Volume 5Volume 5

La caméra explore le temps

Volume 6

 

1. Le Meurtre de Henry Darnley

2. Un crime sous Louis-Philippe

3. La Conjuration de Cinq-Mars

4. L'Affaire Calas



1. LE MEURTRE DE HENRY DARNLEY

lacamera 3 1

Date de diffusion : 12 mai 1962

Résumé :

Lord Darnley (1545-1567) fut le deuxième époux de Marie Stuart, reine d’Écosse, qui était également sa cousine. Survenu en 1565, le mariage royal s’avéra un désastre, quand le séduisant Darnley se révéla être un débauché, incapable de tenir dignement son rôle de roi consort. Il périt assassiné par étouffement dans la nuit du 09 février 1567. La culpabilité de Marie Stuart demeure questionnée par les historiens, mais l’évènement fut désastreux pour sa légitimité. Il provoqua son abdication, survenue le 24 juillet, puis la guerre civile en découlant (1567-1573).

Critique :

L’épisode du jour a la bonne idée de nous emmener loin de l’Hexagone, l’un des rares regrets que nous laisse La Caméra explore le Temps demeurent son très faible nombre de récits consacrés à des protagonistes étrangers. Certes on se souvient que, préalablement à l’action ici présentée, Marie Stuart avait brièvement été Reine de France (en tant qu’épouse de François II), mais l’on en reste bien à une pure intrigue anglo-saxonne. André Castelot saisit d’ailleurs la balle au bond, puisqu’il opte clairement pour un ton très shakespearien dans sa narration du drame.

Ainsi la mise en scène de théâtre filmé et les dialogues volontairement sonores, concourent ainsi efficacement à l’instauration d’une atmosphère tragique. La fragilité diaphane de Pascale Audret convient idéalement à une Mary Stuart campée en femme soumise à ses passions et cernée par des fauves, mais également maudite car prenant une main active à l’assassinat de son mari. Coggio apporte une belle énergie à son Darnley aussi impérieux qu’infantile. Avec Maurey, François Maistre, décidément un acteur majeur de l’anthologie, nous régale d’un félon la plus belle eau au service de la Reine Vierge.

Les apparitions d’une glaciale Elizabeth tramant de loin le complot s’avèrent d’ailleurs marquantes, tant elle compose une femme politique d’un tout autre bois que Mary, La chute de cette dernière. La destinée de cette dernière ne fait plus guère de doute. Certes l’on pourra objecter qu’ici l’Histoire devient Théâtre et que Castelot présente comme avérée une version des évènements particulièrement incriminante pour Mary alors que le sujet fait encore débat, mais le spectacle est magnifique. 

Anecdotes :

  • Pascale Audret (Marie Stuart) mena avec succès une double carrière d’actrice et de chanteuse. Durant les années 60, elle fut souvent associée à son compagnon Roger Coggio au théâtre. Durant les années 70 et 80, elle devient une figure régulière de la télévision française. Pascale Audret était la sœur d’Hugues Aufray et la mère de l'actrice Julie Dreyfus.

  • Roger Coggio (Henry Darnley) fut un comédien et un metteur en scène important de la scène parisienne, notamment au Théâtre des Mathurins. Il adapta avec succès plusieurs classiques au cinéma (Le mariage de Figaro, Les Fourberies de Scapin…). Coggio fut également le compagnon de plusieurs artistes (Élisabeth Huppert, Fanny Cottençon). Lui et Pascale Aubret vivaient en couple lors du tournage de l’épisode. 

  • Marcelle Ranson-Hervé (Elizabeth Ière) fut avant tout une comédienne de théâtre du répertoire, ainsi qu’une pensionnaire régulière d’Au Théâtre ce soir. Elle participa activent à la création du Festival d’Avignon, aux côtés de Jean Vilar. En 1957 elle avait interprété le Chevalier d’Éon dans Énigmes de l’Histoire, l’anthologie préfigurant La Caméra explore le Temps. 

Retour à l'index


2. UN CRIME SOUS LOUIS-PHILIPPE

lacamera 3 2

Date de diffusion : 11 septembre 1962

Résumé :

Le Duc Charles de Choiseul-Praslin (1805-1847), député conservateur sous la Monarchie de Juillet, était un proche des Orléans, ce qui lui valut de devenir Pair de France en 1845. Il fut plus malheureux en mariage, la Duchesse de Praslin étain une épouse possessive et maladivement jalouse. Les avis divergent quant à la fidélité du Duc. Dans un accès de rage le Duc poignarda à mort son épouse le 17 août 1847, avant de suicider après son arrestation. Ce scandale concernant un proche du régime affaiblit la Monarchie de Juillet et fut l’une des causes de la révolution de 1848. Selon la rumeur, le suicide ne fut qu’une mascarade, le Duc étant autorisé à s’exiler au Nicaragua.

Critique :

La Caméra explore le Temps en revient ici aux fondamentaux d’Enigmes de l’Histoire, première série du trio Castelot/Decaux/Lorenzi, avec la description détaillée d’une véritable enquête policière. Cet aspect fonctionne de manière moins efficace que lors du similaire L’énigme de Saint-Leu, du fait d’un coupable dont l’identité ne fait dès le départ aucun doute. De plus le mystère résulte moins ludique, avec l’absence d’une chambre close. Le déroulement des évènements demeure toutefois précisément circonstancié, il maintient un véritable intérêt, grâce également aux excellents comédiens.

De nouveau après L'énigme de Saint-Leu, Maurice Chevit compose un Columbo des temps anciens affûte dans sa quête de vérité aussi bien que par sa confrontation à un puissant de ce monde. Très expressive, Claude Winter accompagne idéalement un récit sachant incriminer la Duchesse, sans pour autant nier ses défauts et aspérités. L’épisode demeure toutefois dominé par l’imposante prestation de Jean Topart. Celui-ci impressionne par son portrait d’un homme anéanti moralement et socialement, après un crime aussi abominable qu’impulsif, exempt de la crapulerie de l’affaire de Saint-Leu. Il sait faire ressentir l’inexorabilité de la marche au suicide.

Le récit sait également exposer les considérables conséquences du drame, même si celle-ci ne compose la cause unique de la chute d’une Monarchie de Juillet en pleine déliquescence. Un crime sous Louis-Philippe ne constitue sans doute pas le plus marquant des épisodes de La Caméra explore le Temps, mais il demeure prenant et instructif.

Anecdotes :

  • Réelle ou supposée, la destinée de Duc de Praslin donna lieu à des romans historiques et à une pièce de théâtre. Hollywood adapta l’affaire de manière très libre en 1940, avec L’Etrangère (Bette Davis, Charles Boyer).

  • Claude Winter (La Duchesse de Praslin) fut une grande figure de la Comédie française, à laquelle elle appartint de 1953 à 1988. Elle fut également une importante actrice de voix, assurant notamment la version française de Lady dans La Belle et le Clochard (1955) et d’Elizabeth Taylor dans Cléopâtre (1963).

  • Jean Topart (Le Duc de Praslin), ancien du TNP, fut un comédien de théâtre reconnu pour son timbre de voix très riche et sa diction particulière. Il participa à de nombreuses reconstitutions historiques de l’ORTF et apparut à plusieurs reprises dans Au théâtre ce soir. Topart fut le narrateur en voix hors champ de très nombreuses productions françaises, y compris en dessins animés Il assure ainsi la voix de Zeus et des autres Dieux dans Ulysse 31.

Retour à l'index


3.  LA CONJURATION DE CINQ-MARS

Date de diffusion : 08 décembre 1962

Résumé :

Initialement proche du Cardinal de Richelieu, le Marquis du Cinq-Mars devint le favori de Louis XIII et révéla alors une insatiable avidité. Après avoir obtenu plusieurs titres, il ambitionna de devenir Duc et Pair, ce à quoi le Cardinal s’opposa avec succès, car opposé à l’expansion indéfinie du pouvoir du Marquis. Dépité et souhaitant être le seul à influencer le Roi, Cinq-Mars rassembla alors les ennemis de Richelieu au sein d’une conspiration s’étendant à l’Espagne. Les conjugués devaient destituer le Cardinal le 17 février 1642, lors d’un séjour de la Cour à Lyon. Mais l’affaire échoua, du fait de la pusillanimité de Cinq-Mars. Dès lors, le Marquis est perdu : arrêté, il sera décapité le 12 septembre 1642, abandonné à son sort par Louis XIII.

Critique :

Plusieurs grands auteurs semblent veiller sur ce magnifique épisode, tels Alexandre Dumas, Alfred de Vigny ou Robert Merle (voire Pierre Pevel et ses Lames du Cardinal, pour les amateurs de Fantasy française de qualité). En effet, en arrière-plan du récit principal, on retrouve toute l’atmosphère du règne de Louis XIII, brutal, impitoyable, aux personnalités hautes en couleurs, voire fantasques, mais aussi épris de grandeur et de beau langage, en véritable ouverture du Grand Siècle. On avouera vivement apprécier la présence au sein de l’anthologie de cette période si propice à l’imagination et à l’aventure, dont le souffle vital traduit l’affirmation de la puissance française, alors que s’épuisent les ultimes feux du Siècle d’Or espagnol.

L’un des grands atouts de l’épisode consiste à savoir associer ce riche arrière-fond (les institutions royales, la menace espagnole…) à une narration parfaitement limpide et pédagogue de la folle cabale du marquis de Cinq-Mars. Le récit s’accompagne d’une mise en scène mettant en valeur de talentueux comédiens arborant de superbes costumes. Surtout au-delà de l’ordonnancement des faits, le récit sait s’intéresser à la réalité des êtres. Bien entendu, l’attention se focalise le monarque et son principal ministre. Pierre Asso compose ainsi un Cardinal tout en finesse mais aussi en volonté inflexible, judicieusement bien plus positif que la magnifique et sombre légende propagée par Dumas.

Mais le clou du spectacle reste sans conteste une nouvelle interprétation royale, dans tous les sens du terme, de Jean-Pierre Marielle, après celle du Roi de Fer. La richesse de sa voix et la subtilité de son interprétation crèvent réellement l’écran. Il aide beaucoup à aborder, sans réellement énoncer, la bisexualité de Louis XIII, soit l’un des grands tabous de l’Histoire de France, bien davantage que pour Henri III. Marielle exprime également avec acuité toute la complexité de ce souverain, à la fois suprêmement timide et impérieux, introverti et sujet à de glaciales colères. On comprend aisément que le Cardinal ait dû dédier autant de son précieux temps à conserver la faveur de son maître. Ce grand épisode de La Caméra explore le Temps évoque avec succès ce binôme totalement singulier au sein de notre Histoire et ayant si puissamment œuvré pour la France.

Anecdotes :

  • L’affaire Cinq-Mars inspira Alfred de Vigny, qui la relata dans le roman Cinq-Mars ou Une conjuration sous Louis XIII, en 1826. Charles Gounod composa également l’opéra Cinq-Mars, en 1877.

  • Lors du tournage de l’épisode, Jean-Pierre Marielle (Louis XIII) a commencé à se faire connaître au cinéma, mais il demeure encore cantonné aux seconds rôles. La célébrité viendra durant les années 60 et surtout 70, à travers de nombreuses comédies populaires.

  • Pierre Asso (Cardinal de Richelieu) va participer pas moins de quatorze fois à La Caméra explore le Temps. Il est le frère du parolier Raymond Asso, qui écrivit beaucoup pour Edith Piaf. 

Retour à l'index


4.  L'AFFAIRE CALAS

Date de diffusion : 12 janvier 1963

Résumé :

En 1761, dans un contexte de tension religieuse dans la région de Toulouse, le commerçant huguenot Jean Calas est arrêté. Il est soupçonné d’avoir assassiné son fils, retrouvé étranglé, pour l’empêcher de convertir au Catholicisme. Condamné, il est exécuté après avoir été roué vif. L’affaire Calas rebondit quand, en 1765, un autre de ses fils convainc Voltaire d’intervenir pour obtenir une réhabilitation. L’intervention pamphlétaire de Voltaire va ouvrir la voie à une révision du procès, après une intervention de Louis XV. Cela va révéler de nombreux manquements à la procédure. Calas fut réhabilité et le Capitoul (juge occitan) l’ayant initialement jugé se suicida après avoir été destitué.

Critique :

La Caméra explore le Temps aime régulièrement nous entraîner à la découverte d’affaires juridico-policières ayant défrayé la chronique. On apprécie particulièrement l’exercice quand le récit ne se cantonne pas au seul dossier, mais au contraire sait s’élargir aux diverses conséquences de l’évènement. Sous cette optique, l'Affaire Calas s’avère absolument remarquable. Certes le procès se voit traiter avec la clarté et la parfaite historicité caractérisant l’anthologie. Nous en saisissons parfaitement l’environnement ainsi que les tenants et aboutissants, tout en explorant les mœurs judiciaires du temps (dont le recours à des tortures et supplices n’ayant rien à envier à l’Inquisition espagnole). Un intelligent recours aux flashbacks permet en outre de rythmer la narration.

Mais le propos ne se limite pas à cela, l’opus ayant la riche idée de se centrer moins sur les débats judiciaires que sur l’intervention déterminante de Voltaire interpellant aussi bien l’opinion que le Roi. Entre mordante ironie et profond humanisme, Pierre Asso délivre un sensationnel portrait du philosophe et polémiste. À travers lui, l’épisode devient un vibrant hommage à une tolérance religieuse indissociable de la liberté prônée par le Siècle des Lumières. D’ailleurs les auteurs mettent en pratique ce principe, veillant à insérer des personnages catholiques positifs. Bien avant Zola et son célèbre « J’accuse », L’Affaire Calas brosse également le portrait du premier intellectuel intervenu avec force dans le débat public (contrairement à nombre d’Encyclopédistes), soit une figure appelée à devenir un élément permanent de l’agora française. Un grand épisode, dont on comprend qu’il ait particulièrement impressionne les téléspectateurs de la RTF.

Anecdotes :

  • Une première version du script, écrite par André Castelot, se centrait principalement sur la question de l’innocence ou de la culpabilité de Calas. A la demande de Lorenzi, Alain Decaux récrivit partiellement le texte, afin d’accorder plus d’importance à l’intervention de Voltaire.

  • L’épisode connut un grand retentissement auprès du public. La prestation de Pierre Asso en Voltaire fut particulièrement appréciée, cet acteur chevronné mais souvent cantonné aux seconds rôles, devint un jour au lendemain une vedette. Alain Decaux rapporte toutefois dans ses mémoires que, s’agissant de télévision, cette popularité ne fut qu’éphémère.

  • René Dary (Le Capitoul) voit sa carrière débuter quasiment avec l’avènement du cinéma. Encore petit enfant, il tourne en 1908 un court métrage muet avec Louis Feuillade. Durant sa longue carrière, il joua souvent des rôles de Français moyen colérique mais avec un bon fond. Avec l’âge, à partir des années 60 il joue souvent des rôles d’autorité, magistrat ou policier (commissaire Ménardier dans Belphégor, commissaire Lefranc dans Les Compagnons de Baal, etc.)

  • Pierre Asso (Voltaire) va participer pas moins de quatorze fois à La Caméra explore le Temps. Il est le frère du parolier Raymond Asso, qui écrivit beaucoup pour Edith Piaf.

Retour à l'index

 

LA CONJURATION DE CINQ-MARS