saison 1 saison 3

DR HOUSE

SAISON 3 - PARTIE 2

 


13. UNE AIGUILLE DANS UNE BOTTE DE FOIN
(NEEDLE IN A HAYSTACK)


Scénario : David Foster
Réalisation : Peter O'Fallon

- His liver's actually improving. We plug one hole and end up poking another.
- Are we talking about the patient, or how to get a raise from Cuddy ?

Alors qu’il « bâtifolait » avec Leah, sa petite amie, Stevie éprouve d’intenses difficultés respiratoires. A l’hôpital, il refuse de prévenir ses parents, allant jusqu’à mentir sur leur adresse. Leah révèle alors que Stevie est un romanichel et que sa communauté, fâchée avec les « gadjé » (non gitans), évite autant que possible de les rencontrer. Quand sa famille finit par arriver, elle sabote tous les efforts des médecins. Pendant ce temps, House a un gros problème : Cuddy lui a sucré sa place de parking au profit d’un autre médecin en fauteuil roulant. House, pour récupérer sa place, fait alors le pari qu’il peut rester assis sur un fauteuil pendant une semaine…

Un des rares faux pas de cette excellente saison 3. Le cas est empesé et répétitif. Son plus grand travers est son objectif trop flou : dénonce-t-il la généralisation des préjugés contre les gitans (affreux, sales, et méchants) ? Dans ce cas, la famille romanichelle que l’on voit ici est d’une si forte antipathie qu’elle ruine totalement cette idée. Les gitans ne sont-ils qu’un prétexte pour raconter l’emprisonnement de ce jeune homme dans sa famille ? Dans ce cas, personnages caricaturaux et situations téléphonées sabotent le tout. L’épisode est cependant sauvé par la belle description du jeune patient, son éclatant faux happy end, et les amusantes scènes Housiennes.

Passée l’introduction « hot » (avec appréciation des formes pulpeuses de Jessy Schram), réutilisant le running gag de la série à montrer un rapport sexuel qui vire à la catastrophe, l’épisode abat ses deux atouts : un patient agréablement dessiné et un House bien embêté ; atouts qui vont malheureusement être insuffisamment exploités. Les diagnostics différentiels sont aussi longuets qu'hermétiques. Le diagnostic final, habituellement un grand moment de logique implacable « à la Poirot » est bâclé, atténuant l'effet du twist final. Cependant, la scène de chirurgie, plus longue que d’habitude, fait un peu gore avec House qui déroule les 8 m d’intestin du patient (bon appétit !) et on ne s’en plaint pas. Stevie est heureusement un bon patient : affable, intelligent, curieux. Le pessimisme de la série n’est pas sur lui mais plutôt sur ses liens familiaux. Il surprend Foreman qui pense à le prendre sous son aile. Leah est un portrait certes restreint mais existant de petite amie attentionnée et attachante, alors qu’elle ne le connaît que depuis peu de temps. Son investissement à le protéger, quitte à se disputer avec sa famille, en devient presque émouvant. Jake Richardson et Jessy Schram défendent avec flamme leurs personnages.

Patatras ! Lorsque la famille de Stevie débarque, les poncifs les plus grossiers s’enchaînent à vive allure. Certes, on comprend que David Foster ait voulu opposer le conservatisme de la communauté à l’esprit d’ouverture de Stevie. Mais de manière aussi exagérée, l’effet tombe à plat. Certes on peut rire (jaune) de ces parents tellement bornés qu’ils ne voient pas que leur fils va vraiment mal, ou bien « l’aménagement » de sa chambre, mais ce premier degré massif détonne au sein d’une série d’ordinaire plus subtile. Leur opposition face aux médecins donne le prétexte nécessaire pour donner de la tension, et est expliqué par l’incisif dialogue où les romanos rappellent qu’ils ont été et demeurent un peuple persécuté. Mais leur paranoïa use nos nerfs. On nage en plein irréalisme quand la famille du patient exige que l’équipe de House et Leah, jugée ridiculement comme responsable de son état, ne s’approche plus de Stevie. Depuis quand les familles font la loi dans un hôpital ? Les acteurs en font trop, et particulièrement Arabella Field et Rob Brownstein, vraiment imbuvables.

Le happy end brille cependant d'une fausseté triomphale : Stevie est jeune, purgé de son héritage de préjugés, avide de croquer la vie à belles dents : il voudrait accepter la proposition de Foreman, qui lui donne un espoir d’avenir plus intéressant et passionnant. Mais la tradition exige sa fidélité à sa famille qu’il aime en dépit de tout. Le gros ralenti le voyant quitter l’hôpital tout sourire, avec toute sa famille, est d'une joie caduque : c’est un sentiment de gâchis de voir ce bel esprit qui n'éclorera jamais qui prédomine. Omar Epps est très bien en philanthrope à l'écoute de son patient.

Cuddy déplace à son désavantage la place de parking de House au profit d’un autre médecin en fauteuil roulant : du coup, House passe son temps à râler. Oui, il y'a la dispute avec Cuddy qui semble vraiment prendre plaisir à le faire enrager, la médecin en question pas sans réparties (bien qu'on aurait souhaité de Wendy Makkena plus d'ironie), la partie débile d'autotamponneuses, le parcours du combattant de la descente des escaliers en fauteuil, la scène des toilettes avec Wilson... mais le tout reste trop « gentil ». Dr.House adore pousser le bouchon très loin, mais on dirait que le scénariste se retient. La résolution finale quand House culpabilise Cuddy avec succès ne marche qu’à moitié : on y croit pas vraiment. Quelques autres scènes assez drôles : Cameron et Chase, trompés par Stevie, se gourent d’appartement et dérangent un couple en pleine partie de jambes en l’air. Voir Chase se prendre pour House en déduisant que ce n’est pas un couple « légitime » est assez décalé !

Un épisode pâlot.


Infos supplémentaires :

- Quand House est en fauteuil roulant, Wilson le compare à Robert Dacier, le policier handicapé de la série L’Homme de fer.

- Erreurs :
Jennifer Morrison commet une petite erreur quand elle cite la phrase mnémotechnique Scared Lovers Try Positions They Can't Handle. Le bon mot est That, et non They.
Quand House arrive au travail, le sol est neigeux… mais quelques secondes plus tard, il n’y a plus de neige sur le sol.
Lors de l’examen cardiaque, Foreman s’inquiète que les battements cardiaques chutent… bien que les chiffres sur le moniteur augmentent.

- La chanson de l’épisode est In the waiting line écrit par Sophie Barker, Henry Binns, et Sam Hardaker, interprétée par le groupe Zero 7.

Acteurs :

Jake Richardson (1985) a joué dès l’âge de 10 ans à la télévision, participant à de nombreuses séries : Une nounou d’enfer, Sept à la maison, NYPD Blue, Boston Public (2 épisodes), Monk, Urgences, Cold Case, Médium (épisode Instinct maternel), Bones, Boston Justice, Esprits Criminels, En analyse, Supernatural (épisode La colère des mannequins), NCIS : Los Angeles, Mentalist, Les Experts, CSI : Cyber, etc.

Jessy Schram (1986) a fait des études de comédie, de musique, et de mannequinat, combinant toujours ses trois passions ensemble. Entre quelques pièces de pop-R&B, et de défilés, elle commence sa carrière en jouant un premier rôle dans une série de téléfilms (Jane Doe). Elle fait quelques films (American Pie : String Academy, Unstoppable…) mais est surtout actrice de télévision. Ses rôles les plus connus sont Karen Nadler dans Falling Skies (15 épisodes), et Christine Kendal dans Last Resort (10 épisodes). Elle participa aussi à Véronica Mars (4 épisodes), Boston Justice, Ghost Whisperer, Médium (épisodes Lyla et Le garçon d’à côté), FBI portés disparus, Les Experts : Miami, Mentalist, Once upon a time (3 épisodes), Mad Men (4 épisodes), Life (7 épisodes), etc.

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14. SANS PEUR ET SANS DOULEUR
(INSENSITIVE)


Scénario : Matthew V. Lewis
Réalisation : Deran Sarafian

- Boys can't hold me for too long because I can overheat.
- Girls can't hold me for too long because I only pay for an hour.

Hannah Morganthal, 16 ans, et sa mère, ont un terrible accident de voiture, mais Hannah ne ressent aucun mal : elle est atteinte d’une ICD (Insensibilité Congénitale à la Douleur). Les médecins tentent de cacher à Hannah l’état critique de sa mère tout en essayant de trouver de quoi souffre Hannah qui elle aussi a attrapé une maladie grave. Son ICD complique sérieusement la tâche des médecins qui ne peuvent savoir d’où vient son mal. House apprend de son côté que Cuddy a un rendez-vous avec un inconnu…


Voilà la croisée des chemins : en-dehors du cas, original (et avec une chute impressionnante), nous voyons nos médecins s’interrogeant sur leurs envies d’une vie sociale moins vide, sur leurs propres désirs. Cet épisode va décider de l’avenir de la série ; ses conséquences se feront ressentir jusqu’au finale de la saison 7. En cela, il est immanquable pour le fan : naissance définitive du Huddy, création du « Chaseron » (relation Chase-Cameron), solitude et métamorphoses de Foreman… un épisode choral bien ficelé. Ce n’est certes pas dans l’essence de la série de s’intéresser autant aux médecins, et la suite de la série ne le montrera que trop hélas ; mais pour l’heure, l’épisode recueille les suffrages sans problème.

Passée l'intro choc, les dix premières minutes sont de la comédie pure : l'énumération par House des six raisons qui démontrent son ICD est un grand moment d’humour. Mais que dire alors de la scène suivante où il s’engage avec Hannah dans une des joutes verbales les plus jouissives de la série, chacun essayant de convaincre que l’un souffre plus que l’autre : leurs calvaires respectifs bien réels deviennent des arguments hilarants. Matthew V. Lewis ne tombe pas dans le piège de la surenchère et utilise efficacement l’alibi du « sans douleur » : délire paranoïaque finissant par un saut de sept mètres, Chase proposant ni plus ni moins de la « torturer », l’opération du cerveau à vif, ou encore le sommet hémoglobine de l’épisode : une opération de l’intestin sans anesthésie. On comprend l’intérêt de House : lui qui souffre en permanence rencontre quelqu’un qui ne souffre pas. Wilson devine que House voudrait tenter une greffe de ce nerf rachidien jamais frappé par la douleur pour ne plus souffrir. Il finit par le raisonner : son jugement est faussé par ce conflit d’intérêts. La chute finale (très très gore) est aussi renversante que celle de l’épisode précédent ! La prestation de Mika Boorem en hystérique est brouillonne mais justement bouillonnante.


Instant Hameron fugitif : surveillez le bref regard d’intelligence de Cameron quand House lui dit qu’il y’a un lien entre sa douleur et son irascibilité…

Quittons ce passionnant cas pour nous pencher sur nos chers docteurs face à leurs avenirs :
Foreman est en couple avec Wendy. L’optimisme de House quant à l’avenir de leur relation est sans équivoque… et évidemment il a raison. Foreman en fait mélange sans cesse vie privée et professionnelle, n’accordant aucun espace « libre » à sa petite amie. Pire, il ne cherche pas de relation à long terme, et s'enferme dans un éphémère faussement confortable. Ce thème mille fois traité trouve ici une dimension particulière, d’abord par le moyen de rupture, très original, ensuite, parce que Wendy pointe la ressemblance morale de plus en plus troublante entre lui et House : rationalité à outrance, besoin de solitude… House a métamorphosé Cameron, et Foreman est en bonne voie. Il finit par rejeter ce qu’il y’a de meilleur dans l’être humain : l’affection sincère et durable, et se déshumanise ainsi. Son superbe dialogue avec Cameron est un des plus pertinents de la série sur le thème de l’engagement. Cameron doit faire face à une nouvelle vision de son mariage. Le fait qu’elle ait épousé un cancéreux incurable montre que si elle l’aimait, elle ne pouvait se projeter à long terme avec lui du fait de l’échéance mortelle ; son sacrifice était sublime mais paradoxalement n’était pas une preuve d’amour durable et longue. Elle est donc dans la même situation que Foreman. L’engagement n’est pas à durée déterminée, et ordonne une force d’âme dont elle n’a pas encore fait preuve. Joue ici le pessimisme sous-jacent de la série : l’engagement du mariage n’est pas compatible avec l’inconstance humaine. Le seul recours est l’acceptation de sacrifices pour montrer son attachement à l’autre comme le remarque Foreman. On doit se faire du mal pour préserver l’autre.


Puisque le grand amour n’est pas pour demain, pourquoi ne pas « s’amuser » ? Pragmatique ? Mais il faut bien mettre de l’eau réaliste dans le vin de notre idéalisme pour vivre. Cela aboutit à une des plus grandioses scènes finales de la série, d’un humour allant au-delà de l’ironie. Cameron suit le conseil de Foreman et propose à Chase de coucher ensemble, simplement pour coucher. Et là, la série pousse décidément le bouchon très loin car pulvérisant les codes de ce genre de relation :
1. La fille demande une relation éphémère (fuckfriend) alors que le garçon (Chase) souhaite en secret une relation plus sérieuse (confirmée dans Y’a-t-il un médecin dans l’avion ?).
2. Elle choisit Chase uniquement pour des motifs utilitaires : elle le connaît, ils travaillent ensemble… la comparaison avec la pizza micro-ondes par un Chase blessé dans son orgueil est vraiment tordante.
3. Elle est certaine de n’avoir aucun sentiment pour lui et cherche un homme qui la comblera sexuellement mais qui ne devra en aucun cas pousser le sentiment trop loin.
4. Elle est la dominatrice de la relation. Chase n’est qu’un objet sexuel soumis.

Soit exactement l’inversion des relations « sexfriends » généralement proposées par les hommes. Le Chaseron se crée et par contrecoup la fin momentanée du Hameron… encore que l’épisode suivant… Tournure comique mais aussi grinçante : elle montre que l’âme humaine est plus à l’aise dans l’éphémère que dans la longévité. Cette relation peut être comparée à celle entre J.D et Elliot dans la saison 2 de Scrubs (4 ans avant cet épisode) où tous deux acceptent d’être sexfriends ; relation rompue par Elliot (comme le fera Cameron plus tard) à cause des sentiments montants de J.D (comme Chase plus tard). La série n’a donc rien inventé mais elle approfondit l’idée : elle accorde à Cameron une position dominante bien plus marquée qu’Elliot d'où une relation plus intense et dramatique, là où Scrubs misera plus sur les hilarants allers-retours des deux protagonistes.

Dr.House 3 14 4House découvre que Cuddy a un rencard avec un inconnu. Nouvelle scène dans le bureau de la directrice où chacun parle sans écouter l’autre (très Clair de Lune ça). Vient ensuite House qui sabote avec sa délicatesse coutumière le date d’une Cuddy rouge de confusion. On remarquera que Don, le prétendant (convaincant Josh Stamberg) n’est pas un faire-valoir : il n’est pas ridicule et surprend par sa courtoisie feinte. Mais LA scène de l’épisode est bien entendu quand House dérange Cuddy une fois de plus alors qu’elle passait aux « choses sérieuses ». L’obsession de House à gâcher le peu de vie intime de sa patronne est un nouveau pas, car il n’était encore jamais allé jusque-là. Sa jalousie qu'il essaye de cacher se manifeste par son silence massif à la brutale question de Cuddy : Est-ce que je vous plais, House ? Il aura d'ailleurs une attitude similaire lors du « Luddy » de la saison 6. Leur relation prend une tournure plus troublante, Don l’a bien compris : elle se montre plus vivante, plus passionnée quand elle est avec House qu’avec lui. Elle aussi a une attirance inavouée envers le diagnosticien. Le Huddy est dans cet épisode décrit comme pas à sens unique, et la tension sexuelle ne cessera de s’instensifier. La série a vraiment le don de nous convaincre rien qu’avec des petits détails : La magnifique plongée finale de Cuddy dans son lit à deux places, fixant d’un œil triste la place désespéramment vide d’un homme qu’elle attend, dit bien toute sa misère affectivo-sexuelle. Hugh Laurie est toujours aussi caméléon : jalousie à peine voilée, jem’enfoutisme. Lisa Edelstein, hypersexy, est agréablement mordante.


Infos supplémentaires :

- Cuddy a rencontré son date sur le site singleballroomdancelovers.com. Traduit approximativement en VF par Dansez-en-couple.com. Bien entendu, les deux sites sont purement fictifs !

- La chanson de l’épisode est Hit the Ground de et par Lizz Wright.


Acteurs :

Mika Boorem (1987) joue très jeune dans un théâtre local en Arizona, elle devient rapidement une actrice précoce au cinéma, jouant dès 10 ans dans plusieurs films où elle se fait remarquer comme second rôle : The Patriot, Dirty Dancing 2, Cœurs perdus en Atlantide, etc. elle tourne environ deux films par an. Elle est aussi active à la télévision : elle a joué dans les séries Sabrina, Ally McBeal, Walker Texas Ranger, Dawson (6 épisodes), Ghost Whisperer, etc.

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15. DEMI-PRODIGE
(HALF-WIT)


Scénario : Lawrence Kaplow
Réalisation : Katie Jacobs

One small feel for man, one giant ass for mankind !

Patrick Obyedkov, 34 ans, est handicapé mental depuis un accident qu'il a eu à 10 ans. Cela ne l'a pas empêché de devenir un pianiste virtuose. Lors d’un concert, sa main droite se paralyse. House veut résoudre non seulement sa maladie mais aussi pourquoi Patrick est devenu pianiste à la suite de son accident. Cameron découvre entretemps que House a contacté l’hôpital de Boston. Elle apprend alors une terrible nouvelle…

Cet épisode est un classique de la série par son fameux baiser entre le Dr.Cameron et Gregory House. Mais indépendamment de cette scène, l’épisode a beaucoup d’atouts en main, grâce au scénario de Lawrence Kaplow. Même s’il mérite bien ses quatre melons par sa richesse, il souffre quand même de deux défauts : un cas qui n’exploite pas toutes ses ressources jusqu’au bout, et la mise en scène malhabile de Katie Jacobs, l’un des trois « cerveaux » du show. Si Jacobs se montre médiocre lors de cette première tentative, elle sera beaucoup plus satisfaisante par la suite.

Grâce à cet handicapé mental qui ne vit qu’à travers la musique, l’épisode nous régale de plusieurs chefs-d’oeuvre : la sonate « Waldstein » de Beethoven, le scherzo de la symphonie en ut majeur de Bizet, des standards de Scott Joplin, ou les enchanteresses improvisations jazzy de Hugh Laurie et Dave Matthews. Il est émouvant de voir le patient, débile parfait en temps normal, devenir un tout autre homme quand il joue, même sur un clavier imaginaire. Le cas manque de rythme, le diagnostic final ne nous marque pas vraiment, mais le patient et son père profitent d'une belle écriture. Dave Matthews est émouvant dans les comportements infantiles, et Kurtwood Smith, expressif, avec une grande économie de moyens. Royal dilemme au menu : Patrick peut redevenir normal, mais au prix de tout ce qui a fait sa vie : la musique ; ou bien continuer à être virtuose, mais rester handicapé. Un don qui n’est dû qu’à un accident de la vie… la série va loin dans la cruauté ironique ! La décision sera tranchée dans une magnifique scène. Malgré tout, le happy end reste bien amer.


House a une maladie mortelle incurable ! Mais si vous attendez un numéro de révolte de House, passez votre chemin, il n’en a rien à cirer. D’où une situation comiquement absurde : tout le monde s’inquiète pour lui, veut le « réconforter » ce qui ne fait que l’irriter davantage (Un thème repris dans L'origine du mal en saison 5). Trois ans ensemble, cela forge des liens même s’il n’y a pas d’amitié réelle - la série le rappellera plusieurs fois - Le trio a forgé un lien avec House, une sorte d'attachement sans affection, comme peut l'avoir un employé envers un boss qu'il respecte profondément mais sans plus ; c'est écrit avec justesse. L'on remarque un signe Huddy lorsque stressée, Cuddy reprend inconsciemment certains gestes de son subordonné (élastique trituré...). Mais la série, avec son pessimisme foncier, semble nous dire que si nous sommes programmés pour prendre en pitié les gens plus malheureux que nous, cette compassion n'est pas sincère mais « fabriquée » pour la circonstance selon nos modèles sociétaux. Les rapports humains sont si factices déplore la série qu’on ne sait même plus ce que l’on ressent comme l'atteste la scène finale. Même si on sait qu’il y’a anguille sous roche, le twist final est un des plus ironiquement renversants de la série, d'un humour très noir et acrimonieux. Trait de génie, l’épisode a beaucoup d’éléments comiques, mais c’est un des plus sombres de la saison !

Le baiser valut à l'épisode d'être très commenté, car il était un prétexte pour Cameron pour faire une prise de sang de House en douce. Elle échange avec lui un profond baiser tandis qu’elle sort la seringue de sa poche… mais House reste attentif et attrape la main de Cameron. Raté ! Mais ce baiser était-il au fond réciproque ? J’ai personnellement repassé la scène une quinzaine de fois sans trouver une réponse franche : OUI Cameron apparaît comme hypnotisée quand elle marche vers lui, MAIS House lève les yeux au ciel en devinant ses intentions. OUI Cameron apprécie pleinement ce moment, MAIS House n’est pas attentif puisque anticipant le geste de Cameron. OUI Cameron l’embrasse fougueusement, MAIS House est plutôt passif, ne bougeant presque pas sa posture. OUI, Cameron a l’air de l’embrasser pour concrétiser son attirance envers lui, MAIS si c’était par pitié et non par désir qu’elle embrasse ? Car l'on connaît son attirance pour les « gens cassés »… OUI House fait une énorme devil mind MAIS son ton agressif ne semble pas sincère. Cette ambiguïté irrésolue montre que la série sait complexifier les relations sans nuire à l’émotion. Notons que c’est une des rares scènes de l’épisode que Katie Jacobs réussit vraiment.


L’épisode réserve un coup de maître : c’est en fait autant un épisode Huddy que Hameron. La scène où House dit au revoir à Cuddy est le pendant parfait de la précédente : il se rend chez elle à 3h du mat pour l’admirer en peignoir alors qu’un simple coup de téléphone suffisait. D’autre part, House est bien plus cynique… et troublé devant elle que devant Cameron. La scène révélatrice est quand après une étreinte (presque) platonique, House tente de suivre Cuddy dans sa chambre… mais elle l’envoie sur les roses en lui balançant un monumental râteau. La conclusion reste aussi ambiguë, mais une chose est claire : House désire Cameron mais fantasme davantage sur Cuddy. La tension sexuelle explose entre Cuddy et House, tandis que seuls les sous-entendus alimentent le Hameron. D'ailleurs, le baiser de Rêves éveillés (saison 5) sera bien plus réciproque.
Quoi qu'il en soit, ce baiser troublant et beau est une belle première fin pour le Hameron qui va s’effacer au profit du Chaseron. Il opérera cependant un retour inattendu et ironique dans la saison 5, tout en offrant plusieurs réponses sur sa véritable nature.

La seule réserve est l’absence de scène commune entre Sean Leonard et son compatriote du Cercle des poètes disparus, et la trop sage réalisation de Katie Jacobs.


Infos supplémentaires :

- Half-Wit est un terme signifiant un homme aux facultés mentales limitées, pour ne pas dire crétines. Il désigne l’handicapé mental de l’épisode.

- Ce cas est inspiré de faits réels. David Shore a participé à l’écriture de cet épisode. C’est lui qui eut l’idée d’introduire le piano à l’hôpital.

- On savait que Cameron triait le courrier de House, on sait maintenant qu’elle le lit !

- House cache sa clé en haut de sa porte.

- Kurtwood Smith a dans la série That 70’s show un fils nommé Eric Forman (sans e) !!

- House prétend avoir pris le pseudonyme de Luke N. Laura pour faire son examen, il s’agit d’un personnage du fameux soap opera Hôpital central. Quand ironiquement, Wilson envisage une transplantation de cerveau par la foudre, il s’agit d’une allusion directe à l’expérience du Dr.Frankenstein.

- Bien que Dave Matthews ne soit pas pianiste, c’est lui qui joue - en playback - le début de la sonate Waldstein dans l’introduction. Ce ne sont pas ses mains que l’on voit lors des séquences de gros plan, mais celles d’une doublure. Dans cette même scène, il n’y a en fait que 200 figurants ; un trucage permit d’en faire apparaître plus.

- L’épisode durait presque une heure dans sa première version.

- La scène du baiser fut la première tournée de l’épisode.

- La réplique de House « Je continuerai [de le biopsier] même si je le tue » devait être supprimée, mais Hugh Laurie persuada Katie Jacobs de la garder.

- La scène où House enlace Cuddy est la préférée de Katie Jacobs.

- Le nom d’Eric Foreman, homonyme quasi parfait du personnage de That 70’s show est une pure coïncidence : Shore l’a choisi totalement au hasard.

- Les deux compositeurs de la série font un caméo à la fin : Jon Ehrlich est le pianiste du bar, et Jason Derlatka le serveur.

- Les quelques notes que joue Patrick d’une seule main sont les premières mesures du fameux rag-time The Entertainer de Scott Joplin (1867-1917), rendu célèbre pour être la musique du film L’Arnaque (1973). La musique que joue House sur le piano avant que Patrick l’imite est une chanson du groupe The Boomtown Rats : I don’t like mondays. Jon Ehrlich a composé la pièce sensée avoir été composée par House au lycée (il « tombait les nanas » avec), mais n’a jamais pu en composer la fin, d’où l’idée d’utiliser cette mélodie. En plus des musiques classiques (Beethoven et Bizet) et de ces chansons, on entend aussi durant l’épisode Rainy Day Lament de et par Joe Purdy et See the world de et par Gomez.


Acteurs :

Dave Matthews (1967) est surtout reconnu comme étant le fondateur du Dave Matthews Band, groupe de rock très populaire où il est chanteur et guitariste. Cet excellent musicien a collaboré à plusieurs films dont il a signé tout ou partie de la BO (Matrix Reloaded, 21 grammes, Scream 2...) et à plusieurs séries. Il est occasionnellement acteur.

Kurtwood Smith (1943) a derrière lui une impressionnante filmographie. D’abord comédien de théâtre pur, il se tourne à presque 40 ans seulement vers les écrans, enchaînant de nombreux rôles d’importance : RoboCop en premier lieu mais aussi Le cercle des poètes disparus (avec Robert Sean Leonard), Rambo 3, Star Trek 6, Piège à grande vitesse, Deep Impact, etc. Côté séries, il est surtout connu pour avoir joué le rôle principal de Red Forman dans la populaire That 70’s show (201 épisodes). Il est à noter que ce devait être Chuck Norris qui devait jouer son rôle… Mais il a également joué dans L’agence tous risques, Tonnerre de feu, X-Files (épisode Le visage de l’horreur), Star Trek Deep Space Nine et Voyager, 24 heures chrono (7 épisodes), Médium (Une simple intuition, Meurtre par procuration, et Le mal à la racine), Chaos (13 épisodes), Resurrection (21 épisodes), etc.

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16. L’HOMME DE SES RÊVES
(TOP SECRET)


Scénario : Thomas L. Moran
Réalisation : Deran Sarafian

We are going to figure out what's wrong with you. But first we need to know one thing : Have you ever appeared in any pornos ?

House fait un cauchemar : il rêve qu’il est blessé pendant la guerre d’Irak et qu’il est secouru par un soldat. Cuddy réveille House et lui présente John Kelley, un nouveau patient… qui est le soldat de son rêve ! House somme son équipe de résoudre ce cas, et d’enquêter auprès de Kelley pour savoir qui il est vraiment. House a parallèlement un autre problème : il ne peut plus uriner et souffre d’insomnies…


Cet épisode peine à convaincre dans son enquête médicale. Le patient n’a, lui, aucune psychologie. L’histoire parallèle de House tournant comme un lion dans sa cage, obsédé par l’identité du patient et ses problèmes de santé, est très bien écrite, et fait le charme de cet épisode qui se conclut sur une révélation Huddyienne qui fait son effet. De son côté, le Chaseron permet de beaux moments d’humour.

Après une intro très Twilight Zone, l’épisode dérive dans des eaux paresseuses : le patient, vindicatif et serrant les mâchoires est d’un premier degré absolu. Tout d’une pièce, il n’a pas le moindre intérêt. On s'amuse quand même de voir la série continuer de caster des transfuges de Buffy en invitant Marc Blucas, interprète du mal-aimé Riley. D'ailleurs, il est cohérent de jouer un soldat après avoir été un militaire à Sunnydale, mais bon, Riley était autrement plus intéressant que ce soldat monolithique, un des plus oubliables patients de la série. Le talent de l'acteur n'y peut rien. Rien de palpitant avec une histoire molle n’avançant que par à-coups. Les tumeurs qui apparaissent et disparaissent sont un excellent retournement mais insuffisamment exploités. La fin est anodine. La persistance de House à découvrir l’identité de son patient fonctionne en revanche très bien. Le voir poser des questions sur sa vie intime sans justification médicale est un bon comique de répétition. Au bout d’un moment, son équipe en a marre, et Cameron tente de le recadrer. Mauvaise idée, House lui lance une volée de bois vert alors que jamais il n’avait hurlé sur un membre de son équipe. C’est parce que la série use très rarement de tels procédés qu’ils ont d’autant plus de valeur dramatique.

Coïncidence ? Lien de cause à effet ? House n’arrive plus à uriner, et on ne peut pas dire que cela le rend de meilleure humeur. Finissant par se désintéresser du cas, il n’arrive plus à dormir et commence à délirer avec visages qui fondent, de l’urine bien jaune, et du sang qui coule. Baaaark !! Le rebondissement qui s’ensuit est sacrément bien trouvé, on a rien vu venir. Finalement, la scène la plus violente est quand House s’enfonce un tube dans l’urètre pour guérir son mal, scène éprouvante et allongée alors que la caméra suggère davantage qu’elle ne montre. Les fans du couple piquant House-Cuddy seront évidemment intéressés par la révélation finale, pimentée des propositions indécentes de House "grosses comme les fesses de Cuddy" (sic), illustrations de son violent désir, tandis qu’elle lui balance râteaux sur râteaux. Un ré-gal.  La condescendance jouée par Lisa Edelstein étonne mais est justifiée. On note que c’est grâce à ses opiacés que House a résolu le cas, et c’est grâce à une masturbation sous la douche qu’il a découvert la vraie identité du patient. Qui a dit « La fin justifie les moyens » ?

Le Chaseron a pris la place du Hameron, et ce qu’on perd en subtilité, on le gagne en humour et en interprétations « Spencer-Morrisoniennes ». Cameron porte la culotte dans sa relation avec Chase qu’elle tient à la b(r)aguette : cette sorte de relation, pas si fréquent dans les séries, donne un coup au terme « sexe fort ». La faiblesse sociale de Chase se retrouve dans sa position de faiblesse quand il est en couple.

Et les deux fois où ils font l’amour, ça ne se passe pas comme prévu. Leur premier bâtifolage (hilarant vampage de Cameron) se produit quand Kelley a une crise. Foreman blesse la virilité de Chase quand il refuse de croire que lui et Cameron sont amants. Sympa. La deuxième scène est pas mal non plus : notre duo remet le couvert dans un placard… et House se pointe à ce moment-là, jette des papiers dans la poubelle, et quitte la salle comme si de rien n’était ! Mais son sourire en coin montre qu’il s'est amusé à les avoir surpris. Cette scène s’inspire du pilote de Scrubs où J.D et Elliot étaient enfermés dans un placard, et où leur supérieur, le Dr.Cox, les surprenait sans faire le moindre commentaire. Dans les deux cas, les réactions de Cox et House sont joliment surréalistes. Le duo Spencer-Morrison, à défaut d'être vraiment alchimique, est joyeusement léger.

Infos supplémentaires :

- On apprend qu’alors qu’ils étaient encore étudiants à l’université, Cuddy et House ont passé une nuit ensemble. C’est une des sources de leur relation conflictuelle. Cela confirme ainsi l’intuition de Chase dans Culpabilité (saison 2).

- Curieusement, la série embauchera un scénariste à la fin de la saison 6 du nom de John C. Kelley !

- Nouveaux talents cachés de House : il sait jouer de l’harmonica avec le nez, sortir une pièce de monnaie de l’oreille (ou autre part) d’un enfant, et faire jouir deux femmes en même temps.

- Wilson est gaucher.

- Cameron sous-entend qu’elle est plutôt satisfaite des performances sexuelles de Chase.

- Le sergent Kelly est né en avril 1972 (année de naissance de Marc Blucas), et son dernier examen médical date de février 1988, il avait donc 15 ans. Or, on ne peut entrer dans les Marines avant 17 ans. Mais avoir fait partie de l'Initiative doit donner droit à quelques avantages...

- On entend quatre musiques dans l’épisode : Le quintette avec piano en la majeur « La Truite » de Franz Schubert, Get down tonight de et par K.C. & The Sunshine Band, Dimension de et par Wolfmother, et Superfly de et par Curtis Mayfield.

Acteurs :

Marc Blucas (1972) fut d’abord tenté par le basketball (tentant même d’intégrer la NBA), puis par le droit, avant de choisir finalement la comédie. Il est surtout connu pour avoir joué Riley Finn, un des love interest de Buffy Summers dans 31 épisodes de la série Buffy contre les vampires. Il fut aussi le Matthew Donnally de La diva du divan (29 épisodes). Il a depuis joué à la télévision : Los Angeles police judiciaire, Castle, Lie to me, Body of proof, Blue Bloods, Les Experts etc. mais surtout au cinéma (une quarantaine de films recensés en 2012).

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17. L’ENFANT MIROIR
(FETAL POSITION)


Scénario : Russel Friend et Garrett Lerner
Réalisation : Matt Shakman

- Did you give corticosteroids to speed the baby's lung development ?
- No, I dropped an anvil on its chest to prevent lung development. I'm trying to extinguish the human race one fetus at a time.

Emma Sloan, femme célibataire de 42 ans, et enceinte, a une attaque. Ses reins et son foie commencent à lâcher. House diagnostique un syndrome du miroir : le fœtus qu’elle porte la tue à petit feu. House lui demande d’avorter pour la sauver, mais elle refuse de tuer son bébé. Cuddy intervient, et tente par tous les moyens de la guérir sans recourir à l’avortement, quitte à risquer la vie de sa patiente et du bébé…

Ce singulier épisode est une grande surprise : son esprit est davantage ancré dans celui de Grey’s anatomy que de Dr.House : le combat de la mère qui veut sauver son enfant, la doctoresse qui s’identifie à elle, l’espoir contre la fatalité, une séquence « émotion » bien soulignée, et pour finir un total happy end si heureux (bien que pas vraiment moral) qu’il semble déplacé dans cette série plutôt sombre ! Et pourtant, tout marche comme sur des roulettes. Le duo Russell Friend-Garrett Lerner détourne exceptionnellement les thèses pessimistes de la série pour composer un hymne à la vie et à l’espoir, donnant au passage un rôle magnifique à Lisa Cuddy. Cet épisode est une rarissime bouffée d’air au milieu de toute cette noirceur.

On s’aperçoit vite que cet épisode s’inspire beaucoup de Sacrifices (saison 1) où une mère est mise en danger par son bébé et où elle a la possibilité d‘avorter. Mais là où Sacrifices prenait rapidement un versant tragique et sans espoir, c’est ici un sentiment de lutte, de combat avec l’espoir de la victoire, qui est engagé ici. Le cas est classique mais bien tendu. Les diagnostics différentiels sont clairs, pleins de bons mots et d’ironie. Le tempo est modéré sans être traînant, la donnée du bébé dans l’équation donne évidemment une sympathie plus forte pour le spectateur. Le portrait d’Emma par les scénaristes est très beau : une femme chaleureuse, courageuse, forte dans l’adversité. Anne Ramsay en mère courage passe par toutes les émotions possibles, et gagne à chaque fois. Puis le dilemme tombe comme un couperet : avorter ou mourir. Gasp ! Et voilà un nouveau problème éthique soulevé par la série : à partir de quand un fœtus devient-il bébé ? A partir de quand l’avortement devient un « meurtre » ? La solution de House est claire et nette : la limite est la naissance, pas avant, arguant que le fœtus ne mène aucune vie personnelle véritable ; évidemment, Emma est d'un autre avis et refuse l’IMG, soutenue par Cuddy. House n’est pas dupe : Cuddy s’identifie à elle : malheureuse en maternité, avec ses FIV foireuses, elle veut reprendre espoir en sauvant l’enfant d’Emma et ainsi perd son jugement. Les scénaristes ne sont pas tendres avec Cuddy : à chaque fois qu'elle interfère dans un cas, elle n’est pas objective et finit par aggraver la situation !

L’épisode passe à la dimension supérieure quand Cuddy intervient directement dans le cas. Elle finit par se mettre à dos toute l’équipe, fatiguée de son investissement excessif. Elle fait l’expérience d’un grand moment de solitude qui l’affecte, alors que House, blindé, ne l’est jamais. Cette course contre la montre donne un climat de tension incroyable, surtout lorsque Cuddy voit tous ses espoirs s’effondrer autour d’elle. La trouvaille de l’opération finale tient alors du miracle. C’est là qu’intervient une scène proprement stupéfiante : lors de l’opération, le bras du foetus jaillit de l’utérus et touche la main de House. Aussitôt, le temps s’arrête, et House contemple ce petit bras qui semble d’accrocher à lui. On ne voit de lui que les yeux, mais l’étincelle de son regard bleu est surchargée d’émotion. Il est déconcerté par cette déclaration de vie, lui qui a toujours considéré cet être comme un fœtus pas encore vivant, et ce n’est pas sa vanne sur Alien qui dissipera cet impression d’éternité. Qu’il commette un lapsus à la fin en appelant le petit être « bébé » et non plus « foetus » témoigne de sa confusion. Une scène précieuse et rare où House s'est un instant humanisé. Hugh Laurie, en cynique glacial laissant échapper un peu d’humanité mérite tous les vivats.

Cuddy a perdu son objectivité, a laissé les sentiments interférer, a dangereusement joué avec la vie d’Emma, a pris la « mauvaise décision » (l‘avortement était bien moins risqué pour la mère)… et finalement obtient un happy end total là où House aurait tué le bébé ! La série nous invite in fine à laisser écouter notre intuition, de miser gros quand l’enjeu en vaut la peine. Retranché derrière sa froideur calculatrice, House est incapable de le comprendre. Bébé sauvé, maman heureuse et rétablie, House un instant plus humain : fin heureuse à tous les étages. Lisa Edelstein joue en soliste : profitant de l’effusion sentimentale de son personnage, elle est héroïque et pathétique, bouleversante et candide. L'épisode pour une fois ne prend pas parti sur "l'humanité" du foetus, utilisant le débat Emma-House comme moteur purement dramatique.


Le jem’enfoutisme apparent de Chase quand il envisage la possibilité de n'être qu'un moyen pour Cameron de rendre House jaloux lui donne un côté assez drôle. Curieux, car l’épisode suivant va totalement fêler cette glace. Incohérence ? Non, plutôt une distanciation, un souhait de Chase de ne pas se rappeler la précédente passion de Cameron. Le personnage apparaît moins faible, plus confiant, et le jeu de Jesse Spencer s'anime davantage. Dans tous les cas, House est loin de tout ça. Les sous-entendus sexuels adressés à Hameron n'ont rien à avoir avec ceux adressés à Cuddy, bien plus sérieux et obsessionnels. Malgré tout, le Hameron reste un modèle en matière "d'à-côté" séduisant. D'autres moments comiques comme House se payant (une fois de plus) la tête de Cameron, la réaction outrée de Cameron quand elle apprend que House a tout dit sur elle et Chase à Cuddy, le trio analysant le cliché de House croqué par Emma où il a une allure… gentille, Cameron surprise de l’air attirant et beau de Chase sur une photo, ignorant que cette photo fut prise au moment où il regardait une photo d’elle. Enfin, Emma affiche à la fin chez elle des photos de toute l’équipe… sauf House qui a voulu tuer son bébé. Encore une fin ironique.


Infos supplémentaires :

- La scène où les doigts du fœtus attrapent la main de House est inspirée d’une fameuse photographie de Michael Clancy qui a saisi un tel détail dans une opération analogue.

- Le chanteur et bassiste Tyson Ritter joue son propre rôle dans l’introduction de l’épisode. Son groupe de pop rock All-American Rejects est explicitement évoqué.

- Cameron est la fille d'Arturo Brachetti : elle enfile sa tenue d’examen en six secondes au début de l’épisode. On penchera quand même pour une erreur de montage. Emma photographie ses médecins en paysage, mais le rendu final est en portrait.

- Les deux chansons de l’épisode sont Are you alright ? de et par Lucinda Williams, et Bastards of Young de Paul Westerberg, interprétée par The Replacements.

Acteurs :

Anne Ramsay (1960) étudie la comédie à l’Université de Los Angeles, puis intègre une troupe de théâtre, préludant sa carrière à la télévision. Elle s’est fait connaître en jouant le rôle récurrent de Lisa Stemple dans 67 épisodes de la série Dingue de toi, et aussi en étant Nora dans La vie secrète d'une ado ordinaire (43 épisodes). Elle a également joué dans Rick Hunter, Star Trek nouvelle génération (2 épisodes), Chicago Hope, Les Experts, Monk, FBI portés disparus, Six pieds sous terre, The L Word (6 épisodes), Tell me you love me (2 épisodes), Ghost Whisperer, Dexter (6 épisodes), Castle, Hawthorne infirmière en chef (19 épisodes), Hart of Dixie (5 épisodes), etc. Elle a également à son actif pas mal de seconds rôles au cinéma.

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18. Y’A-T-IL UN MÉDECIN DANS L’AVION ?
(AIRBORNE)


Scénario : David Hoselton
Réalisation : Elodie Keene

- Nobody speak Korean on this flight ?
- I assumed you did.
- I know how to ask if his sister is over eighteen, I don't think that's gonna help.

Alors qu’elle s’apprêtait à demander les services de Robin, une call-girl, Fran, 58 ans, a une attaque. House étant absent, Wilson prend le cas en main mais a du mal à gérer l’animosité de Foreman envers Chase et Cameron dont la relation perturbe selon lui le bon déroulement des diagnostics. House et Cuddy reviennent par avion de Singapour où ils participaient à un symposium. Mais durant le trajet, Peng, un coréen, commence à aller très mal. Bientôt, quatre autres passagers commencent à souffrir de maux identiques. Cuddy à son tour est gravement atteinte. House, privé du soutien de son équipe, doit résoudre le cas avant que l'avion atterrisse, car les malades seront sûrement morts d'ici là…


Dr.House chez les « ZAZ » …

Tant dans le titre VO que VF, l’épisode rend hommage à une des comédies les plus givrées du cinéma : le mythique Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (Airplane !). Le scénario de cet iconoclaste déjanté qu’est David Hoselton reprend une partie de la trame avec panique médicale en plein ciel. Sans être aussi loufoque, l’histoire, malgré son suspense, est quand même sacrément humoristique. Il s’agit par ailleurs d’un des cas les plus passionnants de la série entière. Un deuxième cas (plus mineur) nous est proposé, aux détails croustillants.
Le cas principal est d’une écriture géniale, qu’on peut séparer en un prélude et trois parties.

Prélude : hilarante scène de ménage où House n’est pas loin de pousser Cuddy dans la crise de nerfs, les dialogues claquent grâce au culot d’acier de House. On continue dans le comique avec House s’appuyant sur son orgueil et ses qualités d’observation toujours aussi Holmesiennes pour ne pas s'occuper du cas Peng au grand dam de l’hôtesse et de Cuddy. L'entêtement de House et ses prédictions de vomissements sont très drôles.

Partie 1 : House doit faire un diagnostic différentiel… sans son équipe ! Or comme le redémontrera Tout seul (saison 4), House, malgré sa grande intelligence, ne peut travailler si on ne lui soumet pas des idées. En cela, il est plus proche de Mycroft que de Sherlock Holmes : il peut faire des synthèses prodigieuses à partir de peu de données, pourvu qu’on les lui fournisse… mais là personne ne peut l’aider. Adonc, il choisit un jeune garçon blond, un indien, et une jeune femme assez féroce pour jouer les rôles de Chase, Foreman, et Cameron ; tant pis s’ils n’y connaissent rien. D’ailleurs, le faux trio adopte involontairement les caractères du vrai trio ! Toujours ces situations improbables qu'on aime tant dans la série. La concentration de répliques qui fusent dépasse tout ce qu’on a vu depuis le début de la série (Vous êtes enceinte, ça explique les nausées, les éruptions, et le fait que vous coinciez votre 90D dans un 85C - C‘est impossible ! - Vous êtes vierge ? - Euh, non, mais… - Alors vous êtes enceinte, Mazel tov !). House fait un one-man-show, panique les passagers, se moque de Cuddy, se plante royalement mais sans broncher, minimise erreurs et états des malades… C’est à se demander s’il marche pas au LSD !

Partie 2 : Cuddy tombe malade à son tour. Affolement général, effervescence bouillonnante, et stoïcisme inflexible de House, qui sait ne pas s'affoler. Une délicate scène Huddy (à sens unique) voit House examiner Cuddy, avec des regards sans équivoque, malgré son ton froid. Mais la situation a beau empirer, Hoselton refuse de retirer son humour qui devient de plus en plus ravageur et culotté (la quête des antibiotiques prend des allures franchement clownesques). Cette audace, loin de désamorcer la tension, l'accroît, car un tel humour dans une telle situation met vraiment mal à l’aise. Le premier diagnostic est un summum d’ironie ; la « manipulation » de House est franchement jouissive. En même temps qu’elle est révélatrice de la puissance de la notion de PNL (Programmation Neuro-Linguistique) : tout ce qui arrive à notre corps, nos sensations, dépend grandement de nos pensées, de nos attitudes morales. L’esprit contrôle la matière triomphe House, et la démonstration par l’état pitoyable de Cuddy de la force de notre cerveau est une véritable secousse ! Mais le coréen, lui, est toujours en danger de mort… ce n’est pas fini.


Partie 3 : Nouveau diagnostic différentiel avec Cuddy et les trois hurluberlus complètement largués. L’épisode attaque en passant la prostitution facile de l’Asie du Sud-Est. Le tourisme sexuel, illégal, est en plus dangereux pour la santé vu les révélateurs dialogues de Cuddy et de House à propos des capotes vendues là-bas. La tension continue à monter jusqu'à la révélation finale… qui n'est pas piquée des hannetons ! Evidemment, elle est dans la grande tradition des ironies du sort familières de la série. Tout finit bien. Cuddy et House se jètent quelques mots à la tête, et House quitte l’aéroport en flirtant avec l’hôtesse. La tête de Cuddy est inoubliable. On remarquera qu’Hoselton a pris grand-soin d’accorder une place importante à cette hôtesse chaleureuse dont la douce présence a beaucoup apporté à l’histoire. Tess Lina est vraiment sympathique dans cet épisode. Du trio Connor Webb-Pej Vahdat-Melissa Kite, la dernière se détache avec un jeu exagérément frigide, comique d’un bout à l’autre. Mention aussi à Krista Kalmus en blonde paniquée. Evidemment, Hugh Laurie et Lisa Edelstein mènent la danse, carburant au kérozène.

Le cas de l’hôpital pâlit d’un tel éclat. Le cas de Fran est médicalement pas très intéressant. Mais il est agréable à suivre grâce à deux atouts : Robin, et les dissensions de l’équipe. L’introduction assez étonnante (une femme âgée demandant une call-girl très attirante) nous met sur une fausse piste : malgré le côté vénal de la jeune femme (qui prend bien soin de prendre l’argent avant d’appeler l’hôpital), elle commence à manifester une sincère sympathie envers sa cliente qu’elle ne connaît ni d’Eve ni d’Adam. Dans ce métier où les relations sont artificielles, corrompues par l’argent, Robin se montre compatissante. Quand son travail la rappelle, elle retarde plusieurs fois son départ, et ne semble pas heureuse de quitter l’hôpital quand elle ne peut plus délayer. On la comprend : c’est là où elle se montre la plus humaine, loin de son rôle d’objet sexuel. La blague finale où Wilson rappelle Robin dans l’intention évidente d’avoir un rencard finit néanmoins le cas avec le sourire ! Jenny O'Hara émeut en femme mature solitaire, tandis que Meta Golding a une délicieuse ambivalence, jouant aussi bien la cupidité que la compassion.

Chase et Cameron sont d’accord sur tout, restreignant la portée des diagnostics, ou prenant du bon temps pendant les horaires de travail. Mais quand ils s’aperçoivent qu’ils ont médicalement la vue brouillée par leur lien, le choc est rude. La fin crève l’abcès mais un autre abcès : Chase avoue enfin ses sentiments plus forts envers Cameron… qui rompt immédiatement ! Son côté masculin est prédominant tandis que la virilité de Chase semble réduite à la portion congrue. Première fin (déjà) du Chaseron qui nous aura bien divertis par son inversion des rôles, son humour, et sa concision. On regrette que Jesse Spencer et Jennifer Morrison soient assez ternes.


Infos supplémentaires :

- House a quelques notions de coréen. Il aime le syrah (variété de cépage noir français des Côtes du Rhône) et les entrecôtes à point.

- Faux raccord dans l’introduction : quand Robin parle avec Fran, elle a la main posée sur le canapé, mais la seconde d’après, elle est posée sur son épaule. Autre erreur, l’hôtesse parle Tagalog, un patois philippien, à un passager coréen !

- La chanson de l’épisode est Hope for the Hopeless de et par A Fine Frenzy.

Acteurs :

Tess Lina n’apparaît qu’occasionnellement à la télévision. On a pu la voir dans les séries New York section criminelle, Las Vegas, Star Trek Enterprise (épisode Conflit de générations), NCIS, Revenge (2 épisodes chacun), Les Experts, Les Experts : Miami, etc.

Jenny O’Hara (1942) est la fille d’une directrice de théâtre pour enfants, environnement idéal où se développe sa passion pour la comédie. Elle participe aussi à des comédies musicales. Elle a depuis une longue carrière télévisuelle derrière elle. Elle a joué dans des séries aussi variées que Les Rues de San Francisco (épisode L’air mortel), Drôles de Dames (épisode C’est l’enfer), Kojak (épisode Meurtres à Manhattan), Starsky et Hutch, Mme Columbo, Chips (2 épisodes), Remington Steele, As the World turns, New York police judiciaire, Beverly Hills, Urgences, Roswell, Rizzoli & Isles (2 épisodes pour ces quatre dernières), NYPD Blue, Nip/Tuck, Six pieds sous terre, Les Experts, Ghost Whisperer, Grey’s anatomy, Cold Case, The Closer L.A (épisode Liberté fatale), NCIS, Big Love (5 épisodes), The Mindy project (8 épisodes), Supernatural (épisode Le couvent des âmes) etc. Le cinéma l’a également intéressée comme en témoigne sa filmographie fournie.

Meta Golding a l’ambition de devenir patineuse aux couleurs de l'Italie avant qu’une blessure mette fin à sa carrière. Elle se reconvertit dans le théâtre et émigre ensuite aux Etats-Unis pour y prendre des cours. Cette ravissante comédienne d’origine Hawaïenne tourne régulièrement à la télévision. Elle a été Jennifer Mathis, un des rôles principaux de DayBreak (13 épisodes), et a aussi joué dans Ally McBeal, Cold Case, JAG (3 épisodes), Les Experts (5 épisodes), Esprits Criminels (8 épisodes), Lie to me, Burn Notice, Les Experts : Miami, NCIS Los Angeles, Body of proof,  etc. Elle tourne de temps en temps sur grand écran (Enobaria dans la saga des Hunger Games). Elle s’occupe d’un orphelinat à Tijuana, au Mexique.

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19. POUSSÉES D’HORMONES
(ACT YOUR AGE)


Scénario : Sara Hess
Réalisation : Daniel Sackheim

- It is possible to have a friend of the opposite sex without...
- Blasphemer ! She's not a friend of the opposite sex, she's a different species ; she's an administrator, she's gonna eat your head after she's done !

Lucy, 6 ans, est victime d’une attaque. Ses symptômes ne correspondant pas à des maladies de son âge. L'enquête de l'équipe piétine, mais il faut dire que la rupture entre Chase et Cameron ne contribue pas à apaiser l’atmosphère. Jasper, le frère de Lucy, est violemment attiré par Cameron et se montre très agressif envers Chase. Pendant ce temps, House donne deux places de théâtre à Wilson pour qu’il emmène une possible conquête avec elle. Le lendemain, House est stupéfait d’apprendre que Wilson a invité… Cuddy !

Cet épisode inabouti pêche par le cas du jour. Malgré d’excellentes idées découlant du sang « anormal » de la patiente, l’immobilisme latent de l’enquête entraîne des verbiages inutiles. La résolution finale est une des plus tirées par les cheveux de la série. De plus, ni Lucy ni son père n’existent vraiment. Bonne idée toutefois, le petit garçon amoureux de Cameron. Cela pimente le Chaseron qui hélas opère un désagréable virage vers le soap. Poussées d’hormones est cependant une valeur ajoutée indéniable pour les fans du Huddy qui sont régalés du début à la fin.

Vous êtes-vous déjà réveillé avec la gueule de bois ? Ben, c’est un peu ce qui arrive à Chase et Cameron. Dès le premier dialogue, ça claque fort, chacun veut dominer l’autre lors du diagnostic différentiel. House remarque leur rupture… et exige qu’ils travaillent ensemble pendant les examens ! Si vous doutiez encore que House aime pourrir la vie des gens… coups de gueule et silences-de-mort-mais-vraiment-de-mort se succèdent. Finalement, ils enterreront la hache de guerre, mais Cameron n’oublie pas quand même de rejeter toute la faute sur son ex-amant. C'est beau la camaraderie. On en resterait là, on serait contents de cette relation qui s’est élégamment terminée. Mais l’épisode se croit obligé de rajouter une seconde réconciliation très soap. On applaudit donc Jasper d’interrompre avec fracas ce moment. Malheureusement, la dernière scène Cameron-Chase avec le bouquet de fleurs vire également dans la facilité. A partir de la 2e moitié de l’épisode, leurs scènes deviennent lourdes, et les acteurs ne sont pas en forme (Jennifer Morrison est aussi expressive qu'une enclume).

Le cas médical n’arrive pas à nous convaincre dans les premier et troisième tiers, trop immobiles. Lucy ne fait pas partie de ces incroyables enfants que la série invite depuis Leçon d’espoir (saison 2), se contentant d’être allongée et de crier. Deran, le père, est plus convenu tu meurs, et occupe une place trop importante pour un personnage aussi inintéressant. Le twist final est très tortueux ; aller chercher l‘animatrice de la garderie du diable vauvert n’est pas la meilleure idée qu’ait eu Sara Hess. C’est le deuxième tiers de l’épisode qui est le plus intéressant avec la découverte du sang venant de nulle part (comment une petite fille peut-elle avoir des vêtements tachés de son sang si elle n'a ni été violée, ni s'est blessée ?). La révélation centrale est surprenante, et l’épisode retrouve du nerf dès que l’état de Lucy s’aggrave. Jasper est le personnage qui nous intéresse le plus. Fortement attiré par Cameron, il se montre étonnamment entreprenant pour un garçon de son âge. Cameron, flattée et voulant se venger de Chase l'encourage dans cette voie, mais s'en mordra les doigts quand Jasper passera la ligne jaune. Il perd cependant tout intérêt quand il sera admis en chambre d’hôpital. Les acteurs invités rivalisent de fadeur.

Le salut de l’épisode vient de son humour. House n’est pas en manque de vannes (Jamais rime avec benêt ; Bosser malin, c’est bosser sans effort…), et on adore la façon dont il se débarrasse de Cuddy quand elle veut lui présenter le cas. Il s’occupe aussi d’un cas secondaire très drôle dans sa résolution, House ayant encore affaire à un crétin de première. Le Huddy triomphe avec les obsessions de House sur la sexualité de sa patronne (OH, MON DIEU, VOUS AVEZ FAIT DES GALIPETTES TOUTE LA NUIT ??!!!). Epouvanté par l’éventualité que Cuddy ait couché avec Wilson, il se révèle plus crûment que de coutume. Wilson comprend tout de suite l‘importance qu’a Cuddy pour House. En découle une série de saynètes délirantes où le triangle House-Wilson-Cuddy tonne et détonne : le dialogue de sourds House-Cuddy, très Moonlighting, Wilson prétendant "avoir conclu" avec Cuddy, le gag du bouquet de fleurs, Wilson désemparé qui veut embrasser Cuddy avec l’aval de House, leur engueulade finale à pleurer de rire… Jusqu’à la réplique finale de House, déclaration de désir à Cuddy sous forme d’une élégante pirouette. Le Chaseron et le Hameron s'effacent peut-être, mais les scénaristes assurent du côté Huddy. Robert Sean Leonard en personnage faisant tout pour ne pas être drôle... est très drôle.

Enfin, veine militante oblige, l’épisode dénonce à nouveau la malbouffe (fléau de première catégorie aux Etats-Unis) avec les dangers de la nourriture industrielle, et son utilisation des hormones dont on bourre les animaux pour qu’ils soient plus charnus et consistants. Les produits de lavage passent aussi au crible pour l’utilisation de produits inquiétants, jusqu’aux gels utilisés pour augmenter les performances sexuelles. Et sur ce dernier cas, la série nous montre toute l’ampleur des conséquences de façon effrayante. Sexe et bouffe, la série cogne là où ça fait mal !


Infos supplémentaires :

- House regarde du catch à la télévision.

- Chase s’intéresse aux filles depuis l’âge de 11 ans. Bonne moyenne…

- Round up the usual suspects ! tonne House à ses larbins au début de l’épisode, citant la fameuse phrase de Casablanca (1942).

- Faux raccord : quand Jasper donne le bouquet à Cameron, Chase prend la carte, la lit, et la remet dans le bouquet. Au plan suivant, il a encore la carte à la main. Continuité : pendant la dispute Cuddy-House, le collier de Cuddy change d’apparence.

- Une nouvelle fois, la chanson de l’épisode est Hope for the Hopeless de et par A Fine Frenzy.

Acteurs :

Erich Anderson est un acteur de télévision, bien que sa carrière ait commencé réellement par son interprétation de Rob Dyer dans Vendredi 13 chapitre final. On l'a vu dans plusieurs séries comme Arabesque, Dallas (2 épisodes), Code Quantum (épisode Quand Harry rencontre Maggie), Star Trek nouvelle génération, Melrose Place (2 épisodes), Sept à la maison, Chicago Hope, Urgences, NYPD Blue (7 épisodes), Les Experts, X-Files (épisode Invocation), Au-delà du réel l'aventure continue, Major crimes (2 épisodes chacun), JAG, FBI portés disparus, NCIS, Les Experts : Miami, NIH : alertes médicales, Bones, Médium (épisode Au coeur du silence), Cold Case, Ghost Whisperer, Monk, Mentalist, etc.

Slade Pearce (1995) a commencé à tourner dès l'âge de huit ans. Il a joué dans quelques téléfilms et séries (Ghost Whisperer, Esprits Criminels, Touch, etc.). Son premier vrai rôle fut celui de Sam Daniels, un des rôles principaux dans 19 épisodes de la série October Road, où il joua avec Odette Annable. Odette Annable incarnera Jessica Adams, un des membres de la dernière équipe de House dans la saison 8.

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20. MAUVAISES DÉCISIONS
(HOUSE TRAINING)


Scénario : Doris Egan
Réalisation : Paul McCrane

- James Wilson, carefully calibrating his level of protectiveness for your individual needs.
- Did you just compare Wilson to a tampon ?

Lupe, une jeune femme, est prise d'aboulie : elle ne sait plus prendre la moindre décision. Cette fille des banlieues, toujours au chômage, n’a jamais réussi à se relever de ses échecs. Foreman la prend en grippe pour sa faiblesse et sa propension à se droguer. House de son côté craint que Wilson ait des vues sur Cuddy et tente d’en savoir plus sur la vie privée de son ami grâce à sa deuxième ex-femme. Foreman trouve rapidement le diagnostic et met en marche le traitement, mais il vient de commettre une erreur fatale…

De temps à autre, la série aime composer des épisodes poignants, d’une grande noirceur. Si le ton de la série est en effet pessimiste, elle préfère les fanfares du faux triomphe aux violons désespérés de la tragédie. Le message passe tout aussi bien, tout en éliminant le risque de pathos excessif. Pourtant, à la vision d’épisodes comme celui-là, force est de constater que la série est tout aussi soluble dans la tragédie pure (on en reparlera lors du finale de la saison 4). Le scénario de la fabuleuse Doris Egan, d’abord faussement léger et routinier, vire à la fin dans la douleur, à nu. Cet épisode, un des plus tristes de toute la série, est un sommet de cette saison 3, en même temps qu’un beau portrait de Foreman.

Le cas n’a rien de bien passionnant médicalement. Mais ce n’est pas génant car la rencontre acérée entre ces deux paumés que sont Lupe et Foreman est la grande attraction de l’épisode. L’hostilité de Foreman semble aller de soi : il la soupçonne de se droguer et comme elle le nie, il est un peu énervé. Mais Doris Egan abat ses atouts avec une maîtrise stupéfiante : elle noircit (façon de parler) Foreman en montrant son orgueil : c’est un noir des cités, qui a mal démarré, mais qui a agrippé sa seconde chance et a fini par « réussir », là où tant d’autres de ses « frères de couleur » ont échoué, dont Lupe. Il voit alors en elle ce qu’il aurait pu devenir si son instinct de survie ne l’avait sauvé. Ce miroir hypothétique lui est désagréable, et il se comporte donc durement avec elle. La clairvoyance de Lupe, qui a tout compris, permet des dialogues tendus, très âpres.
Quand Foreman, approuvé par House, trouve le diagnostic, on se dit qu’il va y avoir un retour de bâton… eh ben, ce n’est pas un retour de bâton mais carrément un énorme tronc d’arbre que Foreman et Lupe reçoivent de plein fouet ! La brutalité, la fulgurance, l’imprévu de l’évenement sont saisissants. A tel point que quand Wilson décortique à Foreman sa méthode pour annoncer les mauvaises nouvelles aux patients, avec une précision chirurgicale surréaliste, la scène est davantage malaisée que comique. Egan sait jouer avec les codes de la série avec brio.

La terrible scène de révélation est magnifiquement interprétée. Foreman s’enfonce dans un mélange de dépression et de rage. Sa volonté de se « rattraper » est à la fois pathétique (le changement de chambre) et héroïque (quand il s’oppose à House). On est habitués à l’absence d’émotions chez House, mais ici, elle bat des records. Plus « Coxien » que jamais, le diagnosticien reste d’une froideur innommable, appliquant à la lettre son credo de ne jamais se lier avec un patient. Résultat, il n’en souffre pas et peut passer à autre chose. C’est pourquoi c’est un si bon médecin. Foreman laissant l’affectif prendre la place du devoir, perd la distanciation nécessaire. La série souligne ici ce qu’il y’a peut-être de plus terrible dans le noble métier de médecin : celui de remiser ses émotions au vestiaire. C’est d’autant plus fort qu’elle recourt non pas à l’ironie ou à l’humour noir comme elle le fait d‘habitude, mais à l’émotion vraie.

La dernière discussion entre Foreman et Lupe est très touchante, d’autant qu’elle est doublée d’une forte satire sociale avec les laissés-pour-compte du Système. Où les banlieues ressemblent de plus en plus à des ghettos et des zones de non-droit. Bien sûr, si Lupe a échoué et Foreman a réussi, alors qu’ils viennent du même terreau, c’est aussi parce que Foreman a su dépasser les peu reluisants atouts qu’il avait au départ, tandis que Lupe s’est immédiatement sentie perdue d’avance. Mais même le succès de Foreman n’est pas sans sacrifices : son orgueil cache une peur de ne pas se donner à fond, de ne pas être toujours au top, ainsi que de laisser sa famille de côté. La plus grande erreur de Lupe est d’avoir pensé qu’elle pourrait toujours reporter le moment où elle se reprendrait en main : sa jeunesse lui brouillait la vue. L'évenement est d’autant plus amer qu’elle a l’impression d’avoir été inutile jusque là (solitaire, sans buts, sans raisons de vivre). Une coda d'une grande noirceur. On regrettera seulement que la chanson de fin ne colle pas du tout avec l’action. Egan nous achève avec deux twists méchants : la cause de la maladie de Lupe est d’une banalité tellement stupide qu'elle renforce le tragique de la chose. Enfin, quand Foreman cherche consolation auprès de sa mère, elle ne peut lui donner qu’un réconfort faux et dénué d’amour maternel. La réalisation de Paul McCrane rend cet épisode encore plus éprouvant. Monique Gabriela Curnen joue merveilleusement la jeune femme révoltée contre la cruauté de la vie et surtout contre elle-même, et on ne boudera pas le flamboyant numéro de tourmenté incurable d'Omar Epps.


Le début de l’épisode est léger : Foreman et Chase se disputent comme jamais, et House envoie des perches (énormes, évidemment) à Cuddy qui lui renvoie des vents à la même vitesse. La visite de House à Bonnie (craquante Jane Adams) est vraiment drôle tout en soulignant délicieusement la candeur de Wilson : s’il a du succès avec les femmes, c’est parce qu’il ne cherche pas à les séduire. Le sommet est quand Bonnie parle des performances sexuelles de Wilson, et que House lui ressort exactement le contraire de ce qu’elle a dit. Cuddy s'amuse de l'attirance de Wilson envers elle, mais le Widdy ne marche que dans un seul sens. Rajoutons la révélation de la liaison passée Bonnie-House (ah, ces sous-entendus…), et nous avons un épisode aux allures très shipper qui est pourtant anti-ship. Par contre, Egan aurait pu faire l’économie de Chase rappellant à Cameron chaque mardi, tel un rituel, qu’il l’aime encore. C’est lourd, et hélas annonciateur de la déliquescence du Chaseron dans la saison 5.

Un grand grand épisode.

Infos supplémentaires :

- La deuxième ex-femme de Wilson s’appelle Bonnie. Elle est devenue agent immobilier, ce qui permet à Wilson de ne plus lui payer de pension alimentaire. Ils ont eu leur premier rencard à Boston. Ils ont eu leur chien, Hector, pendant leur lune de miel. Elle a eu une liaison avec House ce qui a accéléré leur rupture. Depuis, elle ne l’apprécie plus vraiment. Selon Bonnie, Wilson est un amant merveilleux.

- 2e et dernière apparition de Rodney Foreman,  toujours interprété par Charles S. Dutton. Unique apparition d’Alicia Foreman, la mère d’Eric, jouée par Beverly Todd. Alicia a 60 ans et souffre de la maladie d’Alzheimer. Eric n’est plus revenu chez ses parents depuis 8 ans.

- C’est dans cet épisode que se situe la grande erreur médicale de la série. Foreman déclare à Lupe que privée de son système immunitaire par sa faute, les antibiotiques ne peuvent agir contre son infection, qui la tue quelques heures plus tard… mais c’est complètement faux car les antibiotiques sont efficaces contre les infections même en absence du système immunitaire… ce qui signifie qu'elle aurait pu être sauvée !!

- La chanson de l’épisode est Follow the Leader de et par Matthew Ryan.

Acteurs :

Monique Gabriela Curnen (1977) a joué dans les séries Dexter (2 épisodes), Daybreak, FBI portés disparus, Urgences, Les Experts : Miami, New York unité spéciale, Lie to me (8 épisodes), Sons of anarchy, Les Experts (3 épisodes chacun), Mentalist (2 épisodes), Touch, Longmire, Hawai 5-0, Revenge, Person of Interest, Marvel : les agents du S.H.I.E.L.D. etc. Elle a également fait carrière sur grand écran, jouant dans les films Dark Knight, Che, Contagion, Fast and Furious 4, etc.

Jane Adams (1965) étudie d’abord les sciences politiques avant de se tourner vers le théâtre, qui reste sa principale activité. A la télévision, cette talentueuse actrice est surtout connue pour avoir été Tanya Skagle dans la série Hung (30 épisodes). Elle est aussi visible dans les séries Au-delà du réel l’aventure continue, Frasier (11 épisodes), New York section criminelle, New York unité spéciale, Les Experts, US Marshals, etc. Elle tourne également sur grand écran.

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21. DEUX FRÈRES
(FAMILY)


Scénario : Liz Friedman
Réalisation : David Straiton

- Do you have anything to add to this debate ?
- Wilson's right, Foreman's wrong, your shirt is way too revealing for the office.

Nick, 14 ans, est leucémique. Il a besoin d’une greffe de mœlle osseuse de la part de Matty, son jeune frère. Mais Matty éternue : il a une infection et la greffe devient impossible sous peine de contamination ! L’équipe doit trouver de quoi Matty souffre, car l’infection détruit progressivement sa moelle, menaçant de condamner tout espoir également pour Nick. Foreman est quant à lui acculé à l’évidence : il devient de plus en plus « Housien » dans ses habitudes, ce qui le répugne particulièrement…

Cet épisode est garanti 100% pur House : l’enquête et rien que l’enquête ! Liz Friedman écrit un scénario sophistiqué entièrement axé sur le cas médical du jour, compliqué, parfois tortueux, mais incroyablement riche en suspense. Cet épisode nous étourdit de retournements multiples, tout en laissant de côté le pessimisme traditionnel de la série pour une véritable exaltation de l’amour familial. Le happy end total (mais pas sans ironie) qui en résulte est comme le soleil après la tempête, car qu’est-ce que l’épisode nous aura secoués tout le long ! L’épisode se termine par un étonnant cliffhanger qui annonce la fin de la première ère de la série.

L’équipe joue sur deux fronts, cela rajoute de la tension aux diagnostics et examens. Le suspense est présent dès le début avec le temps limité imparti à l’équipe : 5 jours pour résoudre le cas. Rebondissements en chaîne (l’infection qui n’en est pas une et qui en est une, le sacrifice d’un enfant, puis de l’autre, le twist final…) pour notre plus grand plaisir ! La famille apparaît très soudée et donne corps à ce combat énergique et plein d’espoir qu’elle engage contre la fatalité. Horrible dilemme : les parents doivent sacrifier un de leurs fils pour sauver l’autre, sinon, ils mourront tous les deux. L’amour paternel prend le dessus sur la rationalité en refusant le sacrifice, espérant un improbable miracle. Fidèle à sa nature, House influence Nick pour le pousser à se sacrifier pour son frère dans une scène splendide. Impeccable jeu de vases communicants où la situation de départ est entièrement renversée. Nick est étonnant de sobriété et de maturité. Certes, le twist final qui sauve tout n’est pas inspiré des masses mais permet une climatique scène finale où Foreman tente le tout pour le tout en torturant Matty : la scène est d'une violence inédite. L’issue heureuse est cependant au bout des ténèbres. Matty était prêt à son tour à se sacrifier pour son frère. Cette preuve d’amour est très émouvante. Superbe échange entre les deux frères. Dabier Snell est convaincant, mais on préférera Jascha Washington, plus émouvant.

House, sans émotions, ne peut comprendre le sens profond de la lutte de la dernière chance que finit par mener ses trois subordonnés, mais l’accepte quand même par pragmatisme. Même si le trio a évolué depuis le début, ils refusent de perdre leur humanité, là où House ne voit qu’une solution pratique. Fascinant personnage que House prenant toujours des décisions sans être motivé par le profit, personnel, ou pour les autres. Les disputes avec Wilson sont des bijoux de dialogues car interrogeant le pouvoir du médecin : doit-il manipuler les patients ou leur laisser le libre-arbitre ? Le chaleureux Wilson instaure la confiance avec ses patients ; House, froid calculateur, est partisan de tous les moyens pour arriver à son but, et donc ment, dissimule, travestit, pour leur bien. Cette opposition entre les deux amis est supérieurement écrite. Sans en être conscient, Foreman, en se rebellant contre House, a fait ce qu’il croyait être le meilleur parti pour Nick. Il a - encore plus paradoxalement - suivi une méthode Housienne alors que House n’était pas d’accord avec lui. La virtuosité de la série dans les situations éthiques est vraiment stupéfiante ! De ce panorama, émerge le cliffhanger, psychologique mais inattendu.

L’épisode nous parle aussi de l’influence de nos idoles. Foreman veut être un médecin hors pair, mais si le prix à payer est de copier House et par conséquent avoir une désastreuse vie privée et une misanthropie glaciale, cela en vaut-il la peine ? L’influence est ici subie, non assumée. Finalement, Cameron et Chase digèreront mieux cet héritage. Leurs départs futurs arriveront au bon moment, là où celui de Foreman ressemble davantage à une fuite : il n’a pas encore réussi à gérer cet héritage, ce qui expliquera son retour au bercail. La situation est d’autant plus curieuse qu’il est le plus doué du trio. La série aime décidément nous surprendre là où nous nous attendons le moins.

L‘humour est peu présent, à part Hector, le chien de Wilson, qui sème la pagaille chez House, cassant tout chez lui. House est copieusement emmerdé par ce clebs qu’il envisage de tuer. Hector défoncé à la Vicodin restera ainsi comme un des plus gros gags de la saison. La scène la plus « culte » de l’épisode est toutefois House crânant avec sa toute nouvelle canne flambant neuve, avec en arrière-fond Highway to hell des AC/DC, Wah, le frimeur !! Au fait, c’est la deuxième fois que Chase se montre lourd avec Cameron, et on en a déjà marre. Heureusement que la fin de la saison arrive prochainement, qu’il arrête avec cette manie stupide. Sinon, Cuddy est de plus en plus pulpeuse, ce que House ne manque pas de relever via un sous-entendu qui ne trompe personne. La quête du Huddy continue.


Infos supplémentaires :

- Hector aurait 17 ans. Même si cela est naturellement possible, Hector dépasse de loin la moyenne de vie d’un chien (qui oscille autour de 11 ans).

- House mentionne comme sportifs victimes de « la trouille de gagner » Steve Blass, Scott Norwood, et David Duvall. Steve Blass fut un brillant lanceur de baseball dans l’équipe des Pittsburgh Pirates. Mais à 30 ans, en 1972, Blass perdit soudainement tout contrôle et ne parvint plus à lancer correctement les balles. Ne surmontant plus sa peur, il prit sa retraite trois ans plus tard. Cette peur touchant certains athlètes de haut niveau porte désormais son nom (maladie de Steve Blass). Pour la même raison, le kicker Scott Norwood (football américain) fit perdre en 1991 à son équipe la finale du 25e Superbowl en manquant un goal, événement connu sous le nom de « Wide Right ». David Duvall est un golfeur qui après sa victoire en 2001 du Dunlop Phoenix Tournament, fut incapable par la suite de gagner une seule compétition. Un blocage qui ne l’a pas par contre empêché de continuer sa carrière, mais sans retrouver son glorieux passé. House semble bien connaître le sport américain.

- En plus de la chanson des AC/DC, on entend aussi dans l’épisode Ain't No Reason de et par Brett Dennen.

- Méforme décidément des médecins de la série qui exagèrent les dangers de la maladie du greffon, maladie commune après une telle opération. Et un taux de 4/6 n’augure pas vraiment de dangers graves, contrairement à ce que prétend House.

- Nouvelle référence à Sherlock Holmes quand House essaye une canne qui est de type de celle habituellement utilisée par les incarnations de Sherlock Holmes à l’écran.

Acteurs :

Dabier Snell (1995) ou Dabier tout court a joué dans quelques séries : Tout le monde déteste Chris, The Shield, Cold Case, Rizzoli & Isles, Glee, etc.

Jascha Washington (1989) a joué dans plusieurs séries : Urgences, La Treizième Dimension, Esprits criminels, Les Experts, etc. ainsi que dans quelques films.

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22. DÉMISSION…
(RESIGNATION)



Scénario : Pamela Davis
Réalisation : Martha Mitchell

- Why's Foreman quitting ?
- He wants to breed llamas.

Pendant un cours de karaté, Addie, 19 ans, crache du sang. L’équipe n’est pas au beau fixe depuis que Foreman a annoncé sa démission. House tente subtilement de le retenir. Envers et contre tous, House pense qu’Addie a attrapé une infection, mais le diagnostic est difficile à cause de symptômes qui vont et reviennent sans arrêt. House soupçonne Wilson de cacher quelque chose de personnel. Il va essayer de découvrir quoi…

Le cas de cet épisode est très agréable à regarder (tout comme la patiente), malgré ses longueurs et son twist final qui rentre facilement dans le top 3 des twists les moins crédibles de la série. Après la noirceur des deux épisodes précédents, on se réjouit que la série revienne à ces petites scènes humoristiques, avec répliques à l’emporte-pièce. Bien sûr, elle n’oublie pas de se pencher sur un thème particulier : la dépression dévorante, ajouté à un complexe de culpabilité peu courant. Le happy end qui en résulte est ainsi un des plus tristes de la série. En parallèle, House est vu d’une manière plus sensible, moins froide ; le jeu de sous-entendus qu’il élabore avec un Foreman démissionnaire donne du sel en plus.

Le cas contient un amusant comique de répétition : House veut à tout prix voir une infection, et cette insistance têtue fait vraiment rire. Le coup des symptômes fluctuants produit un bon effet d’interrogation. C’est seulement à l’approche de la fin qu’on se rend compte qu'Addie avait un comportement trop sage pour être honnête, culminant avec son absence totale de réaction à l’annonce de son décès prochain. On a alors affaire à une répétition de Leçon d’espoir (Andie aura vraiment marqué la série !) où la condamnée console ses parents sans pleurer elle-même. Mais la scène est ici malaisée, et non émouvante. Passé l'irréalisme du twist final, on mesure la tristesse désespérée des dernières minutes : les ravages de la dépression sont montrées clairement sous nos yeux. L’audace de House jusqu’à prévenir les parents de son état (violant le secret médical) montre combien il est ému par elle, alors que ce n’est pas dans ses habitudes. Addie est le reflet de Wilson, qui lui aussi plonge dans le chagrin à son corps défendant, et cette corrélation entre elle et son meilleur ami peut l’affecter. Cela n'enlève rien à l'humanisme de sa décision. L’épisode pousse ainsi un cri d’alarme envers les parents d’adolescents : parlez avec eux, même s’ils n’ont pas l’air d’avoir de problèmes, ils sont trop fiers ou trop honteux pour tout vous dire. Le happy end est par conséquent profondément amer : rien ne nous dit qu’Addie réussira à sortir la tête hors de l’eau et que ça finisse par tourner mal une fois de plus. Ce qui est le plus terrible est l’absence de mobile à son état : elle a tout pour être heureuse, il n’y a aucune explication. Le fameux spleen adolescent est encore d’actualité. Lyndsy Fonseca joue très bien ce rôle peu aisé.

House et Foreman se livrent à une partie de ping-pong : House tend plusieurs perches à Foreman dont il n’accepte pas la décision, et Foreman, malgré sa détermination crânement affichée, commence à douter. Il est marrant de voir House tout faire pour le garder auprès de lui. Ses allusions font d’autant plus rire qu’elles ne sont pas finaudes, et que Chase ne cesse d’en rajouter alors qu’on lui a rien demandé. Jesse Spencer a une partition plus étendue, et sait en profiter. House a fini par s’attacher à Foreman (sa métaphore sur l’équipe considérée comme une famille, même dite avec ironie, n’est certainement pas fortuite) et accepte mal cette séparation. Il faut aussi ajouter la nature du personnage qui aime tout contrôler… et qui est ici devant le fait accompli, situation qui n’est pas pour le réjouir.

La partie « humour acide » est assurée par les échanges House-Wilson : House voit Wilson bailler… et en tire la conclusion qu’il est dépressif ou a une tumeur ! On pourrait déjà s'arrêter là, mais la suite est encore meilleure. House nous rappelle qu'il est un maître en manipulation psychologique : la manière dont il parvient à faire boire à Wilson la boisson droguée est d’une maestria sans pareille. Les conséquences sont d’abord hilarantes, puis plus sombres : Wilson avoue son état d’esprit et ouvre une nouvelle fenêtre sur les côtés durs de la vie de médecin : pression, peur, solitude… puis le rire revient avec House arroseur arrosé. Bien entendu, cette histoire absurde permettra à House de résoudre le cas. Les joies du hasard…

La partie « humour adonf » est assurée par le cas secondaire : un homme a des problèmes de selles, et il est accompagné d’Honey, sa compagne. Entre ce gars qui parle de défécations sans la moindre gène et House faisant son Sherlock Holmes, c’est un moment joyeusement enlevé. Le tout vire à la farce avec le diagnostic et surtout la réaction de Honey, un grand moment de burlesque. House ne ménage pas ses patients, ça, on le sait bien, mais son comportement est tout de même curieux : à l’évidence attiré par la belle femme, il casse le couple en déballant « l’infidélité » (très particulière !) de son compagnon… pour aussitôt draguer la belle !! Et si pour une fois, c’était davantage ses hormones que sa sincérité outrancière qui le dirigeaient ? Le final est tout simplement énorme avec House rencardant une Honey pas insensible : un gag par seconde, une absurdité par réplique, un rencard givré ! Honey ne reviendra pas, on peut le regretter, mais c’est le signe que la série a toujours suffisamment de ressources pour se passer d’un tel atout. Exploit qu’elle tiendra jusqu’au début de la saison 5. Charme un peu vulgaire, légéreté, stoïcisme hilarant, duo avec House détonnant, la sculpturale Piper Perabo éclipse tout le monde.


Infos supplémentaires :

- L’introduction ne dure qu’1 minute, une des plus courtes de la série.

- Lors de son rencard avec Honey, House dit détester le thé. Rappelons que Hugh Laurie est anglais, et qu’en Angleterre le thé est une institution nationale.

- Lorsque Chase transperce l'oeil d'Addie avec une aiguille, on voit que ce n’est pas celui de Lyndsy Fonseca : ses yeux sont très clairs, alors que cet œil-là est très sombre ; c’est vraisemblablement un accessoire.

- On entend dans l’épisode Whole Lotta Lovin de et par Otis Rush.

Acteurs :

Lyndsy Fonseca (1987) est une des actrices de télévision les plus prometteuses de sa génération. Ses charmes naturels et son talent d’actrice lui permirent de décrocher plusieurs rôles importants de série : Colleen Carlton dans 84 épisodes des Feux de l’amour, Donna dans 6 épisodes de Big Love, Dylan Mayfair dans 15 épisodes de Desperate Housewives, la future fille de Ted Mosby dans 65 épisodes de How I met your mother, Angie Martinelli dans Agent Carter (6 épisodes), et surtout Alex, un des personnages principaux de la série Nikita (73 épisodes). On citera aussi des apparitions dans Boston Public (4 épisodes), Malcolm, Les Experts, Heroes, etc. Elle a également débuté une bonne carrière au cinéma. Elle est aussi excellente danseuse de ballet classique.

Piper Perabo (1976) brille au théâtre et au cinéma, apparaissant dans de nombreux films depuis 1999. Elle ne s’intéresse à la télévision qu’assez tardivement. Elle a fini par accepter le rôle principal d'Annie Walker dans la série Covert Affairs (75 épisodes).

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23. LE PETIT CON
(THE JERK)


Scénario : Leonard Dick
Réalisation : Daniel Sackheim

You are one evil, cunning woman. It's a massive turn-on.

Nate, adolescent irascible et vicieux, agresse violemment son partenaire d’échecs après l’avoir vaincu. Mais il est coupé dans son élan par un furieux mal de tête. L’équipe de House doit gérer le peu d’amabilité de leur patient mais a un autre problème en tête : quelqu’un a annulé l’entretien professionnel que Foreman avait demandé à Manhattan, mais tout le monde le nie. Qui a menti ?


A l’heure où la série commence à tomber le rideau sur sa première ère, elle fait le bilan et s’intéresse à l’évolution traversée de nos chers médecins via un pastiche amusant de jeu de Cluedo (qui a annulé l’entretien ?). Toutefois, il ne s’attarde pas assez sur eux alors qu’il s’agit clairement du but visé. Malgré tout, un intéressant cas médical conclu par un happy end d’un cynisme ultra corrosif, assure un bon spectacle. Et ce en dépit de quelques lenteurs, et une lassitude devant le caractère du patient, tête à claques massive. Toutefois, l’épisode est le premier depuis longtemps à traiter avec une égalité quasi totale tous les personnages principaux, et cet acrobatique canon à six voix est très bien composé par Léonard Dick.

La violente introduction nous prépare à la personnalité du patient du jour, sadique bête et méchant. Sa propre mère n’y échappe pas. Disons-le tout de suite, ce personnage monolithique surprend au début, mais la surenchère dans la vulgarité finit par devenir contre-productive. On saluera quand même ses avances grossières à Cameron qui font sourire par leur bêtise libidineuse. Le portrait de sa mère (la douce Colleen Flynn) est plus intéressant : elle a fini par le détester et se réjouit de sa maladie. Son instinct maternel mélange cette joie tordue à un dégoût d’elle-même devant ce qu‘elle ressent. Dommage que le personnage ne s’impose jamais, car c’est par elle qu’on s’intéresse à Nate qui sinon nous serait indifférent. Le cas est très bien écrit, avec un suspense au cordeau et quelques bonnes surprises. Ce n’est pas tous les jours qu’un docteur prescrit des champignons hallucinogènes à un patient ! Nate était déjà assez gratiné quand il était sobre, mais quand il est shooté, c’est encore pire. On cite aussi l'urine sanglante, et Foreman le sédatant… parce qu’il en a marre de ce con ! La scène la plus surprenante est toutefois Chase "matant" Nate : un accès d'autorité peu fréquent chez ce personnage.

La grande scène de l’épisode est la partie d’échecs disputée par House et Nate : sous haute tension, chacun vannant l’autre, chacun essayant de l’écraser. Elle est filmée avec talent par Daniel Sackheim. Cette partie d’échecs a une raison d’être purement médicale : House veut simplement stresser son patient pour tirer des nouveaux symptômes, mais est si irrité par ce jerk qu’après la partie, il en fait une affaire personnelle. On peut féliciter Nate, une des rares personnes à avoir réussi à perdre son sang-froid à House. Foreman ne rate d'ailleurs pas l’occasion d’enfoncer le clou. Lorsqu'à la toute fin, House croit avoir triomphé en ayant trouvé la parade, Nate lui révèle qu’il n’y a pas qu’un seul fin psychologue dans la salle : cet ado l’a battu à son propre jeu. Echec et mat ! Et House ne peut s’empêcher de marmonner dans sa barbe « p’tit con ». Le twist final est d’une brûlante acidité. Le cauchemar de la mère ne se terminera sans doute jamais. Ce percutant faux happy end fait vraiment très mal. Nick Lane a la tête de l'emploi en jerk mais son cabotinage crispe rapidement.

Sinon, à part le cas secondaire, souriant mais pas inoubliable, nous nous intéressons à la petite énigme imaginée par Léonard Dick, ludique et drôle par ses réactions en chaîne (untel accuse untel qui accuse untel qui accuse…), tout en mettant en valeur des aspects des personnages. Qui a annulé l’entretien ? Foreman accuse House, qui ne veut pas le laisser partir. Ce dernier accuse Cuddy. Motif : identique à celui de House, Dick laisse ainsi penser qu’elle est dans son attitude de plus en plus « Housienne »… et aussi plus amoureuse de House qu’elle ne veut l’avouer : Wilson lui fait remarquer qu’elle ne pourra jamais contrôler ses débordements à cause de ses sentiments. D’ailleurs, House la mate effrontément lors de leur dialogue, et elle (Lisa Edelstein est suprêmement élégante et magnifique) semble plus ou moins laisser faire. Cuddy accuse Wilson. Motif : il veut protéger, aider House en faisant ce que lui n’a pas fait : faire en sorte de garder Foreman en sabotant l’entretien. Dick suggère que la profonde amitié de Wilson le pousserait à commettre des actes illégaux. C'est en effet vrai mais ici Wilson ressent le contraire : il souhaite que Foreman parte afin de « sevrer » House de l’unique personne pouvant s’opposer à lui. Pour qu’il se rende compte que ce « gamin de 6 ans » [qu’il est] a besoin d’une ferme autorité que personne d’autre ne peut lui offrir. On en reparlera dans Crises de foi (saison 5).

Wilson accuse Cameron. Motif : le même que Wilson, mais elle aurait agi parce qu’elle est toujours amoureuse de House. Que Wilson lui mente montre qu’il est devenu moins chatouilleux quant à son amour de la franchise. Cameron parachève l’évolution observée de son personnage en perçant Wilson à jour immédiatement. Ce n’est plus la Cameron du début (Il y’a trois ans, vous m’auriez crû soupire Wilson). Elle nie être encore amoureuse de House, mais la saison 5 nous confirmera qu’elle n’en a peut-être pas fini avec ses sentiments. De tous les personnages, elle était la plus convenue au départ, mais c’est elle qui a finalement eu l’évolution mentale et éthique la plus grande. Quelle adresse ! Cameron accuse Chase. Motif : Chase est un con revanchard qui veut juste emmerder Foreman qu’il n’aime pas trop. Dick prend ici l’option inverse : Chase n’a pas vraiment changé en trois ans, symbole de l’échec de House à son sujet, ce qui ouvre la porte à l’épisode suivant. Dick boucle la boucle avec Chase accusant House qui avait tout intérêt à créer et maintenir ce climat de suspicion pour que Foreman reste. Et Foreman ? A part le fait qu’il veut échapper à l’emprise de House, on voit qu’il n’est pas encore sûr de lui. Foreman est déchiré : il sait qu’il part trop tôt mais rester encore serait courir le risque de devenir un House II. Bref, on applaudit à pleines mains la virtuosité éblouissante en peinture psychologique de la série. Et encore, la série montrera qu'elle peut aller encore plus loin dans les trois dernières saisons. Le sextuor principal convainc chacun dans son rôle.

Infos supplémentaires :

- Le titre de l’épisode original est celui d’un film de Carl Reiner datant de 1979 (en VF : Un vrai schnock).

- Hugh Laurie dit que Nate est un de ses seconds rôles préférés, par son caractère inhabituellement hargneux. Pour la même raison, Nick Lane était content de jouer un tel rôle.

- D’après Katie Jacobs, Léonard Dick aurait eu l’idée de l’épisode quand Omar Epps, très bon joueur d’échecs, eut amené un jour un échiquier pour se détendre entre deux prises. Depuis cet épisode, toute l’équipe ainsi que les comédiens sont accros au « noble jeu », et jouent souvent entre eux pendant les pauses.

- La scène-clé de la partie d’échecs entre House (montrant qu’il sait ainsi jouer à ce jeu) et Nate fut très compliquée à tourner, non seulement pour le cadreur qui ne savait pas quelle pièce allait bouger, mais aussi pour les interprètes qui durent mémoriser 45 coups chacun ! La partie fut en effet réellement composée par un joueur d’échecs de haut niveau.

- Nate ouvre la partie en poussant son pion f (en face du Fou du Roi) de deux cases (1.f4 en notation algébrique échiquéenne). Il s’agit de l’ouverture Bird, une ouverture défensive et solide, mais cependant peu utilisée en haut niveau. House répond en poussant le pion c (en face du Fou de la Dame) de deux cases (1... c5). Il retombe alors quelques coups plus tard dans la « Partie sicilienne ». Au haut niveau, il s’agit de l’ouverture la plus fréquemment jouée, car d’une redoutable difficulté, et aux variantes complexes et sans nombre.

- Nate méprise Chase en le surnommant « Doogie », il s’agit d’une référence à une série médicale de 1989 : Dr.Doogie, avec un jeune héros doué en médecine mais beaucoup moins dans sa vie personnelle. House fait allusion à l’émission Punk’d en citant Ashton Kutcher comme responsable de la « mauvaise blague » faite à Foreman. Punk’d est une émission de caméra cachée créée par le comédien. Mais Ashton Kutcher est également dans la série That 70’s show le grand ami d’un personnage nommé Eric Forman (sans e).

- Erreurs :
Faux raccord quand Chase écrit sur le tableau, sa main change de place d’un plan à l’autre.
La quantité de fluide présente dans la seringue quand House traite le cas secondaire change d’un plan à l’autre.

- La chanson de l’épisode est In-A-Gadda-Da-Vida de Doug Ingle, et interprêtée par Iron Butterfly.


Acteurs :

Nick Lane n'a pas continué sa carrière audiovisuelle, préférant le théâtre.

Colleen Flynn (1962) est apparue dans nombre de séries perses comme Equalizer (épisode Chantage à la vidéo), Urgences, Flipper (22 épisodes), FBI portés disparus, Roswell, X-Files (épisodes Détour et Existences, où elle joua avec son mari Stephen Hornyak), The Closer L.A (épisode Un enfant normal), Ghost Whisperer, Cold Case, Nip/Tuck (4 épisodes), Grey’s anatomy, Les Experts, etc. Elle a également joué au cinéma.

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24. DERNIER ESPOIR
(HUMAN ERROR)


Scénario : Thomas L. Moran et Lawrence Kaplow
Réalisation : Katie Jacobs

- You have no pulse, but you're talking. Cough, Cough again, Keep coughing, it'll push blood into your head.
- Will that help ?
- No, but it is amazingly cool.

Esteban Hernandez et son épouse Marina, très malade, font le périlleux voyage de Cuba au New Jersey pour consulter le Dr.House, afin qu’il guérisse Marina. Mais le départ de Foreman est maintenant imminent, et l’équipe paraît plus éclatée que jamais. A la surprise générale, House décide le renvoi immédiat de Chase, alors que le cœur de Marina s’arrête de battre…


En dépit de ses qualités, le finale de la saison 3 est laborieux. Il donne certes une fin correcte aux trois premières saisons mais se situe loin du niveau atteint des autres finales de saison. La réalisation de Katie Jacobs n’est pas en cause : bien que classique, elle sert bien l’épisode, alors qu’elle avait été plus inégale dans Demi-prodige. Non, ce qui déçoit est un cas maladroit et une volonté d’émotion qui peine à convaincre. Malgré quelques bonnes trouvailles, il faut attendre les dix dernières minutes pour que l’épisode décolle vraiment. Sa coda apparaît bellement écrite, d’autant que l’indécise situation finale offre un tremplin de choix à la saison 4, la meilleure de la série. On voit qu’après les adroits portraits de Léonard Dick, Thomas L. Moran et Lawrence Kaplow ne savent pas quoi faire des personnages. Le petit con était conclusif psychologiquement. L’épisode part donc avec un handicap dont elle n’arrivera à se libérer que tardivement.

L’épisode se focalise sur les états d’âme du mari (Omar Avila), guindé de bout en bout. L’épisode traîne ce boulet du début à la fin, il n'a que des réactions de déception, d’inquiétude prévisibles, de plus inutilement appuyées : appels répétés au domicile du diagnosticien crispants, adieux à sa femme sans émotion, opposant ridicule aux examens de House après le « miracle ». Il parvient même à rendre incohérent House, le convaincant en un seul argument (mièvre) d’aller voir sa femme. Marina ne vaut pas mieux. La scène où elle s’épanche longuement auprès de Cameron est irrémédiablement ennuyeuse. La souffrance de vivre dans un pays dictatorial est à peine effleurée, et seule l’émouvante composition de Mercedes Renard est à retenir. Ses élans religieux font plus sourire qu’autre chose. Bref, les guests du jour sont aux abonnés absents. Le cas se résume à des diagnostics peu intéressants, et des effets chocs superfétatoires. Marina atteint le « point de non-retour » trop tôt, on a pas eu le temps de s’attacher à elle et son mari pour ressentir suffisamment de compassion. Le « miracle divin » arrive également trop tôt, c'est trop maladroit. La scène rappelle le final de Question de fidélité (saison 1), et n’est pas plus convaincante. On dénote une amélioration dans la dernière partie : House se secoue et redonne de l’entrain au cas mais c'est tard. Le happy end, sans ambages, adoucit l’étrange ambiguité de la fin de l’arc Foreman.

Voyons justement cette intrigue, de main plus sûre. House espère faire revenir Foreman sur sa décision tout en gardant la face. Ainsi, il fait tout pour ne pas le contrarier, le dédouane totalement du coma de Marina alors que rien ne le prouve (le human error du titre original). Il perd sa neutralité, ce que Wilson ne manque pas de lui dire (par écran interposé). Le fracassant renvoi de Chase est d’une savoureuse ambiguïté : tentative désespérée de conserver Foreman au prix de ce « lèche-bottes » ? Ou bien la « raison officielle » donnée par House est-elle réellement la vraie ? Chase, après tout, n’a plus rien à apprendre de House : il a sans doute changé dans le domaine des connaissances médicales (qu’on se rappelle son coup de génie salvateur dans Rendez-vous avec Judas), mais guère changé dans son approche éthique. Dans les deux cas, House n’a plus rien à lui apprendre. On remarque que Chase a eu le temps, depuis une des rares fois depuis trois ans, de s'opposer vigoureusement à son boss. House lui a appris en 3 ans bien plus que ce que d’autres apprennent tout au long d’une vie. Cuddy avait dit d’ailleurs la même chose à Foreman dans l’épisode précédent.

House, ravalant sa honte, demande directement à Foreman de rester. Foreman décline, et House s’emporte, injuriant une dernière fois son subordonné, sous le regard blasé de Wilson. House, très adulte dans sa manière de penser, réagit ici comme un enfant : son jouet va lui être repris, alors il grimace, grommelle. Cette cinglante scène d’adieux fait penser à la fin du Quadrille des Homards de Chapeau melon et bottes de cuir, avec Steed et Cathy se quittant sur une dernière prise de bec (et pareillement, c'est un épisode concluant une saison 3). Il ne reste donc plus que Cameron… qui à son tour quitte House. Elle pense qu’elle ne peut plus rien apprendre de lui. Elle tire ainsi un trait sur ce qui appartient désormais au passé : Jennifer Morrison donne simultanément les deux faces de son personnage : ironique quand elle vanne House, douce quand elle lui pose tendrement la main sur le bras, avant de s’en aller. Scène très réussie. Elle reprend sa liaison avec Chase dans une scène hélas gâchée par ses dialogues convenus et une énième itération du « Mardi », cette fois dite par Cameron, mais qui n’a que si peu d’effet !

Finalement, dans tout ça, c’est ce qui pousse House à agir ainsi qui est le plus intéressant : il déteste le changement (succulent dialogue initial avec Wilson). Se cloîtrant dans une bulle de « confort », il est habitué à cette équipe et c’est moins par amour pour elle que par conservatisme qu’il veut la maintenir soudée. Lorsque son monde s’effondre, il est amer… mais pas malheureux. C’est par principe qu’il a voulu tenir l‘équilibre, non par amour car il n’a pas voulu créer des liens étroits avec son équipe. Mais tous les évenements de ce jour l’ont incité à accepter le changement. Le voir fumer des havanes avec Esteban est une belle image de joie sincère. La dernière image le voit jouer sur sa nouvelle guitare, tandis que la chanson Good man est on ne peut mieux appropriée, la musique semble « regarder » House avec bienveillance. Mais hormis ce dernier point psychologique, l’épisode n’offre pas le feu d’artifice espéré. Remarquez en passant la présence de Kathryn Adams. Cette jeune comédienne joue l’étudiante à qui House demande son CV. C'est elle qui va faire le lien entre les deux saisons car elle donnera un coup de main à House dans le 4.01, et sera une des candidates malheureuses dans le 4.02.

 

Ainsi finit la première ère de la série. Pendant trois saisons, la série a fixé ses marques, a joué de ses nombreux atouts avec assurance, et avec une qualité constante. Les accidents de parcours ont été quasi inexistants. Cette première période fidèle à l’extrême au cahier des charges séduit par la saine rigueur de ses scénarios qui n’interdisent jamais l’émotion. Maintenant que l’équipe initiale est partie, place à une nouvelle ère, place à de nouveaux cas, place à de nouveaux personnages ! La série va-t-elle réussir son lifting ? Réponse à la saison suivante !

Infos supplémentaires :

- House a la même guitare depuis qu’il a 13 ans, la même voiture depuis 10 ans, et le même appartement depuis 15 ans. Preuve qu’il n'est pas doué pour le changement ! Cependant, il y’a une contradiction car dans Une mère à charge (saison 1), on voit que l’appartement de House est différent de celui visible dans la saison 3... bien qu'il soit toujours à la même adresse (221 B de sa rue). Sinon, on voit que sa réputation a dépassé les frontières pour qu’un couple étranger risque sa vie pour le consulter !

- Curieux qu’Omar Avila, acteur latino, prononce mal le nom « Hernandez » en aspirant le h, alors que le h est normalement muet dans le nom.

- Les chansons de l‘épisode sont Slippery when wet de et par The Commodores, Since I fell for you de et par Ramsey Lewis, et Good Man de et par Josh Ritter.

Acteurs :

Omar Avila a d’abord commencé sa carrière télévisuelle à Cuba, son pays d’origine, il a ensuite tenté sa chance aux Etats-Unis où on a pu le voir dans la série Watch Over me (49 épisodes), mais aussi Justified (3 épisodes), Les Experts : Miami, Cleaners (11 épisodes), etc. Il a peu joué sur grand écran.

Mercedes Renard commence une carrière de mannequin en Europe à 16 ans avant de s’engager dans la voie d’actrice de théâtre aux Etats-Unis. Elle tourne peu mais on l’a vue dans Dawson, New York police judiciaire, NCIS, Dexter, etc. ainsi que quelques films.

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TOP 5 DE LA SAISON 3

1. De pièces en pièces : Sublime dialogue moral et métaphysique entre deux éclopés de la vie, d'une émotion omniprésente. Katheryn Winnick est la meilleure actrice invitée dans la série : son impressionnante, voire effrayante ultraexpressivité s’oppose à la statue de glace qui se frêle qui lui fait face. Le chef-d’œuvre le plus atypique de la série, et aussi son plus « beau ».

2. Dans les yeux : Profusion à gogo de gags et de répliques qui claquent, la série montre qu’elle est à l’aise dans l’humour le plus débridé. Personnages survoltés, situations surréalistes… mais l’épisode parvient aussi à nous émouvoir par son patient à la touchante fragilité. La fin est splendide.

3. Mauvaises décisions : Le diamant noir de la saison est rempli de désespoir et de rage contre la fatalité. L’épisode tourne autour des thématiques de l’échec et de la culpabilité, prenant un caractère très amer mais si percutant. La double chute finale est une des plus sombres de la série. Compositions merveilleuses d’Omar Epps et de Monique Gabriela Curnen.

4. Y’a-t-il un médecin dans l’avion ? : Pastiche vitriolé du déjà assez gratiné Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? à la sauce House. Le diagnosticien se déchaîne comme jamais, sabotant toute la gravité des situations par un humour jouissif. Le deuxième cas est joliment juste dans le dessin de ses patients solitaires. Un autre chef-d’œuvre pour David Hoselton.

5. Acceptera… ou pas ? : House plonge dans l’enfer du sevrage dans cet épisode à l’intensité fulgurante, et aux scènes impressionnantes. Hugh Laurie est repoussant et horriblement fascinant à la fois. Le cas du jour, vif et passionnant, se conclut par une chute fantastique, un des faux-semblants les plus géniaux de la série. Tritter est un brillant adversaire pour House, son duel avec lui atteint son sommet véritable ici.

Accessits d’honneur : Jeux d’enfants, 24 heures pour vivre et mourir, L’enfant miroir.

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Crédits photo: FOX.

Images capturées par Clément Diaz.