par John Finch et doublé par Patrick Arditi. Ferguson est le gestionnaire américain de la fortune de Linnet. Il a commis des irrégularités et a peur que Linnet, à la suite de son mariage, reprenne en main ses intérêts, découvre les malversations et le congédie. Il semble décider à éliminer la jeune femme et c'est probablement lui qui a tenté de l'écraser sous une énorme pierre dans le temple de Karnak.

C'est pour tenter de contrer Ferguson que le colonel Race, sous prétexte de « vacances », s'est rendu en Egypte, à la demande des avocats américains de Mme Doyle. Cependant, il n'existe aucune preuve contre l'inquiétant M. Ferguson, et il est très possible qu'il ait été devancé dans ses intentions criminelles par quelqu'un d'autre...

Le bilan est donc de dix suspects, dont deux seulement ont un alibi. Mais il en faut plus pour décourager Hercule Poirot. Ce qui va exaspérer notre détective, c'est la fâcheuse propension qu'ont les suspects à le prendre pour un Français. Inlassablement, il réplique :

« Belge ! Je suis Belge !! »

Et ce qui va l'ulcérer au plus haut point, c'est le cobra dont l'assassin va lui faire cadeau. Cette scène à suspense voit Poirot sauvé par le colonel Race, à qui il a envoyé un message en morse, tapé contre la boiserie des WC, où le reptile avait été placé à son intention !

Finalement, l'assassin est … Pas de spoiler, ne boudez pas votre plaisir et regardez le film ! Et essayez de deviner...

Retour à l'index


2. MEURTRE AU SOLEIL
(EVIL UNDER THE SUN)


Hercule Poirot enquête pour le compte d'une compagnie d'assurances, au sujet d'une pierre précieuse que le milliardaire Sir Horace Blath a demandé d'assurer, et qui est fausse. Blath explique à Poirot qu'il avait offert cette pierre à Arlena Marshall, une actrice célèbre dont il est amoureux, et que la belle lui avait rendu le bijou après l'avoir éconduit. Sir Horace pense qu'Arlena a fait tailler une copie pour garder l'original. Poirot retrouve Arlena en vacances sur une île paradisiaque de la Méditerranée, au sein de l'hôtel de Daphné Castle. Peu après, l'actrice est retrouvée étranglée...

Ce film reprend les recettes qui avaient fait le succès de Mort sur le Nil, et notamment les décors de rêve : l'île ensoleillée, le ciel et la mer si bleus de Majorque (le lieu du tournage) remplacent les bords du Nil.

Sans atteindre le niveau exceptionnel de son prédécesseur, il demeure passionnant grâce à la qualité de l'intrigue et des décors, mais aussi (et encore) de belles performances de comédiens. Le seul regret est relatif à la musique, toujours aussi désuète, mais ceci ne parvient pas à atténuer la somme des qualités accumulées.

La première partie, précédant le meurtre, présente les principaux personnages et les mobiles divers qu'ils possèdent tous pour tuer la belle Arlena. Poirot, qui enquête de prime abord pour des assureurs, découvre qu'Arlena joue un peu trop les divas capricieuses et a le don de se faire des ennemis. Arlena est interprétée par Diana Rigg, un rôle idéal pour la vedette de Chapeau melon et bottes de cuir, fort bien conservée malgré ses quarante ans. Toujours aussi distinguée, Diana Rigg accomplit sa performance habituelle, dans le haut du panier. Normal, qui peut se vanter d'avoir vu un jour Miss Rigg médiocre, ou simplement moyenne ?

Tous les vacanciers présents sur l'île ont des raisons d'attenter à la vie d'Arlena, y compris la directrice de l'hôtel. Interprétée par Maggie Smith, déjà vue sur Mort sur le Nil, Daphné Castle a joué autrefois avec Arlena, avant d'être réduite à se reconvertir en tenancière de palace. La rancœur d'un second rôle face à la réussite d'une ancienne « camarade » est un mobile léger, mais la sympathie presque amoureuse que Daphné porte au mari d'Arlena est beaucoup plus suspecte.

Arlena ne se gêne pas pour flirter ouvertement avec le jeune et beau Patrick Redfern, qu'elle a fait inviter à l'hôtel. Redfern, qui est marié, aurait pu vouloir se débarrasser d'une maîtresse encombrante. Quant à sa femme, Christine, une épouse effacée qui a le vertige et craint le soleil, la jalousie envers une rivale constitue un mobile évident.

A propos de jalousie, Kenneth Marshall, le mari d'Arlena, ne donne pas sa part aux chiens. On reconnaît la voix de Jacques Thébaut, un spécialiste du doublage, ici pour le personnage de Marshall, incarné par Denis Quilley. Linda, la fille de Marshall, une pré-adolescente un peu effrontée, détestait sa belle-mère Arlena, qui se montrait odieuse avec elle. Néanmoins, on n'imagine guère cette frêle gamine étrangler une adulte...

Octave Gardener, superbement interprété par James Mason, et son épouse Myriam (doublée par la regrettée Micheline Dax !), forment un couple d'organisateurs de spectacles désireux de recruter Arlena pour leur prochaine pièce. Mais la star refuse leur proposition avec mépris, et en conséquence ils risquent la ruine.

N'oublions pas Rex Brewster, un dandy maniéré, écrivaillon à ses heures, et auteur d'un livre de ragots sur Arlena. Bien qu'admirant la vedette, il lui en voulait d'avoir retiré son accord pour la publication de son livre. Je n'ai jamais été fan de Roddy Mac Dowall, j'ai toujours eu l’impression que cet acteur en faisait trop, mais ici, je le trouve bon. Sans doute un rôle de « folle » est-il idéal pour un comédien qui en fait des tonnes...

Même Sir Horace Blath peut être suspecté, car il venait d'arriver à bord de son yacht lorsque le crime a été commis, et avait eu alors un entretien houleux avec la victime, au sujet du faux diamant.

Huit ou neuf suspects, on se situe dans la moyenne des romans d'Agatha Christie, et bien entendu la plupart n'ont pas d'alibi.

La deuxième partie montre l'enquête de Poirot, constituée pour l'essentiel par les interrogatoires des suspects. On notera qu'à partir de ce second film, Peter Ustinov assure son propre doublage, et il en sera ainsi pour tous les opus qui suivront. Quelle que soit sa voix, Ustinov reste parfaitement maître de son personnage d'Hercule Poirot.

La troisième partie va le voir faire la démonstration du talent de Poirot pour démêler les intrigues les plus compliquées. Il faut bien admettre que le mobile du crime n'était pas facile à deviner...

Hormis le récital Poirot, le fait marquant de ce final est la métamorphose étonnante de Christine Redfern, qui se montre sous son jour réel de femme épanouie, pas du tout timide. Attribuons donc un grand coup de chapeau à Jane Birkin, autre revenante du film précédent, pour cette performance époustouflante et pour son talent inné de comédienne, trop souvent injustement ignoré.

A signaler aussi l'explication (enfin) donnée à l'étrange première scène du film, qui n'avait pu que laisser dubitatif tout spectateur ignorant du roman. La découverte d'un cadavre de femme dans la lande anglaise brumeuse est en effet très éloignée des palaces et des îles de rêve où se déroule l'enquête...

Retour à l'index


3. LE COUTEAU SUR LA NUQUE
(THIRTEEN AT DINNER)


Une actrice célèbre demande à Hercule Poirot de convaincre son mari d'accepter de divorcer. Poirot s'acquitte de la mission. Surprise : l'homme affirme qu'il a écrit à son épouse six mois auparavant pour l'informer de son accord. La comédienne nie avoir reçu la lettre. Peu après, son mari est assassiné...

Après deux films aux images superbes, on passe dans le domaine des téléfilms, et le contraste saute aux yeux. L'intrigue se déroule à Londres, donc exit les beaux décors ! Non que la capitale anglaise soit laide, mais elle ne peut être comparée à l'Egypte ou à Majorque, notamment concernant l'ensoleillement...

Si l'on se place sur le seul plan de la photographie, ce téléfilm ne vaut pas un clou comparé aux deux films précédents. De ce point de vue, on ne peut qu'être déçu, mais on peut aussi trouver suffisamment d'aspects positifs pour apprécier cette histoire somme toute plaisante.

En premier lieu, le plaisir de retrouver un Peter Ustinov en pleine forme, toujours aussi parfait dans son rôle de détective d'exception. Ustinov se retrouve fort bien entouré car, du côté des comédiens, la production a frappé un grand coup en engageant Faye Dunaway. Depuis Bonnie and Clyde, Dunaway est une icône du cinéma.

Faye Dunaway, la beauté, le talent, la classe, une actrice exceptionnelle largement au-dessus de la plupart des prétendues stars actuelles. Son jeu du chat et de la souris avec Poirot/Ustinov est l'atout majeur incontestable de cette enquête. Cerise sur la gâteau, Dunaway est présente dans un double rôle : Jane Wilkinson, actrice blonde, enjouée et charmeuse, et Carlotta Adams, son imitatrice, jolie brune qui ne tarde pas à être assassinée. Curieusement, je trouve que Faye Dunaway en brune ressemble beaucoup à... Jane Badler !

Quelques années plus tard, Faye Dunaway reprendra un rôle assez semblable dans un épisode de Columbo, tout aussi séduisante et irrésistible face au détective à l'imperméable miteux que face au pompeux Poirot.

C'est une belle surprise de retrouver l'inspecteur Japp sous les traits de... David Suchet ! Oui, Suchet en personne, celui-là même qui reprendra le rôle de Poirot dans la série des années 1990 et 2000. L'inspecteur Japp de Scotland Yard, comme la plupart des policiers des romans d'Agatha Christie, est avant tout un faire-valoir pour Poirot : ses déductions péremptoires et sa quasi-stupidité permettent par contraste de mieux apprécier le talent du détective belge.

Dans cette enquête, Poirot peut donc compter sur deux idiots utiles puisque le capitaine Hastings est bel et bien présent. On pouvait difficilement trouver mieux que Jonathan Cecil pour le rôle d'Hastings. Son air ahuri fait merveille pour interpréter le naïf ami d'Hercule Poirot.

Le scénario, d'assez bonne qualité malgré quelques vaines complications, est un bon cru, comme la plupart de ceux composant les romans écrits avant la guerre. Certes, l'identité de l'assassin est facile à deviner, et beaucoup de détails sont téléphonés, mais l'ensemble forme une bonne histoire policière.

Le dénouement ne déçoit pas, avec un mobile d'assassinat original, ce qui n'étonne pas de la part d'Agatha Christie, rarement à court d'imagination en ce domaine.

Le talent des grands acteurs (et des grandes actrices), c'est aussi de ne pas rendre leurs personnages détestables, même quand ils sont odieux. L'épisode illustre pleinement ce fait. L'assassin donne dans le cabotinage jusqu'au bout, et le parallèle entre la conclusion de Poirot et celle de Columbo dans l'épisode Dunaway est troublante. Les scénaristes de Columbo se sont probablement inspirés du face-à-face Ustinov-Dunaway pour écrire Meurtre aux deux visages. Où l'on constate que ni Poirot, ni Columbo, n'ont réellement succombé aux charmes de la belle, ce qui est finalement peu flatteur pour la ravissante Faye Dunaway.

Retour à l'index


4. POIROT JOUE LE JEU
(DEAD MAN'S FOLLY)


Une jeune fille est retrouvée morte au cours d'une « course à l'assassin » organisée sur les terres de Sir George Stubbs par la romancière Ariadne Oliver, une amie d'Hercule Poirot. Au même moment, Hattie, l'épouse américaine de Sir George, disparaît mystérieusement. Poirot va devoir faire fonctionner ses petites cellules grises...

Poirot joue le jeu est un des huit romans où l'on rencontre Ariadne Oliver, l'excentrique écrivaine de romans policiers et amie d'Hercule Poirot. Il est généralement admis qu'Agatha Christie a transposé de nombreux traits de son propre caractère dans le personnage d'Ariadne, sorte d'auto-parodie de la romancière.

Interprétée par la comédienne américaine Jean Stapleton, Mme Oliver est une personne très extravertie. Dotée d'une imagination compliquée et sans limites, elle est toujours volontaire pour élaborer les intriguées les plus alambiquées.

Cette fois-ci, Ariadne invite Poirot à une « course à l'assassin », sorte de chasse au trésor où le trésor n'est autre qu'un meurtrier, évidemment fictif. La « course » va se dérouler sur l'immense propriété de Sir George Stubbs et de sa jeune épouse américaine Hattie. Manque de chance pour Ariadne, la victime désignée est réellement assassinée, et Hattie disparaît sans crie gare.

Incontestablement, ce téléfilm est le moins réussi de la série. La logique est implacable : contrairement aux autres adaptations avec Ustinov, toutes issues de romans écrits avant ou pendant la guerre, Poirot joue le jeu est adapté d'un roman paru en 1956, à une époque où la qualité des histoires d'Agatha Christie régressait. L'imagination de la romancière était en déclin, et elle était passée à l'auto-caricature. Résultat : on assiste à une intrigue inutilement compliquée, et dont les ficelles sont un peu trop voyantes.

Autre handicap de cette adaptation, surtout comparée aux précédentes, le manque d'envergure des acteurs, en dehors de Peter Ustinov. Le contraste est cruel, en particulier avec les films, qui bénéficient de la participation de Mia Farrow, James Mason, Bette Davis, Diana Rigg, Jane Birkin, David Soul, mais aussi avec les deux autres téléfilms, dont les vedettes sont Faye Dunaway et Tony Curtis. Jean Stapleton est sympathique, mais ne peut se hisser au niveau de vedettes internationales comme Mason, Farrow ou Dunaway.

Hormis Peter Ustinov, le seul lien avec les autres téléfilms est Jonathan Cecil, toujours présent dans le rôle d'Hastings, et il a tendance à en rajouter dans l'aspect ahuri.

A l'image des autres téléfilms, les décors sont quelconques. De plus, les temps morts se multiplient du  début à la fin. Jusqu'aux diatribes « anticommunistes » de Sir George envers les participants à la kermesse, trop populaciers à son goût, qui sont bien trop caricaturales.

Pourtant, l'idée d'une « course à l'assassin » qui tourne mal était bien trouvée. Le téléfilm n'est d'ailleurs pas catastrophique, certains détails de l'intrigue suscitent l'intérêt. Ainsi, le dégoût qu'exprime Hercule Poirot à l'encontre de l'assassin, à qui il assène :

« Vous avez une chance inouïe que je ne sois pas chargé de prononcer votre peine. »

Ou bien cette réplique du même Poirot à l'intention de l'inspecteur Bland, second idiot utile de l'enquête avec Hastings :

« Dans ce métier, mon cher, il en est qui éprouvent le besoin de se servir de leurs petites cellules, et d'autres qui se contentent d'y enfermer les criminels. »

Malgré ces quelques éclairs, il est difficile d'accrocher réellement à cette affaire qui part dans tous les sens. « Il s'agit en fait d'une histoire assez compliquée. », avoue Poirot. C'est le moins qu'on puisse dire...

Retour à l'index


5. MEURTRE EN TROIS ACTES
(MURDER IN THREE ACTS)


En vacances à Acapulco, Poirot est introduit par son ami Hastings dans le milieu des Américains exilés. Au cours d'une réception donnée par l'acteur Charles Cartwright, un pasteur s'effondre, apparemment victime d'une crise cardiaque. Cartwright pense que le révérend a été empoisonné, et confie ses doutes à Poirot.

Curieuse idée de transférer le cadre de Drame en trois actes à Acapulco, tout comme de transformer le titre en Meurtre en trois actes, mais le résultat s'avère très satisfaisant. Cette innovation permet entre autres de retrouver des décors naturels alléchants, bien que le visuel n'atteigne pas, et de loin, les sommets de beauté de Mort sur le Nil et Meurtre au soleil. Le format 4/3 est sans doute en partie responsable de ce demi-échec.

Le roman adapté est d'un assez bon niveau, même si la clé de l'énigme est facile à deviner. En fait, on peut presque soutenir qu'elle est indiquée dans le titre du roman. Si la trame de l’histoire a été respectée, de nombreux détails ont été bouleversés. Certains personnages n’apparaissent pas, alors que d’autres ont été ajoutés. Le changement de lieu n’est donc pas la seule modification.

La distribution est dominée par Tony Curtis, épatant dans le rôle de Charles Cartwright, « l'homme aux mille visages ». Cartwright était un acteur anglais typique dans le roman, il devient ici américain, ce qui cadre mieux à la personnalité de Curtis. Tour à tour charmeur, pensif, torturé ou cynique, Tony Curtis a le don d'insuffler à son personnage une force peu commune.

Charles Cartwright est amoureux de la jolie Egg, surnommée « Poussin », une jeune ingénue, par ailleurs piètre conductrice. Emma Samms est ravissante et donne un allant certain à son personnage. Quant à Jonathan Cecil, il est maintenu dans son rôle d'Hastings. A noter que ces deux personnages étaient absents du roman. Hastings a été rajouté et Egg purement et simplement créée de toutes pièces.

Pour le personnage du colonel Mateo, un acteur couleur locale officie en la personne de Pedro Armendariz, un Mexicain qu'on avait vu interpréter un rôle similaire de policier dans La Chèvre, la comédie de Francis Veber avec Pierre Richard et Gérard Depardieu.

Enfin, Peter Ustinov poursuit sur sa lancée, et compose un Poirot très diplomate. Ainsi, il baise la main d'une actrice dont il ignorait l'existence un quart d'heure auparavant en lui disant :

« Je suis votre admirateur depuis vingt ans »...

On remarque une construction d'intrigue inhabituelle, ni linéaire, ni ordonnée mais sinusoïdale, avec les trois « actes » pour temps forts. Après la mort du pasteur, l'affaire est rapidement classée sans suite puisque la mort semble naturelle, due à une « attaque ». Poirot part à Los Angeles, où il débute la rédaction de ses mémoires. Il est rappelé à Acapulco à la suite de la mort subite du neurologue qui avait constaté le décès du pasteur.

On aborde là un aspect pas du tout réaliste : imagine-t-on un traditionnaliste comme Hercule Poirot rédiger ses mémoires à Los Angeles ? Ailleurs qu'à Londres ou dans la campagne anglaise ? En Belgique à la rigueur, mais à Los Angeles ! Mais il fallait que Poirot soit absent lors du deuxième crime. Bien entendu, on n'allait pas le faire revenir à Acapulco depuis Londres. Les scénaristes ont donc choisi Los Angeles, au détriment de la crédibilité, surtout pour tout connaisseur de l'univers du détective belge.

Le neurologue est décédé brusquement au cours de la réception qu'il avait organisée à son domicile avec pour invités les personnes présentes le soir de la mort du pasteur. Apparemment, il aurait été empoisonné par un maître d'hôtel remplaçant, qui a pris la poudre d'escampette après ce deuxième drame.

Egg pense que le docteur a été éliminé car il s'apprêtait à révéler l'identité du meurtrier du révérend, probablement présent parmi les invités. « Poussin » n'est pas la seule à jouer les détectives amateurs. Charles Cartwright échafaude des hypothèses toutes plus farfelues les unes que les autres, mais à l'arrivée Hercule Poirot prouvera qu'il reste imbattable dans la résolution magistrale des affaires criminelles. Car l'astuce du déguisement n'était pas facile à deviner, tout comme le mobile du premier meurtre, inspiré par la profession du coupable, et inspiration géniale d'Agatha Christie.

La méthode employée par Poirot pour confirmer ses soupçons au sujet du mode opératoire de l'assassin, en l'occurrence simuler un nouvel empoisonnement, celui de Charles Cartwright avec la complicité de ce dernier, est un modèle d'élément scénaristique calibré pour rendre une histoire policière attrayante.

Au final, il s'agit probablement du meilleur des trois téléfilms, car Le couteau sur la nuque repose avant tout sur le talent d'Ustinov et de Faye Dunaway, alors que Meurtre en trois actes, outre le jeu de Tony Curtis et de Peter Ustinov, bénéficie d'une enquête réellement passionnante.

Retour à l'index


6. RENDEZ-VOUS AVEC LA MORT
(APPOINTMENT WITH DEATH)


Mme Boyton, une riche veuve, a obtenu l'usufruit de la fortune léguée aux enfants de son mari en contraignant par le chantage le notaire chargé de la succession. Lorsqu'elle est assassinée, les héritiers légaux se retrouvent au premier rang des suspects.

Retour au grand écran pour ce dernier Poirot-Ustinov. Il s'agit d'une production Golan-Globus réalisée par Michael Winner, comme... la série de films Le Justicier avec Charles Bronson. Voilà qui ne présage pas d'une très grande qualité, le duo de producteurs israéliens étant connu avant tout pour son souci de la rentabilité, avec des films populaires « musclés » de seconde zone où jouent souvent Stallone et Chuck Norris. C’est Menahem Golan qui a découvert Jean-Claude Van Damme…

Effectivement, ce film n'atteint pas l'excellence de ses deux prédécesseurs. Les décors du Moyen-Orient sont loin d'égaler les paysages de Majorque et des environs du Nil, et Peter Ustinov a quelque peu vieilli. Le scénario est également moins bon, le film a du mal à démarrer. De facto, on reste dans la lignée des téléfilms, notamment du précédent. D'ailleurs, on pourrait croire qu'il s'agit aussi d'un téléfilm.

Toutefois, on doit mettre au crédit de la production le choix de Lauren Bacall pour le rôle de Lady Westholme, une parlementaire britannique imbue de sa personne et arrogante. Cette parvenue, roturière ayant épousé un lord anglais, se rend en permanence insupportable par ses déclamations enragées, aboyées sur un ton péremptoire n'admettant pas la contestation. Bacall se hisse à la hauteur de sa réputation, et réussit même à donner de la sensibilité à son personnage, comme le démontre la scène finale.

David Soul, bien connu pour son interprétation du policier Hutch, l'acolyte de Starsky, tient le rôle de Jefferson Cope, le notaire marron décidé à redevenir un honnête homme. Pour ceux qui auraient un esprit subversif, je précise que ce corrompu n'a aucun lien de parenté avec un homme politique français bien connu dont le nom est identique, à un accent près...

Révolté par le traitement réservé par Mme Boyton à ses enfants et beaux-enfants, Cope a la ferme intention de réparer l'indélicatesse qu'il a commise en début d'épisode, c'est-à-dire la destruction du testament favorable aux enfants Boyton. Il n'avait agi de la sorte que parce que la veuve Boyton menaçait de révéler les magouilles financières dans lesquelles il avait trempé au début de sa carrière pour se constituer une clientèle.

La fausse héritière, interprétée par une excellente Piper Laurie, odieuse à souhait, a non seulement détourné la succession à son profit, mais tyrannise sa tribu par son autoritarisme. De plus, Jefferson Cope est amoureux de la belle-fille de Mme Boyton, et ceci déplaît profondément à la mégère. En représailles, elle va tenter d'empoisonner le gêneur.

Cope va être involontairement sauvé par le mari de sa tendre amie, qui l'étend par terre d'un coup de poing au cours d'une crise de jalousie. En tombant, Cope brise le verre de Champagne rempli de poison. Poirot, qui n'a pas l'œil dans sa poche, remarque qu'un insecte meurt sur le coup après avoir bu le liquide renversé...

Détail amusant : le colonel Carbury est doublé par Jean Berger, la voix de John Steed, et son ami Poirot lui présente une jeune femme appelée King ! Il ne s'agit pas de Tara, mais de Sarah King, un médecin débutant.

L'enquête n'est pas exceptionnelle mais tient debout, multipliant les fausses pistes de bon aloi. Poirot fait preuve de sa dextérité intellectuelle bien connue pour découvrir l'assassin, dont l'identité est forcément inattendue pour tout spectateur ignorant de l'univers d'Agatha Christie. Le dénouement, magistral, fait oublier les quelques temps morts qui parsèment le déroulement du récit.

Retour à l'index

 

L'Entraide