saison 1 saison 3

Buffy Contre les Vampires (1997-2003)

Saison 6 


1-2. CHAOS  
(BARGAINING)

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Scénario : Marti Noxon (1re partie) et David Fury (2e partie)

Réalisation : David Grossman

Cinq mois se sont écoulés depuis la mort de Buffy. Le Scooby-Gang continue de lutter contre les démons de Sunnydale en se servant du BuffyBot pour taire la mort de la Slayer. L'annonce de sa mort déchaînerait en effet les monstres. Mais une bande de démons bikers perce à jour la supercherie. Willow a réuni tous les ingrédients pour un maléfice qui pourrait ressusciter Buffy, mais les démons bikers arrivent à Sunnydale et interrompent le rituel…

La critique de Clément Diaz 

That'll put marzipan in your pie plate, bingo !

La saison 6, la plus noire de la série, s’ouvre avec ce double épisode (seule la saison 1 s’ouvre aussi par un double épisode) à l’ambiance déjà délétère. Elle commence avec une des plus enthousiasmantes introductions avec cette belle bataille de quatre minutes et demie dans le cimetière où on retrouve avec plaisir nos persos chéris : Willow en boss télépathique, Tara la sorcière, Xander et Anya le couple de caractère mais toujours décalé, le valeureux Giles, Spike le battant vanneur, (Poor Watcher, your life pass before your eyes : cup of tea, cup of tea, almost got shagged, cup of tea), et Dawn... enfin, Dawn quoi. Dawn donc qui hérite d'un rôle douloureux : celle qui veut que le BuffyBot remplace tout à fait sa sœur (on est pas loin du Solitaire de la Twilight Zone) ; on est en droit de se demander si nous agirions comme elle dans sa situation. Horreur, Anthony Head n'est plus au générique, l’acteur va en effet prendre du champ et être absent une bonne partie de la saison. On le regrettera.

Excellente idée de réintégrer le BuffyBot, ce qui permet à l’actrice principale d'être présente dès le premier épisode de la saison. Elle est une source comique infinie, avec des répliques totalement barges assurés de muscler les zygomatiques - la rencontre parents-professeurs est assez énorme. Marti Noxon soigne ses dialogues percutants et l'humour - l'urne d'Osiris sur eBay, c'est génial. Cela permet de meubler son peu consistant scénario, reposant uniquement sur le sortilège de Résurrection. Donc, il ne se passe pas grand-chose, mais on accepte de retrouver tout le monde. Spikounet qui veille sur Dawn en souvenir de Buffy, c'est émouvant, comme Anya la capitaliste toujours plus sensible qu'elle veut le laisser paraître. Willow est un bon choix de chef suppléant, elle a l'autorité et la vivacité qu'il faut. Belle scène d'adieux de Giles. On remet la tension à la fin quand le gang de bikers arrive à Sunnydale pile au moment où Willow se fait malmener par Osiris ; chouette.

La deuxième partie use d'une formule efficace, quoiqu'ici pas toujours bien utilisée : les alliés séparés qui doivent se retrouver pour vaincre les gros méchants. L'histoire convainc toutefois dans le retour difficile à la vie d'une Buffy traumatisée et hagarde. Sarah Michelle Gellar, en femme à peine humaine, est étincelante. Les longs plans de Buffy errant dans les ruines sont incroyables d'effroi, mais il manque un peu d'intensité, que l'action et les “retrouvailles” pas super festives ne compensent pas. La mise à l'écart de Spike-Dawn est regrettable. Tara accomplit son unique assassinat de bad guy dans la série (Nobody messes with my girl ! Ca rappelle une réplique de Buffy à propos d'Angel). Le finale au sommet de la tour branlante est un peu longuet ; Fury demande beaucoup à Michelle Trachtenberg, mais elle s'en sort avec les honneurs. On finit sur un happy end instable, car Buffy doit encore se retrouver. Chapeau à David Grossman, dont la caméra emprisonne chaque scène dans un cadre anxiogène pregnant. Une satisfaisante ouverture de saison. Pensée émue pour le BuffyBot qui tombe au champ d'honneur.

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La critique d'Estuaire44 

Avec ce premier épisode, cette fois d'entrée connecté au corpus principal, Whedon introduit un changement notable, à l'image de cette saison assez hors normes, ayant désorienté pas mal de fans. Outre des péripéties très prenantes, Il annonce subtilement la couleur, avec une première partie très humoristique (le Gang, l'impayable Buffybot...) et un second temps particulièrement sombre et dramatique, à l'image de la saison elle même : Willow jouant avec la magie noire, Tara confrontée à la violence, le départ de Giles, la sentence prémonitoire prononcée à cette occasion par Xander et bien entendu une Slayer en plein trouble existentiel, voire dépressive.

Une ouverture réussie, même si les démons peuvent sembler assez lourds et trop à découvert. Mais après tout ce déferlement est assez logique, toutes les autorités de la ville ayant été anéanties (la Slayer, l'Initiative, mais aussi le Maire, qui, à sa manière, tenait en main sa ville). Grand numéro des comédiens, à commencer par une Sarh Michelle Gellar très concluante sur un double registre au grand écart. Les trucages de la série ont souvent vieilli mais celui de la résurrection de Buffy reste performant. 

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  • L'épisode est le premier à être diffusé par UPN, qui demanda spécialement un double opus pour marquer l'occasion. Une intense campagne publicitaire acheva de créer une curiosité et Chaos connut la seconde plus forte audience de l'ensemble de la série (7,7 millions de téléspectateurs). Le record est détenu par Innocence (8,2 millions).

  • N'appartenant plus aux personnages réguliers de la série, Giles ne figure plus  au générique.

  • L'aéroport de la décidément petite ville particulièrement bien dotée qu'est Sunnydale est en fait celui de Long Beach. Le tournage fit difficile du fait du bruit lors du décollage des avions.

  • Anya offre une part de tarte aux pommes à Giles, il s'agit d'un clin d'œil au film American Pie 2, où figure Alyson Hannigan et sorti en salles peu de temps avant la diffusion de l'épisode.

  • Tara offre un petit monstre jouet à Giles et déclare Grrr Aaargh, cette fois le clin d'oeil vise la fameuse animation de Mutant Enemy Productions concluant chaque épisode.

  • Spike conservera la moto dérobée au démon tout long de la série, c'est notamment avec elle qu'il quittera Sunnydale en fin de saison.

  • Tara tue son premier démon, pour sauver Willow.

  • Ici détruit, le Buffybot ne reviendra plus dans la série. Par contre un autre modèle apparaîtra en saison 9 Comics, cette fois construit par Andrew.

  • Willow et tara ont emménagé chez Buffy, elles occupent l'ancienne chambre de Joyce.

  • Le choc est d'autant plus grand pour Buffy que l'épisode Nightmares, en saison 1, avait montré qu'être enterrée vivante était l'une de ses peurs intimes.

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3. RÉSURRECTION
(AFTERLIFE)

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Scénario : Jane Espenson

Réalisation : David Solomon

La maléfice de Willow a eu un effet secondaire : en contrepartie de la résurrection de Buffy, elle a amené sur Terre un esprit démoniaque qui possède tour à tour plusieurs membres du Scooby-Gang. Comment supprimer l’esprit sans tuer Buffy ? Buffy confie à Spike un secret à propos de son séjour dans l’au-delà.

La critique de Clément Diaz 

I was torn out of there. My friends pulled me out. And everything here is bright and hard and violent... Everything I feel, everything I touch... this is Hell.

After life ou le retour à la vie. Jane Espenson réussit le plus difficile : Buffy émergeant peu à peu de son état "zombie" pour redevenir celle que nous connaissons. Les doutes et les peurs du Scooby-Gang à avoir fait joujou avec des forces qui les dépassent sont superbement interprétés. Tara est la plus lucide, tandis que Willow est plus trouble - et Spike s'en rend compte - elle a beau dire qu'elle ne savait pas qu'il y'aurait un "prix à payer", on pense surtout qu'elle n'a voulu faire aucune recherche sérieuse, aveuglée par sa volonté de ramener la Slayer. L’addiction de la jeune sorcière à la magie commence à se prononcer de plus en plus, ce sera un axe majeur et très réussi de la saison. Spike n'est plus aussi déjanté que naguère, il devient plus un second "Angel", plus dans le tourment, les regrets, et le romantisme.

Mais avec James Marsters, la copie surclasse aisément l'original, du moins dans Buffy (David Boreanaz n’étant vraiment dans cet élément que depuis la série Angel). Toutes ses scènes avec Buffy, ou son algarade avec Xander résonnent avec une force particulière. Xander et Anya n'ont par contre pas changé, mais qui voudrait voir Emma Caulfield autre chose qu’en grande gueule ou Xander en geek courageux ? Dawn impressionne de plus en plus ; en petite soeur attentionnée et impuissante, elle est une solide caution "émotion". Cette lente marche vers la ressurrection est menée par Sarah Michelle Gellar, toujours royale.

L'histoire du démon clandestin est par contre pas super. Bon, Anya qui rit comme une démente ou Dawn qui se prend pour une cracheuse de feu, c'est pas mal, mais le monstre n'a pas assez de présence pour inquiéter. Le duel final est bâclé. Par contre, le twist final est un des plus cataclysmiques de la série, qui fait penser au génial A nice place to visit de La Quatrième Dimension, mais inversé. On sent que la Slayer ne sera hélas plus jamais la même, une blessure qui ne s'en ira jamais. Spike est le seul à connaître la vérité, il s’agit d’un autre axe fondamental de la saison : le rapprochement de ces deux êtres. Efficace.

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La critique d'Estuaire44 

L'épisode se présente comme la suite immédiate et moins aboutie du pilote de saison, le tout semble bien sentencieux, avec la révélation finale sur le Paradis qui en fait trop dans le mélo, d’une manière assez théâtrale. Et puis  l’intimité avec Spike commence à être trop poussée, quel intérêt d’avoir un doublon d’Angel ? On perd le Spike déjanté et hilarant qu'on aimait, pour obtenir une copie qui fait un peu série voulant retrouver sa martingale du bon vieux temps alors même que le duo  Boreanaz/Sarah Michelle Gellar avait sa magie  bien à lui, non transposable. Le monstre ne convainc guère, malgré quelques effets spéciaux réussis. Tout cela fait assez songer à Charmed, série très regardable mais tellement moins forte que Buffy.

L'absence de Giles se fait également cruellement ressentir. Dawn crachant du feu résulte davantage grotesque qu'effrayante, on peut se demander si les auteures s'acharnent sur le personnage à dessein. Demeurent la toujours irrésistible Anya et un moment émouvant quand Buffy  fixe l'image de sa mère, on se demande si elles n'étaient pas ensemble là haut. Après une ouverture réussie, la saison 6 semble peiner à trouver son sujet. On sent que Jane Espenson n'est pas à son affaire sur une tonalité se voulant aussi sombre (pas étonnat qu'elle n'ait guère collaboré à Angel). Tout ceci aurait du être intégré au double épisode pilote, cela aurait autorisé une grandiose aventure du Trio en plus. 

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  • Quand Willow l'appelle, il est étonnant que Giles puisse être déjà arrivé à Londres. Il vient de partir dans l’après-midi.
  • C'est la première fois que l'on découvre le jardin situé à l'arrière  de la maison de Buffy.
  • L'ordinateur de Willow est un iBook, la technologie a progressé depuis les premières saisons.
  • Au cimetière, Buffy est filmée en perspective avec un Ange, ce qui donne l'impression qu'elle a elle même des ailes. C'est un premier indice montrant qu'elle a en fait été extraite du Paradis.

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4. LA TÊTE SOUS L’EAU
(FLOODED)

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Scénario : Douglas Petrie et Jane Espenson

Réalisation : Douglas Petrie

La maison des Summers croule sous les dettes depuis la mort de Buffy. Elle doit trouver un moyen de remonter la pente tout en matant un démon. Giles, de retour d’Angleterre, s’inquiète que Willow puisse tomber dans la dépendance à la magie. Pendant ce temps, trois méchants flamboyants et terrifiants font leur entrée : ils sont géniaux dans leurs domaines respectifs (démonologie, magie, gadgets) mais aussi geeks, abrutis, crétins, lâches, délirants : voici le Trio …

La critique de Clément Diaz 

- You hired me to create chaos and carnage for you. Told me you were powerful men, commanding machines, magicks, the demon realms below.
- We are.
- Yuh-huh.
- We're like, Super Villains.

Un épisode narrativement frustrant, vu que Douglas Petrie et Jane Espenson n'écrivent pas le quart de la moitié du commencement d'une vraie histoire. A part un monster-of-the-week anodin, l'épisode a l'idée compréhensible mais non payante de se pencher sur le quotidien de Buffy : factures, fuites, factures, démarches administratives, factures, etc. Très loin de l'exaltation que l'on ressent quand elle botte le cul des méchants. Le tempo assez lent se fait sentir, malgré la mise en scène plutôt bien faite de Petrie, pour la première fois derrière la caméra.

Finalement, l'ensemble marche plutôt bien. D'abord, parce que les malheurs de Buffy (on est pas loin de Girls de Lena Dunham), ne sont pas sans humour, malgré la gravité de la situation. Cela doit beaucoup à la tornade Anya, toujours aussi délirante (Emma, Emma, épouse-moi...). Entre elle et Xander, c'est tension, tension, et encore tension ; leur duo marche à fond. On retrouve les vannes qui tuent de la Slayer et les petits délires de Dawn. Spike se rapproche de plus en plus de Buffy, les Spuffers trépignent d'impatience. Le retour de Giles amène de superbes scènes, dont de chaleureuses retrouvailles avec la Slayer, et le plaisir de ses tics d'Anglais. La scène la plus forte reste la confrontation Willow-Giles. La magie corrompant l’esprit de Willow lui donne une face inquiétante. Pourtant, extérieurement, Willow apparaît toujours un peu timide. Alyson Hannigan, dont je répète pour la 1533e fois qu'elle est la reine du casting, joue à merveille ces deux faces.

Et puis, il y'a le Trio... Alors, huhum, oui, alors là, bravo, hein bravo. On se demande qu'est-ce qu'il y'avait dans les bouteilles de Whedon pour qu'il ait imaginé un trio d'abrutis pareils ! Aussi geeks que quinze Ringo Langly, aussi cons (et veinards) que vingt Max la Menace, d'un courage indissolublement absent... ils font un numéro mais totalement hors classe : le marchandage, le tableau blanc, leur QG de pro, leurs dialogues gambadant au cœur du Geekland... danger de se pisser dessus à force. Warren le gadgetman (Adam Busch), Jonathan le magicien (Danny Strong), et Andrew le spécialiste des démons (Tom Lenk) sont des maîtres en inventivité et en loufoquerie. Un épisode qui remporte l’adhésion grâce à son humour carbonique.

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La critique d'Estuaire44 

Vaste éclat de rire que cet épisode certes un tantinet patchwork, tombant à point nommé après le marasme précédent. Toutes les scènes de tuyauteries et d'évocation de la problématique financière sont à mourir de rire, de même bien entendu que la révélation du Trio de Nerds dont on se pince pour croire qu’il va être le Big Bad de la saison. Quelle idée géniale ! Les flamboyants seigneurs duc rime de Sunnydale sont  déjà au top niveau, et ce n'est pas fini. On est en terrain connu avec Warren et Jonathan, Andrew devra faire ses classes mais nous convaincra vite de son vaste potentiel. Le personnage est juste hallucinant.

On voit bien l’influence des Bandits Solitaires des X-Files, qui s’exercera sur d’autres groupes américains du même genre dans diverses séries fantastiques (dont Supernatural, avec les Ghostfacers). Du tout bon, avec cette négociation avec le démon bien débile comme on aime. Champagne, Giles est de retour (et il n’est pas content). Angel aussi mais là on touche à la première conséquence de la séparation des chaines puisque le cross over demeurera invisible, chez Angel comme chez Buffy (et seulement imaginé par les Scoobies dans le comics correspondant : Réunion). Les deux séries vont désormais se croiser beaucoup moins souvent, même si Angel sera là pour le grand final. 

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  • En fin d'épisode Buffy reçoit un appel de d'Angel, qui a appris par Willow sa résurrection (Carpe Noctem, 3-04). Le cross over demeure bref, car leur réunion  à mi chemin de Sunnydale et de Los Angeles,  ne sera pas jamais montrée. La scène se déroule entre deux épisodes, tant chez Buffy que chez Angel et ne sera qu'évoquée Du fait del a compétition existant entre les diffuseurs des deux séries, aucun accord ne put être trouvé.
  • En 2002, Jane Espenson publie un comics consacré au sujet, Reunion, mais même là l'évènement n'est pas montré, chaque Scooby se l'imaginant à sa manière après le retour d'une Buffy peu prolixe.
  • Le Trio est ici introduit comme Big Bad de la saison, du moins jusqu'à l'émergence de Dark Willow. On se rend déjà compte que Warren est clairement le plus vicieux des trois, donnant l'adresse de Buffy au démon. Lui et Jonathan ont déjà été rencontrés. Andrew est le frère de Tucker, l'adversaire de Buffy dans The Prom. Tucker ne fut pas retenue car son interprète, Brad Kane , était indisponible.
  • Les lettres écrites sur le périscope  correspondent à la traduction en Russe du mot "Geeks".
  • So, we meet at last, Mr. Drippy déclare Buffy au tuyau percé. Il s'agit d'un clin d'oeil à une phrase rituelle des ennemis de James Bond.
  • En Angleterre, Giles réside à Bath. La véritable résidence de Tony Head se stiue effectivement à proximité de cette superbe ville du Somerset, inscrite au Patrimoine de l'UNESCO pour son architecture.
  • Giles accuse Willow d'avoir pu ouvrir les Portes de l'Enfer sur le monde, par le sortilège de résurrection de Buffy. En saison 7, il sera révélé que c'est effectivement le déséquilibre introduit qui permet à la Force d'agir à sa guise.
  • La scène voyant Dawn être arrosée dans la Cave était à l'origine destinée à Spike, quand il résidait dans celle d'Alex. La scène ne fit pas tournée, mais l'idée fut conservée.
  • Quand Jonathan et Andrew votent pour ne pas tuer Buffy, ils le font en réalisant le célèbre salut vulcain de Star Trek. 

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5. TOUS CONTRE BUFFY
(LIFE SERIAL)

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Scénario : David Fury et Jane Espenson

Réalisation : Nick Marck

Pour conquérir Sunnydale, le Trio tente d’en savoir plus sur les capacités de Buffy, toujours à la recherche d’un boulot. Chacun lui tend un piège : Warren fait accélérer le temps autour de la Slayer, Andrew invoque des démons, et Jonathan lance une boucle temporelle. Pendant ce temps, Spike emmène Buffy à une soirée mémorable…

La critique de Clément Diaz 

The only person I can even stand to be around is a neutered vampire who cheats at kitten poker.

Life serial, nous arrache (un peu) à notre incrédulité à penser que les Nerds vont être les grands méchants de la saison (jusqu’à l’arrivée de…). Débiles, oui, mais de vrais génies créatifs dans leur genre. Avec un tel sujet, l’épisode tire sans vergogne la carte de l'épisode décalé. Le Trio est ingénieux et imaginatif, mais leur crétinerie hors normes est telle que les prendre au sérieux est encore compliqué – c'est tout à fait volontaire de la part des auteurs. Les références Geek qui pleuvent sont relativement accessibles pour que la majorité s’esclaffe (X-Files, Star Wars, 007)... On a beau aimer Buffy, on s'éclate devant l'avalanche d'emmerdes qui lui tombe dessus.

Si le piège académique d'Andrew déçoit (euh, des monstres, c'est tout ?), le piège de Warren est déjà plus élaboré - le temps accéléré - mais on accorde la prime à la boucle temporelle de Jonathan, un des moments les plus n'importe quoi de la série. Fury et Espenson se déchaînent, et Sarah Michelle Gellar nous fait une grande performance comique. On atteint l'apothéose avec Jonathan en démon de l'enfer pleurnichard ; non arrêtez, je vais avoir une crampe à force de me serrer les côtes. La soirée de beuverie est aussi hilarante avec cette homérique partie de poker entre démons. Là, c'est sûr que Buffy a touché le fond. Sans doute manque-t-il à cet épisode plus de chair, la suite de sketches est un peu artificielle. La scène du chantier souffre par ailleurs de sa longueur.

Malgré la comédie, on voit que Buffy n'a aucun moyen d'échapper à son destin - tragi-comique scène du cours de sociologie. Elle ne sait être qu'une Slayer, boulot non lucratifs. Ses essais d'avoir une vie normale échouent – le début de la saison 3 le laissait déjà présager, et la tentative du Doublemeat palace le confirmera. Le réconfort de Giles est un leurre : il va bientôt repartir ; une belle pointe amère. La saison a trouvé son rythme, mais il manque encore un petit quelque chose.

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La critique d'Estuaire44 

 

Sans doute le meilleur épisode du Trio, dans son acception humoristique. L’histoire regorge d’imagination et d’humour, les comédiens sont survoltés et le spectateur écoulé de rire devant ces gadgets SF/Fantastiques à la fois débiles et géniaux (comme toujours avec le Triumvirat du Crime). Ces discussions de Geeks massifs (notamment sur 007) surpassent ce tout ce que l’on pourra entendre plus tard dans Chuck ou Big Bang Theory. Mine de rien, Whedon développe un méta récit, le public de sa série étant lui-même pas mal composé de Geeks (et Whedon lui-même reste plus que jamais l'une des figures majeures du Geekland en 2014). L'effet d'assimilation joue à plein puisque une bonne part du public, hormis les Shippers, se reconnaît dans ce miroir joyeusement caricatural que lui tend l'auteur, à l'instar de Chris Carter avec les Ufologues en délire du Seigneur du Magma.

L’épisode a l’audace de se structurer en films à sketchs, ce qui permet de tirer le meilleur parti des trois rigolos, mais aussi d’esquisser avec fluidité un panorama général de la situation des différents Scoobies en ce début de saison. La scène du chantier permet aussi de découvrir un Xander mature et affirmé, ayant parcouru tout un chemin depuis la saison 1. Anya est irrésistible dans son paradis capitaliste, il n'y avait qu'elle pour oser infliger une retenue sur salaire à la Tueuse en personne ! On avouera un faible particulier pour le Verrou temporel de Jonathan, une brillante synthèse de ce que cette idée peut offrir, un passage obligé pour les séries SF ou fantastiques (même Xena y a eu droit). . On trouve d’ailleurs un clin d’œil au Monday des X-Files (la banque qui explose) au beau milieu du fatras de références véhiculé par les trois terreurs. Bon l'idylle se met en place avec Spike. Un épisode massivement barré mais aussi plus subtilement écrit qu'il n'y paraît. 

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  • Le titre original est un jeu de mots sur les céréales Life, très populaires aux Etats-Unis.
  • Parmi les multiples références du Trio, on reconnaît : Star Trek Next genération (épisode Cause and Effect), Star Wars, les Monty Python, l'Age de Cristal, les X-Files (épisode Monday), etc.
  • La sculpture aperçue sur le livre d'art de la Renaissance de Tara est l'Extase de St-Thérèse, située à Rome. Dédiée à St-Thérèse d'Avila voyant un Ange, cette stature en marbre, réalisée par le Bernin, est en fait postérieure à la Renaissance et relève du Baroque (1652). Certains critiques d'art émettent la théorie que le Bernin a malicieusement représenté, non pas l'extase religieuse, mais l'orgasme féminin dans sa plénitude.
  • L'Agence Dollhouse (autre série de Whedon) utilise les mêmes vans noirs que celui du Trio.
  • Buffy revient de ses retrouvailles avec Angel, mais, tout comme ce dernier dans sa série, refuse d'en parler à ses amis.
  • Chaque intellectuel du Trio à sa spécialité / Warren la technologie, Andrew l'invocation démoniaque et Andrew la magie.
  • Etrangement personne ne songe à demander un soutien financier au Conseil, qui a déjà financé les Observateurs mais très probablement aussi les Tueuses (Kendra n'a aucune autre activité). Le père de Buffy reste également absent, sans explications, alors qu’il a des devoirs ne serait-ce que légaux envers ses filles.
  • Apparition de Clem, sympathique démon qui réalisera quelques apparitions jusqu’au terme de la série.
  • On peut se demander comment le reste du monde perçoit Buffy quand elle est sous l'emprise de la puce temporelle de Warren.
  • Durant la polémique autour de James Bond, Jonathan affirme que Tuer n'est pas jouer fut écrit pour Roger Moore. C'est faux, Roger Moore ayant clairement quitté le rôle après Dangereusement vôtre. En fait il faut probablement écrit pour Pierce Brosnan, prévu pour le rôle mais qui ne put se libérer de son contrant pour la série Remington Steele;
  • Warren est partisan de Sean Connery, Jonathan de Roger Moore, et Andrew de Timothy Dalton  Warren le scientifique pointe que Moonraker est inexcusable.
  • Buffy s'enivre au whisky, jusqu'à en perdre ses facultéq. On retrouve une critique de l’alcoolisme déjue dans Beer Bad et Something Blue.
  • La main est en fait animée par la marionnettiste Alice Dinnean Vernon, de Sesame Street.
  • David Fury écrivit le prologue et le premier acte, Jane Espenson les deux derniers.
  • Chacun des actes débute quand Buffy déclare This is going to be great.

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6. BAISER MORTEL
(ALL THE WAY)

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Scénario : Steven S. DeKnight

Réalisation : David Solomon

Xander annonce que lui et Anya sont fiancés. Tara reproche à Willow d’utiliser systématiquement la magie. C’est Halloween, et Dawn se fait une petite virée nocturne avec Janice sa meilleure amie, et deux beaux garçons. Mais à Sunnydale, il n’est pas franchement conseillé de se promener la nuit d’Halloween…

La critique de Clément Diaz 

- What happened to Xander ?
- He kept poking me with his hook. I sent him over to Charmed objects. With any luck, he'll poke the wrong one and end up in an alternate dimension inhabited by a 50-foot Giles that squishes annoying teeny pirates.

Previously on Twilight, euh pardon on Buffy the vampire slayer, nous avons donc All the way qui nous présente une sortie entre potes de... Dawnie. Et là, ça fait mal. Le personnage joue pleinement son registre habituel : la peste irritante. Dawn se la joue cool pour être "in", fait les 400 coups avec sa rousse amie. Les amateurs de Dr.House ne seront pas dépaysés en voyant Amber Tamblyn qui joue l'amie un peu greluche vu que chez le plus grand médecin des séries télé, elle jouera un docteur un peu... greluche. Événement à faire trembler le Buffyverse, Dawn découvre ce que c'est que d'embrasser un garçon.

Hélas, ledit garçon est un vampire et elle devra sacrifier sa première expérience sentimentale - au sens propre d'ailleurs. Coulée de sucre et de guimauve richement caloriques, à déconseiller aux diabétiques. Heureusement, l'interprétation toujours en sans faute de Michelle Trachtenberg limite un tantinet la casse. S'il y'a bien un bon twist, cette histoire tire trop la corde ado. Attendez-vous quand même à une plage d’hilarité quand Spikey et Buff arrivent sur le terrain : au lieu de fighter les evil guys, Buffy prend le temps de se disputer débilement avec Dawn.

Quelques pépites éparses parviennent à briller au milieu de cette chantilly : les fiançailles d'Alex et Anya sont simultanément désopilantes et dramatiques : Anya fait sa showgirl, tandis qu'Alex semble atteint du classique syndrome de "peur de l'engagement" (l'épisode La corde au cou sera centré sur cette peur). La puissance magique de Willow commence à fichtrement inquiéter. Son tour final est à grincer des dents. Après Buffy et Giles, Willow commence à découvrir sa darkside. Le jeu tranché, excessif d’Alyson Hannigan, à l'unisson de cette évolution réellement inattendue de Willow, convainc largement. Épisode assez bouche-trou quand même.

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La critique d'Estuaire44 

Un épisode pour rien, même avec l’annonce, enfin, du mariage entre Anya et Alex. On croirait une chute de pellicule de la première saison, tant les diverses situations ont été vues et revues, avec des vampires parfaitement quelconques. Non seulement Dawn est pire que jamais (ras le bol massif) mais en plus Buffy s’appuie trop sur Giles, le duo parait en souffrance. Rien d‘enthousiasmant donc.

Quel dommage d’avoir eu des épisodes d’Halloween aussi forts par le passé pour ensuite tomber aussi bas. Willow perd de plus en plus ses repères et s’autorise à ensorceler Tara pour mettre fin à une dispute, un évènement lourd en conséquences, qui en dit long sur l’étendue de sa dérive, le seul élément réellement fort de l'épisode. On ne nous enlèvera pas de l'idée que la production de cet épisode a été expédié pour donner du temps au tournage du suivant (où Dawn sera de nouveau enlevée par le méchant, on ne change pas une équipe qui perd). 

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  • Techniquement, Dawn tue ici son premier vampire.

  • Cette fois Anya se déguise en Drôle de Dame pour Halloween. Le costume de pirate d’Alex indique déjà  le bandeau qu’il mettra sur son œil perdu,  en saison 7

  • Spike indique détester Halloween, cela sera repris dans l’épisode Life of the Party d’Angel (5-05), à prose de la fête organisée à cette occasion par Wolfram & Hart.

  • Pour son sortilège, Willow utilise les mots Sekaat puis Takalam, qui signifient respectivement Silence et Parole en Arabe.

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7. QUE LE SPECTACLE COMMENCE
(ONCE MORE WITH FEELING)

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Scénario : Joss Whedon

Réalisation : Joss Whedon

Tout Sunnydale est transformé en comédie musicale géante !! Chaque habitant ne peut s’empêcher de chanter, de danser, et parfois de finir brûler vif à force de danser ! Le Scooby-Gang, également touché par l’événement, enquête entre deux chansons pour trouver le responsable de ce karaoké à grande échelle…

La critique de Clément Diaz 

What a lot of fun, you guys have been real swell.
And there's not a one who can say this ended well.
All those secrets you've been concealing.
Say you're happy now. Once more with feeling.
Now I gotta run. See you all in hell.

Le quatrième épisode « mythique » de la série est un tonitruant séisme musical et kaléidoscopique. Écrit, dirigé, composé par le boss himself (et orchestré par deux excellents musiciens : Christopher Beck et Jesse Tobias), Once more with feeling mérite tout à fait sa réputation d'épisode culte, le plus connu de la série, renommé y compris en dehors du cercle de fans. Via un excellent McGuffin - le démon de la musique invoqué par erreur - Sunnydale se transforme en comédie musicale bariolée et joyeuse, mais dont l'euphorie est subtilement contredite par les effets pervers du maléfice : les secrets cachés qui soudaient le Scooby-Gang sont révélés au grand jour, fêlant totalement leur harmonie. Ce mélange joie/drame est un plus pour cet épisode qui exalte le triomphe de la musique en tant que moteur fondamental de nos vies. Whedon peut aussi se reposer sur le talent vocal général de ses acteurs. Notons qu'Emma Caulfield aura l’occasion de chanter de nouveau dans Crise d’identité (saison 7), avec une nouvelle chanson composée pour elle. En démon de la musique, unique adversaire à triompher du Scooby, Hinton Battle, grande figure de Broadway, est époustouflant. Le scénario est aussi simple qu'efficace, avec un brillant twist final simultanément burlesque et noir. Le faux happy end est une nouvelle et géniale transgression. Les décors sont à tomber, et la réalisation de Whedon est une fontaine infinie d'inspiration.

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Certes, l'épisode musical n'est pas une nouveauté. En 1980, Les Drôles de Dames ont fait un premier essai (En avant le music-hall), et en 1990, il y'eut la comète Cop/Rock, série de Steven Bochco qui racontait des enquêtes policières sous forme de comédie musicale. La tentative de Joss Whedon est une pleine réussite. Et c'est avec un plaisir intact que l'on visionne, écoute, et chante à chaque fois que l'on voit l'épisode. Ce coup d’audace enchanteur, à l’ambition démesurée, est encore à ce jour le modèle absolu de l’épisode musical. L’épisode souffre toutefois d’un talon d'Achille : Joss Whedon a beau être un génie à plusieurs casquettes, il n'est pas compositeur, et se montre inégal. Les deux premiers tiers de l'épisode sont de purs chef-d’œuvres, mais le 3e est bien moins convaincant. La voix de Sarah Michelle Gellar, bien que juste, est assez ingrate, plombant chacun de ses solos (excepté la première chanson qui joue malicieusement de ce défaut).

La réorchestration du générique par Christopher Beck nous fait entrer de plain-pied dans cette histoire de conte de fées : l’agressive guitare électrique est remplacée par des cordes pincées malicieuses, un célesta, de doux violons, une harpe… aux reflets moirés et enchanteurs. On jurerait voir un rideau de scène se lever quand les timbales résonnent. L'ouverture (également composée par Beck) expose les deux thèmes de l'épisode comme le ferait une ouverture d’opéra : le thème de la musique avec le choeur Life is a show, et le thème d'amour Under your spell (la chanson de Tara). Le premier est joué par un piano puis aux violons sous un ostinato joyeux de cordes, pour créer un tissu musical qui nous plonge en pleine félicité. Le deuxième est joué par un hautbois amoureux, sous les miroitements des violons et du célesta. Un début magique.

Sous un battement de piano puis des cordes, s'élève la chanson d'entrée de Buffy, Going through the motions. Pure ivresse sonore, c’est une parodie amoureuse des chansons sucrées de Disney. La voix de Sarah Michelle Gellar, à l’aigu adolescent, non travaillé, convient parfaitement à une chanson qu’aurait pu chanter Judy Garland dans un Magicien d’Oz décalé. La chorégraphie et les hilarantes interventions des monstres équilibrent la portée dramatique du texte, où Buffy chante sa souffrance de ne pas se sentir « vivante ». Comment ne pas être transporté par cette mélodie très lyrique, animée et contenue à la fois ? La richesse symphonique de la musique, variant à chaque couplet (tambours, cordes en battements, bois affectueux, tutti final) est une solide valeur ajoutée.

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I've got a theory met en valeur le contraste entre les voix de chacun des artistes. Les pizzicati moelleux du pupitre des cordes, ou un piano pop font un accompagnement discret pour laisser la place aux voix. Satisfecit pour la parenthèse hard rock d'Anya, grosse louche de décibels parodique qui dézingue à l’acide les textes violents de ces groupes de musique, tout en permettant à Emma Caulfield de se déchaîner comme jamais. La deuxième partie du morceau Why can’t we face ? est un nouveau sortilège mélodique, où batterie et guitares forment une nappe presque lyrique pour soutenir la profession de foi du groupe, indestructible tant qu’ils sont unis. On note cependant que passée l'atmosphère particulière de sa chanson d'introduction, que la voix de Sarah Michelle Gellar ne se prête pas au chant : perçante, crispante, la voix est juste, mais fait bien trop midinette. Le gros gag musical de la moutarde (chanté par le scénariste David Fury) achève cette scène.

Le sublime sublime Under your spell est un sommet d’envoûtement musical. Ballade romantique d’une beauté ineffable, les charmes de la guitare, de la batterie, d’une douce percussion, et des interventions du violoncelle, entourent la mélodie principale à donner la chair de poule. La voix d’Amber Benson est tout simplement parfaite, d’une justesse et d’une grâce à rendre fou ! Si la comédie a gagné une actrice, la chanson a indéfectiblement perdu une grande voix. Photographie colorée et ardente, danse romantique, complicité entre les deux actrices, texte fabuleusement intense (le dernier couplet est carrément érotique)... un moment d'éternité.

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I'll never tell, duo d'amour de Xander-Anya pas dénué d'ironie massive, est d’une grande diversité musicale : récitatif, brefs “verses”, plus longues échappées, trompette de music-hall, numéros de danse volontairement drôles... Ce patchwork ne trouve pas de cohérence, et l’hommage aux duos genre Fred Astaire-Ginger Rogers n’apparaît pas abouti. Les paroles de Whedon sont toutefois de l’or en barres, enlevés, hilarants et acides. Le tout vaut moins que la somme des parties. Les interprètes se débrouillent bien, petite prime pour Emma Caulfield - et sa tenue la moins habillée de la série - Il s’agit narrativement des premiers effets pervers du maléfice : les petits secrets que gardent chacun, incapables d’être retenus, sont dévoilés et jettent une ombre sur leurs relations. Le numéro s’enchaîne à un remarquable plan-séquence où la scénariste Marti Noxon est impayable en contrevenante tentant d’apitoyer l’agent de police. Mention au numéro élégant des balayeurs, sous un brass band 100% jazzy qui nous replonge dans les années 50.

Rest in peace est la chanson rock de l'épisode, naturellement dévouée à Spike. James Marsters assure avec émotion, puissance, et gravité, la subtile psychologie du texte, décrivant simultanément les deux sentiments ressentis par quiconque souffre d'un amour non partagé : l'envie furieuse de ne plus voir l'objet de son désir, et la volonté qu'il reste à vos côtés, quand bien même il vous fait du mal. La musique est à l'unisson : les deux couplets calmes (l'un à la guitare, l'autre à l'orgue) symbolisent l'amertume et l'impuissance, le refrain énergique et éclatant, la colère et la honte.

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Michelle Trachtenberg, ayant une voix chantée de petite fille difficilement supportable, eut le bon sens de ne pas demander trop de chant. Son Dawn's lament est très court, et s'enchaîne à son vrai numéro : une séquence dansée avec les créatures du démon musical. Musicalement, l'accompagnement doit beaucoup aux maîtres russes : le chatoiement des timbres (très Stravinsky, un des thèmes du cor anglais fait d'ailleurs penser à un thème du Sacre du printemps), l'évolution dramatique des harmonies (Prokofiev), et l'hédonisme mélodique (Tchaïkovski), concourent à un nouveau numéro d'anthologie. La danse de Dawn est divertissante, très honorable, mais n'a pas la virtuosité de son équivalent par exemple de Clair de Lune (épisode Mariage secret). Les masques des serviteurs, appartenant à l'univers des jouets, donne un parfum d'enfance qui convient tout à fait.

Un nouveau show de malade se produit avec la chanson du démon. Son numéro de claquettes est aussi dense que prenant. Il s'agit du morceau qui est le plus dans le ton de la comédie musicale. Hinton Battle est flamboyant de charme et de charisme, se déhanchant avec exultation et séduction. Sa voix suave, chaude, et grave fait de What you feel un morceau capiteux. Les petites interventions de Dawn, très mélodieuses, sont une excellente surprise, elles forment un complément doux et innocent au texte parfois joyeusement sauvage du Démon. La musique, qui use de belles attaques de cuivres et d'une batterie ad hoc, est pleine de jubilation communicative. La mise en scène, avec notamment le gag de la porte, est d'une magnifique luxuriance.

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Standing, la chanson de Giles, est une balade mélancolique dominée par une guitare contemplative et une batterie régulière. C'est peut-être le moment le plus émouvant de l'épisode, où Giles, figure paternelle, se rend compte qu'il empêche l'évolution vers la vie adulte de Buffy qui se repose trop sur lui. Il chante sa douleur de devoir la quitter pour son bien alors qu'il ne désire que rester près d'elle. Par une amère ironie, Buffy ne l'entend pas, comme si le fossé déjà était creusé. La voix d'Anthony Stewart Head est un nouvel enchantement, entre pudeur, douleur, dignité, et affection. La musique monte et descend par vagues pour traduire ce flux d'émotions contradictoires. La fusion avec la reprise d'Under your spell de Tara est un nouveau coup de génie, où la métaphore de l'enchantement devient ironiquement du premier degré, signant là la rupture prochaine entre les deux amantes. Ce duo reprend des thèmes des deux chansons, le résultat est prodigieux.

L'hommage au Tonight quintet du West Wide Story de Léonard Bernstein est flagrant dans Walk though the fire, la chanson de rassemblent du Scooby. Mais Bernstein est un des plus grands compositeurs du XXe siècle, et Whedon, malgré son talent, ne peut rivaliser. Le manque d'allant est flagrant, ce que Whedon a d'ailleurs reconnu. Les limites vocales de Sarah Michelle Gellar la frappent de plein fouet, chutant la qualité de la chanson. En dépit d'une mélodie accrocheuse et de paroles puissantes pour exalter le courage de chacun, la chanson est trop sage pour enflammer. Notons cependant un tour de force avec un acrobatique contrepoint où les thèmes musicaux de chaque personnage sont chantés simultanément. Les paroles sont toujours de la meilleure inspiration, mais il est visible que Whedon commence à épuiser ses forces créatrices. La perfection des images en surimpression et surtout des travellings sont toutefois à se damner.

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Les deux dernières chansons sont celles de trop. Something to sing about est carrément médiocre, en cause des ruptures de ton continuelles qui cassent toute émotion alors qu'il s'agit de la grande révélation de Buffy. Sarah Michelle Gellar fait un grand numéro d'actrice, mais sa voix continue d'être trop grèle. Les sections dansées nagent dans un rock du plus mauvais goût. La musique principale se traîne dans des harmonies répétitives, et le pseudo-lamento de Buffy et de Spike est terriblement pathos. Si l'intermède chanté du Démon est délicieux, il est dissipé par le morceau le moins enthousiasmant de l'épisode, et qui se trouve être cruellement... le chorus final ! Where do we go from here ? Terne, en discontinu, c'est une bien frustrante coda pour cet épisode. Les paroles de ces dernières chansons ne sont d'ailleurs pas du plus haut vol. Heureusement, nous nous quittons sur le premier baiser Spike-Buffy avec évidemment le mélange de leurs deux thèmes musicaux. Dans ce dernier acte, les décors, l'interprétation, et la mise en scène sont au top, mais pas la musique. Heureusement, on finit sur une bonne note avec un générique de fin jazzy et enlevé et le fameux “Grrr... Aaargh” chanté par Whedon lui-même, savoureux clin d'oeil.

Un grand épisode musical, psychologique, et narratif, mais il manque un Bernstein, un McCartney... pour sublimer tout cela. Qu'importe, cet épisode est véritablement un des plus grands épisodes de série télé, osé, audacieux, très riche, et à ce jour le modèle inégalé de l'épisode musical. Ce qui ne veut pas dire que les tentatives des autres séries ne valent rien. Ainsi, le My musical de Scrubs sera moins ambitieux, plus modeste, (deux fois) plus court, mais aussi moins irrégulier.

N.B. La VF est certes déconseillée pour l'ensemble de la série, mais ici elle est carrément à bannir. Les exécrables voix françaises se sont sentis obligées de chanter à la place des acteurs, sur des traductions mièvres (et à l'inverse de Scrubs, c'est un carnage). Que l'auditeur ne s'y trompe pas !

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La critique d'Estuaire44 

Sans disposer d'une culture musicale très étendue, on avouera avoir tout aimé dans cet épisode hors normes, sans doute le plus remémoré de la série. La virtuosité vocale atteint un sommet lors du duo entre Amber Benson et Anthony Head, mais les performances des autres comédiens ne déçoivent jamais. Belle et novatrice ambition d'ensemble, avec un spectacle total, puisque la mise en scène  est aussi hyper sophistiquée, avec cette impression de facilité que produit toujours le vrai talent. Les comédiens prouvent qu'ils sont des artistes complets.  Les Spuffy seront à la fête puisque l'on a le premier vrai baiser entre le Spike et son élue à lui (une pensée émue et solidaire pour le joyeux drille vêtu de noir en train d'entonner Yesterday dans la nuit de L.A.).

On apprécie vivement que  Sweet s'en sorte, car, même démoniaques, on ne tue pas la Musique, le Chant et la Danse. Sweet connaît davantage un match nul qu'une victoire mais c'est déjà une belle performance  face à la Slayer et aux siens. Un seul vrai regret : l'absence de  chanson pour le Trio, on aurait bien aimé savoir ce que Whedon aurait imaginé pour eux. Il  y avait pas mal de d'idées  marrantes à perpétrer (pot pourri de génériques de séries, les voir détruire celui de Star Trek cela aurait été ultime...). 

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  • Marti Noxon et David Fury réalisent un caméo, la première étant la femme devant payer une contravention et le second l’homme à la moutarde. David Fury, qui effectuera également plusieurs apparitions dans la série Angel, avait débuté sa carrière comme comédien  dans les comédies musicales et les cabarets de Boadway.

  • Hinton Battle (Sweet), acteur, danseur et chanteur est une figure de proue de Broadway. Il est le seul artiste a avoir emporté trois Amy Awards au titre d’une comédie musicale.

  • Chansons et danses furent composées par Whedon durant l’été précédant le tournage de la saison,  dans sa maison de Cape Cod, avec la participation de Christophe Beck, mais aussi de Tom Minar et de David Greenwalt s’étant rendus sur place.

  • Le tournage requis 19 heures de chants et 17 heures de danse, alors même que Whedon supervisait le tournage de quatre  autres épisodes. Au total l’écriture, la production et le tournage de l’opus auront nécessité quatre mois, une durée tout à fait hors normes.

  • Whedon a indiqué que sa meilleur surprise vocale fut Emma Caulfield, car il connaissait le talent se  James Marsters, Amber Benson et Anthony Head. Ces trois derniers mènent une double carrière, d’acteur et de chanteur.

  • Il ajoute que chacune de ses chansons se situe dans une tradition musicale. Par exemple Going Through The Motions s’inspire des Disney en particulier La Petite Sirène), I'll Never Tell des comédies musicales de Fred Astaire et Walk Through The Fire du Tonight Quintet de West Side Story.

  • Sarah Michelle Gellar a déclaré avoir peu d’aptitude à la chanson et que le tournage fut un enfer.  

  • Lors de son habituelle apparition en conclusion du générique de fin, la mascotte de Mutant Enemy chante cette fois son fameux Grr Argh.

  • So... Dawn's in trouble... Must be Tuesday déclare Buffy, soit évidemment le jour de diffusion de la série.
  • I've seen some of these underworld child bride deals, and they never work out... maybe once déclare Anya, sans doute une référence au mythe d’Hadès et de Perséphone.
  • Quand Anya, Alex et Giles marchent dans la rue, les deux personnes dansant en arrière-fond sont Adam Shankman, le chorégraphe de l’épisode, et Anne Fletche, son assistante. Leur apparition fut décidée à la dernière minute et ils improvisent largement leur danse.

  • Il s’agit du seul épisode de la saison directement écrit ou dirigé par Whedon.

  • L’épisode demeure le seul de la série à avoir été initialement diffusé en widescreen.

  • Un seul autre épisode verra son titre apparaître à l’écran : Conversations With Dead People (7-07).

  • Once More, With Feelings a lancé un nouveau genre, celui des épisodes musicaux de séries elles mêmes non musicales. Entre autres exemples ultérieurs, on peut citer Song Beneath the Song (Grey’s Anatomy), My Musical (Scrubs), Improbable (The X-Files), Brown Betty (Fringe), Girls Versus Suits (How I Met Your Mother), The Bitter Suite (Xena), Variety (Oz), etc.
  • Il ne s’agit toutefois pas du premier épisode de ce genre : dès 2000 Star Trek Voyager proposait Virtuoso, opus largement musical  

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8. TABULA RASA
(TABULA RASA)

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Scénario : Rebecca Rand Kirshner

Réalisation : David Grossman

Tara en veut à Willow d’avoir manipulé son esprit. Willow ne retient pas la leçon et jette un nouveau sortilège d’oubli… tellement efficace qu’il rend tout le Scooby-Gang amnésique !! Buffy et ses amis doivent réapprendre à se connaître. Tâche difficile, d’autant qu’ils sont harcelés par un démon à qui Spike doit une dette de jeu…

La critique de Clément Diaz 

- Oh, listen to Mary Poppins. He's got his crust all stiff and upper with that nancy-boy accent. You Englishmen are always so... Bloody hell ! Sodding, blimey, shagging, knickers, bollocks… oh God, I'm English too !
- Welcome to the nancy tribe.

Le script de Tabula rasa est assez bancal. Entre un premier quart d'heure sans action et une coda "à l'américaine" assez cliché, le cœur du récit lui-même hésite à tirer totalement la carte de la comédie. On se laisse quand même prendre avec cette idée démente de scénariste consistant à effacer la mémoire des protagonistes - Willow qui foire ses sortilèges commence à devenir un vrai running gag. Cascades d'humour à rythme modéré mais plaisant : "Randy" Spike fils de Giles, Anya épouse de Giles, Joan the vampire slayer, Willow petite amie de Xander... un galimatias énorme qui atteint bien son objectif. Les acteurs ne cachent pas leur plaisir d’envoyer à la corbeille leurs registres coutumiers pour jouer un enchaînement de quiproquos enlevé. Il y’a aussi ce côté méta-récit - approfondi plus tard par l’épisode OVNI A la dérive - où la série se moque d’elle-même : le regard des héros devenus étrangers au monde qui les entoure rend l’aspect Fantastique à laquelle nous sommes habitués comme une intrusion. Il est difficile pour les personnages de croire à nouveau en leur monde Fantastique, et c’est cette réappropriation de leur place dans cet univers qui est aussi intéressante. Gros coup de cœur pour l'alliance plus ou moins forcée de "Joan et Randy", ou pour les catastrophes en chaîne d'Anya la magicienne (lapins, lapins, squelette, lapins...).

Rupture entre Willow et Tara, la première étant définitivement "magic addict", et ne voyant pas les conséquences de ces actes, au départ altruistes, mais in fine égoïstes. La douleur de leur séparation est conduite par les jeux très expressifs d'Alyson Hannigan et Amber Benson. Le méchant du jour n'est pas inoubliable, mais difficile d'oublier son apparence cauchemardesque. Départ définitif de Giles, qui prend conscience qu'il empêche Buffy de devenir indépendante. Ajoutons la culpabilité du Scooby d'avoir arraché Buffy du Paradis, et l’épisode drôle se termine dans la tristesse. Dans l'ensemble, c'est du bon. Par contre, Spike en costume élégant... euh, non, non, désolé, on y croit pas !

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La critique d'Estuaire44 

La série exploite ici brillamment un thème fantastique devenu classique, lancé par un épisode culte de la Quatrième Dimension (Cinq personnages en quête d’une sortie), se retrouvant jusque dans la trilogie des Cubes Labyrinthe. Un groupe de personnages amnésiques se retrouvent enfermés dans un lieu étrange, devant pour en sortir résoudre une énigme  liée au mystère de leur identité. Une légère impression de déjà vu donc, d’autant que Tous contre buffy charriait déjà des thèmes connus.

Mais une nouvelle fois cela fonctionne totalement ,la série jouant pleinement la carte de l’audace et de l’humour. On éprouve un faible particulier envers les deux Anglais se prenant pour  père et fils, quand on songe à la saison 2 on a parcouru du chemin. La virtuosité avec laquelle Whedon joue des relations existant entre ses personnages apparaît parfois vertigineuse. Angel la série connaîtra une réussite similaire avec l'épisode  La Bouteille Vide. Survient une rupture finalement logique entre Tara et Willow et surtout le départ cette fois définitif de Giles, apportant une importance accrue à cet exercice de style réussi. 

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  • Au Bronze, Michelle Branch interprète son propre tube, Goodbye to You (2002). L’actrice apprécie ces apparitions dans des séries, elle interprétera d’ailleurs la même chanson dans Charmed, en 2003.

  • What we did is done, déclare Buffy, soit une citation de Macbeth.
  • Le combat entre Buffy et Spike se déroule dans ce qui deviendra un élément du décor de Desperate Housewives.

  • Quand Spike comprend qu’il est un Vampire, il estime avoir une âme et être en quête de rédemption. Il ajoute : I help the helpless. We help the helpless est le slogan d’Angel Investigations, l’agence d’Angel dans sa série dérivée.

  • Un buste de Janus, le Dieu au double visage, est brièvement aperçu, symbole du chaos s’étant installé. Ethan Rayne en possédait d’ailleurs un similaire lors d’Halloween.

  • Spike est énervé quand il pense que se nommer Randy. En argot anglais randy signifie très excité sexuellement.

  • Buffy se nomme elle-même « Joan », soit le vrai prénom de Chanterelle, à qui elle offrit son deuxième prénom, Anne, en début de saison 3.

  • Gilles repart pour l’Angleterre, cette fois il ne reviendra qu’en fin de saison.

  • Teeth réapparaitra dans la saison 6 Comics d’Angel, After the Fall. Il est alors devenu l’un des Seigneurs Démons régnant sur Los Angeles, qu’Angel doit vaincre pour que la Cité des Anges regagne la Terre. Le domaine de Teeth sera Santa Monica.

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9. ÉCARTS DE CONDUITE
(SMASHED)

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Scénario : Drew Z. Greenberg

Réalisation : Turi Meyer

Sonnée que Tara l’ait quittée, Willow plonge toujours plus dans la magie. Réussissant à rendre à Amy Madison sa forme humaine (cf. épisode Intolérance de la saison 3), elle trouve en elle une compagne qui l’entraîne à abuser toujours plus de son pouvoir. Pendant ce temps, Spike découvre qu’il peut frapper Buffy malgré sa puce. Une révélation aux conséquences… explosives !

La critique de Clément Diaz 

- Hi. How've you been ?
- Rat. You ?
- Dead.
- Oh.

I'm curious Maddie... euh pardon, Smashed ne s'intéresse aucunement à une quelconque histoire, mais se centre tout entier sur ses personnages. Une grande audace pour un nouveau-venu du staff d’écriture. Mais Drew Z. Greenberg connaît bien les persos et réussit un excellent développement dramatique, en dépit de quelques longueurs. Une relation plus maternelle se noue entre une Tara à la dérive, et une Dawn toujours aussi... Dawn. Retour inattendu d'Amy, la damoiselle n'a perdu ni son charme, ni ses aptitudes à semer le b ordel. Alors, quand elle croise Willow en pleine spirale de son addiction, les deux belles deviennent de vraies terreurs. Dérangeant de voir la sympathique rousse se transformer en enfant capricieuse qui use et abuse de sa magie rien que pour un plaisir égoïste. Elizabeth Anne Allen et Alyson Hannigan se déchaînent, un plaisir mêlé de malaise. Le Trio, moitié Einstein moitié Max la Menace, persiste vers toujours plus de crétinerie geek : rayon laser glaçant, chantage débile de la figurine de Star Trek…, on est à la fête ! On apprécie aussi la dévastation intérieure de Buffy, complètement sonnée par le départ de son père spirituel. Et c'est à ce moment-là que la série renoue avec un ingrédient plus utilisé depuis la saison 2 : la tension sexuelle dynamite.

Malgré les râteaux qu'envoie la Slayer au Spike (enfin, là, c'est carrément tout le stock de jardinage), on sent que la Buff a du mal à contenir le désir qu'elle sent en elle. Spike ne demande pas mieux que de libérer cette force. Le crescendo de suspense monte, monte, et explose dans un pur remake de LA scène de Clair de Lune, avec une bagarre violente et fulgurante comme prélude à un déchaînement d’érotisme exacerbé. Whedon ne tombe pas dans le piège de la copie du Bangel, qui était quand même plus…"soft". Le Spuffy va être un ship certes moins alchimique mais beaucoup plus profond et frénétique que son prédécesseur. Naissance d’un nouveau couple dans Buffy, et pas des moindres, oh non !

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La critique d'Estuaire44 

Le Trio apparaît de nouveau très en verve, avec un pastiche passablement délirant autour du rayon glacé bien connu des amateurs de Comics de super héros. Mais le meilleur reste Jonathan et Andrew faisant craquer Spike lui-même en 15 secondes, grâce à Doctor Who !  L’un de mes passages les plus drôles de la série autour de l'identité anglaise de William le Sanguinaire. Greenberg convent idéalement au Trio, même si l'on peut s'étonner de découvrir un Spike aussi amateur de Star Trek ! Dommage que le Trio n’ait pas viré de bord, on aurait bien aimé une série dérivée avec ces trois débiles en justiciers minables mais géniaux, mais minables.

Chuck est tellement sans saveur à côté. Amy effectue son retour sans doute au pire moment pour Willow. Elizabeth Anne Allen se montre toujours parfaite. Le parallèle addiction à la magie/drogue est souvent critiqué pour sa lourdeur, mais l’étude des différents ressorts la provoquant est bien décrite (pour mémoire Amy et Warren sont destinés à former un couple très spécial dans la saison 8 Comics). L'épisode se voit en partie gâché par le ridicule de Spike et Buffy démolissant toute une maison par la violence de leurs émois. Outre son caractère outré, le passage restreint la relation avec Spike à une attraction avant tout et explicitement sexuelle, loin de la fusion romantique avec Angel. 

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  • Après trois longues années passées sou la forme d’un rat (Gingerbread, 3-11), Amy retrouve enfin forme humaine, au grand plaisir des fans d’Elizabeth Anne Allen. Elle l’était cependant brièvement redevenue dans Something Blue (4-09).

  • Quand Amy regarde la télévision, on y voit une pub pour le Doublemeat Palace, le fast food où Buffy trouvera du travail trois épisodes plus tard.

  • Buffy et Spîke entament leur relation sexuelle.

  • L’auteur Drew Greenberg a révélé qu’Alyson Hannigan a eu beaucoup de mal à prononcer le sortilège, car il était écrit en Italien.

  • Way to go with the keen observedness, Jessica Fletcher déclare Buffy, une allusion à l’héroïne de la série Arabesque (1984-1996).
  • Le diamant dérobé par le Trio est un prêt du British Museum, où travailla Giles avant de devenir l’Observateur de Buffy.

  • Le rayon glacial du Trio est une arme classique des Comics de Super Héros. Le plus populaire demeure celui de Mr Freeze, ennemi de Batman.

  • La figurine Boba Fett du Trio n’est pas conservée dans son emballage, ce qui est considéré comme sacrilège par les véritables amateurs, tels le Jeff Albertson des Simpson. Un point de moins en Geekitude pour les flamboyants seigneurs du crime de Sunnydale.

  • Andrew déclare avoir vu la totalité des épisodes de Doctor Who, on suppose qu’il en exempte la centaine d’épisode perdus de cette série.

  • Contrairement à ce que déclare Anya, Alex ne lit pas un manuel du célèbre jeux de rôle Donjons et Dragons mais le roman Dragons of a Fallen Sun,  de Margaret Weis et  Tracy Hickman (2000). Le livre se déroule toutefois dans l’un des univers développés par D&D, Dragonlance.

  • Au Bronze, un jeune homme se moque de Willow en la surnommant « Ellen », en référence à Ellen Degeneres, figure de proue de la communauté lesbienne aux Etats-Unis. Une première version du scénario voyait Willow se venger en utilisant sa magie pour le faire embrasser un autre garçon. L’idée fut refusée par Whedon, qui ne voulait pas montrer l’homosexualité comme une punition.

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10. DÉPENDANCE
(WRECKED)

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Scénario : Marti Noxon

Réalisation : David Solomon

Malgré son dégoût et sa honte, Buffy s’enferme dans une relation toxique avec Spike. Toujours plus accro à la magie, Willow va même voir un sorcier pour recevoir régulièrement de fortes doses de magie. Complètement droguée, elle est à deux doigts de commettre l’irréparable…

La critique de Clément Diaz 

- The magic wasn't all great. I won't miss the nosebleeds and the headaches and stuff.
- There you go.
- Or keeping stinky yak cheese in my bra. Don't ask.

On a reproché à Marti Noxon de ne pas y être allée de main morte avec une lourde métaphore magie = drogue ; tout y est, y compris l’état de manque final. Cependant, ce parallèle renforce le drame de Willow. C’est davantage un premier acte sans action qui dérange. C’est plus pour la métamorphose terrifiante de la jolie rousse que pour le sous-texte transparent que l’épisode intéresse. Fascination de la magie noire, trip délirant devant une Dawn effrayée (nous de même), réveil brutal de l’accident, aveu d’impuissance qui s’achève en une déchirante aria où elle crie à l’aide devant une Slayer dure mais aimante : la progression est prévisible, mais la monumentale performance d’Alyson Hannigan rachète entièrement cette voie. Sinon, Dawn qui lâche le sous-entendu sexuel le plus énorme de la série… Houla, quelle surprise !

Spuffy en pleine confusion. Comment résister aux regards ras-la-honte de Sarah Michelle Gellar, dans un rôle très Cathy Gale, ou à la cour effrénée pas génialement poétique de son soupirant ? Leurs disputes sont presque aussi dévastatrices que David et Maddie de Moonlighting (manque plus que les tirades simultanées), et franchement, quel contraste avec l’amuuuur impossible du joyeux privé de L.A. Là, on retrouve les bons vieux couples qui se battent entre deux étreintes. La question se pose pour ce couple : est-ce une immonde parodie du Bangel, la relation « pure », ou un amour qui ne connaît que le sexe et la colère comme expressions, mais amour quand même ? La fin de la saison 7 fera évoluer cette relation à un plus haut degré. De nos jours, les fans n’ont toujours pas résolu le mystère du One True Love de Buffy, malgré un clair avantage Bangel.

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La critique d'Estuaire44 

Will touche le fond... Un épisode fort et réaliste à travers le miroir du Fantastique, un peu gâché par quelques éléments (Dawn et sa 53ème galère, ressort trop usé, le démon grotesque, le dealer caricatural) mais contenant un moment absolument terrible : Willow suppliant Buffy de lui pardonner et celle-ci continuant de s’éloigner pendant une seconde. Très éprouvant aussi pour le spectateur ! L’amitié entre les deux filles (soit l’un des axes fondateurs de la série) semble s‘effilocher, voire commencer à vaciller.

Pendant ce temps Buffy continue à rechercher chez Spike la vitalité qui lui manque depuis sa résurrection, que cela soit par les prises de bec ou... autrement. Cela présente un côté profondément triste, voire pathétique. La Tueuse s'abîme dans cette parodie de ce qu'elle a connu jadis, avec ce vampire chez qui une puce électronique tient lieu d'âme. Cela va mal, plus profondément que lors de la mini crise de la saison 4. Dès que le Trio n’est plus là, la saison 6 est vraiment Dark de chez Dark père et fils !

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  • Jeff Korber (Rack) avait déjà interprété le vampire qu’affrontait une Buffy privée de ses pouvoirs, dans Helpless (3-12).

  • L’épisode est dédié à J.D. Peralta, l’assistante de Marti Noxon, qui venait de décéder d’un cancer, à 31 ans.

  • Parmi la collection d’artefacts détenus par Willow, on remarque une réplique de la boite des Gentlemen.

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11. LA FEMME INVISIBLE
(GONE)

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Scénario : David Fury

Réalisation : David Fury

Buffy n’arrive pas à convaincre Doris, une assistante sociale, qu’elle est apte à s’occuper de Dawn, qui va devoir désormais vivre avec son père. Dans le même temps, le Trio a inventé une arme projetant des rayons qui rendent invisible. Buffy est accidentellement touchée par l’arme… et devient invisible ! Mais il se trouve que l’arme n’est pas tout à fait au point et qu’elle a un effet secondaire mortel…

La critique de Clément Diaz 

- You guys are so immature, we're villains ! […]
- We're not killers, we're crime lords !
- Yeah ! Like, like Lex Luthor. He's always trying to take over Metropolis, but he doesn't kill Superman.
- Because it's Superman's book, you moron !

En plus de marquer la première incursion (réussie) du scénariste David Fury derrière la caméra, ce loner est une perle comique à consommer à un intégral premier degré. Le thème de l’invisibilité ne devient pas une parabole comme Out of sight, out of mind, mais est utilisé pour passer un petit moment agréable sans prétention. C’est cette modestie qui fait le succès de cet épisode mineur, qui court à un bon rythme. Le Trio est plus génial et crétin que jamais, entre multi-références geeks, gaffes à la pelle, et esprit d’équipe entièrement absent - le final dans les jeux d’arcade est assez énorme.

On retient en particulier les deux scènes Buffy-Doris, l’assistante sociale : la première où Doris croit avoir affaire à une cinglée homosexuelle shootée aux fréquentations douteuses, et la seconde où Buffy invisible se venge en la rendant zinzin. Les farces de Buffy sont irrésistibles, et on sent que la Tueuse profite à fond de sa parenthèse de liberté pour s’amuser, elle qui a été plutôt sous pression ces derniers temps. Xander dérangeant Spike en pleine partie de jambes en l’air est pas mal non plus.

La révélation centrale des effets secondaires apporte une dramatisation bienvenue, tout comme la trahison de Warren, bien plus sombre que ses acolytes. Le Trio commence à avoir quelques touches qui le rendent moins lisse qu’il n’y paraît. Pendant ce temps, Willow triomphe avec succès de sa première journée sans magie, on veut croire qu’elle commence à retrouver la forme. Premier épisode sans Tara depuis longtemps, Bouhouhou, on attend impatiemment qu’elle revienne bientôt dans les bras de notre rousse chérie.

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La critique d'Estuaire44 

L'épisode propose une nouvelle relecture d'un classique du Fantastique, l'invisibilité,  via les expérimentations du Trio, mais le thème a déjà été traité en saison 1. Buffy qui s'émancipe de ses soucis est une bonne idée mais on préfère le portrait psychologique de la fille ignorée dans Portée disparue. Il se confirma que Spike n'est essentiellement pour Buffy qu'un simple dérivatif sexuel à son mal être et à l'accumulation des soucis de toutes sortes, ce qui constitue à la fois l'intérêt et la limite de cette relation.

On assiste enfin à la première confrontation directe entre Buffy et les trois affreux gamins, très amusante. Warren commence toutefois à bifurquer vers des territoires plus obscurs. Sarah Michelle Gellar décide de changer la coupe de cheveux de Buffy, le résultat en est une insoutenable abomination. Un épisode utile au développement de la saison. 

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  • Parmi les artefacts jetés par Buffy, on remarque une statuette de fertilité déjà vue dans The Which, en première saison.

  • Buffy découvre l’existence du Trio.

  • ILM, Ed Wood, Frodo le Hobbit, Lex Luthor ou encore Bob l’Eponge comptes parmi les références du jour du Trio.

  • Quand Buffy quitte le bureau des affaires sociales, on l’entend siffloter l’air de Going through the Motions.

  • David Fury passe ici pour la première fois derrière la caméra. Il réalisera également Lies My Parents Told Me (7-17), ainsi qu’un épisode d’Angel, You're Welcome (5-12). Son épouse Elin Hamption joue par ailleurs la collègue de Doris et l'on peut constater que la caméré de Fury s'attarde quelque peu sur elle.

  • La production de l’épisode nécessita un mois, du fait des effets spéciaux liés à l’invisibilité.

     

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12. FAST-FOOD
(DOUBLE MEAT PALACE)

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Scénario : Jane Espenson

Réalisation : Nick Marck

Buffy décroche un job de caissière au Doublemeat palace, une chaîne de fast-food. Elle soupçonne que quelque chose de pas clair se déroule au sein des locaux. Pendant ce temps, Anya reçoit la visite d’une ancienne collègue démone : Halifrek, qui lui dit de se méfier de Xander…

La critique de Clément Diaz 

It's not beef, it's people ! The Doublemeat Medley is people ! The, the meat layer is definitely people, It's people ! It's people ! Probably not the chickeny part. But who knows ? Who... knows ?

Cet épisode prend un pari audacieux : celui de nous faire ressentir l’ennui que cause un « petit boulot », celui qu’on prend sans plaisir, chronophage, fatiguant, pour des raisons uniquement pécuniaires - un sujet ô combien actuel ! Mais le scénario de Jane Espenson ne fonctionne pas car on se demande où est l’intérêt de suivre le travail d’une serveuse dans une série Fantastique.

La satire attendue de la « restauration rapide » n’a de plus pas lieu. On se demande pourquoi les restaurateurs de fast-food se sont sentis visés car leur industrie est à peine égratignée. Le ton documentaire adopté ne sied pas du tout. La scénariste tente de meubler avec une Buffy méconnaissable dans son costume de travail, une galerie d’apathiques assez croquante, ou bien le clip initial de l’entreprise, aussi hilarant que vomitif ; le whodunit est une jolie surprise, la référence à Soleil Vert fonctionne. Mais ces bribes sont noyées dans une enquête vaine, au ralenti. Le duel final franchit plusieurs bornes dans le ridicule, raccord maladroit pour donner quand même à l’épisode un peu de Fantastique. Lent, poussif, atone… les qualificatifs de ce genre ne manquent pas pour décrire la torpeur assurée devant un tel épisode.

Les auteurs ne savent pas quoi faire d’Amy. Elle devient donc une figure de tentatrice outrancière. Willow, tout à son chemin de rédemption, parvient à éviter la rechute, mais bon sang, aucun suspense, aucun drame, et une rupture prévisible. La visite d’Halifrek ne débouche sur rien. Le navet de la saison.

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La critique d'Estuaire44 

L'épisode hésite entre plusieurs voies différentes (Gore à la Tales from the Crypt, pure comédie, légère satire sociale anti fast food, whodunnit) et se mélange les pinceaux sans jamais parvenir à choisir. Du coup, aucun de ces aspects n'est pleinement convaincant ni développé. On pourrait imaginer aisément nettement plus gore et sanguinolent (c'est gentillet, là), plus acide dans la satire, une intrigue plus subtile? etc. Le démon reste lui assez réussi à mon sens.

Une responsabilité de plus à gérer pour Buffy, qui doit bien regretter le lycée. A cette histoire assez bancale on peut largement préférer l'épisode équivalent des X-Files, Hungry, qui lui dépote sévère avec Kim Manners et Vince Gilligan aux manettes et chosit astucieusement de raconter l'histoire vue par les yeux du monstre.

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  • Willow note que le Trio avait de nombreuses photos d’une Vulcaine dans on antre. Il doit s’agir de T’pol, incarnée par Jolene Blaylock (Star Trek Enterprise).

  • Halfrek est incarnée par Kali Rocha, qui jouait déjà Cecily dans Fool For Love (l’Anglaise dont William était amoureuse).

  • Le premier rôle répertorié de Sarah Michelle Gellar est justement une publicité pour une chaine de Fast Food, Burger King.

  • Le Doublemeat Palace est en fait le Hot Diggity Dog, un fast food situé sur Sepulveda Boulevard. L’établissement est désormais fermé.

  • Double Meat Medley is people ! Don't eat it ! It's people ! s’exclame Buffy, une référence au classique de la Science-fiction au cinéma qu’est Soleil Vert (1973).
  • Buffy va rester employée au Doublemeat Palace jusqu’à la conclusion de la saison.

  • Whedon a révélé que le tableau dressé de la restauration rapide suscita une tension marquée avec les annonceurs, ce qui n’était jamais survenu jusque-là.

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13. ESCLAVE DES SENS
(DEAD THINGS)

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Scénario : Steven S. DeKnight

Réalisation : James A. Contner

La dernière invention du Trio permet de soumettre les filles à leurs moindres désirs, y compris les moins avouables. Warren séduit ainsi Katerina, son ex, mais tout ne se passe pas comme prévu… Buffy, errant dans les bas-fonds de son esprit, est tout à fait désarmée quand elle croit avoir tué un être humain innocent…

La critique de Clément Diaz 

- This place is okay for a hole in the ground. You fixed it up.
- I ate a decorator once. Maybe something stuck.

Foudroyante bascule qu’est Dead things, le tournant de la saison qui abandonne sa part d’humour vers plus de noirceur. Symboliquement, le Trio met mal à l’aise dès le départ : même s’ils paraissent toujours aussi cons et pathétiques, leur plan pour asservir les femmes rend mal à l’aise. C’est le comble quand Warren franchit le rideau sanglant du meurtre, et entraîne les deux idiots avec lui. Cette progression du comique initial (le repérage débile dans le bar) au sang versé, choque profondément. Terrible hasard, le Trio charge Buffy du crime au moment où elle est en pleine crise psychologique. La relation entre Spike et Buffy ne cesse de se sophistiquer, de marcher pleinement sur la frontière de l’ambiguïté (le Bangel, bien que plus émouvant, est tout de même simpliste à côté), car la Tueuse ne sait plus à quel sentiment se vouer. Attirée malgré elle par les ténèbres, terrifiée à l’idée d’être réellement amoureuse de Spike, qu’elle ne soit pas que son dérivatif sexuel qui lui donne l’illusion de vivre, Buffy n’est plus que l’ombre d’elle-même. La réalisation de James A. Contner est une merveille de jeu d’ombres/lumières.

La scène où Buffy se laisse enlacer par Spike pendant qu’elle regarde ses amis de loin, ou bien la bagarre étourdissante dans l’allée, sont de grands moments de noir absolu. La réplique qui tue est pour William the Bloody : You always hurt the ones you love, pet. Plus Shakespearien que jamais, Spike, joué par un James Marsters absolument fantastique, est bien le personnage le plus fascinant de la série, qui brouille la frontière bien/mal jusqu’à la faire disparaître. Le processus de culpabilité de la Slayer, fortement écrit, ne contribue pas à rendre tout ça bien rieur. On finit sur une Buffy clairement au bout du rouleau, pleurant dans les bras de la compatissante mais impuissante Tara. Seul bémol, Dawn (ah bon ?) qui se met en colère contre sa sœur parce qu’elle est trop absente ; un brin mélo, mais on passe. Un épisode sombre, sombre, sombre, à l’intensité omniprésente. Il est aisé de comprendre qu’il soit l’épisode préféré de Steven S. DeKnight, le scénariste, qui signe ici un nouvel opus ténébreux. La lumière semble s’être définitivement envolée, et on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Bienvenue en enfer.

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La critique d'Estuaire44 

L'épisode a le mérite de faire évoluer le décor général de la saison mais c'est en faisant basculer le Trio dans l'ombre et le sordide. On ne s'amusera plus jamais avec lui comme avant et c'est bien dommage. Même le dérivatif que Buffy tire de Spike en jouet sexuel se nuance maintenant de honte et de dégoût.

La saison devient vraiment sombre, c'est très dur, presque trop vis à vis de la tonalité générale de la série. Le pire est que Buffy se confie sur Spike à Tara et non à Willow, ce qui en dit long sur leur éloignement. Objectivement l'épisode est très réussi, mais attention à la surdose de sinistrose.

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  • Jonathan et Andrew se disputent au sabre laser à propos d’un album de Peter Frampton. Il s’agit de Frampton Comes Alive ! (1976), en son temps l’album live le plus vendu de l’histoire (il demeure aujourd’hui en quatrième position).

  • La mort de Katrina constitue le premier meurtre commis par le Trio.

  • Sarah Michelle Gellar a indiqué que cet épisode était celui qu’elle  appréciait le moins, symbolisant l’évolution de Buffy en saison 6 à laquelle elle n’adhérait pas. La scène de bal con entre Buffy et Spike reste également celle qu’elle aime le moins. Elle déclare : I had trouble with the one where Buffy had sex with Spike on the balcony while watching their friends. I really thought that was out of character. And I didn't like what it stood for. That was the moment that I had the most problems with.

  • L’ordinateur de Warren indique que les évènements se déroulent le 5 février 2002, soit le jour de la diffusion de l’épisode.

  • La musique entendue quand Buffy et Spike sont dans la crypte est Out Of This World, de Bush.

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14. SANS ISSUE
(OLDER AND FAR AWAY)

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Scénario : Drew Z. Greenberg

Réalisation : Michael Gershman

Un soir, tout le Scooby-Gang est emprisonné dans la maison de Buffy : impossible pour quiconque de s’en aller ! Leur cohabitation prolongée ouvre petit à petit des failles entre les personnages… Pendant ce temps, un démon passe-muraille les agresse sporadiquement…

La critique de Clément Diaz 

- Ah, you have some weird friends.
- News from the file marked "Duh".

Once more with feeling, par son faste, a fait exploser le budget de la saison. Il est donc logique que Whedon, pour amortir un peu les coûts, ait dû commander un bottle épisode : peu de décors, peu de personnages, action unique. Cela vaut toujours mieux qu’un clip-show sans âme. L’épisode marche à l’économie. Il s'appuie sur un thème très intéressant : le huis-clos : enfermés pour une raison X ou Y, les protagonistes sont forcés de rester ensemble, et il n'en sort pas que du bien. L'épisode s'inspire ouvertement de l'Ange exterminateur (1962) mais Drew Greenberg n'atteint pas la pure férocité de Luis Buñuel et Luis Alcoriza, et n'ose pas aller trop dans la noirceur. Un autre point faible est que l'épisode est centré pas mal sur Dawn la râleuse, ce qui en limite l'intérêt. Vous avez remarqué, mais depuis le début de la saison, c'est toujours Dawnie qui fait des bêtises. Et le démon qui passe et repasse est un prétexte qui écorne l'effet du huis clos.

Bon, ceci dit, l'épisode est quand même bien dialogué. Les piques de Tara à propos du "muscle" du Spike sont comiques, voir Xander jouer au poker avec Spike et Clem, on est en plein dans les Outer limits. Mais ce sont surtout les dissensions du Scooby qui font le prix de l'épisode. Emma Caulfield livre une grande performance en Anya claustrophobe paranoïaque qui s'en prend sévèrement à Willow. Tara protégeant Willow, mais refusant encore de lui pardonner, c'est émouvant. La terreur de Willow de replonger dans sa spirale est poignante. La jalousie de Spike qui voit une Buffy se supportant de moins en moins lui échapper, préfigure leur rupture prochaine. La peine d'Anya d'être "trahie" par Dawn humanise le personnage, tandis qu'Halifrek est véritablement cruelle. Dommage que la pirouette finale la fasse passer pour une bouffonne. Un bon huis-clos, qui aurait gagné à être plus sombre.

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La critique d'Estuaire44 

Après l'épisode d'Halloween moins bon que de coutume cette saison,, il en va de même pour l'anniversaire de Buffy. Cela tourne à la catastrophe comme de coutume, mais l'histoire manque d'humour et de fantaisie pour bien fonctionner. Une fois enfermés, on ne sait plus trop quoi faire des personnages et l'introduction du démon chargé de remplir ne fait pas illusion là-dessus.

Les gamineries de Dawn on n'en peut plus, quel boulet. Sa kleptomanie maladive constitue le détail de trop, la saison pousse trop les choses au pire tout le temps, cela finit par tourner au procédé systématique, donc passablement artificiel. On apprécie toutefois que Tara ait cette fois davantage à accomplir et pas seulement en relation avec Willow. Cette fois la Tueuse jette l'éponge : il n'y aura pas d'anniversaire en dernière saison ! 

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  • Le titre est une référence au roman Empire of the Sun, de J.G. Ballard. Le cours de littérature suivi par Dawn approfondit cette relation.

  • Durant la bataille finale, le trou fait dans le mur par l »épée du démon ne cesse de disparaître et de réapparaître.

  • Les démons de la vengeance semblent avoir chacun une spécialité : Halfrek ne vengent pas les amantes trahies comme Anyanka, mais les enfants délaissés par leurs parents.

  • L’argument du scénario est très proche de celui du film L’Ange exterminateur (Luis Bunuel, 1962).

  • Dans l’épisode Similarly de la série Eureka (1-11), la maison intelligente nommée S.A.R.A.H. (en hommage à Sarah Michelle Gellar) s’efforcera également d’empêcher ses habitants de la quitter. Plusieurs dialogues reprennent ceux d’Older and Far Away.

  • C’est la dernière fois que la série met en scène les calamiteux anniversaires de Buffy, vers la mi saison. L’évènement ne sera pas référencé en saison 7. 

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15. LA ROUE TOURNE
(AS YOU WERE)

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Scénario : Douglas Petrie

Réalisation : Douglas Petrie

Riley Finn revient à Sunnydale. Surprise, il est accompagné de Samantha, sa femme ! Il est venu demander l’aide de son ex : un démon qu’ils traquent depuis des jours s’est réfugié à Sunnydale. Ils doivent le retrouver, ainsi que l’endroit où un trafiquant nommé « le Docteur » cache les œufs du démon… En parlant avec Riley, Buffy prend conscience de la nocivité de sa relation avec Spike…

La critique de Clément Diaz 

I hate my uncle. I hate my whole family. That's why I'm marrying you : to start a new family, have children, make them hate us, then, when they get married, sleep on their couch. It's the circle of life.

As you were marque le retour du sympathique Riley (que l’auteur de ces lignes continuera toujours à défendre envers et contre tous, etc.). Petrie commence fort par une hilarante introduction où un vampire refuse d'attaquer la Slayer parce qu'elle bouffe des cochonneries !! Un vampire qui fait gaffe à son cholestérol ? Euh, au secours...

Malheureusement, Petrie d'habitude très doué, se casse les dents sur une des plus stupides intrigues de la série avec une chasse au démon dénuée de rythme, d'adrénaline, de suspense, etc. Sa réalisation est d'ailleurs assez passable. La ravissante Ivana Milicevic n’a rien à faire dans un rôle sans intérêt. Elle joue la femme de Riley, et... ? A part dire admirer la Tueuse ou parler boutique avec Xander, elle est surtout là pour prendre la pose. Manque fort de chaleur dans les scènes Riley-Buffy, un peu trop froids. Dialogues également assez faibles, mis à part Anya et Xander en plein stress alors que la cérémonie arrive à grands pas. Bref, rien ne marche pendant une demi-heure, puis dès que Riley fait irruption chez Spike, là, ça devient un peu plus festif. Explications de texte des deux côtés, Slayer toute honteuse, belle scène d'adieux entre Buffy et son ex. Riley devient la catharsis qui permet à Buffy de prendre enfin le courage de rompre avec Spike.

On remarquera que Buffy prend tous les torts sur elle, une belle leçon de psychologie : même les héroïnes ne sont pas irréprochables. Mais elle commet l’erreur de sous-estimer les sentiments du vampire punk, qui n’a jamais fait dans la demi-mesure dans le sentiment (qu’on se rappelle Drusilla). Ainsi finit le Spuffy première mode, dans un calme surprenant - bon, ça va pas durer, rassurez-vous. On note l'affectueux "William" de la part de l'héroïne, preuve de sa volonté à traiter Spike en être humain. Un peu de chaleur dans cette scène difficile. Episode médiocre, bonne fin.

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La critique d'Estuaire44 

Quelque part dans le vaste multivers doivent encore exister des fans de Riley, donc qu'on les rassure sur le devenir du héros américain, pourquoi pas ?. Pour les autres (97% de l'audience) tout ceci ne présente qu'un intérêt anecdotique mais il faut reconnaître que l'épisode se construit efficacement, sans temps mort et avec un monstre qui percute. De plus les dialogues entre Riley et Buffy sonnent assez justes, soyons honnêtes.

On aime bien l'idée que Spike soit encore une canaille, ça fait du bien à l'âme. La pseudo Lara Croft est tellement pathétique et les deux font tellement GI Joe/Barbie que l'on ne peut que croire à du second degré bien ironique. Un épisode pas déplaisant dans l'ensemble, avec une remarquable scène de rupture entre Buffy et « William », la plus notable en date de leur relation, finalement. Le retour de Willow apparaît également réussi.

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  • Buffy entonne la chanson du Double Meat : Get the double treat, that's the double sweet, oh it's hard to beat, when the meat meets the meat.

  • L’épisode marque l’unique réapparition effectuée par Riley au cours de la série, après son départ de Sunnydale.

  • Durant la scène de rupture, Buffy nomme Spike d’après son vrai prénom, William. Elle ne l’avait pas  fait depuis leur brève conversation de No Place Like Home (5-05). Cela ne surviendra plus par la suite.

  • Alex surnomme Riley et Sam comme étant Nick and Nora Fury. Une référence aux personnages de la série de films The Thin Man, mais aussi au chef du  S.H.I.E.LD.

  • Les bébés démons sont animés par Alice Dinnean, la marionnettiste de Sesame Street qui actionna également la main momifiée de Life Serial. Elle dirigiera également la marionnette d’Angel dans Smile Time (Angel, 5-14).

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16. LA CORDE AU COU
(HELL’S BELLS)

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Scénario : Rebecca Rand Kirshner

Réalisation : David Solomon

Le jour du mariage d’Anya et Xander est arrivé. Le Scooby-Gang, les amis démons d’Anya, et la famille de Xander sont présents. Un vieil homme s’approche de Xander : c’est le Xander du futur ! Il a voyagé dans le temps pour prévenir le Xander jeune qu’il ne doit pas épouser Anya : il lui montre une boule de cristal dans lequel ce dernier peut voir son désastreux avenir…

La critique de Clément Diaz 

- I, Anya, promise to cherish you... Ew, no, not cherish. Uh, I promise to have sex with you whenever... *I* want, and, uh, uh, pledge to be your friend, your wife, and your confidant, and your sex poodle...
- Um, I'm not sure you should say 'sex poodle' in your vows.

La descente de la saison vers plus en plus de noirceur se confirme avec Hell’s bells. Après Buffy ténébreuse, Willow addict et sa rupture avec Tara, Dawn frustrée de sa solitude, le départ de Giles, la fin du Spuffy, la série s’attaque au dernier bastion de bonheur des personnages : la relation si attachante entre Anya et Alex. On ne s’attendait pas à une telle cruauté de la part de Whedon, mais elle est justifiée vu le parcours de plus en plus chaotique des personnages.

Cet épisode a beaucoup contribué à baisser la “côte d'amour” de Xander auprès du public. C'est oublier que dans sa situation, sa décision terrible est tristement logique : il est très très jeune (20 ans), a vu toutes les relations amoureuses de ses amis foirer, va épouser, lui, un humain, une ex-démone, et il a cette grande haine de lui-même, de ne pas être à la hauteur (The Zeppo, Restless). Avec tout cela, difficile de ne pas flancher. Malheureusement, le McGuffin de la rupture n'apparaît pas convaincant, bien trop exogène, et survenant lors d'un twist final discutable. Malgré tout, les acteurs sont au top, en particulier dans la douloureuse scène de séparation où Nicholas Brendon et Emma Caulfield arracheraient des larmes à une pierre. Les séries ont fréquenté ce genre d’histoire d'abandon devant l’autel - How I met your mother le fit récemment en saison 4 avec la rupture Ted-Stella - mais pas avec autant de réussite que pour cet épisode. Par ailleurs, on remarquera que les robes des demoiselles d’honneur ressemblent beaucoup à celle portée par Ally McBeal dans l’épisode Car Wash (début de la saison 3), où l’avocate allumée fera capoter à elle toute seule le mariage de sa cliente. Conseil aux futurs mariés : n’habillez jamais vos témoins de cette façon…

Durant tout l’épisode, numéros sur numéros : allégresse impatiente et répliques hilarantes d’Anya, gène et doute chez Xander, autodérision de Willow et Buffy, Spike tentant de rendre jalouse Buffy. Sans oublier le joyeux choc des cultures entre les démons et la famille Harris (mention au père, un trouble-fête de catégorie ultime). Un épisode échouant sur le fond, mais réussissant sur la forme. Le cliffhanger est à faire couler des sueurs froides ; l’Anya, elle rigole plus…

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La critique d'Estuaire44 

L’épisode réussit parfaitement le mélange entre émotion et humour, avec pas mal de scènes étonnamment drôles autour du drame central (mention spéciale à Spike qui se la joue une de perdue dix de retrouvée avec sa nouvelle copine). Dans un premier temps on croit vrait se trouver face à un Alex revenu du Futur, son récit ayant quelque chose de crédible.

Mais à ce niveau de la saison on est blasé, la rupture avec Anya c’est un malheur de plus sur une très longue liste, on sature quelque peu. L’effet d’accumulation n’est pas assez bien dosé tout au long de la saison. Elle en paie ici le prix alors que l’épisode en soit reste très réussi. Sinon elles ne sont pas si effroyables que cela, les robes des demoiselles d’honneur, très à la Cthulhu. La famille d'Alex, enfin révélée, s'avère à la hauteur de sa légende.

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  • Le scénario incorpore le talent de jongleuse de Sarah Michelle Gellar, un art qu’elle pratique depuis ses jeunes années.

  • Une scène non filmée montrait que Giles était retenu en Angleterre par un combat contre des démons et qu’il ne put être témoin au mariage. En guise d’excuses, il envoie de superbes fleurs.

  • Quand Buffy joue aux devinettes et qu’elle simule des cornes avec ses doigts, quelqu’un s’exclame dans la foule Deathwok Clan !. Il s’agit d’un clin d’oeil au personnage de Lorne, dans la série Angel.

  • La discussion entre Spike et Buffy fut directement écrite par Joss Whedon.

  • Le titre est une référence à l’un des tubes d’AC/DC (1980)/

  • De nombreuses fois évoquées au cours de la série, les parents d’Alex et son oncle Rory sont enfin révélés ici.

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17. À LA DERIVE
(NORMAL AGAIN)

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Scénario : Diego Gutierrez

Réalisation : Rick Rosenthal

Buffy Anne Summers n’est pas une Tueuse de vampires. Il s’agit d’une pauvre jeune fille frappée de folie depuis l’adolescence : ses aventures à Sunnydale ne sont en fait qu’une émanation de son cerveau malade !!! Son médecin à l’asile où elle est internée déclare à Hank et Joyce que le seul moyen pour Buffy de guérir est de tuer tous ses amis imaginaires, seuls liens qui l’attachent à son monde fantaisiste. Quelle est la vraie réalité ? Celle de Sunnydale ou bien celle de l’asile ?…

La critique de Clément Diaz 

In her mind, she's the central figure in a fantastic world beyond imagination. She's surrounded herself with friends, most with their own superpowers. Together they face grand, overblown conflicts against an assortment of monsters, both imaginary and rooted in actual myth.

Le cinquième épisode « mythique » de la série a été écrit par l’assistant personnel de Joss Whedon. Méta-récit postmoderne, Normal again est l’épisode le plus choquant de la série, encore aujourd’hui source de débats enflammés. Il brise un tabou suprême de la fiction : la fausseté de la création artistique. Une création, née d’un auteur, est par nature une fiction. Le public passe un contrat avec le créateur en plongeant dans un univers plus ou moins connecté au réel, et en le prenant pour la réalité durant l’immersion dans la création. Ici, toute la Mythologie de la série est remise en question, et le spectateur ne peut plus s’immerger dans cet univers familier qui ne lui paraît plus crédible. Cet épisode méga traumatisant poursuit donc le crescendo de noirceur de la saison puisque cette fois la victime, c'est... le public !

Le postulat de Diego Guttierez est sidérant : tout ce qu'on a vu depuis le pilote (et même l'inénarrable film de 1992), c'est du vent. Au départ, on y croit pas, vu que les visions de l'asile sont déclenchées par la piqûre du démon. Mais plus l'épisode avance, plus nos repères se détruisent. L'on voit tout d'un autre œil : l'arrivée de Dawn, la seconde mort de Buffy, s'expliquent médicalement. Le délire monumental du monde dans lequel vit Buffy, forcément, ça ne peut être le fruit que d'un malade mental.

La course effrénée de la saison vers la noirceur, où tout le Scooby perd pied, forcément, c'est Buffy qui commence à retrouver sa tête. Les explications du médecin sont convaincantes et effrayantes. Peu à peu, on ne sait plus à quelle réalité se vouer, d'autant que le Trio reste volontairement flou sur l'effet du poison du démon. Buffy en cinglée est une vision d'horreur pure, et pour une fois, on est pas du tout ravi de voir Joyce (et Hank !) qui veulent arracher Buffy à l'univers que nous, fans, aimons regarder. Le Scooby a beau faire front autour de Buffy, ou Spike demeurer tristement pertinent sur le sadomasochisme de la Slayer, "accro au malheur", le spectateur lui aussi est acculé à une terrible vérité.

Et lorsque Buffy tente de tuer ses amis, ça devient cataclysmique. Le happy end est totalement anéanti par un dernier plan dans l'asile qui semble nous dire : il n'y a qu'une seule réalité, et ce n'est pas celle que vous voulez... Cette hypothèse insoutenable n’est heureusement pas la seule en piste, même si c’est clairement le point de vue affiché par l’épisode, dont la raison d’être est de nous choquer. La possibilité la plus crédible reste la présence de deux univers parallèles - un thème existant dans la série - et que le poison du démon ne soit qu'un "révélateur" des deux réalités (Lost, déjà...). N'empêche que la fin pue le soufre.

L'épisode s'interroge aussi sur notre rapport à l'imaginaire, et notre capacité à s'y perdre lorsqu'on veut vivre un réel trop douloureux. Ainsi, le cas où le Buffyverse ne soit qu'une illusion, alors qu'on a envie que cette illusion soit la vraie, rappelle cette vieille maxime des artistes pour qui la Vérité ne siège dans l'Imaginaire. On est alors pas loin d'un fameux épisode de La Quatrième Dimension – auquel le présent épisode aurait pu constituer un parfait opus –  nommé La rivière du hibou, au thème similaire. Un des épisodes les plus transgressifs de l'histoire des séries télé, un choc énorme.

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La critique d'Estuaire44 

When Worlds collide. Buffy contre les Vampires croise ici la Twilight Zone, et ses changements de perspective parfois vertigineux sur la notion de réalité consensuelle. On songe pas mal à la bascule de A Stop at Willoughby. Ce qui demeurera  sans doute l’arme la plus vicieuse du Trio conduit à un dilemme parfaitement orchestré par Joss Whedon. On avouera préférer le résoudre en posant qu’il existe deux réalités concomitantes et non une excluant l'autre. Quelque part dans le multivers une jeune femme schizophrène s’imagine un monde fantasmagorique mais ce monde est tout à fait réel ailleurs. Le démon du Trio ouvre une connexion entre les deux mondes, mais sans que la réalité de l’un s’impose à l’autre, on a une juxtaposition temporaire.

Sinon, si la jeune femme « Buffy », est emmurée hors du réel, comment fait-elle pour imaginer toutes les références culturelles dont se gavent les membres du Trio ? Accessoirement, comment s'imaginer volontairement une sœur comme Dawn ? Personne ne s'infligerait une telle souffrance morale. Un épisode virtuose et audacieux, comptant parmi les plus effrayants de la série, avec l’émotion supplémentaire de retrouver Joyce. 

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  • Le scénario est l’unique écrit pour la série par Diego Guiterrez, assistant de longue date de Joss Whedon pour Buffy et Angel.

  • Buffy évoque une hospitalisation précédente, quand elle affirmé pour la première fois  à ses parents être la Tueuse. Curieusement aucune référence à cet évènement n’a été réalisée précédemment au cours de la série. Cette péripétie de deux semaines sera néanmoins narrée dans le Comics Slayer Interrupted (2003).

  • Hank Summers accomplit ici son ultime apparition dans la série.

  • Le réveil temporaire de la Buffy parallèle durant l’été, comme l’évoque son médecin, correspond à la mort de celle de Sunnydale, durant l’entre saisons.

  • Le Doublemeat Palace apparaît ici pour la dernière fois.

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18. ENTROPIE
(ENTROPY)

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Scénario : Drew Z. Greenberg

Réalisation : James A. Contner

Anya, redevenue démone, veut se venger de Xander après qu’il l’ait abandonnée devant l’autel. Ne pouvant faire justice elle-même, elle tend un piège au Scooby-Gang pour qu’au moins l’un d’entre eux fasse le souhait qu’il arrive quelque chose à Xander. Elle pourrait alors exaucer ce souhait littéralement…

La critique de Clément Diaz 

There's just so much to work through. Trust has to be built again on both sides. You have to learn if - if we're even the same people we were. If you can fit in each others lives. It's a long and important process, and can we just skip it ? C-Can you just be kissing me now ?

La course à l’abîme vers les ténèbres continue. Nouvelle surprise : passée l'introduction déphasée, on assiste à une évacuation complète du Fantastique - mis à part le fugitif changement de visage d'Anya. Au menu, les persos, les persos, et les persos. La réussite de Drew Greenberg est la preuve indiscutable que le Fantastique, pour aussi présent qu'il soit, est secondaire en regard de la virtuosité incomparable dont font preuve les auteurs pour écrire la psychologie de nos héros. Voir Xander picoler lamentablement est une image dure, et on passe au niveau supérieur quand il retrouve Anya pour une douloureuse confrontation. Centré sur Anya, l'épisode distille un suspense terrible, où le sort de Xander ne tient qu'à une petite phrase que chacun des membres du Scooby peut dire à tout moment - remarquable idée de scénariste qu'un démon ne peut se faire justice tout seul. On a surtout peur quand Anya questionne Dawn Lagaffe... Touchant de voir le Scooby rester pur dans ses sentiments, et ne souhaiter aucun mal à Xander. Tour à tour amoureuse désespérée, sanguinaire vengeresse... et gagwoman, Emma Caulfield se surpasse une nouvelle fois.

Sa scène de beuverie instaure un double suspense très vif, couronné par un dénouement très cynique : Anya obtient vengeance par un moyen dépourvu de tout Fantastique, et blesse cruellement Xander. Comme si ça ne suffisait pas, Xander apprend l'existence de la relation Spike-Buffy. Là, c'est bon, on a touché le fond : tout le monde est au fond du gouffre... sauf Tara et Willow qui se réconcilient, belle image de fin réconfortante. Ouf, parce que qu'est-ce que c'est noir !

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La critique d'Estuaire44 

L'épisode se contente de poursuivre un rien mécaniquement les histoires en cours, sans apporter grand chose de neuf. La bombe de la caméra du Trio exacerbe les sentiments des uns et des autres, genre vaudeville, mais n'apporte rien de fondamentalement nouveau en soi.

Quelques bons gags comme la gnôle de Giles en guise d'élixir magique, mais l'épisode manque un peu de consistance en ne jouant quasiment que la seule carte du relationnel, déjà beaucoup pratiquée cette saison. On retient par contre la réconciliation très touchante entre Tara et Will, un vrai rayon de soleil dans la noirceur ambiante. 

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  • La chanson entendue en fin d’épisode est That Kind Of Love, d’Alison Krauss.

  • Le Trio fait référence à Star Wars, Babylon 5 et Indiana Jones.

  • Durant la réconciliation entre Tara et Willow, on peut voir en arrière fond, la tenue que portait cette dernière dans One More, With Feeling.

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19. ROUGE PASSION
(SEEING RED)

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Scénario : Steven S. DeKnight

Réalisation : Michael Gershman

Le Trio trouve dans une caverne les orbes de Nezzia’Khan, qui rendent invincibles leur détenteur. Warren a l’intention de les utiliser pour combattre et tuer Buffy à coup sûr. Spike, tourmenté par son amour envers Buffy, franchit la ligne jaune. Alors qu’elle se réconciliait avec Willow, une catastrophe irréversible foudroie Tara…

La critique de Clément Diaz 

- It's not written in any ancient language we could identify.
- It's Klingon. They're love poems.

Il ne semble pas y avoir de limite à l’escalier infernal des personnages, et Seeing red martyrise tout le Scooby jusqu’à l’insoutenable. Le scénario démoniaque de Steven S. DeKnight, qui accomplit ici son opus le plus mémorable, dose à la perfection ses effets, de l’idyllique scène d’amour initiale au bain de sang final. Un contraste cru sépare les heureuses scènes de Willow et Tara, douillettement bien au chaud, du chaos extérieur. Le Trio s’impose comme un Big Bad curieux : pathétiques, minables, méprisables, ils sèment la désolation sans vraiment s’en rendre compte. Jonathan reste le plus humain des trois (il sauve Buffy en lui disant le secret de Warren), et Andrew est davantage un couard ; son « décollage raté » m’a personnellement donné un fou rire énorme pendant une minute, Beep-beep et Coyote n’auraient pas fait mieux.

A l’opposé, il n’existe aucune rédemption pour Warren, mené par un Adam Busch toujours plus flamboyant dans la noirceur. Son égoïsme et son ivresse démente de puissance, que ce soit dans la scène du bar ou dans le duel épique – mâtinée de délicieuses répliques volontairement nanardes - contre la Slayer sont effrayants. Xander est complètement lessivé, tous les événements l’ont achevé. Spike atteint le paroxysme de la souffrance quand dans un coup de folie, il tente de violer Buffy. La scène est très forte, dérangeante dans la mesure où Spike dans son rôle de bourreau est aussi victime que Buffy, luttant désespérément contre ses pulsions destructrices. C’est une des scènes les plus intenses de toute la série. Voir Buffy l’icône féministe, agressée sexuellement, et Spike complètement détruit par ses sentiments est horrifiant. L’on comprend que James Marsters eut beaucoup de mal à tourner cette scène dérangeante. Anya continue de nourrir ses regrets et ses rancoeurs, quelle ambiance ! L’enquête avance efficacement, pas de temps mort.

Et puis vient ce final d’une brutalité phénoménale. Alors que Xander et Buffy, et Tara et Willow se réconfortent l’un l’autre, Warren explose le happy end. Les foudres du ciel s’abattent sur Tara, qui nous quitte sans qu’on l’ait vu venir une seconde. L’effet Psychose fonctionne à la perfection : qui pouvait imaginer qu’au moment où Amber Benson était enfin créditée au générique que son personnage mourrait ? Tara faisait partie du Scooby, si vraiment on avait imaginé sa mort, on aurait pensé à un départ en fanfare... bin non, une stupide balle perdue. C'est vraiment boire le calice jusqu'à la lie... ainsi qu'un génial détournement des codes de la série où le quotidien trivial peut faire plus mal que la magie elle-même. Willow hurle vengeance, ça fait peur. Viol et violence, cet épisode est un des plus dévastateurs de la série, ouvrant un arc final de trois épisodes, marche symphonique vers un cataclysme dantesque.

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La critique d'Estuaire44 

L'Heure Zéro pour Tara mais aussi pour l'ensemble d'une saison qui touche ici au port de sa descente dans les ténèbres et la déchéance. La mort de Tara frappe bien entendu par son imprévisibilité révoltante, mais aussi son absurde total, alors qu'elle n'était même pas visée. Whedon a l'habilité de tourner la scène sans effets particuliers, dans sa brutale immédiateté, ce qui la rend encore plus forte et crédible. Il en va aussi de même pour la tentative de viol, elle aussi filmée avec un réalisme crû bien plus dérangeant que les pires monstres de la série. Très grande interprétation, encore une fois.

Mais la chute atteint aussi Warren, qui s'était rêvé en génie du mal de Comics avec ses copains et qui se retrouve en vulgaire assassin, brutal et maladroit. D'une manière un peu transverse, on se sent aussi triste pour lui. Quel gâchis.  On se réjouit par contre pour sursaut de Jonathan, qui est définitivement plus quelqu'un qui se cherche une vie qu'un vrai méchant. Andrew est lui complètement déconnecté du réel, comme un autiste léger. Spike quitte Sunnydale sur sa moto de biker démoniaque. Il ne sera pas là pour le grand final, ne revenant que quand il s'estimera digne de Buffy. Celui-ci se révèlera tout à fait spectaculaire mais finalement moins fort et touchant que les moments simplement humains ponctuant ce très grand épisode.

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  • Alex commente qu’il est en partie poisson, une référence à l’épisode Go Fish.
  • Les scènes du parc d’attraction furent tournées au Six Flags Magic Mountain, au nord de Los Angeles.
  • L’épisode marque le brutal décès de Tara, touchée par une balle perdue de Warren. Tara ne réapparaîtra que dans des rêves, lors des saisons Comics ultérieures.
  • Tara apparaît au générique pour la première et la dernière fois de la série. Il n‘y aura pas d’autre ajout au générique par la suite, jusqu’au terme de la série.
  • Il s’agit du dernier épisode écrit par Steven S. DeKnight, qui va désormais travailler pour Angel.
  • A partir de cet épisode jusqu’à la fin de la saison, les évènements vont s’enchainer en à peu près 24 heures chrono. Buffy Sommers est la Tueuse et aujourd'hui est la plus longue journée de sa vie.
  • L’épisode contient des références à Star Trek, Indiana Jones, Total Recall, Blade Runner, Vampirella, etc.
  • Spike quitte Sunnydale, dans un but encore non révélé : la quête pour retrouver son âme.
  • James Marsters a indiqué que le presque viol de Buffy a été la plus difficile à tourner de sa carrière et qu’il ne se prêterait jamais plus à un tel exercice.
  • Jane Espenson a expliqué que cette scène, particulièrement controversée, était nécessaire pour que Spike ait une motivation crédible le poussant à récupérer son âme.
  • D’après l’inscription sur la tombe de Tara, découverte en saison 7, les évènements prennent place le 07 mai 2002, soit effectivement le jour de diffusion de l’épisode.

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20. LES FOUDRES DE LA VENGEANCE
(VILLAINS)

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Scénario : Marti Noxon

Réalisation : David Solomon

L'assassinat de Tara fait basculer Willow dans une rage folle. Elle s’abreuve de magie noire et traque sans relâche Warren dans toute la ville pour lui faire payer son crime. Le Scooby-Gang tente vainement de la raisonner…

La critique de Clément Diaz 

- Wanna know what a bullet feels like, Warren ? A real one ? It's not like in the comics. […] The pain will be unbearable, but you won't be able to move... A bullet usually travels faster than this, of course. But the dying ? It seems like it takes forever. Something, isn't it ? One tiny piece of metal destroys everything. It ripped her insides out... It took her light away. From me. From the world... And now the one person who should be here is gone - and a waste like you gets to live. A tiny piece of metal. Can you feel it now ?

Fureur, sang, vengeance, meurtre, destruction… Villains ne lésine pas sur la violence qui colore cette fin de saison au fer rouge. La métamorphose de Willow est aussi soudaine que ravageuse, avec une interprétation d’une férocité absolue d’Alyson Hannigan, totalement méconnaissable. Elle devient le personnage central et engloutit tout sur son passage : scène où elle laisse la magie noire la consumer, prise de contrôle de la voiture, serment de vengeance mortelle, poursuite implacable dans les bois, jusqu’à l’horrible climax que représente la torture et l’exécution de Warren. Les dialogues de Marti Noxon sont aussi tranchants que la balle fatale, et on sent le triomphe des ténèbres à chaque image. Cette croisade sanglante prend aux tripes. La réalisation de David Solomon ne nous épargne rien, tout est là pour secouer le spectateur, qui ne sait plus comment réagir en voyant cette métamorphose d’une héroïne douce et fidèle en une machine de destruction massive. L’amour, sentiment le plus puissant qui existe en chaque être humain, est capable de toutes les folies. Dark Willow en est la preuve vivante. Son nihilisme, sa plongée pleine et entière dans la colère est à glacer le sang, métaphore évidente des tragédies humaines ayant pour motif ce noble sentiment.

Par opposition, Buffy - qui semble plus mature, plus adulte physiquement - rayonne de sa pureté lumineuse qui la pousse à ne pas se mêler des affaires des hommes, et à s’en remettre à leur justice, aussi défaillante soit-elle. Elle a bien compris que vouloir tout contrôler soi-même, fut-ce au départ dans un but bénéfique (punir un criminel), ne peut mener qu’à un fanatisme monstrueux, celui-là même dans lequel tombe notre sorcière bien-aimée. On apprécie le tout petit filet de lumière que représente Anya, qui choisit de ne pas servir le dieu de la vengeance, mais ses amis. Spike part dans un but mystérieux. On termine encore sur un cliffhanger, Jonathan et Andrew ont du souci à se faire. On se demande si le cauchemar va se terminer, c’est extraordinairement oppressant.

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La critique d'Estuaire44 

Clairement Warren aurait du profiter de sa fusée pour s'enfuir là où il aurait été moins en danger. Le cheminement psychologique aussi subtil que désenchanté entrepris au cours de la saison débouche sur ce final certes impressionnant mais qui renoue avec les conclusions pyrotechniques standards de la série. On peut se demander si le déferlement d’effets spéciaux et l’exécution atroce de Warren, certes spectaculaires, n’étouffent pas une expression plus fine du chagrin de Willow.

Il existe une discordance regrettable entre la chronique intimiste et noire observée jusqu’ici et ce déferlement de sorcellerie ultra visuelle parfois excessif que la qualité de l’interprétation et l’affrontement Buffy/Willow ne suffisent pas tout à fait à faire admettre. On est davantage dans une version apocalyptique de Charmed que chez Bufffy. Ce sera encore plus marqué ensuite avec cette apocalypse improvisée autour d’un temple maudit surgit dont on ne sait où. 

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  • Vu l’angle très improbable de sa balle, on peut se demander comme Warren sait qu’il a tué Tara.

  • Durant le passage de Warren au bar des démons, on peut entendre le titre Die, Die My Darling, des Misfits.

  • Mort de Warren, qui participera néanmoins à la série 8 Comics sous les traits de l’Ecorché, ressuscité par Amy. Tout deux feront alliance contre Willow, avant qu’Amy ne se reprenne. Ne survivant que grâce à la magie, Warren périra de nouveau quand celle-ci disparaitra partout sur Terre.

  • Amber Benson apparaît ici pour la dernière fois, jouant la dépouille de Tara. A l’issue du tournage de l’épisode, Joss Whedon organisa une fête en son honneur, autour d’un superbe gâteau en forme de tombe.
  • L'épisode Qui veut donner une baffe ? (5x09) de la série How I met your mother parodie Dark Willow. Lily Aldrin, jouée par Alyson Hannigan, y lance à plusieurs reprises un regard assassin signifiant "tu es mort pour moi" envers des gens qu'elle méprise. Ce regard est réalisé selon des effets spéciaux rappelant Dark Willow, d'autant qu'il a la particularité de désintégrer (métaphoriquement) ses victimes. Ce regard est réutilisé dans l'épisode Le médaillon (9x01).

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21-22. TOUTE LA PEINE DU MONDE
(TWO TO GO / GRAVE)

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Scénario : Douglas Petrie (1re partie) et David Fury (2e partie)

Réalisation : Bill L. Norton (1re partie) et James A. Contner (2e partie)

Spike passe plusieurs épreuves dans le but d’obtenir quelque chose d’un démon. L’exécution de Warren n’a point étanché la soif de destruction de Willow. Elle veut maintenant s’en prendre à Jonathan et Andrew. Le Scooby-Gang tente de l’arrêter ce qui ne fait qu’accroître sa fureur. Willow s’en prend alors directement à eux. Au terme de ce jour de cauchemar, elle fait apparaître un temple satanique dans l’intention de détruire la Terre…

La critique de Clément Diaz 

- You've come pretty far : ending the world, not a terrific notion ! But the thing is ? Yeah. I love you. I loved crayon-breaky Willow and I love ... scary veiny Willow. So if I'm going out, it's here. If you wanna kill the world ? Well, then start with me. I've earned that.
- You think I won't ?
- It doesn't matter. I'll still love you.

Two to go ne laisse pas un instant de répit. Dark Willow perd tout contrôle, se perd dans son chemin de vengeance, et les êtres qu'elle chérissait le plus au monde en font les frais. La bataille est tellement inégale qu'on se dit que c'est perdu d'avance. Face à une puissance d'une telle ampleur, qui ne semble souffrir d'aucun talon d'Achille, le Scooby alterne combats désespérés et fuites forcées. Douglas Petrie mène son scénario tambour battant, on est sous pression. La tapageuse évasion de la prison entre explosions, téléportations, démonstrations de force... et course-poursuite à la Bullitt maintient la pression. Il est clair que contrairement à tout le reste de la saison, la psychologie est assez réduite, mais le finale est justement le résultat de toute l’évolution de la saison. L’émotion est apportée ici par la Super Big Bad. Le duo Clem-Dawn apporte une rare touche de lumière, vite évacuée lorsque Willow menace carrément de s'en prendre à elle. Le face-à-face avec Buffy (et la décisive Anya) suivi de leur combat fratricide est un premier clou du spectacle. On ne lésine pas sur la puissance, la violence. Au moment où tout semble perdu, arrive le plus réconfortant des cliffhangers. Il tombe a tempo, pour un effet massif. Yeaaaaah !

Sans doute manque-t-il cette "patte" Whedon pour conclure cette saison en beauté. Effectivement, Grave souffre d'un certain surplace. Ceci dit, David Fury s'en sort très bien. Le début est poussif : malgré la joie des retrouvailles Giles-Buffy, les voir s'esclaffer paraît très déplacé. Anya qui se laisse posséder par Willow est une excuse pas crédible pour relancer la machine. Bon, voir Giles se prendre une raclée royale par une Dark Willow plus cruelle que jamais, ça permet de retrouver l'adrénaline. Ensuite, les techniciens se lâchent : boule de feu intelligente, armée souterraine, pyrotechnie blockbuster, apparition du temple de Satan - ok avec le recul, c'est un peu too much, mais sur le moment, on ne réagit pas... plein la vue. Moment vibrant où Willow télépathe avec Buffy en lui accordant le droit de "mourir en héroïne", ou Anya veillant sur Giles, dont on se rend compte que son sacrifice était en fait soigneusement calculé. C'est du grand grand art, on l'aime comme ça notre Giles, toujours prêt à prendre des risques énormes pour avoir une toute petite chance de réussir (il mise carrément la planète dans son coup de poker).

La coda est prodigieuse, avec la confrontation ultime entre Dark Willow et Xander le Brave, qui est prêt à souffrir, à mourir même pour arrêter la folie de Willow. C'est dialogué au cordeau, c'est joué et réalisé à la perfection. Oh, quelle merveilleuse idée que ce soit le "normal guy" qui sauve le monde, c'est un hommage sublime au personnage. On finit sur le twist avec Spike… ben voilà, Whedon nous a encore eu. Une très belle fin de saison, spectaculaire et émotionnelle.

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La critique d'Estuaire44 

Un épisode très fort, parfois visuellement impressionnant, avec pour les fans l'image déchirante de la guerre ouverte entre Willow et Buffy même si on ne croit jamais vraiment à une issue fatale. Même à la grande époque, personne n’a sérieusement cru que la Slayer allait avoir à tuer sa meilleure amie, ce qui n’enlève rien à l’intensité de l’histoire et à son tempo d’enfer. La réussite n'est cependant pas parfaite, du fait d'une recherche trop marquée du spectaculaire à tout prix, histoire de marquer le coup. Willow sur son camion ça fait Terminator, idem pour ce temple maléfique surgissant du diable vauvert (si cela avait été au moins annoncé un minimum en cours de saison, mais non). On sent qu'il faut placer une apocalypse à tout prix en fin de saison, même si elle n'est absolument pas nécessaire : c’est dans le contrat.

On est vraiment ravi de revoir Rupert mais son retour donne d’abord lieu à une bataille pyrotechnique à la Dragon Ball, assez infantile. Heureusement l'épisode ménage une vraie scène de retrouvailles touchantes avec Buffy (ouf !). Enfin une pure émotion surgit quand Willow abandonne toute cette colère pour se retrouver grâce à Alex, soit la coda de l'épisode et de l'ensemble de la saison. Buffy est l'Alpha rayonnante du groupe, mais le Zeppo en reste l'âme. Sinon il nous faut subir Dawn jusqu'au bout, cette histoire de potentielle on y croit pas du tout. Spike récupère son âme c'est-à-dire que pour retrouver Buffy il accepte de devenir un Angel bis (ou quasi, d'accord). Pour se perpétuer le Spuffy devient un autre Bangel, ce qui indique assez à qui revient la prédominance. Sinon le Duo reste divertissant jusqu'au bout, avec un Andrew continuant à nous inonder de ses références Geeks, de Star Wars jusqu'aux X-Men, tandis que Jonathan semble (un peu) plus mature. On vous aime tout de même les gars, direction le  Mexique et à la saison prochaine ! 

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  • Ce double épisode concluant la série bénéficie d’une récapitulation initiale plus longue qu’à l’accoutumée. Alex la lance en déclarant This is what happened this year.
  • Les deux parties furent diffusées d’un bloc.
  • Here we are now, entertain us déclare Spike avant de débuter son combat. Il s’agit d’une citation du tube Smells Like Teen Spirit, de Nirvana. Les étapes du parcours lui permettant de retrouver son âme ne résultent  pas particulièrement spirituelles !
  • Rack semble être tué par Dark Willow mais celle-ci a simplement aspiré ses pouvoirs et il réapparaitra dans la saison 9 Comics (Willow : Wonderland).
  • La seconde partie de l’épisode est le seul final de saison non directement écrit et dirigé par Whedon, épuisé par l’aventure Firefly. C’est également la seule fois où Buffy ne joue pas un rôle central dans la défaite du Big Bad.
  • La chanson entendue en fin d’épisode est Prayer Of St. Francis, de Sarah McLachlan.
  • La boutique de magie Magic Box est détruite dans une explosion, une grande tradition des décors récurrents du Buffyverse. Le plateau sera consacré au nouveau Sunnydale High School, en saison 7.

  • La saison six  est la seule à s’achever sans qu’Angel ait réalisé la moindre apparition à Sunnydale.
  • Dark Willow surnomme Giles « Jeeves ». Il s’agit d’une référence à  Reginald Jeeves, valet de Bertie Wooster, héros d’une série de romans très populaire en Grande Bretagne, écrite par P. G. Wodehouse. Jeeves est devenu l’archétype des valets et majordomes anglais traditionnels, passablement dépassés aujourd’hui.
  • Les répliques du Trio, enfin, du Duo, contiennent plusieurs références à Star Wars.
  • Le Duo s’échappe en direction du Mexique, mais il sera de retour pour la saison 7.

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