Saison 7Saison 1

Alfred Hitchcock Présente

Saison 2

20. Malice Domestic – Inédit en France

21. Number Twenty-Two – Inédit en France

22. The End of Indian Summer – Inédit en France

23. One for the Road – Inédit en France

24. The Cream of the Jest – Inédit en France

25-26-27. I Killed the Count – Inédit en France

28. Incident de parcours (One More Mile to Go)

29. Cercle vicieux (Vicious Circle)

30. The Three Dreams of Mr Findlater – Inédit en France

31. The Night the World Ended – Inédit en France

32. The Hands of Mr Ottermole – Inédit en France

33. A Man Greatly Beloved– Inédit en France

34. Martha Mason, Movie Star– Inédit en France

35. The West Warlock Time Capsule – Inédit en France

36. Father and Son – Inédit en France

37. The Indestructable Mr. Weems – Inédit en France

38. A Little Sleep – Inédit en France

39. The Dangerous People – Inédit en France



1. JOUR DE PLUIE
(WET SATURDAY)



A partir de cet épisode, la pause publicitaire a lieu vers la 11e minute de métrage, au lieu de couper en deux l’épilogue fait par le maître.

Histoire de John Collier. Adaptation : Marian Cockrell. Réalisation : Alfred Hitchcock.

Une jeune fille de bonne fille tue d’un coup de maillet le maître d’école, un homme qui a refusé on amour. Le père, qui veut sauver la réputation familiale, tente de mêler sous la menace le capitaine Smollet au meurtre.

Consternation : le maître du suspense, inaugurant la saison 2, signe un épisode ni fait ni à faire. La faute en revient à une histoire insipide, que personne derrière la caméra n’aurait pu sauver.  Par contre, on peut reprocher le choix de ce sujet à Sir Alfred. Ce dernier est d’ailleurs obligé, puisque 25 minutes ne suffisent pas, à nous raconter la suite et la fin de l’histoire. « Jour de pluie » en reste à une longue scène d’exposition, où  Princey (Cedric Hardwicke), le père de la meurtrière Millicent (Tita Purdom), dont le cas relève de la psychiatrie, expose comment il a trouvé un coupable de substitution. Cela devient très vite ennuyeux, ce qui est un comble pour un film d’Hitchcock !

Les comédiens, surtout John Williams en capitaine Smollet désigné coupable, font ce qu’ils peuvent pour sauver l’entreprise du désastre. Mais c’est dès le départ peine perdue. Cette version raccourcie du « Crime était presque parfait » sera rattrapée par un autre opus du maître dans la saison, « Incident de parcours ». Le plus intéressant dans « Jour de pluie » sont les interventions d’Hitchcock, la première étant assez humoristique (il est coincé dans un meuble vertical car il y a des « restrictions de budget » !

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2. FOG CLOSING IN
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Martin Brooke. Adaptation : James Cavanagh. Réalisation : Hershel Daugherty.

Pendant l’absence de son mari, en voyage d’affaires, Mary Summers est terrorisée et revit ses peurs d’enfance, lorsque ses parents la consolaient. C’est alors qu’un homme, évadé d’un asile psychiatrique, s’introduit dans la demeure.

Episode sans suspense véritable, qui raconte la névrose d’une femme toujours attachée à ses parents. Elle n’aurait d’ailleurs jamais dû se marier. L’époux, Arthur, se plaint des notes de téléphone longue distance que sa femme lui impose pour parler quotidiennement avec ses parents. L’épisode préfigure « Marnie ». Mary (Phyllis Thaxter) est atteinte d’une profonde névrose et on la devine facilement frigide et sa peur de la chambre conjugale en dit long. L’épisode, centré sur la personnalité de Mary, laisse de côté l’aspect policier-suspense que caractérise Ted Lambert (George Grizzard). Alors qu’elle devrait être apeurée par le fuyard, elle se comporte avec lui en mère et éprouve de la compassion. Elle l’aide d’ailleurs à se cacher. Celui dont elle a peur, c’est Arthur, le mari (Paul Langton).

En 25 minutes, il était impossible de développer une intrigue sur ce thème. Hitchcock se rattrapera en 1964 avec le film joué par Sean Connery et Tippi Hedren. Peu attirante, Mary est encore une petite fille. La chute est assez prévisible, et le téléspectateur s’ennuie un peu devant cette étude qui relève de la psychiatrie et non du suspense. Les comédiens sont irréprochables, mais si le premier opus de cette saison 2 était raté, ce deuxième est plutôt hors sujet pour cette anthologie. Le problème de la sexualité, omniprésent et sous-jacent, n’est jamais clairement évoqué. Diffusé le 7 octobre 1956, on suppose que le public de l’époque n’était pas prêt à aborder ce genre de thème.

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3. DE MORTUIS
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de John Collier. Adaptation : Francis Cockrell. Réalisation : Robert Stevens.

Deux amis, Wally et Bud, viennent inviter leur comparse le professeur Rankin à une partie de pêche. Ils le trouvent en train de faire des travaux dans son sous-sol, où il a cimenté une soit disant fuite d’eau. Sachant que la trop jeune épouse du professeur quinquagénaire est volage, ils pensent qu’il l’a tuée et enterrée.

Enfin un bon épisode, où l’on reconnaît immédiatement le talentueux et inquiétant Robert Ermhardt, qui sera Mr Ames dans l’épisode des « Envahisseurs : Cauchemar ». Il incarne ici un professeur de 51 ans, Rankin, marié à une trop jolie et surtout bien trop jeune Irene (Cara Williams), actrice qui rappelle parfois Elizabeth Montgomery jeune. Bien évidemment, le professeur est tellement cocu qu’il ne peut plus passer aucune porte avec ses cornes, mais il semble être le seul à l’ignorer.

Wally (Henry Jones) et Bud (Philip Coolidge) sont les faire valoir du meurtrier potentiel.  Ils nous content ainsi, à travers des flash back, la vie dissolue de la belle, qui n’a pas hésité à leur faire des avances. Cette-fois, nous sommes vraiment (à la différence des deux premiers épisodes de la saison 2) dans un suspense angoissant et stressant. Robert Stevens multiplie les plans sur le ciment frais du sous-sol dont les compères pensent qu’il recèle le cadavre de la belle infidèle épouse de leur ami. Bien sûr, lorsqu’Irène apparaît à l’image, bien vivante, le téléspectateur est déconcerté, à peu près autant que notre professeur Rankin/Robert Ermhardt. Cette histoire de John Collier dans laquelle les amis pensent qu’il faut passer l’éponge sur le meurtre d’une femme adultère reflète tout de même des mœurs ancestrales et une image de la condition féminine peu reluisante. Au café du village, le beau routier, incarné par H.M. Wynant, qui séduit la jolie Irene en lui offrant du feu (dans une scène de flash back) a tout de même davantage l’âge et le physique avantageux pour être le partenaire de la belle que le vieux et assez ventripotent professeur. La chute est assez prévisible et le spectateur la devine facilement. Un excellent opus, dans la lignée de suspenses que l’on est en droit d’attendre dans cette collection.

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4. KILL WITH KINDNESS
INÉDIT EN FRANCE

Histoire écrite et adaptée par A.J. Russell. Réalisation : Herschel Daugherty.

Pour toucher l’assurance vie, un frère et une sœur invitent un clochard chez eux auquel ils offrent les vêtements du frère pour le faire mourir dans un incendie. Mais les apprentis criminels n’ont pas pensé à tout.

Comme plus tard dans la série « Columbo », le complot des meurtriers nous est décrit dès le début sans qu’il soit un quelque spoiler. Fitz et Katherine Odham (Hume Cronyn et Carmen Mathews) ont d’emblée un air de déséquilibrés semblant sortir de l’épisode de « Chapeau melon et bottes de cuir : caméra meurtres ». Hume Cronyn, ami personnel d’Hitchcock et figurant au casting de nombre de ses films (il sera plus tard Avery Filer dans « Hawaii Police d’état », l’un des seuls adversaires sympathiques de Mc Garrett, puis Joe Finley dans les « Cocoon »), domine la distribution en amateur assez allumé de papillons. Il les collectionne et doit de se résoudre à voir ses précieuses pièces disparaître dans l’incendie de la maison qui permettra de toucher l’assurance vie. Moins connue, Carmen Mathews n’est pas en reste pour débiter son texte en sœur dégénérée. Le clochard, Jorgy, est incarné par James Gleason. Son personnage est plus en retrait. Le comédien mourut en 1959, trois ans après la diffusion de cet épisode.

Nous sommes ici dans du Hitchcock pur et dur, avec la substitution de la bague de Jorgy par celle de Fitz à laquelle les meurtriers n’ont pas pensé, or ce sera l’un des éléments qui permettra d’identifier le cadavre carbonisé. La bague qui reste coincée et ne veut pas s’enlever est un moment de grand suspense digne du maître. Comme le téléspectateur est mis dans la confidence, il n’y a pas ici de mystère ou de spoiler, mais l’on attend de savoir comment les meurtriers vont se sortir de leur piteuse affaire.

Avec une chute à la hauteur de l’intrigue, l’épisode est une réussite totale. Bien plus que dans le navrant « Jour de pluie », nous retrouvons ici les astuces du maître. Pensé pour durer 25 minutes, l’opus est parfaitement calibré et l’on aurait tort de bouder son plaisir. Une réussite que l’on doit surtout aux comédiens qui jouent le jeu.

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5. NONE ARE SO BLIND
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de John Collier. Adaptation : James Cavanaugh. Réalisation : Robert Stevens.

A court d’argent, oisif, Seymour Johnston aimerait bien que sa tante Muriel ait le bon goût de mourir car il est son seul héritier. Un jour, il trouve un permis de conduire au nom d’un certain Antonio Bertani. Il décide de se construire une identité afin de tuer sa tante et d’attribuer le crime à ce personnage auquel il donne une adresse et un déguisement.

L’idée de départ de cet épisode est assez bonne. Mais quelques éléments clochent, par exemple, Seymour (Hurd Hatfield) s’embarrasse d’une maîtresse, Liza (K T Stevens) bien plus âgée que lui. Voilà un couple bien bancal. La tante est jouée par Mildred Dunnock qui est parfaite dans le rôle. C’est une future victime rusée, qui sait fort bien de quoi est capable son neveu. Le policier (sans nom) qu’interprète Rusty Lane a l’air de ceux à qui on ne la fait pas. Le défaut majeur de cet opus est que tout est trop prévisible. La faiblesse du script de John Collier tient dans le fait, bien improbable, que l’inspecteur et la tante Muriel étaient de bons amis.

Déguisé en Bertani, ayant loué un appartement, Seymour est aussi ridicule que Georges Descrières dans certains épisodes d’Arsène Lupin. Il prend bien soin de se faire remarquer, pour donner corps à « Bertani », et que les gens témoignent plus tard, mais le déguisement grotesque ruine en bonne partie le climat de suspense. Bien entendu, l’ensemble s’en ressent, et la chute est bien improbable.

Hurd Hatfield au lieu de rester dans la sobriété en fait des tonnes, et donne à Seymour/Bertani un côté caricatural. Il y a aussi trop de bavardages dans l’épisode : pourquoi donc l’assassin raconte-t-il à sa maîtresse la façon dont il va agir ? Bref, avec un script plus étudié et un autre comédien, on aurait pu aboutir à autre chose qu’à l’esquisse d’un épisode qui reste dans le domaine de la fausse bonne idée. Dommage.

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6. TOBY
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Joseph Bates Smith. Adaptation : Victor Wolfson. Réalisation : Robert Stevens.

New York, 1910. Albert, bibliothécaire, attend depuis vingt ans sa bien aimée Edwina. Il va enfin la retrouver. Mais Edwina a changé, elle a un bébé avec elle, que personne n’est autorisé à approcher. Ce qui intrigue tout le monde.

Voilà le genre d’histoires mélodramatiques qui ne peut plus être regardée aujourd’hui qu’avec une once de curiosité. En effet, même si un suspense demeure jusqu’à la chute, tout est très daté. L’interprétation, plutôt outrancière, des comédiens, le scénario qui tient plus des chroniques sentimentales que de la série Hitchcock, l’ensemble qui est soporifique. Jessica Tandy (« Les oiseaux », « Miss Daisy et son chauffeur ») joue d’un bout à l’autre d’une façon hystérique sans aucune nuance, ce qui y est requis par son personnage. Elle forme un couple bien improbable avec Robert H Harris en Albert, tandis que le meublé, entouré d’une faune interlope, constitue un décor sombre et morbide. Avec sa trogne de gangster, George Mathews revient après l’épisode 01-15  « The big switch », tandis qu’Ellen Corby (« Sueurs froides ») compose une mégère effrayante.

Mais Edwina elle-même a quelque chose de monstrueux : elle se réjouit d’avoir Toby, l’enfant de sa sœur, qui est morte avec son mari dans un accident. Elle refuse que MacMc Kirk (George Mathews) et surtout Albert l’approchent. On pressent une vérité inavouable et horrible. Edwina demande du lait pour le nourrisson, et cet indice permet aux téléspectateurs les plus fûtés de deviner la chute. Avec son « chéri », elle alterne des attitudes hostiles où elle lui reproche ses vingt ans de silence (il est parti faire des études pour devenir avocat, mais l’argent se faisant rare, il a dû rabattre ses prétentions pour un emploi de bibliothécaire) et les moments « chaleureux » où elle parle de leur mariage imminent. La solitude, durant autant de temps, a fait cependant des ravages chez la vieille fille, qui a trouvé son refuge affectif en Toby.

On a en permanence ici le sentiment d’être devant du théâtre filmé et non dans une série. Il n’y a que des décors d’intérieurs, plutôt glauques. A vrai dire, seul Albert peut trouver quelque attirance à sa bien aimée, tant ses airs revêches l’a défigurent et lui donnent une froideur repoussante.

Bien sûr, la chute est « horrible », mais cela ne rattrape pas un opus ennuyeux et difficilement regardable aujourd’hui.

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7. ALIBI ME
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Therd Jefre. Adaptation : Bernard C Schoenfeld. Réalisation : Jules Bricken.

Georgie Minelli, un gangster,  tue son rival Chandler, mais réfléchit après coup qu’il lui faut un alibi car le lieutenant Larkin, en cas de mort violente de l’un des deux, a juré d’envoyer le survivant à la chaise électrique.

Après deux épisodes médiocres, nous retrouvons un suspense digne du maître.  Minelli (Lee Philips) a confondu vitesse et précipitation. Ce n’est qu’une fois son ennemi tué qu’il songe à se chercher un alibi. Confiant, il va le demander à son oncle Leo (Alan Reed), restaurateur à qui il a rendu de nombreux services et qui  a juré si besoin est de lui donner son bras droit. Son bras droit, mais pas un alibi, par peur de la police.

A chaque fois que le tueur se sauve la mise, le sort lui fait perdre l’alibi. Goldie, amoureuse de lui, et qu’il a négligé durant deux mois, est prête à tout pour lui, et il obtient avec facilité le précieux sésame, jusqu’au moment où elle trouve la photo d’une autre dans son veston et le congédie. Un parent malade et hospitalisé, le vieux Timmy, est prêt à dire qu’il était à son chevet, mais hélas il meurt inopinément. Minelli va donc obtenir par le chantage un alibi par sa femme de ménage, Mrs Salvatore, dont la fille de quinze ans a commis un hold up, et elle témoignera face à un Larkin dépité. Mais chez Hitchcock, les surprises de dernière minute (mauvaises en l’occurrence) sont là pour détruire les alibis des gangsters.

S’il arrive trop tardivement dans le métrage, le comédien Harvey Stephens en lieutenant James Larkin est de loin le comédien le plus convaincant.  Shirley Smith en Goldie reflète bien les copines de gangsters de l’époque, mi crédule mi aguichante. Lee Philips s’agite beaucoup, mais paraît trop « gendre idéal » pour le rôle de dur qu’il est censé tenir. Le reste de la distribution, réduite à la portion congrue, ne retient pas l’attention.

L’histoire de Therd Jefre est diabolique à souhait, et un échec pour cet opus aurait été bien improbable. C’est le secret de la série : en 25 minutes, il s’agit de tenir le téléspectateur en haleine. Notons qu’ici la coupure publicitaire, qui depuis la saison 2 intervenait à la 11e minute, survient à la 16e, sans doute en raison des exigences du récit. Un très bon épisode, mais les ratages surviennent lorsque l’histoire n’est pas appropriée à l’anthologie à suspense.

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8. CONVERSATION OVER A CORPSE
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Norman Daniels. Adaptation : Marian Cockrell et Norman Daniels. Réalisation : Jules Bricken.

Deux sœurs, Cissie et Joanna, décident d’empoisonner un promoteur, auquel elles ont vendu leur maison. Cissie décide de ne mettre que la moitié du poison dans le thé. De ce fait, au moment d’être enterré, l’homme se réveille et les sœurs cherchent un autre moyen de le tuer.

Nous sommes ici en plein non sense, avec un humour british qui réjouit ou révulse. Bien entendu, on ne prend guère au sérieux les deux vieilles femmes assez cinglées qui sortent une foule d’instruments divers pour occire Brenner, l’homme qui veut se servir de l’acte de vente pour les chasser. C’est une comédie, genre farce macabre, jouée à trois : Dorothy Stickney est Cissie, celle qui mène le jeu, tandis que sa pseudo sœur Joanna (Carmen Mathews), pourtant plus sûre d’elle, se fait manipuler.  Entre « Arsenic et vieilles dentelles » et « Mais qui a tué Harry ? », cet épisode inédit en France a certainement ses amateurs. En soit d’ailleurs, il n’est absolument pas raté. On peut cependant être complètement fermé à cet humour absurde, même si certains passages font sourire le critique le plus réticent.

Les comédiens jouent dans le registre de l’absurde et de l’humour. Au bout de 25 minutes, la plaisanterie a assez duré. La chute va être digne du reste de l’épisode. C’est mieux qu’un mélodrame comme l’anthologie en compte quelque uns, mais c’est loin d’être une intrigue passionnante qui nous tient en haleine. Carmen Mathews est déjà de retour après « Kill with kindness » (02-04) dans un rôle assez semblable au précédent.

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9. CRACK OF DOOM
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Don Marquis. Adaptation : Robert C Dennis. Réalisation : James Neilson.

Mason Bridges, qui refuse de jouer au poker lors d’un voyage en train, raconte à l’un de ses associés une aventure qui lui est arrivée au cours de laquelle ce jeu de cartes a failli le ruiner.

Principe même de l’anthologie, on passe d’Arsenic et vieilles dentelles à Casino Royale. Robert Horton incarne Mason, le héros. Un mauvais démon nommé Sam Clinker l’a fortement incité à participer à une partie. Une scène préfigure « Psychose », puisque Clinker laisse au bureau de Mason, alors que la banque est fermée, 10 000 dollars en espèces, que l’employé met dans le coffre fort. Cette somme tente le joueur, qui pense la remplacer par ses économies. Mais il ignore que Jessie, son épouse, a fait des placements pétroliers imprudents et qu’ils n’ont plus un sou vaillant en banque.

Qui est le bon, qui est le méchant ? Clinker, véritable sadique, sait que son adversaire a volé les billets, et il le lui fait remarquer : ils sont neuf, il les touche, les reconnaît, on se demande s’il n’a pas poussé le vice jusqu’à noter les numéros. Robert Middleton (1911-1977) incarne le s alaud intégral, tandis que Robert Horton par son interprétation du joueur piégé et malchanceux provoque l’identification immédiate du téléspectateur.

Ce n’est pas tant la partie de poker qui nous passionne ici mais le coup du destin qui frappe un brave homme lequel imagine déjà sa vie brisée, la prison, la honte, la ruine. Notons que dans cet épisode, beaucoup d’éléments datent l’époque : par exemple, le petit carnet qui sert de relevé de compte bancaire du couple Bridges, le train typique de ces années-là, les coupes de cheveux en brosse. A la fin de l’épisode, qui procure au spectateur des sueurs froides, Sir Alfred vient s’excuser qu’il n’y ait pas eu de morts au programme.

C’est cependant dans ce type d’épisodes, bien davantage que dans l’humour second degré de « Conversation over a corpse », que nous trouvons notre compte d’émotions fortes.

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10. JONATHAN
(JONATHAN)

Histoire de Fred Levon. Adaptation : Stirling Silliphant et Bernard C Schoenfeld. Réalisation : John Meredyth Lucas.

Gil, le fils d’un veuf, Jonathan Dalliford, souffrant d’une maladie de cœur, désapprouve le mariage de son père avec Rosine, sa secrétaire. Apprenant la mort de Jonathan, il pense que sa belle-mère l’a tué.

Episode qui mélange passé et présent, avec d’incessants flash-back. Mais nous assistons surtout à un huis clos entre le fils et la belle-mère, le premier soupçonnant l’autre de meurtre. On peut reprocher à cet opus un abus de bavardages. Il ne s’y passe pas grand-chose avant la chute. La haine du garçon envers la seconde femme de son père reste flagrante durant tout l’épisode. Corey Allen en Gil rappelle beaucoup Pierre Goldman, auteur d’un imbroglio judiciaire dans les années 70. On met un moment avant de réaliser à qui il ressemble. En belle-mère, Georgann Johnson est peu crédible car bien trop jolie par rapport au père joué par Douglas Kennedy. Nous avons ici le croisement de deux histoires, celle d’une intention de meurtre et celle d’un meurtre accompli. D’abord présenté comme un saint, le fils est loin de l’être. Nous voyons son peu de goût pour les études, son séjour à Mexico avec un camarade d’université, ses relations somme toute assez compliquées avec son père. Le réalisateur, John Meredyth Lucas, sera plus efficace dans des séries comme « Mannix ». Ici, il manque vraiment de dynamisme, alors qu’il aurait fallu en apporter un peu à ce scénario assez morne.

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11. LE MEILLEUR MARCHÉ
(THE BETTER BARGAIN)

Histoire de Richard Deming. Adaptation : Bernard C Schoenfeld. Réalisation : Herschel Daughety

Louis Koster, un gangster, soupçonne sa jeune femme, Marian, de le tromper. Après avoir engagé un détective pour s’en assurer, il charge un tueur, Harry Silver, de liquider les amants.

Nous retrouvons Robert Middleton, le vilain de « Crack of doom » (02-09). Mais nous découvrons surtout Henry Silva dans le rôle du tueur. Bien qu’assez jeune, Silva ayant alors 28 ans, il possédait déjà ce look menaçant qui de « Match contre la vie : mort d’un chef de bande » au « Marginal » avec Belmondo sera son signe distinctif. Il semble presqu’ici jouer son propre rôle, puisque son personnage s’appelle Harry Silver !

Silver n’est pas un tueur comme les autres, c’est lui qui fixe ses prix. Il peut demander plus (ou moins !) que ce qu’on lui offre. Il affiche un certain dédain face aux propositions, comme s’il pouvait se permettre de ne pas travailler. Comparaison savoureuse, il dit à Louis Koster, qui veut l’engager, que tel un chirurgien, il ne prend pas le même prix pour une appendicite ou une amputation.

L’épisode est truffé de bons mots : lorsque le détective Cutter (Don Hanmer) dit à Koster l’inculte que l’amant est un poète à la façon de Percy Shelley et que le privé lui répond qu’il est mort depuis plus de cent ans, Koster réagit en gangster : « Tant mieux pour lui ! ». Ayant deux fois l’âge de sa jeune femme de 25 ans Marian (Kathleen Hughes), Koster est un gros nounours qui croit que l’on peut tout acheter. Plus qu’en suspense, l’épisode est riche en échanges entre l’employeur et le tueur à gages : cela nous vaut un bon duo de comédiens de talent, Silva et Middleton ayant la tête de l’emploi et la subtilité pour ne pas trop en faire.

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12. THE ROSE GARDEN
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Vincent Fotre.  Adaptation : Marian Cokrell. Réalisation : Francis Cokrell.

L’éditeur Alexander Vinton est invité par deux sœurs dans une luxueuse demeure coloniale style Nouvelle Orléans. Cordelia n’approuve pas sa sœur Julia qui écrit des livres à succès. Mais ce qu’elle écrit relève-t-il vraiment de la pure fiction ?

Retour d’un des fidèles comédiens de cette série : John Williams. Superbe décor avec une maison sudiste et tropicale. Une fois le décor planté et l’exposition des personnages faite, on tourne un peu en rond. Les scènes dans le jardin sont lassantes. L’éditeur émet tellement de réserves sur le manuscrit que l’on se demande bien pourquoi il s’apprête à le publier et à donner en avance sur recettes mille dollars à Julia.

Le mélange de plus en plus croissant entre la réalité (le dédain affiché par Cordelia, la peur que Julia éprouve de sa sœur) et le manuscrit sont détaillés à l’infini, comme si le téléspectateur n’allait pas comprendre le lien. A force de trop en dire, la chute n’est plus une surprise. John Williams garde un flegme britannique et distille un humour noir et pince sans rire. Mais les comédiens, Evelyn Varden en tête en Cordelia,  ne semblent pas croire à leurs personnages. On note que la guerre de sécession est encore  bien présente dans les esprits. Lorsque Vinton invite les sœurs à New York, Cordelia lui rétorque : « Notre famille n’a plus été au Nord depuis cent ans ». Ce qui lui vaut une réplique savoureuse de l’éditeur : « Je vous assure que cela a changé ».

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13. LE SECRET DE M. BLANCHARD
(MR BLANCHARD’S SECRET)

Histoire d’Emily Neff. Adaptation :  Sarett Rudley. Réalisation : Alfred Hitchcock.

Une jeune femme, Babs Fenton, écrivain adore écrire des histoires policières. C’est une façon pour elle de réaliser son fantasme : elle aimerait commettre des meurtres. Elle épie les voisins qui laissent leur maison allumée la nuit. Mme Fenton soupçonne son voisin M Blanchard  d'avoir tué sa femme. Elle se fait surprendre chez lui en train d'espionner, et son propre mari la désapprouve.

L'épisode repose sur les pensées (à haute voix) que fait Babs Fenton sur le couple Blanchard. Nous croyons apprendre que la fameuse Mme Blanchard est prisonnière : c'est une alcoolique qui a renversé un enfant. Ce qui ne se passe que dans l'imagination de la romancière voyeuse. Babs se fait surprendre par Ellen Blanchard (Meg Mundy) radieuse. Peu après, comme dans l'imagination de Babs, le mari vient chercher sa femme de façon rude. Le mari Fenton, impassible devant les fantaisies "détectives" de sa femme, lit paisiblement son livre en se demandant pourquoi il a épousé une femme aussi curieuse. Babs finit par prévenir la police. Tandis que derrière sa machine à écrire, elle raconte le meurtre d'Ellen, celle-ci vient prendre le thé chez elle à sa grande surprise. Peu après, visiblement cleptomane, Ellen dérobe un briquet en argent avant de partir.

Le génie d'Hitchcock, à partir d'une histoire qui aurait pu être ennuyeuse, est de tirer parti du moindre incident pour captiver le téléspectateur. Ainsi, la façon dont Ellen Blanchard vole le briquet. Puis le rapporte l'ayant réparé, en compagnie de son mari, souriante, tandis qu'entre temps, Babs s'apprête à se rendre à la morgue pour identifier le corps d'une femme de 30 ans que la police a retrouvé.

Les réflexions à haute voix de personnages un peu dérangés comme cette romancière détective sont le terreau à partir duquel Hitchcock nous entraîne dans ses intrigues angoissantes. Avec si peu de chose, créer un suspense à faire dresser les cheveux sur la tête relève du génie pur.

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14. JOHN BROWN'S BODY
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Thomas Burke. Adaptation : Robert C Dennis. Réalisation : Robert Stevens.

Vera Brown est la maîtresse du premier collaborateur de son mari, Harold Skinner. Ce dernier a des idées novatrices pour l’entreprise que le mari refuse. Les amants sont résolus à faire passer le mari pour fou et bon à enfermer.

A partir du triangle le mari, la femme, l’amant, Hitchcock (qui se contente de présenter et produire ici) fait des merveilles. Cet épisode est particulièrement effrayant car il montre un couple maudit faisant plonger le malheureux mari dans la folie. Le seul bémol que l’on pourrait trouver à cet excellent épisode est le peu d’attraits de la comédienne Leora Dana pas vraiment crédible dans son rôle de garce.

Episode sans aucun humour (Hitchcock s’en charge avec le prologue où il fait peser son poids sur une balance avec des sacs de monnaie), « John Brown’s body » a un aspect « Le facteur sonne toujours deux fois », mais hélas, nous devrons nous contenter de chastes scènes où des mains s’effleurent. Comment se débarrasser de l’encombrant et vieux mari ? Ici, le but des amants n’est pas de le tuer mais de le faire passer pour fou, chose à laquelle ils arriveront plus vite que prévu. Harold (Hugh Marlowe) n’a pas que des ambitions libidineuses. Il veut imposer ses idées. Mais une fois à la tête de la compagnie, il va se rendre compte que les pertes financières vont l’obliger à chercher un partenariat, donc quelqu’un qui prendra 50 pour cent des bénéfices. La meilleure solution n’est-elle pas d’aller chercher dans son asile le vieux John Brown ? Mais cela n’est-il pas trop tard ?

Dans le rôle du mari, Russell Collins est particulièrement convaincant. Protestant d’abord de sa folie, il va s’y complaire. La chute sera à la hauteur de la qualité de l’épisode.

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15. CRACKPOT
INÉDIT EN FRANCE

Histoire d’Harold Gast. Adaptation : Martin Berkeley. Réalisation : John Meredyth Lucas.

Sur la route de leur voyage de noces, Meg et Ray Loomis ont une crevaison. Mr Moon, un bon samaritain, s’arrête pour les aider. Accidentellement, Ray Loomis salit la chemise blanche de Moon. Dès lors, l’homme, complètement cinglé (crackpot) s’acharne à les tuer.

Cet épisode, depuis le début de la série entière, est celui que j’ai trouvé le plus effrayant. L’exercice qui consiste à inspirer la terreur en 25 minutes est ici entièrement réussi dès le début, et l’opus s’avère un cauchemar à faire dresser les cheveux sur la tête du téléspectateur.

On doit ce prodige à l’effet conjugué d’une histoire réussie d’Harold Gast, mais surtout au talent du comédien Robert Emhardt. En Moon, il réussit même à être plus effrayant qu’il le sera plus tard dans la série « Les envahisseurs » (« Cauchemar »). Il n’a rien à envier au futur Anthony Perkins de Psychose, car il est de la même trempe. Il poursuit le couple Loomis jusqu’à leur chambre d’hôtel, pousse le sadisme à faire passer le mari pour fou, en provoquant des bruits que seul ce dernier entendra. Notamment le tic tac d’une bombe !

Le principe que n’importe lequel d’entre nous peut un jour croiser la route d’un Moon (qui est à l’abri d’un fou ?) assure au téléspectateur des émotions fortes. Emhardt à chaque apparition, avec ses yeux hallucinés, son sourire sadique, nous fait sursauter. Moon/Emhardt représente l’enfer et la mort là où la douce Meg Loomis/Mary Scott (Mary incarnait Babs Fenton dans « Le secret de Monsieur Blanchard ») laisse envisager le paradis. En ces temps reculés, on ne faisait pas crac crac avant le mariage, d’ailleurs un dialogue le souligne : « Quand aurais-je le droit d’être dépravée si je ne le puis une fois mariée ? » déclare Meg. Comme Norman Bates ou plus tard le Michael Meyers de « Halloween », Moon est le tueur dont on ne peut se débarrasser. Avec les décennies, cet épisode a pris davantage d’épaisseur : ne lit-on pas dans les journaux tant de faits divers où pour un regard de trop, un jeune voyou vous plante un couteau dans le ventre ? Hitchcock ici était sinistrement prémonitoire.

Face à Emhardt qui est excellent, Biff Mc Guire (déjà jeune marié dans l’épisode 01-34 « The hidden thing ») et Mary Scott offrent l’image d’un couple désemparé et désuni, car Moon réussit vite à faire passer le mari pour un paranoïaque. La terreur ici va crescendo jusqu’à la chute qui remet en question tout ce que nous avons vu depuis la première minute. Le maître avec ses discours de début et de fin désamorce quelque peu, par son humour habituel, la tension, mais « Crackpot » le cinglé est vraiment l’épisode à voir. Et du coup, il nous montre que l’anthologie aurait pu être plus réussie avec un meilleur choix d’histoires, car peu ont eu cette densité et cette qualité.

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16. NIGHTMARE IN 4-D
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Stuart Jerome. Adaptation : Robert C Dennis. Réalisation : Justus Addiss.

Un homme marié se met dans le pétrin en voulant aider une voisine chez laquelle se trouve un cadavre.

Autant « Crackpot » était digne de « La quatrième dimension », autant ce suspense policier est terne et avec des surprises qui n’ont rien d’inattendues.  Tout d’abord, le comédien qui incarne Harry Parker, le malheureux héros de l’intrigue, Henry Jones, en fait des tonnes, ce qui nuit à la crédibilité de l’ensemble. Barbara Baxley en Miss Elliot par qui le scandale arrive est amusante, mais l’on reste en permanence dans une comédie, à la surface des choses, et l’on n’entre jamais dans l’histoire. Pourquoi Parker aide-t-il une voisine inconnue à cacher un cadavre, alors qu’en parfait gentleman, n’ayant aucune intention de la séduire, il devrait se contenter de prévenir la police ? Cela ne nous est jamais expliqué. Quant à Virgina Gregg qui incarne Norma, son épouse, elle est assez repoussante (le couple dispose de lits jumeaux), ne semblant à la fois ni éprise de son mari, ni capable d’avoir des aventures extra-conjugales et son personnage de maîtresse potentielle de la victime, un voisin joueur de piano est totalement invraisemblable.

Dès lors, l’épisode sombre dans le ridicule et le déjà vu. Notons une scène que le maître reprendra en 1972 dans « Frenzy », lorsque Parker se « bat » avec le cadavre pour récupérer ce qui pourrait être un indice accablant pour lui, en l’occurrence la ceinture de sa robe de chambre. Il n’y a évidemment aucune quatrième dimension ici, et les cauchemars sont ceux que fait un lecteur trop assidu de romans policiers. La chute en forme de cliffhanger est ratée. Joan Harrison et Alfred Hitchcock veulent remplir leurs saisons de 39 opus, mais mélangent quantité et qualité.

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17. MY BROTHER, RICHARD
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Jay Bennett. Adaptation : Sarett Rudley. Réalisation : Herschel Daugherty.

Pour que son frère gagne une élection, Richard tue l’adversaire de ce dernier. Comme le frère, Martin Ross ne l’entend pas de cette oreille, Richard menace de tuer sa belle-sœur, Laura. Tommy, un jeune homme, est accusé du meurtre.

Nous sommes surpris de voir en « héros » le comédien Royal Dano au physique inquiétant, habitué aux rôles de méchants.

L’épisode serait excellent si le tueur, Richard, incarné par Harry Townes, avait un bon mobile. Ce qui n’est pas le cas. Tuer pour que son frère devienne gouverneur, voire président des Etats-Unis, est un mobile fantasque. Richard/Harry Townes compose un cinglé de première, mais cela ne suffit pas à faire un bon épisode. Inger Stevens, qui s’est suicidée en 1970, incarne ici Mrs Ross, que Richard veut tuer.

La grosse faiblesse de cet opus est Royal Dano, pas crédible une seconde en frère victime persécuté. Certes, on peut répertorier Richard Ross dans la galerie des cinglés de la série. Mais ses mobiles non seulement sont faibles mais peu sérieux : s’il finit par tuer son frère, à quoi bon avoir monté toute cette machination ?

Un épisode en demi-teinte.

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18. THE MANACLED
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Sandford Wolfe. Adaptation : Stirling Silliphant. Réalisation : Robert Stevens.

Sur le chemin de son exécution à Saint Quentin, le condamné Stephen Fontaine tente de corrompre son gardien le sergent Rockwell de le laisser s’échapper contre 50 000 dollars.

Le problème de ce genre d’épisode est son intrigue minimaliste, et le fait qu’avec seulement l’intérieur d’un compartiment de voiture de chemin de fer et deux comédiens, on ne peut faire des miracles. William Redfield en assassin est nettement plus convaincant que Gary Merrill en policier faisant son devoir. Redfield incarne le mal absolu, Stephen Fontaine, l’homme qui fait miroiter au policier une vie luxueuse s’il le laisse s’échapper.

Très vite, on se lasse de ce dialogue de sourds. On comprend que le policier ne cédera pas. Sans aucun décor extérieur, le sentiment d’être devant du théâtre filmé nous étouffe. La réalisation n’est guère dynamique : on a connu Robert Stevens plus inspiré. Pour « Crackpot », les vingt-cinq minutes ne suffisaient pas et passaient trop vite. Ici, l’épisode dure une éternité, avec une excellente chute, certes, mais entre-temps, le spectateur soit s’est endormi, soit a changé de chaîne.

Voilà un opus qui démontre que la série a pris un sacré coup de vieux. Nous sommes en janvier 1957, et ce qui passionnait alors nous paraît fade et sans saveur. On mesure le manque de moyens financiers, le peu d’ambition artistique. Faire des saisons de trente-neuf épisodes est une erreur car pour un joyau, nous devons subir beaucoup de scories.

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19. A BOTTLE OF WINE
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Borden Deal. Adaptation : Stirling Silliphant. Réalisation : Hershel Daugherty.

Grace divorce et vient récupérer ses affaires chez son vieux juge de mari. Ce dernier apostrophe le jeune rival, Wallace, et l’oblige à boire une bouteille de Sherry empoisonnée.

Episode à deux personnages (On ne voit l’épouse qu’au début et à la fin), ce tête à tête entre un vieux mari abandonné et son jeune rival devient vite lassant, et au lieu de procurer du suspense, distille une certaine gêne.

Les comédiens n’ont pas grand-chose à jouer autour de cette table où le mari oblige son invité à boire une bouteille empoisonnée. Ce sont de longs bavardages sur les dix années de mariage de Grace et du juge Connors, livrées à Wallace aussi mal à l’aise que le téléspectateur. On saisit mal ce qui a pu pousser Grace à s’unir à un homme aussi âgé. Robert Horton en amant et Herbert Marshall en mari délaissé ne nous livrent pas un grand moment de comédie. Cet épisode montre à quel point les producteurs ont parfois choisi des intrigues peu appropriées à l’adaptation.

Au fond, cet épisode aurait pu servir de base à une émission radiophonique, tant le film apporte peu d’atouts supplémentaires. Reste heureusement les scènes humoristiques d’introduction et de conclusion de Sir Alfred dans une cave de grands millésimes.

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20. MALICE DOMESTIC
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Philip Mac Donald. Adaptation : Victor Wolfson. Réalisation : John Meredyth Lucas.

A plusieurs reprises, Carl Borden a des maux de ventre. Il finit par découvrir que son épouse Annette l’empoisonne à l’arsenic. Le médecin de famille, Ralph Wingate, décide de s’en mêler.

Après un passage à vide, la saison 2 retrouve sa verve avec cet opus. Il y a ici à la fois une bonne histoire (avec une chute vertigineuse) et une mise en scène qui n’est pas faite à l’économie (scène de bal lors d’une réception, présence de nombreux protagonistes).

Annette Borden est une artiste, elle fait de la poterie, elle a même fait étape en France à Vallaurie. Phyllis Thaxter qui l’incarne lui donne une maturité qui tranche avec le mari qui semble plus jeune, Carl (Ralph Meeker), lequel entretient une étrange et malsaine complicité avec la chienne Cassandra.

Deux personnages gravitent autour du couple : Lorna (Liki Kardell), une actrice, et  Perry (Ralph Clanton), homme mûr trop souvent vu dans les environs immédiats d’Annette au point que le docteur se met à penser qu’il est son amant et qu’ils veulent tuer le mari.

Avec cinq personnages principaux, de multiples intrigues, le mystère qui règne, tous les atouts sont là pour faire un bon épisode. Le chien appartenait à Lorna qui est partie à San Francisco et n’a pu l’emmener avec elle, le laissant au couple Borden. Les choses se passent mieux entre le mari et l’animal qu’avec l’épouse. Au début de l’histoire, on se demande même si le grand danois ne va pas être à l’origine d’un drame et tuer l’épouse.

L’histoire de Philip Mac Donald est riche en rebondissements et permet de semer le téléspectateur sur diverses pistes différentes. Les comédiens, Phyllis Thaxter en tête, sont tous excellents. La chute est saisissante.

La qualité de cet opus montre à quel point l’anthologie est inégale d’une histoire à l’autre.

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21. NUMBER TWENTY-TWO
INÉDIT EN FRANCE

Histoire d’Evan Hunter. Adaptation : Joel Murcott. Réalisation : Robert Stevens.

Steve Morgan est tout fier d’avoir commis son premier hold-up. Il arrive en prison. Il a vingt ans et découvre à la fois l’univers carcéral et les questions de la police.

De l’aveu du maître lui-même à la fin, ce n’est pas une histoire de suspense mais un appel civique. Ceci pour attirer l’attention du public sur la délinquance juvénile. En prison, Morgan devient le « numéro 22 ». Il est soumis à des interrogatoires en compagnie d’autres détenus qui eux-aussi portent des numéros.

Cet épisode ressemble à un documentaire sur la violence et la délinquance, mais l’on se demande ce que cela vient faire au milieu de la série Hitchcock ? Il y a certes une chute, si l’on veut, mais ce sont vingt-cinq minutes d’ennui total. Première cellule, premier compagnon de cellule, première bagarre en prison. Les interrogatoires sont menés de façon collective par plusieurs policiers en présence de plusieurs accusés.

Rip Torn, que l’on ne reconnaît pas ici en Steve Morgan, sera le docteur George dans « Coma » en 1978.

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22. THE END OF INDIAN SUMMER
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Maurice Baudin Jr. Adaptation : James Cavanagh. Réalisation : Robert Stevens.

Deux fois de suite, une femme perd un époux en voyage de noces, un époux assuré sur la vie pour 50 000 dollars. La compagnie d’assurance à des soupçons.

Exceptionnellement, en raison du découpage du récit, la coupure publicitaire a lieu assez tard (à la 16e minute).

Avant d’être la grande duchesse Ozerov dans « Amicalement vôtre », Gladys Cooper fut une « femme fatale », mais née en 1888, en 1957 c’était déjà une vieille dame de 69 ans (On était un vieillard à cet âge à cette époque là). On a donc un peu de mal à l’imaginer ici en mante religieuse, prête à tuer un troisième mari lorsqu’intervient notre enquêteur d’assurance  Joe Rogers assez fringant, joué par le beau Steve Forrest qui sera le héros de la série ITC « Le Baron ». Son chef Sam Henderson est incarné par un Philip Coolidge aux faux airs de Donald Pleasence, avec un visage creusé et anguleux. Pour les besoins de l’enquête, Rogers est accompagné de son épouse, dont nous ne saurons pas le prénom, et qu’interprète la douce et belle Kathleen Maguire. Henderson a eu peur que Marguerite Gillespie/Gladys Cooper séduise notre héros, mais vu la différence d’âge (et Steve Forrest n’avait alors que 31 ans, faisant même plus jeune !), et la beauté de son épouse, on pense que les craintes du chef de la Triumphant Insurance Co n’étaient pas fondées.

Comme dans la série « Banacek », Joe Rogers n’est pas le seul enquêteur d’assurance, il a un rival, Saunders (Ned Wever) qui lui met des bâtons dans les roues. La future victime a tout du candidat au suicide assisté. Le futur troisième époux, Howard Fieldstone, est interprété par un visage familier, James Gleason (« Arsenic et vieilles dentelles », « La nuit du chasseur ») qui a parfaitement la tête de l’emploi.

Signe des temps, lorsque le deuxième acte commence à la seizième minute, Joe et sa femme sont au lit, et aujourd’hui nous aurions une comédienne nue et pulpeuse sous les draps. Ici, la sensuelle Kathleen Maguire est habillée avec une chemise de nuit de grand-mère (Il ne lui manque que des bigoudis pour être un peu plus tue l’amour et illustrer la chanson d’Aznavour « tu te laisses aller »). Quel pays puritain, l’Amérique des années 50 !

Ici, pas de temps mort, on utilise avec densité les 25 minutes. L’intrigue policière est haletante et bien agencée. Jusqu’à la chute absolument savoureuse que l’on se gardera de révéler ici. Un épisode léger mais absolument réussi, du genre policier. On aurait aimé prolonger le plaisir le temps de deux heures d’un long métrage du maître, cela aurait été aisé vu la richesse de l’intrigue.

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23. ONE FOR THE ROAD
INÉDIT EN FRANCE

Histoire d’Emily Neff. Adaptation : Robert C Dennis. Réalisation : Robert Stevens.

Charles Hendricks est un homme heureux, entre une épouse soumise, aimante et attentionnée, et une maîtresse sulfureuse. Mais un jour, l’épouse légitime découvre dans les affaires du mari parfait le briquet de la maîtresse.

C’est une autre époque, les femmes ne travaillaient pas et se consacraient à leur époux. Mais il existe ici une tendresse et une complicité dans le couple qui ne divorce pas au premier accroc. On peut considérer que l’on est  passé à l’excès contraire et que le balancier de l’histoire rétablira un juste équilibre. Les deux actrices ici symbolisent bien la femme à la maison (mais fort désirable et Hendricks aurait du et pu s’en contenter) et la vamp maîtresse style « la môme vert de gris ». Louise Platt en épouse légitime Marsha joue très juste. Par contre, Georgann Johnson en maîtresse Beryl Abbott est parfois tellement maladroite que l’on se demande pourquoi le mari va chercher ailleurs. John Baragrey en Charles n’est pas un séducteur, tout au plus un macho, mais nous sommes loin d’un séducteur comme Steve Forrest ou Jacques Bergerac.

L’épisode va nous montrer l’histoire de la vengeance de l’épouse bafouée contre la maîtresse, alors que c’est le mari qui mériterait l’ire de Marsha. Mais elle est amoureuse, étrangement compréhensive vis-à-vis de son conjoint infidèle, et a une lueur de meurtre dans le regard.

On imagine la tête de Marsha lorsque s’introduisant dans la maison de sa rivale, elle voit la photo de son mari. Profitant d’un moment de confusion, elle met du poison chez son ennemie. Son mari ne dispose pas de la voiture qu’elle a prise pour « faire des courses », et il a été à son bureau en bus. Aussi, lorsque l’épouse apprend par la secrétaire que Charles a pris un taxi pour aller rejoindre Beryl, elle a peur d’avoir empoisonné son cher et tendre.

Il n’y a délibérément pas de chute ce qui est une exception à la règle. Marsha prévient sa rivale et se rend à la police, tandis que sciemment, la maîtresse empoisonne ensuite le mari. Cela en raison du sketch de présentation et de conclusion d’Hitchcock sur le carcan des producteurs. Nous retrouvons de fait Sir Alfred sur un carcan au sens propre, torturé, ce qui nous vaut un numéro d’humour typiquement british.

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24. THE CREAM OF THE JEST
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Fredric Brown. Adaptation : Sarett Rudley. Réalisation : Herschel Daugherty

L’acteur Charles Gresham – alcoolique – a absolument besoin de jouer dans la prochaine pièce de l’auteur Wayne Campbell. Mais ce dernier refuse car le comédien est trop dur à gérer en raison de son addiction. Charles fait alors chanter Campbell.

Formidable numéro d’acteur de Claude Rains (« L’homme invisible », « Les enchaînés ») en maître chanteur alcoolique et looser. Face à lui, James Gregory (le « mari » de Lynda Day George dans l’épisode de « Mission Impossible » : « La fiancée ») manque de répartie. Les joutes de Gresham avec le barman Jerry sont mémorables. Rains évoque Gabin dans « Un singe en hiver ».

On a le sentiment d’être dans le début d’un épisode de « Columbo », Campbell ayant les meilleures raisons du monde d’éliminer Gresham. Lorsque l’auteur propose au comédien de jouer le rôle d’un maître chanteur, on comprend que l’épisode glisse vers le drame.

Paul Picerni (Hobson dans « Les Incorruptibles ») en gangster se révèle nettement plus convaincant que Gregory. Ici, on mélange pièce de théâtre, c'est-à-dire fiction, et sordide réalité. La chute est à la hauteur de la qualité de l’interprétation de Claude Rains. Le comédien a porté l’épisode sur ses épaules, servi il est vrai par une excellente intrigue policière.

Joan Banks, qui incarne Lee, la secrétaire de Campbell, instaure une gentille complicité pleine de tendresse avec l’acteur déchu. On peut trouver autre chose que le seul suspense à cet opus, c’est une réflexion sur la vie des comédiens, leur sort lorsque le rideau est tombé.

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25-26-27. I KILLED THE COUNT
INÉDIT EN FRANCE

Episode de 75 minutes divisé en trois parties de 25 sans « chute » dans les deux premières parties.

Histoire d’Alec Coppel. Adaptation : Francis Cockrell. Réalisation : Robert Stevens.

A Londres, une domestique, Polly Stephens, découvre son patron, le comte Victor Mattoni assassiné dans son fauteuil. L’inspecteur Davidson de Scotland Yard mène l’enquête, mais trop sûr de lui, il trouve plusieurs coupables.

En 1962, après la septième saison, le maître produira une autre série, « The Alfred Hitchcock hour ». L’histoire du comte Mattoni aurait mérité d’être traitée alors, et non en trois parties au sein de la présente anthologie. Car le découpage est ici artificiel, et les téléspectateurs sont déroutés de devoir attendre trois semaines (lors de la première diffusion) pour connaître la fin.

Dans le premier épisode, une Patricia Hitchcock plutôt hystérique en Polly raconte à l’inspecteur Davidson comment faire son métier. Elle aime les romans policiers et procède elle-même aux questions réponses de son « interrogatoire » devant un John Williams médusé en inspecteur guindé et prétentieux. Deux lettres sont trouvées au domicile, celle de Lord Norington (Alan Napier) et de Bernard Froy (Charles Cooper). Contre toute attente, séparément, chacun des deux hommes passent aux aveux !

Mattoni, que l’on verra dans le deuxième épisode en flash back, est joué par le professeur Dent de « James bond contre docteur No », Anthony Dawson.

Davidson permet à John Williams de faire son numéro d’humour british habituel. Il est ici secondé par un assistant particulièrement abruti, Raines (Charles Davis). Dès le début du deuxième épisode, nous avons un mobile. Norington a voulu sauver sa fille d’un mariage désastreux avec un compte italien alcoolique qui ne voulait pas lui laisser la garde de leur enfant.

Mais voilà que Froy confesse à l’inspecteur avoir tué lui aussi Mattoni car il était amoureux de sa femme. Les deux histoires se rejoignent. Mattoni était marié à une Helen, qui avait un enfant, et le comte menaçait de garder le rejeton. Dans les deux flash back de la mort de Mattoni, ce dernier se bat tantôt avec l’un tantôt avec l’autre et est tué. Réflexion désabusée mais savoureusement drôle de l’inspecteur : «  je n’ai jamais eu deux suspects rivalisant pour être l’auteur du meurtre ».

Plutôt qu’une intrigue à suspense, nous nous retrouvons devant une grande farce. En effet, le garçon d’ascenseur, un ancien repris de justice, Mullet alias le gangster Pat Lummock (Melville Cooper), avoue le meurtre, en plein milieu du second opus ! Le visage effaré que nous montre John Williams lorsqu’un troisième meurtrier avoue est un grand moment d’hilarité, mais nous nous demandons tout ce que cela fait dans « Alfred Hitchcock présente », puisque le canevas n’est pas respecté (Suspense, chute….). Autre réflexion du plus haut comique : ‘No, no, two’s enough » (Non, deux ça suffit !).

Dans les deuxième et troisième parties, les interventions d’Hitchcock sont du plus haut comique. Il se perd dans ses explications, ses résumés, les recommence. Nous atteignons le délire total.

Bookmaker, acculé par les dettes, Mullet a tenté de voler le comte qu’il croyait assoupi. Les hommes se battent et un coup de feu part accidentellement !

On se croit plus chez l’inspecteur Clouseau de « La Panthère rose » que chez Sir Alfred. Notons qu’au commissariat se trouve un portrait d’Elizabeth II. L’inspecteur confronte les trois suspects et chacun d’eux jure de sa… culpabilité !

C’est le moment où Raines, l’assistant, choisit de révéler à son supérieur que Louise Rogers (Rosemary Harris), que l’on vient de retrouver évanouie, une voisine interrogée au début du deuxième épisode, s’accuse elle-aussi du meurtre, prétendant être la comtesse Mattoni. Interrogeant la quatrième meurtrière( !), John Williams prend un air accablé. Si le but était de faire rire, c’est réussit, on rit. Mais c’est tout de même un cas à part dans l’anthologie comme « Number twenty two ». Le cahier des charges de la série vole en éclat.

Il n’y a pas de chute mais une apothéose de nonsense. Drôle grâce au talent de John Williams, mais pas du tout représentatif de la série.

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28. INCIDENT DE PARCOURS
(ONE MORE MILE TO GO)



Histoire de  F J Smith. Adaptation : James Cavanagh. Réalisation : Alfred Hitchcock.

Sam Jacoby se dispute avec son épouse et la tue. Il enveloppe le corps dans un sac qu’il glisse dans le coffre de sa voiture. Mais un motard l’arrête pour une histoire de feu arrière en panne.

La question que l'on se pose en voyant cet épisode, c'est "A-t-il été tourné avant ou après "Psychose" ? Car nous avons droit à toute la scène du policier qui trouvait Marion Crane suspecte. L'épisode datant de 1957, nous avons la réponse.

Cet épisode quelque part est la genèse de plusieurs scènes de "Psychose". Et c'est aussi l'occasion de constater qu'une série comme "Les envahisseurs" a recopié des scènes d'Hitchcock. Ici, on peut comparer la situation du coffre recelant quelque chose avec le pré générique de l'épisode des Invaders : "La Genèse". Tout comme un autre épisode de la saga de David Vincent, "L'innocent" avait plagié la scène de voiture sans frein dévalant une montagne dans "La mort aux trousses".

L'angoisse se lit sur le visage de Jacoby, comme ce sera plus tard le cas pour Marion Crane. Il a un visage d'enfant apeuré qui sait avoir commis une grosse bêtise.

Comme dans "Psychose", c'est un motard (Steve Brodie) qui arrête Jacoby. Le feu arrière est défectueux (Idem "La Genèse"). Jacoby proteste de sa bonne conduite (comme Marion Crane) et se rend suspect à vouloir trop se montrer décontracté auprès du motard.

Le noir et blanc des scènes d'extérieur nocturnes ajoute au climat stressant. Jacoby se précipite chez un pompiste acheter l'ampoule de feu arrière manquante, mais le motard n'arrête pas de le suivre et de tourner autour de lui. Hitchcock, qui dans le pré générique a perdu la tête (On le voit avec une tête en cire qu'il tient au bras) fait du motard le persécuteur et de l'assassin la victime. C'est pour Jacoby que le spectateur tremble. Avec un levier, le motard force le coffre sans rien voir. Le coupable se croit sauvé mais l'on se doute que le motard ne va pas tarder à  revenir. Hitchcock filme en alternance la route, le bord de mer, et le rétroviseur avec sa maestria habituelle. Jacoby a oublié sa monnaie chez le pompiste et le trop serviable motard poursuit le tueur pour lui rendre l'argent. On imagine le quiproquo. Hitch joue avec nos nerfs. Le motard propose au criminel de faire réparer son feu au poste de police. En fait il l'y oblige, alors que Jacoby était à 2 km de chez lui. Le dernier plan du film est sur ce fameux feu arrière qui n'arrête pas de fonctionner et de se détraquer.

Pour nous remettre de nos émotions, le maître du suspense nous raconte une petite histoire avant de se rendre compte qu'il a oublié sa "tête" en cire. Réussir en moins de 25 minutes à nous en faire voir de toutes les couleurs, et nous faire passer par tous les stades du stress, est une fois de plus la marque du talent d'Hitchcock.

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29. CERCLE VICIEUX
(VICIOUS CIRCLE)



Histoire d’Evan Hunter. Adaptation : Bernard C Schoenfeld. Réalisation : Paul Henreid.

Manny Coe, tueur à gages pour le compte du mafieux Mr Williams, doit un jour choisir entre la fidélité à son chef et sa petite amie Betty. Cette dernière mène campagne auprès du public  pour dénoncer les agissements de Williams.

Dick York, le tranquille Jean Pierre mari de la sorcière bien aimée, nous fait complètement oublier ici le personnage qui l’a rendu célèbre. Tueur à gages torturé entre son amour pour la jolie Betty et le respect qu’il éprouve pour Vincent Williams, Manny évoque ici les oubliés de l’Amérique. Il veut sortir de la médiocrité de sa classe sociale. Ainsi rappelle-t-il à Betty que son père a travaillé pendant trente ans dans un magasin de bonbons avant d’être jeté dehors. Une féroce critique du capitalisme et du libéralisme de l’Oncle Sam. Pour s’en sortir, Manny est devenu un tueur. Il a même pris la place d’un protégé de son patron, Georgie. L’heure du choix est arrivée.

Episode intensément dramatique, aux antipodes de la trilogie british « I killed the count », montrant l’éventail assez riche et vaste de l’anthologie, « Cercle vicieux » nous prouve que Dick York était un grand comédien et valait mieux que « Ma Sorcière bien aimée ». Kathleen Maguire en Betty et George Macready en Williams lui donnent la répartie avec talent. Dès le départ, on sent que l’issue sera tragique (Nous sommes en pleine « série noire » et l’accumulation de drames évoque « des cliques et des cloaques» de Jim Thompson devenu « Série Noire » d’Alain Corneau avec Patrick Dewaere et Marie Trintignant au cinéma) et que ces hommes et femmes sont nés sous de bien mauvais auspices. Sans doute pour décrisper l’ambiance, Hitchcock est accompagné pour présenter l’histoire d’une cohorte de Miss reines de beauté.

Un excellent opus.

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30. THE THREE DREAMS OF MR FINDLATER
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de A.A. Milne. Adaptation : Sarett Rudley. Réalisation : Jules Bricken.

Homme âgé mais encore vert, Findlater aimerait bien se débarrasser de sa vieille rombière d’épouse. Il se met à donner vie à une pin-up, Lalage, qu’il a vu sur une affiche et complote avec cet être imaginaire l’assassinat de son épouse.

Episode sulfureux pour son époque (1957), avec dans la séquence de présentation un Hitchcock sur le divan d’un psy, une Barbara Baxley aguichante et déshabillée en fantasme ambulant d’un John Williams, abonné de la série, mais ne jouant pas cette fois un personnage drôle.

Ce véritable « polar » nous montre comment le personnage du vieux et frustré Ernest Findlater (John Williams) se raccroche à une femme fatale des îles, une créature de carte postale, pour se convaincre qu’il n’est pas fini, qu’il a encore une vie et une sexualité. L’épisode fait plusieurs allusions au fait que Findlater veut se rassurer, faisant dire à Lalage (Barbara Baxley) que ses cheveux ne sont pas totalement clairsemés. Le meurtre est élaboré avec un certain cynisme, Findlater étant « aidé » psychologiquement par la jolie créature. Il faut avouer que Isobel Elsom en Minnie Findlater est une caricature de grand-mère « tue l’amour ». Lorsque son mari lui propose de faire un voyage pour qu’ils se retrouvent seuls, elle éclate de rire avec un certain mépris. Dans la scène de présentation, le maître fait allusion (via le personnage du psy qui le questionne) à sa propre vie intime, son épouse dans la vraie vie ayant choisi de dormir dans des lits jumeaux.

Le second degré a échappé à la censure et aux téléspectateurs américains de l’époque qui n’ont dû retenir que l’intrigue du meurtre prémédité. Saluons une Barbara Baxley particulièrement « vivante » pour un personnage de carton pâte.

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31. THE NIGHT THE WORLD ENDED
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de Fredric Brown. Adaptation : Bernard C. Schoenfeld. Réalisation : Justus Addiss.

Le journaliste Halloran a l’habitude de faire une mauvaise plaisanterie : il a fait imprimer en un exemplaire une fausse édition d’un journal annonçant la fin imminente du monde suite à une collision avec Mars. Il se sert de ce journal pour effrayer un simple d’esprit, Johnny, mais l’affaire va tourner au drame.

C’est l’histoire macabre par excellence que l’on trouve dans les recueils de nouvelles sélectionnées par Hitchcock. On se doute malgré le titre que la Science Fiction chez le maître sera forcément un leurre. (Encore qu’avec « Les Oiseaux »….)

L’épisode cependant met mal à l’aise, car il illustre que les américains, si la fin du monde arrivait, n’aurait qu’une envie : profiter de façon avide de leur société de consommation. Ici, Johnny pille un marchand de liqueurs de prix, un magasin de jouets pour des enfants de la rue, fait des avances à une vieille fille, commet plusieurs meurtres et larcins. Dans le rôle d’Halloran, Harold J. Stone est cynique à souhait, tandis qu’en looser, Johnny est incarné par un Russell Collins impeccable de vérité.

On est un peu gêné par cette Amérique des délaissés (les gosses de rue au visage ressemblant à des ramoneurs). Halloran l’ignore, mais à sa façon, il va payer le prix fort pour sa mauvaise blague et le titre de l’épisode prendra tout son sens. La course effrénée de Johnny devient vite traumatisante. Pendant ce temps, Hitchcock se régale avec des présentations de plus en plus délirantes, ici les téléspectateurs qui changent de chaîne sont avertis qu’ils recevront une décharge de 25 000 volts !

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32. THE HANDS OF MR OTTERMOLE
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de Thomas Burke. Adaptation : Francis Cockrell. Réalisation : Robert Stevens.

Londres 1919. Au nez et à la barbe de la police, un étrangleur sévit et sème la terreur et les victimes sans mobile apparent.

Cet épisode qui aurait pu être un joyau façon « Crackpot », servi par une histoire palpitante digne de « Jack l’éventreur », est ruiné par une mise en scène qui accumule les clichés afin de satisfaire le public américain. Cela va du brouillard londonien, le fog, aux « bobbies » dont les uniformes sont omniprésents. On nous donne de l’Angleterre de carte postale jusqu’à l’écoeurement, c’est tout juste si le brouillard n’entre pas dans les pub.

Hitch a cependant eu le bon goût de nous éviter des comédiens américains : il a battu le rassemblement des troupes de comédiens britanniques d’Hollywood. Le gallois Rhys Williams, l’anglais Torin Thatcher. Autrichien émigré, Theodore Bikel, de nationalité américaine, fait figure d’exception.

Les amateurs de « Chapeau melon et bottes de cuir » retrouveront ici le canevas du tueur invisible, la caméra s’avançant vers le visage d’une victime en gros plan qui voit ce que nous ne voyons pas (« Les cybernautes », « Le vengeur volant », « Le tigre caché »).

Hélas, ce Londres de carton pâte qui sent les studios Universal à plein nez faisait sans doute illusion en 1957, mais aujourd’hui, cela a très mal vieilli. Un peu comme la série « Le Saint » avec Roger Moore. Il faut attendre les dernières minutes pour connaître l’identité du coupable. Cet aspect de l’épisode est parfait, dommage que le manque de moyens évident freine notre enthousiasme.

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33. A MAN GREATLY BELOVED
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de A.A. Milne. Adaptation : Sarett Rudley. Réalisation : James Neilson

Véritable petite peste, la fille du pasteur, une gamine du nom de Hildegard, découvre que le nouveau venu dans leur petite ville est un juge qui lorsqu’il était en activité avait une réputation de sévérité extrême. Elle s’insinue dans la vie du vieil homme.

Voilà un épisode assez imbuvable, avec une cousine éloignée de Fifi Brindacier. La petite Hildegard Fell (excellemment interprétée par l’actrice Evelyn Rudie (huit ans lors du tournage) se mêle de façon éhontée de la vie d’un vieil homme qui vient d’arriver à Essington, dans le Massachussetts.  Il faut beaucoup de patience au juge Anderson (Sir Cedric Hardwicke) pour la supporter. Dotée d’une intelligence hors du commun (elle a appris les échecs à son pasteur de père, et met mat le juge), la gamine est aidée d’une vieille folle spirite, Mrs Whiteford (Edith Barrett) dont le neveu Clarence est incarné par Robert Culp (« Les espions »).

Sous des abords diaboliques, l’enfant est en fait inoffensive, ce qui rend l’histoire plutôt bancale. Il fallait soit faire de l’enfant une poupée diabolique, mais  la chaîne n’aurait sans doute pas donné son autorisation, soit ne pas nous présenter de façon trompeuse son aspect « démon ». Car l’histoire tourne vite à la mauvaise farce, telle cette scène de spiritisme où Hildegard se cache pour faire la voix d’un esprit et donner la réplique à Mrs Whiteford. Que le juge, interprété par Cedric Hardwicke, devienne l’objet d’un chantage de l’enfant est assez peu crédible, d’autant plus que le scénariste a choisi de dédramatiser les pouvoirs de la petite fille en nous concoctant une fin moralisante et « rassurante » qui vient démolir l’édifice.

Le prologue, fort drôle, où Hitchcock rate un tour de magie en transperçant une malle faisant une victime, nous laissait présager mieux. Les bons sentiments viennent noyer ce qui se présentait comme une farce macabre. Comme beaucoup d’enfants prodiges du spectacle, Evelyn Rudie a stoppé très tôt sa carrière (dernier rôle en 1961). Notons que Robert Culp est ici sous employé et que son personnage de neveu de la médium, inutile à l’intrigue, arrive comme cheveu sur la soupe.

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34. MARTHA MASON, MOVIE STAR
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de Raymond Mason. Adaptation : Robert C. Dennis. Réalisation : Justus Addis.

Mabel n’aime plus son mari Henry qui l’exaspère. Elle veut divorcer. Il refuse. Elle le tue avec un marteau et l’enterre dans le jardin de la villa.

Mabel  (Judith Evelyn) pense qu’elle ressemble à une star de cinéma, Martha Mason. Précieuse, elle dort avec un masque de beauté. Son mari Henry (le terrifiant Robert Emhardt, ici trop vite sacrifié) aime le jardinage. Comme il refuse obstinément de divorcer, celle qui se prend pour une star s’en débarrasse.

D’un bout à l’autre, cet opus, dont il est mentionné au générique de fin qu’il a été publié dans « Alfred Hitchcock Mystery Magazine », est gâché par l’insupportable Judith Evelyn. Elle ne ressemble pas à une star de cinéma mais à une femme dont la jeunesse s’est enfuie et qui a perdu tout charme. La comédienne cabotine à outrance, mais le script, qui se revendique de l’humour noir, est en fait étriqué.

Vinton Hayworth, en patron du mari, s’en sort mieux. Il est Mr Abernathy, forte personnalité locale, qui sans le savoir procure un alibi à la meurtrière. Rusty Lane qui incarne le policier menant l’enquête sur la disparition d’Henry est une grosse erreur de casting. Rustre, il a un look de clochard. Le téléspectateur se languit pendant vingt-cinq minutes, trouvant seulement distrayante la présentation du maître habillé en astronaute, revenant de la planète Mars où il vient de vendre la série.

Un épisode dispensable.

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35. THE WEST WARLOCK TIME CAPSULE
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de J.P. Cahn. Adaptation : Marian Cockrell. Réalisation : Justus Addiss.

Dans une petite ville, George Tiffany est taxidermiste. Il construit un cheval empaillé pour le donner à la ville. Un jour, son beau-frère Waldren arrive et se révèle vite un pique-assiette encombrant et dangereux pour la santé de son épouse qu’il fatigue.

Trois ans avant « Psychose », voici un taxidermiste. Mais j’avoue avoir été bien déçu par l’épisode qui commence sur des chapeaux de roue et finit bâclé.

George Tiffany (Henry Jones) est taxidermiste. Il construit « Napoléon », un cheval auquel comme tous ceux qui pratiquent son art il entend donner la vie éternelle. Aidé par un jeune apprenti, il est entouré d’une épouse aimante, à la santé fragile, Louise (Mildred Dunnock). Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si un jour, le beau-frère, que Louise n’a pas vu depuis vingt-cinq ans, Waldren (Sam Buffington) ne décidait de rappliquer et de s’incruster. Fainéant, égoïste et hypocondriaque, il abuse de la patience du couple et de la gentillesse de sa sœur qu’il envoie à l’hôpital à force de la fatiguer. George décide de se débarrasser de l’importun.

Par amour, un brave homme va devenir criminel. Mais tout est très prévisible. La mise en scène nous prédispose à un climat d’épouvante avec les scènes d’orage. George n’est cependant pas le futur Norman Bates et il faut s’attendre à un petit suspense vite éventé. D’autre part, si les personnages sont bien écrits, celui de Waldren est caricatural et outrancier. L’épisode ne tient pas les promesses du début et on le regrette. Mais J.P. Cahn n’étant pas Robert Bloch, il ne faut pas s’attendre à une histoire à vous glacer le sang. Dommage.

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36. FATHER AND SON
INÉDIT EN FRANCE



Histoire de Thomas Burke. Adaptation : James P. Cavanagh. Réalisation : Herschel Daugherty.

Londres, 1912. Un père refuse de donner de l’argent à son fils qui veut épouser une prostituée. Pour trouver quelques livres, il dénonce un criminel recherché que cache son père.

Superbe épisode, fort bien interprété, mais qui s’insère mal dans l’anthologie. Il s’agit d’une chronique de la misère humaine. Le criminel recherché Gus Harrison (Frederick Worlock) est innocent et le fils de celui qui le cache le sait. Sam Saunders (Charles Davis) est pitoyable en fils indigne qui traite son père d’ivrogne et veut par tous les moyens trouver de l’argent, manquant même d’assassiner son patron, Schiller (George Pelling) qui le chasse mais ne saura pas qu’il a manqué de peu se faire fracasser le crâne. Car Sam est un lâche et n’ose pas aller jusqu’au bout de son geste.

Mae (Pamela Light) est une danseuse de cabaret aux mœurs légères qui ne s’intéresse qu’à l’argent. Le père de Sam, Joe (Edmund Gwenn, dont ce sera le dernier rôle après une carrière chez le maître avec notamment « Correspondant 17 » et « Mais qui a tué Harry ? ») symbolise l’obstacle entre le garçon veule et la fille. Pour l’occasion, l’expression  « vendre père et mère » prend tout son sens.

Les comédiens sont tous fabuleux, à commencer par Edmund Gwenn, Charles Davis en fils indigne lui donnant la réplique avec brio.  Pamela Light a le bon goût de n’être ni caricaturale ni vulgaire. L’épisode cependant n’entre pas dans le cahier des charges de la série, par exemple, il n’y a pas vraiment de chute comme à l’accoutumée. Il y en a une mais au sens propre, pas figuré, nous n’en dirons pas plus pour ne pas dévoiler le spoiler. On devine qu’Hitchcock a eu plaisir à présenter cette histoire car il a bien connu le Londres du début du siècle et est en terrain familier.

Vous passerez un bon moment en regardant l’épisode, mais oublierez très vite que c’est opus de la saga « Alfred Hitchcock présente ».

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37. THE INDESTRUCTABLE MR. WEEMS
INÉDIT EN FRANCE



Scénario original : George F. Slavin. Réalisation : Justus Addiss.

Proche de sa fin, Clarence Weems se voit contacté par ses frères d’une loge maçonique qui vient d’acheter un terrain pour y édifier un cimetière. Weems touchera une rente hebdomadaire de 50 dollars jusqu’à sa fin, où il deviendra le premier « client ».

Episode typique de l’humour anglais, « The Undestructible Mr Weems » sera adoré par les amateurs de farces macabres et de non sense et haï par les autres. Notons que l’acteur principal, Robert Middleton, déjà apparu dans la série, qui incarne Cato Stone, ressemble à s’y méprendre à Edward Asner (« Lou Grant »).

Comme dans « Le Viager » de Pierre Tchernia, Weems (Russell Collins) va enterrer ceux qui spéculent sur sa mort pour faire de l’argent. J’ai trouvé l’épisode niais et empesé. Il ne s’y passe pratiquement rien, excepté les lamentations de Cato Stone et de ses associés qui se rendent compte que leur « investissement » a été fait à pure perte. L’un d’eux est le futur mari de la fille de Weems. L’intrigue aurait eu une autre tournure si la « loge » avait été menaçante et représenté quelque danger. Ce n’est pas le cas ici, où les protagonistes frôlent le ridicule.

Russell Collins en  moribond « revenant » joue avec beaucoup de malice le fameux Monsieur Weems. Il renaît à la vie et, veuf, se remarie. Au grand dam de Stone et de ses frères de loge.

Un opus moyen, contenant malgré tout quelques scènes d’humour noir. Notons que les scènes où Cato et ses amis sont obligés de grimper quatre étages à pied, chose qui aura une importance dans la chute, sont vite répétitives.

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38. A LITTLE SLEEP
INÉDIT EN FRANCE

Histoire de Joe Grenzeback. Adaptation :  Robert C.Dennis. Réalisation : Paul Henreid.

Barbie Hallem, une fille de riches, a hérité d’un chalet en montagne. Après avoir éconduit plusieurs prétendants, et s’ennuyant, elle se réfugie dans le chalet occupé illégalement par un intrus.

« L’argent ne fait pas le bonheur » semble être la devise de Barbie Hallem qui très jeune est blasée de tout. Elle joue avec les hommes qui veulent flirter avec elle, en abandonnant un en pleine montagne au moment où il veut prendre le volant de son cabriolet, car la conductrice est ivre.

Barbie est interprétée par Barbara Cook (ici en vamp, mais qui a fait carrière dans la comédie musicale), tandis que nous retrouvons un juvénile Vic Morrow. L’histoire n’est que la répétition d’un drame qui s’est passé dans la montagne, celui de Marcella, une autre fille futile. Mais Barbie ne le comprendra que trop tard tant elle est imbue de sa personne et sûre de son pouvoir.

On  passe des soirées de surprises party pour riches à la rude montagne désertique. L’épisode entre bien dans le cadre de l’anthologie : suspense, action, violence, chute… Absence totale d’humour ici, il s’agit d’une situation grave et dramatique. Il est à nouveau mentionné que l’histoire fut publiée dans le « Mystery Magazine » d’Hitchcock. De fait, c’est tout à fait le genre d’histoires que l’on trouve dans les recueils publiés en livre.

La mise en scène est alerte et ne ménage aucun temps mort. Il manque quand même ce petit quelque chose qui fait  de certains opus de la série des petits chefs d’œuvre de suspense.

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39. THE DANGEROUS PEOPLE
INÉDIT EN FRANCE

 

Histoire de Fredric Brown. Adaptation : Francis Cockrell. Réalisation : Robert Stevens.

Dans la salle d’attente d’une petite gare isolée du Milwaulkee, deux voyageurs qui savent qu’un fou dangereux vient de s’échapper d’un asile se suspectent mutuellement d’être le maniaque.

Lorsque j’ai commencé à chroniquer cette anthologie, je pensais qu’elle ne contenait que des joyaux comme celui-ci. Nous pensons que le maître est derrière la caméra tellement son style est reproduit. Un avocat, Bellefontaine (Robert H. Harris) et un bookmarker aux vêtements rapiécés, Jones (Albert Salmi) se retrouvent face à face, mais isolés, dans une salle d’attente. Nous entendons sans arrêt les sirènes de police à la recherche du dangereux psychopathe évadé. Jugeant sur l’apparence, le téléspectateur est persuadé que Jones est le fugitif. Il faut dire qu’au début, nous n’avons que les voix intérieures de l’avocat (en voix of) qui est persuadé être en présence du tueur sanguinaire. Après le premier acte, nous avons la version de Jones, qui voudrait s’emparer du tisonnier ayant réalisé que Bellefontaine s’est rendu aux lavabos pour charger son arme. Et ce train qui n’arrive pas…

Robert Stevens joue avec nos nerfs, et nous passons un moment d’angoisse totale. L’arrivée d’un policier devrait nous rassurer, mais faut-il se fier aux apparences ? Nous n’en dirons pas plus, si ce n’est que la saison 2 se termine en beauté avec un véritable chef d’œuvre. Nous nous identifions à Bellefontaine, puis à Jones. Les gros plans sur l’horloge, sur les visages en sueur, les regards, sont du pur Hitchcock. Il y a même un petit côté « La Quatrième dimension » dans cet opus tant les limites de la terreur sont franchies, nous plongeant parfois presque dans le surnaturel.

Lors de la présentation, le maître nous fait rire en faisant face à un peloton d’exécution, lançant le programme comme si c’était le dernier. Il y a aussi une chute dans le sketch de fin qui est la suite du prologue.

On aurait aimé que l’entière saison ne soit faite que d’histoires comme celle-ci et le terrifiant « Crackpot ». Mais la série propose aussi des épisodes moins palpitants.

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Images capturées par Patrick Sansano.