saison 1 saison 3

Les Incorruptibles (1959-1963)

Saison 4


1. ON A TUÉ LE PÈRE NOËL
(THE NIGHT THEY SHOT SANTA CLAUS)



Ness enquête sur le meurtre d'un de ses amis, qui jouait le Père-Noël dans un orphelinat. La seule piste de l’agent fédéral est un prénom féminin, Renee à qui était destiné un petit cadeau.

Cet épisode tant décrié par de nombreux fans n’est pas aussi mauvais que cela, surtout si on le compare à d’autres pommes pourries de la quatrième fournée. Certes, Ness n’a pas à résoudre un délit fédéral mais une simple enquête policière qui doit le mener à l’assassin d’un ami qu’il croit connaître. Ce qu’on peut surtout reprocher à cette histoire est qu’elle est excessivement lente ; le long monologue de Canada, sur un seul gros plan, est fastidieux au possible par exemple. L’intrigue, embrouillée au départ par l’accoutrement de la victime et le mystérieux prénom, est en fait toute banale : un truand liquide les quatre personnes témoins d’un meurtre dans son night-club après un pari stupide.

Les prestations de Ruth White, la femme du défunt (il y a un échange poignant avec Ness lorsqu’elle lui avoue ‘tout’ savoir), et de la jolie Nita Talbot, la junkie Renee, sont des points positifs de l’épisode. Bien qu’elle ait un gout de vite expédiée, la fin est singulière car elle atteste d’un des rares échecs de Ness, qui avait une opinion faussée sur cet ami (‘Hap Levinson was no angel’). Contrairement à l’ordinaire, l’agent fédéral a l’impression d’avoir été manipulé. Ce n’est pas un épisode mémorable mais la séquence d’ouverture l’est : comment oublier le visage terrorisé des deux enfants derrière la vitre lorsque le Père-Noël est fauché par une rafale de mitraillette ?

o Dans cet épisode, on apprend que Hobson et Rossman sont mariés alors que dans L’associé, saison 3, Hobson est célibataire.

o Nita Talbot (1930), Renee Grayson, est Alice dans l’excellent épisode de la première saison, La dame aux oiseaux.

o Edward Asner (1929), Jimmy Canada, a débuté sa carrière en 1957 et il tournait toujours en 2010. C’est un visage connu des séries américaines depuis les années 60 et il est Lou Grant dans la série du même nom tournée de 1977 à 1982 (114 épisodes). Il a joué dans trois autres épisodes de la série; L’arbre de la mort, saison 3, et deux autres de la saison 4 : Élégie et Fleurs pour un inconnu.

o Rico à Youngfellow, qui a dû quitter son foyer lorsque sa femme préparait le repas : ‘Sit down, slave !’. [Assieds-toi, esclave !]. Dans ces épisodes de la saison 4, la traduction proposée n’est pas forcément la version entendue dans la VF (je n’ai que la VO pour 22 épisodes de la saison quatre).

o ‘There's no neutral ground in the battle against organized crime.’ Ness s’aperçoit bien tard que Hap Levinson était un truand comme les autres et qu’il se servait de lui.

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2. CETTE BIÉRE QUI VIENT DU CIEL
(THE COOKER IN THE SKY)

Un truand de New York débarque à Chicago, incognito. Réputé pour son savoir faire, la mafia locale lui confie la mission de monter une brasserie qui soit indétectable pour les Fédéraux. Le gangster en place se sait dorénavant inutile et craint pour sa vie et sa femme vend la mèche à Ness pour le sauver.

On plonge dans l’ultime saison et on se doute à la vue de cet épisode soporifique que cela pourrait être celle de trop. Si l’idée de la brasserie clandestine au sixième étage d’un bâtiment est ingénieuse (en plus, c’est véridique !), le déroulement de l’histoire est d’un ennui rarement atteint dans la série. Il ne s’y passe rien qu’une succession de bavardages et de situations sans intérêt. J.D. Cannon est Joe Lassiter, truand malin capable de berner les agents fédéraux, mais ce n’est pas un vilain transcendant. Quant à Milton Selzer, on est plus habitué à le voir jouer les gangsters soumis que celui d’un meneur, même déchu, crevant de trouille.

Les Incorruptibles mettent dix minutes à apparaître, ce qui n’est jamais bon signe, et ils seraient dans le noir complet sans les infos anonymes transmises par le couple Gordon. La scène la plus surprenante, et incongrue, est celle où Hobson tient tête à son chef qui veut attendre et cueillir tous les protagonistes une fois la brasserie terminée. Le reste est beaucoup de bavardages, particulièrement dans le couple Gordon, et un final mou et désopilant. Le seul point positif est que l’histoire ne provient pas de la tête des scénaristes mais…d’Eliot Ness lui-même !

o L’histoire se déroule juste avant l’élection de Roosevelt, à la fin de la prohibition ; ainsi la voix narrative stipule que Harry Gordon sera ‘The King of Nothing’. C’est d’ailleurs  la seule histoire, avec celle du pilote, a être basée sur les mémoires du véritable Eliot Ness.

o Le générique a changé et a perdu tout son charme. Les premières notes sont un peu différentes puis l’épisode commence sur un livre qui s’ouvre. Après une séquence pré-générique (ça n’existait pas jusqu’à lors), le générique débute et les acteurs sont présentés avec des scènes de l’épisode (plus de portrait) puis cela se poursuit sur des ombres noires sur fond de gratte-ciels. Il n’y a plus d’insert non plus entre les actes.

o J.D. Cannon (1922-2005) a joué dans de nombreuses séries jusqu’à sa dernière apparition dans un épisode de New York, police judiciaire (1990). Il est Peter Clifford dans 45 épisodes de la série Un shérif à New York où Dennis Weaver reprend le rôle de Clint Eastwood. Il joue dans un autre épisode de cette quatrième saison : L’homme à la chambre froide.

o Milton Selzer (1918-2006) est une figure familière de tous les amateurs de séries américaines des années 70-80. D’après le livre Television Guest Stars : An Illustrated Chronicle for Performers of the Sixties and Seventies, il est l’acteur à avoir joué dans le plus grand nombre de séries télévisées. Citons Le fugitif, Les envahisseurs, Chaparral, L’homme de fer, Mission impossible, Mannix, Kojak, Cannon, Hawaii police d’état, Les rues de San Francisco…Il participa à trois autres épisodes de la série ; Le grand réseau, saison 2, Un si beau plan et La déchéance, saison 3.

o Le final est une descente de brasserie et, pour une fois, aucun coup de feu n’est tiré. Ness: “Go on, Tully. Drink it. Enjoy it. It's expensive beer. A quarter of a million for one glass.” [Allez, Tully, buvez vu le prix qu’elle vous coûte. Le quart d’un million de dollars pour un verre.]

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3. JEU D'ÉCHEC
(THE CHESS GAME)

Ness doit trouver comment un négociant en fruits de mer de Boston ravitaille en champagne les night-clubs de Chicago.

Un excellent épisode qui concentre tous les critères de réussite : une histoire solide, de bons acteurs, un méchant remarquable, des dialogues percutants et un suspense infaillible. Le champagne, breuvage prestigieux, méritait bien un épisode de ce calibre après le peu pétillant Roi du champagne au goût de mousseux (également avec Michael Constantine). Les Incorruptibles pensent avoir débarrassé Chicago du champagne, illicite, malgré sa renommée, au temps de la prohibition. Or, cet alcool coûteux a fait sa réapparition dans certains night-clubs dont celui de Baltin (Constantine), qui est fourni par Charley Mailer, un truand couvert de dettes.

Lors d’une descente, Ness découvre des bouteilles gelées (‘frozen solid’) et il remonte la piste jusqu’à un certain Ira Bauer, exportateur de fruits de mer à Boston. Mailer abat Baltin, qui a compris la majoration excessive de ses prix, et se tourne vers Bauer, son associé, pour accroitre les livraisons de champagne malgré les risques encourus. Ira Bauer, un homme atteint de cécité, particulièrement intelligent et rusé, refuse et élimine Mailer, qui voulait le tromper, en l’écrasant sous un bloc de glace puis il fait passer son acte pour de la légitime défense auprès de Ness.

La seconde partie de l’épisode est un superbe face-à-face, une partie d’échec (la véritable se soldera par une égalité) entre l’agent fédéral, borné par la loi ce que montre l’entretien avec la secrétaire, et l’exportateur de fruits de mer, sûr de lui et provocateur, qui n’hésite pas à révéler à Ness que ses soupçons sont fondés et à lui lancer un défi. Richard Conte interprète sans pareil Ira Bauer, cet homme raffiné qui a fait de son handicap un atout ; capable de jouer aux échecs ou de viser comme un tireur d’élite. Il est indéniablement un des méchants les plus mémorables de la série, bien loin des gangsters rustres et antipathiques qui ont jalonné la carrière de Ness !

Les face-à-face Ness/Bauer retiennent donc l’attention : la première rencontre dans l’obscurité de la glacière, la partie d’échec, mais surtout la conversation et la séance de tir qui s’ensuivent, puis le final au milieu des pains de glace où l’agent fédéral découvre enfin comment le champagne va rejoindre les bouteilles vides déjà à Chicago ! De nombreux autres passages intéressants émaillent cet épisode servi par des routiniers de la série – la descente des Incorruptibles de la séquence d’ouverture, la confrontation Mailer/Baltin, fatal au second, et surtout Mailer montant les escaliers (‘I'm gonna miss your brains, Ira’), un pic à glace à la main, pour supprimer Bauer qui attend le moment propice pour agir ; c’est une des meilleures scènes de toute la série.

o C’est le second épisode, après Le roi du champagne de la saison 2, où les Incorruptibles s’attaquent à l’entrée illicite à Chicago de ce noble breuvage.

o C’est le seul épisode qui commence par une scène (a ‘teaser’) et non par le livre ouvert comme tous les autres épisodes de la quatrième saison. Il fut, en fait, tourné pendant la troisième saison puis mis de côté.

o Richard Conte (1910-1975), Ira Bauer, a joué dans un autre épisode de la série : Le grand réseau (saison 2). Il  débuta sa carrière par de nombreux rôles de soldats dans des films de guerre. Dans les années 60, il tourna dans deux Tony Rome avec Frank Sinatra. Il tourna aussi en Europe et son dernier grand rôle aux États-Unis est celui de Don Barzini, le rival de Don Corleone, dans Le parrain.

o Murray Hamilton (1923-1986), Charley Mailer, a joué dans trois autres épisodes de la série; Fille de gangster (saison 2), Le dépanneur et L’histoire de Whitey Steele (saison 3). Il est Barney, l’ancien flic devenu détective et justicier, ami de Stone, dans l’excellent License to Kill (saison 3 des Rues de San Francisco).

o Michael Constantine (1927) est d’origine grecque. Il a commencé sa carrière en 1957 et il fut récompensé en 2002 pour My Big Fat Greek Wedding. Il a joué dans des séries renommées comme Les rues de San Francisco et Kojak et dans quatre autres épisodes des Incorruptibles : L’histoire de Nick Moses, Le roi du champagne (saison 2), Un si beau plan (saison 3) et Le brocanteur (saison 4).

o Jay Adler (1896-1978), Louis Collings, a joué dans trois autres épisodes de la série : Le gang des trois états (saison 1), L’histoire de Larry Fay (saison 2) et Un homme d’affaires pas comme les autres dans le rôle du chauffeur de taxi (saison 3).

o D’après le laborantin, le champagne gelé perd un peu de saveur mais reste très consommable. A noter que Ness, incorruptible jusqu’à l’absolutisme, refuse d‘y gouter.

o Bauer à Mailer, qui veut cacher qu’il a une cargaison de bouteilles de champagne prête : ‘Oysters don't rattle like bottles, Charlie, only bottles rattle like bottles.’ [Les huitres ne font pas le même bruit que des bouteilles, Charley, seules les bouteilles font le bruit de bouteilles.]

o A noter l’effet d’image réussi passant de la couverture du lit à l’échiquier.

o Ness à Bauer après la partie nulle aux échecs: ‘There is no stalemate in life, Mr. Bauer. Sooner or later, somebody wins.’[Il n’y a pas de partie nulle dans la vie, Monsieur Bauer. Tôt ou tard, quelqu’un gagne.]

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4. L'ÉCONOMISTE
(THE ECONOMIST)

Pendant la crise, un truand a l’idée de stocker une grosse quantité de whisky afin de faire monter les prix. Doublé par son homme de main, il est contacté par un convoyeur, la seule personne à connaître la cachette, mais Ness et ses Incorruptibles sont déjà sur la piste.

Cette histoire met du temps à démarrer et il faut attendre presque un quart d’heure pour voir apparaître Ness, ce qui est rarement bon signe. De plus, je n’ai pas souvenir d’avoir entendu autant de commentaires de Walter Winchell, le narrateur, ce qui hache l’épisode. Vincent Tunis, à la tête du syndicat du whisky, charge son bras droit, l’exécutant Charlie Grach, d’entreposer dans une ancienne cache souterraine de l’armée une réserve considérable de whisky dans le but d’assécher le marché. Le plan est de créer une pénurie artificielle pour faire monter les prix et Tunis n’hésite pas à user de violence auprès de petits fabricants récalcitrants (‘moonshiners’). Grach double son patron en déménageant la plus grosse partie de l’entrepôt avec l’aide de deux camionneurs, témoins gênants, qu’il veut supprimer.

Le survivant devient l’objet de convoitises de Ness et de Tunis, qui a frappé à mort Grach, et l’agent fédéral arrivera à temps pour sauver l’employé qui pensait naïvement s’arranger avec le truand. Malgré des longueurs et une bizarrerie du scénario -Ness est soupçonné rapidement par la presse d’avoir été soudoyé-, l’épisode a quelques bons atouts avec Joseph Sirola, le méchant, et surtout George Mathews, excellent en gangster ‘esclave’ (‘Give me a toothpick, Charlie’) qui se rebiffe. La confrontation Tunis/Grach dans l’entrepôt est la meilleure scène de cet épisode moyen.

o C’est le début des noms de truands fantaisistes avec Vincent Tunis. Les producteurs n’avaient plus le droit d’utiliser les noms de gangsters italiens ce qui a entamé la crédibilité de la série.

o George Mathews (1911-1984), Charlie Grach, est également un gangster, Malloy, bourru mais repentant, dans l’excellent Arsenal, saison 3.

o Joseph Sirola (1929), Vincent Tunis, est une voix connue des publicités américaines depuis les années 60. Il a joué dans Mission impossible, Des agents très spéciaux, Hawaii, police d’état entre autres.

o Lorsque Tunis frappe Grach et l’envoie dans les caisses de whisky, il est évident qu’il n’y a pas de bouteille dans ces caisses à la façon qu’elles tombent sur le gangster. 

o La rencontre finale a lieu à 6 heures du matin mais en considérant les ombres, il est plus probable que la scène fut tournée vers midi.

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5. CHANTAGES
(THE PEA)

Un modeste serveur, indic occasionnel de Ness, met la main sur un carnet compromettant qui lui permet de gravir les échelons rapidement mais dangereusement.

Aucun acteur ne crève l’écran dans cette histoire à l’issue surprenante. Herbie Catcher, un petit serveur de restaurant, essaie d’arrondir ses fins de mois par tous les moyens et va jusqu’à proposer à Ness des tuyaux ‘percés’. La roue tourne lorsqu’il se retrouve en possession d’un calepin que tenait une de ses collègues victime d’un ’accident’. Ce sésame lui ouvre les portes de l’argent facile mais, tel Icare, Catcher va se brûler les ailes avec ces chantages - d’abord avec Zenner, le restaurateur, puis Rawlings, le parrain local - malgré les mises en garde répétées de Ness. Son ami de la salle de billard, l’homme de couleur aveugle, sera son talon d’Achille. Un épisode honnête, sans véritable attrait, dont la meilleure scène est le final et la découverte du carnet par les Incorruptibles. Un véritable coup de bluff !

o Frank Gorshin (1933-2005), Herbie Catcher, est connu pour son rôle du ‘Riddler’ dans la série Batman (1966).

o Gilbert Green (1914-1984), Martin Rawlings, a joué dans deux autres épisodes de la série : Cognac trois étoiles, saison 2, et Le globe de la mort, saison 4.

o La réplique de l’épisode est, comme souvent, pour le gangster ; Rawlings à sa poule Bunny, lorsqu’elle pose une question: ‘Your job has two simple functions: to be decorative and entertaining. Let's not complicate things.’ [Ton boulot se résume à deux fonctions: être décorative et divertissante. Ne compliquons pas les choses.’

o La seconde meilleure réplique est pour Ness à Catcher : "You're in the middle. Rawlings on one side, me on the other - we'll slice you down like stale salami." [Tu es au milieu. Rawlings d’un coté, moi de l’autre…on va te découper comme un salami.]

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6. OISEAUX MALÉFIQUES
(BIRD IN THE HAND)

Tandis que les Incorruptibles surveillent un gangster, deux docteurs sont préoccupés par des malades atteints de la fièvre du perroquet. Les deux affaires vont se croiser à Chicago et Washington.

Voilà le genre d’épisode qui discrédite la série tant le script n’a rien à voir avec la genèse. L’interprétation n’est pas à blâmer et on peut même écrire que c’est le seul point positif dans une histoire qui relève plus du docteur Kildare que des Incorruptibles ! Benno Fisk (très bon Herschel Bernardi) doit transporter, à la demande de Stella, sa sœur, une grosse somme d’argent à Washington de la part de son beau-frère, le gangster Arnie Kurtz. Il laisse la surveillance de ses oiseaux à sa sœur pendant son absence mais ceux-ci sont porteurs de la fièvre du perroquet et toute personne en contact est menacée. Pris de fièvre, Benno est mis en quarantaine et les docteurs Garr et Gifford essaient de retrouver les personnes contaminées dans des passages interminables. Pas d’alcool, ni de drogue mais des piafs infectés…

La censure de l’époque a réussi à stériliser les Incorruptibles. Cet épisode n’est pas mauvais sur le fond mais il n’est, en aucune façon, représentatif de la série. Ness et ses hommes ont autant de temps de présence que les docteurs Garr et Gifford et, évidement, il y a tromperie sur la marchandise ! Leurs enquêtes respectives se télescopent et les aspects médicaux et policiers attisent quelques dissensions. Les rares scènes intéressantes sont la séquence d’ouverture - la fusillade dans la rue, typique des Untouchables – la découverte du corps de Stella à coté de la cage des oiseaux par le docteur Gifford et Ness au chevet de Benno pour obtenir des renseignements sur Kurtz et lui apprendre la triste nouvelle. Un épisode sans intérêt qu’on ne regarde pas deux fois !

o Des groupes de pression avaient exigé que la série soit moins violente. Ainsi, Ness recherche une personne infectée par des oiseaux…Evidement, l’audience a chuté !

o C’est un des deux épisodes qui a servi de pilote à une éventuelle nouvelle série intitulée White Knights. Le second épisode est Le remède qui tue (Jake Dance). Dane Clark (le docteur Victor Garr) et John Gabriel (le docteur Daniel Gifford) seront de nouveau de la partie comme si un essai n’était pas suffisant !

o La fièvre du perroquet, ‘Parrot Fever’, procure de fortes fièvres, des maux de tête et des symptômes similaires à ceux d’une pneumonie…

o Theodore Marcuse (1920-1967) est le gangster de Washington qui attend le payement de Kurtz. L’acteur a joué dans quatre autres épisodes de la série : Gangsters d’acier (avec Harry Guardino), saison 1, La ville sans nom et L’arbre de la mort, tous deux de la saison 3, et Ligne de tir, saison 4. Il a joué dans d’autres séries dont Les mystères de l’Ouest. Il est décédé d’un accident de la circulation.

o La rencontre finale entre le gangster et Kurtz au Lincoln Memorial de Washington sent bon le décor carton-pâte !

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7. L'HISTOIRE D'EDDIE O'GARA
(THE EDDIE O'GARA STORY)

Au lendemain du massacre de la St Valentin, un gangster revient à Chicago et propose à Moran, son ancien patron qu’il avait trahi, de reconstituer son empire.

Coincée entre deux épisodes indignes de la série, cette histoire nous replonge enfin dans les caractéristiques des Incorruptibles : gangsters, fusillades, trahisons. La fin, un peu en queue de poisson, m’empêche de donner la note maximale à cet épisode mais il sera vraisemblablement dans le premier tiers de cette ultime et trop longue saison. Le gangster Eddie O'Gara revient à Chicago au lendemain du massacre de la St Valentin après une disparition de trois ans durant lesquels on l'avait cru mort. Il retrouve son ex-patron, Bugs Moran, pisté par les Incorruptibles et la mafia, et lui propose de l'aider à reprendre sa place dans le milieu de la pègre en recrutant des ‘losers’ pour créer une nouvelle organisation. Ramassé lors d’une descente, O’Gara est surveillé par les Incorruptibles qui le soupçonnent soit d’être de mèche avec Moran soit de jouer double jeu.

Ness a vu juste car O’Gara endort Moran avec de bonnes intentions et, grisé par ses succès fulgurants, il essaye une nouvelle fois de trahir son patron en organisant une réunion piège, qui lui sera fatale. Robert Wilke est excellent en Moran mais l’attraction est Mike Connors, quelques années avant qu’il ne devienne Joe Mannix, dans le rôle du truand cupide O’Gara, le fils préféré à sa maman. Eddie est néanmoins le mauvais garçon comparé à son frère, le besogneux Vince, interprété par Sean McClory, un véritable Irlandais. Les meilleurs passages sont l’introduction dans le train (avec Connors en vagabond), le premier face-à-face O’Gara/Moran dans la planque de la fête foraine, l’entretien Ness/O’Gara (l’unique scène où Robert Stack et Mike Connors se donnent la réplique : ‘The dough, sweetheart’), la réunion des truands dans le tramway et le traquenard final autour de l’immense table.

o Mike Connors (1925) est mondialement connu pour la série Mannix ; 194 épisodes de 1967 à 1975. Son nom est orthographié Michael Connors au générique de cet épisode.

o Robert Wilke (1914-1989) reprend une seconde et dernière fois le rôle de Bugs Moran tenu dans Arsenal de la troisième saison. Considérant la fin de cet épisode, l’acteur aurait pu revenir.

o Meg Wyllie (1917-2002), Mary O’Gara, est Madame Terranova dans l’excellent Roi de l’artichaut, saison 1.

o Eddie O’Gara à son frère Vince: ‘Tomorrow, I’ll be the biggest man in Chicago!’

o Bizarrerie du script : pourquoi les deux tueurs ouvrent-ils la fenêtre avant de mitrailler la salle au risque de se faire surprendre par le bruit possible et la brise éventuelle ?

o Le massacre de la Saint-Valentin (Saint Valentine's Day Massacre) est le nom donné à l'assassinat de sept personnes qui s'est produit le 14 février 1929 entre les deux puissantes mafias criminelles de Chicago (Illinois) : le South Side italien de Chicago, dirigé par Al Capone et le North Side irlandais mené par Bugs Moran. Se déroulant dans le cadre historique de la Prohibition, cet évènement est considéré comme le dernier épisode de la guerre des gangs qui a ensanglanté Chicago dans les années 1920. (Source : Wikipedia)

o Joe Aiello est un gangster qui a réellement existé, fait assez rare dans cette quatrième saison. En conflit avec Al Capone, il fut liquidé en 1930 après avoir été élu Président de l’Unione Siciliane.

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8. ÉLÉGIE
(ELEGY)

Un truand atteint d’une leucémie propose un marché à Ness : retrouver sa fille en échange d’informations sur son réseau mafieux. L’agent fédéral doit faire vite car la fin est proche et il mène l’enquête en compagnie d’une femme lieutenant de police.

Cet épisode est le premier de deux, Fleurs pour un inconnu est le second, qui devait servir de pilote à une nouvelle série avec Barbara Stanwyck, lieutenant de police du Bureau des Personnes Disparues. C’est poussif et ennuyeux à souhait, on dirait Pradel et son Perdu de vue lorsqu’Agatha Stewart rend successivement visite aux parents adoptifs, au curé du village, à la logeuse puis au petit ami de la disparue. Pourtant, le début est bon et classique à la série ; devant son jeu de trains miniatures, le gangster influent Radick apprend de son médecin qu’il lui reste peu de temps à vivre et propose à Ness de lui livrer son organisation à condition qu’il retrouve sa fille, disparue depuis trois ans.

Ensuite, ça part en eau de boudin et on voit très peu les Incorruptibles ; on est même réveillé en sursaut par l’unique fusillade sur la jetée en milieu d’épisode. La fin est la partie la plus pénible : la longue discussion Agatha/ Margaret (prénom de la fille) dans la salle d’attente puis la retrouvaille mélo père/fille à l’hôpital. Peut-être appréciable pour une série appropriée mais rien à voir avec Les Incorruptibles. Une quatrième saison à 20 épisodes au lieu de 30 aurait évité une fin pathétique à cette série prestigieuse !

o Cet épisode constituait le premier pilote d’une nouvelle série, The Seekers. Le lieutenant Stewart du Bureau des Personnes Disparues, interprétée par Barbara Stanwyck, réapparaîtra dans l’épisode Fleurs pour un inconnu. Durant l'année 1962, Desilu Production tenta de créer deux nouvelles séries. La première, intitulée The Seekers, devait mettre en scène la section des personnes disparues de la police de Chicago. Celle-ci était dirigée par le lieutenant Agatha Stewart (Barbara Stanwyck) et les enquêtes censées se passer à l'époque d'Eliot Ness. Un premier pilote fut testé le 20 novembre 1962 intégré dans la série des Incorruptibles, Élégie. Quelques semaines plus tard, Desilu récidiva avec Fleurs pour un inconnu. Le concept, n'ayant pas recueilli le succès espéré, fut définitivement abandonné et les deux pilotes sont restés des épisodes de la série des Incorruptibles. (Source : association 813 des amis de la littérature policière)

o Barbara Stanwyck (1907-1990), Agatha Stewart, est connue pour son rôle de femme patriarche dans La grande vallée et, plus tard, Dynastie mais sa carrière cinématographique s’étala de 1927 à 1964 !

o Edward Asner (1929), Frank, a débuté sa carrière en 1957 et il tourne toujours en 2010. C’est un visage connu des séries américaines depuis les années 60 et il est Lou Grant dans la série du même nom tournée de 1977 à 1982 (114 épisodes). Il a joué dans trois autres épisodes de la série : L’arbre de la mort, saison 3, On a tué le Père Noël et Fleurs pour un inconnu, saison 4.

o John Larch (1914-2005), Charley Radick, a joué dans Forte tête, saison 3. Il a participé à de nombreuses séries dont Les rues de San Francisco.

o Hobson est le seul Incorruptible qui apparaît dans l’épisode. Les autres sont allés à la pêche !

o  Ness au gangster: ‘You're a dead man, Radick. Whadda you got to lose?’

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9. L'ÉCOLE DE LA MORT
(COME AND KILL ME)

L’enquête des Incorruptibles sur un meurtre à un champ de courses mène à une maison qui sert de lieu d’entrainement à des assassins.

Comme l’épisode précédent, cette aventure n’est pas caractéristique de la série mais elle n’est pas non plus dénuée d’intérêt. Suite au meurtre d'Arnold Vincent, un parrain local, Ness et ses hommes éprouvent des difficultés à traquer le commanditaire (très bonne scène de l’interrogatoire du tueur stoïque). Une enquête fastidieuse s’annonce (elle sera aussi tirée par les cheveux !) car la seule piste est le complice inconnu abattu à l’hippodrome. Le dépôt d’une fleur rare sur sa tombe ‘John Doe’ est le déclic qui conduit successivement les Incorruptibles chez un fleuriste, les parents et l’employeur du tueur enfin identifié et, finalement, avec beaucoup de chance, au repaire de Dexter Bayless, expert en karaté, qui entraîne des jeunes pour en faire des assassins aguerris.

Après une première partie relativement plaisante, il ne se passe plus grand-chose à part une attente en planque en face de la maison digne des ‘cop stories’ comme Kojak ou Les rues de San Francisco. L’apparition des Incorruptibles en salopette et béret pour aller planter des micros dans la demeure fait même penser à Mission impossible, tandis que l’entrainement de tueurs d’élite évoque des souvenirs Avengeresques…Bref, les Incorruptibles n’ont pas leurs particularités et, de plus, le méchant, certes raffiné, n’est pas inoubliable. Il reste l’entame mouvementée au champ de courses et le long face-à-face final Ness/Bayless dans la salle d’entrainement au sous-sol, sans oublier une présence importante des Incorruptibles ce qui est loin d’être une évidence dans bon nombre d’épisodes inintéressants de cette ultime saison.

o Le script de cet épisode est le seul de la série à avoir été écrit par une femme, Kitty Buhler.

o Rico a une sœur. Elle emménage en face de la cible avec sa famille pour permettre aux Fédéraux d’avoir une planque.

o Arlington Park est un hippodrome très prisé dans la banlieue de Chicago qui fut inauguré en 1927, trois ans avant l’action de cet épisode.

o On se demande pourquoi Ness se rend seul au domicile de Bayless pour y procéder à la perquisition. Une longue séquence avec l’entretien dans le salon, la visite du sous-sol et le duel dans l’obscurité. Si long qu’on peut considérer qu’il y a une erreur de script car il est évident que les Incorruptibles en dehors de la bâtisse ne peuvent rester ainsi sans s’inquiéter pour leur chef !

o Rico se plaint d’entendre que du classique lors des écoutes : ‘What's he have against Paul Whiteman?’ Paul Whiteman (1880-1967), adulé dans les années 20, était un chef d’orchestre de jazz américain.

o Bayless à Ness dans le final: ‘There are a hundred ways to kill you, Mr. Ness.’[Il y a une centaine de façons de vous tuer, M Ness.]

o Ness a de la culture car il empêche Youngfellow de mettre un micro à la base d’une statue représentant ‘The Dying Gaul’.

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10. CINQ CONTRE UN
(A FIST OF FIVE)

Un policier honnête mais violent est renvoyé des forces de l’ordre. Il décide alors avec ses quatre frères de kidnapper le mafieux local et d’exiger une rançon du gang. Ness, contacté auparavant par le gangster désireux de se retirer, se retrouve au milieu du conflit qui finira en bain de sang.

La confrontation de deux habitués de la série, Lee Marvin (Mike Brannon) et Frank DeKova (Tony Lamberto), est grandiose et fait de cet épisode un des meilleurs des Untouchables. Mike Brannon est révoqué de la police après quinze années et, écœuré de la corruption, convainc ses quatre frères d’abandonner leur boulot peu lucratif pour s’enrichir en enlevant le mafieux Lamberto. C’est chose faite en utilisant une fausse voiture de police. Le plan est ingénieux mais l’utilisation d’une sirène numérotée va mener à Mike Brannon. Ness a été contacté par Lamberto, qui a proposé un marché à l’inspecteur, et son absence à un rendez-vous avec le policier met la puce à l’oreille des Fédéraux. Le gang et les Incorruptibles sont sur la piste des frères Brannon, à la recherche du parrain pour des raisons bien différentes.

Les seconds rôles font partie de la réussite de cette histoire ; la femme handicapée de Lamberto, Angela, qui donne un peu d’humanité au gangster, et les quatre frères de Mike Brannon, dont deux, Keir et Denny, interprétés par des débutants à l’époque : James Caan et Roy Thinnes. Quelques passages intéressants avant le dénouement : Brandon remettant son arme au capitaine dans une scène tendue (pré-générique), l’altercation Ness/Templar au milieu des melons, la soirée des Brannon, l’enlèvement de Lamberto et Max Templar, liquidé, dans le monte-plateau. Un excellent épisode qui évolue comme une tragédie grecque avec d’un côté Mike Brannon, un flic honnête et besogneux de Chicago qui détruit, dans sa haine de Lamberto, toute sa famille, et de l’autre, Tony Lamberto, gangster vieillissant, prêt à se retirer avec sa femme, qui est sacrifié par son lieutenant de l’organisation.

Le final en deux parties, au garage des Brannon puis dans le tunnel des égouts, est superbe, haletant et dramatique. Mike Brannon, seul frère survivant de la tuerie, sera enterré auprès de sa fratrie après son exécution…

o Paul Picerni (1922-2011) avait vocation de devenir juriste avant de se laisser tenter par le théâtre. Il est surtout connu pour l’interprétation de Lee Hobson, l’adjoint de Ness, dans 83 épisodes, à partir de la seconde saison. Dans le pilote, il a le rôle d’un gangster ! Très ami avec Telly Savalas, il fut une figure régulière des séries policières américaines. En 1953, il participe à House of Wax, un grand classique du film d'horreur. Son autobiographie, Steps to Stardom: My Story, est parue en 2007. Il a joué dans les séries Le fugitif, Hawaii, police d’état, L’homme de fer, Mannix, Starsky & Hutch, Kojak

o Ida Lupino (1918-1995) est la seule femme à avoir mis en scène des épisodes de la série. Celui-ci mais aussi deux de la quatrième saison : L’homme à la chambre froide, L’homme de main.

o Sean Brannon est censé être un pauvre mécanicien automobile sans sa propre voiture mais le garage porte curieusement son nom.

o La première vue du marché de Chicago a été utilisée également pour l’épisode Le roi de l’artichaut. Ici, Ness s’intéresse aux melons, ceux marqués d’un X contiennent de l’héroïne. Max Templar, sûr de lui: “Hey, Ness, ya like honeydew melon? Here, be my guest”. Ness: “I don't eat with pigs”. [Je ne mange pas avec les cochons.]

o Lamberto a une limousine blindée avec des vitres à l’épreuve des balles, comme Emile Bouchard dans Meurtre sous verre. Sous sa couverture, Market Street Produce Co, il dirige le racket. Mourant, dans le tunnel des égouts, il dira à Ness d’aller voir sa femme qui lui remettra les registres de compte tant recherchés qui mettront fin au racket.

o Frank DeKova (1910-1981) est un habitué de la série. Il est Campagna, le tueur sadique et complice de Nitti, dans L’histoire de Frank Nitti, saison 1, un rival que fait assassiner Waxey Gordon (L’histoire de Waxey Gordon, saison 2), le juge Foley, cerveau du Tribunal secret, aussi saison 2. Dans la saison 3, il est ‘The Man’, le patron de l’organisation new yorkaise qui ordonne à Lepke de prendre le contrôle du ‘808’ à Chicago dans une courte scène de L’histoire de Maggie Storm. Il joue aussi dans l’épisode en deux parties Tueur sans gages, saison 1.

o Lee Marvin (1924-1987) fit des débuts peu ordinaires au théâtre, remplaçant un acteur malade alors qu’il réparait les toilettes ! Ce fut le début d’une longue carrière avec surtout des rôles de flics ou de gangsters. En 1953, Règlement de comptes et L’équipée sauvage l’installèrent définitivement en méchant du cinéma. Il gagna un Oscar pour Cat Ballou (1965). Il orienta ensuite sa carrière vers des films d’action où il tenait la vedette mais la qualité était très inégale. Il tourna dans deux autres épisodes remarquables des Incorruptibles ; Monsieur Nick Acropolis, saison 2, et Drogué du risque, saison 3. Ses principaux autres rôles : le détective Ballinger dans M Squad (1957-60, 117 épisodes) et au cinéma dans Les Comancheros, L’homme qui tua Liberty Valance, À bout portant, Les douze salopards, Le point de non-retour, Gorky Park...

o Phyllis Coates (1927), Angela, joue dans deux autres épisodes de la série ; L’amuseur et L’histoire de Frank Nitti (saison 1).

o Roy Thinnes (1938) est connu pour son rôle de David Vincent dans la série Les envahisseurs. Il a joué dans un autre épisode de la quatrième saison, Œil pour œil.

o James Caan (1940) a eu une carrière avec des hauts et des bas. Il débuta dans des westerns comme El Dorado (avec John Wayne et Robert Mitchum) mais il est surtout connu pour son rôle de gangster, Sonny Corleone dans Le parrain.

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11. LES MARCHANDS DE FERRAILLE
(THE FLOYD GIBBONS STORY)

Un journaliste est abattu alors qu’il était sur une affaire importante. Un confrère, célèbre reporter, fraichement arrivé à Chicago, décide de mener sa propre enquête. Il retrouve une ancienne liaison, la femme de son collègue, aujourd’hui acoquinée avec un truand, qui s’avère être l’assassin de son mari.

Une histoire intéressante si on supporte les quelques longueurs qui ralentissent considérablement le récit. Mais si on patiente, on apprécie le journaliste borgne Floyd Gibbons et on assiste à un superbe final. L’astuce des gangsters de faire passer le meurtre d’Edmunds pour une victime innocente d’un règlement de comptes fait long feu. Le personnage central, Floyd Gibbons, est efficace et sympathique (scène à l’aéroport où il offre son billet d’avion), et son audace déconcertante et décontractée désarçonne les pontes de la mafia. Rapidement, il découvre que le syndicat a mis la main sur le trafic de la ferraille, nécessaire à l’élaboration d’armes pour les pays sur le point d’entrer en guerre.

Si Scott Brady (Gibbons) est excellent, le reste de la distribution n’est pas en reste : Joseph Campanella est convaincant en gangster impitoyable et indépendant, et Dorothy Malone (Kitty) donne parfaitement le change en veuve stoïque tiraillée entre le bien et le mal. Les meilleures séquences sont l’assassinat peu commun du journaliste, la réunion des membres du syndicat, la rencontre Gibbons/Dastille et l’élimination rapide et inattendue du gangster. Malgré des longueurs et une enquête poussive des Incorruptibles, l’histoire est finalement regardable et les patients sont récompensés par un excellent dénouement à suspense dans un escalier. Ne faisons pas la fine bouche car la quatrième saison réserve plus de boulets que de pépites…

o Cet épisode a servi de pilote, spin-off,  à ce qui devait être une nouvelle série, dont le titre aurait dû être : Floyd Gibbons : Reporter. Cinq autres épisodes de la quatrième saison ont eu la même fonction. ‘Suivant la même démarche, une autre série fut testée avec le n°99. Elle devait s'intituler Floyd Gibbons : Reporter et raconter les aventures d'un reporter globe-trotter légendaire, une sorte d'Albert Londres. Comme la précédente, la série n'a pas abouti et The Floyd Gibbons Story est resté l'un des 118 épisodes des Incorruptibles.’ (Source : association 813 des amis de la littérature policière).

o Floyd Gibbons (1887-1939) a réellement existé et il était correspondant de guerre pendant la première guerre mondiale pour Chicago Tribune et la radio NBC.

o Lorsque John Brecker tombe dans la cage d’escalier, le mannequin est très visible.

o Cet épisode se déroule juste avant la fin de la prohibition, en octobre 1932, à la veille de l’élection de FDR.

o Kitty: ‘Tell me, Mr. Ness, have you ever known a girl who lost three men in one night?’ [M. Ness, avez-vous déjà connu une fille qui a perdu trois hommes en une seule nuit ?]

o Joseph Campanella (1927), Vince Dastille, est Lew Wickersham dans 24 épisodes de Mannix. Il est apparu dans de nombreuses séries depuis Suspense en 1952. Sa dernière apparition est dans Les experts en 2008.

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12. LES LOUPS ENTRE EUX
(DOUBLECROSS)

Surveillé par les Fédéraux, Jake Guzik est obligé de coopérer avec son ennemi et rival Bugs Moran pour importer de l’alcool à Chicago.

Mettez un peu de booze (alcool en américain) et un gangster connu, Jake Guzik toujours magistralement interprété par Nehemiah Persoff, et vous obtenez un épisode qui tient la route, digne des premières saisons. Les prestations de Nehemiah Persoff apportent de la qualité à ses personnages ; faussement relax, cynique (à la façon où il ‘vend’ son homme de main, Sully) avec une voix douce mais déterminée (en VO). A la surprise générale (Asbury en est tout retourné), Ness se transforme en bootlegger pour approvisionner les revendeurs en whisky et mettre la pression sur Guzik. Ce dernier n’a plus le choix et doit faire importer une grosse quantité d’alcool. Pour ce faire, il demande l’aide de Bugs Moran, peu surveillé par les Fédéraux, mais les deux hommes ont une rancœur tenace depuis le massacre de la St Valentin et Moran en profite pour se faire payer au…gallon !

Par un astucieux stratagème (excellent plan du train aux mêmes numéros que celui transportant des pommes), Moran fait venir l’alcool à Chicago mais il monte les enchères sachant que la survie de Guzik dépend de cette livraison. Contrairement à ses deux autres apparitions, Guzik n’est pas aux ordres de Nitti et il a carrément pris sa place à la tête de l’organisation.

Le scénario est une bonne histoire, excellente aux critères de cette saison, servie par de bons acteurs -même les gangsters subalternes sont des têtes connues de la série - et la violence est plus présente (tabassage de Akers au début de l’épisode) même si les assassinats ne sont qu’audibles (l’employé et Sully). Au rayon négatif, Bugs Moran n’est malheureusement pas interprété par Robert Wilke - Harry Morgan est beaucoup moins convaincant - et la fin est très mitigée ; les Incorruptibles sont au rendez-vous Moran/Guzik par hasard (un nom intercepté sur écoutes) et Ness abat Striber miraculeusement au pied d’un wagon contenant le whiskey alors que peu de temps avant, le responsable des chemins de fer déclarait que c’était une aiguille dans une meule de foin pour retrouver un train sur 80 000 !

Ne gâchons pas notre plaisir et terminons par évoquer la meilleure scène, l’unique rencontre Ness/Guzik, truffée de répliques aiguisées (voir infos supplémentaires), un des meilleurs passages de cette saison dans lequel Guzik, bien plus malin que Bayless quelques épisodes plus tôt, ne se laisse pas piéger par les écoutes téléphoniques des Incorruptibles.

o Nehemiah Persoff (1919) est Jake Guzik dit Greasy Thumb (pouce graisseux), le comptable de Capone, dans trois épisodes : Le fauteuil vide, saison 1, La septième voix, saison 2, et Les loups entre eux, saison 4. Il est également exceptionnel dans L’histoire de Waxey Gordon, saison 2, et Les frères Stryker, saison 3. Il est aussi Johnny Fortunato dans Mon froussard favori, épisode moins réussi que les autres.  

o Harry Morgan (1915) est le troisième acteur à incarner Bugs Moran dans la série. Il est surtout connu pour Dragnet 1967 et M.A.S.H.

o John Kellogg (1916-2000), Striber, a joué dans deux épisodes de la saison 3, La guerre des trafiquants et L’histoire de Maggie Storm.

o Bernard Fein (1926-1980), Louie Akers, a joué dans quatre autres épisodes : Guerre des gangs à St Louis, saison 1, Un honnête homme, saison 2, Jeu de patience et L’histoire de Maggie Storm, saison 3.

o Barry Russo (1925-2003), Sully, a joué dans six autres épisodes : Jamais gagnant, Tueur sans gages, 1ère partie, saison 1, Coup pour coup, Tribunal secret, L’histoire de Nero Rankin, saison 2, et On a tué le Père-Noël, saison 4.

o Quelques images du Graf Zeppelin au Litto Theatre permettent de situer l’épisode.

o Quelques échanges de la meilleure scène de l’épisode. Alors que Ness attend Guzik dans la boite, une fille l’accoste: ‘Well, you don't look so tough to me, Mr. Ness. In fact, you look like a pushover’ [Vous ne me semblez pas si dur que ça, M. Ness. En fait, vous ressemblez à un blanc-bec]. Ness lui répond: ‘If I weren't a gentleman, I might say the same for you’ [Si je n’étais pas un gentleman, je  dirais la même chose de vous.]. Puis Guzik arrive: ‘Well if it isn't Mr. Sherlock Holmes’ et lorsque Ness lui apprend que son homme de main a été abattu de six balles: ‘Let's hope the last five weren't necessary.’ [Espérons que les cinq dernières n’étaient pas nécessaires.]

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13. FLEURS POUR UN INCONNU
(SEARCH FOR A DEAD MAN)

Tandis qu’une femme lieutenant de police recherche l’identité d’un cadavre repêché dans le lac Michigan, Ness essaie de coincer un trafiquant d’alcool qui attend une importante livraison. Leurs deux enquêtes vont se croiser.

Un épisode ennuyeux et bavard qui a dû servir de vacances à Robert Stack vu son peu de temps de présence à l’écran. Il faut dire que cet épisode est aussi le pilote à une éventuelle autre série avec Barbara Stanwyck, le lieutenant Agatha Stewart, qui monopolise beaucoup trop l’attention. Sa spécialité sont les ‘John Doe’, les morts sans identité. Le dernier en date est enterré après maintes recherches. Le déclic de l’enquête est tiré par les cheveux ; une marque sur un billet permet de remonter à un banquier et éventuellement à la femme qui a fait déposer des fleurs sur la tombe de l’inconnu. Vous me suivez ? Celle-ci est la maitresse du trafiquant d’alcool qui la liquide.

Le ridicule de l’histoire est l’identité du macchabée et du truand pisté par Ness : Jack, le Portugais, et son frère, Rudy ! Le second a pris la place du premier. Rien que des noms comme ça discréditent l’épisode et la saison 4. La mafia et quelques personnalités complaisantes comme Frank Sinatra ont eu raison de la série et les producteurs ont dû se plier au ‘politiquement correct’ de l’époque qui les a interdits d’utiliser de véritables noms de truands. Voilà le résultat ! Quelques scènes d’intérêt ? Les premières images avec la Rolls et le corps balancé dans le lac et la traditionnelle fusillade finale. Le milieu : seulement en cas d’insomnie…

o Cet épisode constituait le second pilote d’une nouvelle série, The Seekers. Le lieutenant Stewart du Bureau des Personnes Disparues apparaît déjà dans l’épisode, Elégie

o Sheree North (1932-2005), Claire Simmons, fut engagée à ses débuts pour palier aux frasques de Marilyn Monroe. Elle joua dans de nombreuses séries dont Les rues de San Francisco et Kojak. Elle décéda d’un cancer.

o Edward Asner (1929), Frank,  a joué dans trois autres épisodes de la série : L’arbre de la mort, saison 3, On a tué le Père Noël et Élégie, saison 4.

o Antony Carbone (1927), Rudy le Portugais, a joué dans trois autres épisodes : Témoin clé, saison 1, Pigeon d’argile, saison 2 et Les frères Genna, saison 3.

o Contrairement aux premières saisons, les billets de banque ne ressemblent plus à des billets de Monopoly mais à la vraie monnaie américaine.

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14. LE SPÉCULATEUR
(THE SPECULATOR)

Un petit truand astucieux gagne la confiance de Nitti et l’escroque en lui faisant miroiter un gain important à la bourse.  

Cet épisode marque le retour de Frank Nitti qui donne un coup de fouet à cette saison très hétéroclite, aux histoires trop souvent sans consistance. Ness bénéficie d’un informateur mais, redoutant une perquisition, Nitti a réuni ses associés et décide de détruire les documents compromettants. Malgré la rapidité des Fédéraux, Leo Stazak, un truand subalterne, a la présence d’esprit de mettre le feu aux papiers embarrassants à temps. Nitti est impressionné par le culot et le savoir-faire de Stazak et il l’intègre dans l’organisation.

Stazak, petit truand malin et opportuniste, a un plan bien élaboré et il propose à Nitti de profiter de ses talents de boursicoteur pour doubler sa mise d’argent liquide afin de financer une importation d’alcool. Il a parfaitement échafaudé son escroquerie, utilisant son cousin comme indic auprès de Ness et un imprimeur, supposé fournir les documents prouvant la perte boursière. Le grain de sable de ce plan sera Ness qui, à partir d’un fragment de papier mal consumé, a pu remonter jusqu’à l’imprimeur. L’histoire en elle-même n’est pas sensationnelle et la naïveté de Nitti est peu crédible.

Néanmoins, le jeu des acteurs est superbe et la troisième participation de Telly Savalas à la série une réussite. Il incarne parfaitement ce petit truand beau parleur, cupide et machiavélique ; il n’hésite pas à supprimer l’imprimeur et son cousin afin que ses mensonges tiennent la route. A part Savalas, les autres seconds rôles sont aussi bons ; Frank Sutton dans le rôle d’Angie, le cousin, est aussi convaincant que lors de ses deux précédentes prestations.

Malgré le peu d’action, l’épisode a d’excellents moments, dont les passages où Nitti reçoit dans les bains turcs et la discussion l’Enforcer/Stazak au lendemain du crack boursier sur la mallette bourrée d’argent, censé avoir été investi. Néanmoins, la meilleure scène, particulièrement cocasse, est lorsque Stazak prend la défense de Nitti dans la salle d’interrogatoire des Fédéraux précisant que son patron est un businessman qui paye des impôts et qu’il devrait avoir plus de reconnaissance de la part d’un fonctionnaire !

o L’action de cet épisode se déroule en partie le 29 octobre 1929, appelé aussi ‘mardi noir’, en raison du crack boursier.

o Cet épisode marque le retour de Frank Nitti, le premier des trois de la quatrième saison. Le personnage avait été abandonné à la fin de la troisième saison mais une chute des audiences a précipité son retour.

o Telly Savalas (1922-1994) est surtout connu pour Theo Kojak, le policier new-yorkais qu’il incarna de 1973 à 1978 ; un rôle qui le comblera jusqu’à la fin de ses jours. Il a commencé sa carrière, à 37 ans, par des rôles de brute au cinéma et à la télévision. Il est apparu dans les séries La quatrième dimension, Bonanza, Match contre la vie, Le virginien, Le fugitif, Des agents très spéciaux, Cimarron et Equalizer où il est un moine. Vu au cinéma, entre autres, dans Les douze salopards, Cosa Nostra, The Assassination Bureau, De l’or pour les braves, La cité de la violence, Pancho Villa et il est Blofeld dans Au Service secret de sa majesté. Il a joué dans deux autres épisodes des Incorruptibles : L’antidote, saison 2, et Un si beau plan, saison 3. Les trois participations de l’acteur à la série sont dans des épisodes avec la présence également de Nitti. On remarque certaines mimiques de Telly Savalas qu’on retrouvera lorsqu’il interprétera Kojak plus d’une décennie plus tard ; par exemple, la façon qu’il a de mettre les mains dans les poches de côté d’un costume. Il a également chanté et le tube If fut numéro un pendant quelques semaines en Europe en 1975. Il est décédé d’un cancer le lendemain de ses 72 ans.

o Le véritable Frank Nitti a effectivement purgé 18 mois de prison à Leavenworth pour fraudes fiscales.

o Quelques scènes, a priori anodines, sont très intéressantes et symboliques de la pérennité de la série ; l’indic qui demande à Ness de le remercier (et le mot sec, du bout des lèvres de l’agent fédéral : ‘Thanks’),  Nitti annonce que l’organisation octroiera quelques ‘bucks’ (dollars) à la veuve d’un truand…qui n’a pas été encore assassiné ! et Nitti quitte la salle d’interrogatoire en balançant effrontément : ‘Ness, you operate like a cheap hood.’ [Ness, vous vous comportez comme un petit gangster.]

o Nitti, dans l’entrepôt, à ses associés du crime: ‘From now on, the only paper we use is cash.’ [A partir de maintenant, le seul papier qu’on utilise est l’argent.]

o Lors de la bagarre finale Ness/Stazak, la doublure de Telly Savalas est très visible. 

o K.L. Smith (1922-1981), l’homme de main de Nitti, a joué dans cinq autres épisodes : Le signe de Caïn, Second témoignage, saison 2, Arsenal, saison 3, On a tué le Père-Noël, L’histoire d’Eddie O’Gara, saison 4.

o Herman Rudin (1912-2000), le truand Max, a joué dans six autres épisodes : Le fauteuil vide, saison 1, Fille de gangster, L’histoire de Nick Moses, saison 2, Un si beau plan, L’histoire de Maggie Storm, saison 3, et Le tueur, saison 4.

o Mel A. Bishop (1920-2005), le masseur, est surtout producteur…il produisit 35 épisodes de Kojak !

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15. BOULE DE NEIGE
(THE SNOWBALL)

Un étudiant fabrique de l’alcool frelaté qu’il fait vendre sur le campus de Chicago. Après avoir assassiné son complice pour lui faire porter le chapeau, il passe un accord avec Frank Nitti pour développer le marché de l'alcool dans les universités.

L’étudiant cynique et arrogant Jackson Parker, superbement interprété par Robert Redford, est un des pires salopards de la série. Désirant intégrer l’organisation de Nitti, il fabrique de l’alcool de bois qu’il fait vendre, sous le manteau (sans jeu de mots), par son complice, le limité Benny Angel, dans l’université, mais l'absorption de cet alcool provoque des cas de cécité chez plusieurs étudiants. Le but de Parker est de s’acheter une notoriété auprès des gangsters de renom et d’exploiter un marché potentiel et, pour ce faire, il assassine Benny pour se dédouaner et en faire le bouc émissaire. Il peut ainsi mettre sur pied une affaire lucrative et bien organisée (The Big Snowball) avec Nitti.

Robert Redford, derrière ses apparences d’ange, est le parfait démon, cruel et sans pitié, recrutant des hommes mariés pour pouvoir menacer les enfants le cas échéant. Les autres acteurs, Bruce Gordon, évidement, mais aussi Gerald Hiken, le rejeté Angel, sont excellents. Ness intervient lorsque quatre étudiants deviennent aveugles et il ne peut empêcher la mort d’une jeune fille ; l’agent fédéral a un rôle plus passif dans cette histoire, recherchant surtout Benny, mais il informe Nitti sur les victimes dues à l’alcool de Parker. Finalement, Nitti fera une faveur à Ness en lui livrant l’étudiant, liquidé et aspergé d’alcool de bois, que l’agent fédéral n’a jamais côtoyé (aucun échange Stack/Redford dans l’épisode par conséquent).

Les meilleures scènes sont la première rencontre Nitti/Parker au Montmartre Club avec un Enforcer sarcastique (‘come in, kid’), la seconde où Nitti gifle Parker qui ne se démonte pas pour prouver son innocence, peut-être la troisième (voir info supplémentaire), le long passage lorsque Parker, démago, rend visite à Benny pour le tuer et l’unique rencontre Ness/Nitti où le gangster est silencieux mais déterminé dans son choix.

o La version que je possède est amputée d’environ cinq minutes. Grâce à tv.com, il est possible de savoir ce qu’il manque. A la vingt-septième minute (début du troisième acte), Parker rencontre Nitti pour la troisième fois. L’étudiant promet beaucoup de choses à Nitti dont une distribution d’alcool dans les grands campus : l’université de Chicago, Northwestern, DePaul, Loyola, les écoles médicales. Nitti rétorque: ‘You think I can send my boys in there to hustle booze? They'd stick out like Primo Carnera at a midgets' convention.’(Ndlr : Carnera est un boxeur qui fut champion du monde en 1933). Parker dit à Nitti qu’il n’emploiera pas de gangster pour vendre l’alcool mais des hommes ordinaires, à la recherche d’un emploi par ces temps durs de crise. Parker précise à Nitti qu’ils se confondront dans l’environnement comme des caméléons. Nitti répond qu’il sait ce que Parker représente et il ne l’apprécie pas. Néanmoins, Nitti accepte de fournir de l’alcool à Parker pour trente jours mais si quelque chose ne tourne pas rond, l’étudiant sera l’unique responsable. Cet entretien, qui se déroule sur la jetée au bord du lac Michigan, ne figure pas à toutes les diffusions et c’est dommageable car la scène est dépeinte par certains critiques comme étant la meilleure de Bruce Gordon/Frank Nitti de toute la série !

o Deuxième des trois participations de Frank Nitti à la quatrième saison.

o Les premières images d’archive montrent que l’action se déroule en 1930 ; l'année de l'édification de l'Empire State Building, symbole du désir du peuple américain d'entreprendre.

o Robert Redford (1936), Jackson Emmit Parker, est alors à ses débuts. Il a eu une enfance faite de chapardages et d’alcoolisme. Le film qui l’a rendu célèbre fut Butch Cassidy et le Kid (avec Paul Newman) en 1969 puis vinrent Nos plus belles années et L’arnaque en 1973.  A noter aussi Les trois jours du Condor (1975), Out of Africa (1985), Et au milieu coule une rivière (1992)…Au début des années 80, il devint réalisateur avec le même succès.

o Adam Williams (1922-2006), Paul Meadows, est un des fils Barker dans le second épisode de la série, Ma Barker et ses fils.

o Yale Summers (1933), un des étudiants, est connu pour sa participation à la série animalière Daktari (74 épisodes).

 o Parker à Benny, son complice: My idea of living is brandy, silk underwear, and women who smell of perfume from Paris. [Mon idée de la vie, c’est le brandy, les sous-vêtements en soie et des femmes qui sentent le parfum de Paris.]

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16. LE REMÈDE QUI TUE
(JAKE DANCE)

Pendant que Ness recherche les auteurs d’un vol de lotion capillaire alcoolisée, les docteurs Garr et Gifford font face à de nombreux cas de paralysie provoqués par l'absorption de gin de la Jamaïque.

La qualité des épisodes de cette quatrième saison continue à faire du yoyo et on a droit à une fable plutôt ridicule après deux bonnes histoires dans l’esprit de la série. Ness est sur la piste d’un vol important de lotion capillaire pouvant servir à la confection de Ginger Jake frelaté (on biberonnait n’importe quoi à l’époque, et pourquoi pas de l’alcool à 90° à désinfecter les thermomètres comme dans un roman de Boudard ?). L’enquête des Untouchables est des plus primaires et le condensé pourrait tenir en un petit quart d’heure : l’arrivée sur les lieux du délit, l’interrogatoire du gardien blessé, qui révèle que le camion a son pare-choc esquinté, le tour des garages pour retrouver le dit-camion, le bandit, arrêté au garage, ‘s’évade’ pour qu’il mène à son patron dont on connaît l’identité dès le début de l’épisode, et la petite fusillade traditionnelle en guise de conclusion.

Tout le reste est consacré aux péripéties des docteurs Garr et Gifford, confrontés à une arrivée massive de patients atteints de paralysie plus ou moins temporaire après l’absorption du redoutable Ginger Jake (la jeune Mary Kay est la patiente référence de l’histoire). Il y a de nombreux passages longs et inutiles qui servent manifestement à meubler - la scène mère/fille, les médecins qui interrogent Mary Kay, qui veut protéger son oncle, le vendeur, le pardon mélodramatique de Gifford auprès de la jeune fille – et les chamailleries entre docteurs relèvent plus d’une série hospitalière que policière. 

o C’est le second épisode, après Oiseaux maléfiques, à servir de pilote à une éventuelle nouvelle série intitulée White Knights. Comme dans l’histoire précédente, Dane Clark (le docteur Victor Garr) et John Gabriel (le docteur Daniel Gifford) sont de la partie, comme si un essai n’était pas suffisant !

o Stewart Bradley (1924-1995), Iggy, a joué dans quatre autres épisodes : Mister Moon, saison 2, Forte tête, L’associé, Entre l’amour et la haine, saison 3.

o Booth Colman (1923), Contine, a joué dans deux autres épisodes : L’arbre de la mort où il est Victor Bartok, le chef gitan, et Entre l’amour et la haine, tous deux de la saison 3.

o Le Jack Dance est une démarche clopin-clopant avec deux cannes comme expliqué au début de l’épisode. C’est l’absorption importante de Ginger Jake, contaminé avec du méthanol, qui provoque une perte de coordination des muscles et développe cette démarche.

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17. JAZZ ET MITRAILLETTES
(BLUES FOR A GONE GOOSE)

Un trompettiste accepte d’aider Ness à coincer le bootlegger responsable de l’assassinat de son ami, propriétaire d’une boite de jazz, mais il tombe amoureux de la femme du truand.

Sur fond de musique de jazz, cet épisode dépeint une histoire très plaisante bien qu’un brin mélo. Ray ‘Goose’ Gander refuse de céder aux bootleggers et de servir de l’alcool dans sa boîte de jazz, et Lou Cagan, pressé par Lepke du syndicat new yorkais, fait assassiner le récalcitrant au grand désespoir de Eddie Moon, trompettiste et ami de Gander. Contacté par Ness, Moon désire venger son patron et propose à Lou Cagan de s’associer, ce qui lui permet de renseigner les Fédéraux, mais le trompettiste et Bunny, la femme du gangster, s’éprennent l’un de l’autre.

Lorsque quatre personnes sont tuées à l’hôpital (dont le tueur de Goose blessé par Rossi mais déclaré mort par la presse), Moon devient méfiant à l’égard de Bunny, conforté en cela par l’attitude cynique de Ness. Les Fédéraux effectuent alors descente sur descente pour ébranler l’entreprise de Cagan qui fait tabasser Moon qu’il soupçonne d’être une balance. Le trompettiste donne Bunny, en qui il n’a plus confiance, alors que la jeune femme vient de prévenir Ness et de quitter son mari. Moon se rendra compte trop tard de l’énorme erreur qu’il a commise lorsque la femme qu’il aime sera abattue sous ses yeux.

Une belle histoire, sombre et mélodramatique, servie par une excellente distribution. La prestation de Robert Duvall, aidé par une pléiade d’acteurs estampillés Untouchables, laisse deviner la grande carrière qu’il aura. C’est un grand plaisir de revoir Kuluva et Ruskin une dernière fois même dans des petits rôles. Quant au couple Cagan, il symbolise la belle et la bête ; Marc Lawrence étant un spécialiste des rôles de gangsters avec son physique ingrat. Les meilleures scènes sont l’introduction insolite – l’orchestre de jazz continue de jouer aux sons des mitraillettes-, l’assassinat de Ray Goose, la première rencontre Bunny/Eddie (la suivante, au début du troisième acte, est trop longue et un modèle de pathos !), le coup de téléphone déguisé du trompettiste à Ness devant Bunny, et le final - le tabassage de Moon avec un excellent Cagan/Lawrence en inquisiteur et la fusillade. 

o Robert Duvall (1931), Eddie Moon, était aux débuts de sa carrière prodigieuse, qui commença par un petit rôle dans Marqué par la haine en 1956. Après des participations à de nombreuses séries, dont Le fugitif et Les mystères de l’Ouest, il tourna dans des films renommés ; Le détective, Bullitt, 100 dollars pour un shérif, L’homme de la loi, Le parrain, Joe Kidd, Sherlock Holmes attaque l’Orient Express, Apocalypse Now, Sanglantes confessions, Chute libre

o Marc Lawrence (1910-2005), Lou Cagan, a joué de nombreux rôles de gangsters dans sa carrière. Il a participé à deux autres épisodes de la série : Témoin clé, saison 1, et Les frères Genna, saison 3. Durant la "Chasse aux sorcières", il admit avoir été membre du parti communiste et il dut s'exiler un temps en Europe.

o Will Kuluva (1917-1990), Ray ‘Goose’ Gander, est Frank Genna, le parrain, dans Le signe de Caïn, un honnête boulanger dans Un honnête homme, Nero Rankin dans Le doyen des gangsters, tous les trois de la saison 2, et Max, l’ami du boulanger, dans Forte tête, saison 3.

o Kathleen Nolan (1933), Bunny, sera la première femme Présidente de la Screen Actor's Guild, l'association professionnelle des acteurs de cinéma et de télévision.

o Richard Bakalyan (1931), le gangster Lucky, a joué dans cinq autres épisodes, toujours des petits rôles : Guerre des gangs à St Louis, saison 1, Train spécial, 1re partie, L’histoire de Nick Moses, saison 2, L’arbre de la mort, saison 3, et Ligne de tir, saison 4.

o Joseph Ruskin (1924), Lepke, a joué dans six épisodes des Incorruptibles : Pas de cadavre au Mexique, saison 1, Le chef d’œuvre et La septième voix, saison 2, Le tunnel des horreurs, saison 3. Il reprend le rôle de cet épisode, Louis ‘Lepke’ Buchalter, tenu dans L’histoire de Maggie Storm, saison 3. Il est le seul acteur à avoir participé aux quatre séries Star Trek. Il a joué dans la plupart des séries connues d’Alfred Hitchcock Presents en 1955 à Bones en 2006. Il est croque-mort dans l’épisode des Rues de San Francisco, The Most Deadly Species.

o En VF : Ray Gander, dit Barbichette, est propriétaire du ‘Golden Egg’. En VO, le surnom de Gander (‘jars’ en français) est ‘Goose’ (‘oie’ en français) d‘où le titre de l’épisode sans aucun sens en français ; littéralement ‘Blues pour une oie disparue’.

o Ness à Eddie au sujet de Bunny: ‘A cheap mobster's wife. Is she worth four lives?’ [Une femme bon marché de gangster. Est-ce qu’elle vaut quatre vies?]

o Le jazz est né dans les années 20 mais l’action de l’épisode se déroule dans les années 30.

o Moon entonne la sonnerie aux morts lorsque Ness demande à Goose de céder aux exigences des gangsters pour  pouvoir le renseigner.

o Eddie à Bunny, qui lui apporte de l’argent pour l’enterrement de Goose : ‘The loyal, noble wife. I make one pass....’

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18. LE GLOBE DE LA MORT
(GLOBE OF DEATH)

Nitti a réussi à se faire livrer une importante quantité d’héroïne par la filière de Shanghai. Pendant que Ness recherche la mappemonde contenant la drogue, un associé du gangster décide de s’approprier la livraison en organisant le casse de la banque où l’héroïne est cachée.

C’est la dernière apparition de Frank Nitti dans la série et, comme très souvent avec The Enforcer, l’épisode est passionnant, sans temps mort et mémorable.

L’intrigue est bien menée et le suspense est présent jusqu’au bout. La prohibition touche à sa fin et les narcotiques sont devenus la source de revenus pour le syndicat. Le début de l’épisode est nerveux par une succession de scènes d’action, empruntées à d’autres aventures, puis suit la visite cocasse de l’énigmatique Yang au Montmartre Club. On retrouve autour de la table des têtes connues parmi les cinq lieutenants de Nitti ; Barry Morse (Larry Bass) mais aussi Robert Carricart (qui n’est pas Luciano cette fois).

Le frêle chinois Yang impressionne Nitti (qui remet les liasses subtilisées) et déconcerte Ness et les Incorruptibles dans deux superbes scènes. Sevré par les Incorruptibles, Nitti désire faire monter les prix et décide de stocker la drogue quelque temps. Ness et Hobson se rendent à San Francisco et découvrent rapidement l’acheminement de l’héroïne. Une mappemonde a servi d’emballage mais Ness ne trouve rien dans la cuisine de  Nitti. Sûr de son fait, le gangster ne se doute pas que Larry Bass a recruté des comparses pour dévaliser le coffre de la banque où la précieuse mappemonde est entreposée. Trop gourmand, l’associé de Bass, très bon Phillip Pine, est sérieusement blessé en voulant éliminer les deux autres acolytes dans le tunnel.

Les seconds rôles sont à la hauteur, même les personnages les plus insolites comme Yang (superbe Jerry Fujikawa) et Augie, le gros truand rustre qui balaie du revers de la main le gâteau, à peine terminé par le pâtissier, pour goûter la crème ! Contrairement aux fusillades habituelles, le final est psychologique et il se déroule, comme la scène initiale, dans la salle de réunion du Montmartre Club ; la séance de déduction, qui confond Bass parmi les cinq lieutenants, est grandiose. Ness est finalement dans la chambre d’hôtel, la planque de Bass et de son complice, avant Nitti qui doit renier la drogue pour sauver sa peau et prétendre devant Bass, bien amoché, qu’il était seulement venu récupérer le fric. De nombreuses scènes intéressantes, les deux au Montmartre Club mais aussi les faces-à-faces Ness/Nitti ; dans la cuisine, à la banque et à l’hôtel dans la dernière scène.

o 27ième et dernière apparition (sur 118 épisodes) de Bruce Gordon (1916-2011)/Frank Nitti. Il fut rappelé pour trois épisodes dans cette ultime saison pour pallier à la baisse d’intérêt du public.

o Phillip Pine (1920-2006), Whitey Grosse, le complice et ami d’enfance de Bass, a joué dans quatre autres épisodes de la série ; Le meurtre de Jake Lingle (saison 1), Nicky et Meurtre par procuration (saison 2), et L’histoire de Whitey Steele, saison 3. Il est connu pour être le colonel Green dans Star Trek (1966). Vu dans de nombreuses autres séries dont Les mystères de l’Ouest, Match contre la vie, Bonanza, Le fugitif, Les envahisseurs, Le virginien, Mission impossible, Hawaii police d’état, Banacek, L’homme de fer, Mannix, Sergent Anderson, Cannon, Baretta, Police Story, Les rues de San Francisco (quatre épisodes), Kojak, Section contre-enquête, La petite maison dans la prairie, Santa Barbara

o Barry Morse (1918-2008) est surtout connu pour la série Le fugitif (1963-67) dans le rôle du lieutenant Gerard à la poursuite du Dr Kimble. Il a participé à deux autres séries à succès, L’aventurier (1972-73) avec Gene Barry et Cosmos 1999 (1975-76) avec Martin Landau et Barbara Bain. Il joue dans un autre épisode des Incorruptibles – Le roi du champagne, saison 2.

o Robert Carricart (1917-1993), Sam Weidman, fut également Lucky Luciano dans les épisodes Verdict Scandaleux (saison 1), Pigeon d’argile (saison 2) et Entre l’amour et la haine, saison 3. Il est Lepke dans Forte tête, saison 3.

o Cliff Osmond (1937), Augie, a participé au dernier épisode de la troisième saison, Le débarcadère de la mort. Il a été producteur, scénariste et réalisateur et il fut nominé pour un Writer's Guild Award pour un épisode des Rues de San Francisco.

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19. ŒIL POUR ŒIL
(AN EYE FOR AN EYE)

Un fournisseur d’alcool utilise un réseau de petits commerçants, ce qui ne facilite pas la tâche des Incorruptibles. Pourtant, Ness va obtenir l’aide d’un père, commerçant, qui vient de perdre son fils au volant d’un camion d’alcool. 

Une ‘petite’ histoire qui n’a rien d’original ni de vraiment captivant à proposer. Un père dévasté par la mort de son fils accepte d’aider Ness à faire tomber le salopard de l’épisode, Solly Girsch interprété par Jack Klugman dans une prestation plutôt insignifiante. Sans témoin, il est difficile à appréhender vu qu’il écoule l’alcool auprès d’une multitude de petits commerçants. Le piège est intéressant mais le revirement dans le final est un faux suspense. La petite étincelle de l’épisode est l’association de Girsch avec un membre du gang pourpre qui apporte un peu d’action à l’aventure.

Les quelques scènes digne d’intérêt sont la réception qui tourne à la soupe à la grimace et Kobler qui liquide Peter au fusil de chasse dans la rue et puis George Voskovec en père effondré par la mort de son fils, rentrant chez lui dans la rue déserte, est convaincant. 

o La scène du début, la poursuite du camion, provient du Débarcadère de la mort, dernier épisode de la saison 3.

o Solly Girsch était un véritable truand, encore possible dans cette ultime saison, mais il était à l’opposé du personnage interprété par Klugman : homme de main de Dutch Schultz, il était réputé pour être un coriace.

o Joe Turkel (1927), Kobler du gang pourpre, faisait déjà partie de ce gang dans l’épisode du même nom, saison 2. Il joue aussi dans L’avocat, Le procès d’Eliot Ness, saison 3, et Le trouble-fête, saison 4. Il est connu pour ses rôles dans les films de Kubrik, particulièrement Shining.

o Dernière des 18 apparitions de Frank Wilcox (1907-1974)/ District Attorney Beecher Asbury.

o Jack Klugman (1922-2012) est meilleur en avocat dans l’épisode du même nom, saison 3.

o Roy Thinnes (1938), David Vincent dans Les envahisseurs, a ici un rôle plus anodin que lors de sa première apparition, Cinq contre un.

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20. LE BROCANTEUR
(JUNK MAN)

Un truand notoire attend une livraison de narcotiques mais il se fait doubler par un de ses hommes de main. Alors que Ness est persuadé que le gangster a reçu la marchandise, un agent des narcotiques, investi dans le milieu pour démanteler un trafic de drogue, l’informe du contraire.

Le décor de l’histoire est planté dès la séquence pré-générique : Victor Salazar, gangster violent, a son informateur abattu ; l’homme qui devait lui fournir les informations nécessaires au vol de morphine destiné aux hôpitaux de Chicago. Steve Ballard, un homme de main de Salazar, a décidé de tenter sa chance et de s’enfuir avec Rosie, une serveuse junkie.

Cette trahison ne fait pas l’affaire des Incorruptibles et de Howe, l’agent des narcotiques infiltré, qui veulent mettre Salazar hors circuit. Howe a poussé justement son ‘patron’ à organiser un gros coup pour pouvoir le cueillir. Howe et Ness recherchent par des voies différentes le traitre tandis que Ballard utilise un chimiste pour ensuite négocier sa prise avec Max, un petit trafiquant placé par Salazar, qui parlera après un tabassage en règle. Salazar sera donc au rendez-vous de Ballard et de ceux qui l’ont trahi ainsi que les Incorruptibles qui ont déjà pris position.

Une bonne interprétation, sans plus, avec des routiniers de la série ; De Santis a une moustache cette fois dans le rôle du gangster Salazar (un nom ridicule typique de la quatrième saison), trahi de tous les cotés, et les autres seconds rôles, interprétés par Hingle et Constantine, sont convenables. C’est Edward Binns/Steve Ballard qui est le plus en vue en gangster impitoyable qui a une facette d’humanité. L’histoire est néanmoins assez statique et bavarde avant le final digne d’un western, assurément le meilleur passage de l’épisode.

o Cet épisode est le sixième de la saison qui avait pour but de servir de pilote à une éventuelle nouvelle série. C’est le personnage de Barney Retsick, agent du gouvernement, interprété par Pat Hingle, qui devait en être le héros.

o Joe De Santis (1909-1989), Victor Salazar, a joué dans cinq épisodes de la série dont deux fois le rôle de Louis Latito, le mafieux à l’ouïe déficiente (Nicky et L’histoire de Nick Moses, deux histoires de la seconde saison). Il a participé aussi à Réseau clandestin, saison 1, et Ligne de tir, saison 4.

o Pat Hingle (1924-2009), Barney Howe, a souvent été vu dans des séries télévisées américaines de 1951 à 2001 ! Il est Mitchell Grandin, l’homme qui attaque Ness en diffamation dans Le procès d’Eliot Ness, saison 3. Parmi ses autres rôles dans les séries, celui remarqué d’un menteur mythomane dans un épisode des Rues de San Francisco, Tissu de mensonges.

o Michael Constantine (1927) a joué dans quatre autres épisodes des Incorruptibles : L’histoire de Nick Moses, Le roi du champagne (saison 2), Un si beau plan (saison 3) et Jeu d’échec (saison 4).

o Le titre fait référence au lieu où Salazar a établi son organisation, ‘a junkyard’.

o La transformation de la morphine en des bonbons à 10% d’héroïne n’a pas dû donner le label tout public à l’épisode…

o Les agents Rossman et Youngfellow ont un temps de présence plus long que d’habitude.

o Ness à Barney après avoir liquidé Salazar: ‘It doesn't make any difference now whether Salazar's with possession or not.’

o Le producteur de la troisième saison, Alan Armer, revint vers le milieu de la quatrième ce qui permit d’avoir un retour aux sources, plus d’action et de violence et moins de pathos. Néanmoins, les scripts étaient parfois si médiocres que cela ne modifia pas grand-chose quant à la qualité de certains épisodes.

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21. L'HOMME À LA CHAMBRE FROIDE
(THE MAN IN THE COOLER)

Pour coincer un gros bonnet du trafic d’alcool, Ness fait relâcher un bootlegger mais ce dernier oublie ses promesses et reprend ses activités criminelles.

Bien que mitraillé sur plusieurs sites américains, L’homme à la chambre froide est un bon épisode qui fait penser au Roi de l’artichaut par l’excentricité du personnage central. Le gros Augie Strom (superbe Peter Whitney), amateur de salami, ne supporte pas la chaleur et il a établi son quartier général dans une chambre froide d’où il convoque et reçoit associés et policiers.

Toujours transpirant, même au frais, Fat Augie est un personnage inoubliable, pas assez exploité dans le script, qui se sert d’une usine de conserves de viande comme couverture ! Les autres seconds rôles sont aussi excellents ; le couple Remp, Al (J.D. Cannon, meilleur que dans sa première participation) et Marcie (excellente Salome Jens comme dans Arsenal). Ness parvint à convaincre Al Remp de l’aider à coincer le gros Augie lors du transfert de ses caisses d’alcool.

La subtilité de l’épisode repose sur Al qui persuade Ness, mais aussi l’audience, qu’il va aider la loi et on maudit alors un peu sa femme, pas mise dans le secret, qui risque de tout faire capoter en rendant visite à la commission des libertés et à Ness pour faire réincarcérer son mari. Finalement, il s’avère que Marcie a vu clair et qu’Al a dupé tout le monde mais l’étau se resserre. Deux scènes surprennent ; Marcie menaçant Ness avec une arme car elle le tient pour responsable et Al qui s’est débarrassé on ne sait comment de Bitsy. Les meilleurs passages sont la scène pré-générique avec Ness dans l’ombre du cachot, l’entrevue Ness/Remp au stand de tir (où l’agent fédéral a gagné un ours en peluche), le face-à-face Ness/Strom dans la chambre froide et le final accompagné de l’explication en voix-off.

o Le personnage de Fat Augie Strom est basé un peu sur le gangster Joe Saltis mais il a aussi beaucoup de ressemblances avec le vilain de Batman, Mr Freeze.

o A partir de cet épisode, la série n’est plus filmée en pur noir et blanc mais en sépia.

o J.D. Cannon (1922-2005) a joué dans de nombreuses séries jusqu’à sa dernière apparition dans un épisode de New York, police judiciaire (1990). Il est Peter Clifford dans 45 épisodes de la série Un shérif à New York où Dennis Weaver reprend le rôle de Clint Eastwood. Il joue dans un autre épisode de cette 4ème saison : Cette bière qui vient du ciel.

o Salome Jens (1935) est Eva Tobek dans Arsenal, saison 3.

o Peter Whitney (1916-1972) est ‘Big’ Bill Swinney dans Pigeon d’argile, saison 2. Il interpréta un grand nombre de salopards des années 40 à 60.

o Eddie Firestone (1920-2007), Bitsy, a joué dans deux autres épisodes de la série : Train spécial, 2ème partie, Tribunal secret, saison 2. Parmi les nombreuses autres séries dans lesquelles il participa, notons trois épisodes des Rues de San Francisco : La légion des épaves, Pas d’insigne pour Benjy et Coup monté.

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22. LE GARÇON BOUCHER
(THE BUTCHER'S BOY)

Un ex-lieutenant et son fidèle sergent rackettent les bouchers de Chicago en échange de leur protection. Un autre truand veut sa part du gâteau et le sergent va monter les deux rivaux l’un contre l’autre afin d’assouvir une vengeance et de prendre le pouvoir.

Une histoire fidèle aux critères de la série avec ses trahisons et un petit truand qui gravit les échelons pour atteindre le sommet mais, tel Icare, il se brûlera les ailes. Le personnage central, le sergent Davey McCain, fait penser à Ballard, également homme de main a priori loyal et dévoué qui trahit son patron. La rivalité Hedden/Ducek est alimentée par McCain mais les menaces de Ducek, qui asperge la viande d’acide (et un employé par accident), ne sont pas sans lendemain car un accord s’ensuit. Trahi par Ducek, qui n’a pas abattu Hedden, pour lequel McCain voue secrètement une haine féroce (‘I want him dead’), le sergent, humilié, s’évertue à brouiller les cartes et élimine ses deux rivaux. Ness et ses hommes sont mis sur la bonne piste grâce au barbier têtu sicilien qui a identifié McCain. A la tête de l’Alliance, le sergent veut alors tout s’approprier ce qui appartenait à son défunt patron-argent, vin, femme - mais la haine conduit Little Davey à sa destruction.

Le retour à la violence est perceptible dans cet épisode ; après tout, avec un titre comme ça, il est normal qu’il y ait de la viande froide ! Coté acteurs, Frank Sutton est impeccable, comme d’habitude, et la scène dans la loge du cabaret, où il partage ses chocolats avec Ness, est splendide : ‘It’s my favourite song’. Il y a d’autres passages mémorables ou simplement intéressants comme le traquenard de la scène pré-générique, l’assassinat de Ducek chez le barbier, la meilleure séquence de l’épisode car très bien tournée –de longues secondes à la place de la victime-, le suspense sur l’identité du macchabée retrouvé par les Incorruptibles suspendu à un croc de boucher dans la chambre froide (on ne voit que l’ombre) et le final lorsque McCain est dans sa quête suprême : une  reconnaissance militaire…posthume. 

o Frank Sutton (1923-1974), Davey McCain, a joué dans trois autres épisodes de la série: Les frères Stryker et Le contrat, saison 3, et Le spéculateur, saison 4.

o John Larkin (1912-1965), Hedden, est le cynique tueur Quist dans Le contrat (également avec Frank Sutton), saison 3.

o Le chef de rang du restaurant, Pierre, est interprété par un acteur français, Jacques Roux (1917) …avec un fort accent français en VO.

o La première scène de l’épisode est un repas de soldats qui fêtent le 13ème anniversaire de l’armistice de la première guerre mondiale, le 11 novembre 1931.

o Pourquoi Ducek a-t-il l’adresse de Hedden dans son manteau ? Cela permet à Gino, le barbier, de retrouver la trace de Hedden mais aussi de McCain à qui il veut demander le remboursement des frais de son salon… ce qui met la puce à l’oreille de Hedden !

o Cet épisode fut diffusé pour la première fois aux USA le 12 mars 1963, date de naissance de l’auteur de ces critiques…

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23. LE TROUBLE-FÊTE
(THE SPOILER)

Un gangster revient au pays et veut récupérer le magot qu’il avait laissé à son départ. Dans sa quête, il doit trimballer avec lui son neveu et échapper à son ancien patron, surveillé par les Incorruptibles.

Une histoire correcte avec quelques moments forts mais l’épisode n’est pas inoubliable même aux critères de la quatrième saison. Johnny Mizo rentre secrètement du Brésil pour ne pas éveiller les soupçons de son ancien patron qu’il a volé, Vince Majesky, mais il est repéré dès son arrivée et un marin est tué à sa place. Le début de l’histoire est intéressant et violent avec le meurtre rapide et inattendu de l’ancienne petite amie dans sa loge (étranglée mais la caméra est fixée sur le miroir). Le script s’enlise ensuite lorsque Mizo se réfugie chez sa belle-sœur et fait la connaissance de son neveu, dont le père, frère de Johnny, fut tué en s’appropriant l’argent volé.

Le temps à l’écran est alors principalement dévoué aux relations truand/neveu (très bon Tim Considine en jeune cynique et irrespectueux envers son truand d’oncle !) mais ça traine en longueur jusqu’au final assez réussi. Quant aux Incorruptibles, ils ont mis sur écoutes Majesky, à la seconde tentative, et attendent patiemment que tout ce beau monde se déplace vers la planque pour récupérer les deux cent mille dollars !

o Claude Akins (1926-1994), Majesky, est apparu dans une centaine de films et plus de 180 séries télévisées en 40 ans, principalement dans des rôles de vilains. Il a joué dans deux autres épisodes de la série ; Tueur sans gages, 1ère partie, saison 1, et Le débarcadère de la mort, saison 3.

o Rip Torn (1931), Johnny Mizo, a joué dans Le chef-d’œuvre, saison 2.

o Al Ruscio (1924), Cole, a joué dans Le roi de l’artichaut, saison 1, et Drogué du risque, saison 3.

o Joe Turkel (1927), Garvin, joue aussi dans Le gang pourpre, saison 2,  L’avocat, Le procès d’Eliot Ness, saison 3, et Œil pour œil, saison 4. Il est connu pour ses rôles dans les films de Kubrik, particulièrement Shining.

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24. UN DERNIER MEURTRE
(ONE LAST KILLING)

Un tueur subalterne voit l’occasion de faire un dernier gros coup avant la fin de la prohibition.

Une histoire tortueuse où des gangsters rivaux se dupent continuellement à un tel point que cela devient incohérent. L’épisode permet de revoir des têtes connues - Stone, Gordon, Seven - mais la trame est usée jusqu’à la corde et comporte des invraisemblances. Dommage car la distribution promettait beaucoup. A la veille de la fin de la prohibition, Flack, le parrain local, est prêt à passer aux narcotiques, à transformer son alcool en pognon pour traiter avec Luciano, et il laisse son tueur, John ‘The Cropper’ Cropsie, se faire la main sur un petit territoire.

Par un pur hasard, Cropsie apprend d’un chimiste l’existence d’une importante réserve d’alcool industriel qu’il va s’employer à dérober avec l’aide de deux truands, les tueurs d’un gangster assassiné qui s’apprêtaient à venger leur patron. Cropsie négocie avec Flack mais Ness découvre que l’alcool a été remplacé par de l’eau et en déduit que Flack est le seul acheteur potentiel. Malgré les tentatives pour brouiller les pistes, Ness aura raison de tous ces gangsters rivaux grâce à une succession de trahisons y compris de la part de Belle Alpine, la femme cupide du truand assassiné. L’histoire est alambiquée et surtout pas toujours plausible (Murray a l’air de se laisser noyer dans le container !). Les meilleures scènes sont l’étrange reconstitution du meurtre au pré-générique, ‘la ballade’ des trois gangsters et le vol de l’alcool maquillé en simple casse.

o Don Gordon (1926), John ‘The Cropper’ Cropsie, a joué dans trois épisodes de la troisième saison : Le tunnel des horreurs, Le bouc émissaire et L’histoire de Ginnie Littlesmith. Il a participé à de nombreuses autres séries (Les mystères de l’Ouest, Les envahisseurs, Mannix, Columbo, Drôles de dames, Les rues de San Francisco) ainsi qu’à des films (Bullitt, Papillon).

o Harold J. Stone (1911-2005), Flack, a joué dans six épisodes de la série. Il est ‘Pops’ Felcher dans Coup pour coup, Tommy Karpeles dans Fille de gangster et Barney Jarreau, manager de boxe, dans Terreur sur le ring, trois épisodes de la seconde saison. Il est le boulanger qui résiste à la mafia dans Forte tête, et Louie Madikoff dit l’Ours, salopard immonde, dans Entre l’amour et la haine, deux épisodes de la troisième saison.

o Jeanne Cooper (1928), Belle Alpine, est la ‘veuve’ Cagle dans Le procès d’Eliot Ness, saison 3. Elle a tourné depuis 1973 …830 épisodes des Feux de l’amour (série en cours !).

o Dan Frazer (1921-2011), Phil Olive, est connu pour être le capitaine Frank McNeil, supérieur de Theo Kojak alias Telly Savalas dans 116 épisodes de la série.

o Johnny Seven (1926-2010), Murray Alpine, a joué dans quatre autres épisodes de la série : Verdict scandaleux, saison 1, Second témoignage et Monsieur Nick Acropolis, saison 2, et Arsenal, saison 3. Il est le lieutenant Carl Reese dans 27 épisodes de L’homme de fer.

o Une scène très improbable : Ness remet à Flack la formule permettant de soustraire le dénaturant de l’alcool industriel afin de le tenter à acheter la marchandise volée par Cropsie et ses complices. Il lui dit qu’il ne veut pas avoir l’empoisonnement de la population de Chicago sur la conscience.

o Ness à Hobson qui s’étonne que l’alcool n’a pas d’odeur : ‘This alcohol is water.’ [Cet alcool est de l’eau.]

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25. LE TUEUR
(THE GIANT KILLER)

Après s’être évadé de prison, un gangster veut savoir qui l’a donné aux Incorruptibles. Ness a quarante-huit heures pour lui fournir le coupable ou une guerre des gangs fera rage.

Une correcte histoire de vengeance ponctuée de nombreuses scènes d’action. Coincé avec de la fausse monnaie à une course de six jours cycliste, Ed ‘Duke’ Monte est envoyé au pénitencier et son gendre, Lou Sultan (toujours les noms ridicules de cette quatrième saison !), prend le pouvoir. Néanmoins, le gangster emprisonné peut compter sur Yanos, son fidèle homme de main, un tueur au physique impressionnant et à l’intelligence limitée. Blessé grièvement lors de l’évasion, Monte charge Yanos de retrouver la balance même si ses soupçons se portent déjà sur son gendre et, pour en avoir le cœur net, il envoie Yanos proposer un marché à Ness.

Mais lorsque Barbara, la femme de Lou et la fille de Monte, confesse à Yanos que son mari est l’indic (en fait, elle se venge des infidélités de Lou), c’est le début d’une guerre des gangs impitoyable. Les deux truands ne crèvent pas l’écran et on retient les interprétations de Peggy Ann Garner et surtout de Karl Lukas, la brute à l’état brut ! Il tue car il ne sait rien faire d’autre mais il est également dévoué et loyal. La scène où il est confronté à un dilemme épouvantable est la meilleure de l’épisode : ayant appris de Ness que la propre fille du truand est la balance (pour protéger son père de son mari !), Yanos ne sait plus s’il doit accomplir les dernières volontés de son patron (‘What am I supposed to do ?’).

o Paul Richards (1924-1974), Lou Sultan, est disparu très tôt d’un cancer. Il tourna dans un autre épisode des Incorruptibles : La ville sans nom de la troisième saison où il est Sebastian, un flambeur chargé de déstabiliser le truand local.

o Peggy Ann Garner (1932-1984), Barbara, a joué dans Elégie. Elle avait également le rôle de la fille d’un gangster renommé.

o Vic Perrin (1916-1989), Parrot Krebs, a joué aussi dans Le signe de Caïn, Tribunal secret, saison 2, et La ville sans nom, saison 3.

o Herman Rudin (1912-2000), l’homme de main, non crédité au générique, a joué de nombreux petits rôles dans la série : Le fauteuil vide, saison 1, Fille de gangster, L’histoire de Nick Moses, saison 2, Un si beau plan, L’histoire de Maggie Storm, saison 3, et Le spéculateur, saison 4.

o Le quartier général de Monte et de Lou est le théâtre Odeon spécialisé dans le burlesque.

o Ness n’a pas le nom de l’indic et il doit le trouver pour empêcher une guerre des gangs. Il se sert du télégramme non signé, qui l’a prévenu, pour remonter à un salon de beauté et à l’identité d’une cliente, Barbara Sultan !

o Monte à Yanos, après avoir caché son état à ses lieutenants : ‘A dying man doesn't get much respect in this business.’[Un homme mourant n’est pas beaucoup respecté dans cette activité.]

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26. LE FILS DE FRANK ARGOS
(THE CHARLIE ARGOS STORY)



A la fin de la prohibition, un gangster de grande envergure, sur le point de mourir, demande à Ness de retrouver son fils, disparu, car il souhaite lui léguer son empire. Contre son gré, l’agent fédéral enquête car les autres membres du gang sont prêts à tout pour toucher les fonds.

Cet épisode propose une histoire peu conventionnelle dont l’idée fut déjà exploitée cette saison dans le médiocre Elégie mais l’ensemble tient la route et bénéficie de surcroit de bons acteurs. Il est certain que cette histoire aurait sûrement été notée un cran en-dessous dans une saison antérieure mais son originalité dans le déroulement et surtout la conclusion en font un épisode convaincant pour cet ultime opus. Ness est convoqué au ‘Château’ par un vieil ennemi, Frank Argos dit 'The King', un parrain local mourant, pour retrouver Charlie, son fils, sept ans à l’époque, qui semble pourtant être mort à la guerre. Privés d’argent liquide, Kellerman et Beale, les deux lieutenants, et Marcy, l’ancienne maitresse du mafieux, se déchirent sur les suites à donner à l’organisation.

Les Incorruptibles sont obligés de mener une enquête lorsqu’ils se rendent compte que Marcy a déniché un Charlie qui pourrait permettre de toucher le pactole de Frank Argos. Alors que Ness et ses hommes tentent de prouver que l’individu est un imposteur, la jeune femme réalise que l’homme ramassé à une soupe populaire pourrait être le véritable fils du gangster. Toute la force de l’épisode repose sur cette ambiguïté qui est levée après la scène de l’entrevue entre Charlie Argos et l’avoué Halstead, autrefois l’amant de la mère, qui a reconnu le fils de son patron.

Néanmoins, la vérité ne tient qu’à un tatouage qui sera interprété différemment par les protagonistes lors de l’excellent dénouement. Pas de fusillade finale (il y en a néanmoins une au début) mais une conclusion heureuse ce qui est rarement le cas dans la série surtout lorsqu’un couple est concerné. Coté acteur, on note l’excellente prestation de Robert Vaughn, (après Les sept mercenaires mais avant d’endosser le costume de Solo) dans le rôle d’un fils de gangster dégouté par la violence, et de Patricia Owens, épouse du King mais femme réfléchie. Les meilleures scènes sont l’unique fusillade lors de l’interception du passeur d’héroïne par les Incorruptibles (on pense même que le gangster est filé par d’autres truands), la première entrevue Ness/Charlie Argos qui jette le trouble, la rencontre révélatrice Halstead/Charlie, le retour fatal pour Kellerman et le superbe final.

o Robert Vaughn (1932), Charlie Argos, sera quelques années plus tard Napoleon Solo dans Des agents très spéciaux (The Man from U.N.C.L.E., 104 épisodes de 1964 à 1968). Il a débuté sa carrière en 1955 et, parmi ses films, notons Les sept mercenaires, Bullitt, La tour infernale. A la télévision, il est apparu dans Sergent Anderson, Columbo (deux fois), Hawaii police d’état, Agence tous risques… Il est aussi Harry Rule dans 32 épisodes de Poigne de fer et séduction (The Protectors) en 1972-74.

o Patricia Owens (1925-2000), Marcy, est connue pour le film de science-fiction, La mouche noire, tourné en 1958. Elle participa surtout à des films de seconde zone. A noter néanmoins l’excellent western Le trésor du pendu (avec Robert Taylor et Richard Widmark).

o Kent Smith (1907-1985), l’avoué Halstead, est Edgar Scoville, un ami de David Vincent, dans 13 épisodes des Envahisseurs.

o Le titre français met curieusement le père, Frank Argos, en relief contrairement au titre original qui met l’accent sur le fils, Charlie.

o Marcy à Ness qui conseille à la jeune femme de regarder si Charlie a un tatouage la prochaine fois qu’il retire sa chemise (un peu équivoque) :’He doesn't take off his shirt around me.’[Il ne retire pas sa chemise devant moi.]

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27. LE CONTREBASSISTE
(THE JAZZ MAN)



Pour remonter une filière du trafic de drogue, Ness se substitue à un musicien.

Un épisode qui fait partie du ventre mou de cette saison, de ceux que la série aurait très bien pu se passer dans cette quatrième fournée trop chargée. Il y a quelques bons moments mais l’histoire en elle-même n’est pas captivante et Ness est ridicule avec un nœud papillon et un chapeau de paille ! L’entame est bonne, jusqu’à la fusillade à l’hôtel Viking, où Peepers, le cynique revendeur de came est, malheureusement, abattu. C’est le personnage le plus convaincant (en seulement deux petites scènes) car même les acteurs ayant déjà participé à la série ne sont pas à la hauteur de leurs prestations passées.

Les Incorruptibles suivent la piste d’Artie Tresh, un contrebassiste et ami de Peepers, qui travaillait au club de Rudin, mais il est rapidement éliminé. Ness décide alors de prendre la place du musicien (qui ne lui ressemble pourtant pas) pour remonter la filière mais Bogan, l’impresario véreux de la Nouvelle-Orléans, est soupçonneux. Avec le renfort de ses hommes, Ness découvre que les contrebasses du luthier sont utilisées pour le transport de la drogue.

A partir du milieu du second acte, et l’apparition de Robert Stack emprunté et affublé tel un épouvantail, l’histoire devient bavarde et comporte des moments peu crédibles. Les meilleurs passages sont les deux scènes avec Peepers (l’entretien dans l’obscurité avec Rudin et la fusillade à l’hôtel) et le solo à la trompette de Mr Temple en mémoire de son ami. 

o L’histoire se passe principalement à New Orleans, la Nouvelle-Orléans.

o C’est la 17ème et dernière apparition du capitaine de police Jim Johnson, interprété par Robert Bice (1914-1968). Il n’est pas toujours au générique. Le personnage prend enfin vie et le fils du policier, arrêté pour consommation de drogue, est interrogé par Ness. ‘It's funny how you can grow old just like that.’[C’est drôle comme on prend un coup de vieux tout d’un coup.]

o Comme dans L’histoire de Whitey Steele (saison 3), Eliot Ness est en couverture.

o Simon Oakland (1915-1983), Russ Bogan, a joué dans deux autres épisodes : Le généreux bienfaiteur et La déchéance, saison 3. Il a débuté comme violoniste et il devint acteur dans les années 40. Il est décédé d’un cancer le lendemain de son 68ème anniversaire.

o Robert Emhardt (1914-1994), Sal Rudin alias Mr Big, a joué dans deux autres épisodes de la série : L’histoire de Larry Fay, saison 2 (où il est un caïd scrupuleux et craintif), et Le bouc émissaire, saison 3.

o Steven Geray (1904-1973), Karl Reising, a joué dans Le gang pourpre et Cognac trois étoiles, saison 2.

o Robert Ellenstein (1923-2010), Peepers, a son nom mal orthographié au générique de fin (‘Robert Ellin’). Il a joué dans les épisodes Le roi de l’artichaut et La loi de la mafia (saison 1), ainsi que dans diverses séries dont cinq épisodes des Mystères de l’Ouest et de Mission Impossible.

o Peepers, mourant: ‘You may have gotten me this time, Ness, but you're still not gonna lock me up.’[Vous m’avez peut-être eu ce coup-ci, Ness, mais vous n’allez toujours pas me boucler.]

o Peepers, le trafiquant aux lunettes de soleil, est traduit par Bel Œil dans la VF ! Plutôt ridicule car ‘peep’ veut littéralement dire ‘mater’ !

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28. L'HOMME DE MAIN
(THE TORPEDO)



Ness et ses Incorruptibles sèment la zizanie dans un pacte de non agression entre deux gangsters. La reprise des hostilités met à jour la vulnérabilité d’un tueur sur le déclin. 

Victor Kurtz et Monk Lyselle font la paix afin de mener leurs petits trafics chacun de leur coté ce qui dérange les Incorruptibles qui passent à l’action. En détournant un convoi d’alcool, Ness ranime la flamme des hostilités chez les deux rivaux puis il les surveille pour ramasser les morceaux. Cette bonne histoire de rivalité entre truands passe néanmoins au second plan tant le personnage de Holly Kester monopolise l’attention.

La guerre entre les deux gangs reprend de plus belle dans une spirale frénétique mais Holly Kester, le bras droit et l’exécuteur de Kurtz, est déstabilisé par la reprise des activités car il pensait couler une retraite paisible auprès de Rita. Sous l’effet de la boisson, Kester n’est plus l’assassin qu’il a été pendant trente ans et Ness compte sur ce maillon faible pour coincer les deux mafieux (c’est sûrement le personnage qui ingurgite le plus d’alcool de la série). L’homme de main, nerveux, fatigué et démotivé, n’a en effet plus les bons réflexes et il est obligé de mentir pour cacher sa responsabilité dans les morts de deux membres du gang. Kurtz doute de sa fidélité et l’exécuteur se confie à Rita, la seule personne en qui il ait encore confiance, dans un monologue prodigieux, qui se termine en larmoiements,  sur la déchéance d’un tueur! Rejeté de toutes parts, il ne lui reste que Ness pour sauver sa peau.

Une histoire intéressante de truands aux thèmes habituels de trahison et de loyauté avec un coté original peu exploité dans la série : l’état psychologique d’un tueur vieillissant et en bout de course, conscient que sa fin est proche. Si on ajoute une distribution convaincante (superbe McGraw) et une réalisation travaillée (la peur de Kester, en gros plan, chez le barbier, la statue au funérarium), cet épisode peut être considéré comme une réussite de cette ultime saison. Les autres scènes intéressantes sont les deux confrontations Kurtz/Lyselle, la poursuite en voitures avec l’attentat sur Kester, l’assassinat de Danzing, l’homme de main de Lyselle, qui tourne mal (le meilleur passage) et le final dans la salle des statues du funérarium de Monk Lyselle. Kester est libre et vivant mais pour combien de temps ?

o Charles McGraw (1914-1980), Holly Kester, a joué dans trois autres épisodes de la série : Le meurtre de Jake Lingle et Portrait d’un voleur, saison 1,  et L’associé, saison 3. Sa mort provient d’une chute à travers la baie vitrée de sa douche.

o John Anderson (1922-1992), Victor Kurtz, a joué dans Neutralité dangereuse, saison 2, et Le remède qui tue, saison 4.

o Gail Kobe (1932), Rita, a joué dans L’antre du crime, saison 1.

o George Keymas (1925-2008), Carl Danzing, est Nick Vascovitch, le tueur vérolé, dans La ville sans nom, saison 3.

o Jason Wingreen (1919), Frank, le chauffeur abattu, a joué dans huit épisodes. Les autres sont Le signe de Caïn, Le chef d’œuvre, L’antidote, Le roi du champagne (tous de la seconde saison), Un si beau plan, saison 3, Chantages et L’histoire d’Eddie O’Gara, saison 4.

o Dans la première séquence, au Vic’s Diner, les deux mafieux et leur lieutenant scellent un accord sur le partage de Chicago entre nord et sud. Victor Kurtz utilise son couteau sur la carte: "Cross that line and you get cut down".

o Kester à Rita, qui pense qu’il est bourré de fric: ‘You just don't walk out on a job like mine. There's no retirement, no gold watches, no farewell dinners.’[On ne part pas d’un boulot comme le mien. Il n’y a pas de retraite, pas de montre en or, pas de diner d’adieu.]

o Contrairement à d’habitude, aucune voix-off avant le générique de fin.

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29. LIGNE DE TIR
(LINE OF FIRE)



Un gangster doit fournir au parrain local les preuves de la culpabilité du rival qu’il a abattu mais il découvre que le véritable assassin est son frère, déséquilibré mental.

Ce drame constitue un excellent épisode à suspense même s’il semble a priori éloigné du concept de la série avec une présence limitée d’Eliot Ness. Une fille de dancing, payée à la danse, est abattue par un tireur d’élite et Marty Pulaski, le propriétaire du cabaret, est persuadé que cet assassinat est l’œuvre de Bogan, son rival. Il se rend chez lui et le tue ce qui n’est pas au goût de Szabo, superbe De Santis, le parrain des deux gangsters. Lorsqu’un second meurtre se produit, Szabo veut la preuve que Bogan était impliqué et Marty Pulaski se retrouve au cœur d’un dilemme dans lequel Herbie, son frère déséquilibré mental, est partie prenante. Il est en effet le tueur schizophrène qui assassine les filles qu’il apprécie plutôt que de les voir se pervertir. Marty va tout faire pour protéger Herbie (superbe séquence d’explication des deux frères sur les toits) et il essaie de se défaire de la pression de Szabo, le gangster aux oiseaux, en lui prouvant le bien-fondé de son action. Pour cela, il sacrifie son homme de main pour lui faire porter le chapeau mais il ne peut néanmoins empêcher l’assassinat de Fran.

L’étau se resserre et Marty est finalement obligé de vendre son frère pour sa vie mais Szabo ne croit plus cet éternel menteur. Un très bon épisode même si l’histoire convient sûrement mieux à une série policière classique vu que l’enquête est principalement menée par le lieutenant de police de la ville de Chicago, Roy Gunther, assisté par Lee et les Incorruptibles alors que Ness est absent la majeure partie du temps. Néanmoins, l’intrigue est excellente et l’interprétation à la hauteur.

La réalisation est également convaincante ; ainsi, l’utilisation des flashbacks, procédé rare à la série, qui rappellent à Herbie sa première victime, est judicieuse. Ed Nelson est le cynique et baratineur Marty Pulaski prêt à tout pour duper le parrain, Szabo alias Joe De Santis dont les participations à la série ne passent jamais inaperçues. Les autres personnages, Herbie, le frère, tueur malade, Fran, la blonde platinée aguicheuse, et même Bogan, malgré la brève scène, sont interprétés avec justesse. Les autres passages intéressants sont la confrontation fatale Marty Pulaski/Bogan, l’enterrement avec l’apparition de Szabo, le sacrifice de Cully et le final tragique.

o Ed Nelson (1928), Marty Pulaski, a joué dans deux autres épisodes : L’histoire de Lily Dallas, saison 2, et La guerre des trafiquants, saison 3.

o Joe De Santis (1909-1989), Szabo, a joué dans cinq épisodes de la série dont deux fois le rôle de Louis Latito, le mafieux à l’ouïe déficiente (Nicky et L’histoire de Nick Moses, deux épisodes de la seconde saison). Il a participé aussi à Réseau clandestin, saison 1, et Le brocanteur, saison 4.

o Richard Bakalyan (1931), Cully, a joué dans cinq autres épisodes, toujours des petits rôles : Guerre des gangs à St Louis, saison 1, Train spécial, 1re partie, L’histoire de Nick Moses, saison 2, L’arbre de la mort, saison 3, et Jazz et mitraillettes, saison 4.

o Theodore Marcuse (1920-1967), Vince Bogan, a joué dans quatre autres épisodes de la série : Gangsters d’acier (avec Harry Guardino), saison 1, La ville sans nom et L’arbre de la mort (avec Charles Bronson), saison 3,  et Oiseaux maléfiques, saison 4. Une courte apparition mais son visage vous est peut-être familier ? Normal, il apparaît la boule à zéro dans les autres épisodes! Il a joué dans d’autres séries dont Les mystères de l’Ouest. Il est décédé d’un accident de la circulation.

o Grace Lee Whitney (1930), Fran, est Penny dans On a tué le Père-Noël, premier épisode de la saison.

o Szabo à Marty: ‘You’re a good talker, Marty, maybe too good.’

o L’inscription de la boite Danceland : "30 girls, open until 2 a.m." Une danse avec une fille coûte dix cents (a dime)….c’était le temps de la Grande Dépression.

o Robert Stack n’a pas qu’une minute et demie de temps de présence à l’écran comme écrit dans les critiques US. Certes, cet épisode est le dernier à avoir été filmé et la présence de Robert Stack est limitée. D’ailleurs, au début de  l’épisode, Ness se rend à New York pour témoigner devant le Grand Jury et il est absent une semaine. Il revient au début du quatrième acte et, en tout et pour tout, Robert Stack apparaît dans quatre scènes dont le final et son temps à l’écran est légèrement supérieur à trois minutes.

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30. L'HOMME AUX GRENADES
(A TASTE FOR PINEAPPLE)



Un tueur sadique, spécialiste dans le maniement des grenades, est engagé pour liquider Ness. A la suite de la tentative d’assassinat, l’agent fédéral perd la vue.

Ce dernier épisode de la série est particulier et a de bons moments mais il est très mal placé et aurait dû être diffusé en milieu de saison respectant ainsi l’ordre de production. Les grands mafieux quittent Chicago, comme les rats un navire, et cela présage que quelqu’un d’important va tomber dans la ville. Un ‘vétéran’ de la première guerre mondiale, qui s’est transformé en tueur psychopathe, est engagé pour abattre Ness. L’interprétation de Jeremy Slate, meurtrier sadique à la pipe, fait de Elroy Dahlgren un des plus grands salopards des Untouchables, tandis que Ness est vulnérable comme jamais auparavant dans la série. Aveugle suite à une attaque à la grenade (excellente scène), l’agent fédéral se retrouve diminué et à la merci du tueur.

Un épisode finalement moyen car les autres seconds rôles ne sont pas à la hauteur et il y a de nombreuses scènes ennuyeuses comme le blabla stérile des Fédéraux en l’absence de leur chef (Youngfellow en dit sûrement plus ici que dans tout le reste de la saison !), les interminables examens médicaux et discours du médecin sur l’état de santé de Ness et le tueur dissertant sur la chasse à la caille.

Le final est mitigé, on se demande comment Ness reste si longtemps seul, le moment de retrouver la vue lors du combat au couteau dans la boue avec le tueur. Fort heureusement, la dernière scène est une fusillade dans une brasserie, respectant ainsi l’image de cette excellente série lors de son 118ème et ultime épisode.

o Pineapple signifie ananas et le titre VO se réfère à la forme de la grenade.

o L’épisode fut tourné vers le milieu de saison mais il fut le dernier diffusé le 21 mai 1963.

o Ness au tueur: ‘The man who says he's never been afraid is either a lunatic or a liar. (pauses) I don't think you're a liar.’ [L’homme, qui dit qu’il n’a jamais eu peur, est soit un fou, soit un menteur. Je ne pense pas que vous soyez un menteur.]

o Jeremy Slate (1926-2006) a joué dans l’excellent, mais violent, épisode, La dame aux oiseaux, saison 1. Il servit dans la marine et participa au débarquement du 6 juin 44.

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Crédits photo : Paramount Home Entertainment.

Images capturées par Denis Chauvet.