saison 1 saison 3

Amicalement Vôtre (1971-1972)

Prologue + Épisodes 1 à 12

 


PROLOGUE: LE ROI
(THE EX KING OF DIAMONDS, LE SAINT, 6-17)

Diffusion: 19 janvier 1969

Scénario: John Kruse écrivit 14 épisodes du saint et travailla également sur d'autres séries, comme Amicalement vôtre, Les Professionnels, Poigne de Fer et Séduction

Réalisation: Alvin Rakoff (1924) est un réalisateur et producteur réputé, à la télévision mais aussi au théâtre. Il réalisa neuf adaptations de pièces pour The Armchair Theatre. Rakoff mit souvent en scène son épouse, Jacqueline Hill, qui incarna notamment Barbara Wright, le tout premier Compagnon du Docteur à bord du TARDIS, en 1963.

Distribution: Stuart Damon (Rod Huston), Ronald Radd (Henri Flambeau), Isla Blair (Janine Flambeau), Willoughby Goddard (Boris), Paul Stassino (Colonel Rakosi), Jeremy Young (Gregorio) Carol Friday (Josette)

Résumé:

Simon Templar est invité par Boris, ex-roi de Slovénie, à se joindre à une grande partie de baccara devant se tenir au casino de Monte-Carlo. Ce dernier vise en fait à réunir des fonds pour financer un coup d'état le ramen,ant au pouvoir. En chemin le Saint fait la connaissance d'un autre participant, Rod Hudson, milliardaire texan. La rencontre se montre d'abord électrique mais les deux hommes sympathisent vite. Templar rencontre également le professeur Flambeau, accompagné de sa charmante fille Janine, qui désire utiliser au jeu ses dons pour les mathématiques. Flambeau se rend compte que la partie est truquée par Boris, mais le colonel Rakosi, l'âme damnée de Boris, les capture. Simon et Hudson vont s'associer pour sauver le professeur, puis Janine, retenue sur le yacht du souverain déchu. Ils y découvrent un trafic d'armes. Les deux héros parviennent ensuite à déjouer le système de tricherie de Boris, qui se fait alors plumer par Flambeau, tandis qu'ils font exploser le navire.

Critique de Estuaire44:

Alors que Le Saint (1962-1969) approchait de son terme, le producteur Robert S. Baker eut l'originale et audacieuse idée de roder sa future production en intégrant ses principaux codes à un épisode de sa série alors en cours. Cette expérience en grandeur nature permet de retrouver dans  Le Roi un grand nombre des identifiants du futur Amicalement vôtre. Ces convergences (duo vedette anglo/américain rivalité débouchant sur l'amitié, la course de voitures, la bagarre, l'aventure sur la Riviera…) s'avèrent hautement plaisantes à découvrir, de même que la persistance de différences de traitement. Le succès de l'épisode favorisa grandement l'élaboration de The Persuaders !, Baker bénéficiant ainsi d'une parfaite maquette et d'un argument de poids lui permettant de convaincre Lew Grade, dirigeant historique d'ATV, de développer le projet. Une telle tactique ne semblait certes pas superflue, de par l'ambition, notamment financière, de la future série et par son originalité au sein des productions ITV, traditionnellement peu enclines aux duos masculins.

L'épisode se montre aussi intéressant parce ce qu'il annonce d'Amicalement vôtre que par le miroir distordu qu'il nous présente concernant ce qu'il aurait pu advenir de cette série. En effet, entre la première version et la définitive des variations existent, toutes dans le sens d'une amélioration.

Le personnage de Rod Huston manifeste ainsi considérablement moins de subtilité et de charme que Danny Wilde. Outre son allant et son énergie, ce dernier développera toujours  une vraie finesse, qui ne trouve ici aucun correspondant. Huston se cantonne à une caricature sans nuances de l'Américain vu par les Anglais, plus spécifiquement du Texan. Chapeau de cowboy que ne désavouerait pas J.R., expressions et onomatopées de western, frime continuelle et sans subtilité, importance de l'argent que l'on jette à la face du monde, agressivité continue… Le personnage amuse un court moment puis sature très vite, tant il se montre limité. Ses dialogues désespèrent par leur insigne pauvreté. Ce sentiment se renforce par le jeu terriblement pesant de Damon. Rien à voir non plus avec la pétillante fantaisie de Tony Curtis, on se limite ici à un démonstratif perpétuel et jusqu'au-boutiste, épuisant rapidement la bonne volonté du spectateur. Il ne s'agit d'ailleurs pas vraiment d'une surprise, Alexandra Bastedo volant régulièrement la vedette à ses deux champions de collègues masculins. William Gaunt se montra d'ailleurs guère transcendant dans Un traître à Zébra.

Un autre piège que saura éviter The Persuaders ! réside dans le duo asymétrique qui nous est ici présenté. Sans que l'on puisse parler pour autant de faire-valoir, Huston demeure une simple curiosité de cet épisode, en aucun cas un partenaire d'égal à égal avec Templar, assez logiquement d'ailleurs dans le cadre du Saint. Cet aspect s'avère cependant particulièrement souligné tout au long de l'épisode. En tous domaines (hormis la force brute) Simon domine outrageusement l'Américain. Il le bat régulièrement au jeu, connaît un succès nettement supérieur avec les demoiselles et s'exprime en parfait français (Moore convaincant en VO), tandis que son compagnon d'aventure se montre satisfait de bredouiller quelques mots. C'est également bien entendu le Saint qui dirige l'enquête, prenant toutes les décisions alors que Huston n'émet que de mauvaises idées. La participation concrète de ce dernier se limitera d'ailleurs à ses poings, son suivisme reste absolu jusqu'à la conclusion. Chacun des Persuaders aura sa partition à interpréter, ici on entend quasi éclusement la musique de Templar, son compère ne produisant qu'un ridicule dont le comique tourne court.

Ceci n'entache d'ailleurs que modérément la réussite de l'épisode, un opus du Saint se construisant toujours autour de Roger Moore. Ce dernier manifeste ici sa classe coutumière, brillant par son charme raffiné, sa présence physique et l'humour affuté de ses fines réparties. Un pur régal, Le Roi apparaissant comme une invite à redécouvrir sa propre série ! Simplement, au ressort comique consistant à ridiculiser l'un des deux partenaires réduit à la portion congrue, on préfère l'écriture plus riche et ambitieuse d'un duo antagoniste mais équilibré. De plus, si l'épisode captive par sa démonstration des améliorations et du surcroît d'intérêt qu'auront su apporter d'excellents auteurs de l'envergure de Brian Clemens ou Terry Nation à la version de Kruse, il évoque également par contraste un autre atout d'Amicalement vôtre, l'aisance financière permettant les tournages à l'étranger.

En effet, si plusieurs scènes de Premier Contact se reconnaissent ici, leur réalisation transparait considérablement plus modeste. La fastueuse course poursuite tourne court ici, de par la rareté des décors extérieurs. Les quelques aperçus naturels ne font d'ailleurs qu'aviver cette sensation, le passage ayant été tourné, comme tant d'autres, dans les bois se situant près de studios d'Elstree. Si la campagne anglaise est toujours aussi superbe, il s'avère difficile de l'assimiler à la Côte-d'Azur, malgré la mise en place de quelques dérisoires palmiers… L'astuce utilisée pour consacrer la victoire du Saint se montre d'ailleurs amusante, illustrant au passage que Simon Templar demeurera plus canaille que Lord Sinclair. L'omniprésence du tournage en studio, malgré des inserts globalement bien intégrés, se perçoit d'autant plus que les décors du Saint manifestent toujours cette même patine Sixties que l'on aime bien mais aussi une évidence nettement supérieure à ce que connaîtra Amicalement vôtre. La bagarre entre Templar et Huston constitue un sommet, ces quelques horions ne présentant vraiment rien de comparable à la tornade destructrice de Premier Contact.

D'autre part l'épisode développe son intérêt propre, en dehors de sa nature de prologue à Amicalement vôtre. L'intrigue apparaît solidement bâtie, maintenant l'intérêt sans temps mort. Elle joue habilement des lieux leur (usine, casino, yacht) pour entretenir l'action, tandis que la mise en scène réussit plusieurs plans astucieux mettent bien en valeur les comédiens. Le mode de tricherie de Boris manifeste beaucoup d'astuce, de même que la contre-mesure de Flambeau, tout cela reste parfaitement ludique. L'ensemble ne se départit certes pas de cette revigorante naïveté propre aux années 60 (personnalité du Roi, professeur décidant d'inspecter une usine en pleine nuit, Templar tombant encore et toujours sur ses ennemis pile au bon moment etc.) mais on apprécie cette fraicheur disparue de nos jours. Tout comme plus tard The Persuaders !, mais aussi Chapeau Melon, Le Saint n'hésite pas à recourir à de savoureux clichés, cet épisode évoquant la France par l'accordéon et l'emblématique 2CV.  Cette promenade de l'Anglais (et de l'Américain) sur la Côte d'Azur, évoquant parfois l'épisode Tueurs à Gages des Avengers, nous vaut d'ailleurs une multiplication d'accents et d'expressions français particulièrement savoureux. Cet épisode n'ayant d'autre ambition que de nous divertir y parvient haut la main, son allant et l'inestimable apport de Roger Moore témoignant de la vitalité que présentait encore Le Saint dans ses ultimes opus.

Tout comme plus tard Amicalement vôtre, mais également de nombreuses productions du temps, Le Roi nous vaut enfin le plaisir de redécouvrir ces comédiens si appréciés dans Chapeau Melon. Ils sont d'ailleurs particulièrement nombreux ici ! Paul Stassino réalise une solide composition, évoquant le Yacob Borb du Décapode. Si son personnage demeure un simple rouage de l'intrigue, il parvient à lui apporter une vraie présence. Il en va pareillement pour Jeremy Young. Aux antipodes de la diabolique mariée d'Une petite gare désaffectée, Isa Blair incarne une pétulante et charmante jeune femme. Son délicat accent français séduit mais elle résulte à peu près inopérante sur l'intrigue, rejoignant la cohorte des damoiselles en détresse alors si fréquentes. Un point commun avec Amicalement vôtre, faisant ressortir la spécificité des Avengers… Mais l'atout maître de l'épisode réside dans le formidable abatage une nouvelle fois manifesté par Ronald Radd, aussi truculent et en roue libre que dans Le Point de Mire ou Mission très improbable. Ses expressions et son accent français outré (on croirait Suchet dans Poirot, en VO) rajoutent encore à l'hilarité du personnage. Ce pur festival achève la réussite de cet épisode des plus distrayants !

Infos supplémentaires:

Evènement assez rare, l'épisode fait référence à un réel pays, Boris étant désigné comme ex-roi de Slovénie. Dans le Décapode, la Yougoslavie se voyait ainsi intitulée « République des Balkans », un Royaume de Yougoslavie (également nommé Royaume de Serbie, Croatie et Slovénie) exista bien durant l'entre-deux guerres. Son dernier souverain, Pierre II et non Boris, fut déposé en 1945. Il résida aux tats-Unis, où il décéda en 1970.

Les inserts publicitaires apparaissaient déjà dans les séries télé des années 60. Outre quelques affiches évoquant Monaco, le panneau dissimulant le gendarme accueille deux réclames pour Coca Cola.

Le coffret DVD TF1 Vidéo a l'excellente idée de faire figurer cet épisode parmi ses nombreux suppléments, le choix de la VOST permettant par ailleurs de pleinement en  apprécier la dimension française.

On assiste à une amusante inversion des surnoms, Sinclair restera éternellement « Son Altesse », mais c'est ici Huston que Le Saint appelle « Texas ».

On s'aperçoit que Janine lit un numéro de Paris match, un élément astucieux pour planter l'ambiance française. Le magazine a été lancé en 1949. La une fait référence à l'évènement d'une opération à cœur ouvert ainsi qu'à un petit garçon pleuré par la France. Il s'agit du numéro 975, paru le 16 décembre 1967. La première transplantation cardiaque vient d'être réalisée par le chirurgien sud-africain Christiaan Barnard. La triste affaire évoquée est celle Emmanuel Maillart, enlevé puis assassiné par un lycéen de 15 ans.

Rod Huston évoque étrangement Rock Huston, alors que cet acteur fut un temps envisagé pour incarner Danny Wilde. S'agit-il déjà d'une invite ?

Templar renonce ici à sa célèbre Volvo 1800S, au profit d'une antique voiture qui ne déplairait pas à John Steed !

L'usine porte comme dénomination « Cartes Descartes ». Or, depuis 1978, la société Jeux Descartes distribue en effet d'excellents jeux de cartes mais aussi de plateau, société, de rôles… Sa principale boutique, un haut lieu pour les amateurs, se situe Rue des écoles, à deux pas du Boulevard St-Germain et du métro Cluny La Sorbonne…

L'intrigue ressemble à celle de Enjeux, le sixième épisode de la première saison de Mission Impossible (1966). Un tyran projette d'envahir un état voisin, riche en pétrole. Pour l'en empêcher, l'équipe de IMF va le ruiner au baccara, le privant ainsi des fonds nécessaires au conflit (et non pas à un coup d'état comme pour Boris). Elle utilise des cartes marquées, visibles à travers des verres de contact, tout comme ici, mais avec un monocle.

Contrairement à Casino Royale pour le poker holdem, l'épisode a l'élégance de consacrer un bref moment à la présentation des règles du baccara, ce qui permet aux non initiés de comprendre ce qui se passe à la table de jeu. Ce jeu à sabot, proche du chemin de fer, est très présent dans les casinos du monde entier. Client régulier, James Bond aura l'occasion de le pratiquer dans Dr No (scène d'ouverture), ou dans Goldeneye, cette fois non pas confronté à Sylvia Trench mais à Xenia Onatopp. Templar a lui droit à Boris et à Rod. On comprend mieux l'envie de changement éprouvée par Roger Moore.

Acteurs – Actrices

Stuart Damon (1937), acteur américain, débuta aux États-Unis mais devint célèbre en Grande-Bretagne. Il reste avant tout connu en tant qu'une des trois têtes d'affiches des Champions (1938-1969) mais participa à plusieurs anglaises des années 60 et 70 (Amicalement vôtre, L'Aventurier, Cosmos 1999, UFO…). Il connut également le succès dans General Hospital. Toujours actif il participe en 2010 à Des jours et des vies. Dans les New Avengers, il incarne Marty Brice, l'agent de la CIA développant un flirt des plus brefs avec Purdey (Le Piège).

Ronald Radd (1929-1976) a participé à pas moins de trois épisodes des Avengers  : Le Point de Mire, Le Retour du Traître et Mission très improbable Il est également vu dans Destination Danger (deux épisodes), Le Prisonnier (c'est la tour dans Échec et mat), Le Saint (trois épisodes), Les Champions, Département S, Jason King, L'Aventurier, Thriller, Poigne de Fer et Séduction… Ce grand comédien de théâtre est décédé à Toronto d'une hémorragie cérébrale, immédiatement après une représentation.

Paul Stassino : Natif de Chypre, il étudia à la Royal Academy of Dramatic Art de Londres. Durant les années 60 et jusqu'au milieu des 70 il participera à de très nombreuses séries américaines et anglaises (Interpol, Le Baron, Coronation Street, cinq épisodes du Saint…) avant de mettre fin à sa carrière pour ouvrir… un casino à Athènes. Au cinéma, il est surtout connu pour Opération Tonnerre (1965), où il interprète le pilote de chasse François Derval (frère de Domino) et son « sosie ».  Dans les Avengers il joue un pseudo Tito dans Le Décapode.

Isla Blair (1944) fut l'une des nombreuses jeunes femmes peuplant les productions de la Hammer (Taste The Blood of Dracula). Elle apparut dans de très nombreuses séries anglaises de l'époque (Department S, Jason King, Cosmos 1999, Dr Who…). Dans le Mondes des Avengers  elle incarna la terrible « mariée » de Une petite gare désaffectée. À propos de ce rôle elle déclare : I remember very clearly having to have a fight with Diana Rigg. And I was really terrible at fighting, and the poor fight arranger was saying "oh God, this woman's useless." But that was very much a cult thing to be in. I was only ever in that one, I think lots of people did several, but I just did the one. Isla Blair est également l'épouse de Julian Glover.

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1. PREMIER CONTACT
(OVERTURE)

Diffusion : 17 septembre 1971

Scénario : Brian Clemens

Réalisation : Basil Dearden (1911-1971) fut un metteur en scène réputé, comptant à son actif de grandes productions comme Khartoum (1966) ou The Assassination Bureau, avec Diana Rigg (1969). Il bénéficiait de toute la confiance de Roger Moore, avec lequel il venait de tourner l'ambitieux thriller The Man Who Haunted Himself, en 1970. Également réalisateur des épisodes La Danseuse et Le Coureur de Dot, il décéda peu de temps avant la diffusion de la série, d'un accident de la route. Il était l'époux de Melissa Stribling, qui participa à La Danseuse mais aussi à Chapeau Melon.

Distribution: Laurence Naismith (Juge Fulton), Imogene Hassall (Maria Lorenzo/Michelle Annette Dupont), Alex Scoot (Coley) Michael Godfrey (Robert Dupont), Bruno Barnabe (Maître d'Hôtel), Neal Arden (Inspecteur Flavel)

Résumé:

Danny Wilde, self made man américain, et Lord Brett Sinclair, aristocrate britannique, reçoivent une mystérieuse invitation à se rendre à l'Hôtel de Paris, à Monte-Carlo. Sur le trajet, la rencontre fortuite de ces deux forts caractères donne lieu à une épique course automobile, avant de se conclure par une homérique bagarre dévastant le restaurant de l'hôtel. Cela les met à la merci du juge Fulton, le rusé auteur des invitations, qui leur fait une étonnante proposition : passer deux mois et demi en prison ou utiliser leurs talents, gâchés par l'oisiveté, au service de la justice en l'aidant à identifier une certaine Maria Lorenzo. Fulton se garde bien de leur préciser qu'il s'agit en fait de la sœur de Dupont,  chef de la mafia officiellement mort, mais toujours en vie. Comme prévu, Dupont réagit quand les deux playboys abordent sa sœur, d'autant que le juge a pris soin de les compromettre. Le gangster enlève le juge mais Brett et Danny, non rancuniers, volent à sa rescousse, recevant le renfort de la jeune femme au cours de la confrontation finale. Les Persuaders sont nés !

Critique de Estuaire44:


Premier contact s'impose comme un parfait pilote de série, mettant en place avec clarté et fluidité les différents composants de l'univers d'Amicalement vôtre, ainsi que la personnalité des différents protagonistes.  Cette révélation s'effectue à travers plusieurs moments forts, apparaissant comme de purs joyaux télévisuels : la course de voitures, la spectaculaire bagarre mais aussi la conversation chez le juge Fulton.

Dès l'ouverture de l'épisode, la compétition automobile, outre un amusant contrepoint avec le prologue du Saint (c'est cette fois Danny qu'attend une superbe voiture), nous dévoile à peu tout de la série. Il en va ainsi des sublimes paysages de la Côte d'Azur, un vrai plus par rapport à The Ex-King of Diamonds, pour l'esthétique mais aussi le réalisme. On s'en régale d'autant que Premier Contact parvient à concilier la découverte des panoramas avec la mise en scène de la trépidante action en cours. Bien loin de constituer un gadget, l'utilisation judicieuse de la technique du split screen permet d'optimiser ces différents éléments, sans impression d'artificialité. La course institue ce qui deviendra l'un des moteurs principaux de la série, l'esprit de compétition, amicale mais bien réelle, existant entre Brett et Danny. Le fait qu'elle se conclue sur une égalité autorise la célèbre image des deux véhicules arrivant simultanément devant l'Hôtel de Paris mais  aussi indique que l'on ne se situe décidément plus chez Simon Templar. La spécificité d'un duo de protagonistes masculins et d'un rapport d'égal à égal est établie, distinguant The Persuaders ! du modèle pour le moins banalisé du héros unique. Les superbes Aston martin DBS V8 et Ferrari Dino 246 bénéficient également d'une exposition digne des symboles d'Amicalement vôtre qu'elles vont devenir.

La dévastatrice bagarre poursuit avec bonheur cette introduction. Aux superbes paysages répond ici le raffinement et le goût des réalisations en studio. La salle de restaurant se découvre comme un écrin à la fois réaliste et raffiné pour les personnages. Sans mauvais rien de tapageur, bien au contraire, la série confirme l'importance de ses moyens, utilisée avec goût. Cette qualité des décors demeurera une constante de la série, d'autant que l'on reconnaît ici la patte et l'élégance d'Harry Pottle, auteur des décors de la saison 4 des Avengers, occupant dès à présent un rôle actif au sein de l'équipe de production. On ressent d'entrée nettement moins l'impression d'artificialité qui grevait en permanence Le Saint. L'antagonisme des personnages, axe primordial de la série, se voit approfondi, notamment explicitement élargi aux nationalités des personnages.

Mais le passage tempère cette opposition par un humour particulièrement réjouissant, que cela soit par les nombreux gags visuels ou les nombreuses piques échangées, qui achève d(installer l'humour au cœur de la série tout en y illustrant l'importance de dialogues abondants et affutés. Tout comme durant la course, avec le souriant Gotta Get away de Jackie Trent et Tony Hatch, l'accordéon souligne l'aspect de comédie légère revêtu par l'ensemble tout en incorporant déjà des clichés sympathiques. Ultérieurement la pétanque ne manquera d'ailleurs pas à l'appel, de manière moins irréaliste que durant la visite  des New Avengers à Paris ! Le personnage du maître d'hôtel introduit également le regard bon enfant, mais néanmoins légèrement sarcastique que portera Amicalement vôtre sur les Français, tout comme sur l'Europe méridionale en général comparativement au monde anglo-saxon, ce qui ne l'empêchera d'ailleurs pas d'y connaître un immense succès !

La confrontation chez le juge Fulton s'avère également un modèle du genre. Le talent de la série concernant les décors s'y voit confirmé, même si l'on se demande bien comment un juge à la retraite aurait pu s'offrir une telle résidence ! Mais un peu de fantaisie n'a jamais nuit aux séries anglaises de l'époque. L'apparition du juge en fauteuil roulant, outre l'excellent gag qu'elle annonce, titillera agréablement les amateurs des Avengers par son évocation de Mother. Qui sait si le malicieux Clemens, particulièrement en verve ici, n'a pas désiré insérer un petit clin d'œil ? Patrick Newell apparaîtra d'ailleurs ultérieurement dans le show. Laurence Naismith compose brillamment un juge matois et malicieux, mais néanmoins inflexible et pénétré de sa mission. Le personnage se montre aussi riche que savoureux, établissant une relation avec ses compères amicale et originale dans les séries du temps. Il apportera immensément à Amicalement vôtre.

Le sommet du passage demeure ses brillants et implacables portraits des deux héros,  en forme de diatribe. On est en droit de trouver plus cinglant encore celui adressé à Lord Sinclair, Danny Wilde ayant eu au moins le mérite de s'élever seul dans la société. Outre leur caractère percutant, ces textes constituent un procédé scénaristique efficace (tout comme le prologue avec le policier français), présentant promptement les héros. Au-delà de l'humour, le juge apporte une dimension supplémentaire à la série par le choix devant lequel il place les protagonistes, playboys menant une vie dilettante aussi plaisante que dénuée de sens. D'une manière sous-jacente, mais néanmoins déterminante, la série narrera effectivement le combat des deux personnages pour apporter une signification à leur existence, au moment où l'âge mûr comme à se profiler à l'horizon.

Le caractère du Lord anglais, pétri de traditions  et si classieux, comme du self made man américain, gouailleur et débrouillard, se trouve ainsi  excellemment posé. Les héros bénéficient du jeu parfait de Roger Moore et de Tony Curtis, tout deux idéalement dans leur emploi. Le doublage français apporte un délectable surcroît de fantaisie mais l'on prend également un vif plaisir à découvrir l'épisode en version originale, pour le talent des acteurs, un texte occasionnellement différent mais aussi l'insertion d'accents et de vocables français irrésistibles. Roger Moore excelle particulièrement à ce jeu ! Par contre il faut bien avouer que l'intrigue du jour, indépendante de l'exposition de l'univers de la série, manifeste l'épaisseur d'un papier de cigarette. Cela ne pénalise pas réellement Premier contact, soumis aux mêmes contingences que l'ensemble des pilotes. Ceux-ci minorent souvent pareillement leur intrigue, à tout prendre l'on préfère d'ailleurs qu'ils dégagent d'enthousiasmantes perspectives pour l'ensemble de la série.

Surtout la quasi vacuité du récit ne signifie par qu'il ne dégage aucun intérêt, bien au contraire. En effet les passages en compagnie d'Imogen Hassall dégagent une atmosphère joyeuse et ensoleillée participant pleinement au charme des Persuaders, tout en achevant de bâtir la complicité entre Wilde et Sinclair. Les scénettes rayonnantes et irrésistibles de drôlerie se multiplient. On avouera un faible particulier pour les mésaventures de Danny avec le sac de la jeune femme, comportant des gags visuels dignes des meilleurs cartoons. L'épisode évite cependant de le cantonner a rôle de gag man, un choix fort judicieux. Quel talent avait le regretté Tony Curtis pour nous faire aussi franchement éclater de rire, malgré les circonstances. La mise en scène sait parfaitement varier ses plans et ses effets, se montrant aussi élaborée qu'astucieuse. On renoue également avec les superbes décors naturels, les panoramas somptueux du cadre unique constitué par Monte-Carlo défilant avec bonheur. La redite de la scène de la bagarre apporte un humour de répétition bien trouvé, renforcé par un emploi pertinent du ralenti.

Les péripéties dans la demeure de Dupont, même si la série rejoint une certain conformisme avec l'institution de l'affrontement final, présentent le mérite d'illustrer que l'humour n'est pas tout dans Amicalement vôtre et que celle-ci constitue également une brillante série d'aventures. Comme autre figure obligée des productions de genre, on discerne également non pas le méchant de la semaine mais la fille. Un élément féminin viendra souvent servir de catalyseur pour nos aventuriers, l'intrigue se bâtissant dès lors autour d'elle. Imogen Hassall ouvre le bal avec un charme certain, même si les conventions du genre, auxquelles Amicalement vôtre demeure ici plus soumise que Chapeau Melon, font que son personnage n'a pas grand chose à défendre.

Premier contact apparaît finalement comme une parfaite ouverture pour The Persuaders !. Rien ne manque à son succès, y compris un tag fort pertinent et rappelant habilement la précédente scène d'ascenseur, encore marquée par l'hostilité. On regrettera simplement le recours à la technique des images de studio pour filmer les conducteurs y compris occasionnellement au sein de la superbe course initiale. Le procédé apparaît particulièrement visible, il s'agit de l'un des rares points où la série accuse son âge. Cela ressort d'autant plus fortement que le reste de la production est impeccable. Le final tragique entre le frère et la sœur semble également hors sujet dans la tonalité générale légère de l'épisode, d'autant qu'il est souligné par le jeu tout à fait démonstratif d'Imogen Hassall. Mais il ne s'agit là que de broutilles, Amicalement vôtre se voit portée sur les fonds baptismaux avec un épisode particulièrement abouti et enthousiasmant, laissant augurer le meilleur d'une série d'on il pose les jalons avec maestria.

Avis de Denis Chauvet:


J’ai essayé la série en VO sur Premier contact, Overture en VO. Déjà la voix rauque de Tony Curtis est antipathique au possible. Ensuite, on perd plus qu’on ne gagne avec la VO. Certes, on a le plaisir d’entendre Moore parler français :’Nous sommes arrivés’ (lorsqu’il laisse l’autostoppeuse), la référence à Lew Grade est gommée (et remplacée par ‘N’abusez pas de votre physique’ aux hôtesses) et le jeu de mots sur ‘bell girl’ ne passe pas en VF. Néanmoins, c’est plus intéressant en VF. Quelques exemples : en VF, Danny suggère à Brett de faire ça dans une chambre d’hôtel (c’est ‘bedroom’ en VO et c’est moins drôle). Idem pour les prémices du combat : ‘Vous voulez recevoir une baffe ?’ (‘Do you want to fight ?) et ‘Je pense que vous pourrez pas me toucher (‘I wasn’t but I’m now’). Et le ‘vieux’ est ‘friend’ en VO.

A noter que lorsque Brett Sinclair lâche la première autostoppeuse, on aperçoit l’affiche pour le camping Le Vallon rouge. Celui-ci existe toujours.

Sinon, je mets 2 melons car comme souvent les pilotes sont surtout là pour présenter la série. C’est le cas ici. La course automobile est datée (comme le sont la plupart des scènes automobiles) et la bagarre des deux compères sur de l’insupportable accordéon ressemble à du Benny Hill, ce qui ne sera pas le cas de beaucoup de combats de la série. L’intrigue est plate et le dénouement déroutant.

J’ai bien aimé, comme je l’écrivais il y a quatre ans, la première scène de Brett Sinclair (‘Suivante’) et certaines répliques : ‘Après les femmes et les chiens, le meilleur ami de l’homme est le Créole crème’ (celle-là ne passerait plus aujourd’hui !!) et ‘Face, je gagne, pile tu perds’.

Infos supplémentaires:

La série est tournée sur pellicule couleur 35 mm, soit la qualité utilisée par le cinéma. Une spécificité onéreuse mais permettant d'optimiser les efforts réalisés dans les autres domaines de la production (voitures, costumes, décors naturels ou de studio).

Comme le confirme Roger Moore lui même dans ses mémoires, la photo du générique représentant Lord Sinclair enfant est en fait celle de son fils Geoffrey.

En VO, Danny demande à ce que l'on remercie « Sir Lew » pour son avion. Lew Grade, le magnat d'ATV, possédait effectivement un jet privé, évoqué par Roger Moore dans ses mémoires. Anobli en 1969, en tant que chevalier, il sera porté au rang de baron et de pair du Royaume en 1974.

Les Français semblent plus débonnaires : en version originales Brett et Danny sont menacés de 90 jours de prison par le juge, et seulement de 75 en version française !

L'Hôtel de Paris a effectivement servi de décor à l'arrivée de la course. Il s'agit d'un des palaces les plus prestigieux de Monte-Carlo, inauguré en 1864 et considéré comme l'un des plus beaux exemples du style Belle Époque. Il se situe à 25 km de l'aéroport de Nice, ce qui donne une certaine idée de la distance parcourue par nos héros. L'hôtel contient les plus grandes caves privées du monde, creusées à plus de 15 mètres sous terre, et abrite le Louis XV, célèbre restaurant d'Alain Ducasse. Situé à deux pas du Casino, cette propriété de la Société des Bains de Mer constitue l'endroit le plus prisé depuis lequel suivre le rallye automobile annuel.

La joyeuse chanson accompagnant la course automobile est  Gotta Get away, interprétée par Jackie Trent et Tony Hatch. Ce dernier se finit connaître durant les années 60 comme de producteur de Petula Clark et le créateur de plusieurs des tubes de celle-ci (Call Me). Il devient un compositeur régulier de séries télé (Emmerdale, Crossroads, Seinfeld, The Simpsons…). En 1966 il épouse la chanteuse et compositrice Jackie Trent, avec laquelle il formera un duo à succès dans la variété mais aussi la composition de comédies musicales.

La Dino Ferrari 246 GT est la version coupé du modèle, GTS représentant le cabriolet. Lancée en 1969 et développée jusqu'en 1973, son nom a été choisi en hommage à Dino, fils d'Enzo Ferrari, prématurément décédé en 1956. La Dino 246 fut la première Ferrari développée à relativement grande échelle (3761 exemplaires). Vendue à un prix moindre vis-à-vis du reste de la gamme, elle connut un grand succès pour son design mais aussi sa remarquable tenue de route.

L'Aston Martin DBS V8 fut la figure de proue de la marque de 1969 à 1972. Du fait de son grand succès commercial, même si remplacée par des modèles plus récents, sa production ne cessa totalement qu'en 1989. La voiture, au poids optimisé, était fameuse pour ses accélérations foudroyantes et sa conduite nerveuse. En tout 408 exemplaires furent fabriqués. Aucun modèle n'étant disponible lors du tournage, une six cylindres DBS fut modifiée pour en donner l'apparence. Avec prestige, le numéro minéralogique de la voiture de Lord Sinclair est BS1, succédant à la ST1 de Simon Templar.

Comme s'en était encore parfois la coutume, Imogen Hassall est doublée par une autre actrice dès la version originale. (source : Avengers Forever).  

Lors de sa première diffusion française, l'épisode s'intitulait Prise de contact.

Danny Wilde exhibe déjà ses fameux gants. Roger Moore raconte dans ses mémoires que Tony Curtis en était si raffolé qu'il lui arrivait de ne pas les oter, même pour se laver les mains ! (Amicalement vôtre, éditions l'Archipel, page 176).

Le Créole Cream est un cocktail traditionnel à base de rhum. La recette en est la suivante, d'après le livre La cuisine des séries (Flammarion).

Préparation : 10 minutes, au shaker.

Composition :

6 cl de rhum blanc,

2 cl de vermouth frais et non glacé,

2 cl de grenadine,

2 cl de jus de citron

Olive(s)

Verser tous les ingrédients dans le shaker, les frapper, puis servir dans un verre à pied.

Acteurs – Actrices

Laurence Naismith (1908-1992) connut une superbe carrière théâtrale, à Broadway comme au West End. S'il reste surtout remémoré pour sa participation à Amicalement vôtre, il tourna dans plusieurs grandes production comme Richard III (1954), Le Village des Damnés (1960), Les diamants sont éternels (1971), mais aussi A Night to Remember (1958) et Jason et les Argonautes (1963) avec Honor Blackman. À la télévision il apparut dans Le Fugititif, Destination Danger, Les Envahisseurs, Mannix, Le Retour du Saint…

Imogen Hassall (1942-1980) apparut dans plusieurs Spies Shows anglais des années 60, dont Le Saint (trois épisodes) et Les Avengers, où elle fut Anjali dans Escape in Time. Elle fut aussi une étoile des séries B de la Hammer durant les 70's. Sa création la plus connue demeure celle d'Ayak, dans Quand les Dinosaures dominaient le Monde (1970). Elle fut surnommée « Countess of Cleavage» (Comtesse du décolleté) et « Queen of Premieres » pour sa propension à apparaître aux premières dans de suggestifs atours, catalysant l'attention des photographes. Elle se suicida par surdose de médicaments, pour une raison demeurée mystérieuse. Une biographie lui a été consacrée en 2002, Tuesday's Child – The Life and Death of Imogen Hassall.

Alex Scoot (1929) participe à de très nombreuses séries anglaises des années 60, avant de s'en retourner dans son Australie natale où il devint une grande figure du cinéma national. Il participe à trois épisodes des Avengers : Square Roots of Evil, Faites de beaux rêves et Jeux, où il incarne Averman, l'homme d'affaires spécialiste du Stock Exchange.

Bruno Barnabe (1905-1998), ancien de la RADA, fut avant tout un comédien de théâtre. Il participe néanmoins à trois épisodes des Avengers : L'éléphant blanc, Du miel pour le prince (le Grand Vizir) et À vos souhaits !.

Séquence culte: Course automobile

Séquence culte: Une ou deux olives ?

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2. LE COUREUR DE DOT
(TO THE DEATH, BABY)

Diffusion : 18 février 1972

Scénario : Donald James (1931-2008) fut un auteur à succès, notamment avec les enquêtes de l'inspecteur Vadim, mais aussi avec des ouvrages historiques. Il était un spécialiste reconnu de la Seconde Guerre Mondiale et de la France occupée. Durant les années 60, il conçut des scénarios pour de nombreuses séries de Lew Grade, dont Le Saint, Cosmos 1999, L'Aventurier, Les Champions, Jason King, Department S etc. Il est également l'auteur de l'épisode Entre deux feux. Pour Chapeau Melon et Bottes de Cuir, il écrivit l'intrigue de Un dangereux marché.

Réalisation : Basil Dearden (1911-1971) fut un metteur en scène réputé, comptant à son actif de grandes productions comme Khartoum (1966) ou The Assassination Bureau, avec Diana Rigg (1969). Il bénéficiait de toute la confiance de Roger Moore, avec lequel il venait de tourner l'ambitieux thriller The Man Who Haunted Himself, en 1970. Également réalisateur des épisodes Premier Contact et Le Coureur de Dot, il décéda peu de temps avant la diffusion de la série, d'un accident de la route. Il était l'époux de Melissa Stribling, qui participa à La Danseuse mais aussi à Chapeau Melon.

Distribution: Jennie Linden (Shelley Masterson/Gladys Smith), Terence Morgan (Carl Foster), Thorley Walters (John Halton), Harold Innocent (Coady), Robert Russell (Ramon), Roger Delgado (Estoban), Juan Moreno (le serveur)

Résumé:

En Espagne, dans un palace, Brett et Danny séparent deux hommes en étant venus aux mains. L'un deux, Halton, se révèle l'administrateur des biens de Shelley Masterson, jeune milliardaire courtisée par un coureur de dot professionnel, Foster. Afin éloigner l'importun, mais aussi pour le plaisir de la compétition, les Persuaders vont chacun tenter de séduire la demoiselle. Mais Foster parvient à obtenir d'elle des signatures compromettantes, puis écarte Halton en le faisant enlever par des brigands locaux. Celui-ci est cependant libéré par Danny et Brett, tandis que Shelley ouvre les yeux sur le comportement de son soupirant. Pour éviter le scandale, elle accepte néanmoins le chantage de ce dernier, qui réclame 100 000 $ contre la restitution des documents. Face au refus de Halton, chacun des Persuaders, n'ayant pas renoncé à leur joute, lui apporte la somme... mais en fausse monnaie ! Survient alors un brusque retournement de situation, quand il s'avère que toute cette histoire ne constituait qu'une vaste arnaque, destinée à leur soutirer cet argent. En parfaits gentlemen, Brett et Danny viennent néanmoins sauver la jeune femme des griffes d'un dangereux criminel, lui aussi victime de l'escroquerie.

Critique de Estuaire44:

L'épopée des Persuaders en Espagne se montre particulièrement amusante, l'humour provenant de diverses sources s'entremêlant avec réussite. La première dynamique résulte du duo lui même, une nouvelle fois irrésistible. Nos amis ne se situent décidément pas dans la famille des héros chevaleresques traditionnels. Leur souci de venir à la rescousse de la jeune femme s'accompagne d'un motif moins louable mais au combien ludique : poursuivre leur amicale rivalité, sur le terrain de la conquête des cœurs. Se prenant au jeu comme de vrais gamins, ils nous régalent de plusieurs scènes absolument irrésistibles, d'autant qu'elles se pimentent de plaisanteries acidulées, sur la nationalité ou la classe sociale du compétiteur. Les coups paraissent également répartis et les excellents dialogues crépitent, tandis que Roger Moore et Tony Curtis excellent toujours dans le registre de la comédie légère, entre vaudeville et screwball comedy. La scène hilarante où Danny tente infructueusement de forcer une porte évoque ainsi irrésistiblement Le Pigeon, le chef-d'œuvre de Mario Monicelli.

Mais à cet aspect vient encore se greffer le regard délicieusement distancié qu'Amicalement vôtre porte sur ses héros. Les voir fiers comme Artaban d'avoir déjoué la minable escroquerie des faux billets, pour ensuite les découvrir totalement embobinés par  l'arnaque autrement élaborée de Foster, reste délectable. Pareillement Le coureur de dot nous montrera Lord Sinclair dans une posture assez dégradante face à Ramon, avant qu'il n'en triomphe, ou les héros avoir recours au renfort de ce douteux individu avant d'assaillir les troupes de Coady. Une fois les masques tombés, ils se prendront derechef un joli râteau avec la délurée Gladys. Cette ironie enveloppant les exploits des protagonistes, vraie originalité de The Persuaders ! vis à vis des séries d'aventures britanniques Sixties, apporte une savoureuse dimension picaresque au récit. On va cependant légèrement trop loin avec l'affaire des faux billets : que Brett et Danny envoient la jeune femme à un rendez-vous pouvant mal tourner, lestée d'une monnaie de pacotille, dérange quelque peu par le risque encouru.

De plus, contrairement à Premier contact, le timing se montre parfait entre humour et développement de l'intrigue, celle-ci ne se réduisant pas du tout à la portion congrue. Bien au contraire, la combine conçue par Foster se révèle parfaitement orchestrée. Le romancier Donald James démontre une véritable habileté dans l'élaboration du scénario, jusqu'à un twist réellement explosif. L'épisode joue judicieusement la carte de la véracité absolue, jusqu'à y insérer Coady dès le prologue, une excellente idée de scénariste. Certes tout ne sonne pas juste, comme la facilité avec laquelle Halton accorde sa confiance aux Persuaders, ou l'inutile et maladroite mise à sac de la chambre de Danny. Mais le spectateur ayant plutôt mis cela sur le compte de la naïveté de l'époque, ces réserves ne privent pas l'effet de jouer à plein. Confronter le duo vedette à des faisans constitue une bonne initiative, synchrone avec la légèreté de la série. On observe d'ailleurs qu'après deux épisodes l'on ne répertorie toujours aucun assassinat. Coady intervient cependant à point nommé, la menace qu'il véhicule empêche le propos de glisser dans la gratuité ludique, sans dénaturer le récit grâce à sa non concrétisation. C'est bien joué.

Outre qu'elle autorise une succession continue de rocambolesques péripéties,  cette astucieuse intrigue permet de parfaitement restituer l'atmosphère de la société dans laquelle se meuvent Wilde et Lord Sinclair : une jet set insouciante et sybarite, aussi charmante que quelque peu vaine et déconnectée du monde (le pays subit alors les ultimes soubresauts répressifs du Franquisme, ainsi que de grandes tensions sociales). Immuable également, car l'on n'y dénote pas non plus de notable évolution quarante années plus tard, hormis une certaine perte d'élégance. L'histoire jette également un regard intéressant sur le passé de Danny, connaissant les personnages troubles peuplant les traverses de ce petit univers, au sarcastique ébahissement de l'aristocrate britannique.

Le sens de l'action démontré par ce récit se voit également soutenu par une mise en scène vive et pertinente, même si l'on regrette une nouvelle fois ces vues de conducteurs réalisées  en studio, particulièrement évidentes. Les parcours en automobiles paraissent d'ailleurs trop longs, pénalisant le rythme de l'intrigue, d'autant qu'ils sont étonnamment tournés dans la pénombre, privant les décors naturels d'une bonne partie de leur impact. Les décors intérieurs manifestent le talent coutumier de l'équipe de production, mais souffrent d'un manque de cachet authentiquement espagnol (notamment dans la villa de Foster), et c'est d'ailleurs sur ce point précis que le bât blesse pour Le coureur de dot.

En effet, l'épisode va non seulement véhiculer les clichés usuels, ici déployés sans finesse aucune, mais aussi donner une vision pour le moins consternante et hors sujet de l'Espagne. On a bien entendu droit au marronnier de la corrida, ici singulièrement mal mis en scène par un insert grossier, suivi d'une scène en studio dont l'indigence tranche nettement avec le reste de la production. Le catalogue des poncifs éculés se poursuit par le Flamenco, avec cette fois un humour involontaire mais assez irrésistible. Les auteurs semblent croire que cette danse se pratique partout en Espagne, alors qu'elle se limite essentiellement à l'Andalousie. Or rien dans l'environnement naturel ou l'habitat n'évoque cette région (le tournage a été réalisé aux alentours de Cannes) et voir toute une population s'y adonner équivaut à mettre en scène un bagad celtique en Provence, c'est risible. On a également droit à la promenade équestre, un cliché inscrit au répertoire depuis le récent Au Service secret de Sa Majesté (1969), autre monument du genre concernant l'Espagne.

Histoire de renforcer une ambiance hispanique si défaillante, les Persuaders multiplient les locutions locales basiques, mais l'épisode joue de malchance car Hasta la vista a revêtu depuis une connotation à la Terminator. Roger Moore en T-1000, cela ne fonctionne pas vraiment. Mais on atteint une apothéose avec le village. Sous nos yeux éberlués se déroule un remake pseudo ibérique de Murdersville puisque, apparemment, toute la population est dans le coup,  sans un seul autochtone ressentant le moindre embarras.  Sauf qu'ici l'on ressent bien qu'il s'agit d'une norme et non pas d'une situation décalée. De plus, visiblement Lord Sinclair ne conduit pas une Aston Martin mais une Delorean, tant il voyage dans le temps en pénétrant dans cet endroit si arriéré qu'il ne déparerait pas dans la Californie de Zorro, voire le Colomba de Prosper Mérimée. C'est limite Twilight Zone comme ambiance. De plus les costumes locaux ne sont pas franchement espagnols, mais plutôt corses, sardes ou piémontais. En fait l'on s'aperçoit que l'on ne se situe pas vraiment en Espagne, mais plutôt dans une Europe méridionale fantasmée et indéfinie, entre sous-développement absolu et crapulerie viscérale. On comprend que Moore ne se soit pas senti dépaysé chez Fleming.

Le coureur de dot bénéficie par ailleurs d'une brillante distribution, apportant une authentique saveur aux seconds rôles. En guest star brièvement échappé des plateaux de Doctor Who, Delgado accomplit une performance joyeusement caricaturale, laissant de plus entrevoir le charisme inouï qu'il parvint toujours à insuffler au Maître. La vraie curiosité que constitue sa courte confrontation avec Roger Moore représente l'un des pics de l'épisode, mais aussi l'un de ses rares clins d'œil réussis à l'Espagne (à écouter en VO). Gladys campe une jeune femme faussement effacée, dont l'apparent suivisme participe totalement au rebondissement final, en s'assimilant si bien aux conventions du temps. Jennie Linden lui apporte une charmante espièglerie des plus délurées, lui seyant à merveille. Le supérieurement talentueux Innocent insuffle une vraie présence à son personnage aussi glacial qu'imbu de lui même. On se situe dans l'archétypal mais avec une délectation sans mélange. Thorley Walters et Robert Russell se montrent également solides, illustrant avec succès la propension d'Amicalement vôtre à employer des valeurs sûres et expérimentées.

En définitive Le coureur de dot parvient à agrémenter la réussite de son astucieuse intrigue par le talent de ses interprètes et l'humour enlevé de nombre de ses situations. Passant outre certains clichés parfois irritants, il constitue un appréciable épisode, fort distrayant.

Avis de Denis Chauvet:


J’avais été trop dur avec celui-ci ne lui accordant qu’un petit melon. Il vaut en fait un bon 2. Pas pour l’intrigue qui ressemble étrangement à celle de Premier contact, ni pour les seconds rôles, très fades dans leur ensemble, mais pour les scènes entre les deux héros. Les passages les plus intéressants sont toujours les mêmes pour moi : la confrontation Brett/Danny avec leurs drapeaux respectifs et la séquence burlesque du cambriolage. On peut aussi y ajouter la façon avec laquelle Wilde raconte sa partie de poker (en VF).  Les héros et l’escroc escroqués par un trio inconsistant ne prend pas beaucoup par contre. Beaucoup de scènes en studio et Jennie Linden est doublée, contrairement à Roger Moore, dans la séquence équestre. La réplique de l’épisode : ‘Vous êtes en avance, on ne sort les ordures que dans deux heures.’

Infos supplémentaires:

Malgré le portrait peu flatteur donné de leur pays, les Espagnols réservent un excellent accueil à la série, tout comme l'Amérique latine. Le doublage castillan demeure très fidèle à la version originale, contrairement aux versions françaises et allemandes, laissant la part belle à la stimulante fantaisie des doubleurs. La série conserve d'ailleurs son appellation initiale avec Los Persuadores ! (comme Chapeau Melon, avec Los Vengadores). En Argetine, tout comme dans le reste de l'Amérique hispanique, elle se nomme Dos tipos audaces (Deux hommes audacieux).

Lors de la rencontre avec Estoban, Lord Sinclair inaugure ce qui va devenir l'un des rituels de la série : la chronique fantaisiste des hauts faits de ses ancêtres. Ce symbole de l'excentricité britannique est annoncé par les innombrables tantes de Steed et devance les intarissables souvenirs de guerre d'Higgins ou encore les pittoresques histoires de démon de Ruppert Giles.

La véritable Shelley se marie à l'église St George, Hanover Square. Située dans la Cité de Westminster, à proximité de la très huppée Regent Street, cette superbe église du début du XVIIIème siècle constitue le lieu attitré des mariages de la haute société. Sa paroisse couvre Mayfair, Belgrovia et Pimlico. L'orgue colossale de l'église accueille des concerts réputés, dont le festival annuel consacré à Haendel.

L'arbalète, arme de jet connue depuis l'Antiquité, est toujours pratiquée de nos jours. Des compétions sportives se développent, séparées en perses catégories : à 10 ou 30 mètres, à l'extérieur ou en salle. Elle est également utilisée à la chasse, notamment aux sangliers, mais aussi pour effectuer des prélèvements sur les cétacés, destinés à la recherche scientifique ! L'arbalète connaît également toujours des applications militaires, notamment pour faire exploser les mines (USA), mais aussi dans le cadre de guérillas (Kosovo) ou au contraire pour le maintien de l'ordre avec des carreaux incapacitants (Chine). Il s'agit également de l'une des armes fétiches de Buffy, la Tueuse de Vampires…

L'arme utilisée par Ramon est le bâton de berger traditionnel, également appelé houlette, ou crosse. Son extrémité recourbée sert à ramener dans le troupeau le mouton (brebis, chèvre…) s'en écartant. L'animal est saisi par la patte arrière et surtout pas par le cou, comme les infortunés Sinclair et Coady. Son modèle a inspiré la crosse épiscopale, selon un évident symbolisme, mais aussi le sceptre recourbé des pharaons. Un autre type de houlette servait à projeter des mottes de terre que l'on projetait ensuite sur l'animal pour le forcer à rejoindre les siens.

Foster, puis Coady, lisent The Tatler.  Intitulé en référence à un journal publié de 1709 à 1711, ce magazine fut lancé en 1901. Il s'agit d'une publication mondaine, décrivant l'actualité des personnalités célèbres ou des membres du Gotha : bals, évènements caritatifs, mariages, chasses, courses… Renommé London Life en 1965, il vient de retrouver son appellation initiale peu de temps avant le lancement de la série. Toujours très lu de nos jours, The Tatler développe désormais des guides dérivés : restaurants, voyages, spas… Le numéro d'octobre 2010 sacre Olivia Palermo comme Girl of the year.

Sans doute pour renforcer la Spanish Touch (et pour l'insertion de marque…), cet exemplaire du Tatler s'orne d'une publicité vantant les mérites de Tio Pepe. Il s'agit de la marque de Sherry la plus vendue au monde. Inaugurée en 1835, la société est basée tout près de Jerez et la visite de ses gigantesques caves constitue une originale attraction touristique de la région. Les bâtiments actuels, inspirés de Le Corbusier et contemporains de la série, furent construits de 1969 à 1974. Ils sont classés au patrimoine historique. Tio Pepe mène effectivement une politique très active de communication, la célèbre Puerta del Sol madrilène accueillant ainsi un gigantesque panneau publicitaire désormais inscrit dans le paysage. Son logo, une bouteille habillée d'un chapeau et d'une veste rouge, demeure l'une des figures les plus populaires des réclames espagnoles, de même que le slogan Sol deAndalucia embotellado.

L'hôtel où résident les Persuaders est en fait une résidence située à Cannes, Boulevard Métropole. (source : Avengerland)

Le superbe manoir anglais aperçu dans le prologue se situe à Iver (Buckingham Shire), à 30 km au nord est du centre de Londres (source : Avengerland). Il s'agit en fait d'une dépendance de Heatherden Hall. Ce bâtiment victorien abrite les services administratifs des studios de Pinewood, tout en servant régulièrement de décor. Durant les années 30, cette résidence appartenant à un homme d'affaires canadien devient un lieu de rencontres entre politiques et diplomates. L'accord prévoyant indépendance de l'Eire y fut signé. En 1934, Heatherden Hall fut racheté par Charles Boots qui créa et développa les studios sur les terrains entourant la propriété. Les nombreux arbres entourant le manoir suscitèrent le nom de « Pinewood ». La résidence apparaît dans de nombreuses productions, dont Bons baisers de Russie où elle est le quartier général de l'île du SPECTRE, dans le prologue. Dans ses mémoires Roger Moore rapporte que les différentes pièces et jardins de Heatherden Hall furent utilisées dans de nombreuses scènes de la série.

Acteurs – Actrices

Jennie Linden (1939) participa à diverses séries des années 60, dont Le Saint, Les Champions ou L'Aventurier. Plus récemment elle parut dans Casualty et The Practice. Au cinéma elle joua dans Women In Love (1969) et surtout dans l'une des adaptions sur grand écran de Dr Who, aux côtés de Peter Cushing : Dr Who and the Daleks (1965). Elle incarne Katie dans Le quadrille des homards, le dernier épisode de la période Cathy Gale.

Terence Morgan (1921-2005), ancien de la RADA, se fit connaître dans les rôles du répertoire, notamment à l'Old Vic Company de Laurence Olivier. Il incarne Laërte dans le Hamlet de 1948. Après de nombreux rôles de mauvais garçon, il devint populaire pour le rôle titre de Francis Drake (1961-1962), déjà face à Roger Delgado interprétant l'ambassadeur d'Espagne.

Roger Delgado (1918-1973) est né d'un père espagnol et d'une mère française. Il eut souvent des rôles de vilains mais la voix de ce natif de Whitechapel  était également célèbre dans les dramatiques radios de la BBC pour son pur accent cockney. Il tourna dans Destination Danger, Le Saint – deux épisodes, L'Homme à la Valise, Les Champions, Jason King… Il demeure particulièrement remémoré pour sa remarquable création du Maître, l'éternelle Némésis du Docteur (Dr Who, 1971). Il affronte Tara dans Le Visage et participe également à Crescent Moon. Il est décédé, ainsi que sa femme, dans un accident de voiture en Turquie. Parmi le groupe d'acteurs tournant dans les séries d'ATV, il reste celui comptant le plus d'apparitions, avec pas moins de 16 rôles répertoriés. Son nom complet était Roger Caesar Marius Bernard de Delgado Torres Castillo Roberto.

Thorley Walters (1913-1991) est connu pour ses participations dans des comédies à partir des années 50 et des films d'horreur de la Hammer (années 60 et 70). Il a joué le rôle du Dr Watson dans plusieurs films. Il interpréta Hemming dans Les espions font le service.

Robert Russell (1936-2008) tint de multiples seconds rôles tout au long de sa carrière, au théâtre comme à la télévision.  Son imposante stature le conduist à se spécialiser dans les personnages hostiles. Il apparaît dans Dr Who, Dick Turpin, Cosmos 1999, Public Eye, Z cars, Les Champions, Department S, Le Saint… Dans le monde des Avengers il incarne Lubin (Les évadés du monastère).

Harold Innocent (1933-1993), fut Parbury dans  Du bois vermoulu et Frank Leeson dans Les Sorciers. Il participe à Alfred Hitchcock Présente, La Quatrième Dimension, Les Professionnels, Dr Who... Au cinéma il apparaît dans Henry V (1989) et Robin des Bois, Prince des voleurs (1991). Il fut également un grand acteur de théâtre, spécialisé dans les rôles de vilains et de despotes et l'expressivité de sa voix lui valut de nombreux rôles à la radio. 

Séquence culte : La confrontation Danny / Brett


Séquence culte : Danny Wilde, gentleman cambrioleur

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3. MINUIT MOINS HUIT KILOMÈTRES
(FIVE MILES TO MIDNIGHT)

Diffusion : 7 janvier 1972

Scénario : Terry Nation

Réalisation : Val Guest (1911-2006) mena avec succès une double carrière d'auteur et de metteur en scène. Au cinéma il réalisa ou écrivit de nombreux films de Science-fiction des années 50 aux 70, notamment pour la Hammer (The Day the Earth Caught Fire, 1961) et participa à la première version de Casino Royale (1967). Il travailla également beaucoup pour la télévision, dans de très nombreuses séries britanniques. Epoux de l'actrice Yolande Nolan, il fit paraître ses mémoires en 2001, So You Want to be in Pictures. Il écrivit également le scénario de l'épisode Les pièces d'or et réalisa Un ami d'enfance.

Distribution: Laurence Naismith (juge Fulton), Joan Collins (Sidonie), Robert Hutton (Frank Rocco), Robert Rietty (Torino), Ferdy Mayne (Comte Sangallo), Jean Marsh (Nicola), Arnold Diamond (Brusati), Ian Thompson (Vasile), Robert Gallico (Manny Howard)

Résumé:

Frank Rocco, grande baron de la mafia activement recherché aux États-Unis, connaît une liaison adultère avec l'épouse d'un rival. Découvert, il assassine celui-ci et se voit désormais traqué par l'organisation. En échange d'une protection et d'une remise de peine, il propose sa collaboration à l'ambassade américaine de Rome. Le juge Fulton demande alors à Brett et Danny de faire sortir en grand secret Rocco d'Italie, craignant des complicités dans la police. Brett et Danny se lancent alors dans un convoyage à haut risque, poursuivis de près par les tueurs de la Mafia. De plus, ils se voient contraints d'accepter la présence de Sidonie, un amie photographe de Danny désireuse d'exploiter le scoop représenté par l'expédition. Après bien ds péripéties l'équipe parvient à gagner la Suisse mais les Persuaders découvrent alors qu'ils n'ont servi que de leurre. Tandis qu'ils captaient l'attention des criminels, le juge voyageait tranquillement avec le vrai Rocco, le pseudo étant un agent américain.  Ils ne se montrent pas rancuniers mais doivent alors affronter la colère de Sidonie…

Critique de Estuaire44:

Minuit moins huit kilomètres étonne de prime abord par l'intensité et le ton macabre de son prologue, totalement en rupture avec ce que Amicalement vôtre a développé jusqu'ici. Tourné dans la pénombre, sur un ton volontiers sépulcral, ce passage nous vaut ainsi les premiers meurtres de la série, dont l'un se déroulant sous nos yeux, celui de l'épouse (pour le coup, on se situe loin des Avengers). La découverte particulièrement frappante des corps illustre le sens de l'image du vétéran Val Guest, de même que le parfait minutage de la scène. On peut se demander si l'atmosphère italienne et l'expérience du metteur en scène ne l'ont pas conduit à instaurer une atmosphère explicitement proche du Giallo, dont ce début des années 70 voit l'apogée (trilogie animalière de Dario Argento). Plusieurs éléments de genre particulièrement codifié s'y reconnaissent, comme la théâtralisation des postures ou la stylisation morbide. Le succès de cette ouverture se trouve couronné par la brève mais troublante prestation de Jean Marsh en femme lucide et résignée, attendant l'inévitable trépas. Une présence et une gravité rompant avec la succession de sémillantes jeunes femmes dont la série s'est faite la spécialité.

On découvre une toute autre ambiance dans la suite de cet épisode trépidant et ensoleillé. Sans doute toujours dans l'optique de percer en Amérique, Terry Nation opte ici pour le Road Movie, genre y connaissant toujours un continuel succès, au grand écran mais aussi dans les séries télévisées (les X-Files y recourront également avec l'excellent Drive). L'épisode développe souvent avec bonheur les codes de ce style de productions. L'élément purement automobile se voit particulièrement soigné, mêlant le pittoresque (le Modèle Huit, le camion antédiluvien) au classieux (sublimes Mercedes). Val Guest résiste au plaisir d'installer des scènes de poursuite nerveuses, hors sujet ici. Par contre il réussit totalement la miseen  avant de sublime paysages, un grand atout du genre et par suite de Minuit moins huit kilomètres. Qu'ils soient urbains, avec la fastueuse promenade romaine de Lord Sinclair, ou ruraux (sublimes sites bucoliques ou montagnards), les panoramas se révèlent toujours ravissants et finement filmés. On observe ici une heureuse rupture avec Le Coureur de dot, le soleil méditerranéen perçant enfin la pénombre. De plus, même le tournage s'étant essentiellement déroulé aux alentours de Menton et Nice, on se sent en Italie, contrairement à la précédente Espagne de pacotille.

L'habile Terry Nation réussit également cette dimension humaine constituant l'âme des meilleurs Road Movies, le voyage psychologique accompagnant le physique. Le Road Movie convient parfaitement à Amicalement vôtre,  celle-ci plaçant déjà la relation entre les héros au cœur de sa problématique. Et certes l'humour, la fantaisie et les échanges d'excellentes vannes coutumiers ne manqueront pas à l'appel. Mais l'épisode sait aller plus loin en révélant la vérité des personnages derrière leur apparente légèreté, une découverte souvent mise en scène dans ce type de films. Cela nous vaut deux scènes particulièrement touchantes, avec Danny embarrassé de voir le faux Rocco l'interroger sur le sens de son engagement, montrant bien que l'excitation de l'aventure n'est pas tout, et plus explicitement encore, Brett confessant à Sidonie la prise de conscience du vide de son existence après l'accident ayant mis un terme à sa carrière sportive. Avec un timing idoine, émouvants sans devenir sentencieux, ces passages apportent une profondeur bienvenue à des héros en quête d'un sens pour leur vie, tout en exposant une autre facette du talent de Tony Curtis et Roger Moore.

Malheureusement l'épisode se montre nettement moins performant sur d'autres points. L'entrée en lice des Persuaders s'effectue tout de même d'une manière terriblement artificielle. On se demande bien pourquoi les services américains auraient besoin d'aller trouver un juge anglais à  la retraite, et ses deux acolytes, pour organiser l'exfiltration de Rocco. Tout le passage dans l'appartement de Sidonie se montre naïf au plus haut point. Qu'il est vraisemblable de situer le rendez-vous chez une photographe, alors que le secret est désiré. En fait on se préoccupe avant tout d'insérer les Persuaders dans la trajectoire du Road Movie, sans trop se soucier de vraisemblance. L'argument du convoyage du criminel « repenti » ne brille pas non plus par son originalité. Surtout Nation ne parvient pas à dépasser le principal handicap du Road Movie, la linéarité de l'action. Une fois posée la problématique il va se contenter d'ajouter les diverses péripéties, comme d'autres enfilent des perles. On trouve ici un argument, pas vraiment un scénario. De plus les différents évènements se montrent souvent trop prévisibles. Le Comte suinte la félonie doucereuse par tous les pores de la peau et l'on tremble de honte pour nos Persuaders quand ils tombent dans le panneau grossier des faux policiers. Nos valeureux playboys paraissent décidément plus crédules et moins perfides qu'un John Steed, qui aurait assurément flairé l'embrouille à des kilomètres. Le retournement de situation final est bien trouvé, mais apparaît comme une redite après l'arnaque de l'épisode précédent.

D'ailleurs le voyage débute fort mal, avec tout un segment où pas grand-chose d'intéressant  ne se déroule. Arrêt pour acheter de la nourriture  ou halte repos, rien ne distingue véritablement le voyage des héros de celui des innombrables vacanciers de l'époque. Il faut dire que l'épisode se tire une jolie balle dans le pied en séparant durablement nos héros. On distingue ici à quel point leur relation et ses étincelles représentent le principal moteur de la série : dès qu'ils sont séparés Amicalemnt vôtre perd indéniablement en intérêt. Minuit moins huit kilomètres ne se lance véritablement qu'avec le retour de Sinclair, trop tardif. L'électricité est alors rétablie, et les échanges de piques entre les deux amis nous distraient comme toujours, avec les excellentes tirades coutumières (Bon sang mais réfléchis un peu Daniel ! Moi j'ai toutes les décisions à prendre et toi tu as seulement à prendre les risques !). Dès lors le périple atteint son rythme de croisière et nous distrait, porté par la complicité et la bonne humeur distanciée des héros, la mise en scène judicieuse de Val Guest et la nouvelle réussite des décors extérieurs et de studio (le salon du comte est sublime tout en sonnant juste) La pétillante musique italienne apparaît fort bien choisie, elle constitue un support particulièrement entraînant pour l'action. Et puis l'on commence à prendre son parti des scènes de conduite aux truquages toujours si évidents.

Comme tout bon Road Movie qui se respecte, Minuit moins huit kilomètres constitue également l'occasion de développer toute une galerie de portraits, mais avec un inégal succès.

Joan Collins  défend correctement son personnage, mais sans réel brio. Sidonie se situe dans la moyenne des « filles de la semaine » de la série, c'est-à-dire qu'elle ne participe pas vraiment à l'action, se cantonnant à un suivisme à peu près total. De plus Brett et Danny n'ont pas loisir d'instaurer une compétition amusante, comme celle de l'épisode précédent. En fait, hormis le tag conclusif, on achève l'épisode en se demandant à quoi elle sert au juste. On apprécie par contre vivement son  appartement au psychédélisme si 70's, amusant à comparer avec celui de Tara King : également un duplex en folie, mais bien moins nombriliste ! Le côté bien plus américain qu'italien du faux Rocco et de son interprète écorne la surprise finale, tandis que ses sempiternelles rebellions lassent vite. Le personnage paraît très  joué, dans tous le sens du terme. Le commissaire menant les opérations demeure essentiellement périphérique et de dégage pas grand-chose. De plus son bureau à la carte Michelin épinglée au mur, paraît très pauvre vis-à-vis des autres décors de la série, c'est limite nanar d'époque.

Par contre Torino apporte un vrai plus à l'épisode. La composition sobre et efficace de Rietty en traqueur déterminé paraît bien plus réaliste et convaincante que la version burlesque et hors d'âge de la mafia qu'il donna dans La Loi du Silence. On mesure le volonté de (relatif) réalisme qui habite Amicalement vôtre par rapport à Chapeau Melon. La série s'éloigne ici des Spies Shows 60's pour lorgner vers les productions policières se dessinant en ce début des 70's. Dans son genre particulier le Comte s'avère lui aussi une réussite, même si se situant dans l'imagerie d'Epinal concernant nos amis ultramontains, forcément raffinés et fourbes (que les Français se rassurent, après les Espagnols puis les Italiens, ils vont aussi y avoir droit). Mais, davantage encore, on goûte décidément la fantaisie malicieuse et empreinte de joyeux cynisme du Juge Fulton. On raffole du jeu savoureux de Laurence Naismith, ainsi que de la complicité instaurée entre les personnages aussi bien qu'entre les comédiens, particulièrement sensible à l'écran. Ici comme toujours il apporte une indéniable valeur ajoutée à cet épisode inégal mais en définitive plaisant grâce aux compositions si plaisantess des deux principaux protagonistes.

Avis de Denis Chauvet:


Après un prélude énigmatique, Brett et Danny traversent l’Italie pour, soi-disant, mettre à l’abri un mafieux italien. J’aime bien cet épisode qui débute dans le studio de la charmante Sidonie et qui se poursuit dans cette vieille camionnette Citroën, trop vite abandonnée.

Mon passage préféré est le repas dans la demeure du noble et la présentation de l’addition m’amuse toujours autant (‘J’emporterai le whiskey avec nous’). La cavale en vélo et vieille guimbarde est truffée de dialogues savoureux  et le final dans la maison abandonnée n’est plus une surprise avec les rediffusions mais il reste divertissant surtout lorsque Brett raconte l’histoire d’un des ses ancêtres terminant par : ‘Ils l’ont massacré’. Et puis Joan Collins/Sidonie est un atout non négligeable.

A noter qu’il n’y a pas que de la pub gratuite pour Fanta ; il y a des cartons Buitoni dans la planque assiégée des Persuaders !

Infos supplémentaires:

Le choc entre les deux fortes personnalités de Tony Curtis et Joan Collins provoqua des étincelles. Dans ses mémoires Roger Moore raconte comment leur antagonisme suscita une atmosphère détestable durant le tournage (Curtis allant jusqu'à traiter publiquement sa partenaire de « conne »). Moore, comptant également parmi les producteurs de la série, dut déployer des trésors de diplomatie pour éviter une explosion définitive.

La demeure du Comte Sangallo est en fait Woolmer's Park, bien connue des amateurs des Avengers pour constituer la fastueuse demeure de Paul Beresford dans Le retour des Cybernautes. Ce manoir de la fin du XVIIème siècle se situe à Letty green, dans le East Hertfordshire. Depuis les années 50 il abrite un important club de Polo, ainsi que ses diverses installations. Woolmer's Park apparaît également dans l'épisode Trop d'indices, ainsi que dans plusieurs autres séries de l'époque (sources : Avengersland et Avengers on location).

Le bois où les Persuaders et Sidonie prennent congé du juge et du faux Rocco est celui de Black Park Lake, situé non loin de Pinewood. Il figure dans plusieurs épisodes de la série, ainsi que dans les New Avengers. En effet, à trois reprises il y tient lieu de zone frontière entre l'Est et l'Ouest, dans Pour attraper un rat, Les anges de la mort et Méfiez-vous des morts !. Du fait de la proximité des studios, ces bois apparaissent dans un grand nombre de productions anglaises.

Le porche devant lequel le Comte attend l'arrivée de Torino est celui de High Canons. Ce superbe manoir situé dans le Hertfordshire constitue également la résidence de Sir Lexius Cray dans Le Vengeur Volant. Située dans le Well End, cette magnifique résidence du XVIIIe siècle apparaît dans de nombreuses séries : Destination Danger, le Baron, Le Saint, L'Aventurier

Une partie des scènes se sensées se dérouler à Rome furent en fait tournées à Nice. Parmi celles effectivement réalisées dans la capitale italienne, Lord Sinclair passe devant la Piazza del Popolo, la Piazza di Venezia, le monument dédié à Victor Emmanuel, le Colisée et le Palais du Quirinal, résidence du président de la république italienne. La plupart des vues de Rome se situent dans les superbes avenues entourant le Vatican. Des images de la séquence du Colisée seront réemployées dans Entre deux feux.

Le pittoresque véhicule de Sidonie est le fameux fourgon Modèle H de Citroën.  Il fut produit de 1948 à 1981, pour un total de 473 289 exemplaires. Révolutionnaire en son temps il représentait alors un progrès considérable par l'importance de sa charge utile et la qualité de sa suspension arrière permettant une excellente tenue de route. Il demeure cependant gourmand en carburant et assez lent. Le modèle H demeure associé aux " paniers à salade "  de la police mais également aux utilitaires de nombreux commerçants. Le nom de « H » provient du fait qu'il s'agissait du huitième projet mis en œuvre sur la période. Véhicule à la longévité exemplaire, utilisé par de nombreuses professions, le Modèle H apparaît dans de nombreux films et séries,  constituant par exemple le symbole de Louis la Brocante.

L'Italie semble peuplée de voitures étrangères, notamment françaises ou allemandes. La plupart des modèles aperçus dans l'épisode sont des Citroën, des Peugeot ou des Mercedes, et non des Fiat. Même la Ferrari Dino de Danny manque à l'appel.

L'accident ayant mis fin à la carrière sportive de Lord Sinclair s'est déroulé à Monza, ville de Lombardie où se déroule traditionnellement la grand prix d'Italie de Formule 1, depuis 1921 (Imola accueillant le Grand prix de Saint-Marin). Son actualité est effectivement marquée par un dramatique accident survenu en 1970, coûtant la vie au leader du championnat, l'autrichien Jochen Rindt, durant les essais. Les circonstances de sa sortie de route, similaire à celle évoquée par Brett, ne furent jamais réellement déterminées, même si l'on supposa une défaillance des freins.

Assez logiquement dans cet épisode à dominante automobile, le juge Fulton lit un magazine y consacrant un important article intitulé Automondo. Assez ironiquement vis-à-vis de ses collaborateurs, il y est question de vacances.

A l'occasion d'une magnifique insertion de marque, les différents véhicules quittant Rome démarrent devant un panneau publicitaire vantant les mérites de Fanta. Le nom de ce  soda sans  caféine provient de l'allemand Fantasiegetränk (« boisson fantastique »).Du fait du blocus existant durant la guerre le Coca Cola vient vite à manquer en Europe, et la jusque là division allemande de Coca Cola le développa en substitution, à partir de cidre et de lait. Les autres filiales adaptèrent les saveurs aux productions nationales, avant que Coca Cola ne rachète tous les droits et ne relance la marque en 1960. Le goût orange demeure le plus populaire mais 70 saveurs existent, le Fanta étant commercialisé dans 180 pays. Dans les années 70, Fanta était bien plus répandu en Espagne et en Italie qu'en France, du fait de l'abondance en agrumes, et cette boisson reste indissociable des vacances estivales de l'époque.

Acteurs – Actrices

Joan Collins  (1933) reste bien entendu l'emblématique Alexis de Dynastie (1982-1989) mais cette actrice anglaise a également accompli une solide carrière au cinéma (La Terre des Pharaons, 1955 ; Bravados, 1958). Elle se fait néanmoins surtout connaître à la télévision, où elle participe à Star Trek, Mission Impossible, Cosmos 1999, Police Woman, Starsky et Hutch, Will and Grace, L'amour du risque, Femmes de footballeurs, Miss Marple etc. Joan Collins est égalemnt l'auteur à succès de plusieurs ouvrages de conseils de vie et de romans.

Jean Marsh (1934) connut un immense succès en Grande-Bretagne avec Upstairs-Downstairs (Maîtres et valets, 1971-1975), série qu'elle interpréta et coécrivit. Elle participa également à I Spy, La Quatrième Dimension, Doctor Who, Le Saint (quatre épisodes), Department S,Gideon's Way, Hawaï Police d'Etat… Au cinéma Jean Marsh interpréta notamment l'infâme Reine Bavmorda (Willow, 1988). De 1955 à 1960 elle fut l'épouse de Jon Pertwee.

Arnold Diamond (1915-1992) participa à deux épisodes des Avengers : Fog (Haller) et Who's who ??? (Dr Krelmar). Il est une figure régulière des séries britanniques, tenant notamment le rôle semi-récurrent du Colonel Latignant dans Le Saint (5 épisodes). Maîtrisant plusieurs langues, ainsi que leur intonation,  il tint de nombreux rôles d'étrangers : Français, Allemands, Russes…

Robert Rietty (1923) naît à Londres dans une famille d'origine italienne (don vrai nom est Rietti). Parfaitement bilingue, il conservera toujours une activité d'interprète et de traducteur d'auteurs italiens (Pirandello), parallèlement à sa carrière de comédien. Enfant star à neuf ans, il apparaît ensuite dans de nombreuses séries (Destination Danger, L'Homme à la Valise…), mais cet ami proche d'Orson Welles demeure également un doubleur réputé. Il suppléait, en Anglais, des acteurs dont l'intonation posait problème. Il réalise ainsi de nombreux doublages dans les James Bond, dont celui d'Adolfo Celi dans le rôle d'Emilio Largo (Opération Tonnerre, 1965). Il apparut dans deux épisodes de Chapeau Melon, La loi du Silence et Le Piège, toujours dans des rôles d'Italiens.

Séquence culte : Dîner chez le comte


Séquence culte : Un appartement très design

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4. UN AMI D'ENFANCE
(ANGIE… ANGIE)

Diffusion : 19 novembre 1971

Scénario : Milton S. Gelman (1919-1990), écrivain californien, travailla pour de nombreuses séries américaines (Des Agents Très Spéciaux, Bonanza, Perry Mason…). Si cet épisode constitue le seul qu'il conçut directement pour Amicalement Vôtre, il participa à la supervision de l'écriture des sept premiers opus produits, ceux tournés en France et en Italie.

Réalisation : Val Guest (1911-2006) mena avec succès une double carrière d'auteur et de metteur en scène. Au cinéma il réalisa ou écrivit de nombreux films de Science-fiction des années 50 aux 70, notamment pour la Hammer (The Day the Earth Caught Fire, 1961) et participa à la première version de Casino Royale (1967). Il travailla également beaucoup pour la télévision, dans de très nombreuses séries britanniques. Epoux de l'actrice Yolande Nolan, il fit paraître ses mémoires en 2001, So You Want to be in Pictures. Il écrivit également le scénario de l'épisode Les pièces d'or et réalisa Minuit moins huit kilomètres.

Distribution: Laurence Naismith (Juge Fulton), Larry Storch (Angie), Lionel Murton (Ben), Kirsten Lindholm (Marissa), John Alderson (Kyle Sandor), Anna Brett (employée de la banque), Rose Alba (Madame La Gata)

Résumé:

A Cannes, Lord Sinclair sauve la vie de Kyle Sandor, au cours d'une tentative de meurtre à laquelle la belle Marissa  prête son concours. Sandor, témoin clé contre la Mafia, désire assister à un festival de cinéma comique, avant de se rendre devant la justice. Le Juge Fulton, bien introduit dans les milieux bancaires, utilise l'argument financier pour enjoindre aux Persuaders de veiller sur Sandor. Or, dans le même temps, Danny rencontre par hasard Angie, un ami d'enfance du Bronx, perdu de vue depuis longtemps. Or il apparaît que Marissa est sa fiancée ! Fulton et Sinclair tentent de convaincre Danny qu'Angie est un tueur à gages mais celui-ci refuse de les croire. Angie finit par droguer Danny pour avoir les mains libres, puis tente une nouvelle fois d'assassiner Sandor. Une nouvelle fois contrecarré par Sinclair, il prend alors la fuite mais laisse Danny le rattraper. Au cours de la confrontation, Il est abattu par Ben, bras droit félon de Sandor, qui était en fait l'instigateur du complot. Ce dernier est ensuite mis hors d'état de nuire par les Persuaders réconciliés.

Critique de Estuaire44:

L'ouverture semble de prime abord assez conventionnelle, bien davantage que la troublante introduction de Five Miles to Midnight. Toutefois elle éveille rapidement comme une sensation de déjà-vu : l'évidence du décor studio, le raccord abrupt avec le passage en extérieur et Roger Moore en unique héros bondissant : on se croirait réellement devant Le Saint, au point que l'on croit entendre une version différente du dialogue « Je me porte garant de Monsieur Simon Templar ! » « Ah désolé, je n'avais pas reconnu le fameux Simon Templar... le Saint ! ». Une assimilation aussi tranchée s'avère passablement maladroite et augure mal de l'épisode. Or Un ami d'enfance va effectivement porter à un paroxysme aux lisières du ridicule l'une des principales caractéristiques du héros de Leslie Charteris : la faculté de survenir toujours pile au bon endroit, au bon moment. Lord Sinclair arrive pile au bon moment pour contrer l'attentat, mais aussi pile au bon moment au cinéma quand Marissa part, ce qui lui met à puce à l'oreille, puis pile au bon moment où Angie va tirer, puis pile au bon moment ou cela tourne au vinaigre pour Angie et Danny sur le Mont Chauve. Félicitations au scénariste pour sa puissance créatrice. On ne regarde plus Amicalement vôtre, mais L'Homme qui tombe à pic.

Fort heureusement, l'impression mitigée laissée par cette si peu saillante introduction s'estompe grâce à la splendeur des images de Cannes. Amusants, comme avec les sémillantes starlettes de l'époque, ou visuellement superbes, avec de somptueux panoramas sur les palaces ou les paysages naturels, ces passages reconstituent à merveille l'effervescence du Cannes d'alors. On apprécie vivement le côté délicieusement daté de la discothèque psychédélique ou encore la découverte de la Promenade des Anglais (ou de l'Anglais et de l'Américain ici). Angie… Angie constitue, avec le pilote, l'opus exploitant le mieux le tournage sur la Riviera. Mais l'intérêt de la mise en scène de Val Guest ne se limite pas à cet aspect déjà fort réjouissant. En effet sa caméra se montre volontiers alerte et ambitieuse, multipliant les judicieux changements de plans et n'hésitant pas devant quelques audaces comme l'emploi pertinent du ralenti puis de la vue subjective lors de l'évanouissement de Danny. L'emploi de la caméra sur l'épaule s'avère également une excellente idée. S'il demeure indéniablement irréprochable sur la forme, sur le fond Un ami d'enfance fait hélas entendre une toute autre chanson.

En effet on s'avoue guère convaincu par l'idée même de l'introduction d'Angie. On avance souvent que cet épisode permet de mieux percevoir les antécédents de Danny. Mais ceux-ci se sont vus déjà parfaitement évoqués par le juge et sans cesse rappellés par les dialogues des héros. Ici, tout ce que l'on apprend de plus c'est que l'ami d'enfance de Wilde a mal tourné, ce qui n'influera en rien sur la perception que nous aurons par la suite de ce dernier, ni sur ses attitudes. S'il n'apporte rien de bien concret, Angie véhicule par contre un suspense mort-né à propos de savoir s'il est ou non le tueur. Bien entendu tout le monde découvre instantanément le pot aux roses. Le récit tente assez inutilement de développer un petit suspense là-dessus, mais cela tourne court. Ce qui en prend la relève s'apparente aux trémolos du mélodrame, avec quelques effets des plus appuyés, comme ces souvenirs larmoyants ou ces scénettes de flash back en noir et blanc (forcément en noir et blanc), désarmantes de naïveté. De fait l'intrigue demeure en tous points minimalistes, l'espace du récit étant dévoré par la répétition lassante et verbeuse de la sempiternelle posture du juge et de Sinclair accusant Angie et Danny refusant de les croire. A un moment Danny enjoint à Brett d'arrêter de se répéter car il devient fatiguant, et le spectateur d'approuver chaleureusement, voire vigoureusement.

Voir un épisode répéter à satiété une partition destinée à faire pleurer dans les chaumières s'avérerait déjà navrant, mais l'apparition d'Angie vient également altérer le principal moteur d'Amicalement vôtre, la relation entre Danny et Brett. Le nombre de savoureuses réparties et de piques amusantes subit ici une décrue des plus marquées, tandis que les scènes entre les deux protagonistes revêtent des allures d'un dépit amoureux ayant pu susciter quelques commentaires ambivalents quant à la vraie nature de leur amitié. Sans aller jusque là, l'on ne peut que remarquer une double redite vis-à-vis de Five Miles to Midnight : non seulement les deux thèmes sont proches (protéger un témoin contre le crime organisé) mais également le dysfonctionnement du duo vedette. Cependant dans l'épisode précédent Sinclair n'était que momentanément absent, tandis qu'ici le dévoiement s'installe dans la majeure partie du récit. Certes quelques passages pertinents surnagent encore, comme la rencontre avec le juge ou la déambulation sur la Promenade des Anglais, mais leur excellence ne fait qu'aviver les regrets quant à leur rareté. On trouve également un superbe humour involontaire, avec Lord Sinclair insistant pour que Danny ne se rende pas au rendez-vous avec Angie, arguant de l'urgence de leur mission. Or il prend manifestement le temps d'entièrement se changer pour quelques minutes de billard !

Et il vrai qu'en dehors du caractère inopérant de son socle scénaristique, Un ami d'enfance multiplie les maladresses. Devant la faiblesse létale du scénario, les auteurs se doivent de meubler, ce que l'on comprend, mais ils y vont tout de même à la truelle avec cette histoire jaillie de nulle part entre Sinclair et les truands du port, artificiellement  plaquée sur une intrigue à laquelle elle demeure totalement exogène. Encore une péripétie dans le style du Saint, jusqu'au moindre détail, au cours de laquelle on retrouve cependant ces voyages temporels auxquels les Persuaders nous ont habitué, avec le village espagnol ou la campagne italienne. Ici, en passant la porte, Lord Sinclair se retrouve transporté dans un film français des années 30, dans ce troquet borgne on l'on s'attend  sans cesse à voir jaillir Pépé le Moko (ou Rod Serling).

 On apprécie aussi qu'après avoir été totalement identifiée lors de la première tentative de meurtre, Mélissa n'éprouve aucune espèce de difficulté à pénétrer dans le cinéma, visiblement l'information circule mal. On ne comprend pas l'intérêt d'avoir mis un révolver dans son sac, puisqu'apparemment aucune fouille n'est organisée ou, s'il y en avait une, il aurait du être découvert. Le joyau de l'épisode demeure cependant sa confrontation finale. Elle bénéficie d'un superbe cadre naturel et permet de découvrir une autre facette du talent de Tony Curtis, même si ce n'est pas sur ce registre qu'on le préfère. Mais l'outrance des postures  et la pesante théâtralité des dialogues la sabotent totalement, l'assimilant à une telenovela sud-américaine. Angie en train de ramper, agonisant, vers « la liberté », il faut le voir pour le croire.

Un ami d'enfance n'a également pas la main heureuse avec ses personnages secondaires. Sandor est incarné avec chaleur et conviction par John Alderson mais demeure une silhouette. Ben est tellement caricatural comme félon que l'on devine bien entendu là aussi tout de suite de quoi il en retourne. Lionel Murton défend fort bien son personnage mais peine à apparaître redoutable durant le combat conclusif.

Mais, encore une fois, la Palme de Plomb revient à Angie, interprété avec énergie mais aussi un jeu démonstratif dépourvu de toute finesse par Larry Storch, ami de Tony Curtis ici guère dans son emploi. Le personnage paraît assez incohérent, en définitive il semble vouloir alternativement s'enfuir, se confronter à Danny, voire se faire tuer par lui plutôt que d'aller en prison. Il change ainsi plusieurs fois de discours au cours de la scène de fin. Et que penser d'un tueur professionnel en panique dès que cela barde et s'enfuyant comme un bleu en découvrant son dos à l'adversaire ? Le personnage n'apparait décidément que superficiellement écrit, ne se hissant pas au-dessus du prétexte.

Angie... Angie doit en définitive beaucoup à l'évanescente et trouble Mélissa, bénéficiant de la lumineuse beauté et de la présence de Kirsten Lindholm ainsi que d'un silence renforçant son aura mystérieuse, tout en résolvant les problèmes de doublage ! La Persuaders Girl de la Semaine annonce les inoubliables Mandy de 24h ou Lauren Reed d'Alias, entre autres figures. On regrette d'autant plus vivement que les conventions du temps, mais aussi de la série elle-même, l'empêchent de prendre pleinement part à l'action.  Elle traverse comme un rayon de soleil méphitique cet opus mineur, qui démontre par ailleurs  que composer un épisode décalé au sein d'une série ne constitue pas une infaillible martingale.

Avis de Denis Chauvet:


Un ami d’enfance, c’est quatre. Une sacrée ambiance, la blonde énigmatique, un bon scénario et une musique bien entrainante.

Peut-être pas mon meilleur comme toi, phildlm, mais dans le top five de la série assurément. Tout est  déjà dans la séquence pré-générique: musique superbe, suspense et Marissa, la ravissante blonde s…. et énigmatique. L’opposition entre Brett et Danny sur la nostalgie du passé est intéressante et les dialogues sont forts ; Brett : ‘Tout passe, tout change, les amis d’enfance aussi’ ; Danny : ‘Il est tout ce qui me reste, le seul vestige de ce que la vie a été pour moi.’

Une excellente histoire qui fait connaître le passé tumultueux de Danny. J’aime particulièrement la muette Marissa et sa superbe Caravelle blanche, le discours patriote de Brett à la table de billards (‘Vous nous avez tout volé : jeux, colonies, langue’), la musique (rythmée ou mélodieuse symbolisant la nostalgie), l'emploi du ralenti puis la vue subjective lors de l'évanouissement de Danny et le final sur le Mont Chauve !  Larry Storch est excellent en truand avec des faux airs de Bronson.

Le Vésuvio à Cannes existe toujours (c’est là que Danny rencontre Angie)

Sur la fiche, je viens de lire : ‘Pour la première fois Danny utilise l'expression « Ton Altesse », celle-ci va devenir indissociable de la série’. C’est faux, Wilde appelle ainsi Sinclair dès le premier épisode. Aussi ‘Brett et Danny y croisent la jeune femme blonde pareillement découverte de dos dans le pilote, lors d'un passage repris dans le générique’. Je pense que c’est la blonde au solex. Encore une scène inimaginable de nos jours : les regards admirateurs du duo sur les charmants postérieurs de la promenade des Anglais…

Infos supplémentaires:

Angie... Angie recueille la plus faible note accordée à un épisode d'Amicalement vôtre par les utilisateurs d'IMDB, avec 6,1 sur 10. Le meilleur résultat est enregistré par A death in the Family, avec 8,1.

Le pistolet dont se sait Danny avant de poursuivre Angie est un Beretta 94 mm semi automatique. Angie déclare disposer d'un six-coups, ce qui donne effectivement un léger avantage à Wilde puisque ce type de Beretta utilise un chargeur à sept coups. Le même revolver sera régulièrement réutilisé au cours du tournage de la série.

Lord Sinclair ignore ce qu'est un brugnon. Ce type de pêche sans duvet est pourtant connu en Europe depuis le premier siècle avant Jésus Christ, arrivé depuis la Chine. De plus l'Anglais Charles Darwin s'est servi de la spécificité du brugnon vis-à-vis des autres pêches comme d'un important argument dans sa théorie de sélection naturelle des espèces. Il est vrai que le brugnon n'est pas présent en Angleterre mais dans les pays de l'Europe méridionale.

Pour la première fois Danny utilise l'expression « Ton Altesse », celle-ci va devenir indissociable de la série.

Entant que tenancière du Chat Noir, Madame La Gata porte fort logiquement son nom puis que gato signifie « chat » en Espagnol.

La boite de nuit devant laquelle Danny rencontre Angie se situe à Juan les Pins, avenue Gallice (source : Avengerland).

Le port où Lord Sinclair se rend est le Quai des deux Emmanuel, à Nice. Ce nom commémore deux souverains de la Maison de Savoie qui œuvrèrent pour le commerce maritime de Nice.

La confrontation finale entre Angie et Danny se déroule sur le Mont Chauve, près de Nice. Les bâtiments sont ceux d'une prison désaffectée.

La « Banque du Var » où se rend Danny se trouve à Cannes, rue Philippe Amoretti.

La superbe avenue maritime où Brett et Danny discutent de la tentative d'assassinat de Kyle Sandor, est la Promenade des Anglais, à Nice. Brett et Danny y croisent la jeune femme blonde pareillement découverte de dos dans le pilote, lors d'un passage repris dans le générique. Non créditée au générique, elle conserve son mystère.

L'hôtel de Danny est le Grand Hôtel, à Cannes. Angie réside à l'Hôtel Gray d'Albion, également situé à Cannes. Danny est mieux logé, son palace bénéficiant de cinq étoiles, tandis que celui d'Angie n'en a que quatre !

La scène du tir au pigeon a été tournée sur le Boulevard du Casino, derrière le Casino de Monte Carlo.

En se rendant à la banque, Danny rencontre une charmante conductrice de VélosoleX, soit l'un de ces symboles français dont raffolent les séries anglaises . Ce vélomoteur, fabriqué de 1946 à 1988, dépassa les sept millions d'exemplaires. Différentes versions en ont existé, celle aperçue dans l'épisode est celle ayant connu le plus de succès, le S3800, au noir emblématique même si d'autres teintes existent. Lancé en 1966 et pouvant se conduire sans permis, la modicité de son prix et sa praticité en expliquent le succès fulgurant. En 2010 le VélosoleX est relance via les vélos électriques.

La scène d'ouverture se déroule au Palm Beach, alors le prestigieux casino de Cannes. Inauguré en 1929 sur les ruines d'un fort militaire, le casino comprend un restaurant, une piscine d'eau de mer, un hammam, cent cabines de bains, une salle de fêtes et des salons de jeux. Durant l'entre deux-guerres il devient un rendez-vous obligé pour la jet-set internationale, notamment réputé pour ses fastueuses fêtes costumées. Durant la guerre, il redevient temporairement un bastion militaire défendant l'accès au port. En 1962 Henri Verneuil y tourne  Mélodie en sous-sol. Le casino contient 5 tables de Stud-Poker, 8 tables de Black Jack et  6 tables de roulette anglaise. Il est également fameux pour la vue offerte sur les Îles de Lérins.

Acteurs – Actrices

Larry Storch (1923), fréquenta la même école primaire new yorkaise que Don Adams, dont il resta un proche. Lui aussi est surtout connu aux Etats-Unis pour ses rôles comiques, ainsi que pour ses nombreuses voix de personnages de dessin-animé. Outre plusieurs comédies sur grand écran (Des ennuis à la pelle, avec Tony Curtis, 1962), il participa à de nombreuses séries, dont Max la Menace, Columbo, Mannix, CHIP'S, L'Île Fantastique, I Dream of Jennie, Love Boat etc. Egalement un populaire artiste de stand-up, il apparut régulièrement dans les émissions de variété des chaînes américaines.

Lionel Murton (1915-2006), Canadien d'origine anglaise, connut une belle carrière dans les séries britanniques, où il se spécialisa dans les personnages nord-américains : Destination Danger, L'Homme à la valise, L'Aventurier… Il fut également très présent au cinéma, dans des rôles de militaires ou de policiers.

Rose Alba (1920-2006) connut une carrière relativement modeste mais figure dans la célèbre ouverture d'Opération Tonnerre (1965). Elle y incarne Madame Boitier, avant que celle-ci ne se révèle être en fait Jacques Boitier lui même, assassin du SPECTRE prétendument décédé (joué alors par Bob Simmons).

Kirsten Lindholm (1943), d'origine danoise, se fit connaître par ses voluptueuses apparitions dans les films de vampires quelque peu érotiques développés tarpement par la Hammer (The Vampire Lovers, 1970 ; Lust for a Vampire, 1971 ; Les sévices de Dracula, 1971). Elle participe également à UFO mais son apparition dans Amicalement vôtre constitue malheureusement le dernier rôle de sa courte carrière. En 1972 elle épouse son professeur de yoga et touts deux passent les années 70 au sein de diverses communautés hippies américaines. Retirés à Hawaï, ils se consacrent depuis 30 ans au yoga et aux médecines alternatives et holistiques. « Elandra », comme elle se désigne désormais, a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet et a ouvert une chaîne d'ateliers de méditation.

Malheureusement non crédité au générique, l'on reconnaît Alan Chuntz (1927-2009), qui fut un cascadeur intervenant régulièrement comme doublure dans les séries de l'époque (notamment Dr Who), avec plusieurs épisodes de Chapeau Melon à son actif. Ici il interprète le garde du corps abattu par Angie au cinéma, avec au préalable une spectaculaire chute dans l'escalier !

Séquence culte: Danny drogué

Séquence culte: Bataille sur le Mont Chauve

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5. LA DANSEUSE
(POWERSWITCH)

Diffusion : 15 octobre 1971

Scénario: John Kruse écrivit 14 épisodes du Saint et travailla également sur d'autres séries, comme  Les Professionnels, Poigne de Fer et Séduction

Réalisation : Basil Dearden (1911-1971) fut un metteur en scène réputé, comptant à son actif de grandes productions comme Khartoum (1966) ou The Assassination Bureau, avec Diana Rigg (1969). Il bénéficiait de toute la confiance de Roger Moore, avec lequel il venait de tourner l'ambitieux thriller The Man Who Haunted Himself, en 1970. Également réalisateur des épisodes La Danseuse et Le Coureur de Dot, il décéda peu de temps avant la diffusion de la série, d'un accident de la route. Il était l'époux de Melissa Stribling, qui participa à La Danseuse mais aussi à Chapeau Melon.

Distribution: Laurence Naismith (juge Fulton), Annette Andre (Pekoe Raine), Terence Alexander (Matthew Crane), Melissa Stribling (Lisa Koestler), John Phillips (Lanning Koestler/Morgan Alcott), Lionel Blair (Quinn Travis), Paul Whitsun-Jones (Inspecteur Blanchard), Les Crawford (Ravel), Vicki Woolf (employée de l'agence)

Résumé:

Lors d'une séance de ski nautique, les Persuaders découvrent le corps flottant  d'une jeune femme. Piqués par le manque d'intérêt d'une police française conseillée en sous-main par le juge Fulton, ils décident de mener eux-mêmes l'enquête, lorsqu'ils rencontrent Pikoe, l'une des amies de la disparue. Ils découvrent que la victime a été assassinée après avoir revu un ancien amant, Lanning Koestler, milliardaire en relation d'affaires avec Danny. En s'introduisant dans le domicile de Kroestler, ils vont découvrir que celui-ci est en fait décédé. Pour détourner l'héritage son épouse et son secrétaire l'ont remplacé par un sosie comédien. La jeune femme a été tuée pour avoir découvert le complot. Après avoir été capturés, les Persuaders et Pekoe parviennent à s'enfuir mais il s'agissait d'un piège : les freins de leur voiture ont été sectionnés et l'équipe ne doit sa survie qu'au talent de conducteur de Danny. Après une ultime confrontation, ils parviennent à s'enfuir et à prévenir la police, qui arrête les conspirateurs.

Critique de Estuaire44:

Le prologue ensoleillé et nautique de La Danseuse synthétise à merveille l'art de vivre et l'ambiance si estivale des ces épisodes tournés sur le Côte d'Azur, ainsi que la perpétuelle, même si amicale, compétition existant entre les Persuaders. Les comédiens y insufflent également beaucoup d'humour, relayés une nouvelle fois par l'entraînante mélodie de Ken Thorne. Les images apparaissent superbes et l'on comprend sans peine que ce passage ait été retenu lors de l'élaboration du générique de la série. Par contraste, ce ton joyeux renforce également la surprise macabre de la découverte du corps, même si la jeune femme respire à l'évidence la santé.

La bonne impression suscitée par l'épisode se poursuit avec l'entrée en scène particulièrement réussie du juge Fulton. Paul Whitsun-Jones réalise une excellente prestation en policier borné et cynique et on y croit d'autant plus que les séries anglaises n'ont guère l'habitude magnifier les personnages français… Après le départ des Persuaders et de Pekoe, la surprise de l'apparition du bon juge continue donc une vraie surprise, aussi théâtrale soit-elle. Laurence Naismith apporte toujours la même saveur à son personnage et l'on écoute comme on boit comme du petit lait la description à la fois réaliste et malicieuse des deux protagonistes. L'on ne pourra que regretter son absence ultérieure, même si celle-ci n'est pas illogique en soit compte tenu des circonstances. De plus,  cette façon de manipuler ses collaborateurs ne sera pas sans évoquer certaines attitudes de Steed aux amateurs des Avengers !

La véritable entrée en matière du récit marque une nouveauté bienvenue dans la série, car l'histoire va dès lors prendre la forme d'une énigme à résoudre. Jusqu'ici le décor se voyait totalement planté dès l'origine, la présence d'un éventuel retournement de situation final n'y changeant pas grand-chose. Ici nos héros vont véritablement  découvrir les tribulations d'une enquête à mener, apportant une dynamique inédite à la série. Pour y parvenir, les deux Persuaders n'hésitent pas à se séparer, avec un résultat ambivalent : cette situation permet de relativement complexifier l'intrigue et de lui donner du corps, mais l'on sait bien que nos héros créeront souvent moins d'étincelles et d'humour s'ils sont séparés. De la bonne gestion et de l'optimisation scénaristique de ces deux contraintes d'écritures antagonistes dépendra en bonne partie le succès de ce type de scénario.

Ici, cette contradiction apparaît globalement surmontée.  Certes, dans un premier temps, la balade de Brett et Pekoe résulte un peu trop lisse. Avec des situations s'enchainant trop facilement, sinon artificiellement, l'ensemble manque quelque peu de tonus. Mais ce segment s'entend à exploiter quelques uns des atouts d'Amicalement vôtre, comme ces superbes paysages méridionaux  parfaitement mis en valeur par la caméra de Basil Dearden ou cette pétillante French Touch dont on ne se lasse décidément pas, comme lors de la divertissante palabre entre Brett et le mécanicien. Par ailleurs le duo Sinclair/Pekoe ne manque pas d'un charme certain, notamment grâce à une visible complicité entre Roger Moore et Annette Andre, et leur promenade se suit sans déplaisir aucun.

John Kruse a également la judicieuse idée de ne pas prolonger par d'inutiles développements le segment de Danny, et tant pis s'il trouve quasi miraculeusement cette photo. Si l'espace narratif ainsi dégagé permet de développer la seconde partie de l'histoire (où nous découvrirons ce dernier en tant qu'homme d'affaires), l'auteur n'oublie pas non plus de nous divertir par la découverte de cette boîte de nuit psychédélique si irrésistiblement de son époque. Le ballet de nymphettes séduit, à défaut d'une chorégraphie réellement élaborée, et accompagne fort bien la musique une nouvelle fois agréable et finement ciselée de Ken Thorne. Lionel Blair cabotine à l'excès dans son incarnation d'un ancêtre des ineffables Bruno Vandelli ou Kamel Ouali. Il devient cependant gouleyant à force d'être mauvais et excessif, dans la meilleure tradition du Nanar.

Même si nous privant temporairement de l'électricité propre aux scènes communes des Persuaders, la séparation ne prive donc pas La Danseuse d'intérêt, loin s'en faut. Elle occasionne un grand moment de comédie, dans la veine du vaudeville lors de la rencontre des deux héros, parfaitement minutée. Cette seconde partie de l'intrigue, qui, il est vrai, survient presque trop tardivement, va d'ailleurs permettre à l'épisode d'atteindre toute sa dimension. L'on retrouve avec plaisir les nombreuses piques échangées entre les héros (excellentes vannes du perroquet où du Lord refusant d'entrer par la porte de service), d'autant que ces échanges se déroulent dans un décor une nouvelle fois magnifique, alliant richesse et bon goût. Les raccords avec la sublime résidence s'effectuent également correctement. Le scénario laisse découvrir  intelligemment les indices, permettant au spectateur de participer à l'enquête, voire de parvenir à la solution avant même nos héros. Cet aspect ludique apparaît fort bien agencé, d'autant que s'y greffe un intérêt supplémentaire pour les amateurs des Avengers. En effet ceux-ci éprouveront le plaisir d'y reconnaître, sous une tournure gagnant en efficacité, l'argument de Mort d'un Grand Danois et d'Un petit déjeuner trop lourd. A l'absence du milliardaire décédé de mort naturelle, le cupide entourage ajoute ici le raffinement du double, ce qui reste d'ailleurs un thème très Chapeau Melon !

La pure action pourrait sembler la parente pauvre  de cet épisode, d'autant que la capture des comploteurs se déroule hors écran et que la tentative d'évasion faisant long feu (dans tous les sens du terme) relève essentiellement  comme une comédie. On observe d'ailleurs que Lord Sinclair s'en sortait nettement mieux avec ses palans dans Un ami d'enfance que Danny avec son cocktail Molotov… La décontraction souriante et permanente de nos héros nous indique bien que les enjeux ne sont pas aussi dramatiques qu'ils le paraissent. Mais La Danseuse va en  partie combler ce manque par sa nerveuse scène automobile finale, spectaculaire et occasionnant un véritable suspense. Le judicieux emploi de la caméra subjective tire le meilleur pari du paysage montagneux et des acrobatiques virages. On oubliera volontiers que la lande galloise n'a rien à voir ni de près ni de loin  avec la végétation méditerranéenne ! Une nouvelle fois Tony Curtis paie de sa personne lors de l'ultime mano a mano final, tout comme Roger Moore lors de la première poursuite de Ravel. Cette implication physique des acteurs constituera l'un des grands atouts d'Amicalement vôtre.

La réussite de cet épisode, solide à défaut d'être exceptionnel, se trouve parachevée par l'éclatante qualité de sa distribution. Au-delà de l'évident plaisir de retrouver un nombre particulièrement conséquent d'artistes ayant participé à The AvengersPowerswitch représente un éloquent exemple de la volonté des producteurs de faire appel à des comédiens chevronnés et compétents, sécurisant l'effort financier consenti.

Même si leurs rôles demeurent un tantinet schématiques, Terence Alexander et Paul Whitsun-Jones réalisent ici une brillante démonstration de leur métier et de leur talent, parvenant à doter leur personnage d'une présence supplémentaire à ce que leurs dialogues pouvaient offrir. On distinguera toutefois particulièrement John Phillips, restituant magnifiquement la double facette de son personnage, sûre d'elle et péremptoire d'un côté, hésitante et apeurée de l'autre. IL n'hésite pas à sur-jouer l'acteur interprétant lui même un personnage, c'est astucieux. Lisa Koestler compose une méchante grand train, aussi classieuse que dépourvue de morale. On apprécie au plus haut point son alliance suave d'excellente éducation et de perfidie raffinée, tout cela est très britannique, pour le coup. Melissa Stribling excelle décidément dans les rôles de criminelles dominatrices, Mrs Kroestler en impose à es partenaires masculins et retrouve, de manière certes plus feutrée, de nombreux accents de la terrible Claire Summers de L'école des traîtres.

Encore auréolée du récent grand succès de Randall and Hopkirk (Deceased) (1969-1970), la charmante et très douée Annette André bénéficie ici d'une grande exposition et apporte immensément à l'épisode. Même si les codes de la série la cantonne, hélas, dans le suivisme coutumier des personnages féminins (quelle tristesse de la découvrir rester dans la voiture quand Sinclair se lance dans l'action), Pekoe forme un duo particulièrement réussi et complémentaire avec Sinclair. Annette André va sans cesse insuffler une palpable émotion au récit, que cela relève du drame ou de la comédie, contribuant ainsi puissamment à parer à tout aspect schématique ou artificiel au récit. C'est d'autant plus vrai que ses talents de comédiennes dépassent clairement ce que ses collègues féminines ont pu démontrer jusqu'ici. On ne trouve que l'énigmatique sourire de Kirsten Lindholm pour lui disputer jusqu'ici le titre de meilleure Persuaders Girl.

Brisons le suspense, cette compétition tournera court lors de l'entrée en lice de la merveilleuse Catherine Schell, mais Annette Andre nous aura offert d'ici là une ultime  spectaculaire apparition, lors d'un tag par ailleurs trop prévisible. Et démontrant que la danse ne figure pas parmi les innombrables talents de Roger Moore !

Avis de Denis Chauvet:


Un bon trois tirant vers le quatre. Là aussi, l’intrigue n’est pas très alambiquée (surtout après maintes visions) mais les personnages secondaires sont bien plus consistants et crédibles que l’aventure précédente (Le coureur de dot). Normal, il y a ‘six têtes Avengers’…Les deux titres sont bons, le français s’appuie sur la victime, l’anglais sur l’intrigue.

La meilleure séquence est la longue perquisition nocturne du bureau de Koestler qui permet à nos deux héros sur fond de réparties verbales croustillantes de résoudre l’énigme. Le bon scénario fait que les deux héros se retrouvent dans la propriété par des chemins différents. Pekoe Raine est une blonde parmi d’autres dans la série et ce n’est pas ma préférée. 

Infos supplémentaires:

Le générique reprendra deux passages de cet épisode : Wilde décryptant la comptabilité des sociétés Koestler  et les Persuaders faisant du ski nautique.

On note une nouvelle excellente prestation en langue française de Roger Moore.

La route montagneuse où Danny doit faire appel à tous ses talents de pilote se situe au Pays de Galles, dans le Gwynedd, au dessus du Val de Ffestiniog. (Source : Avengersland). Le site culmine à près de 1700 m et abrite l'un des plus importants barrages producteurs d'électricité du Royaume-Uni. Il a servi à plusieurs reprises pour des scènes de voitures similaires, notamment dans Le Saint et L'Homme à la Valise.

Les scènes de ski nautique et de la découverte du corps ont été tournées près de La Napoule, entre Cannes et Nice. Les nombreux ports et marinas de cette commune en font les des plus importants rendez-vous pour les navires de plaisance, sur la Côte d'Azur.

La chambre de Pekoe s'orne de deux posters indiquant bien l'ambiance française, en représentant Alain Delon et Johnny Halliday. De même les pompes à essence de l'agence de location de voitures s'ornent d'un spectaculaire panneau publicitaire Peugeot.

Danny est le devenu le courtier de Brett. Celui-ci remarque que son ami rencontre un plus grand succès avec ses propres actions qu'avec celles qu'il lui fait acheter !

L'oncle de Danny  travaillait dans la contrebande d'alcool : a-t-il croisé Eliott Ness ?

Les Koestler possèdent une Jaguar 420 G et une Ford Mustang.  La Jaguar 420 G introduisit les quatre phares caractéristiques des Jaguars modernes et fut l'un des tous premiers véhicules dotés de roues à suspension indépendante, ce qui lui autorise une tenue de route des plus performantes.  Elle fut produite de 1961 à 1970, de pair avec un modèle très similaire, la Mark X. La voiture était d'une ampleur inhabituelle  pour la marque, car visant à pénétrer le marché américain (ce qui la destinait à apparaître dans Amicalement vôtre…)

La Ford Mustang, lancée en 1964, fit au contraire sensation pour sa légèreté et sa ligne fine, en rupture avec les modèles américains de son époque. Il s'avère donc assez logique que Ravel ne soit pas parvenu à pousser la Jaguar. La Ford Mustang pèse 1,1 tonne, tandis que la Jaguar 420 G enregistre 800 kilos supplémentaires. La Ford Mustang visait la jeunesse issue du Baby Boom et ses perses versions connurent un succès foudroyant. La voiture fut produite à 276 683 exemplaires, jusqu'en 1973.

Acteurs – Actrices

Terence Alexander (1923-2009) fut un visage familier de la télévision et du cinéma britanniques. Il est principalement remémoré pour le rôle récurrent de Charlie Hungerford dans Bergerac (1981-1991), mais participe à bon nombre d'autres séries : Le Baron, Les Champions, Dr Who, Mission Casse-cou… Alexander demeure particulièrement apprécié par les amateurs des Avengers pour avoir tenu pas moins de quatre rôles souvent marquants. Il apparaît ainsi dans Voyage sans retour, Meurtres distingués, Amour quand tu nous tiens et Les anges de la Mort. Des années 60 aux 90, il fut également la voix attitrée d'innombrables bandes annonces et publicités.

John Phillips se distingua durant la Seconde Guerre Mondiale, ce qui lui valut la Military Cross. Il participa à bon nombre de films (Le village des damnés, 1960) séries anglaises des années 60 et 70.  Il tint notamment le rôle récurrent du Surintendant Robins dans Z Cars (1962-1978). Il incarna le Major Nesbitt dans Le tigre caché. John Phillips fut également un acteur shakespearien très présent au West End, notamment à l'Old Vic.

Melissa Stribling (1927-1992) a joué dans trois épisodes des Avengers : Hunt the man downL'école des traîtres et Les anges de la mort. Elle a participé à plusieurs séries des années 60 et 70 (Benny Hill, Crossroads..). Au cinéma, son film le plus connu est Le Cauchemar de Dracula, où elle fait face à deux illustres invités des Avengers, Peter Cushing et Christopher Lee, mais aussi à Michel Cough, le futur Dr Amstrong, père des cybernautes.

Lionel blair, acteur et danseur de claquettes, fut surtout un populaire présentateur de plusieurs jeux télévisés (Give Us A Clue). Durant les années 2000 il participe à perses émissions de téléréalité, dont la Ferme des Célébrités anglaise en 2005.

Paul Whitsun-Jones (1923-1974), acteur gallois, a tourné dans quatre épisodes des Avengers : Le Retour du Traître, Lavage de cerveau,Avec vue imprenable et Brouillard. Ses apparitions dans The Avengers résument parfaitement sa carrière. Il a surtout tourné pour la télévision dans les séries Ivanhoé, Le Saint (quatre épisodes), Département S, Jason King, Dr Who... Il connut également une belle carrière au théâtre.  Il est décédé suite à une crise d'appendicite.

Annette André (1939) participe également à deux épisodes des Avengers : La Mandragore et Le château de cartes . Née en Australie, elle a débuté sa carrière en 1960 et a participé à de nombreuses séries : Le Baron, Le Prisonnier, Le Saint (cinq épisodes), Le Baron, Le Retour du Saint (avec Ian Hendry). Elle demeure principalement connue pour son rôle récurrent de la veuve Jeannie Hopkirk, dans les très populaires Randall and Hopkirk (Deceased) (1969-1970). Également chanteuse et danseuse, elle est apparue dans plusieurs spectacles musicaux, dont Vanity Fair, au West End.

Les (Leslie) Crawford, décédé en 2006, fut un cascadeur réputé, notamment pour plusieurs James Bond où il fut, notamment, la doublure de Roger Moore. Il intervint aussi régulièrement comme acteur, généralement pour de fugitives apparitions. Les Crawford participa de la sorte à huit épisodes du Saint mais aussi à deux de Chapeau Melon, Meurtres à épisodes et Un petit déjeuner trop lourd

Séquence culte : Visite à l'appartement niçois


Séquence culte : Sortie de route

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6. LES PIÈCES D'OR (THE GOLD NAPOLEONS)

Diffusion : 24 septembre 1971

Scénario : Val Guest (1911-2006) mena avec succès une double carrière d'auteur et de metteur en scène. Au cinéma il réalisa ou écrivit de nombreux films de Science-fiction des années 50 aux 70, notamment pour la Hammer (The Day the Earth Caught Fire, 1961) et participa à la première version de Casino Royale (1967). Il travailla également beaucoup pour la télévision, dans de très nombreuses séries britanniques. Epoux de l'actrice Yolande Nolan, il fit paraître ses mémoires en 2001, So You Want to be in Pictures. Il réalisa par ailleurs Minuit moins huit kilomètres et  Un ami d'enfance.

Réalisation : Roy Ward Baker (1916-2010) fut un important metteur en scène britannique. Au cinéma il réalisa notamment A Night to Remember, avec Honor Blackman, qui lui valut un Golden Globe en 1958. Durant les années 50 il exerça à Hollywood, dirigeant ainsi Marilyn Monroe dans Troublez-moi ce soir (1952). Durant les années 60 il se consacra à la télévision anglaise, participant à nombreuses séries de l'époque. Il tourne ainsi 8 épisodes pour The Avengers et 18 pour Le Saint. Par la suite Roy Word Baker  devint également un  réalisateur régulier pour les films d'horreur de l'Amicus et de la Hammer. Il dirige quatre épisodes d'Amicalement vôtre : Les Pièces d'Or,  L'Héritage Ozerov, Quelqu'un dans mon genre et Des secrets plein la tête.

Distribution: Laurence Naismith (Juge Fulton), Susan George (Michelle Devigne), Alfred Marks (Pullicino), Harold Goldblatt (Maurice Devine), Michael McStay (Vernier), Hugh Manning (le chef de la police), Balbina (l'infirmière), Hugo de Vernier (l'infirmier) Jean Driant (le douanier français)

Résumé:

S'apprêtant à embarquer pour Londres à l'aéroport de Nice, Danny converse avec la charmante Michelle Devigne. Soudain celle-ci tombe, blessée par un tireur embusqué que les Persuaders ne parviennent pas à rattraper. Lord Sinclair et le juge Fulton croient initialement que Danny était la cible de l'attentat, mais il s'avère que Michelle est la nièce d'un bijoutier fondant de faux Napoléons, au profit d'une bande criminelle voulant blanchir son or. Après l'avoir découvert, la jeune femme voulait quitter son oncle, et les complices de ce dernier, craignant qu'elle ne parle, ont tenté de l'abattre. Danny et Brett tentent d'infiltrer le réseau quand le chef maffieux, Pullicino, tue le bijoutier, le croyant complice des Persuaders. Il décide alors d'effacer toute trace en faisant assassiner la jeune femme, puis de faire passer l'or en Suisse. Les Persuaders vont parvenir à sauver Michelle puis à s'emparer de l'or convoyé dans un camion, avant de confondre Pullicino devant la police.

Critique de Estuaire44:

L'introduction de l'épisode séduit de prime abord. Elle conjugue habilement charme, humour et action, tout en tirant le meilleur parti du site de l'aéroport Nice-Côte d'Azur. La profondeur de champ des pistes se met au service de la mise en scène, de même que la proximité immédiate de la Méditerranée. Les délicieusement datés éléments de design des aménagements intérieurs ne sont pas oubliés et, au total, Roy Ward Baker réalise ici un excellent travail. On pourra néanmoins estimer que le déploiement aéroterrestre de nos amis en fait un peu trop, notamment pour Lord Sinclair en pilote d'hélicoptère improvisé. Néanmoins on savoure une atmosphère pré James Bond, avec un Roger Moore évoluant entre essaim de sémillantes jeunes femmes et rocambolesques péripéties.

Hélas la suite de l'épisode va continuellement s'inscrire dans cette légèreté, ne se donnant la peine de développer un faible scénario que comme  lien entre des scènes d'action ou d'humour à l'inégal succès, ou comme support à l'indéniable glamour de Susan George. L'introduction du superbe Napoléons Or reste la seule originalité de ce récit se résumant par ailleurs à quelques figures de styles maintes fois vues par ailleurs. Non seulement les diverses péripéties demeurent élémentaires et cousues de fil blanc, mais le ici peu inspiré Val Guest nous inflige également de pénibles redites. Le Juge, Danny et Brett y vont en effet chacun de leur exposé et commentaires sur cette machination dignes des Pieds Nickelés n'en méritant pas autant.

Le récit n'évite pas non plus certaines naïvetés comme la mort de Devigne, providentielle pour débloquer le scénario, de plus survenue lors du poncif absolu du choc accidentel à la tête, ou alors les Persuaders mettant un temps hallucinant à comprendre la pauvre astuce de la pellicule de bronze recouvrant l'or. Avoir voulu instiller une doute quant à l'objectif réel de la tentative de meurtre se déroulant à l'aéroport  apparaît astucieux, mais tourne court, car le fait que la cible soit Michelle relève dès le premier instant de l'évidence la plus absolue.

On aurait pu considérer plus favorablement  cette coquille vide scénaristique si les scènes se voulant trépidantes qu'elle  justifie s'étaient montrées à la hauteur. Mais cela ne s'avère vrai que ponctuellement. Les spectaculaires cascades de Danny sur le toit de l'usine s'imposent ainsi aisément comme la scène la plus forte de The Gold Napoleon, impeccablement filmée par Roy Ward Baker. Tony Curtis manifeste ici la souplesse et la hardiesse d'un jeune homme au summum de des capacités, alors que la cinquantaine commence à se profiler à l'horizon. Cette performance haletante dure quelque peu mais cela ne constitue en rien un défaut, tant l'on est bluffé par la performance réalisée sans aucune doublure par l'artiste. Pour le reste, on déchante. Les scènes automobiles profitent certes de la ligne et de la puissance de la Dino Ferrari de Danny, confrontée à la Mercedes Benz des bandits mais demeurent tout de même des plus sommaires.

 Comme par contre elles se révèlent relativement copieuses, on subit  de plein fouet le fléau renouvelé des vues de conducteur réalisées en studio. C'est particulièrement le cas pour Danny pilotant la moto, ce qui achève de saboter la scène. L'épisode commet également l'erreur de trop mêler la comédie aux scènes de bagarre, notamment lors de la fuite hors de l'hôpital ou l'arraisonnement du camion. Si l'on goute fort l'humour de la série, on apprécie également des scènes d'affrontement un minimum crédibles.  Le succès d'Amicalement vôtre dépend de l'équilibre harmonieux de ses différents atouts, il convient donc de ne pas trop s'appuyer sur l'un d'entre eux, au détriment des autres. Or ici on renonce également à une tonique confrontation finale, au profit d'une scène à la drôlerie quelque peu démonstrative.

Le pièces d'or montrent effectivement une forte inclinaison vers la comédie. Le succès plus affirmé qu'il rencontre en ce domaine lui évite d'éviter la vacuité et de demeurer plaisant par moments. Nos héros continuent à se titiller pour notre plus grand bonheur, avec un feu d'artifice de piques souvent très drôles, notamment lors de la discussion à la sortie de l'aéroport ou dans le camion.  On rit souvent de bon cœur, notamment grâce à deux performances d'interprétation très différentes. Tony Curtis, assez en vedette dans cet opus, réalise un nouveau grand numéro lors de son infiltration dans la fonderie multipliant les postures aux lisières de l'absurde, sur un ton joyeux évoquant parfois Blake Edwards ou Billy Wilder. L'acteur se montre parfait sur ce registre, comme toujours. A l'opposé on peine à qualifier la Kolossale prestation de Roger Moore dans sa caricature d'Allemand. D'une part cela ressort  tout de même en roue libre et sans nuances, Sir Roger se rapprochant parfois périlleusement de Papa Schultz dans sa manière d'en faire des tonnes. Mais, à force d'exagération, cette histoire d'or du Reich, refaisant surface des années après Goldfinger,  finit par virer totalement à la farce et par provoquer l'hilarité, tout comme l'improbable numéro  islandais de Steed dans Les Sorciers.

Entre une Mercedes clairement surpassée à tous niveaux  par la Ferrari et cette peu flatteuse peinture, l'épisode ne vise pas vraiment la popularité outre Rhin, mais que l'on se rassure, les français ne sont pas négligés pour autant. Entre proverbial béret et lecture du Figaro par Lord Sinclair (mais bizarrement apéritif au Martini), les traditionnels éléments culturels ne manquent pas à l'appel. Mais le couronnement de l'épisode sur point (et de l'ensemble de la série itou) consiste dans la rencontre, en français dans le texte, entre Sinclair et ce brave gabelou, sympathique mais plus crédule qu'un enfant de six ans. Ce genre de piques très « Entente cordiale » ne date pas d'hier, puisque les douaniers français se voyaient également joliment assaisonnés dans Combustible 23, une décennie auparavant. Un passage déjà aussi  amusant que caricatural. Après avoir réaffirmé la suprématie anglo-saxonne sur les Latins (l'un des fils rouges de leur épopée sur la Côte d'Azur) les Persuaders s'apprêtent désormais  à franchir le Channel avec le sentiment du devoir accompli, après une étape obligée dans la Ville Lumière.

La dernière faiblesse, mais non la moindre, de The Gold Napoléon, réside dans le manque de cachet  de ses personnages secondaires. Le juge, dépourvu de sa dimension manipulatrice, n'accomplit pas ici sa prestation la plus mémorable, même si le courant passe toujours parfaitement entre Naismith et ses partenaires, ce qui apporte derechef une vrai saveur aux scènes de l'ancien magistrat. Par contre Pullicino souffre d'un vrai manque de dimension et de tranchant. On peine à discerner en lui un criminel aussi important que décrit par le juge, tant il subit continuellement l'action. Alfred Marks paraît également assez quelconque dans son interprétation du personnage. En fait Pullicino subit lui aussi la tendance de l'épisode à privilégier la comédie, ce qui limite sa dimension. Ses deux acolytes demeurent à peu près transparents, de même que Devigne et le responsable de la police.

The Gold Napoleon constitue un bel exemple de la tendance qu'a toujours montré Susan George d'incarner des personnages légers et humoristiques dans les séries télévisées, et de consacrer au cinéma ses rôles dramatiques souvent troublants. Elle apporte l'éclat de sa grande beauté à Michelle, ainsi qu'une indéniable vitalité, tandis que le duo formé avec Curtis fonctionne fort joliment. Elle ne force cependant pas réellement son talent (d'autant que la version française la dote d'une voix horripilante) et Michelle  n'échappe pas à la malédiction des Persuaders Girls puisqu'elle aussi se retrouve quasi constamment à la remorque de ses partenaires masculins, même si elle se trouve au cœur de l'histoire.  On lui doit cependant une conclusion enlevée (dans tous les sens du terme) au joyeux tag venant achever l'épisode dans la bonne humeur.

Avis de Denis Chauvet:


Les meilleurs moments sont la séquence pré-générique à l’aéroport niçois et le one-man show de Wilde dans la fonderie puis à l’hôpital dans la foulée. C’était déjà visible auparavant mais le HD est impitoyable : Curtis est doublé lorsqu’il saute sur le camion, sur la moto et même lorsqu’il conduit le camion dans le final. Et je ne parle pas des plans studio sur les conducteurs, le gros point noir de la série. Par contre, évidemment, il fait la prouesse d’agripper la barre une fois sur le camion pour escalader le bâtiment.

A 46 ans, il fallait le faire ! Le passage de Brett en collectionneur allemand est long et ennuyeux (et puis Wannsee n’est pas en Bavière mais à Berlin !), certaines répliques sont lourdingues (on ne peut pas toujours gagner en choisissant la VF), les seconds rôles quelconques et je n’apprécie pas la fin. Il reste les séquences citées plus haut et les échanges du duo avec le juge Fulton toujours aussi caustiques. La blonde de la semaine,  Susan George, attire la curiosité car elle fut une conquête du Prince aux grandes oreilles. A noter que Wilde se lave les mains dans la fonderie alors qu’il porte des gants. Une chose que faisait réellement l’acteur d’après les mémoires de Moore. Un épisode mineur dans la série. 

Infos supplémentaires:

La scène où Brett et Danny manquent d'être renversés par la Mercedes  a été tournée à Villefranche sur Mer, sur le Quai de l'Amiral Ponchardier (source : Avengersland). Cette appellation rend hommage à  Pierre Ponchardier (1909-1961), grande figure de la Résistance et de la Marine Nationale.

On aperçoit la Ferrari de Danny passer sur le Viaduc d'Èze. Cet ouvrage surplombe les 80 mètres de profondeur du Ravin de Gaffinel, et fut édifié de 1911 à 1914.

Lors de la préparation de l'interception du camion, Lord Sinclair évoque une nouvelle autoroute. C'est en effet en 1969 que fut inauguré le dernier tronçon de l'A8, reliant Roquebrune à la frontière italienne. L'A8, partant d'Aix, parcourt la Provence d'Ouest en Est, avant de desservir la Riviera à partir de Cannes. Durant la saison estivale, son trafic devient l'un des plus élevés de France, égalant celui du périphérique parisien.

Après le pilote de la série, et son prologue dans Le Saint, c'est la troisième fois que nous découvrons l'aéroport de Nice L'activité aérienne s'y pratique dès 1910, à l'occasion des aventureux  meetings aériens de l'époque, mais aussi pour le service postal à destination de la Corse. En 1945, Air France y ouvre une ligne vers Paris et l'aéroport va connaître une explosion de son activité en relation avec le développement du tourisme sur la Côte d'Azur. De 1964 à 1972, la fréquentation double, passant de un à deux millions de passagers. La plupart des compagnies étrangères y sont désormais présentes. Aujourd'hui il est le troisième aéroport français en nombre de passagers, seulement dépassé par ceux de l'Île de France. Les atterrissages y sont réputés, car son emplacement et ses pistes en bord de mer autorisent un magnifique survol des divers sites de la Riviera.

L'Aston Martin de Lord Sinclair circule devant le Casino de Monte Carlo. Celui-ci fut bâti en 1865 par François Blanc, le fondateur de la Société des Bains de Mer de Monaco, contrôlé par la Principauté. Le succès de cet établissement, l'un des joyaux de l'architecture Belle Epoque,  conçu par Charles Garnier, permit à la Principauté d'abolir les impôts. Il lança également une spéculation foncière colossale, vrai fondement de la richesse de Monaco. Le casino servit également de décor à GoldenEye (1995), lors de la mémorable partie de baccara entre 007 et Xenia Onatopp.

La poursuite de Danny par la Mercedes de Pullicino se déroule dans la forêt de Burnham Beeches, aperçue à de fréquentes occasions dans les perses séries anglaises, dont Chapeau Melon.

La pièce d'or vue durant l épisode est  authentique, un choix pour le moins onéreux mais la production désirait un grand réalisme sur ce point.

Pullicino dispose d'une Mercedes Benz 200, soit le modèle développé avec succès par Mercedes de1961 à 1968. Elle fut appréciée notamment pour sa puissance et son confort, et fut en tout fabriquée à  628,282 exemplaires. La Mercedes fut pionnière dans plusieurs domaines, tels l'exécution de crash tests ou l'emploi du moteur Diesel chez les voitures de particuliers.

La voiture utilisée par Danny dans la scène d'ouverture est Austin Mini Moke. Construite à Birmingham, la « Mini » fut une petite voiture anglaise très populaire durant les années 60, notamment auprès des femmes, même si sa production s'est prolongée de 1959 à 2000. Cette voiture, devenue une véritable icône des Sixties anglaises, était très innovante pour l'époque (moteur compact, suspensions révolutionnaires...) et bénéficia également de vastes campagnes de publicité modernes. Elle fut produite en tout à 5,3 millions d'exemplaires. BMW, désormais propriétaire de la marque, a lancé de nouveaux modèles, Mini 2 (2001) et Mini 3 (2006), toujours avec réussite. Alice en utilise une dans The L Word.

Une variation à succès de la Mini fut l'Austin Mini Moke, se rapprochant de la jeep. Elle apparaît dans de nombreux films et séries dont les fameux taxis du Village (Le Prisonnier) et plusieurs James Bond. Mère-grand en utilise une particulièrement spectaculaire dans Brouillard, Mrs Peel et Steed une nettement plus classique dans Dans sept jours le déluge. Mrs Gale en découvre une autre en réparation chez le garagiste de Le retour du traître.

Susanne George ne se déplaça pas à l'aéroport de Nice. La scène pré-générique fut tournée avec une doublure, l'image de l'actrice étant ultérieurement incrustée sur la vidéo, dans un effet bref mis assez visible.

Nouvelles prouesses en français de Roger Moore, lors de la discussion avec le pittoresque douanier « Ma vieille grand-mère, elle a 100 ans aujourd'hui, hein. C'est fantastique ! A tout à l'heure ! ».

La Napoléon Or est une pièce de 20 Francs-Or, contenant 5,8 grammes d'Or, créée par le Consul Napoléon en 1803. Elle présente en effigie le profil du futur Empereur et fut d'un emploi courant jusqu'à la fin de la Grande Guerre (et de l'Etalon Or). On l'a surnommé « l'Euro avant l'Euro » car, sous l'inspiration de la France, plusieurs autres pays Européens créèrent des pièces de multiples de 20 de leur monnaie nationale, à la valeur Or identique. Par extension, le nom de « Napoléon » recouvre toutes les pièces françaises à la valeur Or similaire, aux effigies évoluant avec les chefs de l'Etat. Le terme de Louis d'Or s'applique pareillement aux perses monnaies antérieures, sous l'Ancien Régime. Côté jusqu'en 2004 à la Bourse de Paris, le Napoléon s'estime désormais par des sociétés spécialisées. Le Napoléon Or vu dans l'épisode est l'édition dite « Napoléon III à tête laurée », tirée à 85 344 950 exemplaires, entre 1861 et 1870.

Acteurs – Actrices

L'acteur français Jean Driant  incarna des compatriotes dans plusieurs productions anglaises des années 50 à 70. Il apparut ainsi comme  militaire, aviateur, mécanicien, portier d'hôtel, gendarme, employé de bureau…

Hugo de Vernier (1912) est bien un acteur anglais, comme son nom ne l'indique pas. Il est apparu dans Destination Danger, The Avengers, The Troubleshooters etc.

Alfred Marks (1921-1996) fut un spécialiste réputé de la comédie, principalement  au théâtre. Il eut sa propre émission humoristique sur ITV, de 1956 à 1961 : The Alfred Marks Time et présenta de nombreux autres programmes.

Hugh Manning (1920-2004) a joué dans trois épisodes de Chapeau Melon : Le jeu s'arrête au 13, Le dernier des sept et Haute tension. Figure régulière ses séries anglaises, il reste principalement connu pour son rôle du Révérend Hinton, qu'il interpréta dans Emmerdale de 1977 à 1989.  Il fut à élu deux reprises à la présidence d'Equity, le grand syndicat britannique des comédiens.

Susan George (1950) partage sa carrière entre cinéma (Les chiens de paille, 1971 ; Larry le dingue, Mary la garce, 1974) et la télévision, où elle participe à Cluedo, Eastenders, tales of the Unexpected… Au début des années 70, elle eut une liaison avec le Prince Charles, qui l'invita à la fête donnée pour son trentième anniversaire. Elle fut l'épouse de Simon MacCorkindale de 1984 à 2010, date de la disparition de celui-ci. Ils dirigeaient un important haras de Pur Sangs arabes.

Séquence culte : À l'aéroport

Séquence culte : Danny pointe à l'usine

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7. UN DRÔLE D'OISEAU
(THE OLD, THE NEW AND THE DEADLY)

Diffusion: 12 novembre 1971

Scénario: Brian Clemens

Réalisation: Leslie Norman (1911-1993) exerça différents métiers de cinéma, lors d'une carrière débutée durant les années 30 et s'étendant sur près d'un demi-siècle.: assistant réalisateur, monteur, scénariste, metteur en scène… Il demeure l'un des principaux réalisateurs de séries britanniques. Leslie Norman dirige ainsi sept épisodes d'Amicalement vôtre et 21 du Saint, mais exerce également pour Jason King, Gideon's Way, Les Champions, Randall & Hopkirk (deceased)… Il réalise deux épisodes des Avengers, Haute Tension et Bizarre.

Distribution: Anna Gaël (Suzanne Villeigne Wager), Derren Nesbitt (Groski), Kenneth J. Warren (Verner), Juliet Harmer (Prue) Patrick Troughton (Comte Clément Marceau), Gary Cockrell (Frank Wager), Jasmina Hilton (Serena), Frederik Jaeger (Siegfried Luther)

Résumé:

Les Persuaders ont pris leurs quartiers au Plaza Athénée, où Danny rencontre une amie, Suzanne, récemment mariée, tandis que Brett retrouve Prune, une piquante demoiselle de sa connaissance. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes quand, par une hasard fortuit, Danny est photographié tenant la reproduction d'un aigle nazi. Ceci éveille l'attention du Comte Marceau, passionnément désireux d'entrer en possession de l'objet. Il va dépêcher plusieurs tueurs pour éliminer Danny, dont son chauffeur et homme de main, Verner. L'oiseau contient en fait une preuve de la traîtrise du Comte en 1940, dont fut accusé le propre père de Suzanne. Son actuel détenteur tente de vendre l'aigle à la jeune femme, mais est repéré par le nouvel allié du Comte, le mielleux Groski , qui l'abat et s'empare du trophée. Les Persuaders finissent par démêler l'intrigue, puis s'infiltrent dans le château de Comte. Après avoir vaincu Verner et Groski, ils triomphent du Comte, que la nostalgie du Reich a empêché de détruire l'objet compromettant.

Critique de Estuaire44:

Les Persuaders achèvent leur périple continental par un séjour parisien particulièrement divertissant et mouvementé. Cet épisode relevé bénéficie en effet d'un scénario manifestant une nouvelle fois le talent de conteur de  Brian Clemens, ainsi que son penchant à jouer de mauvais tours à ses personnages, au grand plaisir des téléspectateurs.

L'intrigue va en effet jouer habilement de divers ressorts, aucun des effets suscités ne portant ombrage aux autres, mais au contraire formant un ensemble harmonieux et dynamique. On discerne comme une saveur hitchcockienne à plonger ainsi Danny dans des périls auxquels il ne comprend goutte, à la faveur d'un malicieux clin d'oeil du destin. Mais aucun stress chez nos héros, dont rien ne vient entacher l'allant au cours des  péripéties guillerettes se déroulant dans l'emblématique Plaza Athénée. Cette longue séquence où les Persuaders subissent sans vraiment comprendre constitue de fait un pari audacieux mais réussi pour le scénariste, permettant d'exploiter au mieux le potentiel des comédiens vedettes, des personnages et de leur relation, soit le véritable moteur de la série. On s'amuse beaucoup, grâce à un véritable crépitement de bons mots et de d'échanges de plaisanteries acidulées (excellente histoire de l'aïeul Sinclair), les pétillants dialogues représentant d'ailleurs l'un des atouts de Un drôle d'oiseau. Refusant intelligemment de les lancer dans une enquête classique, Clemens les emploie judicieusement pour recréer cet art de vivre évoquant si agréablement les Avengers. La présence de la clé de l'énigme à l'étage au-dessus, que les Persuaders ne finiront par découvrir que tardivement et  par un nouveau concours de circonstances, ajoute à la joyeuse ambiance cette amicale ironie que la série décerne souvent à son duo protagoniste.

Le talent de scénariste de Brian Clemens se discerne également dans l'optique de pur vaudeville qu'il retient pour déployer sa comédie, un choix convenant idéalement à Paris et au Plaza Athénée, tout comme le Giallo de l'ouverture de Minuit moins huit kilomètres évoquait avec pertinence l'Italie des années 70. Clemens en emploie tous les ressorts avec brio : quiproquos, claquements de porte, gags visuels et cocu jaloux (virtuel) se succèdent à un rythme endiablé. Ne manque même pas à l'appel le traditionnel personnage secondaire féminin passablement déluré, en la personne de la délicieuse Prune. L'ensemble rivalise avec les meilleurs textes du genre, tout en conférant à l'épisode comme une saveur nostalgique de Au théâtre ce soir, où Michel Roux, très à son affaire ici, fit justement merveille. On éprouve cependant un léger regret devant une connexion finalement réalisée avec une certaine désinvolture entre les Persuaders et la partie adverse. Cette survenue du spécialiste des Rolls-Royce connu de Lord Sinclair semble tout de même bien providentielle... Le personnage n'apparaît d'ailleurs même pas à l'écran, confirmant ainsi son statut de simple rouage utilitaire de l'intrigue. C'est d'autant plus dommage qu'il y avait ici matière à nous régaler d'un excellent Excentrique, comme ceux que Brian Clemens s'entend si bien à insérer dans une histoire, mais cette époque en est sans doute malheureusement révolue.

La mise en scène alerte et enlevée de Leslie Norman participe pleinement à la réussite de l'épisode. Tout en appuyant efficacement le jeu des comédiens, elle accompagne avec diligence et parfait minutage l'option vaudevillesque retenue par Clemens. La caméra saute prestement d'un personnage à l'autre, choisit des angles souvent astucieux et tire le meilleur parti de l'excellent décor de l'hôtel. Norman nous offre également des scènes d'action réussies et toniques, ce qui n'a pas toujours été le cas depuis le début de la série. Le combat entre Lord Sinclair et Luther (méconnaissable Frederick Jaeger), puis entre Danny et Verner apparaissent fort réussis, avec un humour finement dosé, enrichissant la scène sans la dénaturer. La série ne développe pas de chorégraphie sophistiquée hors sujets, mais les comédiens manifestent une belle énergie durant ces moments de bravoure pour la plupart convaincants. Le décor de la discothèque paraît lui aussi croquignolet, avec un mélange d'éléments morbides et psychédéliques évoquant le futur Baiser de Midas.  Le seul véritable bémol provenant de la mise en scène concerne la pauvreté des vues parisiennes. Hormis quelques plans assez quelconques au sein de rues anodines, même si caractéristiques, le tournage dans la Capitale ne donne lieu qu'à de brefs aperçus des Champs Elysées ou de l'Hippodrome de Longchamp. On ne trouve ici rien de comparable à la fastueuse promenade romaine de Brett dans Minuit moins huit kilomètres et les New Avengers accompliront bien davantage sur ce point lors de leur excursion parisienne (idem pour le City of Death du Docteur, en 1979).

Comme il sied à une aventure se déroulant In The Most Romantic City In The World, Un drôle d'oiseau peut compter sur tout un aréopage de charmantes jeunes femmes, à l'intérêt cependant éminemment variable.  En effet Suzanne pousse tout de même au paroxysme l'inclination des Persuaders Girls à se placer au centre de l'intrigue, tout en demeurant essentiellement inertes. Le jeune mariée n'ose même pas faire appel aux héros et devra à une providentielle péripétie de recevoir leur concours. Pour le reste elle apparaît réellement comme la parente pauvre de l'intrigue, se contentant de scènes répétitives et schématiques, où elle n'apporte d'ailleurs pas grand-chose. Le charme évanescent d'Anna Gael agit, mais l'actrice ne semble guère impliquée dans son rôle, se promenant d'apparition en apparition. Bien plus pétillante apparaît la tonique et conquérante Prune (curieuse adaptation française de Prue) dont les séances de rentre-dedans émoustillé avec Lord Sinclair manifestent une paillardise à la fois élégante et cynique des plus réjouissantes. Les deux acolytes s'harmonisent à merveille, de même que Roger Moore et l'excellente Juliet Harmer. Outre de jolies silhouettes dans le hall du Plaza Athénée ou la discothèque de Montmartre, on n'aura garde d'oublier le beau minois de Serena,  la brune complice de Groski, très piquante elle aussi.

Alors qu'Amicalement vôtre avait jusqu'ici pâti d'adversaires manquant régulièrement d'envergure, Un drôle d'oiseau nous vaut une galerie de portraits des plus jouissives. En tueur précieux et volubile, Derren Nesbitt se montre absolument épatant, renforçant cette impression de joyeuse fantaisie laissée par cet épisode, qui comporte finalement bien un Excentrique ! Clemens conserve néanmoins toujours une balance parfaitement équilibrée entre humour et crédibilité de l'opposition, le duo Verner-Marceau rendant celle-ci réellement redoutable. En exécuteur dévoué à son maître, le toujours formidable Kenneth J. Warren impressionne par sa solidité et sa sobriété l'isolant clairement du reste de l'épisode. Sa composition se rapproche bien davantage du gangster d'Intercrime que du bouillonnant Z.Z. de Caméra meurtre, un choix judicieux empêchant le récit d'ailler trop loin dans la facétie. Mais celui qui accroche le plus le regard demeure en définitive le Comte lui même, encore plus retranché de l'action (il n'a aucun contact avec les héros, hormis à la toute dernière minute). Après Roger Delgado, c'est avec grand plaisir que l'on découvre une nouvelle figure majeure de Doctor Who en la personne de ce grand comédien que fut Patrick Troughton. Il nous délivre ici une nouvelle superbe composition, grâce à ce saisissant portrait d'un homme maudit, à la fois fasciné et hanté par son passé, mais encore debout. Grâce à ce récital, il apporte toute une dimension supplémentaire à l'épisode.

Ainsi s'achèvent les tribulations continentales des Persuaders et la première partie de la série. Nos héros vont désormais vivre leurs aventures principalement sur le sol anglais, tandis que Lord Sinclair va reprendre possession de son appartement londonien, après son escapade en bonne compagnie sur la Riviera.

Avis de Denis Chauvet:


C’est bien le ‘Meilleur épisode hors Grande-Bretagne’. Paradoxal lorsqu’on sait que Curtis n’est pas venu à Paris pour le tournage ! Il y a un juste dosage entre sérieux, humour et comédie (ce qui n’était pas le cas dans Les pièces d’or). L’intrigue autour d’un quiproquo est solide et les interprètes, surtout le trio de vilains, sont excessivement convaincants (le vieux comte exalté, l’homme de main Verner et le tueur raffiné Groski).

Aucune scène n’est superflue et les joutes verbales de nos héros sont toutes plus savoureuses les unes que les autres (j’ai un petit faible pour l’ancêtre russe de Brett qui ne parlait pas le français). Le passage dans la boite de nuit est superbe ;  ah, la fouille de Serena ! J’adore aussi entendre Brett dire qu’il a oublié son fusil pour la jungle banlieusarde : tristement d’actualité ! Par contre, de nombreuses Persuaders girls mais ce n’est pas celle(s) qui ont le plus d’apparitions qui font le plus d’effet ! On dirait même que Suzanne (Anna Gaël) est botoxée…Un superbe interlude parisien avant le retour dans la perfide Albion. Incontournable. 

Infos supplémentaires:

En sortant de la douche Tony Curtis répond au téléphone qu'aucune Madame  Schwartz n'habite là. Il s'agit d'un clin d'œil, son vrai nom étant Bernard Schwartz.

Seul Roger Moore se rendit à Paris, les fugitives apparitions de Danny en extérieur sont en fait l'œuvre d'une doublure.

Lord Sinclair, et quelques autres personnages, lisent à plusieurs reprises Le Parisien. Ce grand quotidien régional de l'Île de France, également publié au plan national sous l'appellation d'« Aujourd'hui en France », s'intitule alors Le Parisien Libéré, car fondé par la Résistance au cours de la libération de la Capitale. Il conserve ce nom jusqu'en 1984, où il devient simplement Le Parisien.

Différents sites apparaissent au cours de l'épisode : Les Champs Elysées, les rue de Boccador, Marcadet et Emile Duployé, la Tour Eiffel et l'Hippodrome de Longchamp (source : Avengersland)

Danny réside à l'hôtel Plaza Athénée, au 25 Avenue Montaigne. Construit en 1911,  le Plaza Athénée compte parmi les palaces parisiens les plus réputés (également grâce au restaurant Alain Ducasse). Plusieurs de ses suites offrent de magnifiques vues sur la tour Eiffel (évoquées par Lord Sinclair), utilisées à maintes reprises au grand et au petit écran, notamment dans les épisodes parisiens de la fin de Sex and the City (2004). Reliant la Place de l'Alma aux Champs-Elysées, l'Avenue Montaigne représente l'un des endroits les plus huppés de Paris, entièrement dédié au commerce de grand luxe et à quelques édifices prestigieux comme le Théâtre des Champs-Elysées. On y trouve les boutiques de la plupart des grands couturiers parisiens.

Le Comte possède une Rolls-Royce 20/25 H.P. Produite de 1929 à 1937 à 3 827 exemplaires, son persistant succès s'explique par le bond en avant qu'elle représente sur les performances  des  voitures de luxe similaires  de l'époque (cylindrée, vitesse maximale, boite de vitesse…). Seuls le châssis et le moteur étaient fabriqués par Rolls-Royce, le client commandant une carrosserie personnalisée auprès des plus prestigieux carrossiers anglais. L'emblématique Rolls-Royce 20/25 H.P apparaît dans de nombreux films et séries, dont Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989), où elle est offerte par les Nazis au Sultan en échange de sa collaboration.

Les vues parisiennes donnent l'occasion de découvrir plusieurs voitures françaises de l'époque : Renault Dauphine, Simca 1000 et 1301, Peugeot 403 et 404…

Acteurs – Actrices

Anna Gaël (1943), actrice française d'origine hongroise (Anna Abigail Gyarmathy de son vrai nom), incarna de nombreuses jeunes femmes passablement délurées, au cours des années 60 et 70 (Benjamin ou les mémoires d'un puceau, 1969 ; Ces messieurs de la famille, 1967). En 1969 elle épousa le richissime et excentrique Lord Alexander Thynn, septième Marquis de Bath, connu pour sa vie amoureuse particulièrement libre et sa passion pour le Kâma-Sûtra. Ayant progressivement mis  fin à sa carrière, Anna Gaël devient à partir de la seconde partie années 70 une reporter de guerre respectée, notamment pour ses reportages réalisés en Irlande du Nord. Elle est également l'auteure de plusieurs romans.

Derren Nesbitt (1935) a connu une belle carrière au cinéma (Quand les aigles attaquent, 1968), souvent dans des rôles de méchant. En outre il participe régulièrement aux séries télévisées : L'homme invisible, Doctor Who, Le Prisonnier, UFO, Le Saint

Kenneth J. Warren (1929-1973) a joué dans quatre épisodes des Avengers : Le trapézisteInter-crime, Les petits miracles et Caméra meurtre. D'origine australienne, il mène une double carrière, sur les planches et devant la caméra. Il s'y spécialise dans les rôles de criminels à la forte présence. Venu tenter sa chance à Londres à la fin des années 50, il connaît très vite le succès au cinéma (A high wind in Jamaica, 1965) et participe aux séries les plus prestigieuses (Z Cars, Destination Danger, Le Saint, Le Baron…).

Patrick Troughton (1920-1987) demeure dans les mémoires comme le deuxième interprète du Docteur, de 1966 à 1969. Durant la guerre 39/45, il se distingua dans la Royal Navy et acheva le conflit avec le grande de Commandeur. Grand acteur de théâtre il apparaît également dans Adamant Adamant Lives !, Le Saint, Doomwatch, Softly Softly, Z cars… Il décède d'un infarctus au cours d'une convention américaine de fans de Doctor Who.

Juliet Harmer (1943) incarnera à nouveau Prue dans L'un et l'autre. Dans Un voyage sans retour, elle joue Jill Manson, la fausse directrice d'école. Si elle participe à d'autres séries (Destination Danger, Jason King, Department S…), elle reste avant tout remémorée pour le rôle récurrent de Georgina Jones dans Adam Adamant Lives ! (1966-1967), série conçue par la BBC comme réplique aux Avengers.

Frederick Jaeger (1928-2004) incarnera  Benson dans Les Cybernautes et Le retour des cybernautes . Jaeger est né à Berlin  et émigra en Angleterre en 1939. Il est apparu dans de nombreuses séries comme Département S, Paul Temple, Amicalement Vôtre, Le Retour du Saint, Les Professionnels, Dr Who (trois rôles)

Séquence culte : Virée en boîte de nuit


Séquence culte : Une soirée mouvementée

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8. SEPT MILLIONS DE LIVRES
(TAKE SEVEN)

Diffusion : 01 octobre 1971

Scénario : Terry Nation

Réalisation : Sidney Hayers (1921-2000) tourna quelques classiques du cinéma d'épouvante (Night of the Eagle, 1962) mais se fit surtout connaître comme réalisateur de séries télé : Magnum, Agence Tous Risques, Alerte à Malibu, K 2000, Supercopter, Agence Acapulco… Il réalise huit épisodes de Chapeau Melon et quatre épisodes des New Avengers, mais aussi un autre d'Amicalement vôtre, Regrets Eternels. Il met également en scène de nombreux téléfilms, dont Mr Jerico, avec Patrick Macnee (1969).

Distribution: Laurence Naismith (Juge Fulton), Sinead Cusack (Jenny Lindley), Christian Roberts (Mark Lindley), Sue Lloyd (Maggie Trenton), Victor Platt (Le Fermier), Garfield Morgan (Peter Hayward), Richard Hurndall (David Conron), Veronica Hurst (Secrétaire de Conron), Julie Crosthwait (Mandy), Colin Vancao (Le major).

Résumé:

A Londres, le juge Fulton demande une nouvelle fois de l'aide à Brett et Danny. Jenny, la fille d'amis décédés, a hérité de leur importante fortune, estimée à sept millions de livres. Or voici que son frère Mark, longtemps porté disparu, ressurgit et s'empare de l'héritage par testament. Malgré une décision de justice, Fulton estime qu'il s'agit d'un imposteur d'autant que Jenny, qui continue à contester le verdict, a été victime d'une tentative d'assassinat.  Il demande à ses partenaires de démontrer l'escroquerie, ce qu'ils acceptent après avoir assisté à un nouvel attentat. Au cours de leurs recherches, ils sont aidés par Conron, le juriste de la famille, persuadé du bon droit de Jenny, ainsi que par le Fermier, pittoresque informateur de Lord Sinclair. Après plusieurs péripéties, ils découvrent que  l'usurpatrice d'identité est en fait Jenny, et que c'était elle  qui avait organisé les attaques pour faire croire à la culpabilité de Mark. Les Persuaders interviennent finalement à temps pour empêcher le meurtre de Mark par Jenny et son associé Hayward.

Critique de Estuaire44:

Take Seven marque l'arrivée des Persuaders en Angleterre, où se déroulera désormais l'essentiel de leurs aventures. Cette ambiance britannique, à laquelle les amateurs des Avengers ne peuvent qu'être sensibles, demeure d'ailleurs l'un des atouts d'un épisode jouant pleinement cette carte. On assiste ainsi à une véritable floraison d'éléments culturels, le plus souvent introduits avec fluidité dans le récit : superbe panorama de l'emblématique Cathédrale St-Paul (le Café Rouge ne sera inauguré qu'en 1989...), pimpants Routemasters et Black cabs, scènes se déroulant dans des sites londoniens caractéristiques tels Hyde Park ou Queen Anne's Gate... On apprécie particulièrement la courte  balade des Persuaders dans le quartier si délicieusement anglais des Inns of Court, où l'on aperçoit même, en arrière fond, un barrister en costume. Toute une atmosphère ! Hors de Londres, on renoue également avec la campagne britannique et ses demeures typiques, un régal.  La traversée du Channel signifie également des adieux au soleil éclatant de la Côte d'Azur, la luminosité naturelle a d'ailleurs bien changé... L'exacerbation du caractère anglais de la série conduit également à un renforcement des piques et railleries culturelles entre Persuaders. Cela suscite de nombreuses scènes hilarantes, dont Lord Sinclair apparaissant en majesté et subissant les quolibets amusés de son ami reste le plus bel exemple.

L'articulation de l'intrigue de Take Seven manifeste également une belle efficacité, avec une pertinente utilisation à tiroirs du thème de l'imposture. La tonalité générale évoque avec légèreté Agatha Christie, la Reine du Crime ayant également eu recours avec succès à cette figure de style classique (Cat Among The Pigeons, Third Girl...). Cet aspect s'harmonise parfaitement avec l'ambiance anglaise et nous vaut une chute étonnante, dans la meilleure tradition du genre. Tels des Poirot en herbe, nos héros s'essaient au jeu de la déduction et des hypothèses, leurs discussions sur ce point rendant l'épisode très ludique. Contrairement au Belge, les Persuaders doivent cependant attendre d'avoir sous les yeux une preuve des plus explicites  pour réellement comprendre ce qui se passe. On apprécie  cette volonté régulièrement exprimée par Amicalement vôtre de ne pas transformer ses protagonistes en infaillibles héros, ce qui accroît leur spécificité et la sympathie qu'ils dégagent. De plus le scénario dévoile avec un parfait minutage ses divers rebondissements et révélations,  empêchant tout temps mort de s'instaurer. Deux bémols toutefois. L'insistance et la régularité avec lesquelles Jenny se manifeste lors des conversations téléphoniques agira infailliblement comme un chiffon rouge auprès des amateurs de policiers à énigme. Et puis l'intrigue se cantonne tout de même dans un flou assez facile en ce qui concerne la partie de chasse tragique et l'explication de la disparition prolongée de Mark.

Le scénario de Terry Nation n'hésite pas non plus à multiplier les personnages secondaires. Cette pratique se montre parfois préjudiciable, car artificielle ou  menant à un émiettement du récit. Il n'en va pas de la sorte ici, où chacun d'entre eux, à défaut de toujours développer  une véritable incidence sur l'histoire, suscite des scènes parfaitement divertissantes, enrichissant considérablement Take Seven, sans en alourdir le rythme.

Le Juge voit son intervention plus réduite qu'à l'accoutumée, se contentant de mettre le pied à l'étrier à nos héros mais sa séquence reste très savoureuse par les mimiques de Tony Curtis qu'elle autorise (et son imitation pour le moins improbable de Groucho Marx). Laurence Naismith continue également à défendre son personnage avec un énergie communicative. L'espace dégagé par son départ permet à quelques attachantes personnalités de s'exprimer. La blonde, sculpturale et  muette Mandy  (une lointaine cousine de Rhonda ?) produit son effet et nous vaut une amusante conclusion. Maggie paraît à peu près superfétatoire dans le récit, mais Sue Lloyd compose à l'évidence une précieuse guest star pour la série, et son duo avec Tony Curtis fonctionne à merveille sur le registre de la comédie chère à l'acteur. Tout à l'inverse, Conron constitue un rouage essentiel du scénario, par son action (d'autant que c'est bien lui qui réalise le vrai travail d'enquête...) mais aussi par les doutes qu'il suscite. Richard Hurndall interprète solidement le juriste. Si Hayward n'a que peu de mots  exprimer, le tallent si suggestif de Garfield Morgan, bien connu des amateurs des Avengers, parvient à lui conférer quelques postures amusantes.

Mais le personnage secondaire le plus savoureux demeure certainement le Fermier, donnant corps, avec un humour particulièrement pétillant, à la nouvelle dimension anglaise revêtue par la série. Sa caricature du Gentleman Farmer le plus traditionnel, totalement décalée au sein du Londres contemporain, lui confère comme une aura d'authentique Excentrique. C'est néanmoins avec un esprit des plus matois qu'il fait débourser de copieuses sommes à Lord Sinclair, lors d'excellentes scènes de pure comédie. Le Fermier ne véhicule qu'un seul regret, le faible nombre de ses apparitions, seulement deux au cours de la série. Jenny s'impose comme l'autre grande figure de l'épisode, pour son rôle clé mais aussi pour l'éblouissante interprétation de Sinead Cusack. L'actrice parvient à incarner avec la même totale conviction les deux visages de cet adversaire diabolique, rompant agréablement avec les personnages féminins stéréotypés de la série. L'actrice dote également Jenny d'une intéressante dimension intime, avec une fusion des deux personnalités allant bien au-delà de l'escroquerie. Une idée extrêmement intéressante, à la lisière de l'épouvante  psychologique,  hélas seulement effleurée mais peut être hors sujet dans la série. Nettement plus falot apparaît son frère, notamment du fait de l'atonie du jeu de Christian Roberts, en rupture avec la distribution particulièrement relevée de Take Seven.

L'efficace réalisation de Sidney Hayers consacre le succès de cet opus. Les scènes d'action sont mise en scènes avec un vrai sens de l'image, même s'il ne s'agit pas d'un élément constitutif majeur de l'épisode. Les prestations des différents excellents comédiens se voient bien mises en valeur, tandis que la musique de Ken Thorne participe toujours aussi pleinement à l'atmosphère. Si la caméra de Hayers exploite également avec brio les différents sites visités, la vedette revient néanmoins aux somptueux décors en studio. Tous portent la marque d'Harry Pottle, de la finesse  de son goût et de son talent pour installer une ambiance ou révéler la personnalité de l'occupant des lieux. On apprécie ainsi l'échoppe du barbier, si typiquement anglaise et hors d'âge, entre autres. Le grand évènement reste cependant la découverte de l'appartement londonien de Lord Sinclair. Magnifique, lumineux, ses portraits et ornementations expriment à merveille la vision du monde développée par ce dernier (la splendeur de l'Empire), de même que sa passion pour l'ordre et l'élégance. Dès à présent l'endroit sert à merveille de lieu de rencontre entre les deux protagonistes, autant pour le déroulement de l'enquête que pour les excellentes  scènes entre personnages, sur un modèle qui ne dépaysera pas les amateurs des Avengers. Lord Sinclair semble quelque peu mis en avant ici, assez logiquement dans cet épisode si anglais, dont la qualité augure au mieux de la nouvelle période s'ouvrant pour Amicalement vôtre.

Avis de Denis Chauvet:


Quand je pense à cet épisode, c’est son final au suspense éventé dans la maison en vente qui me vient à l’esprit. Peut-être l’épisode que j’ai vu le plus souvent (et même écouté, car il faisait partie de ceux que j’avais enregistrés sur bande audio avant l’arrivée du magnétoscope !). Pourtant, je ne me souvenais plus que la scène du barbier avec Fulton et celle en habit de cérémonie du Lord figuraient ensemble dans ce premier épisode britannique (scènes qui se suivent en plus).

Le tout est finalement toujours divertissant avec ses scénettes cocasses (Mandy, Le Fermier, Sue Lloyd en débauchée…) sans oublier le superbe premier plan avec la Ferrari de Danny devant St Paul’s (le quartier a changé d’aspect). Et on est à Londres : Hyde Park, Queen Anne’s Gate, Inns of Court, Alexander Place… ! Evidemment, comme précisé plus haut, il n’y a plus de suspense dès qu’on l’a vu (et c’est infaisable de nos jours avec l’ADN) mais la blonde de la semaine, Jenny Lindley, n’est pas à ranger dans les plantes vertes comme beaucoup de ses devancières. J’adore : ‘Y a de biens jolis cadavres chez vous !’ 

Infos supplémentaires:

A l'issue du tournage effectué en France et en Italie, divers changements s'effectuent dans l'équipe de production. Terry Nation va superviser seul l'écriture des scénarios, après le départ de Milton S. Gelman. De nouveaux metteurs en scène apparaissent et Harry Pottle, créateur des décors de la saison 4 des Avengers devient le responsable de ce secteur. Il va notamment concevoir le désormais décor central de la série : l'appartement londonien de Lord Sinclair.

L'appartement de Lord Sinclair se situe au 15, Queen Anne's Gate, dans la Cité de Westminster, à deux pas de l'Abbaye. Cette urbanisation très huppée fut inaugurée en 1704, sous le règne de la Reine Anne (1665-1714), première souveraine du Royaume-Uni. Elle se situe à l'intersection de deux rues plus anciennes, d'où sa forme en L. Les résidences, en brique ocre, s'ornent de visages de satires placés au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée et du premier étage. Queen Anne's Gate a conservée la même apparence qu'à l'époque du tournage de la série, la seule différence étant que les portes  sont désormais peintes en vert, et non en noir.

Lord Sinclair se rend à la Chambre des Lords, dont il est membre de droit. Cette situation change en 1999, avec une importante réforme de cette assemblée. Désormais les Lords héréditaires n'ont plus le droit de siéger mais ne peuvent qu'élire 92 représentants de leur ordre, à titre transitoire. La grande majorité de la chambre se compose désormais de 603 « Pairs à vie », nommés par la Reine sur proposition du premier Ministre. Viennent s'y ajouter 26 représentants du clergé anglican. A terme les Pairs héréditaires disparaitront et une partie de la chambre sera élue.

Le Fermier réapparaîtra dans Un risque calculé.

La rencontre nocturne avec le Fermier se déroule dans Alexander Place, située au sud de Hyde Park, où se déroule la première réunion.

L'édifice que quittent les Persuaders après avoir rencontré l'avoué est Lincoln's Inn Chapel, située dans les Inns of Court (effectivement le quartier des hommes de loi). L'origine de la chapelle remonte au XVème siècle, mais elle fut constamment embellie et agrandie. Sa crypte sert de dernière résidence aux plus hauts responsables de l'Inn de Lincoln. Traditionnellemnt, sa cloche sonne chaque soir à 21h, d'autant de coups que le Trésorier, premier magistrat de l'Inn, compte d'années.

Danny, en route pour voir Juge, passe devant la Cathédrale St Paul.

L'entrée de la résidence de Lindley est en fait  Heatherden Hall Gates, soit la superbe grille d'accès au bâtiment central autour duquel s'étendent les studios de Pinewood (aperçu dans l'épisode). De ce fait, celle-ci apparaît dans plusieurs séries anglaises, dont les New Avengers, à trois reprises (To Catch a Rat, Medium Rare, Hostage).

Durant l'introduction, Mark conduit une Morris Minor 1000. Les Morris Minor, construites de 1948 à 1971, se constituaient essentiellement de voitures bon marché. Symboles de la classe modeste anglaise, elles furent les premières voiture britanniques dont les ventes dépassèrent le million d'exemplaires, atteignant 1 300 000. De nombreux modèles, renforcés et customisés, continuent à circuler aujourd'hui.

Acteurs – Actrices

Sinead Cusack (1948) est une grande actrice shakespearienne irlandaise, membre de la RSC. Elle tint avec succès de nombreux grands rôles du répertoire, à Broadway comme au West End. Avec d'autres actrices, elle publia en 1994 Clamorous Voices: Shakespeare's Women Today, une étude remarquée de l'interprétation moderne des personnages féminins de Shakespeare. Elle épousa Jeremy Irons en 1978.

Sue Lloyd (1939) fut danseuse et modèle avant d'être actrice. Elle a tourné dans de nombreux films et séries dont Département S, Le Saint et Crossroads (de 1975 à 1985). Elle épousa Ronald Allen, son partenaire de longue date dans Crossroads. Elle a tenu le rôle récurrent de Cordelia Winfield dans Le Baron. Sue Lloyd participe aux Avengers (Sept jours avant le Déluge) et a joué le rôle de Hannah Wild, la partenaire de Steed, dans la pièce de théâtre The Avengers. Elle a publié son autobiographie en 1998 : It seemed like a good idea at the time.

Victor Platt (1920) a participé à de nombreuses séries anglaises des années 60 et 70, dont à deux reprises les Avengers, dans A Change of Bait et Les Fossoyeurs.

Garfield Morgan (1931-2009) est une figure régulière des séries policières britanniques, occupant des rôles récurrents dans Softly, softly, Regan et The Sweeney. Il participe également à Z Cars, Callan, Dixon of Dock green, Bad Girls etc. Dans le Monde des Avengers il incarna trois excellents personnages, le majordome de Jeux, Gibert dans Les marchands de peur et Sexton dans Noël en février.

Richard Hurndall (1910-1984), ancien de la RADA, débuta sa carrière théâtrale en 1930. Il participa également à de nombreuses dramatiques radio de la BBC, mais aussi de Radio Luxembourg. Il tourna dans à Bergerac, Blake's 7, Public Eye, Poigne de fer et Séduction, Dr Who… Richard Hurndall joue Ferrer dans Le Legs, durant la saison 6 de Chapeau Melon et Bottes de Cuir.

Séquence culte : Votre altesse

Séquence culte : Danny barbe le Juge Fulton

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9. QUELQU'UN DANS MON GENRE
(SOMEONE LIKE ME)

Diffusion : 29 0ctobre 1971

Scénario : Terry Nation

Réalisation : Roy Ward Baker (1916-2010) fut un important metteur en scène britannique. Au cinéma il réalisa notamment A Night to Remember, avec Honor Blackman, qui lui valut un Golden Globe en 1958. Durant les années 50 il exerça à Hollywood, dirigeant ainsi Marilyn Monroe dans Troublez-moi ce soir (1952). Durant les années 60 il se consacra à la télévision anglaise, participant à nombreuses séries de l'époque. Il tourne ainsi 8 épisodes pour The Avengers et 18 pour Le Saint. Par la suite Roy Word Baker  devint également un  réalisateur régulier pour les films d'horreur de l'Amicus et de la Hammer. Il dirige quatre épisodes d'Amicalement vôtre : Les Pièces d'Or,  L'Héritage Ozerov, Quelqu'un dans mon genre et Des secrets plein la tête.

Distribution: Reginald Marsh (Docteur Fawler), Bernard Lee (Sam Milford), Jeremy Burnham (Scott Maskell), Anne de Vigier (Infirmière Crane), Joanne Dainton (Mlle Lindsay), Tony Wright (David Alton), Gerald Sim (Docteur gordon), Vivien Neves (Annabelle), Diana Terry (l'amie de Brett

Résumé:

Sur une route isolée, en forêt, Lord Sinclair porte assistance à une femme appelant au secours. Il est alors assommé puis enlevé. Il se réveille dans un hôpital dont il s'aperçoit vite qu'il s'agit d'un leurre, avant de perdre connaissance à nouveau. Brett reprend alors ses esprits à proximité de son domicile, où Danny lui apprend qu'il a été absent toute une semaine. Les Persuaders soupçonnent que l'opération a permis une opération chirurgicale transformant un complice en sosie de Sinclair, dans le but atteindre l'un des proches de ce dernier, le richissime Sam Milford. Ils aperçoivent ensuite que Lord Sinclair a en fait subi un lavage de cerveau et qu'il est programmé pour assassiner son ami milliardaire. Danny parvient à empêcher l'attentat et les coupables sont alors démasqués : il s'agit de l'épouse et du secrétaire de Milford.

Critique de Estuaire44:

Cet épisode sans génie exploite le thème de la suggestion inconsciente, particulièrement populaire dans les séries d'aventure des années 60. Les auteurs et le public d'alors se montrent en effet particulièrement friands des péripéties rocambolesques autorisés par cette posture narrative. Les amateurs des Avengers connaissent bien cela, il reste d'ailleurs bien difficile de ne pas songer à La Porte de la Mort ou à l'absolument formidable Le Visage (entre autres), tout au long de Quelqu'un dans mon genre. Malheureusement, là où ces épisodes  des Avengers manifestaient inventivité et mise en scène virtuose, on ne discerne ici qu'un déroulement du récit assez  mécanique et convenu. Cela se perçoit clairement dès l'introduction, prévisible au dernier degré, sans que rien ne ne vient changer par la suite. Le public découvre  le pot  aux roses beaucoup trop tôt, et la suite de l'histoire se déroule sans aucun soubresaut notable. La série prête ici le flanc à la critique ayant pu lui être portée sur ses scénarios, considérés comme un mix malin des sujets usités au cours de la décennie précédente mais bien peu créatifs par ailleurs.

Pour meubler et tenter d'installer comme un début de trouble au sein de ce morne paysage, Terry nation, ici en singulière petite forme, tente de développer une fausse piste quant à ce qui est survenu à Lord Sinclair. L'essai tourne vite court, tant cette histoire de sosie se heurte au plus élémentaire bon sens. Comment imaginer qu'une opération de chirurgie esthétique aussi lourde puisse ne laisser aucune trace à peine une semaine après avoir été pratiquée ? C'est simplement absurde, à moins d'imaginer qu'Amicalement vôtre ne basculât dans une espèce de simili Science-fiction, ce qui ne correspond en rien à sa nature. Ici nous nous situons ni dans le Monde des Avengers, ni dans la Quatrième Dimension. Le scénario multiplie par ailleurs les maladresses flagrantes ou les désarmantes naïvetés. Nation ne se soucie pas de justifier la présence des grilles chirurgicales. Maskell s'estime prudent de revêtir un gilet pare-balles, mais se dote surtout ainsi d'une preuve matérielle à son encontre. Milford gobe intensément la version de Brett, quelle belle amitié. Le docteur, estime, sans rien savoir, qu'une prise de sang ne donnera rien, ah bon ? Tout le complot se justifie par la difficulté d'atteindre Milford et voici que Danny y parvient sans pratiquement aucun problème. Etc. Les exemples abondent du manque d'élaboration de cette histoire.

La mise en scène, passablement morne, il faut bien le dire, de Roy Ward Baker ne viendra pas à la rescousse de cet épisode défaillant. L'expérimenté metteur en scène, à l'image de son scénariste, se contente ici de passer les plats, avec une relative efficacité excluant tout brio. Quelqu'un dans mon genre paraît à peu près dépourvu de toute scène d'action digne de ce nom, à part la vague échauffourée entre Persuaders. L'ensemble demeure aussi  statique que verbeux. Le pire reste sans doute l'insigne pauvreté des scènes oniriques, d'autant plus condamnable que la série bénéficie de moyens conséquents. On se situe vraiment très loin pour le coup de La Porte de la Mort et de ses passages équivalents, dignes du Dali de La Maison du Docteur Edwardes. Le tag de fin, tout à fait insignifiant, achève de grever l'épisode. On discerne également peu d'éléments culturels britanniques, a contrario du feu d'artifice de l'opus précédent.

L'épisode pèche également par ses personnages secondaires, uniformément dépourvus de cachet et d'aura, d'autant que leurs interprètes ressortent solides, sans plus. Le métier de Nation  lui permet de percevoir cette menace, qu'il tente de parer en attribuant de petites caractéristiques à chacun (alcoolisme, esprit sarcastique ou vénal) mais l'on entrevoit de manière transparente le procédé et ses limites. La grande attraction de l'épisode consiste bien entendu en la présence de Bernard Lee, mais celui-ci n'apparaît qu'en toute fin de parcours, et pour un rôle vraiment minimaliste. Il s'avère certes amusant assister à sa rencontre avec Roger Moore peu de temps avant que ce dernier ne revête le smoking de 007 mais la manière qu'à l'épisode de survendre l'évènement via l'insistante répétition des rêves et du tableau tient du cache misère. Les Persuaders Girls de la semaine se montrent certes charmantes, mais se cantonnent vraiment  à une éphémère figuration.

Parmi les atouts de Quelqu'un dans mon genre on compte le joli panorama, mais si bref, sur Trafalgar Square mais aussi la découverte approfondie du sublime appartement londonien de Lord Sinclair, décidément l'un des chefs-d'œuvre d'Harry Pottle. Non seulement il bénéficie d'un standing supérieur à celui, déjà cosy, de John Steed, mais cet immense plateau bénéfice d'un soin réellement particulier, comme le démontre la scène se déroulant dans la cuisine. Mais le grand point fort de l'épisode demeure en définitive la superbe prestation de Roger Moore. L'acteur s'émancipe de ses prestations coutumières et si bien rodées, manifestant un authentique talent de composition sur le registre original, plus troublé qu'à l'accoutumée, qu'il vient d'explorer avec succès dans The Man Who Haunted Himself, en 1970. Hormis quelques saillies réussies ,Tony Curtis parait plus en retrait à l'instar de son personnage. Le trouble psychologique empêche également le duo de provoquer ses étincelles habituelles, même si quelques répliques amusantes surnagent de ci, de là au fil de cet  épisode décidément en dessous.

Avis de Denis Chauvet:


Le passage de l’’hopital’ est un peu long et fort heureusement, il n’y a pas de double comme le croit Sinclair. Evidemment, tous les fans se souviennent du violent combat alors que Brett est programmé pour donner une correction à Wilde ; rien à voir avec l’altercation bisounours de Premier contact. C’est le temps fort de l’épisode et un de la série complète. Juste avant que Danny ne tombe dans le piège, on remarque une publicité pour un concert de Charles Aznavour ! Tout se voit avec le HD !

Le contexte donne à l’ensemble plus de sérieux qu’à l’accoutumée, mais ce n’est pas dérangeant. La réalisation est un atout (vision du couple comploteur, superbe plan de Brett seul devant chez lui…) et il y a de nombreux visages connus dont Bernard Lee que Moore retrouvera quelques années plus tard. L’acteur anglais est d’ailleurs plus en avant que Tony Curtis dans cette aventure et on a une vue affinée de son somptueux appartement avec une visite (inhabituelle) de la cuisine. 

Infos supplémentaires:

Le facteur porte le sigle « GPO » sur sa casquette, il s'agit des initiales de General Post Office, soit la Poste anglaise.

Le déclencheur inconscient de Brett est « Sanlucar de Barrameda ». Cette ville andalouse, située sur l'embouchure du Guadalquivir, fut une importante base de départ pour les explorateurs et Conquistadors du XVIème siècle.  Comme évoqué dans l'introduction de l'épisode, elle est le centre d'une région viticole. Il ne s'agit cependant pas de Porto, mais de Manzanilla, un vin lui étant spécifique. Il se boit en apéritif, comme ses cousins de la famille des vins de Jerez.

Autour de la Rolls Royce de Sam Milford, on aperçoit la National Gallery et l'église St Martin-in-the-Fields, sur Trafalgar Square. Ouverte en 1824, la National Gallery comporte une sublime collection de tableaux, anglais ou étrangers, recouvrant l'ensemble de l'histoire de l'Art du Moyen Âge au XIXème siècle. St Martin-in-the-Fields, dédiée à St Martin de Tours, est l'une des églises anglicanes les plus anciennes (XIIIème siècle). Elle est fameuse pour ses concerts, notamment baroques.

L'immeuble où travaille Sam Milford est en fait la Millbank Tower. Construite en 1964, à proximité du Palais de Westminster, elle mesure 119 mètres et comporte 33 étages (27ème édifice le plus haut de la Capitale). Elle abrite différents sièges de grandes sociétés et institutions, ainsi que les locaux du Parti Conservateur, dans un complexe attenant. C'est là que se déroulent des scènes de vandalisme, le 10 novembre 2010.

Sam Milford possède une Rolls Royce Phantom V. Construite de 1959à 1968, à 519 exemplaires, elle fut particulièrement appréciée des grands de ce monde, dont la Reine qui en acquit plusieurs. La plus célèbre demeure cependant celle de John Lennon : peinte en jaune et customisée aux couleurs du psychédélisme, elle est devenue l'une des principales icones de la contre-culture.

On trouve un exemplaire de The Guardian dans la fausse chambre d'hôpital de Lord Sinclair. Ce prestigieux journal, traditionnellement proche des Travaillistes, a été fondé en 1821. Il se pose en grand concurrent du Times, davantage de centre-droit.

Acteurs – Actrices

Bernard Lee (1908-1981) demeure bien entendu l'interprète de M dans onze James Bond, de 1962 à 1979. Cette importante figure du cinéma anglais se spécialisa dans les rôles d'autorité : policiers, militaires, hommes politiques ou diplomates. Ancien de la RADA, il fut également très présent au théâtre. Au petit écran, il apparaît dans Destination Danger, Les Champions, Le Baron, l'Homme à la valise

Jeremy Burham tourna dans plusieurs séries anglaises des années 60, mais demeure principalement un scénariste. Il écrivit ainsi cinq épisodes des Avengers (saison 6), série dans laquelle il tint trois rôles, dont celui du faux prêtre de The Town of No Return.

Gérald Sim (1925) a participé à toute l'aventure des Avengers, sa première apparition remontant à The radioactive man (saison 1) et la dernière au tardif Le lion et la licorne (saison 2, TNA). Entre-temps il aura participé à : Mission à Montréal (saison 2), Lavage de cerveau (saison 3), Meurtre par téléphone (saison 4) et Du bois vermoulu (saison 6) ! Beau-frère du réalisateur Richard Attenborough, il fera plus de 100 apparitions à la télévision ou au cinéma (Frenzy, Un pont trop loin, Gandhi, Jeux de guerre…).

Vivien Neves (1947-2005) fut un mannequin de nu, apparaissant également dans de nombreuses publicités pour lingerie et dans les tabloïdes britanniques. Elle reste connue pour être la première femme apparue nue dans le Times, le 17 mars 1971. Cette publicité occupant toute une page causa d'ailleurs un grand scandale et lança sa carrière. Sa participation aux Persuaders fut quasiment son seul rôle répertorié, et Vivien Neves, toujours populaire mais lassée, se retira dès 1973.

Séquence culte : Duel au sommet

Séquence culte : L'envers du décor

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10. UN ENCHAÎNEMENT DE CIRCONSTANCES
(CHAIN OF EVENTS)

 

Diffusion : 26 novembre 1971

Scénario : Terry Nation

Réalisation : Peter Hunt (1925-2002) travailla comme chef monteur sur Dr. No, Goldfinger et Bons Baisers de Russie, avant que son talent ne lui vaille de réaliser Au Service Secret de Sa Majesté, en 1969. Ici, il occupe ces deux fonctions.

Distribution: Suzanna Leigh (Emily Major), Peter Vaughan (Frank Schubert), George Baker (Britten), John Glyn-Jones (Docteur Hubert Rogers), Morris Perry (Beecham Benett), Neil Wilson (Agent de police).

Résumé:

Les Persuaders se livrent aux joies du camping dans une forêt appartenant à la famille Sinclair. En allant pécher à la ligne, Danny tombe sur un parachutiste grièvement blessé. Ce dernier décède après l'avoir enchainé malgré lui à une valise scellée. Elle contient des documents secrets en provenance de l'Est, à la fois recherchés par ses destinataires légitimes, les services secrets anglais, et par un gang dirigé par le terrible Schubert. Dès lors Danny est traqué, mais il est rejoint par Brett  qui l'emmène dans une clinique de sa connaissance où ils pourront examiner aux rayons X le contenu de la mallette. Brett repart consulter un spécialiste et Danny est alors confronté à Emily, agente britannique. Il arrive à la convaincre de sa bonne foi, puis ils parviennent à triompher de Schubert. Brett revient juste à temps pour évacuer la valise qui ne contenait qu'une bombe, n'étant depuis le début qu'un piège conçu par les services de l'Est !

Critique de Estuaire44:

Avec cet épisode entrainant, Amicalement vôtre renoue avec le genre ayant connu une extraordinaire fortune au cours de la décennie précédente, notamment en Grande Bretagne : le Spies Show. Cela saute aux yeux dès l'archétypale introduction, où Terry Nation démontre déjà son savoir faire en la matière. Son métier, mais guère son imagination, car tout cette scène revêtira un air de déjà vu pour les amateurs des Avengers. Des témoins dissimulés surveillant une livraison, un incident imprévu, une tentative avortée  de fuite en moto… Nation se contente en fait ici de recycler le passage équivalent de Take me to your Leader, en l'adaptant au ton moins fantaisiste de la présente série. Clin d'œil  ou désinvolture ?

La scène du réveil de nos deux héros, sans doute la plus divertissante de l'épisode, nous convainc bien davantage, tant chacun s'y trouve décrit de manière joyeusement caricaturale, à l'aune de sa nationalité. Avec son costume à la Davy Crockett et son feu de camp, Danny retrouve les accents du Western (l'Appel de la Forêt ?), la musique venant agréablement souligner ce pastiche. Tony Curtis se montre particulièrement à l'aise sur ce registre humoristique, son numéro muet constituant un numéro d'acteur vraiment irrésistible. On goute encore davantage la prestation de Roger Moore, impeccable dans cette expression d'un art de vivre tout aristocratique et épicurien, mais aussi empreint de la proverbiale excentricité britannique. Les amateurs de Chapeau Melon s'en féliciteront, tant Lord Sinclair s'assimile ici à un John Steed apportant tout un invraisemblable service à thé lors d'un voyage en train ou savourant champagne et caviar dans une écurie, en pleine mission. On apprécie vivement que la série prenne le temps de cette désopilante respiration exploitant ainsi au mieux l'atout maître constitué par son duo vedette. 

Par la suite l'action démarre brusquement, avec de plus une agréable saveur d'absurdité initiale. Un enchainement de circonstances va parvenir à maintenir un tempo élevé tout au long de son déroulement, grâce aux talents conjugués de Terry Nation et de Peter Hunt. L'idée d'un personne enchaînée à une valise (ou à autrui)  ne ressort pas bouleversante d'originalité en soit, mais Nation va s'ingénier à en tirer le meilleur parti. Il parvient à multiplier les effets et à plonger le malheureux Danny dans divers mauvais pas, la destruction de la grille en représentant le sommet.  Peter Hunt s'entend lui à hautement dynamiser la meilleure partie de l'épisode, avec Wilde en solitaire dans la forêt, grâce à son expérience du montage. Le minutage de l'action, la multiplicité et l'inventivité des placements de caméra apportent un vrai dynamisme à cette chasse à l'homme. Il filme également avec talent le splendide décor naturel représenté par la nature anglaise, réussissant divers plans parfaitement suggestifs.

La seconde partie de l'épisode, chez le médecin, parait plus convenue. L'action ne faiblit pas dramatiquement, mais se situe désormais dans un cadre moins original, voire assez convenu. Toutefois Un enchainement de circonstances a largement eu le temps d'auparavant bâtir sa spécificité. De plus, à la splendeur bucolique succède le talent sans renouvelé d'Harry Pottle. Avec cet intérieur très anglais, il nous offre un décor superbe et élégant, de plus finement agencé pour servir au mieux l'action. Du bel ouvrage. On regrettera cependant que les raccords entre décors intérieur et extérieur soient toujours aussi visibles, une plaie récurrente de la série, mais aussi souvent des Avengers. Le tag final, certes non totalement imprévisible, manifeste une malice communicative. On n'est pas fâché pour cette fois de voir triompher Danny dont la vaillance et la combativité  auront peut être davantage marqué l'épisode que le contre-point flegmatique et élégant de Lord Brett Sinclair.

La réussite s'accompagne de personnages secondaires souvent réussis. Schubert représente un excellent méchant, Peter Vaughan parvenant à merveille à exprimer le mélange d'humour madré et de vraie cruauté constituant le sel du personnage. Son habit de Gentleman Farmer se montre également divertissant. Toutefois son intervention directe contribue également à pousser le récit vers des territoires plus balisés et explorés que le cauchemar kafkaïen initial. Les agents et responsables des services britanniques font par ailleurs  pâle  figure à côté de lui et se cantonnent à l'état de silhouettes. Les deux Excentriques (le médecin et l'électronicien) apportent une saveur bienvenue à l'histoire, mais leur entrée en scène s'avère confondante de naïveté. Nation ne s'embarrasse guère de subtilité avec Brett, connaissant et ayant à chaque fois sous la main pile ce dont Danny a besoin. Va à la rigueur pour le premier, mais le second, c'est excessif. Danny aurait du remarquer qu'une station de métro aurait été pratique pour rentrer chez soi, son ami l'y aurait conduit de ce pas.

Emily Major s'impose comme une Persuaders Girl de fort bon aloi. Elle participe plus franchement que de coutume à l'action, et  se montre dangereuse au combat, tous en dégageant un vrai charme. Elle n'est d'ailleurs pas sans parfois évoquer Purdey, hormis du point de vue vestimentaire ! Suzanna Leigh apporte une vraie présence à son personnage ainsi qu'une certaine crédibilité, tandis que l'association avec Tony Curtis fonctionne parfaitement. Deux bémols toutefois. Le fait quelle soit apparentée au docteur relève de la même artillerie lourd déployée par Nation au cours de cette seconde partie, autour des deux Excentriques. Surtout aussi aguerrie qu'elle soit, et redoutable guerrière, nous la découvrons désarmée en un instant par le héros, avant de bien vite succomber à son charme, sans coup férir. Pour le coup Amicalement vôtre demeure fidèle ici à son inclination naturelle machiste. Un essai à demi transformé, donc.

Avis de Denis Chauvet:


Il y a des moments exquis ; comme le réveil de Wilde et l’hôtel en caoutchouc tout confort de Sinclair, qui constitue une longue séquence jubilatoire. La scène de la douche est aussi un grand moment de l’épisode. Les personnages sont excellents ; le Dr Rogers (John Glyn-Jones, le Grindley des Avengers) et bien entendu Schubert (inoubliable Peter Vaughan) sans oublier la blonde de la semaine plutôt mignonne. Les décors naturels sont superbes et le clin d’œil bondien de Peter Hunt impeccable.

Bon, une mallette explosive n’a pas grand-chose d’original mais mon impression d’ensemble est plus positive qu’à la dernière vision en 2010. En tout cas, cette histoire de mallette est nettement supérieure à une aventure équivalente de Chapeau melon et bottes de cuir sous l’ère King. Et Sinclair lit le Times, of course.

Infos supplémentaires:

La scène de l'avion se déroule à l'aérodrome de Denham, situé non loin des studios de Pinewood. Existant dès alentours de 1900. Il abrite les services aériens ambulanciers de Londres, plusieurs écoles d'aviation et de nombreux  avions appartenant à des particuliers.

L'aventure se déroule dans les bois de Black Park Lake, là où fut également tournée la conclusion de Minuit moins huit kilomètres.

Tony Curtis ne se teint plus les cheveux, et arbore sa chevelure poivre et sel naturelle.

Clin d'œil : la fausse mallette contient l'ensemble des romans de James Bond, mais Au Service Secret de sa Majesté se voit particulièrement mis en valeur, soit précisément l'opus réalisé par Peter Hunt ! Cette édition a été publiée précisément par Pan Books à l'occasion de la sortie du film.

Les locaux des services secrets se situent près du Cénotaphe, dans Whitehall. Centre de l'exécutif britannique, Whitehall est une célèbre rue de Londres, située à proximité du Parlement. Elle tire son nom de l'immense palais royal qui s'y élevait, détruit par un incendie en 1698. Les bâtiments subsistant accueillent désormais le Ministère de la Défense. Dans le langage courant, Whitehall désigne en fait le gouvernement britannique, car on y trouve ses principales institutions : résidence et cabinet du Premier ministre, l'Amirauté, le Trésor, la Horse Guard, le Foreign Office, le Ministère de la Santé, les représentations de l'Écosse et du pays de Galles, la Direction des Impôts et celle des Douanes etc. S'y élève également le Cénotaphe, le plus grand et prestigieux Monument aux morts de la Grande-Bretagne, érigé en 1919 en hommage aux soldats tombés durant la Grande Guerre. Chaque année la Reine y préside aux cérémonies du 11 Novembre.

Acteurs – Actrices

Suzanna Leigh (1945) participa aux productions de la Hammer mais connut également une carrière hollywoodienne. Elle tourna ainsi avec Tony Curtis dans Boeing Boeing, en 1965. Cette actrice éclectique participa également à deux séries françaises, Trois étoiles en Touraine (196) et Docteur Caraïbes (1973). Elle s'appelle en fait Suzanna Smyth, son nom de scène provenant de Vivien Leigh, dont elle est la filleule.

Peter Vaughan (1923) connut une fort belle carrière au théâtre, mais aussi au cinéma, où il tourna régulièrement pour Terry Gilliam (Brazil, Bandits Bandits…). Il se spécialisa par ailleurs dans les rôles de policier ou d'agent secret. Vaugham apparut dans Public Eye, Le Saint, L'Homme à la valise, Poigne de fer et Séduction… Il incarne le Dr Jaeger dans Mon rêve le plus fou.

George Baker (1931) réalisa une belle carrière au théâtre, dans les rôles du répertoire. A l'écran il incarna le Nouveau Numéro 2 rencontré du pilote du Prisonnier. Il fut considéré par Ian Fleming comme un possible interprète idéal de James Bond. Plusieurs apparitions dans la saga, il joua Sir Hilary dans Au Service Secret de Sa Majesté. Il assura également le doublage de la voix de Lazenby durant une bonne partie du film.

Morris Perry (1925), tint de très nombreux seconds rôles dans les séries anglaise des années 60 à 80. Il participe ainsi trois fois aux Avengers, durant les saison 1 et 2 (Harry dans La Baleine Tueuse).

Séquence culte : Réveil


Séquence culte : Une valise surprise

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11. UN RÔLE EN OR (GREENSLEEVES)

Diffusion: 08 octobre 1971

Scénario: Terence Feely(1928-2000) écrivit pour de nombreuses séries anglaises : No Hiding Place, Le Saint, Le Prisonnier, Callan, Poigne de Fer et Séduction, UFO, Cosmos 1999, Bergerac… Il fut l'auteur de Dragonsfield et  Nightmare (saison 1 des Avengers), mais aussi de Pour attraper un rat et Les Anges de la Mort (New Avengers).  Au début des années 90, il déclarait : "The Avengers was done live. The sets shook, doors didn't open and people tripped over things. The wisecracking mode that the filmed series exploited developed from those awful mistakes. If a door wouldn't open, instead of being phased, Pat would do something with his brolly or his bowler hat, or make some fast remark, and Honor would do the same. Writers recognised that talent and began to write for it. It became a style which was too good to lose and it was built into their characters."

Réalisation: David Greene (1921-2003) fut un important metteur en scène de télévision, exerçant aussi bien en Amérique du Nord qu'en Grande Bretagne. Il travailla cependant bien davantage pour le téléfilm que pour la série. Greene participe néanmoins à La Quatrième Dimension, Le Saint, Racines

Distribution: Rosemary Nichols (Melanie Sadler), Cy Grant (Richard Congotto), Andrew Keir (Sir John Hassocks), Tom Adams (Piers Emerson), Carmen Munroe (Carmen Congotto), Clifton Jones (Docteur Kibu), Michael Martin (Jackson).

Résumé:

Lord Sinclair découvre par hasard qu'une vaste propriété familiale, délaissée et isolée, est désormais occupée par des inconnus. Désireux d'en savoir plus, les Persuaders s'y introduisent par d'anciens souterrains, et découvrent qu'une vaste supercherie se prépare. Les mystérieux individus restaurent la demeure et recherchent un comédien sosie de Sinclair. Brett se fait alors passer pour celui-ci, interprétant ainsi son propre rôle, tandis que Danny se fait passer pour un majordome suppléant. Ils vont découvrir que cette usurpation d'identité vise à faire tomber dans un guet-apens un chef de gouvernement africain, s'étant lié d'amitié avec Sinclair durent leurs études. Le but est de lui extorquer des contrats avantageux concernant l'exploitation des richesses nationales de son pays. Danny et Brett, aidés par la belle Mélanie, font échouer le complot après un spectaculaire affrontement. 

Critique de Estuaire44:

Après le Spies Show traditionnel, Amicalement vôtre poursuit sa relecture des thèmes traditionnels des années 60, avec cette fois-ci une histoire de doubles. Ce sujet reste bien connu des amateurs de Chapeau Melon, tant il a été exploité par leur série fétiche. C'est notamment le cas dans Two is a Crowd, au scénario particulièrement proche du présent, puisque, tout comme Lord Sinclair,  John Steed s'y fait également passer pour un sosie devant jouer son propre rôle. Mais associer ces deux épisodes signifie minorer la réussite de Greensleeves car, là où Un Steed de trop choisissait une approche totalement bluffante, conduisant à un extraordinaire rebondissement, ici Feely compose un récit beaucoup plus linéaire, convenu et transparent. Du moins évite-t-il ainsi l'incompréhensible procès en confusion que l'on s'acharne de temps à autres à intenter à Philip Levene. Ce n'est certes pas un risque encouru par l'épisode. Feely compense néanmoins partiellement par l'aspect énigmatique de la première partie de l'histoire, où nous nous demandons en compagnie de Brett ce qu'il peut bien advenir chez lui. L'introduction apparaît parfaitement menée de ce point de vue. Par la suite, il dose habilement les divers rebondissements et parvient à éviter que le soufflé ne retombe. Le tag final fait joliment écho à celui de l'épisode précédent, un partout, balle au centre !

Aussi efficace que se montrent ses péripéties,  le véritable intérêt de Greensleeves repose avant tout sur l'atmosphère qu'il dégage, celui de l'Angleterre traditionnelle et éternelle, ce qui ne déplaira pas non plus aux amateurs des Avengers. Tout l'épisode baigne en effet dans une atmosphère proche de la saison 4 des aventures de John Steed, où l'ironie pétillante se voit néanmoins remplacée par une reconstitution fidèle, quasiment nostalgique. Plusieurs éléments culturels emblématiques viennent s'agréger dans un tout harmonieux et non dépourvu de charme, le charment pub anglais si typique (similaire à celui que l'on peut découvrir dans Voyage sans retour, parmi bien d'autres), l'équitation, l'environnement naturel, l'art de vivre où la figure bien connue du majordome. Mais l'atout majeur demeure la propriété elle-même, ses portes dérobées et son séjour archétypal. Harry Pottle y déploie tout son immense talent pour reconstituer tout un univers certes suranné, mais encore si savoureux et prégnant. Entre escalier, souterrain et entrées dissimulées, Greensleeves s'impose également comme un formidable cadre d'aventure. La dynamique mise en scène de Greene le met fort bien à profit, notamment lors de l'affrontement final joyeusement épique.

Tout à fait logiquement dans cette histoire s'insérant si profondément dans son univers, Lord Sinclair tient ici particulièrement la vedette, excellemment servi par un Roger Moore tout à fait à l'aise et convaincant dans ses deux rôles, et prenant un plaisir manifeste à jouer. L'un des intérêts de l'épisode, et non le moindre,  consiste d'ailleurs  à nous dévoiler de nouveaux éléments concernant la vie et l'entourage de Sinclair, bien davantage que ce qu'a pu apporter le famélique Angie... Angie à propos de Danny. Que Danny soit plus en retrait semble inévitable, mais Feely rate le coche concernant le  personnage d'emprunt de ce dernier. A l'instar de Steed dans l'hilarant Les espions font le service, il aurait été bien plus judicieux et subtil que Wilde interprète une jouissive caricature de majordome anglais, dans la grande tradition d'Agatha Christie, plutôt que de créer cet Igor semblant si hors sujet ici. Que dans son interprétation l'acteur démontre son abattage et sa fantaisie coutumiers ne change rien à l'affaire.  On aurait également aimé un Danny aussi ironique qu'à l'accoutumée devant les traditions britanniques, mais qu'il soit lui aussi bluffé par la propriété se révèle finalement compréhensible. Et puis Danny se rattrape par un entrainant duel à l'épée, une autre tradition des Avengers au sein de cet épisode établissant décidément une passerelle entre les deux séries.

Si Un rôle en or se voit malheureusement dépourvu d'Excentriques, ses personnages secondaires s'avèrent fort plaisants et participent pleinement à son succès. On apprécie le pertissant passage haut en couleur chez le pittoresque impresario, de même que cette rapide excursion au sein du Londres contemporain,  quand Sinclair se promène dans le West End. Ceci apporte un contrepoint bienvenu soulignant par contraste le calme feutré de l'Angleterre symbolisée par Greenleeves. Le tenancier du pub et le vieux majordome se découvrent eux aussi fort bien croqués. Ce dernier développe également une vraie émotion, tandis que l'on ne peut que songer au formidable Les Vestiges  du Jour, de James Ivory, autre immersion totalement aboutie dans ce monde. Les Congotto paraissent peu développés, mais fort bien interprétés.

 Les méchants apparaissent plus convenus, d'autant que cette histoire si peu crédible du contrat extorqué relève manifestement du simple prétexte. L'interprétation reste fort solide et l'étonnante similitude  du rôle de l'excellent Tom Adams avec celui qu'il tint dans Take-Over renforce idéalement cette agréable sensation de rapprochement entre les deux séries. Durant toute une longue partie on apprécie vivement le personnage de belle garce représenté par Melanie Sadler. Rosemary Nichols lui apporte du chien et sa manière de ne pas s'en laisser compter tout en manifestant un humour parfois mordant n'est pas sans évoquer Cathy Gale.  La déception est vive de la voir rechuter dans les clichés que perpétuent Amicalement vôtre, de manière assez mécanique qui plus est. Tout cela pour tomber bien entendu dans les bras du héros, cette fois plutôt comme une Pussy Galore. La convergence entre Persuaders et Avengers n'aura donc pas été absolue, Greensleeves n'en demeurant pas un moins un épisode enthousiasmant, superbement dialogué  et délicieusement anglais.

Avis de Denis Chauvet:


C’est un épisode très moyen même si l’idée de départ est bonne. Cette aventure rappelle le Noël en février des Avengers et ce coup-ci, l’avantage est à Steed & Co. J’aime bien le début – la séquence pré-générique, le pub, le passage secret et l’arrivée du vrai/faux Sinclair. Après, il y a beaucoup de longueurs, aucun échange ‘culte’ entre nos héros (Wilde est absent d’une grande partie de l’épisode) et les méchants, contrairement à l’histoire des Avengers, sont soporifiques : Melanie n’a pas l’envergure de Circe par exemple et son ‘changement de camp’ est téléphoné.

Les complots avec des pays africains étaient monnaie courante dans les scénarios des séries britanniques car le Royaume sortait du colonialisme ; on en trouve dans les Avengers mais aussi L’homme à la valise. Pour les histoires de doubles, Two’s a Crowd est également nettement supérieur avec une intrigue plus élaborée. Un rôle en or est loin de faire partie des meilleurs dans les deux cas, malgré l’excellente séquence d’escrime de Curtis/Wilde, devenu serviteur hongrois, dans le final. 

Infos supplémentaires:

La nouvelle d'Edgar Allan Poe, à laquelle font allusion les Persuaders à propos de l'histoire de l'emmuré vivant, est La Barrique d'amontillado. Elle est présente dans le recueil réuni par Charles Baudelaire en 1857, Les Nouvelles histoires Extraordinaires. Cet immense classique de l'Epouvante compte parmi les nouvelles de Poe ayant connu le plus grand retentissement. De nombreuses séries fantastiques ou policières y feront allusion : Night Gallery, Homicide, Les Experts, The X-Files, Angel etc.

Danny découvre une photo où le jeune Brett apparaît en compagnie de ses parents.  Il s'agit en réalité de Roger Moore, sa femme Luisa et leurs deux enfants, Deborah et Geoffrey.

Quand Brett et Danny s'aventurent pour la première fois dans les souterrains, la luminosité et la disposition des ombres indiquent clairement l'existence d'autres sources de lumière que les seules bougies.

Tony Curtis met ici en œuvre sa réelle maîtrise de l'escrime, qu'il déploya également dans divers films de capes et d'épées : Le chevalier du Roi (1954), Le Cavalier au Masque (1955)…

Alors qu'il se rend chez l'impresario, on voit Brett passer devant le Cameo Moulin. Ce cinéma, alors nommé « Piccadilly Cinematograph Theatre », est l'un des plus anciens de Londres. Inauguré le 5 mars 1910, il se situe dans Great Windmill Street. Il revêt l'appellation de Cameo dans l'immédiat après-guerre, le terme de Moulin faisant allusion à sa rue. Le Windmill Theatre se situe juste d'ailleurs juste à-côté. Sa façade redécorée en 1961, il se consacre alors à la diffusion d'œuvres érotiques. Concurrencé par les nouveaux médias, il ferme ses portes en 1990, avant de devenir un bar-restaurant.

La propriété de Greensleeves est en fait Shoppenhanger Manor, dans le Berkshire. Cette très ancienne demeure remontait au XIIIème siècle. Elle fut la propriété d'une riche famille d'antiquaires, qui y apporta de grandes modifications en 1915 et y réunit une grande collection d'articles en tous genres. Devenu un hôtel de standing, le bâtiment du être détruit au début des années 2000, suite à un incendie.

Acteurs – Actrices

Rosemary Nichols (1941) reste surtout remémorée pour le rôle récurent d'Annabelle Hurst dans Department S (1969-1970). A la fin des années 70, elle se retira pour se consacrer à l'écriture, notamment dans le domaine de la poésie.

Cy Grant (1919-2010), d'origine guyanaise,  fut l'un des premiers comédiens de couleur à apparaître régulièrement à la télévision anglaise, durant les années 50. Egalement écrivain et populaire chanteur de Calypso et d'autres musiques des Caraïbes, il s'engagea pour la promotion des comédiens noirs. Ses mémoires, Blackness and the Dreaming Soul, parurent en 2007.

Andrew Kair (1926-1997) fut une grande figure du théâtre écossais, interprétant les classiques du répertoire avec un grand succès. Avant de débuter à Glasgow, il travailla dans la même mine de charbon que son père, de 14 à 20 ans. Il fut également un comédien régulier des productions de la Hammer (Les Monstres de l'Espace, 1967). Il apparaît dans Les Champions, Le Saint et dans The Avengers (Les Marchands de Peur, Les Evadés du Monastère).

Carmen Munroe (1932) est une grande figure du West End et fut élevée au rang d'OBE en 2007. Elle participe à General Hospital, Doctor Who, Desmond's… Elle joua un grand rôle dans la promotion des auteurs noirs de théâtre.

Clifton Jones (1942) est bien connu des amateurs de Science-Fiction pour avoir interprété David Kano dans Cosmos 1999.

Tom Adams (1938) a tourné dans deux épisodes de la saison 1 de Chapeau Melon (Death on the slipway, et The far-distant dead) mais demeure avant tout le Grenville de Take-Over. Il a également joué dans les séries UFO, Madigan, Dr Who, Remington Steele. En 1965 il incarne un simili James Bond dans le parodique Licensed to Kill. Dans les années 1980-1990 il est l'interprète principal des publicités de DFS, important vendeur de meubles anglais.

Séquence culte : À la résidence


Séquence culte : Un pub très anglais

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12. L'HÉRITAGE OZEROV
(THE OZEROV INHERITANCE)

Diffusion: 11 février 1972

Scénario: Harry W. Junkin fut le superviseur des scénarios du Saint, pour lequel il écrivit directement 22 épisodes. Il travailla pour plusieurs autres séries, dont Department S et Jason King.

Réalisation: Roy Ward Baker (1916-2010) fut un important metteur en scène britannique. Au cinéma il réalisa notamment A Night to Remember, avec Honor Blackman, qui lui valut un Golden Globe en 1958. Durant les années 50 il exerça à Hollywood, dirigeant ainsi Marilyn Monroe dans Troublez-moi ce soir (1952). Durant les années 60 il se consacra à la télévision anglaise, participant à nombreuses séries de l'époque. Il tourne ainsi 8 épisodes pour The Avengers et 18 pour Le Saint. Par la suite Roy Word Baker  devint également un  réalisateur régulier pour les films d'horreur de l'Amicus et de la Hammer. Il dirige quatre épisodes d'Amicalement vôtre : Les Pièces d'Or,  L'Héritage Ozerov, Quelqu'un dans mon genre et Des secrets plein la tête.

Distribution: Gladys Cooper (Grande Duchesse Anna Ozerovna), Prunella Ransome (Alexandra Ozerovna), Gary Raymond (Sergueï Ozerov), Joseph Fürst (Yelker), Raymond Young (Inspecteur Mansour), Cyril Shaps (Pr. Ganguin).

Résumé:

Lord Sinclair et Danny Wilde se rendent à Genève, intrigués par une mystérieuse invitation. Il apparaît que la Grande Duchesse Anna Ozerovna et sa petite-fille Alexandra, démunies mais d'une grande famille de Russes Blancs, ont besoin de Brett pour établir leurs droits sur des bijoux détenus par une banque suisse. Mais l'archiviste connaissant la clé de l'énigme est assassiné par les hommes de Sergueï, neveu de la Duchesse. Grâce aux documents laissés par le  défunt, Brett découvre qu'un de ses oncles dispose de la preuve manquante, qu'il va alors chercher. A son retour d'Angleterre il est cependant capturé, tout comme Danny. Ils parviennent néanmoins à s'échapper, puis Danny triomphe de Sergueï dans un duel au sabre. En fait, il apparaît que banquier avait vendu les joyaux pour renflouer son affaire et qu'il employait Sergueï pour dissimuler l'escroquerie. La famille Ozerov voit néanmoins ses droits reconnus, tandis que la banque va lui verser une compensation.

Critique de Estuaire44:

Le chapitre helvète des aventures des Persuaders se révèle beaucoup trop anodin pour ne pas décevoir.  La faute en revient principalement à un scénario particulièrement ténu. Si l'on veut bien admettre la coincidence passablement rocambolesque de l'oncle Sinclair présent au moment ad-hoc, son exploitation, une fois la situation éclaircie, ne relève plus que de péripéties simplettes maintes et maintes fois vues par ailleurs. L'ensemble paraît réellement cousu de fil blanc et prévisible au dernier degré, d'autant que l'auteur n'essaie même pas de développer la moindre fausse piste. Le « rebondissement » de la trahison du banquier provoque plus de gêne qu'autre chose, tant il était évident. De plus le cœur de l'épisode, le portrait d'une famille noble, déchue mais digne, se voit traité comme un mélodrame simpliste et lénifiant.

 On observe également une accumulation de naïvetés, démontrant le manque d'ambition d'une écriture se contentant de broder paresseusement sur l'idée première. Le fait qu'un cambriolage se déroule chez la victime d'un meurtre n'éveille absolument pas l'intérêt de la police (sans intervention du juge Fulton, comme dans La Danseuse) stupéfie. Il était déjà idiot que les deux tueurs fassent croire à un accident pour justement aller plus tard commettre cette grossière erreur. Il en va pareillement pour Alexandra, appelée et convoquée au commissariat dans l'immédiate foulée du meurtre etc.  On regrette également le manque de mise en valeur concrète du déplacement en Suisse. L'atmosphère des diverses contrées méditerranéennes  traversées présentaient certes des imperfections, mais avait néanmoins le mérite d'exister. Ici, hormis la référence aux banques et quelques inserts évidents, on avoisine le néant.

Cet opus bavard et lent ne se voit guère amélioré par la mise en scène statique de Roy Ward Baker, qui se contente de filmer mollement les superbes décors dus au talent toujours aussi manifeste d'Harry Pottle. Sa manière de filmer Gladys Cooper en caméra fixe et en gros plans sur le visage manque totalement de vie et de naturel. Cela prive d'une grande part de leur saveur ces scènes constituant pourtant le cœur de l'épisode. Quel académisme hors d'âge ! Les quelques combats (ou échauffourées) répertoriés au cours de l'action se réduisent à bien peu de chose. Par contraste L'Héritage Ozerov permet d'appréhender en quel point le déplacement du tournage sur la Côte d'Azur a apporté à Amicalement vôtre, tant cette Suisse de pacotille manque de crédibilité. On retient néanmoins deux scènes saillantes : le meurtre de l'archiviste et l'impressionnante chute de la voiture, filmée, elle, avec acuité, et le second duel au sabre, devant beaucoup à la réelle compétence de Tony Curtis, déjà perçue dans Greensleeves.

A la rescousse de l'épisode vient une nouvelle fois l'humour du duo vedette. La scène de Brett avec son oncle, effectivement ennuyeux au possible, s'avère très amusante, tandis qu'au contact de cette nouvelle aristocratie, la malice de Danny trouve doublement à s'exprimer. Malheureusement ils ne trouvent guère de répondant car, malgré des seconds rôles correctement interprétés, l'opposition du jour manque singulièrement de cachet et d'intérêt. Rien d'électrique ou de d'original chez ces félons et ces gros bras ternes et convenus. Un vrai rayon de soleil survient néanmoins grâce aux personnages féminins. Gladys Cooper, si desservie par la mise en scène, démontre l'étendue de son talent et empêche l'épisode de sombrer dans le ridicule d'un roman-photo. La trop rare Prunella Ransome apporte un charme sensible et non dépourvu d'humour au récit. La contempler permet de prendre son mal en patience durant le pensum, tandis que les fugitives apparitions de quelques blondes demoiselles apportent également une efficace contribution. Mais, décidément, la Suisse des Persuaders manque de relief.

Avis de Denis Chauvet:


L’épisode suisse est bavard et présente peu de moments mémorables. J’en dénombre trois : la leçon de ski dans la chambre d’hôtel de la séquence pré-générique et les deux combats d’escrime Wilde/Sergei dans lesquels Tony Curtis démontre son habileté (on en avait déjà eu un aperçu lors de l’aventure précédente).  Quelques clichés comme la limonade, l’excentrique oncle de Brett et la présence d’une jolie Persuaders girl clôturent les points positifs : ‘elle est drôlement roulée pour une princesse !’.

Le reste est à oublier : l’intrigue pâlotte, les longs bavardages de la Grande Duchesse (qui me rappelle les tantes de Mother), le vilain neveu, qu’on repère tout de suite, et la Suisse de pacotille : j’ai l’impression, d’après de nombreux plans, que Moore et Curtis n’ont pas fait le voyage en Suisse et que l’épisode est truffé d’inserts ! Tout ça pour un vieux carnet et des bijoux de famille en toc…On s’ennuie parfois, ce qui est rare dans cette série : c’est la raison pour laquelle je laisse l’épisode à un melon (alors que placer dans une autre série, il en vaudrait facilement deux). C’est, incontestablement, le plus faible de la première partie.  

Infos supplémentaires:

On apprend l'intégralité du nom et titres de Brett : Brett Rupert George Robert Andrew Sinclair, 15 ème Comte de Marnock.

L'assassinat de Ganguin et la chute de sa voiture ont été filmés à Betchworth Quarry, dans le Surrey. Il s'agit d'anciennes carrières de craie et d'argile, dont les dénivellations ont servi à de nombreuses séries anglaises. Désaffectées à la fin des années 60, elles servent désormais de décharges publiques.

A Genève, les Persuaders résident à l'Hôtel de la Paix, situé Quai du Mont Blanc. Construit en 1865, il s'agit d'un des palaces les plus prestigieux de la ville, offrant une vue magnifique sur le lac Léman et le Mont Blanc.

Danny passe par la Place des Bergues pour se rendre au bureau de Dante et Walther. Elle se situe à deux pas de l'hôtel de la Paix, dans le quartier des affaires de Genève.

En allant à la banque de Yelker, Danny se gare devant une caisse d'épargne située sur la Place Philibert Barthelier. Celle-ci se situe près des vestiges du château médiéval défendant la ville. Elle comporte une statue de Philippe Barthelier, financée par souscription nationale. Cet important homme politique genevois du XVIème siècle parvint à sauvegarder l'indépendance de la cité, alors menacée par les visées du Duc de Savoie.

La voiture de Ganguin est une Renault Dauphine Gordini. La Dauphine, grand succès de la marque, fabriquée de 1956 à 1967, à plus de 2 150 000 exemplaires, fit les beaux jours de l'usine de Flins. Elle fut appelée la « Dauphine » car destinée à succéder à la « Reine des ventes » de Renault, la 4CV (1947-1961). La Dauphine, très innovante et design pour son époque, fut également surnommée « la Machine de Flins ». Si elle connut également le succès en Grande Bretagne (elle y fut la première voiture importée à se vendre massivement), tout comme les Persuaders elle ne se vendit pas aux USA, du fait d'une mauvaise politique de commercialisation. En 2007, Time la compta parmi les 50 plus mauvaises voitures de tous les temps, estimant qu'il s'agissait du plus grand échec de l'ingénierie française depuis la Ligne Maginot ! Le modèle Gordini fut conçu en 1957 par le grand spécialiste des voitures de courses Amédée Gordini, avec une puissance nettement accrue.

Acteurs – Actrices

Gladys Cooper (1888-1971), élevée au rang de Dame de l'Empire Britannique en 1967, fut l'une des plus grandes gloires du théâtre anglais, tout au long d'une carrière débutée en 1905. Elle connut également le succès dans de nombreux films hollywoodiens (My Fair Lady, 1964).  Sur le petit écran elle participe également à La Quatrième Dimension, où elle est la partenaire de Robert Redford dans Nothing in the Dark (1962). Gladys Cooper décéda peu de temps après le tournage de L'Héritage d'Ozerov et, dans ses mémoires, Roger Moore fait part de son émotion d'avoir donné la réplique à la grande actrice, pour son dernier rôle.

Prunella Ransome (1943-2002) participa à perses séries anglaises des années 70 (Warship, The Venturers…), après quelques succès au cinéma durant la décennie précédente (Alfred the Great, 1967).

Joseph Fürst (1916-2005), aux origines autrichiennes, interpréta des personnages allemands ou d'Europe de l'Est dans de nombreuses séries britanniques (Les Champions, Le Saint, le Baron, Callan…). Il incarne également le Dr. Metz dans Les Diamants sont Eternels. Son rôle le plus remémoré demeure du celui du terrible Pr. Zaroff, un ennemi du Docteur particulièrement populaire (The Underwater Menace, 1967).

Séquence culte : La leçon de ski


Séquence culte : Duel à l'épée

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Images capturées par Estuaire 44.