saison 1 saison 3

Arsène Lupin (1971-1974)

Saison 1

 


1.LE BOUCHON DE CRISTAL




Première diffusion : 18 mars 1971

Distribution : Nadine Alari (Clarisse de Mergy), Daniel Gelin (Alexis Daubrecq), Yves Brainville (le préfet de police)

Résumé :

Gilbert, membre de son organisation considéré par Lupin comme un fils, incite ce dernier à cambrioler la demeure du richissime Dautrecq. Mais Gilbert  désire  en fait récupérer un bouchon de cristal, tout comme un troisième larron, Sébastiani. Celui-ci, évidé, contient une liste de hautes personnalités impliquées dans un immense scandale financier. Dautrecq se sert de cette liste pour les faire chanter et assurer sa puissance. Il désire également obtenir les faveurs de Clarisse de Mergy,  mère de Gilbert, qu'il convoite depuis sa jeunesse. Le cambriolage tourne mal quand Sébastiani abat un domestique présent sur les lieux, tout en étant grièvement blessé lui-même. La police intervient mais Lupin parvient à s'enfuir. Capturé, Gilbert est accusé du meurtre, Sébastiani étant mort des suites de sa blessure. Pour révéler la vérité et sauver Gilbert de la guillotine, Lupin a désespérément besoin de s'emparer de la liste. S'engage alors un duel entre lui et le terrible Dautrecq, dont il finit cependant par percer le secret : la liste  dissimulée dans le bouchon de cristal n'est qu'un leurre, la véritable se trouvant à l'intérieur de l'œil de verre du maître-chanteur.

Critique :

Une fois achevées d'agréables retrouvailles avec le formidable générique de la série, l'épisode nous plonge immédiatement dans le feu de l'action, en plein cœur du cambriolage de la villa de Dautrecq. De fait Le bouchon de cristal ne fonctionne absolument pas comme un pilote traditionnel, ne sacrifiant aucun élément de narration à la présentation du héros et de l'univers de la série. Un choix résultant judicieux, du fait de la popularité préexistante de Lupin mais aussi d'une narration astucieuse  illustrant le sujet par l'exemple. L'épisode offre ainsi une succession de scènes montrant les différentes facettes du personnage au fil du récit : déguisements et identités d'emprunt, cambriole sans violence, gentleman raffiné et protecteur, raillerie  envers les institutions… Tout Lupin est déjà là. On apprécie également la saveur agréablement surannée de l'intrigue, entre naïveté et rebondissements rocambolesques caractéristiques de la littérature populaire à l'époque de Leblanc. Toute une atmosphère, d'autant que l'histoire se montre plus sombre, plus proche de la vision de l'auteur que la suite de la série.

Par ailleurs la qualité de la production saute immédiatement aux yeux. Les décors se montrent absolument somptueux et d'excellent goût, de même que la reconstitution d'époque en environnement naturel : costumes, voitures, détails de la vie quotidienne ont visiblement fait l'objet d'un grand soin et s'allient à merveille. Le plaisir de la découverte s'avère total, contrebalançant une mise en scène assez peu inventive par ailleurs, mais demeurant suffisamment fluide. Ce tempo peu frénétique permet également de savourer pleinement  les dialogues finement ciselés, aux nombreux mots d'esprit très français. L'ensemble n'échappe pas parfois à une certaine théâtralité mais le talent des comédiens s'y accorde avec panache.

 L'atout maître de l'épisode demeure Lupin lui-même, fascinant personnage à qui Descrières apporte un charisme indéniable. Celui-ci revêt pas moins de trois identités d'emprunt totalement différentes (homme du monde, domestique et précepteur), avec à la clef des maquillages absolument convaincants et un jeu relevant ludiquement de l'imagerie d'Épinal. On assiste de fait  à un excellent Boulevard ! Lupin trouve de plus un parfait adversaire en Dautrecq, monstre froid alliant cynisme et vive intelligence. Il se voit incarné avec une étonnante conviction par un superbe Daniel Gélin et les confrontations successives des deux personnages constituent les meilleurs passages  de l'épisode. La belle et sensible Nadine Alari nous vaut également d'émouvantes scènes, portées par une jolie musique romantique. Le bouchon de cristal représente  une excellente carte de visite pour le Gentleman Cambrioleur !

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2. VICTOR DE LA BRIGADE MONDAINE


Première  diffusion : 25 mars 1971

Distribution : 
Jean Berger (ministre de l'Intérieur), Roger Carel (commissaire Guerchard), Marthe Keller (Natacha), Bernard Lavalette (le Préfet)

Résumé :

Un chef de bande se fait passer pour Arsène Lupin, tout en commettant de violents holds-up. Parallèlement le Préfet de Police, désirant déjouer Lupin en lui opposant un adversaire inconnu, aux méthodes nouvelles, fait appel à Victor, de la Brigade Mondaine. Celui-ci a réalisé sa carrière en Afrique. Il opérera en sous-main, tandis que le commissaire Guerchard, adversaire attitré de Lupin, fera persion. Mais Lupin, averti par la secrétaire du ministre de l'Intérieur (non insensible à son charme) saisit la balle au bond. Il kidnappe le vrai Victor avant son arrivée en Métropole et se substitue à lui, grâce à son art du déguisement. Il va utiliser les moyens mis à sa disposition pour démasquer et mettre sous les verrous l'usurpateur, tout en ridiculisant (et en cambriolant) le pauvre Préfet. Il fait également  la conquête de la belle Natacha, compagne du bandit qu'elle croit être réellement Lupin.

Critique :

Le canevas de l'intrigue du jour s'avère brillant, d'autant que l'épisode a la bonne idée de ne pas jouer la carte du coup d'éclat de la découverte finale de Lupin grimé en Victor, à la crédibilité  impossible, quelle que soit la qualité du déguisement. La révélation du dessous des cartes évite également une trop grande linéarité : l'art d'un scénario réside dans le dévoilement des intentions des joueurs et celui-de Victor de la Brigade Mondaine s'entend à n'achever le puzzle qu'en toute fin de parcours. Il interpelle également avec pertinence la complicité du spectateur,  en élaguant toute la substitution de Victor, pour nous faire découvrir Lupin déjà à l'œuvre (réjouissante scène avec les douaniers !).

Mais l'attrait majeur de Victor de la Brigade Mondaine réside cependant dans l'irruption d'un humour irrésistible au sein de la série. On découvre ainsi l'impayable Guerchard, destiné à devenir la tête de Turc préférée de Lupin. Sa suffisance et sa présomption se voient exprimées avec le talent  et la personnalité du grand Roger Carel, autant dire que le commissaire nous pertit et nous conquiert d'emblée ! Cependant, pour sa première (més)aventure, Guerchard se trouve relativement épargné. Il n'apparaît pas si stupide que cela et, surtout, la dupe principale de Lupin demeure l'infortuné Préfet. Idéalement dans son emploi, Bernard Lavalette lui apporte un agréable alliage de distinction et de fantaisie. Les scènes où Lupin/Victor se joue de lui constituent les plus drôles de l'épisode. Les deux comédiens s'entendent comme larrons en foire, avec une évidente influence théâtrale. On se situe près du Bourgeois Gentilhomme, où Lupin n'incarnerait pas le Maître de Musique ou de Danse, mais bien celui es arnaque. L'insertion de savoureux mots d'argot de Pantruche avive encore  le pétillement de ces face-à-face, de plus tournés sur le site unique de la Tour Eiffel, avec à la clef de jolis panoramas.

 Lupin ne sort pas non plus indemne, apparaissant comme imbu de lui-même au point de parler de lui à la troisième personne, et en quels termes. Mais la maestria de Descrières rend l'ensemble convaincant.  Victor de la Brigade Mondaine demeure également l'occasion de sa belle rencontre avec Natacha. La radieuse Marthe Keller, avec son adorale phrasé, crève l'écran, tandis  que le courant passe à l'évidence intensément avec Descrières. Une vraie alchimie se crée entre ces personnages si naturellement faits l'un pour l'autre. L'on se réjouit de retrouver la Demoiselle d'Avignon dans les deux épisodes suivants, d'autant qu'elle nous régale d'un affriolant défilé de tenues 1920 lui seyant à merveille.

Certes l'on pourra reprocher à l'épisode son tempo toujours modérément frénétique, mais l'on apprécie qu'il prenne le temps d'installer une atmosphère, de laisser la part belle aux dialogues toujours impeccables ou de permettre au charme de s'instaurer entre Arsène et Natacha. Il reste fort agréable de redécouvrir cette série issue d'une époque où l'on permettait à d'excellents comédiens de savourer un texte supérieurement écrit, à la quintessence toute française, au lieu de tout sacrifier au rythme. De plus la réalisation réussit de jolis coups, comme de brèves mais excitantes  vues de l'emblématique Aiguille d'Étretat (le passage en voiture fait très Sam et Sally),  ou la profusion de détails historiques recréant joliment l'époque (Le Petit Parisien, le clin d'œil aux Incorruptibles inspirant Guerchard, Joséphine Baker, Pierre Loti, Modigliani…).

 Quelques facilités scénaristiques demeurent plus dommageables. La Mondaine (actuelle BRP) ne constitue pas forcément le service le plus adéquat pour lutter contre un cambrioleur. Surtout, l'intrigue glisse totalement sur les raisons poussant l'usurpateur à se lancer dans cette imposture  qui non seulement ne lui apporte rien de concret, mais oriente vers lui la police, sans compter l'ire prévisible de Lupin. Hormis peut-être pour les beaux yeux de Natacha, mais, quelle que soit sa radieuse beauté, cela semblerait  tout de même exagéré. Ces réserves mineures n'entachent guère la brillante réussite de Victor de la Brigade Mondaine, opus confirmant l'éclatante qualité de ce début de série.

Les  amateurs des Avengers auront de plus la joie de retrouver Jean Berger en un pittoresque  ministre de l'Intérieur très parisien, d'autant qu'au détour de quelques phrases l'on distingue bien la voix de John Steed. De plus, l'on découvre tout au long de l'épisode qu'Arsène Lupin apprécie au moins autant le champagne que l'as du Ministère !

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3. ARSÈNE LUPIN CONTRE HERLOCK SHOLMÈS


Première  diffusion : 01 avril 1971

Distribution :  Henri Virlojeux (Herlock Sholmès), Roger Carel (commissaire Guerchard), Marc Dudicourt (Wilson), Marthe Keller (Comtesse Natacha)

Résumé :

Le sinistre financier Dautrec vient d'acquérir un prestigieux diamant, le Royal. Lupin décide de le châtier pour ses nombreux méfaits, en s'emparant du joyau. Natacha s'introduit dans la maison, en se faisant passer pour une garde-malade. Mais Dautrec tente de la violer sous la menace d'un poignard. Dans l'affrontement le banquier meurt, ce qui n'empêche pas le cambriolage de se mener à bien, grâce à un tunnel. Le Préfet et Guerchard, dont l'enquête piétine, font appel au plus grand détective d'Europe, le célèbre Herlock Sholmès. De passage à Paris, celui-ci est comme toujours flanqué du fidèle Wilson. Sholmès reconnaît aisément Lupin sous la fausse identité de l'homme du monde Maxime Bermont, mais il manque de preuves pour établir l'imposture. Il lance alors un défi à Lupin, affirmant qu'il aura récupéré le Royal sous cinq jours. S'engage un duel d'intelligence entre les deux hommes, articulé autour de la résidence de Dautrec. Sholmès marque plusieurs points et se rapproche dangereusement de Lupin et Natacha, mais il est finalement vaincu par un Gentleman Cambrioleur ayant su anticiper ses mouvements. Le Détective repart à Londres, non sans promettre à Lupin une prochaine seconde manche...

Critique :

L'on retrouve dans cet épisode la qualité de production participant avec éclat à l'attractivité de la série. Costumes, voitures et décors se révèlent à nouveau superbes, avec notamment de somptueuses villas de l'époque. De nombreux éléments historiques campent toujours les Années Folles, avec un plaisir certain : Fritz Lang, le Tango de Carlos Gardel alors en pleine vogue, Radio-Paris annonçant la montée d'un nazisme dont elle deviendra la propagandiste zélée, Staline écartant Trostky, le grand quotidien  L'Excelsior (1910-1940) etc. On ne s'en lasse pas. Élément toujours appréciable, une continuité est instaurée dans l'univers de la série, à travers quelques clins d'œil aux évènements récemment survenus. Les auteurs n'oublient pas non plus d'insérer une référence majeure à l'univers de Leblanc, l'Aiguille d'Étretat.

Mais l'atout maître de l'épisode demeure bien entendu l'entrée en lice d'Herlock Sholmès. Ce savoureux pastiche de Sherlock Holmes, fruit de l'imagination d'un Leblanc souvent surnommé en son temps « le Conan Doyle français », va immensément apporter à la série. Non seulement par sa valeur intrinsèque, mais aussi par ce qu'il suscite à Lupin un adversaire un tant soit peu crédible. Admirer Lupin tourner en ridicule la police se montre très pertissant, mais pourrait devenir à la longue  par trop inégal et mécanique. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire et la présence de Sholmès au cours de quatre épisodes vient partiellement contrecarrer ce péril. Le scénario, finement articulé, va se montrer absolument brillant par sa mise en valeur de Sholmès, puis dans l'écriture de la relation subtile existant entre le Détective et le Cambrioleur.

Lors de la survenue de Sholmès  tout concourt à susciter l'évènement : l'effroi non dissimulé de Grognard et Natacha, la référence à un périlleux duel précédent, le discours laudateur du Préfet, faisant écho à l'aura du propre Sherlock Holmes... L'atmosphère s'en voit dramatisée dès le début de l'épisode, une agréable spécificité de Arsène Lupin contre Herlock Sholmès que les auteurs, avec une  vive pertinence,  ne vont pas gâcher en développant une caricature outrancière du Détective (sans même parler d'accent anglais). Bien au contraire, la performance absolument époustouflante d'un parfait Henri Virlojeux se voit mise au service d'un Sholmès développant certes un humour à froid très britannique, mais se définissant avant tout par son intelligence et sa combativité.

Pour éviter un récit par trop aride,  les habiles scénaristes centrent la drôlerie du pastiche sur Wilson, considéré comme un Watson... extrême, tout en circonvolutions devant son « cher et grand ami ». L'excellent Marc Dudicourt lui apporte toute sa personnalité et l'on renoue plaisamment avec quelques attitudes du Flambart de Vidocq. Sholmès bénéficie également d'un très large espace narratif, Lupin s'effaçant durant pratiquement tout le tronçon central du récit. Sholmès/Virlojeux vole de fait la vedette à Lupin/Descrières, un choix lucide et non dénué d'audace.

Le duel entre les deux protagonistes peut ainsi s'agencer de manière optimale, et il va effectivement s'avérer une remarquable partie d'échecs autour du thème archétypal de la chambre close, un classique absolu de la littérature populaire de l'époque. Le rythme demeure certes modéré, mais sans temps mort ou digressions, permettant aux pièces de se mouvoir aussi élégamment qu'implacablement sur l'échiquier. On peut ainsi profiter pleinement de dialogues une nouvelles fois ciselés avec un talent d'orfèvre.

Toutefois l'affrontement ne se limite pas à cela, se caractérisant avant tout par la confrontation de deux esprits supérieurs, au-dessus du commun des mortels et affranchis des notions si restrictives de légalité. Cela convient idéalement à Lupin mais aussi à Sholmès, Holmes n'ayant au grand jamais été un auxiliaire de police. Les deux se combattent, non pour le diamant, mais pour  le vertigineux plaisir de l'intelligence (et de l'ego), évidemment sans se départir de l'honneur.

Cette  dimension, parfaitement restituée par les comédiens, assure la singularité et le succès de ce passionnant opus. Entre costumes raffinés de dandy et terne mais solide tweed, le choc opposant le volubile et si français Lupin, dont les femmes constituent la faiblesse, au lapidaire et sévère  Sholmès, s'inscrit également dans l'Entente Cordiale, la rivalité franco-britannique nous vaut de nombreux bons mots !

Cet épisode, déjà particulièrement riche, s'enjolive encore de réjouissants à-côtés, tels Grognard s'installant définitivement en bras droit discret mais sagace, la contrariété de Guerchard découvrant un nouveau rival s'interposer entre lui et Lupin, ou bien entendu, Natacha. Si on la voit moins que lors de l'épisode précédent, la Comtesse, pareillement avide d'aventures (et de sensations fortes), tire son épingle du jeu grâce à la présence de la toujours aussi merveilleuse  Marthe Keller. Celle-ci s'entend vraiment à la perfection avec Descrières, quel couple ! La période Natacha, l'une des plus relevées de la série, continue à nous séduire et l'on attend impatiemment la revanche promise par Sholmès !

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4. L'ARRESTATION D'ARSÈNE LUPIN


Première diffusion : 8 avril 1971

Distribution :  Marthe Keller (Comtesse Natacha), Roger Carel (commissaire Guerchard), Christian Duroc (le préfet de Police), Edith Loria (Comtesse Rivolta)

Résumé :

À Reims, au grand effroi de Grognard et Natacha, Arsène Lupin se lance dans le cambriolage particulièrement risqué d'un grand producteur de Champagne. Averti, le commissaire Guerchard intervient et procède à l'arrestation de Lupin. Le Préfet triomphe, quand une lettre du Cambrioleur, expédiée avant l'incarcération, lui parvient. Lupin annonce s'être volontairement fait jeter prison, pour prouver que  même depuis sa cellule il peut mener des opérations à bien, avant de, bien entendu, s'évader. Malgré l'incrédulité initiale  il mène son plan à terme, Grognard suivant ses instructions en dévalisant un riche malhonnête après s'être fait  passer pour le propre Guerchard. De plus Lupin parvient à s'évader, non pas une, mais deux fois, après avoir frappé à la porte de la prison pour qu'on l'y accepte de nouveau ! Après ses glorieux exploits, le Gentleman Cambrioleur part pour des vacances bien méritées, en compagnie de Natacha.

Critique :

Après les brillantes constructions précédentes, le scénario de L'arrestation d'Arsène Lupin déçoit quelque peu, L'argument se résume pour l'essentiel au culte de la performance, assez semblable en cela à ce qu'expriment souvent les aventures de Sherlock Holmes. L'évasion et la cambriole se substituent simplement ici à la résolution d'enquêtes. Comme le lecteur ou le spectateur n'est pas convié à la fête à la façon ludique d'une Agatha Christie, tout ceci devient vite stérile et nombriliste chez Conan Doyle, dès lors que l'exploit n'est pas mis au service d'une intrigue plus vaste et persifiée.

Or c'est malheureusement ce qui se déroule ici, la performance s'identifiant à l'ensemble de l'intrigue et recouvrant tout son champ, jusqu'à la caricature. Indice probant de la faiblesse du scénario, celui-ci ne peut que se segmenter afin de  maximiser le nombre de trophées de Lupin, acquérant la forme d'un film à sketchs au lieu d'une œuvre plus ambitieuse.

Cette course à l'épate se montre de plus inégale, car si certains coups s'avèrent bien amenés (la supposée substitution avec le clochard, le retour de Lupin à la prison), d'autres apparaissent hautement prévisibles  (Grognard se faisant passer pour Guerchard, le vol des tableaux, la lettre d'intentions). Les dialogues se montrent également en deçà, avec de plus une vraie maladresse : Lupin expliquant systématiquement à Guerchard le modus operandi de ses exploits.

Or le spectateur ayant  souvent (toujours) tout compris depuis belle lurette, cela vire assez vite au superfétatoire. Mais il faut y voir l'ultime avatar de cette exaltation de la prouesse, éradiquant toute autre considération. Avouons aussi que l'abyssale idiotie des perses forces de l'ordre prive Lupin d'une partie de ses lauriers par manque de réel  adversaire. Le récit paraît mal dosé là-dessus. 

On éprouve cependant du plaisir à regarder L'arrestation d'Arsène Lupin, grâce au formidable abattage de George Descrières. Alors que le procédé scénaristique de l'épisode pourrait rapidement résulter laborieux, son talent assure l'intérêt du spectateur et l'humour des situations. D'autant que d'excellents comédiens lui donnent la répartie, au premier chef Roger Carel. La production maintient sa grande qualité, avec de nouveau la découverte de superbes résidences et d'une brillante reconstitution d'époque. On regrettera néanmoins la récupération du passage filmé à Étretat pour Victor de la Brigade Mondaine, pareillement en toute fin de récit.

La réalisation nous concocte également quelques images surprenantes, comme les gigantesques caves à champagne de Reims, communicant avec des fortifications de la Grande Guerre, un panorama de la Cathédrale en pleine réfection, le pittoresque blindé d'époque convoyant Lupin, voire même une scène de drague lesbienne étonnamment explicite pour l'ORTF.  On s'amuse également à découvrir un nouveau Préfet à chaque épisode, le précédent ayant toujours  été révoqué après avoir échoué face à Lupin. On pourrait évoquer les Numéros 2 du Village...

Le meilleur reste néanmoins le chant du cygne d'une Natacha plus passionnéee, ensorcelante et amoureuse que jamais, lors de sa dernière apparition. Même si Lupin n'est évidemment pas homme à entrer en ménage, on regrettera beaucoup la Russe volcanique et son interprète, qui ne seront jamais vraiment remplacées au cours de la série. Entre autres excellents passages, elle connaît sa première vraie dispute avec Arsène, laissant ce dernier tout ému. Un précieux moment d'humanité dans cet épisode réduisant Lupin à une impeccable mécanique, non exempte de forfanterie.

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5. L'AGENCE BARNETT


Première diffusion : 15 avril 1971

Distribution : Roger Carel (commissaire Guerchard), Jacques Balutin (inspecteur Béchoux), Michèle Bardollet (Olga), René Clermont (le curé Dessole), Monique Tarbès (Berthe)

Résumé :

Arsène Lupin ouvre une agence de détective privé, sous le pseudonyme de Barnett. Venant en aide aux victimes modestes  de cambriolages qu'il estime réellement crapuleux, il mène ainsi plusieurs affaires à bien. Au cours de ses enquêtes, il croise à perses reprises le chemin de l'inspecteur Béchoux qui finit par supposer que Barnett, homme supérieurement habile et audacieux, ne peut être qu'Arsène Lupin. Guerchard demeure totalement incrédule, estimant qu'un simple inspecteur ne peut réussir là où un commissaire échoue. Les deux hommes rivalisent dans l'affaire du Trésor du Roi Dagobert, où Lupin ridiculise le policier. L'ancienne épouse de Béchoux, la coquette et délurée Olga, meneuse de revue, réside dans un coquet immeuble, situé juste en face de l'agence Barnett. En délicatesse financière, elle dérobe des valeurs à son voisin notaire. Lupin  résout l'affaire sans dénoncer Olga, au grand soulagement d'un Berchoux toujours amoureux. Le même Béchoux déchante quand il s'aperçoit qu'Olga est partie accompagner Lupin à Venise !

Critique :

Après le limité L'arrestation d'Arsène Lupin, L'agence Barnett nous propose de nouveau une structure se rapprochant du film à sketchs, mais avec un tout autre bonheur. Favorisés par Maurice Leblanc lui-même, qui organisa les aventures de l'Agence Barnett en nouvelles indépendantes, les auteurs manifestent de plus l'à-propos de n'en retenir que deux (d'autres se voient simplement évoquées), ce qui permettra de les développer efficacement. En lieu et place d'une accumulation de péripéties tirées à la ligne et par trop centrées sur le seul Lupin, nous découvrons ainsi deux belles histoires, alliant à merveille l'intrigue à énigme et la mise en place d'une atmosphère. Les deux environnements décrits apparaissent de plus judicieusement antagonistes, entre terroir français au sein d'un village digne de Pagnol, et petit monde d'un immeuble bourgeois très parisien.

Les panoramas s'avèrent joliment croqués, notamment grâce à une profusion de savoureux seconds rôles emblématiques, interprétés par d'excellents comédiens du répertoire (dont la charmante Monique Tarbès) : curé onctueux, nobliau arc-bouté sur le passé, demoiselles légères et notaire salace défilent de la sorte,  pour notre grand plaisir. La chronique campagnarde évoque joliment les douceurs du temps, tandis que les cavalcades et les claquements de portes de la capitale renvoient à la meilleure tradition du Boulevard. Au sein d'un humour décapant et à l'occasion féroce (formidables dialogues), on apprécie certains à-côtés, comme l'histoire simple et touchante de l'émouvant représentant. La raffinée et particulièrement évocatrice musique de la série souligne idéalement ces différents aspects.

Aussi simples qu'en ressortent les rouages, les deux énigmes fonctionnent agréablement (particulièrement la première)  et renouent avec le charme particulier de ce style de littérature. Au lieu du compte-rendu passablement sec et cérébral que l'on découvre parfois chez Sherlock Holmes, l'on apprécie au plus haut point que la révélation des solutions donne lieu à des scènes d'excellent théâtre, à l'imitation de l'irrésistible Hercule Poirot. L'abattage et le métier de Descrières y font merveille, entre humour narquois et sens de la narration. Son Barnett apparaît délicieusement fantaisiste. Une nouvelle fois à l'instar du Belge, les démonstrations accordent avec bonheur une large place à la psychologie et à la nature humaines, ce qui s'avère toujours autrement captivant qu'une leçon  à propos de mégots de cigarettes ou de traces de boue.

Ces scènes constituent les pivots de l'épisode, où Lupin trouve un partenaire de choix en la  personne de l'inspecteur Béchoux. Entre enthousiasme enfantin, amour transi et petits ridicules, l'inpidu se montre à la fois distrayant et sympathique, tandis que la faconde du parfait Jacques Balutin lui apporte un allant assez formidable. Son duo avec la très dessalée Olga relève une nouvelle fois d'un joyeux Boulevard.

L'un des rares regrets laissés par l'épisode demeure d'ailleurs sa chute, que l'on ne peut s'empêcher de trouver un tantinet trop cruelle pour le brave et valeureux Béchoux. Quelques lignes de texte suffisent à Guerchard pour s'ensevelir sous le ridicule, avec cette satire courtelinesque des travers de la fonction publique. Au total, porté par un tempo davantage tonique qu'à l'accoutumée et par une pittoresque peinture de ses pers personnages, L'agence Barnett constitue un Lupin de fort bonne cuvée.

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6. LA DEMOISELLE AUX YEUX VERTS


Première diffusion : 22 avril 1971

Distribution : Katryn Ackermann (Lady Bakefield), Suzanne Beck (Aurélia), Gerd Haucke (commissaire Marshall)

Résumé :

En Allemagne, Lupin sympathise avec Lady Bakefield, après que cette redoutable pickpocket lui ait subtilisé son portefeuille. Ils vont prêter assistance à Aurélia, une jeune femme en péril. Celle-ci vient de découvrir une lettre où son père, un inventeur génial disparu dans un naufrage, indique qu'un trésor est dissimulé dans la villa familiale. Elle doit jouer un certain air au piano pour que la cache soit révélée. Son tuteur, tout comme un autre aigrefin, veulent la forcer au mariage pour capter l'héritage. De plus Aurélia ne parvient pas à trouver son héritage, le piano demeurant inopérant. Lupin va parvenir à livrer les escrocs à police, tout en découvrant que l'instrument est tout simplement mal accordé ! Une fois Aurélia en possession de son héritage, lui et Lady Bakefield partent pour de nouvelles aventures, en Angleterre.

Critique :

Poussé sans doute par son esprit aventureux (et plus sûrement par les contraintes d'une coproduction internationale) Lupin débute une pérégrination européenne. La première étape de son périple va s'avérer une authentique déception, aux multiples causes. Tout d'abord, schématisée à l'extrême par les adaptateurs, l'intrigue accumule les invraisemblances, et les simplifications scénaristiques, jusqu'à atteindre un rocambolesque passablement absurde. Lady Bakefield ne sert quasiment à rien, le récit aurait pu en faire l'économie, d'autant que sa relation avec Lupin ne suscite guère d'étincelles (Natacha est bien loin).

La mise en scène se révèle platement figurative, multipliant par ailleurs les indigestes gros plans sur visage. La moindre saillie de dialogues nettement plus plats qu'à l'ordinaire, où la péripétie la plus saugrenue se voit soulignée par un indicatif musical assez pompier, comme dans les pires sitcoms. La répétitivité continue du procédé lasse rapidement.

Les comédiens allemands pâtissent également d'un doublage passablement approximatif. Il en va de même pour  Descrières, dont la voxographie ne compte sans doute pas parmi les talents. D'une manière plus diffuse, on sent bien que la communicative et réjouissante connivence existant entre Descrières et ses partenaires du théâtre français n'existe pas ici. Le courant ne passe guère entre lui et ses collègues d'Outre-Rhin, le spectacle en souffre terriblement. L'épisode n'évite par certains travers : le commissaire allemand, au faux air de Colonel Klink, réajustant à plusieurs reprises son monocle tout en prononçant « Kolossal », c'est plutôt pesant.

Quelques à-côtés surnagent certes dans le désastre. Les paysages naturels et les styles architecturaux diffèrent du quotidien de la série, tout en demeurant somptueux. La reconstitution historique demeure par contre particulièrement soignée. Lupin demeure égal à lui-même et dès lors que Descrières agit en solo, dans ses caricatures bon enfant de Lord anglais ou d'artiste italien, on sourit de nouveau. Quel comédien ! Suzanne Beck, plaisamment mutine, arbore la grande beauté digne d'Aurélia et se montre rafraichissante au possible.

On apprécie également vivement les petits détails du style ORTF, avec ses bouteilles exhibant comme étiquette le neutre « Champagne », flanqué de deux drapeaux tricolores. Le temps d'inserts publicitaires n'est pas encore survenu…

Tout ceci ne peut que brièvement dissiper la torpeur générée par cet épisode manquant singulièrement de vie et d'éclat.

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7. LA CHAÎNE BRISÉE


Première diffusion : 29 avril 1971

Distribution : Sjoukje Hooymayer (Hélène), Fans Raddemakers (Mullen), Marja Goud (Claudia)

Résumé :

Un agent double communique à une puissance hostile des informations vitales sur un projet de sonar révolutionnaire, mené par le gouvernement hollandais. Les autorités de ce pays, doutant de leurs propres services, font appel à Arsène Lupin, lui offrant une forte récompense pour démanteler le réseau adverse. Les espions multiplient les actions contre Lupin, après que celui-ci s'est emparé de documents importants. Attaques et séductions de femmes fatales ne cessent de  se succéder, tandis que Lupin joue des nerfs des espions pour les forcer à sortir du bois. Grâce à l'aide de la belle Hélène, que son charme fait changer de camp, il démasque le coupable, le propre chef de la sécurité, et fait arrêter ses complices.

Critique :

Le premier scénario original de la série va constituer l'occasion d'un coup de maître de la part des auteurs. Au lieu de tenter de reproduire platement les clichés  de la littérature populaire contemporaine de Leblanc, ils manifestent une belle audace en détournant les aventures d'Arsène Lupin vers la série d'espionnage. Les amateurs de James Bond ou du Saint ne s'y sentiront pas dépaysés ! Le pari s'avère totalement gagnant grâce à deux atouts : d'une part on assiste à un excellent exercice de style et de l'autre Lupin reste malgré tout Lupin.

Le héros ne ne se voit absolument pas dévoyé par le changement de nature du récit, il reste ce personnage si Français, séducteur, rebelle, gouailleur (dialogues pétillant de nouveau), audacieux, que l'on aime tant à retrouver d'aventure en aventure. Les auteurs, dosant finement leurs effets, ont également l'excellente idée de susciter tout de même un cambriolage. Suprême habileté, Lupin s'y dévalisera lui-même ! La créativité des scénaristes va jusqu'à montrer Lupin commettre pour la première fois une grave erreur, dramatisant idéalement le récit, ce que l'on aurait difficilement trouvé dans une adaptation de Leblanc.

Sur un tempo vif et enlevé, on renoue avec succès avec les grands classiques de l'espionnite : agents doubles,  complots (ah, le champagne empoisonné…), échanges d'informations, codes secrets, femmes fatales, bagarres et coups de feu… La magie des séries Sixties se voit reconstituée avec éclat. On apprécie particulièrement les rebondissements conduits avec fluidité, le quartier général du méchant dans le décor insolite du Musée ou la torture sadique si archétypale exercée contre le héros, ici avec des fléchettes au curare (on se croirait presque dans Le Magnifique !).

Les meilleurs canons du genre répondent à l'appel, tandis que Descrières étincelle comme jamais. Outre une entente visiblement bien meilleure avec l'équipe hollandaise qu'avec l'allemande, il défend avec un brio renouvelé son personnage et nous régale d'une des meilleures identités d'emprunt de la série : Cordoba. Ou plutôt : Manuel, Rafaelito y Gomez y Rial y Cordoba !

Accompagné d'une lumineuse guitare flamenca, cette caricature espiègle de l'Espagnol fier, fanfaron et hâbleur s'avère absolument délectable. On rit de bon cœur devant cette charge joyeuse tant Descrières s'amuse lui-même à s'y adonner, le plaisir est total. Lupin et la tradition du roman picaresque espagnol développent bien entendu de nombreuses accointances et l'épisode célèbre leur rencontre avec énergie et pertinence. Aux cotés de Descrières, Sjoukje Hooymayer incarne avec conviction une très tonique Hélène, participant bien plus à l'action que lady Blakefield et dont la relation avec Lupin fonctionne parfaitement. Enfin un personnage féminin pouvant, même partiellement, rivaliser avec Natacha !

La production demeure d'une parfaite qualité, tandis que l'environnement hollandais nous vaut de fort belles vues de ports et canaux, une ambiance originale dans la série. On apprécie le retour d'éléments historiques judicieusement choisis, comme la traversée de l'Atlantique en avion (par Lindberg, en 1927) ou Cocteau. Un épisode enthousiasmant, prouvant que les séries françaises pouvaient alors rivaliser avec les anglaises, sur leur propre terrain !

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8. LA FEMME AUX DEUX SOURIRES


Première diffusion : 6 mai 1971

Distribution : Rafaella Carrà (Antonina/Clara), Nerio Bernardi (Marquis de Belmonte), Pasquale Coletta (Anselmo), Victorio Sanipoli (Peppino)

Résumé :

À Rome, Lupin vient à la rescousse du Marquis Belmonte. Jadis très épris d'une célèbre cantatrice mariée au bandit Peppino, ils  ont eu une fille. L'artiste décède brusquement et ses  fastueux collier, offerts par le marquis, disparaissent. Vingt ans plus tard Peppino fait chanter le Marquis en menaçant de faire partir à l'étranger la jeune fille, Clara, par ailleurs devenue sa complice. Il exige les bijoux, alors que le Marquis ignore où ils se trouvent. Les choses se compliquent avec l'entrée en scène d'Antonina, sœur jumelle de Clara, dont tout le monde ignore l'existence et qui fut élevée à la campagne. Les quiproquos se multiplient, mais Lupin parvient à élucider l'énigme des joyaux, tout en rendant au Marquis ses deux filles retrouvées. Il repart à Paris avec Clara, non sans emporter l'un des bijoux…

Critique :

Ah, l'immuable splendeur de la Ville éternelle… tout comme Lord Sinclair en préambule de Five Miles To Midnight, Arsène Lupin débute son aventure italienne par une promenade dans Rome, la calèche se substituant à l'Aston Martin. Mais la comparaison tourne court car, très rapidement, La femme aux deux sourires nous fait pénétrer dans l'une des contrées les plus ensoleillées du Nanarland, le nanar italien des années 70.

Rien n'y manque, comme les bagarres à la Bud Spencer et Terence Hill, aux gags pachydermiques et aux effets sonores de dessin animé, les situations désarmantes de naïveté et d'improbabilité (pour échapper à Peppino, Clara ne trouve pas mieux que de se produire sur  scène avec des affiches dans tout Rome : elle est stupéfaite que Peppino la trouve), réalisation sautant gaiment par dessus bord, acteurs délicieusement grotesques et mauvais, aux postures de mauvaise commedia dell'arte et puis le soleil et la langue italienne si chantante… De manière amusante, l'épisode constitue un condensé assez complet de ce cinéma bis que l'on prend un plaisir coupable à apprécier.

En symbole du genre on retrouve la Carrà, chanteuse, comédienne et animatrice de télévision très populaire en Italie mais aussi en Espagne, dont le naturel joyeux et spontané,  associé au manque absolu de talent, s'avère vraiment sympathique. Le plus drôle de l'affaire demeure les efforts désespérés mais vaillants de Descrières pour tenter de faire survivre Lupin dans cette farce à l'italienne, entre postures ridicules et  dialogues ineptes. Le ridicule de la moto à hélice, du peignoir à fleurs,  du discours le visage à demi mangé par les feuilles, des bijoux dans un bête vase ou du final grandiloquent s'avère passablement jubilatoire. Mais il s'agit aussi d'une belle démonstration du métier d'un comédien, s'acharnant à défendre son rôle malgré la farce ambiante.

Au total, l'épisode présente le mérite de refuser toute demi-mesure, pour s'aventurer franchement  dans le domaine improbable du nanar latin. La jonction entre ce sous-genre et le rocambolesque de la littérature de Leblanc se montre vraiment gratinée.  Évidemment tout cela reste totalement crétin et gentiment nul, mais sans prétention. On n'a pas le cœur de détester.

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9. LA CHIMÈRE DU CALIFE


Première  diffusion : 13 mai 1971

Distribution : Gunnar Moller (Paul Fox), Tilo von Berlepsch (Baron von Augstadt), Signe Seidel (la Baronne)

Résumé :

En Bavière, la Baronne von Augstadt fait l'objet d'un odieux chantage au scandale : un ancien amant, le Dr Prede, exige d'elle la Chimère du Calife, un joyau appartenant à son mari. Le docteur et le Baron sont rivaux dans des affaires de pétrole et offrir cette relique historique  à un puissant émir permettrait de conclure d'importants accords. La Baronne s'exécute puis, désespérée, fait appel à Arsène Lupin. Le Baron s'aperçoit du vol et a, lui,  recours aux services du grand détective anglais Paul Fox. Lupin va manipuler Fox pour prendre le docteur au piège mais laisse à ce dernier les lauriers de la victoire. En effet, en galant homme, il s'efface pour ne pas compromettre la Baronne.

Critique :

Retour en Allemagne pour Lupin, dont l'exil co-productif se prolonge décidément. La Chimère du Calife (excellent titre) débute par une forte déception : les jouissifs Sholmès et Wilson de Virlojeux et Dudicourt se voient remplacés par un duo d'acteurs allemands, interprétant les nettement plus impersonnels Fox et Robertson.

Les comédiens se révèlent solides, mais leurs personnages manquent terriblement d'humour et de charisme. Ils se montrent ainsi à l'unisson de l'ensemble d'un épisode sérieux et appliqué, développant une mécanique bien huilée, mais  dépourvu de fantaisie.

L'intrigue, dominée comme à la parade par Lupin, se suit sans déplaisir, car efficacement écrite par des auteurs connaissant leur métier. Mais, hormis quelques gags bon enfant, l'amusement se trouve cantonné aux seuls déguisements de Lupin, or ceux-ci se sont  souvent montrés plus pétillant qu'un militaire anglais dépourvu d'excentricité ou un quelconque vitrier.

L'ensemble de la distributionse montre  de qualité, exceptée l'assez terne Signe Seidel. Celle-ci manque du charme nécessaire pour justifier l'intervention de Lupin. Le méchant évite intelligemment tout ridicule (on se situe loin de Peppino) et sa confrontation avec Lupin au champ de tir s'avère une jolie réussite. Le contexte historique se campe plaisamment avec la mise en avant du Charleston, danse popularisée en France par Joséphine Baker, mais les épisodes allemands n'évoquent absolument pas la République de Weimar, période pourtant passionnante.

La Chimère du Calife, qui sait se conclure sur une note joliment romantique, constitue également un régal pour les yeux. Outre les superbes paysages naturels de Bavière, on y trouve en effet une véritable profusion d'objets d'art de nature perse (bibelots, ébénisterie, peintures…), tous du meilleur goût.

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10. UNE FEMME CONTRE ARSÈNE LUPIN


Première diffusion : 20 mai 1971

Distribution :  Juliette Mills (Maria Bonatti), Louis Arbessier (Dr Fischer), François Simon (Aldo Bonatti), Marisa Traversi (Miss Nelly)

Résumé :

À Saint-Moritz, un gang de voleurs dérobe les bijoux des riches touristes, en les remplaçant par d'excellentes copies réalisées à partir de photographies. Une fois l'opération conclue, ils assassinent la photographe. Mais le pot aux roses est néanmoins découvert, car le Crack de 1929 oblige certains à vendre leurs bijoux. Paniquées, les compagnies d'assurance font appel à Arsène Lupin pour retrouver les joyaux. Par ailleurs Maria, une jeune journaliste, enquête sur l'affaire et va considérablement compliquer la tâche du Gentleman Cambrioleur. Celui-parvient néanmoins à ses fins : le cerveau était le propre beau-père de Maria !

Critique :

Ha oui, là c'est violent, tout de même.  À l'instar des pareillement longs et ennuyeux passages de For Your Eyes Only, dédiés à Cortina d'Ampezzo, le but premier de Une femme contre Arsène Lupin consiste à l'évidence en la promotion de St-Moritz, dont à peu près toutes les activités font l'objet d'inserts flatteurs. Tout y passe, jusqu'à plus soif : promenades à pieds ou à calèche, casino et vie mondaine, paysages, sports de neige pers et variés, cures thermales etc. Un vrai dépliant publicitaire, surabondant et besogneux, mais que l'on regrette bien vite quand l'on en revient au récit. L'histoire demeure naïve, même si l'idée d'y incorporer le crack de 29 comme fait déclencheur est astucieuse.

Mais le pire reste la mise en scène, tellement mauvaise qu'elle avoisine parfois le surréalisme. Toutes les scènes apparaissent absolument figées, voire parfois silencieuses. Le montage résulte réellement atroce, avec des passages se télescopant sans être raccord le moins du monde, avec des accélérations catastrophiques. Les plans privilégient le biscornu, sans doute à la recherche d'effets mais ne dépassent pas le stade du simple grotesque. Le doublage apparaît calamiteux, de même que la photographie. De nombreuses scènes  ressortent étrangement blafardes, le comble pour une station réputée pour son soleil.

L'interprétation est à l'avenant, guère servie par les creux dialogues.  Descrières paraît  visiblement si peu convaincu par ce fourbis qu'il ne force guère son talent. On apprécie cependant la beauté et l'allant d'une jeune Juliette Mills, visiblement nettement plus motivée que son partenaire, bien avant qu'elle ne devienne l'icône des ineffables Jeux de Vingt Heures.  Les amateurs de Chapeau Melon reconnaîtront, en nettement plus exacerbée, la déliquescence du dernier segment des New Avengers, où la production se voyait pareillement stipendiée pour promouvoir Toronto. Les tribulations européennes de Lupin deviennent ici un chemin de Croix, ce qui reste assez logique en Suisse, finalement.

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11. LES ANNEAUX DE CAGLIOSTRO


Première diffusion : 27 mai 1971

Distribution :  Christine Buchegger (Tamara), Hans Holt (Ludwig von Neydegg), Kitty Speiser (Georgine), Hans Jaray (Baron Ordosczy)

Résumé :

À Vienne Lupin retrouve une vieille connaissance en la personne de la belle Tamara, une collègue et rivale. Tamara se fait passer pour la Comtesse Cagliostro, descendante du fameux mage. Elle recherche les anneaux de ce dernier car une énigme y est gravée, conduisant au légendaire trésor de l'Empereur Frédéric Barberousse.  D'abord opposés, Lupin et Tamara font cause commune quand l'employeur de cette dernière tente de la doubler et de l'assassiner. Lupin sympathise également avec Georgine, adorable et gaffeuse journaliste, myope come une taupe. Elle se révèle être la fille du propriétaire légitime du magot. Finalement Lupin découvre la cachette avant tout le monde et remet le trésor à Georgine, non sans prélever sa part ! Il peut ensuite partir en voyage avec Tamara.

Critique :

L'épisode donne le ton dès son ouverture, où cette balade à bord d'une pimpante décapotable à travers les splendeurs de Vienne  s'avère particulièrement gaie et enlevée, au son d'une valse de Strauss. Une jolie réussite ! Par la suite Les anneaux de Cagliostro vont pareillement se montrer pertissants et d'un rythme soutenu, en recourant à l'inusable formule de la chasse au trésor. Les différentes péripéties et rebondissements s'enchaînent avec tonicité, sans que la recherche du spectaculaire entache trop leur pertinence. Le scénario fonctionne malgré quelques faiblesses, comme le temps trop bref imparti à la rivalité Lupin/Tamara, excellente idée insuffisamment exploitée.

On comprend aussi bien vite qui est l'employeur de Tamara, mais ceci demeure vraiment secondaire.  Cependant les canons du genre se voient respectés avec brio, au sein, comme toujours, de superbes décors. La réalisation, sans s'affirmer géniale, se montre sobrement efficace, ce qui fait l'effet d'un rayon de soleil après les déroutes suisses et italiennes.

Mais l'atout maître de l'épisode consiste en l'écriture de ses personnages, tous croqués avec saveur. Le duo d'assassins aux tics de langages  se montre fort pertissant. Par contraste avec leur volubilité satisfaite, on en apprécie que davantage le ton élégant et lapidaire de leur patron. Les deux « Arsène Girls » de la semaine se posent en vraies vedettes de l'épisode. En gaffeuse sympathique mais finalement  vive d'esprit, Georgine est absolument irrésistible, grâce au naturel de Kitty Speiser. Le portait de la Comtesse de Cagliostro en voleuse et escroc de haut vol constitue la meilleure idée des Anneaux de Cagliostro. Sa rivalité entrelacée de jeu de séduction et de sympathie canaille avec Lupin pertit vivement, bien davantage que la version mélodramatique et grandiloquente jusqu'à l'absurde de l'exécrable film de 2003.

Christine Buchegger, femme d'une grande beauté et actrice douée, supérieurement élégante, subit comme à l'accoutumée un doublage désastreux. Elle apporte néanmoins présence et  conviction à cette aventurière dont on aimerait bien suivre les exploits. Descrières, déchaîné,  parachève la fête avec des déguisements et des identités en roue libre. Le contrôleur du gaz et le valet relèvent  du meilleur burlesque !

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12. LES TABLEAUX DE TORNBÜLL


Première diffusion : 3 juin 1971

Distribution :  Kathrin Ackermann (Lady Bakefield), Walter Bluhm (Comte  Tornbüll), Alexander Hegarth (Stefan von Tornbüll)

Résumé :

Dans une petite île allemande située près d'Heligoland, Arsène Lupin, avec l'aide de Lady Bakefield, entreprend de dérober la fastueuse collection de tableaux Stefan, fils du Comte de Tornbüll. Stefan semble sur le qui-vive, notamment troublé par la présence de nombreux touristes. Lupin découvre que le fils dévoyé du Comte a participé au vol des tableaux aux États-Unis, avant de doubler ses complices et de disparaître avec son butin. Ses anciens amis l'ont pourtant retrouvé, et ils interviennent sous le couvert du tournage d'un film. Ils  gênent un instant Lupin, qui a remplacé les tableaux par des copies, mais le Gentleman Cambrioleur parvient néanmoins à emporter toute la collection. Stefan s'enfuit, tandis que son père touche une colossale assurance !

Critique :

Les tableaux de Tornbüll bénéficient du superbe site naturel de cette île de la Mer du Nord, où partout le regard se perd vers l'horizon. L'endroit, comme son habitat, se caractérise par une beauté solitaire que l'on contemple avec ravissement, mais  convenant mieux à un film d'Ingmar Bergman qu'aux facéties de Lupin, celles-ci apparaissant quelque peu déplacées dans la solennité silencieuse du lieu. Les péripéties du jour ne séduisent guère non plus par leurs qualités intrinsèques, un verbiage ennuyeux et une insipide lenteur caractérisant l'action dès une période d'exposition totalement démesurée.

On parle beaucoup pour finalement raconter peu de chose, avec des pointes de remplissage caractérisé assez énervantes. C'est par exemple le cas  quand Descrières passe en voix off pour commenter  une intrigue que l'on comprend parfaitement par ailleurs, ou quand il se livre à un récapitulatif final absolument inutile.

Outre l'insignifiance de l'intrigue et la mise en scène, on repère quelques autres maladresses. Lady Bakefield se montre aussi inopérante et fade que dans La Demoiselle aux yeux verts, il en va d'ailleurs de même pour l'ensemble des personnages féminins, visiblement sacrifiés.  Lupin conserve quasiment tout du long un unique déguisement, alors qu'il reste bien plus pertinent de varier les effets et de jouer sur la surprise par des numéros brefs mais percutants (comme dans Les anneaux de Cagliostro).

Cela se ressent d'autant plus fortement que le chevrotant Lord Lewcastle ne représente pas, et de loin, la fausse identité la plus pétillante de Lupin. Le scénario regorge de naïvetés,  comme le fait que des tableaux dont le vol a défrayé la chronique soient exposés à la vue de tous, ou que l'assurance débourse une telle somme sans vérifier l'origine des œuvres.

Outre le caractère insolite des lieux, l'épisode bénéficie cependant de quelques atouts, comme l'énergie et la drôlerie qu'apporte enfin le tournage du faux film ou la vision de superbes tableaux, même si ceux-ci ne sont pas assez mis en valeur. Le père et le fils sont joliment croqués et interprétés, avec notamment une délectable composition d'Alexander Hegarth en Stephan, noble déclassé et lâche. Par contre l'on se demande bien comment un tel minable a pu mener semblables aventures aux États-Unis ! On apprécie également l'éclairage, certes succinct, sur les techniques de copies de tableaux. Mais ces quelques moments de pertissement, surgissant au milieu des bavardages, n'empêchent pas l'épisode de demeurer mineur.

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13. LE SEPT DE CŒUR


Première  diffusion : 10 juin 1971

Distribution : Janine Patrick (Paula), Roger Dutoit (Georges Andermatt), Raoul de Manez (Maurice Leblanc), Etienne Samson (les frères Varin)

Résumé :

À Bruxelles, le journaliste et auteur Maurice Leblanc sympathise avec l'homme du monde Jean Daspry, dont il ignore encore qu'il est Arsène Lupin. Le Gentleman Cambrioleur incite Leblanc à louer une maison, sans lui dire qu'y résidait Louis Lacombe, l'un de ses frères d'armes aviateurs, disparu depuis des semaines. Lupin continue à mener l'enquête et découvre que son ami avait  conçu  les plans d'un aéroplane révolutionnaire. Il a été assassiné par ses assistants, les frères Varin. L'un d'entre eux meurt d'une embolie en constatant que le butin de leur crime, dissimulé dans la maison, a disparu, dérobé par Lupin. Le survivant ne possède qu'une moitié des plans, l'autre étant détenue par l'industriel Andermatt, qui finançait les travaux. Pour l'obtenir il fait chanter Paula, l'épouse d'Andermatt, dont il conserve des lettres compromettantes échangées avec Lacombe. Mais Lupin, se faisant passer pour Salvator, détective privé à la solde d'Andermatt, se joue de Varin. Il récupère les lettres, réconcilie les époux, offre les plans à la France… Et révèle son identité à un admiratif Leblanc, qui va devenir son historiographe.

Critique :

Et voilà comment j'ai connu Arsène Lupin. Voilà comment j'ai su que Jean Daspry, camarade de cercle, relation mondaine, n'était autre qu'Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur. Voilà comment j'ai noué des liens d'amitié fort agréables avec notre grand homme, et comment, peu à peu, grâce à la confiance dont il veut bien m'honorer, je suis devenu son très humble, très fidèle et très reconnaissant historiographe.

Lupin achève son périple européen à Bruxelles, tandis que cette première saison se conclut astucieusement par ce récit clé de l'univers de Leblanc, voyant l'auteur narrer sa rencontre avec son personnage. Si le scénario schématise inévitablement le récit, tout en le déplaçant à Bruxelles  (mais qu'importe), il y demeure finalement bien plus fidèle que nombre des opus précédents, même si l'avion se substitue au sous-marin. D'où une ambiance spécifique, se décalquant avec réussite de l'ensemble de la série et oscillant avec finesse entre roman à énigmes et drame amoureux. Si le premier versant s'avère efficacement mené, avec cette excellente idée du panneau secret à l'intérieur même du coffre-fort dissimulé (joli rebondissement !), on demeure encore davantage sensible à la dimension humaine de l'épisode.

En couple amoureux mais en proie au poison du doute et de l'incommunicabilité, les Andermatt s'avèrent captivants. Roger Dutoit et Janine Patrick expriment à merveille les tourments de leur personnage et permettent de passer outre à ce que la situation peut avoir de daté. L'amitié de Lupin pour le défunt et la noblesse de la description empreinte de gravité qu'il en réalise ressortent également admirables (formidable Descrières). Avec discernement et cohérence Le sept de Cœur réduit à la portion congrue les facéties de Lupin (on ne coupe pas cependant à l'accent belge), d'autant que, s'il se montre pittoresque, Salvator ne relève absolument pas de la farce et se montre incisif.

Leblanc se voit parfaitement exploité, il participe juste ce qu'il faut à l'action pour ne pas se limiter à un témoin passif et sans saveur. C'est parfaitement dosé et Raoul de Manez lui apporte une savoureuse personnalité. Le récit exprime à merveille son amitié et son admiration pour Lupin, mais sans en faire un dévot confit en vénération. L'éclat et l'allant de la rencontre des deux hommes se retrouvent pleinement dans l'épisode, ce qui lui apporte une plaisante spécificité. Plusieurs pastiches, relevant notamment du Fantastique, s'amusent à confronter Conan Doyle à Holmes, on ne pourra pas faire le coup à Leblanc !

Les dialogues s'écoutent avec un vif plaisir, tant ils sonnent juste et se montrent élégants. On y discerne quelques plaisantes références littéraires, comme le Salvator des Mohicans de Paris de Dumas ou une sublime citation des Fleurs du Mal : Mais le vert paradis des amours enfantines, L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs, Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine ?. Comme à l'accoutumée la production se montre de qualité, tout en évoquant avec talent les splendeurs de Bruxelles, en passant par la Grand-Place, les Lions de l'Hôtel de Ville  ou, inévitablement, le Manneken-pis et ses costumes.

Tout en se montrant suffisamment alerte, la mise en scène réussit plusieurs jolis coups, comme le dialogue entre Paula et Arsène, entremêlant avec fluidité pensées et paroles, ce qui suscite poésie et romantisme. Les amateurs des Avengers apprécieront la scène initiale, remarquable d'intensité, où Leblanc se retrouve seul face à des phénomènes étranges et menaçants, dans une somptueuse maison décorée par des effigies de cartes à jouer : comme un air de Joker.

Pour la première fois l'action se poursuit immédiatement après un générique qui s'y intercale, tout comme chez les New Avengers. Épisode brillant et en tous points parfaitement maîtrisé, Le sept de Cœur constitue décidément un exemplaire final de saison !

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Crédits photo: lmlr.

Images capturées par Estuaire44.