Saison 1Saison 3

Inspecteur Derrick

Saison 2

1. Le bus de minuit (Mitternachtsbus)

2. Un mort sur la voie ferrée (Tod am Bahngleis)

3. Le diplomate (Nur Aufregungen für Rohn)

4. Vacances à Madère (Madeira)

5. La cavale (Zeichen der Gewalt)

6. Paddenberg (Paddenberg)

7. La tentation (Hoffmanns Höllenfahrt)

8. Une affaire étrange (Pfandhaus)

9. La valise de Salzbourg (Ein Koffer aus Salzburg)

10. L'ami de Kamilla (Kamillas junger Freund)

11. Le lendemain du crime (Der Tag nach dem Mord)

12. Une mauvaise réussite (Alarm auf Revier 12) 

 

1. LE BUS DE MINUIT
(MITTERNACHTSBUS) 



Date de diffusion originale : 12 janvier 1975.

Résumé :

Helga, une jeune femme attend un enfant mais son fiancé Erich veut qu’elle avorte, ce qu’elle refuse. Lui donnant rendez-vous près d’un lac, ils se battent et il la noie. Oskar, son père, connaissant Helga qui travaille à son bistrot, l’aide à couvrir son crime. Mais Derrick et Klein ne sont pas dupes…

Critique :

Encore un père qui protège son fils ? Oui, cela fait penser au précédent épisode, mais cette fois c’est vraiment le fils qui a fait le coup. Le père, de nouveau une grande-gueule, agacera très vite Derrick, qui soupçonne quelque chose. D’ailleurs, il ne croit pas aux versions des témoins, qu’il pense, à raison, corrompu. Pire, ce père tentera d’envoyer les soupçons vers Bruno, l’idiot du village, amoureux de la défunte. Mais Derrick, voyant ce dernier pleurer affirmera : « Les meurtriers ne pleurent pas. ». Comment coincer l’assassin ? Il faut d’abord casser ce père : pour cela, notre inspecteur va squatter le bistrot qu’il tient, dormir dans l’hôtel qu’il tient conjointement. Il faut que ce cher papa sente sa présence. Mais en vain. Pour Derrick, ça semble compliqué : il n’a plus vraiment de cartouches : la seule qui puisse vraiment l’aider, c’est la serveuse qu’il va faire chanter.

Au final, excédé, il fera part d’une violence physique extrêmement rare : poussant dans le lac le meurtrier qui avait fait exactement la même chose à sa fiancée, avant de lui asséner après ses aveux : « Tu as de la chance, d’être en vie toi. », on constate alors le dégoût de Derrick envers les meurtriers et se retenant vraiment d’en devenir lui-même un. De rendre la justice de manière définitive.

Cet épisode est sur la thématique : jusqu’où est-on prêt à aller pour couvrir notre enfant d’un crime ? Ce qui reviendra régulièrement dans la suite de la série.

Les dialogues sont, une nouvelle fois, géniaux. Pour l’interprétation : on retiendra surtout celle, déchaînée de Werner Kreindl, vraiment prêt à tout ou presque pour sauver son fils.

Petit bémol : malgré un montage souvent efficace, cet épisode souffre un peu trop de longueurs.

Anecdotes :

  • Bien que diffusé comme le quatrième de la série, cet épisode a été le premier tourné, et ce en 1973.

  • Werner Kreindl (1927-1992) reviendra dans trois autres épisodes. En version française, il est doublé par Serge Sauvion, connu pour avoir prêté sa voix à Peter Falk dans « Columbo ».

  • Lambert Hamel qui incarne Bruno réapparaîtra dans six autres épisodes.

  • Theodore Grädler, le réalisateur de cet épisode sera le plus prolifique. Il a en effet signé la mise en scène de 50 (sur 281).

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2. UN MORT SUR LA VOIE FERRÉE
(TOD AM BAHNGLEIS)

Date de diffusion originale : 09 février 1975.

Résumé :

Plusieurs jeunes femmes sont retrouvées mortes étranglées près de voies ferrées, mais Derrick et Klein ont très peu de pistes…

Critique :

Un épisode extrêmement intéressant et passionnant. Car nous suivons au tout début de l’épisode, la routine du meurtrier, qui est un ouvrier travaillant sur les voies ferrées, au physique peu avenant, moqué par ses collègues, montant à Munich régulièrement le soir, se rendant dans des clubs, prenant un des derniers trains de la journée et repérant une jeune femme qu’il tente de séduire : évidemment sans succès, avant de la suivre, de l’isoler, de l’étrangler et de déposer son corps près des voies ferrées. Pour cette enquête, Derrick va demander l’aide d’un psychiatre lui annonçant que le meurtrier aurait un complexe d’œdipe avec sa mère. En effet, nous apprenons que la mère du tueur est une prostituée qui refuse de voir son fils.

C’est cela qui est très intéressant – bien que classique : cet assassin tue des femmes qui refusent de l’aimer et le font penser à sa mère, qui le repousse. Ce n’est plus un transfert de l’amour maternel mais de l’amour incestueux : il y a même une scène où l’assassin semble vouloir coucher avec sa mère – qui a l’air d’être à peine plus âgée que lui comme si elle l’avait accouchée alors adolescente.

Après tout : elle se tape plein d’hommes sauf lui !

Le dénouement – parmi les meilleurs de la série – est aussi tragique que logique. L’assassin en fuite finira par tuer sa mère : l’ultime scène, où Derrick le voit, venant de commettre son ultime meurtre est sans le moindre dialogue : il n’y en a pas besoin, tant c’est éloquent.

L’interprétation est excellente : prendre un acteur au physique assez difficile comme Peter Kuiper était évidemment une bonne idée, mais en plus il est intense, incarnant à la perfection, une espèce de bête qui fait un peu tout ce qu’il peut pour séduire (s’habillant chiquement) mais en vain.

Par cela, aussi l’épisode rappelle que le physique comptera toujours avant la richesse intérieure de la personne.

Anecdotes :

  • Peter Kuiper qui incarne Hugo Hase, l’assassin réapparaîtra dans plusieurs autres épisodes : on notera que dans le suivant : « La mort de l’usurier » (saison 4, épisode 5) il incarnera une victime… détestable.

  • Günter Strack (1928-1999) qui interprète monsieur Greiser, le patron d’Hugo est surtout connu pour avoir été quelques années plus tard maître Renz, le premier avocat de la série « Un cas pour deux ».

  • Il reviendra dans « Une affaire louche » (saison 4, épisode 2).

  • Gerhart Lippert qui interprète monsieur Heller, le mari défunt de la première victime de l’épisode est doublé en français par le comédien Jean Roche, connu pour être la voix de Charles Shaughnessy et du capitaine Hastings dans la série « Hercule Poirot ». Il doublera d’autres acteurs dans des épisodes ultérieurs. 

  • Christine Buchegger (1942-2014) qui incarne madame Heller, reviendra dans neuf autres épisodes.

  • Alfred Weidenmann (1916-2000), le réalisateur signera la mise en scène de 29 autres épisodes.

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3. LE DIPLOMATE
(NUR AUFREGUNGEN FÜR ROHN)

Date de diffusion originale : 09 mars 1975.

Résumé :

Harald Rohn, un jeune étudiant en diplomatie braque son voisin : un certain Seibach qui convoie l’argent d’un supermarché tous les soirs, mais au cours du vol : il fait tomber un stylo qui lui avait montré la veille chez lui pendant une partie de cartes. Le soir, Seibach vient lui demander des comptes, exigeant qu’il se rende à la police, Rohn refuse et le tue.

Critique :

Un excellent épisode à la sauce « Columbo ». En effet : nous suivons le parcours de ce jeune étudiant, ayant étudié son coup, pour braquer son voisin en se servant d’un rendez-vous chez le médecin (dont la salle d’attente du cabinet donne une vue parfaite sur le parking du supermarché), le tuera et tentera de faire disparaître toutes les preuves. Il pense s’en sortir ainsi mais c’est sans compter sur Derrick qui le soupçonne immédiatement et ne le lâchera pas, revenant toujours à la charge pour une question, un petit détail et s’éternisera, si bien qu’évidemment notre assassin qui tente de garder son sang-froid, commencera à devenir paranoïaque : se parlant même à lui-même !

Le sentiment de devenir fou, s’emportant même face à la famille de la victime : grosse erreur à ne pas faire, car ces derniers étaient bien les seuls à croire à son innocence. Cumulant de plus en plus les bourdes, lorsque Derrick se décidera à le lâcher – car on a très peu vu s’acharner autant notre inspecteur contre un meurtrier, en venant presque jusqu’aux mains – il se sentira soulagé…

Cet épisode est entièrement construit sur l’affrontement entre un meurtrier hautain, extrêmement confiant et un inspecteur obsessionnel. Les dialogues sont sans doute parmi les plus ciselés de toute la série, souvent hilarants, envoyés comme des « punchlines ».

Face à Horst Tappert en très grande forme, il fallait un jeune comédien dynamique et c’est Thomas Fritsch, trente ans, qui a été choisi. Bien qu’il réapparaisse dans cinq autres épisodes, il n’aura jamais de meilleur rôle : celui-ci semble avoir été écrit pour sa performance physique et également psychologique. Nous arrivons à être dans son esprit, de plus en plus confus au fur et à mesure que l’épisode avance. Rappelant que Reinecker écrivait pour des performances d’acteurs, et celle de Fritsch est purement impressionnante, exigeante.

Anecdotes :

  • Derrick et Klein n’apparaissent qu’au bout de 25 minutes d’épisode (sur une durée de 59’).

  • Le générique de fin est très original : après un plan sur Rohn assis à l’arrière de la voiture de police en mouvement, on voit en plein écran des billets de banque (en marks).

  • Thomas Astan qui incarne le fils de la victime, deviendra l’un des visages les plus familiers de la série avec pas moins de dix apparitions sur un espace de seize ans.

  • Michael Ande qui interprète Richard, le camarade de Kohn est surtout connu pour avoir été l’inspecteur Heymann dans la série « Le renard » dans pas moins de 401 épisodes de 1977 à 2016. On note qu’il fera une apparition dans le dernier épisode de la série.

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4. VACANCES À MADÈRE
(MADEIRA)

Date de diffusion originale : 06 avril 1975.

Résumé :

Paul Bubach, un Don Juan assez âgé et plutôt aisé séduit des femmes riches et veuves en le faisant miroiter une nouvelle vie à Madère. En réalité, une fois qu’il a obtenu leurs économies, il les conduit à sa maison en forêt, les empoisonne et enterre leurs corps dans son jardin, mais son dernier crime est compliqué par le chien de sa proie…

Critique :

Cet excellent épisode d’une très grande finesse psychologique et ponctué d’humour aurait pu s’appeler comme un classique du cinéma : « Tueurs de dames ». Le personnage, sublimement incarné par l’immense Curd Jürgens, séduit ses proies dans les salons de thé – ce qui donne un côté très désuet à l’épisode – son plan est extrêmement bien préparé, mais il semble toujours oublier un petit détail. Derrick, que l’on voit semble-t-il pour la première fois chez lui, enquête déjà : obsédé par l’image d’une victime et la façon dont elle a disparue. Où est-elle si elle est encore en vie ? Il cherche à entrer dans sa tête, dans son existence : jusqu’à adopter son chien !

Revenant sur ses pas, il se rend donc au salon de thé où il croise l’assassin, auprès duquel il se fait passer pour le neveu de cette victime et le toutou réagit : ce « Rex » avant l’heure aidera beaucoup Derrick – ce qui vaudra quelques scènes très drôles, burlesques, surprenantes dans une série aussi sérieuse.

Et après le chien, c’est Claire, la nièce de Bubach qui s’en mêle. Si notre tueur de dames n’a pas d’enfants, il a en effet une excellente relation avec sa nièce, étudiante, l’aidant financièrement.

D’abord cette dernière est incrédule devant le toutou qui aboie devant une pièce close (là où Bubach  a laissé des objets personnels de la femme que recherche Derrick),

Comme souvent, au fur et à mesure des rentre-dedans de notre inspecteur, puis de sa nièce qu’il influence : le meurtrier qui tente de séduire une nouvelle future victime, va vaciller, perdre son sang-froid, devenir plus incohérent. Le final, plein de suspense, tire, hélas sur la corde, mais est jusqu’au boutiste. Il dîne une dernière fois avec sa nièce : il compte logiquement la tuer ?

Non, il préférera se suicider, plutôt que d’aller en prison. Une fin brutale bercée par une chanson (française !) : « La mer » de Charles Trenet (sic), peut être manichéenne mais qui est très élégamment écrite, douce et à la fois brutale, ne laissant pas indifférent.

Anecdotes :

  • C’est l’excellente Suzanne Uhlen qui interprète Claire : visage familier de la télévision allemande, elle a tourné notamment dans six Derrick, 13 « Le renard » et 5 « Siska ». En version française, elle est doublée par Céline Montsarrat : voix française notamment de Julia Roberts. 

  • Inga Birkmann (1915-2004) qui joue Linda Peters reviendra dans six autres épisodes.

  • Outre « La mer » de Charles Trenet, on peut entendre trois chansons interprété par l’orchestre de Mantovani. 

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5.  LA CAVALE
(ZEICHEN DER GEWALT)

Date de diffusion originale : 04 mai 1975.

Résumé :

Haussman, un truand est arrivé à s’évader en demandant un pistolet à son avocat dont il a fait séquestrer la femme. Pendant sa fuite, il a tué un gardien de prison. Alerté, Derrick et son équipe se mettent à la traquer…

Critique :

Cet épisode nettement plus palpitant qu’à l’habitude, mené à un rythme effréné, soutenu par des dialogues et des comédiens énergiques. Ici, très peu de psychologie et de place au méchant – dont nous suivons toute fois les déplacements : c’est la traque qui compte. Pour le retrouver, Derrick et son équipe vont interroger un à un, parfois en faisant preuve de pugnacité, son avocat, sa femme, toutes les personnes avec qui il peut être en contact. Il fera chanter, mettra sur écoute : il veut absolument tout savoir sur lui. Ce n’est pas être dans sa tête – impossible de comprendre un type pareil – mais être sur ses pas. Haussman sait que les flics le surveillent, risquent de lui tomber dessus d’une seconde à l’autre mais tente pourtant de mener sa vie comme si de rien était, de contrôler son petit monde. On note qu’il s’est évadé après seulement trois mois de prison, peut être par amour pour sa femme.

De cette cavale, on retiendra avant tout la poursuite finale sur les toits de Munich en pleine nuit, sur la musique urbaine (plein de trompettes) de Hans-Martin Majewski : on se croirait dans les meilleurs polars de l’âge d’or du cinéma américain : bien que la caméra se contente hélas de plans fixes, le montage très sec, nous permet de suivre les déplacements des personnages.

La fin est prévisible, et là aussi Derrick ne fait preuve d’aucune pitié. Pour la vie d’un gardien de prison : la mort d’un truand.

C’est le magnétique Raimund Harmstorf qui incarne Haussman, il reviendra dans un rôle plus sympathique pour l’épisode « Tandem » (saison 6, épisode 6).

Anecdotes :

  • C’est l’actrice Sybil Danning, connue pour ses nombreuses séries B dans les années soixante-dix qui joue Irina, la femme d’Hausman.

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6. PADDENBERG
(PADDENBERG)

Date de diffusion originale : 01er juin 1975.

Résumé :

Robert Hofer, un humble peintre croise par hasard Alfonse Goldinger, l’un de ses anciens compagnons de détention pendant la seconde guerre Mondiale. Tous deux ont un secret : en effet Goldinger de son véritable nom Paddenberg a assassiné un officier américain lors de son évasion en Amérique du Sud. Bien que ce ne soit pas le cas, Goldinger / Paddenberg est persuadé qu’Hofer veut le faire chanter, et le tue.

Critique :

Sur le thème : « Le passé nous rattrape », cet épisode assez lent, est souvent hilarant, par le comportement des personnages qui font le contraire de ce à quoi on s’attendrait.

En effet : entre la victime, qui contre toute attente (puisqu’il aurait pu parfaitement le faire) ne veut pas faire chanter son ancien copain, et sa veuve qui n’éprouve pas le moindre sentiment pour lui – leur couple battait de l’aile – regrettant son manque cruel d’ambition, préférant une vie simple et routinière, à l’opposé de ce qu’elle aurait voulue, femme ambitieuse. Eh bien, justement : elle sait que Paddenberg a tué son pas très regretté mari, et c’est elle qui va le faire chanter ! Elle peut prouver que c’est lui : que veut-elle ? De l’argent, un travail ? Pour rendre justice à son mari ?

Cette dernière idée semble complètement folle vu le peu de considération qu’elle éprouvait envers lui. Et pourtant, qui sait… Sous pression, Paddenberg doit pourtant se contrôler s’il s’emporte contre elle : elle le balancera ! Et pourquoi pas la tuer ? L’idée lui vient clairement, mais il n’y arrive pas.

L’épisode se concentre en grande partie sur cette affrontement psychologique crescendo entre un meurtrier et la veuve de sa victime, c’est passionnant (quoi que ça l’aurait pu l’être encore plus…), si bien que l’enquête passe au second plan : nous voyons très peu Derrick et Klein.

Peter Pasetti, tout en retenu, impérial, est excellent face à Anaid Iplicjian, dans un jeu tout en nuances qui obtient ce qu’elle veut, sans lever la voix. Terrifiant et à la fois jouissif.

Anecdotes :

  • Peter Pasetti (1916-1996) qui incarne Paddenberg reviendra dans quatre autres épisodes. Ce qui peut être déstabilisant en version française, c’est qu’il est doublé par Jean Michaud, connu pour être la seconde voix française de Derrick, à cette époque : c’était Michel Gatineau qui prêtait sa voix à notre inspecteur.

  • Anaid Iplicjian qui joue Irene, la veuve rempilera dans trois autres épisodes. En version française, elle est doublée par Laure Santana qui a prêté sa voix à de très nombreux autres personnages dans la série. Elle demeure connue pour avoir été également la voix française de Miss Lemon dans la série « Hercule Poirot ».

  • Heinz Bennent (1921-2011) qui interprète Robert, la victime, réapparaîtra dans trois autres épisodes. Sa fille Anne sera également une interprète régulière de la série.

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7. LA TENTATION
(HOFFMANNS HÖLLENFAHRT)

Date de diffusion originale : 29 juin 1975.

Résumé :

Un soir, Richard Hoffmann rentrant chez lui en voiture, croise sa route Anneliese, dix-huit ans, la fille de ses voisins, ayant visiblement bue, tentant comme elle peut de se maintenir sur sa bicyclette. Elle trébuche sur le sol où elle se salit et va se laver près d’un lac, se déshabillant devant lui. Ne pouvant résister, il la viole. Cette dernière s’enfuit, menaçant de révéler à ses parents ce qu’il vient de faire. Il la rattrape, l’étouffe et elle meurt. Il doit absolument effacer ses traces.

Critique :

Un remarquable épisode qui traite des pulsions sexuelles chez un homme ordinaire.

Imaginez, en tant qu’un homme, qu’une jeune fille certes quelque peu désinhibée, semble vouloir vous draguer, se déshabille devant vous : son corps juvénile : sa peau, ses formes, son visage également pur : comment résister ? Comment ne pas avoir avoir envie de la toucher, de l’embrasser, de faire bien plus ? Elle est là, juste devant vous : il n’y a personne qui puisse vous voir, et avec de la chance, une fois la gueule de bois digérée, elle n’en aura aucun souvenir.

Difficile de ne pas résister, faut être honnête. Un peu comme dans l’épisode pilote « Le chemin à travers bois » : cet épisode offre un reflet dérangeant sur les tentations auxquelles sont confrontés les hommes face à de jeunes créatures.

C’est donc sur Richard Hoffmann, un mari et père de deux enfants (dont une adolescente) à la vie paisible à qui cela arrive. Hélas, lui, en plus de ne pas avoir pu résister, il l’a tuée.

Comment va-t-il s’en sortir ? Déjà se débarrasser de la bicyclette de la jeune fille, nettoyer toutes les traces de leur passage et rentrer chez lui comme s’il ne s’était rien passé.
Mais tient, rentrant chez lui, son fils Erich le questionne sur la raison qui le fait rentrer si tard : il prétend avoir crevé un pneu, pourquoi pas. Le souci est qu’Erich constate la roue de secours dans la voiture. Les réactions de plus en plus nerveuses de son père vont le faire suspecter : surmenage prétendra-t-il. Et en plus sa femme castratrice s’y mets : voir la longue tirade qu’elle lui envoie, lui disant notamment qu’il s’est mis à regarder Anneliese différemment dès lors qu’elle a commencée à avoir de la poitrine. Ce qui le fait suer à grosses gouttes : pourquoi sa femme lui dit cela ? Par jalousie, par soupçon ? Il a des flashs de ce qui s’est passé. Pour le moment, Derrick et Klein ne sont pas encore après lui, mais ça viendra. Surtout qu’il a bon dos de revenir sur les lieux où il a été déposé la bicyclette : dans une vieille casse.

Dès lors Derrick et Klein ne le lâcheront pas : le final est certes trop facile, avec cette scène d’action jusqu’au boutiste, où il écrase Derrick, avant de finir contre un arbre et de mourir dans l’explosion de sa voiture, mais rarement, au fond, un assassin aurait du mal à cacher autant son crime, et comme lui avait dit sa femme, ses pulsions.

Anecdotes :

  • Cet épisode est connu des détracteurs de la série pour la scène finale où Derrick est suspendu au parc-choc avant d’une voiture, considéré comme sa seule cascade de la série ce qui n’est bien entendu pas le cas.

  • Klaus Löwitsch (1936-2002) qui incarne Richard Hoffmann, est surtout connu pour son rôle dans le téléfilm « Le monde sur un fil » (1973) de Rainer Werner Fassbinder. Il réapparaîtra dans l’épisode « Froideur » (saison 13, épisode 8). En version française, c’est le comédien Patrick Floersheim (1944-2016) qui le double : il est surtout connu pour avoir été la voix française de Michael Douglas.

  • Pierre Franckh qui joue son fils Erich est l’un des acteurs les plus prolifiques de la série avec moins de quatorze épisodes ! Dans la version française, il est doublé dans cet épisode par José Luccioni, la voix française (notamment) d’Al Pacino.

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8. UNE AFFAIRE ÉTRANGE
(PFANDHAUS)

Date de diffusion originale : 27 juillet 1975.

Résumé :

Monsieur Karruska, un homme assez âgé a épousé une femme nettement plus jeune que lui. Il est persuadé qu’elle le trompe avec un autre homme, un certain Erich Forster. Il se rend chez lui et tire : hélas, il se trompe de cible et abat son colocataire…

Critique :

Un épisode cruel, mais savoureux et très original sur le thème de la jalousie. Ici, une nouvelle fois, les cartes sont retournées : l’amant n’est pas vraiment un ange, il prend un plaisir sadique à provoquer l’homme trompé. Ainsi, dans l’une des dernières scènes, avec son consentement : il aura une danse lascive avec Ursula, l’épouse volage, devant les yeux du mari trompé, comme fasciné, dégoûté, passif. Que sa jeune femme et son amant le provoquent si ouvertement est si cruel, si cynique, si générateur de colère. Erich et Ursula savent ce que Karruska a fait, ils ne vont pas le balancer à la police en échange qu’Erich vienne habiter chez eux et faire tout ce qu’ils voudront, sans qu’il n’ait à dire quoi que ce soit. Et devant Derrick et Klein : il faut à tout prix masquer les apparences, mentir. Couvrir ce brave Karruska : car si il tombe, c’est toute sa fortune qui est perdu.

Tout le monde dans cette histoire y gagne. Il faut se serrer les coudes : un mari trompé, sa femme et son amant. Triangle original, désarticulé, au final attachant.

Cet épisode met en valeur le talent de trois interprètes dont le plus connu n’est rien de moins que Klaus Maria Brandauer, trente et un an à l’époque, au visage enfantin, espiègle, joueur, incarnant l’amant ; Max Mairich, impressionnant d’intériorité et à la fois de bouillonnement et la plantureuse Doris Kunstmann, très bien en femme si désirée.

Anecdotes :

  • Il s’agit du premier épisode où Derrick a une petite amie.

  • On peut entendre le tube « Forever and ever » de Demis Roussos.

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9.  LA VALISE DE SALZBOURG
(EIN KOFFER AUS SALZBURG)


Date de diffusion originale : 24 août 1975.

Résumé :

Une employée de nettoyage de la gare de Munich est assassinée alors qu’elle allait chercher son sac oublié dans un wagon. Le meurtrier repart avec une étrange mallette et lorsqu’il fait aperçoit Derrick, fait feu...

Critique :

Cet épisode semble tout inversé : ainsi l’épisode s’ouvre pratiquement par une scène d’action où coups de feu s’échangent dans un bar et des ruelles entre Derrick et un truand. L’enquête sur le meurtre semble être laissé complètement de côté, afin de se concentrer sur la mystérieuse valise.

Derrick consulte ses collègues du service de la contrebande, car c’est bien de cela qu’il s’agit.
A ce titre, il y a quelques scènes qui peuvent paraître rébarbatives comme celle où ses derniers expliquent à Derrick comment les contrebandiers s’y prennent pour faire passer leur marchandise.

Parallèlement, nous suivons la façon dont le fils et le père de la victime gèrent leur deuil, c’est à dire en voulant rendre de la justice à leur mère et épouse, constatant que la police ne fait rien, quitte à prendre beaucoup de risques et s’attirer la colère de Derrick.

La dernière partie, plein de suspense où l’on suit le trajet des contrebandiers et comment les policiers vont les coincer est aussi instructive, passionnante que remarquablement bien montée et filmée. 

Au final, un épisode très original et efficace où on appréciera la performance impressionnante de Jacques Breuer, à peine 19 ans alors, en fils de la victime, aidant finalement Derrick, ainsi que la jolie partition mélancolique de Martin Böttcher, parmi les plus belles que comptent la série.

Anecdotes :

  • Jacques Breuer, né en 1956, fait ici sa première apparition dans la série. Il en fera neuf autres.

  • Traugott Buhre (1929-2009), acteur au visage atypique, rondouillard, est un autre visage familier, puisqu’il jouera dans six autres épisodes. Le même nombre que Ralf Schermuly (1942-2017) qui joue ici Scharwedder.

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10. L'AMI DE KAMILLA
(KAMILLAS JUNGER FREUND)

Date de diffusion originale : 21 septembre 1975.

Résumé :

Une journée comme les autres pour monsieur Kessler, sauf qu’aujourd’hui : il se fait braquer chez lui par un homme masqué exigeant un chèque de cinquante milles marks. La cuisinière de Kessler observe la scène, appelant la police, mais l’homme l’abat…

Critique :

L’un des épisodes les plus originaux de la série. Déjà par son intrigue plutôt velue et extrêmement bien pensée. Une série de braquages à domicile (un chef d’entreprise, puis un médecin) où le braqueur semble savoir pas mal de choses sur la vie privée de ses victimes, comme s’il les avait observés longuement, à moins que…

Derrick et Klein découvrent que madame Kessler a un petit ami, mais le couvre car pense-t-elle, il est innocent. Nos deux enquêteurs la font surveiller et découvrent son identité : un certain Kaub, qui est un gigolo. Comme d’autres jeunes beaux garçons, il est engagé afin de séduire des femmes dans des situations plutôt confortables et d’extorquer leurs maris.

Outre l’originalité de l’enquête, cet épisode accueille des personnages irrésistibles : entre la femme volage, le mari trompé qui semble s’en ficher, un témoin imprécis (irrésistible Werner Schnitzer, connu pour avoir été Hahne dans la série « Siska »), un gigolo au grand bagout : les dialogues sont ciselés, vraiment très inspirés raccordant avec un montage efficace et une réalisation nerveuse. On ne s’ennuie pas une seconde dans cet épisode finalement euphorique.

Comme souvent, l’interprétation est impeccable et chaque comédien et comédienne est fort bien distribué(e).

Anecdotes :

  • Cet épisode est un vivier de visages familiers.

  • Siegfried Wischnewski (1922-1989) incarnant Kessler rempilera dans quatre autres épisodes ;

  • Kate Jaenicke (1928-2012) ici Martha reviendra dans onze autres épisodes

  • Karl Walter Diess (1928-2014) qui joue Bocke réapparaîtra dans six autres épisodes ;

  • Hans Georg Panczak (né en 1952) qui est Helm reviendra dans onze autres épisodes ;

  • Gerd Brockmann (né en 1944) qui interprète Kaub fera son retour dans trois autres épisodes.

  • Il est doublé en version française dans cet épisode par Bernard Tiphaine, voix française notamment de Christopher Walken et de Chuck Norris.

  • Quant à Mascha Gonska (né en 1952), présente déjà dans « Un mort sur la voie ferrée » reviendra encore deux autres fois.

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11.  LE LENDEMAIN DU CRIME
(DER TAG NACH DEM MORD)

Date de diffusion originale : 19 octobre 1975.

Résumé :

Horst, un jeune homme surprend sa petite amie avec son meilleur ami. Peu après, très énervé, il le tue d’un coup de tournevis. Mais regrettant son geste : il va demander de l’aide à son père qui fera absolument tout pour le couvrir…

Critique :

Sur la variante du père qui couvre son fils, après « Le bus de minuit », voici « Le lendemain du crime ». Mais le père est ici beaucoup moins tendre : il saque son fils avant de le décider à le couvrir, mais ce dernier culpabilise beaucoup, menaçant de craquer à chaque instant. Si bien qu’à la fin, comme le soulignera Derrick : ce n’est pas son fils qu’il voudra couvrir, mais lui-même.

Le père, prendra la voiture de la victime dans lequel son fils a commis le meurtre et la placera non loin d’une boite de nuit : après tout, pourquoi pas : des jeunes un peu trop éméchés auraient pu le tuer. Quant au tournevis, il faut évidemment s’en débarrasser. Ne pas laisser la moindre trace qui reliera Horst au meurtre. Mais maintenant ce bon père est mêlé autant que celui-ci au crime.

Quant à l’alibi : il faudra mettre également la mère dans le coup : c’est elle, la pièce la plus fragile, car avec « papa », les relations ne sont pas les plus cordiales. Elle devra faire exactement ce qu’il dit pour ne pas que fiston plonge : affirmer qu’ils ont passés la soirée tous les trois ensembles.

Tout est parfaitement réglé : car c’est du boulot de couvrir son fils ! La police ne soupçonnera rien, mais malheureusement la police, c’est Derrick : un flic obsessionnel qui revient encore et encore à la charge. Le père, un peu trop grande gueule montrera sa nervosité et son rapide agacement face aux questions de l’inspecteur. Quant au fils, il culpabilise tellement, qu’il peine à confirmer son propre alibi crée par son père, en fait il n’arrive pas à dire quoi que ce soit. Sous le choc de la mort de sa meilleure amie sans doute pas forcément de l’avoir tué pourquoi pas.

Les dix dernières minutes de l’épisode sont absolument merveilleuses, se réduisant pratiquement à un affrontement verbal entre Derrick et le père. Le premier finira par s’emporter, assénant, à lui et sa femme : « Ça suffit les commentaires ! Vous êtes pitoyables tous les deux, vous n’avez penser qu’à vous deux dans cette histoire ! C’est sans doute lui le plus innocent de vous trois. ».

Un épisode passionnant, très efficace, sublimement dialogué, interprétée de façon magistrale.

Anecdotes :

  • Alexander Kerst (1924-2010), impérial dans le rôle du père, rempilera dans trois autres épisodes, mais aucun dans un rôle aussi bien écrit.

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12. UNE MAUVAISE RÉUSSITE
(ALARM AUF REVIER 12)

Date de diffusion originale : 14 décembre 1975.

Résumé :

Albert Ross, un cambrioleur réputé pour sa violence, sort de prison après huit ans. Il fait connaissance avec le petit ami de sa fille, à qui il demande de faire un cambriolage, mais celui-ci refuse. Il l’entraîne de force. Peu après, il est retrouvé mort.

Critique :

Pour finir cette saison deux, nous faisons connaissance avec un des personnages les plus détestables de la série. Albert Ross est une pourriture, qui n’éprouve pas la moindre émotion humaine, d’un sadisme absolu. Retrouvant la maison qu’il avait quitté : il contrôle les faits et gestes de sa femme et de sa fille, sur qui il hurle et n’hésite pas à maltraiter physiquement, si elles font quelque chose qui lui déplaît. Même pleurer, comme sa fille le fera en apprenant la mort de son amoureux, est interdit ! Justement ce dernier avant de se faire tuer n’était pas vraiment entré dans ses bonnes grâces : voir la scène où Ross malmène sa fille juste pour voir sa réaction – en l’occurrence aucune pour capter la dureté de cet être ignoble.

Pour Derrick, qu’il le connaît : ça ne se fait pas de doute : il l’a tué ou en tout cas un de ses complices cambrioleurs. Mais n’a aucune preuve, futé il se dit que Ross va reprendre ses vieilles habitudes. Suffit d’être patient mais lasse, il va décider de faire « ami-ami » avec lui, l’entraînant dans un de ses bars préférés – séquence savoureuse qui nous montre un Derrick espiègle. Et ce, alors que ses complices commettent un cambriolage.

Le final est vraiment savoureux : Horst Tappert en très grande forme, dans le commissariat cherche à coincer le maillon faible de la bande, leur rappelant exactement comment le meurtre à eu lieu : un craquera, ce n’est qu’une question de secondes, et cette fois Ross ne prendra pas huit ans mais vingt-cinq… : c’est bien la moindre des choses.

Anecdotes :

  • C’est la chanson « Theo, wir fahr’n nach Lodz » de Vicky Leandros qui berce régulièrement cet épisode.

  • Gert Haucke, impeccable et terrifiant dans cet épisode reviendra dans « Comment attraper Bodetski ? » (saison 16, épisode 01).

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