saison 1 saison 3

 

X Files (1993-2002)

 

Saison 7 


1/2. LA SIXIÈME EXTINCTION
 (THE SIXTH EXTINCTION / AMOR FATI)


Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter (1re partie), et David Duchovny & Chris Carter (2e partie)
Réalisation : Kim Manners (1re partie) et Michael Watkins (2e partie)

Critique :

Ultime parcourue intégralement en compagnie de Mulder, la septième saison apparaît en demi-teinte. Si elle comporte nombre d’épisodes décalés réjouissants ou étonnants, ceux-ci se concentrent principalement dans sa seconde partie et apparaissent tout de même de moindre impact que ceux de la saison précédente. Après l’écrasement du Syndicat, la Mythologie achève certes de brûler ses vaisseaux de spectaculaire manière, mais peine à trouver un second souffle hormis dans un mysticisme de pacotille. La part sans cesse accrue accordée à la fantaisie dans les loners décourage les fidèles de la première heure sans réellement apporter de nouvelles troupes. Alors que la disparition de Mulder achève de précipiter les X-Files dans une nouvelle ère s’annonçant périlleuse, l’audience continue à s’éroder, même si demeurant considérable. Mais en attendant, magiciens roublards et policiers dépassés, réalité virtuelle et télé-réalité, Génie des Mille et une Nuits et Mecque du cinéma sont au programme !

Constatons-le : lors de la première partie de ce double épisode, la saison débute par un pur désastre. En effet, dans la droite ligne de Biogenèse, nous subissons autour de Scully une véritable avalanche de concepts pseudo mystiques se traduisant par une succession de termes aussi vides que grandiloquents (la Clé de Tout, etc…). Cette inanité du discours se ressent d’autant plus qu’elle accompagne un surplace total de l’action, à peine interrompu par quelques évènements vaguement bibliques maintes fois vus ailleurs en mieux (les insectes). Le tout est saupoudré par des apparitions/disparitions ridicules d’une espèce de sorcier tenant plus du grand guignol qu’autre chose. On s’amuse beaucoup de voir Scully, après s’être extasiée sur la Découverte et avoir affirmé qu’elle y trouverait une solution pour Mulder, se précipiter à l’aéroport après voir vu ce dernier dans sa voiture. Tout ceci ressemble fort à une grosse ficelle de scénariste destinée à extraire d’urgence le récit de son ornière ! Le Dr.Barnes ne sert à rien sinon à installer des effets faciles pour meubler (le jeu caricatural de Michael Ensign crispe rapidement). Le journal de Scully se révèle également d’une grande pauvreté, synthétisant tout le caractère factice et ronflant de ces interminables passages. On ressent une vraie nostalgie pour Memento mori, mais c’est bien toute la Mythologie de naguère (enjeux concrets et authentique tension dramatique) que l’on regrette à la voir ainsi remplacée par des élucubrations vaines et boursouflées.

Le segment de l’histoire consacré à Mulder se découvre avec un peu plus d’intérêt, principalement du fait de l’étonnante composition de Duchovny, particulièrement éloquent dans son évocation de la folie. On y retrouve également un peu de cette atmosphère que l’on aime tant, entre paranoïa prégnante et conspirations échevelées. Certes, il faut en passer par quelques poncifs hospitaliers assez pesants et par une résurrection d’un intérêt limité de Kritschgau, sans doute la source de Mulder la moins riche, et qui nous évoque le pénible souvenir de la crise de scepticisme de ce dernier. Même si au total le fond du récit n’aura pas progressé d’un iota, le suspense et les quelques péripéties offertes font que l’ennui desserre quelque peu son étau. On en sort reconnaissant face à la purge représentée par le voyage de Scully dans les contrées du Grand Vide. On apprécie de nouveau une prestation très relevée de Diana Fowley qui, toutes griffes dehors, apporte enfin de l’énergie à l’épisode. Mimi Rogers se montre aussi convaincante en dragon qu’en vile séductrice, et elle confirme bien que son personnage appartient aux grandes figures d’Adversaires peuplant la série. Elle se retrouve cependant bien seule, Alex demeurant absent alors qu’il avait lui aussi beaucoup apporté à la première partie de l’arc. Au moins cela permet-il à Skinner de disposer de plus d’espace, avec un Mitch Pileggi une nouvelle fois parfait.

Cette première partie singulièrement peu relevée se conclue cependant sur un moment de grâce, les retrouvailles de Mulder et Scully où Gillian Anderson nous offre une de ces superbes compositions dont elle a le secret, empreinte de la plus vive émotion. De quoi espérer la fin du marasme dans Amor fati !

Et de fait, ce double Mythic trouve un tout nouveau souffle dans sa seconde partie. La spectaculaire apparition d’un Homme à la Cigarette plus méphistophélique que jamais rassure d’emblée. Notons que dans la droite ligne de Musings, il s’amuse à déclamer son Shakespeare… En découle pour Mulder une captivante dérive progressive dans une réalité virtuelle évoquant Spores, à la parfaite imbrication avec les évènements survenant dans le monde réel. Ces images oniriques bénéficient d’une brillante mise en scène de Michael Watkins sachant admirablement varier ses effets, du rêve lumineux jusqu’à la scène dantesque de l’Apocalypse en passant par une terrorisante accélération à la 2001 : l'Odyssée de l’Espace. Les bonnes idées regorgent, comme la savoureuse réapparition de Gorge Profonde où l’on perçoit bien la joie de Duchovny (co-auteur de l’épisode) à retrouver l’épatant Jerry Hardin. En contraste avec ce rêve au long cours (et les images trop naïves de la plage), le cauchemar technologique où trône un Fumeur triomphant et satisfait frappe les esprits. L’épisode ne comporte aucune indication sur ce qu’il est devenu de lui après une opération au résultat incertain, ce qui laisse le spectateur tout de même quelque peu frustré !

Les parcours de Scully et de Mulder ne demeurent pas stérilement séparés comme lors de la première partie, mais s’entrecroisent dans un suspense convergent parfaitement tissé. À l’immobilisme bavard succède pour Scully une enquête frénétique où son angoisse devant la disparition de Mulder la fait successivement frapper en vain à toutes les portes possibles jusqu’à la plus improbable, celle de Diana Fowley. La détestation palpable émanant de leur rencontre rend la scène particulièrement forte, avec un beau double numéro d’actrices. La haine suintant du visage de Gillian Anderson après le départ de Fowley est à voir ! Il s’agit de la dernière apparition de Mimi Rogers dont le personnage quitte précipitamment la série par la petite porte, Carter y étant incité par la haine généralisée dont Fowley faisait alors l’objet ! Le retournement improbable de cette dernière et la facilité avec laquelle Scully parvient jusqu’à Mulder ne pénalisent pas réellement l’épisode tant ils s’insèrent bien dans cette zone étrange où le rêve et la réalité fusionnent, et où, comme l’énonce Albert Hosteen, le miracle devient possible. L’ensemble, porté par la musique de Snow, conserve une tonalité éthérée réellement fascinante. Enfin, on reste reconnaissant à Alex de nous débarrasser une bonne fois du personnage décidément trop limité de Kritschgau…

Au total, La sixième extinction parvient à s’extraire de son bourbier religio-ufologique inepte pour atteindre un Fantastique d’excellente qualité. Le décor est planté pour la septième saison, mais un doute sérieux subsiste sur la pérennité de cette nouvelle Mythologie qui nous est proposée.

Anecdotes :

  • Mort de Diana Fowley (Mimi Rogers) à l'issue de sa septième apparition dans la série.

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3. APPÉTIT MONSTRE
(HUNGRY)



Scénario : Vince Gilligan
Réalisation : Kim Manners

Critique :

Sous l’éclatant soleil californien, Appétit monstre semble s’apprêter à nous raconter une histoire des plus classiques, les Affaires Non Classées affrontant une énième fois un tueur en série doté de facultés particulières. Mais la très astucieuse idée du scénario de Vince Gilligan consiste à inverser la situation en nous faisant vivre cette enquête du point de vue du tueur, un cas unique dans la série. Outre sa rafraîchissante nouveauté, le procédé présente un double avantage : approfondir le portrait du Monstre de la semaine, mais aussi mettre en scène nos héros d’une manière très ludique. Ceci correspond également à une nécessité, Duchovny étant encore pris par Return to me et Gillian Anderson par The House of Mirth [Chez les heureux du monde]

Nous assistons ainsi à un spectacle rare : le quotidien de l’adversaire du jour. C’est d’autant plus amusant que Rob développe plus que nul autre l’immersion dans l’humanité, tout en tentant de combattre ses dévorantes pulsions. Le récit s’accompagne ainsi d’un bel humour noir, dans une évocation aussi juste que corrosive du drame de la boulimie, mais également de toute autre addiction. Tout en demeurant astucieux et redoutable, Rob Roberts, fort justement interprété par le jeune Chad Donella (Ghost Whiperer, Les Experts, Smallville…), finit par toucher par sa volonté de rédemption sans cesse contrecarrée par son estomac, mais l’humour de répétition l’emporte quand on le voit dévorer systématiquement tous ceux qui l’entourent dès que gronde son estomac. La psychiatre introduit un sarcasme supplémentaire en croquant joliment ces psy peuplant L.A. (Judith Hoag est aussi craquante qu’à l’accoutumée…). On apprécie également la vivacité de la mise en scène de Kim Manners et l’efficacité des effets spéciaux, simples mais percutants.

La vision tierce de notre duo de fins limiers se révèle également très divertissante. Les regards échangés et les diverses postures des personnages évoquent parfaitement les scènes que nous ne voyons pas, et c’est avec un amusement certain que l’on devine leur opposition entre les deux suspects envisageables et la théorie une nouvelle fois ahurissante de Mulder. C’est surtout ce dernier qui se voit ici mis en vedette, avec un numéro à la Columbo proprement irrésistible entre questions faussement patelines et savante déstabilisation souriante d’un suspect qui tente d’ailleurs des esquives dans la grande tradition des adversaires du détective du LAPD. L’épisode se déroule d’ailleurs explicitement à L.A. ! Duchovny déploie sa verve humoristique pour camper un Mulder plus sarcastique et vicelard qu’à l’accoutumée, on s’en pourlèche ! On devinerait presque chez le toujours imaginatif Gilligan comme une envie de le dépeindre lui comme le Monstre de la semaine…

Le premier loner de la saison s’avère déjà décalé, mais avec modération. Sans pour autant constituer un épisode majeur, Appétit monstre renouvelle agréablement un des standards de la série remontant jusqu’à Tooms (mais guère présent dans la saison 6), et développe un humour noir des plus agréables.

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4. MILLENNIUM
(MILLENNIUM)



Scénario : Vince Gilligan & John Spotnitz
Réalisation : Thomas J. Wright

Critique :

Les X-Files s’apprêtent à changer de millénaire, et faire coïncider cet évènement avec la conclusion de MillenniuM, grande série des productions Ten-Thirteen annulée avant terme pouvait sembler astucieux.

Malheureusement, on reste véritablement confondu devant la faiblesse de l’argument développé par Gilligan et Spotnitz - qui n'ont d'ailleurs que peu travaillé sur la série, voire même pas du tout pour Gilligan - ce cross-over si stimulant se résolvant en une histoire grotesque et simpliste de zombies. Comment peut-on conclure la trame aussi subtile et imaginative des aventures initiatiques de Frank Black par un final aussi indigent ? On aurait pu pour le moins espérer une double enquête passionnante mettant en œuvre les personnalités si différentes d’enquêteurs mus par la même soif de vérité au cours d’un double épisode particulièrement relevé. Le fabuleux compte à rebours de MillenniuM se conclut par un final ne tenant absolument pas les promesses semées tout au long des trois saisons écoulées. Il aurait certainement mieux valu s’abstenir.

On comprend aisément la colère du génial Lance Henriksen (encore formidable ici) devant le traitement subi par son personnage, d’autant que celui-ci demeure tristement statique durant l’essentiel de l’épisode hormis un tir au pigeon de grand guignol. La joie de voir ensemble Mulder et Black reste entachée par le manque de relief de leurs scènes communes, d’autant qu’elles apparaissent singulièrement déséquilibrées au détriment du second, maintenu confiné dans un silence inepte. Quiconque n’aurait jamais vu MillenniuM serait tout à fait incapable d’appréhender la richesse du personnage, figurant ici comme un vulgaire indic à qui le duo doit arracher les vers du nez dans la tradition la plus éculée du policier. Il en va de même pour la série dont la riche (et variable) thématique se voit passée sous silence, pour ne retenir que le seul Black et laisser de nombreuses questions sans réponses. On se demande ainsi ce que devient Emma Hollis alors qu’elle passe cadre supérieur du FBI à l’issue de la dernière saison. L’épisode ne traite que d’une fraction dissidente du Groupe, la dissolution de ce dernier se cantonnant dans un flou particulièrement frustrant.

Subsistent quelques bonnes surprises comme la reprise des si belles harmonies de MillenniuM, la seule composante de l’épisode faisant réellement justice à cette série, même si on retrouve de-ci de-là son ambiance si guillerette. Les artistes des X-Files demeurent toujours aussi performants, leurs zombies paraissent particulièrement suggestifs ! On s’amuse de voir Scully énoncer que l’an Un du nouveau millénaire reste bien 2001, qui d’autre aurait pu nous le rappeler ? On reste cependant surpris par son manque de réaction quand Skinner présente l’Ourobouros car il s’agit exactement de son tatouage de Never again… En nécromancien mystique, Holmes Osborne (Invasion) accomplit une superbe composition.

On apprécie le clin d’œil montrant Frank Black n’assistant pas à la fin du décompte, tout à sa joie d’avoir retrouvé sa fille (on a le plaisir de redécouvrir la pétillante Brittany Tiplady), mais c’est bien l’impression d’une terrible inanité de l’épisode qui prédomine.

Après le tour de passe-passe de Triangle, les passionnés de la relation Mulder/Scully se réjouiront d’enfin découvrir leur premier vrai baiser, propice à toutes les interprétations et ayant pas mal titillé les fans à l’époque : le nouveau millénaire ouvre-t-il la voie à de nouvelles possibilités ? Mulder et Scully peuvent-ils s’embrasser et la Terre ou les X-Files continuer à tourner ? Un rapport avec Steed et Mrs Peel s’embrassant également sous le gui du Nouvel An ? etc. Mais on est à ce moment si catastrophé qu’il en faudrait plus pour nous ragaillardir ! L’émission vue à cette occasion est une institution de la télévision américaine, le Dick Clark's New Year's Rockin' Eve.

Le combat sur Internet pour une vraie conclusion de MillenniuM au cinéma se poursuit, avec un Lance Henriksen ne lâchant pas le morceau. Et si Black était intervenu dans un I want to believe à la tonalité si proche de son univers  ?

Anecdotes :

  • Épisode concluant la série MillenniuM. Les X-Files assumeront également la fin d'une autre série : leur spin-off Au coeur du complot trouvera une conclusion dans l'épisode N'abandonnez jamais (saison 9).

  • Deuxième des quatre baisers échangés entre Mulder et Scully, mais leur premier véritable après celui avec la fausse Scully de Triangle.

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5. À TOUTE VITESSE
(RUSH)



Scénario : David Amann
Réalisation : Robert Lieberman

Critique :

Loner moyen, Rush ne parvient jamais à passer à la vitesse supérieure et à éveiller réellement l’intérêt du spectateur.

La faute en revient à une impression de déjà vu persistante, ces pouvoirs venant troubler une jeunesse déjà difficile ayant été maintes fois aperçus ailleurs (Coup de foudre, Âmes damnées...). De plus, l’épisode ne présente strictement aucune originalité, contrairement à la tentative couronnée de succès de Hungry, et les lycéens observés demeurent tristement conventionnels, sans cachet particulier. L’intrigue s’achemine au gré d’une enquête certes rigoureuse, mais aussi très prévisible et au rythme désespérément lent, un comble pour une histoire traitant de la vitesse.

Heureusement, de nombreuses scènes se parent d’un humour bienvenu comme l’apparition toujours savoureuse de Charles Burks, dont les explications enthousiasment comme de coutume Scully, ou les plaisanteries d’un Mulder toujours aussi pénétrant (- Yeah, too much teen spirit. - You think ? Smells like murder to me), et qui s’attire instantanément les bonnes grâces de la séduisante Chastity (sic), ce qui vaut à cette dernière d’être immédiatement ciblée par Scully. On regrettera d’ailleurs le pathos autour du suicide inutile de la jeune fille.

Nicki Aycox se montre aussi irrésistible que dans Supernatural où elle interprétera la possédée Meg Marsters, ennemie jurée des frères Winchester au service d’Azazel.

Enfin, les effets spéciaux frappent un grand coup avec une scène d’hyper accélération permettant de suivre spectaculairement la trajectoire d’une balle et prouvant que Dead Zone et Smallville n’ont rien inventé ! Tout ceci évite à l’épisode de dégager un ennui trop pesant, mais À toute vitesse s’oublie effectivement aussi vite qu’il est regardé !

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6. CHANCE
(THE GOLDBERG VARIATION)



Scénario : Jeffrey Bell
Réalisation : Thomas J. Wright

Critique :

L’épisode avait accumulé tous les ingrédients requis pour une pétillante réussite. Henry, au destin très proche de Fellig (Chance apparaît clairement comme un remake inversé de Photo mortelle), aboutit à une malédiction différente, plus propice à la comédie. Architecte du changement, capable d’orienter la théorie du Chaos à son profit en en faisant payer le prix à d’autres, il suscite des enchaînements de circonstances aussi amusants que hautement improbables. L’écriture inventive de Jeffrey Jackson Bell (auteur de nombreux épisodes d’Angel) et la caméra tonique de Thomas J. Wright mettent bien en valeur ces purs moments de Fantastique immiscés subtilement dans notre réalité, et brillamment illustrés par les assemblages de Henry ressortant comme autant de totems érigés au dieu Hasard.

On se divertit beaucoup devant ces insolites rebondissements d’autant qu’ils s’accompagnent du jeu très plaisant de Willie Garson (l’inénarrable Stanford de Sex and the City, doublé par Caudron !) - déjà apparu dans Corps astral - d’un couple Mulder/Scully optant lui aussi pour le ton de la comédie (comme de plus en plus souvent), et par le festival des gueules spectaculaires de gangsters siciliens rappelant les Sopranos. On se dit alors que l’on assiste à un épisode très ludique, aussi astucieux et potentiellement jouissif que le grandiose Voyances par procuration

Et c’est alors que survient le drame atroce.

Devant nos yeux exorbités, l’épisode dévie brusquement de sa brillante trajectoire initiale pour s’écraser sur le terrain spongieux et dégoulinant de la série hospitalière basique (qui à l'époque n'a pas encore opéré sa mue des années 2000). Cette vilenie porte un nom : Shia LaBeouf  - qui fait ici ses classes de saboteur bien avant Indiana Jones IV - et a le visage d’un des enfants les plus crispants et tête à claques d’une série en comportant un nombre certain, à force d’effets appuyés jusqu’au vulgaire et d’insoutenable mièvrerie. Sous le regard du spectateur impuissant, la tonalité, les termes et les postures idiotes appartenant aux plus mauvaises représentantes de ce type de série se développent comme un cancer, et cela demeure un bien triste spectacle que d’assister ainsi à l’agonie d’une histoire jusqu’à son décès clinique.

De plus, le processus se montre d’une épuisante prévisibilité, on se dit qu’à ce stade Scully va nous sortir son jargon volontairement obscur pour impressionner le chaland, et cela ne manque pas. Puis que le moment est venu de la découvrir débordante de compassion au chevet du gamin idiot et… bingo ! Cela ne rate jamais, à tous les coups l’on gagne ; à croire que Henry est notre deuxième prénom. Cet épisode, démarré comme un récit plein d’esprit, d’inventivité, et d’humour noir réjouissant se conclue sur une scène définitivement atterrante où tous les personnages sourient à qui mieux mieux, parfum guimauve. On assassine beaucoup dans les X-Files, parfois jusqu’aux épisodes.

Les Variations Goldberg sont un célèbre morceau de J.S.Bach, fameux pour la complexité de sa trame. Rube Goldberg est aussi un dessinateur célèbre pour avoir couché sur le papier des machines extrêmement complexes, mais à la résultante absolument mineure, tout comme les créations de Henry.

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7. ORISON
(ORISON)


Scénario : Chip Johannessen
Réalisation : Rob Bowman

Critique :

Après Tooms ou bien encore le Pusher, c’est au tour du Fétichiste de connaître la gloire d’une réapparition dans la série. Ce type d’exercice s’avère toujours périlleux, à proportion du souvenir laissé par le premier épisode, alors même que Le fétichiste avait réellement marqué les esprits. Par ailleurs, Chip Johannessen rajoute une incertitude supplémentaire en introduisant une seconde inconnue dans l’équation, Orison, alors que c’est bien entendu une poursuite de l’affrontement entre Pfaster et nos héros (en particulier Scully ici) que l’on attend. La sœur du Pusher, pourtant une remarquable adversaire, avait ainsi minoré la réussite de Kitsunegari. Et pourtant, Orison se révèle un authentique succès.

Les interprètes épousent donc à merveille la haute qualité de leurs personnages. La série (ainsi que sa récente adaptation cinématographique) a toujours su créer des personnages d’ecclésiastiques aussi denses que spectaculaires quelle que soit la religion concernée, et Orison ne viendra certes pas contredire cette assertion. Irradiant d’une passion totale, il parvient à occuper beaucoup d’espace dans le récit sans pour autant dévorer celui dévolu au Fétichiste. Scott Wilson (CSI) réalise une flamboyante prestation, emportant l’adhésion dès la remarquable scène d’ouverture.

Nick Chinlund parvient à recréer la pure épouvante et la fascination horrifiée suscitées par Pfaster. On approuve sans peine Mulder quand il commente que Scully lui doit la plus grande frayeur de sa vie : un monstre véritablement terrifiant même à l’aune des X-Files. Si Duchovny reste remarquable de justesse tout au long de l’épisode, c’est bien entendu Gillian Anderson qui subjugue ici, tant elle manifeste un jeu intense lorsque Scully se bat pour sa vie avec une rage qui évoque déjà l’âpre Straightheads. Une scène spectaculaire !

Mais c’est finalement son subtil scénario qui parvient à définitivement mettre en orbite l’épisode (à l’Orison de l’évènement). Le spectateur se voit ainsi transporté dans une atmosphère délicieusement trouble de mystère. C’est tout d’abord le cas en ce qui concerne la nature profonde de Pfaster, qu’une Scully très Frank Black avait entraperçue jadis sous une forme démoniaque, avant de rappeler ici qu’il n’y avait rien de surnaturel chez lui (une des forces du premier épisode). Orison vient ici fissurer nos certitudes alors qu’il n’explicite pas réellement le funeste destin du prêtre. Le fait que Pfaster soit par la suite simplement abattu par Scully laisse de nouveau planer un doute effrayant.

Un inexplicable sentiment vertigineux nous saisit encore plus à propos de l’origine des impulsions reçues par Orison. Le récit se cantonne fort intelligemment à un flou d'un impact total, laissant libre cours à une imagination à laquelle le formidable coup de théâtre final ouvre une perspective effrayante au plus haut point. Bien plus suggestive que la thèse de la folie portée par Mulder, l’évocation par Scully du véritable commanditaire fait littéralement froid dans le dos… L'on comprend que Chip Johannessen ait été retenu pour écrire cet épisode, car suggestions diaboliques et personnalité déviante soigneusement explorée ont été le quotidien du scénariste durant son travail sur le MillenniuM de Carter, dont il fut un auteur-clé et le showrunner de sa dernière saison.

Cette audace du récit se voit également portée par une mise en scène très imaginative de Rob Bowman comme cette chanson introduisant finement le surnaturel dans notre réalité, et résonnant finalement comme le tic-tac menaçant de l’étonnante bombe à retardement du scénario, ou encore le recours à la technique souvent risquée du ralenti, ici parfaitement efficace !

On regrettera par contre l’effet bien trop appuyé du 666 de l’horloge, un couac étonnant dans la subtile orchestration du récit, et que ni Mulder (ou un peu tardivement…) ni Scully n’ait anticipé que Pfaster s’en prendrait en priorité à cette dernière. On a connu nos héros plus intuitifs !


8. MALEENI LE PRODIGIEUX
(THE AMAZING MALEENI)


Scénario : Vince Gilligan, John Shiban, & Frank Spotnitz
Réalisation :Thomas J. Wright

Critique :

Avec la même parfaite réussite qu’autrefois Humbug pour Les Caravanes de l’Étrange, The Amazing Maleeni se découvre comme un vibrant hommage au monde fascinant de la prestidigitation. On assiste ainsi tout au long du récit à un véritable florilège de tours de magie véritablement impressionnants mettant en œuvre tous les classiques de cet art si particulier. Cartes, pièces, gobelets, menottes, chapeau et colombes, tout y passe pour notre plus grand bonheur. On est au spectacle comme de vrais gosses, et on en raffole !

Au-delà de ces performances, l’épisode sait reconstituer toute une atmosphère, entre évocation de légendes du passé, rivalités d’artistes, et ébahissement ravi du public. On apprécie vivement l’évidente sincérité du clin d’œil faisant naître le merveilleux sans quasiment aucun recours au paranormal au sein d’une série où le Fantastique le plus débridé fait loi. Même si, X-Files oblige, le coup de maître de l’éblouissante séquence d’ouverture demeure inexpliqué…

Diabolique habileté du trio magique d’auteurs, l’intrigue elle-même, toute en savantes diversions, se révèle un prodigieux tour de passe-passe dans la grande tradition si goûteuse de L’Arnaque, ou plus encore de L’Illusionniste, film très réussi s’inspirant à l’évidence de l’épisode. La machination, toute en trompe-l’œil et en strates successives, se montre aussi tortueuse que propice à de remarquables coups de théâtre. Elle fait honneur au concept d’énigme, brillant trait d’union entre la prestidigitation et cette grande tradition du Policier où le lecteur tente de démêler l’écheveau jusqu’à l’ultime révélation du récit. C’est d’ailleurs à la conclusion de l’épisode qu’un Mulder très Hercule Poirot nous révèle la dernière pièce du puzzle après un ultime rebondissement inattendu. Chapeau (magique) bas au spectateur qui aura su résoudre l’énigme avant terme tant ses fils sont savamment tissés !

Ce superbe scénario se trouve encore sublimé par une musique de Snow volontiers ironique dans son soulignement des effets, et par la mise en scène tonique et inventive de Thomas J. Wright. Les effets spéciaux ont le bon goût de demeurer discrets durant cet hommage aux artistes de la prestidigitation, même si l’on apprécie au plus haut point de retrouver les autopsies si particulières de Scully. Alors que Vancouver avait dû attendre l’ultime épisode pour recevoir un hommage explicite, la réalisation nous vaut également ici quelques très jolies vues de L.A., dont cette célèbre plage de Santa-Monica où dans un autre univers, Hank Moody connaîtra d’inoubliables moments de bonheur avec sa famille.

On se surprend à éprouver de la sympathie, voire de l’enthousiasme, pour ce duo d’artistes de l’arnaque aussi bien que du music-hall, et ce d’autant plus qu’ils comptent parmi les très rares adversaires des Affaires Non Classées à n’avoir aucune goutte de sang sur les mains. Leur audace, ruse, et humour malicieux forcent l’admiration, d’autant que leur crapulerie se sublime par un sincère amour de leur Art et un authentique sens du panache. On s’attristerait presque de les voir tomber sur la seule équipe du FBI capable de les coincer, mais le scénario présente l’habileté consommée de les laisser libres, afin de ne pas gâcher la fête. Encore que l’on se demande quelle prison aurait pu retenir nos Houdini. Toujours par deux ils vont, le maître et l’apprenti, et chacun de nos héros de la semaine se trouve doté d’une vraie personnalité : la crânerie et l’impétuosité du déjà très doué Labonge trouvant son prolongement naturel dans la tranquille assurance non dénuée de malice du plus expérimenté Pinchbeck, à l'insurpassable bagout.

Les deux interprètes, Jonathan Levit et Ricky Jay (Malleeni), apportent une conviction absolue à leurs personnages. Rien d’étonnant à cela car il s’agit de magiciens professionnels très réputés ! Jonathan Levit donne ainsi de nombreuses représentations à succès au prestigieux Magic Castle d’Hollywood. Son apparition dans les X-Files lui valut plusieurs apparitions à l’écran. Ricky Jay (Magnolia, Deadwood où il interprète également un joueur professionnel) est un expert mondialement reconnu dans la manipulation des cartes à jouer, ce qui donne une saveur certaine à plusieurs scènes de l’épisode. Frank Spotnitz s’en déclare un très grand fan et bâtit l’épisode autour de sa participation. Nos magiciens se révèlent également d’excellents comédiens dans la grande tradition américaine de l’entertainment où un artiste se doit d’avoir plusieurs cordes à son arc.

Dans The Complete X-Files, Gilligan évoque que Spotnitz, depuis toujours passionné par la prestidigitation, voulait de longue date créer un épisode dans cet univers avec la présence incontournable de Ricky Jay. On appréciera aussi la pittoresque performance de Robert LaSardo, bien connu des amateurs de Nip/Tuck et de nombreuses séries policières.

Après la parenthèse horrifique de l’épisode précédent, Scully et « Il grande Mulderi » retrouvent sans coup férir le petit nuage où, tels Ally McBeal, ils semblent en lévitation depuis le début de la saison. Rarement ils se seront autant divertis au cours d’une enquête les voyant, au cours de nombreuses scènes parfaitement pétillantes, plaisanter, se titiller, manifester à chaque instant une complicité et un bonheur radieux d’être ensemble. Si on rajoute à cela le Baiser du Millénaire, on en viendrait presque à se demander s’il ne se passe pas quelque chose dans l’arrière-boutique que la série s’amuserait à ne pas nous révéler explicitement… Voici qui n’est pas sans évoquer de grands souvenirs aux amateurs des Avengers ! Visiblement ravis devant cette évolution, David Duchovny et Gillian Anderson enthousiasment durant tout l’épisode. La parfaite alchimie des comédiens rejoint celle des personnages, parachevant l’éclatant succès de Maleeni le Prodigieux.

Cet épisode parfaitement « amazing », auquel même les plus fervents adeptes de l’époque Vancouver reconnaîtront que l’éclatant soleil et l’atmosphère de L.A. conviennent à merveille, ouvre la voie aux loners très conceptuels qui vont désormais se succéder. Ceux-ci vont apporter un second souffle à une septième saison jusque-là en demi-teinte.

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9. LA MORSURE DU MAL
(SIGNS & WONDERS)


Scénario : Jeffrey Bell
Réalisation : Kim Manners

Critique :

On éprouvait de vives espérances à propos de cette histoire, les sujets religieux donnant souvent lieu à des épisodes relevés, comme d’ailleurs encore récemment Orison.

Hélas, force est de déchanter devant cette histoire très insipide et fort mal ajustée, tout le monde comprenant aisément qui est le coupable tant le faux suspect et l’insoupçonnable personne sympathique (figures classiques au plus haut point) se voient ici caricaturés sans nuances. Même si la scène confrontant deux lectures différentes d’un même passage de la Bible est bien trouvée, l’intrigue fait rapidement du surplace entre retours incessants à l’église sans cachet ni lumière d’Énoch et rebondissements prévisibles déjà tant de fois vus ailleurs.

On peut d’ailleurs s’interroger sur la capacité de la série à renouveler ses loners classiques : après six saisons intenses, il devient difficile de dégager de l’inédit et les impressions de déjà vu s’accroissent (l’histoire est ici très proche de celle de Sanguinarium). On peut y trouver une justification, après de belles initiatives du type Appétit monstre ou Maleeni le Prodigieux, de la multiplication de loners décalés faisant suite au traditionnel double épisode mythologique.

Les dialogues demeurent également sans cachet particulier, se montrant souvent aux limites de la caricature. Cela déteint sur le duo vedette qui nous a habitués à des prestations autrement plus relevées cette saison. Les scènes entre Mulder et Scully ne viennent ici que sporadiquement extraire le spectateur de la torpeur qui s’en vient le saisir. Il était intéressant de baser l’épisode sur une de ces sectes américaines bien réelles mettant en œuvre serpents et venins, mais la dimension religieuse se cantonne ici à un prétexte donnant lieu à un affrontement archétypal certes efficace mais sans profondeur.

Cela pénalise directement le personnage de Scully, ce sujet trouvant toujours une résonance particulière chez elle. De fait, hormis un petit clin d’œil à une amusante phobie des serpents à la Indiana Jones, elle demeure ici très en retrait, son opposition habituelle avec le scepticisme de Mulder face au sacré ne donnant lieu qu’à un échange de vannes très mineur.

De son côté, Duchovny ne force guère son talent non plus, à croire que Mulder lui-même s’ennuie devant cette histoire ressassée. Les comédiens incarnant les deux « prêtres » nous offrent par contre un joli récital, même si, en jeune femme éplorée, Tracy Middendorf irrite rapidement en en faisant des tonnes - une contreperformance étonnante de la part d'une comédienne habituellement extrêmement marquante.

Fort heureusement, l’épisode sauve les meubles grâce au beau talent de Kim Manners pour sublimer le Fantastique, et toujours trouver à coup sûr l’image la plus saisissante possible. C’est ainsi que les apparitions ophidiennes (y compris les traces sanguinolentes d’accouchement terriblement évocatrices) ou encore les transes de la secte, de scènes potentiellement grotesques, deviennent de saisissants moments au rare impact horrifique. Malheureusement, la force de ces passages souligne la saveur insipide du récit qui les encadre, Manners lui-même ne pouvant électriser suffisamment ces enfilements verbeux saturés de poncifs comme les oies sont gorgées au grain. Si, dans son idée, la conclusion demeure d’un classicisme achevé, cette talentueuse mise en scène en fait un joyeux moment de bizarre et d’épouvante que les amateurs de V goûteront particulièrement !

Un épisode non indispensable, toutefois embelli par la caméra ensorcelée de Kim Manners, et qui aurait sans doute été mieux mis en valeur dans MillenniuM. Courage, la traversée de la saison 7 va désormais s’effectuer sur des eaux plus poissonneuses !


10/11. DÉLIVRANCE
(SEIN UND ZEIT/CLOSURE)



 

Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter & Frank Spotnitz
Réalisation : Michael Watkins (1re partie) et Kim Manners (2e partie)

Critique :

Depuis plus de sept ans, à travers des dizaines d’épisodes de toutes natures, s’il y a un mystère qui a encore et toujours tenu en haleine le spectateur, c’est bien la désormais légendaire disparition de Samantha Mulder, définitivement le X-File absolu. Aussi devine-t-on sans peine les espérances soulevées par la résolution de l’énigme et… à quel point la série était attendue au tournant. Tout échec, même relatif, sur cette question aurait pris des proportions absolument catastrophiques !

Certes, le double épisode ne connaît pas une perfection sans tâche. On s’étonnera de voir surgir cette histoire de Nomades du diable vauvert après 149 épisodes dont elle demeure totalement absente. Surtout, l’épisode se parsème de quelques raccourcis parfois embarrassants. On observe ainsi, notamment, que la corbeille où Teena a incinéré ses documents échappe à la fouille minutieuse de l’appartement par la police, ainsi qu’à Mulder qui d’habitude déniche les indices avec une redoutable perspicacité. Plus tard, Scully revient, tombe sur la corbeille en trois secondes, et l’unique papier intact qu’elle en retire porte les initiales CGBS… À ce moment, le voyant « facilité scénaristique » clignote avec véhémence…

Mais qu'importent ces imperfections, l'épisode demeure bien de la plus belle étoffe, avec une présentation à la fois très précise et circonstanciée mais aussi des plus poétiques de ces Nomades. Si la première partie apparaît comme un tremplin pour la révélation amenée par Closure, elle n'en ressort pas négligée pour autant. Le mystère, angoissant à souhait, se développe selon un agencement subtil, l'intrigue jouant habilement de l'imbrication des actes du serial killer et des Nomades pour semer le doute. Le Père Noël est bien une ordure : ce tueur fait réellement naître l'effroi, le patelin Santa Claus se transformant en abominable ogre des contes de fées au fil de révélations savamment agencées jusqu'à la terrible scène finale, valorisée par la mise en scène sobre mais efficace de Watkins.

L'épisode bénéficie également d'une distribution parfaitement convaincante, avec notamment un Mark Rolston aussi solide que dans Le musée rouge ou Profiler. Comme on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, la série que Lapierre admire tant n'est autre que le pilote d'Harsh Realm que Ten-Thirteen vient de lancer, avec Gillian Anderson en voix off !

La seconde partie voit une accélération, avec une nouvelle entrée en scène, celle de Harold Piller, clairement destiné à devenir le catalyseur de l'intrigue. Avant que sa fuite finale n'illustre ce qu'aurait pu être le destin d'un Mulder se détournant de la Vérité, il mène celui-ci de révélations en révélations jusqu'au but ultime, aidé en cela par les messages post-mortem de Teena Mulder. Cette dernière accomplit ici une sortie réussie d'une série lui devant plusieurs scènes très intenses. Cette démarche conduit certes à quelques accélérations dommageables, mais si le récit passe à la vitesse supérieure après des saisons entières où seules des fausses pistes s'étaient manifestées, il n'en demeure pas moins cohérent et maîtrisé.

On remarquera une introduction à la terrible éloquence, un joli clin d'œil apporté par La planète des singes sur la révélation à venir, ainsi qu'une rencontre à la remarquable intensité dramatique entre Scully et le Fumeur. Les scènes de Scully avec les diverses figures de la Conspiration se montrent aussi rares que savoureuses, et on ne pourra reprocher à celle-ci que sa brièveté (on se rattrapera bientôt dans En ami). Skinner (participant cependant à l'enquête) et Scully apparaissent ici logiquement en retrait dans un épisode totalement centré sur Mulder et son histoire. Duchovny accomplit ici une véritable prouesse de talent et d'émotion, témoignant de sa parfaite connaissance d'un personnage incarné depuis tant d'années, et ici au bout de sa résistance d'une manière particulièrement déchirante, comme laminé par le doute.

Mais, bien évidemment, c'est la scène des retrouvailles qui allait en définitive décider du succès ou de l'échec d'un double épisode qu'elle couronne fort logiquement. La scène apparaît incroyablement difficile à mettre en scène entre attentes incandescentes des fans, nécessité de rendre positive l'idée que Samantha ne soit plus de ce monde, et manœuvre d'évitement de l'écueil du pathos dégoulinant. Fort heureusement, Chris Carter a l'idée salvatrice de confier la réalisation de Closure au regretté Kim Manners, le plus (le seul ?) à même de relever semblable gageure. Son sens inouï du Fantastique, faisant déjà merveille lors des diverses apparitions fantasmagoriques de l'épisode, éclate à cet instant suprême : somptueux ralenti, lumière et couleurs irréelles, parfait placement des caméras pour mettre en relief le jeu des comédiens font de cette rencontre un pur moment de grâce. Cette magie onirique balaie les quelques réserves précédemment observées et emporte totalement l'adhésion d'un spectateur vivant à l'unisson de Mulder cet incroyable moment de joie, d'émotion, et de délivrance. Peut-être le sommet de la série.

L'étonnante substitution de Mark Snow par Moby se justifie par le caractère éthéré de la musique de ce dernier et le fait qu'elle soit supportable durant une minute. On reste cependant déçu que Vanessa Morley, qui a si bien incarné Samantha dans la plupart des occasions, ne soit pas ici de la fête, sans doute du fait de la différence d'âge. Fort heureusement, I want to believe saura lui rendre l'hommage qu'elle mérite.

Après la chute de la Conspiration, c'est le dernier pan de la Mythologie historique qui tombe ici. Dès lors, Mulder (et son interprète) peut s'acheminer vers la sortie, mais il reste aux Affaires Non Classées une demi-saison très pétillante, en roue libre, pour nous divertir lors d'épisodes irrésistiblement décalés !

Anecdotes :

  • Fin de l'arc Samantha Mulder initié depuis le Pilote. Closure tombe à pic pour fêter l'événement car il s'agit du 150e épisode de la série !

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12. PEUR BLEUE
(X-COPS)


Scénario : Vince Gilligan
Réalisation : Michael Watkins

Critique :

Produite depuis plus de 25 ans par la FOX, et visible un temps en France sur NT1, COPS est une émission de téléréalité faisant ses choux gras d’opérations de police spectaculaires, filmées dans les conditions du direct. J’y ai jeté un coup d’œil dans la perspective de cet épisode : la forme s’impose comme redoutablement efficace, on ne saurait le nier, mais le fond fait réellement s’interroger sur la nature et le devenir d’une société utilisant sa violence et ses aspects les plus sordides pour distraire ses citoyens (sans rien enlever au courage bien réel des policiers). Et c’est pourtant ce monument érigé au voyeurisme que Chris Carter a décidé d’entremêler aux X-Files, ce qui n’alla pas sans provoquer quelques grincements de dents à l’époque. Alors, le jeu en valait-il la chandelle ?

La production et la mise en scène étonnent d’emblée. Le mimétisme avec COPS transparaît vraiment poussé jusqu’à son terme avec la reprise de tous les gimmicks de l’émission : panneau d’annonce réécrit, générique, logo des écrans publicitaires savamment entremêlé avec celui des X-Files, visages floutés et paroles obscènes censurées, etc. L’effet d’immersion est total pour le spectateur, avec une réalisation caméra sur l’épaule conférant une authentique originalité ainsi qu’un tonus indéniable à l’épisode. Watkins sait également varier ses effets, de frénétique, le procédé devient parfois franchement inquiétant en retrouvant des effets à l’impact très proches de l’inouï Blair Witch Project. Derrière les apparences de cavalcade, on voit bien à quel point la technicité déployée est impressionnante avec une multitude de caméras et de comédiens à gérer simultanément. Le montage apparaît également d’une étonnante fluidité. De la belle ouvrage !

Mais X-Cops ne borne pas là son intérêt, l’exercice de style s’enrichissant d’un humour ravageur. Cette idée géniale de personnes mourrant d’être confrontées à leur frayeur nous vaut ainsi une succession de gags mortifères particulièrement percutants au cours d’un vrai jeu de massacre dont cette apparition de Freddy Krueger nous évoquant quelque peu le Luke Skywalker d’Eddie Van Blundht ! Le gag de l’assistante (Tara Karsian, qui reviendra cependant dans Urgences…) tombant raide morte du fait d’un virus durant une autopsie encore plus dingue que de coutume, ce qui n’est pas peu dire, vaut également absolument le coup d’œil.

Le couple Steve/Edy nous offre de plus un numéro style La Cage aux folles assez irrésistible, sans mépris, mais au contraire beaucoup de tendresse. Ils seront d’ailleurs les seuls à avoir le courage nécessaire pour contrecarrer les plans de l’entité… On apprécie également le jeu étonnant de justesse de Judson Mills (Walker Texas Ranger) en policier valeureux mais totalement dépassé par les évènements.

Notre duo dynamique participe activement à la drôlerie débridée de cette histoire. Scully tient ici la vedette, sa honte habituellement ressentie aux côtés d’un Mulder débitant ses théories se voyant amplifiée au centuple par le passage à la télévision. Cela nous vaut durant tout l’épisode une succession de gestes irrésistibles d’embarras ou de mauvaise humeur. Ils culminent avec une véritable scène de ménage des plus jouissives où la rousse volcanique va jusqu’à appeler Skinner à la rescousse ! Rires garantis, surtout quand celui-ci répond, avec le raidissement de mâchoire que l’on devine sans peine, que « le FBI n’a rien à cacher ». Dans une antithèse absolue, Mulder se montre lui particulièrement enthousiaste de pouvoir enfin révéler le paranormal à la télévision… le pauvret ira de désillusion en désillusion car Vince Gilligan, avec une cinglante ironie, lui fait alors affronter le plus immatériel et invisible des adversaires ! Survoltés et étonnants de naturel, Duchovny et Gillian Anderson parviennent à encore renforcer cette impression de véracité faisant tout le sel de cet épisode très à part.

Cependant, au-delà des éclats de rire, X-Cops ne se contente pas de constituer un délicieux remake très X-Files d’un classique des Avengers, Les marchands de peur, mais développe également une parabole beaucoup plus angoissante. En effet, cette mystérieuse et létale créature symbolise avec pertinence la peur multifacettes gangrenant nos sociétés, atteignant quiconque y compris les policiers, et provoquant les réflexes les plus autodestructeurs. En toute fin d’épisode, Carter fait d’ailleurs explicitement déclarer à Mulder que ce fléau peut apparaître n’importe où, pas seulement aux États-Unis ou dans les quartiers difficiles...

Apporter du sens et de la lucidité à la fanfare vulgaire de la téléréalité demeure bien l’ultime exploit de cet épisode aussi fin que tonique, l’une des très belles réussites de cette seconde partie de saison.


13. MAITREYA
(FIRST PERSON SHOOTER)


Scénario : William Gibson & Tom Maddox
Réalisation : Chris Carter

Critique :

Le First Person Shooter (souvent abrégé en FPS) ou jeu de tir subjectif en bon français est un style de jeu vidéo en trois dimensions subjectives, où le héros, dont on ne voit souvent que la main armée, se déplace dans un environnement hostile et doit abattre divers adversaires (comme Gambit et Purdey dans Cibles). Ce genre de jeu popularisé par des titres comme Wolfenstein 3D (1992) ou surtout Doom (1993), encore très populaire aujourd’hui, est souvent synonyme de style joyeusement bourrin, générateur d’adrénaline à haute dose !

Figure fondatrice de l’école Cyberpunk, William Gibson (en compagnie de Tom Maddox, autre auteur important de cette mouvance) avait déjà signé le réussi Clic mortel (saison 5). Ils développent ici un nouveau récit reprenant différents thèmes cybernétiques en les liant astucieusement à un style de jeu existant réellement, le FPS, accroissant ainsi la véracité de l’ensemble. C’est ainsi que nous avons affaire à un FPS se déroulant dans un univers virtuel où pénètre réellement un joueur affrontant une Intelligence Artificielle aussi séduisante que mortelle. Cette astuce semblait très efficace lors de la diffusion de l’épisode mais aujourd’hui date terriblement celui-ci. En effet, les perspectives de jeux virtuels enflammant alors l’imagination se sont révélées de simples mirages, leur technologie demeurant largement inaccessible !

Fort heureusement, Maitreya ne se limite pas à cela et poursuit l’évolution observée depuis le terriblement pompeux Un fantôme dans l’ordinateur (saison 1) en introduisant encore plus de fantaisie et d’humour que dans Clic mortel. L’histoire s’avère ainsi l’occasion de porter un regard joyeusement caustique sur la communauté des hardcore gamers (effectivement de jeunes mâles à 95%), leurs idoles éphémères, et leurs attitudes les plus ridicules. Gibson se moque de ces inconditionnels du virtuel avec presque autant de férocité que Darin Morgan pastichait les ufologues délirants dans Le Seigneur du magma.

Tout en présentant plusieurs thématiques sous un jour plus rieur que de coutume dans leur littérature, les auteurs achèvent également la galerie de portraits d’icônes de la Silicon Valley développée par cette trilogie Cyber des X-Files : après le Gourou puis le Hacker, nous trouvons ici l’Entreprenaute des start-up. En février 2000, nous nous situons à l’apogée d’une Bulle Internet sur le point de s’effondrer, et les auteurs, fins connaisseurs du milieu, manifestent également ici une plume diablement aiguisée (fièvre de l’argent, fuite en avant, mégalomanie, machisme…). Cette dimension satirique très aboutie et finement ciselée rattrape aisément l’aspect volontiers succinct d’un scénario parfois aussi répétitif qu’une vraie partie de FPS !

L’intrigue ne constitue pas le seul atout de Maitreya car les X-Files offrent également une solide démonstration de leur maîtrise technique dans la réalisation de l’épisode (Chris Carter dirige lui-même ici). Les effets spéciaux, en pointe pour l’époque, se montrent très relevés (l’épisode remporta deux Emmy Awards à ce titre en 2000). C’est particulièrement le cas pour la disparition de l’IA grâce à son épée magique, demeurant une image célèbre de la série, et caractéristique au plus haut point de l’esthétique Cyberpunk  (cf. un chef-d’œuvre du genre, Autremonde de Tad Williams).

Les nombreuses scènes d’action du Jeu sont tournées avec beaucoup d’efficacité, illustrant éloquemment la violence extrême de ce style de loisir épicurien. Il en va de même pour la paranoïa ambiante distillée par les FPS où un ennemi peut apparaître n’importe quand, n’importe où, parfaitement rendue par le décor de premier plateau totalement anxiogène. L’épisode explose le budget coutumier de la série, déjà conséquent. Les alignements de pseudo SS tirant à vue sur les joueurs résonnent comme un écho de Wolfenstein 3D (dit Wolf) où le joueur détruit du Nazi au kilomètre. Maitreya se montre aussi parfaitement saisissante et mystérieuse dans son étrangeté intangible ; elle bénéficie du talent et de la plastique de Krista Allen (Alerte à Malibu, Charmed…). La scène du commissariat se montre d’ailleurs des plus spectaculaires et suggestives…

Humour plus paranoïa : il était logique que nos Bandits Solitaires soient de la partie, d’autant que Gibson et Maddox avaient manifesté une jolie compréhension du potentiel humoristique du Trio dans Clic mortel. Comme toujours, nos amis se montrent divertissants au possible, plus ados attardés que jamais, avec notamment un Byers semblant fendre l’armure et s’encanailler en compagnie des deux bourrins. Alors que la Fox avait considérablement communiqué sur Mulder et Scully dans leur spectaculaire tenue de combat, nos héros semblent tout de même moins dans leur élément que leurs petits camarades, et l’effet atteint vite ses limites.

De fait, tout comme La morsure du Mal se voyait comme un épisode très MillenniuM, FPS s’insérerait parfaitement dans Au Cœur du Complot, alors que Mulder et Scully semblent quelque peu déplacés et inopérants ici. Tandis que Mulder se lâche totalement, on observe cependant une nouvelle manifestation de la fibre féministe de Scully, parfois de manière un peu trop démonstrative. Duchovny s’en sort bien, mais Mulder en Rambo du futur, on n’accroche pas vraiment… L’épisode aurait vraiment atteint sa perfection en laissant place nette aux Bandits Solitaires (en les laissant se débrouiller misérablement en fait).

On regrettera aussi que la situation ne se dénoue que par une péripétie passablement éculée, se déroulant de plus dans le monde réel, alors qu’il aurait été plus audacieux et efficace de trouver une solution dans le Cyberespace. Cela semble d’autant plus frustrant que les auteurs avaient à leur disposition le personnage si spectaculaire d’Invisigoth. Celle-ci aurait pu voler au secours de ses trois admirateurs transis à travers les mailles du réseau et les strates du Kernel pour nous offrir une bataille d’IA spectaculaire, comme le courant Cyber a su en mettre en scène dans ses romans (Les Cantos d’Hypérion). Un manque d’audace créatrice étonnant chez Gibson, pourtant le grand promoteur de ce genre de facéties.

Ces quelques réserves n’empêchent pas FPS d’apparaître comme un joyeux pamphlet, sarcastique, et aiguisé au plus haut point ! Après X-Cops, la saison 7 remporte de nouveau son pari de développer des épisodes très conceptuels totalement en marge du corpus principal de la série. Ce qui n’alla pas sans désarçonner une nouvelle fois les fidèles de la première heure qui commencent d’ailleurs à quitter le navire…


14. COUP DU SORT
(THEEF)


Scénario : Vince Gilligan, John Shiban, & Frank Spotnitz
Réalisation : Kim Manners

Critique :

Depuis Mystère vaudou (saison 2), les épisodes relevant du Vaudou n’ont guère été heureux, et celui-ci ne fera pas exception. Nous nous retrouvons encore ici face à une trame archi classique de vengeance, ponctuée par les sempiternels envoûtements à base de pattes de poulets, poupée ensorcelée, composants organiques... Mulder tente effectivement d’expliquer qu’il s’agit de vaudou « celtique » mais la ficelle paraît vraiment grosse, c’est tout de même bien un recyclage bon teint que développe une intrigue singulièrement linéaire et beaucoup trop prévisible. L’opposition entre médecine moderne et art mystique paraît également particulièrement téléphonée. On ne goûte guère non plus de voir Mulder trouver l’information lui manquant dans un journal télévisé bien opportunément inséré.

Ce n’est pas que l’épisode soit honteux. La mise en scène de Kim Manners demeure efficace, notamment lors des scènes les plus horrifiques, avec des artistes toujours aussi inspirés concernant effets spéciaux et maquillages (Emmy en 2000). La scène du combat final, avec une Scully aux yeux aveugles très effrayante, semble insuffler un peu d’énergie à l’épisode, même s’il est bien trop tard.

De plus, Theef dispose d’un casting de choix avec James Morrison (Bill Buchanan dans 24h chrono, un des rares alliés sûrs de Bauer), ici très convaincant, mais surtout Billy Drago. Malheureusement, on observe le même phénomène qu’avec Campbell dans Pauvre diable : le grand comédien (enthousiasmant en tant que Bly dans Brisco County ou Nitti dans Les Incorruptibles) se trouve ici affublé d’un rôle ne lui convenant pas et sans réel intérêt. Peattie passe l’épisode à prendre des poses éculées et à débiter des phrases creuses avec des tics de langage vite crispants au possible. L’épisode introduit également un débat sur l’euthanasie, une ambition méritante mais guère développée tant la situation s'inscrit dans un extrême radical.

De fait, avec un peu plus de tonus, l’épisode aurait pu séduire dans les premiers temps de la série. Mais tout ceci a déjà été vu et revu tant de fois qu’une certaine lassitude finit par saisir le spectateur. Mulder et Scully ironisent d’ailleurs eux-mêmes sur ce caractère répétitif, mais on agrée plutôt que l’on ne sourie...

Après 153 épisodes, il était inévitable qu’une certaine usure se fasse jour, et pour aller de l’avant, les X-Files semblent désormais condamnés ou à innover comme lors des épisodes décalés que Carter, qui a bien senti souffler le vent, multiplie dans cette saison - il faisait d'ailleurs de même la saison précédente - ou à réaliser des épisodes classiques dont la qualité force l’admiration et suscite encore l’enthousiasme. Rien de tout ceci pour Coup du sort (y compris ici au niveau de la traduction du titre…), ce qui le condamne à l’indifférence.


15. EN AMI
(EN AMI)


 

Épisode Mythologique

Scénario : William B. Davis
Réalisation : Rob Bowman

- If you would permit me, I'd like to make an observation. You're drawn to powerful men but you fear their power. You keep your guard up, a wall around your heart. How else do you explain that fearless devotion to a man obsessed, and, yet, a life alone ? You'd die for Mulder but you won't allow yourself to love him.
- Wow. I'm learning a whole other side to you. You're not just a cold-blooded killer, you're a pop psychologist as well.

Critique :

Les scènes de Scully avec les principales figures de la Conspiration ont toujours constitué de grands moments et de superbes rencontres de comédiens, dont l’impact se voit renforcé par leur grande rareté. Gorge Profonde, X, le First Elder, et le Bien Manucuré ont ainsi eu droit à des dialogues de différentes natures, mais tous fort intenses. Or, comme le rapporte le livre The Complete X-Files, William B. Davis s’étonna que le Fumeur n’ait eu, lui, droit qu’à quelques face-à-face fugaces et le plus souvent silencieux avec elle. Carter lui offrit donc d’écrire cette histoire, où il imagine une étonnante aventure menée en commun par ce duo pour le moins hétéroclite.

Davis jette un regard passionnant et complexe sur le personnage qu’il incarne avec talent depuis déjà de longues années. Le Fumeur, dont nous continuons ici à suivre la dégradation physique initiée par la trouble opération de Amor Fati, se montre évidemment d’une rouerie extrême et manifeste toujours son talent unique pour la manipulation. C’est ainsi qu’on se délecte de le voir cibler très précisément les bons rouages pour influencer Scully. Celle-ci, en tant que catholique convaincue et médecin, ne pouvait demeurer indifférente à cette antienne de la rédemption par le sacrifice, mais aussi à la mirifique perspective d’une Panacée universelle. Le vieux renard le sait très bien et n’hésite pas à rajouter dans le chien battu pour emporter la décision, tandis que le spectateur ne peut retenir un sourire admiratif… Toutefois, Davis accroît la profondeur psychologique du récit en dotant son personnage déclinant d’une affection que l’on devine sincère pour Scully.

Voir la belle âme de celle-ci éveiller l’humanité de l’Homme à la Cigarette, et ainsi, finalement, le prendre à son propre piège, demeure une des grandes habiletés de l’intrigue. Voir le Fumeur épargner la vie de Scully ne surprend guère, il en va différemment quand il renonce au profit de sa machination, avec beaucoup d’interrogations à la clé. Commence alors un renoncement progressif accompagnant l’approche de la mort, qui conduira certes au final passablement grotesque de The Truth, mais qui demeure pour l’instant suprêmement élégant et subtil. Comme toujours, Davis est simplement parfait, on ne se lasse jamais de le voir apporter son talent et de magnifier un personnage déjà extraordinaire. Et puis, on pardonnera beaucoup à l’Homme à la Cigarette pour avoir offert à Scully sa tenue la plus… disons raffinée de la série !

No matter how paranoid you are, you're not paranoid enough commentait déjà Susanne dans Les Bandits Solitaires. Une leçon que n’a visiblement pas suffisamment intégrée Scully tant celle-ci apparaît bien tendre face à celui venant « en ami ». Elle a beau se montrer aussi méfiante qu’hostile, elle n’en ira pas moins finalement docilement là où CGB veut qu’elle aille ! On reste un tantinet confondu de la voir persuadée que son astuce du micro (certes idéalement dissimulé) allait fonctionner face au maître de l’intrigue… mais c’est aussi pour cela que l’on aime Scully, parce qu’après sept saisons dans les ténèbres, elle conserve une certaine confiance en l’âme humaine et refuse de se laisser envahir par la paranoïa maladive propre à Mulder et à ses trois copains.

Le personnage (comme sa relation avec Mulder) bénéficie également d’une analyse psychologique très fine de la part de celui qui compte effectivement parmi ceux la connaissant le mieux. Et en effet, Scully ne semble pas demeurer insensible aux hommes de pouvoir car, de même qu’elle influe le Fumeur, elle-même paraît quelque peu troublée durant l’excellente scène du dîner ! On observera d’ailleurs que les robes de soirée vont particulièrement bien à Gillian… On apprécie vivement l’élégance et la générosité de Davis qui ne centre pas le récit sur son personnage, et développe de superbes scènes pour sa partenaire, tout comme naguère Duchovny.

Au-delà de la fascinante rencontre des personnages, l’intrigue apparaît fort habilement organisée. Elle débute comme un épisode Mythologique classique, mais bascule brusquement dans l’inédit avec la spectaculaire entrée en scène du Fumeur et sa révélation originale de toute l’intrigue sous-jacente que nos héros recherchent de coutume durant tout l’épisode. En apparence…

Par la suite, l’histoire revêt la forme très américaine, et souvent particulièrement efficace, du road movie, très propice aux rencontres et aux voyages intérieurs, ici superbement filmé par Rob Bowman. On remarque ainsi de superbes paysages californiens ainsi qu’une savoureuse apparition de Louise Latham (Pas de printemps pour Marnie et une foule de séries tout au long de sa longue carrière) pour son dernier rôle répertorié. Le scénario sait parer à toute lassitude en faisant intervenir Skinner et des Bandits Solitaires en roue libre (chacun a pris le costume d’un autre !), mais surtout en réservant une partition limitée mais non dénuée d’intérêt à Mulder.

Celui-ci paraît autant inquiet que courroucé de voir que Scully a pris la poudre d’escampette en ne lui racontant pas la vérité (comme s’il ne l’avait pas déjà fait de son côté). Il goûte aussi visiblement fort peu de se faire raccrocher au nez… Au final, c’est un Mulder qui prend sur lui, mais demeurant blême de colère, qui apporte un soutien minimal à Scully en fin d’aventure. À croire que son duel avec CGB reste une affaire essentiellement personnelle, pour ne pas dire une affaire d’hommes… Davis, tout comme Spotnitz, Shiban, et Carter eux-mêmes dans Milagro, semble bien en vouloir à Mulder de ne pas faire assez cas de Scully ! L’auteur exprime par contre un visible coup de cœur pour cette dernière !

Récit aussi subtil que captivant d’une étonnante rencontre ouvrant la voie à Requiem, et témoignage enthousiaste du vif intérêt que parviennent encore à dégager les X-Files quand ils savent se renouveler, En ami marque aussi deux adieux à la série : le Black-Haired Man, tueur aussi taciturne qu’efficace au service du Fumeur, se voit ainsi mal récompensé pour sa fidélité ; et celui plus notable de Rob Bowman - qui avait cependant quitté la production de la série après la saison 6, ne revenant que pour Orison et cet épisode - qui, après 33 réalisations (plus FTF) et 89 productions, s’en va désormais tenter sa chance au cinéma (Elektra, Le Règne du feu…).

Anecdotes :

  • Unique scénario écrit par William B. Davis pour la série.

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16. CHIMÈRES
(CHIMERA)


Scénario : David Amann
Réalisation : Cliff Bole

Critique :

La figure du corbeau, l’oiseau des Ténèbres messager de mort, s’enracine profondément dans la mythologie occidentale, depuis Odin jusqu’à la littérature moderne en passant par les croyances médiévales. Des auteurs comme Poe mais aussi King, qui en fait le psychopompe par excellence dans La part des ténèbres, perpétuent encore la légende aujourd’hui (sans parler de The Crow et autres). Il était donc inévitable que les X-Files, qui tout au long de leurs 207 épisodes dressent un panorama quasi complet du Fantastique, finissent par s’y attaquer.

Ils abordent fort efficacement le sujet grâce à une redoutable intrigue à tiroirs, tout à fait dans la tradition d’Agatha Christie. Grâce à l’introduction de fausses pistes menées avec un talent consommé, dont la redoutable technique d’un faux coupable évident suivi par un autre beaucoup plus crédible, l’épisode parvient à conserver le mystère de l’énigme jusqu’à son terme. Le twist révélant la véritable nature de la créature se montre également très surprenant. Cette qualité du scénario vaut à Chimères de parvenir à accomplir l’improbable exploit de restituer la saveur des premiers épisodes de la série, tout en combattant efficacement le sentiment d’usure ressenti lors de Coup du sort. L’indice génial, délicieusement classique, des deux clés, renforce la dimension très ludique d’une histoire finissant par joliment évoquer Dr.Jekyll et Mister Hyde.

L’épisode, où un Mulder en grande forme multiplie les dialogues incisifs, bénéficie également du talent de Cliff Bole. Il réussit comme à l’accoutumée les scènes horrifiques (mais aussi des vues de corbeaux à la Hitchcock), tout en reconstituant avec ironie l’ambiance si proprette de ces banlieues très cosy déjà vues dans Bienvenue en Arcadie. De fait, comme souvent chez les X-Files, l’intrigue se double d’un regard critique porté sur la société américaine. L’histoire évoque ici avec clarté et éloquence les conséquences des refoulements de tous ordres régnant dans cette société et des brusques crises de violence qu’ils peuvent susciter quand les digues se rompent. Toutes les études montrent d’ailleurs que les tragiques fusillades connues aux États-Unis (mais se développant hélas en Europe) se déroulent pour leur extrême majorité dans le milieu ici décrit…

Cet épisode se caractérisant par une enquête en solo de Mulder, nous avons bien entendu droit au gimmick des coups de fil entre membres esseulés des Affaires Non Classées, devenu incontournable dans ce genre de situation. Sans qu’ils apparaissent les plus pétillants que nous ayons connus (La guerre des coprophages), ils parviennent toutefois à nous divertir, d’autant que Scully nous régale d’un de ces discours très prudes dont elle a le secret. Restant une bourgeoise bon teint par son milieu familial, on s’amuse un peu cruellement de la voir subir passivement cette vie nocturne d’un quartier chaud lui faisant horreur. Les mimiques de Gillian Anderson sont parfaitement désopilantes tant elles témoignent d’une Scully se raccrochant au téléphone comme à une corde de salut au beau milieu de son enfer d’ennui et d’écœurement. Un régal. Le summum intervient quand elle finit par résoudre cette affaire pathétique et prend alors un malin plaisir à précisément expliciter à Mulder qu’il n’y avait rien de paranormal là-dedans (tout en lui donnant le coup de pouce décisif). La vengeance est un plat qui se mange froid, tout comme les pizzas dont la malheureuse s’est sustentée trop longtemps.

Enfin, Chimères recèle un attrait tout particulier pour les amateurs des Avengers, car tout comme X-Cops se révélait un remake très jouissif des Marchands de peur, nous nous trouvons ici face à la version X-Files du Vengeur Volant ! On s’amuse à répertorier les ressemblances mais aussi les discordances entre les deux épisodes. Il s’agit bien d’une vengeance, où l’assassin revêt l’apparence d’une créature "vengeuse" évoquant un oiseau aux serres acérées, mais ici au sens propre ! Images impressionnantes (mais sanglantes…) d’assassinats et de luttes, images de griffures d’oiseau sur les parois, pouvoir paranormal dissimulé (quoique fantastique ici et non de Science-fiction), seconds rôles fantaisistes (Ellen est une Desperate Housewife plus vraie que nature), identité du coupable révélée à la toute dernière extrémité, combat final spectaculaire (avec un Mulder privé, lui, de son associée si précieuse)… on s’y croirait presque ! Au lieu d’un tag pétillant comme du champagne, l’épisode se conclue cependant sur une image particulièrement sombre… Nous sommes bien dans les X-Files !

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17. EXISTENCES
(ALL THINGS)

Scénario : Gillian Anderson
Réalisation : Gillian Anderson

Critique :

L’épisode écrit et réalisé par Gillian Anderson s’avère un fiasco à peu près total où rien ne semble fonctionner. Ainsi, la révélation de la séquence d’ouverture (ils l’ont fait !) se voit déjà sabotée par un commentaire abscons et pompeux du style subi autrefois dans La sixième extinction. De plus, l’épisode nous appâte avec un passage très amusant où Mulder évoque le fameux mystère des Cercles à une Scully ne dissimulant pas son ennui. La scène crépite mais ne fait qu’aviver les regrets tant on comprend vite que l’on aurait sacrément mieux fait de suivre Mulder au long d’une passionnante balade dans la campagne anglaise plutôt que de rester à Washington à subir des dialogues recopiés dans les romans-photos de Nous Deux. En effet, dès ce moment, on peut tirer un rideau définitif sur l’épisode.

On demeure pour le moins dubitatif sur l’intérêt à créer de toutes pièces une ancienne liaison à Scully alors que la saison 7 converge déjà vers sa conclusion (encore un homme de pouvoir, le Fumeur avait raison…). C’est d’autant plus vrai que là où Phoebe introduisait un personnage drôle et pétillant (tiens, Scully ne s’inquiète pas de voir Mulder partir seul en Angleterre ?), Daniel ne provoque lui que diverses scènes où les X-Files revêtent une nouvelle fois les oripeaux les plus défraîchis de la série hospitalière : des situations stéréotypées (ah ! ces réanimations ardentes, ce vocabulaire pseudo scientifique, ce docteur compatissant, ces infirmières dévouées, etc.) et du mélodrame sirupeux abrutissant d’ennui. Nicholas Surovy interprète bien son personnage, mais Daniel n’a que des clichés éculés à nous offrir, durant lesquels l’épisode s’épuise à faire sans cesse revenir Scully dans cette chambre d’hôpital, comme un cauchemar en boucle particulièrement verbeux.

Jusque-là, on se situait dans un larmoyant déjà connu dont on aurait éventuellement pris son parti si Gillian Anderson avait bâti parallèlement une véritable intrigue, mais son récit va ensuite se perdre dans un vaste clip New Age, développant tout un salmigondis de philosophies asiatiques. Feng Shui, Taoïsme, Bouddhisme, médecine spirituelle (que Scully se gardera bien de réemployer dans I Want to believe…), etc. Autant de doctrines certes individuellement riches et captivantes, mais qui se voient jetées ici à la tête du spectateur totalement entremêlées et sans approche autre que publicitaire. Gillian Anderson détourne les X-Files pour faire la promotion de systèmes de pensée dans lesquels elle croit sans doute sincèrement, mais dénature ainsi totalement l’esprit de la série. Où sont les Affaires Non Classées, où sont les X-Files dans ce capharnaüm couronné par une vision divine d’un kitsch total ? La conclusion (l'identité de la femme mystère) achève le spectateur par la naïveté confondante de la chose. Collection Harlequin, tout un monde de passions…

Si le fond ne convainc pas, que dire de la forme de All things ? Gillian Anderson montre l’enthousiasme des débutants et tire beaucoup trop sur la corde des gros plans sur les visages, d’angles de vues distordus, de l’emploi toujours risqué du ralenti ou du rythme. Les effets visuels s’avèrent trop nombreux et marqués, jusqu’à provoquer une vraie saturation chez le spectateur. The Complete X-Files rappelle qu’elle a bénéficié des conseils techniques de Manners, mais l’art subtil de la mise en scène et du dosage du Maître se retrouvent comme caricaturés à l’excès ici. Le summum demeure ces scènes muettes tournées en ralenti et baignées dans la musique New Age, c’est beau comme l’antique et d’une telle lourdeur que l’on doit se pincer pour y croire (plusieurs fois et avec vigueur). Tout ceci se prend terriblement au sérieux et demeure d’une grandiloquence consternante. Au bénéfice de l’épisode, on remarquera le superbe décor de la maison de Colleen, une vraie merveille d’élégance et de raffinement avec plusieurs objets d’art étrange du meilleur effet.

À l’appui de All Things, on notera également qu’il s’agit d’un épisode d’actrices, avec de superbes compositions de Gillian Anderson en premier lieu, mais aussi des excellentes Stacy Haiduk (Prison Break, Heroes, All my children) et Colleen Flynn (Nip/Tuck, The Practice…). Malheureusement, les rôles que sert leur beau talent n’enthousiasment guère. Il nous déplaît de voir Scully se défaire du scepticisme qui lui reste indubitablement attaché, ce qui se confirmera hélas dans le prolongement de la série. Maggie se limite à quelques clichés et à frôler avec irritation Scully en sortant d’une pièce (trois fois dans l’épisode). Colleen Azar (la bien nommée…) apparaît beaucoup plus intéressante (Flynn est vraiment lumineuse), mais que de certitudes ésotériques énoncées avec aplomb… On appréciera le regard légèrement embarrassé de Scully découvrant qu’il s’agit d’une lesbienne, certaines choses ne changeront jamais…

Dans le petit rôle de Carol, on retrouve Carol Baker, un clin d’œil à une des principales scriptes de la série, mais aussi réalisatrice d’un excellent épisode de Au Cœur du Complot (Capitaine Toby), et de nouveau scripte pour la saison 2 de Californication. Une de ces petites mains invisibles qui ont tant fait pour le succès des X-Files.

On apprécie également vivement la complicité entre Mulder et Scully au cours de la dernière scène, où l’on se retrouve en terrain connu de fort agréable manière. Décidemment, le tout représente plus que la somme des parties, Mulder et Scully paraissent bien plus passionnants ensemble que séparés (peu d’humour de plus dans leurs communications téléphoniques). Mais il sera dit que les Affaires Non Classées n’iront jamais en Grande-Bretagne ! La série (choix incité par Carter et Spotnitz) prend le risque du passage à l’acte, ce qui avait naguère condamné Clair de Lune. Mais il vrai que Mulder va bientôt prendre la tangente…

All Things reste certes une œuvre d’auteur, à l’écriture évidemment très introspective, mais qui demeure néanmoins plus un manifeste de la part de Gillian Anderson (ou un document sur les convictions de celle-ci) qu’un authentique épisode des X-Files. Ses commentaires audio se révèlent d’ailleurs formidables à cet égard. Il s’adressera donc en priorité aux fans de celle-ci et à ceux qui s’intéressent vivement à la relation Mulder–Scully à côté des enquêtes très affûtées dans un univers fascinant de paranoïa et de Science-Fiction. La série agence de fait un savant alliage de ces deux composantes, alors que le curseur semble ici bien extrêmement fixé sur un seul élément. Mais chaque public se respecte, et l’épisode aurait sans doute eu droit à une critique des plus enthousiastes sous une autre plume !

Anecdotes :

  • Unique scénario de la carrière de Gillian Anderson. Première des deux réalisations de sa carrière ; elle filmera en effet un court-métrage prequel à la pièce de théâtre de Tennessee Williams Un tramway nommé désir nommé The departure (2014) où elle joue le rôle de Blanche DuBois, rôle qu'elle joua d'ailleurs plusieurs fois avec succès au théâtre.

  • La scène d'introduction suggère que Mulder et Scully ont passé une nuit ensemble, concrétisant après sept longues années leur relation. Certaines déclarations du shadow man dans Trustno1 (saison 9) laissent à penser que ce fut également pendant cette nuit que fut conçu William.


18. NICOTINE
(BRAND X)


Scénario : Steven Maeda & Greg Walker
Réalisation : Kim Manners

Critique :

Après la balade hasardeuse entre le Ying et le Yang, c’est avec un vif plaisir que l’on découvre cet épisode très affûté revenant avec éclat aux fondamentaux de la série. C'est que l'épisode voit l'entrée en scène de Steven Maeda, qui va devenir le scénariste le plus talentueux de la dernière période de la série. On savoure d’autant plus cet épisode que le thème de la cigarette prend bien entendu un relief particulier dans les X-Files !

On remarque d’ailleurs que, dans un clin d’œil très ludique, la firme concernée n’est autre que Morley, soit la marque d’addiction de l’Homme à la Cigarette ! De fait, les cigarettes Morley (au paquet très proche ce celui de Malboro…) apparaissent dans de multiples séries, en clin d’œil aux X-Files : Buffy (fumées par Spike…), Cold Case, Criminal Minds, CSI, Heroes, Prison Break, etc… et bien entendu MillenniuM, où Peter Watts découvre le mégot d’une Morley dans un sous-sol servant de lieu de réunion au Groupe, ce qui ouvre bien des perspectives (The time is now)... Mais les X-Files eux-mêmes ont agi en référence à un Grand Ancien, car la première apparition référencée des Morley se trouve dans... La Quatrième Dimension ! William Shatner les fume dans un des épisodes les plus célèbres de l’anthologie : Nightmare at 20,000 feet.

Le récit présente aussi l’atout de faire intervenir directement Skinner sur le terrain, un fait assez rare, mais apportant toujours un piment supplémentaire à une intrigue. Encore une fois, le Directeur-Adjoint, dont les Affaires Non Classées ne composent qu’une faible partie de son secteur d’activité, fait appel à ses deux meilleurs agents quand il est sous pression alors même que le rapport avec le paranormal reste de prime abord très ténu (tout comme dans Le pré où je suis mort et autres). Le duo vole d’ailleurs avec un enthousiasme assez touchant au secours de leur supérieur (et ami, même s’ils ne le disent jamais) en difficulté. Ce rôle plus important que de coutume de Skinner dans le déroulement de l’enquête, joint à la rapide mise en retrait de Mulder, apporte une nouveauté bienvenue à l’épisode en ce moment tardif de la série, alors même que sa qualité apparaît vraiment des plus relevées.

En effet, l’intrigue se révèle remarquable d’efficacité, avec le suspense supplémentaire représenté par le péril que connaît Mulder et cette énigme à tiroirs successifs prolongeant l’intérêt jusqu’au bout, scandée par une enquête policière remarquable de rigueur et de crédibilité. La scène de fin habilement ouverte se montre également d’une cinglante ironie : verra-t-on Mulder fumer des Morley ? La réalisation de Kim Manners suscite encore une fois l’enthousiasme, par sa parfaite maîtrise technique et quelques idées originales de mise en scène portant la griffe du Maître, comme cette fumée évoquant une cigarette se révélant celle d’une cheminée, ou l’horreur de l’autopsie se reflétant dans les lunettes de Scully. Les artistes de la série accomplissent une nouvelle fois des prouesses tandis que l’épisode joue habilement de l’effroi primal ressenti devant les insectes, comme lors de Folie à deux.

L’interprétation paraît également particulièrement solide avec Dennis Boutsikaris (Law and Order) exprimant avec crédibilité les tourments de son personnage, et surtout le grand Tobin Bell, magnifique dans un rôle sinistre convenant parfaitement à son répertoire de durs ou de serial killers (Saw, multiples séries). Mitch Pileggi démontre une nouvelle fois qu’il peut porter admirablement une dimension accrue accordée à son personnage, tandis que Duchovny et Gillian Anderson manifestent avec talent la proximité désormais si manifeste de leurs personnages.

Une série à l’orientation idéologique aussi marquée que les X-Files ne pouvait laisser passer une telle occasion : Nicotine développe également une satire corrosive de ces multinationales pour qui ne comptent que le profit : des géants du tabac disposés à accroître la dépendance induite par leurs produits (des jugements sont depuis allés en ce sens) à ceux de l’agro-alimentaire jouant aux sorciers de l’ADN, le tableau s’impose comme particulièrement sombre. Le summum demeure le féroce portrait de ces avocats mercenaires se servant de la loi pour défendre l’indéfendable au mépris de toute humanité. Percutant !

À propos de cet épisode succédant à All Things, des esprits délurés pourront avancer qu’il est assez courant de fumer après avoir fait l’amour, mais nous ne saurions nous prêter à cet esprit salace de mauvais goût…


19. HOLLYWOOD
(HOLLYWOOD A. D.)


Scénario : David Duchovny
Réalisation : David Duchovny 

- I'll offer you a deal. You give me the Lazarus bowl and I'll give you Scully.
- How about this deal ? : You give me Scully, I don't smash the Lazarus bowl and shove the pieces where the Son of God don't shine you, Cigarette-Smoking Mackerel Snapper.

Critique :

Après quasi deux saisons passées dans la Mecque du cinéma mondial, il devenait inévitable que les X-Files, en recherche de sujets nouveaux à traiter, s’en viennent à s’intéresser au Septième Art. Mais ce qui aurait pu demeurer une enquête classique dans un milieu donné se révèle un des épisodes les plus joliment absurdes et enthousiasmants de la série. L'épisode préfigure d'une manière confondante les incursions d'Hank Moody dans le monde du cinéma. David Duchovny, de nouveau éblouissant auteur et réalisateur, sépare son histoire en deux temps.

La première, que l’on pourrait croire écrite sous un de ces acides qui faisaient fureur à l’époque de la contre-culture évoquée dans l’histoire, rappelle par sa folie Le Seigneur du magma. On y retrouve un flash-back réussi, Skinner décrit sous un angle pour le moins inhabituel, une scène d’autopsie totalement hallucinée, une animation très spectaculaire… On y croise des personnages pour le moins hauts en couleur, avec ce Cardinal en apparence solide et plein d’esprit mais dévoré par le doute, ou cet étonnant Micah Hoffman, mêlant diable et démiurge d’une manière assez troublante, et surtout Wayne Federman qui fera le pont avec le second temps de l’histoire. Avec lui débute une satire féroce du petit monde du cinéma tant le gaillard montre de sans-gêne, de mauvais goût, et de cynisme.

La caricature présente l’habileté de ne pas forcer le trait, Wayne reste loin d’être idiot ou inculte, mais il se prend simplement pour le centre du monde, avec une gentille mégalomanie déjà très hollywoodienne. Les confrontations successives avec un Mulder à la fois irrité et amusé (il faut le voir l’interroger sur son comportement très « trekkie »), mais aussi un  « Walter » totalement hypnotisé par la magie du cinéma provoquent le rire à chaque occasion. L’intrigue demeure dans un flou agréablement déstabilisant (quid du corps ?) mais, tout en se situant aux frontières du n’importe quoi (cette histoire de voix de Jésus gravée sur un bol comme sur un disque), se montre également solide et fort intéressante à suivre.

Un segment très relevé donc, où l’on voit que Duchovny a su retenir la leçon de travail de Darin Morgan et Vince Gilligan, mais qui ne constitue que le socle sur lequel va se baser la crépitante seconde partie.

Duchovny se lance alors dans une satire particulièrement drôle et incisive du petit monde du cinéma et de l’envers du décor de la machine hollywoodienne, tout en dévoilant également celui de la série (symboliquement, Chris Carter apparaîtra dans la scène de projection du film, mais aussi comme zombie !). Cela débute par une séquence d’introduction d’anthologie où l’on découvre le résultat des X-Files broyés par la mécanique hollywoodienne : un très mauvais épisode des Contes de la crypte, idiot, vulgaire, et succombant à tous les effets faciles se présentant. Dans l’inénarrable Archevêque à la Clope, on reconnaîtra de manière stupéfiante Tony Amendola, le très sévère Bra’tac de Stargate. Le contraste s’avère tellement drôle avec l’original (notamment concernant la relation Mulder/Scully !) que l’on en ressort d’emblée conquis.

S’ensuit une galerie de portraits joyeusement acides où se voient dépeints la mégalomanie des acteurs, leurs tics de jeux idiots, le stoïcisme à toute épreuve des metteurs en scène, la construction passablement cynique d’un film, etc. Duchovny évoque également ce qu’il voit quotidiennement autour de lui à L.A. : la folie contagieuse de ce monde. L’austère Skinner lui-même s’en voit dévoré, agissant comme un vrai gosse, simulant une colère pour forcer nos héros désœuvrés à participer au film, ou en s’affichant, ravi, au bras d’une starlette sous le regard écœuré de Scully. On se régale !

On distingue plusieurs sommets dans cette charge : la rencontre de Mulder et Scully avec leurs doubles, totalement irrésistible, où Mulder se voit interprété par le comique farfelu Garry Shandling et Scully par nulle autre que la flamboyante Téa Leoni, la propre compagne de Duchovny à l'époque ! Voir Mulder être interrogé s’il porte à gauche ou à droite, ou Scully piquer des sprints répétitifs restera comme l’une des images les plus délirantes de la série ! La scène offre également l’occasion de présenter le fonctionnement d’un tournage, avec un clin d’œil à la formidable équipe technique de la série. Il y a ensuite l’évocation de ce glamour très hollywoodien voyant Scully et Mulder partager un somptueux bain de mousse (par image divisée !) avant d’être rejoints par Skinner ! Duchovny est en roue libre et on en redemande !

Dans cette œuvre très personnelle de Duchovny (l’épisode regorge de clins d’œil à son parcours), on remarquera de manière très amusante plusieurs éléments évoquant déjà Californication comme l’ambiance très L.A. ou un Mulder voyant son œuvre caricaturée comme plus tard Hank Moody avec la même colère ; la saison 5 de cette fabuleuse série verra d'ailleurs le héros aux prises avec Hollywood, dans un crescendo satirique de plus en plus corrosif et cynique. Au cours de la superbement écrite scène finale, Mulder s’interroge d’ailleurs sur l’image que laissera son travail, un souci visiblement partagé par l’interprète au moment où celui-ci s’apprête à suivre de nouvelles voies. Les amateurs des Avengers trouveront également une belle référence dans l’épisode puisque, après Les marchands de peur (X-Cops) et Le Vengeur Volant (Chimera), c’est clairement un épisode très proche de Caméra meurtre auquel nous faisons face ici, par cette perspective parfois étourdissante entre l’univers projeté par le cinéma et sa réalité.

Alors que Mulder et Scully s’éloignent la main dans la main (cette fois c’est sûr !), ce grandiose épisode se conclue par un étonnant ballet de zombies, très belle allégorie, après un émouvant hommage au merveilleux Plan 9 from Outer Space, de cette magie que le cinéma continue à insuffler malgré toutes ses vicissitudes. Hollywood reste bien un cri d’amour pour le Septième Art, qui dépasse les humaines faiblesses de ses créateurs pour imaginer des univers enchantés, émerveillant encore et toujours le public.

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20. DOUBLES
(FIGHT CLUB)


Scénario : Chris Carter
Réalisation : Paul Shapiro

Critique : 

Doubles (clin d’œil au film Fight Club sorti l’année précédente) apporte un nouvel épisode drôle et décalé à la saison 7, mais sans atteindre la réussite d’un Peur Bleue ou d’un Maleeni le Prodigieux. En effet, là où ceux-ci se montraient captivants de bout en bout et développaient une réelle intrigue, Doubles se bâtit pratiquement sur une seule bonne idée (les sœurs antagonistes dont les rencontres provoquent des éruptions chaotiques), d’ailleurs astucieuse puisque apportant une variation originale sur un thème classique du Fantastique : les jumeaux et la mystérieuse relation les unissant. La série en avait jadis déjà donné un aperçu particulièrement glaçant dans Ève.

Et de fait, l’épisode débute sous les meilleurs auspices avec une scène d’ouverture parfaitement insolite, suivie du gag irrésistible des faux Mulder et Scully (Arlène Pileggi, épouse de Mitch), à la révélation idéalement amenée par un Paul Shapiro sachant ménager ses effets. Malheureusement, après ce tonitruant démarrage, l’intrigue se fige, se contentant de répéter plusieurs fois le même cas de figure, avec de plus un jeu de sorties et d’entrées digne d’un médiocre vaudeville, et qui finit par lasser à force d’être prolongé. Seuls les événements spectaculaires survenant du fait de ces rencontres viennent apporter un semblant de nouveauté (tremblement de terre, bagarres homériques, ou surtout Mulder happé par l’implosion d’une bouche d’égout). Tout ceci ne compense en rien une vraie progression dramatique, même si ces scènes demeurent pimentées, car même quand les X-Files n’ont rien à dire, demeure au moins la qualité technique de la série. De plus, Kathy Griffin et Randall Cobb (vrai lutteur), certes très éloquents, n’apportent pas à Doubles les enthousiasmantes interprétations de seconds rôles souvent notées ailleurs.

Le couple Mulder/Scully réside visiblement toujours sur son petit nuage blanc et file le parfait bonheur, on en est ravi pour eux, mais ne il vient pas le moins du monde au secours de l’épisode. L’enquête se voit totalement sacrifiée à la surenchère d’épate des scènes explosives qui constitue le seul moteur du récit. On voit Scully (bien avant I want to believe) tout résoudre en une seule recherche miraculeuse sur Internet, tandis que Mulder est visiblement aux abonnés absents (Duchovny est-il déjà en vacances ?) : il passe le plus clair de l’épisode à causer avec Argyle ou à explorer les égouts, se déchargeant totalement sur le travail de Scully.

Plus que la faiblesse insigne de leur action, on ressent une pénible impression, comme si eux-mêmes n’y croyaient plus : le pastiche de la scène de présentation de l’affaire (un rituel de la série) paraît certes très amusant, mais l’on y voit Mulder s’autoparodier et réduire l’ensemble du sujet à un jeu assez stérile, tandis que Scully embrasse, comme par plaisanterie, la voie du paranormal (affaire à suivre…). Si les personnages ridiculisent leurs caractéristiques principales, que reste-t-il de la série ? La scène finale les voyant joyeusement tabassés atteint par contre son but, cette fois on rit franchement ! Ce que les gens sont méchants…

Doubles démontre que la tentative de développer une série ayant déjà fait considérablement le tour de sa question et ayant scié la branche mythologique sur laquelle elle était assise par une succession d'épisodes décalés, ne constitue pas une martingale, alors même que celui-ci a été écrit par Chris Carter lui-même. Pour peu que la qualité baisse un tantinet, le ressort ne fonctionne plus. À la longue, trop d’effet tue l’effet et ne remplace pas à terme la matière narrative. Il devient donc urgent pour la série de trouver un second souffle véritable, en bouleversant son univers blanchi sous le harnais. Cela tombe bien, nous en arrivons presque à la grande bascule…

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21. JE SOUHAITE
(JE SOUHAITE )

Scénario : Vince Gilligan
Réalisation : Vince Gilligan

Critique :

À la vision de Je souhaite, on se réjouit que l'ultime loner de la grande période Mulder ait été ce pur joyau, au lieu d'un épisode passablement laissé à l'abandon comme Doubles. Pas de syndrome « Emily » pour les X-Files, car au lieu d'une accumulation de scènes spectaculaires reliées par un vague argument en forme de prétexte, nous nous retrouvons tout simplement en face de l'un des scénarios les plus enthousiasmants de Vince Gilligan (également excellent dans ses débuts de metteur en scène). Dans une prouesse étonnante de drôlerie et de fantaisie, celui-ci va ressusciter l'émerveillement des grandes comédies du Hollywood de l'Âge d'Or où humour pétillant et Fantastique léger donnaient lieu à des fables irrésistibles.

Il paraît finalement inévitable que l'évolution continue de la série vers plus de fantaisie depuis les enquêtes très sombres des premières saisons finisse par déboucher sur le plus improbable et exotique des Monstres de la semaine : le Génie de la Lampe des Mille et une Nuits ! Celui-ci a toujours été une valeur sûre, de Disney aux films d'horreur du Witchmaker, de Shazzan à Jinny de mes rêves (citée dans l'épisode), sans oublier Mrs Peel ! Sous sa version classique ou plus psychanalytique, on doit à ce thème du faiseur de souhaits tout-puissant plusieurs brillantissimes épisodes de la Quatrième Dimension (Dream of Genie, The Man in the Bottle, et The Mind and the Matter) dont Je souhaite apparaît clairement comme un hommage particulièrement tonique et avisé.

C'est ainsi que Jenn (une Française !), interprétée avec charme et vivacité par Paula Sorge, donne une version rénovée du génie. Elle n'apparaît certes pas mauvaise (il faut la voir se démener pour suggérer l'évidence aux inénarrables frères Stokes), mais aigrie par son sort et surtout par la fréquentation d'une humanité désespérante dans sa perpétuelle avidité sans bornes et son insigne médiocrité. Le personnage manifeste un humour acrimonieux et coupant assez irrésistible, tout en se montrant réellement touchant quand il évoque sa destinée. Grâce à Jenn (et aux exploits coutumiers de l'équipe des effets spéciaux de la série), l'épisode exploite avec brio l'accomplissement des souhaits et leurs conséquences désastreuses, un procédé ludique à l'impact toujours terriblement efficace. Hilarants avec les Stokes, ces enchantements prennent un tout autre relief quand Jenn est confrontée à la pénétrante intelligence de Mulder, l'histoire revêtant dès lors une dimension morale. Ne nous offrons pas des rêves au-dessus de nos moyens et contentons nous de faire le bien dans nos possibilités immédiates semble nous souffler Gilligan lors de la résolution astucieuse de cette fable.

Que ce soit dans ses rôles à la télévision ou au cinéma, David Duchovny a toujours su distiller d'irrésistibles relations avec ses partenaires féminines, et Je souhaite n'y fait pas exception. Une tension diffuse mais bien réelle de séduction s'instaure entre Mulder et la ténébreuse Jenn, ajoutant encore au crépitement de leurs scènes. On remarquera d'ailleurs que Scully bat froid avec ténacité à cette dernière... La même Scully n'est d'ailleurs guère à la fête dans cet épisode. En effet, par une de ces diaboliques intuitions dont il a le secret, Vince Gilligan, en cette ultime occasion, offre enfin à nos héros, après sept années d'efforts contrariés, une preuve bien visible (sic) de l'existence du paranormal. Or ce n'est pas Mulder, encore intrigué par le mystère en cours, qui bondit d'enthousiasme, mais bien Scully ! La voir ensuite toute dépitée et ridiculisée lors de la véritable disparition du corps de Anson nous vaut une scène à pleurer de rire, avec un superbe numéro de Gillian Anderson. Ce ne sera pas encore pour cette fois-ci finalement (rendez-vous dans Sunshine days)... Scully se verra consolée par une scène finale très intimiste avec Mulder, où l'on voit que nos héros sont bien désormais chez eux dans l'appartement de l'autre, nous rappelant ainsi certains Avengers (la bière remplaçant le thé...). On pourra regretter que Mulder n'ait pas pensé à la stérilité de Scully lors de ses vœux, mais ce problème va vite recevoir sa solution !

Enfin, on se gardera d'oublier Leslie et Anson Stokes (joués avec un naturel confondant par Will Sasso de MADtv et Kevin Weisman, le futur Marshall d'Alias) qui comptent pour beaucoup dans l'humour dévastateur de l'épisode. Dans les X-Files, on avait eu droit à peu près à tout : des fous, des pervers, des tueurs... mais rarement à des idiots aussi massifs ! Même le Roi de la Pluie ressemble à un cérébral à côté de ces plus bêtes que méchants ultimes. Leurs mésaventures au pays du paranormal (on a failli dire de la Quatrième Dimension) provoquent un rire irrépressible, parachevé par une catastrophe finale d'un humour noir assez jouissif. Autant le Roi de la Pluie représentait une belle figure du redneck rural (type Shérif fais-moi peur), autant les frères Stokes introduisent avec brio le White Trash urbain, qui nous a valu de belles réussites dans le domaine des séries télé. De fait, le récit prend ici des allures fort plaisantes de Roseanne et annonce clairement l'hilarant Earl. Une belle réussite !

Cette brillante et spirituelle comédie menée tambour battant qu'est Je souhaite s'achève sur l'image particulièrement lumineuse de Jenn retrouvant le fil de sa vie. Tout comme elle, la série va reprendre son cours après cette parenthèse ensoleillée, car le temps des au revoir est arrivé...

Anecdotes :

  • Première réalisation de la carrière de Vince Gilligan. Il réalisera aussi Irréfutable (saison 9). Il dirigera par la suite 5 épisodes de sa série Breaking Bad et le pilote de son spin-off Better call Saul. 

22. REQUIEM
(REQUIEM)

Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter
Réalisation : Kim Manners

Critique :

Requiem ne marque pas seulement la conclusion de cette septième saison, mais bel et bien la fin de la première grande période de la série, celle du couple Dana Scully-Fox Mulder. David Duchovny, arrivé au terme de son contrat, et souhaitant se lancer dans de nouvelles aventures (le fourbe), Carter et Spotnitz vont organiser la sortie du personnage à un moment où l’existence même de la série se voit remise en question (l’épisode fut majoritairement écrit comme le final de la série, avant que la nouvelle de la prolongation par la Fox ne fut connue). Restait à savoir si Mulder allait connaître une sortie de scène digne de sa stature…

Chris Carter a toujours su scander les principales inflexions de sa série majeure par des retours en arrière sous forme de bilans très émouvants et particulièrement fédérateurs pour les fans. C’est ainsi que le dernier épisode tourné à Vancouver (La Fin) s’ouvrait sur des photos accrochées au mur du bureau de Mulder, évoquant de grands moments écoulés, et nous reparlerons bien entendu de ce long regard dans le rétroviseur qu’est La Vérité. Pour Requiem, il développe l’idée tout simplement géniale du retour aux sources de la série en faisant retourner Mulder et Scully sur le site de leur toute première enquête en commun, à Bellefleur. L’occasion bien entendu de boucler élégamment la boucle, tout en reliant de nombreuses destinées déjà croisées à celle de Mulder. On goûtera ainsi franchement au plaisir doux-amer de la nostalgie en retrouvant la fameuse croix peinte par Mulder sur la route, ou en découvrant ce que sont devenus Billy Miles et les autres.

Ce voyage à rebrousse temps imprègne une intrigue Mythologique d’une redoutable efficacité. Se contentant d’un format simple, l’intrigue supprime tout poids mort inutile, alors que certains épisodes doubles ont paru bien verbeux. Surtout, elle apparaît délicieusement archétypale, le retour géographique accompagnant des retrouvailles avec le ton des premiers temps de la série, une vraie récompense pour les vieux briscards parfois indisposés par la fantaisie hollywoodienne des dernières saisons. Ce double processus se voit couronné par une reprise étonnante de la Cène où tous les personnages survivants de la Mythologie, ennemis temporairement réconciliés, se retrouvent autour d’une table, comme figés dans un instant d’éternité. Seul l’Homme à la Cigarette manque à l’appel, mais il demeure présent dans tous les esprits, et sa grande ombre s’étend sur cette étrange rencontre.

En effet, l’heure des bilans a aussi sonné pour les adversaires : le Fumeur arrive au bout de sa déchéance physique et assiste amèrement à la seconde mort du Projet alors même qu’il transmettait le flambeau à l’approche du trépas. Il quitte d’ailleurs symboliquement la scène en même temps que Mulder ; décidément les destinées de ces deux antagonistes demeurent bien inextricablement liées. Toujours aussi shakespearien, sa chute considérable et sa « mort » sordide font irrésistiblement penser au Roi Lear ou à Richard III… On n’oubliera cependant pas qu’il a autant de vies qu’un chat ! Marita paraît endurcie par les épreuves traversées : la jeune femme effacée au milieu des loups du Syndicat se situe désormais bien loin, de même que le cobaye des expériences de l’Anglais. La nouvelle Marita semble aussi dure que l’acier et autant cruelle que son partenaire masculin ; mais, au détour d’un regard ou d’une expression, une émotion se perçoit encore (Laurie Holden est extraordinaire). Tout espoir d’humanité n’est pas encore perdu pour Marita Covarrubias, qui reste bien l’un des personnages les plus mystérieux et ambivalents (et donc fascinants) de la série.

Quoique toujours aussi flamboyant, astucieux, et mortel, Alex se laisse consumer par sa rage et sa haine envers le Fumeur. Son ambition hors normes, frustrée, semble se convertir en un nihilisme total qui porte en germe son devenir fatal. Il échoue ici à acquérir la dimension d’un Fumeur que celui-ci lui offrait pourtant bien volontiers. Décidément, même les victoires de Krycek, personnage maudit par excellence, précipitent les défaites à venir. Le couple Marita/Alex produit ses étincelles coutumières, entre Eros et Thanatos, mais l’on sent bien qu’il reste lui aussi sans avenir. Les Bandits Solitaires sont un peu là pour la photo et ne présentent pas une réelle utilité, mais on n’aurait tout simplement pas pu imaginer cet épisode d’adieux sans eux !

Ces divers éléments ne nous sont pas assénés brutalement, et la relative brièveté d’un épisode unique n’empêche pas une subtile progression dramatique. Après une séquence pré-générique choc où les habitués devineront sans peine la présence du Bounty Hunter, Requiem débute comme de nombreux épisodes drôles et décalés des deux dernières saisons. L’audit de cet expert-comptable plus vrai que nature nous vaut des scènes aussi amusantes qu’astucieuses, car de fait Carter y développe ici les raisons d’un éventuel arrêt des X-Files qui seraient sans objet désormais, après l’écrasement de la conspiration et la résolution de l’énigme de Samantha - Clair de Lune, dont Carter avoua l'influence dans l'écriture de son couple vedette, construisit d'ailleurs sa sortie de scène sur une idée similaire - Symboliquement, Mulder envoie d’ailleurs sévèrement balader le gêneur tout en admettant le bien-fondé de ses remarques… Cependant, l’humour prédomine quand soudain, avec le coup de fil fatidique, l’univers bascule et nous replonge sept années en arrière, aux origines paranoïaques de la série. L’effet est énorme !

Grâce aux talents de scénariste de Chris Carter et à l’art consommé d’un Kim Manners toujours aussi doué, nous avons droit à de nombreuses scènes paroxystiques bien dans le ton de ces épisodes charnières, comme l’apparition spectaculaire de Krycek dans le bureau de Mulder et l’accueil enthousiaste en résultant, les manifestations du Bounty Hunter plus Envahisseurs que jamais, ou bien entendu la révélation finale (très Twin Peaks pour le coup, Mulder pénétrant dans le champ du vaisseau comme Cooper dans le Monde Noir à la fin de la série). Requiem ne se limite pas à célébrer le passé sur un ton nostalgique, mais installe également une histoire captivante aux coups de théâtre virevoltants. Un spectacle total.

Mais l’épisode atteint toute sa dimension et devient proprement déchirant quand il s’attarde sur des héros au seuil d’une longue séparation. Le retour en arrière se révèle ici particulièrement parlant car la scène des piqûres de moustique, très divertissante dans le pilote, trouve son équivalent dans le passage terriblement émouvant du lit, qui connaîtra également une éloquente répercussion dans I want to believe. On mesure tout le chemin parcouru entre les camarades d’aventure du début de la série et le couple fusionnel désormais installé. La scène est magnifiquement écrite et chargée d’une pure émotion. Tandis que Mulder est comme toujours immergé dans l’action, avec une finesse toute féminine Scully pressent le malheur à venir.

Ceci se trouve encore renforcé dans la magnifique scène des adieux où Mulder songe à protéger Scully sans penser à lui-même, tandis qu’elle sent de toutes les fibres de son être l’imminence du péril mais échoue à retenir son compagnon. En proie à un effroyable pressentiment et dévorée par l’angoisse, Scully arracherait des larmes à une pierre tant Gillian sait à merveille rendre palpables les tourments de son personnage. Requiem prend ici une envergure de tragédie grecque où le Destin s’impose aux volontés des Mortels et les emmène inexorablement vers le drame. Mulder semble convaincu de l’évidence de sa destinée et accepter son accomplissement (on retrouve la magie irréelle des retrouvailles avec Samantha), tandis que Scully se voit écartelée entre la douleur de la séparation et la joie si inespérée de la révélation finale. On peut considérer que Gillian Anderson, qui nous a tant régalés de son jeu magnifique et si éloquent au cours de la série, connaît ici son apothéose, au cours de cette scène totalement bouleversante qui est aussi un beau moment d’amitié partagée avec le valeureux Skinner. Elle ouvre également la perspective narrative de la saison suivante…

Tout au long de ces sept saisons, nous nous sommes efforcés de porter un regard certes enthousiaste, mais néanmoins sans concessions sur les X-Files, critiquant ce qui nous semblait devoir le mériter. Mais là, il faut bien avouer que l’on ne voit vraiment pas comment Carter et Spotnitz auraient pu mieux faire que lors de Requiem, un épisode tout simplement parfait et venant idéalement conclure la partie la plus réputée de la série. Il demeure d’ailleurs particulièrement populaire chez les fans, d’aucuns allant jusqu’à considérer qu’il aurait - en dépit de sa douloureuse dureté - dû réellement conclure la saga… Nous n’irons pas jusque-là car il nous semble que John et Monica (Monica…) développent eux aussi une musique méritant d’être écoutée, ne se résumant pas aux seuls funestes « Super soldats » (et Mulder réapparaît finalement, même si partiellement). Mais il est vrai que Requiem reste un moment d’absolu qui ne connaîtra pas d’équivalent par la suite, y compris lors de The Truth.

Ainsi s'achève cette saison 7 qui, tout en retrouvant parfois avec bonheur le ton des origines (Orison, Nicotine, Chimères), aura su, au moins partiellement, lutter contre l'usure de la série en multipliant les épisodes décalés, drôles, et toniques. Néanmoins ces épisodes paraissent souvent de moindre stature que ceux d'une saison 6 que l'on préférera à la 7, d'autant que cette dernière se voit grevée de quelques monumentales sorties de piste, dont MillenniuM et All Things (et, à un degré moindre, Doubles), totalement hors sujet, et de loners classiques insuffisants (Coup du sort, À toute vitesse, La morsure du mal). 


TOP 5 SAISON 7

1) En ami : Sublime road movie et une rencontre aussi captivante que surprenante. William B. Davis est un grand monsieur et le courant passe formidablement bien avec Gillian Anderson.

2) Requiem : Aurait constitué une parfaite conclusion pour la série, mais, tout en déclinant, les audiences demeurent plus que confortables... La Fox exige donc une suite malgré la résolution des principales problématiques. En piste donc pour les Super Soldats... Super, en effet.

3) Délivrance : La série parvient à trouver une formidable conclusion à l'énigme qui en constituait le fil rouge, un pari loin d'être gagné à l'avance.

4) Hollywood : Épisode particulièrement enjoué et imaginatif, un superbe hommage au Septième Art, mais sans mièvrerie ni grandiloquence.

5) Peur bleue : Cinquième place très disputée entre les pétillants épisodes décalés de la saison. Maitreya, Je souhaite, Appétit monstre, et Maleeni le Prodigieux auraient pu s'en emparer, mais X-Cops reste tout de même particulièrement original et audacieux.

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Crédits photo : FPE.

Images capturées par Estuaire44.