saison  saison

Les Brigades du Tigre (1974-1983)

SAISON 4 (1978)

 


19. LE VILLAGE MAUDIT

Résumé :

1913 Faivre envoie Terrasson dans un village où d’étranges évènements se produisent. Les habitants le désertent, pensant qu’une malédiction frappe la nature et les hommes. Les brigades du Tigre consultent une revue de géographie et envisagent une solution plus cartésienne.

Critique :

Des événements inexplicables surviennent dans un petit village d'Auvergne, et leur caractère surnaturel ne manque pas d'impressionner une population encore empreinte de croyances moyenâgeuses : les bêtes meurent, la végétation se dessèche, les cloches de l'église sonnent toutes seules. Maudru, un bougre simple d’esprit qui vit dans la montagne, est capturé par les villageois, qui veulent le brûler sur un bucher, car ils pensent qu’il est un sorcier et la cause de leur malheur. Sous l'identité d'un journaliste, l'inspecteur Terrasson, envoyé en mission par Faivre, découvre un village en proie à une véritable psychose. Parmi les villageois, seuls l'instituteur Thévenin, sa femme Blanche et Madame de Castro tentent de réagir contre ce climat de peur et de fantasmes collectifs.

Un des meilleurs épisodes de la série toutes saisons confondues, qu’on ne peut oublier à la rediffusion. Terrasson enquête seul la première demi-heure dans le village mystérieux, où il doit faire face aux habitants superstitieux et renfrognés, et à un ‘fantôme’ dans l’église. À l’arrivée de Valentin et de Pujol, il a disparu, enlevé. Un superbe épisode, avec son ambiance fantastique prenante, la présence du scénariste Claude Desailly en simple d'esprit, mais aussi la volonté de donner un rôle plus consistant à Terrasson, jusqu'alors éclipsé. De très belles scènes de bagarres et un scénario bien construit s'ajoutent à un suspense qui monte en puissance jusqu'à l’excellente séquence finale. Le jeu des acteurs est, comme toujours, pertinent (remarquable Claude Marcault), les lieux de tournage sont splendides  une véritable carte postale pour la région  et la musique particulièrement envoutante. Le seul reproche serait le mauvais casting de l’instituteur, bien trop âgé pour être le mari de Blanche. Les meilleurs passages sont la capture de Maudru (début), le petit truc de Terrasson pour piéger le fantôme de l’église, l’humour du policier avec le curé, la scène du cimetière bien filmée et le final. La meilleure séquence est néanmoins l’affrontement à la savate entre Valentin/Jean-Claude Bouillon et Daniel Vérité, l’homme de main. On n’avait plus vu de tels combats depuis le final de La Main noire avec Jean-Pierre Julémont.

Du mystère et de l’action tels que la série nous revient en mémoire, mais cela ne fut pas, malheureusement, toujours le cas (voir l’aventure suivante). C’est l’épisode Terrasson (avec Lacs et entrelacs), qui est décrit comme maniaque par Pujol. On note aussi le côté bon vivant du personnage (et vraisemblablement de l’acteur), déjà vu dans Don de Scotland Yard, lorsque Terrasson émiette son pain dans sa soupe comme un vrai paysan du cru, et qu’il souligne à ses collègues, toujours porté sur le bien-manger, qu'ils ne sont pas regardants sur la bouffe’. Heureusement d’ailleurs que Valentin ne se jette pas sur le poulet…

Cette aventure est un excellent hommage à Pierre Maguelon, dont la présence est centrale, mais également au scénariste Claude Desailly, convaincant en bougre reclus.

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 21 avril 1978 sur Antenne 2.

o Claude Marcault, Blanche Thévenin, a surtout joué au théâtre et à la télévision depuis ses débuts en 1965. Elle a participé à La princesse du rail, Les enquêtes du commissaire Maigret, Commissaire Moulin. Elle a arrêté sa carrière suite à une chimiothérapie en 1982.

o Claude Desailly (1922-2009), le scénariste de tous les épisodes de la série, tient le rôle conséquent de Maudru, un homme exclu de la société qui vit retiré dans la montagne. L’auteur est décédé le 26 avril 2009 à Gordes.

o Sébastien Floche, le curé, est Lampel dans L’homme à la casquette et Jérôme dans Le temps des garçonnes.

o Pierre Londiche, Norbert, est plus en vue en prince de Galles dans Visite incognito de la première saison.

o Emmanuèle Bondeville, la libraire, est une comédienne spécialisée dans le doublage. Elle est, entre autres, la voix française principale de Michelle Pfeiffer.

o Francis Rousseff, le laborantin des Brigades Mobiles, reviendra dans deux épisodes : Le temps des garçonnes et Made in USA, où il jouera une scène avec son idole de jeunesse, Eddie Constantine.

o Daniel Vérité, l’homme de main, fut conseillé à la production par Jean-Claude Bouillon, qui le connut sur le tournage d'Alexandre bis. La scène de combat devant la grotte, réalisée sans doublure, fut chorégraphiée par Daniel Vérité. Le cascadeur fut le coordinateur des combats également sur les deux dernières saisons.

o L’épisode fut tourné dans le village médiéval de Tournemire dans le Massif Central. La commune est membre de l'association des Plus beaux villages de France. Tournemire est célèbre pour son château (XVe siècle - XVIIe siècle), son église (XIIe siècle), pour une épine de la Couronne du Christ qui au Moyen Âge perlait une goutte de son Sang chaque vendredi saint, et son petit village médiéval, dont les maisons les plus anciennes possèdent des fondations romanes, des murs en pierres volcaniques et des toits en lauze. On reconnait de nombreux lieux dans l'épisode, lieux qui n'ont guère changé vu que le village est classé. On remarque notamment l'entrée du cimetière et le grand rocher qui le surplombe, une petite place de la commune où les habitants veulent brûler le fameux sorcier qui porterait malheur au village, ou encore le château d'Anjony où se déroule la bataille finale. (Source : wikipedia).

o Le château d’Anjony, où plusieurs scènes furent filmées, se trouve sur la commune de Tournemire. Construit par Louis d'Anjony, compagnon de Jeanne d'Arc ayant reçu du roi Charles VII mission de protéger les alentours, le donjon d'Anjony est toujours là, intact et fier, exemple très caractéristique des petites forteresses de montagne du XVème siècle. Son histoire fut tumultueuse aux XVème et XVIème siècles, car une véritable "vendetta" opposa la famille d'Anjony à celle des Tournemire, trop proches voisins et rivaux. Au XVIIIème, on ajouta à l'austère construction médiévale un corps de logis plus accueillant et plus conforme aux goûts de l'époque. Les riches intérieurs sont décorés de remarquables fresques du XVIème et le mobilier est de diverses époques de la vie du château. La demeure est toujours habitée par la même famille depuis l'origine.

o Quant aux scènes de l'église, elles sont censées se dérouler à l'église de Tournemire, mais c'est à celle de Girgols qu’elles ont été tournées, à quelques kilomètres de Tournemire.

o Valentin et Pujol n’apparaissent qu’après 27 minutes de film.

o C'est en recherchant tous les produits contenus dans la pechblende, un minerai découvert en Allemagne, que Marie Curie découvrit en 1898 le polonium puis le radium. En effet, Marie Curie, à l'époque jeune thésarde embauchée par Henri Becquerel pour étudier les rayons uraniques, travailla d’abord sur l’uranium puis sur la pechblende, dont le rayonnement bien plus intense venait d'être remarqué. Elle mit en place une méthode radiochimique afin de déterminer l’origine précise du rayonnement de la pechblende : diviser, puis purifier, puis précipiter. Cette méthode était censée permettre d'isoler la particule élémentaire seule responsable du rayonnement. En 1898, furent ainsi mesurées l’activité d’un atome de radium, puis celle du polonium. Pour ces travaux, Henri Becquerel et Pierre et Marie Curie obtinrent le prix Nobel de physique en 1903 (Source : wikipedia).

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20. LES DEMOISELLES DU VÉSINET

Résumé :

1913  Deux vieilles folles enlèvent quatre députés et les séquestrent dans la cave de leur maison minée. Elles veulent une loi promulguant le vote des femmes.

Critique :

Deux vieilles demoiselles excentriques enlèvent quatre députés de diverses tendances politiques dans des conditions mystérieuses. Aucune nouvelle n'est donnée et aucune rançon n'est réclamée. Rapidement, Valentin et ses hommes font le recoupement car ces vieilles dames ont été aperçues sur les lieux de chaque kidnapping. Quelques temps plus tard, les deux femmes, Gertrude et Rosemonde Petitpont, se rendent au bureau de Faivre et menacent de se faire sauter dans leur maison du Vésinet avec les députés. Nostalgiques des suffragettes anglaises, elles exigent pour leur libération une loi instituant le droit de vote aux femmes ; sinon, elles mettront leur menace à exécution. Le ministre de l'Intérieur prend cette affaire au sérieux et le commissaire Valentin est chargé de résoudre le problème.

Un épisode très léger voire cul-cul la praline, pire que l’équivalent de Chapeau melon et bottes de cuir, Homicide et vieilles dentelles. Une aventure loufoque, sans mystère ni suspense, avec beaucoup de baratin puéril. Le summum du ridicule est la scène où Gertrude joue le mot de passe, Au clair de la lune, à la flûte ! Personnellement, je ne conçois pas Les brigades du Tigre comme cela. Heureusement, cet épisode est coincé entre deux excellents qui, eux, ne dénaturent pas la série. Certes, il y a quelques bons moments comme les enlèvements d’Achille et d’Hubert, les répliques de Faivre : ‘C’est un monde tout de même : mes brigades tenues en échec par deux vieilles folles !’ et l’idée décisive de Terrasson.

Les amoureux de comédies y trouveront néanmoins leur compte mais, si l’aventure avec sa parodie politique de l’époque amuse à la première diffusion, elle sera zappée à une rediffusion, tant son traitement diffère de l’image de la série.

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 28 avril 1978 sur Antenne 2.

o Madeleine Barbulée (1910-2001), Gertrude, sera Emilie dans Les fantômes de Noël.

o Philippe Brigaud, le colonel de Villedieu, a tourné dans quatre autres épisodes de la série : Visite incognito, Collection 1909, Don de Scotland Yard et le dernier de la série, Lacs et entrelacs.

o Viviane Gosset (1908-1996), Mme Demellier, est Mme Soligny, la mère d’Henriette, dans L’homme à la casquette. Elle jouera également dans le dernier épisode, Lacs et entrelacs.

o Pierre Plessis, Achille Demellier, jouera dans Le réseau Brutus.

o Henri Poirier (1932-2005), Villaut-Delaroche, reviendra dans Le temps des garçonnes.

o Henri Villerouge, l’adjoint au maire, sera le patron de l’auberge dans Le réseau Brutus et Le complot, et Albin dans Les fantômes de Noël.

o Il n’y a pas de voix-off, comme à l’accoutumée, avant le générique du début.

o Le nom du chauffeur est… Schumacher, mais, à l’époque, on ne pouvait pas le savoir… Par contre, Gertrude évoque Schumacher à Faivre dans ces termes : ‘Un homme merveilleux, dévoué comme personne’. Un clin d’œil à l’acteur car l’homme à tout faire est interprété par Fred Personne !

o Gertrude évoque Emily Davison, une suffragette britannique née en 1872 et décédée en 1913. Elle s’est rendue célèbre par ses protestations en faveur du vote des femmes. Le 4 juin 1913, elle tenta d'arrêter le cheval du roi George V, qui participait à un Derby d'Epsom. Elle mourut de ses blessures quatre jours plus tard. Le 18 avril 2013, une plaque fut dévoilée à Epsom pour commémorer le centième anniversaire de sa mort. 

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21. BANDES ET CONTREBANDES

Résumé :

1912  Une confrérie secrète juge et exécute des repris de justice qui ont obtenu une peine trop clémente. Les destins d’une anarchiste et d’un notable vont se croiser.

Critique :

Au printemps 1912, plusieurs délinquants sont retrouvés assassinés, tués avec la même arme. Ils n'ont apparemment rien à voir entre eux, pourtant la délinquance et la répression sont un cercle vicieux, qui pose des problèmes à la justice. L’assassinat maquillé de l’anarchiste Louis Thellier implique les Brigades, mais la veuve a déjà des soupçons sur l'identité des meurtriers. Lorsque Clara Thellier apprend du commissaire Valentin que d’autres condamnés ont subi un sort similaire – un truand et un chevalier d’industrie –, elle se fait engager comme secrétaire sous une fausse identité par un bureau de bienfaisance pour nécessiteux afin d'enquêter sur le directeur, Xavier Hoeffler. Les Brigades la prennent en filature vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais la femme possède un coup d’avance sur la police. Clara Thellier prend des risques lors d’une réunion au sommet chez Hoeffler et, démasquée, elle précipite la fin d’une liaison impossible. 

Un excellent épisode, dramatique et passionnant d’un bout à l’autre, à l’instar des histoires impliquant des révolutionnaires. Louis Thellier est décrit comme l’un des derniers grands anarchistes dans la nature ; tels Lacombe, le dernier de la bande à Bonnot (Nez de chien), et Liébert, l’ultime théoricien (Bonnot & Cie). Les seconds rôles sont particulièrement convaincants et la tension palpable. Nita Klein, dans le rôle de Clara, la femme anarchiste, fournit une composition très émouvante et elle forme un duo impeccable avec Michel Herbault (Xavier Hoeffler). Ils éclipsent les Hommes du Tigre, surtout dans la seconde partie de l’épisode, lorsque leur contraire les fait s’attirer.

D’autres personnages, très bien joués, sont aussi à noter, comme Julien et le tueur. Le thème musical mélancolique, qui accompagne Clara Thellier et Xavier Hoeffler jusqu’à leur destin tragique, est superbe. Force est de constater que les Brigades Mobiles ne sortent pas victorieuses, n’ayant pu empêcher cette fin funeste et inégalée dans la série. Les meilleurs passages sont l’évasion de Louis Thellier et les retrouvailles avec sa femme dans la planque de la forêt (notez le soupçon d’érotisme, surtout pour l’époque), la crispante réunion dans la maison de Hoeffler, les scènes de tribunal, la capture de Clara, l’ultimatum et, bien entendu, le final, car l’absence de happy-end fait la force du récit, comme pour Le défi.

Le seul bémol est l’indice de l’agenda de Hoeffler : Trauer veut dire ‘deuil’ en allemand et le trio met beaucoup trop de temps à percuter, surtout que Deuil-sur-Seine n’existe pas, mais Bandes et contrebandes n’en demeure pas moins le meilleur épisode de la quatrième saison.

Anecdotes :

o Cet épisode fut diffusé le 5 mai 1978 sur Antenne 2.

o Nita Klein, Clara Thellier, fut révélée au cinéma par Muriel ou le temps d'un retour en 1963, et elle a surtout mené une carrière théâtrale et télévisuelle. En 2012, elle écrivit À l’écoute de Jean Klein, un hommage à son père, disparu en 1998, pour le centième anniversaire de sa naissance. Il était un des plus célèbres maîtres spirituels du XXe siècle. Nita Klein connaissait très bien Claude Desailly, le scénariste de la série, car ils vivaient dans le même village, Gordes.

o Yves Peneau, Delaroche, était le traître dans Le cas Valentin de la saison précédente. Il reviendra dans l’ultime saison, dans La fille de l’air.

o Alain Halle-Halle, Julien, est Charles Bary dans le premier épisode de la série, Ce siècle avait 7 ans... Il reviendra dans S.O.S. Tour Eiffel.

o Jean Saudray (1928-2002), un des tueurs, était un habitué des seconds rôles au cinéma.

o Elisabeth Kaza (1924-2004), Mme Vignoux, sera la gouvernante dans Le réseau Brutus.

o Bernard Lajarrige (1912-1999), Lerrimeux, est Masson dans Ce siècle avait 7 ans... Il est Joseph, le planton de la PJ, dans Les enquêtes du commissaire Maigret.  

o La voix-off, sans dessin, est placée après le générique.

o Clara Thellier annonce à son mari, Louis, qu’elle a presque terminé la traduction de Malatesta. Errico Malatesta (1853-1932) fut un propagandiste et un révolutionnaire anarchiste italien très actif tout au long de sa vie. Il se réclama plus particulièrement de la tendance de l'anarchisme communiste. Il occupe une place importante dans le mouvement anarchiste, du fait de sa capacité critique et pratique (Source : wikipedia).

o Lorsque Clara Thellier précise qu’elle a un baccalauréat de philosophie, Mme Vignoux, l’employée d’embauche, déclare : ‘Mais c’est très rare pour une femme’. Le baccalauréat était initialement destiné aux garçons de la bourgeoisie. La première femme à passer le baccalauréat est Julie-Victoire Daubié en 1861. Mais c’est à partir de 1924, lorsque les programmes secondaires pour garçons et filles deviennent identiques, que le baccalauréat s’ouvre largement aux filles (Source : wikipedia).

o La gouaille de Terrasson, après son enquête sur la fondation et Hoeffler : ‘La fondation, il n’y a pas mieux depuis l’armée du salut. Hoeffler, ce n’est pas un p’tit rigolo. C’est un Alsacien, une cerise à l’eau de vie pour lui, c’est déjà la débauche’.

o Valentin se saisit d’un livre dans l’appartement de Clara Thellier : Dieu et l’État, l'œuvre la plus connue du penseur anarchiste russe Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine (1814-1876).

o Le lieu du tribunal est vraisemblablement le même qui sert de rendez-vous dans De la poudre et des balles, en saison 2.

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22. CORDIALEMENT VÔTRE

Résumé :

1909  Malgré la surveillance des Brigades Mobiles, un ingénieur de l’Amirauté disparaît. Les services secrets allemands sont suspectés, mais les Anglais ont-ils joué franc-jeu ?

Critique :

La Première Guerre mondiale n'est pas loin et la course à l'armement fait rage ; les marines de tous les pays s’intéressent à une nouvelle forme de vaisseau de guerre que la technologie moderne rend possible : les sous-marins. La suprématie des mers est en jeu et la Kriegsmarine du Kaiser semble avoir pris quelques avances techniques. La France et l'Angleterre décident alors d'unir leurs efforts pour construire un submersible. William Husby, un chercheur anglais, rejoint dans sa propriété Maxime Laubeuf, un ingénieur maritime français, afin de partager leurs travaux. Husby reçoit des lettres de menaces, et les services secrets allemands semblent avoir l'intention de l’enlever. Les Brigades Mobiles sont chargées de sa protection. Cependant, malgré les précautions prises, l'ingénieur britannique est kidnappé. Cet incident pourrait bien ternir les relations entre les deux pays, et les brigades du Tigre ont quarante-huit heures pour retrouver le savant. Valentin s’aperçoit progressivement que les Anglais ont joué double jeu, dans le but de s’approprier le fruit des travaux de Laubeuf sans contrepartie.

Les épisodes se suivent et ne se ressemblent pas. Celui-ci est une grosse farce sur fond d’espionnage qui pourrait s’intituler Baratinement vôtre ! Voir Terrasson s’escrimer à monter une tente ou Pujol perché dans un arbre peut être cocasse, mais l’épisode est vite lassant, car il ne se passe pas grand-chose : beaucoup de stéréotypes (les Allemands et la bière), de dialogues et très peu d’action. La réplique de l’aventure est à mettre au crédit de Valentin : ‘Les Allemands sont réputés pour être de rudes adversaires.’ Il y a une belle brochette de personnages excentriques, tels Schutz et Hoss, mais les méchants ne sont pas ceux qu’on croit. Le dénouement avec les faux Allemands sympathiques est peut-être une volonté des coproducteurs bavarois. Il n’est pas non plus déplaisant que les Anglais, et pas les Allemands, soient derrière cette machination, en montant les Brigades contre des détectives privés… alsaciens ! Après Jeanne d’Arc et Napoléon, il était temps de montrer la Perfide Albion sous son vrai jour !

Les meilleures scènes sont la rencontre de Schutz avec Valentin et Pujol à l’auberge, l’enlèvement du détective et l’assaut rocambolesque des policiers alsaciens déguisés en Allemands pour libérer les prisonniers, sans oublier les somptueux extérieurs, voitures et costumes, comme à l’accoutumée.

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 12 mai 1978 sur Antenne 2.

o L’Entente cordiale est déjà évoquée dans l’épisode Visite incognito, en saison 1. Vernon Dobtcheff, qui a participé aux Avengers, joue dans les deux épisodes. Il est l’inspecteur Howard dans Visite incognito et Sir Francis Bertie, l’ambassadeur britannique en France, très roublard, dans celui-ci.

o Michel Muller, Schutz, a joué aussi dans Le temps des garçonnes.

o Maxime Laubeuf (1864-1939) est un pionnier de la construction navale et il est considéré comme un des pères des premiers sous-marins modernes — le Narval et l'Aigrette — à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Sous-ingénieur en 1887, ingénieur en 1891, il travailla à Brest à la mise au point de submersibles et conçut les premiers sous-marins modernes en 1904. Deux ans plus tard, il quitta la marine pour poursuivre la construction de sous-marins dans l'industrie privée. Ses innovations furent adoptées par toutes les marines du monde (Source : wikipedia).

o Contrairement aux premières saisons, il y a des sous-titres, lorsque des personnages parlent dans une langue autre que le français ; ainsi le major Fitzberry et sa fille Dorothy.

o Lorsque Schutz parle de la bière, meilleur breuvage avec ses titres de noblesse en Alsace, le détective déclare : ‘Hélas, quand retrouverai-je ma patrie ?’ Valentin lui répond : ‘C’est la question que se posent tous les Français.’ En 1909, l’Alsace-Lorraine (en allemand Elsaß-Lothringen) correspond au Reichsland Elsaß-Lothringen , territoire annexé par l'Empire allemand en application du traité de Francfort, signé le 10 mai 1871 après la défaite française. Si l'annexion ne concerne pas l'intégralité des territoires lorrain et alsacien, elle ampute la France des trois quarts du département de la Moselle, d'un quart de celui de la Meurthe, de quelques communes situées dans l'est du département des Vosges, de cinq sixièmes du département du Haut-Rhin et de l'intégralité du Bas-Rhin (divisions administratives de l'époque). Sur la place de la Concorde à Paris, la statue représentant la ville de Strasbourg fut fleurie et voilée d'un drap noir jusqu'à l'armistice de 1918 (Source : wikipedia).

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23. LES ENFANTS DE LA JOCONDE

Résumé :

1912  Un homme est assassiné devant le siège des Brigades avant qu’il n’ait pu contacter Valentin. L’enquête mène les Hommes du Tigre en province, sur la piste d’une organisation spécialisée dans le vol d’œuvres d’art.

Critique :

À deux pas du bureau des Brigades, un homme est renversé par une automobile et meurt sur le coup. Accident de la circulation ou meurtre ? La seconde hypothèse est rapidement retenue, car André Ferras rendait visite au commissaire Valentin, comme l’accrédite un morceau de papier retrouvé dans sa main crispée. Pujol se rend à Evreux, lieu de résidence du défunt, et il rencontre Arthur Ferras, photographe et frère de la victime, et surtout Viviane, prostituée et soi-disant amie d’André. Ils dressent un portrait surprenant du mort, et une reconnaissance à la morgue confirme à Valentin que les Brigades ont mis le doigt sur une grosse affaire. Pujol retourne à Evreux et remonte la filière en compagnie de Viviane : ils suivent le photographe et le chef du gang jusqu’à une chapelle, et l’inspecteur découvre qu’un habile travail de photographies permet à des faussaires de dérober des œuvres d’art et de les remplacer par des copies. 

L’inspecteur Pujol enquête pratiquement seul à Evreux, mais il est aidé par une prostituée, ce qui rend l’aventure pleine d’humour, en particulier lors des dialogues au café et le retour à Paris. On découvre des morgues à l’ancienne et le final avec l’abbé est croustillant. Pujol affronte physiquement deux truands de la bande des faussaires dans des combats de savate toujours aussi spectaculaires, même si le policier y laisse des plumes. Un bon divertissement qui allie histoire ‘sérieuse’ et humour corrosif dans de superbes dialogues.

Les meilleurs passages de cet épisode Pujol sont le début (le meurtre et la profusion de vieux tacots), la première rencontre Pujol/Viviane, la scène de la morgue, le combat dans le labo du photographe, et l’atmosphère de l’époque si bien reconstituée avec la présence des vieux métiers de rue. Néanmoins, la première visite de Pujol chez le photographe est un peu longuet, la fête au bar de La chouette aussi, et les passages Pujol/Viviane deviennent abusifs et redondants, sans compter que le plan de l’inspecteur ‘de se jeter dans la gueule du loup’ pour pénétrer l’organisation est peu crédible. De plus, l’enquête s’avère bâclée, car l’identité du propriétaire de l’automobile, qui a renversé la victime, est connue dès le début, sans que cela soit vérifié !

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 19 mai 1978 sur Antenne 2.

o Monique Tarbès (1934), Viviane, est une actrice et chanteuse, qui a travaillé aussi bien pour le cinéma que pour la télévision et le théâtre. Elle a joué dans Le magnifique avec Belmondo.

o Robert Party (1924-2011), Léo, jouera dans S.O.S. Tour Eiffel. Il est Louis d’Evreux (coïncidence ?) dans Les rois maudits et Fouché dans Les nouvelles aventures de Vidocq.

o Claude Legros (1932), l’abbé, est le paysan dans Bonnot & Cie et le cireur dans Don de Scotland Yard.

o Gérald Denizot, Arthur Ferras, est Bollich, l’indic abattu, dans Ce siècle avait 7 ans… Il jouera aussi dans Rita et le caïd.

o Pierre Koulak, Gaston, reviendra dans Rita et le caïd. Il a joué au cinéma dans Le pacha, Borsalino, Les aventures de Rabbi Jacob, Borsalino and Co. Il a écrit un livre sur Fernand Raynaud en 2013. 

o Robert Lombard (1921-2003), Tharamis, était le sénateur Martin-Touffier dans Collection 1909.

o Il n’y a pas de voix-off, comme à l’accoutumée, avant le générique du début.

o Les scènes de combats sont chorégraphiées par Claude Carliez.

o La mention ‘Evreux’ n’apparaît pas sur la carte d’identité de la victime, André Ferras. Il est simplement précisé qu’il est né à Villeurbanne.

o L’humour de Terrasson, lorsqu’il apprend que la voiture du chauffard appartient à un marchand de tableaux : ‘C’est pour ça qu’il l’a si bien encadré, le type !’.

o Terrasson n’est pas le seul à faire d’exquises réparties. Ainsi, Viviane au sujet de Dédé, censé être son souteneur : ‘Gentil, régulier, jamais une baffe, enfin pas souvent’, et Pujol à Maistre, qui croise Viviane : ‘C’est un souvenir de voyage pour Valentin. Il adore les spécialités locales !’.

o Faivre : ‘La photographie en couleurs existe déjà depuis une trentaine d’années.’ Charles Cros et Louis Ducos du Hauron présentent à l'académie des sciences le principe de la photographie en couleurs indirecte en trichromie soustractive en 1869, nécessitant l'exposition de trois images correspondant aux trois couleurs primaires. Le procédé sera utilisé à grande échelle par Prokudin-Gorskii entre 1900 et 1918. Une étape importante fut ensuite le premier procédé véritablement pratique de photographie en couleurs, l’« autochrome », inventé par les frèresLouis et Auguste Lumière en 1903 et commercialisé à partir de 1907 (Source : wikipedia).

o À la fin, le vol de la Joconde durant l’été 1911 est évoqué. Le 22 août 1911, le peintre Louis Béroud se rend au Louvre pour y faire un croquis de sa prochaine toile Mona Lisa au Louvre, mais à la place de La Joconde se trouve un grand vide. Le tableau a bel et bien été volé la veille. Le criminologue Alphonse Bertillon découvre une empreinte de pouce sur la vitre abandonnée ; il décide de relever les empreintes digitales des 257 personnes travaillant au Louvre. En vain. Le vol est revendiqué par plusieurs mythomanes. La Société des amis du Louvre offre une récompense de vingt-cinq mille francs. Le voleur était l'Italien Vincenzo Peruggia, un vitrier qui avait participé aux travaux de mise sous verre des tableaux les plus importants du musée. Il conserve le tableau pendant deux ans dans sa chambre à Paris. De retour en Italie, il propose de le revendre le 10 décembre 1913 à un antiquaire florentin, Alfredo Geri, qui prévient la police. Peruggia n'est condamné qu'à 18 mois de prison. Le 4 janvier 1914, après des expositions à Florence et à Rome, le tableau revient solennellement au Louvre, dans un wagon première classe spécialement affrété à cette occasion. Il est désormais placé sous une surveillance accrue (Source : wikipedia).

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24. L'ANGE BLANC

Résumé :

1908  La sixième édition du Tour de France est marquée par des assassinats de coureurs que revendique un mystérieux ‘ange blanc’ dans des lettres anonymes. La surveillance des Brigades Mobiles n’empêche pas que le directeur du journal Le Vélo soit retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel.

Critique :

Dès la fin du XIXe siècle, la pratique de la petite reine prend un essor inégalé et, en 1903, le Tour de France voit le jour. Cela devient l’évènement sportif de l’année et la sixième édition se déroule en 1908 : une grande épreuve sportive, prônée par les uns, vilipendée par les autres. Souvent par le passé, les adversaires du sport ont semé des clous sur les routes du Tour mais, cette fois, des évènements bien plus dramatiques ont lieu. Après quelques étapes, deux coureurs sont assassinés en pleine compétition. Un anonyme revendique les crimes en envoyant des lettres signées « L'ange blanc » au journal Le Vélo. Un vif débat s'ouvre pour savoir si l'on poursuit la course, et les organisateurs du Tour font appel aux Brigades Mobiles pour assurer la sécurité des participants.

Cet épisode moyen met un terme à la série qui ne reviendra que quatre ans plus tard, avec des modifications. Il y a beaucoup de longueurs dans cette aventure où, malgré la fausse piste de Fulbert, on devine le coupable après seulement un quart d’heure de film (en tout cas pour moi, mais je ne dévoilerai rien). L’accumulation de crimes pour brouiller les pistes est un procédé très connu et rend le mobile, l’ambition, somme toute banal. L’adaptation et la reconstitution de l’épreuve n’ont pas dû être choses faciles vu le budget réduit octroyé à la série. Néanmoins, Victor Vicas recrée, comme toujours, l’atmosphère adéquate et la course cycliste est bien rendue. Cela justifierait d’ailleurs la rediffusion de cet épisode pour le centenaire du Tour, comme me le suggéra Jacques Bouanich, qui joue un coureur. D’excellents seconds rôles compensent la longueur de quelques scènes, tels la nuit d’attente à l’hôtel et un final quelconque. Malheureusement, Faivre, pour sa dernière apparition, est pratiquement absent de l’aventure.

Les meilleurs moments sont l’attaque sur Petit-Breton occupé à réparer sa bicyclette et l’arrivée inopinée de Valentin, et le mystère autour de la mort de Chaumette, le directeur du Vélo, mais si on a écouté attentivement les dialogues, on devine facilement ce qui s’est passé.

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 26 mai 1978 sur Antenne 2.

o François Dunoyer (1946), Armand Sabatier, est Arsène Lupin dans la série Le retour d’Arsène Lupin et Verdon dans Julie Lescaut.

o Jess Hahn (1921-1998), l’ancien boxeur Fulbert, est un acteur d’origine américaine, mais il a fait sa carrière en France. Dans les années 70, il avait un rôle marquant dans le feuilleton adapté de L’île mystérieuse.

o Jean Champion (1914-2001), Henri Chaumette, est Le Baron dans Les princes de la nuit.

o Jacques Giraud, Lucien Petit-Breton, est le gendarme dans Bonnot & Cie et le sergent de ville dans L’homme à la casquette. Il participera aussi à Rita et le caïd.

o Paul Hébert (1924), le rédacteur, a participé à L’homme à la casquette de la troisième saison.

o Marc Lamole, le commissaire de course, a joué dans de nombreux films de Belmondo : Flic ou voyou, Le professionnel, L’as des as, Joyeuses Pâques, Le solitaire.

o Jacques Chevalier, le brigadier, est l’infirmier dans Bonnot & Cie.

o La voix-off, sans dessin, est placée après le générique.

o Valentin s’adresse au moniteur en l’appelant par son véritable nom : ‘Bonjour Simonot’.

o Valentin fait allusion, à la fin de l’épisode, à ‘deux morts gratuites’. En fait, on en compte trois à part Henri Chaumette, le directeur du journal : les deux coureurs et Fulbert.

o Valentin évoque le Ku Klux Klan, lorsque Terrasson manipule la cagoule retrouvée (Terrasson : ‘Pour se mettre ça sur la tête, il faut être complètement fada.’).

o La morgue est le même décor que lors de l’épisode précédent, Les enfants de la Joconde.

o Le journal Le Vélo a réellement existé. Ce titre, qui était omnisports, fut publié de 1892 à 1904 et cessa sa parution suite à la montée en puissance de L'Auto, journal concurrent fondé en 1900. Un procès met alors aux prises Le Vélo et L'Auto-Vélo pour contrefaçon du titre, et Le Vélo gagne la partie, mais dès l'été 1903, le vent tourne, avec la mise en place par L'Auto du Tour de France, qui lui assure l'hégémonie sur le marché des quotidiens sportifs. En 1904, Le Vélo stoppe ses activités (Source : wikipedia).

o Lucien Georges Mazan, dit Lucien Petit Breton (1882-1917), est un cycliste français, mort pour la France. Un autre coureur s'appelant « Breton », il décide, afin d'éviter toute confusion, de se faire appeler « Petit Breton », pseudonyme qu'il transmettra à son fils. Vainqueur de la première édition de la classique Milan-San Remo en 1907, il gagne deux Tours de France en 1907 et 1908, enlevant deux étapes sur la Grande Boucle 1907, cinq en 1908. Lucien Petit-Breton est le premier cycliste à remporter deux fois le Tour de France. Il meurt à l'hospice de Troyes des suites d'un accident d’automobile sur le front en 1917, alors qu'il est soldat au 20e escadron du train. Sa dépouille repose au cimetière de Pénestin dans le Morbihan (Source : wikipedia).

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Captures réalisées par Denis Chauvet.

Crédits photo : TF1 Vidéo.