saison 1 saison 3

Amicalement Vôtre (1971-1972)

Présentation 


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Posted by Le Monde des Avengers on Tuesday, October 13, 2015

— You might want to try for a pheasant, my Lord. I'll get the guns.

Thank you, Chivers. A good idea.

You still shoot peasants around here, huh?

Au début des années 70, sur la Côte d'Azur, Lord Brett Sinclair, quinzième Comte de Marnock, connut une rencontre des plus explosives avec Daniel Wilde, issu du Bronx et ayant fait fortune dans le pétrole. Une homérique bagarre, officiellement causée par l'importante question de savoir si le Créole cream s'accompagne idéalement d'une ou de deux olives, va les mettre à la merci du juge à la retraite Fulton. Celui-ci a eu un coup de génie : utiliser l'énergie de ce duo explosif pour lutter contre ceux que la justice ne peut atteindre. Mais Danny et Son Altesse, devenus les meilleurs amis du monde, n'auront pas toujours besoin du juge madré pour se retrouver plongés en plein cœur de l'aventure, aux quatre coins du Continent, comme en Angleterre.

Le titre de la série se fonde judicieusement sur la relation existant entre ses deux personnages principaux, car c'est bien là que réside sa spécificité et sa force, même si Fulton apporte une valeur ajoutée non négligeable à ses épisodes. L'antagonisme, tempéré par l'humour mais néanmoins constant, entre Sinclair et Daniel va devenir le moteur d'Amicalement Vôtre et se voit fort logiquement élaboré avec un soin particulier. À ce titre il se décompose en plusieurs éléments distincts, au détonnant effet accumulatif. Tout d'abord The Persuaders !  oppose un Américain et un Britannique archétypaux. Ce choc des cultures retranscrit avec acuité le rapport complexe et très exclusif existant entre les Alliés, entre rivalité et union des destins. Les dialogues, aussi piquants que finement ciselés, en résultant crépitent en permanence. Ce procédé, à l'époque une première, fut repris dans bien d'autres séries postérieures. L'on pense bien entendu à Dempsey & Makepeace ou encore Magnum (avec l'inénarrable Higgins) et Buffy (avec Giles) mais d'autres y eurent également ponctuellement recours comme Bones ou The X-Files.

Mais les malicieux auteurs ne limitèrent pas le fossé existant entre Brett et Danny aux cultures nationales, mais s'avancèrent également sur le terrain social. Danny est un battant, un self made man, tandis que Lord Sinclair apparaît comme l'héritier de toute une dynastie. Les étincelles entre le parvenu et l'aristocrate crépiteront d'autant plus que leurs origines influent nettement sur leur caractère. En parfait gentleman britannique, Brett Sinclair se montre posé, raffiné, pratiquant l'humour à froid, tandis que Danny s'avère une authentique boule d'énergie, gouailleuse et extravertie. Ce duo antinomique se prête idéalement à l'écriture scénaristique et s'impose comme un inépuisable filon humoristique, tout en renouant avec la tradition du Clown Blanc et de l'Auguste.

 Cette situation déjà fort prometteuse bénéficie de plus de l'épatante composition de deux grands comédiens idéalement dans leur emploi sur ce registre de la comédie légère. Ni Roger Moore ni Tony Curtis ne ménagent leur peine pour incarner avec saveur des héros dont ils ont parfaitement intégré le léger aspect parodique. Amicalement Vôtre se situe d'ailleurs à un jalon de leur carrière, au moment où le premier s'apprête à revêtir le smoking de 007 (dont il donnera une version assez similaire au Saint et à Lord Sinclair)  et où le second va prendre du champ avec le cinéma. La série se sublime ainsi par cette rencontre de deux interprètes au sommet de leur art mais aussi, pour le public hexagonal, par le doublage si savoureux et pittoresque de Michel Roux (Curtis) et Claude Bertrand (Moore), parfois improvisé. Ils parviennent à fondre l'esprit français à l'humour anglais, avec une totale réussite. Comme chaque médaille présente un revers, la qualité unique de ce doublage français repousse souvent au second plan la version originale, ce qui tend à laisser au bord du chemin l'excellent jeu entre les accents et les vocabulaires des deux côtés de l'Atlantique. Dans des séries plus contemporaines, William le Sanguinaire (Buffy) ou Héléna Peabody (The L Word), au pur phrasé londonien, confirment parmi d'autres à quel point ces divergences peuvent divertir. L'éclat du duo vedette fait courir en permanence le risque à la série de trop sacrifier l'intrigue au relationnel, d'autant que certaines histoires apparaîtront parfois quelque peu conventionnelles.

Cette primauté accordée aux héros a d'ailleurs parfois fait gloser sur la nature exacte du lien les unissant. Amicalement Vôtre s'inscrit dans un genre particulier, le Buddy Movie,  alors en pleine vogue grâce à l'immense succès de son récent prototype, Butch Cassidy et le Kid, en 1969. La relation entre  Brett et Danny s'inscrit à la perfection dans les codes de ce style de production, voire même les accentue, en intégrant les différences socioculturelles, mais surtout en laissant percevoir que l'importance prise par cette amitié empêche toute liaison durable avec une femme de se mettre en place. Selon cette grille de lecture l'épisode The Morning After demeure ainsi très parlant sur le rejet d'une intrusion féminine. Dans un même ordre d'idée Angie... Angie montrera Brett réellement jaloux de la complicité existant entre Wilde et Arnie, tandis que la touchante  scène finale montrera les deux amis réaffirmer la solidité de leur rapport. Mais cette analyse semble bien jusqu'au-boutiste, non seulement parce que aucun élément explicite ne vient l'étayer (mais l'on connaît la prédisposition de Brian Clemens pour le subtext…), mais surtout parce que nos deux compères se montreront toujours de grands séducteurs. Un nombre imposant de starlettes de l'époque participera d'ailleurs aux 24 épisodes de la série !

Un autre vif intérêt de la série consiste en son somptueux et mythique générique. Rarement une série se sera autant assimilée à cet élément, dont la réussite paraît autant artistique que conceptuelle. La sublime musique de John Barry exprime une mélancolie à  nulle autre pareille dans l'univers des séries télé. Alliée aux images, elle exprime à merveille ce sentiment ressenti devant la fuite du temps, y compris par des héros n'étant plus en leurs vertes années (Curtis est né en 1925, Moore en 1927).  La mélodie indique bien cette quête de la jeunesse éternelle que sous-tend cette vie de bohême aux quatre coins de l'Europe pour nos aventuriers amateurs. Elle épouse également la nostalgie du public pour lequel Amicalement Vôtre paraît indissociable des souvenirs de l'époque. Après un tel chef-d'œuvre  l'on ne peut que regretter que Barry n'ait pas poursuivi plus loin sa collaboration, même si les compositions de Ken Thorne demeurent de fort bonne facture.

Avec ce qui s'affirme encore aujourd'hui comme la meilleure utilisation répertoriée de la technique du split screen, le générique nous présente avec un luxe du détail inouï ces deux histoires dissemblables dont la rencontre fera tout le sel de The Persuaders !, ainsi que le quotidien plaisant des deux héros. Les photos s'avèrent excellemment choisies, de même que les différents articles de presse. Le tout se voit réalisé avec un grand sens esthétique, comme l'indique déjà le choix des couleurs des dossiers, le rouge pour l'impétueux Danny et le bleu de la noblesse pour Brett. Le décor de la série nous est intégralement exposé, avec panache et raffinement. L'on ne regrettera que l'absence du juge Fulton.

Par ailleurs la série aura toutes chances de passionner les amateurs des Avengers, tant il s'avère captivant de suivre les convergences et divergences existant entre les deux séries. Et les passerelles apparaissent effectivement nombreuses, comme la présence incontournable de Brian Clemens (mais aussi de Terry Nation, qui supervisa pareillement les scénarios de la saison 6) ou les apparitions de nombreux comédiens ayant participé à Chapeau Melon. Différentes structures narratives apparaissent également similaires, comme les tags de début et de fin, l'importance accordée aux dialogues, la convergence séparée des héros vers la résolution de l'enquête, couronnée par un affrontement final, point central de l'appartement (ici de Sinclair) comme lieu d'échanges d'informations et de dialogues humoristiques, le maintien des raccords studios à Elstree, l'importance des voitures dans l'identité des personnages (très british Aston Martin DBS pour Sinclair,  pétulante Ferrari Dino 246GT pour Danny). Tout comme Steed, Sinclair s'emploiera à parler français de temps à autres et les récits de ses ancêtres résonnent comme ceux des tantes de son alter ego du Ministère. Les deux séries n'éprouveront pareillement aucun remords à recourir aux clichés, comme par exemple les malhabiles agents de l'Est. On note également que les douaniers français de The Gold Napoleon se montrent aussi performants que ceux de Combustible 23.

Mais The Persuaders ! conserve sa personnalité. Les acteurs interprètent eux-mêmes les passages physiques, sans doublures. Si les aventures des deux séries s'adonnent souvent à la parodie (voir Danny être aussi souvent trompé par l'ennemi fait pendant au chloroforme de Tara), celles d'Amicalement Vôtre paraissent tout de même nettement plus réalistes, y compris pour les scènes d'action. La série se coupe certes à peu près totalement des grands courants et évènements marquant son époque, mais demeure inscrite dans un monde se voulant réel, quoique bien circonscrit à la Jet Set et au Gotha. Cette volonté se traduit également dans la garde-robe des héros, beaucoup plus de son temps que l'archétypale et intemporelle élégance de Steed. Et certaines tenues ont effectivement bigrement vieilli ! Outre sa dimension internationale, confinant beaucoup moins l'action dans Mother England que les Avengers (hormis pour les voyages en studio de l'époque Cathy Gale), la grande spécificité de la présente série consiste bien entendu dans son duo intégralement masculin, une spécificité dans les grandes séries d'aventures britanniques, privilégiant les héros masculins solitaires ou les groupes comportant une présence féminine. D'autre part, si The Avengers expriment nettement moins les 60's dans l'art de vivre ou les décors qu'Amicalement Vôtre les 70's, ils restituent parfaitement l'esprit impertinent et novateur de leur époque. Il en va différemment pour The Persuaders !, chez qui l'évocation de la société permissive de leur temps s'accompagne d'un discours plus conformiste : exaltation du consumérisme et idéalisation masculine bien plus conformes aux canons traditionnels. La série apparaît d'ailleurs considérablement plus machiste que Chapeau Melon.

Sous la houlette de Lew Grade et de Robert S. Baker, accompagnés de valeurs sûres comme Clemens ou Nation (ou Moore lui-même derrière la caméra), The Persuaders ! constituent enfin un moment pivot de l'histoire des productions anglaises. Situés en 1971 et 1972, ils constituent le chant du cygne de la prodigieuse épopée des séries d'aventure des Sixties. Inaugurée par le succès de Destination Danger, c'est progressivement toute une industrie qui s'est mise en place, avec des projets ambitieux et une inflation des coûts. Tout comme pour The Avengers, la réussite à l'exportation, en particulier vers le primordial marché américain, est  devenue absolument nécessaire à la pérennité d'un projet d'envergure. Dans cette perspective, dès sa conception Amicalement Vôtre désire se donner toutes les chances de percer aux États-Unis.

 C'est ainsi que, grande première, une vedette hollywoodienne se voit engagée et accompagnée de la plus grande star télévisée anglaise. On adapte aussi le discours de la série, et il n'est pas interdit d'y discerner la cause de l'instauration d'un machisme certain et d'une ode aux plaisirs consuméristes. Certains observateurs ont pu renâcler devant cette approche marketing à la série, lui reprochant de ne constituer qu'un mix malin des productions de la décennie écoulée (à commencer par Le Saint, auquel serait simplement rajouté une star américaine), mis au goût du jour et jouant la carte de l'épate plus que celle de la création. C'est oublier l'originalité apportée par Fulton, Sinclair et Wilde n'étant ni des des aventuriers redresseurs de tort à la Templar, ni des agents du Ministère. Il est vrai qu'Amicalement Vôtre se donne les moyens de ses ambitions et demeure sans contestation la série anglaise la plus chère de son temps (100 000 £ par épisode à l'époque, soit plus de 1 800 000 £ aujourd'hui). Les tournages européens en décors naturels et le grand soin apporté à la production lui apportent un cachet fastueux crevant l'écran. Conjointement à son humour et à sa malice, ainsi qu'à l'éclat du duo vedette, on y discerne la cause de son immense réussite sur le Vieux Continent. Hélas, l'aventure américaine, elle, se solda par un piteux échec.

Pourtant la série fut pré-vendue avec succès à ABC, mais les audiences s'étiolèrent et le réseau ne diffusa finalement que 20 épisodes sur 24. Les causes de cet insuccès paraissent de nature diverse. On a pu noter que l'humour d'Amicalement Vôtre, demeurant très européen, ne coïncidait pas avec les attentes du public d'outre-Atlantique, demandeur d'un comique plus universel et familial. La terrible concurrence de Mission Impossible sur CBS, diffusée comme elle le samedi soir à 22h, se vit également avancée. La relative faiblesse de plusieurs scénarios, talon d'Achille de la série, a dû également compter dans la désaffection du public. D'une manière plus globale le malheur de The Persuaders ! reste néanmoins d'arriver après la bataille. En ce début des années 70, les goûts du public ont évolué et sont passés des Spies Shows au policier, et à une action délictueuse se déroulant dans un cadre et une problématique purement américain et non plus internationaux. La décennie sera celle de Kojak ou des Rues de San-Francisco, et non pas celle des virevoltants et sémillants aventuriers. Mission Impossible elle-même a su prendre ce virage dans ses ultimes saisons, davantage consacrées à la lutte contre des criminels classiques. Moore et Curtis refusant une deuxième saison moins onéreuse et tournée en studio, l'aventure prit fin. Ce fracassant fiasco brisa les ailes d'ITV et les séries postérieures, comme L'Aventurier ou Poigne de Fer et Séduction, se montreront nettement plus modestes financièrement, retournant d'ailleurs au format d'une demi-heure. Les New Avengers, prolongement de la période faste, s'en sortent mieux, mais devront eux aussi vite recourir à des expédients.

Achèvement d'une belle épopée, Amicalement Vôtre lui fait néanmoins honneur par son charme et son allant, la sophistication d'une mise en scène digne du cinéma, de même que par le pétillement unique d'un duo vedette que la patine du temps n'a aucunement atteint.