Saison 25Saison 1

Inspecteur Derrick

Présentation 


« Inspecteur Derrick » est une série allemande créée et entièrement écrite par le scénariste et romancier Herbert Reinecker, diffusée de 1974 à 1998 sur ZDF.

Elle est commandée initialement pour remplacer « Der Kommissar » (inédite en France) du même scénariste et du même producteur (Helmut Ringelmann) lancée en 1969. Cette dernière étant diffusée en noir et blanc, la chaîne désirant s’adapter en lançant une nouvelle série en couleurs.

Les deux séries seront extrêmement proches, se déroulant à Munich et le personnage d’Harry Klein incarné par Fritz Wepper y est déjà présent et partira pour seconder Derrick au lancement de la série. « Der Kommissar » se terminera en 1976.

Afin de succéder en quelque sorte à Erik Ode (l’acteur principal de « Der Kommissar »), Ringelmann choisit le comédien Horst Tappert, 49 ans, très grand (1 mètre 87), les cheveux déjà un peu grisonnants, les yeux globuleux et le sourire charmeur, ainsi qu’un timbre de voix apaisant.

Ayant débuté au théâtre, il alterne télévision et cinéma depuis la fin des années cinquante, tourne dans plusieurs adaptations de romans d’Edgar Wallace dont « Le château des chiens hurlants » (1968 et scénarisée par Reinecker), « Der Gorilla von Soho » (id.) et « L’homme à l’œil de verre » (1969, avec Fritz Wepper, décidément), ainsi que dans quelques comédies. Il est un collaborateur régulier du cinéaste protéiforme espagnol Jésus Franco pour notamment « Crimes dans l’extase » (1971) et « Le diable venant d’Asakava » (id.).

La série est lancée le 20 octobre 1974 avec le premier épisode intitulé « Waldweg » (« Le chemin à travers bois » en VF) et réunit trente millions de téléspectateurs. Si c’est un carton public, la critique elle sera nettement plus réservée.

La première saison, comme piste de lancement, ne compte que trois épisodes. Devant l’immense succès qu’elle génère, la ZDF commande une seconde saison, de douze épisodes. Elle renouvellera la série, jusqu’à ce que Tappert soit vraiment lasse de son personnage, qui n’apparaît d’ailleurs plus beaucoup dans les derniers épisodes tournés en 1997 et diffusés en 1998. Ainsi que de ses rapports ombrageux qu’il entretient avec Reinecker (n’étant un secret pour personne), le premier accusant le deuxième de s’être trop « approprié » le personnage et le deuxième se plaignait de ne pouvoir changer un seul mot à ses dialogues et la répétition des thèmes des scénarios.

Le public allemand adhère très vite au personnage de Derrick : un être qui semble froid, autoritaire, sec, intransigeant du à une passion pour son métier (il a très peu de vie privée) qu’il remet en cause parfois, mais cache une sensibilité et surtout une Humanité : plusieurs épisodes montrent en effet sa compréhension à l’égard d’actes d’assassins et il apaise les familles des victimes.

Son adjoint, Harry Klein, est son contre-poids par sa jeunesse (Fritz Wepper à 32 ans lors du tournage du premier épisode), sa fougue, son goût pour les jolies femmes ainsi que sa conscience. On constate plusieurs fois qu’il tente de le ralentir dans ses excès – car il frôle parfois l’illégalité notamment en faisant preuve de violences physiques envers des coupables et des suspects – et lui offre aussi des pistes de réflexions.

L’équipe est complétée par Willy Berger, incarné par Willy Schäfer comédien spécialisé dans le doublage ayant généralement peu de répliques car il n’arrivait pas à retenir son texte, qui accueille les témoins, suspects voire coupables et à souvent des tâches plus ingrates comme préparer un café et subir les humeurs de Derrick.

Souvent moquée et par des gens qui n’ont pas vu le moindre épisode notamment pour le fait qu’elle serait regardée par un public âgé (l’auteur de ces lignes n’a pourtant même pas trente ans), « Inspecteur Derrick » est une série d’une très grande richesse psychologique, d’un réalisme parfois brutal (je pense à l’épisode « Du sang dans les veines », plongée intense dans le quotidien des junkies), aux scénarios qui non seulement ne sont pas manichéens, mais travaillent sur la notion du bien et du mal, car jamais la série ne se place vraiment d’un côté ou d’un autre. Souvent même, nous avons de la compassion pour les meurtriers et pour d’autres, un sentiment de haine profonde. Les victimes ne sont pas forcément des saint(e)s. Les épisodes durant 59 minutes (excepté « Le congrès de Berlin » qui en dure 75) : ils laissent le temps aux spectateurs de rencontrer, d’essayer de comprendre les motivations des différents personnages. Ils sont même souvent plus présents que Derrick lui-même (voir notamment l’épisode « Un triste dimanche » où Derrick et Klein n’apparaissent qu’au bout de 28 minutes). Il y a un malentendu à propos de « L’Inspecteur Derrick » : ce n’est pas une série policière, l’enquête passant généralement au second plan, c’est l’observation extrêmement fine des êtres humains ordinaires comme vous et moi, qui se débattent dans un monde injuste. Le Munich des années soixante-dix à quatre-vingt-dix pourrait être la réalité d’aujourd’hui. Reinecker exprimait sa propre vision sombre, défaitiste, pessimiste disait-on mais au fond tellement juste, de ce monde.

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