Saga Louis de Funès

3 - La confirmation (1966/1973) - 1ère partie

Présentation 3ème époque - 1ère et 2nde partie

1. Le grand restaurant - 1966

2. Oscar – 1967

3. Les grandes vacances – 1967


PRÉSENTATION 3ÈME ÉPOQUE - 1ÈRE ET 2NDE PARTIE

En cette seconde moitié des années 60, Louis de Funès s'installe durablement dans le succès. Tout en poursuivant le chemin engagé avec les réalisateurs-clés de sa réussite comme Jean Girault ou Hunebelle et son entourage, il diversifie ses collaborations. De nouveaux metteurs en scène apparaissent, à l'image d'Edouard Molinaro, ou font leur retour comme Robert Dhéry.

Cette période constitue sans nul doute le sommet de sa carrière. Alors en pleine forme physique, Louis a encore amélioré son jeu par rapport aux années 1964/1965, et la plupart des films des années 1966/1969 sont de splendides réussites.

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1. LE GRAND RESTAURANT

Production : GAUMONT France (Alain Poiré)
Scénario : Jean HALAIN
Adaptation : Jean HALAIN, Louis de FUNÈS, Jacques BESNARD
Dialogues : Jean HALAIN
Réalisation : Jacques BESNARD, assisté de Pierre COSSON et Michel LANG
Musique : Jean MARION

Monsieur Septime est un restaurateur parisien qui dirige son affaire d'une main de fer afin de maintenir le standing élevé de son établissement et de satisfaire sa clientèle huppée. Sa vie bien réglée bascule le soir où un chef d'état sud-américain est enlevé dans son restaurant. Soupçonné par la police et sommé de collaborer avec elle pour retrouver les ravisseurs, choisi par ces derniers pour livrer la rançon, de surcroît menacé par la secrétaire de l'homme d'état, une femme de caractère amoureuse de son patron, le malheureux Septime n'est pas au bout de ses mésaventures...

GENÈSE :

Tourné alors que Louis enchaîne les films à haut budget et à succès phénoménaux, Le Grand Restaurant peut apparaître comme un film de transition, moins prestigieux que les Oury ou les Fantômas que De Funès tourne à la même époque. Pourtant, ce film sera une de ses œuvres majeures, un de ses meilleurs toutes époques confondues. 

Gaumont compose une équipe basée sur les proches d'André Hunebelle que Fufu connaît bien : Jacques Besnard est à la mise en scène, et Jean Halain est au scénario comme sur la série des Fantômas. De Funès lui-même participe à l'adaptation : c'est la première fois qu'il endosse la casquette de co-scénariste, et il le fera en tout à six reprises, toujours dans le processus d'adaptation (il ne signera jamais de scénario original, sans doute pensait-il être plus à l'aise en apportant des idées sur une histoire déjà construite). La bonne entente régnant au sein de cette petite famille va produire un excellent résultat. 

C'est la première fois depuis l'installation dans le succès que Louis interprète un restaurateur de prestige, et aussi la dernière. Par la suite, L'Aile ou la cuisse se déroulera également dans le milieu culinaire, mais Louis de Funès y jouera un critique gastronomique et non un restaurateur. Lors de sa lente ascension, il avait déjà interprété un chef-cuisinier dans Le Gentleman d'Epsom avec Jean Gabin.

RÉALISATEUR :

Jacques Besnard, né en 1929, a débuté en tant qu'assistant-réalisateur d'André Hunebelle, notamment sur les deux premiers Fantômas. Il a donc déjà travaillé avec Louis de Funès, et le retrouvera au début des années 70 à nouveau dans des fonctions d'assistant-réalisateur, mais de Gérard Oury sur les deux derniers films de ce dernier avec Louis.

Dans les années 70, Besnard réalisera quelques comédies populaires de séries B, essentiellement avec Michel Serrault et Jean Lefebvre telle La situation est grave... mais pas désespérée. À partir des années 80, on le retrouvera à la mise en scène d'épisodes de séries télévisées (Hôtel de Police, Le Retour d'Arsène Lupin...). Son fils Eric est également réalisateur. 

Louis de Funès ne connaîtra aucun problème particulier sur ce tournage. Il connaît et apprécie Besnard, qui le laisse travailler à sa guise et accepte avec enthousiasme ses suggestions, il est vrai souvent géniales.

DÉCORS :

La première partie du film se déroule essentiellement dans le restaurant et a donc été tournée en studio. Les décors naturels font leur apparition dans la seconde partie centrée sur l'enlèvement et la recherche de Novalès, avec pour commencer les déambulations de Septime dans Paris et sa banlieue Ouest, notamment dans le parc de Saint-Cloud. 

Le prétendu ravisseur ordonne à Septime de prendre la direction de Val d'Isère pour livrer la rançon, et le tournage s'est en effet déroulé dans cette station connue ainsi que dans les environs, offrant l'occasion d'admirer les beaux paysages savoyards. 

Enfin, c'est sur la Côte d'Azur que Septime va retrouver le président Novalès. Les paysages printaniers de Nice et de la Côte d'Azur créent un joli contraste avec l'environnement enneigé des Alpes qui avait dominé les extérieurs auparavant.

GÉNÉRIQUE : 

Le générique vient directement en ouverture. Il montre par des vues diverses du restaurant le travail des cuisiniers et des serveurs.

Une chose frappe en écoutant la musique, c'est la ressemblance avec celle d'Oscar qui sera tourné un an plus tard, avec des mélodies dont le traitement tire vers la fugue, parangon de la technique de la musique savante occidentale, mais rarissime dans une musique de film souvent pensée comme plus populaire. Comme de juste, les deux sont l'œuvre du même compositeur : Jean Marion, qui signera là ses deux dernières compositions avant de décéder en 1967 dans sa 55e année. Il était surtout connu pour avoir travaillé sur les films d'André Hunebelle avec Jean Marais (Le Bossu, Le Capitan, Les Mystères de Paris...).

Passer du style « cape et épée » à la comédie ne semble pas avoir posé de problème à Marion qui signe une musique ludique à souhait et imaginative, parfaite pour ce style de films.

SCÉNARIO :

Le fait a été constaté à de multiples reprises sur les films de Louis, mais se vérifie particulièrement sur celui-ci : ce sont les séquences de gags, sans scénario à proprement parler, qui sont les plus intéressantes. Ces scènes, concentrées dans la première demi-heure du film, sont d'une drôlerie exceptionnelle. Il est vrai que le scénario est assez banal, et ne va démarrer qu'avec l'enlèvement de Novalès. C'est la grande qualité des gags et effets comiques qui donne toute sa valeur au film.

M. Septime est le directeur d'un restaurant parisien prestigieux. Passionné par son métier et désireux d'offrir un service impeccable à sa clientèle de grands bourgeois et d'aristocrates, il mène la vie dure à son personnel. Personne ne lui résiste, hormis M. Marcel, un colosse peu aimable faisant office de chef-cuisinier. 

Heureusement aidé par son « petit » Roger, un serveur particulièrement servile et lèche-bottes qui se délecte de dénoncer les indélicatesses de ses collègues, Septime est curieux de savoir comment se comporte son personnel lorsqu'il est absent. Il va donc se déguiser afin d'espionner ses employés à leur insu, et ce qu'il découvre l'horrifie à un point tel qu'il convoque ses serveurs à un cours de comédie appliquée à la restauration.

Septime est ravi qu'un hôte prestigieux de la France, le président sud-américain Novalès, ait choisi de venir dîner dans son restaurant en compagnie de sa secrétaire et de son chef de la sécurité. Mais une explosion se produit alors que la salle est plongée dans le noir et qu'il s'apprête à mettre le feu à sa célèbre pièce montée. Lorsque la lumière revient, le chef d'État a disparu ! M. Septime a beau chercher partout, même dans ses cuisines, Novalès reste introuvable. 

Le commissaire divisionnaire chargé de l'enquête, pourtant habitué de son établissement, ne se montre guère amène avec le restaurateur, de prime abord soupçonné de complicité avec les malfaiteurs, puis contraint de collaborer étroitement avec les forces de l'ordre. Chargé de surveiller si des membres d'une organisation terroriste opposée au président fréquentent son restaurant, il se voit remettre les photos des malfaiteurs et scrute avec attention l'ensemble de ses clients. Justement, les terroristes se manifestent, mais une maladresse de Septime leur permet de s'échapper avant l'arrivée de la police. Furieux, le commissaire arrête Septime, qui passe la nuit en prison.

Libéré, Septime est suivi par la police qui pense que les malfaiteurs vont tenter de l'abattre à la première occasion. De fait, il est contacté par les ravisseurs autoproclamés par le truchement d'un talkie-walkie introduit dans sa voiture : c'est lui qui devra remettre la rançon sous peine d'exécution du président, si l'affaire tourne mal, il risque d'être lui aussi liquidé. En réalité, il s'agit d'une opération montée de toutes pièces par la police : le commissaire espère que cette fausse demande de rançon va faire réagir les vrais ravisseurs qui ne manqueront pas de se manifester sur les traces de Septime. 

Réticent face au danger de l'opération, Septime accepte lorsque le commissaire lui fait miroiter l'octroi de la Légion d'Honneur s'il mène sa mission à bien ; le malheureux n'a guère le choix, coincé entre la police, les pseudo-ravisseurs, et la secrétaire de Novalès, une militante enragée, amoureuse de son patron, et qui n'hésite pas à menacer Septime de tous les maux si le président n'est pas retrouvé dans les plus brefs délais.

Le plan du commissaire fonctionne parfaitement. La voiture de Septime, que la police conduit sur les routes sinueuses et enneigées du Nord des Alpes, ne tarde pas à être suivie par deux automobiles. Dans la première, une ravissante blonde, qui est en fait la secrétaire de Novalès coiffée d'une perruque, et bien décidée à appréhender les odieux malfaiteurs responsables de l'enlèvement du « bienfaiteur » de tout un peuple. Dans la seconde, les terroristes recensés par la police, accompagnés de leur chef qui n'est autre que la chef de la sécurité du président. Mais ces hommes ne sont pour rien dans la disparition de Novalès ; ils n'ont rien compris lorsque l'enlèvement s'est produit alors qu'ils s'apprêtaient à opérer eux-mêmes quelques jours plus tard. Ils suivent Septime pour tenter de s'emparer de cette rançon pour leur propre cause. 

Après de multiples dérapages de voitures et rebondissements, la police parvient à arrêter les terroristes qu'elle ramène dans ses locaux parisiens. Le commissaire ne comprend pas l'obstination d'Enrique, le chef de la sécurité, et de ses complices à nier l'enlèvement. Très fatigué, Septime demande au commissaire l'autorisation de rentrer chez lui, ce qui provoque la fureur de la secrétaire, toujours aussi excitée. Heureusement pour les malfaiteurs, la police refuse d'adopter les méthodes musclées préconisées par la donzelle.

Septime espère pouvoir enfin se reposer, mais un homme caché dans sa voiture l'oblige à prendre un avion privé jusqu'à Nice. Dérouté par le tour que prend l'affaire, notre restaurateur a la surprise de retrouver dans un jardin fleuri de la Côte d'Azur le fameux président Novalès. En fait, le chef d'État n'a jamais été enlevé, mais a pris quelques jours de vacances en douce, épuisé par les corvées et cérémonies officielles. C'est un de ses amis qui a organisé sa fuite depuis le restaurant de Septime. 

Pour réparer les ennuis causés au restaurateur, Novalès réapparait et fait croire que c'est Septime qui l'a tiré des griffes de ses ravisseurs. Le commissaire est obligé d'accepter cette explication, qui ne le convainc pas.

DISTRIBUTION : 

Avec Septime, ce restaurateur passionné par son métier, Louis de Funès trouve un de ses meilleurs rôles, insufflant à ce personnage son caractère habituel, servile avec les puissants qui fréquentent son restaurant, et tyranniques avec ses subordonnés. 

C'est un partenaire de choix dont bénéficie Fufu avec Bernard Blier, acteur légendaire qu'on ne présente plus, et dont le rôle de commissaire convient parfaitement à sa manière de jouer. On remarque l'absence totale de bienveillance dont il fait preuve envers Septime dont il fréquente pourtant le restaurant de manière assidue. Malgré le bon accueil traditionnel du restaurateur, il n'hésite pas à l'envoyer au casse-pipe sous prétexte qu'un homme comme lui « doit bien savoir qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs », et en lui soutenant qu'il ne risque rien ! Il n'en demeure pas moins que son personnage reste sympathique, et c'est là la marque des acteurs exceptionnels comme De Funès et lui de pouvoir rester agréables même lorsque leurs personnages sont franchement détestables.

Concernant le personnel du restaurant, en vedette pendant la première partie du film, l'ensemble des acteurs fait partie de l'entourage de Louis de Funès. Paul Préboist, fidèle parmi les fidèles, interprète le sommelier, personnage assez porté sur la bouteille. Le chauve Roger Caccia joue le pianiste, et Max Montavon le violoniste qui « joue de la flûte ». 

Grosso et Modo, les complices de la série des Gendarme, sont présents eux aussi dans des rôles de serveurs. Là où Guy Grosso se montre assez maladroit et souvent tancé par Septime, Michel Modo est le « petit » Roger du Chef, une sorte de double de Louis de Funès à l'échelon inférieur, particulièrement servile avec Septime, et traître avec ses collègues. Il semble prendre une réelle jouissance à dénoncer à son patron les manquements de ses camarades.

Maurice Risch, Jacques Dynam, René Bouloc, Pierre Roussel, et Jean Droze jouent les autres serveurs, dans des rôles plus secondaires.

Jean Ozenne est le maître d'hôtel qui multiplie les « Mon Dieu ! Mon Dieu ! » prononcés d'un air désabusé face aux méthodes autoritaires de son patron. Pierre Tornade est un autre maître d'hôtel, celui qui a affaire à Septime déguisé en client. Quant à Marcel, le chef-cuisinier qui terrorise Septime, il est interprété par Raoul Delfosse. Et c'est Olivier de Funès, le fils de Louis, qui campe son filleul et protégé. Malicieux à souhait, le filleul ne perd pas une occasion de relever les reniements de Septime provoqués par sa peur du grand Marcel.

Le président Novalès est interprété par l'acteur italien Folco Lulli. Héros de la résistance antifasciste lors de la Seconde Guerre Mondiale, déporté par les Allemands, il entame une carrière de comédien à la Libération, travaillant surtout pour le cinéma italien et le cinéma français. Il est décédé en 1970 d'une crise cardiaque, alors qu'il avait à peine 58 ans. Novalès est un président que l'on devine progressiste, populaire, et populiste. Son action est mal perçue par les élites conservatrices de son pays, représentées par Venantino Venantini et ses terroristes. Il est possible, et même probable, que le général Perón, ancien président de l'Argentine, ait servi de modèle pour le personnage. 

Dans le sillon de Novalès, c'est donc Venantino Venantini, un autre italien bien connu de Louis de Funès depuis Le Corniaud, qui endosse le costume d'Enrique, le traître de service, en apparence serviteur dévoué du chef d'état, en réalité acharné à sa perte et à la tête d'un groupe de terroristes où l'on reconnaît Robert Dalban, pour une fois bénéficiaire d'un rôle assez consistant, et quelques acteurs moins connus : Juan Ramirez, c'est le général, qui obéit au doigt et à l'œil à Enrique, pourtant simple capitaine, dans cette bien curieuse organisation. Albert Dagnant et Frédéric Santaya sont les autres terroristes. Quant à Eugène Deckers, il joue leur double inversé puisqu'on laisse croire aux spectateurs qu'il est le ravisseur de Novalès, alors qu'il est son fidèle complice dans l'auto-enlèvement du chef d'État. 

Avec Maria-Rosa Rodriguez, également connue sous le pseudonyme de Yana Chouri, De Funès retrouve une actrice rencontrée sur Les Bons Vivants et sur Pouic-Pouic. Ici, elle se transforme en furie amoureuse de Novalès, et totalement dévouée à la cause de celui qu'elle considère comme le héros de tout un peuple, en quelque sorte une Eva Perón brune... 

La clientèle de Septime comprend quelques personnes de la classe moyenne en dehors des élites du Tout-Paris ou de l'étranger, à l'image de Paul Faivre, qui interprète l'aimable vieillard qui a taché sa cravate. Avec Bernard Dumaine, on est déjà à l'étage du dessus puisqu'il joue un client satisfait de la prétendue modicité des tarifs de Septime, pourtant prohibitifs. 

Un peu plus haut, le ministre n'est autre que Noël Roquevert. Peu enthousiasmé par le plan du commissaire, il le laisse prendre tous les risques, ce qui n'est pas du goût du policier incarné par Bernard Blier... 

L'étage supérieur est atteint avec le baron et la baronne, incarnés par Robert Destain et France Rumilly. Oui, France Rumilly, la religieuse folle du volant de la série des Gendarme ! Le générique ne précise pas le nom du toutou qui joue leur chienne Poupette...

Parmi quelques acteurs peu connus, tels Marc Arian, Roger Lumont, et Adrien Cayla-Legrand, on reconnaît parmi les clients de Septime André Badin dans le rôle d'un invité du ministre, si peu important que son nom échappe à son hôte, et que, par conséquent, Septime méprise ouvertement. 

Reste les policiers. Autour de Bernard Blier, les inspecteurs sont interprétés par Yves Arcanel, un habitué des rôles de policiers, et Henri Marteau. Quant à Jacques Legras, on le retrouve en agent de police auquel s'adresse Septime pour se débarrasser du « tueur » qu'il croit avoir dans sa voiture.

TEMPS FORTS :

Si les péripéties suivant la disparition du président comportent des passages attrayants, c'est dans la première partie du film, celle qui dépeint le comportement de Septime avec ses subordonnés, que l'on trouve les meilleurs moments. Si le film avait maintenu le niveau de sa première demi-heure, il aurait sans nul doute été le plus réussi de tous les De Funès, tellement cette première partie est exceptionnelle, à voir et revoir sans se lasser.

La scène la plus emblématique est une des premières du film. Le commissaire divisionnaire vient dîner chez Septime en compagnie de confrères étrangers. Face à un Septime réticent à livrer un secret, il insiste pour que le grand chef donne au docteur Muller, son collègue allemand, sa recette du soufflé à la pomme de terre. Contraint de s'exécuter, M. Septime donne la recette en parlant allemand, et de manière très expressive (et approximative). Il est déjà très drôle de voir Louis de Funès s'exprimer dans la langue de Goethe : 

« Vous prenez ein kilogramme kartoffeln, butter, saltz... »

Mais ce qui rend la scène culte, c'est lorsqu'un jeu d'ombres chinoises, vraisemblablement provoqué par un lustre, semble conférer au visage de De Funès des cheveux coiffés sur le côté et une petite moustache qui le font ressembler à Hitler. En même temps, il adopte le phrasé autoritaire du dictateur nazi sous les yeux ébahis du bon docteur Muller qui se hâte de se déclarer satisfait face à ce visage menaçant.

C'est Louis de Funès qui a eu l'idée d'ajouter ce plus « hitlérien », et a une nouvelle fois prouvé qu'il savait trouver les petits plus qui transforment une très bonne scène en scène exceptionnelle. 

Les séquences montrant l'attitude de Septime d'une part avec son personnel, d'autre part avec ses clients, sont fort amusantes. Par exemple, il entreprend de sermonner vertement un jeune serveur qui a eu le tort de mettre du persil pour simuler le feuillage des œufs mimosas, alors que le maître exige qu'on utilise de l'estragon. Problème pour M. Septime : le serveur s'avère être le filleul de M. Marcel, le chef-cuisinier, un colosse peu sociable dont Septime a peur.

- Du persil, pas de l'estragon, sinon c'est pas bon !
- C'est ce que je lui disais...
- C'est pas vrai, il voulait que je mette de l'estragon !
- Qu'est-ce qu'il y a, vous n'êtes pas content de mon petit filleul ?
- Ah ! C'est votre petit filleul ?
- Oui !...  Il y a beaucoup trop de monde dans cette cuisine, vous ne trouvez pas ?
- Oh ! Il faut que j'aille ailleurs...

Ensuite Septime se regarde dans un miroir et se dit : 

« Il me file des complexes, celui-là, et c'est le seul ! Lâche ! Tu es un lâche... Ben oui, mais qu'est-ce que vous voulez ?... »

En dehors de son « petit » Roger, Septime est intraitable avec ses employés, en même temps qu'il flatte ses bons clients. Le baron et la baronne, par exemple, avec cette fameuse réplique face aux employés qui surgissent lorsqu'il appelle la chienne de la baronne :

« Vous ne vous appelez pas Poupette ? Alors, disparaissez ! »

M. le Ministre est également présent, accompagné du secrétaire d'État que Septime salue ostensiblement, du sous-secrétaire d'État qui a droit à un bonjour plus bref, et d'un monsieur visiblement moins important que Septime ignore totalement. Le ministre a l'habitude de raconter de bonnes blagues, donc Septime commence à se tordre de rire avant même que son interlocuteur ait commencé la narration de son histoire drôle. Sitôt celle-ci finie, Septime se retourne et fait une grimace d'ennui, qui dévoile au spectateur son hypocrisie.

Autre très grand moment, la séquence du déguisement. Soucieux de savoir comment son personnel se comporte lorsqu'il est absent, Septime file à l'anglaise dans ses bureaux et décide de se déguiser. Il finit par opter pour une perruque blonde lui donnant l'allure d'un intellectuel ou artiste très maniéré, et retourne dans son restaurant en se faisant passer pour un client. 

Rien n'est laissé au hasard, Septime fait tout pour faire sortir le personnel de ses gonds. Il commence par tester ses employés :

- Il n’est pas là, le patron ?
- M. Septime est sorti.
- Vous devez être content ?
- Euh…
- Vous êtes content, n'est-ce pas que vous êtes content ?
- Euh ! Oui !

Ensuite, il décide plusieurs fois de changer de table, prétextant que Septime est « injuste », et à chaque table, il renverse des verres ou des assiettes. Il finit par s'installer d'autorité à une table déjà retenue, demande conseil au maître d'hôtel au sujet du menu avant de commander un simple radis, et, au cas où il aurait encore une petite faim, un yaourt. Vient alors le sommelier :

- Qu'est-ce que vous me conseillez avec un radis ?
- Monsieur pourrait prendre un petit Muscadet.
- C'est sec ou c'est doux ?
- Plutôt sec.
- Pas trop sec ?
- Alors, Monsieur pourrait prendre un Sauternes ?
- C'est doux ?
- Très doux !
- Peut-être un peu trop doux ?
- Monsieur pourrait prendre un demi-sec.
- Non, je préférerais un demi-doux ! Bon, donnez-moi la carte, je vois que vous ne savez pas... Vous allez me donner de l'eau Perrier, tiède, mais peu pétillante...

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A bout de nerfs, le maître d'hôtel interprété par Pierre Tornade finit par adopter un ton ironique à la fin du très léger repas : 

« Il a bien déjeuné, le Monsieur ? Il ne veut pas un dessert, le Monsieur ? Une petite carotte, saupoudrée de... » 

Septime enlève alors sa perruque et réprimande son employé : 

« Espèce de saligaud ! Et la conscience professionnelle, la restauration française ?... » 

Il est vrai que le pauvre Septime a des raisons d'être énervé après ce qu'il a pu constater : des serveurs qui se relâchent et font les imbéciles devant les clients, un autre qui s'endort, et pire encore, le pianiste qui cherche à voler le restaurant en s'emparant discrètement d'un billet de banque égaré par un maître d'hôtel !

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Après avoir ôté sa perruque, il traverse le restaurant sous les yeux ébahis des serveurs et arrive à l'entrée au moment où le maître d'hôtel incarné par Jean Ozenne est en train d'affirmer à la secrétaire de Novalès :

- Je ne sais pas à quelle heure M. Septime rentrera...
- Mais je suis là, je suis là...

Informé de la supercherie par Tornade, Jean Ozenne répète son expression favorite :

« Mon Dieu, mon Dieu !... »

Il devient urgent de donner à ces acteurs de la « décadence de la restauration » des cours de comédie. À cette occasion, De Funès exprime sa lassitude face aux « Mon Dieu » d'Ozenne :

« Vous commencez à m'énerver avec vos « Mon Dieu, mon Dieu » ! Je sais que vous désapprouvez ces méthodes, mais ce sont des méthodes modernes ! »

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La première leçon consiste à s'entraîner à servir en souriant. Septime explique que, dans la cuisine, on a tous des ennuis, mais lorsqu'on franchit la porte de la salle, il faut sourire, parce que le sourire, « c'est notre pourboire au client ! » 

Le « petit » Roger, le chouchou du chef, donne l'exemple, mais son compère manipule la porte factice d’entraînement de manière à le faire tomber. Septime autorise Roger à se venger en donnant une punition à l’impétrant ; le « petit » Roger choisit vingt menus à copier pour le lendemain, et Septime en rajoute dix à copier en gothique ! Menus en gothique au programme également pour Paul Préboist, le sommelier, qui a vidé quelques bouteilles de trop en « faisant des rangements » dans la cave... 

La seconde leçon est lancée par Septime avec une petite pique en direction de Jean Ozenne : 

« Mon Dieu, mon Dieu ! Oui, je sais, c'est dégradant... » 

Il s'agit d'un cours de danse avec plateau de serveur sur le bras. C'est Colette Brosset qui a réglé la chorégraphie, et l'actrice a loué à cette occasion le talent inné de Louis de Funès pour la danse. Hormis le sommelier, ivre, qui casse son plateau dès le premier changement de main et se voit exclu illico presto par Septime, tout se déroule pour le mieux jusqu'à ce que le pianiste accélère brusquement le tempo, conférant à la musique un aspect russe qui pousse les danseurs à briser leurs plateaux à terre comme s'il s'agissait de verres, à la manière des buveurs de vodka, puis à se lancer dans une danse collective endiablée.

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Lorsque Septime reprend ses esprits, Roger se hâte de dénoncer le pianiste, et finit par prendre un croche-pattes de la part d'un de ses collègues, entraînant une mutinerie peu appréciée par le maître. Roger voudrait distribuer des punitions, mais Septime a d'autres chats à fouetter en raison de la venue du président Novalès. Il décide de faire jouer l'hymne national du pays de Novalès à l'arrivée de ce dernier, prévue pour le même soir. Les musiciens n'auront donc que très peu de temps pour répéter, et le semblant d'orchestre sera composé du pianiste, de son violoniste qui devra jouer de la flûte (!) et d'un des serveurs qui tiendra le violoncelle sous prétexte que, dans sa jeunesse, son père était violoncelliste (!). Le pianiste pressent le désastre, qui effectivement se produit, mais c'est lui qui en est rendu responsable par Septime, et ses mains vont s'en souvenir toute la soirée, brutalement coincées par le maître sous le battant de son piano !

La scène de l'enlèvement est également fort drôle, avec Septime qui va chercher Novalès jusque dans les cuisines. Chargé ensuite de repérer les terroristes et de prévenir le commissaire par téléphone en éternuant trois fois pour le cas où les gangsters le surveillent, il est épouvanté lorsqu'il les voit débarquer, ce qui produit ce dialogue savoureux avec un serveur :

- Monsieur Septime, il n'y a plus de langouste !
- C'est épouvantable !
- Qu'est-ce qu'on va faire ?
- Eh bien, il faut éternuer !

Moins de séquences enthousiasmantes dans la seconde partie du film, mais on peut encore en ressortir quelques-unes. Ainsi, l'épisode du tueur « caché dans la voiture » (Septime ne sait pas qu'il a affaire à un talkie-walkie) avec Jacques Legras dans le rôle de l'agent de police :

- Il y a un terroriste caché sur ma banquette arrière. Il veut me tuer, c'est un tueur ! (Legras regarde et ne voit rien)
- Vous avez de la chance ! Si vous aviez eu affaire à Dubois !
- Mais, Monsieur l'agent, je vous dis qu'il est là ! Il doit être caché sous la banquette !
- Regardez vous-même, vous verrez qu'il n'y a rien !
- Alors, c'est qu'il est dans la malle !
- Eh bien, on va aller voir la malle...
(ironique)
- Vous êtes armé ?
- Oui, oui, oui...
- C'est que c'est un tueur...
- Oh ! Il est parti !
(toujours aussi ironique)
- Il n’est pas en dessous ?
- Allez ! On va rentrer chez soi et faire un gros dodo...

Le commissaire sait s'y prendre pour convaincre Septime de collaborer, avec l'appât constitué par la Légion d'Honneur. Un procédé qui fait mouche !

Après l'arrestation des terroristes, la secrétaire de Novalès est très remontée contre Venantini :

- Laissez-le moi !
- Non, surtout pas elle !

Et lorsque Septime, épuisé, manifeste l'intention de rentrer chez lui :

- Tu pars, Monsieur Septime, dans un moment pareil !
- Oui, mais je ne crois pas que c'est ce soir que vous retrouverez votre restaurant... euh ! Je veux dire votre président...
- Voilà ! Alors que la vie du héros de tout un peuple est en jeu, Monsieur Septime ne pense qu'à son bistrot !
- Écoutez, mademoiselle, il faut de tout dans la vie, il faut des héros et il faut des bistrots !
- Marchand de soupe !

Septime, resté seul avec le commissaire, est réconforté par ce dernier :

- Décidément, je préfère les nordiques !
- Vous avez vu : marchand de soupe, me dire ça à moi, marchand de soupe !

POINTS FAIBLES : 

Les scènes sous la neige à Val d'Isère sont d'un intérêt nettement en retrait, et ont tendance à s'éterniser. Dans l'ensemble, le regret de ne pas avoir maintenu le niveau exceptionnel des trente premières minutes peut se faire sentir au cours de la seconde partie, même si les effets comiques restent de bonne qualité.

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ACCUEIL : 

Près de quatre millions de spectateurs vont assister aux mésaventures de Septime. Il s’agit de la huitième performance de l’année 1966. 

La réussite est donc toujours au rendez-vous, même si on peut penser que ce Grand Restaurant aurait mérité un résultat encore meilleur. 

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SYNTHÈSE :

De Funès-Septime, un rôle mémorable de plus pour Louis de Funès, et un film aux effets burlesques irrésistibles.

LES SÉQUENCES CULTES :

Recette du soufflé aux pommes de terre

Ca va mon petit Marcel ?

Servir, c'est sourire !

Folie collective

C'est un tueur !

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2. OSCAR

Production : Alain POIRE (Gaumont)
Adaptation : Jean HALAIN, Edouard MOLINARO, Louis de FUNÈS d'après la pièce Oscar de Claude Magnier
Réalisation : Édouard MOLINARO
Musique : Jean MARION et Georges DELERUE

La matinée éprouvante de Bertrand Barnier, chef d'entreprise véreux et irascible, aux prises avec un employé arriviste décidé à épouser celle qu'il prend pour la fille de son patron, sa fille véritable qui lui fait croire qu'elle est enceinte pour pouvoir se marier, sa bonne qui le quitte pour épouser un baron, son chauffeur amoureux de sa fille, un kinésithérapeute ahuri, et une valise remplie de bijoux.

GENÈSE :

Oscar est l'adaptation au cinéma d'une pièce de théâtre de Claude Magnier, mise en scène par Jean Mauclair, et jouée pour la première fois au Théâtre de l'Athénée en 1958. À l'origine, c'est Pierre Mondy qui interprète le rôle principal, celui de l'entrepreneur Bertrand Barnier. Son partenaire principal n'est autre que Jean-Paul Belmondo, dans le rôle de Christian Martin. Madame Barnier est interprétée par Maria Pacôme, le masseur par Mario David, qui sera le seul acteur, avec son pendant féminin Germaine Delbat, présent dans toutes les versions théâtrales d'Oscar ainsi que dans l'adaptation au cinéma, la bonne Bernadette par Dominique Page, Jacqueline par Jacqueline Huet, Colette par Françoise Vatel, la nouvelle bonne par Germaine Delbat, et Oscar par Jacques Porteret.

Dès cette année 1958, la pièce passe au Théâtre des Bouffes, avec Jean-Pierre Cassel à la place de Pierre Mondy et Denise Provence dans le rôle de Madame Barnier. Une des caractéristiques de la pièce, qui sera confirmée dans le film, est le rôle réduit du personnage qui lui a donné son nom, le chauffeur de Bertrand Barnier, prénommé Oscar. Il s'agit même du personnage le moins important ! 

En 1961, la pièce reprend au Théâtre de la Porte Saint-Martin. L'arrivée de Louis de Funès dans le rôle de Bertrand Barnier va accroître son succès déjà conséquent. Le partenaire principal de De Funès est Guy Bertil, qui interprète Christian Martin. On retrouve Denise Provence, Mario David, Dominique Page, et Germaine Delbat, et quelques nouveaux (et nouvelles) venu(e)s : Odile Poisson (Colette), Danièle Lebrun (Jacqueline), et Michel Larivière (Oscar). 

La pièce est adaptée au cinéma en 1967 alors que Louis de Funès est devenu une immense vedette dont chaque film obtient des millions d'entrées. La surprise est le choix de confier la réalisation à Édouard Molinaro. A priori, Louis de Funès et Édouard Molinaro appartiennent à deux mondes complètement différents qui, au mieux s'ignorent, au pire se détestent. De Funès est devenu le maître du cinéma populaire commercial à base de comédie, alors que Molinaro est un cinéaste plutôt intellectuel, avant tout orienté vers le drame et les films d'auteur. Du moins est-ce l’impression d’origine produite par le personnage, mais la réalité est beaucoup plus nuancée : Molinaro n’a jamais été sectaire et s’est épanoui aussi bien dans le cinéma d’auteur, qui garde sa préférence, que dans les comédies populaires.

Le film comporte quelques nouveautés dans la distribution, à l'image de Claude Rich, la plus remarquée étant l'arrivée de Claude Gensac, la nouvelle Madame Barnier. L'adaptation est confiée à Jean Halain, qui avait déjà travaillé avec Louis de Funès sur la série des Fantômas. Le metteur en scène Édouard Molinaro, et surtout Louis de Funès lui-même, apportent leur contribution à l'adaptation. De Funès, enfin totalement maître de ses films, tient à tout contrôler. Il confiera que, dorénavant, si le public trouve ses films mauvais, il est le seul responsable, alors qu'auparavant il n'y pouvait rien. 

En 1971, Louis de Funès, déçu par certains films comme ceux de Korber, et lassé par la médiocrité des scénarios qu'on lui propose, décide de faire son retour au théâtre et reprend son rôle dans Oscar sur une mise en scène de... Pierre Mondy, qui avait inauguré le rôle de Barnier ! Maria Pacôme fait son retour dans le rôle de Madame Barnier, qu'elle n'avait jamais joué avec Louis de Funès comme partenaire. Elle va accroître le potentiel comique de la pièce tout comme Laurence Badie, qui succède à Dominique Page dans le rôle de Bernadette. Christian Martin est interprété par Gérard Lartigau, Colette par Brigitte Degaire, Jacqueline par Corinne Le Poulain, et Oscar par Jean-Pol Brissart. N'oublions pas les inamovibles Mario David et Germaine Delbat.

RÉALISATEUR : 

A priori, l'association de Louis de Funès et d'Édouard Molinaro ressemble un peu à celle de la carpe et du lapin. Une analyse plus fouillée montre que le réalisateur a exploré auparavant de nombreux genres cinématographiques en dehors de son registre de prédilection, les films d’auteur. Ainsi, on l’a vu exercer dans le domaine du film policier (La Mort de Belle d’après Simenon) ou de la comédie (Une ravissante idiote avec Brigitte Bardot). Il a même collaboré au film à sketches Les sept péchés capitaux en mettant en scène L’envie. 

Néanmoins, on n’imagine guère les deux hommes travaillant ensemble. Cependant, il arrive qu'une association improbable donne d'excellents résultats. D'un certain côté, c'est le cas pour le public, puisque les deux films Molinaro-De Funès seront excellents. Mais du point de vue de Louis de Funès, c'est un échec car les deux hommes ne s'entendent pas.

Fufu aime que les réalisateurs soient décontractés, et rient derrière leurs caméras. Il a travaillé avec des metteurs en scène qui rient beaucoup, comme Yves Robert et bien entendu Gérard Oury. Mais laissons-lui la parole :

« Vous avez des réalisateurs qui sont là et disent (il prend un air sévère) : Allons ! Allons ! Silence, les enfants ! C'est fini, oui ? … Vas-y !... Et ce sont des metteurs en scène de comédies ! Alors, c'est épouvantable, il faut aller chercher les ressorts du comique au plus profond de soi... » 

Il est probable que De Funès visait notamment Molinaro dans ces propos. On sait que le tournage d'Oscar a été extrêmement tendu. Un jour, Louis a fait la grève du tournage : Claude Rich a raconté qu'un matin, alors qu'il se préparait pour la scène du jour, on l'a prévenu que Louis de Funès ne voulait plus continuer parce que « Molinaro ne le faisait pas rire ». 

L'incident se serait produit avant le tournage de la fameuse scène de crise de nerfs, avec Fufu qui joue du violon sur une extension imaginaire de son nez. Un passage d'anthologie, digne d'un film muet. De Funès, qui était à la base un acteur de théâtre, avait besoin d'un public qui rit lorsqu'il se déchaîne. Molinaro n'étant guère expressif, il propose de faire venir l'équipe du tournage à titre de spectateurs, afin que son acteur principal puisse tourner la scène dans les conditions du théâtre. De Funès accepte, et une seule prise de vues sera nécessaire tellement il se montre génial.

DÉCORS : 

Hormis pour les images du générique, le film est entièrement tourné en studio. Logique puisqu'il s'agit de l'adaptation d'une pièce de théâtre, mais néanmoins unique dans la filmographie de Louis de Funès puisque ses autres adaptations issues du théâtre, Pouic-Pouic, Hibernatus, et Jo comportent quelques scènes tournées en extérieur. 

Lors des arrivées et départs des divers personnages chez les Barnier, on peut admirer les extérieurs de leur villa. Ces scènes ont été tournées à la Villa Stein à Vaucresson, construite en 1927 et 1928 par Le Corbusier. 

Les décors intérieurs sont résolument modernes et très colorés. On remarque un escalier en colimaçon et un curieux parc situé en sous-sol, avec plantes, oiseaux... Ce style singulier ne se marie guère avec le personnage plutôt classique, presque « vieille France », généralement interprété par De Funès, que l'on s'attend plutôt à voir dans un château avec chandeliers et meubles anciens.

GÉNÉRIQUE : 

Le générique de début montre la voiture de Christian Martin se faufilant dans les rues de Paris, puis dans la campagne très boisée de la région parisienne, avant de se terminer avec l'arrivée à la villa des Barnier. 

Au contraire des décors, la musique enlevée de Jean Marion et de Georges Delerue est typique de ce qu'on entend dans les comédies en général, et dans les De Funès en particulier. L'absence de longues scènes sans dialogues tournées en extérieur réduit considérablement les passages musicaux pendant le film. 

La voiture de Martin produit déjà un effet comique pendant le générique ; j'ignore où ils sont allés chercher un engin pareil : cette petite voiture noire très étroite semble avoir été aplatie, comme si elle avait subi une forte pression sur les ailes !

SCÉNARIO : 

Comme le suggère l'absence de scènes en extérieur, la pièce a été adaptée sans grand changement, et c'est heureux tant ses effets comiques sont irrésistibles. Le film ne dure que 80 minutes, mais ne comporte aucun temps mort. Cette caractéristique est commune à tous les De Funès adaptés de pièces de théâtre. Fufu fait son apparition très rapidement, et à partir de cet instant, il sera de toutes les scènes. On ne relève que quelques absences ponctuelles très limitées où l'action se concentre généralement sur deux autres personnages. 

Ainsi, on saisit toute la différence avec des films comme les Fantômas ou ceux de Gérard Oury, qui consacrent une partie du scénario à des scènes d'action spectaculaires, surtout dans le final. Ici, tout repose sur le jeu des acteurs. Les amateurs de décors grandioses seront donc déçus, mais les fans de De Funès y trouveront leur compte, car le comique se déchaîne dans un véritable festival au rythme nerveux. 

Bertrand Barnier est réveillé chez lui à huit heures du matin par son employé Christian Martin alors qu'il avait donné des ordres en prévision d'une grasse matinée. De fort mauvaise humeur, il est stupéfait d'apprendre que Martin l'a tiré de son lit pour lui demander une augmentation importante de salaire, et met fin aussitôt à l'entretien. Mais son visiteur s'incruste et prend son petit-déjeuner avec lui sans y être invité. 

Barnier finit par céder lorsque Martin lui apprend qu'il doit le matin même demander en mariage une jeune fille riche, et qu'il ne peut présenter sa demande que s'il est assuré d'obtenir une augmentation conséquente. Il joue habilement sur son rôle dans l'entreprise, prépondérant puisque depuis son arrivée le chiffre d'affaires a décuplé, et appuie sur un point sensible pour son hôte, l'entrepreneur concurrent Muller, que Barnier déteste. Martin a pris contact avec Muller, qui est prêt à l'engager à n'importe quel prix. 

La négociation arrive aux chiffres, et Barnier manque de s'étrangler lorsque Martin lui réclame 6000 francs par mois, le double de son salaire actuel. Inquiet en raison des menaces de passage à la concurrence, il finit par lui accorder 5500 francs mensuels. 

Martin peut alors faire sa demande en mariage. Il enfile des gants blancs et annonce à Barnier qu'il veut épouser sa fille ! L'entrepreneur le prend de haut, mais Martin sollicite le titre de directeur commercial. Pour Barnier, ce n'est ni ce titre, ni ses 5500 francs de salaire qui pourront assurer à sa fille le train de vie qu'elle a connu jusqu'à présent. Mais Christian Martin affirme que sa fiancée a prétendu pouvoir obtenir une dot de 400 000 francs, à laquelle il pourra ajouter plus de 600 000 francs de fortune personnelle qu'il a constituée aux dépens de l'entreprise Barnier !

Incrédule, puis furieux, Barnier veut prévenir la police mais se calme lorsque Martin menace de dénoncer les magouilles financières qui ont permis à son patron de frauder le fisc. Pour finir, il révèle que la fille de Barnier et lui sont amants depuis près d'un an et demi. 

Martin quitte Barnier pour le laisser négocier avec sa fille. Cette dernière, prénommé Colette, désire se marier. Devant les réticences de son père et sur les conseils de la bonne Bernadette, elle fait croire qu'elle est enceinte pour faire céder ses parents. 

Un coup de théâtre survient avec l'arrivée de Jacqueline, une jeune fille qui avoue à Barnier avoir fait croire à son amoureux, Christian Martin, qu'elle était sa fille. Barnier finit par comprendre que la demande en mariage de Martin concerne en fait Jacqueline et non sa fille Colette. Il interroge cette dernière pour savoir qui est le père de son enfant, et manque de s'évanouir en apprenant qu'il s'agit d'Oscar, son chauffeur, qu'il vient de renvoyer ! 

Oscar se serait embarqué sur une expédition polaire devant durer 6 ans à la suite de ce chagrin d'amour. Barnier doit trouver un mari pour sa fille enceinte. Il jette son dévolu sur Martin. Après tout, son employé ne lui a-t-il pas demandé la main de sa « fille » ? Il fait signer à Martin un papier d'engagement à épouser sa fille, sans évidemment préciser qu'il s'agit de Colette, et en échange il s'engage à restituer au jeune couple les 600000 francs que Martin a convertis en bijoux et placés dans une valise confiée à Barnier, aux fins de convaincre Madame Barnier d'accepter ce mariage.

Le malentendu dissipé, Barnier fait remarquer à Martin qu'il a signé une promesse de mariage avec sa fille, qui est enceinte et a besoin d'un père pour son enfant afin de sauver la face. Peu enthousiasmé, et pas du tout attiré par Colette, Martin propose à sa « fiancée » d'épouser à la place... le masseur de son père ! 

Le vaudeville n'est pas terminé puisque Barnier est confronté au retour d'Oscar, aussitôt mis à la porte par Philippe, le kinésithérapeute, jaloux de cette concurrence inattendue, puis au départ de Bernadette qui le quitte pour épouser le Baron de la Butinière et part en emportant la valise de bijoux au lieu de la sienne, et à un nouveau vol de Martin dans la caisse de l'entreprise, d'un montant encore égal à 600 000 francs, placés dans une valise que Bernadette ne tardera pas à emporter aussi ! Le ballet infernal des valises n'est d'ailleurs pas sans anticiper sur celui des sacs de voyage écossais de l'hilarant On s'fait la valise doc ? (1972) de Peter Bogdanovich.

Pour couronner le tout, la nouvelle bonne envoyée par le bureau de placement n'est autre que la mère de Jacqueline et ancienne maîtresse de Barnier, et elle lui apprend qu'il est le véritable père de Jacqueline ! Et voilà donc notre entrepreneur accordant la main de Colette à Oscar, opportunément revenu, et celle de Jacqueline à Christian Martin, au grand étonnement de sa femme qui n'est pas au courant de ses frasques passées. 

Et tout ceci s'est déroulé au cours de la même matinée...

DISTRIBUTION : 

Louis de Funès reprend le rôle de Bertrand Barnier qu'il a si souvent incarné au théâtre. Entrepreneur malhonnête, autoritaire, et nerveux, c'est tout à fait le genre de personnage que De Funès aime interpréter. Au départ, le rôle n'avait pas été écrit pour lui, mais il se l'est magnifiquement approprié. 

Le rôle de Christian Martin est attribué à Claude Rich, et c'est une réussite éclatante. Rich est épatant en arriviste sans scrupules jouant avec les nerfs de son patron. Pourtant, l'entente entre De Funès et lui n'a pas toujours été facile. Rich était exaspéré des références à Guy Bertil, interprète de Christian Martin au théâtre, que Louis de Funès lui sortait à chaque fois qu'il voulait influencer sa manière de jouer. Un jour, au cours d'une répétition, alors que l'atmosphère était tendue à son comble, De Funès entame un « Mais Guy Bertil, vous savez... », et Rich craque : il empoigne une bouteille en verre, la brise, et brandit le tesson en direction de son partenaire en disant d'un air menaçant : « Quoi, Guy Bertil ? »

Interloqué, Fufu devient blanc de peur, et comprend qu'il est allé trop loin. Claude Rich a raconté que, quelque temps après la fin du tournage, il avait été un peu malade. Louis de Funès lui avait alors envoyé un message de soutien accompagné d'un cadeau. Dans sa lettre, il faisait allusion à l'incident : « Nous avons eu un petit différend, mais je t'aime beaucoup... » Toujours grand seigneur, De Funès !

Malgré la belle réussite de Claude Rich, j'aurais bien aimé voir le premier acteur ayant tenu le rôle de Christian Martin au théâtre, c'est-à-dire Jean-Paul Belmondo. Ce personnage d'arriviste un peu escroc, presque grandiloquent, était tout à fait dans les cordes de « Bébel », dont le jeu empreint d'ironie aurait fait merveille face à De Funès. Et puis un face-à-face De Funès-Belmondo, ça aurait valu le coup d'œil... Mais bien sûr, ce n'était pas envisageable : en 1967, Belmondo était déjà devenu une des vedettes nationales les plus appréciées, il ne pouvait donc pas se contenter de jouer les faire-valoir de Louis de Funès.

L'épouse de Bertrand Barnier est interprétée par Claude Gensac. Voilà qui paraît naturel puisque cette actrice reste la femme de Fufu à l'écran la plus populaire, en raison du nombre de fois où elle tint le rôle, de ses prestations excellentes, et du fameux « Ma biche ». Elle fut tellement marquante dans ce rôle que beaucoup croient qu'elle le tint dans la plupart des De Funès alors que sa participation en tant que telle fut limitée à 7 apparitions, dont 3 dans les Gendarme. Or, Oscar est le premier film sur lequel elle tint ce rôle d'épouse. À l'époque du tournage, sa participation n'allait donc pas de soi. 

Madame Barnier est myope comme une taupe, assez étourdie, et finalement très discrète. Sur ce film, il est permis de penser que Maria Pacôme aurait été un meilleur choix, cette comédienne disposant d'un potentiel comique plus affirmé que celui de Gensac, et c'est ce qui importe avant tout pour un film adapté du théâtre de boulevard. 

Agathe Natanson, devenue de nos jours l'épouse de Jean-Pierre Marielle, interprète Colette, la fille des Barnier. Sa composition n'a pas fait l'unanimité : sans doute a-t-elle exagéré le côté femme-enfant de Colette. La jeune femme se sent étouffée par l'atmosphère familiale et ne songe qu’à se marier pour « être une femme libre ». En la voyant jouer, on a plutôt envie de dire « gamine libre »...

Dominique Page est confirmée dans le rôle de Bernadette, la servante qui devient baronne et se met à snober son alter ego Charles. Bernadette éprouve une grande sympathie pour Colette, elle n'hésite pas à lui donner des conseils, par exemple faire croire à son père qu'elle est enceinte pour qu'il consente à son mariage. Sa distraction va provoquer les fameux échanges de valises, à l'origine des principaux effets comiques de la seconde partie du film. 

Sylvia Saurel est l'excellente interprète de Jacqueline Bouillotte, la fille naturelle de Barnier. Jolie, sensible, élégante, Jacqueline aime Christian Martin, et cet amour réciproque humanise le personnage de Martin. Avec Jacqueline, l'arriviste imperturbable n'a plus le même visage... 

L'inénarrable Mario David est l'interprète inamovible de Philippe Lucas, le masseur-kinésithérapeute de Barnier. C'est un colosse, mais il n'est pas très futé et cela exaspère son client, qui dans le fond préfèrerait voir sa fille épouser Martin, un ambitieux certes assez douteux mais plus intelligent que Philippe, et surtout plus compétent que lui-même dans la gestion de son entreprise.

Paul Préboist incarne Charles, le maître d'hôtel, comme souvent dans les films de Louis qui l'apprécie beaucoup. C'est un valet fidèle, mais toujours prêt à s'affranchir des directives de son patron en échange d'un bon pourboire. Dans le fond, il reste un grand naïf. 

Le rôle de Charlotte Bouillotte, la nouvelle bonne, ancienne maîtresse de Barnier et mère de Jacqueline, est interprété par Germaine Delbat. L'adage dit qu'on ne change pas une équipe qui gagne, c'est probablement pourquoi Mme Delbat est maintenue dans ce rôle depuis les débuts de la pièce, tellement elle tient le rôle à la perfection.

Autre belle réussite, celle de Roger Van Hool dans le rôle d'Oscar. Tout de blanc vêtu, très élégant avec sa cravate multicolore, cet acteur crève l'écran bien que sa présence soit réduite à deux apparitions. On comprend tout de suite de quel genre de personnage il s'agit : son apparence décontractée et son physique avantageux en font un godelureau calibré pour séduire la fille naïve de son patron. 

Philippe Vallauris complète la distribution dans le minuscule rôle du chauffeur du Baron de la Butinière.

TEMPS FORTS : 

On peut presque affirmer que les temps forts, c'est l'ensemble du film tant les scènes à haute portée comique se succèdent à un rythme infernal. Oscar est un film qui supporte de nombreuses rediffusions sans que son potentiel comique ne s'érode le moins du monde. 

Si l'on veut trouver absolument des temps plus forts que forts parmi une foule de temps forts, on pourra citer quelques passages irrésistibles. 

Alors que Christian Martin se moque de Barnier depuis le début de leur premier entretien, alors qu'il a commencé par le déranger chez lui pour lui demander une augmentation, s'est invité à partager son petit-déjeuner, lui a demandé de le servir et s'est emparé de sa tartine après qu'il lui ait annoncé qu'il souhaitait épouser sa fille et qu'il lui avait volé 60 millions, le sans-gêne Christian ose dire : « Je suis un garçon timide, vous ne le saviez pas ? » (!)

Réponse de Barnier-De Funès ; « Non, je ne le savais pas ! »

Lorsqu'il prend congé, le « garçon timide » demande à Barnier :

- Permettez-moi de vous appeler Bertrand.
- Ah ! Ça, non !
- Allez !... Au revoir, Bertrand !

Et le maître d'hôtel : « Vous avez vu, il vous appelle Bertrand ! » La tête de Louis de Funès à ce moment-là !

La façon dont Colette apprend à son père qu'elle est enceinte est hilarante. « Nous l'appellerons Blaise. » annonce-t-elle de but en blanc. Barnier est long à comprendre, et on voit très bien à son expression l'instant où la vérité (qui n'en est d'ailleurs pas une...) se fait jour dans son esprit. Réaction :

« Ce n'est pas possible ! C'en est trop pour la même journée ! Vous n'allez pas l'appeler Blaise ! »

Autre très, très bon moment, lorsque Bernadette donne son congé :

- Je voudrais prévenir Monsieur que je ne pourrai pas rester plus longtemps à son service.
- Et pourquoi donc ?
- Parce que je me marie, Monsieur !
- Vous au moins, vous avez de la chance... Et avec qui ?
- Monsieur le connaît très bien. Il venait souvent ici...
- Ah bon ? Qui est-ce ?
- Honoré de la Butinière !
- C'est pas possible ! Le boutonneux ?
- Je fais remarquer à Monsieur qu'il n'a plus de boutons !
- Tiens ? Et comment vous expliquez ça, vous ?
- Si Monsieur ne comprend pas...
(elle prend un air entendu)
- Bernadette ! Vous allez partir immédiatement ! Je n'aime pas du tout ce genre de plaisanteries !

Puis Barnier avec sa femme :

- Tu connais la nouvelle ?
- Non !
- Le Baron de la Butinière n'a plus de boutons !
- Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?
- Et tu sais pourquoi ?
- Non !
- Demande à la bonne !
- Bertrand ! À chaque fois que je te vois, je me demande si tu es dans ton état normal !

Lorsque Martin lui fait remarquer que lui aussi peut avoir un accident mortel, De Funès a une séquence très typique de son comique visuel, et particulièrement réussie. Il répond :

« Ça m'étonnerait parce que moi.... vlaf ! » (il mime un piéton évitant un camion en se glissant au-dessous). « Mais j'ai connu une cousine, c'est horrible, elle était comme ça.. » (il mime la cousine, étendue après avoir été victime de l'accident). 

J'aime beaucoup aussi cet échange entre Barnier et Martin :

- Votre fille attend un enfant ?
- Ce sont des choses qui arrivent...
- Et pourquoi n'épouse-t-elle pas le vrai père ?
- Il a disparu !
- Et vous voudriez que ce soit moi ?
- Oui !
- Mais vous êtes une crapule !
- Vouiiiii ! Et c'est pour cette raison que j'ai pensé que nous pourrions nous entendre tous les deux...

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Plus le temps passe, et plus Barnier devient nerveux, excédé que personne ne veuille comprendre son histoire d'échanges de valises. Ainsi, lorsqu'il reçoit Jacqueline pour la deuxième fois :

- Il y a une histoire de valises dont je n'essaierai pas de vous parler puisque toutes les personnes à qui je la raconte croient que je suis zinzin.
- Zinzin ?
- Oui, je sais. Tout ce que je dis n'a aucun sens...

Et plus tard avec son masseur :

« Oscar, c'est mon chauffeur, qui est parti au pôle Nord et dont ma fille attend un enfant, pendant qu'un employé me volait 60 millions pour épouser ma fille qui n'était pas la mienne ! Et maintenant, voilà la bonne qui s'en va en emportant la valise de bijoux ! Vous comprenez maintenant pourquoi je voulais vous la faire épouser ? »

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Et bien sûr, il y a la fameuse scène dite du violon. Au départ, De Funès, la croyant bonne pour le théâtre mais inadaptable au cinéma, refuse de la faire. C'est la scène où Molinaro le convainc en lui offrant les techniciens en guise de public. En apprenant par sa femme et sa fille comment ont disparu la valise de bijoux et la valise de billets, Barnier perd le contrôle de ses nerfs. Il s'en prend à sa fille : « Regardez comme elle a l'air bête, celle-là ! Mmmmmmhh ! » (mime évoquant l'air ahuri de sa fille, très drôle). « D'abord, tu n'auras pas de dot ! Rien, mais alors rien du tout ! » (succession de mimes pour illustrer sa fille ruinée).

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Barnier décide alors d'appeler le Baron de la Butinière pour tenter de récupérer les valises. Il s'énerve au téléphone, le traite de triple andouille, puis de boutonneux, raccroche, et entreprend de mimer les boutons. Sa main représente un avion qui vole et lance des rafales de mitraillette, aussitôt transformées en boutons sur le visage de ce pauvre baron. Puis c'est le nez qui s'allonge, et De Funès mime un archet qui va et vient sur le nez du baron !

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POINTS FAIBLES : 

Difficile de trouver des défauts dans cette excellentissime comédie. Le seul relatif point faible est l'interprétation d'Agathe Natanson dans le rôle de Colette. Trop gamine capricieuse, ses hurlements à chaque fois que les choses tournent mal sont à la limite du supportable.

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Le passage du théâtre au cinéma a plutôt été bien digéré. Certaines scènes n'étaient pas faciles à adapter car les effets que l'on peut obtenir au théâtre en interaction avec le public ne peuvent pas forcément être reproduits. Leur comparaison avec les extraits de la pièce n'est pas toujours en faveur du film, mais l'adaptation est tout de même très satisfaisante, et le film est à mourir de rire. Donc, on ne considérera pas que les quelques imperfections dans l'adaptation constituent un véritable défaut.

ACCUEIL : 

Le passage au cinéma va évidemment élargir considérablement le public d'Oscar. Le film sera vu par plus de 6 millions de spectateurs, chiffre dans la lignée des De Funès de l'époque.

Ce résultat est satisfaisant dans la mesure où, en dehors de Paris, la notoriété de la pièce était très faible. Mais aussi parce qu'un film de ce genre, sans beaux décors extérieurs, sans scènes d'aventures spectaculaires, peut dérouter une partie du public.

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On peut penser que c'est essentiellement la notoriété de l'acteur principal qui, au départ, a poussé les spectateurs à venir en masse. Ensuite, le bouche-à-oreille a dû produire ses effets, tellement le film est irrésistible.

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SYNTHÈSE :

Mon film préféré de Louis de Funès, un sommet du comique inégalable.

LES SÉQUENCES CULTES :

Si Monsieur ne comprend pas...

Comme ça, ça va ?

Il est comme ça !

Boutonneux !

Vous le saviez ?

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3. LES GRANDES VACANCES

Production : Les Films COPERNIC, coproduction franco-italienne.
Scénario : Jacques VILFRID, Jean GIRAULT
Dialogues : Jacques VILFRID
Réalisation : Jean GIRAULT
Musique : Raymond LEFEVRE

Charles Bosquier dirige une école privée de prestige dans la banlieue chic de Paris. Son fils aîné Philippe échoue à l'examen du baccalauréat en raison d'une très mauvaise note en anglais. Bosquier ne peut admettre que son fils aille dans les cours de rattrapage, ce qui constituerait une contre-publicité fâcheuse envers sa clientèle, surtout en cette année de record de réussite pour l'institution. Il décide d'envoyer son fils en Angleterre pendant les grandes vacances chez son correspondant MacFarrell, un fabriquant de whisky, et en échange reçoit sa fille Shirley, venue perfectionner son français. Mais Philippe a d'autres projets : afin de ne pas compromettre sa croisière en voilier le long de la Seine, il envoie à sa place chez MacFarrell Stéphane Michonnet, un camarade désireux de découvrir l'Angleterre. Shirley, exaspérée par l'autoritarisme de Bosquier, finit par rejoindre les participants à la croisière et tombe amoureuse de Philippe, sans savoir qu'il est le fils de Bosquier...

GENÈSE :

La machine De Funès est désormais bien lancée et n'est pas prête de s'arrêter. Et voici un tournage idéal pour Louis, presque en roue libre, entouré de son réalisateur favori et de comédiens qu'il a lui-même choisis parmi ses fidèles. Inutile de préciser qu'il est évidemment le maître absolu sur le plateau, Girault ne s'occupant que de l'aspect technique du tournage et acceptant toutes les modifications de scénario voulues par son acteur principal, d'ailleurs généralement fort judicieuses.

Le premier fait marquant du tournage est la mort de l'aviateur Jean Falloux au cours d’une cascade. Le film sera dédié à sa mémoire. 

Le second est l'arrivée de Claude Gensac pour jouer l'épouse de Louis à l'écran. On sait qu'elle deviendra par la suite sa partenaire favorite pour incarner ce rôle pas toujours facile, qu'elle tiendra à sept reprises, sans compter les autres compositions dans L'Aile ou la Cuisse et La Soupe aux Choux.

DÉCORS : 

Beaucoup de décors naturels sur ce film, qui tranchent avec les réalisations de Girault sur les Gendarme puisqu'il s'agit de décors de la moitié Nord de la France, alors que le titre du film suggérait plutôt une ambiance festive de style méditerranéen. 

Le château des Tourelles, à Vernon dans l'Eure, et le château de Gillevoisin, situé à  Janville-sur-Juine dans l'Essonne, ont été mis à contribution, notamment pour les décors de l'institution Bosquier.

Outre Le Vernonnet, dans le Calvados, et les montagnes du Massif Central avec Le Mont-Dore dans le Puy-de-Dôme, les scènes de départ de la croisière ont bien été tournées aux Mureaux, comme mentionné par les protagonistes du film.

L'expédition de Charles Bosquier pour retrouver son fils le conduit en Normandie sur le pont de Tancarville, puis au Havre, notamment dans le quartier du port. 

Signalons aussi Versailles dans les Yvelines, et Igoville dans l'Eure. Et une scène tournée sur le paquebot France ! 

À noter que Louis de Funès, toujours respectueux de la nature et des animaux, a personnellement veillé à ce qu'aucun volatile ne soit blessé lors du tournage de la scène du poulailler emporté par sa voiture. 

Les intérieurs ont été filmés aux studios de Boulogne et d'Epinay.

GÉNÉRIQUE : 

La séquence pré-générique présente le départ en vacances d'été des pensionnaires de l'institution, avec les commentaires de Bosquier sur ses élèves, puis la découverte de l'échec de Philippe au baccalauréat en raison de sa note de un sur vingt en anglais. Bosquier annonce à son fils qu'il va partir en Angleterre, et Philippe envoie Michonnet à sa place. 

Le générique montre le départ en avion de Philippe, en fait remplacé par Stéphane Michonnet pour se rendre chez les MacFarrell en Angleterre. 

La musique, de tonalité très « sixties », est composée par Raymond Lefèvre et n'a rien d'enthousiasmant. Il est vrai que Lefèvre est loin d'être le meilleur compositeur ayant participé aux films de Fufu...

SCÉNARIO : 

Jacques Vilfrid et Jean Girault n'ont jamais eu la réputation de scénaristes hors pair, mais s'en sont sortis honnêtement en écrivant une histoire totalement bâtie sur le comique de Louis de Funès, et après tout, c'est bien ce que Louis, les producteurs, et le public attendaient d'eux. Le script est tout à fait convenable et permet à De Funès de développer son comique sans contrainte. Que demander de plus ? 

Charles Bosquier dirige son internat pour « jeunes gens » d'une main de fer. Il n'hésite pas à tancer les élèves indisciplinés, les parents mauvais payeurs, et les professeurs récalcitrants. En revanche, il se montre extrêmement servile envers la clientèle issue de l'aristocratie à laquelle il tient beaucoup. 

L'année scolaire se termine. Charles dit au revoir à ses élèves qui quittent le pensionnat en compagnie de leurs parents. Chacun a droit à une petite remarque, le plus souvent négative, sauf le fils d'une comtesse, pourtant jugé « nul » par son professeur.

Un apéritif est donné en faveur des professeurs, puis Bosquier prend connaissance des résultats de son fils ainé Philippe au baccalauréat. Catastrophe : Philippe est recalé en raison d'une note épouvantable en anglais : un sur vingt ! Quelle idée d'avoir un sur vingt en anglais, comme le fait remarquer sa mère, mais Philippe explique qu'il n'est pas doué pour les langues. 

Pas question que le fils du directeur se retrouve parmi les classes de rattrapage, donc Charles décide de l'envoyer en Angleterre chez MacFarrell, un marchand de whisky. En échange, il accueillera à l'institution Shirley, la fille des MacFarrell. 

Voilà une décision fâcheuse pour Philippe qui projette d'effectuer une croisière sur la Seine sur un voilier en compagnie de quelques camarades. De plus, il est le seul qui sache naviguer, donc son absence remettrait en cause les vacances de tout le groupe. Heureusement, le gros Stéphane Michonnet, un autre élève, a très envie de visiter l'Angleterre. Il peut d'absenter sans problèmes car ses parents, artistes, sont en tournée et ne s'apercevront de rien. Michonnet va donc prendre la place de Stéphane chez les MacFarrell.

La jeune Shirley MacFarrell ne tarde pas à arriver à l'institution avec sa petite voiture, et à semer la perturbation : cette ravissante demoiselle porte une mini-jupe qui enflamme les élèves du cours de rattrapage et même leur professeur, tous volontaires pour l'aide à changer son pneu crevé ! 

Gérard, le fils cadet de Bosquier, sait s'y prendre pour flatter son père : en première à seize ans, sage en apparence avec son herbier en guise de violon d'Ingres, très studieux, c'est le chouchou à son papa. Il prévient son père de l'arrivée de Shirley qui se fait « draguer par les rattrapages », le tout en échange d'un billet de banque, selon ses habitudes.

Peu confiant dans le sérieux de la jeune MacFarrell, et persuadé que Gérard ne s'intéresse pas aux filles, il charge son cadet d'accompagner Shirley partout où elle ira. En réalité, Gérard joue la comédie de l'indifférence mais est amoureux de la petite anglaise. Elle et lui jouent la comédie des bons petits jeunes visitant les musées et autres lieux culturels alors qu'ils passent leurs journées dans les bowlings, les dancings, ou dans les boutiques pour faire des emplettes.

Lorsque Shirley et Gérard rentrent en retard avec des vêtements déchirés, prétendument à la suite d'une « bousculade dans le métro » (alors que Shirley ne se déplace qu'en voiture), Bosquier commence à avoir des doutes au sujet de son fils. Il tombe des nues en découvrant des magazines de charme et de rock and roll cachés dans l'herbier de Gérard. 

Charles décide de suivre les jeunes gens et manque de défaillir lorsqu'il découvre son fils, âgé de seize ans, au volant de la voiture de l'Anglaise ! En voulant les suivre, il manque d'être étranglé par un énergumène et perd leur trace. Au lieu d'aller à l'église Saint-Clothilde, Gérard emmène Shirley se baigner aux Mureaux... où ils tombent par hasard sur Philippe et ses copains qui se préparent à embarquer. Philippe fait promettre à Gérard de ne rien dire à son père, et se montre fort intéressé par Shirley. 

C'est le coup de foudre entre Shirley et Philippe qui s'est présenté à la petite anglaise en tant que « Stéphane Michonnet ». Exaspérée par les remontrances de Bosquier, Shirley décide de déserter pour participer à la croisière, et part en pleine nuit malgré l'opposition de Gérard, et en emmenant Bargin, un élève des cours de rattrapage dont Philippe a besoin pour réparer le voilier. Bargin remet le bateau en état, mais exige en échange de participer à la croisière.

Pendant ce temps, Stéphane Michonnet, qui ne supporte pas la cuisine anglaise, a mangé à la place des champignons qui l'ont rendu malade. Mr MacFarrell prévient Bosquier par téléphone, mais ce dernier, pas plus doué pour les langues que son fils ainé... et que MacFarrell ne n'est pour la langue française, croît comprendre que son fils a commis une indélicatesse. Il s'embarque pour Londres sur-le-champ et découvre la supercherie. Il demande à Michonnet de ne rien révéler pour éviter le scandale, et, pour se venger, l'oblige à manger les délicieux petits plats concoctés par les Anglais. 

À son retour en France, Bosquier apprend que Shirley a disparu. Gérard a fini par avouer à sa mère l'histoire de la croisière. Charles part à la recherche du bateau car MacFarrell doit venir rendre visite à sa fille d'un jour à l'autre. Après de multiples péripéties, dont une chute dans la mer et une bagarre homérique dans un bar à matelots, il finit par retrouver son fils et Miss MacFarrell qui ont eu le temps de terminer la croisière en atteignant Le Havre. Il les ramène à l'institution juste avant l'arrivée de MacFarrell. Shirley repart en Angleterre avec son père. 

Les MacFarrell acceptent que Michonnet reste quelques jours supplémentaires chez eux malgré le retour de leur fille, au grand dam de Shirley qui prend elle aussi Michonnet pour le fils de l'infect M. Bosquier. Stéphane drague Shirley, et l'Anglaise va se venger en montant une comédie destinée à faire croire que Michonnet et elle ont passé une nuit ensemble.

Furieux, MacFarrell convoque Bosquier et le somme de s'expliquer. Charles est contraint d'avouer qu'il ne s'agit pas de son fils, mais la discussion dégénère en bagarre. Shirley et Michonnet dissipent le malentendu et tout rentre dans l'ordre, mais pas pour très longtemps. En effet, Philippe a accompagné son père et retrouve Shirley : c'est le grand amour et les tourtereaux s'enfuient en Ecosse où ils espèrent pouvoir se marier sans le consentement de leurs parents lors de la grande fête de Gretna Green. 

MacFarrell déclare la guerre à ces Français, tous des « maniaques sexuels » selon lui. Il embarque dans son petit avion de tourisme en compagnie de Bosquier. L'avion tombe en panne d'essence peu avant l'arrivée en Ecosse, et se retrouve contraint de se poser... sur le toit d'un autocar ! 

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Les deux pères éplorés parviennent à empêcher le mariage et se lancent à la poursuite de leur progéniture qui s'est enfuie. La course folle en carriole d'époque tourne mal : les deux hommes perdent leur cheval et dégringolent une pente aux allures de ravin. Affolés, ils jurent de ne plus s'opposer au mariage s'ils sortent vivants de cette équipée, et terminent leur course dans la distillerie de MacFarrell complètement ivres en raison des vapeurs du whisky qui s'est répandu partout. 

Bosquier et Mac Farrell tiennent parole : Shirley et Philippe peuvent convoler, et Michonnet, invité au mariage, va pouvoir se délecter de cuisine britannique !

DISTRIBUTION :

Louis de Funès obtient encore un rôle idéal avec ce Charles Bosquier, directeur de l'institution du même nom, un homme autoritaire, irascible, et très à cheval sur la discipline même en période de vacances. Comme d'habitude, il est parfait et génial avec ses inspirations comiques toutes plus réussies les unes que les autres. 

C'est donc Claude Gensac qui interprète son épouse Isabelle, rôle dans lequel elle se montre déjà très à son aise, ce qui, conjointement à son bon coup d'essai dans Oscar, explique sans doute qu'elle sera renouvelée à ce poste par la suite. Cependant, son personnage n'est pas encore très développé, elle ne joue qu'un rôle secondaire, loin de ce qu'elle réalisera dans la série des Gendarme, par exemple. 

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La jolie Martine Kelly joue avec talent et naturel Shirley MacFarrel. Sa filmographie se résume à une quinzaine de films, dont quelques Zidi avec Les Charlots et trois films avec De Funès (Hibernatus et une apparition dans L'Homme-orchestre suivront), ainsi qu'à des téléfilms et quelques pièces de théâtre. Elle s'est reconvertie dans la production à l'aube des années 90.

Olivier de Funès se retrouve fils de son père à l'écran comme à la ville dans le rôle de Gérard, le cadet des Bosquier. C'est un adolescent au fond aussi déluré que les jeunes de son âge, mais qui joue au premier de la classe sérieux et studieux autant pour ne pas décevoir son père que pour en tirer un profit financier, M. Bosquier n'étant pas avare en argent de poche en échange d'informations sur le fonctionnement de son établissement. 

Philippe, le frère aîné de Gérard, est interprété par François Leccia, acteur surtout connu pour être la voix française d'Albator lorsqu'il s'est spécialisé dans le doublage de dessins animés. Il est décédé en 2009 à l'âge de soixante ans. Le rôle de Philippe est beaucoup moins consistant que celui de Gérard, puisqu'il ne prend une relative épaisseur que lors de la séquence finale de la fugue en Ecosse.

Maurice Risch, un habitué des tournages avec Louis, donne vie à un Stéphane Michonnet drôle bien que peu sympathique en raison de son caractère peureux et geignard.

Christiane Muller, c'est la bonne, celle que Bosquier invite à plusieurs reprises à « aller se coucher » en guise d'exutoire à ses colères. Et M. le Directeur est très coléreux... 

On retrouve d'autres familiers de De Funès avec Mario David, la victime répétée des quiproquos qui se montre intransigeant face aux erreurs de Bosquier, Guy Grosso et Max Montavon en professeurs, Jean Droze en jardinier, le toujours apprécié Jacques Dynam en livreur de charbon moins pressé que son autostoppeur énervé, et Daniel Bellus en jeune aristocrate cancre et ironique. 

Dominique Davray a, elle aussi, souvent croisé la route de Fufu. Ici, elle joue une patronne de bar pour marins en escale. La Rose est vêtue de violet et désespère de voir dégénérer la bagarre alors que la police tarde à intervenir. 

Autour de François Leccia, le groupe des jeunes gens est animé par René Bouloc dans le rôle de Bargin, celui qui n'en croit pas ses yeux de voir Shirley venir le tirer de son lit en pleine nuit, et par d'autres acteurs à la participation sommaire comme Jean-Pierre Bertrand, Jacques Dublin, Dominique Maurin (frère de Patrick Dewaere), et, côté féminin, par la starlette italienne Sylvia Dionisio, et par Françoise Girault.

Robert Destain est le surveillant de l'internat, Billy Kearns le conducteur de car incrédule à la vue de l'avion posé sur son véhicule, Barbara Sommers la prude préposée aux costumes de Gretna Green, Denise Provence la comtesse Saint-André Danville, Emile Prud'homme l'accordéoniste du bar, Paul Faivre l'homme au poulailler saccagé par Bosquier. Colin Drake est Jenkins, le domestique de Mac Farrell, alors que Carlo Nell et Rudy Lenoir sont des professeurs. 

Même Jean Falloux, la victime du tournage, fait une apparition dans le rôle de l'ivrogne qui prévient le chauffeur de la présence de l'avion sur le toit de son autocar.

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TEMPS FORTS :

Nous sommes dans la grande époque de Louis de Funès, et le film ne déçoit pas. Donc, les scènes croustillantes se multiplient pour notre plus grand bonheur. À commencer par les phrases prononcées par Fufu dans la langue de Shakespeare, accommodée à sa sauce habituelle...

Le malheureux Bosquier n'est ménagé ni par son personnel ni par ses élèves. Pour preuve, le ton ironique employé par un de ses professeurs au sujet des notes du baccalauréat de son fils, et l'attitude insolente du comte Isolde Saint-André Danville, un de ses jeunes élèves. Il s'agit d'un cancre notoire, mais Bosquier flatte les clients issus de l'aristocratie malgré le désaccord du professeur : 

- Bosquier : « Avec son talent, ses dons, et aussi beaucoup de leçons particulières, il deviendra un de nos plus brillants élèves.
- Le professeur : Il est nul !
- Bosquier : Mais non il n'est pas nul, il est timide, voilà ! Avec la responsabilité qu'incombe un grand nom, on perd une partie de ses moyens, c'est bien connu !
- Le professeur : Ah ! Bien alors, il est timide...
- L'élève (avec un air méprisant) : La barbe !
- Bosquier : Il a raison !
- La comtesse : C'est un être d'une très grande sensibilité, comme tous les Saint-André Danville...
- Le professeur : Je maintiens qu'il est nul ! »
(Bosquier lui marche sur le pied pour le faire taire)

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Lors de l'arrivée de l'Anglaise, M. Chastenet, qui donne les cours de rattrapage, vient en renfort de ses élèves pour aider la nouvelle venue à changer sa roue crevée. Prévenu par Gérard, Charles surgit au moment où Chastenet essuie la cuisse sale de Miss MacFarrell en lorgnant sur sa mini-jupe ! 

Bosquier croit pouvoir compter sur le sérieux de son fils cadet Gérard, mais ne tarde pas à déchanter. Lorsque Shirley et Gérard reviennent avec leurs vêtements déchirés sous prétexte d'une bousculade dans le métro (en fait, à l'occasion d'une sortie dans un bowling), Charles commence à avoir des doutes. Il interroge son fils au sujet du musée Carnavalet qu'il était censé visiter en compagnie de l'Anglaise, Gérard répond par des banalités visiblement apprises par cœur. Pendant qu'il prend sa douche, son père fouille dans ses affaires et découvre Play-boy et Rock and folk cachés au beau milieu de l'herbier. Furieux, il donne une bonne douche froide à ce rejeton hypocrite. Après l'avoir encensé, il dira à son épouse en parlant de lui : 

« C'est un menteur, un cafard, et un faux-jeton ! J'ai horreur de ce genre, horreur... »

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Le film bascule alors dans sa seconde partie dans le très américain thème du road-movie, mais ici copieusement dézingué par un burlesque très français, avec De Funès en tête de pont. La naïveté de Bosquier a des limites, et lorsque le dimanche matin Shirley et Gérard annoncent qu'ils vont prier à l'église Sainte-Clothilde, il décide de les suivre. Il manque de s'étrangler en découvrant son fils, âgé de seize ans, au volant de la voiture de l'Anglaise qui trouve que conduire à droite est trop difficile. Et voilà comment  en se lançant à la poursuite de la voiture, il passe dans un sens interdit et a le toupet de houspiller le conducteur du camion qui vient en face et le retarde ! 

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C'est alors que se produit le premier incident avec Mario David : Bosquier croit avoir rattrapé la mini-voiture de Shirley, mais en fait Mario David possède la même, d'où une confusion regrettable : Bosquier barre la route du véhicule avec sa voiture et annonce : 

« Je te tiens, enfin ! Sors de là, tu vas voir ce que tu vas prendre ! » 

La tête de Louis de Funès en voyant sortir Mario David ! Bosquier est contraint de s'excuser face au malabar, mais le problème, c'est qu’un quiproquo du même genre aura lieu lors de la poursuite en bateau : Mario David navigue sur un voilier qui ressemble à celui de Philippe, l'aîné des Bosquier. Mario David prend Bosquier pour un maniaque et le renvoie illico presto sur son bateau à moteur après l'avoir assommé. Petite cause, grands effets : Bosquier en est quitte pour une petite séance de deltaplane, arrimé à sa vedette !

Mario David sera une dernière fois victime de Bosquier lorsque ce dernier enverra dans sa décapotable quelques sacs de charbon en roulant trop vite au volant de la camionnette d'un livreur. Mais cette fois-là, il ne pourra attraper son persécuteur involontaire... 

Les scènes très drôles sont légion lors du premier séjour de Bosquier en Angleterre. Appelé en urgence par MacFarrell, Charles part sans sa femme : 

- Je viens avec vous !
- Non ! Le temps de vous préparer, on prendrait l'avion du soir...

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Bien entendu, il découvre Michonnet à la place de Philippe. Ulcéré, il va prendre sa revanche lors du repas, bonne occasion pour le scénariste de se payer les habitudes culinaires de nos amis d'Outre-Manche : 

- L'entrée, ce sont des huîtres dans de la soupe au lait...
- Ah ? C'est original... Mmmmmh ! Delicious ! C'est délicieux ! Mange mon fils, mange !... Et ça, alors, c'est la tarte ?
- Non ! C'est le poisson : du haddock avec des cerises et des petites mandarines. Et une mayonnaise à la menthe.
- C'est bon la menthe... Delicious ! C'est absolument delicious ! Allez, mange, mon fils !... Alors ça, c'est le dessert ?
- Non ! C'est la viande. Avec la Chantilly !
- Comme c'est original !... Delicious !

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A la fin du repas, avec MacFarrell :

- Vous aimez la cuisine anglaise ?
- Oh ! I like it ! It's delicious !
- Ah ! Vous êtes un gentleman !
- Oui... Michonnet, il faut tout finir !

À son retour de Londres, Bosquier part à la recherche de son fils sur la Seine entre Paris et Le Havre. Hormis les incidents avec Mario David déjà relatés, on note le saccage d'un poulailler par la voiture de Bosquier et le vol d'un canot à moteur dans un club nautique toujours par le même Bosquier.

Après l'épisode de l’équipée en deltaplane, Bosquier tombe à l'eau et est recueilli sur une péniche par des Flamands. Ses vêtements ayant été malencontreusement brûlés lors du repassage, il est contraint de repartir à terre vêtu d'une tenue de marin avec l'inscription Grotte Lulu, Anvers sur le ventre !

L'arrivée au Havre est très drôle : Bosquier fait une partie du chemin avec un livreur de charbon et aide l'homme dans ses livraisons pour aller plus vite : le livreur n'a même pas le temps d'empoigner un sac que Bosquier en a déjà livré trois ! Charles prend le volant, au grand désespoir du livreur face à sa conduite à toute allure, et il finit par s'emparer carrément de la camionnette lorsque son propriétaire décide de faire une pause dans un bar.

La panne d'essence de la camionnette le contraint à poursuivre sa route en autostop. C'est en compagnie d'un énorme chien haletant qui s'appuie sur lui que notre fier directeur de pensionnat arrive au Havre. Le toutou appartient à deux ravissantes jeunes blondes qui tentent de rassurer leur autostoppeur : 

« N'ayez pas peur, il ne mord pas souvent... Dites-lui qu'il est beau, il adore les compliments ! » 

Et encore une mimique d'anthologie de Fufu avec le chien sur les genoux !

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Parvenu au port du Havre, Bosquier, toujours habillé en marin flamand, trébuche et se retrouve au milieu d'un tas de cageots juste au moment où passe la voiture des Saint-André Danville, d'où le constat ironique d'Isolde : 

« Mère, le direlo dans les cageots ! » 

De la dernière partie du film, moins enthousiasmante, on ressortira l'avion perché sur l'autocar et le malabar auquel Bosquier vole son pantalon, pris en flagrant délit d'intrusion dans les vestiaires féminins et passant pour un satyre alors qu'il ne cherchait qu'à récupérer son vêtement.

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POINTS FAIBLES : 

Les danses des garçons lorsqu'ils rencontrent les deux jeunes filles au port des Mureaux constituent un passage complètement stupide et inutile. 

Comme souvent dans les De Funès, le film accuse une nette baisse de régime dans sa partie finale, dès lors que Shirley et Philippe s'enfuient en Écosse.

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ACCUEIL :

Avec plus de sept millions de spectateurs, Les Grandes Vacances obtient la meilleure performance de l'année 1967, juste devant... un autre film de Louis, en l'espèce Oscar.

Le public confirme sa prédilection pour les films réalisés par Jean Girault, et le film obtient d'ailleurs le Ticket d'Or du meilleur film de l'année, décerné par les spectateurs.

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SYNTHÈSE :

Beau succès populaire tout à fait mérité, et un classique de plus pour Louis de Funès. 

LES SÉQUENCES CULTES :

Tu vas voir ce que tu vas prendre !

Alors que faire ?

Vous avez rendu mon fils idiot, presque assassin !

Delicious !

Il adore les compliments !

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Captures réalisées par Steed3003