Saison 7Saison 1

Alfred Hitchcock Présente

Saison 1

1. C’est lui (Revenge)

2. Prémonition (Premonition)

3. Les Gâchettes bridées (Triggers in Leash)

4. La Disparue (Don’t Come Back Alive)

5. Évanouie (Into Thin Air)

6. Salvage – Inédit en France

7. Breakdown – Inédit en France

8. Our Cook's a Treasure – Inédit en France

9. The Long Shoot – Inédit en France)

10. Le Cas de Monsieur Pelham (The Case of Mr Pelham)

11. Guilty Witness – Inédit en France

12. Le Père Noël de la 10e Avenue (Santa Claus and the Tenth Avenue Kid)

13. The Cheney Vase – Inédit en France

14. A Bullet for Baldwin – Inédit en France

15. The Big Switch – Inédit en France

16. You Got to Have Luck – Inédit en France

17. The Older Sister – Inédit en France

18. Shopping for Death – Inédit en France

19. The Derelicts – Inédit en France

20. Ainsi mourut Riabouchinska (And So Died Riabouchinska)

21. Safe Conduct – Inédit en France

22. Place of Shadows – Inédit en France

23. De retour à Noël (Back for Christmas)

24. Le Crime parfait (The Perfect Murder)

25. La Vieille (There Was an Old Woman)

26. Whodunit ? – Inédit en France

27. Help Wanted – Inédit en France

28. Portrait of Jocelyn– Inédit en France

29. The Orderly World of Mr Appleby – Inédit en France

30. Never Again – Inédit en France

31. The Gentleman from America – Inédit en France

32. The Baby Sitter – Inédit en France

33. Le Clocher (The Belfry)

34. The Hidden Thing – Inédit en France

35. The Legacy – Inédit en France

36. Mink – Inédit en France

37. The Decoy – Inédit en France

38. The Creeper – Inédit en France

39. La Foire d'empoigne (Momentum)



1. C’EST LUI
(REVENGE)



Histoire de Samuel Blas, adaptée par Francis Cockrell. Réalisation: Alfred Hitchcock.

Elsa (Vera Miles) est une ancienne danseuse de ballet. Elle vit avec son mari Carl (Ralph Meeker) dans une caravane. Elsa a souffert de dépression nerveuse. Un jour, Carl trouve sa femme bouleversée, elle a été victime d’une tentative de viol. Il décide de faire justice lui-même et suit avec une clef à molette dans un hôtel l’homme que sa femme a reconnu alors qu’ils cherchent, en faisant un tour en ville, l’agresseur. Carl le tue. Mais peu après, sa femme désigne un autre coupable. Non seulement Carl comprend qu’il vient de tuer un innocent, mais les sirènes de la police se font entendre.

Pilote de la série, et sans doute épisode le plus célèbre, « C’est lui » est la première des 268 courtes histoires macabres, policières et à suspense, qui nous est proposée. Mais attention : le maître n’a réalisé que 20 épisodes, aussi dans la majeure partie des cas, allons-nous le trouver lors de la présentation des histoires. Son amie de longue date Joan Harrison, productrice, est la personne qui va choisir les nouvelles, et assurer le suivi de toutes les étapes du processus.

Pour le pilote, il fallait évidemment la présence derrière la caméra du maître et des vedettes connues. C’est chose faite avec une Vera Miles au sommet de son talent, exprimant la femme dépressive et perturbée qui passe ses journées à attendre son mari, ou à discuter avec sa voisine, Mrs Fergusen (Frances Bavier). Le noir et blanc, les grosses et rondes voitures américaines, nous transportent d’emblée dans une époque, celles des anthologies des débuts de la télévision américaine. La série précède de quatre ans « La Quatrième dimension » de Rod Serling.

Outre les vedettes, l’auteur de l’histoire (généralement des nouvelles publiées dans les magazines populaires de mystère) et l’adaptateur, ont autant d’importance que les vedettes invitées. Sans eux, la série n’existerait pas. Certes, le metteur en scène (particulièrement dans le cas de ce pilote) n’est pas à négliger. Il faut reconnaître que l’histoire ici est tellement bien construite qu’elle aurait donné un bon épisode même sans vedettes connues.

Le téléspectateur n’est pas confronté à des héros mais à des personnes de la vie courante. Carl Spann est l’américain moyen type des années 50. Courageux, droit, mais sanguin. Toutefois, qui lui jettera la pierre ? Qui à sa place n’aurait pas eu la même réaction ? Loin du Mike Hammer et de la mallette s’ouvrant sur une bombe atomique dans « En quatrième vitesse » tourné la même année, Ralph Meeker lui prête vie avec un naturel saisissant. Son jeu reste très sobre, tout comme celui de sa partenaire Vera Miles.

Plus neurasthénique qu’hystérique, Elsa Spann est ici une victime. Elle ne discerne plus le réel et de l’imaginaire et s’est enfoncée dans son monde. De telles histoires ne seraient pas crédibles sans les indispensables personnages secondaires qui renforcent la véracité. Ici, Frances Bavier offre le personnage rassurant de vieille dame qui fait la conversation avec Elsa. Le téléspectateur se sent encore plus concerné. Pour amener la chute, il faut auparavant faire monter la monter la mayonnaise. Les scènes de tendresse entre les époux, les causeries entre les deux femmes, ne nous préparent pas au drame. C’est bien entendu volontaire.

Hitchcock en tant que présentateur vient apporter la touche d’humour noir typiquement anglais. Le public américain plébiscitera cette approche faisant de « Alfred Hitchcock présente » un classique, dont la réédition de l’intégrale en DVD aux Etats-Unis et au Royaume Uni en est la preuve. Une fois de plus, la France est à la traîne avec un seul coffret réunissant les 20 épisodes réalisés par le maître, dont certains étaient inédits en France.

  • Ralph Meeker (1920-1988) fut Mike Hammer, le héros de Mickey Spillane dans « En quatrième vitesse » (1955). Sa carrière s’est essentiellement déroulée au cinéma : « Les sentiers de la gloire » (1957), « Les 12 salopards » (1967), « Le détective » (1968), « Le dossier Anderson » (1971).

  • Vera Miles (1930) est célèbre pour des films d’Hitchcock, « Le faux coupable », « Psychose », mais aussi de John Ford comme « La Prisonnière du désert » (1956), « L’homme qui tua Liberty Valence » (1962).

  • Frances Bavier (1902-1989) était surtout une actrice de théâtre. On l’a vue dans « Le jour où la terre s’arrêta » (1951)

  • L’auteur Samuel Blas n’est guère connu en dehors de cette nouvelle publiée en octobre 1953 dans la revue « Witches tales » (Histoires de sorcières).

  • L’adaptateur Francis Cockrell a officié sur 19 épisodes de la série, mais n’est pas lui-même écrivain.

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2. PRÉMONITION
(PREMONITION)

Scénario original écrit pour la série par Harold Swanton. Réalisé par Robert Stevens.

Le pianiste Kim Stanger est de retour chez lui en Amérique après quatre années passées à Paris. Dès son arrivée, il trouve les gens bizarres, voulant lui cacher ce qui est arrivé à son père, qui serait mort quatre ans avant, en 1950. Tout le monde veut lui cacher la vérité qu’il découvrira dans les dernières minutes, révélée par sa belle-sœur. Il a tué son père, c’était un accident.

Avec cet épisode, non réalisé par le maître, l’angoisse est encore plus forte que dans le pilote. John Forsythe fait un numéro éblouissant de comédien. Nous évoluons en pleine paranoïa. Le comédien en voix off commente son retour, sa joie de retrouver sa ville natale.

Il a choisi de revenir chez les siens sans prévenir, en faisant une surprise. Dès la première rencontre, il comprend que quelque chose ne va pas. Ce sentiment va aller crescendo durant les 26 minutes jusqu’à la révélation finale.

Hitchcock quand il intervient est une véritable détente pour le téléspectateur accroché à son siège. Il fait ici un petit sketch recherchant une montre qu’il n’a pas, et donne rendez vous au téléspectateur à la semaine prochaine, invitant celui-ci à prendre un rafraîchissement.

Ce contraste histoires angoissantes/humour noir anglais du maître a un côté « montagnes russes ».

L’épisode nous propose des plans dignes du maître (c’est pourtant Robert Stevens qui est derrière la caméra), par exemple Kim Stanger revient chez lui dans la maison momentanément vide et se met au piano, puis sa belle sœur (sans nom, comme la seconde Mrs de Winter) arrive et l’effroi se lit sur le visage de cette dernière.
Très vite, Kim comprend que l’on a tué son père et qu’on lui ment. Les différents obstacles à la vérité son autant d’épreuves pour lui. Cet épisode est un peu un clin d’œil à « La maison du docteur Edwardes » avec une différence notable puisque Kim est coupable.

Kim va manquer étrangler l’un des témoins qui ne veut pas lui dire la vérité, lequel répond ne pas se souvenir quand le fils pose des questions au sujet de Greg le père.

La quête du père passe par ses affaires : sa casquette, son fusil, le tableau qui le représente. La version de la mort qu’on lui présente : crise cardiaque sur un court de tennis (alors qu’il ne pratiquait pas ce sport) ne fait que le renforcer dans son sentiment de conspiration.

Perry, son frère (Warren Stevens) tente de gagner sa confiance. En pure perte. Surtout que le frère, pendant son absence de quatre ans a épousé sa fiancée.

Tous les documents que Kim retrouve datent de quatre ans en arrière, des lettres notamment.

Peu à peu, le téléspectateur prend conscience que Kim est loin d’être l’homme sûr que nous avons vu d’abord. Il est très fragile.

John Forsythe incarne le quidam pris dans une toile d’araignée. Il devient obsédé par le fait que les gens qui parlent de la mort de son père n’ont pas vu son corps.

Sa conscience revient le tourmenter lorsque l’on voit son regard perdu (notamment lorsqu’il manque d’étrangler un témoin).

Face au coroner Isaiah Dobbs (Harry Tyler compose un assez peu crédible magistrat), face à l’avocat Douglas Irwin (George MacReady), Kim observe une attitude hostile.

Avec cet excellent opus, ceux qui pensaient que seuls les épisodes réalisés par le maître tiendraient la route (comme les éditeurs français !) se trompent. On peut même dire que « Prémonition » est meilleur que « C’est lui ».

  • John Forsythe (1918-2010) était Blake Carrington dans « Dynastie ». Il a tourné plusieurs fois avec Hitchcock, « J’ai tout vu », quatrième épisode de la première saison de « The Alfred Hitchcock hour » (diffusé en France sous le titre « Suspicion », série qui en 1962 prendra la suite de « Alfred Hitchcock présente », mais aussi au cinéma « Mais qui a tué Harry ? » et « L’étau ». Il était aussi la voix de Charlie dans la série « Drôles de dames » (en VO).

  • Cloris Leachman (1926) a fait une carrière assez mineure. Elle reviendra dans la saison 4 (épisode 2 « Silence », traduit en français), et dans la saison 7 (épisode 38) « Where beauty lies – le 268e et dernier épisode de la série). On l’a vue dans la série « Lassie » où elle était Ruth Martin (1957-58) et « Drôle de vie » (1979-1988). Au cinéma, elle a joué dans « En quatrième vitesse » (1955), « Les liaisons coupables » (1962), « Butch Cassidy et le kidd » (1970).

  • Le scénariste Harold Swanton a écrit 10 épisodes de la série, et en 1985 le pilote du remake en couleurs qui réutilisait les présentations d’Alfred Hitchcock avec de nouveaux acteurs.

  • Le réalisateur Robert Stevens (1920-1989) avait de la suite dans les idées puisqu’il commença avec Hitch dans ses deux anthologies, la présente dont il signera 44 épisodes sur les 268 et « Suspicion », et finira sa carrière avec « Amazing stories » de Spielberg.

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3. LES GÂCHETTES BRIDÉES
(TRIGGERS IN LEASH)

Histoire d’ Allen Vaughn Elston. Adaptation de Dick Carr. Réalisation : Don Medford

Un duel entre deux « cowboy » commence dans la petite auberge de Maggie (Ellen Corby). Les deux hommes décident de tirer lorsque le coucou de l’horloge sonnera minuit. Maggie, imperturbable, sert à manger aux deux lascars, Dell Delaney (Gene Barry) et Red Hillman (Darren MacGavin), allant jusqu’à leur couper leur viande. Chacun des deux tireurs tient ses mains bien en vue de l’autre. Elle ne peut compter sur l’aide de personne, le vieux Ben (Casey MacGregor) étant bien incapable de se dresser entre les deux hommes en pleine force de l’âge. Elle décide alors d’interposer un crucifix entre les tueurs.

Inédit en France, cet épisode est typique de l’écrivain Allen Vaughn Elston qui mélange ici habilement le suspense et le western. A partir d’une mise en scène minimaliste, Don Medford parvient à établir un huis clos haletant.

Gene Barry est dans ce téléfilm à des lieues de ses rôles d’espion gentleman dans « L’aventurier » et « L’homme à la Rolls ». Il fait figure d’un vrai dur, tandis que Darren Mac Gavin n’est pas en reste pour la dureté et le sadisme, avec une pointe d’ironie en plus. L’exploit de cet épisode est de rendre sympathique la comédienne Ellen Corby, habituée aux rôles de vieilles chouettes teigneuses. Elle doit éviter le carnage entre deux hommes décidés d’en découdre coûte que coûte et tente tout pour les raisonner.

La pluie qui tombe sans arrêt à la porte de l’auberge ajoute au côté sinistre du décor et de l’ambiance. En prêtant sa caution à cette histoire, le maître du suspense est tout à fait à sa place. On jurerait d’ailleurs, si l’on ne lisait pas le générique, qu’il est derrière la caméra.

La haine des deux hommes transpire durant l’échange au suspense haletant, tandis que la bonté de la cuisinière vient contrecarrer leurs projets. « Triggers in leash » nous scotche littéralement devant le petit écran pendant quelque vingt cinq minutes.

La savoureuse introduction du maître avec un pistolet de cowboy apporte une dose d’humour macabre dont le sel ne devient évident qu’après vision de l’épisode.

Il faut reconnaître que le personnage de Ben qui apparaît au début et à la fin de l’histoire est plutôt inexistant. 

Nous n’avons jamais vu Gene Barry avec une allure aussi féroce. La tension est palpable et rappelle celles des meilleurs westerns lors des scènes de duel. Ici, elle est mise au service d’une intrigue à suspense.

Ce début de saison vertigineux de qualité nous promet de belles sueurs froides. Chaque plan, chaque scène, chaque réplique, est faite pour nous rappeler le maître du suspense. Il se contente pourtant de présenter et de conclure cette histoire diabolique, servant le rôle de l’écrin protégeant ce bijou d’angoisse.

L’épisode surpasse en qualité les deux premiers opus déjà excellents. Il fallait sans doute mettre la barre très haute et frapper fort pour fédérer un public autour de cette anthologie : la mission est réussie.

  • Gene Barry (1919-2009) est célèbre pour « La guerre des mondes » de Byron Haskins, et les séries « L’homme à la Rolls », « Les règles du jeu » et « L’aventurier ».

    Darren Mc Gavin (1922-2006) est surtout connu pour « Kolchak, the night stalker » (en VF « Dossiers brûlants »), la série ancêtre de « The X Files ».

  • Ellen Corby (1911-1999) restera pour une génération la tante Sarah, ennemie alien de David Vincent dans le pilote des « Envahisseurs » : « Première preuve ». On l’a vue aussi dans « Sueurs froides » d’Hitchcock et dans un épisode d’ »Hawaii police d’état » : « Demain ne naîtra jamais ».

  • Casey Mc Gregor (1904-1988) est essentiellement connu pour « Le tour du monde en 80 jours » version 1956.

  • Allan Vaughn Elston (1887-1976) est un écrivain de livres policiers et western. Il a été peu traduit en France, mais on trouve des nouvelles de lui dans des recueils, comme « Le dernier jour de ma vie » (Fayard).

  • Dick Carr (1929-1988) est un scénariste de télévision qui a œuvré pour « Drôles de dames », « Wonder Woman », « L’homme qui valait trois milliards ».

  • Don Medford (1917-2012) a réalisé des épisodes des « Incorruptibles », « Le fugitif », « Les envahisseurs », « Les Rues de San Francisco ».

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4. LA DISPARUE
(DON’T COME BACK ALIVE)

Scénario original : Peter C Dennis. Réalisation : Robert Stevenson. Inédit en France

Frank Partridge (Sidney Blackmer) a 61 ans et ne trouve plus d'emploi. Nous sommes en 1948. Il propose à sa femme Mildred (Virginia Gregg) de disparaître, de se faire passer pour morte. Au bout de sept ans, Frank touchera l'assurance vie et pourra lui offrir une belle existence. Il promet entre temps de la voir régulièrement en cachette. Mais Lucy (Irène Tedrow) pense que sa soeur a été assassinée et alerte le détective de la compagnie, Kettle (Robert Emhardt) qui dès lors harcèle le mari, empêchant toutes retrouvailles. Sept années passent ainsi. Kettle est persuadé que Partridge a tué sa femme...

Le noir et les blanc, les vieilles voitures de 1955, le décor nous plongent d'emblée dans l'ambiance de l'Amérique des grandes cités de jadis qui fut le cadre de tant de films "noir". Ici, le scénariste a manqué un peu de réalisme en imaginant son intrigue qui traverse sept années sans que le couple puisse se revoir. C'est le seul bémol de cet épisode. Le reste est typique du maître du suspense, qui nous dira qu'il n'attendra pas sept ans mais sept jours pour retrouver le téléspectateur.

Kettle ici anticipe le lieutenant Columbo par sa tenacité. Dès le début, il pense tenir le meurtrier et va provoquer un drame en empêchant les vieux mariés de se rencontrer. Lorsque Frank promet à son épouse de la retrouver pour Noël (1948) et lui achète en cadeau un parfum, Kettle est là pour contrecarrer ses plans. Le désespoir, durant la gaieté des sapins et des guirlandes lumineuses, atteint Mildred qui attend pour rien dans un restaurant.

Le réalisateur Robert Stevenson insiste sur l'aspect oppressant du détective face au criminel supposé. La caméra fait des gros plans sur les visages fatigués et tristes des deux héros pris à leur propre piège. Le temps semble ne pas avoir de prise sur la détermination du détective. Lorsque Frank enfin pense toucher le gros lot, son épouse revient lui annoncer qu'elle demande le divorce, qu'elle a construit une nouvelle vie et aime un autre homme.

Hitchcock avec son humour noir présente et conclut l'intrigue sans cette-fois faire des mimiques ou des plaisanteries. On le verra au fil des épisodes avec des cordes, des crânes, des tibias, mais n'anticipons pas. Encore un épisode qu'il aurait pu réaliser. Stevenson se montre à la hauteur du maître.

  • Les amateurs de la série "Les Envahisseurs" reconnaîtront dans le rôle du détective Kettle le terrible Mr Aymes de l'épisode "Cauchemar". Il s'agit de Robert Emhardt (1914-1994).

  • Virginia Cregg (70 ans cette année) est connue pour des films comme "La colline de l'adieu" (1955) "Opération jupons" (1959) et "La colline des potences" (1959). Elle est la voix de Mme Bates dans "Psychose 1, 2 et 3".

  • Peter C Dennis a écrit trente histoires pour la série.

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5. ÉVANOUIE
(INTO THIN AIR)

Scénariste : Marion Cockrell. Réalisation : Don Medford

Avec Patricia Hitchcock

Ce film est un hommage à « Une femme disparaît »

A Paris, Diana Winthrop (Patricia Hitchcock) et sa mère (Mary Forbes) arrivent dans un hôtel. La mère est souffrante et un médecin est appelé. Il lui demande d’aller chercher un médicament car il doit rester auprès de la patiente qui a un peu de fièvre. La fille s’exécute et se rend au cabinet où la femme du médecin (Ann Codee) la fait attendre. De retour à l’hôtel, le réceptionniste (Maurice Marsac) assure qu’il ne l’a jamais vue et que sa mère et elle ne sont jamais venues à l’hôtel. Diana finit par faire appel à un détective privé, Basil Farnham (Geoffrey Toone).

Bien entendu, ne pouvant révéler la chute, j’incite les lecteurs à voir cet épisode palpitant, malgré la présence de la fille à papa qui a bien de la chance. Une autre comédienne aurait été plus performante dans le rôle. Si l’hommage à « Une femme disparaît » est appuyé, la conspiration ici est de nature différente. Notons que les comédiens américains parlent un français parfait (seul le réceptionniste, Maurice Marsac est français). 

Le thème de l’intérêt commun et de la raison d’état supérieurs à l’individu représentant un enjeu trop petit est ici étouffant. L’oppression est présente du moment où Diana laisse sa mère seule, et même l’épouse du médecin ressemble à une femme acariâtre digne d’une gardienne de prison. Derrière le luxe de cet hôtel, de ces gens bien habillés, l’hypocrisie, le complot, sont comme une toile d’araignée dans laquelle la pauvre touriste est prise. Le téléspectateur espère un temps dans le détective, admirablement joué par Geoffrey Toone. Mais même en présence de preuves (la tapisserie que Diana déchire pour montrer que l’on a transformé la chambre en son absence), l’étau de silence se referme sur elle.

Fort heureusement, Patricia Hitchcock (insupportable) ne parvient pas à gâcher cette mécanique huilée où le spectateur est tenu en haleine jusqu’au deux dernières répliques du chef de l’agence de détectives. Ce cauchemar frôle parfois les frontières du fantastique avant de trouver une explication rationnelle.

Avec un soin du détail, Don Medford filme chaque indice et parvient à nous transmettre la paranoïa dont est victime l’héroïne. Alan Napier dans le rôle de Sir Everett est tellement racé et magistral qu’il enfonce un peu plus cette pauvre Patricia Hitchcock dont la carrière fit long feu. Le grand comédien, avec ses airs de professeur qui explique quelque chose de compliqué à une petite fille supplante même les excellents Maurice Arsac et Geoffrey Toone.

  • Marion Cockrell (1909-1999) qui signe ce script fabuleux n’est curieusement pas une spécialiste du mystère et du suspense. Elle a certes rédigé un film d’horreur gothique « Dark waters » (1944), mais ses autres scénarii pour le « Batman » télévisé de 1966, pour l’anthologie policière tournée en direct « General electric theatre » (10 saisons, à partir de 1953, et dans laquelle joua entre autres Ronald Reegan), ne sont pas caractéristiques de quelqu’un qui n’aurait œuvré que dans le domaine mystère/fantastique comme on aurait pu le croire en voyant cet épisode.

  • Alan Napier (1903-1988) est Mr Rutland, le père du héros joué par Sean Connery dans « Pas de printemps pour Marnie ».

  • Maurice Marsac (1915-2007) est connu des fans de « Chapeau melon et bottes de cuir » pour avoir tourné en 1977 dans les trois épisodes français de la série : « Le long sommeil 1 et 2, « Le Lion et la licorne ».

  • Ann Codee (1890-1961) est une familière des anthologies TV américaines des débuts de la télévision : « Lux Video Theatre » (1950-59), « General electric theatre ». Elle a fait du cinéma, mais surtout des apparitions, n’étant la plupart du temps pas créditée au générique.

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6. SALVAGE
INÉDIT EN FRANCE

Inédit

Histoire de Fred Freiberger. Adaptation : Fred Freiberger et Dick Carr. Réalisation : Jus Addiss.

Dan Varrel sort de prison et jure de venger son frère qu’une femme, Lois Williams, a dénoncé à la police, révélant sa cachette et le faisant abattre. Elle ne trouve d’aide de personne.

Pourquoi encore Gene Barry, vedette de l’épisode 3 ? N’y a-t-il pas d’autres acteurs ? Deux fois Barry dans la même saison et au début est une grosse erreur et un manque d’imagination. D’autant plus qu’il joue faux ici du début à la fin. Ni héros (« L’aventurier »), ni s alaud (épisode 3 de cette anthologie), il cachetonne.

Le maître cette-fois dans sa présentation nous propose une scène hilarante. Dérangé sur un tournage, il vient présenter l’épisode et quitte son fauteuil… sur lequel un immense projecteur s’écrase quelques secondes plus tard.

La comédienne Nancy Gates, qui incarne Lois Williams, n’arrange rien. Elle joue mal, n’est pas crédible. Pas mieux que Barry bien moins inspiré que dans le fantastique « Triggers in leash », et qui semble s’ennuyer.

Verbeux, l’épisode ne parvient jamais à accrocher le téléspectateur, alors que les précédents lui ont fait dresser les cheveux sur la tête. La vengeance à froid de Varel qui vise à la déstabiliser et à lui faire perdre tout, sa réussite professionnelle, sa liaison avec son amant, nous laisse de marbre.

Comment Shamley Production a pu laisser mettre en œuvre cet épisode pitoyable ?

Si les cinq premiers épisodes malgré 26 minutes nous paraissaient denses, celui là malgré sa brève durée parvient – c’est un comble – à nous faire trouver le temps long.

La réalisation plate de Jus Addiss ne vient pas sauver l’entreprise du naufrage, bien au contraire. Un épisode à zapper sans regrets.

  • Fred Freiberger, surnommé « le fossoyeur de séries », fut le producteur malheureux de la saison 3 de « Star Trek » et de la saison 2 de « Cosmos 1999 ».

  • Jus Addiss (1917-1979) a mis en scène 10 épisodes de la série, et a aussi œuvré sur « Voyage au fond des mers » et « La Quatrième dimension ».

  • Actrice de télévision née en 1926, Nancy Gates ne tourne plus depuis 1969. Elle a participé aux anthologies « Haute tension », « Lux Television Theatre », « General Electric Theater », « Damon Runyon Theatre », des dramatiques tournées en direct et pour la plupart non conservées.

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7. BREAKDOWN
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Louis Pollock. Adaptation : Louis Pollock, Francis M Cockrell. Réalisation : Alfred Hitchcock
Inédit.
NB : cet épisode jamais diffusé en France figure dans le coffret des 20 épisodes de la série réalisés par le maître disponible chez nous.

Chef d’entreprise impitoyable, William Callew (Joseph Cotten) licencie sans ménagement le vieux et fidèle Hubka (Forrest Stanley). Son associé lui fait remarquer qu’il est cruel, que l’homme peut se suicider, ou tenter de le tuer. Mais Callew va vite avoir un autre problème : sur une route, une déviation l’oblige à éviter un tracto-pelle et il percute un camion. Laissé pour mort, des prisonniers en fuite le dépouillent de ses vêtements, des riverains volent les pneus de sa décapotable. La police le fait transporter à la morgue. Il bouge un doigt, mais on allonge le corps de façon que le doigt est coincé. Callew entend à la morgue qu’on va l’enterrer…

Cet épisode est absolument savoureux et digne des « histoires abominables », célèbre recueil de nouvelles du maître.

Hitchcock nous prévient que nous allons avoir très peur, et nous allons dresser nos cheveux sur notre tête. On se met tous à la place de Callew. Cotten est admirable, jouant la paralysie pendant 25 minutes sans jamais ciller. Une véritable performance. Nous entendons l’homme en voix of commenter le sort horrible qui l’attend, ses espoirs essentiellement fondés dans le doigt qui bouge, le reste du corps étant paralysé et la nuque brisée.

Hitchcock ne ménage pas nos nerfs. C’est un véritable voyage au bout de l’enfer à laquel nous convie le maître. Cet homme odieux finit par susciter notre compassion, même s’il était « mauvais » de son vivant si j’ose dire. 

Au fond, c’est toute sa vie sans scrupules que Callew voit revivre autour de lui. Les gens le dépouillent, mais il était un homme d’affaires sans scrupules. Chaque espoir d’être reconnu vivant fond comme neige au soleil. Seule anomalie du script : personne ne prend son pouls.

En un mot : un épisode terrifiant.

  • Joseph Cotten est l’inoubliable oncle Charlie de « L’ombre d’un doute » (1943).

  • Dans le rôle d’un figurant (un cantonnier), on retrouve Aaron Spelling, le célèbre producteur de « Dynastie » et « Drôles de dames ». Très difficile à savoir si l’on ne connaît pas la distribution, même en visionnant image par image.

  • Louis Pollock (1904-1964) comme nous le précise Hitch dans le prologue est un auteur publié dans des romans populaires formats « livre de poche » - en anglais les paperback - (à la différence des « Hardcover », premières éditions en couverture carton dur). Un seul ouvrage est disponible de lui aujourd’hui : « A baker’s dozen of suspense stories ».

  • Francis M Cockrell (1906-1987) n’est pas un écrivain mais un scénariste de télévision, qui a beaucoup œuvré pour l’anthologie diffusée en direct « General Electric Theater », dont les épisodes n’ont pas été gardés.

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8. OUR COOK'S A TREASURE
INÉDIT EN FRANCE

Inédit
Histoire de Dorothy L Sayers. Adaptation : Robert C Dennis. Réalisation : Robert Stevens

La police recherche une cuisinière meurtrière qui a empoisonné de façon gratuite de nombreuses personnes, dont des jeunes femmes. Elle est en fuite depuis un mois. Ralph Montgomery (Everett Sloane) a des soupçons. Sa nouvelle domestique Mrs Sutton (Beulah Bondi) est arrivée il y a pile un mois. Et il a déjà été incommodé par ce qu’il pense être une indigestion. Il a peur pour sa femme Ethel (Janet Ward). Cette dernière est actrice au théâtre. Un jour, il trouve dans son garage de l’arsenic. Il fait analyser par un chimiste le chocolat qu’il boit : il contient une dose qui n’est pas létale, mais qui prise chaque jour le sera. Sur les journaux, il n’y a aucune photo de la meurtrière en fuite.

Cet épisode part de la vie quotidienne on ne peut plus banale d’un couple américain (si l’on excepte le fait que l’épouse est comédienne au théâtre). Homme d’affaires, bien intégré à la société, fréquentant un médecin et d’autres amis pour jouer aux cartes, notre quidam va sentir peu à peu grandir le soupçon en lui. 

Everett Sloane personnifie à merveille cet américain moyen, qui, à partir d’une indigestion suspecte et de la découverte d’un pot d’arsenic, va se mettre à soupçonner sa cuisinière. Tous les indices concordent pour accuser Mrs Sutton d’être l’empoisonneuse. Mais Ralph Montgomery ne veut pas accuser à tort ni passer pour un mythomane. Il mène donc son enquête avec discrétion, tout en surveillant la santé de sa femme.

Robert Stevens installe peu à peu l’angoisse dans la maison. Au point que M. Montgomery finit par avoir peur de sa domestique. Beulah Bondi rend petit à petit inquiétante sa silhouette pourtant éloignée d’une Madame Danvers et effacée. Janet Ward est l’élément rassurant du téléfilm, l’épouse attentionnée, dont la fibre artistique donne une certaine ouverture d’esprit qui fait presque honte à l’époux apeuré.

Le soupçon pourtant fait peu à peu son chemin et se lit sur le visage du mari. La certitude qu’il y a bien du poison dans le chocolat chaud va pousser à bout de nerfs notre homme. Ses soupçons, sont-ils fondés ?

 

  • Dorothy Leigh Sayers (1893-1957) est une romancière connue oeuvrant dans le roman policier. Elle a créé en 1923 le personnage de Lord Peter Wimsey, s’inspirant des aventures d’Arsène Lupin qu’elle avait dévoré lors d’un séjour en France comme professeur d’anglais. Elle devint l’amie d’Agatha Christie et la défendit lorsque « Le meurtre de Roger Ackroyd créa une polémique. Après sa mort, son œuvre sera adaptée dans plusieurs séries TV dont « Les grands mystères d’Orson Welles » et « A Dorothy L Sayers mystery ».

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9. THE LONG SHOOT
INÉDIT EN FRANCE

Inédit

Histoire originale d’ Harold Swanton. Réalisation : Robert Stevenson

Charlie Raymond, une petite frappe (Peter Lawford), répond à une annonce d’un distingué gentleman londonien, Walter Hendricks (John Williams), qui a besoin d’un chauffeur pour le conduise à travers les Etats Unis de New York jusqu’à San Francisco. Au début, Charlie veut simplement détrousser l’homme d’un peu d’argent pour rembourser une dette de jeu. Mais en fouillant dans les affaires du gentleman, il fait une étonnante découverte. Hendricks doit percevoir une fortune : 200 000 dollars, un héritage que doit lui remettre un avocat de San Francisco sur la simple présentation des documents. Il n’existe aucune photo ou identification de l’héritier en dehors des papiers. Bien qu’il soit urgent de rembourser sa dette, Charlie Raymond va échafauder un plan criminel bien plus ambitieux. Se faire passer pour l’héritier. En chemin, il fait une tentative réussie auprès d’une tante de l’anglais, Margaret Stoddart, afin de savoir s'il pourra au bout du voyage donner le change.

On aurait tort de croire que seuls les épisodes réalisés par le maître sont dignes d’intérêt. Cet opus prouve le contraire. Jamais ennuyeux bien qu’il s’agisse essentiellement d’un dialogue entre deux personnages, ce voyage meurtrier avec un bel héritage à la clef nous tient en haleine jusqu’à la chute qui va surprendre le téléspectateur le plus aguerri. L’usurpation d’identité semble si facile, que nous suivons (souvent en voix of) la moindre réflexion de notre joueur malchanceux qui devrait pouvoir rembourser au centuple sa dette. L’épisode joue avec toutes les légendes et les fantasmes que les sujets de Sa Majesté se font de l’Amérique des pionniers. La scène dans le désert du Nevada où notre duo est perdu atteint le paroxysme de l’angoisse typiquement Hithcockienne.

Bien évidemment, le test (avant la chute) est de savoir si Charlie Raymond va duper la tante. Malgré l’espace dans lequel nous sommes projetés, à savoir les grandes routes, le désert, nous avons le sentiment d’être confinés dans un labyrinte où chaque pas du « héros » peut être fatal. Au fur et à mesure que la confiance de Walter Hendricks devient plus forte envers le criminel, ce dernier sent l’angoisse monter en lui. La victoire lui semble trop facile. Un peu comme si les 200 000 dollars à simplement quérir chez l’avocat étaient un piège à rats, l'argent tenant lieu de fromage.

L’épisode ne serait pas si réussi sans la performance des comédiens : Peter Lawford alterne la ruse et le manque de confiance en soi, et parvient, bien qu’il représente le mal, à captiver le téléspectateur qui va presque s’identifier à lui. Il est vrai que John Williams nous paraît tellement balourd et naïf qu’il ne capte pas la sympathie. La performance vient également de Robert Stevenson qui parvient à brouiller les notions de bien et de mal en axant sa caméra sur l’angoisse de Charlie Raymond, l’usurpateur, et non sur la bonhommie de la victime trop pollissée. John Williams n’en fait pas trop pour rendre crédible son personnage d’anglais coincé. Il a trouvé le ton juste, la sobriété, pour être le plus passif possible, alors qu’il partage le temps d’antenne avec Lawford.

Nous ne dirons bien sûr rien de la chute, mais elle est tellement vertigineuse qu’elle nous donne le tournis et nous assomme littéralement.

  • Peter Lawford (1923-1984), excellent comédien, est hélas plus souvent cité pour ses relations avec JFK dont il était le beau-frère et Marilyn, que pour son talent. On se souvient qu’il fut le dernier à avoir parlé à la star avant sa mort, ce qui est injuste, car le comédien britannique a participé à de nombreux bons films.

  • John Williams (1903-1983) a connu de très beaux rôles au cinéma avec Hitchcock (« Le crime était presque parfait », « La main au collet ») mais aussi aux côtés d’Audrey Hepburn dans « Sabrina ».

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10. LE CAS DE MONSIEUR PELHAM
(THE CASE OF MR PELHAM)

Histoire d’Anthony Armstrong. Adaptation : Francis Cockrell. Réalisation : Alfred Hitchcock.

La vie d’Albert Pelham devient un cauchemar quand un parfait sosie de sa personne se substitue à lui dans sa vie quotidienne. Albert fait appel à un ami psychiatre pour en savoir plus.

Quel pire cauchemar peut vous arriver qu’être la victime d’un double de vous-même ?  Ici, Albert Pelham est un homme d’affaires sans histoires, célibataire dont les proches sont le majordome et la secrétaire, finissent par le prendre pour un fou.  Tom Ewell (1909-1994) est tout à fait crédible en victime d’usurpation d’identité, sans le côté « vie privée agitée » de la version avec Roger Moore. Tous les comédiens sont parfaits, à commencer par le majordome, Peterson, joué par le flegmatique Justice Watson, sans oublier le psychiatre, le docteur Harley (Raymond Bailey). Tom Ewell personnifie cet homme fragile qui sent son identité menacée et a peur de disparaître. Le maître, derrière la caméra, nous donne en trente minutes, une grande leçon de terreur. Albert suggère au docteur Harley de porter une cravate bariolée, puisque son double est arrivé à se munir exactement de celles qu’il a l’habitude d’avoir. Le crescendo de l’angoisse atteint son apogée lorsque Pelham est confronté à son double sous les yeux du majordome.

Hitchcock, à la différence plus tard de Basil Dearden, choisit de laisser le spectateur dans le malaise total. Pelham se prend à son propre piège (spoiler) pour évincer son rival. Dans sa présentation finale, le maître choisit un sketch qui résume de façon humoristique le drame que nous venons de voir se dérouler, en y ajoutant une touche de nonsense typiquement british.

Un pur chef d’œuvre

  • L’histoire de Pelham a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1970 « The man who haunted himself », de Basil Dearden avec Roger Moore et Olga Georges Picot. Roger Moore y incarnait Harold (et non plus Albert) Pelham.

 

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11. GUILTY WITNESS
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Morris Hersham. Adaptation : Robert C Dennis. Réalisation : Robert Stevens.

Stanley Krane, épicier, vend des pansements à Mrs Verber qui a un œil au beurre noir. Krane et son épouse Dorothy pensent que Verber bat son épouse. Krane bouscule la poussette des Verber qui traîne dans le couloir de l’immeuble et sa tête heurte le compteur électrique.

Bien avant l’heure, soit en 1955, cet épisode aborde le thème des femmes battues. Ce sujet se fond avec celui des voisins témoins (ici les épiciers) qui décident de se boucher les oreilles et de ne pas se mêler des affaires des autres. Stanley Krane essaie bien de faire quelque chose, plus pour soulager sa conscience que pour venir en aide à autrui. Mrs Verber perturbe son petit nid douillet, c'est-à-dire une épouse adorable et gentille, une clientèle fidèle et sympathique. Dorothy, l’épouse, tient un double langage. Elle est la première à espionner les voisins, mais attend de son mari qu’il résolve l’histoire sans vouloir vraiment s’en mêler. L’arrivée du policier, le sergent Halloran, semble mettre en évidence que c’est Mr Verber qui a disparu et est en danger. Mrs Verber a demandé à l’épicier un grand carton dans lequel le couple pense que se trouve le cadavre du mari.

Dorothy rappelle de multiples héroïnes Hitchcockiennes tel Theresa Wright dans « L’ombre d’un doute », mais elle ne peut ici mener ses investigations à son aise, son mari l’en empêchant au nom de la sacro-sainte tranquillité qu’il veut maintenir chez lui. Son commerce dépend de sa bonne entente avec le quartier. Il ne veut pas d’histoires et est prêt à inventer toutes les explications les moins plausibles pour justifier la disparition de Verber.

La chute (spoiler) est absolument vertigineuse. La lâcheté de l’épicier va être punie au-delà de tout ce que l’on peut imaginer. Car le mobile du crime se trouvait à portée de sa main. Robert Stevens mène le suspense de façon haletante jusqu’au moment où le mur du conformisme bien pensant du couple Krane va se lézarder. Les quatre comédiens sont époustouflants : Kathleen Maguire (1925-1989) en jolie épouse sainte nitouche dont on ne soupçonne jamais la véritable nature, déguisée derrière son tablier de ménagère parfaite des années 50,  Joe Mantel éblouissant en lâche épicier, Judith Evelyn qui incarne une femme trompée plus victime que coupable, et Robert F Simon qui tient plus du policier british flegmatique que du sergent américain.

  • Hitchcock a employé Joe Mantel (1915-2010) dans « Les oiseaux ». On a vu aussi ce comédien dans « Chinatown » de Roman Polanski.

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12. LE PÈRE NOËL DE LA 10E AVENUE
(SANTA CLAUS AND THE TENTH AVENUE KID)

Histoire de Margaret Cousins. Adaptation : Marian B. Cockrell. Réalisation : Don Weiss.

Un criminel en liberté conditionnelle obtient un emploi de … père Noël.

L’humour est présent ici malgré la situation de ce pauvre bougre qui sent au dessus de sa tête l'épée de Damoclès que constitue le risque de retourner en prison. En effet, lorsque la dame distinguée lui parle de « réhabilitation », il murmure qu’elle en a besoin elle-même.

Puis, notre libéré sur parole est mis en contact avec les enfants. Barry Fitzgerald a tout du brave type et aucune menace n’émane de lui. Ce sont en fait les enfants qui se montrent effrontés, de vrais petits monstres. L’un d’eux fauche même des jouets et réclame l’objet qui fait l’admiration de tous les enfants, un avion de 50 dollars. Notre père Noël le lui promet, mais pourra-t-il tenir cette promesse sans se mettre en délicatesse avec son employeur ?

A travers ce conte de Noël, la série nous fait percevoir que ce ne sont pas forcément ceux qui ont enfreint la loi qui sont les plus vils.

Barry Fitzgerald (1888-1961) est surtout connu pour ses rôles au grand écran : « L’impossible monsieur bébé », « Dix petits indiens ». Il est irrésistible de drôlerie ici. Mais l’épisode tranche avec les histoires angoissantes que l’on peut attendre de l’anthologie.

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13. THE CHENEY VASE
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Robert Blees. Réalisation : Robert Stevens.

Le conservateur d’un musée convoite le vase de Cheney dont une vieille dame ne veut pas se séparer, étant son dernier souvenir de famille. Endicott, l’adjoint, qui vient de prendre la porte, se fait engager par la vieille dame, Martha.

Après l’intermède de Noël, nous retrouvons une histoire angoissante à souhait.  Endicott pour s’emparer du vase et le vendre à un collectionneur allemand qui doit se rendre à Manhattan va tenter de rendre folle Martha Cheney, l’isolant de ses domestiques, la privant de liberté.  Le jeu du chat et de la souris de Martha et de Lyle Endicott est époustouflant de cruauté. Endicott sacrifie même sa petite amie Pamela avec laquelle il comptait partager les 45 000 dollars qu’offre le collectionneur allemand. Mais l’appât du gain le rend déraisonnable et la vieille dame a plus d’un tour dans son sac et va lui mettre des bâtons dans les roues.

Nous assistons au duel entre deux comédiens fabuleux, Darren Mc Gavin, futur héros de la série « Dossiers brûlants » (« Kolchak, the night stalker ») et  Patricia Collinge (Emma Newton dans « L’ombre d’un doute », le meilleur film du maître). Créer un tel suspense en vingt-quatre minutes est une prouesse, d’autant que l’on n’a jamais l’impression que l’affaire soit menée à la va-vite. Robert Stevens se montre aussi doué qu’Hitchcock pour nous faire sursauter. Endicott tisse une véritable toile d’araignée autour de sa proie, éloignant les domestiques, fabriquant de fausses fautes qui les fait passer pour des menteurs. L’homme croit alors avoir totalement à sa merci la pauvre femme. Mais elle n’a pas dit son dernier mot.

Un épisode fabuleux, qui nous fait dresser les cheveux sur la tête. Les prises de parole du maître viennent ajouter une touche d’humour british qui est la bienvenue.

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14. A BULLET FOR BALDWIN
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Joseph Ruscoll. Adaptation : Eustace et Francis Cockrell. Réalisation : Justus Addiss.

1909 : le comptable Stepp est licencié par son patron Baldwin. Stepp pense d’abord à se suicider, en prenant un révolver dans son tiroir. Puis, il tue son patron. Il s’attend à être arrêté chez lui lorsqu’on s’étonne de son absence le lundi. Au bureau, Walter King, l’associé de Baldwin, écoute son récit et lui dit qu’il a eu une hallucination. Il le met en présence de Baldwin bien vivant !

Quel dommage que tant d’épisodes de cette série soient restés inédits. Celui-ci se présente comme une énigme digne de Gaston Leroux. Step est un vieil homme modeste, mal payé, et de plus renvoyé parce qu’il a perdu un papier.

On retrouve ici l’humour macabre des histoires abominables de Sir Alfred. Les trois comédiens principaux, John Qualen (Step), Sebastian Cabot (Baldwin) et Phillip Reed (Walter King) pourraient se suffire à eux seuls sans autres intervenants.

« Le crime ne paie pas » dit Hitchcock. Mais ici, il distille une sorte de morale montrant que les patrons qui traitent les employés comme du bétail ne l’emporteront pas au Paradis. Nathaniel Baldwin et Walter King sont de la même eau. Pour eux, il n’y a que le pouvoir et l’argent qui compte. Ils font peu cas du petit et vieil employé qu’ils pensent conduire au suicide.

Vers le milieu de l’épisode, le réalisateur révèle que Baldwin est vraiment mort, que Step l’a bien tué, mais cela ne servira pas de leçon à King. Ce dernier a engagé un comédien qui est le sosie du mort pour diriger la compagnie tout seul. Mais tant envers le faux Baldwin, un cabotin du nom de Davidson, à qui il donne 2000 dollars (une misère) qu’envers Step, il fait preuve du même mépris.

« A bullet for Baldwin » est somme toute une histoire très morale. La chute ne nous surprend pas tellement et l’on peut même dire qu’on la devine. Si le crime ne paie pas, traiter autrui avec cynisme et méchanceté non plus.

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15. THE BIG SWITCH
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Cornel Woolrich, adaptée par Richard Carr. Réalisation : Don Weis.

1920. Le gangster Sam Dunleavy vient de tuer deux hommes à Miami. Il revient à Chicago où un camarade de collège devenu policier, le lieutenant Al Ward, lui intime l’ordre de quitter la ville. Il sait que Sam va tuer son ex-petite amie Goldie qui est partie avec un autre. Pour duper le policier, Sam s’achète un alibi : il paie Barney,  le propriétaire d’une boîte de nuit pour lui servir d’alibi. Il sera censé jouer aux cartes avec lui pendant qu’il ira tuer Goldie.

Je n’ai pas aimé cet épisode, indigne du talent de Cornel Woolrich alias William Irish, auteur de « La Sirène du Mississipi ». Trop d’invraisemblances sont au rendez-vous, d’abord le camarade d’enfance devenu policier. La coïncidence est un peu grosse. De plus, s’il accepte de croire que Sam n’a pas bougé de la pièce alors que l’on entend uniquement Barney crier et hurler alors qu’il perd soit disant au jeu, il est vraiment  naïf.

Ce qui est censé être l’astuce, la fausse cabine téléphonique dans la boîte de nuit qui est un passage secret, est risible. La façon dont Goldie réussit à attendrir le gros nounours qui vient la tuer et échapper à la mort enlève tout suspense. L’édifice scénaristique était déjà tortueux. Là, il s’effondre. Quant à l’alibi payé par 2500 dollars, qui nous vaut de voir cabotiner le comédien qui joue Barney, George E. Stone, il est coûteux pour ce qu’il ne vaut pas.

Certes, il y a la chute inattendue traditionnelle. Et la morale sera sauve. Mais seule la comédienne Beverly Michaels en Goldie est convaincante. Les trois autres comédiens ne parviennent pas à nous entraîner dans leur ronde. Une déception.

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16. YOU GOT TO HAVE LUCK
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de S R Ross, adaptée par Eustace et Francis Cockrell. Réalisation : Robert Stevens.

Un prisonnier condamné à perpétuité dans un état qui n’applique pas la peine de mort vient de s’échapper d’un pénitencier. Il prend en otage chez elle une jeune femme dont l’époux est parti faire des courses.

Bien que John Cassavetes soit le principal interprète de cet épisode, nous restons sur notre faim, car il ne se passe pas grand-chose. Tout est dans le résumé cité plus haut. Sam Cobbett, l’homme qu’interprète l’acteur-réalisateur arrive chez Mary Schaffner (Marisa Pavan). Il a bien envie de la violer. Condamné à 496 ans de prison, privé de liberté depuis trois ans, il est en « manque ». Mais nous sommes en 1955 et la série Hitchcock ne va pas nous montrer un viol.  Cobbett veut des vêtements,  et pour ne pas être repris, que la femme l’accompagne pour prendre un bus. Tout au plus l’otage reçoit une gifle, après avoir tenté de se sauver.

Mais sinon, malgré un beau casting, le scénario brille par son absence. Nous nous ennuyons car il ne se passe rien. Cobbett a faim, il veut deux œufs, puis trois. Il n’y a plus de bacon. Les deux comédiens ne font qu’échanger des banalités. Bref, ce n’était pas la peine d’aller chercher Cassavetes pour ne rien lui donner à jouer. Un ratage sur toute la ligne.

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17. THE OLDER SISTER
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Lillian de la Torre (d’après un fait divers célèbre « Lizzie Borden »). Adaptation : Robert C Dennis. Réalisation : Robert Stevens.

En 1892, dans le Massachussets, Lizzie Borden est accusée du double meurtre à la hache de son père et de sa belle mère puis acquittée. Un an plus tard, une journaliste, Nell Cutts, tente de découvrir la vérité sur le crime en interrogeant la sœur cadette Emma, puis Lizzie.

A quoi bon insérer 39 épisodes par saison si c’est pour enchaîner des épisodes mineurs ? Ici, la série Hitchcock aborde un crime célèbre et tente de donner une solution à une affaire à jamais non élucidée. Mais la tonalité de l’épisode n’est pas au suspense. Ainsi en est-il de l’arme du crime, la hache. Il faut croire que les enquêteurs ont été bien peu sérieux. Elle est à peine cachée dans la cheminée. Nell Cutts, journaliste reporter horripilante, vient ennuyer Emma, la sœur cadette, qui était sur le point de prendre le train pour quitter cette maison et n’y plus revenir. Arrive Lizzie, d’abord inquiétante, avec des airs de Mrs Danvers. On donne ici un visage au coupable. Et ce dès la moitié de l’épisode : Emma, la sainte nitouche, dont le mobile aurait été de ne plus supporter la belle-mère qui empêchait les deux sœurs de vivre leur vie et de se marier, avec un père qui laissait faire.

Joan Lorring compose d’abord une Emma Borden bien sous tous rapports, puis une folle criminelle convaincante. Lizzie (Carmen Matthews), de vieille chouette épouvantail devient une grande sœur émouvante qui a protégé sa cadette envers et contre tout. Mais il n’y a pas de « chute » dans cet épisode, et l’on se demande bien pourquoi la fameuse règle de la série est ici enfreinte. Dominant par sa haute stature les deux sœurs, la journaliste (Polly Rowles) exerce ici une autorité totalement injustifiée. Elle s’érige en justicière et enquêtrice de façon totalement outrancière. A part le fait que le crime est célèbre, qu’est ce qui a pu pousser Joan Harrison et Sir Alfred à se passionner pour cette histoire au point d’en faire un épisode ? Plus que l’identité réelle du ou de la meurtrière, voilà le vrai mystère.

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18. SHOPPING FOR DEATH
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Ray Bradbury, réalisée par Robert Stevens.

Deux enquêteurs d’assurance à la retraite depuis trois mois, Clarence et Elmer, décident de sauver la vie d’une mégère.

Ray Bradbury (1920-2012) était un écrivain de science-fiction génial, mais ici son talent n’est pas mis à contribution. En effet, le format (25 minutes) ne permet pas de développer une histoire captivante. Nos deux enquêteurs à la retraite ont observé nombre de catastrophes qui auraient pu être évitées, selon eux dues à la chaleur, aux circonstances, aux tensions entre les gens. Ils décident de sauver malgré elle une potentielle victime, Mrs Shrike, qui admet avoir 45 ans mais en fait au bas mot dix de plus. Elle est insupportable avec son entourage (voisins, commerçants) au point que Clarence se fait un devoir de la sauver. Mais il se prend à son propre piège. Il faut avouer que jamais l’histoire n’est passionnante.  

On éprouve le plus grand mal à avoir quelque compassion pour la mégère, et Clarence qui se pose en donneur de leçons, n’est pas au-dessus du lot. Le meilleur moment ici ne se situe pas dans l’intrigue mais dans la présentation par Sir Alfred d’une porte qui grince. Un épisode mineur malgré la valeur de son scénariste.

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19. THE DERELICTS
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Terence Maples. Adaptation : Robert C Dennis. Réalisation : Robert Stevenson.

Alfred Sloane, milliardaire excentrique, vit comme un clochard et partage avec un certain Ralph Cowell les fruits d’une invention. Mais Herta, l’épouse de Cowell, dépense sans compter et le mari ne pouvant plus payer l’associé l’étrangle dans un parc. Le meurtre a un témoin, Peter Goodfellow.

On retrouve ici les canons de l’univers Hitchcockien. Meurtre, chantage, secret, blonde dépensière. Goodfellow est un chanteur qui a perdu sa voix, et vivait, comme Ralph Cowell, au-dessus de ses moyens. Il s’incruste au domicile de Cowell avec le nain Fenton, et ce à la grande répugnance d’Herta qui les prend pour des cousins peu recommandables de son mari. Très vite, c’est l’enfer pour le meurtrier, sa vénale épouse le quitte. Il se trouve pris dans une spirale infernale. Pour se sauver de cette situation, il lui faudrait retrouver le contrat signé avec Sloane et perdu sur les lieux du crime. Nous n’avons pas affaire ici à un assassin mais à un homme qui a fort mal choisi son épouse et a le tort de l’aimer.

Peggy Knudsen (1923-1980) incarne la blonde hitchcockienne perverse et fourbe, qui ne pense qu’au luxe et à l’argent. On regrette presque la courte durée tant cette histoire aurait mérité un développement sur un métrage plus long. Robert Newton en Goodfellow cabotine mais ce n’est jamais désagréable, face à la rigidité conformiste de Cowell incarné par Philip Reed. L’autre cabotin de service, Fenton, interprété par Johnny Silver nous fait un numéro de music-hall qui s’insère bien dans ce thriller. Une réussite. Notons qu’ici, en 1956, le mari fait savoir qu’il est « chez lui », l’épouse n’a aucun droit et bien entendu ne travaille pas. Cela reflète la société des années 50.

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20. AINSI MOURUT RIABOUCHINSKA
(AND SO DIED RIABOUCHINSKA)

Histoire de Ray Bradbury. Adaptation : Mel Dinelli. Réalisation : Robert Stevenson.

Un meurtre a lieu dans un théâtre où doit se produire le célèbre ventriloque Fabian. L’inspecteur Krovitch est rapidement surpris par l’étrange relation que l’artiste entretient avec sa marionnette, Riabouchinska.

Claude Rains (« L’homme invisible ») avait déjà été Sebastian dans « Les enchaînés » du maître. Ce n’est sans doute pas une coincidence si le patronyme de son personnage est ici Fabian. Face à lui, un Charles Bronson pas encore star mais prometteur, en policier. On oublie très vite l’intrigue policière pour entrer dans la danse maléfique qui entraîne le ventriloque Fabian et sa créature, qui n’est autre que la réplique en bois d’une femme qu’il a aimée. Nous assistons à un véritable duel entre le policier et l’artiste auquel se mêle la marionnette, car Fabian, complètement cinglé, se dédouble et fait parler de manière « autonome » Riabouchinska.

Nous sommes ici dans le summum en qualité des histoires que peut proposer la série. Une atmosphère malsaine et aux frontières du fantastique, les secrets du passé qui surgissent, la jalousie de la véritable Mme Fabian qui déclare que son mari paie à la marionnette des robes qu’elle n’a pas elle-même. Krovitch se montre subtil pour arracher la vérité, il entre dans le jeu de son adversaire. Voilà un opus qui porte la marque de la mise en scène d'Hitchcock, mais Robert Stevenson en pleine forme le remplace et nous donne le change. L’histoire de Ray Bradbury est absolument machiavélique. Un petit joyau que la France a eu la bonne idée d’acheter (à la différence de tant d’épisodes restés inédits). Les 25 minutes permettent de ne pas bâcler l’histoire. Rains et Bronson ne laissent aucune place aux autres comédiens qui passent au second plan, concentrant toute l’attention du téléspectateur sur leurs personnages.

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21. SAFE CONDUCT
INÉDIT EN FRANCE

Scénario d’ Andrew Solt. Réalisation : Justus Addis.

Pendant la guerre froide, entre la RDA et la RFA, un sportif est-allemand demande à une journaliste américaine avec laquelle il voyage en train de lui venir en aide.

Cet épisode doit être vu comme un témoignage de la paranoïa de Sir Alfred envers les communistes, décrits ici comme de véritables nazis, n’arrêtant pas de trahir, de tomber des masques, passant d’une seconde à l’autre du statut d’ami à ennemi mortel. Au lieu de développer une histoire d’espionnage, Solt a écrit ici un véritable pamphlet contre le rideau de fer. Claire Trevor en journaliste américaine Mary Prescott, et le français Jacques Bergerac en sportif est allemand gloire nationale, tantôt gentleman lover, tantôt délateur et « camarade » prêt à dénoncer père et mère forment un bien étrange couple. La mise en scène de Justus Addis ne fait pas dans la nuance, et nous dépeint le monde « libre » capitaliste tout rose, tandis que derrière le rideau c’est l’enfer.

 Il faut voir cet épisode comme un document, avec du recul, sous peine de trouver cette accumulation de trahisons grotesque. On ne sait plus très vite à qui se fier : au scientifique qui a découvert un vaccin contre la polio et propose d’ouvrir  ses recherches à l’Amérique, au joueur de foot Jan Gubak/Jacques Bergerac, tantôt résistant courageux, tantôt traître infâme, mais dans les deux cas vivant comme un misérable dans le régime politique de son pays. La chute ne nous rassure pas, tellement la série Hitchcock a brossé un portrait au vitriol de l’URSS à travers la RDA. Jacques Bergerac a fait carrière à Hollywood et jouait dans le pilote de « Match contre la vie » avec Ben Gazzara : « Un château dans la montagne ». Les douaniers sont tellement caricaturaux, pris entre le risque de déplaire au Président qui a apprécié la visite de Mary Prescott et la volonté de mettre en cage l’espionne américaine qu’ils supposent. Hitchcock nous suprend par la profonde malhonnêté de son propos car les Etats-Unis ne sont pas le paradis « monde libre » qu’il dépeint.

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22. PLACE OF SHADOWS
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Robert C Dennis, réalisée par Robert Stevens.

Le jeune Ray Clements a été ruiné par un certain Dave Rocco. Il a perdu son travail, sa petite amie et son père en est mort. Il se présente sous l’identité d’un certain Unser  dans un monastère où Rocco s’est réfugié pour le tuer.

Un monastère enneigé dans la nuit, voilà une ambiance digne du maître. Le père Vincent (Everett Sloane) doit convaincre un jeune homme de ne pas accomplir sa vengeance car en tuant, il se damnera. L’épisode est entièrement ancré dans le christianisme, la notion de pardon, le renoncement à la vengeance. En Ray Clements, Mark Damon est tout à fait convaincant : juvénile, hésitant, faussement sûr de lui malgré la promesse qu’il s’est faite de tuer l’homme responsable de la mort de son père, un voleur.

L’unique autre décor est la gare isolée et lugubre. Dans cet endroit hors du temps, les valeurs et lois des hommes ne semblent pas avoir cours. Ainsi, même les policiers dont un Claude Akins  trentenaire faisant déjà mûr, qui ont la force avec eux semblent hésiter lorsque le père Vincent capitule et les laisse fouiller l’endroit. L’apparition de Floyd Unser (Joe Downing) nous prend au dépourvu et change les cartes que le téléspectateur a en mains. La réalisation de Robert Stevens accentue la noirceur du climat et des lieux en faisant des gros plans sur les visages, sur Ray notamment, mais aussi en faisant baigner l’intrigue policière dans un climat religieux où la loi divine prime sur celle des hommes. L’histoire paraît quand même aujourd’hui un peu désuète, et le script n’est pas entièrement convaincant. On passe un moment agréable sans plus, et la chute n’est pas à la hauteur de l’ensemble.

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23. DE RETOUR À NOËL
(BACK FOR CHRISTMAS)

Histoire de John Collier. Adaptation : Francis Cockrell. Réalisation : Alfred Hitchcock.

Herbert Carpenter ne supporte plus sa vieille mégère d’épouse et a décidé de l’assassiner. Il pense être certain que son crime restera impuni puisqu’il va ensevelir le corps dans le cellier de leur maison.

Honnêtement, rien ne distingue cet épisode signé par le maître de tant d’autres, et il n’est pas particulièrement réussi. Je pensais lui mettre quatre étoiles, mais il faut attendre la 17e minute (sur 25) pour la première scène de suspense. On reconnaît la patte de Sir Alfred à quelques plans (l’eau qui coule soudain dans le lavabo, anticipant la scène de « Psychose »), mais l’histoire ne possède pas ce petit quelque chose en plus qui fait le chef d’œuvre. Le mari qu’incarne John Williams (« Le crime était presque parfait », « La main au collet ») divorcerait aujourd’hui, mais en 1956, cela n’était pas dans les mœurs. La mise en place de l’intrigue prend beaucoup trop de temps pour que la sauce puisse prendre.

Certes, la chute est vertigineuse, mais l’on attend plus d’Hitchcock, et plusieurs épisodes signés Robert Stevens valent cent fois ce « Back for Christmas ». L’atmosphère est très « Arsenic et vieilles dentelles », et Isobel Elsom en Hermione Carpenter défend bien son personnage. On est surtout surpris parce-que c’est Hitch qui réalise et que l’épisode n’est pas au-dessus du lot. Evidemment, la scène de suspense de la 17e minute, avec l’arrivée d’invités inattendus par le meurtrier est typiquement  réussie, mais vu l’auteur, c’était le moins que l’on puisse attendre. Bref, pour une œuvre du maître, c’est moyen.

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24. LE CRIME PARFAIT
(THE PERFECT MURDER)

Ne pas confondre avec l’épisode 03-03 qui porte en français et en anglais le même titre, mais est lui réalisé par Hitchcock.

Histoire de Stacey Aumonier. Adaptation : Victor Wolfson. Réalisation : Robert Stevens.

Depuis qu’ils savent qu’ils sont les seuls héritiers de leur tante Rosalie, les frères Tallendier ne pensent qu’à une chose : la tuer pour hériter. Mais comment faire sans être soupçonnés ? Le plus jeune, Paul, demande à son frère Henri de piler du verre qu’il mettra dans le soufflé que la vieille dame prend tous les deux jours.

J’ai noté plusieurs incohérences dans cet épisode. Tout d’abord, Henri  est bien trop vieux pour être le neveu de Rosalie. Ensuite, pourquoi sont-ils les légataires universels alors que la vieille dame a une fille ? (La bonne Ernestine la mentionne au sujet du mariage de ladite fille). Les deux comédiens, Hurd Hatfield (Paul) et Philip Coolidge (Henri) jouent des français, les Tallendier, mais tous les clichés sur notre pays, les plus éculés, sont dépeints ici avec un manque de naturel qui détonne. Sardou disait « deux trois cafés par habitant » et ici les français sont dépeints comme des alcooliques invétérés.

Ensuite, le procédé consistant à tuer la tante avec du verre pilé va forcément engendrer une autopsie qui les confondra. Bref, l’histoire de base est bancale. L’épisode mériterait une étoile si ce n’était la savoureuse chute que je me garderai de révéler. A elle seule, elle rehausse le niveau de l’épisode. Il ne faut pas attendre beaucoup de suspense de cette histoire, mais une bonne dose d’humour. Mildred Natwick en tante Rosalie est savoureuse de drôlerie. Néanmoins, quand tant d’épisodes sont restés inédits chez nous, on peut s’interroger sur le choix de cet achat un peu surprenant.

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25. LA VIEILLE
(THERE WAS AN OLD WOMAN)

Histoire de Jerry et Harold Hackady. Adaptation : Marian Cockrell. Réalisation : Robert Stevenson.

Un couple de voleurs entend par hasard qu’une vieille dame accumule les décès dans son entourage et va se retrouver seule, alors qu’elle possède une fortune chez elle. Ils décident de s’inviter pour la dépouiller.

Cet épisode a certainement été acheté par la France en raison de la présence de Charles Bronson. J’avoue avoir eu beaucoup de mal à supporter ces vingt cinq minutes. Aucun suspense ici mais une comédie noire. La vieille dame, Monica Laughton (Estelle Winwood) est complètement folle. Frank et Laura Bramwell (Charles Bronson et Norma Crane) vont vite s’apercevoir que tout le monde est mort chez Monica, mais qu’elle continue de parler à des chaises vides. Croyant qu’elle a perdu la raison, le couple pense pouvoir la détrousser facilement. Mais ils ne trouvent rien, et commencent à dépérir car il n’y a rien à manger dans cette grande demeure vide.

Très vite, l’épisode tourne à la farce. Malgré leurs efforts, Bronson et Norma Crane ont l’air grotesque, et au lieu de constituer une menace pour Monica, elle les fait devenir chèvre. Le téléspectateur se demande sans arrêt si la vieille dame joue ou assume la folie. Le fait d’avoir pris les Bramwell pour des cousins éloignés alors que le couple cherchait un hôtel constitue une sorte d’assurance vie pour la dame. On est vraiment perplexe de voir que deux auteurs se sont mis à échafauder une intrigue aussi mince, et même les fans les plus acharnés de Bronson s’ennuieront.

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26. WHODUNIT ?
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de C B Gilford . Adaptation : Francis et Marian Cockrell. Réalisation : Francis Cockrell.

Auteur de 75 romans de mystère et d’énigme, Alexander Arlington meurt et arrive au paradis. Il apprend d’un alter ego de Saint Pierre, Wilfrid, qu’il a été assassiné. Indigné, l’écrivain veut savoir qui l’a tué et Wilfrid lui donne la permission de revivre, sur Terre, sa dernière journée.

Le début ressemble… à la fin du « Casino Royale » avec David Niven, où ici, ce cher John Williams se retrouve au milieu d’un paradis d’images d’Epinal avec anges et harpes. Il découvrira d’ailleurs que « Saint Pierre » Wilfrid (savoureux Alan Napier) peut lui téléphoner de « là haut » une fois qu’il est redevenu vivant. Tout d’abord, Arlington licencie son adjoint Talbot (Philip Coolidge) qui était devenu son nègre et avait écrit ses quatre derniers romans, dont le dernier a été refusé par l’éditeur. Puis, il pense que c’est son neveu, qui attend l’héritage, qui l’a tué et le déshérite. Il surprend alors sa femme Carol (Amanda Blake) dans les bras d’un amant, Benson (Jerry Paris). A chaque fois, Arlington pense avoir trouvé celui qui avait un mobile pour le tuer.

On se demande d’ailleurs pourquoi l’héritier est le neveu et non l’épouse ? La télévision française n’a acheté que dix sur les trente neuf épisodes de cette première saison et l’on se pose la question : le choix ne s’est pas fait au petit bonheur la chance ? Il faut avouer que l’on a plus envie de rire, en raison du talent de John Williams, que de frissonner de peur. Si on prend « Whodunit » comme une comédie, on s’amuse vraiment. Mais c’est au détriment du suspense. L’écrivain décide de réunir les quatre meurtriers potentiels : sa femme, l’amant, le neveu, son collaborateur écrivain. Il n’est pas fréquent pour une victime d’être confrontée post mortem à son meurtrier ! John Williams nous fait un délicieux numéro de comédien que l’on applaudit. Le final entre « Saint Pierre » Wilfrid et Arlington, et les commentaires d’Hitch, que je me garderai de révéler, nous confortent que nous sommes ici dans un univers d’humour typiquement british façon « Noblesse oblige ». A défaut d’avoir peur, on rit un bon coup !

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27. HELP WANTED
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de Stanley Ellin. Adaptation : Mary Orr, Reginald Denham, Robert C. Dennis. Réalisation : James Neilson.

Un pauvre diable, Mr Crabtree, a été licencié à 52 ans et ne peut soigner sa femme invalide qui nécessite une intervention chirurgicale. Un jour, il reçoit l’acceptation d’un de ses CV auprès d’un employeur bizarre qui lui fait faire des rapports sans jamais le rencontrer. Crabtree ignore que son employeur attend de lui qu’il commette un meurtre.

Voilà une histoire absolument « abominable » telle qu’on l’espère en regardant « Alfred Hitchcock présente ». Notre héros (si l’on peut dire) qu’incarne John Qualen travaille pour 100 dollars la semaine dans ce que l’on appellerait aujourd’hui un emploi fictif. Il ne connaît pas l’identité de son patron, tout juste a-t-il vu sa secrétaire, la sinistre Miss Brown. Un jour, l’homme qui l’emploie, qu’incarne un Lorne Greene inquiétant, lui met le marché en main : il doit tuer le maître chanteur, premier mari de son épouse que le couple croyait mort. Que ce soit au téléphone, de dos, ou lorsqu’il fait face au pauvre Crabtree, Lorne Greene est absolument sinistre et diabolique. Cet épisode nous endort pour mieux nous faire sauter de notre fauteuil. Bien évidemment, la chute va être digne du maitre du suspense. Elle dépassera même en horreur tout ce que l’on peut attendre.

Illustration d’un pays où la sécurité sociale n’existe pas, et où un employé ne peut apporter les soins indispensables à son épouse, James Neilson nous montre que par nécessité, n’importe qui peut être acculé à commettre un meurtre. On se demande en voyant cet opus pourquoi Hitchcock ne nous a pas livré 39 histoires de cet acabit pour cette saison. La tension monte progressivement, alors que l’état de santé de l’épouse, Laura Crabtree (Madge Kennedy) s’améliore depuis qu’elle peut voir un médecin. Comment l’employé pourrait-il revenir en arrière et repousser l’offre de son patron ?

C’est admirablement joué. John Qualen provoque une identification du téléspectateur à cet individu lambda, tandis que l’on s’attendrit sur le sort de l’épouse jouée par Madge Kennedy. Le réalisateur distille savamment les apparitions des deux comédiens qui prouvent que Crabtree a vraiment un employeur, un Lorne Greene démoniaque de talent et une Ruth Swanson énigmatique en pseudo secrétaire.

Bref, après un épisode plutôt comique, cette histoire sinistre aux limites du fantastique vient nous surprendre et nous rappeler que la série traite avant tout d’histoires macabres et d’humour noir. Notons, à propos d’humour, que Mr X/Lorne Greene souligne plusieurs fois qu’il n’en a aucun. On veut bien le croire lorsque l’on voit de quoi il est capable. C’est le genre de programme à ne pas regarder avant d’aller se coucher, ou bien à le faire ensuite toutes lumières allumées et les serrures soigneusement fermées. Qui sait si Monsieur X ne va pas sortir du petit écran venir semer la terreur chez vous ?

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28. PORTRAIT OF JOCELYN
INÉDIT EN FRANCE



Histoire d’Edgar Marvin. Adaptation : Harold Swanton. Réalisation : Robert Stevens.

Pour leur premier anniversaire de Mariage, Mark Halliday a fait faire un portrait de sa femme Debbie. Celle-ci est horrifiée en guise de joie : le portrait est celui de la première femme de Mark, Jocelyn, disparue depuis cinq ans, présumée morte et dont il a obtenu le divorce. Pour le couple, le cauchemar commence : le portrait de Debbie a été interverti avec celui de la femme d’un certain Clymer. Or celle-ci serait… Jocelyn.

Fortement inspiré de « Rebecca », cette histoire tout aussi diabolique que l’épisode précédent « Help wanted » montre l’intrusion d’une morte dans la vie d’un couple. Jocelyn, femme volage, a mystérieusement disparu il y a cinq ans. Mark a été autorisé à se remarier. Mais il le regrette en découvrant que la première épouse qu’il eut est peut être toujours vivante. Le secret semble détenu par le sculpteur et peintre Arthur Clymer, qui a habité là où vivait le couple. Clymer a fait un buste de Jocelyn. Le portrait qu’il a fait semble montrer que depuis cinq ans, la femme ne serait pas morte mais a vieilli. Peu à peu, la terreur s’installe et Mark sait qu’il va trouver au bout du voyage une vérité à laquelle il aimerait échapper.

Episode qui se distingue par une absence d’humour totale au profit d’une tension qui rappelle « Rebecca » et annonce « Vertigo ». On plaint davantage Debbie (Nancy Gates), la seconde Mrs Halliday, que son mari. Elle ne mérite pas l’avalanche de malheurs qui s’amoncèlent sur elle. Robert Stevens tisse une toile d’araignée autour de Mark, qui finit par décider de savoir coûte que coûte la vérité. Clymer multiplie les indélicatesses qui rappellent Jocelyn. A la différence de « Rebecca », Debbie est solide et pour tout dire aussi belle que sa (défunte ?) rivale. Ce n’est pas une créature frêle qu’une Madame Danvers pourrait manipuler. Le faible ici, c’est Mark, le mari.

Les 25 minutes ne nous laissent pas souffler jusqu’à la révélation finale qui nous assomme. Développé sous forme de long métrage de deux heures au cinéma, « Portrait of Jocelyn » aurait fait un excellent film de Sir Alfred. L’histoire d’Edgar Marvin est fascinante et bouleversante, et aurait sans doute permis d’être exploitée sur une durée plus longue. Lorsque Sir Alfred vient nous sortir du labyrinthe au bout de 25 minutes, on a beaucoup de mal à émerger de ce véritable cauchemar qui nous a tenu en haleine. Une grande réussite.

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29. THE ORDERLY WORLD OF MR APPLEBY
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de Stanley Ellin. Adaptation : Victor Wolfson et Robert C.Dennis. Réalisation : James Neilson.

L’antiquaire Laurence Appleby aime tellement les objets qu’il vend qu’il refuse de les céder, ce qui crée vite un problème avec son fournisseur, le turc Dizar (ou du moins son fils) qui menace de faire vendre la boutique. Comme l’épouse d’Appleby refuse de l’aider, il provoque un accident en tirant un tapis et en provoquant une chute mortelle se sa femme qui lui permet de toucher son assurance vie.

Autant les deux précédents épisodes m’ont emballé, autant celui là m’a laissé une impression mitigée. Tout d’abord, le remariage d’Appleby avec la riche Martha Sturgis est improbable. Même en 1956, le mariage impliquait des sentiments et une sexualité. Or, on imagine mal ce maniaque et coincé Appleby autrement qu’avec sa mégère qu’il a dû aimer jadis. Au premier abord, Mlle Sturgis a de faux airs d’Ingrid Bergman. Meg Mundy (1915-) l’incarne et en la regardant mieux fait vieille fille un peu attardée, sous tutelle d’un certain Gainsborough. Martha Sturgis fait tomber un objet d’une valeur de 1000 dollars qu’elle brise accidentellement en visitant la boutique. Appleby est au bord de l’apoplexie. Mais le fils Dizar, le fournisseur, en la voyant payer recta avec chèque 1000 dollars (chèque qu’il prend au passage puisque l’antiquaire est son débiteur), suggère à ce dernier de courtiser Martha.

Très vite, Appleby revient vite à sa passion des antiquités et après avoir épousé Martha ne pense qu’à son argent. C’est peut-être la conception du mariage qu’avait Sir Alfred, impuissant, mais cette union n’est pas crédible. On a du mal à prendre au sérieux la suite de cet épisode ennuyeux qui arrive tout juste à deux étoiles pour la savoureuse chute (si l’on peut dire, elle est au propre comme au figuré).

Bref, un épisode très moyen.

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30. NEVER AGAIN
INÉDIT EN FRANCE



Histoire d’Adela Rogers St John. Adaptation : Gwen Bani, Irwin Gieguld, Stirling Silliphant. Réalisation : Robert Stevens.

Une femme alcoolique, Karen Stewart, en sevrage, se demande ce qu’elle fait sur un lit d’hôpital avec des bandages au bras et à la main droits, et aucun souvenir de ce qu’elle a fait la veille.

Cet épisode est étonnamment moderne, notamment par les scènes de baisers sur la bouche entre Karen (Phyllis Thaxter) et son amant le publicitaire Jeff Simmons (Warren Stevens).  Il nous fait d’autre part davantage penser à « La quatrième dimension » qu’à la série Hitchcock. Par sa construction, il préfigure en effet l’épisode 02-06  « L’œil de l’admirateur » de l’anthologie de Rod Serling. Cependant, la comparaison s’arrête là car nous restons dans le policier/suspense sans jamais aborder les terres du fantastique.

Jeff est un publicitaire, et il n’arrête pas de fréquenter les « party » où l’alcool coule à flot. On comprend mal par contre qu’il semble préférer la compagnie de Renee, qui fait plus âgée et qui surtout est bien moins jolie et séduisante que Karen. Seulement, le frère de Renee vient sans savoir à qui il parle expliquer à Karen que Jeff est malheureux en amour, vivant avec une alcoolique.

On s’éloigne ici des histoires vieillottes et désuètes de Sir Alfred pour quelque chose de plus trash : Karen et  Jeff sont amants et s’exposent à la société bien pensante de 1956 qui ne voit alors que par le mariage. Cet aspect là prend le pas sur l’angoisse de la femme clouée sans mémoire dans un lit, ce qui empêche l’épisode d’atteindre la réussite totale. Nous sommes trop dans les mondanités et pas assez dans le monde claustrophobe de l’hôpital. Notons que les interventions de Sir Alfred sont abrégées pour laisser plus de temps à l’histoire (il n’y a quasiment pas de conclusion par le maître). On regrette un peu que le pas ne soit pas fait jusqu’au bout, puisque l’opus semblait trancher avec le reste de la saison, et que la jalousie et l’adultère (même si le couple n’est pas marié) soit davantage mis en lumière que l’aspect angoisse.

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31. THE GENTLEMAN FROM AMERICA
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de Michael Arlen. Adaptation : Francis Cockrell. Réalisation : Robert Stevens.

Mai 1940 à Londres. Sir Stephen Hurstwood, qui possède un « manoir hanté », met au défi un américain fortuné, Latimer, de passer une nuit pour 1000 livres dans une chambre où se manifeste le fantôme familial. D’abord amusé et réticent car incrédule, Latimer accepte le défi.

Cet épisode est un véritable choc dans la saison 1. Nous avons droit à tout l’attirail des films de fantômes ici, mais se prenant très au sérieux. On passe donc dans le fantastique et le petit film d’horreur. Ce qui pour le téléspectateur des années 90 avec « Les contes de la crypte » semble banal provoquait la terreur en 1956. Si le prologue est savamment amené, la nuit dans le manoir devient le « Evil dead » de son époque. Il y a d’abord le récit horrifique familial dans un livre relié qui met notre cobaye, Latimer, en condition. Puis, car ce n’est pas le spoiler, l’apparition du fantôme. Latimer n’a droit qu’à une chandelle et à un pistolet chargé. S’il fuit, il perd les 1000 livres, alors il a bien l’intention de se battre bec et ongles pour rester, que la chose soit un artifice pour touriste ou venu de l’enfer.

Bill Mc Guire (1926-) en Howard Latimer est parfaitement convaincant. Il est l’homme incrédule et matérialiste prêt à se mesurer avec le surnaturel. Face à lui, Sir Stephen (Ralph Clanton) et son compère Derek (John Irving) ont l’air de deux comploteurs prêts à plumer le riche américain venu en pleine « drôle de guerre ». La première partie de l’épisode va crescendo jusqu’à la nuit dans la chambre hantée. Puis l’épisode reprend en 1945, mais là nous n’en dévoilerons pas plus.

L’épisode en donne pour son argent au téléspectateur : 25 minutes de trouille totale. On s’écarte complètement d’une grande partie de cette saison 1 avec l’incursion dans le fantastique pur. La caméra porte sur le fantôme de Hurstwood un regard qui n’a rien des farces habituelles sur les esprits des châteaux anglais ou écossais. On est plus proche ici de l’horreur. Ce type d’opus sera rare dans l’anthologie qui préférera les suspenses policiers au fantastique. Alors, il faut absolument profiter de l’occasion et ne pas bouder notre plaisir. Quatre étoiles évidemment. Après, il est difficile d’en dire trop de peur de dévoiler le spoiler.

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32. THE BABY SITTER
INÉDIT EN FRANCE



Histoire d’Emily Neff. Adaptation : Sarett Rudley. Réalisation : Robert Stevens.

Une certaine Clara Nash est assassinée. Elle était la maîtresse d’un gangster, Mr De Mario. L’époux, Nash, intéresse une vieille femme, Lottie, témoin la plus proche de l’assassinat, et qui a des vues sur le veuf.

Mon Dieu ! Qui a pu avoir l’idée de pondre cet épisode ? L’actrice qui joue Lottie Slocum, Thelma Ritter, avait 54 ans en 1956 mais en faisait 20 de plus. Elle est aussi crédible en baby sitter que Jean Claude Van Damme jouant le pape. Notons que pour la première fois, Alfred Hitchcock n’intervient qu’à la fin, ce qui rallonge le film, donc notre supplice.

Tout tourne autour de cette femme fanée qui croit qu’elle peut encore plaire, habillée comme une concierge du début du XXe siècle. Les autres personnages ne sont qu’esquissés, car le veuf par exemple est vu par le prisme idéalisé qu’en fait Lottie. Le summum du ridicule est atteint lorsque le policier semble soupçonner Lottie du meurtre. Au milieu d’un monde de femmes, il n’y a que trois représentants du sexe masculin : le policier (Ray Teal), le veuf sans prénom, Mr Nash (Theodore Newton) et le gangster italien De Mario, qu’interprète Michael Ansara (lors de sa première apparition, le temps d’un éclair, on croit voir Christopher Lee !). Ansara jouait le fils turc Dizar dans  «  The Orderly world of Mr Appleby », ici il compose un mafioso assez menaçant. Les autres sont la fille de la baby sitter et des voisines et amies, commères, qui organisent un bavardage assez insupportable pour le téléspectateur.

Bref, c’est un épisode difficile à supporter jusqu’au bout. On croit s’être trompé de série. Il sera difficile de faire pire mais la série compte sept saisons et 268 épisodes, alors qui sait ?

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33. LE CLOCHER
(THE BELFRY)



Histoire d’Allan Vaughan Elston. Adaptation : Robert C. Dennis. Réalisation : Herschel Daugherty.

Clint, un simple d’esprit, est amoureux de l’institutrice Ellie Marsh et la demande en mariage. Quand elle lui annonce qu’elle va se marier avec un autre nommé Walt Norton, il tue ce dernier d’un coup de hache et se réfugie dans le clocher.

On peut supposer que la présence de la fille de Sir Alfred, Pat, en institutrice a provoqué l’achat de cet épisode pas terrible par la France. Jack Mullaney en tueur simplet n’est pas bien effrayant, et la chasse à l’homme ne distille que peu de suspense.

On s’ennuie ferme, avec cet assassin qui entend des voix, et reste coincé tout l’épisode dans son clocher. En dehors du comédien qui incarne le shérif,  Dabbs Greer (« Les envahisseurs : l’expérience », « La petite maison dans la prairie »), la distribution n’est pas brillante. Moins pire que  « The baby sitter », voilà un opus sitôt vu sitôt oublié. On s’étonne de quelques incohérences : Clint écrit « Ella Maroh » au lieu de Ellie Marsh au tableau noir avec une craie. On ne saura jamais pourquoi.

De plus, durant trois journées, Clint reste dans son clocher au mépris de toute crédibilité. Il ne mange pas, ne boit pas, n’urine pas, mais cela ne lui pose pas de problèmes. J’ai trouvé que Patricia Hitchcock jouait assez mal. Notons que l’on comprend que les encarts publicitaires ont lieu entre les deux discours finaux du maître. Avec tant d’autres bons épisodes inédits, voilà un opus que l’on aurait pu laisser outre Atlantique à son relatif anonymat.

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34. THE HIDDEN THING
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de A J Russell. Adaptation : James Cavanagh. Réalisation : Robert Stevens.

La nuit, dans une voiture. Dana Edwards embrasse avec fougue Laura, qu’il va épouser dans deux jours. La belle se morfond de devoir attendre, voudrait devenir sa femme le soir même. Ils vont manger un hamburger, mais elle a oublié son sac et ne veut le laisser dans la voiture. Elle est alors écrasée par un chauffard qui prend la fuite.

Episode très en avance sur son époque. Le couple dans la voiture est sur le point de faire l’amour. En 1956, dans l’Amérique puritaine, la série Hitchcock se montre réellement audacieuse.  Judith Ames et Biff Mc Guire (quel drôle de prénom pour l’acteur) ne semblent pas simuler les baisers passionnés. Arrive le drame et Dana se réfugie dans le silence, ne voulant parler à personne, laissant sa veuve de mère éconduire le lieutenant  Shea (Theodore Newton) qui est persuadé que Dana peut se rappeler la plaque minéralogique de la voiture du chauffard.

L’épisode alterne les souvenirs en flash back de ces amants en voiture et la réalité de la mort. C’est alors qu’un curieux petit bonhomme, (Robert H Harris), soit disant ex enseignant qui a perdu son fils écrasé par un chauffard, réussit à approcher notre pauvre héros, et à le persuader à se livrer à une expérience d’hypnose, « Total recall », c'est-à-dire de revivre les derniers jours jusqu’au moment où il a vu la plaque d’immatriculation du chauffard.

Dans un premier temps, on croit être en présence d’un remake de « L’inconnu du Nord Express » : vont-ils s’échanger leurs alibis et faire justice eux-mêmes ? Eh non, l’homme veut juste  faire une expérience d’hypnose. Cet opus n’arrête pas de nous surprendre, puisque nous revivons les baisers passionnés dans le cadre de l’hypnose. Eros et Thanatos se fondent en un récit assez tortueux, jusqu’à ce que la mère (Katherine Warren) et le lieutenant Shea se posent des questions sur les vraies motivations de l’ex-professeur.

Le format 25 minutes est trop court pour cette intrigue passionnante. On aurait aimé que cinquante minutes soient consacrées au développement du récit. Robert H Harris est un comédien brillant qui nous intrigue très vite, rappelant Clément Harari (l’abominable docteur Dutreuil dans « L’homme sans visage » et « Nuits rouges » de Georges Franju). Le metteur en scène Robert Stevens joue avec nos nerfs et nous entraîne très loin de l’endroit où nous pensons aller. Bien sûr, nous ne dévoilerons pas la chute qui est vertigineuse. Mention spéciale à la belle Judith Ames, qui a continué sa carrière sous le nom de Rachel Ames.

Un excellent épisode.

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35. THE LEGACY
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de Gina Kaus. Adaptation : Gina Kaus, Andrew Solt. Réalisation : James Neilson.

Un prince play boy, Burhan, s’entiche à Palm Beach d’une femme mariée ordinaire et assez laide, Irene Cole. Comme il n’arrive pas à la séduire, il se suicide. Mais le prince, complètement ruiné, avait peut être des intentions moins louables en voulant faire divorcer Irene, qui est à la tête d’une petite fortune.

On se demande bien qui a pu suggérer aux producteurs cette nouvelle complètement idiote, et vraiment hors sujet par rapport à l’anthologie à suspense. Jacques Bergerac incarne avec un accent français à couper au couteau le play boy européen d’opérette. Leora Dana en Irene évoque la femme pas très jolie qui n’a jamais trop eu l’habitude de flatteries.  Un autre personnage, un écrivain, Randy Burnside (Ralph Clanton) devient rapidement le fil conducteur au milieu des commères de Palm Beach. C’est lui qui sert à expliquer l’intrigue au téléspectateur. On évoque plusieurs fois et Sir Alfred le premier une histoire freudienne. Irene serait en quelque sorte une « mère » pour le prince, en même temps qu’une maîtresse.

A la mesure de Cecilia (Enid Markey) , la commère en chef à la table des festivités, qui ne cesse de caqueter, l’épisode nous fait penser à un soap opera. On songe à une histoire faite à la va vite pour compléter la saison. Il n’y a évidement pas le moindre suspense, et on est totalement médusés par le côté saugrenu de l’histoire. Si Irene n’était pas mariée et plus âgée que le prince, le cadre ferait penser à « Rebecca ». A l’image d’un Alfred Hitchcock parlant au téléspectateur empêtré dans une toile d’araignée géante, cet épisode démontre que les producteurs se sont pris les pieds dans le tapis par un choix hâtif pour une intrigue non aboutie. Un désastre !

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36. MINK
INÉDIT EN FRANCE



Scénario original : Irwin Gieguld, Gwen Bagni. Réalisation : Robert Stevenson.

Du jour au lendemain, la vie d’une honnête femme, Paula Hudson, devient un cauchemar. Elle porte un vison qu’elle a acheté à une modèle via sa coiffeuse. Il s’avère que c’est un vison volé, et l’inspecteur Delaney s’acharne sur elle. Le modèle et la coiffeuse démentent sa version et elle se retrouve accusée de vol !

Superbe épisode, qui à sa mesure nous plonge dans une atmosphère digne de Richard Kimble « le fugitif » et du lieutenant Gerard. Paula n’a jamais eu d’histoires de sa vie, même pas un PV. Et la voilà conduite au commissariat de police. Le piège se referme et l’angoisse monte comme seul Hitchcock, ici à travers sa série, peut nous le faire éprouver. Tout un chacun pouvons un jour être accusé de recel en faisant un achat en liquide, une « bonne affaire ». Paula est d’autant plus angoissée que son mari est en voyage d’affaires près de Las Vegas, à Henderson. Tout le monde se ligue contre elle, de la police aveugle au témoins récalcitrants voire accablants. Le téléspectateur s’identifie très bien à Paula. Le canevas peut être repris à l’infini (un quidam pris pour un agent secret dans « La mort aux trousses »). Le prodige de cet épisode est de constituer le cauchemar en seulement 25 minutes, avec son apothéose, et évidemment une chute que l’on ne révèlera pas.

Deux comédiens fabuleux s’affrontent : Ruth Hussey (1911-2005), surtout connue pour « Indiscrétions » de George Cukor, est la femme accusée, tandis que Vinton Hayworth (1906-1970) moins connu (il a joué dans la série « Jeannie de mes rêves ») en policier obtus. Les comparses autour de ce tandem ressemblent aux visages d’une série de cauchemar comme « Les envahisseurs » ou « Le fugitif ». La mise en scène de Robert Stevenson est calibrée au millimètre pour nous plonger dans l’angoisse pure. Un épisode qui est un véritable joyau dans une série inégale. « Mink » évidemment veut dire vison en anglais.

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37. THE DECOY 
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de Richard George Pedicini. Adaptation : Bernard C. Schoenfeld. Réalisation : Arnold Laven.

Decoy signifie « Leurre ».

Gil Larkin est un musicien qui fait les arrangements de la chanteuse Mona Cameron. Depuis des années, il est amoureux d’elle, mais elle est mariée à un riche producteur. Mona révèle qu’elle est malheureuse, que son mari la bat. Larkin se rend chez le mari, Ben Cameron et veut lui parler, mais quelqu’un l’a suivi, l’assomme, et tue Cameron, laissant le pistolet dans les mains de Larkin. Cameron était au téléphone avec un mystérieux interlocuteur que Larkin se fait un devoir de retrouver

Comme l’épisode précédent, nous avons un accusé innocent, cette-fois de meurtre. Mais autant « Mink » provoquait notre adhésion totale, autant « Decoy » nous laisse de marbre. L’épisode atteint tout juste les deux étoiles. Larkin est trop poli pour être coupable. Il ne perd d’ailleurs pas son sang froid et interroge les personnes qui auraient pu être en communication téléphonique avec Cameron lorsqu’un certain Ritchie a tué l’homme. Ce n’est pas un comportement très crédible pour un faux coupable en fuite. Ecrit à la va-vite, cette histoire ne parvient jamais à nous passionner tant les personnages sont caricaturaux. Prenons l’animateur radio (en vo disc jockey !) Dave Packard  qui est carrément hystérique, joué par un Jack Mullaney survolté qui semble pressé de prendre le train ! Cara Williams en Mona manque de chaleur et on a bien du mal à croire qu’elle répond à l’amour de Larkin. Ce dernier, interprété par un Robert Horton trop maître de lui, ne provoque pas la sympathie du téléspectateur. Il se conduit en héros et non en fugitif.

Le comédien qui s’en tire le mieux est Philip Coolidge en lieutenant Brandt, qui a un aspect assez sinistre. Episode rempli de faux semblants, avec le couple de japonais engagé par Ben Cameron qui ne sera d’aucune aide pour Larkin, nous saisissons vite que l’épilogue va arriver de façon trop abrupte sans nous réserver la finesse de la chute qui fait le charme de tant d’épisodes de cette série. Un épisode assez raté, mais qui vaut quand même le visionnage.

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38. THE CREEPER
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Joseph Ruscoll. Adaptation : James Cavanagh. Réalisation : Herschel Daugherty.

« The creeper » est le Jack L’éventreur de New York en 1956. Les femmes sont terrifiées. Ellen Grant terrifiée sent qu’elle va être la prochaine victime. Ce n’est certes pas son mari, plutôt rude, ni la concierge, aimable comme une porte de prison, qui vont la rassurer.

Alors que l’on approche de la fin de la saison 1, voilà un excellent opus qui relève un niveau parfois inégal. Les suspects sont légion : il y a la concierge, Martha (Reta Shaw), qui se vante que le creeper est peut être une femme qui se venge des épouses infidèles. Le jardinier, George (Percy Helton) empressé de rentrer dans les appartements des femmes seules, mais aussi le meilleur ami du mari, Ed (Harry Townes) – il faut dire que l’héroïne, Ellen (Constance Ford) a eu une liaison avec lui – n’oublions pas le cordonnier (Alfred Linder) qui inspire la terreur aux femmes. Le mari, Steve Grant (Steve Brodie, dont les traits rappellent parfois le chanteur Bruce Springsteen) n’est pas du genre rassurant. Non seulement il travaille la nuit, mais au lieu de rentrer chez lui rapidement va boire une bière et en offrir à son ami Ed.

Le début de l’épisode rappelle ce que sera plus tard « Frenzy », film pourtant palot du maître. Il est question des deux jeunes femmes victimes du tueur en série, qui fait la une des journaux. Ellen symbolise la peur de toutes ces victimes potentielles. Il fait chaud, on est tenté d’ouvrir les fenêtres. L’épisode est savamment étouffant. L’angoisse monte jusqu’à la révélation finale, et le maître incite les téléspectateurs (précurseur de l’interactivité !) à écrire pour dire s’ils ont aimé l’épisode et veulent une suite ! Constance Ford (1923-1993) joue avec un talent éblouissant la femme apeurée sans jamais en faire trop et tomber dans l’hystérie. En dehors du mari colérique, les autres personnages sont joués par des comédiens qui tous rendent crédible le danger de leur personnage. On regrettera qu’en 39 épisodes, il y ait eu autant de scories, et que les bons épisodes ne soient pas systématiques.

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39. LA FOIRE D'EMPOIGNE
(MOMENTUM)

 

Histoire de Cornell Woolrich. Adaptation : Francis Cockrell. Réalisation : Robert Stevens.

Burroughs, le patron d’un certain Richard Paine, lui doit son salaire : 450 dollars, mais est réticent pour le payer. Paine, qui est marié à la ravissante Beth, décide d’aller le voir et s’aperçoit que l’homme possède une cagnotte qu’il range dans une boîte en fer. Aussi tente-t-il de récupérer son dû. Mais l’homme le surprend et appelle la police : Paine le tue.

Episode écrit par le grand Cornell Woolrich, plus connu sous le pseudonyme de William Irish (« La sirène du Mississipi », « La mariée était en noir »). On peut supposer que la France l’a acheté en raison de la présence, dans le rôle de Beth, de Mrs Paul Newman, Joanne  Woodward.

Nous avons droit à un épisode typiquement Amérique des années 50, avec les voitures de l’époque, la mode, l’épouse douce et docile, les conflits qui se règlent vite à coups de révolver sans réfléchir aux conséquences. La grande gare routière qui doit servir de point de ralliement entre le couple héros a été maintes fois illustrée dans la série « Le Fugitif ». Le noir et blanc est parfaitement adapté à l’épisode,  et rappelle beaucoup les films à suspense du maître, en particulier lors de la scène où Paine espionne son patron.

Composé de nombreux quiproquos tragiques, l’épisode distille un suspense constant, mais une intrigue parfois un peu trop compliquée l’empêche d’atteindre la perfection. Skip Homeier en personnage principal masculin looser est parfait. Il incarne un homme pris dans un piège infernal. On notera qu’en 1956, 450 dollars représentait une petite fortune. Les scènes avec les bookmakers et le bar font perdre un peu d’intensité à l’histoire, mais c’est tout même une excellente histoire qui conclut cette saison 1. Quant à Joanne Woodward jeune, elle est à croquer, et l’on se damnerait pour elle. Par comparaison, les autres comédiens sont plus effacés et ne retiennent pas vraiment l’attention.

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Images capturées par Patrick Sansano.