Volume 2Volume 5

La caméra explore le temps

Volume 4



1. LA NUIT DE VARENNES

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Date de diffusion : 4 juin 1960

Résumé :

Depuis octobre 1789, Louis XVI, toujours officiellement chef de l’Etat, est en fait prisonnier avec sa famille au Palais des Tuileries. La Révolution s’emballant progressivement après la mort du modéré Mirabeau, la décision de s’enfuir, afin de rallier les forces loyalistes, à Montmédy. Organisé avec l’aide de proches (dont Axel de Fersen), le voyage devait se dérouler en berline, le roi et sa famille disposant de passeports les désignant sous une fausse identité. La voiture quitte Paris le 21 juin 1791. Le roi est toutefois reconnu à Varennes, en soirée, est arrêté. L’évènement précipitera la chute de la royauté. Une controverse existe entre historiens à propos du but poursuivi par Louis XVI : négocier avec les révolutionnaires depuis une position forte, ou attaquer Paris avec une armée venue de l’étranger.

Critique :

Si l’interprétation de l’épisode, notamment les recréations de Louis XVI par Robert Lombard et de Marie-Antoinette par Eléonore Hirt demeure solide, elle résulte sans doute moins brillante que nombre de précédentes au fil de la série. On avoue ainsi préférer la composition de Marie Ducaux lors de La mort de Marie-Antoinette, il est vrai portée par des circonstances plus intenses encore. Le confinement de la mise en scène se fait également plus cruellement ressentir qu’à l’ordinaire, au cours de ce qui demeure avant une expédition devenant un tumulte.

Toutefois, si l’opus ne bénéficie pas de la splendeur visuelle du film homonyme d’Ettore Scola en 1982, il préserve l’atout maître de La Caméra explore le Temps : la rigueur historique alliée à une vivace narration des évènements. L’option prise de privilégier les réactions de témoins issus du peuple permet ainsi d’aérer le récit tout en faisant pleinement ressentir au spectateur l’impact de l’évènement aussi bien que son déroulement. Au-delà des péripéties de cette nuit fatidique, on comprend ainsi à quel point elle fut un tournant de la chute de la Royauté, le souverain se voyant ainsi à un statut humain et faillible, comme déchu de sa majesté.

Anecdotes :

  • L’épisode a l’originalité de présenter les évènements tels que perçus par les habitants de Varennes, et non par les protagonistes du drame.

  • Robert Lombard (Louis XVI) tint de nombreux seconds rôles comiques au cinéma, souvent des personnages de benêts ou de Français moyens. Il participa régulièrement à Au Théâtre ce Soir.

  • Eléonore Hirt (Marie-Antoinette) fut avant tout une actrice de théâtre, se faisant connaître chez les classiques, mais accompagnant ensuite des auteurs modernes, dont Fernando Arrabal et Thomas Bernhard. Elle fut la première épouse de de Michel Piccoli.

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2. L'ASSASSINAT DU DUC DE GUISE

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Date de diffusion : 13 décembre 1960

Résumé :

Durant le règne du modéré Henri III et les Guerres de Religion, le Duc Henri de Guise (1550-1588) devint le chef de la Ligue, la faction catholique acharnée. Très populaire à Paris et suivi par une grande partie de la noblesse, Lieutenant-général du Royaume, il pouvait figurer en véritable maître de la France, en lieu et place d’Henri III. Celui-ci le fit assassiner au Château de Blois, le 23 décembre 1588, alors que s’y tenaient les Etats généraux. Louis, frère du Duc et Cardinal, fut lui aussi exécuté à cette occasion. La mort des Guise, considérés comme martyrs, allait déchainer la fureur, jusqu’à ce qu’un moine illuminé assassine à son tour Henri III, dès l’année suivante.

Critique :

Auteur de magnifiques et retentissants dialogues, André Castelot  a l’excellente idée de pleinement embrasser la dimension théâtrale du drame raconté par l’émission du jour. Il en va ainsi de la dramaturgie des deux hommes de pouvoir dominant la scène et qu’opposent un combat sans pitié malgré le raffinement de la Cour. Mais aussi d’un parfait respect de la règle des trois unités, ouvrant grand la porte à la narration tragique. De fait tout concoure à offrir au public une représentation de grande qualité, notamment une distribution ayant elle-même une solide expérience scénique. La réalisation en direct épouse naturellement la forme d’un théâtre filmé assumé, d’autant plus magnifié que les plateaux s’ornent de meubles plus ornementaux qu’à l’accoutumée et reconstituant le château d’alors. Suprême raffinement de l’exercice, l’épisode s’offre un ultime quart d’heure en temps réel, puisque l’assassinat proprement dit se voit reconstitué dans son intégralité.

La présence de Georges Descrières et de François Maistre représente également un grand atout pour l’épisode au-delà de l’intérêt bien réel pour un amateur de séries télévisées, d’assister à la confrontation des futurs Arsène lupin et M. Faivre. En effet chacun va donner pleinement vie à son personnage. Sans doute la passion de Castelot pour le Duc de Guise et le naturel de Descrières donnent-ils lieu à un Duc assez embelli par rapport à sa personnalité réelle. C’est notamment le cas lors des scènes de complicité avec son amie de cœur, interprétée avec sensibilité par Judith Magre. Descrières est toutefois éclipsé par la formidable composition de François Maistre. Comme possédé par son rôle, le grand comédien parvient à donner la pleine mesure de ce souverain éminemment complexe et contesté que fut Henri de Valois, s’acharnant tout son règne à préserver coûte que coûte l’unité du Royaume et l’autorité royale face à l’Etat dans l’Etat que représenta la Ligue, mais aussi à s’affirmer face à une mère terriblement possessive. S’il se montre indulgent envers Guise, l’épisode a pleinement raison de rompre avec l’imagerie d’Epinal traditionnelle d’Henri III.

Anecdotes :

  • Georges Descrières (Le Duc de Guise) est alors connu pour quelques rôles au cinéma, mais surtout pour être devenu récemment, le 01 janvier 1958, l’un des sociétaires de la Comédie française. Il va se consacrer prioritairement à cette institution, dont il deviendra le doyen et qu’il ne quittera qu’en 1985. Il tint néanmoins plusieurs rôles marquants à la télévision, dont ceux d’Arsène Lupin et du Sam de Sam et Sally. Descrières participa à deux reprises à La Caméra explore le Temps, série faisant régulièrement appel à la Comédie française.

  • François Maistre (Henri III) est évidemment remémoré pour le rôle de M. Faivre dans Les Brigades du Tigre, mais compte bien d’autres rôles à son actif. Il va participer à pas moins de 15 reprises à La Caméra explore le Temps.

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3. L'ÉNIGME DE SAINT-LEU

Date de diffusion : 11 février 1961

Résumé :

Louis VI Henri de Bourbon-Condé (1758-1830) fut le neuvième et dernier Prince de la prestigieuse Maison de Condé. Il fut retrouvé mystérieusement pendu en son château de Saint-Leu, alors que ses pieds touchaient le sol et qu’il n’avait jamais manifesté la moindre inclinaison suicidaire. Les Légitimistes accusèrent Louis-Philippe, récemment arrivé sur trône après les Trois Glorieuses, d’avoir ourdi l’assassinat, afin de capter l’immense héritage des Condé en faveur de son fils, le Duc d’Aumale. La Baronne de Feuchères, aventurière d’origine anglaise et maîtresse du Prince de Condé, aurait été l’instrument du meurtre. L’entremise de Talleyrand permit de calmer les esprits, et la Cour royale de justice conclut à un suicide. La question demeure néanmoins discutée par les historiens.

Critique :

L’intérêt de se constituer en anthologie est de pouvoir varier ses sujets. La Caméra explore le Temps sait jouer pleinement cette carte en alternant un carrefour crucial de notre Histoire, comme l’a été l’assassinat du Duc de Guise, et un évènement ayant certes défrayé la chronique en son temps, mais aujourd’hui bien oublié, comme l‘Affaire de St-Leu. Comparer les deux épisodes permet en outre de bien saisir les différences de style entre André Castelot et Alain Decaux, le premier s’inscrivant en dramaturge des grandes heures de l’Histoire de France et le second, ici à l’écriture, fasciné par les mystère et énigme, ainsi que par les caractères hors normes. De fait son récit s’articule comme un véritable épisode de série policière, nerveux et solidement charpenté.

On apprécie beaucoup cette enquête d’excellente facture et soutenue par la caméra d’un Lorenzi sachant s’adapter au style de ses auteurs. Nous découvrons également deux fortes personnalités, celle de la trouble Baronne que Decaux charge à plaisir, et celle du juge Le Huproye, acharné à découvrir la vérité, en qui les amateurs de séries policières pourront trouver comme un écho du Lieutenant Columbo,,dans sa partie d’Echecs contre  la Baronne aussi bi »n que dans son aspect de serviteur de la Loi s’opposant aux puissants de ce monde. On regrettera toutefois que la dimension politique de l’Affaire ne soit pas davantage développée Il y a là aussi un véritable thriller, simplement brossé en quelques mots.  Bien évidemment la RTF n’allait pas se faire explicitement l’écho de la thèse d’un jeu de strangulation sexuelle ayant mal tourné et contempler Castelot s’aventurer à l’évoquer à demi-mots face un Decaux défendant mordicus sa thèse de l’assassinat demeure l’un des grands moments du programme.  

Anecdotes :

  • Maurice Chevit (le juge Le Huproye) connut une belle carrière au théâtre et fut un grand second rôle du cinéma français durant les années 50 et 60. Il y obtint une reconnaissance plus importante à partir des années 70 (Le Coup de sirocc, Les Bronzés font du ski, Le Mari de la coiffeuse…). Il apparait ici pour la première dans La Caméra explore le Temps, où il interviendra dans sept épisodes.

  • Françoise Prévost (La Baronne de Feuchères), malgré une belle carrière au théâtre, ne se fit véritablement connaître au cinéma qu’avec l’arrivée de la Nouvelle Vague. Elle devint alors la muse du réalisateur et scénariste Pierre Kast (Le bel âge, 1960). Elle est la fille de Marcelle Auclair, cofondatrice du magazine Elle avec Hélène Lazareff, en 1945. 

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4. LES TEMPLIERS

Date de diffusion : 22 avril 1961

Résumé :

Durant le XIIe siècle, l’ordre monastique et guerrier des Templiers s’illustra durant la Reconquista et les Croisades. Il devint une puissance financière au XIIIe siècle, prêtant aux souverains, notamment au Roi de France. En proie à d’importants besoins d’argent et en butte à l’opposition du Pape, Philippe le Bel s’empara des richesses du Temple, après un procès en sorcellerie largement truqué. Jacques de Molay, dernier grand maître de l’ordre, fut brûlé vif à Paris le 18 mars 1314. Outre la fameuse malédiction proférée par le supplicié, des légendes subsistèrent jusqu’à nos jours à propos d’un trésor secret des Templiers. Selon diverses traditions, il pourrait contenir le Saint Graal.

Critique :

Toujours de qualité, l’épisode du jour souffre de quelques difficultés. Avec la chute et le procès des Templiers, il revient sur un sujet déjà largement connu, et qui de plus a somptueusement été mis en scène en 1972 à travers la célèbre adaptation des Rois maudits de Maurice Druon, sur l’ORTF. Même s’il procède ainsi à une inversion de chronologie, le spectateur ne peut faire autrement que de comparer et donner l’avantage à la version de Barma et Jullian, ne serait-ce que par ce qu’elle bénéficie de dialogues supérieurs et de davantage de moyens, comme du précieux apport de la couleur. Le tournage et l’écriture de cet opus de La Caméra explore le Temps furent il est vrai parasités par la censure, obligeant Decaux et Castelot a recréer dans la précipitation une grande partie des dialogues.

Cela se ressent d’autant plus fortement que la diffusion en direct oblige les comédiens à travailler sans filet, d’où parfois des approximations facilitées par le peu de temps disponible pour apprendre le texte. Certains acteurs interprètent également leur personnage de manière trop théâtrale, comme Louis Arbessier incarnant Jacques de Molay, Grand maître de l’Ordre du Temple. Mais, en définitive, outre la limpidité pédagogique caractéristique du programme, c’est bien dans sa distribution que réside le grand intérêt de l’épisode. En effet, avec Jean-Pierre Marielle dans le rôle de Philipe le Bel et un Jean Rochefort incarnant le légiste royal Guillaume de Plaisians, on trouve ici deux futures grandes figures du cinéma francs. Marielle apporte une formidable présence au Roi de Fer, tandis que l’on ressent une émotion particulière en découvrant le récemment Jean Rochefort, à l’orée de sa carrière, à l’occasion de l’une de ses toutes premières apparitions à l’écran.

Anecdotes :

  • L’épisode fut diffusé le lendemain du Putsch d’Alger, voyant quatre généraux s’y emparer du pouvoir afin de s’opposer à l’abandon de l’Algérie française. Alors que le pouvoir gaulliste est en pleine crise, la direction de la RTF pris ombrage devant un texte fustigeant un chef del’2tat et glorifiant des militaires ayant accompli des exploits en Outre-mer, comme le raconte Decaux dans ses mémoires. Elle exigea la réécriture de toute une importante partie des dialogues, dont le monologue de Jacques de Molay. Les auteurs eurent beau arguer de leur bonne foi, ils durent obtempérer et les comédiens apprendre leur nouveau texte en une poignée d’heures. Decaux rapporte que ces cas de censure demeurèrent rarissimes.

  • En 1961, lors du tournage de l’épisode, Jean-Pierre Marielle a commencé à se faire connaitre au cinéma, mais il demeure encore cantonné aux seconds rôles. La célébrité viendra durant les années 60 et surtout 70, à travers de nombreuses comédies populaires.

  •  Jean Rochefort est encore quasi débutant, ayant essentiellement joué au théâtre et n’ayant connu qu’une poignée de brèves apparitions à la télévision Il va connaître un parcours similaire à celui de Marielle, gagnant en notoriété durent les années 60, avant de réellement s’imposer comme une vedette de notre cinéma durant la décennie suivante.

  • Marielle et Rochefort s’était déjà liés d’amitié au début des années 50, alors qu’ils étaient condisciples au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Ils y appartinrent à ce que l’on nommera  la « Bande du Conservatoire », avec également Claude Rich, Anne Girardot, Jean-Paul Belmondo, Lara Fabian, Bruno Cremer, etc. 

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