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Les Brigades du Tigre (1974-1983)

SAISON 3 (1976/1977)

 


13. BONNOT & CIE

Résumé :

1913 Liébert, un des théoriciens de la bande à Bonnot, condamné par la tuberculose, s’évade de prison et forme un nouveau gang qui sème la terreur. Il a surtout un compte à régler avec le commissaire Valentin, responsable de son arrestation.

Critique :

Comme à chacune des deux premières saisons, l’ombre de Bonnot plane sur une histoire. Bonnot & Cie est le dernier opus de la trilogie après Nez de chien et Le défi.

Liébert, un des deux théoriciens de la bande, est atteint de tuberculose et purge sa peine de cinq années à l’infirmerie de la prison. Condamné à brève échéance, il s’évade en compagnie de Bel-œil, un jeune malfrat borgne et admirateur émerveillé. D’une planque dans l’Indre, Liébert prend la direction de la petite bande de Romarin, un truand proxénète, et organise des attaques chez les riches fermiers. Un excellent moyen pour l’anarchiste d’attirer l’attention et le commissaire Valentin dans un piège, qu’il a mûrement préparé. Romarin est le maillon faible, mais avant que les Hommes du Tigre aient pu l’interroger, Liébert le fait éliminer.

Tels les autres récits évoquant Bonnot, cet épisode est tragique et violent (la torture du fermier, la tentative de viol, l’exécution de Romarin...). L’intrigue est parsemée de scènes intéressantes, et la longue attaque de la ferme  avec ses deux passages violents évoqués plus haut  est le clou de l’épisode. À cette occasion, la fuite des bandits masqués est une réminiscence d’une scène de Ce siècle avait 7 ans… ; la puissante voiture faisant face aux chevaux des gendarmes. À noter aussi la première rencontre de Liébert avec l’’équipe’ de Romarin, qui est la prise de pouvoir du théoricien anarchiste (‘Les putes n’ont rien à faire ici, dis-lui de se tirer’), le cocasse repas des policiers à l’auberge, et le piège du trio à Romarin. L’interprétation est également, comme presque toujours, l’élément majeur de la réussite de l’aventure. 

Les seconds rôles aux noms haut en couleur sont parfaits : Bel-œil, le truand admiratif, La Poule, la fille aux mœurs légères, une ‘pas-grand-chose’ aux dires de l’agent de police, Romarin, le julot casse-croûte poltron, et le truculent gendarme. Tous sont d’excellents faire-valoir à Liébert/Jolly, un des meilleurs méchants de la série. À lui seul, il fait de l’épisode un temps fort de la troisième saison. La ruse et l’efficacité de l’anarchiste (les masques portés lors des attaques, la fausse lettre anonyme...) sont calculées face à la gravité de la maladie, qui est très bien retranscrite par le personnage frigorifié près du feu et les toux sanglantes.

Le seul bémol est le final, pas à la hauteur du reste, avec la fusillade quelconque sur une musique inappropriée. La qualité de l’ensemble compense, et l’épisode garde son statut de quatre bottes, et complète la grandiose trilogie Bonnot de la série.

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 10 décembre 1976  sur Antenne 2.

o Hervé Jolly, Liébert, a joué dans Rita et le caïd.

o La Poule est interprétée par Macha Béranger (1941-2009), qui a animé l’émission Allo Macha sur France-Inter pendant une trentaine d’années, de 1977 à 2006.

o Claude Legros (1932), le paysan, reviendra dans Don de Scotland Yard et Les enfants de la Joconde.

o Sylvain Lévignac (1929-1994), qui joue le père de Catherine Barré dans Le défi, est le fermier rançonné dans cet épisode. Il était un acteur et un cascadeur français. Il a tourné dans deux autres épisodes : Le réseau Brutus, Les fantômes de Noël.

o Michael Schwarzmaier (1940), Romarin, est un acteur allemand qui participa aux séries germaniques Le renard, Tatort, Soko, brigade des stups

o Jacques Giraud, le gendarme, participe aux épisodes L’homme à la casquette, L’ange blanc, Rita et le caïd.

o Jacques Chevalier, l’infirmier, est le brigadier dans L’ange blanc.

À partir de cette saison, Jean-Claude Bouillon est en tête de distribution, et les autres acteurs apparaissent en ordre alphabétique : Pierre Maguelon, François Maistre, Jean-Paul Tribout.

o Bizarrement, l’introduction en voix-off de Claude Dasset est placée après le générique pour cet épisode.

o Valentin recoud les boutons de sa veste à son bureau. Le célibat du personnage est ainsi souligné. À l’auberge, il commande du saucisson et un bifteck frites.

À noter de faux raccords de lumière lors de la fusillade de la scène finale (source : Les Brigades du Tigre, les limiers des temps modernes, Éditions Yris). En fait, c’est surtout la musique, inhabituelle et inappropriée, qui est gênante !

o Les radiographies pulmonaires sont l’invention mise en avant de l’épisode. Les cheveux retrouvés sur le masque, prépondérants pour l’enquête, marquent les prémices des recherches ADN (Valentin : ‘Ça, pour nous, c’est aussi précieux qu’une empreinte digitale’). Il y a également le chien pisteur, utilisé dans L’auxiliaire, qui retrouve le corps de Romarin au fond du puits.

o Alors que Terrasson a repéré la fille qui s’éclaffe à une autre table (La Poule), Pujol, pas dupe, lui précise : ‘Des comme ça, tu en as autant que tu veux pour vingt sous, rue Quincampoix.’ La rue Quincampoix a été désignée populairement comme « rue des Mauvaises-Paroles » et comme « rue des Cocus ». La rue existe au moins depuis le 13e siècle.

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14. L'HOMME À LA CASQUETTE

Résumé :

1909  Des hommes, célibataires, sont retrouvés dans leur lit, nus et une balle dans la nuque. Un clochard a vu s’enfuir un individu avec une casquette. L’enquête mène les Brigades du Tigre vers une jolie blonde énigmatique dont le mari a mystérieusement disparu.

Critique :

Une série de meurtres étranges émeut l’opinion publique. Les victimes sont toujours des hommes et le mode opératoire est identique ; le meurtrier porte une casquette et hante, la nuit, les rues désertes de la capitale. Lorsque l'assassin perd son couvre-chef sur les toits après avoir échappé à une patrouille, l’enquête des Hommes du Tigre permet d'identifier le propriétaire : Joseph Mérical, un individu apparemment peu fréquentable. L’homme n’est pas retrouvé mais le commissaire Valentin se rend chez sa femme, Henriette. Celle-ci a rompu tout contact et vit séparée de son mari, mais elle se sent traquée par son époux jaloux et possessif. Surveillée par la police, Henriette se révèle, et malgré ses apparences puritaines et bigotes, la jalousie du mari semble se justifier amplement. Elle se dit fatiguée de toute cette affaire, de tous les hommes… Les prétendants de la belle succombent de mort violente les uns après les autres, et Paul Valentin décide de tendre un piège au mystérieux conjoint : il joue les jolis cœurs et séduit la ravissante Henriette, se prenant même au jeu, et ses soupçons se confirment…

Les meilleurs moments sont l’apparition de Claude Bolling en chanteur de rue, la poursuite de l’homme à la casquette par les deux policiers jusqu’à sur les toits (‘C’est pas encore demain qu’on sera nommé brigadier’), le face à face Valentin/Henriette au bureau de police qui jette le trouble, la scène de l’église et le final à l’auberge du mouton blanc.

Cet épisode mystérieux et original tient en haleine jusqu’à la scène finale… sauf si on l’a déjà vu car on ne peut l’oublier, même quarante ans plus tard ! Certes, la vérité effleure le téléspectateur avant le dénouement, car la silhouette frêle de l’homme à la casquette et le mari invisible laissent des doutes. Néanmoins, certains subterfuges, comme le ‘suicide’ par noyade de Mérical et le garnement boutonneux aux pieds nus providentiel, entretiennent le suspense. La dissolution des mœurs caractérise l’époque, et Henriette, pieuse et renfermée, collectionne les amants ; la scène de drague à l’église est d’ailleurs magistrale. L’affaire s’éclaircit lorsque Terrasson découvre que Mérical fréquentait une prostituée dans un lupanar après son mariage. C’est une aventure incontournable des Brigades, comme quatre ou cinq autres histoires. Le récit, noir et tendu, flirte avec la psychologie et la folie, mais il n’empêche pas l’inimitable gouaille de Terrasson de s’exprimer dans des réparties savoureuses et indispensables. Une aventure très bien interprétée notez le jeu et les répliques de Viviane Gosset, la mère d’Henriette  sur des airs mélancoliques très subjectifs lors des apparitions d’Henriette, qui éprouve en même temps une haine des hommes et une attirance irrésistible vers eux qui la fait se comporter en mante religieuse. 

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 17 décembre 1976  sur Antenne 2.

o Claude Bolling, le compositeur de la musique de la série, interprète le chanteur de rue. Il chante L’homme à la casquette, accompagné de l’accordéoniste Jo Courtin. Claude Bolling : « Avec Claude Desailly, nous avons écrit la chanson de L’homme à la casquette. Victor Vicas cherchait quelqu’un pour jouer un chanteur de rue comme il en existait au début du XXème siècle. N’ayant trouvé personne qui lui convenait, je lui propose de camper moi-même le personnage, accompagné à l’accordéon par Jo Courtin. On nous a grimés et habillés comme les chanteurs des rues que j’entendais dans mon enfance Square du Champ de Mars ! Et nous avons chanté en direct à l’image » (Extrait du livre Bolling Story, Editions Alphée, 2008, de Claude Bolling et Jean-Pierre Daubresse avec une préface d’Alain Delon).

o Michèle Grellier interprète Henriette Mérical, le personnage principal de cet épisode. Étonnant qu’on n’ait pas proposé à cette jolie femme le rôle d'Angélique, marquise des anges . Elle correspondait au personnage : blonde, sensuelle, diction parfaite, altière et sensible. Plus douée, aussi belle mais moins connue que ses concurrentes sans doute. Elle fut pensionnaire de la Comédie-Française de 1958 à 1961.

o Viviane Gosset (1908-1996), Mme Soligny, a joué dans les épisodes Les demoiselles du Vésinet et Lacs et entrelacs.

o Sébastien Floche, Lampel, reviendra dans Le village maudit et Le temps des garçonnes.

o Jacques Giraud, le sergent de ville, a participé aux épisodes Bonnot & Cie, L’ange blanc, Rita et le caïd.

o Dominique Zardi (1930-2009), le clochard témoin, est le souteneur Rafa dans le premier épisode, Ce siècle avait 7 ans… (une seule scène, au café avec Valentin). Il a souvent joué des rôles de truands dans des films de Claude Chabrol et Jean-Pierre Mocky.

o Pujol montre la casquette trouvée sur les toits à Henriette qui confirme qu’elle appartient à son mari. Elle est dans une enveloppe marron, mais l’inspecteur reprend la casquette en laissant l’enveloppe sur la table.

o Un mélange de vouvoiement et de tutoiement surprenant lorsqu’Henriette refuse les assauts empressés d’un amant et lui promet de le rejoindre le soir même : ‘Si vous voulez, ce soir chez vous, je vous promets’ puis : ‘Maintenant, va-t-en’.

o J. Lampel, le chapelier de Saint-Quentin, est proche d’un excentrique cher aux Avengers !

o Après Collection 1909, c’est la seconde fois que la police utilise un scaphandrier pour sonder les eaux.

o La voix-off de Claude Dasset fait référence au décès du président Félix Faure dans les bras de sa maitresse, Meg Steinheil. Le 16 février 1899 , le Président l'appelle au téléphone et lui demande de passer le voir en fin d’après-midi. Quelques instants après son arrivée, les domestiques entendent un coup de sonnette éperdu et accourent : allongé sur un divan, Félix Faure râle tandis que Marguerite Steinheil rajuste ses vêtements en désordre. Le chef de l'État meurt quelques heures plus tard. Officiellement, sa mort est due à une hémorragie cérébrale. Mais on connaît cet échange entre le prêtre et le planton : « Le président a-t-il encore sa connaissance ? — Non, monsieur l’abbé, elle est sortie par l'escalier de service. » Ce scandale est demeuré caché à l'opinion publique mais refait surface en 1908 lorsqu'une autre affaire  évoquée dans le pré-générique  touche Meg Steinheil, qui a entretemps gagné le cruel surnom de "pompe funèbre". (Source : wikipedia).

o Tirer le cordon, l’expression qu’emploie la concierge à Valentin, signifie bombarder en langage familier. 

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15. DON DE SCOTLAND YARD

Résumé :

1908Le plus grand escroc du Royaume-Uni, spécialisé dans le vol de bijoux, s’est ‘évadé’ de sa tombe et a trouvé refuge de l’autre côté de la Manche. Les Brigades Mobiles, chargées de le coincer, sont tournées en ridicule.

Critique :

Comme Visite incognito et La couronne du Tzar lors des précédentes, la troisième saison comporte un épisode léger, coincé entre deux excellents beaucoup plus noirs. Le corps de Tommy Bennett est transféré d’une prison de Woolwich, banlieue londonienne tristement célèbre, pour y être enterré dans un cimetière adjacent. C’est un subterfuge de l’insaisissable Arsène Lupin anglais, virtuose du déguisement et de l’évasion, et amateur de bijoux et de jolies femmes.

Scotland Yard fait savoir à Faivre que le plus célèbre malfaiteur anglais se trouve depuis peu sur le territoire français. Les policiers de Sa Majesté souhaitent que les brigades du Tigre puissent rapidement mettre la main sur le malfrat avant qu'il ne commette un nouveau méfait. La tâche s’annonce ardue car Valentin et ses collègues ne savent pas à quoi ressemble Bennett. Les policiers espèrent le cueillir dans un château de Sologne où quatre joailliers doivent présenter leur collection au Marquis de Barempré.

Si le plan de l’escroc tient debout et est digne d’un bon Arsène Lupin (‘Your greatest achievement, Tommy’), le passage du maharajah est bien bancal. La confusion De Jong/Epstein est peu plausible, et on se demande comment le commissaire ne reconnaît pas Bennett, déjà vu en marquis, étant donné que les déguisements sont plutôt grossiers. Edward Meeks est en fait très reconnaissable sous ses accoutrements, et son personnage n’est qu’un plagiat d'Arsène Lupin.

Il y a beaucoup de longueurs, peu de suspense, et l’aventure est très inégale ; cela donne l’impression d’une succession de vignettes disparates. Les points positifs de l’épisode sont les tournages en extérieurs, la profusion de vieux tacots, la gouaille de Maguelon/Terrasson (‘Je vous recommande le pâté en croute, fameux !’) et le bal masqué final à la propriété des Ducoroy. L’interprétation est bonne et on remarque surtout le couple Ducoroy dans la dernière partie : la jolie Christiane Krüger et Philippe Brigaud, l’acteur le plus souvent invité avec cinq participations à la série. Il me détailla la particularité de son costume de diable qu’il porte lors du bal costumé.

Le grand intérêt de l’aventure est de démontrer que la série a la capacité de varier les genres, et par conséquent, elle peut ravir les plus jeunes et les inconditionnels de comédies.

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 24 décembre 1976 sur Antenne 2.

o Edward Meeks (1934), Tommy Bennett, fut le partenaire d’Yves Régnier dans Les Globe-Trotters, une série française en 39 épisodes de 30 minutes, diffusée sur la première chaîne de l'ORTF de 1966 à 1967.

o Christiane Krüger (1945), l’énigmatique Myriam Ducoroy, est la fille de l’acteur Hardy Krüger. Elle a joué dans de nombreuses séries allemandes : Le renard, Un cas pour deux, Derrick (9 épisodes !), Tatort, Soko, brigade des stups, mais aussi britannique : Paul Temple. 

o Philippe Brigaud, Henri Ducoroy, a tourné dans quatre autres épisodes de la série : Visite incognito, Collection 1909, Les demoiselles du Vésinet, et le dernier de la série, Lacs et entrelacs.

o Henry Djanik (1926-2008), Itzmir, était spécialisé dans le doublage. Il est la voix française mémorable de Telly Savalas de Kojak.

o Antoine Marin (1926-1994), Epstein, était Tavernier dans Les vautours de la première saison. 

o Claude Legros (1932), le cireur de chaussures, était le paysan dans Bonnot & Cie et sera l’abbé dans Les enfants de la Joconde.

o Jacques Legras (1923-2006), Chevreux, est connu pour l’émission populaire La caméra invisible. Il joua dans de nombreux nanars aux titres sympathiques : Sex-shop, Le trouble-fesses, Le jour se lève et les conneries commencent, Mon curé chez les Thaïlandaises, Comment faire l’amour avec un noir sans se fatiguer... sans oublier la série des Charlots.

o Les Jeux olympiques d'été de 1908, quatrième Olympiade de l'ère moderne, ont été célébrés à Londres du 27 avril au 31 octobre 1908 (NDLR : contrairement aux deux semaines évoquées en prélude à l’épisode). L’évènement se déroula dans le cadre de l'exposition franco-britannique commémorant l'Entente cordiale. Les Jeux olympiques de Londres se déroulèrent en quatre phases. Tout d’abord, les « jeux de printemps », de la fin avril à la mi-juin, regroupant les sports de raquettes et le polo. Ensuite, les « jeux d’été », durant le mois de juillet, accueillirent la majorité des sports olympiques au programme tels l’athlétisme, la natation, ou la gymnastique. De la fin juillet à la fin août, des « jeux nautiques » regroupant la voile et l’aviron sont organisés à l’extérieur de la ville. Enfin, les « jeux d’hiver », quatrième phase du programme, permirent aux spectateurs de suivre les épreuves de patinage artistique, de boxe, et de rugby pendant la deuxième quinzaine du mois d’octobre (Source : wikipedia).

o Contrairement à certains épisodes, des sous-titres apparaissent lorsque l’inspecteur Bright parle anglais (scène du cimetière).

o Pour donner l’illusion londonienne, remarquez Big Ben en carton-pâte en arrière-plan lorsque les voitures quittent le cimetière et le carillon entendu la nuit venue.

o Bennett mesure cinq pieds dix pouces, ce qui fait 1,78 m.

o M. et Mme Ducoroy jouent au croquet. Le croquet est un jeu d'extérieur pratiqué en principe sur gazon et occasionnellement sur terrain sableux. Le jeu est constitué de boules en bois poussées à l'aide de maillets à travers des arceaux. Il a été extrêmement populaire pendant la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle et est aujourd'hui toujours pratiqué principalement au Royaume-Uni, au Canada, et aux États-Unis (Source : wikipedia).

o L’expression ‘How do you do ?’ n’a pas d’équivalent français (on l’emploie parfois pour dire bonjour), et Valentin est déconcerté lorsque Mme Ducoroy lui demande : ‘Comment allez-vous ?’. Il répond : ‘Bien merci’.

À noter le toast ambigu de Faivre : ‘À la santé des bijoux de famille de monsieur Ducoroy !’

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16. LE CAS VALENTIN

Résumé :

1913 Le commissaire Valentin est soupçonné d’être corrompu par le milieu. Les preuves s’accumulent contre lui et il est obligé de démissionner.

Critique :

Le début de l’année 1913 est marqué par une recrudescence d’activités criminelles, et les gros bonnets de la pègre bénéficient d’une chance incroyable de passer entre les mailles des filets de la police. Après plusieurs mois d’enquête, les Brigades du Tigre parviennent à localiser le quartier général d’un des chefs du milieu, mais au moment de l’arrêter, la planque est vide. Un malaise profond règne dans les forces de police lorsque l’on découvre que les criminels possèdent des indicateurs. La suspicion existe désormais partout, même au sein des fameuses Brigades, pourtant réputées au-dessus de tout soupçon. Cependant, Dervaux, un directeur de cabinet, affirme preuves à l'appui que le commissaire Valentin est lui-même impliqué dans cette histoire de corruption : il aurait souscrit des emprunts russes pour une somme exorbitante et il serait en ménage avec une fille liée à la pègre. L'affaire prend de l'ampleur, et sur les conseils de sa hiérarchie, Valentin se voit bientôt dans l'obligation de donner sa démission.

Un excellent épisode à l’ambiance particulière, un des meilleurs de la série, toutes saisons confondues. Il y a peu d’action mais Jean-Claude Bouillon est omniprésent et remarquable : il est parfait en flic déchu au bord de la rupture. La machination est particulièrement bien montée et on se demande comment Valentin va s'en sortir, jusqu'à la surprise du dénouement. Les supputations de Pujol et Terrasson sont exquises (‘Comment ça peut changer un type une bonne femme, c’est pas croyable !’). On se doute que l’agence de détectives n’est qu’un coup monté mais l’intrigue n’est révélée qu’à la fin ; la voix-off donne même les ultimes explications concernant l’emploi de la ravissante Mira juste avant le générique. Il faut se repasser l’épisode une seconde fois pour connaitre le rôle exact de chacun, comme celui de la concierge, ou le but de la visite impromptue de Valentin à Mira avant le rendez-vous. Tous les acteurs sont excellents, depuis le regretté Armand Mestral jusqu'à Yves Peneau, le secrétaire mystérieux, sans oublier Sabine Glaser qui joue la délicieuse Mira. A noter que Faivre/François Maistre a de nombreuses scènes en dehors de son bureau, ce qui est inhabituel.

Les meilleurs moments sont la descente de police au garage déserté (première séquence), le long passage de Valentin dans l’appartement de Mira (surpris par ses inspecteurs Pujol et Terrasson puis chloroformé), le coup monté de l’enquête de Valentin en détective privé qui le compromet dans l’assassinat de l’encaisseur de banque, et le final mouvementé où l’identité du patron ‘au bras long’ est enfin révélée.

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé pour la première fois à la St Sylvestre 76 sur Antenne 2.

o Sabine Glaser (1946), Mira, est une actrice allemande. On a pu la voir dans les années 70 dans quelques productions dont Sex-shop, La femme en bleu, L’insolent, Les noces de porcelaine, Le faux-cul, L’homme qui aimait les femmes... et un épisode des Enquêtes du commissaire Maigret. Elle fait partie des quelques actrices ravissantes qui, sans avoir connu une grande carrière au cinéma, ont donné un certain cachet à la série.

o Armand Mestral (1917-2000), Louis Arnaudy, est le père de Marie-Claude Mestral qui joua dans L’auxiliaire (deuxième saison).

o René Morard, Melé-Cass, le cafetier, a joué dans trois autres épisodes des deux dernières saisons : Made in USA, Le complot, Les princes de la nuit.

o Yves Peneau, Armand Guys, le secrétaire du directeur de cabinet, a participé à deux autres épisodes : Bandes et contrebandes, La fille de l’air.

o Maurice Travail (1929-1994), Dervaux, jouera aussi dans La grande duchesse Tatiana.

o Annie Savarin (1944), l’employée de banque, reviendra dans Les fantômes de Noël.

o Le commissaire Valentin doit se raser les moustaches pour passer incognito… un aperçu des saisons cinq et six, mais Jean-Claude Bouillon, contrairement à Jean-Paul Tribout et Pierre Maguelon, avait une fausse moustache. Jean-Claude Bouillon le confirma lors du salon des séries TV du 19 novembre 2011.

o Lors du salon des séries TV du 19 novembre 2011, Jean-Claude Bouillon déclara que cet épisode était son préféré.

o Le succès de la série tient au souci d’authenticité : notez le vitrier lorsque Valentin retourne à l’appartement de Mira.

o Le nom de la banque est Guimié, à l’orthographe proche du nom de l’administrateur de production, André Guimier. Alors que la banque où travaille l’encaisseur se nomme Seuret-Boulet. Louis Seuret est un assistant décorateur.

o Valentin découvre que la date du 12 juin a été entourée sur le calendrier du Petit Journal. Le Petit Journal est un quotidien parisien républicain et conservateur fondé par Moise Polydore Millaud, qui a paru de 1863 à 1944. À la veille de la guerre de 1914-18, c'est l'un des quatre plus grands quotidiens français d’avant-guerre, avec Le Petit Parisien, Le Matin, et Le Journal (Source : wikipedia).

o Arnaudy à Valentin qui a apporté Le Gaulois : ‘Lisez plutôt Le Globe. Cela vous intéressera davantage.’ Le Globe, sous-titré journal littéraire puis philosophique et littéraire, parut à Paris le 15 septembre 1824. En 1828, il devient aussi politique. Il fut fondé et dirigé par Pierre Leroux et Paul-François Dubois, ce dernier assumant le rôle de rédacteur en chef jusqu'en 1830. En janvier 1831, Le Globe devient le journal de la doctrine de Saint-Simon, puis en août de la même année le journal de la religion saint-simonienne. Il cesse de paraître le 20 avril 1832 (Source : wikipedia).

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17. LE CRIME DU SULTAN

Résumé :

1912  Un meurtre aurait été commis dans la propriété d’un ex-sultan réfugié en France et convoité par les Allemands. Des indices sont découverts, mais pas de cadavre.

Critique :

Deux ans avant le début du premier conflit mondial et un an après le ‘coup d’Agadir’, le Maroc est un sujet sensible de la rivalité franco-allemande. Le général Lyautey parvient à négocier l'abdication du sultan Moulay Hafid, dont les sympathies pour l'Allemagne sont notoires. Mais en dépit de l’exil à Enghien, Lyautey, qui ne fait pas confiance aux hommes du gouvernement, craint que le sultan ne soit récupéré par les Allemands, qui souhaitent le replacer sur le trône. C’est dans ce contexte qu’une jeune femme disparaît chez le sultan.

Cette histoire tient surtout par l’enquête pour retrouver la chanteuse de cabaret disparue. La disparition de Jeanne Méjean à la Renardière, résidence du sultan, mobilise les Brigades, mais malgré la découverte d’une botte, de vêtements ensanglantés, et d’un poignard, le corps demeure introuvable. Le reste de l’intrigue n’est pas sensationnel et le dénouement est même abracadabrant.

Les passages intéressants sont l’arrivée de Jeanne Méjean au château ; une scène savoureuse, surtout après les explications de l’actrice Virginie Vignon. Nos héros n’apparaissent qu’au bout de sept minutes, et l’enquête dans le parc du château est agréable, avec une participation active de Faivre à l’avancée des investigations, ce qui permet au personnage d’avoir des répliques caustiques. Le sultan qui attend en rase campagne sous la pluie est la dernière image comique de l’aventure, mais avant cela, il y a quelques longueurs : des passages en allemand et en arabe non sous-titrés, le radiesthésiste et la découverte du chien... À noter que le sultan est interprété par Hans Wyprächtiger, un acteur germanique disparu en 2006. D’ailleurs, si le téléspectateur comprend l’allemand, il oriente ses soupçons sur une fausse piste dès le début car Lambert donne le point faible du sultan à l’officier prussien (‘Die Weibe’, les femmes) et élabore un plan. Néanmoins, le stratagème d’Anna, la complice de Lambert, de la cure thermale en Suisse, ne convainc pas, et l’accumulation de preuves contre l’ex-sultan est peu crédible (la lettre anonyme, le calepin dans le fiacre, le faux coupable, l’empreinte sur le poignard, le témoignage et la disparition de Marie-Céleste). L'épisode se laisse regarder mais n'atteint pas les  sommets. 

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 7 janvier 1977 sur Antenne 2.

o Max Amyl (1921-1982), le général Lyautey, était le docteur Carpentin dans Le défi. Il reviendra dans les années 80 dans Le complot.

o Liliane Coutanceau, Marie-Céleste, a joué dans le dernier épisode, Lacs et entrelacs.

o Dominique Delpierre (1948), Anna, tourna avec Philippe de Broca, Pierre Granier-Deferre, Joseph Strick grâce à qui elle fit la connaissance d'Henry Miller avec lequel elle entretiendra une longue correspondance. Elle entame une carrière d'écrivain et de romancière en 1975. Elle est l’hôtesse de l’air dans Le clan des siciliens.

o Virginie Vignon (1947), Jeanne Méjean, a débuté au cinéma en 1966 dans Tendre voyou dans le rôle de la fleuriste. Elle passe ensuite par le cinéma érotique dans les années 70 puis dans les films à succès Et la tendresse ? Bordel ! et L’été meurtrier. Elle est plus présente à la télévision où on la voit dans La dame de Monsoreau, Les faucheurs de marguerites... et Les enquêtes du commissaire Maigret. De 1997 à 2003, elle tint le rôle de la greffière dans 16 épisodes de la série Les Cordier, juge et flic .

o Georges Ser, Guénaud, le secrétaire du sultan, a joué dans Le complot, mais est surtout connu pour avoir joué Louis X le Hutin dans trois épisodes des Rois Maudits (1972).

o Le microscope est l’invention évoquée : il permet de différencier le sang humain de celui d’un lapin !

o En 1904, la France et la Grande-Bretagne concluent, contre l'Allemagne, un accord d’« Entente cordiale » : la France laisse les mains libres à la Grande-Bretagne en Égypte, et en contrepartie peut instaurer un protectorat au Maroc. En mars 1911, le sultan Moulay Abd al-Hafid, menacé par une révolte, demande à la France de lui prêter main-forte. En mai, les troupes françaises occupent Rabat, Fès, et Meknès. L'Allemagne, inquiète pour ses prétentions sur le Maroc, considère cette occupation comme une violation des accords d'Algésiras et décide de réagir (Source : wikipedia).

o Le général Lyautey (1854-1934) est un militaire français, officier pendant les guerres coloniales, premier résident général du protectorat français au Maroc en 1912, ministre de la Guerre lors de la Première Guerre mondiale, puis maréchal de France en 1921, académicien et président d'honneur des Scouts de France. Sa devise, empruntée au poète anglais Shelley, est restée célèbre : « La joie de l'âme est dans l'action ». En mars 1912, la convention de Fès établit le Protectorat français dans l'Empire chérifien, dont Lyautey fut le premier résident général. Il entreprit la « pénétration pacifique » du Maroc, malgré le début de la Première Guerre mondiale. C'est en tant que résident général qu'il laissera une trace profonde dans la société et l'urbanisme marocains. Il entreprit de nombreux travaux dans divers domaines, tels que dans l'agriculture, la foresterie (Source : wikipedia).

o Faivre dit à Valentin avoir été à Madagascar avec Lyautey en 97 (1897  évidemment !) : ‘Qu’est-ce que vous croyez mon garçon ? J’ai pas toujours eu le cul sur un fauteuil !’

o Lorsque le pacha s’accuse à la place du sultan, Terrasson s’exclame : ‘Il est fada.’ Réponse de Valentin : ‘Non, le dévouement féodal, ça existe là-bas.’

o Parmi les papiers que trouve Pujol dans la loge de Jeanne Méjean, notons La lisette de Béranger, souvenirs intimes de Bernard Thalès (1821-1873), publié en 1864.

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18. L'ÈRE DE LA CALOMNIE

Résumé :

1914 Un député, apparemment au-dessus de tout soupçon, est attaqué pour une histoire de mœurs. Bientôt, d’autres lettres qui accusent l’homme politique de diverses malversations arrivent aux quotidiens parisiens. Les Brigades Mobiles sont chargées de l’affaire.

Critique :

Peu avant que le premier conflit mondial n'éclate, la presse déclenche une violente campagne contre ce qui est convenu d’appeler la République des camarades : une guerre oppose le monde politique et la presse, qui se montre plus avide de sensationnel que de véritable justice. Germain Bergeval, un député réputé pour son intégrité, est victime d’une campagne de calomnies, l’accusant d’avoir fait avorter une jeune femme mineure. Aidé dans sa tâche par son frère Albin et son épouse Madeleine, Bergeval a créé un mouvement qui ne cesse de prendre de l'ampleur et attise les jalousies. Peu après, les journaux publient trois autres lettres manuscrites de l’élu. Dans ces documents, il apparaît sous un jour nouveau : mœurs dissolues, corruption, et sa réputation immaculée est mise à mal. L’enquête des Brigades du Tigre sur ces lettres prend une tournure particulière après les meurtres du soi-disant faussaire et de son comparse. L’analyse chimique de l’encre montrera à Valentin que rien de tel que l’accumulation d’accusations pour noyer le poisson.

Un très bon épisode clôture cette saison. La corruption des politiciens et la cupidité de la presse sont mises en avant, thèmes toujours d’actualité un siècle plus tard. Le mensonge politique et l’hypocrisie de ce milieu transpirent dans les dialogues ciselés. De plus, la description empruntée à Robert de Jouvenel dans le commentaire pré-générique est éloquente et sied parfaitement au monde politique contemporain : « un monde où les intérêts personnels priment parfois les intérêts publics, où la solidarité confraternelle l’emporte sur l’appartenance à un parti et favorise par un accord tacite l’étouffement des affaires gênantes. »

Il y a peu d’action et les Brigades n’apparaissent qu’après treize minutes, mais l’histoire est captivante et subit de nombreux rebondissements, surtout dans sa seconde partie. On a également beaucoup d’humour, durant les scènes traditionnelles d’entraînement sportif au gymnase et l’attirance de Faivre pour la belle Madame Bergeval sous les railleries de ses troupes (Terrasson : ‘Il ne va plus se sentir, le pépé !’). François Maistre avait évoqué ce passage lors de la réunion de novembre 2011.

Le jeu des acteurs est excellent, que cela soit le personnage principal interprété par Alain Pralon (je l’aurais mal vu néanmoins en Valentin), mais également les seconds rôles : Albin (‘Ne te fie pas à l’opinion publique, elle a la versatilité de la femme’), et une mention spéciale au directeur du Globe, superbement joué par Albert Médina, disparu en 2009.

Malgré quelques lenteurs, l'enquête demeure intéressante, et la description des milieux de la politique et de la presse d'une parfaite justesse.

Anecdotes :

o Cet épisode a été diffusé le 14 janvier 1977 sur Antenne 2.

o Alain Pralon (1939), le député Germain Bergeval, fut le premier comédien pressenti pour être le Commissaire Valentin.

o Jean-Pierre Sentier (1940-1995), Blaise, est Julien Perrotey dans Les vautours de la première saison.

o Il y a une petite erreur dans le texte lu par Claude Dasset. Ce n’est pas le politologue Bertrand de Jouvenel qui a comparé l’univers fermé que constitue le petit monde parlementaire à une République des camarades, c’est son oncle Robert de Jouvenel (1882-1924), un journaliste français, qui publia une enquête sur la politique française. Jouvenel fut aussi un polémiste de droite, proche des milieux nationalistes. Il laisse des ouvrages satiriques sur la bureaucratie et le gouvernement de la Troisième République, dont La République des camarades (1914).

o L’affaire Caillaux est évoquée dans le pré-générique. Tandis que Joseph Caillaux exerce la fonction de ministre des Finances dans le gouvernement Doumergue, il subit des attaques dont Le Figaro, dirigé par Gaston Calmette, se fait un relais actif. Dans un premier temps, ces attaques portent sur la politique. Mais Calmette aurait soudoyé la femme de chambre d'Henriette Caillaux pour qu'elle subtilise les lettres de Caillaux à son épouse. Il publie dans son journal plusieurs de ces lettres, écrites avant le mariage des Caillaux. Henriette Caillaux, décidée à défendre la réputation de son mari et la sienne, prend rendez-vous avec Calmette le 16 mars 1914 à la direction du Figaro. Après quelques mots, elle tire à bout portant sur Calmette. Ce dernier en décédera quelques heures après. Lors de son procès, Henriette Caillaux et son avocat plaident le crime passionnel. Fait exceptionnel, le président de la République fait une déposition et nombre de membres de la haute société de l'époque doivent aussi s'exposer. La défense convainquit le jury que le crime n'était pas le fait d'un acte mûrement préparé mais d'un réflexe féminin incontrôlé, transformant le crime prémédité en crime passionnel, et obtint ainsi l'acquittement le 28 juillet 1914 (Source : wikipedia).

o Une référence à Sherlock Holmes lorsque Pujol taquine Terrasson : ‘Terrasson, tu es un type du genre Sherlock Holmes en définitive !’.

o Valentin a recours à un expert graphologue pour l’aider à résoudre cette enquête.

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Captures réalisées par Denis Chauvet.

Crédits photo : TF1 Vidéo.