Saga Louis de Funès

2 - La consécration (1964/1966) - 2ème partie 

1. Les bons vivants – 1965

2. Le gendarme à New-York – 1965

3. La grande vadrouille – 1966

4.. Fantômas contre Scotland Yard – 1967

   


1. LES BONS VIVANTS 

Production : TRANSIER Films, les films CORONA
Scénario : Michel AUDIARD, Albert SIMONIN
Adaptation : Michel AUDIARD, Albert SIMONIN
Dialogues : Michel AUDIARD
Réalisation : Georges LAUTNER, Gilles GRANGIER
Musique : Michel MAGNE

En 1946, les maisons closes deviennent illégales. C'est la consternation dans l'établissement tenu par Monsieur Charles et Madame Blanche. Les pensionnaires préparent leurs bagages et pensent à leur reconversion, et le bon M. Charles leur offre à chacune un cadeau-souvenir. Bien des années plus tard, la préférée du tenancier, une certaine Lucette, est devenue baronne et intente un procès aux voleurs qui ont eu l'outrecuidance de lui dérober la lanterne rouge offerte par M. Charles, son plus précieux souvenir de jeunesse. Quelque part ailleurs, dans une petite ville de province, un brave notable sans histoires, agent d'assurances et trésorier d'un club de sport, va voir sa vie transformée par la rencontre avec une demoiselle de petite vertu.

GENÈSE :

Injustement snobé dans la filmographie de Louis de Funès, Les Bons vivants, également commercialisé sous le titre Un Grand Seigneur, marque la rencontre entre un grand, un immense acteur en la personne de notre Fufu, et un grand, un immense dialoguiste qu'on ne présente plus, le fameux Michel Audiard. Autant l'autre immense acteur de ce film, Bernard Blier, avait l'habitude de jouer sur de tels dialogues, autant Louis de Funès était étranger au petit monde du truculent Audiard.

Il s'agit d'un film à sketches, avec pour lien entre les différentes histoires la destinée singulière d'une lanterne que l'on devine rouge, bien que l'emploi du noir-et-blanc ne permette pas de vérifier ce détail de façon formelle.

Ce film montre de façon éclatante à quel point les faiblesses d'un scénario peuvent être très largement compensées par les performances d'acteurs et des dialogues particulièrement savoureux, Audiard, Blier, et De Funès s'avérant égaux à eux-mêmes, c'est-à-dire géniaux.

RÉALISATEURS :

Gilles Grangier fut le réalisateur de nombreux films avec Jean Gabin, et fit souvent appel à Michel Audiard pour les dialogues, par exemple sur le célèbre Le cave se rebiffe.

Georges Lautner, fils de l'actrice Renée Saint-Cyr, débute dans le cinéma après la guerre en occupant des petits boulots. Décorateur, puis assistant-réalisateur, il devient metteur en scène et se spécialise dans les comédies. Il connaît un grand succès avec Les Tontons Flingueurs et Les Barbouzes, deux parodies de films policiers ou d'espionnage bien servies par un groupe d'excellents comédiens (Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche...) et les dialogues percutants de Michel Audiard. Plus tard, il travaillera aussi avec Jean-Paul Belmondo.

Tout metteur en scène a son acteur fétiche : Gabin pour Grangier, et une actrice pour Lautner avec Mireille Darc, qu'il était rare de ne pas retrouver dans ses réalisations.

DÉCORS :

Le film est essentiellement tourné en studios. Ceci n'empêche pas une certaine qualité, notamment sur les décors de la maison close lors du premier sketch. Sur le deuxième, l'action se déroule essentiellement dans un tribunal, d'où moins d'attraits à ce niveau. Lors du troisième sketch, on remarque un portrait de Guy de Maupassant dans la chambre de M. Haudepin, le notable interprété par Louis de Funès qui devient peu à peu souteneur ; cet élément n'a sûrement pas été choisi par hasard : Maupassant est un ancêtre de l'épouse de Louis, et a beaucoup écrit sur les maisons closes et les prostituées.

La première scène du film montre M. Charles entrain de décrocher la lanterne devant la porte d'entrée de son établissement. On remarque qu'il se situe au numéro 221, allusion très claire au célèbre One-Two-Two, le lupanar de prestige situé au 122 rue de Provence très renommé dans les années trente et quarante.

GÉNÉRIQUE :

Le générique est dans la lignée de tous les génériques de films des années cinquante et du début des années soixante, c'est-à-dire consternant de banalité, surtout si on le compare aux génériques que l'on connaîtra à partir des années soixante-dix. Il est clair qu'avant cette période, le générique était très secondaire pour les producteurs et réalisateurs de cinéma - du moins en France.

La musique de Michel Magne est telle que celle des autres génériques de l'époque, avec un aspect vieillot accentué aux tonalités années cinquante. Ce jugement doit être tempéré par la bonne partie jazz en fin de générique dans la lignée des compositions jazzy de Magne, par exemple sur Les Barbouzes.

SCÉNARIO :

On a donc affaire à un film à sketches, genre importé d'Italie et qui connut un certain succès dans les années cinquante et soixante, mais de nos jours complètement abandonné. Toutes les histoires tournent autour du thème de la prostitution organisée, et certains acteurs se retrouvent dans deux des trois sketches, ce qui concourt à donner une certaine cohérence au film. Outre les acteurs, un accessoire particulier, une lanterne rouge, objet qui servait d'enseigne aux maisons de tolérance, se retrouve dans les trois histoires ; ainsi, cette lanterne rouge sert de fil de la même couleur.

Le 13 avril 1946 est votée la loi Marthe Richard ordonnant la fermeture des maisons closes. Le terme est d'ailleurs très discutable, une maison close étant par nature déjà fermée ; l'expression « cessation d'activité » paraît donc beaucoup plus appropriée.

Aventurière et affabulatrice, résistante du mois de septembre, elle-même ancienne prostituée dès l'âge de seize ans dans des maisons d'abattage où elle recevait plus de cinquante clients par jour, contaminée par la syphilis avant d'intégrer des maisons moins sordides et de mener une vie bourgeoise grâce à son mariage, Marthe Richard se retrouve à la tête d'une coalition hétéroclite allant des cléricaux du MRP aux communistes, en opposition aux radicaux de la Troisième République, partisans de la tolérance envers les maisons du même nom. Par la suite, elle expliquera avoir été manipulée par des politiciens et reviendra de manière ambiguë sur ses positions. Toujours est-il qu'elle n'avait pas manqué de s'assurer que l'article prévoyant la destruction du fichier national des prostituées, où elle figurait toujours, était bien appliqué...

Une ambiance morose règne dans l'établissement huppé tenu par M. Charles et son épouse Mme Blanche. La police arrive et rappelle au tenancier que l'établissement devra avoir cessé toute activité le soir même. Les pensionnaires parlent de leurs projets : certaines veulent se recycler dans les cabarets, d'autres ont l’intention d’ouvrir un commerce, ou de poursuivre leurs activités à l'étranger.

La bonne prévient Mme Blanche qu'elle n'ouvrira les volets (ouvrir les volets, quelle honte !) qu'à la dernière minute, juste avant son départ. Même le médecin attitré de l'établissement ne se voit pas, après vingt ans de « médecine galante », soigner des varicelles ou des coqueluches.

Survient alors M. Marcel, patron du Grand Huit, un établissement réputé de Toulon. M. Marcel n'a pas l'intention d'obtempérer à l'application de la « loi scélérate ». Il annonce que trente-sept tauliers ont fondé un comité de résistance et préparent un défilé de revendications de leurs pensionnaires, censé rameuter plus de mille dames de petite vertu. M. Charles, pessimiste sur les chances de réussite, refuse de rejoindre ce comité et fait comprendre à son visiteur que la partie est irrémédiablement perdue.

Les préparatifs du départ se poursuivent, et M. Charles doit éconduire deux clients belges venus pour le salon de l'auto et ignorants du changement de législation en France. Ulcéré par les sommes dérisoires proposées par le marchand de mobilier qui entend bien profiter de la situation, M. Charles décide d'offrir un meuble ou un objet en cadeau à chacune de ses pensionnaires.

Pour M. Charles, c'est la fin d'un monde. Il cède à la demande de ses protégées, et va écouter une dernière fois en leur compagnie le piano mécanique jouer Les Chevaliers de la Lune dans une ambiance de désespoir extrême. Lucette, la plus douée de ses pensionnaires, celle à qui il a prédit un brillant avenir en raison de sa classe naturelle, est absente. Il conserve à son intention l'enseigne de l'établissement, une jolie lanterne que l'on devine rouge.

M. Charles ne s'est pas trompé. En raison de la fragilité de ses jambes, Lucette décide de poursuivre ses lucratives activités en voiture, et les voitures dans lesquelles elle monte sont de plus en plus grosses, alors que les chiens de compagnie sont de plus en plus petits, et leurs maîtres de moins en moins pauvres...

De fil en aiguille, Lucette, rebaptisée Barbara, finit par épouser le très âgé baron Seychelles du Hautpas qui décède quelques mois plus tard en faisant d'elle sa légataire universelle. Devenue baronne, l'ancienne prostituée mène grand train dans l'hôtel particulier légué par son époux. Une nuit, deux cambrioleurs dérobent les bijoux enfermés dans le coffre-fort de feu le baron, mais aussi la lanterne rouge que Barbara-Lucette avait précieusement conservée en souvenir de sa jeunesse.

Arrêté quelques temps plus tard, un des malfaiteurs ne comprend pas l'attitude de la baronne lors de son procès : alors qu'il a restitué la totalité des bijoux, d'une valeur de cent millions, la péronnelle semble se désintéresser des joyaux et ne se préoccupe que de récupérer une lanterne sans valeur ! Le malfrat nie avoir eu un complice, et ignore que c'est son acolyte qui avait dérobé la lanterne à son insu, d'où ses dénégations sincères.

Alors que, face à l'absence de facture, l'avocat de la défense met en doute l'existence de la lanterne, la partie civile produit deux témoins du don fait à la baronne. Le premier témoin n'est autre que M. Charles, reconverti en mareyeur à Bourges (il est bien naturel qu'un ancien maquereau en chef devienne marchand de poissons...), il atteste avoir donné l'enseigne à Mlle Lucette ; il en profite pour la féliciter de sa brillante ascension sociale, et lui apprend une triste nouvelle : la mort de Mme Blanche sème la consternation dans le public du procès, composé pour partie d'anciennes pensionnaires amies de Lucette.

Le second témoin est M. Marcel, ce qui pose plusieurs problèmes : en premier lieu, ce témoin se présente menotté car il est emprisonné à la suite de trois condamnations pour proxénétisme. Bien qu'il se présente en tant que « promoteur d'affaires », l'impression produite est défavorable, les affaires en question consistant à envoyer des « tricoteuses » à domicile sous prétexte que des messieurs auraient du mal à trouver leur bonheur dans le prêt-à-porter... De plus, s'il peut assurer avoir vu M. Charles manifester son intention d'offrir la lanterne à Lucette, M. Marcel n'a en fait jamais rencontré cette dernière...

Malgré ses efforts, la baronne ne parvient pas à récupérer la lanterne. À sa sortie du tribunal, elle retrouve son nouvel ami, un riche entrepreneur américain...

Héloïse, une charmante blonde exerçant dans le racolage de rue, connaît quant à elle quelques problèmes. De passage dans une petite ville où se déroule un congrès, pourvoyeur de clientèle selon son proxénète, elle se trouve aux prises avec un policier désireux de l'arrêter, et supplie un passant de la recueillir chez lui pour quelques heures, le temps d'échapper au fonctionnaire trop zélé.

Le passant, c'est M. Léon Haudepin, agent général d'assurances et membre de l'Athletic Club de judo de sa ville. Ce paisible notable célibataire vit avec sa vieille gouvernante, et après avoir manifesté quelques réticences, craignant d'avoir affaire à une criminelle, accepte d'aider Héloïse, rassuré par son activité de prostituée qu'elle ne lui a pas caché exercer. Haudepin cloue le bec du policier, qu'il connaît, et rentre chez lui accompagné de la jeune femme.

Outrée, la gouvernante somme Léon de choisir entre Héloïse et elle : la mégère se retrouve licenciée illico presto. Haudepin accepte de loger son invitée pour la nuit, mais ne vient pas la rejoindre entre les draps. Ce que la péripatéticienne considère comme un sommet de vertu, voire d'héroïsme, n'est en fait qu'une attirance exclusive de Léon pour les petites brunes un peu boulottes ; or, Héloïse est une grande blonde maigrichonne...

La demoiselle a raconté à son hôte son enfance malheureuse : son père fusillé par les Allemands pour avoir déserté de la LVF, le corps des collaborationnistes volontaires pour combattre le « péril bolchevique » ; sa mère tondue à la Libération... Léon n'est pas dupe, mais la jeune femme, qui se sent bien dans cette paisible maison, va trouver un moyen de prolonger son séjour...

Le lendemain matin, Haudepin reçoit un collègue de l'Athletic Club pour le petit-déjeuner. Le nommé Paul Arnaud se montre circonspect face à l'invitée de Léon dont il a tout de suite deviné la profession. Grippée, Héloïse obtient de rester chez Léon pour la journée. Et lorsque le soir venu, son bienfaiteur se demande comment il va faire pour recevoir ses invités lors de la prochaine réunion du club qui va se tenir chez lui, Héloïse se propose de remplacer la gouvernante, en compagnie d'une de ses amies.

L'amie en question se prénomme Sophie. C'est une très belle brune, pas plus farouche que sa congénère, et dotée d'un caractère tout aussi sociable malgré l'avalanche de malheurs qui se seraient paraît-il abattus sur elle... Lors de la réunion, Sophie tape dans l'œil de Paul dont toutes les réticences initiales ont vite fait de s'évanouir. À l'image des autres invités, M. Paul manifeste plus d'intérêt pour les deux serveuses que pour le discours de Léon relatif aux nouveaux statuts du club ; le maître des lieux en conçoit un énervement certain. Néanmoins, en guise de « témoignage d'amitié », les participants décident à l'unanimité de tenir désormais toutes les réunions chez lui. La cadence de ces assemblées est elle-même jugée insuffisante, et passe de une par mois à deux par semaine...

Dès le lendemain, Paul prétexte un oubli de chapeau pour revenir chez Léon au moment où celui-ci part au travail, reste toute la journée avec Sophie, et repart aussi enrhumé qu'elle. Il vante les qualités de Sophie, la douceur de sa peau, à un autre membre du club, qui insiste pour être invité.

Peu à peu, sous des prétextes divers, d'autres filles investissent la maison de M. Léon qui commence à ressembler à un véritable lupanar, les « réunions » étant devenues quotidiennes. Si Léon ne semble pas participer aux joutes, il en tire un profit substantiel en tant que « trésorier » du club grâce à l'augmentation continuelle et volontaire des « cotisations ».

Un soir, un souteneur vient réclamer des dédommagements à M. Léon pour lui avoir pris Héloïse. Molesté et insulté par le maquereau qui a osé assimiler sa maison à un « bouic »,  le pauvre Léon se retrouve malade, choyé dans son lit par ses pensionnaires féminines. Et voilà M. Haudepin, ce fier notable qui mettait un point d'honneur à arriver à son agence avant ses employés pour donner l'exemple, qui fait l'apprentissage de la paresse, découvre que la compétence de son personnel permet à l'agence de très bien fonctionner sans lui, et fait traîner sa convalescence !

Plusieurs mois plus tard, au prix d'un effort surhumain, M. Haudepin décide de sortir de chez lui. Héloïse et Sophie lui ont acheté des vêtements neufs. Sceptique face au chapeau qu'il trouve un peu trop clair, Léon accepte d'étrenner sa nouvelle tenue : coiffé d'un chapeau de gangster et chaussé de crocodile blanc, Léon a tout à fait l'allure d'un maquereau des années trente...

Le soir de Noël, M. Paul rentre de sa promenade en colère : il a appris qu'on l'accuse en ville de « vivre comme un nabab » et que des bonnes âmes se plaignent de voir chez lui des lumières allumées à des heures avancées de la nuit, et de curieuses « ombres chinoises » par-delà de multiples fenêtres. Il propose donc que, désormais, les persiennes soient closes en permanence, meilleur moyen selon lui de ne pas oublier de les fermer.

Ces demoiselles s'empressent de fermer les volets, et Léon montre le cadeau de Noël qu'il fait au club : la lanterne rouge de M. Charles, volée ensuite à Lucette ! Léon lui-même se charge de l'accrocher à l'entrée de sa demeure. Ainsi, la boucle est bouclée !

DISTRIBUTION :

Louis de Funès ne participe qu'au dernier sketch, il est vrai le plus long (quarante minutes). Ce qui frappe est la nature de son rôle, assez différente de ses compositions habituelles. Pas spécialement coléreux, ni tyrannique avec les humbles, l'agent d'assurances Léon Haudepin est plutôt sympathique, donc à l'opposé des personnages généralement incarnés par Louis.

C'est Bernard Blier la vedette des deux premiers sketches. Ce formidable comédien campe un extraordinaire M. Charles, ce tenancier de maison galante qui perd son « outil de travail » le jour où « l'intolérance » entraîne l'arrêt de certaines activités.

On ne pouvait trouver mieux que Dominique Davray pour donner vie à Mme Blanche, l'épouse de M. Charles, tant cette actrice était à son affaire dans les rôles de mère maquerelle. Plus tard, Françoise Brion prendra le relais, mais dans un registre plus bourgeois, nettement moins truculent, donc moins efficace.

Franck Villard, autre figure des films de truands et du monde d'Audiard, interprète M. Marcel, alter ego de M. Charles à Toulon, et décidé à combattre la loi « scélérate » avant que M. Marcel ne lui fasse comprendre que c'est inutile.

Aline Bertrand, c'est Pauline, la sous-maîtresse, Henri Virlojeux le médecin désabusé, et Jacques Marin le repreneur du mobilier, comme de bien entendu véreux.

Les prostituées sont interprétées par Micheline Luccioni, Michelle Bardollet, Yori Bertin, Françoise Vatel, et Catherine Samie.

Jacques Legras et Jean-Luc Bideau jouent les clients belges ignorants de la nouvelle loi. Voilà pour le premier sketch.

Dans le deuxième, Andréa Parisy tient la vedette avec Bernard Blier. Son allure distinguée est parfaitement adaptée au rôle de l'ancienne prostituée de maison close Lucette, devenue la poule de luxe Barbara, puis par son mariage la baronne Seychelles du Hautpas.

Duo de choc pour incarner les voleurs avec Jean Lefebvre, le malheureux Léonard qui ne comprend rien à cette histoire de lanterne, et plus en retrait Jean Carmet, le vrai coupable, présent au tribunal mais dans le public, car son complice ne l'a pas dénoncé.

Darry Cowl assure la défense de l'accusé, alors que Bernard Dhéran représente la partie civile et Pierre Bertin préside le tribunal. Bernard Blier, Franck Villard, et Aline Bertrand sont les rescapés du premier sketch.

De bons acteurs aussi dans le troisième sketch pour donner la réplique à Louis de Funès. À commencer par Mireille Darc, la prostituée enrhumée. Enjouée et drôle, elle compose une Héloïse particulièrement sympathique. Paul Arnaud, ami de M. Haudepin et membre de l'Athlétic Club, est interprété par Jean Richard, comme toujours excellent.

Dans le rôle des autres demoiselles de petite vertu, on trouve la piquante Bernadette Lafont, toujours à l'aise lorsqu'il s'agit de jouer les aguicheuses sensuelles, et la Sud-Américaine Maria-Rosa Rodriguez que De Funès a déjà rencontrée sur Pouic-Pouic (sous le pseudonyme de Yana Chouri) et retrouvera sur Le Grand Restaurant dans un rôle de secrétaire  inconditionnelle de son patron de président.

Le souteneur est une autre vieille connaissance de Louis puisqu'il s'agit de Guy Grosso. Andrée Tainsy ne s'attarde guère puisqu'elle joue la vieille gouvernante renvoyée par Léon. L'inspecteur Grannu ne fait pas de vieux os non plus, présent dans une seule scène sous les traits d’Albert Rémy.

On aperçoit Juliette Mills en infirmière, et les autres membres de l'Athletic Club sont interprétés par Hubert Deschamps, Gabriel Gobin, Lucien Frégis, et Philippe Castelli, ce dernier fait également office de narrateur sur tout le film, fonction qu'il a occupée avec bonheur sur plusieurs films de Lautner.

TEMPS FORTS :

Le thème abordé est déjà un point fort : les maisons closes, la prostitution, les souteneurs, que voilà une mine de situations comiques et de dialogues truculents concoctés par le maître en la matière Michel Audiard ! Si l'on ne s'arrête pas aux apparences et aux aspects purement burlesques, la nostalgie de l'époque des lupanars d'antan est évidente, de même que le constat, très lucide, de la vanité de la loi Marthe Richard : dans le deuxième sketch, on montre un souteneur qui continue ses activités sous d'habiles couvertures, phénomène devenu courant ; et le troisième semble être une ode à l'inéluctabilité du retour des maisons galantes, sous une forme ou sous une autre.

Autres atouts majeurs, la présence de comédiens de très haut niveau comme De Funès et Blier, et bien entendu d'un dialoguiste comme Audiard.

 

Le premier sketch, La Fermeture, est d'un niveau d'ensemble relevé, petite merveille d'humour animée par un extraordinaire Bernard Blier. La virtuosité des dialogues combinée au talent de Blier fait mouche, et l'on a droit à un véritable festival « Audiardo-Bliesque ».

Dominique Davray seconde remarquablement le grand Bernard, et Henri Virlogeux est très bon aussi en médecin désabusé par la perte de son principal client. Il trouve également une petite mine à celui-ci et lui conseille le repos, d'où ce dialogue entre M. Charles et Mme Blanche :

- Le toubib m'a regardé dans le blanc de l'œil et il a eu le traczyre : il m'a ordonné l'arrêt complet pour surmenage.
- De toutes façons, qu'on ferme sur décret ou sur ordonnance...

La séquence des cadeaux et des adieux autour du piano qui joue pour la dernière fois est également fort réussie. Comme le dit M. Charles avec des trémolos dans la voix :

« C'est la fin d'un monde... »

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Le deuxième sketch, Le procès, bien que le plus court, est le plus faible malgré la très bonne composition d'Andrée Parisy, parfaite en ancienne prostituée devenue baronne, rôle parfaitement idoine pour une actrice aussi classe.

Darry Cowl se montre assez drôle en avocat de la défense, mais c'est l'intervention de M. Charles qui va relancer l'intérêt, qui allait alors en s'amenuisant. M. Charles a bien vieilli, il porte une moustache et s'est reconverti dans la vente de poissons. Nouvelle superbe prestation de Bernard Blier en entrepreneur « mis à la rue par le décret scélérat après 25 ans de labeur », et inquiet en raison des progrès du « matérialisme athée » qui réduit la vente de poissons pendant les périodes de carême. Franck Villard, qui lui succède à la barre, est nettement moins convaincant.

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Le troisième sketch, Les Bons Vivants, est évidemment le meilleur, porté par la prestation de Louis de Funès. Un des sommets du film est la scène du petit-déjeuner avec Paul Arnaud le lendemain de l'arrivée d'Héloïse. Jean Richard, partenaire de choix pour Fufu, ironise au sujet de la nouvelle venue. Réaction immédiate de Paul-De Funès :

- Assez, hein ! Ça suffit ! Les sous-entendus et les propos salaces, j'ai horreur de ça, surtout le matin ! Elle est de très bonne famille, voilà !
- Et où l'as-tu trouvée ?
- Euh !... Dans la rue...
- C'est bien ça !
- Comment ? (Il se met à bafouiller en composant des mimiques inimitables) Non ! Hier soir, je rentrais tranquillement chez moi, comme ça... et elle est passée, elle m'a dit « Monsieur ! » Voilà... y'avait les autres, là, avec leurs chapeaux... Qu'est-ce que tu voulais dire ?...

L'attitude et les mimes de De Funès sont très drôles lorsque, arrivé en retard à son cabinet d'assurances, il prétexte un mal de ventre et repart aussitôt, mais aussi au début de sa maladie lorsque l’appellation de « bouic » employée par le souteneur à propos de sa demeure a du mal à passer. On peut d’ailleurs remarquer que c’est cette insulte, et non l’agression physique de la part du maquereau, qui l’a rendu malade.

L'ambiguïté autour du personnage incarné par Louis est intéressante. On ne sait à quel point M. Léon est naïf, ou à quel point il fait semblant de ne rien voir... Toujours est-il qu'il profite bien de la situation et montre clairement au cours de la scène finale qu'il n'est pas dupe, avec l'ordre de fermeture des volets et l'achat de la lanterne. Mais bien auparavant, un œil attentif avait pu se rendre compte du double jeu de Léon : mine de rien, il s’était introduit dès la première nuit du séjour d’Héloïse dans la chambre de la jeune femme pour ouvrir subrepticement la fenêtre, histoire de provoquer une bonne grippe… et d’inviter le lendemain sa protégée à prolonger son séjour car « une grippe ne demande qu’à devenir espagnole »…

Le double jeu du personnage de M. Haudepin passe souvent inaperçu auprès du public qui croit à sa naïveté totale. Or, une analyse poussée du personnage révèle qu’il est avant tout soucieux de sa réputation, de sauvegarder les apparences. Le talent de Louis de Funès est de faire passer cet aspect « bourgeois provincial conformiste à la Chabrol » en composant un personnage éminemment sympathique, tout comme il a souvent réussi à susciter l’adhésion dans des rôles de crapules.

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POINTS FAIBLES :

Hormis quelques passages en retrait dans le deuxième sketch, très peu de faiblesses dans ce film. Aucun acteur décevant, même si tous ne peuvent se hisser dans la stratosphère occupée par Blier et De Funès. Tout juste peut-on signaler une incohérence avec la maison de tolérance de M. Marcel, qui s’appelle Le Grand Huit dans le premier sketch et est rebaptisée Le Grand Tivoli dans le deuxième (quoiqu'un changement de nom, bien que bizarre, soit possible).

Bien sûr, le scénario est peu développé et le lien entre les sketches n'est pas forcément facile à faire, mais le talent des acteurs, metteurs en scène, et comédiens, compense très largement ces quelques défauts.

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ACCUEIL :

Pour un film parfois jugé secondaire, Les bons vivants attire 1 400 000 spectateurs. Évidemment, ce score peut paraître médiocre si on le compare aux autres films de Louis depuis qu’il est devenu le comique français le plus populaire, mais n’est pas si mauvais si l’on considère que le noir-et-blanc est alors à l’agonie.

Le résultat est donc satisfaisant. La notoriété naissante de Louis de Funès a pu aider, tout comme les dialogues de Michel Audiard.

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SYNTHÈSE :

Un film méconnu mais très drôle, à découvrir ou à faire découvrir.

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2. LE GENDARME À NEW-YORK

Production : Société Nouvelle de Cinématographie
Scénario : Jacques VILFRID
Adaptation : Jacques VILFRID, Jean GIRAULT
Dialogues : Jacques VILFRID
Réalisation : Jean GIRAULT
Musique : Raymond LEFEVRE et Paul MAURIAT

La brigade de Saint-Tropez est désignée pour participer au congrès mondial de la gendarmerie qui va se dérouler à New-York. Les participants ne sont pas autorisés à emmener leurs épouses et enfants, d'où la déception de Nicole Cruchot qui rêve de visiter New-York. Elle décide de passer outre et s'embarque sur le France. Arrêtée à son arrivée à New-York en tant que passagère clandestine, repérée par un journaliste en quête de sensationnel et par un membre de la délégation des gendarmes italiens qui en tombe amoureux, Nicole n'a pas fini de donner des soucis à son père...

GENÈSE :

Après le succès du Gendarme de Saint-Tropez, les producteurs ne vont pas laisser passer l'aubaine de renouveler un succès commercial aussi facile. C'est donc sans surprise qu'un deuxième Gendarme est mis en route tout juste un an après le succès du premier.

Plus étonnante est l'idée de situer l'action à New-York qui va conférer au film un aspect très atypique dans la série. Il est vrai qu'à l'époque du tournage, personne ne pensait que la saga compterait six films...

RÉALISATEUR :

Pas besoin de chercher bien loin, c'est évidemment Jean Girault qui est retenu comme réalisateur, le couple De Funès-Girault apparaissant tellement naturel.

DÉCORS :

Les décors sont un des points forts du film qui s'avère véritablement dépaysant. Seules l'introduction et la conclusion ont été tournées à Saint-Tropez. Entre les deux, les prises de vues ont fait escale à l'aéroport de Nice, à Paris, au Havre, et sur le paquebot France (à l'époque, la France ne l'avait pas laissé tomber, donc on l'appelait encore ainsi...)

Sur le France, les touristes prenaient De Funès et compagnie pour de véritables douaniers. Le commandant eut l'idée de leur projeter le premier film de la série. Ensuite, les passagers se précipitèrent sur les acteurs pour obtenir des autographes.

L'essentiel des extérieurs a été tourné à New-York. Jean Lefèbvre ne fit pas le déplacement, la production lui trouva donc une maladie, puis un accident, pour justifier son absence lors des prises de vues dans les rues de la ville aux gratte-ciels.

Quant aux scènes d'intérieur, elles furent tournées aux studios de Boulogne.

GÉNÉRIQUE :

Le générique de début intervient assez vite après une courte séquence d'introduction. Générique très représentatif de la série puisqu'il s'agit du défilé des gendarmes quittant Saint-Tropez au son d'une musique de fanfare.

Pour le final, c'est encore une musique de fanfare et le très classique défilé, gendarmes et majorettes.

En milieu de film, on nous ressort une nouvelle chanson de Nicole (et voici que vient l'envie d'insérer un « smiley » avec les yeux en l'air, ou de pousser un gigantesque soupir). Notre jeune française blonde chante son désespoir d'être loin de la France et de Saint-Tropez, bien qu'ailleurs « les garçons soient gentils »... On pourrait lui répondre qu'elle n'avait qu'à obéir aux ordres de son père et à y rester, à Saint-Tropez. Mais la chanson n'est pas du blues, juste un petit air de variétés encore plus ennuyeux que le Dou you, Saint-Tropez de l'opus précédent. Heureusement, Geneviève Grad n'a pas voulu faire carrière dans la chanson...

SCÉNARIO :

Une des principales idées reçues sur Louis de Funès est qu'il participait à des films souvent médiocres, que les producteurs se reposaient sur sa seule présence et ne travaillaient pas le scénario, et qu'il était obligé de compenser ces manques par son seul talent. Il faut bien admettre que l'idée n'est pas si reçue que ça, mais une réalité concernant certains films, en particulier ceux de Serge Korber et... la série des Gendarme.

Ici, le scénario est quasi-inexistant. Il existe un fil rouge, les mésaventures de Nicole et les ennuis qu'elle cause à son père, et ce fil conducteur sert tant bien que mal de lien entre des scènes comiques plus ou moins réussies.

On a donc affaire à un film moyen, mais sauvé par le génie de Louis de Funès, absolument phénoménal sur certaines scènes. Il est vrai qu'en ce milieu des années 60, Fufu est en pleine forme, au sommet de son art. Mais imaginons le même film sans lui. Le même film sans lui ? Mais ce serait tout simplement un joli nanar du style Mon curé chez les nudistes (ou autres thaïlandaises). Soyons honnêtes : dans Le gendarme à New-York, en dehors de superbes décors et de Louis de Funès, il n'y a rien, ou pas grand-chose.

De plus, l'absence sur les scènes américaines de Jean Lefebvre, comique le plus accompli en dehors de De Funès parmi le casting, est préjudiciable. Tout comme le choix hasardeux d'expatrier nos représentants de l'ordre chez l'oncle Sam, quoique le résultat soit relativement satisfaisant de ce point de vue alors qu'on pouvait craindre le pire. Car le gendarme de Saint-Tropez sans Saint-Tropez, c'est un peu comme le Père Noël sans Noël...

C'est donc la brigade de Saint-Tropez qui va représenter la France au congrès mondial de la gendarmerie dans la ville de New-York. Cruchot fait ses adieux à sa fille Nicole, furieuse de ne pas faire partie du voyage, mais les ordres sont formels : les participants au congrès ne doivent pas faire le déplacement avec leur famille. Les gendarmes passent le relais à leurs remplaçants, puis partent pour Nice où ils prennent l'avion direction Paris. Ensuite, trajet en train jusqu'au Havre où ils doivent s'embarquer sur le paquebot France à destination de New-York.

La chance sourit à Nicole sous la forme d'un camarade tropézien qui part en voiture pour la villa de ses parents à Deauville. Le godelureau accepte de faire un détour jusqu'au Havre pour y déposer la demoiselle Cruchot, et voilà notre fille de gendarme embarquée sur le France en tant que passagère clandestine !

Pendant ce temps, l'adjudant Gerber et ses hommes découvrent le magnifique paquebot, guidés par Cruchot qui les fait tourner en rond tellement le bateau est immense. Au programme du voyage, entraînement avec la tenue de sauvetage, loisirs variés, et... cours d'anglais dispensés par un connaisseur avisé de la langue de Shakespeare, Ludovic Cruchot himself.

Lors d'une visite sur le pont, Cruchot aperçoit Nicole et se demande s'il n'a pas des visions puisque sa fille a le temps de s'enfuir pendant qu'il confie ses doutes à l'adjudant-chef Gerber.

À l'arrivée à New-York, Nicole est arrêtée en tant que passagère clandestine, qui plus est dépourvue de passeport. La chance lui fait un nouveau clin d'œil avec l'intrusion d'un reporter de seconde zone en manque de fait divers pour son journal : désireux de bâtir un conte de fées pour lecteurs naïfs, il propose à la jeune fille, qui prétend être orpheline, de régler ses problèmes avec la police et l'immigration en échange de sa collaboration. Raconter son histoire de « jeune orpheline française qui rêvait de voir New-York » n'est pas très difficile, aussi Nicole accepte-t-elle sans sourciller.

L'installation à New-York est moins mouvementée pour nos gendarmes, réduits à cinq suite à l'hospitalisation de Fougasse, malade depuis le dernier jour de la traversée. Malgré le barrage de la langue, le séjour est agréable, il serait même idyllique s'il n'y avait cette escouade de carabiniers italiens qui ridiculise les tropéziens au baby-foot et au bowling. Gerber, furieux, rend Cruchot responsable de ces humiliations, qui avaient d'ailleurs commencé dès la traversée avec l'incapacité de la brigade à effectuer correctement l'exercice de sauvetage.

La collision entre Nicole et son père a lieu sur des studios de télévision. Nicole est invitée pour chanter, sur l'instigation du journaliste, alors que les gendarmes sont présents en tant que participants au congrès. Cruchot voit sa fille sur un écran de télévision, puis l'aperçoit à l'autre bout du studio, et se lance à sa poursuite jusqu'au foyer chrétien pour jeunes filles où le scribouillard l'a logée. Gerber et les autres gendarmes le croient mentalement perturbé puisqu'ils n'ont pas vu Nicole. Le malheureux Ludovic sème un beau désordre dans un YWCA (où les hommes ne sont par définition pas admis). La police accepte de passer l'éponge, et le chef Gerber se porte garant de la conduite de son subordonné.

À peine sorti du commissariat, Ludovic aperçoit sa fille avant qu'elle ne monte dans un taxi et renouvelle ses velléités de poursuite. Résultat : il se retrouve en psychanalyse. Allongé sur le divan, Cruchot se laisse aller à raconter ses frustrations de jeunesse, et, malgré des méthodes peu orthodoxes, la thérapie à base d'autosuggestion (en regardant brûler la flamme d'une allumette...) semble efficace. Cruchot est guéri en une seule séance, qui a tout de même coûté cent dollars...

Contrainte de fuir le YWCA, Nicole trouve refuge chez un couple d'épiciers italiens, parents d'un membre de la délégation des carabiniers qui est tombé amoureux de « l’orpheline » depuis la traversée sur le France.

Revenu à l'état normal, Cruchot propose à Gerber, désireux de montrer à ses hommes ses talents culinaires, de lui trouver dans New-York de la viande sans cellophane. La recherche est longue et difficile, mais l'opiniâtre gendarme réussit à dénicher la boucherie adéquate. Hélas ! À peine sorti de la boutique, un voyou lui dérobe son paquet. Cruchot se lance à sa poursuite, et parvient à l'arrêter et à le livrer à la police ; le malfrat était recherché depuis longtemps, ce qui offre à Ludovic une revanche : le policier qui l'avait réprimandé le félicite chaleureusement !

Après avoir dégusté le steak trop cuit et très, très relevé de l'adjudant Gerber, les gendarmes manifestent un certain ennui. La discipline leur manque, mais Cruchot et Gerber vont vite se charger de combler leurs besoins...

Le lendemain matin, Cruchot découvre la photo de sa fille dans le journal. Il se fait traduire l'article qui parle de la romance entre la petite orpheline française qui voulait voir New-York et le jeune et beau gendarme italien. Lors de l'affrontement au base-ball avec les Italiens, Cruchot est tellement motivé qu'il ridiculise ses adversaires. Après la police, les prétentieux italiens : c'est la seconde revanche pour le fier petit gendarme français. Il cuisine habilement l'italien « amoureux » et finit par obtenir l'adresse du refuge de Nicole.

Ludovic récupère sa fille chez le couple d'épiciers italiens et s'enfuit en se déguisant en chinois. Il s'agit de préparer le retour en France de sa progéniture sans se faire surprendre par Gerber. Nicole regagne l'aéroport dans une malle, non sans quelques problèmes avec la police locale à qui sa disparition a été signalée, ainsi qu'avec un chauffeur de taxi qui croit que Cruchot a dissimulé un cadavre dans la malle !

Finalement, Nicole regagne la France en se faisant passer pour une hôtesse de l'air en transit pendant que son père fait tout son possible pour retarder le départ du groupe de gendarmes : pas question de voyager dans le même avion que l'hôtesse improvisée... Tout s'est donc déroulé pour le mieux pour nos héros... sauf qu'ils sont démasqués par l'adjudant Gerber à l'arrivée à Saint-Tropez, la faute à un détail stupide : Nicole est venue accueillir son père vêtue de la robe que ce dernier lui avait achetée à New-York en compagnie de Gerber !

DISTRIBUTION :

Louis de Funès porte le film à lui seul dans son rôle de Cruchot. Doté d'inspirations géniales, il se montre absolument irrésistible.

Michel Galabru campe un adjudant Gerber égal à lui-même, toujours prêt à prendre Cruchot comme bouc émissaire, malgré l'éternel numéro de lèche-bottes que lui sert son adjoint.

On ne peut que regretter l'absence de Jean Lefebvre sur le séjour à New-York qui constitue l'essentiel du film. En effet, le gendarme Fougasse recèle un potentiel comique intéressant dont on a eu un aperçu lors de la scène du cours d'anglais. Ses seules apparitions en tant que malade geignard, lors du séjour à New-York, ne sont pas très drôles.

C'est aussi sur le paquebot que Christian Marin a sa meilleure scène. Il se trouve que Merlot, parti acheter des cigarettes pour l'ensemble du groupe, arrive horriblement en retard lors de l'exercice de secours et avec son équipement porté de manière fantaisiste, ce qui provoque l'hilarité de la délégation transalpine.

Guy Grosso et Michel Modo jouent les gendarmes de complément Tricard et Berlicot de façon discrète mais efficace.

Geneviève Grad est bien servie avec un rôle central encore plus développé que sur le film précédent. Sans l'indisciplinée Nicole, le scénario aurait été inexistant, et le film se serait résumé à une série de gags.

Le premier film avait déjà fait la part belle aux décors plutôt qu'à la distribution. Dans ce deuxième, la tendance se confirme et elle est même accentuée. Décors multiples et de rêve, mais en dehors des acteurs récurrents, on ne trouve même plus de seconds rôles d'envergure comme Claude Piéplu ou Maria Pacôme. Il ne subsiste que des seconds (et même troisièmes...) couteaux.

France Rumilly, notre Sœur Clotilde, ne fait qu'une apparition dans une voiture américaine. On a donc affaire au seul des six films de la série où la fameuse Deux-Chevaux est aux abonnés absents.

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Le seul autre acteur relativement connu est Pierre Tornade qui joue le médecin du paquebot. Mais qui a entendu parler de Alan Scott, l'interprète, d'ailleurs quelconque, du journaliste ? De Mario Pisu, le carabinier amoureux de Nicole ? Ou de Jean-Pierre Bertrand, l'ami de Nicole, celui qui l'a conduite au Havre ? Même réflexion concernant Roger Lumont, le réceptionniste, François Valorbe, l'interprète, et Albert Augier, le présentateur de télévision.

Les interprètes des autres gendarmes italiens, qui ne font il est vrai que de la figuration, sont eux aussi d'illustres inconnus à l'exception de Jean Droze et Dominique Zardi, habitués des petits rôles sur les films de Louis. La surprise est de ne pas retrouver Zardi en compagnie de son acolyte habituel Henri Attal.

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Quelques américains ont été engagés en sus d'Alan Scott, notamment pour interpréter les policiers : Steve Eckhardt, Colin Higgins, Percival Russel ne font que des apparitions, alors que Billy Kearns tient le rôle plus conséquent du lieutenant de police qui réprimande Cruchot avant de le féliciter. Swen est l'interprète du psychiatre, et Leroy Haynes celui du chauffeur de taxi.

Enfin, Tibério Murgia joue l'épicier italien qui héberge Nicole.

TEMPS FORTS :

Louis de Funès offre quelques séquences mémorables extrêmement réussies qui donnent son rythme au film et le sauvent de la médiocrité. Depuis Cruchot qui tape sur l'avion pour en éprouver la solidité jusqu'à Gerber « psychanalysé » après avoir vu Nicole vêtue en hôtesse de l'air en train de fermer la porte de l'avion qu'il vient de rater, quel festival de notre Fufu !

Pour expliquer le bruit fait par sa fille, cachée dans la salle de bains, Cruchot tente de faire croire à des trépidations du métro alors que les gendarmes se trouvent au 56ème étage ! De Funès vêtu en Chinois est hilarant, et c'est encore plus drôle quand Gerber s'en aperçoit après avoir cru s'être trompé de porte.

Il faut voir la tête que fait Cruchot en écoutant l'interprète lui traduire l'article relatant la romance de sa fille, la prétendue orpheline, dans le journal américain. Et aussi la visite guidée du France sous son égide alors qu'il est aussi perdu que ses compagnons qu'il fait tourner en rond tout en feignant de s'y retrouver sur son plan, entre les différents « Sun desk » ! Excellent aussi le « Je vous hais ! Mais ne le dites à personne.. » susurré par Cruchot à l'adresse de Fougasse pendant l'exercice de sauvetage raté.

Mais les deux passages les plus irrésistibles sont la leçon d'anglais et l'irruption dans l'hôtel pour jeunes filles.

Après que Cruchot lui ait proposé de prendre un Martini « on the rrrockkkks », Gerber, persuadé que son adjoint est un cador dans la langue de Shakespeare et donc des Yankees, lui demande de donner quelques cours à lui et à ses hommes. Gestes à l'appui, Ludovic explique la différence entre « My taylor is rich » et « My taylor is not rich » (geste montrant des poches vides), et entre « My flowers are beautiful » et « My flowers are not beautiful. » (il mime une fleur fanée qui s'avachit).

Outre l'accent épouvantable de tous les participants, y compris Cruchot, et leurs difficultés à prononcer les « the » avec la langue entre les dents, la leçon est agrémentée par les séances de flatterie de Cruchot envers Gerber alors que ce dernier est aussi lamentable que les autres. Fougasse, élève plus doué qu'il n'en a l'air, fait justement remarquer à Ludovic : « Your attitude is not juste ! »

Les nostalgiques des années 70 (et peut-être les autres aussi...) se souviennent probablement de la chanson disco des « Village People » intitulée YMCA. Je me suis longtemps demandé ce que signifiaient ces mystérieuses initiales, jusqu'à ce que j'apprenne qu'il s'agissait des Young Men Christian Association, autrement dit des foyers chrétiens pour jeunes garçons. Il existe bien sûr l'équivalent pour les jeunes filles, les women, en l'espèce les YWCA. C'est donc dans un YWCA que Cruchot fait irruption, à la recherche de Nicole.

Il commence par demander à la réceptionniste « Do you speak english ? » (!) avant de se reprendre : « Ah ! Oui, c'est vrai ! The girl come here, sa chambre, la room, le numéro de la room ? »

La matrone lui fait remarquer que les hommes ne sont pas admis dans cet établissement, seulement les dames, mais Cruchot bafouille : « Je ne suis pas une dame ! I am the father, the father with the barbe... »

 

Quelques bons passages à l'actif de Galabru : sa façon de cuisiner, et ses hommes qui, mine de rien, lui envoient quelques réflexions bien senties sur son incompétence en la matière (viande cuite comme de la semelle, excès d'épices...). Mais aussi son arrivée à l'hôtel, quand il ne trouve rien de mieux à dire au réceptionniste que les seuls mots d'anglais qu'il connaît : « My flowers are beautiful ! »

Ou encore la dispute entre Merlot et lui :

- My flowers are beautiful !
- Your flowers are NOT beautiful !
- My flowers ARE BEAUTIFUL !
- Vos flowers sont tarte !

Les deux hommes manquent d'en venir aux mains !

POINTS FAIBLES :

Le fait est rare dans les De Funès de l'époque, mais on recense plusieurs passages décevants dans ce deuxième volet de la saga des Gendarme, tant et si bien que ce film est probablement le plus faible des quatre de la série tournés avant la crise cardiaque de l'acteur.

Passons sur les temps morts lors de la visite de New-York et sur les rébarbatives histoires entre le journaliste, son patron, la police, et Nicole, ainsi que sur la « performance » de cette dernière à la télévision, avec sa chanson idéale pour un concours de mièvrerie.

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La caricature des italiens coléreux représentés par l'épicier et surtout son épouse, la « grosse mamma », n'est pas amusante, et celle de la psychanalyse avec les allumettes encore moins. Allongé sur le divan, Louis de Funès arrive tout de même à nous dérider par sa jalousie d'enfance contre le « gros Lulu », ce rival honni dont il s'est vengé plus tard en le coinçant à un carrefour en flagrant délit d'infraction.

La scène qui tombe le plus à plat est la parodie de West Side Story, même pas sauvée par le « Merci, Maria » final judicieux de Fufu. À regarder avec la touche avance rapide.

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Un film peut décevoir par l'échec de certaines scènes, mais aussi par l'absence de certaines autres qu'on aurait aimé y trouver. Une bonne petite escapade en Deux-Chevaux avec Sœur Clotilde aurait été la bienvenue, mais le scénario s'est contenté de la faire apparaître dans une grosse voiture américaine lors de la poursuite de Cruchot pour rattraper sa fille. L'effet comique réside justement dans le fait que le pauvre Cruchot, échaudé par son expérience précédente, refuse l'aide que lui propose la religieuse. Il n'empêche que la poursuite, même en voiture américaine à la place de la Deux-Chevaux, aurait été préférable.

Sans doute une telle scène de cascades en automobile était-elle trop compliquée - ou plutôt couteuse - à organiser dans une ville comme New-York. Et puis cette scène n'était pas encore devenue un classique, une marque de fabrique de la série. Les scénaristes remédieront à cette erreur lors des opus suivants.

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ACCUEIL :

Le film rencontre un succès moindre que celui du Gendarme de Saint-Tropez, et inférieur à la majorité des films de Louis sortis lors de ces années fastes, mais réalise tout de même un très bon score avec cinq millions et demi d'entrées en France. Performance d'autant plus appréciable que les suites données à des triomphes ont souvent produit des bides retentissants.

Le succès se prolonge en Europe, où De Funès continue à asseoir sa popularité.

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SYNTHÈSE :

Inférieur aux autres Gendarme de l'époque, ce Gendarme à New-York se revoit toujours avec plaisir grâce à la performance que l’on aurait pu qualifier de hors du commun… si ce n’était une habitude avec lui, de l'acteur principal.

LES SÉQUENCES CULTES :

La leçon d'anglais

J'ai un absent et deux comiques !

Y'a pas de popopop !

Le numéro de la room

Votre douche goutte !

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3. LA GRANDE VADROUILLE

 

Scénario: Gérard OURY
Adaptation: Gérard OURY, Danièle THOMPSON, Marcel JULLIAN
Dialogues : André TRABET, Georges TRABET
Réalisation : Gérard OURY
Musique : Georges AURIC

Sous l'Occupation, trois aviateurs de la Royal Air Force sont pourchassés par les Allemands après avoir été parachutés par erreur sur Paris. Séparés, ils vont trouver refuge aux Bains Turcs et chez deux Français de milieu social différent et de caractères antagonistes, mais qui vont d'autant plus devoir s'entendre pour faire sortir les aviateurs de la capitale et les faire passer en zone libre qu'ils se retrouvent eux-mêmes compromis aux yeux des Allemands.

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GENÈSE :

Après le succès sensationnel et mérité du Corniaud, Gérard Oury ne va pas s'arrêter en si bon chemin et prépare un second film avec ses deux comiques vedettes Bourvil et Louis de Funès.

La Grande Vadrouille va relater l'histoire de deux Français, l'un modeste peintre en bâtiment, incarné par Bourvil, et l'autre prestigieux et autoritaire chef d'orchestre, interprété par Louis de Funès, aux affres avec les autorités allemandes sous l'occupation. Non qu'ils aient ressenti spontanément des velléités de résistance, mais ils se retrouvent victimes des circonstances, on peut même dire du hasard, à la suite de l'atterrissage des parachutes dans leurs parages.

Cette nouvelle aventure du duo comique le plus célèbre comporte quelques changements notoires par rapport au film précédent. L'histoire se déroule dans le passé, sous l'Occupation allemande de la Deuxième Guerre Mondiale, soit plus de 20 ans avant le tournage. Les décors ensoleillés de l'Italie sont remplacés par une série d'aventures dans Paris et les verts paysages bourguignons. Surtout, les deux acteurs principaux ne vont pas se quitter, alors qu'ils avaient passé la majeure partie du Corniaud séparés.

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RÉALISATEUR :

Passé depuis longtemps à la réalisation, Gérard Oury va naturellement mettre lui-même en scène son scénario. Sa fille Danièle Thompson va l'aider pour l'adaptation, ce qui deviendra une habitude, et il reçoit aussi le concours de Marcel Jullian.

Gérard Oury racontera par la suite qu'il s'est trouvé aux prises avec une difficulté nouvelle sur ce tournage. Sur Le Corniaud, les deux acteurs principaux avaient très peu de scènes communes. Tel n'est pas le cas ici puisque La Grande Vadrouille est basée sur leurs antagonismes et qu'ils passent la majorité de leur temps ensemble.

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Or, leur manière de travailler était très différente. Bourvil répétait longuement son rôle avant le tournage et était donc opérationnel dès les premières prises, puis il avait tendance à s'essouffler, à devenir moins bon au bout d'une dizaine de prises. Au contraire, Louis de Funès était un acteur qui ne répétait pas. Il travaillait son personnage, connaissait bien son rôle, mais ne répétait pas les scènes avant le tournage. Il était long à se mettre en route et il fallait parfois attendre la quinzième, voire la vingtième prise pour qu'il soit véritablement génial.

Le résultat, c'est que Gérard Oury voyait un de ses comédiens faiblir alors que l'autre s'améliorait, d'où les difficultés rencontrées, qu'il a pu résoudre en partie grâce à un habile montage.

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DÉCORS :

Gérard Oury était un adepte des tournages en décors naturels. Si La Grande Vadrouille ne bénéficie pas des décors ensoleillés de l'Italie en plein été, la variété de ses paysages est tout à fait satisfaisante. Conforté par le succès du Corniaud, Oury n'a eu évidemment aucun mal à obtenir des moyens financiers très importants.

Hormis les scènes d'intérieur, la seule scène tournée en studio est celle des égouts. Le reste du film a été tourné en des lieux divers, à commencer par Paris pour la première partie.

Le bombardement et les scènes de fuite ont pour cadre la Butte Montmartre, et la chute dans le bassin des phoques le zoo de Vincennes.

Plusieurs séquences ont été filmées au musée de la Contrefaçon, situé 16 rue de la Faisanderie dans le seizième arrondissement de Paris : atterrissage de Peter sur le chantier de Bouvet, cage d'escalier et ascenseur lors de la fouille de l'immeuble qui s'ensuit.

Grâce au Ministre de la Culture André Malraux, toutes les scènes d'opéra ont pu être tournées à l'Opéra Garnier, alors que les séquences aux Bains Turcs ont été filmées au hammam de la Grande Mosquée de Paris. Et on poursuit dans le réalisme avec le véritable Guignol des Champs-Élysées et le 8 de la rue des Halles pour la scène de la prostituée.

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En revanche, c'est la Gare de l'Est qui a servi de décor en guise de Gare de Lyon, hormis un plan ajouté sur l'horloge de la Tour.

La seconde partie du film se déroule à Meursault et dans ses environs, et a effectivement été tournée sur divers sites bourguignons, à commencer par la panne du fourgon postal et l'échange des chaussures. Une fausse borne rouge indiquant « Nationale 6 » a été ajoutée, mais on voit bien que cette petite route de campagne ne peut être une route telle que la Nationale 6. En fait, il s'agit de la Départementale 958 de la Nièvre...

Le vol du camion se situe à l'entrée du château de Faulin à Lichères-sur-Yonne. Quant à l'arrestation de Peter, elle est censée avoir lieu à la gare de Vougeot, mais a été tournée à la gare désaffectée de Santeny-Servon dans la Seine-et-Marne ; en effet, il était impossible d'arrêter le trafic assez longtemps pour permettre le tournage dans une gare en activité.

Autres sites de Bourgogne bien connus, les hospices de Beaune, avec les bonnes sœurs qui ont joué les figurantes sur la scène où Mary Marquet est infirmière-en-chef, et Vézelay, près d'Auxerre, théâtre des péripéties censées avoir lieu à Meursault à l'exception des scènes de l'Hôtel du Globe, tournées à Noyers-sur-Serein, petit village de l'Yonne.

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Quelques séquences ont été tournées hors Bourgogne. Ainsi, le barrage de Grandval, dans la vallée de la Truyère, située dans le Cantal, a servi de toile de fond aux jets de citrouilles, et le chaos de Montpellier-le-Vieux, dans l'Aveyron, a vu Louis de Funès voyager sur les épaules de Bourvil lors d'une scène mémorable. Enfin, c'est en Lozère, près de Mende, qu'ont été filmées les scènes finales avec les planeurs.

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GÉNÉRIQUE :

Absolument aucune originalité dans le générique de début, guère accrocheur. Oury n'avait visiblement pas le souci d'innover à ce niveau. Il préférait susciter un intérêt immédiat en démarrant par des scènes d'action.

La musique de Georges Auric est tout aussi désuète que celle du Corniaud, à la nuance près qu'elle passe beaucoup mieux sur ce film censé se dérouler dans les années quarante. On trouve aussi la mélodie de Tea for two dès le générique de début, ce qui peut être diversement apprécié (personnellement, je n'en raffole pas...)

Le plus marquant au niveau musical est la musique classique, très présente sur les scènes d'opéra, et de retour pour égayer le générique final. Stanislas Lefort dirige son orchestre sur La Marche de Rakoczy, issue de La Damnation de Faust. Le choix d'Hector Berlioz comme compositeur n'est pas innocent : pour cadrer avec l'attitude grandiloquente de De Funès en chef d'orchestre, il fallait une œuvre romantique et d'une exaltante démesure. Problème : la plupart des grands compositeurs romantiques adeptes des grosses machineries orchestrales sont allemands ou germaniques (bien entendu, hors de question de parler des russes et autres pays slaves depuis l'opération Barbarossa). Or, il était inconcevable que Stanislas Lefort opère devant les SS sur une musique allemande. Non que Lefort soit un patriote intransigeant, puisqu'il n'accepte d'aider les Anglais que pour mieux s'en débarrasser, mais la tonalité générale du film vante le courage des petits Français résistants face aux méchants Allemands, stupides et lourdauds. Il fallait donc trouver un compositeur français, d'où Berlioz, le seul qui puisse sérieusement rivaliser avec les compositeurs d'outre-Rhin dans le genre recherché (musique "sérieuse", rutilante, et pleine de pompe).

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SCÉNARIO :

Comme toujours avec Gérard Oury, le scénario est solide et bien travaillé. Même si les performances des acteurs principaux sont pour beaucoup dans la réussite de ses films, il est probable qu'ils auraient tenu la route quels que soient les acteurs, au contraire de nombre de films avec De Funès essentiellement basés sur son talent inégalable de comique.

Un avion de la Royal Air Force avec trois hommes à bord se retrouve au-dessus de Paris alors que ses occupants croyaient survoler Calais. Repéré par les Allemands, lesdits occupants sont contraints de sauter en parachute et atterrissent dans des endroits divers.

Sir Reginald, le chef, l'Escadron Leader, se retrouve dans le bassin aux phoques du zoo de Vincennes, d'où l'extirpe tant bien que mal le gardien avant l'heure d'ouverture. Grâce aux vêtements fournis par le brave employé, il peut se rendre en toute sécurité aux Bains Turcs, le point de ralliement convenu avec ses hommes.

Peter Cunningham atterrit sur l'échafaudage d'Augustin Bouvet, un peintre en bâtiment en train de refaire la façade de l'immeuble où s'est installée la Gestapo. Une cérémonie militaire se déroule dans la cour, juste au-dessous, et l'arrivée impromptue du parachutiste provoque la chute d'un pot de peinture sur la tête du chef des SS ! Les deux hommes, pris en chasse par la Gestapo, parviennent à s'enfuir par les toits et se réfugient chez Juliette, une jeune femme qui cache l'Anglais au-dessus d’une cage d'ascenseur. Quant à Bouvet, elle le fait passer pour son mari, et les Allemands assistent lors de la fouille de l'immeuble à une scène de ménage entre une jeune femme furieuse sur le départ et son « mari », en l'occurrence Bouvet en petite tenue, mousse à raser sur les joues.

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Le troisième larron, Alan MacIntosh, atterrit sur la coupole de l'Opéra Garnier et se réfugie dans l'appartement privé du chef d'orchestre Stanislas Lefort. Ce dernier est absent car il répète La Damnation de Faust avec ses musiciens. Mais la répétition est interrompue par le Major Achbach, l'officier de la Wehrmacht chargé de retrouver les parachutistes, et qui entend bien fouiller l'Opéra de fond en comble.

Furieux de voir la répétition interrompue, Lefort va faire un brin de toilette dans son appartement où il découvre MacIntosh. Il décide de le faire passer pour un élève à qui il donne une leçon de harpe, ce qui suffit à tromper le Major Achbach. Sur demande du réfugié, il se rend aux Bains Turcs afin de contacter Sir Reginald, dit Big Moustache. Pendant son absence, le Major découvre l'Anglais chez lui, mais ce dernier réussit à s'enfuir.

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Après un quiproquo dû au fait que Big Moustache s'est rasé la sienne, trop typiquement britannique, Lefort tombe sur Bouvet dans les vapeurs du Bain Turc, et les deux hommes se prennent mutuellement pour Big Moustache avant que ce dernier ne les retrouve et les détrompe.

Au retour de Lefort à l'Opéra, Achbach exige des explications et fait de Herr Captainmaster son prisonnier. Cependant, il ne l'interrogera qu'après le concert que Lefort doit diriger le soir même en l'honneur d'un Obergruppenführer SS.

De leur côté, Sir Reginald et Augustin, vêtus d'uniformes d'officiers allemands qu'ils ont volés dans les vestiaires du Bain Turc, vont retrouver Peter et Juliette au Guignol des Champs-Élysées tenu par Juliette et son grand-père. Ils décident de profiter de ces uniformes pour s'introduire le soir-même à l'Opéra afin d'en faire sortir MacIntosh, que des Résistants ont vêtu en jeune femme, figurante de La Damnation, pour tromper les Allemands.

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Après un attentat contre le chef SS, avorté en raison de la maladresse du duo Reginald-Bouvet, ces derniers parviennent à échapper aux Allemands en compagnie de Lefort et MacIntosh. Le groupe s'enfuit par les égouts, mais trop tard pour retrouver à temps Peter et Juliette à la Gare de Lyon d'où ils doivent partir ensemble pour la Bourgogne afin de passer en zone libre.

Juliette et Peter sont contraints de partir seuls. Leurs compagnons passent les barrages embusqués derrière des sacs de courrier et s'emparent du fourgon postal pour quitter la capitale. Sur une route de Bourgogne, la camionnette tombe en panne, mais les Anglais la remplacent par une autre, conduite par une religieuse. Sœur Marie-Odile cache les Anglais dans un hospice et envoie Augustin et Stanislas, de nuit et à vélo, retrouver Juliette et Peter à Meursault. Si Bouvet est ravi de l'aventure, qui va lui permettre de retrouver Juliette dont il est amoureux, Lefort manifeste beaucoup moins d'enthousiasme.

Arrivés à L'Hôtel du Globe, les deux compères apprennent que Peter a été arrêté dans le train. Germaine, la patronne de l'hôtel, leur annonce qu'elle va les faire passer en zone libre dès le lendemain matin mais qu'ils devront passer la nuit dans la même chambre et le même lit, l'hôtel étant complet.

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Ce qu'ils ignorent, c'est qu'à la suite d'une inversion de numéro de chambre entre le 6 et le 9, ils vont l'un et l'autre dormir à côté d'un Allemand ! Lefort se retrouve en compagnie du Major Achbach, venu sur place suite à l'arrestation de Cunningham, et Bouvet avec l'ordonnance du Major. Le malheureux Stanislas passe une nuit épouvantable car Achbach ronfle très fort...

Au petit matin, Stanislas et Augustin s'aperçoivent de leur méprise et s'empressent de quitter leurs chambres. Germaine les équipe d'uniformes de la patrouille allemande et de chiens qui doivent les guider jusqu'à la zone libre. Hélas ! Ils laissent les chiens s'échapper et sont rapidement fait prisonniers par la véritable patrouille, à la grande joie du Major Achbach.

Pendant ce temps, Sœur Marie-Odile emmène Sir Reginald et Alan MacIntosh, camouflés dans des tonneaux de vin, à la Kommandantur où ils sont déchargés par erreur. Ils en profitent pour libérer Peter et vont également tirer Lefort et Bouvet des griffes du Major après un interrogatoire épique. Notre groupe d'aventuriers s'enfuit en carriole après avoir mis le feu au quartier général allemand.

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La religieuse emmène les fuyards jusqu'à une falaise d'où ils échappent à leurs poursuivants en empruntant deux planeurs. Dépité, le Major Achbach ne peut que constater le passage de ses ennemis en zone libre.

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DISTRIBUTION :

Louis de Funès est plus vrai que nature en chef d'orchestre. L'irascible Stanislas Lefort est un personnage « Funésien » typique, nerveux, et dur avec les subalternes. Il est condescendant avec Bouvet, modeste peintre en bâtiment, un « manuel » qu'il a tendance à prendre pour son souffre-douleur. Son patriotisme est ambigu, plus motivé par son envie d'échapper au plus vite aux ennuis que par le désir réel d'aider les Anglais.

Sa victime Augustin Bouvet est impeccablement interprétée par Bourvil, et c'est une joie immense de retrouver ces deux comédiens exceptionnels, cette fois-ci en affrontement direct pendant la totalité du film.

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Le trio de la Royal Air Force est dirigé par Sir Reginald, incarné par Terry-Thomas. Cet acteur au registre comique affirmé compose un chef bon enfant, enjoué, et particulièrement bon vivant. Ce parfait représentant du flegme britannique est porté sur la bonne chère, en particulier sur le vin de notre pays...

Claudio Brooks incarne le plus marquant de ses deux compagnons. Cet acteur mexicain très expressif donne un ton grave à Peter Cunningham, son personnage, notamment lors de la scène d'arrestation dans le train. Il est décédé en 1995 à l'âge de 68 ans des suites d'un cancer de l'estomac.

Par comparaison, Mike Marshall, l'interprète d'Alan MacIntosh, apparaît assez transparent. Fils de Michèle Morgan, la compagne de Gérard Oury, il a été élevé par son père William Marshall aux États-Unis suite à la liaison de Michèle Morgan avec Henri Vidal, et l'anglais est sa langue maternelle, ce qui en a fait l'acteur adéquat pour le rôle. Néanmoins, Oury n'a guère favorisé son beau-fils puisque son rôle ne le met pas du tout en valeur, il est quasiment réduit à de la figuration. Mike Marshall est lui aussi décédé d'un cancer à l'âge de 60 ans.

Marie Dubois est l'élément de charme du film, la jeune blonde patriote et courageuse qui séduit Bouvet dès leur première rencontre. Ainsi, le personnage habituel de Bourvil, romantique et amoureux, est développé par antagonisme avec celui de Louis de Funès, beaucoup plus réaliste et matérialiste.

C'est avec un plaisir particulier que l'on retrouve Colette Brosset dans le rôle de Germaine, la patronne de l'Hôtel du Globe. Cette comédienne sympathique, épouse de Robert Dhéry, était un des piliers de la troupe des Branquignols avec qui De Funès a tourné Ah ! Les Belles Bacchantes ! Ici, elle joue une aubergiste maîtresse-femme, très à cheval sur la literie.

Du côté des religieuses, c'est Andréa Parisy qui donne vie à  Sœur Marie-Odile pour une interprétation sans faille. Marie Marquet ne joue qu'une seule scène, mais elle crève l'écran en Mère supérieure spécialiste en médecine à la fois autoritaire et bienveillante, et un rien paternaliste avec Sir Reginald qu'elle prend pour un véritable malade.

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Benno Sterzenbach interprète le Major Achbach. Cet acteur allemand de cinéma et de théâtre, passé ensuite à la mise en scène, a dû trouver une saveur particulière à ce rôle puisque, soupçonné d'espionnage, il fut lui-même arrêté par la Gestapo en 1941 et emprisonné pendant un mois avant d'être libéré faute de preuves. Sa performance est excellente car il réussit à conférer à son personnage non seulement une certaine épaisseur, mais aussi une forme d'humanité. Dans un film à tonalité anti-allemande marquée, il joue l'élément modérateur, l'Allemand honnête qui fait la guerre le moins salement possible au contraire des SS. Le fait est que, au fond, bien que le Major Achbach soit l'ennemi de Bouvet et Lefort, le personnage a un côté sympathique marqué, dû sans doute à la fois à la prestation de l'acteur et au traitement assez bon enfant de l'aventure. Benno Sterzenbach est décédé en 1985 à l'âge de 69 ans.

D'autres acteurs allemands occupent des rôles moins importants : Helmut Schneider joue l'officier du train, celui qui fait arrêter Peter. Reinhardt Kolldehoff, c'est le soldat qui dirige la perquisition chez Juliette et un fameux cliché des comédies de guerre françaises, celui du soldat allemand stupide et lourdaud. Hans Meyer joue Otto Weber, le SS élégant sali à deux reprises, d'abord par la peinture de Bouvet, puis lors de l'attentat manqué à l'Opéra. Enfin, Sieghardt Rupp incarne le Lieutenant Stürmer.

Les inséparables Guy Grosso et Michel Modo font eux aussi partie de l'aventure. Grosso ne fait qu'une apparition pendant le concert initial en musicien bavard, mais Modo a un rôle un peu plus important, celui du soldat allemand qui louche. Jean Droze interprète l'autre musicien bavard, voisin de Grosso.

On continue avec les vieux complices de Louis de Funès, et en voici deux bien connus : Henri Genès, convaincant en gardien de zoo, et Paul Préboist, qui ne fait qu'une apparition, mais remarquée, en pêcheur français ironique sur l'occupant allemand.

Pierre Bertin interprète le directeur du Guignol, grand-père de Juliette et fervent admirateur des aviateurs anglais et des Résistants comme le « héros » Augustin Bouvet.

Parmi les tout petits rôles, on ressortira Mag Avril, la vieille locataire voisine de Juliette, Clément Michu, le postier de la Gare de Lyon, Paul Mercey, le moustachu du Bain Turc, Jacques Baudoin en Méphisto et Résistant, Anne Berger sa comparse Marguerite, et Catherine Marshall dans le rôle d'une religieuse.

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TEMPS FORTS :

Le film comporte nombre de séquences marquantes entrecoupées de passages plus banals. On peut presque le considérer comme un film moyen sauvé par la multiplication de scènes croustillantes qui finissent par en faire un excellent divertissement, bien que sans doute un peu inférieur au Corniaud.

Premier temps fort incontestable, la composition de Louis de Funès en chef d'orchestre. Avec son professionnalisme habituel, De Funès a pris quelques leçons auprès de la direction de l'Orchestre National, puis a répété pendant trois mois devant la glace de son salon pour trouver la gestuelle adéquate. Et il est vrai qu'il donne l'impression d'avoir dirigé un orchestre pendant toute sa vie. Sa réaction lorsque le morceau se termine est d'une drôlerie typique de son personnage : il affirme que c'était « très bien », mais devant les mines satisfaites des musiciens précise que « c'était très bien, mais pour lui »... Voici la suite : « Vous là-bas, c'était bien. Vous c'était hum ! Hum ! Il faudra améliorer... Vous, on ne vous entend jamais ! Vous passez votre temps à discuter ! J'ai une conception personnelle de l'ouvrage : ce n'est pas assez orgueilleux tout ça. De l'orgueil bon sang ! C'était pas mauvais, c'était très mauvais, voilà ! »

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Du côté de Bourvil, excellente scène entre Marie Dubois et lui lors de la fouille de l'appartement par les Allemands. Outre que l'idée de simuler une scène de ménage est judicieuse, il faut souligner le jeu parfait du duo de comédiens qui forcent le trait comme dans une pièce de théâtre pour bien montrer que c'est une comédie destinée à donner le change, et comme ils ne sont pas censés être des acteurs, ils la jouent de manière grandiloquente. En somme, ces deux bons acteurs font exprès de mal jouer, ils jouent à ceux qui jouent mal la comédie pour montrer aux spectateurs que leurs personnages ne sont pas des comédiens.

Pendant ce temps, Lefort se livre à un jeu plaisant avec son prétendu élève à qui il donne une leçon de harpe devant le major Achbach. Le problème, c'est qu'il veut trop en faire dans sa prétendue colère contre le major qui l'interrompt pendant la « leçon de harpe » après l'avoir empêché de terminer la répétition avec ses musiciens. Du coup, il manque de se trahir en ouvrant le tiroir où est dissimulé le parachute de son « élève ». Heureusement, Achbach se trompe de tiroir en voulant vérifier et tombe sur une provision de nourriture qu'il croît issue du marché noir. De Funès ne se fait pas prier pour embrayer : « Non, ce sont des provisions, c'est pour l'entracte, parce que pendant l'entracte j'ai faim, j'ai l'estomac comme ça... » (il mime un estomac très étendu).

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Poursuivons avec Stanislas Lefort qu'on découvre rapidement excédé par la présence de l'encombrant aviateur. Il hésite à se rendre aux Bains Turcs et l'on assiste alors à un grand classique « funésien », la conversation en anglais :

- If I go to the Turkish Bath, I risk, I risk énormément. But if I don't go to the Turkish Bath, you go out et alors The Germans, les Allemands, vont vous attraper et alors RRh ! RRh ! (il mime l'Anglais sous la pression des Allemands), vous allez parler, et là I risk encore plus. Donc I risk on the deux tableaux !... Bon ! Do you promise me if I bring ici Big Moustache and Peter, vous partez avec eux, mais alors définitivement ?
- Yes.
- Alors, I accept to go to the Turkish Bath, I accept Big Moustache, I accept tout.

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Effectivement, on retrouve Lefort aux Bains Turcs en compagnie de Bouvet. Une scène très drôle se déroule dans le brouillard lorsque d'abord Bourvil, puis De Funès, rôdent autour d'un homme portant une énorme moustache. Ils le regardent d'un air équivoque en fredonnant Tea for two, le signal de reconnaissance, car ils le prennent pour l'Escadron Leader. Le quidam, qui ne se doute de rien, paraît excédé par l'approche successive de ces types qu'il doit soupçonner d'être de mœurs spéciales.

Quelques passages intéressants lors de la soirée à l'Opéra. Si De Funès baragouine l'Anglais, Bourvil donne dans l'Allemand avec son « S'il vous blaît, mezieurs, où sont les goulisses ? » À ne pas manquer la tête accablée que prend Lefort lorsqu'il doit faire semblant d'être le prisonnier de Bouvet et Sir Reginald déguisés en officiers allemands. Et lors de la fuite par les égouts, le travestissement de MacIntosh en prostituée vaut le coup d'œil.

Louis de Funès offre une nouvelle démonstration de son immense talent en matière de mime lorsque Lefort et Bouvet croient que les Anglais les ont abandonnés à leur sort sur la route déserte. Alors que Bouvet affirme : « ça m'étonne, ils avaient l'air sympathiques... » Il rétorque : « Sympathiques ? Ils étaient là comme ça : Aoh ! Fff ! Fff ! Ffff ! Fff ! »...

Survient alors la première vacherie de Lefort qui s'empare des souliers de Bouvet sans y être spécialement invité, et lui refile les siens, absolument pas faits pour la marche : « Vous chaussez du combien ?/Du comme vous ! Allez ! »

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La deuxième vacherie ne tarde pas à survenir lors de l'expédition nocturne pour Meursault. Lefort donne à Bouvet son vélo avec la chaîne qui a sauté et enfourche celui de son acolyte, en parfait état. La victime essaie de se rebeller, mais il lui assène :

- C'est normal, non ?
- Pourquoi c'est normal ? Parce que je suis un manuel, sans doute ?
- Parfaitement ! Mais c'est pas de votre faute, vous savez ! Et puis d'abord, on n'avait pas besoin de faire les commissions des Anglais. Ils sont restés à l'hospice, on n'avait qu'à y rester aussi !
- Mais c'est tout de même pas eux qui pouvaient venir chercher Peter...
- Je m'en fous de Peter, et vous aussi, vous vous en foutez ! Si vous m'avez entraîné ici, c'est pour retrouver la fille du Guignol ! La fille du Guignol !
- Je vous interdis de toucher à la fille du Guignol !

Peu après, Augustin empêche de justesse Stanislas de tomber sur une patrouille allemande, et on assiste aux excuses émouvantes de Lefort. Oury a dû insister pour que De Funès joue la scène d'excuses car pour l'acteur, un personnage de comique, et surtout de comique d'agressivité, ne devait jamais s'excuser, et ce genre de scène n'avait pas sa place dans une comédie. Finalement, il a merveilleusement bien joué cette scène, comme toutes les autres.

Un des sommets du film est constitué par l'ensemble des scènes se déroulant à l'Hôtel du Globe depuis l'arrivée de Stanislas et Augustin en présence d'un groupe de soldats allemands réunis pour fêter un anniversaire - scène où Germaine sauve la situation en faisant passer les visiteurs pour son mari et celui de Juliette - jusqu'aux ronflements de lion du Major Achbach.

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Entre ces deux séquences, citons l'échange involontaire des chambres, Stanislas et Augustin qui doivent coucher dans le même lit avec Bourvil qui demande à De Funès : « Comment me trouvez-vous, physiquement ?/Euh ! Il est tard, il faut dormir, maintenant ! » (la tête de Fufu, interloqué par la demande de Bourvil !)

Et puis aussi Lefort affamé à l'heure de l'entracte, déambulant dans l'hôtel en quête de nourriture et finalement trompé par l'ordonnance du Major qui s'empare des mets restants au profit de son chef.

La troisième grosse vacherie de Lefort est probablement un des marqueurs les plus tenaces du film, une scène dont tout le monde se souvient : Bourvil qui porte De Funès sur son dos, l'ami Stanislas refusant de descendre après que Bouvet l'ait empêché de dégringoler d'un mur :

- On va s'arrêter !
- Pourquoi ?
- Pour vous descendre.
- Mais on est très bien, comme ça !
- Vous ne croyez pas que je vais vous porter sur mon dos, tout de même ?
- Allons ! Allons ! Avancez, les Allemands peuvent revenir !
- Ça fait trois fois que vous me faites ça : d'abord mes chaussures ; ensuite mon vélo...

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En fait, cette scène a été improvisée. Il était prévu que Bourvil aide De Funès à descendre du mur puis marche à ses côtés. L'idée géniale de De Funés a bien entendu été conservée par Oury. À noter le grand professionnalisme de Bourvil que l'on voit réellement marcher quelques mètres avec De Funès sur son dos sans être doublé.

Les persécutions continuent avec la paire de claques assénée à Augustin par Stanislas sous prétexte de lui remonter le moral. Lefort avait eu le tort de mimer la « fille du Guignol » ce que Bouvet a interprété comme une moquerie envers la femme qu'il aime. Cette fois-ci, il décide de se rebeller et rend la paire de baffes à Lefort.

Encore un dialogue de légende une fois nos héros capturés. Bourvil joue les téméraires :

- En tous cas, ils peuvent me tuer, je ne parlerai pas !
- Eh bien, moi non plus ! Ils peuvent VOUS tuer, JE ne parlerai pas !
- Je savais bien qu'on pouvait compter sur vous !

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Heureusement, les deux compères ont repéré les Anglais et savent qu'il leur suffit de gagner du temps avec le Major Achbach. Ils manifestent d'ailleurs un talent certain pour cela entre les éternuements d'Augustin et les explications embrouillées de Stanislas, sans compter ses lamentations, reprises par Achbach lui-même : « Non, mais moi je suis né en 14. C'était la Grande Guerre : quatre ans !/Ach ! Terrible ! Quatre ans !... »

Mais le Major n'est pas dupe longtemps et manque de s'étrangler de fureur : « De moi vous osez vous fouter ?!! »...

La séquence finale de fuite recèle encore quelques bons mots de Louis de Funès. Ainsi, lorsqu'un avion de reconnaissance survole les fuyards, il conseille à ses compagnons : « Ne regardez pas ! Il nous espionne, n'ayons l'air de rien ! »

Et cet échange avec Bourvil :

- Y'a pas d'hélice, hélas !
- C'est là qu'est l'os...

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POINTS FAIBLES :

On peut reprocher la vision caricaturale sur le rôle des Allemands et des Français pendant la guerre. Bien que comédie, le film emboîte le pas de l'ensemble des œuvres d'après-guerre avec la vision idyllique de la France de l'époque et de la Résistance. On nous présente des Français tous plus résistants les uns que les autres, une France sur les dents contre l'envahisseur.

Quid de la réalité ? L'histoire se déroule alors qu'il existait encore une zone libre, soit avant le 11 novembre 1942. Dans cette première moitié de la guerre, la Résistance intérieure était quasiment inexistante, l'immense majorité des Français étaient si ce n'est pétainistes, mais du moins maréchalistes. Par la suite, la Résistance n'enrôlera qu'un très faible pourcentage de Français, même si à partir de l'année 1943 l'opinion aura changé de camp et soutiendra les résistants. En revanche, il y aura infiniment plus de résistants après la Libération, que l'on appellera d'ailleurs les « Résistants du mois de septembre », la libération étant intervenue en août...

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Si un film comme L'Armée des ombres (1969) décrit avec plus de réalisme et de noirceur l'état de la France de l'époque et en particulier de la Résistance, il faudra attendre Papy fait de la Résistance en 1982, film auquel De Funès aurait dû participer s'il était resté en vie, pour voir un film tourner en dérision les films sur la Résistance.

Tout aussi caricaturale est l'image que le film donne des Allemands. Hormis le Major Achbach, assez nuancé, les Allemands sont montrés comme stupides et lourdauds, comme des soldats de pacotille qu'ils étaient très loin d'être. Voir le rôle tenu par Michel Modo, par exemple : un type qui louche que l'on charge de tirer à la mitrailleuse !

Autre aspect totalement irréaliste, la plupart des Français sachant parler anglais ! Si cela est compréhensible pour le chef d'orchestre cultivé qu'est Stanislas Lefort, c'est totalement incongru pour le modeste peintre en bâtiment Augustin Bouvet et le gardien du zoo de Vincennes. Dans les années quarante, et même beaucoup plus tard, seule une partie de l'élite savait parler anglais, mais en aucun cas les milieux populaires.

La durée excessive du film, près de deux heures, peut être critiquée, d'autant plus que la scène finale de fuite est beaucoup moins drôle que ce qui précède.

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ACCUEIL :

Succès extraordinaire puisque ce film a battu des records d'entrées : 17 227 000 spectateurs, chiffre qui a été dépassé depuis par Titanic et Bienvenue chez les Ch'tis, mais en valeur absolue seulement. Si l'on rapporte le chiffre avec la population, La Grande Vadrouille est le seul à avoir été vu au cinéma par plus d'un tiers des Français, 34% exactement.

Le succès s'est prolongé à la télévision et continue encore, plus de quarante ans après sa sortie. Diffusé des dizaines de fois, chaque rediffusion continue à attirer huit à dix millions de téléspectateurs.

Cet immense succès populaire en fait un des plus grands classiques du comique français, et prouve une nouvelle fois le décalage entre le peuple et les critiques de cinéma qui l'ont assassiné lors de sa sortie.

SYNTHÈSE :

Sans doute pas le meilleur De Funès, mais un excellent film quand même, devenu légende du cinéma français du fait de son immense succès jamais démenti.

LES SÉQUENCES CULTES :

C'était pas mauvais, c'était très mauvais!

But alors you are French ?

C'est du comme vous !

Comment vous me trouvez physiquement ?

Monsieur le commissaire...

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4. FANTÔMAS CONTRE SCOTLAND YARD

Production : GAUMONT, FAIR FILM (Italie)
Scénario : Jean HALAIN, Pierre FOUCAUD d'après les romans de Pierre SOUVESTRE et Marcel ALLAIN.
Adaptation : Jean HALAIN, Pierre FOUCAUD (sur autorisation de Marcel ALLAIN)
Dialogues : Jean HALAIN
Réalisation : André HUNEBELLE
Musique : Michel MAGNE

Fantômas a décidé de prélever un impôt sur le droit de vivre sur les humains les plus fortunés. Lord MacRashley, un écossais, troisième fortune mondiale, est un des principaux contributeurs. Il organise une réunion de riches victimes et leur propose de tendre un piège à ce singulier collecteur d'impôts. Le commissaire Juve, son adjoint l'inspecteur Bertrand, le journaliste Fandor, et sa fiancée Hélène, c'est-à-dire les plus farouches ennemis de Fantômas, sont invités au château de Lord MacRashley pour enquêter sur la mort de Sir Walter Brown, tué par Fantômas et retrouvé mort au château. Lord MacRashley espère que le bandit masqué se manifestera face à ses ennemis de toujours, et que l'occasion sera idéale pour le mettre enfin hors d'état de nuire.

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GENÈSE :

Lorsque ce troisième volet des aventures de Fantômas est lancé, Louis de Funès est devenu une immense vedette et l'acteur français le plus populaire. Les années 1964 à 1966 l'ont vu multiplier les films à succès considérable, dont les deux réalisations de Gérard Oury Le Corniaud et La grande vadrouille qui ont attiré à elles deux un total de trente millions de spectateurs.

C'est donc tout naturellement que Gaumont va exploiter ce filon juteux en continuant la saga du féroce malfaiteur masqué. Conscients que la vedette initiale Jean Marais a été surpassée par Louis de Funès, c'est ce dernier qui se taille la part du lion. De Funès est l'incontestable numéro un alors que Jean Marais joue les utilités pendant la majeure partie du scénario, et n'obtient à titre de compensation que quelques scènes importantes en fin de film, sur la partie la moins intéressante de l'histoire.

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Comment cela a-t-il été possible ? Tout simplement en supprimant le personnage supplémentaire octroyé à Jean Marais dans l'opus précédent, en l'espèce le professeur Lefebvre, et en diminuant ses apparitions sous le masque de Fantômas. En effet, le criminel passe la majeure partie du film sous le masque de Lord MacRashley. Ainsi, ces deux personnages, Lord MacRashley et Fantômas déguisé en MacRashley, sont-ils interprétés par le même acteur, Jean-Roger Caussimon, omniprésent, ce qui réduit d'autant la participation de Marais.

Si le cadre de l'enquête, un château hanté, permet de renouer avec l'ambiance mystérieuse, romanesque, du premier film, le scénario est essentiellement axé sur les scènes de comédie avec De Funès. À l'exception des vingt dernières minutes, Jacques Dynam qui joue le personnage de l'inspecteur Bertrand, indissociable de celui de Juve, bénéficie même d'un rôle plus développé que celui de Jean Marais !

Le résultat est à la hauteur des espérances des fans de Fufu : le film est très drôle, et même s'il n'atteint pas la perfection du deuxième volet de la série Fantômas se déchaîne, reste un des tous bons dans la carrière du comique français numéro un.

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RÉALISATEUR :

C'est bien entendu André Hunebelle qui reste derrière les caméras, assisté de Michel Wyn, le réalisateur de la seconde équipe. Michel Wyn aura un rôle non négligeable puisqu'il va tourner toutes les scènes d'extérieurs en Ecosse.

L'adaptation est signée Jean Halain et Pierre Foucaud. C'est peut-être celle qui respecte le plus les caractéristiques du personnage de Fantômas issu des romans. Malfaiteur cynique et un brin anarchiste, son idée d'impôt sur le droit de vivre (anticipant curieusement sur le Meurtres à épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir, qui sera toutefois plus dans la fantaisie) et sa réflexion sur les gangsters, qui doivent selon lui être mis dans le même sac que les privilégiés dans la « belle société », cadrent tout à fait avec le personnage de Pierre Souvestre et Marcel Allain.

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DÉCORS :

Si les extérieurs utilisés pour le générique ont été tournés en Écosse, près de Glasgow, l'essentiel des prises de vues a été effectué en France. Aucun acteur ne s'est déplacé au pays des kilts et des binious. Le château réputé écossais est en fait celui de Roquetaillade, situé en Gironde. Restauré au XIXe siècle par l'architecte Eugène Viollet-le-Duc, il a servi de décor à plusieurs films dont Le pacte des loups.

Les scènes de chasse à courre, qui occupent une part importante au milieu du film, ont été tournées dans la forêt de Fontainebleau.

Les intérieurs du château ont été reconstitués aux studios de Boulogne sous la direction de Max Douy, qui demeure le responsable des décors.

Jean Marais, qui dépassait alors la cinquantaine, a eu un certain mal à effectuer les cascades, notamment lorsqu'il a dû escalader une façade de quinze mètres de hauteur, mais a refusé d'être doublé et est allé au bout avec courage.

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GÉNÉRIQUE :

Le générique de début présente des vues de Fantômas déguisé en Sir Walter Brown, et de sa voiture déambulant dans les paysages écossais sur le chemin du château de Lord MacRashley.

Le thème principal de Fantômas a été réorchestré à la sauce écossaise pour une version très efficace. Michel Magne, le compositeur, a fait du bon travail. On retrouve aussi la musique habituelle lors des scènes de poursuites, et il n'en manque pas suite à l'enlèvement d'Hélène.

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SCÉNARIO :

On a donc un script surtout axé sur le comique. Louis de Funès est bien entendu le grand gagnant, mais Jacques Dynam voit également son rôle se développer considérablement au point de faire jeu égal avec Jean Marais sur l'ensemble du film. Marais, réduit à la portion congrue, s'efface de bonne grâce, même si au fond, son ego a probablement souffert de cette situation.

Lord MacRashley, richissime châtelain écossais, reçoit son ami Sir Walter Brown pour négocier les termes d'un contrat d'assurance-vie qu'il est en train d'établir au bénéfice de son épouse. Il ignore que Lady MacRashley, qui le trompe avec son secrétaire, est décidée à se débarrasser de lui pour toucher cette fameuse prime d'assurance-vie. Il ignore aussi, mais va vite être mis au courant, que Walter Brown a été en réalité assassiné par Fantômas et que ce dernier a pris sa place en utilisant un masque à son effigie.

Fantômas explique sans détours son plan à MacRashley. Il a décidé de mettre à contribution les humains en prélevant auprès des grosses fortunes un impôt sur le droit de vivre (!). Comme il le fait remarquer à son hôte, n'a-t-il pas droit de vie et de mort sur lui ? C'est tout comme... Les riches devront donc payer s'ils veulent vivre. Fantômas calque son bureau de perception sur le système des impôts d'état : il propose à Lord MacRashley d'adopter le forfait, soit trois milliards, plutôt qu'un impôt annuel qui à la longue serait ruineux, prévient que toute somme non encaissée à la date limite sera majorée de 10%, et qu'ensuite, à défaut de paiement, il sera contraint de lui envoyer un dernier avertissement avant exécution. Enfin, il ne devra parler de cet accord à personne sous peine d'exécution immédiate. Après son départ en hélicoptère, il restitue le cadavre de Sir Walter Brown à son nouveau contribuable.

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Lord MacRashley, qui n'est pas écossais pour rien, n'entend pas se soumettre à cette extorsion de fonds caractérisée. Il organise une réunion des plus grosses fortunes mondiales et leur propose de contre-attaquer. La venue au château de Juve, Bertrand, Fandor, et Hélène, les pires ennemis de Fantômas, devrait permettre de prendre le gredin au piège, de l'arrêter, et de le démasquer.

Après un voyage mouvementé au cours duquel ils ont failli être écrasés par un arbre probablement scié sur ordre de Fantômas, les invités investissent le château. Lors de la première soirée, le commissaire Juve n'apprécie pas que son adjoint lui ait recommandé de porter le kilt : la tenue des deux hommes suscite au sein des invités une certaine hilarité. Juve se montre réticent à la proposition de Lady MacRashley de participer à une séance de spiritisme, seul moyen d'après elle de savoir qui a assassiné Sir Walter Brown, et qui est Fantômas, car le commissaire ne croît pas aux esprits.

Juve cède néanmoins, mais Lady MacRashley lui reproche d'être réfractaire : Walter refuse de se manifester par sa faute. Dans ces conditions, le commissaire décide d'aller se coucher, accompagné par le maître d'hôtel à son service. À peine entré dans sa chambre découvre-t-il un homme pendu au plafond avec un papier du percepteur épinglé sur son imperméable. Il ignore qu'il s'agit de Richard, un invité de la réunion de MacRashley qui avait ouvertement refusé d'obéir à Fantômas, et qui du coup a été exécuté par les hommes de main du malfaiteur.

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Juve redescend au salon alerter Lord MacRashley et ses hôtes, mais lorsqu'il revient avec eux dans sa chambre, le cadavre a disparu. Tout le monde pense que le commissaire a la berlue, et Juve ressort de cette séquence mortifié.

La nuit suivante, le commissaire et Bertrand effectuent une ronde dans le château, déguisés en fantômes. Juve a aperçu la veille un spectre, et comme il ne croit pas aux esprits, il est persuadé qu'il s'agissait d'un homme de Fantômas déguisé en fantôme et que les tenues de revenants encourageront les complices de Fantômas à prendre contact avec lui. Lorsqu'il regagne sa chambre, il trouve Lord MacRashley mort sur son lit avec tout le décorum approprié ! Il s'agit en fait d'une nouvelle blague de Fantômas qui a revêtu le masque de Lord MacRashley et se hâte de tout faire disparaître avant que Juve ne revienne avec des témoins.

Fandor, Hélène, et les représentants de Scotland Yard commencent à se demander si Juve n'est pas fou, d'autant plus que le restant de sa tenue de fantôme ne contribue pas à le faire prendre au sérieux. Hélène lui laisse son appareil de photos afin qu'il puisse prouver ses dires s'il voit à nouveau un pendu ou un cadavre, et lui fait prendre un somnifère afin de le calmer. Pendant la nuit, Fantômas fait remplacer l'appareil d'Hélène par un appareil truqué.

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Le lendemain matin, Juve découvre Lord MacRashley pendu dans sa chambre. Il le photographie et donne l'alerte. Problème : Lord MacRashley est attablé avec Fandor et les autres en train de prendre son petit-déjeuner ! Il s'agit en fait de Fantômas qui a pris définitivement la place de Lord MacRashley afin de s'approprier sa fortune. Hélène et Fandor acceptent sans enthousiasme de suivre Juve dans sa chambre, mais la photo ne révèle évidemment aucun pendu. Juve finit par croire qu'il s'agissait d'un fantôme et se recouche, accablé. Quant à ses amis, ils sont de plus en plus persuadés qu'il est mentalement dérangé et ne vont pas se douter une seconde que le véritable Lord est mort et que son cadavre a été jeté dans le Loch Ness.

Fantômas décide d'étendre l'opération « impôt sur le droit de vivre » aux membres de la pègre. Les gangsters ne l'entendent pas de cette oreille et demandent à leur informateur André Berthier, le secrétaire de Lord MacRashley amoureux de sa femme, d'entrer en contact avec le châtelain pour former une union sacrée contre Fantômas. Sceptique, Berthier accepte, ignorant qu'il présente sa proposition à Fantômas.

Fantômas-MacRashley fait semblant d'accepter l'aide des gangsters, mais, ulcéré par cette résistance, décide d'enlever quelques nobles au cours de la chasse au renard devant se dérouler sur les terres du Lord. Selon lui, un otage est plus efficace qu'un mort. L'opération « Artaban » commence bien mais est interrompue par la faute de Juve qui a gâché l'appât de Fantômas, un chien déguisé en renard. De plus, André Berthier, poussé par Lady MacRashley, décide d'agir pendant le chasse ; il poursuit son rival et tente de le tuer.

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Pendant la bagarre, Berthier découvre Fantômas sous son masque de Lord MacRashley. Pris de panique, il cherche à s'enfuir, mais Fantômas le tue en le précipitant du haut d'une falaise d'un coup de poing. Manque de chance pour le criminel, Hélène a assisté à la scène ; elle trahit sa présence par un petit cri de frayeur. Fantômas comprend qu'Hélène a découvert son secret et ordonne à ses hommes de la rattraper et de la faire disparaître définitivement.

Hélène hurle en s'enfuyant afin d'alerter Fandor. Son cheval va moins vite que ceux des malfaiteurs qui ne tardent pas à s'emparer d'elle. Mais Fandor arrive à la rescousse : il parvient à s'agripper in extremis au petit avion qui emmène Hélène et un homme de Fantômas, maîtrise le bandit, et l'oblige à atterrir dans une clairière.

Réfugiés dans une cabane, Hélène et Fandor font parler l'homme de main. Son récit leur fait comprendre que Juve ne s'était pas trompé. Fandor ordonne au gangster d'appeler son patron par talkie-walkie et de lui dire qu'Hélène et lui-même ont été exécutés : il est vital que Fantômas croie à leur mort pour garder une chance de le piéger et de le capturer.

Pendant ce temps, Juve est au repos dans une chambre du château. A la suite d'un quiproquo, le malheureux a cru que son cheval parlait (!) et s'imagine à nouveau victime d'hallucinations. Lorsque vient la nuit, l'inspecteur Bertrand et lui sont enlevés par Fantômas et conduits dans le repaire secret du criminel, installé dans les sous-sols du château. Ils sont tous deux sommés de collaborer avec le bandit masqué, qui vient de leur prouver sa toute-puissance.

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Le lendemain matin, Juve se réveille furieux : il reproche à Lord MacRashley de n'avoir pas été mis au courant de l'opération « impôt sur le droit de vivre ». Fantômas l'a chargé de récolter un milliard en diamants parmi les rackettés et de remettre la cassette avant minuit à Lord MacRashley (et pour cause !). Juve fait installer un bouton d'alarme lumineux afin que MacRashley prévienne lorsque Fantômas viendra chercher la cassette !

Bien entendu, Fantômas-MacRashley ricane dès que Juve et Bertrand quittent son bureau. Mais Hélène et Fandor, qui ont réussi à s'introduire dans le château, surgissent et le menacent de leurs armes. Fantômas gagne du temps, juste assez pour atteindre le bouton d'alarme placé par le commissaire sous son bureau.

Ce qui devait arriver arrive : Juve et Bertrand surgissent et pointent leurs armes derrière Hélène et Fandor, les prenant pour des sbires de Fantômas. La confusion qui s'ensuit permet au bandit de s'enfuir, et Juve finit par comprendre la supercherie.

Une épaisse fumée indique que Fantômas s'apprête à partir dans une fusée installée dans une des tours du château. Scotland Yard déclenche alors « l'Opération Libellule » : la fusée part, mais elle est rapidement abattue en plein vol par un missile écossais. Le commissaire Juve, Fandor, et leurs amis jubilent : pour eux, Fantômas est mort, désintégré en plein vol avec sa fusée. Ils ignorent que la fusée n'était qu'un leurre destiné à  faciliter la fuite du criminel par une autre voie, et que Fantômas est en train de rouler tranquillement à vélo, emportant la cassette de diamants.

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DISTRIBUTION :

On prend les mêmes et on recommence pour ce troisième film : à commencer par Louis de Funès, interprète désopilant du fameux commissaire Juve, et qui s'en donne à cœur joie sur un scénario écrit en grande partie pour lui. Un observateur a été jusqu'à écrire à la sortie du film : « Ce n'est plus Fantômas contre Scotland Yard, c'est Louis de Funès contre les fantômes » (!).

Les mêmes, c'est aussi Jean Marais, certes moins présent, mais dont le charme et la prestance peuvent toujours séduire dans le rôle de Fandor, sans compter quelques apparitions en tant que Fantômas masqué.

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Les mêmes, c'est enfin, du moins dans les rôles principaux, Jacques Dynam, toujours aussi remarquable en inspecteur Bertrand, l'adjoint stupide et maladroit du commissaire Juve, et l'atout charme de la série Mylène Demongeot, interprète d'Hélène, l'éternelle fiancée de Fandor (à quand le mariage ?...). Contrairement aux films précédents, Hélène n'a plus aucune dispute ni divergence avec Fandor, l'apaisement est total entre les tourtereaux.

Les mêmes, c'est évidemment la voix de Fantômas Raymond Pellegrin, dont le timbre et les ricanements sont devenus légendaires.

Le rôle le plus important en dehors de celui attribué à Louis de Funès est dévolu à Jean-Roger Caussimon, épatant dans la peau de Lord MacRashley... et de Fantômas déguisé en Lord MacRashley. On doit souligner la composition parfaite de ce très bon acteur sur les scènes, très nombreuses dans la seconde partie du film, où il joue Fantômas déguisé : il parvient à donner suffisamment de raideur à ses traits pour que l'on puisse croire qu'il porte un masque. Même si Jean Marais conserve quelques scènes importantes en fin de film, dans l'ensemble Caussimon est beaucoup plus présent, et on ne s'en plaindra pas car son jeu est autrement plus convaincant que celui de Marais.

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Autres personnages très présents, ceux de Lady MacRashley et de son amant, le secrétaire de son mari André Berthier. Sous une apparence honnête et dévouée, Berthier n'est qu'une petite crapule arriviste prête à liquider son patron et à épouser sa femme, pourtant plus âgée que lui, pour faire main basse sur sa fortune, sans compter les extras gagnés en tant qu'informateur de la pègre locale. Henri Serre joue le rôle à la perfection. Cet acteur peu connu mais très doué a mené sa carrière tant au théâtre qu'au cinéma et à la télévision, où il se glissa même dans la peau du général de Gaulle pour un téléfilm datant de l'année 1990 !

Le personnage de Dorothée MacRashley est moins antipathique. C'est une aristocrate désœuvrée et mystique qui s'occupe en se tirant les cartes et en pratiquant l'occultisme et le spiritisme. Elle est sincèrement attirée par le jeune loup et accepte l'assassinat du vieux mari gênant pour vivre enfin libre avec son amant. Voilà un rôle qui sied parfaitement à l'excellente Françoise Christophe. Après une longue carrière au théâtre et au cinéma, cette comédienne a connu un regain de popularité en 2003 à l'âge de 80 ans, grâce à l'amusant programme court de Canal Plus Chez maman, diffusé dans une émission de Stéphane Bern, et où elle incarnait de manière satirique une vieille bourgeoise dotée de tous les préjugés inhérents à sa classe sociale. Elle est décédée en 2012 à l'âge de 88 ans.

Nul doute que ces trois rôles ont apporté un plus à ce troisième volet. En effet, ces personnages intermédiaires n'existaient pas sur le premier film. Quant au deuxième, leur équivalent était le professeur Lefebvre, interprété par un Jean Marais grimé de façon outrancière, trop sollicité et finalement peu convaincant.

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Preuve de l'influence grandissante de Louis de Funès, le comique a réussi à caser dans les rôles de domestiques quelques-uns de ses proches, alors même que le film est de Hunebelle, issu de l'entourage de Jean Marais. Max Montavon joue Alexandre, le serveur maniéré effrayé par les propos de Juve au sujet des pendus et autres cadavres : il croit que ceux-ci se trouvent dans sa propre chambre et non dans celle du commissaire, d'où un festival de « Ah ! Quelle horreur ! ». Et Jean Ozenne dans le rôle d'Alexandre, le maître d'hôtel obséquieux affecté au service du commissaire Juve ; le type même du petit rôle qu'on remarque, déjà complice de Louis l'année précédente sur Le Grand restaurant.

Autres habitués des films de Fufu et que l'on retrouve avec étonnement ici, Dominique Zardi en pilote et homme de main au service de Fantômas, et Henri Attal en interprète du simple d'esprit Godfrey. La surprise vient du fait que ces deux comédiens interprétaient des personnages qui avaient trouvé la mort dans le film précédent, victimes des cigares-pistolets du commissaire Juve. Il semble que Hunebelle ait tablé sur le fait que le public ne remarque guère les rôles secondaires pour les ressusciter...

Pour interpréter Tom Smith, le policier de Scotland Yard présent en renfort, c'est André Dumas qui a été choisi. Cet acteur a joué dans un nombre considérable de films et de séries, la plupart du temps dans des rôles secondaires.

Le reste de la distribution est constitué de petits rôles. Les principaux hommes de la mafia sont interprétés par Guy Delorme, Rico Lopez, Bob Lerick, Paul Pavel, et Gilbert Servien. Ce Gilbert Servien est connu pour avoir poursuivi une carrière dans des films pornographiques des années 70 et 80 après avoir tourné dans nombre de films du cinéma « normal ».

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Une oreille attentive aura remarqué que le maharadjah de Kimpura s'exprime en langue... russe. Ceci peut paraître bizarre de la part d'un Indien, mais son interprète Michel Thomass, d'origine russe, s'est tout simplement exprimé dans sa langue maternelle qui a dû paraître aux yeux (et aux oreilles...) de Hunebelle suffisamment exotique pour les spectateurs français. Roger Trapp est l'acteur qui joue l'interprète du maharadjah. Lors de ce conseil de guerre, on retrouve aussi Richard, l'homme à l'imperméable clair qui se moque des menaces de Fantômas, sous les traits d’Hubert de Lapparent.

Robert Dalban, toujours directeur du Point du Jour, ne fait qu'une apparition en début de film tout comme dans le volet précédent. C'est Antoine Baud qui incarne William, l'aristocrate enlevé par Fantômas, et Rita Lenoir qui joue la vedette descendant de l'avion.

Le plus étonnant est pour la fin avec la présence dans un rôle de figurant de Roland Giraud, alors débutant. Oui, Roland Giraud, un des gardes de Fantômas lors de la rencontre souterraine avec Juve et Bertrand descendus sur un lit et par ascenseur !

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TEMPS FORTS :

Un des grands ressorts du comique de Louis de Funès est la parfaite mauvaise foi. On trouve de bons exemples dans ce film : lorsque Bertrand a convaincu Juve de porter le kilt et que tous les autres participants à la soirée sont en smoking, une polémique éclate entre les deux hommes ; l'inspecteur maintient que la tenue de soirée officielle en Ecosse est le kilt, alors que le commissaire affirme que c'est le smoking. Un peu plus tard, Juve suit Alexandre, le maître d'hôtel, jusqu'à sa chambre. Extraits de la conversation :

- Permettez-moi de faire un compliment à Monsieur le commissaire.
- Allez-y, allez-y !
- Monsieur le commissaire porte très bien le kilt.
- Ah ! Mais au fait, je voulais vous demander : est-ce que ça se porte toujours ?
- Naturellement ! En soirée, tout le monde devrait porter le kilt.
- Et mon assistant qui me soutenait le contraire ! Donc, j'avais raison !
- Mais les traditions se perdent. Tous ces hommes en pantalon, c'est d'un triste !

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Mauvaise foi aussi en fin de film, toujours envers l'inspecteur Bertrand. Lorsque les choses semblent mal tourner, Juve ne cesse de répéter à l'attention de son adjoint « VOUS l'avez raté ! ». Mais lorsque la fusée est désintégrée et que Juve croit Fantômas mort, c'est « JE l'ai eu ! »

Autre classique du registre de Fufu : la langue de Shakespeare plus ou moins massacrée (plus davantage que moins). La première scène où Juve apparaît est une conversation téléphonique avec Lord MacRashley dont voici les termes :

- Yes, my lord ! Yes, my lord ! I beg your pardon, my lord, but in my opinion I am sure, mais alors I am tout à fait sure, que c'est un coup de Fantômas !... Oh ! I am confuse. It is a great honneur for me to be invited in your château.
- Vous êtes invité avec votre assistant.
- Very well, my lord ! I accept.
- À demain, Monsieur Juve !
- At tomorrow, my lord, at tomorrow !

L'hégémonie Funésienne sur ce troisième film va de pair avec le développement du rôle de l'inspecteur Bertrand, d'où un certain nombre de scènes de comédie très plaisantes entre les deux hommes. Hormis celles déjà citées, il y a l'histoire du merle pendant la chasse au renard :

- Où est mon cheval ?
- Là-bas !
- Je ne le vois pas !
- Si, regardez ! Sous le merle !
- Y'a pas de cheval sous le merle !
- Si.
- Eh ! Bien, maintenant, je ne vois plus le merle !
- Vous voyez le cheval ?
- Oui !
- Au-dessus !
- Ah ! Oui ! Je vois le merle !

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Lorsque Bertrand retrouve enfin le cheval, il doit faire la courte-échelle à un Juve plus désagréable que jamais, qui n'arrive pas à monter sur la monture récalcitrante. Mais dès qu'il est installé sur le cheval et que Bertrand demande comment il va rentrer, la réponse fuse : « Vous vous débrouillez ! Allez chercher votre cheval et merci ! »

Juve ignore qu'il s'agit du cheval de Fantômas, équipé d'un émetteur-récepteur de radio. Les hommes de Fantômas, inquiets de ne pas avoir de ses nouvelles, choisissent ce moment pour l'appeler. Le hasard fait que le cheval remue les lèvres comme si c'était lui qui prononçait les phrases réceptionnées :

« Alors, patron, quand est-ce qu'on rentre ? Commence à se faire tard ! Alors, on rentre ?/Euh ! Oui. Passez devant, je vous suis ! » bafouille le pauvre Juve qui croit que le cheval parle, et s'imagine à nouveau victime d'hallucinations ! À son retour, il préfère se mettre au lit :

- Vous savez, il m'a parlé le cheval ! Où est-il ?
- Euh ! On est en train de l'interroger...
- Il a avoué ?
- Oh ! Oui...
- Alors tant mieux ! Oh ! Mais où sommes-nous ?
- On vous a installé dans la chambre voisine de celle de Lord MacRashley. Comme ça, nous veillons sur lui, et je veille sur vous.

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Mais le commissaire ne va pas tarder à trouver son adjoint un peu trop familier. En voulant border son chef, Bertrand échappe par mégarde son revolver dans le lit. Très ennuyé, il commence à tâter partout, à regarder sous les draps, sans se rendre compte que Juve ne dort pas. Il faut voir la tête de De Funès, excédé par ces gesticulations, et qui finit par croire que l'inspecteur Bertrand a des mœurs spéciales ! Il met fin à l'épisode sèchement :

- Et alors ?
- J'ai oublié mon pistolet dans votre lit.
- Vous croyez que ça prend ?... Pffft ! Est-ce possible ?... Quelle horreur !...

Le lendemain, Juve et Bertrand mettent au point leur plan avec Lord MacRashley (donc Fantômas) :

- À ce moment-là, je surgis !
- Nous surgissons !
- Vous surgissez !
- Ils surgissent !

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À plusieurs reprises, on se rend compte que Bertrand est plus courageux que son patron. Ainsi, alors que Juve semble terrorisé par l'histoire du chemin des trois pendus, Bertrand lance un dédaigneux « Mais c'est une légende, voyons ! Il n'y a rien à craindre ». Et lorsque les deux policiers se retrouvent à la merci de Fantômas, dans les sous-sols du château, il est évident que Juve est plus disposé à collaborer que Bertrand, qui l'incite à résister.

L'excitation de Juve est habilement exploitée par Fantômas qui n'a aucun mal à faire passer son ennemi pour un déséquilibré. On avait vu dans l'opus précédent comment le « premier policier de France » se retrouvait chez les fous. Ici, avant même l'histoire du cheval qui parle, ce sont les séquences des pendus et sur Lord MacRashley mort dans sa chambre qui ridiculisent le malheureux commissaire. Un moment très cocasse se produit lorsque MacRashley surgit alors que Juve vient de le trouver mort dans sa chambre (en fait, c'était Fantômas qui faisait le mort) :

Juve : « Ah ! Ça ! Mais vous n'êtes pas dans mon lit ?

Lord MacRashley : Dites donc ! Je le saurais !

Lady MacRashley : Ne vous inquiétez pas, commissaire, tout cela est bien naturel !

Juve : Comment cela ? Je trouve votre mari mort dans ma chambre et peu après il sort de la sienne, et vous trouvez cela naturel ?

Lady MacRashley : Nous avons tous notre double dans l'au-delà. C'était son double, tout simplement !

Juve : Mettez-vous bien dans la tête que je ne crois pas aux fantômes !.... Oh ! Mais je comprends tout ! (à MacRashley) C'est toi, hein ? C'est toi Fantômas ! Tu as assassiné Lord MacRashley et tu as pris sa place ! Donne-moi ton masque ! Allez, donne-moi ton masque ! (joignant le geste à la parole).

Lord MacRashley : Enfin, commissaire, vous voyez bien que je n'ai pas de masque ! Monsieur Juve, c'est assez de familiarités ! Bonsoir ! »

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Séquence du même type lorsque Juve trouve MacRashley pendu dans sa chambre, sauf que cette fois-ci il s'agit du véritable lord, et c'est Fantômas qu'il retrouve à sa place à la table du petit-déjeuner :

- Oh ! Quelle horreur !
- Je vous en prie ! Modérez vos expressions !
- Mais venez vous voir, vous êtes pendu, vous êtes comme ça !

Comme toujours, Juve voit Fantômas là où il n'est pas, mais n'aura aucun soupçon pendant les nombreux jours qui suivront envers Lord MacRashley. Les occasions de lui enlever son masque ne vont pourtant pas manquer !

La méfiance de Juve envers le spiritisme est habilement exploitée. Réticent, le commissaire n'accepte de participer à la séance organisée par Lady MacRashley que suite à l'insistance de cette dernière, car selon elle, les yeux de Juve prouvent qu'il doit être un médium extraordinaire. Fandor et Hélène achèvent de convaincre Juve de se montrer galant avec sa charmante hôtesse. Le courant est coupé juste au moment où le petit doigt du commissaire entre en contact avec celui de Lady MacRashley. Du coup, Juve le retire soudainement, se croyant responsable de l'incident ! Jugé réfractaire par Lady MacRashley, Juve en profite pour laisser ses compagnons faire tourner les tables sans lui et va se coucher, non sans susciter une cascade de rires en raison de son kilt malencontreusement relevé qui laisse voir ses sous-vêtements.

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Avec De Funès, le comique n'attend même pas d'être au château pour se déchaîner. Ainsi, à l'arrivée à l'aéroport, Juve croit que la foule qui se masse devant l'avion n'attend que lui : « Oh ! Regardez ! Regardez ! Les jolies fleurs, comme c'est gentil ! »

Mais les jolies fleurs sont destinées à une diva qui sort de l'avion peu après ; ce quiproquo suscite l'hilarité de Fandor, Hélène, et Bertrand, et les sourires ne se dissipent qu'à l'arrivée d'André Berthier, venu attendre le petit groupe avec sa voiture.

Quelques scènes comiques sont jouées par d'autres que Louis de Funès. Surtout, la scène du maharadjah est fort réussie. Le maharadjah de Kinpurah détonne parmi les riches invités au conseil de guerre de Lord MacRashley. Il annonce par l'intermédiaire de son interprète qu'il est le plus lourdement taxé par Fantômas à qui il doit remettre à la fin de chaque année l'équivalent de son poids de diamants bruts. Le maharadjah étant obèse, le caustique Richard lui propose de lui donner l'adresse d'un excellent masseur qui lui fera perdre au moins cinquante kilos d'ici à la fin de l'année. La philosophie du maharadjah, présentée sous forme du proverbe « La foudre frappe, mais la pluie de l'orage fait fleurir le cerisier », ne semble guère intéresser les participants...

Concernant les parties non comiques, la plus intéressante est la première scène lorsque Fantômas présente son movie box, sorte de lecteur de DVD portable d'anticipation, et rare gadget de ce troisième film plus avare en ce domaine que son prédécesseur.

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POINTS FAIBLES :

La poursuite à cheval, suivie des séquences de préparatifs de Fandor et Hélène dans la cabane, et l'intrusion de ces derniers par surprise dans le château ; toutes ces scènes de la dernière partie du film provoquent une certaine baisse d'intérêt. Alors que minuit sonne, on voit très bien que la scène a été tournée en plein jour, et le soleil de minuit en France n'est guère crédible...

Alors que Mylène Demongeot est en progrès dans son jeu d'actrice, Jean Marais, sans doute déçu par son passage en second plan, ne semble pas très motivé. Lorsqu'il annonce « Cette fois tu as perdu, Fantômas ! », le ton sonne faux, mais alors vraiment faux.

Les scènes de cadavres et de pendus dans la chambre sont drôles, mais à partir de la troisième cela commence à faire beaucoup. Sans doute aurait-il été judicieux de limiter leur nombre à deux.

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ACCUEIL :

L'accueil du public est toujours chaleureux, bien que les entrées soient en légère baisse par rapport aux deux premiers films de la série avec 3 millions et demi de spectateurs. Le succès continue à se prolonger à l'étranger, en Espagne avec plus de 2 millions de spectateurs, en Italie, et en Russie.

La saga des Fantômas a enregistré 60 millions d'entrées en Union soviétique. Ce succès phénoménal suscite l'intérêt des producteurs qui prévoient de tourner là-bas le quatrième volet de la série intitulé Fantômas à Moscou. On peut d’ailleurs y déceler une certaine logique : un gangster qui veut taxer les riches a toutes les chances de plaire dans un pays communiste...

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L'amertume de Jean Marais quant au déclin de son influence et les prétentions financières exorbitantes tant de Marais que de De Funès provoqueront l'abandon du projet. Fantômas contre Scotland Yard constitue donc la fin de la série.

Au final, la saga des Fantômas fut meilleure que celle des Gendarme. Déjà plus intéressante dans son concept initial, elle bénéficie du fait qu'avec seulement trois films à son actif, elle n'a pas eu le loisir de décliner, tandis que les Gendarme n'ont pas eu cette chance...

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SYNTHÈSE :

Très bonne conclusion pour une série de trois films qui auront marqué la carrière de Louis de Funès.

LES SÉQUENCES CULTES :

On m'a dépendu mon pendu !

Lord McRashley est pendu dans ma chambre !

Le pendu il est en l'air, il peut pas savoir.

Le cheval parle !

Qu'est-ce que vous faites là vous ?

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Captures et séquences cultes réalisées par Steed3003