Volume 4Volume 6

La caméra explore le temps

Volume 5



1. LE DRAME DE SAINTE-HÉLÈNE

lacamera 3 1

Date de diffusion : 24 juin 1961

Résumé :

Après les Cents jours, en 1815, et jusqu’à sa mort le 5 mai 1821, Napoléon fut détenu sur l’île de St-Hélène, lointaine possession anglaise. Il resta jusqu’au bout entouré d’une poignée de fidèles, dont le Comte de Las cases, à qui il dicta ses mémoires. Les causes de son décès font l’objet d’une controverse, entre ulcère perforé à l’estomac et rigueurs de sa détention par son geôlier sir Hudson Lowe. Un empoisonnement à l’arsenic fut également évoqué par ses partisans.

Critique :

Figurant dans une anthologie historique française, l’épisode épouse naturellement avant tout le point de vue de Napoléon. S’il est écrit par Alain Decaux, André Castelot y apporta d’ailleurs certainement son écot, en grand spécialiste du crépuscule impérial. Non exempt de parti-pris à propos du bilan de Napoléon, l’opus demeure néanmoins d’une parfaite historicité quant aux péripéties et anecdotes ponctuant le séjour de Napoléon, tel que décrit par ses différents mémorialistes. La mise en scène pousse le soin du détail jusqu’à recréer avec précision le décor de Longwood House, résidence de l’exilé. La cour fantomatique de l’ancien conquérant se voit dépeinte sans fards, avec ses petitesses et ses trahisons.

Ce grand intérêt historique se double d’un volet humain déchirant. En effet Raymond Pellegrin apporte une vraie humanité à l’Aigle déchu et dépeint avec sensibilité sa progressive décrépitude, aussi bien physique que morale. Alors que l’espérance d’un retour se mue en amertume et que son ulcère mal soigné le dévore, Napoléon doit également faire face à la froide hostilité et au mépris de son geôlier le gouverneur Hudson Lowe. Magistralement interprété par un Michel Bouquet rodant son futur Javert, Lowe suscite un duel structurant un récit auquel il apporte une formidable force dramatique en huis-clos. A travers les personnalités, ce sont deux mondes qui se confrontent, l’Anglo-saxon et le Latin, parachevant le succès de cet épisode particulièrement intense.

Anecdotes :

  • Raymond Pellegrin (Napoléon), grande figure du cinéma français, avait déjà incarné l’Empereur dans le Napoléon de Sacha Guitry (1955). Il le réinterprétera dans Vénus impériale (1962) et dans Madame Sans Gêne (1963). Grand spécialiste de rôle de gangsters, sa voix particulièrement riche lui vaut également d’assurer celle de Fantômas dans les films d’André Hunebelle.

  • Les décors reconstituent quasiment à l’identique la dernière résidence de Napoléon à St-Hélène, Longwood House. Conjointement à la Vallée du Tombeau (ou l’Empereur reposa de 1821 à 1840, date du retour en France de sa dépouille), Longwood House appartient aux Domaines français de St-Hélène, dont l’achat par la France fut négocié entre Napoléon III et Victoria.

  • En 1959, André Castelot fit paraître une synthèse des mémorialistes des dernières années de l’Empereur. Le livre porte le même titre que plus tard celui de l’épisode, Le Drame de St-Hélène.

  • En 1969, André Castelot participa à la Croisière Impériale du France, organise pour le deux-centième anniversaire de la naissance de Napoléon. Du 9 au 29 avril, le prestigieux paquebot conduisit 1 300 passagers à la rencontre de sites ayant marqué le geste impérial, dont la Corse, Elbe et St-Hélène. Castelot anima deux conférences, dont l’une consacrée à l’ultime exil de Napoléon, et reprenant largement le récit de l’épisode.

Retour à l'index


2. L'AVENTURE DE LA DUCHESSE DE BERRY

lacamera 3 2

Date de diffusion : 3 octobre 1961

Résumé :

En 1832, Marie-Caroline de Bourbon-Siciles (1798-1870), Duchesse du Berry, était la veuve du second fils de Charles X et la mère d’ « Henri V », le jeune prétendant légitimiste au Trône alors détenu par Louis-Philippe. Ayant fomenté une révolte contre ce dernier, en Provence et en Vendée, elle débarqua à Marseille le 28 avril 1832 pour en prendre la tête. Mais la Duchesse s’était illusionnée sur la popularité de son fils et l’opération tourna court. Après une cavale de plusieurs mois à travers la France, elle fut finalement arrêtée à Nantes et expulsée de France après un séjour en prison.

Critique :

Outre qu’elle s’avère agréablement datée (le tableau noir d’instituteur étant cette fois mobilisé pour la dynastie royale française), la savoureuse présentation de l’épisode par Alain Decaux et André Castelot se montre brillamment dialoguée. Il en va ainsi de l’opus lui-même, parfait exemple de l’art de Castelot pour brosser les grandes heures de l’Histoire de France, telles des pièces de théâtre fort réussies. Cette impression de théâtre filmé de qualité se retrouve dans la distribution, associant l’irrésistible Françoise Christophe à plusieurs comédiens rompus à l’exercice. Marcel Bozuffi nous régale ainsi d'un M. Thiers criant de vérité.

Mais Castelot se laisse quelque peu emporter par la dimension évidemment très romanesque de l’épopée de de la Duchesse de Berry et nous en propose un portrait nous semblant légèrement entaché de parti-pris. Également favorisée par l’abatage de Françoise Christophe, la majeure partie de l’entreprise est montrée comme relevant quasiment de la comédie. Or ce que l’on a pu désigner comme la dernière guerre de Vendée aurait pu très mal tourner, et la Duchesse demeure une femme n’hésitant pas à troubler un pays déjà marqué par une Histoire tumultueuse, afin de satisfaire une ambition dynastique hors d’âge. Mais l’on comprend que le sujet ait pu séduire André Castelot, en effet, dès 1833 Alexandre Dumas relatait l’affaire dans La Vendée et Madame, tant l’aventure comportait de similitudes avec sa littérature.

Anecdotes :

  • Françoise Christophe (Duchesse de Berry) se fit une spécialité des rôles d’aristocrate, aussi bien au théâtre qu’au cinéma et à la télévision. Elle fut ainsi Lady McRashley dans Fantômas contre Scotland Yard (1965), ou la Marie Tudor d’Abel Gance (1966).

  • Marcel Bozuffi (Thiers), jusque-là surtout connu au théâtre, devint un second rôle familier du cinéma français, principalement policier, durant les années 60 et 70. Il fut aussi un grand comédien de doublage. Marcel Bozuffi était l’époux de Françoise Fabian, épousée en 1963.

Retour à l'index


3. LE MEURTRE DE PIERRE III

Date de diffusion : 9 décembre 1961

Résumé :

Arrivé au pouvoir le 5 janvier 1762, le Tsar Pierre III mit fin à une guerre contre la Prusse, que la Russie était pourtant en passe de remporter définitivement, Berlin étant assiégée. Le Tsar fut inspiré par la grande admiration que lui inspirait le roi Frédéric II, mais son geste lui valut l’hostilité de l’ensemble de la cour moscovite. Sa volonté de modernisme le fâcha également avec le clergé. Six mois plus tard il fut renversé par sa propre épouse, Catherine II, au terme d’un coup d’état. Après avoir dû signer son acte d’abdication, il fut assassiné le 17 juillet 1762, dans des circonstances demeurées mystérieuses. Cela incita plusieurs agitateurs ultérieurs à se faire passer pour lui, dont Pougatchev.

Critique :

Le récit mis en scène par l’épisode se montre particulièrement catégorique, concernant aussi bien la réalité des prétentions de Pougatchev, que la responsabilité de Catherine dans la l’assassinat du Tsar Pierre. Ce ton très affirmatif paraît trancher avec les doutes encore maintenus par nombre d’historiens concernant la future grande Tsarine. On peut regretter ce relatif manque de distanciation, outre la complexité inutile consistant à agréger deux affaires complexes au sein d’un même épisode. On aurait préféré un plus grand développement de l’environnement international du règne de Pierre.

Mais l’épisode séduit néanmoins par sa tonalité. En effet, s’il rejoint une certaine tradition d’une histoire russe particulièrement sanglante, l’épisode se caractérise par une sensualité marquée, du moins selon les normes télévisuelles de l’époque. Les mœurs dissolues et l’immoralité de la Cour impériale nous rappellent ainsi que Les Liaisons Dangereuses sont contemporaines à l’action, tandis que Nadine Alari (Catherine) et Marie-Claire Chantraine (Elizabeth Vorontsof, maîtresse du Tsar) jouent volontiers la carte de la séduction. En Tsar troublé, François Maistre confirme être l’un des meilleurs comédiens de l’anthologie, tandis que les amateurs de Chapeau Melon apprécieront la distinction de Pierre Berger en chambellan du palais.

Anecdotes :

  • Nadine Alari (Cathenne) fut avant tout une comédienne de théâtre et une spécialiste du doublage. Elle fut ainsi la voix française de Kim Novak, Ava Gardner ou encore Greta Garbo. Elle assura également le commentaire de nombreux documentaires de l’ORTF et devint une photographe réputée.

  • Du fait de baisers aussi explicites qu’éloquents, l’épisode reste le seul de La Caméra explore le Temps à avoir été diffusé assorti du fameux Carré blanc. Celui-ci fut mis en place quelques mois auparavant, le 25 mars 1961, pour accompagner le film Riz Amer. Sa création fut décidée après l’émotion suscitée par la diffusion en janvier 1961 du film L’Exécution, où l’actrice Nicole Paquin apparaissait quelques instants nue, de dos. 

Retour à l'index


4. L'AFFAIRE DU COLLIER DE LA REINE

Date de diffusion : 17 février 1962

Résumé :

En 1785, le Cardinal de Rohan, épris de la reine Marie Antoinette, s'était laissé persuader par Jeanne de Valois, comtesse de La Motte, de se porter secrètement acquéreur, pour le compte de sa souveraine, d'un collier d'une inestimable valeur. Il acheta le bijou et le remit à un homme qu'il croyait être le valet de chambre de Marie-Antoinette. Il s'agissait en réalité d'une escroquerie montée par Jeanne de La Motte pour s'approprier le collier et vivre de la vente des pierres… Mais le considérable scandale éclaboussa aussi le Trône, le peuple ne croyant pas en l’innocence de Marie-Antoinette et Louis XVI ayant fait preuve d’un autoritarisme déplacé en faisant temporairement embastiller le malheureux Cardinal. Ce tumulte est désormais considéré comme préfigurant la Révolution.

Critique :

L’épisode constitue un exemple particulièrement éloquent de la qualité d’écriture de La Caméra explore le Temps. Certes les dialogues se révèlent aussi brillants que portés avec talent par une distribution toujours idéalement dans son emploi, dominée par la forte prestation de Giselle Pascale. On apprécie d’ailleurs que la série continue de laisser de côté la fausse bonne idée de doter ses personnages d’accents. Mais ce qui force avant tout l’admiration reste la limpidité de l’exposition d’une affaire très complexe, sans pour autant simplifier l’ordonnancement des évènements ou des enjeux. Grâce à la pédagogie coutumière de l’anthologie, l’Affaire du Collier demeure bien plus rigoureusement narrée ici qu’elle ne le sera jamais au cinéma.

Par ailleurs la mise en scène de Stello Lorenzi sait pleinement saisir l’opportunité nouvelle signifiée par l’arrivée du Télécinéma. Les flashbacks et extérieurs ainsi introduits se montrent magnifiques, car tournés à Versailles et au Trianon, aussi bien dans les parcs que dans certains lieux emblématiques, comme la Galerie des Glaces. Ce soin du détail et de l’image se trouve dans les décors plus habituels, recréant notamment à l’identique les pièces du Palais de Rohan résidence du Cardinal (et actuel siège des Archives nationales). Son véritable lit se voit ainsi employé, ainsi qu’un ameublement reconstitué avec précision. Plus que jamais, La caméra explore le Temps entraine le spectateur à la découverte de l’Histoire.

Anecdotes :

  • Le Télécinéma est un ensemble de techniques permettant de transférer un élément de film (pellicule argentique) sur un support utilisable en diffusion télévision (image électronique vidéo). Les appareils de Télécinéma projettent l'image directement dans une caméra vidéo reliée à un magnétoscope, ce qui garantit une qualité de transfert optimale.

  • Ce procédé se répand au début des années soixante et va permettre d’insérer des séquences précédemment tournées aux traditionnelles diffusions en direct. Tout comme pour La Caméra explore le Temps, des scènes tournées en extérieur vont ainsi progressivement figurer dans les épisodes de Chapeau Melon de l’ère Cathy Gale.

  • Jacques Castelot (Le Cardinal de Rohan) joua de très nombreux rôles d’aristocrates ou de personnages d’autorité durant sa longue carrière. Il est ainsi l’Archevêque de Toulouse ans Angélique, Marquise des Anges (1964). Il est le frère d’André Castelot.

  • Giselle Pascal (Marie-Antoinette) fut après-guerre une figure populaire du cinéma du cinéma et de l’opérette, où elle interpréta souvent des rôles aristocratiques (Louise de La Vallière dans Si Versailles m’était conté, en 1954). Elle défraya également la chronique par ses nombreuses liaisons, avec Yves Montand, le Prince Rainier ou encore Gary Cooper. Elle devint ultérieurement l’épouse de Raymond Pellegrin.

  • Claude Winter (Comtesse de la Motte) fut une grande figure de la Comédie française, à laquelle elle appartint de 1953 à 1988. Du fait de la fatigue due à de nombreux tournages de la scène voyant la Comtesse être marquée au fer rouge, l’acteur jouant le bourreau la blessa réellement. Le cri entendu est vraiment de douleur.

Retour à l'index