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L'Homme qui valait trois milliards

Présentation


L’Homme qui valait trois milliards (titre original en anglais: The Six Million Dollar Man) ou L’Homme de six millions (titre français au Québec) est une série télévisée américaine de science-fiction et d’aventures fantastiques composée de 99 épisodes de 50 minutes (5 saisons), de 3 téléfilms de 75 minutes qui ont servi de pilotes, et de 3 téléfilms-réunions de 90 minutes produits quelques années après la série originale.

La série est librement inspirée du roman Cyborg écrit par Martin Caidin et publié en avril 1972 par la maison Arbor House aux États-Unis. Sa traduction française a été publiée en 1975 par les éditions Denoël dans la collection Présence du Futur (no. 186). Le succès de vente en librairie amena les studios Universal à en acquérir les droits pour une adaptation vers la fin de l’année 1972 - début 1973. Toutefois, l’idée d’en faire une série hebdomadaire n’était pas encore évoquée. Il faut comprendre qu’au début des années 70, alors qu’Internet n’existait pas encore, de même que les appareils d’enregistrement vidéo n’étaient pas encore répandus dans les foyers, il y avait une forte demande du public américain pour des films présentés exclusivement pour le marché de la télévision. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’adaptation de Cyborg sous forme de téléfilm par les studios Universal. 

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Le roman de Caidin raconte l’histoire d’un ancien pilote d’hélicoptère de l’armée au Vietnam devenu astronaute pour la NASA, Steve Austin, qui est victime d’un grave accident à la suite d’un vol d’essai. Dû à cet accident, Austin a perdu un bras, deux jambes et un œil. Rescapé par l’OSO (Office of Strategic Operations, Bureau des opérations stratégiques en français) dirigé par Oscar Goldman, Austin est transformé en cyborg grâce au docteur Rudy Wells, un scientifique qui s’est spécialisé dans la greffe révolutionnaire de prothèses bioniques et dont Steve est le premier prototype humain. Tout en cherchant à réapprendre à vivre avec ses nouvelles prothèses malgré les grands pouvoirs qu’elles lui procurent, Austin doit également accomplir une mission dangereuse pour le compte de l’OSO afin de faire la démonstration de ses nouvelles aptitudes et de justifier le coût élevé de son opération.

C’est le producteur-réalisateur Richard Irving, l’homme derrière notamment les deux pilotes de la série Columbo, et qui adorait le livre de Caidin, qui s’est donné pour tâche d’en concevoir un téléfilm pour le petit écran. Il pensait conserver le titre original du roman, mais s’est ravisé par la suite pour l’intituler The Six Million Dollar Man. Le scénario fût écrit et adaptée par Howard Rodman (sous le pseudonyme d’Henri Simoun) et réécrit par Steven  Bochco, bien que son nom ne soit pas crédité au générique. L’auteur Martin Caidin fût également embauché par Irving comme conseiller technique sur le tournage afin de préserver le degré de réalisme de son roman, malgré son caractère science-fictionnel.

Pour incarner le rôle principal de l’astronaute Steve Austin, Richard Irving a choisi Lee Majors, un acteur né au Michigan (dont le vrai nom est Harvey Lee Yeary) plus connu pour ses seconds rôles dans deux séries télévisées marquantes: La Grande Vallée (The Big Valley) diffusée entre 1965 et 1969, et Owen Marshall (inédit en France et au Québec) diffusée entre 1971 et 1973, et qui n’était pas encore une vedette à l’époque. Afin de bien l’entourer, Irving a engagé deux acteurs d’expérience: Darren McGavin dans le rôle de Oliver Spencer (se substituant ainsi au personnage d’Oscar Goldman) qui avait la cote durant cette période grâce au succès des deux téléfilms de la série Dossiers Brûlants (Kolchak : The Night Stalker), et Martin Balsam dans le rôle du docteur Rudy Wells, comédien à la carrière internationale très réputée et qui était très présent au cinéma et à la télévision depuis les années 50.

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Le 7 mars 1973, The Six Million Dollar Man est présentée sur la chaîne télévisée américaine ABC dans le cadre du « Wednesday Movie of the Week » et connaît un gros succès d’audience. C’est dans la foulée de ce succès que deux suites sont conçues assez rapidement sous la houlette du producteur bien connu Glen A. Larson (K2000, Battlestar Galactica): Vin, Vacances et Vahinés (Wine, Women and War) présentée le 20 octobre 1973 et Un Otage qui vaut de l’or (The Solid Gold Kidnapping) présentée le 17 novembre 1973, toujours sur la chaîne ABC dans le cadre de la série « Films à suspense » (Suspense Theater). Seul Lee Majors a conservé son rôle de Steve Austin dans ces deux téléfilms. Le personnage d’Oliver Spencer est, quant à lui, disparu et c’est le personnage original du roman de Caidin, Oscar Goldman, qui a (re)pris sa place, incarné par Richard Anderson, un vétéran acteur qui a joué dans plusieurs épisodes de nombreuses séries télévisées: Hawaï Police D’État, Columbo, Le Fugitif, Des Agents très spéciaux, L’Homme de Fer. Ironie du sort, c’est Anderson qui incarnait en 1973 le vilain dans le téléfilm The Night Strangler, de la série Dossiers Brûlants face à son prédécesseur Darren McGavin. Dans le cas du docteur Rudy Wells, son personnage est conservé, mais Martin Balsam est remplacé par Alan Oppenheimer, un acteur de composition, spécialisé dans les voix de personnages de dessins animés, coutant moins cher.

Malgré une forte ressemblance avec les films de la série James Bond, ces deux autres téléfilms ont attiré un auditoire moindre que le téléfilm original. Les studios Universal avaient entretemps décidés de convertir les aventures de Steve Austin en série hebdomadaire à la demande d’ABC. Glen A. Larson étant trop occupé avec divers autres projets (notamment la série McCloud, Un Shérif À New-York) c’est à Harve Bennett, producteur exécutif bien connu pour avoir produit et développé avec Aaron Spelling la série télévisée culte La Nouvelle Équipe (The Mod Squad) diffusée entre 1966 et 1973, qu’a été confié la responsabilité d’adapter le matériel en épisodes de 50 minutes. Pour y arriver, Bennett pût obtenir l’aide du producteur-scénariste Kenneth Johnson, qui connaîtra la gloire un peu plus tard avec L’Incroyable Hulk et ensuite avec la minisérie V au début des années 80. On connaît la suite.

Diffusée aux États-Unis sur la chaîne ABC du 18 janvier 1974 au 6 mars 1978, la série connût un succès qui ne s’est jamais démenti. Le personnage de Steve Austin devint rapidement un icône de la culture populaire de la décennie et a contribué à faire de Lee Majors une star confirmée. De plus, l’attrait de la série chez les jeunes entraîna la production de plusieurs produits dérivés (jouets, jeux de société, boîtes-repas pour enfants, vêtements, et même un flipper) très populaires à l’époque, ainsi qu’une adaptation originale en bandes dessinées. Loin d’être en reste, les producteurs ont également lancé une série dérivée mettant en vedette le pendant féminin de Steve Austin, « Super Jaimie » (ou « La Femme Bionique » au Québec) en 1976 suite à l’audimat record qu’a enregistré un double-épisode du même nom lors de la deuxième saison de L’Homme qui valait trois milliards en 1975.

La série a également eu un impact bien au-delà de la télévision et du milieu audiovisuel, notamment au plan de la recherche scientifique, puisque plusieurs personnes oeuvrant actuellement dans la création de prothèses ultra-modernes pour personnes amputés, ont avoués avoir été inspirés en regardant les exploits de Steve Austin à la télé.

Si l’illustration des caractéristiques spéciales conférées à Steve Austin par le biais de la greffe bionique (il est plus fort, plus rapide et plus résistant que n’importe quel être humain) peut expliquer largement le succès de la série, comme l’attrait exercé par les supers pouvoirs des super-héros, c’est davantage l’humanisme et la générosité du héros qui l’ont rendu plus universel et mémorable. À cet égard, le producteur exécutif Harve Bennett a révélé dans un entretien figurant parmi les bonus du coffret DVD de la première saison, avoir apporté plusieurs modifications pour son adaptation en série hebdomadaire, autant dans la personnification des personnages que dans les aspects techniques.

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C’est ainsi que les références évidentes à James Bond dans les deux précédents téléfilms ont été gommés pour ramener à l’avant-plan le fait que Steve Austin est d’abord et avant tout un astronaute, et non un agent secret. Beaucoup d’épisodes ont  montré souvent d’ailleurs un Steve Austin pas toujours motivé par les missions qui lui sont confiés, n’hésitant pas à remettre en question leur pertinence. Tandis que d’autres l’ont présenté dans des situations où il n’a pas à faire face à des ennemis ou des protagonistes antagonistes. Pour ce qui est de ses attributs héroïques, Bennett a décrit Austin comme étant un personnage assez proche de ceux incarnés par Gary Cooper dans les westerns et films de guerre des années 30 et 40 sur le plan des valeurs humaines et américaines, renforcées en cela par le jeu naturel et sobre de Lee Majors.

Il peut donc paraître étonnant qu’une série mettant en scène les exploits d’un héros dont l’image est à prime abord patriotique et conservatrice, qui soit peu en adéquation avec les valeurs véhiculées par les mouvements représentatifs de la contre-culture de la décennie qui a marqué toute une génération (contestation de la guerre au Vietnam, Peace & Love etc.) ait pu connaître un succès aussi grand aux États-Unis, ainsi que dans le reste du monde alors qu’elle a été diffusée dans au moins 72 pays. Or, c’est justement l’empathie du héros jumelé à son humanisme et à l’universalité de ses valeurs, qui expliquent son acceptation par le public, et la durabilité de sa popularité dans le temps, malgré que certains épisodes aient mal vieillis.

Si le public a apprécié la série au moment de sa diffusion au petit écran, ce ne fût pas le cas de la critique, qui lui a reproché son style série B avec ses clichés, ses intrigues simplistes et son budget modeste, souvent associés aux films de science-fiction des années 50. Certes, cela s’avère en partie vrai, et il en sera question dans les pages portant sur les épisodes, mais ces critiques méritent qu’on y apporte quelques nuances. D’une part, il faut savoir que les séries de science-fiction à l’époque, et ce depuis les débuts de la télévision, n’ont connu qu’un succès limité et réservé à des mordus du genre, à l’exception évidemment de Star Trek. Et encore! Ce succès s’est affirmé à plus long terme. Les studios et les réseaux de télévision n’y accordaient donc pas des sommes astronomiques dans leur production. D’autre part, les films de science-fiction des années 50 symbolisaient grossièrement la peur du communisme et les débuts de la Guerre Froide, ce qui n’est pas le cas dans cette série, qui au contraire s’est inscrite plus largement dans l’esprit de « détente » qui animaient les relations américano-soviétiques à la suite des accords Salt I sur la limitation des armes stratégiques signés en 1972.

En voulant intégrer le genre science-fiction contenu dans la prémisse de départ dans un contexte réaliste, Harve Bennett a indirectement contribué à faire accepter à un plus large public certains codes du genre. Qui plus est, le côté série B à petit budget de la série (chaque épisode coûtait en moyenne entre 500 000 et 600 000 dollars pour six jours de tournage) a incité toute l’équipe technique à faire montre de débrouillardise et d’inventivité. C’est de cette façon que des éléments-clés qui ont fait la signature de la série ont été conçus, comme le célèbre générique, les fameux ralentis et les effets sonores au moment où Steve Austin use de ses pouvoirs bioniques notamment. Beaucoup d’aficionados continuent encore de nos jours à imiter ou à souligner ces effets à leur façon, contribuant ainsi à hisser la série au rang de culte.

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Après quatre ans et demi de bons et loyaux services de la part de Steve Austin, L’Homme qui valait trois milliards fût annulé le 6 mars 1978, tout comme Super Jaimie une semaine plus tard. Sans surprise, elle a accusé un net essoufflement étant donné la baisse marquée de l’audimat au cours de la cinquième saison, en plus d’un affaiblissement au niveau des scripts, dont le renouvellement fût toujours difficile à force d’user des mêmes recettes. Surtout qu’avec le succès extraordinaire en salles de La Guerre des Étoiles au cours de l’été 1977, les goûts du public avaient considérablement changé en matière de science-fiction. Le « space opera » étant devenu le nouveau mètre étalon du genre, il n’est pas étonnant que ce soit une série coulée du même moule, en l’occurrence Battlestar Galactica de Glen A. Larson, qui a pris la relève de l’homme bionique sur la chaîne ABC au sein de la même plage horaire.

Mais les admirateurs de la première heure demeuraient avec une question sans réponse après la fin des deux séries bioniques : qu’est-il advenu de la relation « amoureuse » entre Steve Austin et Jaime Sommers? C’est en partie pour y répondre que l’acteur ayant incarné leur patron, Richard Anderson, s’est lancé, avec le scénariste et producteur Michael Sloan, dans la production de trois téléfilms-réunions vers la fin des années 80 - début des années 90 où Lee Majors et Lindsay Wagner ont repris leurs rôles respectifs. En plus de conclure la relation unissant Steve et Jaime, Anderson et Sloan ont également voulu que ces téléfilms soient des pilotes pour une nouvelle série de héros bioniques de la nouvelle génération bénéficiant des nouvelles avancées technologiques en la matière. Si ce projet n’a jamais vu le jour, les trois téléfilms-réunions (les deux premiers diffusés sur la chaîne NBC et le dernier sur CBS) ont largement satisfait les téléspectateurs puisque le taux d’audience fût largement à la hauteur des espérances, alors que Steve et Jaime sont enfin devenus officiellement mari et femme.

Depuis, et comme de nombreuses autres séries télévisées à succès, plusieurs tentatives d’adaptations cinématographiques ont eu lieu, notamment de la part de Kevin Smith en 1995, voire même une version parodique avec l’acteur comique Jim Carrey en 2002. Récemment en 2014, les studios Universal ont annoncé la mise en chantier d’une nouvelle adaptation: The Six Billion Dollar Man (un titre qui tient compte de l’évolution économique en dollars constants), mettant en vedette Mark Wahlberg dans le rôle de Steven Austin qui agit également à titre de producteur. Le tournage du film débuterait en septembre 2016 pour une sortie en salles en décembre 2017, selon les dernières rumeurs.

Curieusement, L’Homme qui valait trois milliards n’a pas été doublé entièrement en version française au pays de l’Hexagone. Comme dans le cas d’It Takes A Thief (Opération Vol ou Ça prend un voleur au Québec), une partie des épisodes a été doublée au Québec (sous le titre L’Homme de six millions), soit 40 sur 99. Ces 40 épisodes sont d’ailleurs restés inédits en France au moment de sa diffusion sur Antenne 2 à partir du 11 janvier 1975. La Cinq les a finalement diffusés à partir de juin 1988, sans que le doublage soit refait. Au Québec, la version française, avec les deux doublages selon les épisodes, a été diffusée à partir de la fin des années 70 sur la chaîne TVA, puis à nouveau au début des années 2000 sur Canal D, et ensuite Prise 2, une chaîne québécoise se spécialisant dans la rediffusion de séries-cultes.

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