PrésentationSaison 2

Inspecteur Derrick

Saison 1

1. Le chemin à travers bois (Waldweg)

2. Johanna (Johanna)

3. La fête (Stiftungsfest)

 

 

1. LE CHEMIN À TRAVERS BOIS
(WALDWEG)



Date de diffusion originale : 20 octobre 1974.

Résumé :

Ellen, jeune étudiante d’une école hôtelière, est violée et assassinée après avoir pris un chemin traversant un bois. Il s’agit de la deuxième en l’espace de six mois. Derrick et Klein s’y rendent pour enquêter et observer le comportement de ses camarades et professeurs…

Critique :

Premier épisode de la série d’une redoutable efficacité. Déjà par la réalisation extrêmement moderne : mouvements de caméra à l’épaule, zooms, faux-raccords dans l’axe (« jump-cuts »), image un peu sale : un style que l’on retrouvera dans des séries américaines comme « Homicide » bien des années plus tard.

Le montage très nerveux : on retiendra deux séquences habiles : la première au début de l’épisode qui montre en alternance deux faits simultanés : l’assassin violant et tuant l’étudiante chez lui pendant que sa mère enfermée dans sa chambre juxtaposée lui supplie d’ouvrir la porte alors que le tube « My Coo Ca Choo » d’Alvin Stardust (écouté par l’assassin) retentit à plein pots.

Et la deuxième, à la toute fin qui montre deux points de vue : l’assassin entraînant sa troisième victime chez lui et Derrick le coincer, puis Derrick qui lui raconte comment il le coince : une originalité narrative vraiment très appréciable.

Ensuite : l’étude des comportements humains, ici majoritairement des professeurs, dont l’un semble dire tout haut ce que tout le monde pense : comment résister à ces jolies étudiantes, aux jupes courtes et aux décolletés d’à peine dix-huit ans, alors que d’autres, plus hypocrites, tout aussi tentés, se refusent visiblement à les toucher ? Cet épisode traite des pulsions sexuelles, « animales » : et par cela, il est dérangeant car très réaliste.

Pour finir : bien entendu, le jeu des acteurs, comme souvent dans la série, excellents. Que ce soit Horst Tappert et Fritz Wepper en verves, Wolfgang Kieling incarnant le meurtrier tout en intériorité, visage à la fois passif et ayant quelque chose d’enfantin ainsi que les autres interprètes.

La seule chose que l’on pourrait regretter : c’est le dénouement qui prend un peu trop de temps à arriver et facilement mais c’est dérisoire en comparaison de toutes les qualités de cet épisode.

Anecdotes :

  • A la manière de « Columbo », nous connaissons le meurtrier dès le début. Mais ce procédé agacera les téléspectateurs allemands ne voulant connaître l’assassin qu’à la toute fin. Reinecker finira par l’abandonner au bout d’une dizaine d’épisodes.

  • L’épisode est mutilé en Allemagne de vingt-quatre secondes en raison de sa violence graphique.

  • Le réalisateur Dietrich Haugk (1925-2015) réalisera treize autres épisodes dont le dernier diffusé en 1998.

  • Plusieurs acteurs apparaîtront dans des épisodes ultérieurs incarnant d’autres personnages, comme Herbert Bötticher (1928-2008) qui incarne Dackman sera Walter de Mohl dans l’épisode « Patrouille de nuit » (1987) et Klaus Höhne (1927-2006) qui incarne Dicks, lui reviendra dans six autres épisodes.

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2. JOHANNA
(JOHANNA)

Date de diffusion originale : 03 novembre 1974.

Résumé :

Alfred Balke, la trentaine assassine sa femme nettement plus âgée que lui dans leur maison de campagne. Derrick, qui le soupçonne immédiatement, décide de le faire avouer en le faisant cohabiter avec la jumelle de sa femme…

Critique :

Comment ne pas penser à la série « Columbo » en voyant ce deuxième épisode ? Un meurtrier sans scrupule qui assassine sa femme, pensant commettre le crime parfait, afin d’être en couple avec sa maîtresse à peine sortie de l’adolescence, confronté à un Inspecteur obstiné, bien décidé à lui faire avouer son crime. Bien que le coup de la sœur jumelle soit très classique, il marche vraiment du tonnerre. Suffit de voir le regard de Balke lorsqu’il voit apparaître devant lui, sur le seuil de sa porte, la femme qu’il pensait avoir assassinée ! Martha, donc la sœur jumelle de sa victime va s’incruster dans son appartement, jusqu’à s’habiller, se coiffer exactement comme elle.

Martha sait aussi qu’il l’a tuée, et bien que ce soit très éprouvant pour elle parfois – craquant plusieurs fois mais Derrick la pousse à continuer -, elle va petit à petit l’étouffer, le broyer psychologiquement.

Pour cela : tout est permis : Derrick lui dit au début : « Vous avez carte blanche. ».

Outre en employant exactement les mêmes mots que la défunte pour lui rappeler quel être abject et insignifiant il est, elle va l’empêcher d’être en contact avec sa maîtresse – qui désirerait venir voir son bellâtre mais ne peut pas à cause de l’intruse.

La différence avec « Columbo » : ce n’est pas comment Derrick va coincer le meurtrier : c’est quand va-t-il craquer ? Derrick est patient : en le rencontrant à plusieurs reprises, essayant de faire « ami-ami » avec lui, il observe sa nervosité, ses tics, note l’incohérence de ses propos.

Jusqu’au bout : on se demande si Balke va finir par reconnaître sa culpabilité, par prononcer ces mots : « Oui, je l’ai tué. » : jusqu’à la dernière seconde, on en douterait. 

L’affrontement psychologique crescendo est sadique, les dialogues tellement ciselés qu’ils en sont parfois drôles, formidablement aidé par ses comédiens : Helmut Lohner est extrêmement expressif : comme c’est souvent le cas dans la série avec les épisodes « à acteurs » : tout se lit dans son visage, dans ses gestes. Face à la royale Lilli Palmer, il tient la dragée haute.

Un des meilleurs épisodes de la série.

Anecdotes :

  • La jolie et talentueuse Helga Anders (1948-1986) qui incarne Roswitha, la maîtresse de Balke reviendra dans six autres épisodes de la série, évidemment dans des rôles différents.

  • Comme souvent, les épisodes contiennent des chansons de l’époque, on peut y entendre « The Boxer Man » et « El Condor Pasa » de Simon and Garfunkel, ainsi que « High Rolling Man » de Neil Diamond.

  • En version française, c’est le comédien Marc François (1951-2009) qui prête sa voix à Balke. Il doublera de nombreux autres personnages dans la série.

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3. LA FÊTE
(STIFTUNGSFEST)

Date de diffusion originale : 01 décembre 1974.

Résumé :

Pendant une fête, August Bark, saoul surprend la petite amie de son fils dans une chambre en train de se changer. Il pense qu’elle l’aguiche et il tente de l’embrasser mais celle-ci le repousse et il l’étrangle. Après son meurtre, il s’enfuit. Son fils découvre le corps quelques instants plus tard et est vite soupçonné. Derrick et Klein vont décider d’interroger une à une toutes les personnes présentes quitte à y passer une nuit entière…

Critique :

Un huis-clos à la Agatha Christie – seules quelques courtes scènes et le final se déroulent à l’extérieur de cette grande demeure. Nous connaissons le meurtrier et Derrick porte ses soupçons sur son fils, mais évidemment son père, outre pour expulser sa culpabilité, le défendra à la moindre occasion. Après tout, c’est son fils : comment a-t-il pu tuer sa petite amie qu’il aimait tant ? Et le pire, c’est que le bagout du père n’alerte pas Derrick : c’est Klein qui tiltera au bout d’un certain temps.

L’épisode est clairement découpé : la première partie est le crime, la deuxième centrale montre Derrick et Klein parler à toutes les personnes présentes, reconstituer les minutes précédant le crime et la dernière où Derrick a (enfin) compris qui est le meurtrier mais n’a aucune preuve contre lui le laisse seul se débattre avec sa culpabilité : cette dernière partie est très lente, jusqu’au boutiste.

A la manière du précédent épisode : est-ce que le meurtrier va craquer ? Toujours la même certitude de Derrick : il va le faire. Il ne pourra pas vivre avec un tel poids sur la conscience.

Et c’est certain que cet homme banal, qui a tué sans vraiment le vouloir, sous l’effet de l’alcool (bien que cela ne justifie pas un tel acte) se retrouve pris dans un engrenage de sentiments : doit-il avouer ? Combien de temps peut-il encore vivre avec ce poids ? Pour cela Derrick va tenir à rester présent, le surveiller, jusqu’au final, aux décors enneigés d’une beauté à couper le souffle, crépusculaire, bouleversant.

Côté interprétation : c’est le génial Siegfried Lowitz qui s’y colle en meurtrier : voir son visage se décomposer de minutes en minutes, au fur et à mesure qu’il tente de gérer sa culpabilité est fascinant. Et lorsqu’il envoie les répliques inspirées de Reinecker, cela a quelque chose de théâtral, grotesque, magnifique, presque. Justement cet épisode aurait pu être une excellente pièce de théâtre.

La réalisation, faite de plans-séquences est très bien faite.

Anecdotes :

  • Siegfried Lowitz (1914-1999) qui incarne August Bark est surtout connu pour avoir été Koster le premier « Renard » de la célèbre série allemande diffusée depuis 1977. Il réapparaîtra dans l’épisode « Une sorte de meurtre » (saison 15, épisode 12).

  • En version française, il est doublé par Raoul Delfosse, comédien connu pour avoir prêté sa voix à des acteurs comme Bud Spencer, George Kennedy et Slim Pickens. Il doublera de nombreux autres personnages dans la série.

  • Bruno Dietrich qui interprète son fils Helmut apparaîtra dans trois autres épisodes. Il est doublé en français par le comédien Pierre Laurent (père de Mélanie) qui fut très actif dans la version française de la série, doublant énormément de personnages de jeunes hommes.

  • L’actrice Andrea Rau qui incarne Irène, la victime qui apparaît nue pendant plusieurs minutes est surtout connue pour son rôle dans le film érotique belge « Les lèvres rouges » (1971).

  • Pour finir, on peut apercevoir des acteurs comme Ulrich Haupt et Herbert Fleishmann, qui deviendront des visages familiers de la série, en ayant généralement des rôles plus consistants.

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