saison 1 saison 3

The L Word (2004-2009)

SAISON 1

 


PRÉSENTATION

Cette saison permet de découvrir le petit monde de West Hollywood, « Gay City » comme le nommera Alice.

Cette banlieue cossue de L.A. comporte une forte proportion d’homosexuels dans sa population et deviendra d’ailleurs la première ville américaine à avoir un conseil municipal majoritairement gay. Nous y pénétrons en compagnie de Jenny, jeune écrivaine en devenir, venue y retrouver son fiancé Tim.

À travers des voisines vivant en couple, Bette et Tina, elle va découvrir cette communauté avant de voir sa vie totalement bouleversée par sa rencontre avec la fascinante Marina. Cette dernière dirige le Planet, café lesbien branché servant de quartier général aux amies de Bette et Tina. Celles-ci cherchent à avoir un enfant, mais Bette va s’autoriser une liberté "extraconjugale" aux conséquences désastreuses. Kit, sœur de Bette, Alice, journaliste délurée et espiègle, Dana, tenniswoman demeurant « dans le placard » par souci pour sa carrière, et la longiligne et libre Shane, aux multiples succès amoureux, complètent le tableau.

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1/2. LANGOUREUSE /LIBERTINES
(PILOT)


En ce début de série (encore un générique minimaliste, voire inexistant…), on perçoit très vite que l’un des atouts majeurs de The L Word va résider dans l’étonnante qualité de son interprétation.

Chacune des actrices s’approprie véritablement son personnage, avec conviction et justesse (la VF ne nuisant pas à l'ensemble). On a de plus le plaisir de retrouver des actrices que l’on aime bien, rencontrées à diverses époques sur le petit écran comme sur le grand. Mention spéciale à la sublime Mia Kirshner,  à des années-lumière de la létale Mandy de 24h (on s’attend parfois à la voir sortir un poignard en titane ou une arbalète à visée gyroscopique) mais dont on sent bien qu’elle a un vaste potentiel pour faire évoluer son personnage à la découverte de ce nouveau monde (Tim a l’air sympa, mais surtout une bonne tête de looser). Et bien entendu à Jenny Beals toujours aussi resplendissante et rayonnante (et suprêmement élégante). Karina Lombard est aussi formidable que dans les regrettés 4400. Parmi les comédiennes de moi inconnues, vrai coup de cœur pour celle interprétant Shane, particulièrement expressive. Une grande série d’actrices !

Si la mise la scène paraît efficace mais sans réellement s’extraire d’un relatif conformisme, on apprécie également la qualité d’écriture de l’intrigue. Faire découvrir une micro  société  par un nouveau venu(e) auquel s’identifie le spectateur reste une technique éprouvée mais parfaitement conduite ici. La mise en place des personnages et de l’univers s’effectue avec fluidité, sans ressenti de procédé. On situe bien qui est qui, de même que les potentialités offertes. Les personnages, parfaitement individualisés, ne sont pas des caricatures (malgré quelques clichés inévitables comme le café – lieu de ralliement central –, le psy…) et se voient dotés d’une véritable profondeur psychologique. Autre grand point de la série : les dialogues, crus, pétillants, drôles et cyniques, un vrai feu d’artifice (tout de même un côté Sex and the City dans les discussions entre copines, en plus âpre).

On trouve également très positif que le récit évite le voyeurisme mais aussi le revendicatif outrancier. Mais d’autre part on en reste à une vision un tantinet édulcorée et joyeuse des choses. L’histoire se situe à LA, et dans un milieu relativement ouvert et huppé. Et c’est là que le bât blesse un tantinet : toutes ces séries décrivant des mœurs très libres se centrent sur les cercles élevés de la société – ici bourgeoisie cossue, jet set dorée de SatC, élite urbaine et culturelle de Californication, golden boys de la City pour Secret Diary. On en finirait par croire que seuls les happy fews sont dignes d’intérêt, menant l’unique vie sentimentale et sociale valant d’être racontée.

Par ailleurs, j'apprécie les relations entre héros d’une série, le « relationship » constituant bien l’un des éléments importants d’un subtil cocktail assurant l’intérêt et la valeur d’une série. Mais il ne doit pas représenter le seul moteur de l’intrigue (selon moi), au risque de déséquilibrer celle-ci. La série doit s’enrichir d’autres enjeux se valorisant mutuellement (lutte contre les esprits diaboliques, enquêtes paranormales ou policières, humour débridé d’une franche comédie, gosse à sauver lors d'une opération de la dernière chance qui fait pleurer etc.).

Entre ces différents axes, le curseur de The L Word semble tout de même positionné d’une manière assez exclusive sur le shippisme, avec une accentuation liée à un  nombre relativement élevé de personnages. Malgré la maîtrise avérée de l’écriture j’ai peur que l’on ne se limite à un jeu perpétuel de séparations, réconciliations, rapprochements, désarrois sentimentaux divers etc. Sans guère d’autres moteurs pour la progression dramatique. D'une manière caractéristique on voit deux des filles passer leur soirée à dresser une "carte" reliant les relations entre personnages, indiquant bien ainsi  l'axe unique de la série (comme le poster I want to believe des X-Files). Pour tout dire c’était formidable au premier épisode, un peu long au second.

En un mot, The L Word paraît manifestement supérieurement interprétée, d’une écriture et d’une réalisation de fort belle facture (avec une tentative marrante de faire passer Vancouver pour LA).

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3. LIGNÉE
(LET'S DO IT)


Les ¾ de l’épisode résultent plaisamment futiles. Notamment avec le tronçon central « Comment repérer si une fille en est ou pas ?». C’est divertissant avec quelques infos pratiques qui seront amusantes à tester… (Attention aux ongles courts.) C’est un peu comme Le Journal de Bridget Jones : très ludique, très léger, sans guère de consistance. Les dialogues restent superbement affûtés et les actrices merveilleuses, on ressent tout de même un certain manque d’enjeu.

La dernière partie n’en prend que plus d’éclat avec la relation assez trouble et finalement violente existant entre Marina et Jenny, ainsi que la tension en résultant dans le couple Bette/Tina. On ressent un passage à un niveau supérieur, et on se dit que l’avenir de la série se joue plutôt sur ce registre que sur les discussions aussi marrantes que vaines entre copines.

Une certaine hiérarchie se met en place dans l’intérêt suscité par les personnages. En dehors du gadget cyber de la Toile, Alice n’apporte pas encore grand-chose pour l’instant. Dana un peu plus, mais le personnage ne ressort pas non plus indispensable. Je trouve les relations conflictuelles entre les deux sœurs un peu fabriquées. Le couple Bette/Tina apparaît central, avec notamment une Jennifer Beals toujours aussi intense dans les scènes émotionnellement fortes (on est au spectacle, elle s’est encore bonifiée depuis la grande époque).

L’élément chaotique cher aux scénaristes provient néanmoins pour l’instant surtout de l’axe Marina/Jenny (Mia Kirschner toujours aussi sublimement ambivalente, entre fragilité et ténèbres), c’est sans doute là que va se jouer le succès ou l’échec du récit (enfin, à moins de rebondissements importants, bien entendu). Dans l’Échelle du Looser, Tim atteint des sommets inédits depuis Max la Menace ou le Commissaire Juve. Le voici qui fait entrer la louve dans la bergerie, les deux dames le prenant visiblement pour un paillasson, ou du moins un simple pion dans leur partie d’Échecs alambiquée. Trop bon, trop… On quitte la pitié amusée pour pénétrer dans la consternation abasourdie.

L’étoile du show demeure bien la lumineuse Shane, assez fascinante dans sa manière d’encaisser les coups du sort avec indifférence et par contre se mobilisant à fond pour ses amies, une belle âme, dont le charisme tire le récit au-dessus de la tragi-comédie de mœurs. On se surprend à attendre ses apparitions, d’autant que son interprète Katherine Moennig est juste incroyable (félicitations à la doubleuse française, dont le timbre un peu rauque convient parfaitement). Dommage que l’actrice perde son temps dans une série aussi navrante que Three Rivers. Enfin, on vient juste d’apprendre son annulation, tant mieux.

On ne désespère pas, il va forcément survenir autre chose que du relationnel, à un moment ou à un autre. Enfin, on l'espère...

Deux petits détails irritants : la musculature gracile d’Erin Daniels la prive de pas mal de crédibilité dans son rôle de tenniswoman de haut niveau. On n’y croit pas beaucoup… On peut aussi regretter un placement de marques assez forcené tout au long de l’épisode, jusqu’à en devenir vraiment envahissant (informatique, vidéo, sportwear, gobelet de café très identifiant etc., cela ne cesse pas). Par contre, j’ai apprécié Marina et Jenny apparaissant dans la création littéraire de celle-ci, on se serait cru dans Le Magnifique. Bébel dans The L Word, il fallait y penser.

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4. LIAISONS
(LONGING)


Épisode vu avec un important décalage de fait d’une erreur de programmation commise par la chaîne. Et les situations ont tellement évolué en tous domaines que forcément l’on éprouve désormais du mal à s’y intéresser. Dommage car dans l’absolu il se révèle une nouvelle fois supérieurement écrit et interprété, avec une série de confrontations permettant à chaque personnage de révéler davantage de sa vérité intime.

On retrouve la hiérarchie désormais classique d’intérêt, avec Alice  (la plus Sex and The City des filles) et Diana sur une ligne de choc secondaire et Shane toujours aussi fascinante dans sa totale liberté revendiquée mais vécue sans nulle cruauté, bien au contraire.

Les deux moments forts demeurent :

– La rencontre très réussie entre Bette, que l’on adore passionnée par son boulot, et la malicieuse «hasbienne » (on apprend du vocabulaire en plus). Jennifer Beals est toujours aussi sensible et de plus particulièrement en beauté ce soir, dois-je dire. Éloquente citation de Stendhal au passage, ce n’est pas si fréquent dans une série américaine (dans une série française non plus…).

– De manière très habile la série débouche ensuite précisément sur une magnifique évocation de cette cristallisation chère à l’auteur, avec Jenny qui accepte enfin son sentiment envers Marina. La scène apparaît lumineuse dans sa simplicité, en évitant tout verbiage inutile pour laisser parler principalement le talent des deux formidables actrices. Le langage des visages et des corps exprime avec une éloquence sans égale  la nature extraordinaire de cette rencontre. Et puis ce n’est pas si souvent que l’on a l’occasion de voir Jenny (et Mia) ainsi irradier d’un bonheur sans mélange, on s’en réjouit.

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5. LEURRES
(LIES, LIES, LIES)


Cet épisode apparaît quelque peu en dessous. Il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent : Shane est quasiment absente, la découverte de la mère d’Alice apporte du mélo assez facile et déjà usité sur le cimetière des anciennes semi gloires d’Hollywood. Dana poursuit sa romance avec la Lara, rien de neuf à l’horizon (hormis une amusante évocation d’une manifestation féminine spectaculaire déjà entrevue dans Californication...).

Bette et Tina ont leur bébé, les scènes sont amusantes ou touchantes, les actrices toujours fabuleuses, mais hormis la spécificité lesbienne, on se retrouve dans une histoire très classique (stress du boulot, "mari" pas averti en premier, échographie etc.). Guère d’imagination dans tout cela, on attend autre chose de la série qu’une simple reproduction de poncifs, revus sous l’angle “L”.

Jenny et Marina poursuivent donc leur relation, le Tim étant toujours aussi désespérant et nul. L’on se dit que cela va être un épisode pratiquement pour rien, quand survient la grande idée qui apporte enfin un vrai souffle à l’action : l’apparition en guest star de l’anglais Julian Sands, vraie figure du film d’épouvante fantastique, avec le cycle du Warlock et plusieurs autres perles gothiques où il joue toujours impérialement les monstres cruels, d’une intelligence aussi narquoise que supérieure. Et là cela ne rate pas, bingo, il interprète supérieurement le prof de fac de Jenny, autrement sardonique, lucide et carnassier que cette carpette de Tim.

La scène avec Jenny  crépite à souhait, entre complicité et rixe intellectuelle. On se régale du duo d’acteur et des dialogues, tout en comparant au prof si barbant de Scully dans All things et en se disant que Mia sera décidément épatante en vampire (un second projet sur ce thème est en route, cette fois au cinéma, la suite de 30 Days où elle sera la reine des vampires de LA...).

On bascule totalement dans le génial avec Jenny réécrivant cette rencontre en invoquant son prof en tant que “Démon du Mensonge”, passant au crible ses amies. On retrouve l’aspect sombre de l’écrivaine, autrement plus intéressant que le petit nuage où elle passe la majeure partie du récit. Deux excellentes scènes donc, mais c’est un petit peu juste pour tout un épisode.

Ah oui, tout ce qui précède n’a bien entendu aucune importance car l’épisode reste avant tout l’occasion de retrouver Bruce Harwood en un visqueux directeur d’hôtel. Hormis des lunettes et quelques  kilos en plus, on retrouve Byers tel qu’en lui-même, et ça c’est champagne grand millésime. Finalement il est super cet épisode !

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6. LÉGALISATION
(LAWFULLY)


Épisode charnière que celui-ci, particulièrement intense. La série semble sortir d'une enfance heureuse et naïve, au moment où de nombreux personnages affrontent des crises ébranlant leurs certitudes et un certain confort où s'était installé leur histoire.

Alors que les relations s'entrecroisaient jusqu'ici dans une espèce de paradis ouaté de tolérance et d'insertion sociale réussie, les premières difficultés liées à l'homosexualité surgissent. Les personnages et l'univers évoluent de manière très intéressante, la série s'assombrissant  tout en gagnant réalisme et âpreté. 

Dana, qui gérait jusqu'ici assez facilement sa carrière et la dissimulation de son homosexualité (In the Closet, selon l'expression consacrée) affronte une première vraie turbulence lors de l'enracinement de sa relation avec l'adorable Lara. Les scènes sont sobrement écrites, sans exagération, la série développe décidément un parler vrai très efficace.

La communauté homosexuelle, qui semblait jusqu'ici harmonieusement unie, montre désormais des lignes de failles très marquées, notamment sociales. Ce fait se voit évoqué avec éloquence lors de la rencontre entre Shane et un compagnon des heures difficiles, où des réalités sordides sont décrites sans fard.

On monte d'un cran dans le drame avec la scène émotionnellement très forte du rejet de son futur petit enfant par le père de Bette, admirablement tournée. Bette la solide montre une vraie faille dans son besoin d'approbation paternelle tandis que Tina se révèle toujours admirable, soutenant sa compagne alors que celle-ci s'est montrée résolument odieuse avec elle toute la journée.

Mais le pic de cette évolution vers davantage de noirceur réside bien entendu dans le Big Bang du couple Jenny/Tim. La scène de la révélation constitue un vrai bijou, avec un silence bien plus parlant et cruel que n'importe quelle parole (chapeau à l'acteur Eric Mabius, très expressif). La suite se montre plus désarçonnante avec cette histoire pour le moins improbable de mariage. (Évidemment il ne fallait pas s'attendre à une explication directe et orageuse avec le Tim).

C'est que, d'une manière particulièrement habile, chaque personnage se trouve à l'heure d'un choix très révélateur sur sa personnalité. Certaines s'en sortent par le haut, comme Shane, opposant la générosité à l'horreur sociale, ou Kit, très courageuse et digne dans sa solidarité avec sa sœur. Bette semble, elle, choisir le déni du réel ; mais c'est bien Jenny et Tim qui apparaissent écrits sous le jour le plus défavorable, avec une pathétique fuite en avant pour lui (how surprising !) et une basse manœuvre peu glorieuse pour elle, s'imaginant recoller les morceaux en s'enferrant dans le mensonge  afin de poursuivre son double jeu comme si de rien n'était.

C'est mal parti, d'autant que Marina lui manifeste un soutien pour le moins minimaliste, ne laissant par présager le meilleur pour la poursuite de leur relation sur la durée. L'avenir semble mal engagé pour une écrivaine que la série assombrit toujours à plaisir. Dana reste encore dans l'expectative : même si elle semble prête à franchir le Rubicon, les jeux sont ouverts.

The L Word, toujours supérieurement écrite, réalisée et interprétée (la totale implication des actrices ne cesse d'étonner et de ravir) commence à se démarquer sérieusement de Sex and the City, plus légère et résolument humoristique. L'épisode a cependant l'habileté ne pas sombrer dans le pathos, en insérant quelques scènes résolument hilarantes.

C’est le cas avec  un prologue d'anthologie au cœur d'années 70 joyeusement caricaturées, renvoyant à une conclusion pareillement énorme, avec un policier très à l'Ouest que l'on espère bien revoir. Comme la chapelle des marieurs, toute la séquence d'Alice et de sa mère (et Shane !) se montre également très drôle. On s'interroge néanmoins sur la capacité d’Alice à aller au-delà de ces vignettes humoristiques où elle excelle. On aura rarement vu une telle alternance de scènes joyeuses  ou dramatiques, ce qui pourrait conférer à l'épisode un dommageable aspect de patchwork, mais la qualité de l'écriture parvient à rendre le tout parfaitement fluide.

Un épisode particulièrement réussi, qui rassure après le léger surplace du précédent.

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7. LARGUÉES
(LOSING IT)


Épisode très dynamique, multipliant des scènes étranges venues d'ailleurs que l'on imagine mal dans toute autre série, preuve que The L Word développe bien sa spécificité. On débute avec Shane seule femme dans une boîte gay masculine (depuis le début de la saison on ressent comme une camaraderie légèrement teintée d'ironie envers la maison d'en face), puis avec la même Shane en pleine descente se faisant incendier par son patron (hilarant) avant de réussir la coupe du siècle, avec une satire de mœurs de la Jet Set de L.A. toujours finement ciselée.

Après on passe d'Alice écoutant des filles du Planet préparer « La nuit du Clit » (sic) et renouant avec le très Quatrième Dimension « Homme lesbien » (le type le plus malin de l'univers des séries télé), à Dana et Lara se montrant très « euphoriques » en passant par Tina en proie à la version locale de la Ling d'Ally McBeal, complètement en pétard après avoir appris que le donneur de sperme était son copain. Une journée comme une autre à West Hollywood.

Pendant ce temps, Timouchet franchit les dernières limites du risible en accumulant les scènes pitoyables, à la police, chez ses copains et, pire encore, chez Marina (où il se montre d'un ridicule fini). La série donne tout de même l'impression de s'acharner sur lui ; ce serait lui rendre service (et à nous) que lui indiquer la porte de sortie.

Mais le segment le plus fort de l'épisode demeure tout de même le trip (dans tous les sens du mot) très road movie de Jen, où l'incroyable Mia Kirshner se montre une nouvelle fois absolument bouleversante. Il s'agit sans doute ici du plus beau numéro d'actrice que la série nous ait offert depuis son commencement, alors qu'elle se montre très prolixe en la matière. Jenny est totalement « lost in translation », le désarroi des sentiments dans toute son essence. J'ai adoré la « Jenny's Touch » très présente dans ce poème composant une déclaration d'amour à base d'évocation très gore de différents organes vitaux. Pour l'anecdote cette histoire de cœur arraché m'a immédiatement fait penser à Indiana Jones, je dois être un Geek moi aussi.

Au total, un scénario sans temps morts, alignant sans faiblir des scènes aussi pimentées que passablement dingues. Les dialogues pétillent et la mise en scène sait admirablement varier ses effets. Les images de Bette à New York sont ainsi absolument somptueuses, avec de plus une jolie guest star en la personne de Lisa Gay Hamilton (The Practice). On aime que la série trace son propre sillon et développe un ton vraiment original.

Allez, quelques petites réserves, ce ne serait pas fun sinon. L'insertion de produits se poursuit encore et toujours, avec notamment une bouteille de Perrier figée sur l'axe de l'image, perturbant l'excellente scène de poker. Que des marques aussi prestigieuses se positionnent épisode après épisode dans cette série très particulière reste un signal positif de l'évolution des mœurs, mais les procédés employés apparaissent souvent très lourds. Cette histoire de portables coupés ou indisponibles sent tout de même le fabriqué, il est ainsi très surprenant que Bette n'ait pas l'idée de contacter l'une des copines !

Ah et puis petit message au réalisateur : ce n'est pas la peine de se casser la tête à reconstituer LA à Vancouver (avec succès) pour que, dès que Jenny sorte de la ville, on retrouve les forêts et les montagnes de cette région bien connue depuis une certaine série. Pour pallier à cette difficulté on tente, sous prétexte d'hallucinogènes, de surexposer l'image sous une lumière écrasante (on se croirait dans l'épisode mexicain des X-Files « John Doe » !) mais ce n'est pas au vieux singe que l'on va apprendre à faire la grimace.

Plus important, on regrette que le personnage de Marina se montre finalement moins développé que les autres, elle semble cantonnée dans son rôle de perturbatrice entre Tim et Jenny. Elle ne développe pas d'histoire en propre à la différence des autres personnages, c'est dommage de sous employer une actrice aussi géniale que Karina Lombard !

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8. L'ENNUI
(L'ENNUI)


Nouvel excellent épisode. Après avoir mis quelques épisodes, certes toujours plaisants, à développer sa vraie personnalité et son originalité profonde, The L Word a désormais atteint son rythme de croisière (c'est le cas de le dire ici). La multiplicité des personnages, longtemps perçue comme un quasi handicap à gérer, permet désormais un kaléidoscope de scènes aux tonalités diverses, mais le plus souvent parfaitement agencées.

Après la saynète d'introduction traditionnelle (un procédé très 007 !) particulièrement sensuelle ici, à l'image de l'épisode, le récit débute idéalement avec une Marina incroyablement radieuse sur le standard de Luz Casal Un año de Amor. Ce personnage reste un total mystère, apparemment très attachée à Jenny (quelques scènes très éloquentes sur le bateau de nouveau sur Luz Casal mais aussi... horizontalement) mais n'hésitant pas à la jeter lors du retour de sa régulière, avec quelques très vagues phrases de réconfort. Entre charisme lumineux, dureté et absence totale de remords, Marina fascine mais dépiste en même temps, une authentique réussite d'autant que Karina Lombard irradie littéralement. On attend avec impatience de faire vraiment connaissance avec sa moitié, cela doit être quelqu'un à niveau.

On aime bien Jenny mais la voir effondrée devant les mensonges de Marina, alors qu'elle vient elle-même de s'y enferrer avec le Tim, reste assez plaisamment ironique, l'arroseuse arrosée etc. Tim le Vaillant se rappelle brusquement qu'il a une survivance de fierté à défendre, ce qui l'entraîne à être sans doute un tantinet rude avec Jen, mais honnêtement on a un peu de mal à lui en vouloir. C'est un  cul-de-sac  pour notre Jenny, mais bon elle va  rebondir, ne serait-ce que parce que la série ne peut définitivement plus se passer d'elle...

Le trio infernal Marina/Jenny/Timouchet apparaît à son meilleur ici, mais les deux grands moments de l’épisode proviennent du Clan, avec une intervention (phénomène très américain, aperçu dans différentes séries, y compris Dead Zone) à pleurer de rire et ensuite un des ces moments purement L Word qu'on adore : cette fête très spéciale virant à une Cité des femmes exacerbée  à la Fellini, mais sur un yacht très jet set. L'atmosphère est particulièrement "électrique"  (genre centrale à fusion) et, tandis que la croisière immobile s'amuse, les personnages et les comédiennes se mettent totalement en roue libre, pour la plus grande joie du spectateur.

Il se confirme que Shane, the Queen of the Teuf, tient admirablement l'alcool (avec un côté Terminator de la picole). Elle se montre aussi hilarante qu'attachante durant tout le récit. En fin d'épisode l'incroyable Kate Moenning nous offre un pur instant de grâce en dansant sur la rambarde du navire, parfait symbole  de Shane en perpétuel équilibre instable au-dessus du chaos de l'existence, mais toujours souriante, radieuse et positive. Un enchantement.

Dans le registre de l'humour on apprécie aussi la romance bien hallucinée comme on l'aime entre Alice et l'homme lesbien venu d'Alpha du Centaure. Un très grand moment d'intense n'importe quoi ! À l'image de Dana s'étant totalement déchirée après sa rupture et incendiant le dance floor. Etc. Toute la soirée apparaît comme une sarabande endiablée d'images totalement dingues, où par contraste transparaît la tendresse sereine entre Bette et Tina, qui sont tout sauf barbantes ! (La séance du Yoga est géniale.)

On espère cependant que le récit ne va pas trop verser dans l'euphorie, notamment avec une réconciliation comme si de rien n'était entre Dana et la charmante Lara, après le rebondissement trop providentiel du "plan à la Navratilova"). The L Word reste une série où les mauvais choix se paient cash, ce serait bien dommage d'altérer cette véracité participant vivement à son intérêt.

Seul regret de cet épisode, effectivement particulièrement réussi, je trouve que l'histoire de Kit et de son fils ne fonctionne pas du tout. C'est théâtral, mélo et très fabriqué. Mais heureusement cela demeure secondaire et nous vaut tout de même une belle scène entre sœurs.

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9. LUCIDITÉ
(LISTEN UP)


Beaucoup de choses ici, peut-être un peu trop, cela va vraiment à cent à l’heure. Heureusement le découpage narratif reste impeccable.

Inévitablement, quand on sature un récit, il y a des défauts. Tout d’abord la visite de la copine de Jenny bon, euh... Cela bêtifie à tout va, Jen devient légère comme une bulle de savon, je ne l’aime pas trop comme ça, très puérile. La visite du prof était autrement plus intense. L’histoire semble se déséquilibrer toujours plus entre Bette et Tina, cette dernière étant nettement plus mise en avant.

La fin de saison approche à grands pas et l’on ne perçoit finalement que bien partiellement les personnages, Bette ne cesse de répéter à son antagoniste « Black Panther » qu’elle ne la connaît pas et ignore comment elle s’est débrouillé en tant que noire et lesbienne pour évoluer dans ce monde. Mais… Nous non plus en fait ! On en reste principalement dans le relationnel immédiat, c’est un peu la limite de la série.

Dans  la Twilight Zone, on retrouve bien entendu la fameuse Nuit du Clit, assez hallucinante y compris en tant que bide cosmique. Tiens, je m’en souviens de ces anneaux… On découvre aussi la Journée des Épouses Républicaines, faisant furieusement penser aux dîners de famille chez les Scully et donnant juste envie de sauter par la fenêtre, peu importe le nombre d’étages. On s’amuse aussi beaucoup avec la séance psy de groupe totalement ridicule, avec des personnages excellemment décrits (on sent du vécu derrière pas mal de passages de The L Word,  un vrai plus).

On pourrait y ajouter le tournage du clip mais on subit ici une malédiction commune à toutes les séries (et à quelques films…) dès qu’un rappeur apparaît, l’intérêt s’enfuit. Le guest Snoop Machin a dû amuser ses fans, globalement il est sinistrement nul.

Le rayon humour est tenu avec verve et énergie par Alice et Shane, particulièrement toniques. La première poursuit son odyssée avec l’homme lesbien (ça sent la fin) et se mêle toujours aussi irrésistiblement des affaires des copines. Le personnage est de plus en plus en roue libre au fil des épisodes et c’est tant mieux. Shane poursuit sa découverte du grand monde de Beverly Hills, ce qui nous apporte toujours des scènes aussi frappées.

The L Word prend ici des allures de  pamphlet,  mais toujours amusant notamment grâce à une Shane perpétuellement zen et à l’angle particulier de la série. Mais aussi à la grande guest de la soirée, rien de moins que Rosanna Arquette, aussi belle et mutine qu'à l'accoutumée. L’actrice a visiblement tout compris à l’esprit de la série et s’y intègre impeccablement. Un personnage en or massif et une love story que l’on espère voir se poursuivre avec Shane. Le cocu magnifique vaut aussi le détour, il ne fait décidément pas bon être un mâle dans cette série…

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10. LAMINÉES
(LUCK, NEXT TIME)


La dominante de cet épisode est le drame, intense mais toujours sans pathos dégoulinant (on sourit encore par moments). Dana poursuit l’épreuve de la « sortie de placard », avec plusieurs moments déchirants en famille, mais l’histoire est racontée comme une naissance, douloureuse mais libératoire avec un ton parfaitement juste.

Erin Daniels interprète parfaitement Dana, quelle que soit la tonalité de la scène, une vraie démonstration. J’ai bien aimé le personnage du frère, joliment croqué dès son apparition. Le voir poser sa min sur la vitre de la voiture était assez émouvant.

Le couple Bette/Tina affronte l’épreuve de la  perte de l’enfant ce qui nous vaut un passage déchirant avec une Tina en larmes, quelque peu parasitée par l’arrivée des illuminés. Je trouve que le télescopage arrive un peu trop vite, mais c’est encore une conséquence du rythme de folie de cette série. Jennifer Beals est juste incroyable (une fois de plus) durant cette scène. Bette est soumise à d’autres agressions.

Chapeau à Helen Shaver !, autre guest de la soirée, qui arrive en deux minutes à rendre son personnage de Fae Buckley  parfaitement visqueux et haïssable, de la belle ouvrage et une scène impeccablement filmée. Notre Bette semble de plus en plus s’enfermer dans le spleen au fil des épisodes (depuis le retour du bateau) et aussi doucement qu’inexorablement se fissurer. On ne sait pas trop ou elle va mais le couple a l’air de battre de l’aile même si Tina ne s’en rend pas encore compte.

Tim/Jen/Marina continuent à vivre leur histoire de manière quasi autonome du reste de la série. Tim-tu-restes-pour-une-seule-nuit continue à soigner son profil de looser et Jen se montre nettement plus intéressante que dans l’épisode précédent. On aime quand elle exprime son côté obscur, d’autant qu’elle commence à se rebiffer et à sortir les griffes, une nouveauté bienvenue (quelques attitudes à la Mandy de 24h ce soir, c’était assez amusant à observer).

Le meilleur reste d’ailleurs ce dîner si festif chez Marina/Francesca, à la chaude ambiance, non pas à couper au couteau mais à la tronçonneuse. Très grand moment, avec une remarquable Francesca, souveraine des lieux, avec un vrai panache même si assez inhumaine de dureté par ailleurs. Par réaction, on ne sait pas trop, Marina semble se « féminiser » et laisser affleurer davantage ses sentiments. On peut même se demander si Marina ne singeait pas l’absente jusqu’ici. Elle fend l’armure mais on sent bien que cela n’ira pas beaucoup plus loin.

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11. LUTTES
(LIBERALLY)


On trouve ici ce qui apparaît bien comme le plus mauvais épisode depuis le début de cette première saison. Grosse panne d’inspiration pour l’auteure de la série : alors que jusqu’ici elle parvenait à unifier les différents fils de son intrigue autour d’épisodes à thèmes, là tout paraît brouillon, éclaté, inutile.

Des scènes bien trop brèves et nombreuses s’empilent, avec un sentiment de trop grande facilité. Shane doit gérer une fille à la dérive et, hop !, en 30 secondes elles deviennent super copines (bon, c’est Shane, mais tout de même) avec au passage une scène de golf miniature très « baseball de chez X-Files ». Cela va trop bien, trop rapidement pour Shane y compris professionnellement. Gnan-gnan en vue ! Tina a besoin d’un dérivatif et, hop !, l’un des membres du groupe psy lui offre de participer à une association convenant idéalement, qui, hop ! , apporte très précisément à Bette l’arme qu’il lui faut contre l’effroyable Fae Buckley.

Tout cela se déroule avec beaucoup trop d’artificialité, c’est un peu The L Word qui percute le monde des contes de fées. On ne sait pas trop quoi faire des autres personnages, alors on se lance dans des segments creux, avec la grossesse d’Alice à laquelle personne ne croit ou la scène entre Tim et Jen à propos de l’élève de celui-ci. "Personne n’y croit." déclare Tim, d’ailleurs.

Le plus pénible demeure la rencontre avortée entre cette même Jen  et Dana. Cela se veut drôle mais c’est en fait très lourd. Et surtout le procédé scénaristique apparaît transparent comme du cristal : avec Tim on prolonge artificiellement, mais c’est mort, Marina ne va pas à l’évidence rompre avec Francesca, alors que va-t-on faire de Jenny pour la garder dans la série durant la deuxième saison, elle qui n’a jusqu’ici développé quasiment aucune relation avec le clan ? L’opération « Il faut sauver le soldat Jenny » est lancée avec force fracas, il s’agit de tisser des liens au plus vite. Virage mal négocié ici. Et puis Kit et son rappeur gominé se la jouant en permanence, on n’en peut plus.

Quelques moments surnagent dans cette morne narration, comme le débat télévisé incroyablement violent (Fae Buckley est vraiment la pourriture intégrale dont la série avait besoin), les frictions dans le couple Marina/Francesca (celle-ci toujours aussi impressionnante, un roc blond) – on cherche à nous faire croire que cela reste possible avec Jenny – ; mais cela reste joliment écrit et superbement interprété (la série peut toujours compter sur ses actrices quand le scénario fait défaut).

Et puis, on a de nouveau l’endroit étrange venu de l’autre bout de l’univers qui apporte toujours une scène réussie à l’épisode, en l’occurrence le bar lesbien fifties, dont on sent bien qu’il existe vraiment. Des instantanés réussis mais qui ne sauvent pas un récit par trop éclaté et peu judicieux dans son propos.

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12. LIBÉRATION
(LOOKING BACK)


Virage à 180° et hausse quantique d’intérêt pour l’épisode suivant qui réussit tout ce que en quoi le précédent a échoué. L’auteur regroupe cette fois ses personnages dans une histoire resserrée et cohérente lors de cette expédition à Palm Springs (résidence de Patrick Macnee…) pour le Dinah Shore annuel.

Cette épopée s’avère très réussie et foncièrement hilarante, reconstituant au centuple l’ambiance Cité des femmes de la soirée sur le yacht. Pour ce qui est atmosphère  exotique et légèrement dingue, on est servi tout au long de l’histoire avec des seconds rôles en roue libre et totalement excités, à l’image de cette attachée de presse aussi marrante qu’horripilante, Tonya.

Outre l’environnement très électrique le récit à l’idée géniale de faire révéler par chacune des héroïnes le moment où elle est « sortie du placard ». Cela donne à l’épisode un petit côté de film à sketchs très pimenté et réussi, d’autant que ces multiples historiettes présentent à chaque fois une tonalité très différente, révélatrice de la personnalité du personnage. Mention spéciale au groupe métal pourri de la jeune Alice ou aux plans floutés de Dana, joli coup !

L’enchevêtrement des différentes histoires apporte aussi un peu de ce background manquant au clan, évoquant enfin comment ses membres se sont connus (superbe rencontre entre Tina et Bette qui par ailleurs a rudement bien fait de changer de coupe, la perruque de l’Enfer). Tout sonne parfaitement juste, sans pathos ni passage inutile. Alors que l’on pensait ne pas avoir le coming out de Jenny (que l’on continue décidément à fusionner au groupe…) tout simplement parce qu’on le connaît déjà, le scénario a l’idée maîtresse de nous le faire revivre par les yeux de belle brune, bien joué ! Mia est une nouvelle fois incroyable.

Le récit évite toute impression d’artificialité que ce procédé proche du clip show peut éventuellement présenter en continuant à faire vivre les personnages autour de leurs récits, avec à chaque fois une scène finement ciselée à la clef. Alice-la concierge est excitée comme une puce, on s’amuse franchement beaucoup en sa compagnie, de même qu’en voyant Dana en idole de jeunes groupies en folie. On apprécie que Jenny conserve sa personnalité décalée et enténébrée, même au sein de cette liesse.

Alors que Tina retrouve goût à la vie, on a droit un joli contrepoint avec la rencontre très crédible et sensible entre Bette et Candace. Celle-ci, très solide et pondérée (une New-yorkaise à L.A.) est ce dont Bette à besoin en ce moment, le récit sonne une nouvelle fois très juste. On frémit en s’apercevant que le couple a évité le drame d’un cheveu, tandis que Bette continue à se singulariser et à flotter. On n’a plus de mot pour dire le bien que l’on pense du jeu de Jenny Beals.

Quelques points secondaires mais très amusants, comme le retour azimuté de la mère d’Alice (Anne Archer est impayable) ou la figure qu'exhibe Marina en voyant Jen partir s’amuser avec les copines, décidément rien ne manque à cet épisode particulièrement relevé. Seul point sombre : le placement de produit (Burger King, Perrier, Apple etc.) toujours aussi envahissant et surtout amené sans subtilité aucune, en totale rupture avec la finesse de la série.

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13. LASCIVES
(LOCKED UP)


Le premier épisode de la soirée apparaît en demi-teinte, avec des tronçons assez inégaux, en volume comme en intérêt. Bette achève doucement mais sûrement de s’imposer comme le principal personnage d’une première saison pourtant très chorale. En cela elle agglomère à son histoire presque toutes les autres héroïnes à travers « la mère de toutes les batailles » contre les partisans aussi ridicules qu’insupportables de Fae Buckley.

Toute cette longue séquence se voit narrée avec un ton tragi-comique parfait, où l’humour toujours aussi réjouissant n’entrave pas la virulence de la dénonciation de l’intolérance. La (légère) satire des films de prisons se montre également plaisante, avec notamment quelques clichés divertissants et une musique à la O’Brother, l’excellente comédie des frères Coen.

Comme souvent, The L Word parvient à trouver le temps de placer quelques scènes pour chacun de ces personnages : Alice, Dana, Shane ont ainsi droit à de savoureuses réparties illustrant efficacement leur personnalité. Mais c’est encore une fois Bette qui focalise le récit avec un destin facétieux s’ingéniant à la rapprocher de Candace tout au long de l’épisode, malgré tous ses efforts (et certes elle paie de sa personne) pour résister à l’attraction fatale. Bette donne l’impression de glisser au fond d’un gouffre et de tenter de se raccrocher à toutes les racines qui se présentent.

L’ensemble parait assez poignant d’autant que l’intensité des scènes avec Candace (remarquable comédienne, une de plus), notamment en cellule, font craindre une issue particulièrement périlleuse en fin de saison. On sent venir le cliffhanger de la mort qui tue…

À côté de ce mainstream les autres segments du récit ne peuvent que paraître au mieux périphériques, d’autant que la réussite ne paraît pas toujours au rendez-vous. L’épisode comporte la dimension « exotique » coutumière avec des Drag Kings aux numéros musicaux assez troublants. Kit débute d’ailleurs une relation avec l’une d’entre elles, Yvan, aussi solide que très attachante au naturel, on est un peu désarçonné au début mais l’ensemble fonctionne très bien (et puis du coup on est débarrassé du rappeur, alors…).

Jenny continue encore et toujours à se chercher, ce qui nous apporte des scènes individuellement réussies mais trop patchwork, partant un peu trop dans tous les sens : dîner de dépôt de bilan avec Tim, rendez-vous avec Robin, la blonde de Palm Springs, rencontre masculine à l’océanarium de L.A. où elle cherche l’inspiration (scènes visuellement superbes, très Grand Bleu, dommage que Rosanna ne soit pas là), confrontation avec les copains passablement lourds de Tim qui a le bon goût d’être gêné… Le pauvret l’a encore dans la peau alors que la belle a déjà passé à autre chose. Pathétique. Toutes ces différentes scènes papillonnent un tantinet, l’émiettement reste un danger récurrent pour la série.

Plus intéressant, Marina qui s’interroge davantage et qui, en bonne prédatrice, s’empresse de draguer la nouvelle relation de Jen… Marina, toujours aussi incandescente, reste vraiment une énigme captivante, elle manquera réellement à la série. À noter qu’en VO la sublime et polyglotte Karina Lombard s’essaie souvent au français, langage de l’amour, comme ici durant son grand numéro de séduction. « La persistance est la mère de tous les succès. » déclare-t-elle au lieu de la « persévérance », bah, on lui pardonne… Par contre ce qui ne fonctionne pas du tout c’est l’imbroglio mère-fille dans lequel se contorsionne Shane, tout cela ressemble de plus en plus à du mauvais mélo peu inspiré.

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14. LIMITES
(LIMB FROM LIMB)


Une vallée de cendres, c’est un peu dans ce genre de paysage de mort que débouche la jusque-là globalement amusante saison 1. À cette occasion  l’épisode a été judicieusement rallongé  ce qui permet enfin de prendre un peu son temps, à point nommé car on se situe à une croisée des chemins de la série. On se croirait dans Requiem (X-Files), une conclusion irréprochable, mais alors vraiment, l’ambiance n’est pas au carnaval.

Justement depuis les X-Files on sait bien que les moments clés se déroulent toujours dans un parking et c’est bien là que Bette finit par basculer. Le passage se fait avec simplicité et immédiateté, comme si elle se rendait finalement à une simple évidence, c’est supérieurement habile. Par suite, passée l’euphorie, la pauvre vit un vrai cauchemar, la gentillesse et la candeur touchante de Tina ne faisant que raviver sans cesse le remords qui la taraude (admirable scène de la douche). On peut se demander si Bette, plus ou moins inconsciemment, ne fait pas exprès d’être découverte, pour sortir du piège, tant l’aveu paraît impossible.

Évidemment, comme à chaque fois  depuis le début de la série, Jennifer Beals se montre exceptionnelle mais la grande surprise provient de Laurel Holloman, toujours très juste mais tout de même légèrement en retrait jusqu’ici par rapport à sa partenaire (j’ai mis un temps fou à reconnaître la Justine Cooper de Angel). Elle éclate lors de la scène paroxystique de la confrontation entre les deux femmes, tout à fait inédite en terme de violence, hormis peut-être le débat télévisé avec la douce Fae. Le téléspectateur prend un très grand coup de poing dans l’estomac, tant les deux actrices se livrent totalement et se montrent absolument bouleversantes.

C’est un des axes majeurs de l’univers de la série depuis son commencement qui se lézarde, l’effet en résulte absolument considérable. Un ultime raffinement se voit apporté par la scène finale, Tina, totalement bouleversée, commençant à écrire le nom de Candace sur la fameuse Toile d’Alice. Ce symbole de l’aspect le plus ludique et pétillant de The L Word se mue ainsi désormais en expression de la plus vive souffrance que l’on puisse y trouver. Une altération profonde en parfaite résonance avec celle du récit, fournissant une conclusion aussi parfaite qu’éprouvante à la saison. La saison 2 sera sans doute celle de la difficile et incertaine reconstruction du couple.

La  noirceur terminale de l’histoire se renforce également par l’absence d’éléments humoristiques ou simplement optimistes chez les autres personnages. Shane voit le sol se dérober sous ses pieds, professionnellement et sentimentalement. Si Kate Moennig et Rosanna Arquette interprètent admirablement la rupture de leur personnage (c’est légèrement moins le cas pour Clea), on ne peut s’empêcher de trouver tout cela passablement artificiel, tant l’histoire a décollé rapidement avant de s’effondrer de même. Le talent des comédiennes permet cependant de maintenir l’intérêt de l’ensemble.

La seule scène authentiquement drôle de l’épisode se teint d’humour noir (la veillée funèbre de Monsieur Pissou) et la révélation commune de leur amour ne suscite pour l’instant guère d’allégresse entre Alice et Dana ! C’est également leur univers qui se trouve bouleversé, tandis que l’épisode clôture aussi efficacement la saison qu’il introduit la suivante. En tout cas Leisha Hailey prouve qu’elle a su imposer son personnage, qui paraissait quelque peu secondaire durant la première partie de la saison. Ici Alice est pratiquement invisible  (hormis deux scènes cruciales mais essentiellement émotionnelles) et l’absence de son humour se ressent avec une force particulière. Elle est bien devenue, elle aussi, absolument nécessaire à The L Word.

Si l’histoire de Kit et Ivan paraît aussi improbable que décrite avec une grande justesse de ton, le seul élément positif du récit provient véritablement de là où on l’attendait le moins, c'est-à-dire du personnage chaotique par excellence que constitue Jenny. Celle-ci achève de tirer un trait sur Tim l’évanescent et d’assumer sa bisexualité, y compris avec quelqu’un d’aussi parfaitement insignifiant que le type de l’océonarium (scène de jalousie de Tim encore une fois pathétique). Elle résiste finalement fort bien à la vanne un peu minable de Tim au vernissage ainsi qu’au coup de poignard, autrement vicieux et affûté, que lui décoche également Marina, genre Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

Alors que la partie de Monopoly apparaît comme un moment de convivialité et de sérénité au moment où  les tempêtes se déclenchent par ailleurs, le message de Marina montre  autant de souffrance que de regret. Malgré son charisme et son intelligence, la page semble aussi bien tournée sur  elle que sur Tim, il paraît malheureusement logique que la saison 2 se déroule sans eux. Dans un superbe parallèle, le couple si uni – Bette et Tina – connaît pour le moins de fortes turbulences, tandis que Jenny, chahutée tout du long, accède à une certaine paix (bon, on imagine qu’avec Jen  cela ne va pas durer). Une jolie inversion des postures.

Si l’écriture de l’intrigue, les dialogues et les éblouissantes comédiennes représentent bien les atouts maîtres de The L Word, cette conclusion parfaitement réussie rappelle qu’il ne faut pas négliger pour autant une savoureuse bande-son mais aussi une mise en scène des plus efficaces. Cette dernière permet ici de profiter de l’étonnante collection rassemblée par Bette, tandis qu’elle soutient le jeu des actrices notamment lors de la déchirure entre Bette et Tina ou de la scène complice entre Yvan et Kit (oui, dans un parking). Seul (petit) regret : que la fête très huppée donnée pour l’ouverture de l’exposition n’ait pas suscité une satire aussi amusante que lors de la soirée de bienfaisance de Californication mais l’auteur a préféré se concentrer sur les personnages et leurs sentiments, on peut le comprendre.

Ainsi s’achève la saison 1, dans la noirceur mais aussi l’ouverture sur des potentialités toujours captivantes. Hormis quelques rares et inévitables trous d’air la série aura conservé jusqu’au bout son étonnante qualité d’écriture, entre gestion d’un nombre élevé de personnages, drame et comédie. Maintenir l’intérêt avec quasi exclusivement du relationnel et fort peu d’enjeu par ailleurs (merci Fae, oui, oui) tenait initialement de la gageure, du moins à mes yeux, mais le pari a été finalement tenu. Ce fut notamment le cas grâce à des comédiennes visiblement passionnées par leur rôle et se livrant totalement (guests très réussis également, revoir l’épatante Rosanna Arquette fut un authentique plaisir).

Bon, on ne se refait pas, donc deux réserves tout de même. Si la série a eu l’habileté de renoncer à un aspect revendicatif et politique trop démonstratif, le fait qu’absolument toutes les dames présentées soient magnifiques, spirituelles, attachantes (Marina et Francesca sont plus ambivalentes mais bon) finit par donner comme un léger sentiment de procédé artificiel.

Mais après tout pourquoi demander à The L Word plus de véracité qu’à une autre série ? Et puis entre le psy escroc, les copains très lourds de Tim, Tim lui-même (no comment), le manager goujat de Dana, le père réac de Bette et Kit, Franklin s’opposant à Bette, le policier sorti de la Quatrième Dimension etc. les mâles hétéros dégustent tout de même, tandis que les gays sont globalement décrits comme de gentils neu-neus (même l’homme lesbien est pénible, à force). Mais bon, cela reste léger, le plus souvent amusant, et un peu d’humour n’a jamais fait de mal à personne…

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Crédits photo : FPE.

Images capturées par Estuaire44.