saison 1 saison 3

X Files (1993-2002)

Saison 8

 


1/2. CHASSE À L’HOMME
 (WITHIN/WITHOUT)


Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter
Réalisation : Kim Manners
 
Résumé :

Tout le FBI se mobilise pour retrouver l’agent Mulder. Mais Alvin Kersh, le nouveau directeur adjoint, ne veut pas entendre parler de paranormal. La commission d’enquête est dirigée par le très cartésien agent John Doggett. Sa rencontre avec Scully est on ne peut plus polaire. Alors que se produisent vols d’ordinateurs et documents secrets en rapport avec Mulder, Scully et Skinner, avec l’aide des Bandits Solitaires, tentent de localiser la prochaine destination de l’OVNI qui a kidnappé Mulder. Doggett se concentre de son côté sur Gibson Praise après avoir reçu un tuyau anonyme, mais comprend rapidement que certains cadres de l’affaire dépassent ses compétences…

Critique :

La saison 8 débute, elle va voir l’arrivée d’un nouveau personnage, le solide et sceptique John Doggett, qui viendra remplacer un Mulder n’apparaissant plus que par intermittence. Si, Carter et Spotnitz recrutant une figure de la SF à l’écran pour suppléer au semi départ de Duchovny, la série enregistre l’apport du grand acteur Robert Patrick, cette absence partielle a pour conséquence de placer Gillian Anderson au premier plan.

De fait, Scully occupe une position centrale dans l’arc narratif de la saison par ses sentiments envers Mulder désormais dévoilés au grand jour, sa grossesse agitée, et le fait qu’elle occupe désormais la place de la croyante au paranormal face à un nouveau partenaire qui s’y montre aussi réfractaire qu’elle à ses débuts dans les Affaires Non Classées ! Le talent si sensible de l’actrice pour l’émotion lui vaudra d’ailleurs de nombreuses récompenses au cours de cette saison. La performance des deux acteurs, accompagnée d’un retour à une atmosphère sombre proche des origines après l’exubérance observée depuis l’installation en Californie, aboutit à un arrêt du déclin de l’audience, celle-ci stagnant à un niveau équivalent de la saison 6. Il n’en reste pas moins que la qualité des épisodes de cette saison non planifiée initialement par Chris Carter va faire débat (ou pas)…

Devant non seulement instaurer une nouvelle phase de la Mythologie, mais également introduire le futur nouveau partenaire de Scully, tout en convainquant les fans que le spectacle peut fonctionner avec un Mulder intermittent, Chasse à l’homme doit remplir un cahier des charges particulièrement exigeant et souffre de fait des inconvénients coutumiers des épisodes de transition. Ce double épisode va donc sacrifier son intrigue, demeurant simpliste et prévisible, à la mise en place de la saison. Face à l’écueil supplémentaire que représente la succession d’un épisode aussi abouti et intense que Requiem, Carter va, au cours de la première partie, intelligemment établir une rupture, un interlude différenciant les époques tout en évitant un choc frontal. L’action se déroule volontairement au ralenti tandis que les sentiments et la situation des personnages se voient minutieusement décrits en ce nouvel instant zéro de la série. Alors que, vraie révolution culturelle, Mulder cesse de constituer le héros de l’intrigue pour devenir un de ses X-Files, le spectateur découvre une Scully entièrement tournée vers le déni de la disparition définitive de Mulder et sa recherche. Son terrible cauchemar d’un Mulder à la torture (Manners a décidemment un don authentique pour l’épouvante) se révèlera une atroce vérité… 

Scully se voit secondée, sinon devancée, par un Skinner particulièrement ardent, hanté par le remords, et qui en oublie sa retenue coutumière jusqu’à mettre en péril sa position au FBI. Les observer se soutenir l’un l’autre reste particulièrement émouvant. La collaboration de Skinner avec les Bandits Solitaires montre bien à quel point la situation est grave, ainsi que son héroïque volonté d’aboutir (la relation compliquée Skinner/Bandits Solitaires sera bien mise en valeur dans Au cœur du complot).

Si les comédiens donnent une émouvante véracité à leurs personnages, l’attention se porte cependant sur le «  new kid in town  », John Doggett, habilement très différent de Mulder. Esprit solide et aiguisé, mais cartésien par nature, cet agent n’est pas préparé par son parcours classique à affronter l’univers étrange et paranoïaque dans lequel il va désormais s’aventurer. Mais là où Spender va s’effondrer, Doggett, par ses qualités morales et sa méticuleuse honnêteté, va parvenir à s’affirmer. Dépourvu du génie bondissant d’un Mulder (qu’il rejoint car ayant lui aussi sa tragédie personnelle), il va néanmoins manifester une opiniâtreté et une soif de vérité dignes du grand policier. Et s’il ne montre pas non plus l’humour pétillant de son prédécesseur, les plaisanteries et l’humour à froid de cet ancien militaire pénétré de l’importance et du sérieux de sa mission n’en brilleront que davantage quand ils se manifesteront. Robert Patrick met tout son talent et sa solide personnalité au service d’un héros qui aurait difficilement pu trouver meilleur interprète, même si durant ses premières apparitions on s’attend sans cesse à le voir se fondre dans le plancher ou transformer son bras en une lame mortellement affûtée... Avec lui, on replonge avec délices dans les sombres enquêtes des débuts de la série. Doggett est un morceau de Vancouver au milieu de la Californie, et on s’en régale.

Au fil de la saison on se prend à apprécier ce personnage si différent de Mulder, mais appelé à devenir lui aussi un combattant de la Vérité, même s’il l’ignore encore. L’intrigue a l’habileté de ne dévoiler encore que partiellement sa personnalité et son parcours, le spectateur s’identifiant habilement à Scully qui découvre l’individu avec appréhension, voire rejet. Même si, dans une grande tradition hollywoodienne, leur relation débute au plus mal (percutante scène du verre d’eau, un classique de la série), signe infaillible d’une grande amitié à venir, Chasse à l’homme se découvre aussi comme une belle rencontre entre deux personnes, à l’heure des grands choix. Si cet aspect fonctionne parfaitement, on regrette que, mécaniquement, Scully devienne « croyante » (et parano). La série cherche à reconstituer le duo antagoniste lui ayant tellement réussi par le passé, mais là on bloque quelque peu, et il en ira de même par la suite. Scully, que l’on avait tant appréciée au fil des sept saisons écoulées, demeure indissociablement marquée par le scepticisme, et c’est trop demander au spectateur qu’il adhère à une conversion, même compte tenu des évènements de Requiem. Passe encore pour Skinner, mais cette altération de la personnalité de Scully la transforme en maillon faible de la série, sans que Gillian Anderson, fabuleuse, n’ait rien à se reprocher. On n’y adhère pas tout simplement, même si la solution retenue vaut mieux que la mise en place d’un nouvel acteur interprétant Mulder. Ce phénomène s’accentuera avec l’entrée en scène de la brune Monica, qui verra Scully devenir franchement nuisible à l’instauration du nouveau couple.

Après cette mise en place et le tonitruant cliffhanger coutumier, l’histoire accélère la cadence dans la seconde partie, l’action et les rebondissements gagnant en intensité. Outre qu’il consacre d’importants moyens (superbes paysages désertiques, très Invaders) à la toujours efficace et percutante mise en scène de Kim Manners (le budget fait plus que doubler celui d’un épisode habituel), Carter entend rassurer les fans sur la pérennité de la série en introduisant deux personnages référentiels : Grayson et le Bounty Hunter, celui-ci présentant de plus l’avantage de pouvoir employer Duchovny (parfait encore ici) sans réellement introduire Mulder.

Par contre, le Boss pousse trop loin le curseur concernant une intrigue déjà bien linéaire, même si elle maintient le suspense, en la lestant également de moments déjà vus dans la série, histoire de bien enfoncer le clou. Les poursuites dans l’escalier, Scully et Skinner se braquant de leur arme, l’OVNI se révélant être un hélicoptère, et c’est incroyable comme la vie des hôpitaux se voit perturbée dans les X-Files… De plus, comme adversaire, outre le Hunter dont on commence à bien connaître le numéro (idem pour Grayson), nos héros doivent se contenter d’un bien terne Kersh. Son ascension se perçoit comme un fade palliatif à la dramatique absence du Fumeur. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé : comme tous les héros, ceux des X-Files ont besoin d’un grand adversaire pour briller, et l’absence de celui-ci laisse un vide béant. Kersh, dont l’interprète James Pickens Jr. se montre également bien moins enthousiasmant que Davis, se révèle une simple nuisance, guère plus. Le talentueux Kirk B. R. Woller s’en sort beaucoup mieux, mais Gene Crane n’aura jamais l’éclat ni la densité des fabuleux méchants de jadis. Même si Krycek, aveuglé par la haine, a refusé la succession de l’Homme à la Cigarette, on ne peut s’empêcher de penser que sa présence, comme celle de Marita, aurait considérablement relevé l’épisode. Hélas, comme cela se confirmera par la suite, Carter se révèle incapable de donner à ces deux fabuleux personnages la place qu’ils méritent dans ce nouveau tronçon de la série. À la place nous aurons les Super Soldats. Ainsi vont les X-Files… Si la conclusion demeure frappante, on regrettera également qu’elle désacralise le Hunter en le multipliant : tout comme le monstre de Alien, il y perd de son aura. C’est également un adieu car ce pilier de la série nous quitte lui aussi à cette occasion…

Si Chasse à l’homme montre des limites évidentes dans son approche proprement narrative, il n’en satisfait pas moins à un cahier des charges particulièrement exigeant : Doggett, finalement affecté aux X-Files, se voit idéalement introduit et riche de promesses, tandis que la saison 8, son décor solidement mis en place, peut désormais réellement débuter. Il lui appartiendra de convaincre… c'est heureusement ce qui se produira. Ce n'est pas un moindre exploit de voir l'acteur et le personnage composer une alternative impeccable au héros/interprète iconique de la série, un cas très rare de remplacement convaincant tout à fait.

On remarque aussi un nouveau générique pour la toute première fois de la série. Si on comprend bien entendu la nécessité de faire place à Doggett, on regrettera quelques choix malheureux parmi les nouvelles images comme la chute de Mulder accentuée jusqu’au ridicule, ou le fœtus solaire, très chic. Heureusement, l’inoubliable musique de Snow perdure.

 

Anecdotes :

  • Première apparition du troisième personnage principal de la série (ou quatrième si l’on compte Skinner qui sera crédité en tant que tel dans la saison 9) : L’agent spécial John Jay Doggett, matricule A6-27109. Voici son CV :

Né à Atlanta, Georgie.

1977-1983 : Incorpore la division n° 2 de la Marine Amphibious Unit n°24 (rebaptisée Marine Expeditionary Unit depuis 1988), une des sept forces opérationnelles Marine Air-Sol du Corps des Marines des Etats-Unis. Il en sort avec le grade de sous-officier « sergent E-5 ».

1er septembre 1982-30 octobre 1983 : rejoint la Force Multinationale de Sécurité à Beyrouth. Il est vraisemblablement rapatrié après les attentats du 23 octobre. Il quitte à ce moment-là la carrière militaire.

1987-1995 : Intègre le New York City Department (Police municipale de New York) en tant qu'inspecteur, dans la Fugitive Enforcement Division, Warrant Section.

1995 : Licencié de la FBI National Academy de Quantico. Entre au FBI la même année au Département des Enquêtes Criminelles.

2001 : Est affilié en remplacement de l'agent Fox Mulder au Département des Affaires Non Classées en collaboration avec l’agent Dana Scully.

  • Le nom de Doggett provient de Jerry Doggett, commentateur sportif associé de… Vin Scully, qui a donné son nom au personnage de Dana Scully ! Par ailleurs, l’agent Landau de l’épisode est peut-être un hommage à Martin Landau, le fameux acteur ayant joué un rôle-clé dans le film X-Files : combattre le futur.

  • Dates de la famille Mulder : William Mulder (1936-1995) ; Teena Mulder (1941-2000) ; Samantha Mulder (1965-1979).

  • Contrairement à son personnage, Jeff Gulka (Gibson Praise) ne croit pas aux extra-terrestres !

  • Mark Snow déclare que la soprano (Nicci Sill) du « thème de Scully » reflète la solitude de l’héroïne. A l’origine, elle devait chanter sur les mots « We are near », mais Chris Carter demanda au compositeur de les remplacer par une vocalise dans la version finale.

  • Within est dédié à Jim Engh, membre de l’équipe technique de la série mort électrocuté par un accident de tournage durant cet épisode. Curieusement, ses dates (1961-2000) sont celles gravées sur la pierre tombale de Mulder !

  • Il faisait entre 35 et 50°C lors des scènes tournées dans le désert (Anza Borego State Park). La scène où Mulder tombe a été filmé à un endroit appelé « Split Mountain ». Quant à l’arrière-plan de la salle de torture, elle est tirée d’un décor d’Alien.

  • Première fois que Skinner appelle Scully par son prénom, aussi bien dans la VO que dans la VF !

  • Erreurs : Teena est orthographié Tena sur la pierre tombale. La Force Multinationale de Sécurité de Beyrouth ne fut fondée que fin septembre 1982, Doggett n’a donc pas pu l’intégrer le 1er de ce mois.

  • 1013 du jour : le numéro du dossier Gibson Praise est 1013-113.

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3. PATIENCE
(PATIENCE)


Scénario : Chris Carter
Réalisation : Chris Carter
 
Résumé :

Pour leur première enquête ensemble, Scully et Doggett poursuivent une « créature » qui a eviscéré un fossoyeur et sa femme. Nos agents et le shérif s’interrogent sur sa nature : humaine ou pas ? Après un nouveau meurtre, Scully découvre que l’assassin a des caractéristiques de la chauve-souris, or Doggett a découvert un article de journal de 1956 où des chasseurs auraient abattu une créature mi-humaine mi-chauve-souris ! Ils comprennent qu’ils sont mêlés à une sombre histoire de vengeance…

Critique :

Patience, marqué par une forte implication de Chris Carter, creuse le sillon entamé dans Chasse à l'homme en revenant encore plus explicitement aux origines des X-Files tant du point de vue de l'ambiance et de l'esthétique que de celui de l'intrigue. Il s'agit bien évidemment d'un choix délibéré face à la désaffection partielle rencontrée par la série au cours des deux saisons novatrices écoulées, mais un nouvel écueil se dessine alors, celui de la lassitude engendrée par la répétition. Cette navigation malaisée, inévitable pour une série aux 165 épisodes, ne connaît qu'une échappatoire : le talent. Si la série ne peut varier sa thématique sans perdre son noyau de fidèles, elle conserve l’option de séduire par un haut degré de qualité sublimant des scènes maintes fois vues, sinon éculées. Patience va en établir la brillante démonstration.

Tout l'épisode se trouve ainsi résumé dans sa scène d'ouverture, à la fois parfaitement classique dans son déroulement et enthousiasmante par son esthétisme raffiné, tout en noirceur et effets horrifiques savamment articulés. On reste pantois devant les efforts que l'équipe technique a dû déployer pour recréer l'atmosphère de Vancouver, sombre et pluvieuse, dans cette Californie jusqu'ici si radieuse.

L'épisode va continuer par la suite à distiller les clichés du temps jadis, mais portés à la perfection. Il en va ainsi du monstre semi humain, directement issu du déjà lointain Flukeman, et parfaitement terrifiant, d'autant que la mise en scène de Chris Carter sait agencer ses apparitions pour en accroître encore l'effet. Le shérif hostile à l'immixtion du FBI et aux thèses farfelues constitue lui aussi une figure régulière, mais le solide Bradford English va lui donner une dimension vociférante et machiste assez réjouissante. On retrouve des éléments familiers tout au long du récit comme cet article des années 30, la mythique séance de diapositives, ou cette fin ouverte si troublante.

L’interprétation se montre aussi très relevée. Avec de plus une intrigue en forme d'énigme parfaitement agencée, maintenant le suspense jusqu'au terme, et glaçante par ce concept de vengeance au long cours (on se situe clairement dans une ambiance à la Edgar Allan Poe), Patience retourne bien aux sources de la série avec une intensité forçant l'admiration des plus blasés. Il n'est pas exagéré de considérer qu'il en constitue comme un manifeste et une introduction idéale à présenter aux nouveaux arrivants pour leur faire saisir l'esprit et la sombre beauté des X-Files.

Mais l'épisode poursuit également Chasse à l'homme, dont il représente un véritable troisième volet par l'approfondissement et la consolidation de la relation amicale entre Scully et Doggett. Doggett, dont on apprécie l'effarement, fait ses premières armes dans le monde du surnaturel. Il doit surmonter les réticences d'une Scully ulcérée devant ce qu'elle considère comme une oblitération de Mulder (premier épisode de la saison sans Duchovny…).

Gillian Anderson, toujours souveraine dans le registre de l'émotion, exprime à merveille les souffrances de son personnage, entre sa volonté touchante de défendre la mémoire de Mulder et de demeurer fidèle à son combat (même si sa conversion au paranormal semble un tantinet forcée). Ces sentiments exacerbés débordent sur son comportement, et il faut bien avouer que Scully réserve un accueil polaire au pauvre Doggett, avec lequel elle se montrera un temps particulièrement cinglante. On ne saurait lui en vouloir, car on perçoit la douleur qui s'exprime ainsi, mais on apprécie que la série n'édulcore pas ses personnages et montre crûment leurs sentiments, jusqu'à la violence.

De son côté, Doggett manifeste une compréhension et un tact des plus admirables (Patrick impressionne par sa justesse), retrouvant les ressources d'humanité dont il avait fait preuve précédemment. Patience (écrit par Carter) devient ainsi un récit psychologique très abouti, nous décrivant la rencontre et la révélation mutuelle de deux individus finalement si semblables. Entre respect mutuel et identique soif de vérité dépassant leurs opinions contraires sur le paranormal, c'est ainsi une indéfectible amitié qui achève de se nouer entre Doggett et Scully. Les deux agents s'échangent déjà des confidences particulièrement émouvantes, ce qui se poursuivra par la suite. Finalement, Scully, s'identifiant au spectateur, remise le panonceau « Fox Mulder », indiquant que si, bien entendu, Doggett ne remplace ce dernier, il a bien toute sa place dans ce service très particulier que sont les Affaires Non Classées.

Si par son classicisme revendiqué il manque à Patience ce souffle supplémentaire caractérisant les plus grands épisodes, il n'en constitue pas moins un retour aux sources des plus convaincants et un approfondissement prometteur de la relation Scully/Doggett. Débutée sous les meilleurs auspices, cette saison 8 continue à joliment tracer son chemin.

 

Anecdotes :

  • Générique encore changé : suppression de David Duchovny et remplacement des images de Tooms par Scully et Doggett marchant dans la nuit une lampe à la main, de manière analogue.

  • Malgré tout, Scully dit ne jamais prendre de lampe torche.


4. UN COIN PERDU
(ROADRUNNERS)



Scénario : Vince Gilligan
Réalisation : Rod Hardy
 
Résumé :

Perdu dans le désert de l’Utah, un homme monte dans un car qui passe par là. Mais le car s’arrête bientôt pour laisser les passagers le lapider ! Scully part enquêter et arrive dans un petit village isolé de tout, mais les habitants font en sorte qu’elle reste prisonnière. Elle se voit contrainte de soigner un homme gravement affaibli qui cache quelque chose dans son corps. Doggett tente de retrouver la trace de Scully…

Critique :

L’histoire, une nouvelle fois très classique, renoue avec un thème populaire des films d’épouvante américains que l’on peut faire remonter jusqu’à Lovecraft et Innsmouth : les héros urbains croisant pour leur malheur une communauté isolée de dégénérés ou une secte maléfique. Si la première version avait bénéficié d’une grandiose illustration avec La meute, la seconde eut moins de chance avec l’extrêmement médiocre Une petite vie tranquille. Tout à leur travail de refondation développé depuis le début de la saison, les X-Files vont redresser le cap en nous offrant un épisode à la thématique semblable, mais autrement dense et prenant dans son traitement.

Un élément-clé de la réussite de ce type d'histoires réside dans la progressivité de l’effroi gagnant les personnages quand ils se rendent compte peu à peu de l’horreur de leur situation, prise de conscience simultanée à celle du spectateur qui ainsi s’identifie à leur malheur et vit pleinement leur angoisse. Or, ce dégradé est parfaitement établi par un Vince Gilligan qui, même quand il renonce à sa prédisposition naturelle pour l’humour, n’en reste pas moins un auteur de scénarios particulièrement talentueux et solide.

Après l’introduction énigmatique et horrifique à souhait, nous retrouvons une Scully se complaisant toujours dans une posture très mulderienne : partir à l’improviste en suivant une piste paranormale et ensuite seulement daigner avertir son partenaire. Mais Scully n’a pas la surhumaine maîtrise des dossiers non classés du disparu et se voit contrainte de demander l’assistance de Doggett, avec quelques grimaces d’embarras assez réjouissantes.

Après ce prélude détendu, c’est une longue et implacable descente aux enfers qui attend notre héroïne, ponctuée par divers paliers (l’essence, le téléphone, le malade, le bus, la capture, la révélation du monstre…), mais demeurant suffisamment fluide pour garder tout son pouvoir de fascination. L’écriture est parfaite, d’autant qu'elle montre une Scully bien loin des jeunes écervelés peuplant ce genre de films (hormis les survivants), et qui, voyant dès le début ce qui se déroule, tente de s’y opposer de toutes ses forces ; un combat haletant, hélas sans résultat, mais cette lutte donne une intensité supplémentaire au récit.

L’épisode illustre clairement le passage au premier plan opéré par Scully durant cette saison, comme émancipée par le départ de Mulder. La progression de l’intensité dramatique finit par déboucher sur un pur cauchemar passablement gore où le jeu déjà excellent de Gillian Anderson devient véritablement incandescent, annonçant certaines intonations de Straightheads. L’épisode peut également compter sur la réalisation impeccable de Rod Hardy et d’excellents comédiens comme le si mielleux Lawrence Pressman ou Conor O'Farrell (Dark Skies, Medium…)  dans le rôle d’un shérif heureusement coopératif. L’équipe des effets spéciaux fait encore des prodiges avec ce monstre demeurant dans un mystère bienvenu, mais évoquant curieusement la forme et le modus operandi des Goa'ulds de SG1, la série rivale au long cours. Un clin d’œil ?

Après l’intervention réussie d’un Doggett, on s’étonne tout de même de voir Scully encore en vie après les dégâts subis et prête à repartir quelques jours plus tard avec un simple pansement. On va finir par croire à cette théorie issue de Photo mortelle : la Mort l’aurait oubliée ! On remarque que Doggett ne mâche pas ses mots, indiquant clairement qu’il entend être un partenaire à part entière, ce que Scully admet. Un coin perdu positionne bien la relation avec Scully : la relation professionnelle déséquilibrée entre Mulder (clairement locomotive) et Scully ne sera pas remplacée par une dissymétrie opposée, mais bien par un rapport d’égal à égal.

Encore une fois, les X-Files revisitent ici leurs fondamentaux avec une efficacité des plus convaincantes, l’inévitable contrepartie demeure que le classicisme de l’intrigue empêche l’épisode d’atteindre les cimes de la série, mais l’impact horrifique de l’histoire vaut néanmoins largement le coup d’œil et dépasse bien des productions plus longues sur grand écran. Pour retrouver la succession de « remakes » d’épisodes des Avengers signalée durant la saison précédente, c’est bien entendu à Voyage sans retour auquel nous avons ici affaire !

 

Anecdotes :

  • Vince Gilligan déclare qu’il a été inspiré par le film Un homme est passé (Bad day at Black Rock, 1955) réalisé par John Sturges. Dans le film, un étranger arrive dans un village fermé et suspect qui n’apprécie pas sa venue, comme Scully arrivant dans le village de l’épisode.

  • L’hôpital de la fin est sensé être en Utah, mais il a le drapeau du Kansas.

  • La « petite bête » de l’épisode est une limace animatronique. D’après le producteur Paul Rabwin, lors de la scène où Doggett arrache la peau de Scully pour la lui retirer, plusieurs cameramen se sont sentis mal !

  • On entend dans l’épisode la chanson Lockdown de Richard Wolf et Jervae Johnson.

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5. INVOCATION
(INVOCATION)



Scénario : David Amann
Réalisation : Richard Compton
 
Résumé :

1990. Un homme épie Billy, 7 ans. Quelques secondes plus tard, Billy disparaît sans laisser de traces ! 2000. Lisa vient chercher son second fils Josh à l’école et découvre avec stupéfaction que son fils Billy est réapparu à l’endroit où il a disparu ! Mais en dix ans, l’enfant n’a pas vieilli, est désormais muet, et met toute sa famille sur les nerfs par ses apparitions et disparitions incessantes. Doggett fait preuve d’un investissement inaccoutumé dans cette affaire, tandis que Scully s’interroge sur la nature paranormale de l’enfant…

Critique :

David Amann nous régale ici d’une histoire subtilement agencée, exploitant à merveille l’énigme représentée par Billy en multipliant les embûches. Après un lancement ressemblant fort à celui des Calusari, l’intrigue sème de façon similaire les indices nous faisant croire à une créature diabolique (couteau sanglant, réaction archétypale du chien…), ou bien à une faille temporelle, mais en sachant laisser planer un doute délicieusement déstabilisateur pour le spectateur. Celui-ci participe de manière très ludique à l’enquête en cours, se forgeant son opinion au fil des indices parfois contradictoires et des spectaculaires apparitions de Billy.

L’exercice se voit rehaussé par la présence d’un faux coupable très convaincant. La mise en scène de Richard Compton se montre anxiogène à souhait, avec une musique de Snow particulièrement expressive. Le spectateur ne se contente pas d’analyser les péripéties de l’enquête mais ressent bien l’effroi suscité par l’enfant.

L’interprétation de tous les personnages se montre de fait parfaitement convaincante, la palme revenant bien entendu aux jeunes Kyle et Ryan Pepi (des jumeaux !), à l’étrangeté silencieuse vraiment glaçante. Évidemment, on pourrait rester quelque peu frustré par la résolution finalement très classique, renouant avec un grand thème du Fantastique, notamment très présent dans Medium. Le personnage de la voyante se rapproche d’ailleurs d'Allison DuBois, le personnage réel ayant inspiré cette excellente série (avec une manifestation un peu trop spectaculaire). Mais cela n’entache que légèrement la réussite cet épisode, dans la ligne de cette saison revenant avec bonheur aux fondamentaux, et où les X-Files continuent de manifester un savoir-faire enthousiasmant.

Le couple Scully/Dogett, si efficacement introduit au cours des épisodes précédents, se positionne désormais en ordre de marche (le policier, la scientifique). Scully se montre plus ouverte que jamais au Paranormal, évoquant notamment la possibilité d’un enlèvement extra-terrestre. On a beau faire, on du mal à s’y habituer ! Cependant, le personnage demeure ici un tantinet schématique, entre questions sans réponses et conseils quelque peu sentencieux adressés à son collègue. En effet, sans que cela empiète sur son sujet principal, Invocation se centre davantage sur Doggett, dont la faille intime, la disparition de son fils, se voit ici introduite, induisant un comportement exalté qui n’est pas sans rappeler les fixations de Mulder concernant Samantha. Robert Patrick apporte une vraie densité à son personnage et confirme sur la durée l’excellence de son choix pour suppléer à l’absence de Duchovny.

 

Anecdotes :

  • Première référence au fils décédé de John Doggett : Luke. Le mystère entourant sa mort ne sera résolu que dans Clairvoyance (saison 9).

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6. COMBATTRE LE PASSÉ
(REDRUM)



Scénario : Steven Maeda, d’après une histoire de Steven Maeda & Daniel Arkin
Réalisation :
Peter Markle

Résumé :

Le juge Martin Wells se réveille un samedi en prison. Il ne se souvient de rien. Scully et Doggett (un de ses amis) lui annoncent qu’il sera transféré dans une autre prison. Mais il est alors assassiné par le père de sa femme car il aurait tué cette dernière. Le lendemain, Wells, bien vivant, se réveille… vendredi !! Et est jugé par un tribunal qui confirme sa sentence et son transfert demain ! Wells comprend que son temps n’est plus celui de la réalité. Stupéfié, il tente de sortir de ce terrible piège temporel et de trouver le vrai assassin de sa femme. Mais Wells est-il vraiment innocent ?…

Critique :

Combattre le passé (les ineffables traducteurs français se sont surpassés) vient compléter la trilogie temporelle des X-Files, après le classique voyage dans le passé d'Aux frontières du jamais (oui, les mêmes manifestaient déjà une belle énergie) et le glacial verrou de Lundi. Cette anthologie dans la série se montre toujours plus ambitieuse car elle s’attaque désormais au thème toujours très risqué que représente la déstructuration temporelle, que cela soit des temps différents cohabitant dans un espace contigu, ou comme ici, une inversion du flux temporel. Ce sujet hautement spéculatif, rarement abordé mais produisant des chefs-d’œuvre comme bien entendu l’immense À rebrousse temps de Philip K. Dick ou Memento au cinéma, nécessite une parfaite rigueur d’écriture, qualité dont fait résolument preuve cet épisode.

La solide intrigue de Steven Maeda, assisté par Daniel Arkin, va en effet jusqu'au bout du concept avec des réactions parfaitement logiques dans l’absurde du héros, mais aussi des autres intervenants, de même qu’un agencement des évènements implacable et d’une parfaite cohérence. Outre son versant paranormal, l’histoire se double également d’un remarquable thriller où abondent fausses pistes et rebondissements, soutenus par une mise en scène de Peter Markle aussi tendue et lugubre que l’on était en droit de l’espérer.

La thématique de l’araignée et de sa toile reste une remarquable idée, renvoyant aux Parques et à l’inéluctabilité du destin. L’interprétation paraît au diapason avec notamment Robert Rodriguez, guest des plus convaincants en brute latino, mais surout un Joe Norton émouvant, retrouvant Robert Patrick (un ami proche) après Terminator !

L’auteur manifeste également une belle audace en reléguant Doggett et Scully (chacun bien saisi dans sa partition jouée depuis le début de la saison) au second plan, se centrant habilement sur les émotions et le désespéré combat contre la montre de Wells. Une clairvoyance payante, évoquant la réussite de Appétit monstre de la saison précédente, et permettant une immersion totale pour le spectateur tout au long de ce véritable cauchemar.

Cette impression onirique ne doit d’ailleurs rien au hasard, tant Redrum paraît être un hommage à Peine Capitale, un classique de la Quatrième Dimension où un condamné à mort ne cesse de se réveiller pour revivre son exécution dans un rêve sans issue. L’épisode se conclut sur une note particulièrement amère, Wells ne retrouvant pas la liberté à la conclusion de son étonnante odyssée. Quelque soit le sens de la marée du temps, les happy endings demeurent toujours aussi rares dans les X-Files

Récit emprunt d’un fantastique de haute volée, Redrum (murder à l’envers, un clin d'œil à Shining) s’insère de plus à merveille dans cette saison 8 brillant jusqu’ici par des épisodes classiques mais relevés, lui apportant un souffle créatif au moment où son besoin s’en faisait ressentir. Tout juste regrettera-t-on que l’astucieuse image de la montre de Scully fonctionnant à rebours indique clairement une marque déjà plusieurs fois apparue au cours de la série…

 

Anecdotes :

  • Dans la scène de la cour de prison, le grain de beauté de Wells passe d’une joue à l’autre suivant les plans. De plus, quand Wells prend la caméra cachée, le cache-objectif est toujours là, ce qui devrait empêcher la caméra de tourner.

  • Le numéro du dossier de l’affaire Martin Wells est 8ABX03, le numéro de production de cet épisode (diffusé toutefois en sixième position cette saison).

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7. VIA NEGATIVA
(VIA NEGATIVA)


Scénario : Frank Spotnitz
Réalisation : Tony Wharmby

Résumé :

Deux agents du FBI enquêtent sur une secte. Ils trouvent dans son sanctuaire les membres de la secte tous assassinés dans leur sommeil d’un violent coup de hache ! Les deux agents sont à leur tour assassinés par un homme qui possède un troisième œil, et leurs cadavres retrouvés dans des pièces fermées de l’intérieur !! Scully, souffrante, est à l’hôpital, et délègue l’affaire à Doggett et Skinner qui partent à la recherche d’Anthony Tipet, le gourou de la secte. Doggett se rend compte que l’arme du crime n’est pas une hache mais en fait l’esprit surpuissant de l’assassin…

Critique :

Le fantastique onirique constitue un sous-genre qui, par nature, nécessite pour vraiment fonctionner une vive imagination, ainsi qu’un jeu subtil sur la ligne floue séparant rêve et réalité. Wes Craven l’a démontré à la perfection dans Les Griffes de la nuit, mais également les X-Files eux-mêmes dans des épisodes fort réussis (Cœurs de tissu, Spores). Malheureusement, ces indispensables ingrédients font cruellement défaut à Via Negativa.

Hormis la relative surprise du Troisième Œil, l’épisode reste constamment terne, n’offrant qu’une invasion de rats des plus classiques (et remémorant Teso Dos Bichos) ainsi que quelques effets faciles, comme la tête de Scully (avec de plus une probabilité nulle qu’elle soit tuée par Doggett, ce qui vide le procédé de sa substance) ou ces sables mouvants tant vus ou revus. On se situe très loin des surprenants effets lumineux de Cœur de tissu ou de sa connexion audacieuse avec la Mythologie.

Via Negativa échoue également à distiller un doute ludique sur la situation de Doggett dont on sait toujours précisément s’il demeure dans la réalité ou entre dans le domaine du Rêve. Une scène nuit en particulier à l’épisode : à la fin, Doggett ne sait plus s’il dort ou non et, alors que ce trouble devrait être partagé par le spectateur, nous savons qu’à l’évidence il est en train de rêver. On ne pénètre pas dans un labyrinthe similaire à Spores, ce qui empêche l’épisode de fonctionner, en plus de faire échouer totalement sa conclusion.

Si la réalisation de Whamby demeure empreinte de savoir-faire, de plus soutenue par la musique ad hoc de Snow, elle abuse cependant de l’obscurité comme cache-misère et manque d’allant. Le fantastique onirique de Via Negativa apparaît non seulement fade, mais aussi verbeux, car le tout se voit noyé par ce salmigondis pseudo mystique saisissant parfois la série depuis La Sixième extinction, une véritable plaie suppurante.

Et pourtant, l’épisode ne manque pas d’atouts, à commencer par le talent toujours vivace des artistes de la série avec des effets spéciaux et des maquillages comme si souvent parfaitement convaincants. Tandis que l’on apprécie toujours autant de voir Skinner abandonner la posture de l’homme-tronc pour sortir de son bureau et participer à l’enquête (il bénéficie lui aussi de la place vacante laissée par Mulder), Robert Patrick nous offre un superbe numéro de comédien, sur un registre original voyant son solide personnage dévoré par le doute puis la peur. Évidemment, il doit cet espace à une mise en retrait de Scully qui n’apporte rien sur le plan narratif. William n’est pas encore arrivé qu’il se montre déjà envahissant.

La série enregistre également l’apport d’un guest de haute cuvée avec Keith Szarabajka, qui sera notamment Daniel Holtz, l’un des adversaires les plus déterminés et vicieux d’Angel (apparu également dans Equalizer, Profit, 24h chrono, Prison break, The Dark Knight, etc.). Et surtout, Doggett connaît sa première confrontation avec des Bandits Solitaires très toniques. La scène est hilarante, entre le Trio faisant passer ce qui ressemble bien à un bizutage à Doggett, de même que le stoïcisme de ce dernier, passant outre ce qu’on imagine très bien qu’il ressent face à cette histoire « d’assassin psychique de la CIA » pour le bien de l’enquête. Finalement, il réussit haut la main son oral, et le spectateur rejoint le Trio quand ce dernier admet qu’il n’est pas mal pour un nouveau !

Malheureusement, ces à-côtés ne pallient que bien partiellement à l’échec narratif de Via Negativa, dont le titre reste révélateur de son contresens dans cette excellente saison 8.

 

Anecdotes :

  • Un des épisodes préférés de Robert Patrick. Surtout parce qu’il avait l’occasion de jouer autrement son personnage, ici plus fragilisé et angoissé.

  • Le titre de l’épisode est un terme latin désignant une voie de ténèbres qu’un esprit corrompu peut emprunter, loin d’un accomplissement spirituel positif.

  • André Bormanis, le « fournisseur » de Tipet, tire son nom d’un ami de Frank Spotnitz qui a travaillé à la NASA.

  • Dans l’annuaire des médecins se trouvant dans le Washington National Hospital, figurent trois noms bien connus : C.Carter, D.Scully, et C.Kaplan (Corey Kaplan est la production designer de la série).


8. À COUP SÛR
(SUREKILL)


Scénario : Greg Walker
Réalisation : Terrence O’Hara

Résumé :

Carlton Chase se rue en pleine nuit au poste de police, hurlant que quelqu’un va le tuer. Incontrôlable, on l’enferme dans une cellule close, mais il est certain que cela n’arrêtera pas le tueur. Effectivement, il se fait tuer quelques secondes plus tard ! Ne tardant pas à comprendre que l’assassin a tiré à partir du toit, Scully conjecture que le tueur devait avoir une vision à rayons X. L’enquête mène Doggett et elle à une petite société de dératisation tenue par deux frères jumeaux aveugles et la petite amie de l’un d'eux, qui s’occupe certainement d’autre chose que de tuer des rats…

Critique :

Certains épisodes des X-Files, plus faibles que la moyenne, se bâtissent sur une seule bonne idée sans rien développer. Surekill parvient à l’exploit de faire de même, mais à partir, lui, d’un concept vraiment limité. À part le trucage de la vision X dont Smallville nous abreuvera jusqu’à satiété par la suite, l’histoire se cantonne à du simple remplissage avec une intrigue sentimentalo-policière vraiment rachitique. Décidément, les X-Files ne sont pas solubles dans le policier classique !

Si comme toujours dans cette série l’interprétation est excellente, les personnages, criminels basiques, ne dégagent aucun intérêt entre la femme fatale à la petite semaine, le Joe Dalton rapidement aussi insupportable pour le spectateur que pour ses acolytes, ou le classique individu vivant son pouvoir comme une malédiction – particulièrement bien défendu il est vrai par Patrick Kilpatrick. Ce dernier sera plus tard l’un des meilleurs Terminators de Sarah Connor Chronicles, et le voir confronté au T1000 constitue l’une des rares curiosités du récit (on s’occupe comme on peut).

On ne s’intéresse pas du tout à cette histoire d’une trivialité telle que l’on s’étonne de voir les Affaires non classées mettre tout un épisode pour la résoudre tant les indices semblent à portée de main (on a parfois l’impression de regarder Trop d’indices). Tandis que la réalisation ne fait qu’accompagner le rythme lent de la si prévisible intrigue, on regrette vraiment la fantaisie pétillante et la flamme de Mulder, tant Scully débite la thèse paranormale du jour comme un cours de médecine sentencieux et pesant.

Cette histoire fleurant bon l’exploitation facile du filon du super héros finit par faire ressembler les X-Files à un épisode standard de Heroes (ou à un 4 400 particulièrement raté, c’est équivalent). Au total l’épisode va à coup sûr dans le mur plutôt qu’il ne le traverse !

 

Anecdotes :

  • Cet épisode est dédié à Gregory Nathan Boniface (1970-2000). Cet acteur et cascadeur faisait partie de l’équipe des X-Files mourut suite à un accident d’automobile. Cet épisode fut le dernier auquel il participa.

  • Un point commun entre Mulder et Doggett : ils aiment bien faire référence à Elvis !

  • Doggett déteste les jumeaux (Ils ne se balancent jamais l’un l’autre).

  • Références à Superman (Calling Clark Kent), et au Parrain (le « truc » du pistolet).


9. DUR COMME FER
(SALVAGE)


Scénario : Jeffrey Bell
Réalisation : Rod Hardy

Doggett : What are you saying ? Ray Pearce has become some kind of metal man ? 'Cause that only happens in the movies, Agent Scully.
Scully : Does it, Agent Doggett ?

Résumé :

Ray Pearce est mort à la suite d’une maladie mystérieuse. Le soir de son enterrement, Curt Delario, ami de sa veuve, prend sa voiture quand il aperçoit un homme au milieu de la route, il freine trop tard… mais c’est la voiture qui se brise sous le choc ! « L’homme » tue alors Curt en enfonçant ses doigts dans son visage ! Scully et Doggett enquêtent et découvrent que l’assassin a laissé des traces qui sont celles… de Ray Pierce ! Scully envisage que Ray a ressuscité sous forme d’homme de métal, et qu’il veut se venger de tous ceux qu’il estime responsables de son état…

Critique :

Après le trou d’air d'À coup sûr, la saison 8 en revient à son trait principal : le retour aux classiques de la série accompagné d’une grande qualité et d’un nouveau duo d’enquêteurs. On retrouve ainsi le thème déjà bien usité de la vengeance post-mortem (Vengeance d’outre-tombe, La liste, L’ombre de la mort, Mystère vaudou, Invocation…) même si le décès ouvre ici sur une nouvelle forme d’existence particulièrement cauchemardesque.

La mise en scène de Rod Hardy se montre sobrement efficace, profitant d’effets spéciaux réussis (notamment lors d’une spectaculaire introduction), mais pâtissant également de quelques maquillages faciaux pour une fois décevants. L’intrigue suit le rituel commun à toutes ces histoires et cet obstacle de la répétition du thème aurait pu se révéler difficile à franchir. Fort heureusement, Jeffrey Bell va introduire plusieurs notions élargissant le champ du récit.

La série retrouve ainsi son ton parfois contestataire pour évoquer les expérimentations réalisées sur les soldats américains durant la guerre du Golfe, même s’il ne s’agit ici que d’une fausse piste. Au-delà, elle se livre à une critique acerbe de ce progrès scientifique sans frein caractérisant la recherche du profit dans nos sociétés, ouvrant de bien périlleuses boîtes de Pandore, avec une bonne conscience des protagonistes aussi irritante que désarmante. Face aux risques multiples que développe notre société industrielle, notamment la gestion des déchets (on se situe ici à l’ombre de Seveso et de Bhopal), Jeffrey Bell pointe bien le problème aigu de la dilution fréquente des responsabilités, entraînant une incertitude sur le responsable du drame originale dans ce type de récit.

L’histoire culmine aussi à une rare horreur avec un parallèle aussi glaçant que circonstancié entre l’évolution physique de Pearce et la destruction concomitante de son humanité, un choix très efficace dans lequel on peut voir une parabole sur le prix à payer pour notre inféodation aux machines. On regrettera le sursaut final qui apporte une conclusion un rien larmoyante, d’autant qu’elle se voit lourdement commentée par une Scully décidément très prêchi-prêcha ces derniers temps. L’ultime image reste cependant terriblement poignante !

Ce dense récit renouvelant le genre tout en en respectant les fondamentaux trouve son interprète idéal en la personne de Wade Williams, le futur chef gardien Bellick de Prison Break, déjà remarquable de violence contenue explosant par à-coups, et d’une présence effectivement minérale. Le reste de la distribution apparaît nettement plus faible.

Le duo Scully/Doggett, désormais totalement rodé, ne produit guère d’étincelles durant cet épisode, mais cette histoire d’humain se transformant progressivement en Cyborg tueur évoque irrésistiblement Terminator, et l’épisode ne rate pas l’occasion d’un clin d’œil particulièrement amusant au T1000 : Robert Patrick s’exclamant ainsi qu’un homme de métal, cela ne se voit qu’au cinéma, et Scully lui demandant s’il en est bien certain ! Un éclat de rire des plus vivifiants dans une histoire indiciblement sombre, même à l’échelle des X-Files.

Il s’agira hélas de la plus faible audience de la saison (avec quand même 11,7 millions de spectateurs). On saluera également la nullité plus manifeste que jamais de la traduction française du titre !

 

Anecdotes :

  • Autre référence à Terminator : Ray Pierce dit « Get out ! » à la femme de l’hôtel de la même manière que le T-800.


10. À L’INTÉRIEUR
(BADLAA)



Scénario : John Shiban
Réalisation :
Tony Wharmby

Résumé :

Hugh Potocki, homme d’affaires, méprise un mendiant sans jambes durant un voyage en Inde. En revenant à Washington, il meurt en saignant de tous les côtés de son corps ! Plus tard, un second cadavre est retrouvé, et Scully constate qu’une perte de 17 kilos a suivi la mort. Elle en vient à penser que l’assassin serait un fakir doté de grands pouvoirs comme celui « d’entrer » dans un corps sans laisser de traces…

Critique :

Dans leur édification d’un panorama global du surnaturel, les X-Files se sont fréquemment intéressés aux croyances non occidentales en provenance des quatre coins du monde, avec des résultats de diverses natures, d’excellent (Anasazi, Teliko, Calusari…) au franchement plus discutable (Mystère vaudou, La règle du jeu…). Hélas, À l’intérieur se situe sans conteste dans la seconde catégorie tant il souffre des mêmes tares qu'À coup sûr : intrigue vraiment minimaliste au point d’apparaître comme une caricature, quelques facilités scénaristiques (Trevor réapparaissant pile devant Doggett et Scully, réapparition inexpliquée du Fakir), mise en scène sobrement efficace sans plus, argument limité, la répétition ad nauseam de la faculté étrange du jour, interprétation sans guère de relief hormis le guest principal…

Un tel épisode aurait pu s’insérer avec succès dans les premiers temps de la série, mais l’usure de ce type d’histoire de vengeance force le retour aux origines développé par cette saison 8 à une exigence de qualité sans cesse renouvelée pour échapper au piège de la lassitude. Or, l’épisode ne parvient pas un seul moment à s’y hisser, d’autant que son aspect revendicatif se voit lesté d’une image bien trop caricaturale (l’Occidental obèse et méprisant face au chétif mais digne indigène) pour entraîner totalement la conviction.

L’épisode ne paraît certes pas dépourvu d’atouts, à commencer par la formidable prestation de Deep Roy, bien connu des amateurs des New Avengers (Cible) dont on remarquera qu’il est également ici muet et qu’il prend pareillement l’apparence d’un enfant… Si l’acteur impressionne par la haine silencieuse qu’il exprime, suscitant un personnage à la terrifiante anormalité (on pense parfois à Chucky !), la répétition des mêmes effets tout au long des épisodes, dépourvue de la justification d’une véritable histoire, finit cependant par en atténuer considérablement l’impact.

On s’amuse de  voir sortir Doggett et Scully de leur réserve pour entamer un amusant duel d’hypothèses rappelant l’époque Mulder, un mouvement malheureusement gâché par un final un rien mélodramatique de la part de Scully. Le modus operandi utilisé par le Fakir ressort bien plus original qu’un pouvoir basique de super héros, et autorise de plus quelques effets gores assez croquignolets. L’autopsie du jour de Scully est ainsi un régal : voici une série dans la série dont on ne se lasse pas ! Pour sa dernière apparition dans la série, Burks se montre très amusant. Malheureusement, ces divers éléments demeurent périphériques et ne peuvent pallier au manque de substance et d’originalité de l’épisode.

 

Anecdotes :

  • Doggett a vu son premier cadavre à 20 ans alors qu’il servait dans les Marines. Ayant intégré les Marines en 1977, on peut présumer qu’il est né vers 1957.

  • Episode le moins aimé du producteur Paul Rabwin.

  • Badlaa est un terme undu (dialecte indien) signifiant « vengeance ».

  • A l’origine, le « petit homme » devait entrer dans les corps de ses victimes par l’oreille. Chris Carter déclara « Je sais ce qui est mieux », et proposa la fameuse scène de l’autopsie de Scully où la main sort du ventre.

  • Erreur dans le générique : David Duchovny est à nouveau crédité alors qu’il n’apparaît pas dans l’épisode. On distingue par ailleurs la perche lorsque Scully et le principal entrent dans la salle de classe où se trouvent le Beggar et Quinton.

11. DÉVOREUR D’ÂMES
(THE GIFT)


Épisode Semi-mythologique

Scénario : Frank Spotnitz
Réalisation : Kim Manners
 
Résumé :

6 mai 2000, une semaine avant son enlèvement, Fox Mulder entre dans une maison de Pennsylvanie et tue de trois balles une « créature » qui s’approchait d’une femme. Doggett apprend que Mulder est allé là-bas en fouillant ses affaires et décide d’en savoir plus. Il se heurte à une conspiration du silence de la ville, mais persiste à découvrir qui était la créature et les motivations de Mulder à être venu…

Critique :

De l’art d’y être sans y être tout en y étant. Dès son préambule particulièrement mystérieux, l’épisode introduit son argument choc : le retour de Mulder ! Mais l’on comprend fort vite, et c'est bien une vérité aussi cruelle qu'injuste pour le formidable travail accompli jusqu'ici par Robert Patrick qui transparaît ici : les retrouvailles, même biaisées, avec Fox Mulder apportent immédiatement un surcroît d'intensité à l'intrigue et une vraie émotion au spectateur, tant la série demeure indéfectiblement liée à son personnage fondateur.

Et pourtant, le véritable intérêt de l'histoire réside bien dans la personnalité de Doggett sur lequel se centrent les évènements, car Scully n'apparaît également que par quelques reprises d'épisodes précédents (sans que l'on puisse parler de clip show). Spotnitz se montre une nouvelle fois un scénariste hors pair, car il va développer une trame policière particulièrement solide convenant idéalement à Doggett. Celui-ci va briller de toutes ses qualités de policier tenace, habile mais aussi sans concessions car n'informant pas Scully de l'affaire, estimant qu'elle peut y être mêlée (une élégante justification de l'absence de Gillian Anderson).

On suit avec un réel plaisir cette enquête dynamique et au mécanisme efficacement agencé, entre indices, interrogatoires, études des chronologies, recours aux diverses ressources du FBI... De la belle ouvrage, classique, mais diablement prenante, d'autant que l'énigme révèle un dénouement inattendu de bon aloi dans la grande tradition du genre. Doggett ne bénéficie pas d'intuitions géniales, mais compense cet handicap par un travail policier rigoureux et acharné, un ton nouveau bienvenu apportant un relatif renouvellement de la série. Skinner profite lui aussi de l'espace vacant pour quitter une nouvelle fois son bureau, mais il apparaît ici clairement sacrifié à la figure de Doggett, n'intervenant qu'en périphérie. Il apporte néanmoins une dimension supplémentaire à ce versant policier, avec une fenêtre ouverte sur les intrigues du Bureau et les menaces planant sur Scully. Spotnitz ne néglige aucune potentialité de pimenter son intrigue !

L'aspect fantastique de l'histoire se connecte de manière très fluide au policier grâce à l'honnêteté intellectuelle de Doggett et à sa soif de vérité. Il se montre également très réussi grâce à un monstre de la Semaine impressionnant, étonnant mélange de Mutato et du Diable du New Jersey. Le récit lui insuffle une émouvante humanité tandis que les personnages humains, à commencer par l'imposant shérif, connaissent un subtil dégradé de la sympathie jusqu'à la violence homicide, demeurant toutefois habilement ambivalente car motivée par un souci de protection des éléments malades de la communauté.

Le récit de Spotnitz développe également une discordance agréablement déstabilisante entre la bonté du monstre et son apparence horrible, ainsi qu'entre son don prodigieux et la manière abominable dont il s'opère (qui nous vaut d'ailleurs quelques passages gores assez stimulants). Une épouvante de qualité, d'une dimension aussi littéraire qu'audacieuse dans son propos (notamment par l'étonnante personnalité du héros).

L'épisode se voit soutenu par une interprétation sans failles, au premier rang de laquelle figure une nouvelle fois l'enthousiasmant Robert Patrick. La mise en scène de Kim Manners se montre également d'un rare impact, utilisant une très large gamme d'effets avec un goût très sûr et une réelle imagination (image mordorée des flash back, judicieux angles de caméra sur le monstre, jeux d'ombres et de lumières très esthétiques, opération « post mortem »...), tandis que la musique de Snow et les maquillages comme si souvent incroyables concourent pleinement à l'ambiance. Spotnitz achève la réussite de cet épisode particulièrement dense avec une pétillante intervention de Bandits Solitaires tirés du lit. Outre les dialogues amusants, on relèvera que la tenue de nuit de ces Messieurs révèle leur personnalité : robe de chambre rouge de tombeur pour Frohike, plus proprette et d'un chic classique pour Byers, et du simplement n'importe quoi pour un Langly dépenaillé et sans pantalon ! Encore une fois de quoi regretter le recours à Google de I want to believe...

Enfin, The Gift (un titre convenant idéalement à cet épisode si relevé) présente l'ultime intérêt d'évoquer des souvenirs aussi précieux que nostalgiques pour les amateurs de grandes séries fantastiques. Un petit village isolé dans les bois et abritant de lourds secrets, un cacique omniprésent et à la forte personnalité, un démon (certes spécial) errant dans la nature, des évènements surnaturels, un agent du FBI venu enquêter et désormais disparu… L’épisode prend parfois comme des allures d’hommage à cette grandiose série qu’est Twin Peaks, et l’on se prend volontiers à rêver d’un Doggett venant découvrir ce qu’il est advenu de Dale Cooper…

Récit virtuose et manifeste éclatant du savoir-faire unique toujours détenu par les X-Files en cette huitième saison, The Gift se permet de conclure sur l’image troublante d’un Doggett entrevoyant Mulder devant son bureau. Image prophétique, car le retour tant espéré approche désormais à grands pas…

 

Anecdotes :

  • David Duchovny réapparaît dans cet épisode. 6e (et dernier) épisode sans Scully, présente seulement dans le flash-back initial.

12. LUMINESCENCE
(MEDUSA)


Scénario : Frank Spotnitz
Réalisation :
Richard Compton

Résumé :

Le cadavre d’un officier est retrouvé dans le métro, le visage atrocement dévoré ! Le sous-directeur des transports laisse cinq heures à Doggett et une équipe d'intervention pour trouver l’assassin qui se cache dans les tunnels du métro, Scully supervisant l’opération depuis un poste de commande. Ils se rendent bientôt compte que le responsable est un virus mortel extrêmement contagieux qui s’est infiltré dans les tunnels. Mais quand ils font cette découverte, ils sont bien trop loin dans les profondeurs pour faire demi-tour. Et de plus, l’un des membres a contracté le virus…

Critique :

Le décor aussi particulier qu’anxiogène du métro (et du monde obscur s’étendant dans ses replis cachés) nous a valu plusieurs excellents films d’épouvante (Death Line, Creep, Mimic…). Luminescence choisit l’option du commando affrontant le péril au lieu de celle du quidam perdu dans les ténèbres, ce qui n’est pas a priori le choix permettant les émotions les plus fortes.

De plus, le classicisme de cette saison 8 rejaillit particulièrement, avec un choix archétypal des personnages et un déroulement de l’action suivant les incontournables péripéties du genre. Nous retrouvons donc le héros valeureux (un Doggett beaucoup plus convaincant que Mulder dans ce genre d’exercice), le responsable cynique uniquement préoccupé par le business, le gros bras impressionnant qui finit par craquer nerveusement, la scientifique efficace mais dépassée par l’inconnu, l’indispensable série de victimes connaissant un funeste destin particulièrement gore… Disons-le, on se situe ici en terrain plus que connu.

Toutefois, le format limité de l'épisode et la mise en scène épurée de Richard Compton poussent l’épisode vers la quintessence du genre : aucun temps mort, aucune inutile digression ne viennent ralentir la progression de l’horreur au fur et à mesure qu’un groupe de plus en plus réduit s’enfonce dans les souterrains et que la mort frappe. L’intensité dramatique et le suspense demeurent intenses, jusqu’à une conclusion hélas un peu trop vite expédiée (un court-circuit vraiment miraculeux…), mais il est vrai que ce n’est pas la distance qui compte, mais le chemin parcouru !

L’épisode vaut aussi par sa production, une nouvelle démonstration de savoir-faire de la part des X-Files, qui restera sans doute comme la série ayant le mieux filmé l’obscurité et son effroi. Les effets spéciaux impressionnent, et cette lueur méphitique s’étendant sur le corps et les visages de Doggett et Bianco se révèle inquiétante au possible. On admire également le colossal décor du tunnel réalisé à l’occasion, parfaitement mis en valeur par la caméra de Compton.

Tandis que le duo Scully/Doggett se révèle aussi solide qu’à l’accoutumée avec des fonctions bien dessinées, Luminescence enregistre également l’apport de plusieurs guests de choc. Ainsi, Penny Johnson, bien avant de devenir la terrible Sherry Palmer de 24h chrono, accomplit déjà une belle performance, et on ne peut s’empêcher de sourire quand Scully évoque la possibilité d’une arme biochimique installée par des terroristes… On remarque également la présence courte mais efficace de Judith Scott (Jake 2.0, Dexter...), Brent Sexton (Life, Deadwood, Surface...), et de Ken Jenkins (le Dr Kelso de Scrubs), tous déjà parfaitement convaincants ici.

Rien d’innovant dans cet épisode donc, mais une qualité le situant dans les authentiques réussites du genre devant bien des productions plus longues, mais moins intenses.

 

Anecdotes :

  • Frank Spotnitz déclare qu’il s’agit de son plus faible épisode pour la série, arguant que l’idée était bonne mais pas son développement.

  • On apprend que Doggett est tireur d’élite.


13. PER MANUM
(PER MANUM)


Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter & Frank Spotnitz
Réalisation : Kim Manners
 
Résumé :

Lors de son accouchement, une femme met au monde… un alien ! Quelques jours plus tard, son mari Duffy vient voir Doggett et Scully : sa femme a été assassinée par les docteurs peu après la naissance, et il est au courant de la nature de son « enfant » grâce à une échographie. Or, sa femme a plusieurs fois été enlevée par les extraterrestres, et il est donc certain qu’elle a été fécondée par un alien. Scully tente de tirer au clair cette affaire tout en protégant d’autres femmes qui seraient en danger similaire. Mais c’est pour mieux tomber dans un piège diabolique…

Critique :

Avec Per Manum, la saison 8 entame une seconde période. Après une série de loners d’intérêt variable mais globalement solides, introduisant Doggett et marquant un retour prononcé aux sources de la série, nous entamons ici un vaste arc narratif Mythologique (sur les 9 épisodes restants, 7 sont Mythologiques, dont 4 à la suite écrits par le même duo de showrunners !) qui verra le retour, provisoire, de Mulder et se conclura par la naissance de William (et un important départ de la série).

On ressent quelques frissons lors de cette ouverture tant l’épisode résulte grevé par plusieurs facilités de scénario vraiment dérangeantes. Plusieurs passages étonnent (et détonnent) vraiment, notamment quand Scully pénètre sans coup férir et presque directement dans la salle contenant les embryons difformes, ou quand la machination complexe se voit presque déjouée par une simple cassette vidéo mal étiquettée. On sait bien que L'Homme à la Cigarette n’est plus aux commandes, mais tant de négligence laisse tout de même pantois. On ne discerne pas non plus clairement ce que tout ceci apporte à la conspiration alors que la future mère, même méfiante, est entre leurs mains, de même que l’hôpital militaire. On ne peut s’empêcher de trouver toute cette complexité inutile de leur part.

Mais cette écriture malaisée du récit ne vient que modérément entacher la réussite de l’épisode. En effet, celui-ci permet de retrouver, à un niveau rarement égalé, l’une des caractéristiques majeures de la série : la paranoïa. C’est dans un véritable cauchemar sans fin que se retrouve plongée Scully, avec cette succession de traîtrises de la part des médecins, en qui toute confiance se voit normalement placée. Le proverbial « Trust No One » apparaît plus que jamais d’actualité, avec aussi l’implication de Knowle Rohrer, collègue et ami de Doggett, interprété par le solide Adam Baldwin (Chuck, The Inside, Firefly…) - on ignore encore sa nature véritable - jusqu’au mari éploré qui se révèle membre de la conspiration ! Il en résulte un vertige très agréable pour le spectateur, finissant par atteindre Scully qui se refuse contre toute raison à dire la vérité à un Doggett qu’elle a pourtant appris à connaître, comme le souligne Skinner lui-même. Cette psychose gagnant l’héroïne accroît encore, de manière très habile, le trouble ressenti, au point que l’épisode prend parfois des allures de pur cauchemar.

Marqué par la mise en scène de Kim Manners et la musique de Mark Snow qui s’entendent à merveille pour susciter l’angoisse, l’épisode se caractérise par deux autres grandes idées : les nombreux flashbacks introduisant Mulder et une tentative de fécondation in vitro de Scully avec les ovules découverts dans Memento Mori (une hypothèse de moins pour la venue de William !). Certes, après l’excursion de Mulder dans The Gift, cela commence à faire beaucoup de révélations, mais ce fait s’explique par le rajout de cette saison 8 au schéma initialement prévu par Carter (ici à la plume).

Avec un peu de bonne volonté cela fonctionne très bien, d’autant que ces scènes, toutes somptueuses, s’intègrent à merveille dans le récit selon un l’art toujours subtil de Manners. L’atout maître de Per Manum demeure bien cependant Gillian Anderson elle-même, qui dans les flashbacks comme dans l’épreuve actuelle, se montre absolument sublime d’émotion, donnant une humanité et un courage bouleversants à son personnage.

La relation intime entre Mulder et Scully se révèle désormais au grand jour, et comme existant depuis longtemps s’il faut remonter à Memento Mori (mais la datation des flashbacks reste imprécise). Cet excellent mythic s’achève toutefois avec plusieurs questions en suspens annonçant idéalement la suite de l’arc narratif. Qui tire les ficelles de la conspiration maintenant que le Fumeur est sensé avoir pris la porte de sortie définitive ? Quelle est la vraie nature de l’enfant qu’attend Scully ? La confiance de Doggett est-elle perdue ? C’est un univers bien inquiétant et incertain qui se dessine pour notre héroïne en cette seconde partie de saison…

Outre la courte apparition muette de Mark Snow comme l’un des médecins de l’hôpital militaire, on notera également l’un des plus beaux inserts publicitaires de la série (avec une pomme bien connue…).

 

Anecdotes :

  • Gillian Anderson commet une petite erreur de texte lorsque Scully se réveille dans la chambre d’hôpital : elle demande des nouvelles de Miss Henderson, alors que le nom de la femme évoquée est Henderschott.

14/15. ESPÉRANCE/RENAISSANCES
(THIS IS NOT HAPPENING/DEADALIVE)


Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter & Frank Spotnitz
Réalisation : Kim Manners (1re partie) et Tony Wharmby (2e partie)
 
Scully : Mulder... Hi.
Mulder : Who are you ?
Scully : Oh, my God. Don't do that to me. Do you know... ? Do you have any idea what you've been through ?
Mulder : Only what I see in your face. Anybody miss me ?
 
Résumé :

Un OVNI survole le Montana et y dépose le corps de Theresa Hoese, enlevée la veille de l’enlèvement de Mulder ; une silhouette s’enfuit du champ. Theresa est dans un état critique. Scully, Doggett, et Skinner enquêtent, mais un extraterrestre polymorphe prend la forme du médecin de Theresa et la kidnappe ! Doggett demande conseil à une connaissance : l’agent Monica Reyes, spécialiste des meurtres rituels. L’équipe pressent que le retour de Mulder est proche… Krycek attend dans l'ombre son heure, il va proposer un terrible marché à Skinner…

Critique :

Le traditionnel double épisode mythologique de mi-saison (décalé ici du fait de la structure narrative retenue) débute par une première partie assez décevante par son manque de flamme mais aussi de rebondissements. Une fois que l’on a compris que les disparus de Bellefleur réapparaissent et surtout aperçu Jeremiah Smith dans ses œuvres, on prévoit facilement comment le segment va se dérouler sans que le moindre évènement vienne nous contredire. Le récit se voudrait haletant, mais des épisodes du même type se sont souvent montrés autrement plus dynamiques par le passé.

La mise en scène de Manners se montre certes très efficace (superbe photographie), mais ne suffit pas à enflammer cette histoire trop prévisible. De plus, on regrette certaines facilités comme cette réapparition de Jeremiah que l’on ne prend pas la peine d’expliciter alors même qu’on l’avait laissé en bien mauvaise posture face au Bounty Hunter. Si on ne boude pas son plaisir de retrouver un Roy Thinnes toujours vaillant, il faut bien admettre que son rôle se résume à bien peu de choses : une fausse piste limpide concernant la résurrection de Mulder avant un énième enlèvement (les aliens ne font même plus l’effort de demeurer discrets, cela commence à sentir la poudre). Toutefois, la musique de Mark Snow semble, elle, plus pénétrante que jamais, et Scully nous offre plusieurs scènes bouleversantes, en particulier avec Skinner. Elle semble vraiment à bout de forces (avec une scène finale un peu trop démonstrative), mais le destin semble continuer à s’acharner…

Cette première partie se voit rehaussée par une apparition déterminante en la personne de Monica Reyes, et c’est peut dire que l’on est d’emblée conquis. L’étoile du soir des X-Files a l’opulente et sombre chevelure ainsi que les grands yeux bruns d’Annabeth Gish, une actrice une nouvelle fois formidable dans cette série en comportant tant. Elle impose d’emblée son personnage avec un naturel forçant l’admiration. Outre son charme très latino et le regard nouveau qu’elle apporte sur les évènements, on apprécie son allant et sa radieuse joie de vivre. L’humour qu’elle distille (avec de petites gaffes et un étonnant clin-d’œil aux Morley-light !) se goûte d’autant plus qu’il apporte une nouveauté vis-à-vis du pathos de Scully, certes toujours exprimé avec le même talent par Gillian Anderson, mais ayant tendance à devenir omniprésent au fil des épisodes.

Après un accueil assez mordant (cela devient une habitude), Scully apprécie visiblement elle aussi la solidité, la vivacité et l’ouverture d’esprit de cette nouvelle variable dans l’équation complexe des évènements. En fait, tout comme avec Doggett, c’est bien à la naissance d’une véritable amitié que l’on assiste, dans la grande tradition du genre. La relation Doggett-Monica reste encore en devenir, mais ses bases s’installent déjà avec le partage du drame paternel du policier. Aussi Monica Reyes, ultime figure majeure de la série à entrer en scène, apparaît-elle dès ses débuts comme un personnage captivant mais également riche en potentialités.

Nouvel insert évident, cette fois pour un célèbre équipementier sportif…

Après le cliffhanger attendu (l’apparition du corps de Mulder jouxtée à la disparition de Smith), reste à savoir si la seconde partie va enfin dynamiser le double épisode. Fort heureusement, c’est ce qui se produit, car après une troublante ouverture sur l’enterrement de Mulder parfaitement glacial (les Bandits Solitaires y assistent, l’inverse ne se vérifiera pas…), le récit va multiplier cette fois les rebondissements inattendus et les moments de grande tension. La surprise de Billy Miles retrouvant son apparence d’origine (avec quelques composantes aliens…) vaut le coup d’œil, de même que la séquence d’exhumation de Mulder, un vrai joyau de suspense.

Mais l’épisode gagne encore en intensité avec le retour en fanfare d’un Krycek aussi diabolique et charismatique que jamais, porté par un Nicholas Lea particulièrement incandescent. On retrouve notre Alex tel qu'on l'aime, mortel, sadique, brillant. Un pur régal et une parfaite illustration du surcroît d’intérêt que peut apporter un grand méchant à une série déjà de très haut niveau. On apprécie de voir le pourtant redoutable Doggett perdre son duel contre Alex, celui-ci ayant accumulé une expérience unique en matière de survie et de coups tordus. Son intervention présente aussi le mérite de replacer le fil rouge du futur William dans cet épisode déjà bien rempli (on se demande cependant pourquoi il ne se charge pas de Scully lui-même…). Aux côtés de Lea, Gillian Anderson domine une nouvelle fois la distribution, sachant communiquer avec une force inouïe au spectateur le féroce espoir se substituant à la souffrance, et enfin la merveilleuse délivrance ressentie par son personnage. L’éveil de Mulder reste ainsi un pur moment d’émotion et de liesse, déjà ponctuée par une plaisanterie du gaillard. Le roi de la vanne est de retour, et on aime ça !

Certes on pourra critiquer la vacuité des scènes entre Doggett et Kersh, du délayage inutile, ainsi que l’explication peu convaincante de la résurrection de Mulder après la destruction du vaccin (merci tout de même à l’Anglais qui se rappelle ainsi à notre bon souvenir). Différences de températures, providentiel traitement anti-viral, tout ceci demeure assez fumeux et expédié, mais il fallait bien trouver une porte de sortie ! L’essentiel reste bien que le double épisode parvient en fin de compte à remplir son objectif principal, et à réintroduire avec l’éclat qu’il convient Mulder dans la série. Et l’on se languit déjà de retrouver Monica…

 

Anecdotes :

  • Première apparition du dernier personnage principal de la série : l’agent Monica Reyes, jouée par Annabeth Gish. Fan de la série, l’actrice se précipita aux auditions dès qu’elle sut que la production engageait un nouveau personnage féminin. Frank Spotnitz déclare qu’elle a un rire et un sourire irrésistibles (10/10 Frank !).

  • La première scène tournée par Annabeth Gish se déroula… à quatre heures du matin ! Il s’agit de la scène où elle dévale la colline pour poursuivre les deux intrus du champ. Une entrée en matière énergique pour la comédienne !

  • Troisième et dernière apparition de Jeremiah Smith (Roy Thinnes).

  • Il est possible que le titre This is not happening soit un clin d’œil à la phrase inlassablement répétée par l’extraterrestre dans Le seigneur du magma (saison 3).

  • L’épisode gagna l’Emmy Award du meilleur maquillage dans un épisode de série.

  • Lors des crédits d’ouverture, le nom de l’interprète de Byers est bizarrement orthographié Bruce Hardwood (au lieu de Harwood). Par ailleurs, lorsque Reyes conduit sa voiture, on voit que la jauge de température indique une température froide alors qu’elle roule depuis un certain temps. Enfin, le Dr.Orovetz appelle Skinner « Agent Skinner », alors qu’il devrait l’appeler « Assistant Director ».

  • Absalom est le nom du troisième fils du Roi David selon la Bible. Il avait la réputation d’avoir les cheveux très longs qui causèrent en partie sa perte, comme le personnage de l’épisode.

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16. CONFIANCE
(THREE WORDS)


Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter & Frank Spotnitz
Réalisation : Tony Wharmby
 
Résumé :

Howard Salt tente de s’introduire à la Maison-Blanche pour remettre au Président un disque contenant des informations sur une « invasion », mais il est abattu par les gardes. Mulder, qui se remet de sa terrible expérience, enquête pour découvrir le secret d’Howard, tout en tenant à distance Doggett en qui il n’a aucune confiance. Ce dernier reçoit la visite d’Absalom (cf. double épisode précédent) qui le contraint à s’introduire dans un lieu top secret où il trouverait une partie de « La Vérité »…

Critique :

Plus que sur une affaire se contentant de brasser des thèmes connus et d’avancer quelque peu vers la révélation des Super Soldats (ils sont parmi nous…), c’est bien sur la psychologie des personnages que se centre l’épisode.

Si Doggett en policier honnête et humain et Skinner en sage adepte de la modération se situent dans leur registre coutumier, la surprise vient évidemment de Mulder. Après être demeuré en suspension (d’une manière similaire à I Want To Believe), Mulder se jette de nouveau dans l’action, mais imbibé d’une paranoïa plus ardente que jamais dont Doggett fait les frais. Ce dernier devient la fixation de son ressentiment et de sa colère face à ce qui lui est arrivé, aux menaces pesant sur les Affaires Non Classées, et à un monde qui a changé sans lui.

On perçoit bien que l’on sort ici du rationnel et que Mulder reste encore sous le choc, tandis qu’il faut bien parler de jalousie envers Doggett. Scully se montre elle-même très protectrice, mais peine à comprendre ce que traverse son compagnon qui finit comme toujours par se réfugier dans l’action après des retrouvailles amusantes avec les Bandits Solitaires. Cette difficulté à communiquer entre les deux héros apparaît comme une nouveauté particulièrement poignante.

L’épisode marque un retour passionnant réussi de Mulder car offrant un portrait très réaliste et sans concessions d’un personnage contraint de rebâtir sa vie. On retrouve également la saveur des épisodes Mythologiques de jadis.

 

Anecdotes :

  • Complétion du CV de John Doggett : entre 1983 et 1986, il s’inscrivit à la Maxwell School Citizenship and Public Affairs de la Syracuse University. Il en sortit avec un Master en Administration Publique.

  • Le poisson rouge de Mulder s’appelait Molly.

  • Mulder fait une référence à Austin Powers pour dire ce qu’il ressent. Hum, hum.

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17. EMPEDOCLE
(EMPEDOCLES)

Scénario : Greg Walker
Réalisation : Barry K. Thomas
 
Résumé :

Jeb Dukes est licencié de son travail. En sortant de l’entreprise, il assiste à un accident de voiture. C’est alors qu’un « esprit de feu » sort d’une voiture et prend possession de lui ! Cinq minutes plus tard, Jeb abat ses patrons avant de prendre la fuite ! En contemplant les cadavres, Monica Reyes a une vision psychique, la même qu’elle a eue quand elle a vu le cadavre de Luke Doggett, le fils de John. Elle avertit Mulder et Doggett qu’il pourrait y avoir un lien entre les deux événements. Pendant qu’ils tentent de retrouver Jeb, Scully est prise de malaises et va à l’hôpital…

Critique :

Cet épisode ne manquant pas d’atouts constitue la parfaite illustration du dicton selon lequel « Qui trop embrasse mal étreint ». En effet, chacun des segments de l’histoire (Mulder/Scully et Doggett/Monica) pris séparément présente un intérêt certain, mais ils cohabitent sans s’enrichir réciproquement, comme simplement juxtaposés. Dévorant l’espace restreint d’un épisode, ils s’empêchent l’un l’autre de se développer mutuellement.

C’est ainsi que Mulder n’apporte en définitive rien de concret à l’enquête en cours ou que Doggett ne se rend dans la chambre d’hôpital de Scully que pour percevoir des réminiscences s’assimilant à des visions, outre un court dialogue des plus creux. La seule exception concerne la rencontre entre Mulder et Monica, agréablement acidulée tout en demeurant amicale. Et découvrir notre héros pour une fois confronté à une personne plus « ouverte d’esprit » que lui vaut le coup d’œil !

De fait, on aurait aimé que le récit se centre beaucoup plus sur Monica et Doggett. L’affaire du jour, dense et astucieuse (très proche de MillenniuM ou de Grotesque), nantie de surprenants effets spéciaux, constitue le moteur de l’intrigue, et souffre d’être ainsi trop brièvement expédiée. Et surtout, les deux agents, qui représentent l’avenir d’une série que Duchovny va bientôt quitter, établissent ici leur relation, un évènement majeur parasité par les histoires de pizza, cadeau surprise, et énième rebondissement de la grossesse décidément au très long cours de Scully.

On adore bien entendu Mulder et Scully, et leurs retrouvailles font chaud au cœur entre humour et émotion (excellent clin d’œil à Dingue de toi), mais ces scènes de psychologie auraient dû s’insérer dans l’épisode précédent, clairement orienté vers les sentiments d’un Mulder redécouvrant le monde. D’autant que l’on s’explique malaisément cette évolution très rapide d’un couple quelque peu bloqué vers l’aspect fusionnel qu’il donne ici.

Les X-Files semblent ici écartelés entre la gestion d’un glorieux passé et l’édification de l’avenir, ce qui ne peut que s’avérer préjudiciable à terme. Demeure tout de même la bonne nouvelle que la belle Monica, qui confirme ici son charme souriant et son vif intérêt, gravite de plus en plus autour des Affaires Non Classées…

Empédocle d'Agrigente fut un philosophe grec présocratique (Ve siècle avant J-C) particulièrement original, mêlant la dialectique philosophique grecque à la cosmologie et aux croyances de l’Orient ancien. Il décrit la Haine, mais aussi l’Amour, sous formes proches de maladies contagieuses, soit le thème de l’épisode. L’activité plus ou moins forte de chacune de ces maladies, suivant des cycles, détermine les phases ascendantes ou descendantes de l’Humanité. Également scientifique et ingénieur fasciné par le feu, la légende veut qu’il meure en se précipitant dans l’Etna. Le Complexe d’Empédocle définit les personnes désirant s’immoler par le feu. Les effets spéciaux de l'épisode représentent également une allusion à ces flammes chères au philosophe.

 

Anecdotes :

  • Unique réalisation de la carrière de Barry K. Thomas, premier assistant réalisateur - sa profession principale - sur la série pour 29 épisodes. Il l'avait rejointe à partir d'Agua mala (saison 6), et avait incarné le Sugar Bear d'Hollywood (saison 7) pour sa seule apparition en tant qu'acteur sur un écran.
  • John Doggett a eu un fils : Luke John Doggett. Né le 9 juillet 1990, enlevé le 12 août 1997 à 7 ans - dates toutefois en contradiction avec l'épisode Clairvoyance. Il fut retrouvé mort peu après. Il mesurait 1m22 et pesait 23,6 kilos, avait les yeux bleus et les cheveux blonds. Il habitait Long Island.

  • Monica Reyes prend des chewing-gum pour arrêter de fumer.

  • Doggett sort de la chambre d’hôpital de Scully à 20h40. Quand il revient la voir peu après, il est 20h28 !

18. VIENEN
(VIENEN)


Épisode Mythologique

Scénario : Steven Maeda
Réalisation : Rod Hardy
 
Résumé :

Dans une plateforme pétrolière du golfe du Mexique, un travailleur mexicain assassine le préposé à la radio et tente de détruire l’appareil. Mais il est interrompu par un garde qui le tue à son tour en irradiant de tout son corps ! Scully n’étant pas en état de se déplacer, Doggett est envoyé seul là-bas, mais Mulder, bravant les ordres, y est déjà. Leur cohabitation est difficile, mais ils vont devoir unir leurs forces pour abattre un très vieil ennemi…

Critique :

Toute à ses retrouvailles avec le ton des origines, la saison 8 renoue ici avec un thème ayant fait les riches heures de la série depuis Projet Arctique ou Quand vient la nuit : les héros isolés dans un contexte hostile, en proie à un adversaire anxiogène au plus haut point, dans la tradition de The Thing. Une fois de plus, le procédé fonctionne à merveille avec un suspense intense et allant crescendo au fur et à mesure que la situation des héros devient plus précaire.

L’épisode sait également innover vis-à-vis du canevas original avec une coupure moins radicale que précédemment (le jeu des communications tient un grand rôle dans l’intrigue), et surtout le couplage avec la Mythologie via le retour d’un Grand Ancien, l’Huile Noire (absente depuis Fight The Future), sans doute l’un des adversaires les plus terrifiants que Mulder ait jamais affronté. Le fluide méphitique se prête merveilleusement à l’exercice par son caractère nocif mais aussi intrusif, semant un doute très ludique sur la réelle personnalité des divers membres d’équipage croisés, tandis que peu à peu s’impose l’implacable vérité de leur totale assimilation. Avec le recul, la scène initiale les voyant tous singer l’humanité fait réellement froid dans le dos !

L’original et imposant décor de la plate-forme maritime joue également un grand rôle dans l’intensité dramatique époustouflante de Vienen avec ses coursives obscures et son environnement hostile, jusqu’à un spectaculaire dénouement pyrotechnique qui fera date dans la série ! La caméra de Rod Hardy sait agréablement varier ses effets entre intenses moments d’action mais aussi moments plus intimistes, comme le dialogue entre Doggett et Garza également très réussi. Les effets spéciaux, une nouvelle fois, se montrent étonnants de qualité. Rien ne manque à l’appel de cette réussite palpitante, y compris une autopsie haute en couleurs d’une Scully qui reste décidément à la barre jusqu’au bout. Sans aller jusqu’à parler de message écologique à propos du rapprochement déjà pratiqué par le passé entre l’abominable Huile Noire et le pétrole, l’épisode jette un regard incisif sur les pressions que le lobby énergétique peut faire peser sur les enjeux de morale et de sécurité, rejoignant ainsi la sensibilité contestataire de la série.

L’interprétation se révèle également un atout de cet épisode comportant quelques guests de choix comme Miguel Sandoval, le futur Procureur Devalos de l’excellent Medium, ou M.C. Gainey (Tom, bras droit de Ben Linus dans LOST). On regrettera simplement le tour de passe-passe scénaristique voulant que certains indiens soient immunisés contre l’Huile Noire…

Vienen marque aussi la véritable rencontre entre Mulder et Doggett après les orages des premiers temps entre ces deux fortes personnalités. Rien de tel qu’une épreuve du feu vécue en commun pour forger une amitié, et il demeure intéressant de discerner comment une entente finit par établir ces deux individus si dissemblables via les points communs essentiels que constituent la moralité, l’abnégation, et la soif de vérité. Alors que Scully reste en retrait dans cette histoire d’hommes, la réserve notée lors de l’épisode précédent concernant des personnages se phagocytant mutuellement semble moins prégnante ici.

Au démentiel ballet à quatre se substitue une action centrée sur deux personnes, et s’il demeure évident qu’un seul agent aurait pu accomplir l’aventure avec un agencement légèrement différent, chacun a un espace suffisant pour affirmer sa personnalité et sa pertinence. L’épisode marque aussi le renvoi du FBI d’un Mulder qui en fut jadis l’un des éléments les plus prometteurs. Une conclusion sans doute inéluctable et qui annonce déjà le départ définitif de Duchovny, avec un passage de témoin des plus éloquents !

 

Anecdotes :

  • Premier épisode Mythologique non écrit par le quatuor principal des scénaristes des X-Files (Chris Carter, Frank Spotnitz, Vince Gilligan, John Shiban) depuis le départ de Glen Morgan et James Wong en saison 4.

  • Lors du « saut de l’ange » final, Doggett saute avant Mulder, mais l’instant d’après, Mulder est plus bas que Doggett, puis au plan suivant, de nouveau l’inverse !

  • Référence à Star Wars lorsque Mulder s’étonne de ne pas voir Doggett avec un sabre laser.

  • Vienen signifie en espagnol "ils viennent". "Ils" désigne bien entendu les extraterrestres.


19. SEUL
(ALONE)


Scénario : Frank Spotnitz
Réalisation : Frank Spotnitz
 
Résumé :

Après le renvoi de Mulder, Scully annonce son départ en congé maternité. Alvin Kersh nomme donc l’agent comptable Leyla Harrison partenaire temporaire de Doggett à la gestion des X-Files. Harrison et Doggett enquêtent sur un vieil homme qui fut aveuglé par un venin mystérieux avant d’être tué. Leur enquête les mène près d’un biologiste suspect. Soudain, Harrison est emportée par un « monstre », et Doggett tombe dans un tunnel souterrain…

Critique :

Après le renvoi de Mulder, le départ apparemment indéfini de Scully en congé maternité (Gillian Anderson n’a alors pas encore confirmé sa participation à la saison 9) laisse Doggett bien seul aux commandes des Affaires Non Classées. Cette sortie de scène, encore partielle comme le montrera la suite de l’histoire, s’accompagne d’un fort amusant rappel des grands moments écoulés avec Scully égrenant ses objets souvenirs : la pièce double de Zone 51, le collier du regretté (ou non) Queequeg, et le fameux porte-clés Apollo offert par Mulder dans Tempus Fugit (et remontant à Espace) qui jouera un rôle important dans le récit, tant pratique que symbolique. Chris Carter et Frank Spotnitz ont émaillé chaque inflexion majeure de leur série par ce genre de clin d’œil, mais le procédé s’accompagne ici d’un sens plus vaste.

En effet, Mulder et Scully apparaissent comme changeant de nature, passant de héros actifs à éléments du décor de la Mythologie. Ils deviennent mythiques eux-mêmes par les nombreuses citations de leurs exploits passés (on remonte jusqu’à l’ami Eugène, amateur de foie gras). Ce phénomène avait déjà été enclenché par les références citées par Doggett lors des épisodes passés, y compris concernant les Bandits Solitaires, mais atteint ici un paroxysme, tandis que Scully et Mulder, qui retrouve les également emblématiques graines de tournesol, apparaissent agir en soutien, déjà presque depuis les coulisses.

Les amateurs de jeux de rôle retrouvent ici une figure de style bien connue où des Personnages devenus trop prestigieux ou puissants se transmutent en éléments référentiels de l’Univers de Jeu, leur permettant de demeurer présents tout en autorisant la suite d’une partie normale avec de nouveaux individus. C’est bien cette combinaison complexe mais finalement pérenne que le suprêmement habile Spotnitz tente ici d’installer, soit une voie nouvelle et convaincante de développement de la série. Hélas, cela ne constituera pas la solution finalement retenue, avec une Scully demeurant inutilement et nuisiblement dans la partie.

À côté de ce brillant aspect Mythologique, Spotnitz n’oublie pas de nous régaler d’une aventure absolument trépidante, avec comme atouts maîtres un suspense horrifique de haute volée et hautement claustrophobique, ainsi qu’un métamorphe ophidien parfaitement terrorisant. Sa mise en scène se montre également vive et imaginative, multipliant les effets visuels avec une totale réussite (vue subjective, angles de vues ascendants, images floutées, ralenties, ou accélérées, effets spéciaux spectaculaires, jeux d’ombres et de lumières, rotations de caméra, champs–contrechamps variés, etc.).

Seul prend parfois l’aspect d'une bande dessinée saisissante de vie. Scénariste dense et profond ainsi que réalisateur inspiré, Spotnitz confirme encore une fois si besoin en était qu’il représente bien une des colonnes majeures du temple des X-Files (ses commentaires audio d’un épisode dans lequel il s’est totalement investi s'écoutent avec le plus vif intérêt).

Une ultime grande idée réside dans l’introduction du personnage aussi hilarant qu’émouvant de l’Agent Leyla Harrison (excellente et ravissante Jolie Jenkins, très justement prénommée). Apparaissant véritablement comme le porte-parole des fans de la série, elle pousse jusqu’à son paroxysme l’entrée dans le Mythe de Mulder et Scully grâce à ses multiples citations énumérées comme un Évangile. Dans l’ultime scène, absolument remarquable, Mulder et Scully comme déjà ailleurs racontent leur propre légende avec verve et humour caustique (Duchovny et Anderson sont absolument épatants). Mais Leyla ne se contente pas d’être une groupie, et malgré sa naïveté et son inexpérience, participe à l’aventure avec courage. Elle aura bien mérité des Affaires Non Classées, même si elle est finalement mutée (un vrai service à lui rendre), et l’on comprend que Doggett lui remette le fameux insigne Apollo.

Par ce geste, Carter et Spotnitz entendent évidemment remercier leur public du soutien apporté depuis tant d’années, une attention que bien peu de séries auront, mais les liens très intenses tissés avec les fans restent bien une caractéristique majeure des X-Files. Son héritière, Supernatural, qui doit sa longévité aussi à son lien fusionnel avec ses fans, intégrera d'une manière analogue à ici son public à la série. Avec le problème effectivement nébuleux du retour de nos héros à la fin de Fight The Future, Spotnitz leur lance d’ailleurs un joli clin d’œil quand Leyla, qui vit éveillée le fantasme absolu de tous les fans, pose à Mulder et Scully le type même de questions que les plus passionnés d’entre eux posent toujours aux auteurs et interprètes durant les conventions ! On retrouvera ce personnage particulièrement sympathique dans Scary Monsters la saison prochaine.

Tandis que se déroule cette scène pratiquement en dehors du temps et de l’espace de la série, Doggett en demeure symboliquement exclu, lui, récemment arrivé, et qui est alors censé assurer seul la poursuite du cours normal de l’histoire. Une conclusion particulièrement mélancolique le renvoie à sa solitude… Monica, vite !

Épisode subtilement Mythologique, trépidant, et d’une écriture vraiment éblouissante alliant humour et épouvante, Seul vient apporter une parfaite conclusion à la succession de loners le plus souvent d’excellente facture caractérisant cette saison 8. Et voici que s’avance déjà le double Mythic de fin de saison, première partie d’un vaste arc en quatre segments. "L’Enfant Jésus" sera bientôt là !

 

Anecdotes :

  • Aka. A dream whose sleep. Ce titre vient d’un poème d'E.E.Cummings.

  • Leyla Harrison était le nom d'une jeune fan de la série, réputée pour ses excellentes fanfics qu’elle publiait sur Internet. Elle mourut prématurément d’un cancer en février 2001. En hommage, son nom devint celui de l’agent du FBI qui symbolise toute la communauté des fans de X-Files, qui connaît les Affaires Non Classées sur le bout des doigts.

  • Mulder dit regarder The Oprah Winfrey show pour en savoir plus sur les femmes enceintes. Oprah Winfrey est une des plus célèbres animatrices de télévision de divertissement aux Etats-Unis.

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20/21. ESSENCE
(ESSENCE/EXISTENCE)


Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter
Réalisation : Kim Manners
 
Résumé :

Mulder et Doggett enquêtent sur la disparition du Dr.Lev et l’incendie de l’hôpital Zeus Genetics où eurent lieu des expériences sur des femmes enceintes portant des fœtus issus d’ADN extraterrestres. Le Dr.Parenti, allié de Lev, est retrouvé décapité. C’est Billy Miles, désormais incontrôlable et indestructible, qui est l’auteur des meurtres. Lui et ses « semblables » veulent détruire toute trace des expériences extraterrestres et s’emparer du futur bébé de Scully. Reyes l'escorte dans une ville abandonnée pour qu’elle puisse accoucher en toute sécurité, mais les Super Soldats ne sont pas loin. Mulder, Doggett, et Skinner s’aperçoivent qu’ils ne sont entourés que par des traîtres. Krycek devient de plus en plus menaçant…

Critique :

La catastrophe de fin de saison (le crépuscule de l’odieux) débute déjà extrêmement mal avec une introduction constituant le plus bel exemple de logorrhée pseudo-mystique dont nous aura régalé la série depuis La sixième extinction. Le fait qu’elle soit ânonnée par Mulder ajoute encore au ridicule de la chose. Fort heureusement, cela restera comme l'ultime entrée en matière de ce type dans la série. 

Si on se réjouit pour Scully et Margaret de la scène chaleureuse du début (avec la meilleure réplique de l’épisode « C’est un complot ! » en parlant des poupées), la série retombe dans le médiocre avec ce personnage de Lizzy Gill dont n’importe qui ayant vaguement suivi les X-Files devine instantanément qu’il s’agit d’une infiltration. Gill, même superbement incarnée par la talentueuse Frances Fisher (Eureka, The Shield), ne sert d’ailleurs strictement à rien sinon à introduire la grande révélation tant attendue concernant la nature de William. Et bien, il s’agit du résultat d’une vague expérience génétique menée par une branche subsistante du Syndicat (nous ramenant à la calamiteuse seconde partie d’Emily) ayant échoué partout ailleurs, mais qui marche bien sûr avec Scully. Et on va dire du coup qu’il est d’une essence supérieure, et que ce doit être (ou pas) Mulder le père. Tout ça pour ça…

Pour le reste, le scénario se limite au linéaire avec des va-et-vient répétitifs et besogneux entre les différents laboratoires (bonne idée que la tête de Parenti dans le formol), une unique course-poursuite à rallonge, et des rebondissements des plus rebattus. On distingue également plusieurs invraisemblances avec ces médecins à la duplicité révélée dans Per Manum, et qui cependant ne changent rien à leurs habitudes, dont leur salle des horreurs toujours aussi commodément accessible.

On reste aussi confondu de découvrir que cet enquêteur acharné qu’est Doggett n’avait pas vu que Parenti et Lev étaient associés dans Zeus Genetics. Il s’en lave les mains ou quoi ? La mise en scène de Manners demeure très efficace, mais impuissante à donner de la vigueur à cette histoire très faible et à susciter dans l’épisode l’intensité propre aux grandes fins de saisons écoulées.

Au-delà de la très faible intrigue, aboutissant à un cliffhanger également particulièrement faible comparé aux antérieurs nous apprenant, quelle surprise, que Scully est toujours poursuivie, deux éléments se révèlent particulièrement dévastateurs, obérant d’ailleurs dès à présent le devenir de la saison suivante.

Tout d’abord, et cela nous tombe violemment sur les épaules au cours de cet épisode, toute cette histoire interminable, avec son pathos afférent, autour de William, et de cette grande énigme ne débouchant que sur du verbeux, on commence vraiment à s’en lasser. Tout ceci devient trop démonstratif, loin du tabou subtil et souvent pétillant entourant la relation de Mulder et Scully. Auparavant, on sollicitait élégamment et ludiquement l’imagination du spectateur, maintenant on assène avec de gros sabots des effets larmoyants supportables uniquement grâce à l’immense talent de Gillian Anderson.
Plus dommageable encore, la série connaît un travers majeur avec la nature des nouveaux adversaires récurrents : les Super Soldats. Avec leurs caractéristiques de cyborgs et l'implacabilité de leur mission, ils évoquent irrésistiblement Terminator, d'autant qu'ils désirent ici la naissance de celui présenté comme un sauveur pour l'humanité... Bien entendu, Terminator reste une grandiose réussite de la Science-Fiction à l'écran, mais se situant rigoureusement à l'opposé de ce qui constitue l'intérêt et la spécificité des X-Files. Tout au cours de la Mythologie, la menace reste diffuse, complexe, nimbée d'un fascinant mystère, ici elle s'exhibe d'une manière particulièrement basique et spectaculaire à la manière d'un blockbuster que la série n'a pas vraiment les moyens d'imiter (travers déjà observé dans Fight the Future).

Cette réification, renforcée par la vulgarisation des apparitions des Petits Gris, fait perdre de son... essence à la série, en un dramatique contresens vis-à-vis de tout ce qu'a édifié Carter jusqu'ici. Il demeure certes plaisant d'observer l'ancien T1000 confronté à des similis T800, notamment dans des scènes clins d'œil à Judgement Day (parking, ascenseur...), mais ceci paraît tout de même anecdotique. La théâtralité de William se conjugue à celle des Super Soldats, avec pour résultante une simplification réductrice de la série bien regrettable.

Tout ne ressort pas négativement dans cette première partie. Le talentueux Kim Manners dispose toujours de l'effarante technicité de la série, même si tournant quelque peu à vide ici. Que la confrontation finale se déroule au sein même du siège du FBI s'avère une excellente idée : cet endroit, malgré les complots, apparaissait comme un sanctuaire, et sa profanation rajoute une intensité supplémentaire à la scène. Le renfort de Monica fait autant plaisir à l'équipe qu'au spectateur, mais le véritable pompier de l'épisode se nomme incontestablement Alex Krycek, de nouveau après Deadalive. Nick Lea manifeste une formidable présence, et tandis que l'apparition de son personnage au FBI produit le même effet choc que lors de Requiem, un véritable twist survient avec son alliance soudaine. L'effet est considérable, et l'on conviendra que voir Mulder lui confier la protection de Scully restera dans les annales. Mais où est la cohérence alors que Krycek exigeait dernièrement l'arrêt de la grossesse, et que personne ne l'interroge sur cela ? Sinon, les amateurs des Avengers apprécieront que le Billy Miles version Alien soit devenu tel un Cybernaute, exécutant sa liste de victimes d'un revers mortel de la main, avec un niveau de réalisme néanmoins bien plus explicite que pour ses prédécesseurs…

Hélas, malgré les méritoires efforts de Krycek et Monica, la seconde partie ne va que prolonger les faiblesses de la première avec une vacuité encore davantage ressentie. Le récit se scinde en deux, avec un versant féminin où il ne se déroule pour ainsi dire rien jusqu’à l’accouchement qui va mettre fin à une grossesse comptant parmi les plus longues de l’univers des séries télé. Billy nous refait une énième fois son numéro (Zachary Ansley n’a pas du tout la présence d’un Brian Thompson en Bounty Hunter), tandis que l’alliée providentielle se révèle elle aussi une Super Soldate, un « rebondissement » pour le moins relatif. Heureusement, la décidément surprenante Monica meuble joliment avec un chant de baleine et une prestation de spiritisme réjouissants, alors qu’une vraie complicité se noue avec Scully.

Le versant viril ne vaut guère mieux avec derechef de multiples cavalcades dans des couloirs, parkings, et escaliers déserts, soit très exactement ce dont on nous avait déjà régalé dans Essence. Merci, quand c’est si bon, on en reprend une louchée, c’est certain. Sans oublier que Billy… eh bien, Billy nous refait une énième fois son numéro ! On ressent parfois la trouble impression de revoir Lundi, si ce n’est le scopitone de Zorro est arrivé. Sacré Billy, toujours sur la brèche. Comme l’attention ne demeure guère fixée, on se surprend à constater que la réputation du Bureau aux États-Unis doit être bien dissuasive pour qu’il puisse se dispenser d’avoir le moindre gardien de nuit dans ce vaste édifice.

Fort heureusement, Alex continue à irradier de son aura cruelle et flamboyante et à nous enthousiasmer, comme lorsqu’il laisse à Skinner tout juste le temps de se glisser dans l’ascenseur, du grand Krycek ! Surtout, ce personnage particulièrement irrésistible, qui aura tant et tant apporté à la série, connaît une issue digne de lui après un face-à-face d’une rare intensité avec Mulder, puis une spectaculaire exécution par un Skinner implacable (il a ses raisons…). Ainsi disparaît l’ultime figure marquante de la Conspiration, portée par un Nicholas Lea réellement transcendant. Cela signifie hélas que la saison 9 devra se dérouler sans lui, avec une absence d’adversaire récurrent captivant qui lui coûtera beaucoup.

La convergence des deux fils de l’intrigue, avec à la clef une juxtaposition temporelle guère convaincante, échoue également à emporter l’adhésion. On reste confondu de découvrir les Super Soldats évacuer bien gentiment les lieux alors qu’ils étaient jusqu’ici censés en finir avec William. Aucun semblant d’explication ne nous est fourni, Mulder et Scully soulignant même cette énigme. Au terme d’une saison et d’un arc narratif construits autour de cette naissance, tout ceci fait pour le moins désordre. On remarque également que le prochain effacement de Mulder n’est nulle part annoncé ou justifié.

Le spectateur reste aussi catastrophé par le parallèle pesamment tracé entre la naissance du Christ et celle de William (l’étoile ayant guidé Mulder, les Super Soldats en population accourue, les Bandits Solitaires en Rois Mages, etc.). C’est lourd, théâtral, appuyé, c’est William. Alors bien entendu, par l’alchimie unique existant entre David Duchovny et Gillian Anderson, et parce que l’on adore Mulder et Scully depuis si longtemps, l’ultime vision du couple s’embrassant enfin, en portant l’enfant du miracle, fait sincèrement chavirer les cœurs. Au moment où Carter ne sait pas encore si la série va être reconduite, ce parachèvement lui fournit une conclusion nettement plus optimiste et fédératrice que celle, sombre et dure, de Requiem. Mais cela ne suffira pas, il s’en faut de beaucoup, à éclipser l’absolue réussite de celui-ci par cette histoire considérablement plus mal construite et floue.

Par son manque de densité, Essence conclut par une vraie déception une saison 8 jusque-là très solide et convaincante. Pire encore, par la double funeste direction sur laquelle elle lance la série (William et Super Soldats), elle augure bien mal de la prochaine saison au moment précis où Duchovny, mais aussi Nick Lea, tirent leur révérence. Une perspective guère encourageante ; seule la réussite du duo Doggett-Monica est vraiment rassurante pour la suite.

Enfin, on note que les titres originaux des deux épisodes, en français dans le texte, constituent une référence à la célèbre maxime de Jean-Paul Sartre, selon laquelle L’existence précède l’essence (les titres sont curieusement inversés), soit le fondement de son courant philosophique, l’Existentialisme.

 

Anecdotes :

  • Pas moins de sept bébés incarneront William, le fils de Mulder et Scully. Ici, il a les traits de Jerry Shiban, le fils de John Shiban, un des quatre capitaines de la série.

  • Troisième des quatre baisers à l'écran de Mulder et Scully.
  • Référence au Dr.Frankenstein dans l’épisode.

  • Quand l’agent Crane introduit Rohrer au FBI, ce dernier a un badge d’agent. Mais lorsque Doggett parle avec lui, il a un badge de visiteur. L’inscription sur la fenêtre de la maison où Scully et Reyes trouvent refuge est « Water from the rock, Exodus 7.16 ». En fait, il faut lire Exodus 17.6.

  • La scène où Monica Reyes imite le chant de la baleine vient d’un souvenir de Chris Carter : enfant, on lui avait offert un disque de Frank Winter où figuraient des chants de baleine.

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TOP 5 SAISON 8

1) Seul : Épisode bilan par excellence, fourmillant d’irrésistibles références à de grands moments de la série. Il lance un vrai cri d’amour aux fans, représentés par la craquante Leyla, elle-même une grande idée de scénariste. Mulder et Scully commencent à prendre congé avec une finesse et une élégance rares en laissant toute sa place à un Doggett qui ne restera pas seul bien longtemps. Un sillon que ne creusera hélas pas la série. L’art de Spotnitz à son sommet.

2) Combattre le passé : Variation fascinante et parfaitement aboutie sur l’un des thèmes éternels de la Science-Fiction, le voyage temporel, sur un ton très Twilight Zone. L’épisode représente une superbe évocation de liberté créatrice unique qu’autorise ce genre, d’autant plus admirable quand elle s’accompagne de rigueur narrative.

3) Dévoreur d’âmes : Magnifique et très sensible histoire de Spotnitz sublimée par la mise en scène inspirée de Kim Manners ; un épisode centré avec justice sur Doggett, personnage dont la qualité demeure la meilleure surprise de la saison. Formidable interprétation de Robert Patrick.

4)
Per manum : Épisode Mythologique dense et trépidant, développant un climat de paranoïa fleurant bon les riches heures de la série. On reste émerveillé devant la formidable prestation de Gillian Anderson et l’art du flashback démontré par Kim Manners. Autant de promesses qui se révèleront trahies par un Essence très délayé.

5)
Vienen : Épisode renouant avec une veine particulièrement féconde de la série, et nous valant le plaisir de retrouver une vieille connaissance, l’Huile Noire. Une montée au feu en commun pour Mulder et Doggett, avec un passage de témoin au terme d’une captivante aventure.

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Crédits photo : FPE.

Images capturées par Estuaire44.