Volume 2Volume 4

La caméra explore le temps

Volume 3



1. LA DERNIERE NUIT DE KŒNIGSMARK

lacamera 3 1

Date de diffusion : 20 septembre 1959

Résumé :

Marie-Victoire de La Villirouet (1767-1813) est arrêtée à Lamballe en 1792, son mari, un comte breton, ayant rejoint l'armée des Princes. Rentré clandestinement d'émigration en 1797, il se cache à Paris où il revoit sa femme, sortie de prison, et leur jeune fils. Marie-Victoire qui milite déjà pour la libération de prisonniers, le fait passer pour le précepteur de l'enfant. Dénoncé, le couple est arrêté. La Villirouet est passible de la peine de mort. Pour le sauver, sa femme obtient du président du tribunal l'autorisation exceptionnelle d'assurer elle-même sa défense. La plaidoirie de Mme de La Villirouet est un cri d'amour conjugal si vibrant qu'elle arrache l'acquittement à l'unanimité, dans l'émotion générale. Par la suite, de nombreuses personnes lui devront leur liberté durant ces années troubles. Elle est aujourd’hui considérée comme la première femme avocate.

Critique :

La Citoyenne de Villirouet, ou quand La Caméra explore le Temps vire à la série judiciaire, avec une superbe réussite. Écrit de main de maître par André Castelot, le récit s’avère particulièrement prenant, avec des dialogues assumant pleinement la dimension de théâtre filmé caractérisant le programme. Il en va pareillement de la remarquable distribution, particulièrement rompue à l’exercice, que cela soit Paulette Dubost en idéale incarnation féminine du peuple ou Pierre Vaneck, convaincant en mari porté à bout de bras par son avocate d’épouse. Mais l’ensemble se voit dominé par l’inouïe performance de Anna Gaylor, qui accapare l’attention dès lors qu’elle prend la parole au tribunal. Elle subjugue aussi bien le public présent que le téléspectateur lui-même, par l’héroïsme animant son apparence gracile, sa sincérité et son émotion emportant tout, son rayonnement.

Il s’agit sans nul doute de l’une des interprétations les plus remarquables proposées par cette série recourant à nombre des meilleurs comédiens français de l’époque. Aidé par une mise en scène très fluide, compte tenu de contraintes de la diffusion en direct, la narration sait reconstituer l’atmosphère de l’époque, tout en faisant œuvre de pédagogie en rendant compréhensible un écheveau judiciaire relativement complexe. Dès lors, au-delà de la reconstitution historique, l’opus devient un récit judiciaire captivant, ainsi qu’un vibrant hommage au métier d’avocat. On avouera avoir découvert Marie-Victoire de La Villirouet à l’occasion de cet épisode, distinguer ce qui pourrait relève d’une éventuelle hagiographie s’avère donc malaisé, mais la rencontre demeure très émouvante, telle une lumière transperçant les ténèbres de la Terreur.

Anecdotes :

  • Anna Gaylor (Marie-Victoire de Villirouët), issue du Conservatoire national supérieur d'art dramatique aux côtés de Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Jean-Paul Belmondo, a accompli la majeure partie de sa carrière au théâtre. Toujours active en 2017, elle est néanmoins apparue régulièrement au cinéma et à la télévision. Elle joua ainsi la mère de Joëlle Mazart dans Pause-Café (1981-1989).

Retour à l'index


2. LA CITOYENNE DE VILLIROUET

lacamera 3 2

Date de diffusion : 20 septembre 1959

Résumé :

Marie-Victoire de La Villirouet (1767-1813) est arrêtée à Lamballe en 1792, son mari, un comte breton, ayant rejoint l'armée des Princes. Rentré clandestinement d'émigration en 1797, il se cache à Paris où il revoit sa femme, sortie de prison, et leur jeune fils. Marie-Victoire qui milite déjà pour la libération de prisonniers, le fait passer pour le précepteur de l'enfant. Dénoncé, le couple est arrêté. La Villirouet est passible de la peine de mort. Pour le sauver, sa femme obtient du président du tribunal l'autorisation exceptionnelle d'assurer elle-même sa défense. La plaidoirie de Mme de La Villirouet est un cri d'amour conjugal si vibrant qu'elle arrache l'acquittement à l'unanimité, dans l'émotion générale. Par la suite, de nombreuses personnes lui devront leur liberté durant ces années troubles. Elle est aujourd’hui considérée comme la première femme avocate.

Critique :

La Citoyenne de Villirouet, ou quand La Caméra explore le Temps vire à la série judiciaire, avec une superbe réussite. Écrit de main de maître par André Castelot, le récit s’avère particulièrement prenant, avec des dialogues assumant pleinement la dimension de théâtre filmé caractérisant le programme. Il en va pareillement de la remarquable distribution, particulièrement rompue à l’exercice, que cela soit Paulette Dubost en idéale incarnation féminine du peuple ou Pierre Vaneck, convaincant en mari porté à bout de bras par son avocate d’épouse. Mais l’ensemble se voit dominé par l’inouïe performance de Anna Gaylor, qui accapare l’attention dès lors qu’elle prend la parole au tribunal. Elle subjugue aussi bien le public présent que le téléspectateur lui-même, par l’héroïsme animant son apparence gracile, sa sincérité et son émotion emportant tout, son rayonnement.

Il s’agit sans nul doute de l’une des interprétations les plus remarquables proposées par cette série recourant à nombre des meilleurs comédiens français de l’époque. Aidé par une mise en scène très fluide, compte tenu de contraintes de la diffusion en direct, la narration sait reconstituer l’atmosphère de l’époque, tout en faisant œuvre de pédagogie en rendant compréhensible un écheveau judiciaire relativement complexe. Dès lors, au-delà de la reconstitution historique, l’opus devient un récit judiciaire captivant, ainsi qu’un vibrant hommage au métier d’avocat. On avouera avoir découvert Marie-Victoire de La Villirouet à l’occasion de cet épisode, distinguer ce qui pourrait relève d’une éventuelle hagiographie s’avère donc malaisé, mais la rencontre demeure très émouvante, telle une lumière transperçant les ténèbres de la Terreur.

Anecdotes :

  • Anna Gaylor (Marie-Victoire de Villirouët), issue du Conservatoire national supérieur d'art dramatique aux côtés de Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Jean-Paul Belmondo, a accompli la majeure partie de sa carrière au théâtre. Toujours active en 2017, elle est néanmoins apparue régulièrement au cinéma et à la télévision. Elle joua ainsi la mère de Joëlle Mazart dans Pause-Café (1981-1989).

Retour à l'index


3. LE DRAME DES POISONS

Date de diffusion : 6 février 1960

Résumé :

L’Affaire dite des Poisons recouvre ensemble de plusieurs scandales, qui, de 1679 à 1682, vont troubler le règne du Roi Soleil.  Diverses empoisonneuses, sont accusées de se livrer à des messes noires, mais aussi d’accélérer des successions d’importunes fortunes grâce à leurs mixtures mortelles. Les plus hautes sphères de l’Aristocratie et de la Cour sont compromises, jusqu’à Mme de Montespan, favorite du Roi. L’atmosphère vire à l’hystérie et Louis XIV, lui-même effaré par les découvertes de l’enquête, exige le retour de l’ordre. Figure de la cabale, la Marquise de Brinvilliers est arrêtée, puis exécutée, grâce à la traque aussi aventureuse que déterminée menée par François Desgrez. Celui-ci est aux ordres de La Reynie, lieutenant-général de police dirigeant une enquête d’ampleur inédite. D’autres empoisonneuses, dont la terrible La Voisin, sont capturées par la suite, puis exécutées ou détenues à vie.

Critique :

Après La Citoyenne de Villirouet, La Caméra explore le Temps nous entraine à la découverte d’une autre affaire judiciaire, sans doute plus connue mais aussi au combien davantage sombre et terrible. Plusieurs horreurs s’y entremêlent, celle des crimes, celles des tortures ordinaires et extraordinaires diligentées par la Chambre ardente royale, mais aussi la raison d’Etat acharnée à dissimuler la vérité dès lors qu’elle devient gênante pour le Monarque. Une situation aussi riche que dramatique, donc, mais que l’épisode va quelque peu gâcher. En effet certaines clefs de l’Affaire se voient effectivement évoquées, comme la terrible rivalité sous-jacente entre les deux plus grands ministres du Roi Soleil, Louvois et Colbert, chacun tentant d’instrumenter drame pour compromettre l’autre. Il en va de même de l’ombre portée sur le Règne et sur le coup déjà fort puissamment porté au prestige de la Monarchie.

Mais l’épisode se centre délibérément sur la seule question de la culpabilité de Mme de Montespan et de la nature de son implication dans la cabale. Or ce sujet résulte en définitive moins fondamental, d’autant qu’il demeure toujours une part de mystère (même si Castelot ne fait guère mystère de ses convictions). On regrettera aussi un certain sensationnalisme lors des trop nombreuses scènes de torture, d’autant que les conditions du tournage les font parfois tomber à plar (à un moment on voit la masse du bourreau se scinder en deux, il s’agit clairement d’un jouet). Il n’en demeure pas moins que le dossier reste efficacement narré dans sa complexité, avec cette pédagogie dont le programme fait toujours preuve. Les comédiens s’avèrent excellents à commencer par Michel Piccoli en Louvois et Claude Gensac en Mme de Montespan, Mais l’on apprécie particulièrement la prestation de François Maistre en La Reynie, un beau portrait de policier avide de vérité, mais suffisamment lucide pour ne pas encourir l’ire royale. On regrettera simplement le jeu daté et empesé de Julien Bertheau en Louis XIV, mais l’ensemble se suit sans déplaisir.

Anecdotes :

  • Louis XIV ordonna la destruction de toutes les pièces liées à l’Affaire, mais des notes conservées par La Reynie ont permis de reconstituer les évènements de manière précise.

  • Le film L’Affaire des Poisons (1955) reconstituait déjà l’enquête en se basant sur les notes de La reynie.  Mme de Montespan y était interprétée par la regrettée Danielle Darrieux. Angélique et le Roy (1966) y fera également allusion, de manière plus romancée.

  • François Maistre (La Reynie) est évidemment remémoré pour le rôle de M. Faivre dans Les Brigades du Tigre, mais compte bien d’autres rôles à son actif. Il va participer à pas moins de 15 reprises à La Caméra explore le Temps.

  • Claude Gensac (Mme de Montespan), disparue en 2016, est notamment remémorée pour avoir joué à de nombreuses reprises l’épouse du Gendarme Cruchot et d’autres rôles de Louis de Funès. Elle fut également une figure du théâtre français, au début comme tragédienne, puis en s’orientant progressivement vers la comédie de boulevard. En 2015 elle remporte le César de la meilleure actrice dans un second rôle, pour Lulu femme nue. Elle va participer trois fois à La Caméra explore le Temps.

Retour à l'index


4. QUI A TUÉ HENRI IV ? OU L'ÉNIGME RAVAILLAC

Date de diffusion : 16 avril 1960

Résumé :

Le 14 mai 1610, le bon roi Henri IV est assassiné à Paris, poignardé par le dénommé François Ravaillac. Ce catholique fanatique fut supplicié et écartelé le 27 mai. Cet attentat, l’un des plus célèbres de l’Histoire de France a donné lieu à une controverse entre historiens jamais définitivement tranchée, à propos d’éventuels complots ayant instrumenté l’illuminé. Les Jésuites furent ainsi désignés, comme l’Espagne ou l’Archiduc des Pays-Bas, voir les Concini sur l’instigation de la reine Marie de Médicis, mais aussi la Marquise de Verneuil, favorite du Roi récemment disgracié. D’autres historiens ne croient pas à la théorie du complot et estiment que Ravaillac a agi seul.

Critique :

Ce volume s’achève par une nouvelle étude d’un dossier judiciaire ou criminel, ce qui pourrait apparaître comme répétitif avec le cas Villarouet et l’Affaire des Poisons. Mais l’opus va aisément parvenir à démonter sa spécificité et son intérêt. Pour tout à fait saisir ce dernier, il convient, il est vrai de mettre en perspective l’Histoire de l’Histoire et se remémorer de ce que la thèse d’un complot pouvait présenter de révolutionnaire en 1960. En effet durant des décennies, ce fut bien la thèse de l’acte isolé qui fut professée dans les écoles du Tour de la France de deux enfants. Seul un fou aurait pu attenter à la vie du bon roi Henri IV. Il reste particulièrement intéressant voir le complotisme (le néologisme n’a alors pas encore été forgé), certes historique, s’inviter ainsi à la télévision de la France du Général.

C’est d’autant plus vrai que Decaux et Castelot savent marquer le coup en laissant Philippe Erlanger assurer la présentation de l’émission, soit l’historien venant de lancer la théorie polémiste en 1957, avec son mémorable L'étrange mort de Henri IV ou les Jeux de l'amour et de la guerre. De manière sympathique le grand biographe apparaît d’ailleurs moins à l’aise dans l’exercice que notre duo ! Le programme développe l’intrigue plaçant les Concini au cœur du complot, avec le talent et la pédagogie propres à la série, le spectateur curieux sera ravi. Comme de coutume la distribution se montre également brillante, on apprécie particulièrement le portrait particulièrement vivace et gouleyant du Vert Galant proposé par Francis Claude.

Anecdotes :

  • Francis Claude (Henri IV) fut un humoriste populaire, tenant le célèbre cabaret parisien le Milord l'Arsouille (il y découvrit Serge Gainsbourg). Il produisit après-guerre des émissions de radio sur Paris Inter, la future France Inter. Sa grande ressemblance avec les portraits officiels d’Henri IV lui valut d’incarner ce roi dans plusieurs productions, à la télévision comme au cinéma.

  • Egalement écrivain et scénariste, l’historien Philippe Erlanger (1903-1987) est remémoré pour ses nombreuses et captivantes biographies de personnages historiques, rendant accessibles au grand public les ouvrages des mémorialistes de diverses époques. Entre autres sujets il s’est souvent intéressé à la dynastie française des Bourbon, mais aussi aux souverains espagnols, avec des portraits toujours saisissants et documentés.  

Retour à l'index