Saga Louis de Funès

2 - La consécration (1964/1966) 1ère partie

Présentation 2ème époque

1. Le gendarme de Saint-Tropez - 1964

2. Fantômas – 1964

3. Le corniaud – 1964

4. Fantômas se déchaîne – 1965 

 

 


PRÉSENTATION 2ÈME ÉPOQUE  

Conséquence logique des efforts de tant d’années, la consécration arrive enfin en 1964 grâce à trois films qui, cumulés, enregistreront un total de vingt-trois millions de spectateurs, soit à l'époque un Français sur deux ! Ces trois films sont chacun le début de trois séries : les Gendarme, les Fantômas, et la série de films avec Gérard Oury.

Pendant deux ans, Louis de Funès va enchaîner un total de huit films tous de grande qualité, et s’installer au sommet du cinéma populaire français tant au niveau de la côte d’amour auprès du public qu’au niveau du box-office, ce qui, il est vrai, va souvent de pair…

Le cas de Fufu est unique puisque même Jean-Paul Belmondo, pourtant particulièrement populaire dans les années soixante, soixante-dix, et quatre-vingts, n’atteindra pas un nombre d’entrées équivalent sur l’ensemble de sa carrière.

En ces années, De Funès est alors au sommet de sa forme. Son talent a toujours été présent, et demeurera, mais il a atteint alors une sorte de perfection grâce à des années de travail acharné au cours desquelles il a peaufiné son personnage. De plus, il se trouve alors en parfaite condition physique, ce qui, hélas ! durera à peine dix années.

Toujours est-il que Louis est au sommet, et on ne voit pas qui pourra l’en déloger. Et on a raison puisqu’il ne quittera plus les hautes sphères de la popularité et que, comme on pouvait le prévoir, il ne sera jamais remplacé. Mais qui aurait pu remplacer un acteur aussi unique ?

Que les milieux cinéphiles relativement intellectuels ne soient pas séduits ne constitue pas un inconvénient majeur sachant qu'à l'époque rien de ce qui touche au cinéma populaire, en particulier lorsqu’il relève du registre comique, ne trouve grâce à leurs yeux. Il faudra attendre plusieurs années après sa mort pour que Louis de Funès soit reconnu à la hauteur de son génie, mais n’est-ce pas le lot de la plupart des grands artistes ? Combien de peintres exceptionnels ont été injustement boudés par les « intellectuels » de leur vivant ? Il ne fallait pas espérer que certains milieux soient plus clairvoyants avec Fufu…

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1. LE GENDARME DE SAINT-TROPEZ

Production : Société Nouvelle de Cinématographie
Scénario : Jacques VILFRID, Richard BALDUCCI
Adaptation : Jacques VILFRID, Jean GIRAULT
Dialogues : Jacques VILFRID
Réalisation : Jean GIRAULT
Musique : Raymond LEFEVRE
Paroles : André PASCAL (« Do you Saint-Tropez »)

Le gendarme Cruchot, veuf avec une jeune fille de dix-huit ans, exerce sa fonction avec zèle dans un village des Hautes-Alpes jusqu'au jour où il est nommé adjudant à Saint-Tropez. Il fait la connaissance de son supérieur, l'adjudant-chef Gerber, et de ses hommes, avec qui il se montre intraitable. Habitué à arrêter des braconniers et des voleurs de poules, le brave gendarme n'est pas au bout de ses surprises entre chasse aux nudistes et frasques de sa fille, devenue mythomane pour épater les jeunes snobs de la Côte d'Azur.

GENÈSE :

Le Gendarme de Saint-Tropez est le film qui, avant même Le Corniaud et Fantômas, va installer Louis de Funès au rang d'immense vedette française du cinéma comique. Les personnages de la saga ont été créés par Richard Balducci qui a bien senti le potentiel de Fufu pour interpréter ce genre de petits chefs autoritaires, mielleux avec leurs supérieurs, et insupportables avec leurs subordonnés.

L'adjudant Cruchot est tout à fait dans la lignée du genre comique que Louis de Funès connaissait par cœur - voir par exemple son personnage de gendarme dans Ni vu, ni connu. La différence, c'est que le film dispose de plus gros moyens financiers, et les vues superbes de Saint-Tropez vont s'ajouter au talent de l'acteur parvenu au sommet de son art pour produire un succès inégalé pour De Funès, succès populaire qui perdurera jusqu'à sa mort.

Les producteurs cherchent avant tout la réussite commerciale à moindre coût. S'ils ne vont pas lésiner sur les moyens matériels, ils vont économiser sur les acteurs, n'engageant aucune vedette à gros cachet sachant que Louis n'était pas encore très onéreux comme acteur principal.

Michel Galabru se souvient d'avoir surpris une conversation significative :

« Sur ce film, vous mettez De Funès, et puis vous engagez des ringards. Les autres acteurs, je ne veux pas les payer ! »

Galabru eut une pensée émue pour les malheureux acteurs qui allaient être engagés sur le film en question, et découvrit par la suite qu'il était l'un d'entre eux, et même le principal d'entre eux...

RÉALISATEUR :

Jean Girault, cinéaste honni par les partisans du cinéma d'auteur, va prendre les commandes du film, et réalisera d'ailleurs l'ensemble de la saga.

À compter de cette époque, il devient le metteur en scène favori de Louis de Funès qui apprécie la liberté quasi totale qu'il lui laisse dans l'interprétation de ses personnages. Girault n'est là que pour la partie technique de la réalisation et laisse les coudées libres à son acteur principal concernant sa façon d'interpréter ou les petits changements de scénario de dernière minute, coutumiers avec Fufu, toujours créatif lorsqu'il s'agit d'améliorer un script par l'ajout de nouveaux gags.

DÉCORS :

La séquence pré-générique censée se dérouler dans les Hautes-Alpes a été tournée en fait sur la petite commune de Belvédère, dans les Alpes-Maritimes. Les autres scènes d'extérieurs ont utilisé à merveille les décors naturels de Saint-Tropez et de ses environs, le lieu le plus célèbre étant évidemment l'ancienne gendarmerie de Saint-Tropez, alors que les scènes d'intérieurs ont été tournées dans les studios de la Victorine à Nice.

Ce film inaugure une recette gagnante qui sera renouvelée à cinq reprises pendant près de vingt ans : scènes comiques de Louis et de ses acolytes se déroulant toujours par beau temps, en plein été, au sein des magnifiques paysages azuréens de Saint-Tropez et alentours. C'est bien connu, le ciel est toujours bleu à Saint-Tropez, en tous cas c'est le sentiment que peuvent avoir les spectateurs après avoir vu les six films de la série...

Côté voitures, la célèbre Mustang de Ford joue un rôle important, le modèle rouge présenté est magnifique. Mais ce qui reste le plus dans les mémoires est bien entendu la Deux-Chevaux de Sœur Clotilde...

GÉNÉRIQUE :

Après une assez longue séquence pré-générique en noir-et-blanc, le générique provoque un choc tant par la tonalité presque agressive des premières notes de musique que par le contraste entre la grisaille qui précède et les couleurs de Saint-Tropez nimbée de lumière, avec son soleil et son ciel bleu immaculé. Comme le remarque Nicole Cruchot en arrivant : « C'est magnifique ! ».

Preuve du handicap constitué par le noir-et-blanc, la séquence pré-générique a purement et simplement été zappée lors d'une diffusion du film sur TF1 il y a quelques années un dimanche soir. Le film a donc débuté sur le générique et ses vues en couleur de Saint-Tropez. Il est vrai que l'on peut suivre le scénario sans avoir vu Cruchot dans les Hautes-Alpes, mais il est évidemment très dommageable que, par peur que la ménagère de cinquante ans ne change de chaîne à la vue du noir-et-blanc, les responsables de la chaîne commerciale aient éliminé une séquence de cinq minutes loin d'être dénuée d'intérêt.

La musique très militaire composée par Raymond Lefèvre sera réutilisée dans la plupart des films de la série. Bien adaptée aux aventures de Cruchot et Compagnie, elle n'a cependant rien d'exceptionnel et je la trouve inférieure aux compositions de Vladimir Cosma qu'on trouvera sur les films des années soixante-dix.

En pire, il faut se coltiner la chanson de Nicole « Dou you, Dou you, Saint-Tropez » lors des scènes avec les jeunes oisifs... À tout prendre, le meilleur moment musical est finalement la chanson d'Henri Salvador Zorro est arrivé ! dont un extrait du refrain est diffusé lors de la scène des rêves.

Le générique final se déroule sur fond de défilé de nos gendarmes entre deux groupes de majorettes sur la rue principale de Saint-Tropez, et inaugure une tradition incontournable au point qu'on pourrait croire que ce sont les mêmes images qui ont conclu les six films si on ne constatait le vieillissement de Fufu lors des dernières versions.

SCÉNARIO :

Si j'écris que le scénario de ce film est particulièrement bien agencé et a révolutionné le cinéma, cela apparaîtra comme un trait d'humour. Qu'on se le dise, la saga des Gendarme n'aura jamais de scénarios égalant ceux des films de Gérard Oury. On a affaire avant tout à une succession de gags, le talent des acteurs assurant le spectacle et le succès de la série.

Le gendarme Ludovic Cruchot fait respecter la loi d'une main de fer dans la petite commune des Hautes-Alpes où il vit en compagnie de sa fille Nicole. Son quotidien de représentant de l'ordre, veuf avec un enfant, est peuplé d'arrestations de braconniers, de voleurs de poules et de pêcheurs de poissons trop petits selon les règlements. Passionné par son travail, Cruchot n'hésite pas à tendre des pièges à ses adversaires, par exemple en imitant des caquètements de poule pour les prendre la main dans le sac.

Nicole s'ennuie dans ce village perdu où les loisirs ne sont pas légion, la seule occupation de Cruchot semblant être de chanter dans une chorale...

Un jour, la grande nouvelle arrive : Cruchot est muté dans le Var avec un galon de plus ! Nicole découvre avec ravissement les paysages de la Côte d'Azur, et le Chef Cruchot fait la connaissance de son supérieur, l'adjudant Jérôme Gerber, et de ses hommes. Toujours zélé, il a dressé une demi-douzaine de contraventions entre sa sortie de l'autocar et son arrivée à la gendarmerie, mais Gerber apprécie peu ce « cadeau », surtout lorsqu'il découvre que la voiture du maire de la ville se trouve parmi les victimes.

Les premières journées de travail ne sont guère éprouvantes puisque les gendarmes passent leur temps à pêcher, jouer à la pétanque, et faire la sieste. Alors que ses acolytes rêvent de vahinés et de héros de péplum ou de cinéma, les songes de Cruchot sont plus actifs : il se voit à la guerre, en train de faire des prisonniers.

La tranquillité se termine lorsque des nudistes se révèlent coriaces : il s'avère impossible de les prendre en flagrant délit en raison d'un guetteur perché au sommet d'un arbre qui les prévient à chaque tentative de Gerber et de ses hommes. Résultat : les nudistes ont le temps de se rhabiller avant l'arrivée des forces de l'ordre.

L'adjudant Gerber est désespéré par cette succession d'échecs, et Cruchot décide d'imposer à ses hommes un entraînement physique éprouvant afin d'améliorer leurs performances. La stratégie est totalement revue car, fort de ses conclusions tirées de l'analyse de données contradictoires, entre le nudiste « homme tout nu » et le gendarme « homme tout habillé avec un uniforme », Ludovic estime que la seule chance de réussite est de placer un gendarme dénudé parmi les vrais nudistes.

Face à l'absence de candidat pour se mettre nu au milieu des nudistes, Cruchot tire au sort le « volontaire » qui s'avère être le gendarme Fougasse, déçu par la tricherie de son chef que le véritable tirage au sort avait désigné. Fougasse désire conserver «un tout petit slip », mais Ludovic ne veut pas en entendre parler.

L'opération est un succès total, et l'adjudant-chef Gerber, qui a laissé Cruchot et ses subordonnés faire tout le travail, vient défiler devant les nudistes arrêtés en scandant « JE les ai eus ! » en signe de triomphe.

Nicole rencontre plus de difficultés d'adaptation avec les jeunes fils à papa de Saint-Tropez. Lasse des quolibets reçus en raison de sa tenue vestimentaire désuète, elle s'achète une robe à la dernière mode, mais son striptease improvisé devant la gendarmerie sous les regards ravis des hommes de Cruchot scandalise son père. La robe qu'il choisit d'acheter à la place provoque l'hilarité des jeunes de Saint-Tropez.

Pour être adoptée par les jeunes, Nicole se fait passer pour la fille d'un milliardaire américain en vacances à Saint-Tropez sur son magnifique yacht. Manque de chance, un des jeunes, amoureux de Nicole, croit que la voiture garée devant le yacht appartient au père de cette dernière, et l'emprunte au cours de la nuit malgré l'opposition de Nicole. La voiture, une superbe Mustang décapotable, s'enlise dans un fossé en pleine campagne. Nicole prévient son père. Furieux de risquer sa carrière à cause d'une bêtise de sa fille, Cruchot répare l'automobile et la ramène sur le port, non sans avoir failli être surpris par deux de ses hommes. Il ignore que le coffre contient un Rembrandt volé dans un musée.

Le lendemain, Nicole rencontre un de ses camarades alors qu'elle fait les courses en compagnie de son père. Nicole supplie Ludovic de jouer le jeu, lui demandant de se faire passer pour Archibald Ferguson, un milliardaire américain propriétaire d'un yacht. Cruchot, réticent, est contraint d'accepter et compose un milliardaire en vacances qui « fait sa popote sur son yacht ». Mais les parents du camarade de sa fille, un couple de snobs, l'invitent à une réception mondaine.

Cruchot finit par céder à sa fille et s'habille en milliardaire, costume blanc et chapeau assorti, pour se rendre à la réception. Un concours de circonstances le met en possession du tableau volé que son hôte découvre sans surprise : pensez donc, quoi de plus naturel qu'un américain excentrique ayant fait fortune dans le coton ait acquis un Rembrandt ?

C'est alors que surgit l'adjudant Gerber, invité à la réception en tant que chef de la police locale. Cruchot réussit à lui échapper et à s'enfuir, mais laisse le tableau dont Boiselier, son hôte, parle à Gerber. L'adjudant, qui enquête sur le vol du Rembrandt, est intrigué et demande à voir le tableau qu'il identifie immédiatement. Gerber découvre avec stupéfaction que « Mademoiselle Ferguson » n'est autre que la fille de Cruchot. Face aux témoignages des gendarmes Merlot et Fougasse, qui ont identifié Cruchot au volant de la Mustang, sa conclusion est évidente : le malheureux Cruchot, qui la veille encore était pour lui le type même du gendarme exemplaire, devient une vipère, un vulgaire voleur de tableaux infiltré au sein de la gendarmerie. Et voilà la brigade lancée aux trousses de Ludovic !

Que devient notre brave Cruchot pendant ce temps ? Il est fait prisonnier par le véritable voleur, le propriétaire du yacht. Nicole et ses amis, qui ont tout compris, interviennent au moment où le malfaiteur s'apprêtait à faire disparaître ce témoin gênant. Les bandits sont arrêtés, et c'est le jour de gloire pour Cruchot qui livre les coupables à Gerber au moment où celui-ci arrivait pour l'arrêter.

DISTRIBUTION :

Louis de Funès compose un Ludovic Cruchot à la fois autoritaire et sympathique. Autoritaire et nerveux avec ses hommes, allant parfois jusqu'à l'ignoble, il est servile envers son chef l'adjudant Gerber même s'il ne va pas jusqu'à employer les « Mmmmmmh ! » de flatterie que l'acteur utilise souvent en face des puissants. Sympathique tout de même par son courage face à l'adversité et par sa vie familiale, l'affection qu'il éprouve pour sa fille, illustrée par ce dialogue :

- Mais Papa, je veux juste m'habiller comme tout le monde...
- Mais tu n'es pas tout le monde, tu es ma fille !

Il semble que Cruchot compense l'absence de sa femme en jouant au « père poule ».

Michel Galabru tient le rôle de l'adjudant Gerber, et ne le lâchera pas jusqu'à la fin de la saga. Il a hérité du rôle après le désistement de Pierre Mondy, qui a renoncé pour une pièce de théâtre. Son personnage est ambigu envers Cruchot : il semble le tenir en sa plus haute estime, mais ne perd pas une occasion de le dénigrer au tournant, comme s'il y avait une rivalité entre eux. Que par la suite, Gerber soit jaloux de Josépha expliquera cette rivalité, mais ici Cruchot n'a pas d'épouse fortunée et attirante. La relation de méfiance envers les deux hommes est donc singulière, et probablement motivée par les effets comiques recherchés. Le fait est que Gerber conclut un peu vite et avec une satisfaction visible à la culpabilité de Cruchot, il est vrai encouragé par les persiflages de Fougasse et de Merlot.

Justement, les deux hommes principaux de Gerber et Cruchot sont les gendarmes Fougasse et Merlot, respectivement interprétés par Jean Lefebvre et Christian Marin, deux excellents acteurs qui sont sous-employés sur ce film, mais moins cependant que les duettistes Guy Grosso et Michel Modo, interprètes des gendarmes Tricard et Berlicot et réduits à de la quasi-figuration. Dans les films suivants, ces quatre acteurs jouent souvent des rôles particuliers qui les distinguent des autres : par exemple, l'un flatte Gerber pendant qu'un autre courtise Cruchot. Ici, hormis la scène avec Jean Lefebvre en nudiste, le quatuor n'est vraiment pas à la fête.

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Geneviève Grad, c'est Nicole, la fille de Ludovic. Blonde et jolie, Nicole veut absolument sympathiser avec les jeunes de Saint-Tropez. Les premiers contacts sont difficiles, mais la nouvelle venue est définitivement acceptée dès lors qu'elle se fait passer pour la fille d'un milliardaire en provenance d'Hawaï. Il n'empêche que, une fois démasquée, un de ses camarades jugera que son vrai père est plutôt sympa et qu'elle n'avait nullement besoin d'en inventer un autre. Sa prestation fort honnête n'a pas ouvert les voies du succès à Geneviève Grad. Sentant peut-être qu'elle sera éternellement perçue comme « la fille du Chef Cruchot » tout comme Michèle Mercier est toujours restée Angélique - et alors que Romy Schneider elle-même a eu énormément de mal à se défaire du personnage de Sissi - elle décide de prendre de la distance avec le cinéma après son troisième et dernier Gendarme. Par la suite, elle deviendra antiquaire puis employée de mairie.

Le très mondain André-Hugues Boiselier est incarné par le formidable Claude Piéplu, absolument sensationnel dans cette caricature de bourgeois snob et branché, amateur de réceptions chics dans sa villa de Saint-Tropez.

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France Rumilly joue Sœur Clotilde, cette religieuse sympathique qui prend sa Deux-Chevaux pour un bolide de Formule 1. Ce personnage rencontre un franc succès et deviendra un incontournable de la saga. Enfin, soyons sérieux : peut-on imaginer un Gendarme sans Sœur Clotilde et sa Deux-Chevaux ?

Les autres rôles sont très peu développés, confirmant les désirs des producteurs. À signaler tout de même la présence de Maria Pacôme, dont le jeu caustique s'exprime à plein rendement dans le rôle d'Emilie Lareine-Leroy (!), une veuve joyeuse de la bonne société, immédiatement attirée par l'exotique et richissime Archibald Ferguson. Et bien sûr celui qui deviendra un monument de la télévision pour avoir présenté le jeu éternel d'Armand Jammot Des chiffres et des lettres, puis le non moins légendaire Fort Boyard : le sémillant Patrice Laffont, ici en jeune séducteur tropézien.

Cécilia, l'épouse de Gerber, est interprétée par Nicole Vervil, et le paysan au tracteur par Fernand Sardou, à l'époque célèbre comédien de théâtre, mais aujourd'hui devenu avant tout « le père de Michel ». Sacha Briquet est un vendeur de vêtements, et comme il se doit une « folle » de première catégorie, Jacques Famery le prince oriental lors de la réception, et Paul Bisciglia son pourvoyeur en jeunes filles.

Dans le secteur du yacht se trouvent les bandits et leur personnel : M. Harpers, le chef, a une apparence très « british », mais est en fait un Italien du nom de Giuseppe Porelli tout comme son principal homme de main interprété par Gabriele Tinti ; on retrouvera ce comédien dans plusieurs films français dont La folie des grandeurs encore avec De Funès, ou Le passager de la pluie de René Clément avec Charles Bronson et Marlène Jobert. Jean Droze est le matelot sentimental qui entend faire la leçon à Harpers au sujet de sa « fille abandonnée ».

Dans la bande de jeunes, outre Patrice Laffont, on reconnaît Daniel Cauchy dans le rôle de Richard, Franck Vilcourt dans celui de Christophe Boiselier, et Pierre Gare dans celui de Daniel. Quant à la brune et peu farouche Jessica, elle est interprétée par Sylvie Bréal.

TEMPS FORTS :

On trouve de très bons moments dès la séquence pré-générique, avec la scène dans l'église où le voleur de poules grille la politesse à Cruchot au sein de la chorale au grand ravissement du prêtre, séduit par sa voix de ténor.

L'arrivée à Saint-Tropez est dominée par le premier contact entre Cruchot et le duo Merlot-Fougasse, vite convaincu du tort que va leur créer le nouveau chef, et surtout par les contraventions dressées par notre Ludovic contre un patron de bar qui n'a pas mis l'affiche réglementaire sur la répression de l'ivresse publique, contre une marchande de poissons pour « tentative de corruption de fonctionnaire », et même contre la voiture de Monsieur le Maire, coupable d'être garée sur un passage pour piétons. Gerber se charge de calmer les ardeurs de son nouvel adjoint, affirmant que le maire a forcément eu « un moment d'inattention ».

Les attitudes typiques du comique « funésien » sont mises en exergue dans les séquences montrant les loisirs des gendarmes. Même si le fait n'est pas explicitement révélé, il semble que les siestes, les parties de pêche ou de pétanque, se déroulent pendant les heures de travail. Quoi qu'il en soit, Cruchot fait preuve d'une déférence rare envers Gerber : il fait le ménage autour des boules de pétanque lorsque son chef va jouer, et n'hésite pas à tricher pour le faire gagner. Il néglige les jolies étoiles de mer pêchées par Fougasse, mais s'extasie devant les oursins de Gerber. Pour ne pas être en reste, il s'accapare d'un oursin pêché par le même Fougasse et le présente comme le fruit de sa propre pêche. Il charge Merlot d'ouvrir l'oursin à sa place, et lorsque Gerber se plaint qu'il n'y ait « pas grand-chose », il fait remarquer que « c'est lui (Merlot) qui l'a ouvert ». (!)

Avec la scène des rêves, c'est le caractère particulier de Cruchot qui est un peu plus dévoilé. Même en dormant, Ludovic reste toujours actif. Pendant que ses collègues se voient en héros de péplum ou en compagnie de jolies femmes, il rêve d'une guerre où il parvient à faire des prisonniers alors que les balles sifflent autour de lui.

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La partie consacrée aux nudistes est sans doute celle qui a eu un des plus gros succès. Il est vrai que l'air gêné de Jean Lefebvre au milieu des naturistes, avec son journal pour cacher ce que la décence interdit de voir, est un moment mémorable. L'entraînement imposé par Gerber n'est pas mal non plus et se double d'un véritable conditionnement psychologique. Les hommes doivent répondre « Oui, chef ! » à tout ce que leur dit Cruchot, y compris à des phrases comme « Le prénom de ta mère ? » ou « Je suis le droit et la justice ! ».

Autre séquence marquante, celle du trajet en voiture de Cruchot avec Sœur Clotilde. Insérée au sein de l'histoire du vol de la voiture à un moment où le film menace de s'enliser, elle vient relancer de manière éclatante la mécanique burlesque. Le soulagement de Ludovic, heureux d'en finir avec les kilomètres à pied pour ramener de l'essence, fait vite place à l'angoisse lorsqu'il constate la façon de conduire de la religieuse : vitesse excessive, multiples débordements sur la gauche de la chaussée, virages pris à pleine vitesse, murs égratignés... rien n'est épargné au malheureux gendarme qui finit par réciter son acte de contrition. La scène se conclut en beauté lorsque Cruchot sort de la Deux-Chevaux :

- Merci ma sœur ! Mais dîtes moi : vous conduisez... Euh !... Vous n'avez jamais eu d'accident ?
- Je ne conduis que depuis hier ! (la tête que fait De Funès !) Au revoir, mon fils !
- Au revoir, Monsieur l'abbé !

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Mais le sommet du film est constitué par la rencontre entre Cruchot et les Boiselier, et la réception qui en découle. Christophe Boiselier, accompagné de ses parents, rencontre Nicole et son père qui sortent d'une boulangerie. Le jeune homme décide de présenter les prétendus Ferguson à ses parents.

- Mes respects, M. Ferguson ! Je vais chercher mes parents !
- Mais pourquoi ce godelureau m'appelle-t-il Ferguson ?
- Je ne sais pas, papa... (Les Boiselier s'approchent) Je t'en supplie, papa, joue le jeu, sinon je suis perdue !
- Perdue ?
- Tu as un yacht et nous sommes milliardaires !

Le très mondain André-Hugues Boiselier est immédiatement séduit par ce milliardaire décontracté qui s'est habillé en paysan pour faire ses courses avec un petit cabas, et l'invite à une réception.

- Je serais bien venu, mais je ne peux pas, à cause de mon costume...
- Papa veut dire le dernier, celui qu'il s'est fait faire à Honolulu...
- Pas de cérémonie entre nous, venez comme vous voudrez !
- Justement, c'est mon jour de repos. Enfin, je veux dire, je ne vais point au golf, je récupère !
- Oh ! Mais c'est un cabas que vous avez là ! Comme c'est amusant !
- Oui, j'aime bien faire les courses moi-même, ma popote sur mon yacht, et aussi laver mes six voitures pour me détendre !
- Je devrais essayer ! À bientôt, M. Ferguson !
- Il est capable de le faire, l'imbécile !

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Non moins hilarantes les scènes lors de la réception. Cruchot s'est fait une apparence de milliardaire excentrique avec son ensemble blanc et son chapeau. Il réussit à duper tout le monde sans difficultés depuis Boiselier jusqu'à la veuve Lareine-Leroy. Bien servi par d'excellents partenaires (Claude Piéplu et Maria Pacôme), Fufu se déchaîne et donne à son personnage une sorte de délectation à ridiculiser ces snobinards de la haute société qu'il méprise.

- Votre yacht est magnifique. Quand pourrons-nous le visiter ?
- Euh ! Pas encore, parce qu'on vient de refaire les peintures, et ça sèche très lentement...
- Mais alors comment faites-vous ?
- Eh ! Bien, je me tâche ! Mon tailleur est débordé, il m'envoie douze costumes par semaine, de Glasgow.
- Alors vous habitez la Nouvelle-Orléans depuis plusieurs générations… Vous êtes dans le coton, je suppose ?
- Non, je suis dans la ouate.
- J'ignorais qu'il y eut une différence ! C’est très intéressant !
- Ah ! Si ! La ouate, le coton... Mais enfin, c’est technique, ça n’intéresse pas les dames…
- Moi tout m’intéresse, surtout la Nouvelle-Orléans.
- Ce doit être une ville passionnante. Ces vieilles maisons de bois, ces ruelles sordides où, dans des tripots affreusement mal famés, les indigènes vont s’enivrer en jouant du trombone... Ce doit être hallucinant, prodigieux, dites ?
- Écoutez ! C'est absolument indescriptible de démence géniale !

Et lorsque Boiselier présente Émilie Lareine-Leroy :

- Madame Lareine-Leroy... Notre pauvre Lareine-Leroy nous a quittés il y a six mois.
- C'est une perte irremplaçable...
- Et comment faites-vous depuis ?
- J'essaie de survivre...

Maria Pacôme joue ostensiblement la veuve joyeuse, d'où l'effet comique obtenu lorsqu'elle prononce ces phrases.

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L'arrivée impromptue de l'adjudant Gerber oblige Cruchot à se cacher avant de pouvoir quitter la réception en douce. En jouant à colin-maillard, Cruchot tâte le képi de son chef et se hâte de prendre la fuite, il frôle la catastrophe lorsqu'il bute dans Gerber en reculant, il improvise alors une danse en masquant son visage à l'aide d'un disque vinyle : une scène irrésistible !

Ensuite, il se dissimule sous la robe et le voile d'une musulmane. C'est alors qu'un prince le prend pour une jeune fille qu'un pourvoyeur lui a procurée pour son harem. Cruchot repousse ses avances tant bien que mal avant que le prince, vexé, ne finisse par le démasquer ! Ludovic s'enfuit mais tombe sur Émilie et danse avec elle pour se cacher de Gerber. Il lance à Nicole « À la maison ! », et Madame Lareine-Leroy croit que la phrase lui est destinée, qu'il s'agit d'un rendez-vous amoureux !

Peut-être moins restées gravées dans l'imaginaire collectif que les nudistes et la religieuse folle du volant, ces scènes avec Piéplu et Pacôme sont celles qui me font attribuer au film la note maximum.

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POINTS FAIBLES :

Les scènes avec les jeunes oisifs constituent l'incontestable point faible du film. Ces adolescents attardés, ces fils à papa, sont assez insupportables avec leurs plaisanteries douteuses qui ne font pas rire. Donc, la longue séquence du vol de la Mustang n'est guère passionnante, et on peut en dire autant de la scène en discothèque avec la chanson de Nicole, « Do you, do you, Saint-Tropez ? »

Le semblant d'intrigue sur le vol de tableau, les bandits d'opérette ne sont guère attirants, et le dénouement  d'un niveau équivalent. D'accord, l'intrigue est bon enfant, mais en arriver à nous montrer les trois bandits ficelés clamer d'un air enthousiaste :

« Oui, nous sommes coupables, oui Cruchot nous a eus, Cruchot c'est de la graine de général !», voilà qui dépasse les limites et n'est pas drôle du tout.

 

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ACCUEIL :

Le film rencontre un franc succès, et même un triomphe avec plus de sept millions d'entrées en France. Louis de Funès s'exporte aussi très bien, notamment en Europe : l'Espagne, l'Allemagne, et l'Italie lui réservent un très bon accueil.

La légende De Funès commence, et n'est pas prête de s'interrompre.

SYNTHÈSE :

Un classique dans la filmographie de Louis, et le meilleur de la série des Gendarme.

LES SÉQUENCES CULTES :

Tiens toi, voilà mes hommes!

Vous êtes les branches, je suis le tronc.

Partie de pétanque

Le prénom de ta mère ?

Merci ma soeur

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2. FANTÔMAS

Production : GAUMONT
Scénario : Jean HALAIN, Pierre FOUCAUD, d'après les romans de Pierre SOUVESTRE et Marcel ALLAIN.
Adaptation : Jean HALAIN, Pierre FOUCAUD (sur autorisation de Marcel ALLAIN)
Dialogues : Jean HALAIN
Réalisation : André HUNEBELLE
Musique : Michel MAGNE

Un malfaiteur masqué appelé Fantômas terrorise la population par la multiplicité de ses crimes. L'intrépide journaliste Fandor, qui ne croit pas à son existence, est enlevé par le bandit puis soupçonné d'être Fantômas lui-même. Le commissaire Juve, chargé de neutraliser l'ennemi public numéro un, est soupçonné lui aussi, mais finit par faire alliance avec le journaliste pour pousser le criminel dans ses derniers retranchements.

GENÈSE :

Le réalisateur André Hunebelle, qui avait travaillé à de multiples reprises avec Jean Marais, souhaitait que son acteur-fétiche joue un personnage apparaissant dans une série de films. Jean Cocteau, ami (et plus si affinités) de Jean Marais, lui suggéra le personnage de Fantômas. Outre les aspects attrayants de ce malfaiteur de fiction, la multitude des romans narrant ses aventures, œuvres de Pierre Souvestre et Marcel Allain, était de bon augure pour le commencement d'une série.

Hunebelle songe à reconstituer le tandem Jean Marais-Bourvil qu'il a dirigé dans Le Capitan et Le Bossu en attribuant le rôle du commissaire Juve à Bourvil. Finalement, c'est Louis de Funès, recommandé par Alain Poiré, qui hérite du rôle.

Il est évident que pour ce premier film de la saga, l'acteur principal sera Jean Marais, alors au sommet de sa carrière. Louis de Funès commence à bénéficier d'une certaine notoriété, mais n'est pas encore l'acteur-roi du box-office qu'il ne va pas tarder à devenir. Donc, Jean Marais, qui bénéficie d'un double rôle, doit animer les nombreuses scènes d'action et d'aventure, alors que Louis de Funès se chargera des scènes comiques, nettement moins nombreuses.

La caractéristique de ce premier film est qu'il est plus orienté vers l'action et vers l'imaginaire que vers la comédie, et en cela il est celui qui est le moins éloigné des romans de Souvestre et Allain. Les personnages principaux sont les mêmes : Fantômas, Fandor, Juve, Hélène, Lady Beltham. Leurs fonctions et caractères ont cependant été modifiés, notamment pour Juve, qui n'avait rien de comique dans les romans, et pour Hélène, qui n'est pas la fille de Fantômas dans les adaptations.

Le résultat, c'est un cocktail agréable d'aventure, de fantaisie, d'humour, et d'action. Il faut souligner le côté poétique de certaines scènes, en particulier celles se déroulant dans le repaire de Fantômas, avec les apparitions mystérieuses de Lady Beltham. Cet aspect sera largement abandonné dans les deux films suivants.

Néanmoins, pour tout fan de Louis de Funès qui se respecte, ce premier film de la série est le moins intéressant des trois. Les deux suivants exploiteront beaucoup mieux le potentiel comique de cet acteur de génie, alors qu'ici on ne le retrouve que de façon sporadique.

RÉALISATEUR :

Après une carrière de décorateur et de maître-verrier, André Hunebelle s'est fait connaître comme réalisateur de comédies (souvent de série B), et de films de cape et d'épée. Il est parfois considéré comme le metteur en scène ayant tiré Louis de Funès de l'anonymat en lui confiant le premier rôle de Taxi, roulotte et corrida.

Il a beaucoup travaillé avec Bourvil et Jean Marais, mais aussi avec Louis de Funès, d'où un choix de comédiens finalement assez logique sur ce nouveau film. Jean Halain, qui écrit les dialogues sur ses films, et deviendra par la suite scénariste pour Louis de Funès, n'est autre que son fils.

Le tournage se déroule sans histoires grâce à la bonne entente régnant entre le réalisateur et ses comédiens. Tout ce petit monde se connaît depuis longtemps et s'apprécie.

DÉCORS :

Un budget conséquent a permis de nombreux tournages en extérieurs. Le film remplit parfaitement sa fonction de générateur de rêve, et la variété des décors apporte sa pierre à cet édifice, même si elle n'atteint pas la qualité des productions de Gérard Oury.

Plusieurs scènes sont tournées dans Paris dont celle du vol de bijoux à la galerie Elysée-La Boétie et la Terrasse Martini, ce qui permet d'admirer de somptueuses vues des Champs-Élysées. La maison de Juve, elle, est située dans le Val-d'Oise.

C'est lors de la longue poursuite finale que les décors naturels vont se succéder à une cadence élevée. La ligne de train et le passage à niveau sont situés à Marolles-sur-Seine, en Seine-et-Marne. La Gironde est aussi au rendez-vous, puis les Bouches-du-Rhône, et la Provence-Côte-d'Azur pour le final au bord de l'eau... et sur la mer.

Concernant les intérieurs, signalons le bon travail des décorateurs sur le repaire de Fantômas, un château à grosses pierres et multiples chandeliers. Ce décor est bien adapté à l'aspect romanesque du film.

GÉNÉRIQUE :

Après une séquence pré-générique présentant un forfait subtil de Fantômas perpétré dans une bijouterie en compagnie de Lady Beltham, le générique montre de gros plans sur la voiture promenant les deux complices au travers des rues de Paris.

La musique de Michel Magne est une grande réussite. Le thème principal, resté dans toutes les mémoires, sera d'ailleurs réutilisé sur les deux films suivants. Certains thèmes secondaires, présents sur les scènes se déroulant au château de Fantômas, rappellent par leur aspect majestueux la musique composée par le même Michel Magne pour la saga des Angélique, marquise des anges avec Robert Hossein et Michèle Mercier.

Michel Magne s'est suicidé en 1984 à l'âge de 54 ans suite à une dépression nerveuse engendrée par une faillite et un redressement judiciaire. En 2001, soit plus de 15 ans après sa mort, son arrangeur et pianiste Raymond Alessandrini a reconstitué en un seul enregistrement la musique du film. En effet, un incendie dans un studio, survenu en 1969, avait détruit la majeure partie des bandes enregistrées, et il n'existait pas de copie.

SCÉNARIO :

Le scénario de Jean Halain et Pierre Foucaud fait la part belle à Jean Marais, acteur principal sur ce premier film, mais Louis de Funès peut néanmoins pleinement exprimer son talent, sa performance étant le principal vecteur de la réussite du film.

Le dangereux criminel masqué Fantômas multiplie les vols audacieux et constitue un défi pour les pouvoirs publics et les forces de police. Le commissaire Juve, chargé de cette délicate affaire, prononce une allocution télévisée destinée à rassurer la population. Il affirme que la tête de Fantômas ne va pas tarder à tomber et qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter.

Le journaliste Fandor, grand reporter au quotidien d'informations générales Le Point du Jour, ne croit pas à l'existence de Fantômas, et accuse Juve d'utiliser la figure anonyme d'un criminel surnaturel pour masquer l'impuissance de la police face à la recrudescence de la criminalité. Afin d'accroître les ventes du journal, il publie un reportage monté de toutes pièces assorti d'une prétendue interview de Fantômas où il dépeint le malfaiteur comme un mégalomane aigri.

Outré par ce faux reportage, le véritable Fantômas fait enlever le journaliste et le somme de rétablir la vérité. À défaut, le malheureux Fandor risque de mourir dans de terribles souffrances. Le reporter découvre le repaire secret de Fantômas qui ressemble fort à un château, et fait la connaissance de Lady Beltham, la compagne de son hôte. Les deux amants se sont emparés de la fortune de Lord Beltham avant de le liquider.

Fantômas laisse 48 heures à Fandor pour le présenter sous un jour plus favorable dans Le Point du Jour. Fandor s'évanouit, et à son réveil il se trouve dans son appartement où sa jeune fiancée Hélène surgit, folle d'inquiétude de ne pas l'avoir vu arriver comme tous les matins à son bureau. Fandor croît avoir rêvé et s'amuse de ce souvenir, jusqu'à ce qu'une bosse sur la nuque et une lettre F majuscule tatouée sur sa poitrine lui fassent comprendre qu'il ne s'agissait nullement d'un cauchemar.

Le commissaire Juve et son adjoint l'inspecteur Bertrand, indignés par l'article de Fandor, vont sonner à la porte de ce dernier en se faisant passer pour Fantômas, ce qui produit un quiproquo fatal à Fandor : Juve est persuadé que le journaliste est en relations avec le criminel et qu'il est peut-être son complice. Mis en garde à vue, Fandor refuse de parler et Juve se fatigue avant lui. Mais pendant ce temps, il ne peut publier l'article rectificatif ce dont se charge le directeur du journal : Fantômas y est décrit sous un jour encore plus défavorable.

La réaction du bandit ne se fait pas attendre : dès sa libération, Fandor est enlevé et ramené chez Fantômas. Il essaie de faire comprendre qu'il n'est pour rien dans la publication de ce nouvel article, mais Fantômas refuse de l'écouter. Pour le punir, il lui apprend qu'il sait confectionner des masques imitant parfaitement la peau humaine, et des gants reconstituant les empreintes digitales de ses victimes. Il a l'intention d'utiliser ces moyens particuliers pour perdre Fandor aux yeux de tous en commettant les pires forfaits avec le visage du journaliste.

Pendant ce temps, le commissaire Juve et le directeur du Point du Jour ont fait la paix, et décident de s'unir pour démasquer Fantômas. Ils lancent un défi au criminel : réussir à s'emparer de la collection de bijoux présentée dans un défilé de mannequins organisé sur leur demande aux Champs-Élysées par la chambre syndicale des joailliers. Un dispositif policier spécial est déployé, véritable piège dans lequel le malfaiteur insaisissable ne doit pas manquer de tomber.

Mais Fantômas, qui porte le masque de Fandor, trompe la police en injectant depuis l'appartement du dessous un gaz soporifique dans la pièce où se trouvent les bijoux et les policiers chargés de les surveiller. Il peut ainsi rafler des pierres précieuses pour une valeur d'un milliard de francs.

Le commissaire Juve ne tarde pas à découvrir le forfait et se lance à la poursuite de son ennemi sur les toits de Paris. Fantômas réussit à s'échapper en hélicoptère, mais après avoir généreusement laissé voir les traits du masque de Fandor, ce qui accrédite auprès de Juve et de l'opinion publique la thèse selon laquelle le criminel et le journaliste ne font qu'un.

Fantômas, qui a également enlevé et drogué Hélène, envisage une idylle avec cette dernière, ce qui n'est pas du goût de Fandor... ni de Lady Beltham, habilement prévenue par Fandor. Justement, le reporter doit rester au château en compagnie de Lady Beltham pendant que Fantômas repart régler ses comptes avec le commissaire Juve.

L'odieux criminel commet une série de forfaits avec le visage et les empreintes digitales de Juve. Ce dernier est rapidement confondu par un portrait-robot et une avalanche de témoins. Arrêté par un inspecteur Bertrand ravi de jouer enfin les premiers rôles, le malheureux Juve est interrogé et jeté en prison sans ménagement !

La jalousie de Lady Beltham a produit son effet puisque Fandor et Hélène se retrouvent libres au sommet d'une montagne, avec une voiture à proximité. En réalité, la criminelle a saboté la voiture pour se débarrasser de ces deux gêneurs. Mais l'habileté de Fandor dans la conduite et une bonne dose de chance permettent aux deux fuyards de s'en sortir sans dommage. Fandor va aussitôt trouver la police et tente de s'expliquer, mais Bertrand refuse de l'écouter. Persuadé de la complicité du journaliste avec Juve-Fantômas, il réunit les deux malfaiteurs présumés dans la même cellule.

Fantômas, qui a l'intention de se livrer à des expériences sur le cerveau humain, réussit à faire évader Juve et Fandor qu'il compte utiliser comme cobayes. Mais ses prisonniers provoquent un accident de voiture à la suite duquel ils peuvent se lancer à la poursuite du criminel en fuite. La course folle se termine sur la Méditerranée après avoir utilisé tous les moyens de transport possibles : moto, train de marchandises, voiture volée, et hélicoptère de la police, celle-ci ayant été convaincue par Hélène de l'innocence de Juve et de Fandor.

Juve et Fandor se retrouvent impuissants face à la plongée du sous-marin de Fantômas, et ne peuvent que se faire ramener à terre par Hélène, venue les secourir en canot pneumatique.

DISTRIBUTION :

Louis de Funès interprète le commissaire Juve, un policier nerveux et autoritaire obsédé par son but le plus cher, l'arrestation de son ennemi Fantômas. Alors que ce rôle était au départ celui d'un faire-valoir de Jean Marais, et qu'il n'a donc pas été aussi bien loti en nombre de scènes que son prestigieux partenaire, il a connu un tel succès auprès du public qu'il est devenu a posteriori la vedette principale. Dans l'esprit du public, la série des Fantômas est une série de Louis de Funès, y compris ce premier film où Marais était la tête d'affiche. En toute logique, il y aura un rééquilibrage sur le second, avant que De Funès ne prenne un net ascendant sur le troisième.

Double rôle pour Jean Marais, né Jean Villain-Marais, avec les personnages de Fantômas et de Fandor. Après un début de carrière au théâtre et dans le cinéma d'auteur dramatique, l'égérie et amant de Jean Cocteau avait trouvé un second souffle dans des films de cape et d'épée déjà réalisés par André Hunebelle, où il pouvait utiliser ses capacités physiques lors de l'accomplissement de cascades. Rarement doublé, il va continuer sur ce registre avec Fantômas.

On peut regretter ce rôle double qui oblige à de savants jeux de caméras lors des scènes entre Fantômas et Fandor, afin que le spectateur ne se rende pas compte que l'un des deux personnages n'est pas interprété par Jean Marais mais par une doublure. Et il faut une doublure pour chacun des deux personnages puisque la caméra montre tantôt Fandor de face, tantôt Fantômas. Cependant, le seul personnage de Fantômas n'aurait pas assuré une présence suffisante pour un acteur doté du rôle principal, d'où l'adjonction du personnage de Fandor à l'actif de Jean Marais.

L'inspecteur Bertrand est un policier plutôt stupide à la remorque de son chef le commissaire Juve. Jacques Dynam produit une composition tout à fait satisfaisante, se montrant à la hauteur de son prestigieux partenaire. Louis de Funès appréciait beaucoup cet acteur non seulement pour ses qualités professionnelles, mais aussi pour sa discrétion et sa modestie.

Mylène Demongeot interprète Hélène, la jeune, blonde, et jolie fiancée de Fandor, photographe dans le même journal que lui, ce qui leur permet de travailler ensemble. Bien que très éprise, elle n'hésite pas à critiquer le travail du journaliste plus souvent qu'à son tour, et ses réflexions iconoclastes sont parfois sources d'idées nouvelles pour le bouillant Fandor.

Autre atout charme, mais au goût nettement plus vénéneux, la troublante Lady Beltham dotée du corps et des traits de Marie-Hélène Arnaud. Excellente performance de cette actrice dans un rôle pourtant assez réduit.

Il est toujours agréable de retrouver Robert Dalban. Le roi du second rôle a été bien servi ici puisqu'il est présent dans de nombreuses scènes, dans la peau du directeur du Point du Jour.

On arrive ensuite aux tout petits rôles, très nombreux, parmi lesquels on reconnaît Anne-Marie Peysson dans son propre rôle de speakerine lors de la première scène, Andrée Tainsy en habilleuse au cours du défilé de mannequins, et les inséparables Henri Attal et Dominique Zardi présents dans les trois films de la saga en tant qu'hommes de main de Fantômas.

Les cascadeurs Yvan Chiffre et Jean Minisini jouent également les subalternes du bandit masqué, Rudy Lenoir le gardien-chef, Philippe Castelli un agent de police en faction pendant le défilé, André Badin un employé de la bijouterie, Jean-Louis Allibert le ministre lisant le journal.

Plusieurs comédiens apparaissent au cours de la scène du portrait-robot en tant que témoins, parmi lesquels Gabrielle Doulcet, Georges Adet, et Jean Blancheur.

Enfin, un acteur célèbre n'apparaît pas à l'écran mais est néanmoins omniprésent. Il s'agit bien entendu de Raymond Pellegrin, la voix de Fantômas.

TEMPS FORTS :

Le film démarre très bien avec la prestation télévisée du commissaire Juve. Pour minimiser les actions de Fantômas, il fait remarquer que le nombre de ses victimes est dérisoire comparé à celui des accidents de la circulation (!) alors que cette « route du crime » est loin d'être coupée. Donc, les assassins du volant sont beaucoup plus dangereux que Fantômas...

L'effet comique de fin de scène est produit par l'attaque vraisemblablement perpétrée par un homme de Fantômas contre un magasin où les téléviseurs exposés en vitrine retransmettent l'interview de Juve-De Funès par la speakerine Anne-Marie Peysson. Une bombe fait exploser les téléviseurs, mais parmi les décombres on trouve un appareil encore en fonctionnement bien que fortement incliné où l'on voit Juve affirmer qu'il « n'y a plus aucune raison de s'inquiéter » (!).

 

 

Autre bon moment de comique Funésien lorsque Juve, qui s'est déguisé en clochard pour espionner en toute discrétion au bas de l'immeuble où réside Fandor, est emmené au poste de police par des agents qui le prennent pour un véritable sans-abri ! Extrait du dialogue :

- Arrêtez, enfin ! Vous allez tout me faire rater !
- Ah ! Voyez-vous ça ! On va tout faire rater ! Tu expliqueras ça au commissaire !
- Mais, mais... Justement, c'est moi ! Je suis le commissaire Juve !
- Ah ! Oui ! Et moi je suis le Président de la République ! Allez, viens !

Et le lendemain matin, Juve avec son adjoint Bertrand :

- Une nuit au poste, moi ! Vous vous rendez compte, une nuit au poste ! Enfin, heureusement que les journalistes n'en sauront rien...
- C'est dommage que vous ayez oublié vos papiers.
- C'est intelligent, ça ! Vous ferez votre chemin, vous ! Mais, bougre d'imbécile, c'est en changeant de veste !
- Dîtes...
- Ouiiii !
- M'sieur le commissaire... Vous ne voyez pas qu'ils vous aient passé à tabac…

(Regard éloquent de Juve...)

Lorsque Juve et Bertrand tapent à la porte de Fandor et se présentent sous l'identité de Fantômas :

- Mais vous m'aviez laissé 48 heures pour l'exécution !
- Ah ! Oui ? Ici le commissaire Juve ! Ouvrez immédiatement !
- Commissaire ! Vous m'avez bien eu !
- Alors, Fantômas vous a laissé 48 heures pour l'exécution de qui ? Ou l'exécution de quoi ? Alors comme ça, on fait des cachotteries à la police, on est en relations avec Fantômas... On va t'interroger mon gaillard !

L'interrogatoire qui découle de l'arrestation de Fandor est une des scènes les plus intéressantes tant elle est révélatrice des ressorts du comique de Louis. Juve essaie de faire craquer Fandor en le privant de manger, allant jusqu'à se restaurer copieusement devant lui et lui faire humer la nourriture, et jusqu'à lui promettre qu'il mangera lorsqu'il aura parlé. Mais Fandor garde un calme olympien, estimant que 48 heures de diète n'ont jamais fait de mal à personne.

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On a alors l'impression qu'il suffirait d'un rien pour que l'on prenne l'interrogatoire au sérieux et que l'on n'ait plus du tout envie de rire. Mais ce rien ne se produit pas grâce à l'immense talent de De Funès qui savait flirter avec l'odieux sans jamais l'atteindre.

Finalement, c'est Juve qui s'embrouille dans les réponses de Fandor et commence à bafouiller. Vient alors un grand classique Funésien, l'exercice de mauvaise foi caractérisée. Alors que Fandor reste calme, frais, et rose, et que lui-même perd visiblement le contrôle de ses nerfs, Juve déclare :

« Écoutez ! Visiblement, cet homme est épuisé, il ne peut plus suivre un raisonnement logique, nous reprendrons l'interrogatoire demain ! »

Passons maintenant au sommet du film constitué par la tentative (parfaitement réussie) de Fantômas pour discréditer le commissaire Juve, faire croire qu'il est Fantômas. Les premiers soupçons de l'inspecteur Bertrand se manifestent lors de la séance du portrait-robot. Inexorablement, c'est le visage de Juve qui prend forme sur l'écran, pendant qu'un témoin s'exclame :

« Tout à fait cette expression de brute dégénérée ! ».

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Juve met fin à la séance assez brutalement, et demande à Bertrand si les témoins ont été recrutés à l'asile de fous. Furieux, il déclare que « cette petite plaisanterie » comportera des suites. Perturbé, il décide d'aller se coucher. Arrivé dans sa petite maison de banlieue, il est dérangé par une voiture en panne qui pétarade et a recours aux boules Quiès pour réussir à trouver le sommeil.

Pendant ce temps, l'inspecteur Bertrand qui assure la permanence de nuit apprend qu'un hold-up vient d'avoir lieu dans une salle de jeux. Il essaie de joindre le commissaire, mais Juve n'entend pas la sonnerie du téléphone à cause de ses boules dans les oreilles. Bertrand finit par se rendre chez lui, escalade le mur puisque personne ne répond, et trouve son chef tranquillement installé, en train de déjeuner au lit.

Juve et Bertrand arrivent sur les lieux du hold-up, et aussitôt, tous les témoins, dupés par le masque de Juve que Fantômas avait employé, désignent le commissaire comme étant l'agresseur. Il faut voir l'inspecteur Bertrand interroger Juve sans ménagement, imitant les méthodes se son mentor, mais aux dépens de ce dernier :

- Si vous étiez chez vous, pourquoi n'avez-vous pas entendu la sonnerie du téléphone ?
- Je vous l'ai dit, j'avais mes boules Quiès, à cause du bruit de moteur.
- On n'entend pas le téléphone, mais on entend les moteurs...
- Mais je vous ai expliqué !
- Dîtes donc ! On ne se relèverait pas plutôt la nuit, pour jouer les malfaiteurs ?

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Les fausses empreintes de Juve vont achever le malheureux commissaire :

- Alors, les empreintes ?
- Ce sont les vôtres !
- Ah ! Ben alors, je dois être Fantômas ! C'est mathématique ! Je n'y avais pas pensé mais je suis Fantômas !...

On voit que l'essentiel des points forts sont procurés par Louis de Funès. On peut aussi citer les scènes dans le château de Fantômas pour leur côté romanesque affirmé, renforcé par la musique de Michel Magne. Les apparitions de Lady Beltham sont particulièrement envoûtantes. Cet aspect, issu des romans de Souvestre et Allain, est très développé dans ce premier film, mais sera plus ou moins abandonné par la suite.

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POINTS FAIBLES :

Abordons sans complexe le cas de Jean Marais. Certes, il est beau et charismatique, très élégant, se débrouille encore bien sur les cascades malgré l'arrivée de la cinquantaine, mais son jeu d'acteur manque de naturel ; il est visible qu'il joue la comédie. En fait, Jean Marais n'a jamais compris qu'il n'était plus au théâtre mais au cinéma, et que le cinéma requiert un jeu différent du théâtre. Ou bien, s'il l'avait compris, n'a-t-il pas été capable de se mettre dans la peau d'un véritable acteur de cinéma.

Le reproche de manque de naturel peut aussi être formulé à l'encontre de sa partenaire Mylène Demongeot. Sur toutes les scènes entre leurs deux personnages, qui sont évidemment nombreuses, on ne peut s'empêcher de penser que l'on est dans un film tant ils manquent tous deux de spontanéité. Du coup, le contraste est grand avec leurs pendants policiers, tant le jeu du duo De Funès-Dynam est parfait en tous points.

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Quelques détails sont incohérents. Il est difficile de croire que Fantômas puisse retenir sa respiration pendant les longues minutes où il fait main-basse sur les bijoux de l'exposition. D'autant plus qu'il prend tout son temps pour installer sa carte dans un écrin, ce qui ne cadre guère avec l'attitude d'un homme pressé de reprendre sa respiration. Pourquoi les scénaristes n'ont-ils pas affublé le malfaiteur d'un mini masque à gaz ? Voilà qui aurait été l'idéal pour échapper au gaz soporifique. Le spectateur ne peut que trouver étrange qu'un bandit aussi bien organisé et aussi pointu du point de vue technologique que Fantômas ait négligé ce détail.

Une séquence est carrément absurde lorsqu'on nous montre le génie du mal mettre un masque de Fantômas sur le masque de Fandor : il est bien évident qu'en réalité, il aurait d'abord enlevé le masque de Fandor avant de remettre le sien.

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N'oublions pas le gros reproche à formuler contre le scénario : la poursuite finale est interminable, et finit donc par être languissante. Certes, c'est une constante des trois films de la série que de réserver la fin soit aux scènes de poursuite, soit aux acrobaties de Jean Marais, mais dans ce premier volume, trop, c'est trop ! Un regard critique remarquera aussi la facilité déconcertante avec laquelle tout ce joli monde se retrouve lors de cette poursuite, depuis Hélène qui comme par hasard repère la voiture de Fantômas depuis un hélicoptère, jusqu'à la plage que Juve et Fandor atteignent probablement grâce à leur instinct légendaire après avoir perdu la trace de leur ennemi juré...

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ACCUEIL :

C'est Marcel Allain, le seul des deux auteurs des romans encore en vie, qui se montre le plus sceptique, et même déçu, notamment par le scénario, bien qu'après coup satisfait par le succès populaire du film. Car 4 millions et demi de spectateurs assistent à ce cocktail savoureux d'aventures et d'humour.

Le succès se prolonge à l'étranger, en particulier en Espagne et en Russie. Avec Le Corniaud et Le Gendarme de Saint-Tropez, Fantômas est l'un des trois films qui ont propulsé Louis de Funès au premier rang des stars de la scène comique française, après tant d'années de disette et de demi-succès.

Il est évidemment inutile de chercher la popularité ailleurs que dans le grand public. Pour la plupart des cinéastes auto-proclamés sérieux, c'est-à-dire ceux qui donnent dans les films d'auteur à l'audience inversement proportionnelle à la somme des critiques positives récoltées dans les revues et journaux intellectuels, ce genre de cinéma est trop « commercial », ce qui dans leur bouche est déjà un gros mot, et une tare congénitale.

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SYNTHÈSE :

Bon démarrage pour la série des Fantômas, qui s'améliorera encore par la suite dans le style comédie policière.

LES SÉQUENCES CULTES :

Vous êtes là depuis longtemps? 

Admettons ce mensonge! 

Tout à fait cette expression de brute dégénérée 

Qu'est-ce que c'est que ce barbu? 

Au nom de la loi, ouvrez! 

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3. LE CORNIAUD

 

Production : Robert DORFMAN (Les Films Corona)
Scénario : Gérard OURY
Adaptation : Gérard OURY et Marcel JULLIAN
Dialogues : Georges TABET, André TABET
Réalisation : Gérard OURY
Musique : Georges DELERUE

Léopold Saroyan, un entrepreneur en import-export lié au syndicat du crime, a dissimulé dans une Cadillac le produit d'un hold-up, constitué de trois cents kilos d'or, de pierres précieuses dont le fameux « You-Kun-Kun », le plus gros diamant du Monde, ainsi que d'une énorme quantité d'héroïne. La voiture doit être acheminée de Naples à Bordeaux où elle sera embarquée sur un bateau à destination de New-York. Saroyan décide de la confier à Antoine Maréchal, un représentant de commerce naïf dont il a embouti la deux-chevaux alors qu'il partait en vacances en Italie.

Sous prétexte de dédommagement, il lui offre d'effectuer ce beau voyage en voiture de luxe, persuadé que la figure honnête et le casier judiciaire vierge de Maréchal constituent le meilleur des passeports pour franchir la douane. Par prudence, il se propose de suivre la Cadillac à distance. L'opération est rapidement compliquée par les gaffes de Maréchal et les tentatives de vol perpétrées par Mickey, dit « Le Bègue », un truand rival désireux de s'approprier la précieuse cargaison.

 

GENÈSE :

Lorsque Gérard Oury décide, après divers tâtonnements, d'orienter sa carrière de cinéaste vers la comédie, il engage naturellement Bourvil, alors au sommet de sa popularité, pour interpréter le rôle principal du « corniaud » qui va donner son nom au film.

Au départ, Bourvil est donc incontestablement la vedette numéro une. Louis de Funès, en pleine ascension, est retenu pour incarner l'entrepreneur lié aux milieux criminels. De Funès n'a pas encore la notoriété de Bourvil ; d'ailleurs, son cachet sera trois fois moins élevé que celui de l'acteur normand.

Afin de ménager la susceptibilité de Louis de Funès, des scènes seront ajoutées pour que la présence à l'écran de chacun des interprètes principaux ne soit pas trop déséquilibrée.

Une des caractéristiques du film est que, hormis les premières séquences et la scène finale, les deux acteurs principaux ne sont jamais ensemble.

Le Corniaud, comme la plupart des films de Gérard Oury à partir de cette époque, va être une production à gros budget, fait inhabituel pour un film comique, avec une majorité de scènes tournées en décors naturels permettant notamment d'admirer les merveilles de l'architecture et des paysages italiens.

RÉALISATEUR :

Gérard Oury a débuté au cinéma en tant qu'acteur, sans succès énorme. En 1958, il co-écrit le scénario d'un film d'André Cayatte, Le miroir à deux faces, un drame opposant Michèle Morgan, qui va devenir son épouse suite à cette rencontre, à Bourvil. L'immense Bourvil y démontre tout son talent dans le rôle d'un Français moyen mesquin, un rustre qui a sciemment choisi une femme laide « pour ne pas être trompé », et ne supporte pas que cette dernière entreprenne une opération de chirurgie esthétique pour devenir belle.

Après cet essai encourageant, il se lance dans la réalisation à l'aube des années 60. Ses deux premiers films passent totalement inaperçus, mais le troisième, intitulé Le crime ne paie pas, est un film composé de quatre sketches et rencontre enfin le succès. Louis de Funès, interprète d'un des sketches, remarque le tempérament enjoué d'Oury sur le plateau et lui conseille alors d'orienter sa carrière vers la mise en scène de comédies. Oury est sceptique : pour lui, ce n'est pas parce que l'on rit beaucoup sur les tournages que l'on va devenir forcément un bon réalisateur de films comiques. Pourtant, il finira par suivre le conseil de Fufu.

C'est tout naturellement qu'Oury fait appel à Bourvil et à Louis de Funès pour participer à l'aventure du Corniaud, qui n'est pas sans danger car le budget élevé du film ne permet pas l'échec. Oury est persuadé qu'avec de tels acteurs, l'échec est impossible, et les faits lui donneront raison.

DÉCORS :

Adepte des films à grand spectacle, Gérard Oury se donne les moyens de ses ambitions. La majeure partie des scènes sont tournées dans des décors naturels, le plus souvent magnifiques.

La première scène, la légendaire rencontre entre la bolide de Saroyan et la malheureuse deux-chevaux de Maréchal, est filmée place Sainte-Geneviève à Paris. Ensuite, les trois-quarts du film se déroulent en Italie.

Maréchal réceptionne la Cadillac à Naples sur fond de Vésuve, puis s'enfonce dans des petites rues populeuses où il est contraint d'avancer au pas, entouré d'une horde de piétons. Cette scène donne l'impression d'assister à un documentaire, avec des passants sincèrement intrigués aux mines inquiètes, voire hostiles, face à la caméra qui les filme ; ces images étant habilement alternées avec des plans sur Antoine et sa voiture.

Puis c'est Rome, où Maréchal va faire une longue escale. La ville éternelle nous est montrée sans retenue, avec bien entendu le Colisée, mais aussi des petites églises beaucoup plus modestes.

Après la course-poursuite, la scène de bagarre entre les hommes de Saroyan et ceux de « La Souris » est tournée à la Villa d'Este, située dans la ville de Tivoli, près de Rome. Plusieurs séquences se déroulent parmi les magnifiques jets d'eau de ce chef-d'œuvre de l'architecture italienne du seizième siècle. Également célèbre pour l'aménagement de ses jardins, la Villa d'Este a été admise au patrimoine mondial de l'UNESCO au cours de l'année 2001.

La remontée vers le Nord se poursuit avec des passages en Toscane et par la fameuse Tour de Pise. Par contre, la scène du bain de minuit d'Ursula, censée se dérouler en Italie, a été filmée sur la plage de Saint-Raphaël.

C'est le poste de douane de Menton qui a servi de cadre à la fouille des voitures de Saroyan et Maréchal, avant l'arrivée sur les routes de France et l'escale à Carcassonne. Le rendez-vous entre Saroyan et la fausse « Souris » permet de montrer les remparts sous toutes les coutures, puis le film se termine à Bordeaux, sauf qu'une partie de cette scène a été tournée au Havre...

Le lien matériel entre tous ces lieux n'est autre que la Cadillac De Ville blanche conduite par Maréchal. Cette superbe voiture, dotée du téléphone, joue au petit Poucet avec sa précieuse cargaison, ce qui lui permettra évidemment de franchir la frontière sans encombre.

 

GÉNÉRIQUE :

Le générique de début ne constitue pas une entame particulièrement accrocheuse : des vues de Paris sont accompagnées d'une musique de Georges Delerue d'une banalité affligeante. Le film a été tourné en 1964, mais la musique du générique, désuète, ressemble à ce qu'on entendait dans les années 50 et même 40.

En dehors du générique, la musique alterne le chaud et le froid : déceptions lors des scènes pseudo-sentimentales mielleuses entre Maréchal et ses conquêtes qui voisinent avec quelques thèmes sympathiques, à l'image de celui associé à « Mickey ». Le bilan global n'est quand même pas fameux. Il semble qu'on aurait facilement pu faire mieux.

Le générique final n'apporte aucune amélioration. Il reprend la musique initiale sur un triste fondu au noir.

SCÉNARIO :

Avec les décors et le jeu des acteurs, le scénario est l'un des points forts du film. Ce sera une des caractéristiques des œuvres d'Oury que de s'appuyer sur des scénarios bien travaillés.

Léopold Saroyan, chef d'entreprise nerveux et autoritaire, est de mèche avec le syndicat du crime américain. Au cœur du mois d'août, sa grosse voiture emboutit celle d'Antoine Maréchal, un modeste représentant de commerce, au volant d'une deux-chevaux. Remarquons la singularité du personnage de Maréchal : a-t-on déjà vu souvent des représentants rouler en deux-chevaux ?

Maréchal est consterné car il s'apprêtait à partir en vacances en Italie (L'Italie en deux-chevaux, bon courage !), et l'accident a complètement détruit son véhicule. Mais Saroyan, pressé et arrogant, lui suggère de devenir un piéton, ou de prendre l'avion pour aller en Italie, lui laisse sa carte, et s'en va sans autre forme de procès.

Le lendemain, Saroyan convoque Maréchal à son domicile et lui explique l'avoir trouvé très sympathique. Il lui propose de l'envoyer à ses frais à Naples afin de ramener à Bordeaux la Cadillac d'un ami américain rappelé en urgence aux États-Unis, ce qui permettra à son hôte de traverser l'Italie en voiture de luxe pendant une quinzaine de jours.

Saroyan a-t-il eu des remords ? Pas du tout ! En réalité, la Cadillac est bourrée de cocaïne, d'or, et de pierres précieuses volées, et le casier judiciaire vierge de Maréchal, tout comme son allure de parfait honnête homme, doivent lui permettre de passer la frontière sans que sa voiture soit fouillée par les douaniers.

Afin de rassurer ses associés dans le crime, inquiets de voir toute leur fortune à la merci d'un tel naïf, Saroyan leur annonce qu'il suivra la Cadillac à distance pendant tout le trajet.

La conduite de la Cadillac déconcerte Maréchal, habitué à sa deux-chevaux. Dès sa prise en main à Naples, il emboutit les pare-chocs avant et arrière à l'insu de Saroyan. Il emmène discrètement la voiture chez un garagiste. Ce dernier découvre l'or dissimulé dans les pare-chocs, qu'il remplace par des neufs volés sur une autre Cadillac, afin de conserver le métal précieux.

Lors du passage à Rome, « Le Bègue », dit aussi « La Souris » ou « Mickey », un rival de Saroyan, s'empare de la Cadillac à la tombée de la nuit. Par chance, Saroyan le voit et une course-poursuite s'engage entre les deux bandes rivales à l'issue de laquelle Saroyan réussit à récupérer la voiture. L'incident n'est pas sans dommage puisqu'une balle perdue s'enfonce dans les ailes de la Cadillac, permettant à l'héroïne qui y était dissimulée de s'échapper sous les yeux consternés de Léopold.

« La Souris » ne renonce pas. Il séduit Ursula, une jeune auto-stoppeuse allemande qui voyage avec Maréchal, afin de se faire présenter à ce dernier et de lui voler la Cadillac dès la première occasion. Il a pris soin de mettre Saroyan hors-course, immobilisé par du sucre dans le carburateur de sa voiture. Léopold décide de prévenir Maréchal du danger, téléphone, et tombe sur l'Allemande avec qui il s'explique tant bien que mal. Ursula sabote la batterie de la Cadillac pendant que « Mickey » se débarrasse d'Antoine, qui chute dans la mer depuis une falaise.

Saroyan, qui a réparé son automobile, surprend « La Souris » au moment où il essayait de faire démarrer la Cadillac, mais son ennemi se fait emmener par deux motards de la police afin de lui échapper. Maréchal, sorti du bain, fait installer une batterie neuve et jette l'ancienne dans la mer, sans savoir qu'elle est remplie de bijoux.

Maréchal comprend qu'il a été berné lorsqu'il passe la frontière. Saroyan a décidé de la franchir avant lui pour l'attendre de l'autre côté, mais a été retenu par la police, prévenue de l'affaire par un informateur. La fouille de sa voiture prend du temps, et il se retrouve nez-à-nez avec Maréchal. Il fait semblant de ne pas le connaître, mais les policiers ne sont pas dupes. Ils relâchent Léopold et fouillent la voiture d'Antoine.

Évidemment, les policiers ne trouvent rien dans la Cadillac, mais Maréchal, qui a tout compris, a la ferme intention de s'expliquer avec Saroyan lorsqu'il recevra l'aide de Martial, un ami, gendarme à Carcassonne. Après s'être débarrassé de « La Souris » en jouant au gangster chevronné, il réussit à capturer les hommes de main de Saroyan, ainsi que deux policiers qu'il prend pour des hommes du « Bègue » grâce à Martial et à sa brigade.

Tout ce joli monde se retrouve à l'arrivée à Bordeaux en compagnie du commissaire qui a arrêté « Mickey ». Maréchal découvre le You-Kun-Kun, le plus gros diamant du Monde, caché dans le klaxon de la Cadillac, et le remet au commissaire. Peu convaincu de son innocence, le policier l'arrête et notre cher Antoine se retrouve en compagnie de Léopold à l'arrière de la voiture. Menottes au poignet, les deux hommes s'expliquent : Saroyan promet à sa victime de le sortir de cette mauvaise passe et lui propose un placement de l'argent qu'il va toucher de la compagnie d'assurances pour avoir retrouvé le You-Kun-Kun.

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DISTRIBUTION :

Louis de Funès fait son numéro habituel dans le rôle de Léopold Saroyan, cet homme d'affaires lié au Milieu, il est vrai parfaitement adapté à son personnage. Le succès du film sera dû aussi bien à sa performance qu'à celle de son partenaire, ce qui n'était pas forcément prévu au départ. C'est un des trois rôles, avec ceux de Ludovic Cruchot dans Le Gendarme de Saint-Tropez et du commissaire Juve dans Fantômas, qui assoiront définitivement sa popularité.

Bourvil interprète le représentant en layette Antoine Maréchal. Écrire qu'il est très bon, parfait, et même plus-que-parfait, est inutile car ce formidable comédien l'était toujours. Ses effets comiques basés sur la naïveté étaient parfaitement complémentaires de ceux de Louis de Funès, basés sur l'agressivité. Le concept dominant/dominé, persécuteur/persécuté est toujours efficace, et sera repris dans la plupart des films et scénarios de (entre autres) Francis Veber : L'emmerdeur, La chèvre, etc.

Venantino Venantini incarne « Mickey », dit « La Souris », dit « Le Bègue », le chef du gang rival de Saroyan. Tout aussi dénué de scrupules que son adversaire, il est plus du genre « jeune premier », n'hésitant pas à utiliser son attrait de bellâtre italien auprès des femmes afin de parvenir à ses fins.

Henri Genès, c'est Martial, le brave gendarme ami d'Antoine. Genès parle avec l'accent méridional et roule les « » comme tout natif de Carcassonne qui se respecte. On comprend donc que ce rôle lui ait été confié...

Alida Chelli interprète Gina, une manucure italienne dont Maréchal fait la connaissance à son hôtel de Rome. Fiancée à un coiffeur sicilien très jaloux, elle utilise l'attrait d'Antoine pour sa personne afin de jouer avec les nerfs de son ami. Désespérée par sa conduite, elle propose à Maréchal de partir avec lui, mais arrête sa voiture à la sortie de Rome pour retourner avec son amoureux.

Beba Loncar compose une jolie étudiante allemande prénommée Ursula. Naturelle et naturiste, Ursula ne dispose pas de gros moyens financiers, visite l'Italie en auto-stop, et couche dans les campings. Maréchal l'emmène avec lui dès la sortie de Rome en remplacement de Gina. Serviable et courageuse, elle va lui rendre de grands services avant de le quitter, fatiguée par les dangers encourus.

Jacques Ferrière et Jean Droze jouent les hommes de main de Saroyan, souvent présentés comme ses « secrétaires ». De curieux secrétaires avec la main toujours à la portée d'une arme à feu... Comme à son habitude avec ceux placés sous son autorité, De Funès les traite sans ménagement, bien que cet aspect soit ici moins développé que dans nombre de ses films.

Lando Buzzanca n'est autre que le coiffeur sicilien jaloux de sa fiancée, la douce Gina. Avec ses petites moustaches, sa taille modeste, et son attitude nerveuse et colérique, il représente l'archétype de l'italien moyen tel qu'on le décrit dans beaucoup de films français... ou autres.

Saro Uzzi interprète Tagliella, le garagiste napolitain qui s'empare de l'or découvert dans les pare-chocs de la Cadillac. Lui aussi représente une caricature de petit artisan du Sud de l'Italie tant par son attitude que par son physique.

L'athlète qui roule des mécaniques sous la douche devant les yeux ébahis de De Funès est Robert Duranton. Lutteur et catcheur professionnel, il a également été élu « Monsieur Europe » en 1953, et a parfois tenu de petits rôles au cinéma, toujours dans des registres de costauds.

Pierre Roussel joue le maître d'hôtel Mario Costa qui espionne Saroyan pour le compte de « La Souris ». Arrêté par la police pour recel, c'est lui qui « balance » l'affaire de la Cadillac aux forces de l'ordre.

On arrive ensuite aux tous petits rôles avec Guy Grosso et Michel Modo en douaniers, Henri Virlogeux, Jean Meyer, et Jacques Eyser, les associés de Saroyan, Bob Leriche et Guy Delorme, les complices de « Mickey », Annie Claparède dans le rôle de Suzanne, la serveuse du bar de Carcassonne, et Germaine de France, la vieille dame qui chante sur les remparts.

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TEMPS FORTS :

Le film accumule une succession de situations comiques irrésistibles dont on ne citera que les plus marquantes.

On démarre fort avec la scène de l'accident, devenue si célèbre qu'elle sera utilisée bien plus tard pour une publicité télévisée en faveur d'une compagnie d'assurances. Si on regarde avec attention, on se rend compte que Bourvil tire sur le volant pour finaliser l'effondrement total de la deux-chevaux.

Maréchal est convoqué chez Saroyan, et ce dernier lui assène de but en blanc un « Vous m'avez été tout de suite sympathique » en totale contradiction avec son attitude hautaine de la veille. Le repas qui suit, en compagnie des associés de Léopold, produit sur eux un effet désastreux. Non seulement Antoine, totalement ivre, parle fièrement de sa réussite « dans la layette », mais il rétorque à un invité qui lui suggérait d'emmener Les Promenades dans Rome de Stendhal, qualifié de « merveilleux guide » pour visiter l'Italie : « Mais j'ai déjà le Michelin ! »

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Autre séquence très drôle lorsque Saroyan, croyant Maréchal dans les bras de Gina, décide d'aller vérifier le chargement de la Cadillac. Le problème, c'est que Maréchal descend au garage alors qu'il se trouve en pleine inspection. Antoine ne trouve pas les clefs de la voiture, puisque Léopold les a empruntées. Il entend un bruit et demande « Y'a quelqu'un ? ». Léopold, caché sous la Cadillac, répond :  « Non, y'a personne ». Et Bourvil : « Ah ? Bon ! ».

Saroyan s'amuse à faire tournoyer la Cadillac et son occupant dans les airs sur le levier du garage. Sur le point d'être reconnu, il est contraint de mettre un masque de soudeur et fait redescendre la voiture au moment où Maréchal s'apprêtait à descendre à l'aide d'une échelle. Ce passage montre le grand professionnalisme de Bourvil dont on voit très bien qu'il n'est pas doublé lorsqu'il tombe de l'échelle et atterrit dans la Cadillac. Et pourtant, cette cascade était fort dangereuse.

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Les poursuites et bagarres à la suite du vol de la Cadillac par les hommes de « La Souris » comportent quelques passages très amusants, dont une hilarante méprise de Saroyan : alors qu'il marche à reculons, revolver à la main, guettant l'ennemi, il vient buter contre le doigt pointé en avant d'une statue et croit se retrouver sous la menace d'une arme collée contre son dos par un homme de « La Souris » !

Après la récupération de la voiture, il s'agit de la réparer avant le petit matin afin que Maréchal ne s'aperçoive de rien. Saroyan la conduit en pleine nuit dans un petit garage de campagne. Il est tellement pressé qu'il effectue lui-même les réparations sous les yeux ébahis du garagiste et de son fils. Cette scène sans dialogues, hommage au film Les Temps Modernes de Chaplin, se déroule au son de La Danza, une enlevée tarentelle napolitaine de Gioacchino Rossini, ici dans la rutilante orchestration d'Ottorino Respighi pour son ballet La Boutique fantasque. De Funès procède aux réparations avec enthousiasme, et calque ses gestes sur le rythme de la musique. Ses mimiques particulièrement expressives démontrent à quel point il aurait pu être un grand acteur de cinéma muet.

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Un autre très bon moment est offert par la scène du culturiste sous la douche. Il s'agit d'une des séquences qui ont été ajoutées sur demande de Louis de Funès. Désireux d'être traité à égalité avec son partenaire, il s'est rendu compte à la lecture du scénario que le compte n'y était pas. Il va trouver Oury et lui montre le script. Des petites pastilles rouges ont été collées pour chaque scène avec Bourvil, et des pastilles bleues pour chaque scène avec lui-même. Il fait remarquer à Gérard Oury que les pastilles rouges sont beaucoup plus nombreuses que les pastilles bleues, ce sont le metteur en scène ne peut que convenir. Oury se creuse la tête pour rétablir un certain équilibre, qui ne sera pas complet puisque Bourvil restera incontestablement l'acteur le plus présent sur ce film.

Cette scène de la douche, le soir passé au camping, est donc une nouvelle séquence sans dialogue destinée à mettre Fufu en valeur. Le culturiste adopte une attitude méprisante et fait fonctionner sa puissante musculature sous l'air ébahi de Saroyan qui n'en revient pas. Léopold finit par mettre fin au spectacle, et une fois seul se regarde dans la glace en essayant d'imiter le malabar ! Mais ses muscles ne réagissent pas aussi bien que ceux du modèle, et il préfère arrêter l'expérience, avec un geste de dépit envers son ventre...

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Rentré sous sa tente, le malheureux Saroyan n'est pas au bout de ses peines puisque Maréchal, qui s'est endormi en attendant qu'Ursula vienne le rejoindre, va faire des siennes. Il se tourne et se retourne dans son lit tout en rêvant de la belle Allemande. Et ce qui devait arriver ne manque pas de se produire : il finit par rouler hors de sa tente et atterrit contre celle de Saroyan, glisse une main a l'intérieur, et, toujours endormi, se met à tripoter Léopold en demandant : « Ursula ! Encore un peu d'huile ? ».

Après cette nuit éprouvante, nouvelle indigestion de sucre pour la voiture de Saroyan dont le propriétaire assiste avec effroi au départ du « Corniaud » en compagnie d'Ursula et de « La Souris ». Une des scènes les plus drôles du film a lieu sous la forme de l'appel téléphonique destiné à prévenir Maréchal : Saroyan tombe sur Ursula et se présente comme un ami, « Ein freund of Herr Antoine Maréchal ».

Voici quelques extraits du dialogue :

« He ist en danger ! Because der man, der beau garçon, ist ein zalopard, ein gross zalopard, qui veut barboter... Euh ! I beg your pardon ! Qui veut voliren la Cadillac ! Et si vous nicht interveniren, Maréchal Kaput ! »

(Il est probable que le nom de Maréchal a été choisi spécialement en vue de cette réplique).

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La rencontre entre Saroyan, ses hommes, et « Mickey », pendant qu'Ursula aide Maréchal à sortir de son bain, comporte un nouveau temps fort basé sur du comique visuel : les mimiques de Louis de Funès pour illustrer la discrétion du pistolet nanti d'un silencieux sont irrésistibles.

La mauvaise foi a toujours été un atout de choix dans le comique de Fufu. Une parfaite illustration nous en est donnée au cours de la rencontre Maréchal-Saroyan au poste de douane, avec le culot de Léopold Saroyan :

- Ecoutez, Monsieur, je n'ai pas le plaisir de vous connaître.
- Maréchal !
- Ce n'est pas moi !
- Mais c'est moi. Il faut que je vous dise, il m'en est arrivé des...
- Ah ! Ça suffit ! En voilà assez ! N'insistez pas !
- Bon ! Vous devez avoir raison. J'ai dû me tromper. Excusez-moi !

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Le passage où Bourvil se montre le plus drôle est probablement celui où, une fois la frontière passée, il a compris que Saroyan s'est payé sa tête, et qu'il doit à tout prix se débarrasser de « La Souris ». Il compose alors un personnage de dur. Au son d'un air d'accordéon qui évoque les titis des faubourgs parisiens, il se met à parler en argot, prend « Mickey » de haut, et le traite de « pauv' cave ».

Et ça marche ! Extraits choisis :

- T'as voulu me foutre dans le bain, mais je sais nager... Vise un peu : Les ailes : un héros, pas d'héroïne ! Pousse ta viande ! La batterie, tu peux visiter : y'a peau de balle ! Les pare-chocs : c'est pas de l'or, c'est de la bonne ferraille !
- Je... je... ne... ne savais pas que tu étais au courant.
- Pauv' cave ! T'as pas compris que cette bagnole-là, c'est du bidon...

La conclusion est également excellente, avec Saroyan qui montre ses menottes à Maréchal et lui affirme qu'il peut avoir confiance en lui, puis le fameux rire de nos héros lorsqu’Antoine s'étonne du placement d'argent suggéré tous bas à l'oreille par son acolyte.

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POINTS FAIBLES :

Quelques passages moins réussis, voire languissants, lors des interminables problèmes de cœur de Maréchal. Séduit par la belle manucure Gina, il accepte de la prendre avec lui, mais elle ne tardera pas à retourner avec  son fiancé. Amoureux d'Ursula, il jubile lorsque cette dernière promet de le rejoindre sous sa tente après son bain de minuit, mais va veiller pour rien. Entretemps, Ursula a fait la connaissance du Bègue... tout cela est longuet.

Certaines répliques ne sont pas tellement drôles tant l'effet comique est éculé. Ainsi, lors du premier contact entre Antoine et Ursula :

- Je m'appelle Ursula... (nom allemand incompréhensible)
- Vous m'épelez ?
- Mais vous aussi, vous mé plait beaucoup !
- Moi, c'est Antoine tout court !
- Alors, en avant, Monsieur Toucourt !

On pouvait trouver mieux que cet humour de style almanach Vermot...

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On remarque quelques erreurs grossières dans les détails de la mise en scène : lorsque le garagiste napolitain est filmé en train de voler le pare-chocs d'une Cadillac identique à celle de Maréchal, on ne devrait pas voir ses outils posés au-dessous puisque c'est dans la rue qu'il perpètre ce forfait et non dans son garage.

Beaucoup plus gênant, et même ridicule : le trou rond qu'une balle de revolver est censée avoir causé sur le pare-brise de la voiture de Saroyan, et que Léopold va utiliser pour faire passer le canon de son fusil afin de tirer dans les pneus de la Cadillac lors de la scène de poursuite. A-t-on déjà vu une balle faire un trou dans une vitre sans la faire éclater ?

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ACCUEIL :

Le film réalise un triomphe avec 11 740 000 entrées, ce qui représente plus d'un Français sur cinq ! C'est un de ceux qui ont le plus contribué à asseoir la popularité de Louis de Funès.

Dans ces conditions, la poursuite de l'association De Funès-Bourvil sous l'égide de Gérard Oury va de soi, et sera encore plus fructueuse commercialement parlant sur le film suivant, un certain La Grande Vadrouille...

Si certains succès commerciaux laissent circonspects, on peut penser que pour ce film, le public ne s'est pas trompé car Le Corniaud est incontestablement une comédie de grande qualité.

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SYNTHÈSE :

Association de deux grands acteurs pour un excellent divertissement dont les effets comiques restent intacts près de 50 ans après sa sortie.

LES SÉQUENCES CULTES

Ma voiture a eu un léger accident hier

La douche

Maréchal Kaput

Je suis pas si kounkoun que j'en ai l'air alors

Louis de Funès et Bourvil sur le tournage du Corniaud



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4. FANTÔMAS SE DÉCHAÎNE

Production : GAUMONT
Scénario : Jean HALAIN, Pierre FOUCAUD d'après les romans de Pierre SOUVESTRE et Marcel ALLAIN.
Adaptation : Jean HALAIN, Pierre FOUCAUD (sur autorisation de Marcel ALLAIN)
Dialogues : Jean HALAIN
Réalisation : André HUNEBELLE
Musique : Michel MAGNE

Alors que le commissaire Juve vient d'être décoré pour avoir mis hors d'état de nuire l'ennemi public numéro un Fantômas, ce malfaiteur masqué refait surface : il enlève le professeur Marchand, un savant spécialiste des rayons télépathiques. Le but du criminel est de maîtriser la volonté des humains afin d'en faire des robots à ses ordres. Le journaliste Fandor, autre ennemi intime de Fantômas, est persuadé que le monstre va tenter d'enlever le professeur Lefebvre, un savant dont les travaux sont complémentaires de ceux du professeur Marchand. Il décide de prendre la place de Marchand dans le rapide pour Rome où le savant doit se rendre à un congrès scientifique international. Ce piège doit permettre la capture du célèbre bandit, mais les choses seront-elles aussi faciles que prévu ?

GENÈSE :

Après le succès du premier film Fantômas, une suite est naturellement mise en route. Acte logique puisque le but initial était d'entreprendre une saga relatée dans une série de films.

La suite avait été écrite pour Jean Marais sans Louis de Funès, mais le succès phénoménal de ce dernier dans Le Gendarme de Saint-Tropez et plus encore Le Corniaud va amener Hunebelle et Halain à changer leur fusil d'épaule. Le scénario va donc intégrer le commissaire Juve, incarné par le très populaire Louis de Funès. Preuve de l'influence grandissante de ce dernier : il réussira même à faire engager son fils Olivier pour un rôle non négligeable.

Résultats : les mêmes acteurs principaux vont se retrouver pour notre plus grand bonheur, mais avec quelques modifications importantes. La plus évidente est due à la trajectoire ascendante de Louis de Funès, il est cette fois-ci à égalité avec Jean Marais qui suit le chemin inverse en commençant à décliner. Avec la cinquantaine, les cascades deviennent plus difficiles à effectuer...

Autre nouveauté notoire, l'arrivée des thèmes de l'espionnage, des agents secrets, et des gadgets dans la lignée du succès de James Bond. C'est De Funès-Juve qui apporte ces éléments neufs, accentuant ainsi l'importance croissante du comique sur la série.

Le surgissement du thème de l'espionnage s'accompagne du déclin, voire de la disparition, des aspects romanesques, ce nouveau film s'avérant très terre-à-terre. Seules les scènes d'évasion du repaire de Fantômas conservent un brin de poésie, probablement grâce à la musique de Michel Magne.

Le spectateur ne perd rien au change, il va au contraire y gagner tant ce film truffé de gadgets géniaux et de formidables scènes comiques du grand De Funès, au moins autant « déchaîné » que Fantômas, reste un des tous meilleurs films de notre Fufu.

RÉALISATEUR :

On ne change pas une équipe qui gagne, donc Hunebelle est aux commandes, assisté de Jacques Besnard comme réalisateur de la seconde équipe. Jean Halain et Pierre Foucaud se chargent du scénario, de l'adaptation, et des dialogues.

Avant sa sortie, le titre du film est définitivement adopté, après que les titres Fantômas revient et La Vengeance de Fantômas aient été envisagés. Finalement, c'est le titre le plus accrocheur qui est retenu.

DÉCORS :

Cette suite reprend la recette de l'original avec bon nombre de décors naturels qui apportent un plus incontestable. Ainsi la centrale nucléaire de Chinon, la première mise en service en France, voit se dérouler la scène où Fantômas enlève le professeur Marchand. On reconnaît la célèbre boule de 55 mètres de diamètre dans laquelle est installé le savant : ce réacteur A1 a été arrêté en 1973, et depuis 1986 le site abrite un musée de l'atome.

La camionnette « Centre de la recherche scientifique » est un bon vieux tub Citroën immatriculé dans le 37, confirmant le lieu du tournage, Chinon étant une sous-préfecture du département de l'Indre-et-Loire.

Les autres scènes de la partie française du tournage ont été filmées à Paris, puis la transition est assurée par les scènes de train, évidemment tournées en studio.

La majeure partie du film se déroule à Rome. Des vues magnifiques de la ville éternelle nous sont généreusement offertes, ce qui rappelle les bons souvenirs du Corniaud.

Il faut saluer le travail du décorateur Max Douy, auteur du repaire immergé de Fantômas. Max Douy sera par la suite décorateur sur un film de la saga des James Bond, en l'espèce Moonraker.

Le vulcanologue Haroun Tazieff apporte son concours puisque les images du Vésuve en éruption, visibles lors de la scène finale d'évasion, sont extraites d'un de ses films documentaires, Les Rendez-vous du Diable.

Les cascades sont nombreuses, et pour une fois, Jean Marais est doublé lors de la scène finale. Evidemment, on ne le voyait guère sauter en chute libre d'un avion, surtout à près de cinquante ans... C'est le célèbre Gil Delamare qui le remplace, alors que Louis de Funès est doublé par Henri Violin. On distingue nettement les traits de la doublure, et surtout ses cheveux plus fournis que ceux de Louis. La scène est filmée par le caméraman-homme volant Jean-Jacques Dubourg.

GÉNÉRIQUE :

Au contraire du premier film, il n'y a pas de séquence pré-générique. C'est une animation avec les figurines de Juve et de Fantômas qui tient lieu de générique, sur une musique de Michel Magne différente du thème principal bien connu. L'animation constitue un résumé de la poursuite finale de Fantômas, et la musique est beaucoup plus ludique que pour l'opus précédent.

L'intérêt de ce générique est donc de plonger le spectateur dans l'ambiance du premier film, ce qui permet un enchaînement parfait avec la suite. On retrouvera le thème « Fantômas » en fin d'épisode lorsque les héros auront été capturés par le malfaiteur.

SCÉNARIO :

Le scénario de Jean Halain et Pierre Foucaud est celui qui équilibre le plus parfaitement les scènes Marais et les scènes de Funès. Il faut saluer l'inventivité déployée, en particulier pour les multiples gadgets du commissaire Juve, hilarants mais néanmoins efficaces. Bien conçu et sans temps morts, ce script est une splendide réussite sur laquelle De Funès peut allègrement surfer pour nous offrir un formidable festival burlesque.

Le commissaire Juve est décoré de la Légion d'Honneur pour avoir permis à la France d'être débarrassée de l'odieux criminel masqué Fantômas. Le policier tient à associer à cette récompense ses amis journalistes Fandor et Hélène qui l'ont aidé à pousser le malfaiteur dans ses derniers retranchements. Pendant la cérémonie, Juve reçoit un carton de félicitations signé... Fantômas.

Peu après, le professeur Marchand, un scientifique spécialiste de l'hypnose, est enlevé alors qu'il travaillait dans son laboratoire. Tous les témoins de l'événement sont tués, et Fandor s'attire l'hostilité du commissaire Juve en affirmant que Fantômas est l'auteur du rapt. Le malfaiteur masqué ne tarde pas à confirmer la nouvelle lors d'une allocution télévisée pirate où il affirme qu'il sera bientôt le maître du monde.

Fantômas semble déterminé à forcer les savants à mettre au point un appareil d'ondes télépathiques capable de réduire n'importe quel humain à l'esclavage en annihilant toute volonté. Un autre scientifique, le professeur Lefebvre, affirme haut et fort que le professeur Marchand ne pourra aboutir dans ses recherches sans le résultat de ses travaux en cours. Hélène fait remarquer à Fandor que Fantômas ne va pas tarder à enlever le professeur Lefebvre.

La réflexion de sa fiancée conduit Fandor à concevoir un plan audacieux : il persuade Lefebvre de le laisser prendre sa place dans le train pour Rome où le savant doit se rendre pour un congrès scientifique. Le secret des masques de Fantômas a été percé, et provoquer le bandit avec ses propres armes amuse Fandor. Hélène joue de son charme pour persuader l'inspecteur Bertrand de ne pas révéler ce plan au commissaire Juve qui ne pourrait que refuser toute idée ne venant pas de lui.

Juve est d'autant plus irritable qu'il vient d'être vertement réprimandé par le ministre. Il est sommé de réviser ses méthodes et inculque à ses hommes les nouveaux préceptes : l'heure des agents secrets et des gadgets a sonné. Le commissaire présente ses inventions à ses subalternes en vue de la grande offensive de Fantômas prévue pour le voyage à Rome.

Déguisé en professeur Lefebvre, Fandor prend le train de nuit pour Rome accompagné d'Hélène et de Michou, le petit frère de cette dernière qui vient d'être renvoyé de son pensionnat. Michou tape à la machine dans le compartiment de Fandor, évidemment voisin de celui du prétendu professeur Lefebvre, ceci dans le but de persuader Juve que Fandor s'y trouve. En fait, le reporter est en train de se montrer à tous sous les traits de Lefebvre, espérant attirer les hommes de Fantômas.

Fandor reprend son identité lorsque le « professeur Lefebvre » est censé aller dormir, ce qui lui permet d'aller dîner sans masque en compagnie d'Hélène. Mais Juve s'introduit chez le savant, il trouve bien entendu le compartiment vide et croit que le professeur a été enlevé par Fantômas. L'inspecteur Bertrand tente de lui dire la vérité, mais Juve ne l'écoute pas. Persuadé que Fantômas a pris la place de Fandor, il se précipite sur le journaliste pour lui enlever son masque avant d'être assommé par Hélène, qui ne l'avait pas reconnu sous son déguisement de serveur.

A Rome, Juve est mis au courant et approuve le plan de Fandor. Fantômas veut enlever Lefebvre pendant le congrès scientifique et a mis son masque afin de le remplacer sans que personne ne s'inquiète. Évidemment, il tombe sur Fandor qui ne se laisse pas faire. Hélas ! Le malfaiteur parvient à s'échapper grâce à une ruse, et en profite pour enlever Hélène et Michou. Il parvient même à s'emparer du véritable professeur Lefebvre, arrivé à Rome pour régler ses comptes avec Fandor qui selon lui a mal joué son rôle en le faisant passer pour un illuminé convaincu de l'existence des Martiens.

Dépassé par les événements, Juve est pris pour un déséquilibré et interné en hôpital psychiatrique avant d'en être sorti par son adjoint. Fantômas laisse partir Hélène, mais garde Michou en otage pour la faire agir selon ses désirs. Intrigués par la longue absence d'Hélène et par son comportement, Juve et Fandor l'espionnent et découvrent qu'elle est invitée à un bal masqué par un certain marquis de Rostelli, en fait Fantômas.

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Malgré le renfort d'Interpol et l'utilisation de déguisements et de gadgets, Juve ne parvient pas à s'emparer de Fantômas. Au contraire, c'est le bandit qui enlève Fandor, Hélène, Juve, et Bertrand, les endort, et les conduit dans son repaire.

Fantômas voudrait qu'Hélène devienne sa compagne en remplacement de Lady Beltham qui a disparu. Elle devra accepter sa proposition pour sauver son frère, ainsi que Fandor, Juve, et Bertrand, d'une sinistre expérience scientifique. Le génie du mal se propose de tenter de faire vivre la tête de ses prisonniers séparée de leur corps, et le seul moyen pour Hélène d'arrêter cette expérience est d'accepter de devenir sa compagne !

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Le criminel masqué ignore que Marchand et Lefebvre ont mis au point en secret un appareil projecteur d'ondes télépathiques. Après que Fandor, Bertrand, et Juve se soient libérés grâce à un gadget du commissaire, les cigares-pistolets, nos amis délivrent Hélène et Michou. Ils s'apprêtent à utiliser l'arme nouvelle contre Fantômas, mais ce dernier réussit à s'échapper.

À l'issue d'une folle course-poursuite, Fantômas sème Juve et Fandor grâce à une voiture volante ! Ses ennemis tentent de le rattraper en avion, mais finissent par tomber en parachute, et assistent impuissants à la fuite inexorable du criminel.

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DISTRIBUTION :

Tous les principaux acteurs du premier film sont au rendez-vous pour cette suite. Louis de Funès reprend son rôle du commissaire Juve, ce policier déterminé à arrêter Fantômas coûte que coûte. Pour y parvenir, il va cette fois-ci multiplier les gadgets destinés à tromper l'ennemi, sur injonction du ministre, qui l'a sommé de réviser ses méthodes.

Jean Marais va se démultiplier de façon étonnante avec pas moins de six rôles : Fantômas, Fandor, le professeur Lefebvre, Fandor déguisé en professeur Lefebvre, Fantômas déguisé en professeur Lefebvre, et le marquis de Rostelli. Ceci malgré une présence moindre que sur le film précédent, succès de Louis de Funès oblige.

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L'inspecteur Bertrand est toujours interprété par Jacques Dynam. Son personnage n'a guère évolué. Tout juste apprend-t-on qu'il est amoureux d'Hélène, qui en profite pour le manipuler à sa guise à l'insu du commissaire Juve.

Mylène Demongeot conserve son personnage d'Hélène, qui joue un rôle capital dans cette histoire en raison de l'attirance qu'il exerce sur le criminel masqué. Elle est flanquée d'un petit frère du genre enfant terrible, interprété par Olivier de Funès, seul acteur relativement important qui n'était pas présent sur Fantômas. Le fils de Louis, qui fait ses débuts à l'écran, n'était guère attiré par la comédie, mais par l'aviation. C'est son père qui va essayer de l'orienter sur le cinéma, avant tout par peur qu'il ne devienne pilote de ligne à la merci des accidents d'avion ! Malgré un intéressant travail d'acteur, Olivier ne fera pas plus de quelques films et mènera par la suite une carrière de pilote dans l'aviation militaire.

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Pour en terminer avec les acteurs récurrents, citons encore Robert Dalban en directeur de journal, mais cette fois-ci pour une brève apparition, Henri Attal et Dominique Zardi, les principaux hommes de main de Fantômas, le cascadeur Yvan Chiffre lui aussi employé par Fantômas, et le désopilant Philippe Castelli dans le rôle de l'inspecteur en retard.

Le professeur Marchand est incarné par Albert Dagnant, et la dame qui patiente devant les toilettes du train par Florence Blot. Habitué des films de Louis, Max Montavon interprète le surveillant de la pension. On retrouve Jacques Marin en agent de la police ferroviaire italienne.

Plusieurs acteurs jouent les inspecteurs du service de Juve : Christian Tomas, Michel Dupleix, Antoine Marin (celui qui a l'esprit un peu lent...), Roger Lumont, Bob Lerich. Idem pour les hommes de main de Fantômas : hormis ceux déjà cités, on peut voir Antoine Baud, André Cagnard, Pierre Palfray, et Eric Vasberg en faux huissier.

Le ministre qui décore Juve est interprété par Robert Le Béal, le président du congrès scientifique par Piero Tordi, et le directeur de la clinique psychiatrique par Jean Michaud. Et comme il se doit, Raymond Pellegrin reste la voix de Fantômas.

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TEMPS FORTS :

Dès la première scène, Louis de Funès commence son festival, et montre une nouvelle fois qu'il aurait fait un excellent acteur de films muets. La cérémonie de remise de la Légion d'Honneur comporte l'inévitable discours du ministre :

« Lors des moments difficiles de son histoire, la France a toujours trouvé le grand homme de la situation : Bayard, Bonaparte, Jeanne d'Arc (!). »

De Funès n'a pas besoin de parler pour exprimer ses sentiments, et on voit à quel point la comparaison entre lui et ces héros de l'histoire de France le ravit. Mais la suite n'est pas du même acabit...

« Un petit fonctionnaire, ne payant pas de mine, un Français moyen, banal, d'apparence insignifiante, se dresse devant l'ennemi et le pousse jusque dans sa tanière : c'est ça, la France ! »

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La façon unique dont le visage de Louis se décompose lorsque le ministre décrit son personnage comme un terne Français moyen constitue le premier grand moment du film. Et l'expression change du tout au tout à la fin de la phrase, nettement plus flatteuse.

La réapparition de Fantômas en direct à la télévision suscite l'ire du ministre et la confusion de Juve. Le commissaire essaie d'expliquer en bafouillant que si sa décoration paraît indigne, il se laissera déchoir. Mais peu importe pour le ministre, ce qui compte est la mise hors d'état de nuire du criminel. Extrait de la conversation :

- Nous manquons de crédits...
- À l'heure où pour Fantômas, la tête d'un savant vaut tout l'or du monde, à vous de montrer qu'à la tête de notre police, le cerveau d'un commissaire vaut plus que des milliards ! Vous en avez un, alors sachez vous en servir, et révisez vos méthodes !

Juve transmet les nouvelles orientations à ses hommes lors d'un conseil de guerre en vue du voyage du professeur Lefebvre à Rome :

« Il faut réviser vos méthodes ! C'est fini l'époque du hold-up hebdomadaire et des gorilles de papa ! Nous sommes à l'heure des agents secrets et des gadgets ! De quoi auriez-vous l'air si Fantômas était arrêté par un zéro-zéro quelconque, hein ? Je vous le demande, de quoi auriez-vous l'air ?... »

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A cette occasion, le commissaire présente les gadgets de son invention : une gabardine truquée munie d'un faux bras articulé permet de garder une main en réserve pour abattre un adversaire qui vous menace de son arme tout en ayant apparemment les deux mains en l'air, les cigares-pistolets seront tout aussi utiles comme le prouvera la fin du film... mais Juve n'a pas tout présenté lors de ce briefing : la jambe de bois-mitraillette utilisée avec succès lors du bal masqué apporte un agrément d'autant plus réjouissant qu'il est inattendu.

La réunion s'achève par une ultime recommandation de Juve :

- N'oubliez pas les ruses dont ce monstre a été capable ! Grâce à des masques dont nous connaissons aujourd'hui le secret, il a pu commettre ses forfaits non seulement sous les traits du journaliste Fandor, mais aussi avec mon visage. Vous voyez, on pourrait croire que c'est moi ! Alors, soyez prudents et contrôlez toujours qui est qui !
- Comment ça, qui est qui ?
- Qui est qui ! Enfin, qui est qui, quoi !

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La partie intermédiaire du film, c'est-à-dire le voyage en train, est elle aussi riche en très bonnes séquences. Louis de Funès est méconnaissable déguisé en officier italien distingué doté d'une moustache et de beaux cheveux noirs. Son étonnante transformation en serveur, grâce au retournement de sa veste - au sens propre du terme - et de sa casquette, a lieu dans les toilettes. La scène est d'autant plus hilarante qu'il brûle la politesse à une passagère titillée par un besoin pressant. La femme est stupéfaite de voir ressortir un homme différent de celui qu'elle avait vu entrer, et pendant qu'elle le regarde intriguée, quelqu'un lui prend sa place !

Excédée, la dame se rend dans la voiture suivante, mais là aussi les toilettes sont occupées : les hommes de Fantômas prennent leurs instructions par talkie-walkie et ne sont pas pressés de terminer. Nouveau changement de voiture et la malchance continue puisque Juve et trois de ses hommes viennent de se réfugier en catastrophe dans les toilettes pour éviter de se trouver nez-à-nez avec Hélène et Fandor. Lorsqu'ils ressortent, la passagère est d'abord surprise par ces quatre hommes enfermés dans les toilettes, puis les regarde d'un air entendu, croyant visiblement avoir affaire à des individus de mœurs spéciales !

Autre très bon moment avec les déambulations de Juve déguisé en serveur scandant « Deuxième service ! » de couloirs en couloirs avant d'arriver devant le compartiment du savant. Le pauvre Juve tombe sur Fandor déguisé en professeur Lefebvre et en train d'embrasser Hélène. Le commissaire croit qu'Hélène trompe Fandor avec ce vieillard de Lefèvre et se trouve pris d'un accès de misogynie !

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Le séjour à Rome va se révéler tout aussi comique. Juve et Bertrand se déguisent en religieux pour surveiller Fandor grimé en Lefebvre. Le commissaire réprimande son adjoint, coupable de regarder de manière équivoque une belle passante, attitude peu compatible avec sa tenue de vicaire. Puis il subit l'assaut d'un couple d'italiens qui, se référant à son costume de curé, lui demande de baptiser le dernier-né de la famille !

Arrive alors le congrès. Fandor-Lefebvre présente Juve, qui ne le quitte pas d'une semelle, comme son secrétaire. Ledit secrétaire est équipé de sa gabardine truquée. Premier problème, il est incapable d'applaudir lors de l'hommage rendu au professeur Marchand et se contente de taper des deux mains - la fausse et une vraie - sur la table. Second problème lorsqu'il est pris d'une envie de se moucher : il ne peut résister et, au grand étonnement de Fandor, utilise sa deuxième vraie main dissimulée qu'il sort par un interstice de sa gabardine !

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Lorsque Fantômas déguisé en professeur Lefebvre intervient, Juve le prend pour Fandor et le laisse partir. Ce n'est que lorsqu'il voit le vrai Fandor qu'il réagit, prenant ce dernier pour Fantômas déguisé en Lefebvre avant que le journaliste ne le détrompe. Le commissaire essaie de se rattraper, mais en croyant mettre la main sur Fantômas déguisé en Lefebvre, il tombe en fait sur le vrai professeur fraîchement arrivé de Paris. Lorsqu'il se rend compte de son erreur, il ne peut qu'assister, impuissant, à l'enlèvement de Lefebvre par les hommes de Fantômas, puisqu'il est lui-même entre les mains de policiers italiens intrigués par son comportement excité.

Incapable de s'expliquer de manière cohérente, Juve est pris pour un dément par des carabiniers dubitatifs devant la découverte de son faux bras. Et voilà comment le commissaire se retrouve dans une « clinica psychiatrica » ! Cette scène de la clinique est véritablement jubilatoire : Juve donne des explications véridiques mais très embrouillées, ce qui renforce la conviction des médecins sur la défaillance de sa santé mentale. Extraits de la conversation :

- Le vrai professeur Lefebvre était resté à Paris, donc on n'en parle plus !
- On n'en parle plus.
- Le premier faux professeur Lefebvre, donc Fandor, tombe sur le deuxième faux professeur Lefebvre, donc Fantômas, et c'est la bagarre !
- Oui, la bagarre.
- Je suis poursuivi. Tout à coup, je me retourne et j'abats deux tueurs avec ma troisième main !
- Votre troisième main ?
- Oui, ma main qui est sur le ventre !
- Bien sûr ! Sa main sur le ventre...
- Et c'est à ce moment-là que je me suis donné un coup sur la tête.
- Un coup sur la tête. Tiens ! Tiens !...
- Je poursuis Fantômas et soudain, je vois trois professeurs Lefebvre : le vrai venait d'arriver !
- Évidemment !
- Je saute sur le professeur Lefebvre en croyant que c'était le faux, mais c'était vraiment le vrai ! Et voilà comment à Rome, le premier policier de France se retrouve chez les fous ! Victime du devoir !

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La scène s'achève de manière tout aussi drôle avec la ruse employée par les médecins : le directeur de la clinique fait irruption et réprimande ses subordonnés :

« Monsieur le commissaire, je suis confusionné ! Tous les renseignements me prouvent que ce monsieur est vraiment le premier policier de France. Maladroits que vous êtes ! Venez, monsieur le commissaire, ma voiture vous attend. Non, par ici. Voilà... »

Et le malheureux Juve est enfermé dans une cellule capitonnée ! La méprise se termine grâce à l'intervention de l'inspecteur Bertrand. Conversation entre les deux hommes dans la voiture qui les ramène à l'hôtel :

- Moi, le premier policier de France, passer pour un fou !
- Vous savez, m'sieur le commissaire, à notre époque, il vaut mieux passer pour un fou que pour un imbécile !
- Eh ! Bien, vous, vous ne risquez pas la camisole !

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Et ce n'est pas fini, avec les micros que Juve installe dans la chambre d'Hélène : à son retour à l'hôtel, elle ne peut avouer la vérité à son fiancé au sujet de Fantômas puisque ce dernier retient son petit frère en otage. Alors elle ruse, mais de manière maladroite. Fandor s'impatiente, exige de savoir où elle est allée pendant sa disparition. La belle Hélène lui répond alors :

« Ecoute ! Si tu voulais le savoir, tu n'avais qu'à me faire suivre par ton crétin, ton abruti de commissaire Juve ! »

Juve sursaute en écoutant cette conversation dans le pommeau de la douche où est dissimulé son récepteur. Bertrand veut savoir ce que Fandor et Hélène racontent, mais Juve, dépité, répond :

« Qu'est-ce qu'ils disent, qu'est-ce qu'ils disent... ça vous regarde, ce qu'ils disent ?... »

Beaucoup plus que le déguisement de Fandor, banal avec son haut-de-forme, c'est celui du commissaire qui retient l'attention lors du bal masqué. Juve a revêtu une splendide tenue de pirate avec bandeau et jambe de bois. En fait, le bandeau est amovible et la jambe de bois cache une mitraillette qui va permettre d'éliminer un groupe de tueurs. Cette jambe de bois-mitraillette a été très appréciée par Marcel Allain qui l'a jugée tout à fait dans la lignée de ses romans. Hélas ! Fantômas ne s'en laisse pas compter : il électrocute les hommes d'Interpol venus en renfort et capture nos héros.

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La situation semble désespérée pour Fandor, sa fiancée, et les policiers, retenus prisonniers dans le repaire du monstre, mais Juve n'a pas dit son dernier mot. La perspective de voir sa tête séparée de son corps le galvanise et il décide de réagir. Comment le commissaire va-t-il s'en sortir, attaché à sa potence tout comme Fandor et Bertrand ? Tout simplement en offrant des cigares-pistolets aux sbires de Fantômas sous prétexte de dernier plaisir accordé à une future victime de la science : un cigare pour lui, et un à chacun des deux gardes. Juste avant que le tir ne se déclenche, Juve incite les deux gardes à se regarder : les coups partent et les deux hommes s'entretuent avec leurs cigares respectifs ! Quant au garde de faction à l'entrée, le cigare de Juve se charge de lui.

Cette avalanche de rire presque continue n'empêche pas d'apprécier le gadget très « jamesbondien » de la DS blanche volante qui stupéfie Juve et Fandor. Cette voiture-avion est devenue un des symboles les plus emblématiques de la série des Fantômas.

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POINTS FAIBLES :

Le jeu de Jean Marais et de Mylène Demongeot n'est toujours pas parfait. Sans doute Jean Marais a-t-il voulu trop en faire en multipliant les personnages ; autant celui de Fantômas déguisé en professeur Lefebvre est réussi (on distingue fort bien la différence avec les autres grâce aux yeux exorbités du malfaiteur, et bien entendu la voix de Raymond Pellegrin), autant Fandor-Lefebvre et Lefebvre lui-même sont ratés. L'aspect vieillard débonnaire du professeur, son côté savant-qui-aime-s'amuser, style Einstein qui tire la langue, ont été exagérés, et dans ces circonstances on sait que Jean Marais ne se prive pas pour en rajouter...

La poursuite finale est encore le très relatif point faible du film. Très relatif car elle a été heureusement écourtée par rapport au premier film, et elle se termine de façon spectaculaire avec la voiture volante, gadget beaucoup plus marquant que le sous-marin de poche vu un an plus tôt.

Une anomalie de scénario est particulièrement flagrante : pourquoi les savants prisonniers n'ont-ils pas utilisé immédiatement leur appareil d'ondes télépathiques pour se libérer ? Il est évident qu'aucun garde, ni même Fantômas, n'aurait pu résister. Alors, pourquoi attendre que Fandor et Juve arrivent ? Sans doute parce que sinon, il n'y aurait pas eu de film...

On peut aussi faire remarquer que le scénario était vicié dès le départ : Fantômas, qui n'est pas idiot, ne pouvait que comprendre la vanité de son projet : À partir du moment où ses prisonniers auraient achevé l'appareil, il était évident qu'ils ne pourraient que l'utiliser contre lui.

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ACCUEIL :

Comme tous les films de Louis de Funès à cette époque, le film rencontre un très beau succès, et même un triomphe avec un total dépassant les 4 millions de spectateurs.

Le succès à l'étranger est également au rendez-vous. Tout comme le premier film de la série, le deuxième s'exporte très bien en Espagne où il frôle les 3 millions d’entrées, en Italie, et bien entendu en Russie.

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SYNTHÈSE :

Un festival de scènes comiques irrésistibles pour ce deuxième des trois films de la série, sans conteste le meilleur.

LES SÉQUENCES CULTES :

Un petit fonctionnaire ne payant pas de mine

Vous auriez l'air de j'en foutre !

Pour ceux qui ont l'esprit un peu lent !

N'ayons l'air de rien, nous sommes ici incognito

Soudain je me retourne et j'avale deux tueurs avec ma troisième mai !

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Captures et séquences cultes réalisées par Steed3003