saison 1 saison 3

Columbo

Saison 9


1. PORTRAIT D'UN ASSASSIN
(MURDER, A SELF PORTRAIT)



Critique :

Pendant longtemps - à vrai dire jusqu'à cette revoyure - cet épisode a pu constituer ce que je me représentais de pire dans la série. Aujourd'hui, en ayant revu successivement les épisodes précédents, je lui trouve quelques éléments de valeur. Mais commençons par prêter attention à ceux qui l'avaient dévalorisé à mes yeux.

Le casting, peut-être ? Pourtant je voue une certaine sympathie pour Vito Scotti, comédien récurrent dans la série, aimable trogne, soit volubile, soit plus discret, qui joue aussi bien les français que les italiens. Ici, moitié propriétaire de bar, moitié mécène, il maitrise plutôt bien l'aspect comique de son personnage.

Et puis, je suis heureux de retrouver Shera Danese, une actrice de série au physique très particulier également. On l'a déjà rencontrée chez Columbo dans Murder under glass par exemple, et elle reviendra dans trois autres épisodes. D'une beauté peu commune, elle accroche l'œil.

Les deux autres comédiennes qui composent le petit harem du meurtrier ne proposent pas grand chose de très original, ni véritablement saillant.

Quant au personnage principal, Patrick Bauchau, que voilà un curieux bonhomme ! Capable de tourner dans les premiers Rohmer, notamment l'irrésistible Collectionneuse, l'un de mes préférés de ce merveilleux cinéaste, dans lequel son phrasé et sa voix si originaux véhiculent de manière idéale toutes les ambiguïtés et les mystères de son personnage... mais on le trouve également dans Premiers désirs ou Emmanuelle IV. Alors que tout ceci, ici, sonne parfois très faux. Il faut avouer qu'on lui lègue dans cet épisode un rôle ô combien caricatural, une sorte de peintre libertaire, irascible, égocentrique, imbu de sa personne, à la fois Hemingway et Picasso, gigolo, charmeur, manipulateur, et meurtrier. Cela fait beaucoup ; beaucoup de poses, de situations convenues, malgré le quadriolisme plus ou moins bien accepté par ses dames.

La série s'appuie peut-être ici un peu trop sur des ingrédients qui avaient fait jadis leurs preuves, le soufflé est retombé. On nous ressert la relation un peu foireuse de Columbo avec son chien qui va jusqu'à le mordre lors d'un concours canin. De la même façon, le gag sur le nu artistique ne fait plus sourire, car déjà vu, tout comme le renversement de fonction entre psy et Columbo. Bref, le réchauffé n'aura jamais la saveur de la préparation "minute".

Je crois que ce qui me dérangeait le plus, c'était ces séquences oniriques, ces ralentis pesants qui affaiblissent l'épisode et qui finissent de saboter un rythme qui n'était pas des plus trépidants jusque-là. Je pourrais rajouter que j'ai toujours du mal avec cette photographie baveuse qu'on nous inflige depuis les dernières saisons.

Diantre, à énumérer tous ces bémols, je vais recommencer à détester cet épisode. Qu'est-ce qui a pu me faire un peu changer d'avis alors ?

Quelques mises en situation avec des petites trouvailles sympathiques de la part du décidément fantastique James Frawley assurent une relative bonne réalisation. Le plan de l'océan calme, de nuit, avant la tempête par exemple. Les décors de cette villa, superbe en bord de mer, ce luxe balnéaire, donnent une image plus délabrée, plus dégénérée, encore plus impressionnante. Et ces petites trainées de pinceaux auraient eu raison de mon ennui ? À croire que lors de cette dernière revoyure, j'étais particulièrement bien luné.

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2. TOUT FINIT PAR SE SAVOIR
(COLUMBO CRIES WOLF)

Critique :

Un épisode qui vaut essentiellement pour sa structure narrative inédite. En effet, l'enquête de Columbo se déroule en deux parties ; très difficile pour moi d'en évoquer les détails sans gâcher le plaisir. Je vais marcher sur des œufs : disons simplement que l'intrigue réserve à Columbo comme aux spectateurs de grosses surprises, de vrais bons vieux rebondissements de derrière les fagots, très théâtraux. Le premier, et non pas des moindres, est de découvrir le lieutenant en grande difficulté, ridiculisé, mené par le bout du nez par le meurtrier.

C'est d'autant plus rageant que Ian Buchanan incarne un personnage excessivement arrogant et indisposant, une tête à claques, un peu Hugh Hefner sur les bords, en plus jeune, avec le même sourire colgatoïde et factice, chantre de la superficialité la plus épaisse, étalée de façon complaisante.

Columbo s'en trouve fort marri et l'on compatit. La partie s'avère plus que serrée, c'est bien là le sel de l'épisode. Des épisodes seconde génération (à partir de la saison 8), je crois que c'est un des meilleurs. Je ne vois pas trop comment on peut rester indifférent à ce scénario révolutionnaire dans la série.

Rudement bien écrit, mais la mise en image n'est pas très originale, sans grand relief. Je regrette soudain James Frawley et sa patte : aussi petite fut-elle, elle avait le mérite d'exister. Ici, la réalisation de Daryl Duke reste très plate.

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3. VOTEZ POUR MOI
(AGENDA FOR MURDER)

Critique :

Sur la forme, cet épisode ressemble à une petite bande de terre isolée au milieu de l'océan, vous savez cette petite île avec un seul palmier pour tout résident. Patrick McGoohan est un vieux de la vieille, qui connait les arcanes de son métier et de la série comme sa poche. Je ne connais pas l'histoire de cette série et encore moins de cet épisode de manière plus spécifique, mais mon petit doigt me chuchote qu'il est pour quelque chose à cette singularité. D'ici à ce qu'il ait choisi Jack Priestley qui était déjà chef-opérateur sur By Dawn's Early Light en association avec Robert Seaman présent depuis le 1er épisode de la saison 8 pour imposer une photographie aussi particulière, il n'y a qu'un pas qu'il semble raisonnable de franchir.

Effectivement, visuellement, on croirait être devant un "vieux" Columbo. On avait noté l'image un peu baveuse depuis la saison 8, un grain pas toujours très net. Ici, je retrouve avec un plaisir ronronnant ce sirop d'image très nette, très fine, ces contrastes marqués entre ombres et lumières. Du reste, tout l'épisode joue sur ces oppositions de lumières entre des salles obscures où se préparent les enjeux politiques pas toujours très policés et des bureaux très éclairés où la simplicité d'une secrétaire le dispute à l'espièglerie d'un vaillant lieutenant. L'épisode est remarquablement filmé : certains cadrages d'exposition sont très efficaces. Il faudrait également saluer la superbe maitrise du montage, sur le meurtre surtout : du travail chiadé, brillant, net et précis. On retrouve ainsi tout le grand talent technique de Patrick McGoohan, qu'il avait déjà manifesté sur Le Prisonnier (auquel on pense pour cette vision sans concessions de la politique évoquant l'épisode Liberté pour tous).

Cet épisode a parfaitement mis en valeur tous les points forts de la série. Il nous offre une bien belle confrontation entre deux gaillards qui se connaissent très bien après déjà deux collaborations (By Dawn's Early Light et Identity Crisis). Patrick McGoohan joue idéalement cet avocat boursouflé de certitude, sûr de lui, de son évidente capacité à manipuler ce petit policier (comme certains Numéros 2 réjouissants de vantardise). Ah, il s'accroche, certes, sa ténacité est d'abord rigolote car anodine, elle continue par stupéfier, et finit par agacer. Le combat a été rude, assez complexe, car McGoohan n'est pas acteur à jouer en monolithe, il provoque par exemple une belle cassure avec cette scène de franche rigolade entre Peter Falk et lui : le spectateur se demande s'il s'agit d'une manœuvre destinée à éluder l'enquête de Columbo, à le désorienter, ou bien si le personnage est sincère et peut-être perdu ; le policier s'interroge aussi : "comment vais-je faire pour le coincer ?" Le dénouement sur le mode "la gourmandise est un vilain défaut" est assez bien troussé bien que modérément vraisemblable.

A la fin de l'épisode, une envie d'applaudir m'a pris et sans doute qu'une once de raison m'a permis d'échapper au ridicule tout seul devant mon écran. C'est sans doute un des meilleurs Columbo. Comme je dis ça à chaque saison, je suppose que ma crédibilité est sérieusement compromise. Rahhh ! Tant pis, c'est quand même du sacré beau boulot, je n'en démords pas.

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4. L'ENTERREMENT DE MADAME COLUMBO
(REST IN PEACE, MRS. COLUMBO)

Critique :

Et voilà, on se coltine à nouveau cette image terne, mate, aux traits pas toujours très nets, aux lumières baveuses. Après l'intermède Agenda for murder, Jack Priestley se retrouve seul sur la photographie et nous ressert cette image insipide. Cet épisode ne manque pas de scènes de nuit ou sous la pluie, ce qui exagère encore le côté troublé sur le plan visuel. On peut aimer ou pas, personnellement ça me dérange beaucoup. Bon, passons...

Ce téléfilm est intéressant sur au moins un point car il nous propose un scénario très original sur une structure complexe. Il commence en présentant des personnages à l'enterrement de l'épouse de Columbo : chacun se remémore les évènements qui les ont amenés à être là et ouvrent donc la voie à plusieurs flash-backs, dans un processus qui n'est pas sans évoquer l'iconique Rashōmon. L'un de ces retours en arrière constitue un meurtre dont on est témoin. Classique.

Cependant, on apprend progressivement que toute cette histoire se révèle être un plan machiavélique né d'un cerveau malade doublé d'un cœur meurtri. Pour venger la mort de son mari, arrêté par Columbo, une femme décide de tuer d'abord celui qui l'a trahi, mais également la femme de Columbo, qu'elle juge premier responsable de la mort de son époux et entend lui rendre la monnaie de sa pièce en le privant de sa femme chérie avant de le tuer, histoire de finir en apothéose funèbre.

Dans d'autres épisodes, rares cependant il est vrai, on a tenté avec plus ou moins d'ardeur à la tâche d'assassiner Columbo, mais c'est la première fois que cet objectif constitue le mobile principal. Il ne manque pas de piquant et colore le téléfilm d'un noir violent, acide et très malsain. La haine qui alimente la folie de la meurtrière a un goût de bile, un deuil mal foutu, un amour mort mal digéré.

L'actrice Helen Shaver n'a pas là un rôle facile car son personnage joue la comédie afin d'amadouer le lieutenant. Passant d'un mode sympathique et souriant à une ébullition pleine de pleurs et de colère, les yeux mouillés et rouges d'aigreur, Shaver ne parvient pas totalement à me convaincre. Cependant il serait injuste de dire qu'elle joue mal, non, ce n'est pas ça, mais disons que ni charme ni talent ne semblent émerger de sa prestation.

Les autres comédiens ne sont pas non plus vraiment marquants. Cet épisode avait tout du grand et en fin de compte ne provoque guère d'enthousiasme en ce qui me concerne. Seul l'enjeu l'emporte, cette mort de Columbo à laquelle on assiste en se demandant bien comment il va pouvoir s'en sortir et accessoirement comment il a bien pu se laisser embobiner...

Bref, un épisode particulier mais décevant.

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5. COURONNE MORTUAIRE
(UNEASY LIES THE CROWN)

Critique :

Cet épisode ne vaut que pour son dénouement et quelques petits clins d'œil juste amusants, le reste est presque ennuyeux.

Évoquons d'abord ce qui mérite l'attention. Comme je le disais en préambule, la manière dont le lieutenant confond son meurtrier est ingénieuse et prête à sourire, ce que ne se prive pas de faire le médecin légiste qui assiste à la scène. Parlons-en, car avec Steven Gilborn, Peter Falk propose un duo divertissant, leurs dialogues ne manquant pas d'humour tout le long de l'épisode.

Dans le rayon "petites gâteries", on pourra également apprécier la présence de guest stars sans doute déjà considérées comme has-been à l'époque et ravies de faire une apparition dans Columbo (Nancy Walker, Dick Sargent et John Roarke), mais la candide découverte de ces célébrités et l'émoi rieur que cela suscite chez Columbo offrent des moments plutôt sympathiques. Voilà c'est tout.

Oui, pas très festif tout cela ! En effet, l'histoire est plutôt bonne sur le papier, mais désagréablement abîmée par des comédiens médiocres, une mise en scène très plate et une photographie assez laide. De cette dernière se dégage quelque chose de beaucoup trop télévisuel, sans couleur, édulcoré, une image pastel très fade. Le metteur en scène Alan J. Levi n'a ici aucune approche personnelle, me semble-t-il. Ronron. Peut-être est-il handicapé par la pauvreté de la distribution ?

Mais c'est certainement James Read le pire de tous, sans nul doute de toute la série : un bellâtre grimaçant, gravure de mode des années 80 parfait pour Santa Barbara mais pas pour Columbo : il ne sait pas jouer, tout simplement, et a fini par m'exaspérer.

Je suis sans doute méchant, car au final j'ai suivi un épisode, certes qui n'incite guère à l'applaudissement, mais qui se regarde gentiment et par conséquent avec un petit contentement pépère. Comme la série, qui parait s'assoupir en fin de saison, lentement mais sûrement.

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6. MEURTRE EN DEUX TEMPS
(MURDER IN MALIBU)

Critique :

Je pensais en voyant l'épisode précédent avoir vu le pire acteur de la série, c'était sans compter sur Andrew Stevens qui ici fait montre d'un manque de talent sidéral pour mériter le titre de "pire acteur", sans doute définitivement. Je crois qu'on ne peut pas atteindre un niveau plus médiocre encore. Sérieusement, c'est dramatique. L'effet désastreux est accentué par le doublage français, mal fichu, à contretemps parfois.

Clairement, la série finit très mal la saison 9 avec un épisode tout aussi mauvais que le précédent. Certes, la structure en deux temps qu'indique spolieusement le titre français ne manque pas d'audace, ni d'originalité. Mais une nouvelle fois, la piètre qualité de l'interprétation se distingue pour fracasser l'édifice. Car ne nous y trompons pas, si j'ai houspillé le jeu merdique de Stevens, cela ne signifie pas pour autant que les autres comédiens relèvent la sauce, point du tout.

Brenda Vaccaro par exemple est une actrice qu'on retrouve dans bon nombre de séries. Elle jouera la mère de Joey Tribbiani dans Friends. Elle aura en effet tendance à toujours jouer le même rôle : une femme énergique, plus ou moins en colère, un éléphant dans un magasin de porcelaine, un ouragan plein de volonté et de puissance. En fait de tout casser, c'est surtout les pieds (pour rester poli) ; elle est bien gentille mais on se lasse vite de ce numéro perpétuel.

Alors finalement, de quoi est composé ce Columbo ? Des éléments qui ont fait sa gloire : un assassinat compliqué à élucider, un meurtrier tête à claques, boursouflé d'arrogance, le luxe de Los Angeles (ici les villas et magasins de Malibu et de Beverly Hills), etc.

Autant dire que la série fonctionne en mode routine, que la saison 9 est bien étrange, pétaradante au début, longtemps énergique, mais s'essoufflant sur les derniers mètres. Mi-figue, mi-raisin.

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Crédits photo : Universal Pictures.

Images capturées par Sébastien Raymond.