saison  saison

Cosmos 1999 (1975-1978)

Saison 1

 


PRÉSENTATION DE LA SAISON 1

La première saison est unanimement considérée comme l’âge d’or de la série. Tout ce qui a fait son succès est présent : sérieux, suspense, références philosophiques et métaphysiques, scénarios de grande qualité.

Lors de cette saison, outre Koenig et le Helena Russel, le troisième personnage vedette n'est autre que le professeur Victor Bergman, un scientifique précieux conseiller du commandant, dont les compétences techniques s'accompagnent d'une bonne dose de sagesse. Le choix de Barry Morse pour incarner ce savant est excellent. Cet acteur d'envergure remarqué notamment dans la série Le fugitif confère à Bergman des qualités d'analyse et un humanisme bienveillant qui en feront un des personnages les plus appréciés de la série.

Le comédien écossais Prentis Hancock incarne Paul Morrow, le second du commandant Koenig, en charge des communications radio. Assez terne, voire falot, de tempérament boudeur, Paul se retrouve souvent en conflit avec Koenig et Carter, dont il ne partage pas l'esprit aventureux. Morrow travaille en doublette avec Sandra Benes, dont il est ostensiblement amoureux. Destiné à succéder à Koenig en cas de disparition de ce dernier, il se révèle si peu capable lorsqu'il dispose du pouvoir provisoire qu'on se demande pourquoi Koenig ne le remplace pas par Bergman ou Carter en tant que successeur désigné.

Ce qui frappe lorsqu'on visionne les DVD, c'est la découverte du, ou plutôt des véritables génériques. Lors des diffusions à la télévision française, un générique unique a été adopté. Or, sur le modèle de Mission impossible, chaque épisode comporte un générique différent. La première partie présente de courts extraits de l'épisode du jour, entrecoupés de l'incrustation « THIS EPISODE », qui semble presque clignoter tellement elle apparaît et disparaît rapidement du fait du format adopté, ancêtre des clips actuels.

La partie intermédiaire comporte le nom de Barry Morse, et à partir du cinquième épisode un gros plan sur Victor Bergman en train de se pencher sur une sphère transparente. Cette séquence issue du quatrième épisode est suivie d'images de planètes, avant l'enchaînement sur la seconde partie, qui décrit l'apocalypse survenu le 13 septembre 1999.

Le génie de ce générique vient aussi du fait qu'à chacune des parties correspond une phase différente de la musique. Justement, la musique de cette saison est parfaite, ce générique percutant est resté dans toutes les mémoires.

Les diffusions françaises ont présenté un générique qui n'a en fait jamais existé. Il s'agit de celui du premier épisode, auquel on a ajouté le gros plan sur Barry Morse qui, dans la version originale, n'a été incorporé au générique qu'à partir du cinquième épisode. Le générique de fin, très court et plus banal, présente diverses vues de planètes, au son de la musique d'ouverture raccourcie et dotée d'une partie finale modifiée afin de sonner comme un générique de conclusion.

Concernant l'ordre des épisodes, il faut bien entendu voir le pilote en premier, et il est préférable d'enchaîner sur le cinquième épisode Direction Terre, qui constitue la suite logique du premier. Le reste pourra être vu dans l'ordre de production, afin d'apprécier l'évolution notable de la série. En dehors de quelques réussites incontestables, le premier tiers de la saison n'est pas très passionnant. La série semble être en rodage, en période de tâtonnements. Les intrigues sont médiocres et les personnages n'ont pas leurs caractères encore bien définis.

Par la suite, les producteurs ont trouvé la bonne formule, et nous offrent quantité d'épisodes passionnants. Le bilan de cette saison est donc très positif. La montée en puissance, particulièrement appréciable, prend à contrepied le sentiment de déclin en cours de saison qui domine lorsqu’on regarde la série dans l’ordre de diffusion, anglais ou américain, les chaînes de télévision ayant comme à leur habitude diffusé les meilleurs épisodes en début de saison afin de fidéliser les téléspectateurs, d’où des secondes parties plus inégales.

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1. Á LA DÉRIVE
(BREAKAWAY)

Résumé : 

Une mission d'exploration de la planète Méta, un astre doté d'une atmosphère propice à la vie et devant passer prochainement à proximité de la Terre, est en préparation sur la base lunaire Alpha. Des difficultés imprévues surgissent sous la forme d'une étrange épidémie parmi les explorateurs désignés, qui meurent tour à tour après avoir perdu la raison.

Critique : 

Un excellent épisode qui réussit l'exploit de présenter le cadre de la série et les principaux personnages tout en ne sacrifiant pas l'intrigue pour autant. Alors que dans certaines séries, le pilote comporte un scénario sommaire en raison du temps occupé par la présentation des personnages, Amicalement vôtre étant un exemple typique, cette première aventure est en tous points satisfaisante.

Les caractères et les rapports qu'entretiennent les principaux personnages sont déjà bien établis. Le commandant Koenig est un chef-né, charismatique et déterminé. Les sentiments qu'éprouve le docteur Russel à son égard sont visibles dès ce premier épisode. Victor étale ses compétences scientifiques et Alan son esprit aventureux. Paul et Sandra sont un peu en retrait, mais on les découvrira plus en détails lors des épisodes ultérieurs.

Suivant un scénario à la fois grave et palpitant, la course-poursuite pour découvrir l'origine des difficultés, puis pour tenter d'éviter la catastrophe, comporte une habile montée en puissance du suspense qui tient le spectateur en haleine. Le dernier acte se déroule dans une ambiance de fin du monde, mais tout est filmé en retenue. Pas d'outrances ni de surenchère dans l'aspect spectaculaire, comme on le voit souvent de nos jours. Pas d'acteurs qui en font trop : sérieux et sobriété sont à l'affiche, jusque dans les effets spéciaux.

Non seulement le dosage entre découverte des personnages et action est parfait, mais l'épisode définit clairement ce que va être la série en cette première saison. En particulier, la conclusion ne fait aucun doute : les Alphans vont errer dans l'espace à la recherche d'une planète où ils pourront s'installer.

Un mot sur la vedette invitée : Roy Dotrice compose un opposant interne peu malléable en la personne du commissaire Simmonds, un politicien exigeant et têtu dont l'action sert essentiellement à aggraver la situation.

Séquence culte : 

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2. QUESTION DE VIE OU DE MORT
(MATTER OF LIFE AND DEATH)

Résumé : 

La Lune passe à proximité d'une planète qui semble propice aux besoins des Alphans. Un aigle de reconnaissance subit un étrange accident alors qu'il se trouvait à proximité de la « Nouvelle Terre ». Ses deux occupants reviennent inanimés et en compagnie d'un troisième passager qui n'est autre que Dick Russel, l'ancien mari d'Helena, présumé mort en mission depuis cinq ans !

Critique : 

Petite remarque en guise de préambule au sujet de l'étonnement d'entendre Koenig déclarer que les Alphans « ont déjà vécu nombre d'aventures depuis la catastrophe », alors qu'il s'agit de l'épisode suivant immédiatement le pilote. Dans ces conditions, il est compréhensible que cet épisode n'ait été diffusé qu'une fois la saison bien avancée. Mais le spectateur regardant la série dans l'ordre de production peut être amené à se demander pourquoi ces « nombreuses aventures » ne lui ont pas été relatées...

La séquence pré-générique est accrocheuse, avec l'approche de Terra Nova et l'accident survenu aux occupants de l'Aigle Noir. La présence à son bord de deux Alphans inconnus laissait supposer qu'ils allaient avoir de graves ennuis, car dans le cas contraire c'est Alan qu'on aurait vu aux commandes de l'aigle. Et, comme de juste, ces deux éclaireurs ne se remettront pas de leur contact avec la perfide planète.

Le mystère de l'apparition de Dick Russel n'est pas très convaincant. Helena l'identifie immédiatement, alors que Koenig semble sceptique. Sans doute déjà amoureux d'Helena, il est possible qu'il soit peu enclin à admettre l'arrivée impromptue de ce rival potentiel sur la base lunaire...

De temps morts en tergiversations, l'épisode menace alors de s'enliser, avant que le danger constitué par la redoutable antimatière, donc le seul nom suffit à faire peur, ne suscite un certain intérêt.

Il est curieux de constater la patience manifestée par le commandant Koenig, que l'on connaîtra plus impétueux. Mais la menace de l'antimatière le pousse à suivre les conseils prodigués par le professeur Bergman, alors que Paul Morrow et Alan Carter le poussent à entreprendre l'exploration de Terra Nova au plus vite. Il finit néanmoins par lancer l'expédition attendue, avant que la Lune ne soit trop éloignée de la planète mystérieuse.

Cette partie finale se révèle très décevante avec cette série de catastrophes qui s'abattent sur les malheureux Alphans. Surtout, la résurrection insensée de Paul et Sandra, de Koenig et des autres, uniquement due à la « volonté » d'une Helena même pas décoiffée au beau milieu de cet holocauste, vient gâcher une aventure qui avait été jusqu'alors satisfaisante. Cette « volonté » lui a d'ailleurs été insufflée par son ex-mari, ressuscité une seconde fois après sa mort sur la base, ce qui laisse à penser que le monde de l'antimatière est décidément bien étrange...

L'épilogue de cet épisode extrêmement pessimiste nous apprend que la Lune ne s'approchera pas d'une autre planète avant 2500 ans, information fournie par Kano au commandant Koenig. Voilà qui est à peu près conforme à la réalité scientifique, mais les producteurs s'affranchiront vite de cet aspect réaliste qui aurait condamné la série à une mort prématurée s'il avait dû être suivi à la lettre.

Séquence culte : 

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3. LE SOLEIL NOIR
(BLACK SUN)

Résumé : 

A la suite d'un changement de trajectoire provoqué par un astéroïde, la Lune se dirige droit vers un soleil noir à la force d'attraction considérable. Les habitants d'Alpha vont tenter désespérément d'échapper à la catastrophe.

Critique : 

On retrouve dans cet épisode les caractéristiques habituelles au début de cette saison : ambiance pessimiste, aussi noire que le soleil vers lequel la Lune se dirige ; prépondérance du rôle joué par le professeur Bergman ; vol de reconnaissance effectué par un second rôle dont on sait qu'il ne reviendra pas vivant, ici le présomptueux Mike Ryan, qui semble être le petit ami de Sandra.

Fait singulier au vu de la proximité entre les deux hommes, Alan Carter pique une colère et interpelle le commandant au sujet de la mission de survie décidée par Koenig sans qu'il en ait été informé. Ceci ne l'empêchera pas de se trouver parmi les six participants à cette mission, qui consiste à envoyer un aigle hors de portée de l'attraction du soleil noir, l'appareil se trouvant équipé pour maintenir en vie ses occupants pendant une durée de quarante jours.

Cette tentative désespérée de prolonger la vie à tout prix donne lieu à plusieurs scènes émouvantes, notamment entre Helena Russel et John Koenig avant l'envol de l'aigle. Il est évident que Koenig, amoureux d'Helena, tient à ce qu'elle ait une chance de survie, fût-elle infime.

On regrettera l'absurdité de la situation du point de vue scientifique. En réalité, ce n'est pas le fameux « champ de forces » conçu par Bergman qui aurait pu empêcher la Lune d'être pulvérisée par le Soleil Noir, qui est en fait un trou noir. Toute matière passant à proximité d'un trou noir ne peut qu'être absorbée à une vitesse phénoménale, la traversée sans dommage montrée ici n'a absolument aucun fondement.

Le dernier quart d'heure constitue une cruelle déception. Koenig et Bergman, que l'on a rarement vus aussi proches, nous abreuvent de considérations vaguement philosophiques tout en buvant du brandy. Victor se remet même au cigare malgré son cœur artificiel, puisque plus rien n'a d'importance. D'autres Alphans jouent aux cartes, Paul gratte sa guitare.

Ces séquences fort ennuyeuses précèdent l'ahurissante et presque risible traversée du Soleil Noir, avec Bergman et Koenig transformés en vieillards, pour une fin d'épisode loin d'être à la hauteur des espoirs suscités par le thème abordé.

Conclusion de Bergman : « Quelque chose nous a protégés. » Dieu ? La Providence ? Conclusion personnelle : heureusement que la série n'a pas persisté dans cette direction.

Séquence culte : 

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4. L'ANNEAU DE LA LUNE
(RING AROUND THE MOON)

Résumé :

La base lunaire se retrouve à la merci d'un poste avancé automatisé de renseignements construit par la planète Triton, qui a pris le contrôle mental du docteur Russel afin de s'emparer de toutes les informations stockées dans l'ordinateur d'Alpha.

Critique : 

Encore un épisode typique du début de la saison. Trop axé sur l'étrange et le fantastique, il confirme que la série n'a pas encore trouvé la bonne formule. Ce qui surprend et choque, c'est l'affrontement quasi permanent entre Koenig et Carter, alors que l'identité de vues entre ces deux personnages deviendra vite un des référentiels majeurs de la série.

Ici, Alan se plie de mauvaise grâce aux ordres du commandant en début d'épisode, avant de prendre de son propre chef la place d'un de ses camarades lors de la deuxième expédition sur Triton, alors même que les blessures subies lors du premier voyage justifiaient amplement sa mise au repos. Mais Carter est un dur à cuire...

On retrouve aussi le climat grave, sérieux et l'importance du rôle de référent scientifique joué par Victor Bergman, le personnage le plus proche de Koenig en ce début de saison.

Quelques séquences sont dignes d'intérêt, en particulier lors des premières expéditions vers Triton, toutes deux couronnées du même échec, mais aussi lors de la sortie d'un groupe en dehors de la base, sur le sol lunaire, scène qui aboutit à l'enlèvement et au conditionnement d'Helena par les « yeux de Triton ».

Une nouvelle fois, le final s'avère décevant. La réussite de la troisième tentative sur Triton se concrétise sous la forme d'un affrontement d'un grotesque accompli entre les « yeux de la planète Triton » et John Koenig, qui plus est absurde du point de vue scientifique. Car les Alphans ne sauraient disposer d'une photographie d'une planète située à deux millions d'années-lumière de la Terre : même de nos jours, il est très difficile de détecter les planètes voisines du système solaire, alors à une distance pareille n'en parlons même pas...

Dans ces conditions, que choisir comme qualificatif pour cette conclusion ? En musique, on emploierait le mot « daube », mais il est plus ardu de trouver un terme adéquat pour un épisode de série.

Séquence culte : 

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5. DIRECTION TERRE
(EARTHBOUND)

Résumé :

Un vaisseau inconnu atterrit près de la base lunaire. Ses occupants, dirigés par le capitaine Zandor, sortent de leur état d'hibernation et expliquent qu'ils sont à la recherche d'un astre pouvant les accueillir, la vie étant devenue impossible sur leur planète d'origine. La fin de leur voyage, qui doit durer 75 ans, va les conduire sur la Terre et ils proposent à un Alphan d'effectuer le parcours avec eux après avoir été hiberné. L'ordinateur de la base est chargé de désigner l'heureux élu...

Critique : 

Cet épisode passionnant, malgré sa position de numéro cinq, doit en toute logique être vu après le pilote puisqu'il narre la fin des aventures du commissaire Simmonds sur la base Alpha. Dans le cas contraire, l'absence de Simmonds lors des épisodes 2, 3 et 4 est inexplicable. En effet, il est inconcevable qu'un tel fouineur ne se soit pas mêlé d'une manière ou d'une autre des aventures relatées dans ces épisodes.

Toujours aussi insupportable, ce politicien va encore faire des siennes. Le contraste entre son caractère autoritaire et impatient, sa conduite de gangster, et la sagesse, le pacifisme de Zandor est saisissant.

On peut considérer que Simmonds est une métaphore de l'espèce humaine en général, dont il exprime l'égoïsme et la conduite irresponsable. Par opposition, Zandor représente une civilisation évoluée, apaisée et bienveillante. A noter la singularité de l'épisode, qui présente des hommes de l'espace amicaux en apparence, et qui vont s'avérer l'être réellement. Dans la suite de la série, ce ne sera pas souvent le cas...

Hormis le scénario parfaitement agencé, c'est la performance de premier plan de Christopher Lee qui donne toute sa valeur à l'épisode. Saluons le choix de ce grand acteur pour le rôle du capitaine Zandor. On pouvait difficilement trouver mieux.

Roy Dotrice est très bon aussi et, malgré l'horreur de la scène finale, on ne regrettera pas une seconde, à l'image des Alphans, le fait d'être désormais débarrassés du fort déplaisant commissaire Simmonds. A cet égard, l'attitude de John Koenig est incompréhensible. Il révèle en toute fin d'épisode que l'ordinateur avait  retenu Simmonds pour effectuer le voyage. Pourquoi avoir tenu ce choix secret ? Prévenir l'intéressé aurait évité sa révolte, d'ailleurs prévisible pour quiconque ayant un minimum de sens psychologique, et évité de gros ennuis à l'ensemble de la base.

Ce qui interpelle aussi, c'est le choix de Simmonds par l'ordinateur, une erreur manifeste au vu de ce qui va arriver au malheureux commissaire. On ne peut qu'être inquiets pour le devenir de la base, livrée à la merci d'un cerveau électronique aussi peu efficace, et dont on mesurera à plusieurs reprises dans la suite de la série le manque de fiabilité et la propension à être manipulé par les espèces étrangères rencontrées.

Séquence culte : 

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6. AUTRE TEMPS, AUTRE LIEU
(ANOTHER TIME, ANOTHER PLACE)

Résumé : 

La Lune traverse un étrange nuage qui provoque une distorsion du temps et son dédoublement, ainsi que celui des habitants de la base. Ramenée instantanément vers son orbite terrestre, elle se trouve menacée d'entrer en collision avec son double, cette autre lune ayant vécu plusieurs années dans un autre temps.

Critique : 

On peut difficilement faire plus « science-fiction » que cet épisode, où il ne faut évidemment chercher aucun semblant de vérité scientifique. Une excellente séquence pré-générique nous régale d'effets spéciaux tous plus spectaculaires les uns que les autres. En particulier, les scènes de dédoublement valent le coup d'œil.

Parmi les quelques points négatifs, on peut citer le personnage de Regina, dont les crises d'hystérie et les cauchemars sont pénibles à supporter. Mais le positif l'emporte facilement : que de bonnes choses à se mettre sous la dent dans cet épisode étrange et fascinant !

On pouvait se demander ce qu'était devenue la Terre depuis que son satellite avait quitté son orbite. La déformation spatio-temporelle subie par les Alphans les fait vraisemblablement revenir dans les parages de la Terre longtemps après leur départ. Ils retrouvent une planète aux conditions climatiques bouleversées par une déviation de l'axe des pôles de cinq degrés, fait très vraisemblable : on sait que la présence d'un satellite aussi énorme que la Lune, fait unique dans le système solaire, a probablement joué un rôle stabilisateur en empêchant l'axe de la Terre de basculer trop souvent.

Des phénomènes de ce type sont préjudiciables à l'apparition de la vie, en raison des bouleversements climatiques qu'ils engendrent. Ainsi, les scientifiques pensent que la Lune a joué un rôle non négligeable dans le développement de la vie sur Terre. On n'est donc pas surpris d'apprendre les méfaits produits par ce basculement important. Par exemple, l'Europe est devenue un immense bloc de glace.

Autre changement, encore plus catastrophique : la folie des hommes a déclenché une guerre atomique qui a anéanti la population. Ce scénario catastrophe est une vision classique de l'avenir terrestre dans les œuvres de science-fiction, voir par exemple La planète des singes.

La majeure partie des Etats-Unis est constituée de zones irradiées, mais une portion de la côte Ouest est susceptible d'abriter quelques survivants. C'est justement à cet endroit que les personnages dédoublés se sont installés après la destruction de leur base lunaire.

La rencontre avec ces personnages est bien entendu le clou de l'épisode. On assiste d'abord à la découverte par Carter et Koenig de leurs propres doubles, morts à bord d'un aigle qui s'est écrasé à proximité de la base jumelle. L'effet sensationnel recherché par les scénaristes est une réussite, mais interpelle les spectateurs par son manque de crédibilité : comment se fait-il que leurs compagnons les aient laissés dans l'appareil accidenté ? Ils ne leur auraient même pas donné de sépulture ni rendu hommage ? Allons donc !

Ensuite et surtout, la rencontre entre Helena et sa jumelle, un peu plus âgée qu'elle du fait de l'écoulement différent des temps, constitue incontestablement un des temps forts les plus mémorables de la série. La jumelle terrestre ne résiste pas, décide de s'effacer et meurt, apaisée.

Par  ailleurs, les scénaristes continuent à peaufiner le caractère des personnages. Alan Carter est toujours aussi vif, impatient d'entreprendre l'exploration de la Terre avant même de savoir si la Lune va reprendre son orbite d'autrefois.

Le double de Paul Morrow est affublé d'une ridicule barbe à la Moïse, et se montre inhospitalier avec les visiteurs. Visiblement parvenu à la tête des personnages dédoublés après la mort de l'autre Koenig, il fait preuve de la hargne d'un second couteau enfin arrivé au sommet, et inquiet de la réapparition de l'ancien chef. Ses velléités sont heureusement tempérées par le double de Victor Bergman, qui sait trouver les mots justes pour convaincre Koenig de retourner sur Alpha avant la rencontre des deux lunes, qui fera revenir la situation à la normale. On ne sait comment l'Aigle réussit son retour sur le bon satellite, puisque les deux sont absolument identiques...

La vision de l'avenir des Alphans au travers de leurs doubles apparaît conforme à ce qu'on pouvait supposer. Paul et Sandra sont mariés et ont deux enfants, ce qui ne surprendra personne tellement cela semblait évident depuis la mort du fiancé de Sandra dans Le Soleil Noir. L'union entre Koenig et Helena Russel va de soi, et le mariage de Carter avec Regina, qui disparaît dans cette aventure, laisse présager qu'Alan va rester célibataire. Voilà qui cadre parfaitement avec son personnage de baroudeur individualiste passionné par son métier.

Séquence culte : 

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7. LE MAILLON
(MISSING LINK)

Résumé : 

Une force inconnue détériore l'aigle emprunté par Sandra Benes, John Koenig, Alan Carter et Victor Bergman aux fins d'explorer une planète passant à proximité de la trajectoire lunaire. Le commandant Koenig est gravement blessé lors du retour brutal de l'appareil sur la Lune.

Critique : 

Il est rare que ce pitoyable Maillon soit cité parmi les épisodes préférés des fans de la série, et on ne peut que leur donner raison. En effet, les scènes acceptables sont limitées au début de l'épisode et à son final.

La séquence pré-générique mouvementée et la vision des opérations de sauvetage, avec l'aigle de secours aux couleurs rouge et blanche et le transfert de la cabine de pilotage de l'appareil accidenté, effectué par un autre aigle, animent convenablement l'entame de l'aventure.

Les dernières séquences sont également assez réussies. Face à l'état critique de Koenig, un conseil est tenu sur la base au sujet de son remplacement éventuel. Alan montre sa fidélité au commandant en refusant d'envisager sa succession tant qu'il respire encore. Au contraire, le falot Paul Morrow se voit déjà à la tête de la base, comme le montrent son attitude ambiguë lors de la discussion et l'autoritarisme dont il fait preuve envers Kano. Ce passage ne fait que confirmer le peu de sympathie que m'inspire le personnage.

C'est dans ce contexte que survient une scène finale captivante. Carter, magnifique de courage au cours d'un affrontement musclé avec plusieurs adversaires, parvient à retarder suffisamment longtemps l'arrêt définitif de la machine qui maintient Koenig en vie, ce qui permet le retour miraculeux du commandant parmi les siens. Mais entre les scènes d'action initiales et cette fin plus qu'honorable, que le temps paraît long !

Il faudrait accorder une prime aux téléspectateurs qui réussiront à visionner sans utiliser la touche avance rapide de leur télécommande les interminables déambulations de Koenig dans la fausse base et les expériences menées sur sa personne, que l'on ne qualifiera pas de ridicules tant cet épithète ne constituerait qu'un euphémisme.

Il est bien triste de gâcher un comédien talentueux tel que Peter Cushing dans une pantalonnade où il se retrouve nanti de vêtements ahurissants, à l'image de son turban, mais bien assortis à la vanité du rôle qu'on lui fait jouer. Tout ceci nous est infligé pendant une bonne demi-heure, et rend cet épisode stupide et inutile.

Séquence culte : 

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8. LE GARDIEN DE PIRI
(GUARDIAN OF PIRI)

Résumé : 

Le fonctionnement de l'ordinateur d'Alpha est affecté par la proximité de la planète Piri, ce qui provoque une série de dysfonctionnements dramatiques. En fait, le cerveau électronique est passé sous le contrôle du gardien de Piri, gigantesque machine destinée à assurer aux êtres vivants la félicité éternelle par suspension du temps et immobilisation totale, et dont les prochaines victimes doivent être les Alphans.

Critique : 

De nombreux éléments positifs dans cet épisode, avec en premier lieu le charme de Catherine Schell, une bien jolie servante pour le gardien de Piri, qui explique en personne de quoi il retourne : cette machine sophistiquée a été construite par une civilisation évoluée, qui avait commencé par automatiser toutes les tâches ingrates afin que ses citoyens puissent se consacrer exclusivement au plaisir, avant de créer le gardien pour contrôler l'ensemble de leurs contingences.

Le problème, c'est que la machine s'est totalement emparée de leurs esprits, jusqu'à ce qu'ils finissent inanimés, libérés de toute angoisse mais aussi de toute émotion et de toute vie réelle. Cette critique de l'automatisation à outrance n'est pas une nouveauté, on la retrouve dans certaines œuvres de science-fiction, mais aussi et surtout dans les ouvrages d'opposants au progrès comme le réactionnaire Barjavel, pétainiste notoire, sur le mode du « les hommes ne veulent plus rien faire, ils construisent des ordinateurs qui un jour leur prendront le pouvoir », prévisions pessimistes qui relèvent du fantasme irraisonné.

On peut penser qu'il s'agit avant tout d'élucubrations de littéraires jaloux des réussites de la science et apeurés par la prééminence qu'elle exerce désormais sur les arts et lettres, car il est bien connu que les ordinateurs n'agissent qu'en fonction de leur programmation, et non d'une quelconque fantaisie ou d'un appétit de pouvoir inexistant chez la machine. Ici, la critique n'est que sous-jacente, et on peut difficilement accuser la série d'être anti-scientifique. Le but des scénaristes était plutôt de surfer sur les angoisses de tout-un-chacun face aux possibilités immenses du progrès, et d'attirer l'attention sur les dangers d'une mauvaise utilisation des découvertes scientifiques, sans remettre en cause la science dans son ensemble.

Le gardien commence par s'emparer du contrôle de l'ordinateur d'Alpha, avec des conséquences ennuyeuses pour  certains, tel un Victor Bergman fragilisé par son cœur artificiel, mais carrément dramatiques pour d'autres puisqu'une jeune femme y laisse la vie. Le gardien provoque également la satellisation de la Lune autour de Piri.

Alan Carter est le premier à se rendre compte des dysfonctionnements de l'ordinateur, au vu de la manière de piloter de ses hommes, induits en erreur par de fausses indications. Il en résulte un affrontement verbal avec Kano, défenseur acharné de la machine, et qui va en prendre pour son grade une fois les problèmes devenus évidents. Koenig lui demande alors de subir une expérience qu'il avait déjà tentée sur la Terre, et qui consiste à relier son cerveau à l'ordinateur pour tenter d'en percer les secrets. A noter aussi une bagarre excitante entre Alan, alors sous l'emprise du gardien, et le commandant Koenig.

Quant aux décors de la planète Piri, ils semblent sortir tout droit d'un dessin animé. Très colorés, à dominante de tons orange et jaunes, et agrémentés de curieuses boules blanches, ils peuvent être appréciés très différemment selon les goûts de chacun. Moi, j'aime assez...

Néanmoins, quelques zones d'ombre empêchent l'épisode d'être vraiment satisfaisant. On ne sait pas pourquoi Koenig est le seul à être épargné par l'influence du gardien, ni pourquoi ledit gardien explose au cours d'une scène finale décevante. A moins que la seule atteinte du robot qui constituait sa servante ne soit suffisante pour provoquer la destruction de cette machine complexe...

Les séquences montrant l'allégresse des habitants d'Alpha, hypnotisés par le gardien, deviennent rapidement pesantes, si bien qu'au final l'épisode laisse une impression mitigée.

Séquence culte : 

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9. PUISSANCE DE LA VIE
(FORCE OF LIFE)

Résumé : 

Une force mystérieuse absorbant des quantités énormes d'énergie s'est emparée du corps d'un technicien de la base lunaire. Alpha est menacée de mort par aspiration de toute son énergie si la force parvient à accéder aux générateurs nucléaires.

Critique : 

Une aventure se déroulant intégralement sur la base Alpha, ce qui nous permet de la découvrir en détails, y compris en des lieux que l'on ne voit que rarement, voire jamais : solarium peuplé de ravissantes jeunes femmes en bikini, salle des générateurs nucléaires. Voilà bien l'intérêt majeur de l'épisode. Le revers de la médaille, c'est que l'on n'assiste pas au moindre vol d'un aigle, et un épisode de Cosmos 1999 sans aigle, c'est un peu comme un Noël sans sapin.

Si le scénario fait preuve d'une certaine originalité, le récit apparaît trop linéaire pour rendre l'épisode passionnant, malgré une mise en scène soignée et l'aspect spectaculaire de la phase finale : le zombie renaissant qui s'introduit dans le générateur nucléaire et l'explosion qui en résulte sont impressionnants. Bon point aussi pour l'idée des Alphans congelés après l'absorption de toute leur chaleur par Zoref.

L'épisode est centré sur le technicien Anton Zoref, très brillamment interprété par Ian Mc Shane, mais était-ce une bonne raison pour réduire les rôles des acteurs récurrents à l'extrême ? Alan Carter est presque inexistant, sauf dans le final où il a le bon réflexe de tuer Zoref, ou plutôt de tenter de le tuer...

Le commandant Koenig et le professeur Bergman finissent par devenir énervants par leur totale incompréhension des événements, incapables d'intégrer ce qui crève les yeux et que tous les spectateurs ont compris dès le début. Comment peuvent-ils ne pas faire le rapport entre la force qui a envahi la base et la bulle bleue mystérieuse qui inquiétait tant Koenig en début d'épisode ? Et pourquoi ne se sont-ils nullement inquiétés de sa soudaine disparition à la suite du malaise de Zoref ? On a connu Bergman et Koenig plus brillants...

Le scénario dans son ensemble ne tient guère debout. Pourquoi la « force inconnue » ne pompe-t-elle pas directement toute l'énergie dont elle a besoin dans les générateurs d'Alpha, chose qui devrait lui être facile compte tenu de ses immenses pouvoirs, au lieu de se compliquer la tâche en passant par le corps d'un Alphan ? Evidemment, dans ce cas, il n'y aurait pas eu d'épisode. La « force » a fait preuve d'altruisme envers les scénaristes...

Autre anomalie notoire : l'accès de Zoref au générateur est annoncé comme une « catastrophe », mais finalement il se révèle sans conséquence grave, les autres réacteurs étant suffisants pour assurer la pérennité de la base. On aurait pu nous le dire avant, plutôt que nous inquiéter pour rien...

Le comble de l'absurde, et même de la débilité, est atteint avec l'explication finale du phénomène avancée par Bergman. Il s'agirait d'une étoile ou d'une planète au stade premier de son développement ! C'est bien connu de tous les scientifiques : les astres naissent en pompant l'énergie des planètes errantes... Bon sang, mais c'est bien sûr !

Séquence culte : 

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10. L'ENFANT D'ALPHA
(ALPHA CHILD)

Résumé : 

La première naissance sur Alpha donne lieu à un phénomène inexplicable puisque le nourrisson se transforme aussitôt en un enfant âgé en apparence de cinq ans ! Le petit garçon fait vite la conquête du personnel de la base, à l'exception de sa mère qui le rejette et du commandant Koenig, dont la méfiance est mise en éveil par le comportement parfois étrange du nouveau venu.

Critique : 

Cette histoire marque un tournant dans la série. Jusqu'alors, une majorité d'épisodes avaient été décevants, le plus souvent en raison d'intrigues sans queue ni tête, mais aussi à cause de personnages aux contours encore incertains. A partir de cet épisode, la série trouve enfin la bonne formule et ne s'en départira pas, avec des scénarios mieux construits et des personnages principaux aux caractères affirmés qu'ils conserveront jusqu'à la fin de la saison.

Une montée en puissance a lieu après un départ sur un rythme assez lent. Les réticences de John Koenig envers le petit Jackie ne l'empêchent pas d'être le premier à subir les pouvoirs hypnotiques de l'enfant. Il se retrouve ainsi étonnamment pacifiste face au vaisseau visiteur dont on ignore les intentions, au grand étonnement de Paul et d'Alan. Helena rejoint Koenig dans sa suspicion lorsqu'elle surprend un sourire cruel de l'enfant face à une crise d'hystérie de sa mère.

Le commandant découvre les pouvoirs de Jackie alors qu'il les utilise contre Carter afin de protéger les vaisseaux ennemis. Ses doutes, ainsi que ceux d'Helena, deviennent alors des certitudes. Il faut saluer la performance remarquable de Wayne Brooks dans le rôle du petit Jackie. Alors que tant d'enfants jouent très mal la comédie, lui n'a même pas besoin de parler pour exprimer ses sentiments : ses regards inquiétants sont significatifs.

La transformation de l'enfant Jackie en adulte Jarak marque l'arrivée de l'épisode dans sa partie la plus captivante. La superbe composition de Julian Glover est un atout majeur, ce comédien qui n'est plus à présenter se montrant impressionnant par sa capacité à créer un Jarak aux pouvoirs considérables.

Rejoint par sa compagne Rena -très bien interprétée par Cyd Hayman-, qui a emprunté le corps de la jeune maman, il dévoile alors son épouvantable projet : chef d'un groupe de 120 individus fuyant leur planète où ils ont commis des méfaits, il a l'intention de réincarner les siens dans les corps des Alphans et de s'emparer ainsi de la base. Cette opération de piratage devrait permettre aux envahisseurs d'échapper à jamais aux représailles des habitants de leur planète.

La conclusion, sur le mode du « tout est bien qui finit bien », est satisfaisante malgré la faible performance des Alphans : Koenig et ses compagnons ne doivent leur salut qu'à l'intervention des poursuivants de Jarak  et Rena, alors qu'ils se trouvaient dans une situation désespérée, en état d'impuissance totale.

Séquence culte : 

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11. LE DERNIER CRÉPUSCULE
(THE LAST SUNSET)

Résumé : 

Alors que la Lune s'approche d'un astre propice à la vie, une série d'engins vraisemblablement envoyés par les habitants de cette planète apportent aux Alphans tout ce dont ils ont besoin pour vivre sur la Lune : air, atmosphère, orages, eau douce. Une mission dirigée par le docteur Russel s'embarque à bord d'un aigle afin de trouver le meilleur endroit possible pour installer une colonie.

Critique : 

Voici un des épisodes où les caractères des différents personnages apparaissent de façon particulièrement développée, peut-être parce que l'absence de vedette invitée permet de s'attarder sur les protagonistes habituels.

Le commandant Koenig montre son autorité, sa fermeté, son esprit de décision et son tempérament aventureux. Sans doute est-il parfois un peu dur avec ses hommes. Par exemple, lorsque les aigles deviennent défectueux, conclut-il aussitôt à la responsabilité des techniciens qui « dorment depuis des mois » (!) Or, ce sont des poussières contenues dans l'atmosphère lunaire qui ont provoqué les défaillances enregistrées...

Alan est comme souvent le plus proche soutien de Koenig, toujours prêt à lui emboîter le pas dans ses décisions les plus folles en apparence. Il préfèrerait explorer la planète inconnue plutôt qu'entamer la colonisation de la Lune, et John semble proche d'être de son avis. Ses divergences de vues avec Paul éclatent au grand jour lors de la mission d'exploration, mais sont vite calmées par Helena.

Le docteur Russel, justement, joue l'élément féminin pondérateur, tout en demeurant proche du commandant. Victor, au contraire de Koenig, est d'un optimisme à toute épreuve et ses connaissances scientifiques sont à nouveau bien utiles. Restent Paul et Sandra, dont l'amour éclate au grand jour, on les voit même s'embrasser au grand air de la Lune, ce qui prouve que les amourettes ne sont pas l'apanage exclusif de la seconde saison.

Après un début dans l'inquiétude du fait de l'arrivée de l'engin mystérieux, l'allégresse règne sur la base, désormais dotée d'une atmosphère naturelle. Les Alphans sont évidemment heureux de ne plus respirer de l'air en conserve, et l'on assiste à des scènes surréalistes de détente en atmosphère lunaire. On voit même Alan jouer au badminton ! Voilà le genre de scènes que l'on ne reverra évidemment plus dans la suite de la série.

Le cœur de l'épisode constitue son relatif point faible, avec des passages languissants lors de l'expédition dirigée par Helena et pendant les recherches pour localiser l'aigle accidenté.

Heureusement, un dernier quart d'heure de grande qualité va donner toute sa force à cette histoire. D'abord, avec les mésaventures vécues par Paul, victime d'une drogue hallucinogène contenue dans de curieux fruits qu'il a cueillis à la surface de la Lune. Et voilà le toujours sérieux et pondéré Paul transformé en mégalomane prêt à coloniser la Lune avant d'envoyer des vaisseaux explorer l'univers dans tous ses coins !

Le changement est saisissant, mais pas perceptible immédiatement. Au départ, Alan, toujours impétueux, se retrouve pour une fois du même avis que Paul pour choisir de manger ces fruits étranges qui semblent comestibles, alors que le docteur Russel se montre beaucoup plus réservée. Saluons le joli numéro de Prentis Hancock dans cette performance de mégalomane messianique tellement à l'opposé du caractère habituel de Paul.

Ensuite, et pour terminer en apothéose, la conclusion présente une magistrale leçon de philosophie. Malgré leurs bonnes intentions reconnues, les Alphans, Koenig en tête, se voient jeter à la figure toutes les turpitudes de l'espèce humaine, que la race présente sur la planète voisine ne veut pas prendre le risque de rencontrer. Conclusion triste et pessimiste mais, au fond, n'est-elle pas réaliste ?

Séquence culte : 

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12. LE RETOUR DU VOYAGEUR
(VOYAGER'S RETURN)

Résumé : 

La Lune s'apprête à croiser la route de la sonde spatiale Voyager 1, lancée depuis la Terre quinze ans auparavant pour recueillir des données à de très grandes distances dans l'univers. Les Alphans sont partagés entre le désir de récupérer les renseignements considérables stockés sur l'ordinateur de la sonde et le risque d'être détruits par le redoutable effet Keller, mode de propulsion atomique du vaisseau.

Critique : 

L'idée de mêler  fiction et réalité en basant le scénario sur les sondes Voyager1 et 2 est sans doute la meilleure de toute la série. A l'époque du tournage, le programme Voyager était en route et les fameuses sondes ont été lancées en 1977, soit deux ans plus tard, afin d'explorer les planètes géantes du système solaire, après quoi elles se sont enfoncées dans le vide interstellaire pour voguer vers l'étoile voisine, qu'elles atteindront dans 75000 ans.

Des messages de l'humanité aux peuples extraterrestres qu'elles sont susceptibles de rencontrer, sortes de bouteilles un peu dérisoires dans la mer de l'immensité sidérale, ont été stockés sur ces sondes. La différence, c'est que dans la « vraie vie », l'effet Keller n'existe pas et les sondes n'ont bien entendu aucune propulsion atomique, même si elles utilisent la radioactivité naturelle pour leur alimentation en électricité. 

L'épisode est construit en deux parties bien distinctes et de durée égale. La première relate les péripéties qui vont conduire à l'arrêt de l'effet Keller. Plusieurs réunions improvisées en urgence nous font pénétrer dans le psychisme des personnages, avec parfois des comportements inattendus. La curiosité scientifique de Victor Bergman le pousse à aller dans le sens du commandant, c'est-à-dire prendre de gros risques pour tenter de stopper l'effet Keller et s'emparer ainsi de la mine de données accumulées par la sonde.

Helena fait preuve de sa prudence habituelle, avant tout soucieuse de protéger la base et ses habitants. Paul fait de la surenchère dans ce sens car c'est dans la nature de son caractère, mais aussi en raison de souvenirs douloureux avec l'effet Keller, dont son père fut la victime. Alan se montre moins impétueux qu'à l'accoutumée. Il faut dire que l'alternative est de détruire la sonde et il se tient prêt à diriger une escadrille d'aigles si cette option est retenue.

Quant à John Koenig, il reste fidèle à son tempérament aventureux, mais de façon plus nuancée que dans l'épisode précédent. Sa décision logique est d'essayer d'arrêter l'effet Keller tout en préparant la destruction du Voyageur si elle s'avère nécessaire. Il n'empêche que sa décision en dernier ressort de ne pas détruire la sonde alors que le point crucial est atteint est assez insensée puisqu'il ne dispose alors d'aucune garantie de réussite de la part du professeur Keller. Cependant, son choix se révèlera en définitive judicieux, comme  d'habitude.

La seconde partie montre les démêlés des Alphans avec Aarchon et les missiles envoyés par le monde de Sidon, et se conclut par le coup d'éclat de Keller, lui offrant une fin prévisible en forme de baroud d'honneur, et sans doute la seule possible. Une nouvelle fois contre l'avis général, le commandant Koenig choisit de lui faire confiance en ordonnant aux aigles de rentrer à la base.

L'ensemble aboutit à un épisode magnifique et poignant. Les effets spéciaux sont particulièrement réussis, tout comme le décor de l'intérieur du Voyageur, à dominante de tons sombres par contraste avec les décors très clairs de la base Alpha.

La composition exceptionnelle de Jeremy Kemp en savant vieillissant hanté par le souvenir de ses erreurs et des catastrophes qu'elles ont engendrées, magnifie l'épisode tellement il se montre bouleversant d'humanité et de remords.

*Les véritables sondes Voyager sont visuellement identiques à celle montrée dans l'épisode, preuve du sérieux de la mise en scène. Elles comportent des appareils atomiques puisqu'elles sont alimentées en électricité par des générateurs thermoélectriques à radio-isotope. La radioactivité naturelle des éléments qui y sont stockés produit de la chaleur, transformée en électricité. Au contraire d'une centrale nucléaire, il n'y a pas de réaction en chaîne mais une production d'énergie lente et étalée dans le temps, donc pas de risque de catastrophe majeure, même si en cas d'accident au lancement des sondes, le risque de contamination radioactive locale n'était pas nul.

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13. COLLISION INÉVITABLE
(COLLISION COURSE)

Résumé :

Alan Carter se retrouve en difficultés dans un aigle alors qu'il installait une charge nucléaire destinée à faire sauter un astéroïde dont la trajectoire croise celle de la Lune. Ignorant s'il a survécu à l'explosion et aux radiations, le commandant Koenig décide néanmoins de lui porter secours. Il découvre alors une planète gigantesque qui se dirige droit vers la Lune. La collision semble inévitable.

Critique : 

Un des tous meilleurs épisodes de la série, passionnant de la première à la dernière seconde. La séquence pré-générique, un modèle du genre, offre quatre minutes d'action menée à un rythme d'enfer, et la suite confirmera ces bonnes dispositions.

C'est dans cet épisode que les différences entre les personnages sont les plus marquées. Le commandant Koenig montre à plusieurs reprises son attachement à Alan, d'ailleurs bien naturel tellement leurs caractères se ressemblent. Lors de la séquence pré-générique, il n'hésite pas à retarder la mise à feu de quelques secondes pour donner à son compagnon quelques chances de s'éloigner à temps du lieu de l'explosion.

La détermination de Koenig est admirable. J'apprécie beaucoup le passage où il décide de retarder l'explosion de trente secondes. Victor essaie de le faire changer d'avis en faisant remarquer que la base risque alors d'être trop sérieusement touchée par les radiations. Réaction de Koenig : au lieu de retarder la mise à feu de trente secondes, il la repousse de... quarante ! Victor n'insiste pas, pour ne pas passer à cinquante secondes...

On peut remarquer le peu de cas que font certains Alphans de la vie d'Alan. Evidemment, il y a urgence, mais Victor, le docteur Russel et plus encore Paul, montrent à cette occasion qu'ils sont beaucoup moins proches de Carter que ne l'est le commandant Koenig. On continue dans la même veine lorsque Paul et Victor se gaussent de Koenig, coupable à leurs yeux de vouloir porter secours à Alan, dont ils ont la conviction qu'il n'a pu survivre à l'explosion.

Par la suite, John et Alan doivent agir seuls pour sauver la base et la destinée de Marra et de son peuple, et même se mutiner contre leurs compagnons, qui n'ont rien compris. Paul, Helena et Bergman ont une attitude pour le moins cavalière avec eux. Lorsque le commandant revient de son entrevue avec Marra, personne ne croit à son histoire. Paul le dit ouvertement, trop heureux de se retrouver commandant à titre provisoire. Il fait penser à un jeune coq occupant un poste de responsabilités, mais sur le fond il n'en a pas la capacité et souffre cruellement de la comparaison avec Koenig.

Le comportement d'Helena et de Victor est plus perfide puisqu'ils n'hésitent pas à faire semblant d'approuver le commandant, avant de l'enfermer dans sa chambre sans l'avertir et de le remplacer par Paul. Même la timide Sandra se montre acide envers Koenig, ce qui n'est pas dans ses habitudes. Pourtant, un minimum de réflexion était suffisant pour comprendre que l'énorme vaisseau spatial visité par John n'était pas arrivé par l'opération du Saint-Esprit mais était l'œuvre d'une civilisation avancée, donc que l'existence de Marra était réelle et non un fantasme de Koenig dû à un hypothétique « mal des radiations ».

Ce qui ressort de tout cela, c'est que Marra n'a pas décidé de s'adresser à Koenig et à Carter par hasard : elle a tout simplement choisi les deux hommes forts de la base pour faire passer ses directives... Les deux vedettes de l'épisode sont donc le commandant Koenig et Alan Carter, qui montrent une nouvelle fois leur courage, leur esprit de décision et leurs nerfs d'acier.

Saluons l'interprétation de Martin Landau et Nick Tate, les insurgés du jour, mais aussi de Margaret Leighton qui compose une excellente Marra, sage et mystérieuse. Les autres comédiens sont très bons également, même si les rôles tenus par Barbara Bain, Barry Morse et Prentis Hancock ne sont pour une fois guère valorisants tant leurs personnages s'entêtent inexplicablement dans l'erreur.

Le mot de la fin est pour le commandant Koenig. Magnanime, il absout de son erreur une Helena repentante, et lui manifeste même une certaine compréhension, reconnaissant que l'histoire de Marra était difficile à croire.

Séquence culte : 

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14. UN AUTRE ROYAUME DE LA MORT
(DEATH'S OTHER DOMINION)

Résumé : 

La Lune arrive à proximité de la planète Ultima Thulé, où est installée une colonie de rescapés d'une mission intersidérale dont la Terre avait perdu la trace. Ultima Thulé est une planète glaciale mais ses occupants y vivent convenablement et seraient immortels. Les Alphans sont tentés de mettre fin à leur périple pour les rejoindre...

Critique : 

Un épisode qui ne démarre pas sur les chapeaux de roues. Les scènes sous la neige ne sont guère crédibles en raison de l'aspect carton-pâte des décors. Il est visible que l'on a affaire à de la neige de studio, et le prolongement excessif de ces séquences à demi ratées donne envie de regarder sa montre.

Par la suite, l'épisode devient très intéressant, grâce à une intrigue solide et surtout aux aspects philosophiques abordés sans en avoir l'air. Au travers de l'histoire du docteur Rowland et de sa quête du secret de l'immortalité, c'est la recherche scientifique qui se retrouve dans le collimateur, ou plus exactement la démesure, la mégalomanie, voire la folie qu'elle peut engendrer.

Le contraste entre les hommes d'action, les militaires, que sont le commandant Koenig et le capitaine Tanner, et les scientifiques représentés par le docteur Russel, Victor Bergman et le docteur Rowland, est radical et révélateur du message que veut faire passer le scénariste.

On peut trouver John Koenig souvent autoritaire, dur, voire implacable, mais lui au moins sait raison garder et sa méfiance instinctive envers les recherches de Rowland se transforme en rejet total lorsqu'il découvre, guidé par Jack Tanner, les horreurs auxquelles ces expériences ont conduit.

A l'inverse, la curiosité scientifique de Victor et Helena les rend aveugles à un point tel qu'ils sont prêts à suivre le docteur Rowland, et se montrent finalement encore moins à leur avantage que lors de l'épisode précédent. S'il est patent que Rowland leur a communiqué sa mégalomanie, le plus choquant est qu'ils persistent à le défendre même après la révélation par Koenig des terribles conséquences des recherches entreprises sur la santé mentale des cobayes.

Je trouve pathétique la vision de Bergman, les yeux exorbités dans le cylindre du docteur Rowland, engin qui ressemble en tous points aux tubes régénérateurs des Envahisseurs, décidément imités dans beaucoup de séries. Victime consentante d'expériences hasardeuses, il est approuvé par une Helena aussi inconsciente que lui.

Il faut saluer la justesse du thème abordé. Combien de savants pétris de bonnes intentions ont fini par commettre des bévues, des crimes et même des crimes contre l'humanité au nom de la recherche scientifique ? Combien ont collaboré activement avec le régime nazi, acceptant sans sourciller les cobayes si abondamment fournis ?

L'approche de la fin laisse présager une menace, un drame inattendu, mais semble-t-il prévu par le capitaine Tanner, doté malgré (où grâce à ?) sa folie de dons paranormaux. La scène finale confirme ce pressentiment, offrant une conclusion surprenante mais qui permet toutes les méditations philosophiques sur l'homme et l'immortalité.

Hormis les acteurs récurrents, tous excellents, soulignons les prestations impeccables des vedettes invitées. Brian Blessed est magnifique en savant pétri de bonnes intentions mais aveuglé par sa mégalomanie, sorte de condensé de l'espèce humaine dans ses aspects les plus extrêmes. John Shrapnel n'est pas en reste dans le rôle difficile d'un fou par instants nanti de lucidité, auquel il confère humanité et émotion.

Séquence culte : 

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15. LE GRAND CERCLE
(THE FULL CIRCLE)

Résumé : 

Les Alphans explorent la planète Retha où ils espèrent pouvoir s'installer. Ils se retrouvent face à des hommes préhistoriques particulièrement féroces et primitifs. Il s'agit en réalité de membres de la base ayant brusquement régressé à l'état sauvage après avoir traversé un mystérieux brouillard.

Critique : 

Un épisode injustement déprécié par nombre d'amateurs de la série. Pourtant, il ne manque pas de qualités. Certes, les scènes avec les hommes préhistoriques sont sans doute un peu trop longues, et le rythme n'est pas le point fort de l'histoire, cassé par quelques lenteurs, mais l'aventure est atypique et non dénuée d'originalité.

On tremble devant les dangers encourus par la fragile Sandra, prisonnière des sauvages et menacée de terribles représailles après son agression sur Koenig. En revanche, on se réjouit de retrouver un excellent Victor, homme de science calme et rassurant, débarrassé de son aveuglement des deux épisodes précédents, ainsi qu'un Alan toujours aussi déterminé et téméraire. Bon point aussi pour la musique, en adéquation parfaite avec l'atmosphère de l'épisode.

Des nombreuses scènes présentant les Alphans ayant régressé, on retiendra deux éléments essentiels. D'abord, il est amusant de constater que les principaux personnages occupent leurs fonctions habituelles dans cet univers ancestral : Koenig demeure le chef et le docteur Russel soigne les blessés.

Ensuite et surtout, on peut penser que, dénués du vernis de la civilisation, toute inhibition est levée et les sentiments profonds s'expriment à nu et sans nuances. Par conséquent, la jalousie manifestée par Helena à l'encontre de Sandra, qui intéresse un peu trop John Koenig à son goût, ainsi que le terrible châtiment qu'elle lui destine après qu'elle ait blessé le commandant, sont révélateurs des sentiments qu'elle éprouve à l'égard de John.

Lors de l'épilogue, Helena manifeste un certain trouble à la pensée de s'être révélée ainsi, ce qui lance une intéressante discussion philosophique sur l'Homme, son passé et sa destinée. Sceptique, le commandant Koenig se demande si l'être humain, au fond de lui-même, a beaucoup évolué depuis l'époque où il vivait dans les cavernes...

Séquence culte : 

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16. AU BOUT DE L'ÉTERNITÉ
(END OF ETERNITY)

Résumé : 

Au cours de l'exploration d'un astéroïde passant à proximité de la Lune, Koenig et ses hommes découvrent un humanoïde gravement blessé, enfermé dans une caverne. Transporté sur Alpha, l'intrus prétend prendre le commandement de la base, grâce à sa force inépuisable d'immortel, afin de se livrer à la torture sur ses habitants.

Critique : 

Une histoire conventionnelle qui aurait pu aboutir à un épisode simplement honnête si elle n'avait bénéficié de quelques particularités valorisantes dont la série a le secret. En premier lieu, la performance époustouflante, et même exceptionnelle, de la vedette invitée Peter Bowles dans le rôle de Balor.

Tous les adjectifs existants paraissent insuffisants, et il faudrait presque en inventer de nouveaux pour qualifier les compositions de cet acteur, dont l'accès inabouti à une carrière aux plus hauts sommets est un mystère aussi épais que la banquise du pôle Nord avant le réchauffement de la planète. Tour à tour charmeur, cruel, ironique, menaçant et tyrannique, et d'aspect rendu encore plus impressionnant par sa carrure de géant, vraisemblablement due à des échasses dissimulées sous ses vêtements, Bowles semble être né pour interpréter des rôles tels que celui de ce monstrueux Balor.

Autre belle réussite, celle de l'équipe directionnelle de la base Alpha, dont tous les acteurs sont excellents et montrent un groupe soudé, efficace et dynamique. Parmi eux, on doit toutefois ressortir la nouvelle prestation étonnante de Martin Landau, qui incarne un commandant Koenig plus courageux et clairvoyant que jamais. Alors que le professeur Bergman et le docteur Russel semblaient prêts à croire la fable racontée par Balor, ruse destinée à les apitoyer, l'instinct madré et l'intelligence du commandant le mettent immédiatement sur le chemin de la vérité.

Et cette vérité nous amène aux éléments spécifiques du scénario, qui mêlent comme souvent aventures et réflexions philosophiques. Cet aspect est illustré par une phrase de Balor : « Comment goûter la saveur de la vie sans la peur de la mort ? »

Le conseil tenu sur Alpha à l'issue de cette déclaration et de l'auto-présentation enjolivée de Balor est passionnant. Helena, Victor et John réfléchissent à la vie, à la mort, à l'immortalité et aux conséquences qui pourraient en découler, tout en supputant sur la nature réelle de leur hôte. Ce dernier a des idées bien arrêtées sur la façon de mettre fin à la « décadence » générée selon lui par l'immortalité, et ses méthodes pour y remédier sont épouvantables.

Autre élément marquant, les peintures de tortures et de scènes de terreur enfermées avec Balor, dont l'aspect effrayant est accentué par la musique diffusée lors des gros plans sur les divers tableaux. L'ensemble de la musique est d'ailleurs d'un niveau élevé, en phase avec la qualité de l'épisode.

La conclusion ne décevra pas. A partir d'une suggestion ingénieuse de Victor Bergman, Koenig élabore un plan audacieux pour se débarrasser de Balor. Il va se montrer héroïque dans son exécution, supportant jusqu'à l'extrême les décharges électriques sadiques de l'ennemi, sous les yeux impuissants de ses compagnons, jusqu'à la réussite finale.

Et c'est alors que surgit la fin, mais que les cinquante minutes ont paru courtes à la vision de cet épisode, bien entendu un des meilleurs de toute la série.

Séquence culte : 

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17. RUSES DE GUERRE
(WAR GAMES)

Résumé : 

La base Alpha subit une attaque de vaisseaux venus d'un astre dont elle croise la trajectoire. Les dégâts humains et matériels s'avèrent considérables, au point que le commandant Koenig, accompagné par le docteur Russel, décide d'aller sur cette planète pour parlementer avec les agresseurs.

Critique : 

Cet épisode généralement très apprécié par les fans débute dans une ambiance martiale, une véritable guerre des étoiles truffée d'effets spéciaux spectaculaires : scènes de combats entre les aigles et les bombardiers ennemis, bombardement de la base, ruse d'Alan Carter qui feint la mort pour mieux attaquer et détruire l'énorme vaisseau qui s'apprêtait à pulvériser Alpha.

Autres séquences très impressionnantes, l'éjection dans l'espace d'habitants de la base à la suite de fuites dans le système de pressurisation, dont le docteur Russel et Kano manquent de peu d'être victimes.

Après le déferlement d'action des vingt premières minutes, l'épisode perd de son intensité. Normal, un peu de répit était bien nécessaire, tant pour les habitants de la base que pour le téléspectateur. Vient alors l'exploration de la planète.

Cette seconde partie comporte quelques passages intéressants, à l'image de la véritable psychanalyse subie par Koenig à son arrivée sur l'astre mystérieux. Pour une fois, le commandant ne se montre pas à son avantage, multipliant les mauvaises décisions, surtout lors de cette deuxième phase où il fait preuve d'un tempérament belliciste exagéré. Au contraire, Helena semble être prise sous l'aile des adversaires, qui lui proposent d'entrer dans leur monde libéré de la peur.

Pendant ce temps, c'est le branle-bas de combat sur Alpha, tellement dévastée que ses habitants s'apprêtent à l'abandonner pour se réfugier sur la planète hostile, où ils espèrent qu'on consentira à accueillir les vaincus rescapés de l'agression. Victor Bergman enregistre un message à l'intention des voyageurs de l'espace qui pourraient explorer la base ultérieurement. Son discours chargé d'émotion sonne très juste, et permet à Barry Morse de montrer l'étendue de ses qualités de comédien.

Venons-en au gros point faible de cette aventure, la fin de la seconde phase et en particulier cette scène grotesque au cours de laquelle le commandant Koenig se retrouve abandonné dans l'espace avec son seul scaphandre doté d'une faible réserve d'oxygène, suite à l'explosion de l'aigle à bord duquel il se trouvait. A ce moment précis, on est en droit de se demander comment on ose nous présenter de telles débilités. De même, sa rage insensée lors de son retour sur la planète ennemie ne rehausse pas son prestige...

Heureusement, le malentendu se dissipe avec une conclusion étonnante qui nous offre à nouveau une magnifique leçon de philosophie. La civilisation avancée qui règne sur l'astre mystérieux a vu très juste sur la nature humaine : il est vrai que l'Homme a tendance à être gouverné par ses peurs, et ces êtres évolués ont utilisé ce défaut pour parvenir à leurs fins à peu de frais et sans faire de dégâts.

On est rassurés d'apprendre que ce n'était pas le véritable Koenig qui avait pris toutes ces décisions erronées, mais un Koenig caricatural imaginé par les extraterrestres. Et ravis de constater que les suggestions de ces créatures provoquent une réflexion chez le commandant et le docteur Russel. Helena se souvient avec émotion de ces images enfouies au plus profond de sa mémoire, et qui suscitent chez elle de la nostalgie et de l'émerveillement : un monde où la peur est inconnue...

Séquence culte : 

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18. LE DERNIER ADVERSAIRE
(THE LAST ENEMY)

Résumé : 

La Lune passe à proximité d'une étoile dotée de deux planètes en opposition, donc éternellement invisibles l'une pour l'autre. Les Alphans se retrouvent en position d'otages entre les habitants de ces deux mondes, qui se livrent à une guerre sans merci.

Critique : 

De splendides scènes de guerre de l'espace dans cet épisode mouvementé : vaisseaux et bombardiers géants, missiles variés, et jusqu'à la capsule de secours des Bêtans, tout est pleinement réussi et scotche le spectateur devant son écran de la première à la dernière minute. Les décors de l'intérieur du vaisseau commandé par Dione sont loin de déparer l'ensemble, bien que la dominante de tons clairs rappelle ceux de l'intérieur de la base lunaire.

Il est singulier de constater que, pour une fois que nos héros croisent un duo de planètes, leurs habitants se livrent à une guerre immémoriale. Quand on pense que jusqu'alors, les extraterrestres rencontrés n'avaient cessé de donner des leçons aux Terriens, jugés arriérés, bellicistes et gouvernés par leurs peurs, la situation apparaît presque cocasse...

Une fois de plus, les Alphans sont ridicules face aux extraterrestres, qui neutralisent leurs aigles et leur champ de force défensif avec une facilité déconcertante. J'apprécie beaucoup l'habileté du scénario, qui laisse croire de prime abord à une attaque contre la base lunaire, car la découverte de la vérité produit un effet de surprise agréable, parallèle au soulagement de Koenig et de ses compagnons.

Les deux planètes, ennemies depuis la nuit des temps, apparaissent à la fois similaires par leur niveau technologique élevé, exprimé par le gigantisme de leurs vaisseaux et la précision de leurs armes, et différentes par l'aspect et le caractère de leurs dirigeants.

La planète Bêta paraît exclusivement féminine, ou en tous cas elle n'est dirigée que par des femmes. Qu'il s'agisse de Theia la chef suprême, de Dione ou de ses adjointes, elles semblent toutes beaucoup plus sérieuses et consistantes que le piteux Talos, ce vieillard à moitié endormi qui préside à la destinée de la planète Delta. Même si l'attitude belliciste de Dione rend le final inévitable, je ne peux m'empêcher de penser qu'une issue inverse m'aurait plus satisfait que le résultat choisi par le scénariste...

Cette somme de qualités est magnifiée par l'excellente composition de Caroline Mortimer, une des vedettes invitées les plus marquantes de la saison, dans le rôle de Dione. Martin Landau est également très bon, il insuffle tout son allant à un commandant Koenig inspiré, et sauveur de la base par sa ruse finale, dont la qualité et la finesse duperont Dione assez longtemps pour en assurer la réussite.

L'astuce employée par Koenig consiste à se faire passer pour un traître prêt à abandonner la base et ses habitants pour se rallier à Dione et conserver ainsi la vie sauve. Sous l'impulsion d'une inspiration soudaine, et  contraint de jouer le jeu à fond pour donner le change, il n'a pu de prime abord expliquer son plan aux Alphans, qui se retrouvent interloqués en découvrant sa trahison. Fort heureusement, il va pouvoir subrepticement leur faire comprendre qu'il ne s'agit que d'une ruse. Voilà qui conclut en beauté une aventure animée et passionnante.

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19. EN DÉSARROI
(THE TROUBLED SPIRIT)

Résumé :

A la suite d'expériences hasardeuses de spiritisme menées par des botanistes désireux d'entrer en contact avec les plantes, un esprit se matérialise de temps à autre sur Alpha, où il commet une série de meurtres.

Critique : 

Il arrive que des épisodes qui suscitent au départ un certain intérêt se révèlent par la suite décevants. Le gros avantage avec celui-ci, c'est que dès les premières secondes, on a compris que l'on va assister à un navet de première classe.

Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Un concert on ne peut plus ennuyeux, des plans de coupe sur de curieuses expériences de botanistes que semblent vouloir communiquer avec les esprits, puis le vent qui se lève sur la base. Et cette séquence pré-générique d'un grotesque accompli qui dure près de cinq minutes !

Cauchemar pour tout chroniqueur de la série non amateur de débilités, il faut s'armer de courage pour revoir cette ineptie si l'on veut être exhaustif, mais l'on sait que l'on va passer cinquante minutes pénibles et longues, longues, très longues...

Comment peut-on se moquer du téléspectateur au point d'oser montrer les dirigeants de la base, qui sont habituellement des gens sérieux, se livrer à une séance surréaliste de spiritisme humano-botanique, qui se termine évidemment par l'apparition de l'esprit meurtrier ?

Et c'est de pire en pire avec le délire de Victor Bergman, qui propose ni plus ni moins que la pratique de l'exorcisme pour se « débarrasser des démons » ( !) Ou comment se retrouver au Moyen-âge dans une série futuriste... Et il faudra subir ce festival d'âneries pendant toute la durée de cet épisode affligeant.

Les plantes tiennent un rôle majeur dans le scénario, et justement il est permis de se demander quelle herbe mystérieuse ont bien pu fumer les producteurs et les scénaristes avant de pondre ce chef-d'œuvre. Ils ont même oublié que Cosmos 1999 est une série se déroulant dans l'espace. Car l'intégralité de l'action -si l'on peut dire...- se déroule à l'intérieur de la base : les aigles, les planètes, les météorites et les extraterrestres ont laissé la place aux esprits, aux fantômes et aux revenants. Dans ces conditions, cette histoire aurait pu être adaptée à n'importe quelle série aux décors purement terrestres.

Il est inutile d'insister sur le fait que cette déplorable histoire fantastique est bien entendu le plus mauvais épisode de la saison, celui qu'il ne faut surtout pas montrer à un ami pour lui faire découvrir la série, sous peine de l'en dégoûter à tout jamais.

Séquence culte : 

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20. CERVEAU SPATIAL
(SPACE BRAIN)

Résumé : 

Un gigantesque objet inconnu menace d'entrer en collision avec la Lune. Les Alphans vont finir par découvrir qu'il s'agit d'un cerveau géant, vraisemblablement grand ordinateur de l'Univers, qui essaie par tous les moyens d'entrer en contact avec la base afin de trouver une solution pour éviter la catastrophe.

Critique : 

Voilà un épisode très difficile à évaluer, ce qui engendre d'ailleurs d'interminables controverses entre fans. C'est en quelque sorte le Caméra meurtre de la série, adulé par certains et honni par d'autres. Pour ma part, je le trouve passionnant pendant quarante minutes.

L'entame est excitante, avec l'Aigle Noir pulvérisé et renvoyé sur Alpha sous forme de météorite. Les péripéties qui suivent, sous l'égide d'un commandant Koenig plus efficace que jamais, valent la peine d'être vues.

L'expédition de Kelly et Carter, le conditionnement du premier par le cerveau et son sauvetage par le second permettent d'assister à des sorties spectaculaires dans l'espace. Devant le comportement étrange de Kelly à son retour, Koenig demande au docteur Russel de procéder à la mise en contact de leurs cerveaux respectifs. Il accède ainsi à la vérité, et comprend les intentions louables du cerveau spatial.

La conséquence, c'est l'expédition en catastrophe de Koenig pour désamorcer les charges nucléaires amassées dans l'aigle primitivement envoyé vers le cerveau, mais retourné automatiquement par ce dernier, avant qu'elles n'explosent à leur retour sur Alpha. La scène ou le commandant arrime son vaisseau à l'autre aigle est mémorable ; le talent de Martin Landau se double d'une incontestable réussite visuelle et technique.

Jusque-là, on a donc affaire à un sans-faute. Hélas ! Les dix dernières minutes sont totalement ridicules, avec ce déferlement de mousse destructrice sur l'ensemble de la Lune. Les fans de Mylène Farmer auront sans doute l'impression de revivre le clip de L'instant X, mais autant la chanson de Farmer est agréable, autant le final de cet épisode est indigeste.

Si les qualités indéniables développées pendant la majeure partie de sa durée ne peuvent que lui valoir une bonne note, le final épouvantable empêchera l'accession de cet épisode aux plus hauts sommets de la série. Un conseil : regardez-le en entier une première fois pour savoir comment il se conclut, mais les fois suivantes, contentez-vous d'en revoir quarante minutes et arrêtez avant la fin, histoire de conserver une bonne impression.

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21. LA MACHINE INFERNALE
(THE INFERNAL MACHINE)

Résumé : 

Un étrange vaisseau spatial demande l'aide des habitants d'Alpha. Dirigé par un super ordinateur ayant échappé au contrôle de son créateur, le seul passager du vaisseau, le visiteur exige la livraison d'un important stock de matériel et d'énergie. Craignant de se retrouver seule après la mort de son créateur, la machine infernale a l'intention d'emmener le commandant Koenig et le docteur Russel à son bord, afin de disposer de nouveaux compagnons.

Critique : 

Un épisode en huis-clos, à mi-chemin entre « Le Joker » des Avengers et « Complexe X41 » des New Avengers. A son crédit, les décors aux tons rouge et blanc de l'intérieur du vaisseau, et la présence du toujours excellent Leo McKern en tant que vedette invitée. Le problème, c'est que son personnage expire rapidement et que par la suite, l'épisode s'enlise dans une succession de scènes stéréotypées illustrant la morne lutte entre Gwent et les Alphans, si bien qu'on a sérieusement envie de regarder sa montre, et à plusieurs reprises.

Dommage, car l'idée d'un ordinateur surpuissant qui a échappé au contrôle de son créateur, bien que déjà vue sur la série dans Le gardien de Piri, aurait pu aboutir à un épisode beaucoup plus intéressant que celui-ci, où l'idée a été maladroitement exploitée.

A noter l'absence de Paul, remplacé par Winters, un second qui s'avère beaucoup plus responsable, décidé, on peut même dire considérablement plus sérieux que le titulaire. Il est probable que cette saison aurait été améliorée avec ce personnage présent dans tous les épisodes à la place du transparent Paul Morrow.

On peut remarquer aussi la solidarité amusante entre cerveaux électroniques : Gwent a pris le contrôle de l'ordinateur d'Alpha, qui lui obéit aveuglément, se montre même impertinent avec ses maîtres habituels et confirme ainsi que sa fiabilité est loin d'être satisfaisante.

*Leo McKern restera dans les mémoires de tous les fans du Prisonnier tellement sa composition du numéro 2 dans trois épisodes fut exceptionnelle.

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22. LA MISSION DES DARIENS
(MISSION OF THE DARIANS)

Résumé : 

La base Alpha reçoit un SOS émis depuis un gigantesque vaisseau spatial de trois cents kilomètres carrés, dont elle s'apprête à croiser la trajectoire. Le commandant Koenig prend la tête d'un groupe de six personnes qui embarquent à bord d'un aigle afin d'explorer le vaisseau inconnu et de porter secours à ses occupants.

Critique : 

Un épisode au ton grave, et dont le pessimisme peut être sujet à diverses interprétations. L'expédition décidée par le commandant comprend six personnes. Outre Koenig, Helena, Victor, Paul et Alan sont conviés au même titre que Bill Lowery, un subalterne inconnu, dont on comprend vite qu'il n'est là que pour jouer le sacrifié de service, rôle ne pouvant bien entendu échoir à un acteur principal.

A l'arrivée sur le vaisseau, le groupe se sépare en trois duos qui vont explorer les lieux dans trois directions différentes. Koenig et Bergman ont la chance de tomber sur les dirigeants, seuls survivants épargnés par la radioactivité lors d'une catastrophe survenue neuf cents ans auparavant.

Tout comme la base lunaire, le vaisseau des Dariens, sorte d'Arche de Noé envoyée dans l'espace à la recherche d'une nouvelle planète suite à la disparition de la planète mère, a été victime d'une série d'explosions nucléaires, seul un réacteur étant demeuré indemne.

Le docteur Russel et Bill Lowery sont capturés par les descendants des rescapés des zones radioactives, des êtres ayant régressé à l'état tribal. Désormais, ils font la chasse aux victimes de mutations génétiques. Une naine et Lowery, qui a la malchance d'avoir un doigt mutilé, sont sacrifiés dans une étrange machine qui les fait disparaître au milieu d'un épais nuage blanc.

Cette scène effrayante, particulièrement bien interprétée et réalisée, se déroule sous les yeux de Paul et d'Alan, conduits sur les lieux par un mutant. Impuissants à empêcher le drame depuis leur cachette, leurs caractères très différents ne vont pas les empêcher de très bien s'entendre pour mener les esclaves sur le chemin de la vérité.

Car c'est bien une société de type féodal que les Alphans ont découverte sur ce vaisseau, un monde où les maîtres n'ont pas d'autre horizon que d'exploiter cyniquement leurs anciens compatriotes revenus à l'état sauvage.

On peut voir l'épisode comme une critique des régimes totalitaires de type nazi, mais aussi comme celle de nos sociétés capitalistes libérales, où les élites ne se conduisent finalement pas beaucoup mieux avec le peuple que les maîtres Dariens avec les irradiés.

Le vaisseau des Dariens apparaît comme une métaphore du monde terrestre, avec ses dirigeants protégeant avant tout leurs intérêts et ceux de leur caste sans chercher à améliorer le sort des catégories modestes, et toujours prêts à brandir toutes les justifications scientifiques ou tenant du darwinisme social pour justifier leur égoïsme. En la matière, l'imagination des maîtres terrestres est tout aussi inépuisable que celle des Dariens...

La réussite de l'épisode repose non seulement sur ce scénario à tiroirs, mais aussi sur les performances des acteurs, parfaites en tous points. En l'absence de Sandra, restée à la base, c'est le docteur Russel qui reprend son rôle habituel de persécutée. Barbara Bain hérite donc d'un rôle différent de ses compositions traditionnelles, mais qu'elle joue avec un naturel et une conviction sans failles.

Ses compagnons, tous à leur meilleur niveau, trouvent du répondant avec les acteurs incarnant les Dariens. Saluons en premier lieu la part d'érotisme amenée par la sublime Joan Collins dans le rôle de Kara. Son apparition débute par un plan avantageux sur ses jambes dénudées vues de derrière, la belle étant vêtue d'une mini-jupe vraiment très mini...

On comprend l'attitude de John Koenig, qui semble ravi de se réveiller en si bonne compagnie... Joan Collins est tout aussi remarquable qu'Aubrey Morris, le très bon interprète de Neman. Bonnes performances aussi des comédiens jouant les rôles des irradiés, et notamment de ceux qui incarnent leurs chefs.

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23. LE DOMAINE DU DRAGON
(DRAGON'S DOMAIN)

Résumé : 

Tony Cellini, unique rescapé d'une ancienne mission d'exploration d'une planète découverte par Victor Bergman, raconte depuis cinq ans la même histoire : ses camarades auraient été victimes de l'attaque d'un monstre. Cette version n'avait pas été crue par les autorités terrestres, ni par le docteur Russel et, depuis le drame, l'astronaute était sujet à des cauchemars. Cellini est convaincu qu'il va bientôt prendre sa revanche sur le dragon...

Critique : 

Un épisode magnifique, un des tous meilleurs de la série, peut-être même le meilleur. Le dragon est une splendide réussite parce que c'est un monstre sérieux, au contraire des pseudos monstres de carnaval ultra kitsch qui peupleront la seconde saison.

Le docteur Russel s'improvise narratrice de l'aventure, en commençant par le décompte du nombre de jours écoulés depuis le 13 septembre 1999, ce qui donne un avant-goût du schéma qui sera adopté sur la saison suivante.

Fait inédit, et unique sur la série, quelques scènes se déroulent sur Terre en 1996, donc avant la catastrophe survenue sur la Lune. Ceci à l'occasion de flash-back utiles pour la compréhension de l'esprit de Tony Cellini.

Autre surprise, une violente dispute oppose le commandant Koenig à Helena Russel, à propos de la sincérité de Cellini. A l'image des responsables terrestres et sans doute de Victor Bergman, le docteur Russel ne croit pas à l'existence du monstre, dont aucune trace n'a été enregistrée sur la boîte noire du vaisseau rescapé. Au contraire, Koenig défend avec acharnement son ami astronaute, tant face à Helena que, quelques années auparavant, devant la commission d'enquête terrestre, d'ailleurs en pure perte.

Cette aventure atypique permet d'admirer de superbes scènes de vol dans l'espace, avec nombre de vaisseaux différents. On découvre la base de lancement interplanétaire qui était installée non loin de la Lune avant la catastrophe, et qui n'avait été qu'entrevue lors de l'épisode pilote, ainsi que le vaisseau emprunté en 1996 par Cellini et ses collaborateurs, dont seule la capsule a subsisté. Les images de la planète Ultra sont également fort belles.

A la suite du départ surprise de Tony, impatient d'affronter son ennemi en tête-à-tête, le module passager de l'Aigle Noir se retrouve orphelin, Cellini ayant décollé avec la partie restante du vaisseau. L'Aigle 8 se retrouve contraint d'abandonner son module pour récupérer celui de l'Aigle Noir, où Koenig et ses compagnons ont pris place, afin qu'ils puissent rejoindre Tony au plus vite.

L'idée du cimetière de vaisseaux est excellente, tout comme l'explication avancée par Bergman, celle d'une sorte de toile d'araignée tendue dans l'espace aux fins de prendre au piège ces astronefs. Cette théorie accrédite la thèse du monstre de Cellini, bien que l'ordinateur ne détecte pas la moindre trace de vie aux alentours de ce cimetière peu banal.

Les deux séquences avec le monstre constituent les sommets de l'épisode. Le dragon est à la fois original et effrayant avec sa lumière vive, ses tentacules, le vent qu'il provoque et sa façon de recracher ses victimes en piteux état. Les scènes d'affrontements entre le monstre et les astronautes sont spectaculaires et particulièrement prenantes, et leur réalisation magistrale.

Une fois encore, il faut louer la perspicacité, l'instinct toujours juste de Koenig, superbement incarné par Martin Landau. La vedette invitée Gianni Garko doit être félicitée pour son interprétation fantastique de Tony Cellini, un rôle qui n'est pas sans rappeler celui de Patrick Mc Goohan dans Le Prisonnier. Le numéro 6 et Cellini montrent la même ténacité, le même courage, la même volonté inflexible face à l'adversité.

Signalons aussi la présence de Douglas Wilmer, acteur bien connu des fans des Avengers, dans le rôle du commissaire Dixon, le responsable terrestre qui a mis Koenig, Bergman et Cellini dans un placard, d'ailleurs provisoire concernant les deux premiers...

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24. LE TESTAMENT DE L'ARCADIE
(THE TESTAMENT OF ARCHADIA)

Résumé : 

Une force inconnue attire irrésistiblement la Lune vers une planète près de laquelle elle s'immobilise. Parallèlement, une forte déperdition d'énergie met en danger l'existence de la base Alpha. Le commandant Koenig décide de lancer l'expédition de la dernière chance sur l'astre voisin, où toute vie semble avoir disparu.

Critique : 

Un scénario basé sur des réminiscences religieuses évidentes, ce qui n'a rien d'étonnant dans une série anglo-saxonne. Au contraire du mouvement scientifique français, qui s'est rapidement organisé en opposant à l'Eglise, les savants anglais et américains ont toujours situé leurs recherches dans un cadre déiste affirmé, auquel les références sont ici explicites. L'ensemble n'est pas dénué d'intérêt mais s'avère loin d'être satisfaisant pour terminer la saison.

La série n'a jamais été très soucieuse de vérité scientifique, mais l'absurde bat des records dans cet épisode. On comprend rapidement que c'est Dieu qui a immobilisé la Lune près de la planète mystérieuse et suggéré à Luc Ferro et Anna Davies de devenir des nouveaux Adam et Eve, afin de repeupler l'astre mort. On comprend aussi que ce sont les Arcadiens qui, à la suite de l'holocauste survenu chez eux, ont fondé l'humanité sur la Terre.

Mais situer les premiers hommes sur notre planète à seulement 25000 ans en arrière est ridicule et en totale contradiction, non seulement avec la théorie de l'évolution des espèces de Darwin, mais aussi avec les connaissances de l'époque car, dès les années 70, on savait déjà que la présence humaine sur Terre était bien plus ancienne.

Autre ineptie, et de taille, lorsqu'Anna affirme que ses compagnons et elle-même se trouvent « à des millions d'années-lumière de la Terre ». Puisque les Alphans ne sont partis que depuis environ un an, cela signifie que la Lune traverse l'espace à la vitesse ahurissante de trois cents milliards de kilomètres par seconde ( !). A une vitesse pareille, on se demande comment ils sont restés aussi longtemps auprès des planètes qu'ils ont rencontrées depuis leur départ...

Le choix d'un narrateur en la personne du commandant Koenig, qui sévit pendant toute la durée de l'épisode, devient vite énervant. Celui des deux vedettes invitées est lui aussi extrêmement contestable. Lisa Harrow et plus encore Orso Maria Guerrini sont peut-être touchés par la grâce, mais donnent surtout à leurs personnages l'allure d'une belle paire d'illuminés. Et il est curieux que la Providence conduise ce couple à se comporter comme des gangsters pour parvenir à ses fins. Ils font vraiment piètre figure, les nouveaux Adam et Eve...

Illustration parfaite de la tonalité de l'aventure, la scène de prise de conscience de la destinée des heureux élus, à l'intérieur de la grotte, a l'allure d'une véritable révélation. On se croirait à la messe avec la musique qui l'accompagne, sans doute appropriée mais que je trouve énervante, pour ne pas dire plus. Et dire qu'il faut la subir tout au long de l'épisode...

Évidemment, dès que le couple fondateur est installé sur sa terre promise, la Lune retrouve comme par miracle sa vélocité et son énergie, ce qui va permettre aux Alphans de disposer de suffisamment de réserves  alimentaires et de carburant pour poursuivre leur errance... Amen !

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Crédits photo: TF1 Vidéo.

Images capturées par Phil DLM.