saison 1 saison 3

X-Files (1993-2002)

Saison 4


1. TOUT NE DOIT PAS MOURIR
(HERRENVOLK)


Épisode Mythologique 

Scénario : Chris Carter
Réalisation : R.W.Goodwin

Résumé : 

 

 

 

Mulder et Jeremiah Smith parviennent à échapper au Bounty Hunter, laissant Scully derrière eux. Mais le chasseur se remet aussitôt à leurs trousses, bien décidé à supprimer sa proie. Pendant que Scully tente de déchiffrer les fichiers informatiques de Smith, ce dernier emmène Mulder dans un champ au Canada où se trouve une colonie d’hybrides. Parmi ses « habitants », Mulder reconnaît un clone de sa propre sœur. Surveillée de loin par L’Homme à la Cigarette, Teena Mulder n’arrive pas à se réveiller de son coma…

Critique :

La saison 4 débute sur un ton mineur, avec un épisode qui ralentit encore le rythme par rapport au précédent, déjà peu nerveux. La faute en revient principalement à la mise en scène passablement statique de Goodwin. Celui-ci se contente de passer les plats, et le résultat demeure rien moins que convaincant lorsqu’il tente d’accélérer le tempo. La course-poursuite du début se révèle ainsi plus brouillonne que réellement trépidante. La musique de Mark Snow demeure néanmoins sublime, comme toujours. Un certain manque de contenu dans son intrigue doit également être reproché à Carter, qui se limite à une très simple course-poursuite vite expédiée. Celle-ci parait uniquement destinée à introduire les quelques éléments clés de la Mythologie qu’il entend révéler, rien de plus. Et pourtant, Herrenvolk ne se limite pas seulement à un simple épisode fonctionnel, destiné à annoncer notamment la thématique du film à venir.

On apprécie ainsi de voir Carter optimiser la grande présence de Roy Thinnes en reconstituant l’atmosphère unique des Envahisseurs : Amérique désertique, paranoïa ambiante, colonisation en marche, base secrète où se trame un sombre projet, abandonnée sans la moindre preuve après le passage du héros, etc. Malheureusement, ce bel hommage se voit sapé par la mise en scène sans cachet de Goodwin. L’épisode résulte totalement dépourvu de l’intensité dramatique époustouflante caractérisant Les Envahisseurs. Reste bien entendu le plaisir non démenti de contempler Thinnes et Duchovny évoluer ensemble, le duo fonctionnant à la perfection. On se situe quand même cent coudées au-dessus de l’infâme reprise des Envahisseurs avec ce pauvre Bakula.

C’est finalement dans les seconds rôles que l’épisode trouve réellement un second souffle. Lors de la scène d’ouverture, ces clones blonds évoquent Le village des Damnés dans cet épisode décidément très années 60 ! Avant I Want To Believe où elle apparaît très brièvement dans une très amusante scène pour le coup vraiment aux frontières du réel, il est très plaisant de retrouver si longuement Vanessa Morley, d’autant qu’elle manifeste de vrais talents de comédienne. L’Agent Pendrell, qui a toujours cinq minutes (et des heures de travail) pour Scully, et qui arrange nerveusement sa cravate quand elle entre ou la défend mordicus devant les patrons, s’avère aussi amusant et attendrissant que de coutume. Scully elle-même demeure relativement en retrait, mais nous offre néanmoins un beau moment d’émotion quand elle soutient un Mulder désemparé. Le Fumeur montre un vrai attachement pour Teena Mulder (à l’évidence la vraie raison de son intervention), une tentative originale d’humaniser le personnage, mais potentiellement très dangereuse ! On en reparlera dans quelques épisodes.

Steven Williams nous gratifie d’un ultime superbe numéro d’acteur lors de la fin brutale de son personnage, mais là on ne comprend plus. Mulder et X s’étaient définitivement séparés sur des menaces de mort et autres amabilités, et voici que ce dernier, d’ordinaire si prudent, n’hésite pas à se mettre en grand péril pour venir avertir notre héros d’un hypothétique danger planant sur sa mère ! Incohérence ? Sans égaler tout à fait la relation si enthousiasmante entre Deep Throat et Mulder, X laissera néanmoins un très grand souvenir aux amateurs de la série. Le passage de témoin apparaît fort élégamment tourné, puisque la scène suivante voit l’arrivée de la nouvelle source de Mulder : Casque d’Or a le blond vénitien et les yeux pers de Laurie Holden, mais dans un style très différent pour le moins de X. Marita prépare cependant de rudes moments à Mulder !

Tout ceci ne vient pas compenser la frustrante atonie de l’épisode, et, hormis la visite bienvenue de Roy Thinnes, le diptyque Talitha Cumi/Herrenvolk ne demeurera décidemment pas parmi les meilleurs doubles épisodes de la série.

Anecdotes :

  • Pour la cinquième fois, l’indicatif The Truth is out there est remplacé par Everything Dies (« Tout meurt »), il s’agit de la réponse du Bounty Hunter lorsque Mulder lui supplie d’épargner la vie de Smith.

  • Le titre original Herrenvolk fait référence à un terme nazi désignant la « race supérieure » désignée par Hitler, ici appliqué évidemment à la race hybride. Le titre français est en fait la réplique finale de Marita Covarrubias.

  • Cet épisode est marqué également par la mort de Mr.X (Steven Williams), assassiné par un tueur. X sera apparu dans 12 épisodes de la série. Il reviendra cependant le temps d’un flash-back dans Les Bandits Solitaires (saison 5), et comme apparition dans le finale de la série La Vérité est ici (saison 9).

  • Cet épisode marque également l’entrée en scène de Marita Covarrubias (interprétée par Laurie Holden), troisième informatrice de Mulder. Le sigle SRSG signifie Special Representative to the Secretary General. Une rumeur prétend que Covarrubias serait le nom d’une avocate qui travaille pour la chaîne FOX, premier diffuseur des X-Files.

  • Vanessa Morley (Samantha Mulder) se fit piquer dès le début de la scène du hangar d’abeilles. Très professionnellement, elle ne broncha pas et attendit la fin du tournage de la scène pour hurler de douleur ! Duchovny la félicita en lui disant « Eh, t’es un p’tit dur toi ! ». Admiratif de son courage, Goodwin lui offrit une copie de médaille militaire : une plaque avec un cœur violet !

  • Cette scène fut une des plus délicates à réaliser des X-Files : il y’a en effet un mélange compliqué d’abeilles réelles et de synthèse. D’après R.W.Goodwin, ce fut un des épisodes les plus pénibles à réaliser de la série.

  • R.W.Goodwin a réalisé les épisodes mettant en scène la mort de Gorge profonde, de Bill Mulder, de Melissa Scully, et Monsieur X. Depuis, il paraît que les acteurs sont toujours un peu nerveux quand il dirige un épisode de série télé !

  • Le tournage de l’épisode ne se déroula exceptionnellement pas à Vancouver. Les mystérieux champs de l’épisode sont en fait de simples champs de ginseng !

  • Si les clônes n’ont aucun langage, quelle est l’utilité de mettre l’inscription « bell » (cloche) près de la cloche d’appel des maisons ?

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2. LA MEUTE
(HOME)


Scénario : Glen Morgan & James Wong
Réalisation : Kim Manners

Résumé :

Le cadavre d’un bébé est retrouvé dans un champ, l’autopsie révèle qu’il a toutes les malformations génétiques possibles et imaginables ! Mulder et Scully soupçonnent les Peacock, une famille dégénérée de trois fermiers souffrants d’horribles malformations, d’être à l’origine du drame. Ces derniers ne sortent jamais de leur maison isolée de la ville, et n’obéissent qu’à leurs instincts sauvages les plus profonds. Inquiets de voir le FBI et le shérif de la ville s’intéresser à eux, ils commencent à devenir de plus en plus violents…

Critique :

La famille dégénérée s’en prenant aux visiteurs reste un classique du film d’horreur américain, de La Colline a des yeux à Massacre à la tronçonneuse, jusqu’au plus récent Détour mortel. Les X-Files devaient fatalement s’y intéresser, avec une jolie réussite à la clé.

Les piliers du genre sont introduits avec beaucoup d’audace : la maison isolée, immonde et piégée, les physiques difformes (encore un superbe travail des artistes de la série), les scènes très gores… Pour son retour, le duo Morgan/Wong réalise réellement des étincelles et évoque très crûment l’inceste, chose rare dans une série télé. Mais la série n’oublie pas de mettre son grain de sel, notamment par une mise en scène de très haute volée, bien plus imaginative que ce que l’on voit le plus souvent sur grand écran, et pleine de bonnes idées (les hyènes de la télévision, la balade nocturne des monstres au son d’une musique sirupeuse, le petit paradis rural tout autour…). Surtout, elle n’hésite pas à introduire une solide dose d’humour, notamment via les vannes d’un Mulder se montrant ici en grande forme. On peut également y rajouter le passage des cochons, franchement désopilant en plein drame (excellent clin d’œil à Babe). Ce constant contraste entre humour et ténèbres demeure une grande réussite du récit.

L’autre grand intérêt de l’épisode réside dans la fenêtre supplémentaire qu’il ouvre sur nos héros et leur relation. La prédilection de Mulder pour le baseball s’affiche au grand jour, ce qui énerve passablement Scully, mais il aura ultérieurement l’occasion de l’y convertir (on en reparlera). Scully ressent avec plus de force son envie de maternité, prologue encore que cela. D’ailleurs Mulder évoque une possible retraite à la campagne, dans une maisson très reculée… comme se sera le cas dans I Want To Believe ! Durant tout l’épisode, les deux agents ne se quittent quasiment pas, ce qui nous vaut un nombre élevé de scènes de dialogues, brillantes et parfois mordantes. Duchovny et Anderson connaissent désormais leurs personnages sur le bout des doigts et accomplissent un superbe numéro.

L’épisode a été partiellement censuré, les vagissements de la scène d'introduction indiquant initialement que le bébé a été enterré vivant. Les autorités obtiendront un fond musical, mais le passage original est disponible en bonus. Chouette ambiance… classé comme un film pour adultes, Home ne fut d’ailleurs pas rediffusé avant longtemps par la Fox !

L’excellent Tucker Smallwood apparaissait dans la série annulée de Morgan/Wong, Space : Above and beyond. Les deux feront ainsi participer aux X-Files de nombreux acteurs de cette série défunte ; ce sont finalement des sentimentaux qui s’ignorent…

Anecdotes :

  • On en apprend davantage sur Mulder : il est passionné par le baseball (mais pas Scully) depuis qu’il est enfant. Avec Samantha, ils allaient à la plage en ville, se baladaient dans les vignes, et mangeaient des sardines bolognaise. Les portes de la maison n’étaient jamais verrouillées. Il n’y a aucune malformation génétique dans sa famille (ni chez celle de Scully), mais ils semblent tous être myopes.

  • De son côté, Scully a un neveu qui regarde Babe 15 fois par jour. Or, Melissa n’a jamais eu d’enfant, et Bill Scully semblera connaître les joies de la paternité qu’après cet épisode (Emily - partie 1, saison 5). On peut donc supposer qu’il s’agit du fils de Charles Scully, le second frère de Scully que l’on ne voit jamais.

  • C’est l’épisode préféré de Kim Manners. Ce dernier raconte qu’à la lecture du script, il dit « Voilà l’occasion de faire un classique ! ». Il dit en effet, que c’est un « script de film d’horreur comme il en verrait plus (pour la télé NDLR) ». Depuis, il y’a quand même eu la série Supernatural (où il fut un des artisans les plus investis). Selon lui, l’épisode a surtout choqué les américains non à cause de sa violence brute, mais à cause de la peur primale, enfantine, qu’il y’ait un monstre caché sous notre lit.

  • Un producteur déclara à Chris Carter en lisant le script : Vous êtes allé trop loin ! Et en effet, l’épisode fut censuré aux USA à cause de sa violence. Kim Manners est toutefois fier d’avoir réalisé l’épisode censuré de la série ! Il reçut par ailleurs une signalétique d’avertissement ce qui sera aussi le cas de Via Negativa (saison 8).

  • L’épisode eut un tel impact que quand le Congrès américain débattit de la mise en application de la puce antiviolence qu’on grefferait aux prisonniers avant leur libération, cet épisode fut cité comme argument pour son application !

  • Le shérif s’appelle Andy Taylor. C’est le nom du personnage principal d’une fameuse sitcom des années 60 The Andy Griffith Show joué par l’acteur éponyme du titre. Mulder fait d’ailleurs la référence.

  • Mulder a l’air désolé de voir un vieux journal sur la mort d’Elvis Presley. On sait depuis longtemps qu’il ne croit pas à sa mort…

  • Peacock est le nom de famille des voisins des parents de Glen Morgan. Ils ont dû être ravis…

  • La chanson entendue dans la Cadillac quand les Peacock vont massacrer le shérif et sa femme est Wonderful ! Wonderful! de et par Johnny Mathis.

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3. TELIKO
(TELIKO)


Scénario : Howard Gordon
Réalisation : James Charleston

Résumé :

Dans un avion en provenance du Burkina-Faso, une hôtesse découvre avec horreur le cadavre d’un afro-américain entièrement décoloré ! Deux mois plus tard, trois autres jeunes noirs sont portés disparus et un quatrième vient d’être retrouvé, la peau aussi totalement dépigmentée. La cause des morts demeure inconnue. Scully trouve une graine africaine sur le corps de la victime. Pendant ce temps, l’assassin mystérieux frappe encore…

Critique :

Après Chine, Caraïbes, et autre Europe Orientale, les X-Files décidément universels s’intéressent maintenant aux mythes de l’Afrique noire. Même si l’épisode développe une intrigue très classique (l’école Tooms), la réussite n’en paraît pas moins évidente grâce à une mise en scène crépusculaire à souhait, portée par une toujours sublime musique de Mark Snow, ici subtilement enrichie d’éléments africains (flûtes et percussions). La tonalité est très sombre, d’autant que la série n’hésite pas à évoquer la triste condition sociale des immigrés africains. Cette noirceur imbibe tout l’épisode, tandis que la personnalité morbide du Teliko et les superbes maquillages, effraient réellement. Le tout se voit couronné par une longue scène d’action aussi palpitante que claustrophobique où Scully se met particulièrement en valeur. La seule réelle pointe d’humour provient de l’Agent Pendrell tout décontenancé de ne pas avoir affaire à Scully, mais rassuré par un Mulder à demi narquois ! Le même Mulder semble bien moins méfiant envers Marita Covarrubias qu’envers M. X…

Une nouvelle différenciation s’introduit dans le Duo, Mulder voyant des conspirations partout (même en dehors de la Conspiration), au grand effarement de Scully ! Le message du générique est d’ailleurs Deceive, inveigle, obfuscate, tout un programme ! Ce solide épisode n’atteint pas les sommets de son modèle, mais développe une ambiance réellement sinistre, très dense. Qu’on se le dise, on ne va pas beaucoup rigoler au cours de cette saison 4, sans doute la plus sombre de toute la série !

On remarque la présence de Carl Lumbly, le futur Marcus Dixon d’Alias et déjà prénommé ainsi dans l’épisode !

Anecdotes :

  • Pour la sixième fois, l’indicatif The Truth is out there est remplacé par Deceive, Inveigle, Obfuscate (Tromper, manipuler, noircir). C’est la phrase que Scully - reprise plus tard par Mulder - dit pour dénoncer la paranoïa de son collègue. C’est aussi la première fois que l’indicatif de la série est modifié pour un épisode loner, non mythologique.

  • Teliko est un mot africain désignant des esprits fantômes.

  • Le numéro de badge de Scully est JTT0331613. Elle lit le Herald Tribune.

  • Quand Mulder conduit la voiture pour se rendre avec Scully dans le bâtiment abandonné, le verrou de la portière est tantôt ouvert, tantôt fermé suivant les plans…

  • 925 : Aboah, d’après sa carte d’identité, est né le 9/25/64 (notation anglo-saxonne).

  • 517 : Scully arrive au travail à 5h17 du matin.

  • Il s’agit du 74e rapport de Scully. En effet, si on excepte le pilote (qui est l’épisode « 0 ») et Les vampires (saison 2), où elle n’apparaît pas, Teliko est le 74e épisode de la série où elle travaille aux Affaires Non Classées.

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4. LES HURLEURS
(UNRUHE)


Scénario : Vince Gilligan
Réalisation : Rob Bowman

Résumé :

Mary, fraudeuse en fuite avec son petit ami, s'arrête à un drugstore pour tirer une photo d’identité nécessaire à un passeport. Mais la photo d’elle qui sort de l’appareil la représente, hurlant, se faisant kidnapper par des visages d’horreur grimaçants ! Peu après, elle se fait enlever et son petit ami est assassiné : on lui a enfoncé un poinçon dans l’oreille jusqu’au cerveau ! Mulder explique la prédiction de la photo par la capacité qu’aurait le ravisseur de modifier à distance par la pensée des pellicules photographiques. Peu après, Mary est retrouvée : elle a subi une lobotomie qui a détruit ses facultés cérébrales…

Critique :

Mulder dans la Twilight Zone ! En effet, cette histoire de photographie montrant l’avenir, outre Stephen King, évoque irrésistiblement la Quatrième Dimension et plus particulièrement l’épisode Futurographe (A most unusual camera). Mais là où la Quatrième Dimension nous offrait un épisode à l’humour noir réjouissant, Les hurleurs s’avère un épisode des plus sombres.

Le récit s’insère ainsi parfaitement dans la tonalité générale très noire de cette saison 4. Outre une mise en scène de haut vol et un scénario particulièrement astucieux et plein de suspense, Les hurleurs reste avant tout un grand épisode de comédiens. Cette pénétration aussi aboutie que glaçante d’un délire homicide doit ainsi beaucoup à l’étonnante prestation du toujours excellent Pruitt Taylor Vince (Deadwood, Murder One...). Face à lui, Scully se révèle une redoutable profiler pour sauver sa vie, ce qui donne lieu à une partie d'échecs verbale très éprouvante, avec une Gillian Anderson au diapason. Duchovny ne dépare pas l’ensemble en Mulder se surpassant comme toujours quand sa partenaire est en danger. Les étranges photographies constituent une nouvelle preuve de l’impressionnant savoir-faire de l’équipe technique des X-Files.

Dans la lignée de l’épisode précédent, la série accentue le clivage entre Mulder et Scully, le premier s’acharnant jusqu’à ce que toute la Vérité soit découverte, tandis que la seconde, davantage sensible à l’atrocité, se contente de l’arrestation du coupable. Nous apprenons que Scully maîtrise l’Allemand, l’ayant appris durant ses études (les partenaires féminines des grands justiciers sont souvent très fortes en langues étrangères…). De plus, elle est visiblement très douée en contorsionnisme pour s’être libérée aussi vite de ses liens ! Enfin, on s’inquiétait car cela faisait quelque temps qu’elle n’avait plus arboré d’horreur vestimentaire : nous voici donc rassurés avec un ensemble tenant beaucoup du sac de pommes de terre.

Initialement prévu pour suivre immédiatement Tout ne doit pas mourir, cet épisode fut finalement le quatrième de la saison, avec à la clef une scène supprimée montrant Mulder prendre au téléphone des nouvelles de sa mère (visible dans les suppléments).

Anecdotes :

  • Si Scully parle allemand (étudié à la fac), cela ne semble pas le cas de Mulder.

  • Le rapport de Scully indique que l'épisode se déroule le 11 octobre (16 jours avant la première diffusion de l’épisode, le 27).

  • Le titre original signifie « troubles » en allemand. Mais désigne aussi Howard Unruh (1921-2009), premier tueur en série solitaire de l’histoire des USA : il assassina 13 personnes et en blessa 3 le 6 septembre 1949 à Camden, New Jersey. Arrêté, il fut interné jusqu'à sa mort dans un asile psychiatrique après avoir été reconnu pénalement irresponsable de ses actes. Vince Gilligan trouva étrange cette coïncidence entre le mot allemand et le patronyme du tueur qu’il en fit le titre de son scénario.

  • Pruitt Taylor Vince était accroché à des poulies fixées au plafond par une corde, pour être sûr qu’il resterait en équilibre sur les échâsses.

  • Mulder fait référence à Louis Daguerre (1787-1851). Il a contribué avec Nicéphore Niepce à l’invention de la photographie. Daguerre fut l’inventeur du premier procédé photographique commercialisé car permettant de conserver en permanence les épreuves tirées de son appareil : le daguerréotype. Outre les travaux de son collaborateur, il a utilisé les propriétés photochimiques de l’iode, puis la vapeur de mercure, pour fixer les images sur une surface donnée.

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5. LE PRÉ OÙ JE SUIS MORT
(THE FIELD WHERE I DIED)


Scénario : Glen Morgan & James Wong
Réalisation : Rob Bowman

Résumé :

Sydney, membre de la secte du Temple des Sept Etoiles, prévient par téléphone le FBI que Vernon Ephesian, le fondateur de la secte, cache des armes illégales et qu’il inflige des maltraitances. Mélissa, une des femmes de Vernon, est possédée par plusieurs personnalités, et elle « est » Sydney. Scully la croit schizophrène mais Mulder pense que Melissa a vécu des vies antérieures qui prennent sporadiquement le contrôle de son esprit. Cela réveille en lui des souvenirs de ses propres vies antérieures : lui-même est mort pendant la guerre de Sécession, dans ce même pré où se trouve le Temple. Mulder et Mélissa se soumettent à une séance d’hypnose pour faire resurgir leur passé…

Critique :

Ce magnifique épisode se caractérise d’abord par une très grande richesse d’écriture (Morgan et Wong sont bien de retour !), en trois temps. Le récit débute ainsi par une évocation aussi pénétrante que glaciale du phénomène sectaire. En 1996, le drame de Waco reste dans toutes les mémoires, et l’épisode en opère une remarquable reconstitution sans aucun tape à l’œil (David Koresh est d’ailleurs explicitement cité en VO, et se prénomme en réalité Vernon…). Puis, nous suivons la découverte de l’effarante vérité, parfaitement distillée par des indices successifs jusqu’à la révélation finale. La qualité de jeu de Duchovny, qui accomplit ici une de ses plus belles performances de la série, aide le spectateur à s’identifier à lui et à partager cette expérience particulièrement troublante. Enfin, l’épisode débouche sur une déchirante histoire d’amour se poursuivant d’incarnations en incarnations, même si les parallèles Samantha/CSM/Scully semblent quelque peu tirés à la ligne. On remarquera que « Scully » apparaît plus comme la bonne copine que comme l’âme sœur au fil des époques…

Mais l'épisode acquiert toute sa dimension grâce à la merveilleuse mise en scène du grand Rob Bowman. Celui-ci, par de savants effets de caméra (magnifiques travellings), des effets de lumières recherchés et un décor naturel à l’intemporalité saisissante, confère un impact et une esthétique rare à cet épisode. Le tout se voit magnifié par la musique de Mark Snow, plus envoûtante que jamais. Cette poésie funèbre, cette prégnance de l’Apocalypse, la dimension spirituelle, le final morbide, cette profondeur psychologique des personnages l'emportant sur le développement de l’action font de cet épisode une véritable fenêtre ouverte sur MillenniuM, tandis qu’il demeure résolument en marge des X-Files, avec un Mulder comme on ne le reverra jamais. Ce n’est ainsi pas vraiment une surprise de voir l’excellente Kristen Cloke roder son futur personnage de Lara Means (encore une ancienne de Space 2063), tandis que Michael Massee (24h chrono, Carnivale…) apporte un vrai magnétisme à son sinistre personnage.

La tonalité très sombre de cette histoire se communique à Mulder et Scully qui, dans l’approfondissement des épisodes précédents de cette saison 4, voient leur duo connaître un clivage particulièrement prononcé, bien au-delà des différences d’opinions habituelles. On voit ainsi Scully accuser Mulder de mensonge et de manipulation (un comble !) alors même que des vies sont en jeu. Ceci débouche sur une véritable querelle assez étonnante de violence, et fait s’interroger sur la possibilité d’une crise au sein du duo, même si la complicité finit par triompher une fois encore. Le pré où je suis mort restera comme un des sommets de la série, aussi décalé qu’a pu l’être L’heure perdue pour les Avengers. Il demeure d’ailleurs passablement controversé !

On notera également une nouvelle référence au Flukeman (après celle du Pousseur), décidément cet épisode aussi aura marqué les esprits ! Le texte cité par Mulder à l’ouverture comme à la conclusion de l’épisode (une excellente idée de plus) est tiré de Paracelsus (1835), par Robert Browning.

Anecdotes :

  • L’introduction (avec Mulder) ne dure qu’1 minute. C’est une des plus courtes de la série.

  • Parmi les vies antérieures de Mulder, il fut Sullivan Biddle, soldat sudiste de la Guerre de Sécession tué le 26 novembre 1863 dans un champ lors de la bataille d’Apison, dans le Tennessee, sous les yeux de Sarah Kavanaugh. Sarah était sa compagne infirmière, précédente incarnation de Mélissa Rydell. Il fut également une femme juive polonaise, dont le fils deviendra dans sa vie suivante Samantha Mulder, sa sœur. Son mari deviendra Mélissa dans cette vie-ci. « Elle » mourut dans un ghetto pendant la seconde guerre mondiale.

  • Morgan et Wong se sont vraisemblablement inspirés de la déchirante lettre à sa femme qu’écrivit une semaine avant sa mort un soldat de la guerre de Sécession nommé Sullivan Ballou. Il lui écrivait entre autres que leur amour « ne mourrait jamais ». La thèse des scénaristes respecte donc finalement la lettre de Ballou grâce à l’idée des différentes vies !

  • Parmi les vies antérieures de Scully, elle fut le sergent et ami de Mulder lors de la bataille fatale où elle trouva aussi la mort. Elle fut aussi le père de Mulder quand il était cette femme juive, mort également dans le ghetto.

  • Curieuse incohérence :  Le Fumeur fut dans cette dernière vie l’officier de la Gestapo qui envoya en camp Mélissa quand elle était le mari de Mulder. Mais dans l’épisode L’épave, 2e partie (saison 3), Le Fumeur a plus d’une vingtaine d’années en 1953, ce qui tendrait à penser qu’il est né au début des années 30... alors qu’il vivait déjà une autre vie, celle de l’officier ! Pour ne rien arranger, l’épisode L’Homme à la Cigarette tend à penser qu’il est né vers 1940 !

  • Une scène coupée de l’épisode montre que Melissa a vécu au moins deux autres vies antérieures que celles conservées au montage final (une fraîche jeune fille naïve et un grincheux acide). Cela tend à penser que Mulder a vécu au moins quatre vies antérieures si on suppose que leur histoire d’amour a été présente dans chaque vie. Écorchés (saison 9) nous apprendra que Monica Reyes eut aussi des vies antérieures.

  • Événement rarissime : Mulder appelle Scully par son prénom en VO ! Une "faiblesse" sans doute due à l’émotion qui le submerge lors de la séance d‘hypnose.

  • Il est surprenant que les membres de la secte meurent tous aussi rapidement après avoir ingurgité du cyanure de potassium, poison certes mortel mais à action lente. Sinon, on notera un faux raccord quand Mulder dit au revoir à Mélissa avant sa libération : tantôt il tient sa main, tantôt non.

  • Mulder fait référence au siège de Waco : du 28 février au 19 avril 1993, la secte de L’église adventiste du septième jour fut encerclée par l’ATF (Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives) qui avait appris la présence d'armes illégales chez eux. Le tout se termina dans un terrible bain de sang. Ce traumatisant événement, un des plus catastrophiques de l’histoire des USA, fit couler beaucoup d’encre, notamment sur son issue fatale qui aurait pu peut-être être évitée. L’épisode en fait un décalqué fidèle : nom de la secte ressemblant, même boîte de Pandore, assaut par le FBI cette fois, même issue tragique.

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6. SANGUINARIUM
(SANGUINARIUM)


Scénario : Valerie Mayhew et Vivian Mayhew
Réalisation : Kim Manners

Résumé :

Un chirurgien esthétique devient fou et assassine un patient, pensant faire une « vidange ». Il ne se souvient ensuite plus de rien. Mulder repère un pentagramme sur les lieux et cela lui fait penser que la magie noire est en cause. Lorsque deux autres chirurgiens commettent eux aussi des « accidents » fatals, la clinique est à bout de nerfs. D’ailleurs, 10 ans auparavant, des faits similaires se sont produits, conduisant à la mort de 4 patients et au suicide d’un médecin. Mulder et Scully découvrent qu’une des infirmières s’adonne à la sorcellerie, mais un point les intrigue : elle fait de la magie « blanche », de la magie de « protection »…

Critique :

Quand les X-Files rencontrent Nip/Tuck ! Cette satire de la chirurgie esthétique, narquoise et teintée de l’humour le plus noir, fait en effet irrésistiblement penser aux troubles aventures de Sean et Christian, dont elle présente le même impact. Outre une dénonciation très pointue (au scalpel) de cette chirurgie et de l’importance qu’occupe le paraître dans nos sociétés, l’épisode joue avec virtuosité de l’idée qu’elle constitue un pendant moderne à la sorcellerie médiévale et à son penchant pour les métamorphoses corporelles. Bon, Gillian Anderson a beau jeu de dénoncer la futilité de telles opérations alors qu’elle n’en a à l’évidence nul besoin…

Cet épisode très relevé se voit accorder un surcroît de saveur par un recours immodéré au gore le plus sanguinolent, avec à la clé quelques images les plus chocs de la série (Nip/Tuck, encore et toujours) ! L’intrigue ménage un joli coup de théâtre à mi-parcours, notamment grâce à la qualité du jeu de O-Lan Jones, très convaincante en sorcière plus vraie que nature. Si la galerie de portraits de médecins avides ayant abandonné toute éthique professionnelle vaut son pesant d’or, la vedette de l’épisode demeure incontestablement Richard Beymer. Cette grande figure de Twin Peaks donne à son personnage la malice et la présence d’un Ben Horne. Aussi subtil que cynique, ce sorcier force l’admiration ! Il arrivera que Mulder soit vaincu par des pouvoirs surhumains, mais bien peu le battront au jeu de la ruse comme l’accomplira le bon docteur, avec un coup de maître final absolument infernal ! Au sein de cette saison si funèbre, il paraît finalement logique que l’humour le plus marquant soit celui du Diable…

Anecdotes :

  • Shannon Tweed (1957), actrice et mannequin de charme, est la comédienne préférée de Vince Gilligan, d’où une « Dr.Shannon » dans l’épisode, Gilligan ayant un peu travaillé à Sanguinarium. L’adresse « 1953 Gardner Street » fut baptisée en l’honneur de Gerald Gardner qui fonda en 1953 une religion néo-païenne fondée sur la sorcellerie. Il écrivit le manifeste de sa secte Le livre desombres, terme popularisé par la série Charmed. Encore une fois, les X-Files sont en avance sur leur temps ! Par ailleurs, l’infirmière-sorcière Rebecca partage son nom avec Rebecca Nurse, une des sorcières de Salem (affaire qui vit l’exécution de plusieurs personnes accusées de sorcellerie en 1692 aux Etats-Unis). Quant à Arthur Edward Waite, c’est un écrivain connu pour ses fictions utilisant le thème de la sorcellerie médiévale.

  • Une belle erreur de sous-titrage : le Dr.Lloyd a ingéré 1900 pilules en 5 ans et non 19100, ce qui l’aurait vraisemblablement tuée ! Par ailleurs, nos agents stationnent leur voiture devant le Dr.Franklin sous une pluie battante, sortent de la voiture, et entrent chez lui en étant totalement secs ! C’est à ça qu’on reconnaît les héros…

  • Ce n’est qu’une coïncidence, mais les fans de la série Scrubs (créée cinq ans plus tard) souriront en entendant la mention d’un « Dr.Cox » dans l’épisode (31’55).

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7. L'HOMME À LA CIGARETTE
(MUSINGS OF A CIGARETTE SMOKING MAN)


Épisode Mythologique

Scénario : Glen Morgan & James Wong
Réalisation : James Wong

Résumé :

L’Homme à la Cigarette espionne le domicile des Bandits Solitaires : Frohike révèle en effet à Mulder et à Scully quelques fragments du passé de leur ennemi commun. Pendant qu’il attend que Frohike sort de la maison pour l’abattre d’une rafale de mitraillette, des souvenirs de sa vie tumultueuse lui reviennent en mémoire au fur et à mesure du récit de Frohike : son implication dans les plus grands évènements de l’Amérique, puis au niveau international, son rôle dans la Conspiration… mais aussi sa passion contrariée pour l’écriture…

Critique :

Cet épisode crucial pour la Mythologie nous révèle la biographie (partielle !) de celui qui demeure sans doute l'adversaire récurrent le plus fascinant de l'univers des séries télé : l'Homme à la Cigarette. Nous aurions pu nous trouver face à un récit platement explicatif ou au clinquant sonnant creux, mais le manque d'ambition ou de souffle créatif n'a jamais constitué la marque première du duo Morgan & Wong. Aussi, comme précisé dès la citation ouvrant l'épisode (Car il n'y a pas de jours sombres pour ceux qui triomphent) donnent-ils une dimension toute shakespearienne à ce personnage, que l'on découvre derrière successivement tous les principaux drames modernes de l'Amérique (Baie des Cochons, assassinats de JFK puis de Luther King). Ces passages sont magnifiquement filmés, chacun dans un style différent, et stupéfient littéralement le spectateur par leur intensité. Le récit multiplie également les références à l'univers de la série, et pousse l'audace jusqu'à boucler la boucle en revenant sur la toute première scène des X-Files, cette fois vue par les yeux du Fumeur ! Cet élan finit par déboucher sur une scène hallucinante, où le génie confine à la folie en posant le Fumeur comme véritablement le maître occulte du monde ! (une bouffée délirante de Frohike ?)

Mais, plus que ces évènements, c'est bien sa sombre et énigmatique personnalité qui captive, son inclination pour la violence, mêlée à une grande intelligence et à une trouble fascination pour ses victimes (il faut le voir reprendre la prière de Bob Kennedy). Le gaillard fait littéralement froid dans le dos, et ce sociopathe pourrait constituer un serial killer des plus crédibles... C'est d'ailleurs finalement la scène des cravates qui effraie le plus, tandis que le récit présente l'habileté suprême de conserver sa part de mystère au Fumeur. La solitude du pouvoir et de celui qui l'incarne se voit magnifiquement exprimée, ainsi que la conscience d'une certaine damnation. Malheureusement, rien n'est parfait en ce vaste monde, et, outre qu'il souligne assez lourdement la filiation de Mulder, l'épisode se conclut par un pastiche assez consternant de Forrest Gump. Certes, la scène est brillantissime, mais cette faiblesse humaine me semble déparer le personnage et annoncer la fin particulièrement grotesque qu'il connaîtra. Ce n'est pas ainsi, en perdant, que je souhaite me le représenter tout simplement, et je crains que les auteurs n'aient été ici saisis du vertige de la virtuosité...

Si William B. Davis confirme son immense talent de comédien, on apprécie également la superbe prestation de Chris Owens qui par un joli clin d'œil incarnera bientôt Spender. On se réjouit également de retrouver les Bandits Solitaires (outre Deep Throat !) dont nous étions privés depuis déjà quelque temps, quoiqu'assez logiquement dans cette saison très funèbre. D'ailleurs, toujours aussi iconoclastes (un épisode sans Mulder ni Scully...), Morgan & Wong avaient bel et bien prévu de faire abattre Frohike par l'Homme à la Cigarette, et il fallut une intervention directe de Chris Carter pour les en dissuader ! La scène aurait d'ailleurs été tournée. On en frémit ! Musings of a Cigarette Smoking Man (quel titre...) achève de planter l'imposante statue du Fumeur, et de faire de lui non un simple second rôle, mais bien l'une des composantes majeures de l'incroyable succès de la série. Un épisode définitivement incontournable pour le fan !

Anecdotes :

  • Episode sans Mulder ni Scully. Premier sans Mulder, deuxième sans Scully, si l’on excepte leurs voix au téléphone et la réutilisation des images d’archives du pilote.

  • Biographie partielle du Fumeur :

    • Né le 20 août 1940 à Bâton-Rouge, Louisiane. Son père est un agent double travaillant pour l’URSS. Il fut arrêté et exécuté pour espionnage au début de la Guerre. Sa mère, fumeuse invétérée, mourut d’un cancer du poumon. Il fut alors placé dans des orphelinats du Middle West. Sans amis, il lit beaucoup seul.

    • Le 30 octobre 1962, il a le grade de capitaine dans un régiment de parachutistes où Bill Mulder est son collègue. Ses supérieurs, insatisfaits de la gestion de la crise de la Baie des cochons par John Fitzgerald Kennedy, lui demandent de superviser l’assassinat de cet homme devenu dangereux pour la sécurité de l’Amérique à leurs yeux. Il accepte et manipule Lee Harvey Oswald pour qu’il tue le président à Dallas le 22 novembre 1963. Il fuma sa première cigarette ce jour-là (ce qui entre toutefois en contradiction avec L’épave, 2e partie [saison 2] où on le voit déjà en train de fumer en 1953). Après cet évenement, il démissionne de l’armée et entre au FBI où il accède vite à de très hautes fonctions.

    • En 1968, il habite au 555 Brooksbank Avenue, Washington D.C. 20091. Il écrit un roman : Take a chance, a John Calquitt adventure sous le nom de plume de Raul Bloodworth. Il tue au même moment Martin Luther King le 4 avril à cause de ses prises de position anti-militaristes à propos du conflit au Viêtnam. Au 1er novembre, l’éditeur Albert Goodwinkle refuse son roman qu’il juge trop irréaliste.

    • En 1980, il donne l’ordre de piquer avec une aiguille anesthésiante le gardien russe de hockey sur glace lors des Jeux Olympiques d’hiver de Lake Placid, ce qui permet aux USA de gagner la demi-finale. C'est un évenement connu sous le nom de « Miracle sur glace », l'équipe d’URSS était en effet présumée invincible.

    • Il est arrivé au « sommet » rapidement, communique avec tous les hauts personnages de ce monde, et contrôle beaucoup d’évenements à l’échelle internationale, comme empêcher les Bills de remporter le Superbowl en 1991. Il habite à ce moment-là à Romming House, 418 Main Street, Washington.

    • Le 12 novembre 1996, il apprend que son livre Roman A Clef (une autobiographie à peine déguisée) qu’il a envoyé aux éditions Walden Roth va être publié en magazine. Fou de joie, il est sur le point de démissionner du FBI. Mais l’éditeur a entièrement réécrit la fin de l’histoire, la rendant caduque. Découragé, il décide de rester au FBI.

    • Le Fumeur n’a cependant jamais changé sur un point : il déteste le cinéma. Et on voit au début de l’épisode qu’il possède un briquet avec l’inscription « Trustno1 ».

  • On apprend que le premier mot que prononça Fox Mulder à sa naissance fut… JFK !

  • La thèse que Dana Scully soutint à l’Université du Maryland porte le titre Einstein twin’s paradox, a new interprétation. Elle eut son doctorat le 15 mai 1986. Sa thèse mentionne par ailleurs le MJ-12 (Majestic 12), nom d’un supposé groupe de scientifiques qui aurait enquêté discrètement pour le gouvernement sur l’incident de Roswell. A croire qu’elle était destinée à rencontrer Mulder ! La série reparlera de la thèse de Scully dans Aux frontières du jamais.

  • Le prénom de Gorge Profonde est Ronald si l’on en croit le sous-titrage anglais.

  • Dans le kiosque à journaux de la fin de l’épisode, on peut voir un magazine d’histoires dont l’une d’entre elles s’intitule « Where the hell is Darin Morgan » ? Hommage au frérot qui a en effet quitté la série. Il reviendra toutefois en tant qu’acteur cette saison dans La queue du diable.

  • Pas mal d’autoréférences à la série avortée de Morgan & Wong : Space 2063. Jack Colquitt, personnage d’un épisode de la série, devient le héros du roman du Fumeur. Son premier roman Take a chance a pour titre une phrase-gimmick de la série. Le terme « classified compartmentalized » se retrouve dans la série. Enfin, les Silicates de Space prennent leur décision en tirant à pile ou face, tout comme CSM et Gorge Profonde tirent au sort pour savoir qui tuera l’alien.

  • 1013 du jour : 1013 est le numéro de la résolution impliquant l’élimination immédiate des extra-terrestres.

  • Le Fumeur prend auprès de Oswald le pseudonyme de Mr.Hunt, un mystérieux homme présent à Dallas lors de l’assassinat de Kennedy et qui est suspecté par les théoriciens du complot d’en être un des instigateurs.

  • L’adresse de la lettre envoyée au Fumeur à Pasadena est fictive : La Cienaga Street n’existe pas dans cette ville.

  • Jackie Kennedy est jouée par Heike Brandstatter, associée du chef de casting.

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8/9. TUNGUSKA
(TUNGUSKA / TERMA)

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Épisode Mythologique

Scénario : Frank Spotnitz & Chris Carter
Réalisation : Kim Manners (1re partie) et Rob Bowman (2e partie)

Résumé :

Pour se venger du Syndicat qui a tenté de le tuer, Alex Krycek aide Mulder et Scully à intercepter une valise diplomatique contenant une roche extra-terrestre destinée au Syndicat. Mais la roche contient de l’huile noire qui contamine et paralyse un scientifique quand il tente de l‘analyser ! Grâce à Marita Covarrubias, Mulder apprend que la roche est originaire de Tunguska, en Russie, où eut lieu en 1908 un événement inexpliqué. Il part là-bas, accompagné de Krycek. Mais ce faisant, il laisse le champ libre à Vassily Peskow, ancien agent secret russe, qui est chargé d'éliminer toute trace de l’affaire de l’huile noire aux USA. Le Syndicat comprend qu'il a lui-même été manipulé...

Critique :

Cela débutait pourtant bien, avec une première partie captivante marquée par le spectaculaire (mais guère explicité) retour sur scène d’Alex Krycek. Les différents coups de théâtre coutumiers de ces doubles épisodes se suivent avec plaisir, notamment la scène particulièrement terrifiante de l’Huile Noire jaillissant lors d’un contrôle douanier (Brrr…). Cette terrible substance reste bien l'une des grandes idées de la série ! Surtout, on assiste ici au terme logique de la crise que l’on a observée progressivement s’installer entre Mulder et Scully. Cet émoi, habilement semé, confère un véritable impact à l’impressionnante scène d’ouverture, d’autant qu’elle se voit précédée dans la chronologie par une discussion assez violente où Scully va jusqu’à interpeller Mulder sur l’avenir de leur association. Bon, le suspense reste relatif quant à une défection de Scully, mais l’effet demeure réussi. L’épisode se suit donc avec plaisir, d’autant qu’il nous offre une spectaculaire apparition de Marita, qui, en son peignoir d’un blanc satiné, s’avère définitivement différente de Deep Throat et de X ! Duchovny restitue à la perfection la haine féroce qu’inspire Krycek à son personnage, on se régale !

Et puis, patatras ! L’épisode baisse brusquement de niveau quand Mulder passe en Russie. Outre que cette Russie peuplée de serfs et de cosaques semble bloquée à l’époque de Tolstoï (d’ailleurs le scénario n’y est guère épais), tout s’y avère d’un ridicule achevé. On note ainsi une recherche à tout crin de l’effet, tranchant avec la finesse d’écriture coutumière de la série. On ne croit pas une seconde à cette histoire d’un vaccin de très haute technologie concocté dans les hangars crasseux d’un goulag. Cette succession morbide de cachots et de mains coupées reste plus glauque que réellement effryante, même si le cliffhanger traditionnel demeure redoutable et que le running gag de Krycek dégustant un maximum devient franchement rigolo. Le comble grotesque se voit atteint avec un Mulder se dissimulant sous un tapis de feuilles comme un vrai warrior. Où sommes-nous, chez Rambo ? D’une manière générale, on sent que Carter dispose d’un vrai budget (la série atteint alors des sommets d’audience historiques) et qu’il se fait plaisir avec des évènements privilégiant le spectaculaire au détriment de la cohérence et du développement de l’intrigue. On en reparlera d’ailleurs dans Fight The Future ! À propos de film, le véhicule de Mulder déboule un ravin, cela va devenir une habitude… Le personnage de l’agent secret russe apparaissant tel Fantômas toujours au bon endroit au bon moment va encore plus loin dans la facilité et accroît l’incrédulité ressentie. On admet ce genre de péripéties chez le Bounty Hunter et ses pouvoirs, ici cela ne peut pas passer.

Enfin, on note un contraste détestable entre d’une part la simplification excessive de l’intrigue principale (s’évader d’un goulag en prenant seulement le camion, être secouru par des samaritains providentiels pour réapparaître pile au bon moment à Washington...), et d’autre part une complexification de la Mythologie, avec notamment une embrouille tordue et décevante autour du Bien Manucuré qui accomplit clairement ici son apparition la plus faible de la série ! L’épisode se pare néanmoins d’une scène particulièrement émouvante : les lumineuses retrouvailles de Mulder et Scully. Le couple a victorieusement franchi l’orage et définitivement refermé une parenthèse troublée. C’est bien ensemble qu’ils affronteront la sombre épreuve à venir. Mais ce grand moment demeure bien tardif et ne saurait dissiper la mauvaise impression laissée par Terma. Donc, au total deux étoiles, mais trois pour la première partie et seulement une pour la seconde, franchement ratée !

Anecdotes :

  •  Pour la septième fois, l’indicatif The Truth is out there est remplacé - à la fin du générique de Terma - par E pur si muove (Et pourtant, elle tourne). Il s’agit de la fameuse phrase qui aurait été prononcée par l’astronome Galilée (1564-1642) après que l’Inquisition le força à renier ses découvertes sur l’héliocentrisme (le soleil est au centre de l’univers, et non la Terre). Son sens dans cet épisode signifie sans doute que malgré les pressions du gouvernement à faire taire Mulder et Scully, ces derniers savent qu’ils ont raison.

  • Walter Skinner habite à Crystal City en Virginie, au 17e étage de son immeuble. L’appartement de Marita Covarrubias se trouve, lui, à Upper Side NY City.

  • Les parents d’Alex Krycek sont russes et immigrèrent en Amérique pendant la Guerre Froide. Cela explique qu’il parle russe. Le russe de Nicholas Lea (ainsi que celui des autres acteurs le parlant) est par ailleurs tout à fait correct - malgré un accent plus faillible. Ne connaissant pas la langue, il dut apprendre ses répliques en phonétique.

  • Comme dit dans l’épisode, Tunguska est le nom d’une ville sibérienne où un astéroïde mystérieux s’écrasa en 1908. Terma est la ville de Dakota du Nord où se situe la dernière scène de l’épisode, mais il veut dire aussi prison en russe, mort en latin, ou vérité cachée chez les bouddhistes tibétains !

  • Mulder évoque l’attentat d'Oklahoma City : le 19 avril 1995, Timothy McVeigh gara un camion bourré d’explosifs près d’un bâtiment fédéral. Ce fut un désastre humain (168 morts, 680 blessés) et économique car une grande partie de la ville fut détruite. Arrêté, le terroriste expliqua qu’il voulait se venger de la gestion du siège de Waco - dont Le pré où je suis mort s’inspire - ainsi que de la « tyrannie du gouvernement ». Il devait être exécuté six ans plus tard.

  • Peskov écoute chez lui le 3e mouvement Largo du Trio n° 2 pour violon, violoncelle, et piano, en mi mineur op.67 de Dmitri Shostakovitch (1906-1975). Les dirigeants de l’URSS imposèrent à ce compositeur de créer des œuvres nationalistes bien qu’il ne fût pas le compositeur officiel du régime. Quoi de plus normal donc qu’un soviétique nostalgique de la Guerre Froide écoutant du Shostakovitch !

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10. CŒURS DE TISSU
(PAPER HEARTS)


Épisode Semi-Mythologique

Scénario : Vince Gilligan
Réalisation : Rob Bowman

Résumé :

Mulder fait le même cauchemar depuis trois nuits : il suit une étrange lumière rouge qui le mène dans un parc où se trouve le cadavre d’une petite fille. Mulder part sur les lieux de son cauchemar et y trouve en effet le squelette de la fillette ! Il s’agit d’une des victimes du serial killer John Lee Roche depuis longtemps sous les verrous grâce à Mulder. Lors d'une visite des deux agents dans sa prison, Roche prétend être l’assassin de Samantha Mulder ! Scully pense que Roche est capable de lire les pensées de Mulder et l’avertit qu’il pourrait le manipuler, mais Mulder, choqué, croit qu’il lui a dit la vérité et cherche à en avoir le cœur net. Commence un intense duel psychologique…

Critique :

Mulder dans les Griffes de la Nuit.

Cette histoire, un magnifique scénario de Vince Gilligan, met en scène un superbe duel entre Mulder et l’effroyable John Lee Roche (excellent Tom Noonan, un habitué du genre), haletant de bout en bout, et porté par une magnifique mise en scène. Les visions oniriques apparaissent ainsi somptueuses, leur magie se distillant avec une élégante économie de moyens. De même, le mano a mano final développe un suspense à couper au couteau, digne des meilleurs moments de 24h chrono. La musique de Mark Snow est une fois de plus merveilleuse (le jeu des clochettes), il fut d’ailleurs nommé aux Emmy Awards pour le travail réalisé sur cet épisode.

Le Freddy Krueger version X-Files (rien ne manque : rêves truqués, humour noir, tueur d’enfants…) s’avère un adversaire aussi retors que sinistre, jouant à merveille de l’éternel talon d’Achille de Mulder : son désespoir jamais éteint face à la disparition de Samantha, obscurcissant régulièrement ses brillantes capacités intellectuelles. Duchovny se montre une nouvelle fois exceptionnel en exprimant l’espoir frustré de son personnage et sa douleur lorsqu’il retrouve sa lucidité en ayant le courage de renoncer à ce… doux rêve. Sans avoir la tripe sanguinaire, on ne peut que se réjouir quand il se résout finalement à abattre Roche, tant celui-ci compte parmi les monstres les plus répugnants de toute la série. Scully montre sa véhémence coutumière dès lors qu’il s’agit d’enfants, comme elle l’illustrera de nouveau dans I Want To Believe.

À propos de I Want To Believe et du funeste Xzibit, on remarque que l’épisode introduit un customiseur de voitures et qu’il s’agit d’un idiot, de plus interprété par un acteur sans talent particulier. Décidément, la concordance est parfaite ! C’est d’ailleurs avec une jouissance sans mélange que l’on voit Mulder démolir son joyau. Destroy my ride ! On note également l’apparition de l’édition originale d’Alice au pays des merveilles (l’épisode compte de nombreuses références à Lewis Carroll), avec les fameuses illustrations de John Tenniel également aperçues dans l’épisode des Avengers : Le Quadrille des Homards. Cœurs de tissu, dont Duchovny déclara qu’il constituait selon lui le meilleur des épisodes centrés sur Mulder, s’impose comme un épisode très relevé, bien dans la tonalité funèbre de cette saison 4. La Quête continue…

Anecdotes :

  • On apprend que Samantha Mulder s’est cassé la clavicule lors d’une chute de balançoire quand elle avait 6 ans.

  • Vince Gilligan écrivit le rôle de John Lee Roche spécialement pour Tom Noonan. Au départ, Roche tuait les enfants en leur arrachant le cœur. Mais Gilligan finit par trouver son idée tellement répugnante qu’il l’abandonna… ou plutôt l’adoucit avec les fameux « cœurs de papier ». L'auteur déclara qu'il s'agissait du pire personnage qu'il ait jamais crée. Cette déclaration ayant été faite bien avant Breaking Bad, on ne sait pas si c'est toujours son opinion !

  • Coïncidence :  le personnage de Noonan dans le film Collision Course (1989) de Lewis Teague s’appellait Scully !

  • Nouvelle référence à Holly, la petite amie de Gilligan : la ville où Mulder retrouve la voiture de Roche s’appelle Hollyville.

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11. CHUPACABRA
(EL MUNDO GIRA)


Scénario : John Shiban
Réalisation : Tucker Gates

Résumé :

Dans un camp d’immigrés mexicains, une lumière blanche explose dans un champ et fait tomber une pluie jaune. Une chèvre et une jeune femme, Maria, sont retrouvées mortes, atrocement défigurées. Soledad, le fiancé de Maria, est convaincu que son frère Eladio l’a tuée car il n’aurait pas supporté qu’elle le rejette. Soledad se lance à la poursuite de son frère en cavale pour le tuer et venger Maria. Tout le camp pense qu’Eladio est en fait une incarnation du Chupacabra, un monstre légendaire aux pouvoirs terrifiants. Mulder, Scully, et un inspecteur du coin, tentent de le retrouver avant Soledad tandis qu’Eladio sème à son corps défendant la désolation autour de lui...

Critique :

La grande force de Chupacabra, outre l'ouverture sur les très originales et savoureuses légendes sud-américaines, consiste en une évocation sans fard de la situation des immigrés mexicains illégaux. Vivant dans des bidonvilles, exploités par des négriers et des passeurs marrons, leur sécurité ignorée par la police, subissant le mépris de la population, ces gens font peine à voir, et c'est encore une fois dans le sens d'un certain engagement à gauche, sinon humaniste, que la série les envisage.

Mais on observe peu de choses ensuite, l'enquête de Mulder et Scully se bornant à suivre une piste pour le moins évidente, sans d'ailleurs parvenir à leurs fins... on les a connus en meilleure forme ! Scully nous assassine notamment avec une profusion de jargon médico-scientifique... Les auteurs tentent de redonner du brio à l'enquête par une scène finale bien écrite avec Skinner, mais assez inutile. L'épisode s'essaie également à la satire de la telenovela sud-américaine, reprenant plusieurs figures imposées de ce genre ultra codifié comme les deux frères aimant la même femme. Malheureusement, cela demeure trop timide et manque de mordant. De fait, Chupacabra ne se résout pas à choisir entre ces trois directions, d'où l'impression frustrante d'inachevé qui demeure, malgré une habile conclusion entrecroisée.

On notera tout de même une galerie d'interprètes latinos très convaincants, ainsi que les créations somptueuses de délire horrifique des artistes de la série. Ceux-ci s'en donnent à cœur joie, et ils s'imposent finalement comme les véritables héros de cet épisode peu emballant par ailleurs.

Anecdotes :

  • Le titre original de l’épisode est la traduction espagnole de As the World turns, le 2e plus long soap opera de l’histoire de la télévision : crée par Irna Phillips en 1956, il dura jusqu’en 2010, soit une durée de 54 ans (soit 13858 épisodes) ! L’épisode s’essaye en effet à la satire de son équivalent espagnol : la telenovela. El Chupacabra signifie « suceur de chèvres ».

  • Scully fredonne le fameux air Maria de la comédie musicale West Side Story de Leonard Bernstein. On notera que Caroline Beaune a une voix plus juste que Gillian Anderson. Scully aura l’occasion de pousser à nouveau la chansonnette dans Détour (saison 5) pour un résultat aussi désastreux qu’hilarant.

  • Mulder fait référence à Plácido Domingo, le fameux ténor d’opéra (et chef d’orchestre) espagnol.

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12. RÉGÉNÉRATIONS
(LEONARD BETTS)


Scénario : Vince Gilligan, John Shiban, & Frank Spotnitz
Réalisation : Kim Manners

Résumé :

Leonard Betts meurt décapité lors d'un accident de voiture. Le lendemain, son cadavre a disparu de la morgue et les caméras de surveillance révèlent qu’un homme à la tête invisible se promenait dans les couloirs ! Un autre examen révèle que la tête de Betts est animé d’une énergie puissante et qu’elle semble vivante. Mulder est persuadé que Betts est capable de régénérer son corps mutilé et qu’il est en train de recouvrer sa tête ! Les deux agents apprennent non seulement que tout le cerveau de Betts est infecté par un cancer qui aurait dû le tuer bien des années avant, mais qu’en plus il a déjà été déclaré mort il y’a six ans…

Critique :

Aux frontières du soutenable… Bien avant I Want To Believe, le titre français du jour était déjà régénération(s), mais cette fois amplement justifié ! On remarque que le méchant récupère d’ailleurs des morceaux du corps de ses victimes pour reconstituer le sien, tandis qu’une bonne partie de l’histoire se déroule en milieu hospitalier (mais ici sans le pathos coutumier du genre…).

Sur une trame très classique (Eugène aura décidément marqué la série, à juste titre), l’épisode va très loin dans le gore, en se basant tout de même sur l’idée pour le coup originale du cancer vivant. Le ton funèbre et l’enfermement savamment distillé par l’habile réalisation élèvent cette histoire d’un mort perpétuellement en sursis au rang de superbe diamant noir de cette saison, qui en compte pourtant quelques autres de la plus belle eau. L’intrigue sait progressivement révéler l’effarante vérité avec une habileté consommée, tout en ménageant de constants et surprenants rebondissements. L’effroi que suscite naturellement le cancer se voit employé à la perfection dans ces décors glacés où l’on erre sans cesse d’hôpitaux en morgues en passant par les tables d’autopsie. Les excellentes idées de mises en scène se multiplient, comme cette image du corps sans tête suggérée dans le reflet renvoyé par les frigos de la morgue (la scène d’ouverture fait irrésistiblement penser à un Tru Calling soupoudré d’humour noir). On en frémit réellement, d’autant que les scènes gores présentent un impact certain grâce aux effets spéciaux toujours étonnants. Allergiques aux hôpitaux, passez votre chemin ! L’interprétation apparaît une fois de plus de très haut niveau. S’y détache bien évidemment Paul McCrane, grand spécialiste des rôles durs, dont cette avant-première du Dr Romano d’Urgences constitue bien entendu un magnifique clin d’œil. On ne peut s’empêcher de songer que passer d’infirmier à mandarin constitue certes une belle progression, mais par contre des X-Files à Urgences

L’autre vif attrait de l’épisode consiste dans sa manière de se centrer sur Scully. On la sent au début toute contente de se retrouver sur son terrain de prédilection, l’hôpital, et ainsi de pouvoir en remontrer pour une fois à Mulder… Avec une malice très féminine, elle le convie d’ailleurs à se joindre à elle dans la fouille des immondes déchets hospitaliers ! Le pauvret est au supplice… Qui aime bien châtie bien, son partenaire n’hésite pas à lui rendre la monnaie de sa vanne à propos de sa frayeur lors de l’autopsie ! Ces scènes se révèlent particulièrement drôles (gores aussi, ce qui ne gâche rien). Cela faisait quelques temps que nous étions privés des autopsies si particulières de Scully, et l’amusement reste comme toujours au rendez-vous ! Par la suite, elle paraît effarée, et même scandalisée, de voir ce temple de la science profané par l’irruption du paranormal, ce qui nous vaut des discussions assez jouissives avec Mulder, elle multipliant comme jamais les termes scientifiques comme pour se rassurer, tandis que lui aligne comme à plaisir les théories les plus folles (et les excellentes vannes). La traditionnelle agression par l’adversaire du jour a bien lieu, mais alors que précédemment Mulder arrivait en sauveur, cette fois Scully parvient à s’en sortir toute seule. Décidément, le personnage a bien progressé et pris une assurance et une autonomie bienvenues par rapport aux commencements de la série. Enfin, vient la terrible révélation finale. Des scènes amusantes jusqu'à ce tragique instant, l’épisode constitue un fort habile entonnoir nous emmenant avec un rare impact jusqu'à l’épreuve à venir.

Tout du long, Gillian Anderson se montre éblouissante de talent et de profondeur de jeu. C’est un ravissement de la voir donner ainsi vie avec passion à son personnage. Ses deux dernières scènes, où on découvre Scully deviner l’insoutenable vérité en refusant d’inquiéter son partenaire jusqu’à l’effroi nocturne, comptent parmi les plus grands numéros de comédienne vus dans l’ensemble des séries contemporaines. Quelle actrice ! On se permettra d’observer également que décidément la grande beauté de Scully atteint son zénith durant cette saison 4, période où Gillian fut élue plus belle femme au monde par un grand magazine américain.

Ce grand classique des X-Files demeure aussi l’épisode de la série ayant réalisé la plus grande audience (pratiquement 30 millions de spectateurs). Pour rester honnête, il convient de préciser qu’il suivait immédiatement le Superbowl… c’est aussi l’occasion pour le Dr Chuck Burks de réapparaître après Les Calusari. Ce personnage très amusant (il a un esprit très Bandits Solitaires !) va devenir un personnage récurrent (6 apparitions), sans parvenir toutefois à devenir aussi attachant que l’Agent Pendrell.

Anecdotes :

  • L’implicite révélation finale du cancer de Scully (une idée de Vince Gilligan) déchaîna les fans sur Internet, tout le monde s’interrogeant sur ce qui allait se passer !

  • Un des monstres préférés de Frank Spotnitz. John Shiban raconte que lui et les co-auteurs du scénario sont allés chacun dans la surenchère pour trouver le sommet gore de l’épisode (la nouvelle tête de Betts sortant par sa bouche). Le producteur Paul Rabwin raconte que ce fut un des effets spéciaux les plus éprouvants à réaliser dans la série ! Pour plaisanter, Kim Manners s’est servi de ce procédé pour faire une farce et mettre sa propre tête à la place de celle de Paul McCrane (Leonard Betts) ! Cette scène est disponible dans le DVD.

  • Il y’a un John Gilnitz dans l’épisode : c'est une des victimes de Betts.

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13. JAMAIS PLUS
(NEVER AGAIN)


Scénario : Glen Morgan & James Wong
Réalisation : Rob Bowman

Résumé :

Mulder prend une semaine de congés et délègue à Scully une affaire extra-terrestre. Mais Scully est en pleine dépression et n'enquête que machinalement. Edward Jerse est un jeune homme brisé par son divorce qui un soir se fait tatouer Betty, une belle femme, avec l’inscription « Never again » sur le bras. Mais à sa grande horreur, le tatouage lui parle dans sa tête et le pousse à accomplir des actes de plus en plus horribles. Scully finit par le rencontrer au cours de son enquête, et, attirée par Edward, dîne avec lui, provoquant la jalousie de Betty…

Critique :

Comme l'indique d'ailleurs clairement le titre, le duo Morgan/Wong fait ici ses adieux à la série pour voguer vers de nouvelles aventures. Bien entendu, ces auteurs aussi imaginatifs qu'audacieux fonctionnant volontiers en marge du reste de l'équipe de production ne pouvaient pas prendre congé avec un épisode banal. Le scénario instaure ainsi une véritable crise existentielle chez Scully, alors que Mulder se voit contraint administrativement de prendre une semaine de congé. Ceci nous rappelle d'ailleurs que Mulder et Scully sont bien des fonctionnaires, José Chung avait raison ! Si ces vacances s'avèrent très amusantes (avec notamment un pèlerinage spirituel à Graceland !), elles demeurent en marge, tandis que le récit se centre quasi exclusivement sur Scully.

Celle-ci semble en proie à une véritable dépression, doutant de tout jusqu'à sa relation avec Mulder et de l'intérêt même des Affaires non classées ! Ce n’est pas en relation avec son cancer, l'épisode n'y fait pas explicitement mention d’autant que l’ordre des épisodes 12/13/14 a été bouleversé. On peut y discerner surtout la tendance coutumière de Morgan/Wong à pianoter sur la relation Mulder/Scully. Cette présentation d'une Scully "lost in translation" dans une ville de province lors d'une enquête ennuyeuse, d'une grande finesse d'écriture et portée par une Gillian Anderson particulièrement inspirée, se suit avec le plus vif intérêt, mais également quelque incrédulité... On ne peut s'empêcher d'y voir une certaine tentation de la transgression et de la virtuosité pour elle-même, plutôt qu'une réelle inflexion du personnage. L'épisode se termine d'ailleurs amèrement sur l'image d'un duo véritablement au bout du rouleau, une idée que la suite de la saison démentira au plus haut point !

L'aspect fantastique demeure ici accessoire sans que cela constitue un réel problème, le cœur de l'épisode étant bien le spleen de Scully. On remarque d’ailleurs que, bien avant I Want To Believe, Scully résout l’affaire en un instant sur le Net… Néanmoins cette histoire de tatouage reste habilement agencée, comme toujours avec ces auteurs. Cet épisode, un temps destiné à être diffusé après le Superbowl, devait être dirigé par Quentin Tarantino, finalement empêché pour des raisons juridiques. La réalisation de Rob Bowman apparaît toutefois si efficace que l'on ne parvient pas à le regretter !

Le serpent Ouroboros du tatouage de Scully évoque irrésistiblement celui de MillenniuM, où les auteurs feront également merveille ! La voix du tatouage est assurée par Jodie Foster/Clarice en VO. De même que Chris Carter était intervenu pour éviter l'assassinat de Frohike dans Musings of a Cigarette Smoking Man, le Boss a du agir également ici pour empêcher que la scène intime de Scully et Ed Jerse ne soit trop explicite... L'audace diabolique du duo ne connaît pas de limites ! Certains s'interrogent de fait sur l'existence d'un tel évènement ; à la vision de l'épisode, c'est pourtant une évidence ! Enfin, pour les amateurs de potins, Gillian Anderson, qui vient alors de divorcer, aurait connu une brève romance avec le séduisant Rodney Rowland...

Never again reste le brillantissime testament de Morgan/Wong, même s'il n'entraîne pas une adhésion aussi totale que leurs précédents opus. Après celui de Darin Morgan (les coups de fil des Coprophages sont bien plus amusants qu’ici !) , leur départ définitif - du moins jusqu'à la saison 10, 18 ans plus tard - constitue une perte des plus lourdes pour les X-Files !

Anecdotes :

  • Scully fuguait la nuit et fumait les clopes de sa mère quand elle avait 13 ans. Ça tue le mythe ! La dernière fois qu'elle eut un rencard, elle a vu le film Glengarry de James Foley, film qui date de 1992. Or, le film n’est sorti que le 29 septembre de cette année, alors qu’elle était entrée au FBI depuis six mois. N'ayant pas eu d'autre rendez-vous depuis, on peut supposer qu’il s’agit de son prétendant du Diable du New Jersey (saison 1).

  • Mulder n’a pas pris de vacances en 4 ans. Quel employé modèle !

  • Scully et Jerse passent la soirée dans le Hard Eight Lounge. Hard Eight Pictures, Inc. est en fait le nom de la société de production de Morgan et Wong.

  • L’assassinat de la voisine d’Edward est filmé selon le célèbre travelling arrière de Sir Alfred Hitchcock de Frenzy, quand Bob Rusk est sur le point de tuer Babs. La chanson entendue lors de la scène est Doesn't somebody want to be wanted, chanson composée par le groupe fictif de musique The Partridge Family dans la sitcom du même nom. Jodie Foster (la voix de Betty) a d’ailleurs joué un de ses premiers rôles dans un épisode de la série.

  • Au début de l’épisode, Scully tourne en dérision l’histoire de Mulder en la comparant avec un épisode de la série animée pour enfants des années 60 The Bullwinkle Show.

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14. JOURNAL DE MORT
(MEMENTO MORI)


Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter, Vince Gilligan, John Shiban, & Frank Spotnitz
Réalisation : Rob Bowman

Résumé :

The Truth will save you, Scully. I think it'll save both of us.

Scully apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur cervicale inopérable et sans doute incurable. La cause de son cancer vient de son enlèvement. Mulder refuse de rester inactif et mène son enquête pour trouver un moyen de sauver quand même sa coéquipière. Il apprend que le nom de Scully figure dans une clinique « spéciale » qui fait des traitements contre la stérilité alors qu’elle n’y a jamais mis les pieds. Il s’y introduit avec l’aide des Bandits Solitaires…

Critique :

Cet épisode, véritable croisée des chemins de cette saison, comporte deux segments bien distincts. Le premier constitue une enquête hyper classique, et finalement très schématique, au sein d’une Mythologie continuant à se complexifier mais demeurant parfaitement cohérente. Cet aspect demeure trop précipité pour totalement entraîner l’adhésion. Ainsi, on comprend très rapidement que le gaillard est un Hybride, bien avant l’apparition du poinçon fatidique. Le nom sur la boule de neige ou la séance de tir alors que la porte ne s’ouvre pas représentent autant de poncifs passablement éculés, alors que l’on attend tout autre chose des X-Files (en l’obtenant souvent). Pourquoi le tueur de l'Homme à la Cigarette démarre-t-il sa voiture pour simplement se positionner devant la porte de la maison ? Demeurent tout de même des scènes faustiennes en diable et somptueusement filmées entre l'Homme à la Cigarette et Skinner, et l’intervention aussi pittoresque qu’à l’accoutumée des Bandits Solitaires. Que Mulder fasse appel à eux pour une intervention reste l’indice absolu d’une situation définitivement désespérée… Surtout cette enquête ne sert finalement que de véhicule au véritable sujet de l’épisode, un moment clé et particulièrement déchirant dans la relation unissant Mulder et Scully.

L’épisode débute ainsi par une scène magnifique où Scully envoie comme une lettre d’adieu à Mulder, le passage restant absolument bouleversant même quand on le connaît par cœur. Ces passages du « Journal de Mort » de Scully scandent le récit de moments particulièrement vibrants, tandis que Gillian Anderson nous régale d’une éblouissante démonstration de son grand talent d’actrice. Elle remportera l’Emmy Award 1997 pour cet épisode, ce qui n’est vraiment que justice. Duchovny n’est pas en reste et manifeste parfaitement l’énergie désespérée qui anime Mulder dans sa quête pour sauver Scully. Il ira jusqu’à tenter une négociation avec l'Homme à la Cigarette… on se demande vraiment si ceux qui reprochent à l’acteur la fadeur de son jeu ont vraiment vu la série ! Les deux collègues (le terme apparaît définitivement inapproprié après cet épisode) se soutiennent l’un l’autre avec beaucoup de dignité et de courage, chacune de leurs scènes arracherait vraiment des larmes à une pierre, sans toutefois jamais tomber dans le pathos… Les dialogues entre Scully, Margaret et l’ultime survivante du groupe paraissent également très réussis. Un épisode central de la série, cultissime pour les passionnés de la relation Mulder/Scully, mais qui ne laissera personne indifférent !

À noter deux scènes coupées exceptionnelles (maudits écrans publicitaires). La première met en scène Scully recevant la visite de son frère Bill ; le moins que l’on puisse dire est que leur relation apparaît déjà particulièrement tendue, le passage paraît étonnement dur ! Le personnage fera finalement son apparition dans Gethsemane. Comme dans One Breath, le père de Scully lui rend aussi visite, ce qui nous vaut le plaisir de revoir Don S. Davis. Mais surtout, alors que la version finale de l’épisode met en scène un chaste baiser sur le front, nous découvrons, effarés, qu’il est bel et bien suivi par la première vraie embrassade entre nos deux héros. Sans doute dû ici au trop-plein d’émotions, ce moment clé sera finalement remis à plus tard…

Enfin Memento Mori est aussi le titre d’un épisode de Chicago Hope (également de Stargate), I Want To Believe s’annonce déjà…

Anecdotes :

  • L’idée du baiser entre Mulder et Scully est une improvisation des acteurs. Toute l'équipe en resta muette de surprise ! Chris Carter coupa la scène car il voulait encore retarder ce moment fatidique. Dans l’autre scène coupée (la visite de Bill Scully), on apprend que Bill est dans la marine et a été muté à la NAS Miramar, tout comme son père.

  • Épisode préféré de Frank Spotnitz.

  • Le superbe monologue d’introduction fut écrit par Chris Carter. Il s’agit de « l’introduction la plus émouvante jamais écrite par lui pour la série » (Spotnitz).

  • Scully a été enlevée fin octobre 1994. La date de son « examen » étant le 29 octobre.

  • Gillian Anderson fut emballée à l’idée que son personnage soit atteint d’un cancer, car lui permettant de jouer quelque chose de nouveau. Chris Carter avait prévu que Mulder se comportât de manière héroïque mais Duchovny l’en dissuada : il voulait au contraire accentuer la vulnérabilité de son personnage pour gagner en émotion.

  • Le tuyau où les Bandits Solitaires guident Mulder est en carton, avec des lumières fixées à la base. A cause de l’étroitesse du lieu, ce fut Dean Haglund (Langly) qui dut actionner le clap !


15. LA PRIÈRE DES MORTS
(KADDISH)


Scénario : Howard Gordon
Réalisation : Kim Manners

Résumé :

Un groupe de trois jeunes antisémites assassine Isaac Luria, un épicier juif. Le lendemain de son enterrement, un des trois tueurs est retrouvé étranglé, avec curieusement des traces de doigts appartenant à Luria ! Le cadavre d’un des deux autres tueurs est retrouvé plus tard près de la tombe de Luria. Scully soupçonne Jacob, le malheureux père, de s’être fait justice lui-même ; mais Mulder pense que Luria est revenu d’entre les morts sous la forme d’un golem vengeur, un monstre légendaire de la culture juive…

Critique :

L’épisode paraît ne pas manquer d’atouts. L’histoire se montre particulièrement émouvante (la scène de la bague nuptiale…) grâce à une mise en scène habile, alternant scènes violentes et touchantes avec une grande justesse. L’omniprésence de la pénombre situe bien l’intrigue aux limites crépusculaires de la mort et de la vie. Les fenêtres ouvertes sur la culture juive se révèlent passionnantes. L’extrême droite nazillonne se voit montrée telle qu’elle est (des abrutis sanguinaires passablement minables, avec une jolie vision inversée des Bandits Solitaires et de leurs publications), et l’antisémitisme se voit éloquemment condamné. La musique de Snow appuie comme toujours somptueusement le déroulement de l’intrigue. Les acteurs font merveille, surtout Justine Miceli (NYPD Blue), particulièrement convaincante sur un registre difficile et risqué. Alors ? Alors cette belle romance d’amour et de désespoir semble vraiment se suffire à elle-même, d’autant que l’aspect X-Files s’avère artificiellement et maladroitement greffé sur ce magnifique thème principal.

L’enquête se scande ainsi par plusieurs facilités : le livre qui prend feu pour la simple épate (on se croirait dans un numéro de Maleeni le Prodigieux, à moins que Xander Harris ait encore eu la facétieuse idée de parler en latin), une explication scientifique de Scully ridicule, mais qui nous vaut un hochement de tête sarcastique de Mulder assez plaisant, il est vrai, certains raccourcis temporels trop criants comme l’ambulance arrivée en trois secondes ; le Golem impressionne nettement moins que d’autres Monster of the week, et il ne se passe aucune scène marquante entre Mulder et Scully… Et puis on se demande à quoi sert l’intervention du fin duo qui n’empêche aucun meurtre, le Golem étant finalement détruit par sa créatrice. Non, décidément, cela semble paradoxal, mais cette histoire très « Anne Rice » aurait gagné à être dépouillée du rituel X-Files pour prendre toute sa dimension et son autonomie. La série accroît tout de même ici l’universalité de ses sujets de manière éclatante ! On apprécie également de voir l’affaire pour une fois exposée par Scully. Je conseille également la lecture de Pieds d'Argile (Terry Pratchett, Les Annales du Disque Monde), une autre variation subtile et amusante sur le Mythe du Golem, avec d’intéressants clins d’œil aux Robots d’Isaac Asimov.

Et avouons qu’après la superbe mais ténébreuse succession d'épisodes très noirs de cette saison 4, on commence à aspirer à un peu de divertissement, sinon de gaîté… Nul doute d’ailleurs que le prochain épisode ne se montre plus joyeux et rieur ! Ah bon ?!

Anecdotes :

  • L’épisode est dédié à Lilian Katz, il s’agit de la grand-mère d’Howard Gordon, le scénariste de l’épisode.

  • Le Kaddish est une prière sous forme d’une grande invocation où l’homme magnifie la grandeur de Dieu. Il est récité à la synagogue lors de funérailles juives, avec des variantes suivant les régions et les branches de la religion. Un des textes du Kaddish sera utilisé pour la 3e symphonie "Kaddish" de Léonard Bernstein.

  • Isaac Luria (1534-1572)  est en fait le nom d’un fameux rabbin, considéré comme le plus grand penseur du mysticisme juif.

  • Jacob Weiss aurait appartenu à l’organisation terroriste Irgun et aurait été arreté à ce titre par les anglais en 1959... sauf que l’Irgun a été dissous en 1948 !

  • Quand les deux assassins entendent la discussion entre Brunjes, Mulder, et Scully, l’un d’entre eux relève la phrase de Scully sur la rumeur qu’Isaac serait encore en vie… mais il l’attribue à Mulder !

  • Le détective John Bartley est nommé d’après le directeur de la photographie des trois premières saisons des X-Files. Il apparaît d’ailleurs dans l’introduction d’Anagramme (saison 3).

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16. L'HOMME INVISIBLE
(UNREQUITED)


Épisode Semi-Mythologique

Scénario : Howard Gordon & Chris Carter, d’après une histoire d’Howard Gordon
Réalisation : Michael Lange

Résumé :

Un général américain est retrouvé mort dans sa voiture hermétiquement fermée de l’intérieur ! L'assassin est Nathanael Teager, membre de « La main Droite », une association d’anciens soldats du Viêt-Nam préparant un coup d’Etat, et déclaré mort au Viêt-Nam en 1973. Il possède le don de se rendre invisible à volonté et le démontre en tuant dans une chambre close un second général. Skinner mobilise tous ses hommes dont Mulder et Scully pour sauver le 3e général visé par Teager. Mais comment neutraliser un ennemi qui peut disparaître en un clin d’œil ? Quel est son mobile ? Agit-il pour le compte de quelqu’un ?…

Critique :

La grande faiblesse de l’épisode réside dans sa trop grande similitude avec Insomnies : même thématique (regard critique sur le traumatisme du Vietnam), et déroulement de l’intrigue sensiblement équivalent. Il en découle une certaine prévisibilité ne pouvant que desservir le récit. De plus, la comparaison tourne plutôt à l’avantage du premier, les manifestations du pouvoir onirique d’Augustus Cole apparaissant plus troublantes que les pourtant spectaculaires tours de passe-passe de Teager. Le grand Tony Todd accomplit une performance plus notable que l’efficace Peter Lacroix, un habitué des séries de Science-Fiction.

Mais l’épisode n’en reste pas moins fort plaisant à regarder grâce à une mise en scène efficace, avec notamment de forts jolis angles de caméra et des travellings impressionnants. Les effets spéciaux, certes réduits, demeurent comme toujours très efficaces. En particulier, on apprécie vivement que cette habile variation autour de cette figure centrale du Fantastique qu’est l’Homme Invisible ne se traduise pas par la succession coutumière d’effets plus ou moins fabriqués du type objets se déplaçant tout seuls, etc… (Suivez mon regard sur une certaine ambassade soviétique). Les apparitions et disparitions de Teager s’avèrent toutes des modèles d’efficacité et de sobriété. L’histoire s’agence habilement, avec un duel Mulder/Teager fort plaisant à suivre. Une interrogation cependant : si Teager est visible à travers une caméra, pourquoi le FBI n’en dispose-t-il aucune autour du Général, au lieu de se livrer à cette partie de cache-cache des plus risquées ?

L’interprétation se montre brillante (belle apparition de Scott Hylands), comme souvent tout au long de la série. L’épisode se pare d’à-cotés très positifs, comme une jolie visite de Washington, un détour bien amené par la Mythologie, une apparition comme toujours particulièrement bienvenue de Marita Covarrubias (ah, Marita…) sous l’égide de Lincoln, ou un rappel du passé militaire si troublant de ce personnage ô combien complexe et passionnant que se révèle toujours Walter Skinner.

Anecdotes :

  • L'histoire anticipe curieusement sur Homeland, que le scénariste Howard Gordon co-créa 14 ans plus tard : un vétéran de l’armée américaine cherche à assassiner des personnages haut placés de son pays, l'on y voit une agent fédéral (Scully) courir au milieu d'un débat politique pour stopper un ex-soldat d'ouvrir le feu sur des politiciens et des militaires (comme Carrie à la poursuite de Brody dans le finale de la saison 1), et l'on voit une veuve découvrant que son mari militaire présumé mort a survécu, mais qui a depuis refait sa vie avec un autre homme (comme Jessica Brody et Mike Faber).

  • Erreurs :

    • Lors du défilé militaire, le joueur de caisse claire situé juste derrière le chef ne marche pas en rythme.

    • Faux raccord quand Mulder parle à Skinner par oreillettes : Skinner a tantôt sa main derrière l’oreille, tantôt non.

    • La porte du repaire de « La Main Droite » est fermée quand Mulder et Scully arrivent mais est ouverte quand les chiens apparaissent. 

  • Plusieurs membres de l’équipe ont leurs noms écrits sur le mémorial des victimes.

  • 1148 du jour : Il est 11h48 quand Mulder et Scully se rendent au mémorial pour interroger Mme Davenport.

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17/18. TEMPUS FUGIT
(TEMPUS FUGIT / MAX)

xfiles 4 17

Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter & Frank Spotnitz
Réalisation : Rob Bowman (1re partie) et Kim Manners (2e partie)

Résumé :

Le vol 549 se crashe au sol après une chute de 9000 mètres. Parmi les victimes se trouve Max Fenig (cf. L'Ange déchu, saison 1), qui a été plusieurs fois kidnappé par des extra-terrestres ! Mulder et Scully apprennent que les victimes du crash ont reçu des radiations inexplicables, que toutes les montres des victimes ont 9 minutes de retard par rapport à l'heure du crash comme ce qui arrive à chaque enlèvement extra-terrestre ! L’avion a-t-il été intercepté par un OVNI ? Max détenait-il un objet compromettant ? La situation se complique quand l’armée tente d’éliminer un militaire qui veut aider nos agents, que la sœur de Max est à son tour kidnappée, et qu'un allié de nos héros est victime d'un attentat. En recoupant des documents appartenants à Max et sa découverte au fond d'un lac, Mulder met au jour une vérité vertigineuse...

Critique :

Les avions, volant dans des espaces normalement inaccessibles à l’homme et finalement très mystérieux, comme quittant temporairement notre univers, ont de tout temps fasciné auteurs et amateurs de Fantastique (Stephen King, Les Langoliers). Ce thème passionnant a bien entendu été exploité avec bonheur dans les séries télé, en particulier The Twilight Zone (titre même de l’anthologie, avion échoué dans un étrange désert, revenant vide, perdu dans l’espace-temps, monstre sur l’aile…), mais aussi plus récemment dans Torchwood. C’est donc fort naturellement que les X-Files en viennent à leur tour à aborder ces rivages, et avec quelle maestria !

La première partie se déroule comme un thriller captivant de bout en bout, où l’on suit avec un très vif plaisir la succession des révélations chocs mais aussi les échanges très ludiques d’hypothèses sur le crash entre Mulder, Scully, et Millar (excellent Joe Spano, Hill Street Blues). La déclinaison du récit en énigmes à résoudre est une vraie réussite. La tension ne diminue jamais, et, sans atteindre tout à fait les cimes d’Anasazi, on est content de se retrouver devant un épisode mythologique de la plus belle eau et au budget visiblement conséquent. On se réjouit également de revoir, hélas pour une tragique conclusion, l'amusant Max Fenig de Fallen Angel. Ce personnage se montre une nouvelle fois particulièrement attachant !

L’intrigue offre également une nouvelle occasion de différencier les caractères de Mulder et Scully : alors que celle-ci se montre très sensible au drame et aux meurtres postérieurs, Mulder paraît lui quasi indifférent. Passé en mode « traque », seule l’ardente volonté de découvrir la vérité semble l’animer, et la mise en scène parfaitement efficace sait à merveille nous faire ressentir cette flamme l’habitant. Duchovny nous régale d’un récital particulièrement magistral. Outre le cliffhanger coutumier, percutant mais non plus exceptionnel cette fois-ci, Mulder s’étant déjà fait capturer par des militaires, le récit se conclut avec éclat par une scène faisant écho à la pétillante introduction de l’anniversaire de Scully (tous les sept ans, comme les chiens). C’est en effet dans ce même bar que le si sympathique Agent Pendrell trouve un trépas fort cruel, marqué par une ironie tragique au moment où il allait enfin partager une table avec son étoile. On ne se demande pas vraiment pourquoi il se retrouvait à boire tout seul au bar… Je ne connaissais même pas son prénom restera l’épitaphe lapidaire, mais oh combien significative de Pendrell, dont la fin constitue le nadir de cette succession de noirceurs de la saison 4. So long, Pendrell !

La seconde partie apparaît un peu moins consistante. Même si elle répond avec clarté et précision aux interrogations de la première, elle se résume principalement à la mise en œuvre des deux scènes d’abordage d’avions. Mais celles-ci s’avèrent réellement stupéfiantes d’intensité et de maîtrise technique. En utilisant simplement décors, sons et savants éclairages, loin des images informatiques contemporaines, les incroyables artistes de la série réussissent un double prodige, aussi merveilleux que spectaculaire. On ne peut qu’applaudir la performance ! Le face-à-face entre Mulder et le très habile tueur taciturne du jour se révèle également très prenant. Le bilan de l’épisode ressort très amer, toutes ces morts n’empêchant pas Mulder de se retrouver finalement les mains vides, et cette fois pas du fait de ses adversaires ! La petite touche finale d’humour entre Mulder et Scully apparaît ainsi particulièrement bienvenue ; quand tout le reste n’est plus que cendres, il demeure toujours au moins leur complicité… À propos du duo on note que quand Mulder se dévêt sans trop de gêne devant sa partenaire, celle-ci se retourne, passablement embarrassée. Décidément ces deux-là ne sont pas encore intimes ! Les moments de honte de Scully quand Mulder explique ses théories à un tiers sont toujours aussi délectables…

Tempus Fugit s’impose comme un double épisode mythologique de très haut niveau, démontrant qu’en sa quatrième saison la série n’a rien perdu de sa fougue. Seul petit regret, l’absence de l'Homme à la Cigarette : il manque toujours quelque chose aux récits mythologiques quand ils se voient privés de la lumière sombre de William B. Davis…

À noter également, dans la série des « vus ailleurs » : une chambre de motel, avec télé devant le lit, où se déroule un mystérieux Événement, dont l’Occupante disparaît sans laisser de traces, où la porte s’ouvre de manière très curieuse tandis que tout le monde court après d’étranges Artefacts… Bon dieu, mais c’est bien sûr, nous sommes dans The Lost Room !

Bon, je suis fier de moi, j’ai terminé cette critique sans vanne foireuse sur Il est libre, Max, il y en a même qui l’ont vu voler. Ah, zut.

Anecdotes :

  • Cet épisode marque la mort de l’agent Pendrell (Brendan Beiser) qui sera apparu dans 9 épisodes de la série.

  • L’idée de l’épisode est de David Gauthier, responsable des effets spéciaux.

  • VF : Joyeux anniversaire Dana ! VO : Happy birthday Scully !

  • A la fin de l’épisode, la montre de Skinner marque 10h56. Chris Carter est né en octobre 1956.

  • Un épisode de Rocky & Bullwinkle (voir Plus Jamais) a un personnage qui est un habitant de la Lune nommé Paul Gidney, nom que prend Max Fenig comme pseudonyme.

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19. AUX FRONTIÈRES DU JAMAIS
(SYNCHRONY)


Scénario : Howard Gordon & David Greenwalt
Réalisation : James Charleston

Résumé :

23h40, Jason et Lucas, deux étudiants en cryobiologie, se disputent quand un vieil homme arrive et supplie Lucas de s’arrêter : un bus va l’écraser à 23h46 s’il ne change pas son chemin. Mais Lucas l’ignore et continue… et se fait écraser par un bus à l’heure dite ! Le vieil homme entretemps a été embarqué par la police mais il s’est échappé et le policier est mort totalement congelé ! Tout accuse Jason sur qui croulent les preuves. De plus, les empreintes retrouvées sur le policier correspondent… à celles de Jason ! Mulder et Scully découvrent dans leur enquête le second cadavre aussi congelé d’un… cryobiologiste...

Critique :

Cet épisode clairement mineur détonne singulièrement au sein d’une saison 4 incroyablement relevée. Le voyage temporel ressort comme un des thèmes les plus riches et passionnants de la Science-Fiction, et la version donnée ici en demeure terriblement basique. On ne discerne aucune originalité ni prise en compte de subtils paradoxes dans ce récit. Dans un sujet proche, Barjavel faisait déjà beaucoup mieux en 1943 avec Le voyageur imprudent. Cette faiblesse demeure d’autant plus rageante que la série nous offrira des épisodes de tout autre stature dans ce domaine : Monday (verrou temporel) ou Redrum (déstructuration temporelle). On en est loin.

Cela débute très mal par une introduction dévoilant une trivialité devinée dès les premiers instants, avec un ton grandiloquent parfaitement dérisoire. Une fois les jalons posés, l’histoire se suit sans surprises dans un déroulement très mécanique et multipliant les facilités (pourquoi le voyageur se pique-t-il ? Comment au juste voyage-t-il ? Pourquoi ne pas tuer ses victimes avec des moyens classiques mais plus définitifs ? etc.). L’attention du spectateur peine à se maintenir tant la mise en scène, certes efficace, n’apporte pas la fantaisie dont l’épisode aurait besoin. L’interprétation se maintient à un honnête niveau, mais sans les grands numéros d’acteurs admirés dans d’autres épisodes. Restent de nouveaux exploits des artistes de la série et un Mulder très en forme, pétillant d’esprit (la scène de présentation de l’affaire est très réussie), titillant de manière très réjouissante Scully sur sa fameuse thèse. Duchovny et Anderson insufflent beaucoup d’humour à leurs jeux et sortent indemnes de ce qui restera comme le fiasco de cette saison.

À noter qu’un titre français particulièrement ridicule vient couronner l’ensemble, alors que les comédiens de doublage français de Mulder et Scully accomplissent un bel ouvrage comme toujours. Hiro Kanagawa, un habitué des séries fantastiques, refera une apparition dans Au cœur du Complot et MillenniuM.

Anecdotes :

  • David Greenwalt écrira un épisode d'Angel (La machine à arrêter le temps) décrivant pareillement une manipulation temporelle devant déboucher sur une catastrophe.

  • La thèse de Scully (voir L’Homme à la Cigarette) portait sur le voyage temporel.

  • Lisa Ianelli monte dans le bus 4221... et descend du bus 4170 !

  • La scène d’ouverture évoque (en miroir) le film Retour vers le futur.


20.LA QUEUE DU DIABLE
(SMALL POTATOES)


Scénario : Vince Gilligan
Réalisation : Cliff Bole

Résumé :

- I don't imagine you need to be told this, Mulder, but you're not a loser.
- Yeah, but I'm not Eddie van Blundht either, am I ?
- (Silence)

Au moment d’accoucher, une femme dit que le père de son enfant vient d’une autre planète ! Pire, le bébé qu’elle met au monde est pourvu d’une queue ! C’est la cinquième fois en trois mois que cela se produit. Mulder et Scully découvrent que les quatre autres bébés pourvus d’une queue sont le fruit du même géniteur. Mulder arrête vite le coupable, il s’agit d’un concierge : Eddie van Blundht. Scully croit qu’il a drogué et violé ces femmes, mais Mulder pense qu’il est capable de changer d’apparence à volonté. C’est en effet ce qui se produit, et la situation se complique quand Eddie s’évade et prend l’apparence de Mulder !…

Critique :

Ah, le charme de ces récits décalés, à côté des loners classiques et autre Mythologie… Ne serait-ce que pour représenter l’unique épisode comique de cette aussi noire que somptueuse saison 4, Small Potatoes mériterait déjà toute notre sympathie, tant cette bouffée d’oxygène nous fait du bien ! Mais ce ne serait pas faire justice à ce très gouleyant épisode si on se limitait à ce constat. En effet, c’est bien par ses qualités propres que cette histoire emporte l’adhésion tant elle apparaît comme un véritable festival de gags et d’effets comiques particulièrement réussis, de plus de natures très différentes. Humour de situation, de réparties, de l’absurde, satirique envers les héros de la série, voire noir lors de la très gratinée autopsie du jour... le cocktail drolatique de l’épisode s’avère vraiment irrésistible. Lee de Broux et Christine Cavanaugh accomplissent également de savoureuses apparitions.

On rit souvent de bon cœur, comme lorsque Mulder prend la bombe Skywalker en pleine figure, avec une Scully prenant un malin plaisir à bien enfoncer le clou, ou quand Mulder démolit l’appendice de la dépouille, le pastiche de Taxi Driver, Mulder et Scully se regardant avec embarras quand on les prend pour des parents, etc... Les exemples abondent, tandis que Mulder en prend pour son grade durant tout le récit. La mise en scène et la musique jouent efficacement sur le registre humoristique, et les acteurs se montrent au diapason. Si Gillian Anderson se montre excellente, la palme revient à Duchovny qui accomplit ici une prouesse proprement époustouflante, manifestant avec un rare abattage les dons pour la comédie qu’il confirmera plus tard en tant que « Hanky ».

Mais une grande comédie ne saurait se contenter d’empiler les gags, même excellents, et Small Potatoes atteint une nouvelle dimension grâce au passionnant et finalement très subtil personnage de Eddie. Interprété avec une grande conviction par nul autre que Darin Morgan (à qui Vince Gilligan rend ici comme un hommage), ce prétendu loser se révèle progressivement un fin psychologue non dénué d’humanité. Agréablement ambivalent, on ne sait trop finalement que penser de son action certes moralement très condamnable, mais qui non révélée apporte en fait un peu de bonheur et de romantisme chez des femmes à l’existence sinon bien morose. L’épisode se double ainsi d’une satire de l’American way of life bien propret, qui pour en être feutrée n’en demeure pas moins redoutable.

Une démonstration particulièrement éclatante en est réalisée avec Scully. Cette dernière, qui passe ses week-ends à bosser (mais qui, tout comme Skinner, ne se rend absolument pas compte de la substitution alors que les indices pleuvent… reviens, Mulder !), tombe instantanément sous le charme d’un Eddie accomplissant en une soirée ce que Mulder a été incapable de mener à bien en quatre ans. Il se montre également bien plus empathique qu’un Fletcher dont il n’a ni le cynisme rigolard ni la veulerie crapuleuse, sans doute parce qu’il recherche vraiment l’amour. Certes, grâce à la survenue du vrai Mulder (tiens, on avait oublié l’humour de boulevard !), la morale est sauve, mais qui pourrait nier que l’on n’avait pas vu Scully aussi heureuse depuis bien longtemps ? Eddie conclut son magistral passage dans les X-Files par une explication de texte pétillante à souhait avec Mulder, où il lui assène une Vérité pas piquée des vers. Mulder est bien trop intelligent pour répliquer par la négative… Le seul petit regret de cet enthousiasmant épisode reste de voir enfermé dans un hôpital pénitentiaire celui en qui l’on a pu découvrir l'un des plus touchants et sympathiques fameux Monstres de la semaine !

À noter que la saison 4 restera celle des occasions manquées pour notre duo : après le baiser coupé de Memento Mori, voici que ce moment crucial est de nouveau remis à plus tard. Enfin on se dit que le stupéfiant Yappi a vraiment marqué les esprits car il effectue une nouvelle apparition au détour d’un tabloïd !

Anecdotes :

  • On apprend que Mulder a quand même un semblant de vie privée puisqu’il a une maîtresse du nom de Chantal aux Communications Téléphoniques (relation qui le fait bénéficier de certaines réductions). Toutefois, il se fait appeler Marty auprès d’elle (comme il l’avait fait dans Les Vampires [saison 2]). Sa carte d’identité indique qu’il mesure 6 pieds (1m83). C’est en effet à 1 cm près la taille de David Duchovny. L’adresse de Mulder est 42-2630 Hegal Place, Alexandria, Viriginia, 23242.

  • Les Bandits Solitaires sont plus que jamais obsédés par l’assassinat de JFK, et on apprend qu’ils adorent le steak fromage.

  • Scully travaille chaque vendredi soir sur une monographie. Elle envoie ses travaux à une revue de pénologie. Ici, le sujet est le rapport entre l’acetylcholine (ou sérotonine) et le comportement délinquant. Eddie semble on ne peut plus intéressé… Sinon, elle a eu un petit ami à 18 ans du nom de Marcus mais il ne semble pas lui avoir laissé d’impérissables souvenirs…

  • David Duchovny a improvisé certaines de ses répliques et gestes quand il joue Eddie jouant Mulder.

  • Le titre original Small potatoes est une expression signifiant quelque chose (ou quelqu’un) qui n’a aucune importance, qui ne compte pas vraiment. Il se rapporte ici au peu de considération qu’a Eddie pour lui-même.

  • Le gag du h silencieux dans « Blundht  » serait une private joke à David Duchovny : beaucoup de personnes prononcent le H dans « Duchovny » (qui se prononce en fait Dukovni). Et d’ailleurs, le père de David s’appelait Amram Ducovny (sans h).

  • Le premier épisode comique écrit par Vince Gilligan était initialement un projet de film (comme pour Autosuggestion [saison 3]). Au départ, les bébés devaient naître avec des ailes, mais Gilligan opta finalement pour des queues car plus faciles à créer par ordinateur ! La référence à Star Wars est également un hommage : c’est un des films préférés de l’auteur.

  • Alors qu’il avait écrit la moitié de l’épisode, Gilligan se rendit compte que dans son esprit, seul Darin Morgan pouvait incarner Eddie. Darin rapporte le dialogue entre lui et Vince :

    • Qu’est-ce que je joue cette fois ? Un beau mec qui cherche l’âme sœur ?

    • Non, tu joues un mec gros et moche qui féconde les femmes en les violant car tu es né avec une queue…

    • (Silence)

    • [Soupir]… Ok, Vince, merci, envoie-moi le script ! 

  • Quand Mulder et Scully vont voir le père d’Eddie, on peut se demander pourquoi Scully sort un parapluie de la voiture alors qu’il ne pleut pas.

  • Pour appuyer sa thèse sur le pouvoir de morphing d’Eddie, Mulder le compare à McGruff the Crime Dog. Il s’agit d’un chien anthropomorphe de cartoon, et se comportant comme un humain. Il est utilisé en Amérique depuis 1980 pour soutenir des messages de prévention de toutes sortes destinés aux enfants (drogues, violence, alcool...).

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21. NID D'ABEILLES
(ZERO SUM)

Épisode Mythologique

Scénario : Howard Gordon & Frank Spotnitz
Réalisation : Kim Manners

Résumé :

Une employée de poste s’éclipse pour aller fumer aux toilettes. Une monstrueuse colonie d’abeilles s’infiltre alors dans la salle et s’abat mortellement sur elle ! Skinner, soumis aux ordres du Fumeur s’il veut obtenir un vaccin contre le cancer de Scully (actuellement à l’hôpital), se voit obligé d’effacer toute trace de l’événement. Mais Mulder commence à avoir des soupçons et se demande qui efface les traces. Skinner, piégé, ne peut rien dire. Alors qu’une deuxième victime meurt de la même horrible manière, Skinner commence à s’interroger sur les causes de ces morts. Quelles sont donc les motivations du Consortium ? Peut-il échapper à la main de fer du Fumeur ?

Critique :

Cet épisode présente une structure très originale car il se révèle quasi totalement centré sur Skinner, tandis que Mulder demeure à la marge et que Scully reste totalement absente (retour à la case cancer après l’accalmie de Small Potatoes). On est ravi pour ce formidable personnage qui méritait bien un tel honneur, d’autant que l’épisode se révèle passionnant.

Cela débute, tel un excellent Columbo, par un long passage somptueusement filmé où l’on suit Skinner dans son rôle de nettoyeur au service du Fumeur. Une fois Mulder entré en action, on passe à un schéma hitchcockien où Skinner découvre l’ampleur du complot dans lequel il se trouve compromis, et désormais se débat. Le récit, nerveux à souhait et au suspense constant, se voit scandé par une série de confrontations tendues qui sont autant de scènes choc : avec Mulder, l'Homme à la Cigarette (aux nerfs décidément d’acier) mais aussi la toujours charmante Marita dont la félonie se trouve ici révélée (quelle surprise !). Les conversations de Marita avec Skinner et l'Homme à la Cigarette apportent une nouveauté bienvenue. Autant de morceaux de bravoure qui font le prix de cet épisode très percutant, porté par la musique de Snow. On notera que Skinner restera sans aucun doute comme le supérieur hiérarchique le plus braqué par ses subordonnés de l’univers des séries télé !

Mitch Pileggi (à la musculature toujours aussi impressionnante) montre une grande subtilité de jeu, à la hauteur de la richesse de son personnage. Ce thriller à haute tension, ponctué de scènes horrifiques particulièrement marquantes, se conclut abruptement, nous laissant littéralement le souffle coupé et terriblement désireux de découvrir la suite ! Cet épisode mythologique de haute volée (on ne regrette même pas l’absence de Scully !) est dédié à Vito Pileggi, père de Mitch. Après Herrenwolk, on continue à progresser vers Fight The Future

Anecdotes :

  • Troisième épisode sans Scully. L’épisode est centré sur Skinner. Il est dédié à Vito J. Pileggi, le père de Mitch.

  • 20e et dernier scénario d'Howard Gordon. Il quitte la série à la fin de cette saison après quatre ans de bons et loyaux services pour aller travailler dans Buffy contre les vampires puis Angel (il y retrouvera David Greenwalt avec qui il a cosigné Aux frontières du jamais), soumettre des pilotes rejetés, avant d'accéder à la consécration en devenant showrunner de la série 24 heures chrono et co-créateur de la série Homeland.

  • Skinner habite dans l'appartement 1708 de son immeuble. Son arme de service est un Sig Sauer P228. L’adresse complète de Marita Covarrubias est 1001 1st avenue NY, NY. Son numéro de téléphone est (212) 555 0101.
  • Le titre original Zero Sum (en français : Jeu de somme nulle) est un terme de probabilités désignant un jeu où on ne peut gagner qu’aux dépens de ses adversaires ; pas de juste milieu : on gagne tout ou on perd tout. Tel est l’enjeu du pari que doit relever Skinner : ou il échoue et il est totalement fichu, ou il gagne, et obtient ce qu’il désire.

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22. AMOUR FOU
(ELEGY)


Scénario : John Shiban
Réalisation : James Charleston

Résumé :

Pintero, un tenancier de bowling, aperçoit, coincé dans le mécanisme d’un poseur de quilles, le cadavre d’une jeune femme à la gorge tranchée. Sortant dehors, il constate avec stupéfaction qu’un cadavre vient d’être retrouvé dans le parking… et qu’il s’agit de la même jeune femme ! Mulder pense que Pintero a vu un spectre, une âme qui venait de quitter son corps. Les deux agents soupçonnent Harold Spuller, un aliéné mental qui ne cesse de réciter des chiffres, et qui fait une crise quand Mulder lui demande s’il a vu des fantômes. Alors que d’autres meurtres identiques ont lieu, Scully est de plus en plus mal : elle a aussi été témoin d’une apparition prémonitoire et commence à s’effondrer moralement et psychiquement…

Critique :

Malgré des débuts assez amusants, Scully paraissant visiblement aussi captivée par le bowling que par le baseball et nous offrant un de ses regards-de-la-honte bien croquignolets, cet épisode se révèle, encore une fois, particulièrement sombre. C’est le cas concernant une intrigue du jour se développant entre mort et folie, avec à la clef des apparitions spectrales particulièrement saisissantes ! La mise en scène impressionne par sa dimension crépusculaire, et bénéficie de l’époustouflant numéro de Steven Porter, étonnant de conviction. Les rebondissements parfaitement maîtrisés de l’intrigue offrent également un récit policier de haute qualité, au vrai suspense. Mais cette brillante réussite ne constitue finalement que le socle sur lequel se bâtit l’argument principal du récit : la dérive psychologique subie par Scully.

Alors que ces apparitions se relient d’une manière particulièrement sinistre à son cancer, Scully, jusque-là relativement épargnée, se trouve brutalement confrontée à un surnaturel des plus morbides. Ceci, se cumulant au stress induit par sa maladie, nous fait assister au poignant spectacle d’une Scully craquant littéralement sous nos yeux : déni de réalité et incommunicabilité avec son partenaire, scène très émouvante chez la psychologue (déjà vue dans Le Fétichiste) où Scully révèle à quel point elle s’appuie sur Mulder, effusion finale de larmes… on touche au plus près la réalité de cette terrible maladie, tout en demeurant très pudique et en évitant le mélodrame. Gillian Anderson se montre absolument bouleversante, faisant réellement corps avec les tourments traversés par son personnage. Elle s’affirme définitivement comme une très grande actrice de l’émotion. C’est la suprême habileté de l’épisode que de reposer, bien au-delà de son aspect paranormal, sur une description très profonde et pertinente des vicissitudes de l’âme humaine confrontée à sa propre mortalité.

Au total, l’épisode s’achève sur une Scully plus proche de l’effondrement que jamais. Il est vraiment temps que le cauchemar s’achève, pour elle mais aussi pour nous, tant le spectateur sort laminé par un épisode aussi superbement abouti qu’éprouvant ! John Shiban signe ici une de ses meilleures histoires, et semble déjà anticiper sur sa participation à Supernatural, très friande du thème des spectres.

Pour les amateurs de littérature, une élégie est une poésie lyrique plaintive, évoquant la mort ou la souffrance amoureuse due à l’absence. Encore une fois, le titre original apparaît bien supérieur à sa traduction…

Anecdotes :

  • Aka. Tulpa. Aka. Revenant. Tulpa est un terme utilisé dans le mysticisme tibétain pour désigner une apparition fantômatique produite par l’esprit.

  • Si Scully n’aime pas trop le bowling, Mulder semble être plutôt doué (réussissant un strike).

  • Sydney Lassick (Chuck Forsch) joue ici le rôle d’un malade mental, rôle qu’il avait déjà joué dans Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975) de Milos Forman dont le film par ailleurs s‘inspire (maison de fous, infirmière sadique…). On notera d’ailleurs qu’après Brad Dourif (Le Message, saison 1), Vincent Schiavelli (Faux frères siamois, saison 2), et Michael Berryman (Révélations, saison 3), c’est le 4e acteur qui a joué dans le film de Forman et dans X-Files !

  • Chuck Forsch est le nom d’un des assistants de Chris Carter. Une des victimes s’appelle Risa Shapiro, c’est le nom de l’agent de David Duchovny. Le Dr.Martin Alpert est le médecin particulier de John Shiban.

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23. CRIME DE MÉMOIRE
(DEMONS)

Épisode Mythologique

Scénario : R.W.Goodwin
Réalisation : Kim Manners

Résumé :

Mulder se réveille dans une chambre d’hôtel loin de chez lui. Sa chemise est ensanglantée bien qu'il ne soit pas blessé, et il ne se souvient de rien. Mulder a de fortes crises où il voit des souvenirs embrumés de la nuit où Samantha a été enlevée. De plus, Amy et David Cassandra, un couple de retraités, a été assassiné avec le pistolet de Mulder, et un policier se suicide… Pendant que l’inspecteur place Mulder en garde à vue, Scully s’aperçoit que le policier mort connaissait les victimes, et qu'Amy prétendait avoir été enlevée par des extra-terrestres…

Critique :

Cet épisode tente d’entremêler Mythologie et thriller onirique, mais le résultat ne semble guère concluant. Certes, la mise en scène demeure efficace, et l’histoire bénéficie d’une très belle composition de Gillian Anderson, judicieusement mise en avant ici avec une Scully remuant ciel et terre pour sauver son partenaire. Si l’ensemble se suit sans déplaisir ni ennui, force est de constater qu’un nombre considérable d’éléments vient entacher la performance et interdire à l’épisode d’atteindre la moyenne particulièrement relevée de cette saison.

Ainsi, si l’intrigue ne comporte pas de contradiction ou de trou béant, les indices se succèdent à une vitesse trop élevée, et résultent obtenus bien trop facilement par nos enquêteurs pour que cela n’entache pas la crédibilité d’un épisode justement quasi dépouillé de toute dimension fantastique et très polar. Après tous les miracles opérés par l’hypnose au cours de la série, y compris dans cette saison (Le pré où je suis mort), on ne comprend tout simplement pas pourquoi Mulder a recours à ce qui ressemble tout de même beaucoup à de la trépanation. Et puis, on répugne sincèrement à le voir abdiquer son si bel intellect pour désespérer au point de s’en remettre à un gourou pour le moins douteux. Alors qu’il parait évident dès le départ que, comme toujours, Mulder n’abandonnera pas tant que la Vérité demeurera dissimulée, Scully s’épuise à lui demander un nombre incroyablement élevé de fois d’aller à l’hôpital, encore et toujours en vain. Cela lasse très vite, et puis cela crispe.

Alors que la série nous a habitué à des effets spéciaux aussi habiles qu’élégants, les visions oniriques s’avèrent criardes et d’une grande laideur, et de plus sans réel intérêt. On reste très loin de La Maison du Docteur Edwardes qui sert visiblement de modèle à l’épisode. Où est Skinner ? Qu’un agent du FBI soit incarcéré pour meurtre semble laisser le Bureau totalement indifférent. Le pire demeure que les scénaristes capitulent en rase campagne et renoncent à nous expliquer comment Mulder a pu concrètement en arriver à la situation où nous le découvrons. On reste dans le flou complet derrière l’alibi commode de l’amnésie, cela s’assimile vraiment à de la facilité. Par contre, les auteurs disposent du temps nécessaire pour tartiner sur l’identité du père du Mulder, cette problématique me paraissant loin d’être la plus intéressante de la série, et n’ayant jamais autant ressemblé à du mauvais mélo.

Parmi les côtés positifs de l’épisode figure tout de même l’excellence de l’interprétation des seconds rôles, Vanessa Morley et Chris Owens dans leur emploi coutumier, ainsi que Jay Acovone (Stargate), l’excellent invité du jour.

Anecdotes :

  • Les Mulder avaient une résidence secondaire à Quonochontaug.

  • Mulder fait une nouvelle allusion à O.J.Simpson (voir Autosuggestion, saison 3).

  • 925 du jour : Il est 9h25 quand Mulder demande au docteur de continuer le traitement.

  • L’ombre d’un membre de l’équipe est visible sur le mur quand Scully trouve le magazine-clé chez le policier mort.

  • Le policier se suicidant s’appelle Michael Fazekas, c’est le nom de l’assistant de Frank Spotnitz.

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24. LE BAISER DE JUDAS
(GETHSEMANE)


Épisode Mythologique

Scénario : Chris Carter
Réalisation : R.W.Goodwin

Résumé :

L’agent Dana Scully reconnaît devant les policiers le cadavre trouvé dans l’appartement de Mulder : c’est bel et bien celui de son défunt partenaire ! Devant la commission du FBI, elle déclare les recherches de Mulder obsolètes : elle a en effet découvert qu’il a été depuis son entrée aux Affaires Non Classées la victime d’une gigantesque manipulation : les extra-terrestres n’ont jamais existé !
24 heures plus tôt, Mulder s’est envolé au Canada retrouver un groupe de chercheurs ayant découvert ce qui pourrait être le corps d’un alien pris dans les glaces. Mais les chercheurs ont été assassinés lorsqu’il les a rejoint… De son côté, Scully rencontra Michael Kritschgau, du ministère de la Défense, qui lui avoua l’existence de la plus grande machination jamais orchestrée au monde…

Critique :

L'aussi ténébreuse qu'enthousiasmante saison 4 se conclut par le premier volet du désormais traditionnel arc mythologique. Sans doute pour maintenir l'intérêt et éviter un sentiment de routine, Chris Carter introduit un lot pour le moins non négligeable de nouveautés. Dans la forme, l'histoire s'avère être un long flash-back correspondant à une narration de Scully. L'effet paraît fort réussi, scandant le récit d'intermèdes réalisés avec élégance (beaux jeux d'ombres et de lumières), et portés par la grande sensibilité de Gillian Anderson. L'évocation de la métastase de son cancer s'effectue avec autant de dignité que d'impact. Décidément, cette saison demeurera des plus sombres jusqu'à la toute fin... Blevins effectue un retour bienvenu.

Sur le fond, Carter va encore plus loin car il n'hésite pas à remettre en cause les fondements de l'univers de la série en introduisant l'idée que les incursions extraterrestres ne constitueraient qu'un immense simulacre destiné à couvrir des expériences menées par l'armée américaine. Mulder aurait été berné depuis le commencement ! Cette théorie proprement vertigineuse, renforcée par le côté volontiers accusateur du discours de Scully, donne un intérêt supplémentaire à l'histoire et nous vaut un beau portrait psychologique de Mulder. Celui-ci s'effondre jusqu'à en pleurer en voyant s'évaporer les fondements de son combat, même si évidemment on se doute bien qu'il y a anguille sous roche ! Nous avons vu l'Huile Noire, etc. L'épisode bénéficie également de vues somptueuses sur les splendides montagnes canadiennes enneigées, on s'en régale.

Malheureusement, Le baiser de Judas souffre d'un manque certain de rythme et de contenu. Le pan de l'intrigue relevant de Mulder demeure trop schématique et prévisible, et dépourvu du tempo frénétique qu'ont pu manifester par le passé les arcs similaires. De fait, on comprend très vite que nous n'assistons ici qu'à un simple prologue, l'essentiel de l'intrigue se déroulant ultérieurement. Le double épisode réussi Redux le confirmera d'ailleurs amplement par la suite. On peut regretter ce dosage déséquilibré qui prive de matière cet épisode. L'arc Anasazi (la référence ultime en la matière) savait atteindre son paroxysme dès le commencement, ce n'est pas le cas ici. L'absence du Fumeur (mais aussi des Bandits Solitaires !) se fait encore une fois cruellement sentir dans ce type d'épisode.

De plus, le fameux cliffhanger de fin de saison se montre ici passablement éventé. D'une part, on se doute bien que Mulder est évidemment encore de ce monde, et d'autre part, on a assisté à la séance d'ouverture qui annonce déjà cette pseudo révélation. Et puis cette histoire de suicide ne tient pas la route. Même si les Aliens n'étaient que supercherie, le mystère de la disparition de Samantha et de son devenir demeurerait. Imagine-t-on Mulder renoncer à résoudre cette énigme ? La « surprise » tombe donc deux fois à plat, renforçant cette impression d'une réussite imparfaite de l'épisode. Et puis, après Le Seigneur du magma, on a de nouveau droit à un clin d'œil à la vidéo de Roswell, mais avec autrement moins de drôlerie. Ceci dit, les interrogations installées font que l'on attend la suite avec la plus grande impatience, tandis que la situation de Scully prend un tour désespéré. Suspense !

Pour la curiosité, Matthew Walker interprétera plus tard le fameux Merlin de Stargate SG1. À noter que, après la scène coupée de Memento Mori, Gethsemane voit l'entrée en scène effective de Bill (excellent Pat Skipper) dans une version un peu adoucie. L'épisode ouvre d'ailleurs une fenêtre sur les repas familiaux des Scully, qui permet de mieux comprendre à quel point Dana apprécie l'excitation des Affaires non classées... John Finn campe solidement un Kritschgau appelé à revenir ultérieurement dans la série (saison 7).

Gethsemane correspond au lieu où se déroule la Passion du Christ, élément biblique que le titre français retranscrit plus explicitement. La culture religieuse reste décidément plus prégnante aux États-Unis qu'en France !

Anecdotes :

  • Pour la huitième fois de la série, l’indicatif The Truth is out There est remplacé par Believe the Lie (Croyez au mensonge). Une phrase-clé citée 3 fois dans l’épisode.

  • Première apparition « officielle » (après la scène coupée de Memento Mori) de Bill Scully, un des frères de Scully interprété par Pat Skipper. C’est également la première apparition de Michael Kritschgau (dont le nom est celui d’un ami d’enfance de Gillian Anderson), l’employé du ministère de la Défense interprété par John Finn.

  • Après avoir retrouvé un semblant de foi religieuse dans Révélations (saison 3), Scully semble à nouveau s’en éloigner.

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TOP 5 SAISON 4

1) Le pré où je suis mort
2) Journal de mort
3) L'Homme à la Cigarette
4) La queue du diable
5)La meute

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Crédits photo : FPE.

Images capturées par Estuaire44.