saison 1 saison 3

La Quatrième Dimension(1959-1964)

Saison 5

Présentation de la saison 5

1. Amour paternel (In Praise of Pip)

2. Sam Kelly (Steel)

3. Cauchemar à 20000 pieds (Nightmare at 20,000 Feet)

4. Une curieuse montre (A Kind of a Stopwatch)

5. La Dernière nuit d'un jockey (The Last Night of a Jockey)

6. La Poupée vivante (Living Doll)

7. Le Vieil homme dans la caverne (The Old Man in the Cave)

8. Oncle Simon (Uncle Simon)

9. Sonde 7 - Fort et clair (Probe 7 - Over and Out)

10. Les Fantômes du septième de cavalerie

(The 7th is Made Up of Phantoms)

11. La Fontaine de jouvence (A Short Drink from a Certain Fountain)

12. Le rythme du Temps (Ninety Years Without Slumbering)

13. Retour en force (Ring-a-Ding Girl)

14. Prends le volant (You Drive)

15. Un lointain lendemain (The Long Morrow)

16. Le Recyclage de Salvadore Ross (The Self-Improvement of Salvadore Ross)

17. Portrait d'une jeune fille amoureuse (Number Twelve Looks Just Like You)

18. Les Blousons noirs (Black Leather Jackets)

19. Appel nocturne (Night Call)

20. Très affectueusement, Agnès (From Agnes - With Love)

21. L'Espace d'un moment (Spur of the Moment)

22. La Rivière du hibou (An Occurrence at Owl Creek Bridge)

23. La Reine du Nil (Queen of the Nile)

24. Qu'est-ce qu'il y a à la télé ? (What's in the Box?)

25. Les Masques (The Masks)

26. Un matin noir (I Am the Night - Color Me Black)

27. Chut ! (Sounds and Silences)

28. César et moi (Caesar and Me)

29. La Chambre de la mort (The Jeopardy Room)

30. Étape dans une petite ville (Stopover in a Quiet Town)

31. La Rencontre (The Encounter)

32. La Résurrection (Mr. Garrity and the Graves)

33. Automatisation (The Brain Center at Whipple's)

34. L'Homme à la guitare (Come Wander with Me)

35. Qui a peur de qui ? (The Fear)

36. La Piscine ensorcelée (The Bewitchin' Pool)

Top 5 de la saison 5


PRÉSENTATION DE LA SAISON 5

Cette ultime saison souffre d'un certain relâchement de l'inspiration chez Serling, qui peine à se renouveler après tant d'épisodes écrits quasi consécutivement. Toujours plus gravement malade, Charles Beaumont a dû par ailleurs se retirer, même s'il demeure crédité grâce à deux auteurs se prêtant au jeu : Jerry Sohl et John Tomerlin. L'anthologie renoue cependant avec son format court coutumier et les apparitions de Serling au sein des décors, tandis qu'elle produit encore plusieurs épisodes remarquables.

Toutefois, elle ne retrouve pas l'innovation et la profondeur des premières saisons, tandis que ses meilleurs réalisateurs sont partis. Préférant jouer la carte de la nouveauté et craignant l'usure de la formule, CBS décide au début de 1964 de ne pas renouveler la série, à la vive irritation de Serling.

Il est vrai que les audiences demeurent correctes, même si elles connaissent une décrue. Elles continuent en tout cas à se situer suffisamment haut pour intéresser la concurrente ABC qui propose à Serling de diriger une nouvelle anthologie fantastique, quoique plus axée sur les thèmes traditionnels (Witches, Warlocks and Werewolves). Mais Serling a son propre projet, dans la continuité directe de La Quatrième Dimension (Rod Serling's Wax Museum), et les deux parties ne parviennent pas à s'accorder.

Ainsi prend fin l'aventure de ce premier segment de The Twilight Zone, qui compte encore un demi-siècle plus tard parmi les références absolues du genre. Une première renaissance va s'opérer en 1983 à l'occasion de l'adaptation au cinéma de quatre célèbres épisodes.

Retour à l'index


1. AMOUR PATERNEL
(IN PRAISE OF PIP)



Date de diffusion : 27 septembre 1963
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Joseph M. Newman

Résumé :

Un bookmaker douteux s'inquiète beaucoup pour son fils engagé au Vietnam. Un jour, il apprend que celui-ci est grièvement blessé, voire mourant. Après avoir affronté son employeur pour sauver un autre jeune, il supplie qu'il lui soit permis d'échanger sa vie contre celle de son fils...

Critique :

La dernière saison de The Twilight Zone débute la veille même de la seconde des aventures de John Steed et Cathy Gale. À cette occasion, on retrouve avec plaisir ce format court ayant tant contribué au succès de l'anthologie, de même que les présentations d'un Rod Serling échappé de son décor gris pour enfin retrouver celui de l'épisode. Malheureusement, les réjouissances tournent court car la nouvelle période débute par un opus tout à fait mineur. La fibre pacifiste bien connue de Serling s'exprime de nouveau, et pour la première fois - signe des temps - à propos du Vietnam, mais donne ici seulement lieu à un récit minimaliste et démonstratif au possible. Son étonnante naïveté et ses effets faciles n'ont d'égal que la prévisibilité absolue de la chute.

Amour paternel n'échappe à la vacuité que par le jeu du toujours formidable Jack Klugman, qui apporte une nouvelle fois une vibrante humanité à son personnage. On regrette cependant de découvrir le jeune Bill Mumy en un enfant lénifiant au possible, lui qui incarna le monstre inoubliable de C'est une belle vie. Newman parvient par ailleurs à réaliser des plans joliment suggestifs, à la fête foraine ou dans le labyrinthe des miroirs, des lieux bien balisés mais produisant toujours leur effet. Il n'en demeure pas moins évident que son récit mélodramatique, au premier degré absolu, fait de cet épisode sirupeux une entame médiocre, voire inquiétante, pour cette cinquième saison. Le parc d'attractions est Pacific Ocean Park, où fut également tourné le final du Fugitif.

Acteurs :

Jack Klugman (1922-2012) débuta à Broadway avant de participer à de nombreux classiques du cinéma (Douze hommes en colère, 1957 ; Le jour du vin et des roses ; 1962, Goodbye, Columbus, 1969...). Il reste néanmoins surtout connu pour ses rôles récurrents à la télévision : The Odd Couple, 1970-1975 et Quincy, 1976-1983... Klugman joue également dans de nombreuses autres séries : Les Incorruptibles, Le Virginien, Le Fugitif... Il apparaît dans quatre épisodes : Un coup de trompette, Le joueur de billard, Le vaisseau de la Mort, et Amour paternel.

Retour à l'index


2. SAM KELLY
(STEEL)

Date de diffusion : 4 octobre 1963
Auteur : Richard Matheson, d'après une de ses nouvelles (1956)
Réalisateur : Don Weis

Résumé :

Dans un futur proche, les combats de boxe sont seulement autorisés entre robots. Sam Kelly, un ancien boxeur, s'est reconverti et est devenu propriétaire d'une machine mais les affaires vont mal. A court d'argent, et son modèle, usé et périmé, étant tombé en panne avant un affrontement crucial, il décide de s'y substituer en secret...

Critique :

Matheson développe ici une histoire différente de ses coutumières fables étranges, à la chute renversante. Son propos pourrait sembler assez classique autour du thème ultra balisé des robots, il n'en est rien. En effet, assisté par l'éblouissante prestation de Lee Marvin, Matheson a l'intelligence de s'intéresser avant tout à l'humain ; la machine, contrairement à de nombreux récits de l'époque, ne composant ici qu'un prétexte. Le récit, particulièrement riche, développe un éloge du courage et de la volonté, illustrant avec sensibilité mais sans pleurnicherie qu'il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, éventuellement jusqu'à la déraison.

On y distingue une description également admirablement ambivalente et acérée du Noble Art, entre héroïsme des combattants, dureté des affrontements, et férocité du public. Derrière la parabole des robots obsolètes, Matheson évoque le destin des boxeurs (mais aussi de tous les métiers) évacués sans ménagement après une fugitive heure de gloire pour laisser la place à la nouveauté. Un saisissant portrait, quoique déjà traité dans Le Vœu magique. L'anthologie aurait d'ailleurs bien de mal à innover, alors que l'on a dépassé les 120 épisodes !

L'interprétation saisissante de conviction de Marvin (ancien boxeur lui-même) trouve un écho dans l'excellence des seconds rôles (notamment Joe Mantell). La pertinente mise en scène du vétéran Don Weis, aidé par de superbes et emblématiques morceaux de jazz, sait développer une suggestive ambiance de film noir, convenant idéalement à Marvin. La réalisation du combat se montre également finement maîtrisée. On s'amuse de voir l'année 1974 décrite comme le futur, avec d'ailleurs un environnement urbain tout à fait semblable à celui du début des années 60.

Mais l'essentiel de l'épisode ne se situe pas à ce niveau. L'androïde apparaît saisissant d'humanité, mais c'est le grimage du héros en robot qui rend absolument troublante la convergence du mécanique et du vivant. Conte sensible et profond, à la conclusion certes prévisible, Steel démontre que cette proximité des deux règnes suscite de fécondes situations, bien davantage subtiles que les souvent surcotés Cybernautes des Avengers, limités à un chapeau sur un visage humanoïde et à la castagne.

Cet épisode si actuel, le préféré de Matheson parmi ceux qu'il écrivit, fit l'objet en octobre 2011 d'une adaptation au cinéma sous le titre Real Steel, avec Hugh Jackman et Evangeline Lilly. Un budget de 80 millions de dollars y fut consacré, pour un résultat peu exaltant ; l'on se situa également loin de la poésie simple et éloquente, dépourvue d'effets spéciaux, de La Quatrième Dimension.

Acteurs :

Lors du tournage de l'épisode, Lee Marvin (1924-1987) est déjà une figure familière du cinéma américain, aux multiples seconds rôles dans des Westerns ou des films noirs ou de guerre. Par la suite, il devient une star à part entière, remportant l'Oscar en 1965 pour Cal Ballou et accédant à la célébrité grâce aux Douze Salopards (1966). Il tourne par la suite dans Le point de non retour, La kermesse de l'Ouest, Canicule… Actif politiquement, Marvin prend position contre la guerre du Vietnam et pour les droits des homosexuels, tout en soutenant activement la candidature de Kennedy en 1960.

Joe Mantell (1915-2010) est un habitué des polars au cinéma (Storm Center 1956, Chinatown 1974...). Au petit écran, il apparaît dans Le Virginien, Mission : Impossible, Mannix (personnage semi récurrent d'Albie Luce), Lou Grant, L'Amour du risque… Il participe également à l'épisode L'Homme et son Double.

Retour à l'index


3. CAUCHEMAR À 20 000 PIEDS
(NIGHTMARE AT 20 000 FEET)

Date de diffusion : 11 octobre 1963
Auteur : Richard Matheson, d'après une de ses nouvelles (1961)
Réalisateur : Richard Donner

Résumé :

Bob Wilson prend un avion en compagnie de son épouse. Il est très nerveux, venant d'être hospitalisé six mois à la suite d'une grave dépression survenue après une crise d'angoisse en plein ciel. Alors que le vol de nuit se déroule paisiblement, Bob aperçoit une créature humanoïde marcher sur l'une des ailes de l'appareil, visiblement animée d'intentions hostiles. Il va devoir convaincre un équipage incrédule que le cauchemar a déjà commencé...

Critique :

Après l'émouvante fable de Steel, Richard Matheson en revient ici à ses fondamentaux. Cet épisode brillantissime le voit renouer avec une efficacité toujours aussi incomparable avec ces basculements étranges de la réalité, conclus par une chute fracassante. Le récit retrouve également avec bonheur un véritable fil rouge au sein de l'anthologie que constitue l'aviation, encore considérée par les auteurs en ces années où le tourisme aérien de masse débute à peine comme un territoire mystérieux où l'humanité demeure étrangère. L'intrigue, agencée en une impitoyable horlogerie, restitue avec une rare conviction la progressive plongée dans l'horreur expérimentée par le protagoniste, dont la rationalité cède par morceaux entiers alors même qu'il demeure potentiellement le plus lucide des passagers. L'habile introduction de sa précédente hospitalisation psychiatrique introduit un précieux élément de doute quant à la réalité de l'apparition du monstre, jusqu'à ce que la conclusion apporte une retentissante réponse à cette interrogation sous-tendant l'ensemble de l'histoire.

La mise en scène très dynamique de l'encore novice Richard Donner (La Malédiction, Superman, L'Arme Fatale, etc.) tire le meilleur du huis clos représenté par l'avion, où l'enfermement et l'impuissance portent au paroxysme l'angoisse du héros, jusqu'à devenir effectivement un pur cauchemar claustrophobique. Le tournage se déroula grâce à une cabine suspendue par des câbles, ce qui donne une grande véracité à l'ensemble. Le vol introduit également une de ces vignettes 60's que l'on apprécie régulièrement tout au long de La Quatrième Dimension. La présence de William Shatner ajoute encore un lustre particulier à Cauchemar à 20 000 pieds, d'autant que le grand acteur manifeste le même talent que lors de Les Prédictions, sa précédente participation déjà avec Matheson. Il se montre absolument époustouflant, avec cette vitalité qu'on lui connaît par ailleurs. Voir l'héroïque Capitaine paniquer devant une vulgaire créature humanoïde ajoute bien entendu un plaisant second degré pour les amateurs de La Patrouille du Cosmos !

Évidemment on pourra toujours tiquer sur l'aspect bon marché, voire vaguement ridicule, du monstre. Cet élément se voit d'ailleurs souligné par le Shat lui même dans ses captivantes mémoires où il évoque le chronique manque de moyens de la production. Matheson lui aussi regrettera ce manque d'impact du mystérieux assaillant, l'assimilant à un ours en peluche ! Mais cet inconvénient demeure secondaire, l'épisode ayant l'habileté de jouer bien davantage sur les émotions du héros, faisant percevoir l'action par ses yeux, que sur l'aspect directement terrifiant de l'entité.

Cauchemar à 20 000 pieds constitue l'un des épisodes les plus cultes de The Twilight Zone, particulièrement célébré par les amateurs et très souvent présent dans diverses sélections périodiquement diffusées aux États-Unis. Il compte d'ailleurs parmi les opus repris dans le film de 1983 et fait l'objet de nombreux clins d'oeil dans la pop culture (Simpsons, Muppets, SNL, etc.). Dans la grande tradition de Drake/N°6, les fans s'amusent d'ailleurs à se demander si le Bob Wilson ne serait pas en fait le héros des Prédictions et notamment si les présages de ce précédent épisode n'annoncent pas en fait les évènements de celui-ci !

Acteurs :

William Shatner (1931) reste bien entendu l'inoubliable Capitaine Kirk de Star Trek Classic (1966-1969, et 7 films), un univers pour lequel il écrivit également plusieurs romans et ouvrages. Mais la carrière de ce flamboyant extraverti, souvent surnommé « Bill » ou « The Shat » par ses nombreux fans, ne se limita pas à l'USS Enterprise. Outre qu'il s'essaya à la chanson comme à bien d'autres activités (dont les romans de Science-fiction à succès Tekwar), il tint également une place centrale dans Hooker (1982-1986) et dans Boston Legal (2004-2008). Il joue également dans The outer limits, Des agents très spéciaux, Mission : Impossible, Kung-fu, Columbo, The Practice… et dans un autre épisode de l'anthologie, Les prédictions. Shatner, très présent sur Internet, a également fait paraître son autobiographie en 2008, Up till now.

Retour à l'index


4. UNE CURIEUSE MONTRE
(A KIND OF A STOPWATCH)

Date de diffusion : 18 octobre 1963
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : John Rich

Résumé :

McNulty est un bavard impénitent, épuisant régulièrement la patience de ses proches. Un jour, il reçoit en cadeau un chronomètre ayant la faculté de figer le temps, hormis pour son porteur. McNulty s'en amuse, puis décide de cambrioler une banque…

Critique :

L'excellente idée de cette étrange montre et la verve comique de Richard Erdman rendent l'épisode très divertissant. L'humour reste certes bon enfant, avec des postures tout à fait comparables avec ce que l'on retrouvera dans le prochain Bewitched, voire dans Charmed avec  le pouvoir de stase temporelle de Piper Halliwell. Le portrait de l'imbécilité foncière du protagoniste vaut aussi le coup d'œil ! Ce genre de fantaisie amuse toujours, pourvu que la mise en scène et l'interprétation se révèlent à la hauteur, ce qui s'avère pour le moins exact dans A kind of a stopwatch.

La brièveté retrouvée du récit permet également d'éviter toute lassante répétitivité des situations tout en profitant d'intéressantes images documentaires sur l'American way of life des années 60. John Rich tire le meilleur des moyens limités de l'anthologie et l'on pardonne bien volontiers quelques inévitables mouvements chez les individus supposément paralysés.

A kind of a stopwatch souffre cependant d'un trop classicisme, non exempt de prévisibilité. Ce type d'histoire où un antihéros reçoit un don à double tranchant avant de l'utiliser judicieusement ou non a déjà été vu maintes et maintes fois au cours de l'anthologie. L'on ressent trop vivement une impression de déjà vu tant le déroulement de l'action ne s'extraie jamais de ce schéma si balisé.

De ce point de vue, l'écriture manque d'ambition. Pour reprendre l'analogie avec Bewitched, on retrouve une situation quasi identique à Un sou pour vos pensées où un évènement miraculeux rend le personnage de Dick York télépathe. L'on renoue également avec un ton quelque peu moraliste où l'emploi altruiste ou égoïste du cadeau du Destin reçoit récompense ou châtiment. Par sa cruauté rompant totalement avec la comédie, la proverbiale chute se montre ainsi brillante, mais néanmoins trop prévisible. L'épisode aurait été délectable en première saison, mais souffre de l'usure de la série.

Son indéniable efficacité lui assure néanmoins une vraie popularité, et outre un amusant pastiche chez Les Simpson, il sera repris en 1985 dans La Cinquième Dimension : une mère de famille tente alors désespérément de sauver les siens d'une attaque de missiles nucléaires en figeant définitivement le temps (Une petite paix bien tranquille). Il fera également l'objet d'une version radiodiffusée en 2002 avec Lou Diamond Phillips.

Acteurs :

Richard Erdman (1925) est un comédien souvent dédié aux rôles comiques, apparu régulièrement au cinéma et à la télévision, ainsi que dans de nombreuses émissions de variétés. Sa longue et active carrière, débutée dans les années 40, se poursuit encore aujourd'hui puisqu'il participe à la série Continuity (2010-2011).

Retour à l'index


5. LA DERNIÈRE NUIT D'UN JOCKEY
(THE LAST NIGHT OF A JOCKEY)

Date de diffusion : 25 octobre 1963
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Joseph M. Newman

Résumé :

Grady, jockey douteux s'étant livré au dopage de chevaux, est suspendu à vie. Désespéré, il entend alors une voix se présentant comme sa conscience. Celle-ci lui offre un voeu afin qu'il s'octroie une seconde chance. Complexé par sa taille, Grady demande alors à devenir plus grand...

Critique :

Lors du tournage de l'épisode, Mickey Rooney se situe au faîte de sa popularité, et l'anthologie souligne la participation de la star en lui dédiant entièrement le récit. La Dernière nuit d'un jockey restera en effet comme l'un des deux seuls épisodes de La Quatrième Dimension à n'accueillir qu'un unique acteur (l'autre étant The Invaders, avec Agnès Moorehead).

Le one-man-show de Rooney s'avère d'ailleurs totalement convaincant, le talent du comédien exprimant superbement le drame humain vécu par Grady. L'émotion nous étreint véritablement, nonobstant la personnalité peu reluisante de l'individu. Mais il s'agit malheureusement du seul véritable atout de l'épisode car celui-ci demeure avant tout un exemple frappant de l'épuisement narratif de la série. En effet, Serling se contente de recycler trait pour trait la situation déjà développée dans Nervous man in a four dollar room en substituant simplement un jockey douteux à la petite frappe.

On dénote de plus une substantielle perte de subtilité, le portait psychologique du protagoniste et ses dialogues avec son alter ego ressortant moins subtils et non exempts de clichés. Tout ce développement autour de la taille paraît assez simpliste et tiré à la ligne, débouchant sur une conclusion qu'il a rendu tout à fait prévisible.

Cette déperdition se retrouve également dans la mise en scène, moins imaginative que précédemment et n'animant que bien partiellement le huis clos. Même les images du faux Grady apparaissant dans le miroir ressortent moins abouties et spectaculaires que dans Nervous man in a four dollar room. On frémit en songeant à ce que cet épisode très verbeux aurait pu donner avec le format long de la saison quatre !

Acteurs :

Mickey Rooney  (1920-2014) est un très populaire acteur, réputé pour la longévité de sa carrière. Celle-ci fut lancée dans les années 30, notamment en association avec Judy Garland. En 2009, il participe encore à Une nuit au musée, succédant à un nombre particulièrement imposant de films très divers. Il rivalise également avec Liz Taylor, puisqu'il défraya la chronique avec un total de 8 mariages. En 1983, il reçut un Oscar pour l'ensemble de sa carrière.

Retour à l'index


6. LA POUPÉE VIVANTE
(LIVING DOLL)

Date de diffusion : 1 novembre 1963
Auteur : Jerry Sohl, crédité à Charles Beaumont
Réalisateur : Richard C. Sarafian

Résumé :

Erich Streator a épousé une femme ayant une petite fille issue d'un précédant mariage. Il n'aime pas l'enfant et prend un malin plaisir à critiquer l'achat d'une superbe poupée parlante, Talking Tina, sous prétexte d'argent. Streator a cependant la surprise de constater que non seulement Tina est vivante, mais aussi qu'elle non plus ne l'apprécie pas…

Critique :

Après plusieurs épisodes ressassant des thèmes déjà maintes fois développés au cours de l'anthologie, Living Doll apporte une nouveauté bienvenue. Certes, The Dummy mettait en scène une marionnette vivante, mais au lieu de se baser sur le thème du double, la présente histoire décrit une saisissante opposition entre l'enfance et l'âge adulte. L'opposition entre Streator et la poupée échappe au manichéisme car l'homme se montre volontiers dominateur et violent (au moins psychologiquement) envers sa famille.

Avant même l'irruption du Fantastique, le récit apparaît comme la chronique d'une souffrance morale subie par une épouse et sa fille, et se montre remarquable de cruauté jusqu'à en devenir particulièrement dérangeant. Dans cette optique, la survenue du jouet démoniaque ressort comme une expression inconsciente du mal-être de l'enfant, tout comme une justice immanente. Cet impact psychologique s'harmonise parfaitement avec une horreur véritable, celle se manifestant d'autant plus fort qu'elle naît au sein d'une famille américaine tout à fait ordinaire, avec une grande économie d'effets spéciaux.

L'on ne se situe définitivement pas dans le gore jubilatoire d'un Chucky mais bien dans un affrontement essentiellement psychologique, jusqu'à l'image choc de la conclusion. Sohl rend un bel hommage à Charles Beaumont, dont il a parfaitement intégré la démarche de modernisation d'archétypes rendus plus subtils que par le passé. Cette histoire à la captivante tension dramatique se voit également idéalement servie par la mise en scène au parfait tempo de Richard C. Sarafian, celui-ci sachant admirablement minuter ses effets pour exprimer l'angoisse de plus en plus insoutenable dans laquelle s'abîme progressivement le protagoniste.

Quelques plans magnifiquement suggestifs manifestent que décidément, l'anthologie a souvent su tirer le meilleur parti de son manque de moyens. La si suggestive musique de Bernard Herrmann apporte immensément à l'atmosphère. L'interprétation se montre également admirable, dont un grandiose Telly Savalas retrouvant avec bonheur les personnages tourmentés et maudits qu'il interprétait alors fréquemment au cinéma, avant le grand succès de Kojak.

Living Doll, épisode particulièrement sombre et dense, demeure l'un des joyaux du crépuscule de l'anthologie, prouvant que celle-ci pouvait encore recéler d'authentiques chefs-d'œuvre. Il en demeure un opus emblématique, repris dans de nombreux éléments de la pop culture. Grands fans de la Quatrième Dimension, Les Simpson en effectueront un nouveau pastiche (Treehouse of Horror III) où Homer tente de détruire une poupée de Krusty le Clown obsédant Bart.

A noter que pour la voix de Talky Tina, Rod Serling eut recours au service de June Foray, célèbre comédienne de voix assurant notamment celle de Chatty Cathy, la révolutionnaire poupée parlante, vedette des produits Mattel durant les années 60. Les spectateurs de l'époque n'en furent que davantage troublés ! Un remake fut réalisé pour la Treizième Dimension tandis que l'épisode des X-Files : La Poupée s'en inspire largement.

Acteurs :

Telly Savalas (1922-1994) reste bien entendu célèbre pour les rôles du lieutenant Théo Kojak et de Blofeld dans Au service secret de sa Majesté ; la même année (1969), il retrouve Diana Rigg dans The Assassination Bureau. Il tint également divers rôles marquants au cinéma, notamment dans des rôles de sadiques avant Kojak (Le Prisonnier d'Alcatraz, Les Douze Salopards...). À la télévision, il participe à Bonanza, Le Fugitif, Les Incorruptibles, Love Boat... Il est également le parrain de Jennifer Aniston, ayant été un proche de son père, le comédien John Aniston ; ce dernier avait également des origines grecques, pays auquel Telly Savalas, fils d'émigrants, demeura toujours très attaché.

Mary La Roche (1920-1999) connut une belle carrière de chanteuse, notamment dans les revues de Broadway. Elle accomplit quelques apparitions au cinéma (The Swinger, 1966...) et joua dans plusieurs séries des années 60 et 70 (Perry Mason, Alfred Hitchcock présente, Karen, Les rues de San Francisco…). Elle participe également à l'épisode Un monde à soi.

Retour à l'index


7. LE VIEIL HOMME DANS LA CAVERNE
(THE OLD MAN IN THE CAVE)

Date de diffusion : 8 novembre 1963
Auteur : Rod Serling, d'après une nouvelle d'Henry Slesar
Réalisateur : Richard C. Sarafian

Résumé :

Dix ans après l'apocalypse nucléaire, un village ne survit que grâce aux conseils avisés de Goldsmith, que ce dernier affirme recevoir d'un vieux sage reclus dans une grotte. L'ermite déconseille aux affamés de manger des boites de conserve qu'il juge contaminées lorsque survient un groupe de militaires. Ceux-ci prennent le pouvoir, autorisent la consommation de cette nourriture, puis décident de percer le secret de l'oracle…

Critique :

La mise en scène souffre de la grande modestie des moyens employés, occasionnant en particulier un embarrassant manque de crédibilité de cet univers post-apocalyptique. Si tout est à ce point contaminé par la radioactivité, comment se pourrait-il qu'aucune trace n'en soit observable dans l'environnement naturel, plus de dix ans après la Bombe ? Les plantations sont difformes mais la végétation demeure normale par ailleurs.

Le décor est également à l'évidence destiné à une production classique, où la catastrophe se voit hâtivement reconstituée par quelques carcasses de voitures et des débris divers. Mais l'anthologie retrouve ici une vision commune de son temps où les conséquences réelles d'un bombardement nucléaire ne sont pas encore analysées en profondeur.

Cependant, cet inconvénient demeure mineur car après des épisodes comme Deux ou L'Abri, La Quatrième Dimension exploite maintenant ce sujet comme une fable sur la nature humaine. La conclusion, absolument brusque et glaciale, assure le succès de l'épisode par sa subtile st sombre ambivalence. Serling refuse le thème trop évident de l'oppression scientifique et va jusqu'à s'interroger sur la pertinence du libre-arbitre de l'Humanité, lors d'un récit à la  concision redoutablement efficace.

L'avidité et l'égoïsme menacent continuellement l'intellect, et poussent sans cesse l'homme à commettre les pires erreurs, avec une régularité désespérante. La liberté et le savoir sont précieux, mais peuvent-ils en définitive apporter autre chose que le malheur ? Cette parabole passablement désespérée, qui rejoint celle de l'Arbre de la Connaissance, se révèle réellement troublante. Elle bénéficie également des solides compositions de James Coburn et John Anderson, tout à fait dans leurs emplois.

Acteurs :

John Anderson (1922-1992) fut un prolifique acteur de séries de Western, apparaissant dans la plupart des productions du genre. Il réalisa quelques apparitions dans d'autres domaines (Hawaii police d'État, Aux frontières du réel, Star Trek…), et incarna le grand-père de MacGyver (1985-1992). Il apparaît dans trois autres épisodes : Coup de trompetteL'odyssée du Vol 33, et Je me souviens de Cliffordville.

James Coburn (1928-2002) fut une figure populaire du cinéma américain, où il se spécialisa dans les rôles de durs à cuire : cowboys, policiers, militaires… Il participe à Les Sept mercenaires (1960), La grande évasion (1963), Il était une fois la révolution (1971), La chevauchée sauvage (1975), Maverick (1994)… En 1998, il reçoit l'Oscar pour Affliction.

Retour à l'index


8. ONCLE SIMON
(UNCLE SIMON)

Date de diffusion : 15 novembre 1963
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Don Siegel

Résumé :

Un vieil inventeur tyrannise sa nièce Barbara, qui ne s'occupe de lui que pour récolter son héritage. Quand son oncle chute dans un escalier, elle décide de le laisser mourir. Mais le testament prévoit qu'elle ne touchera son legs que si elle s'occupe de la dernière invention du vieillard, un robot dont l'identité est encore en cours d'élaboration…

Critique :

La grande attraction de l'épisode demeure la participation de Robby le Robot (ou du moins de sa majeure partie), figure culte de la Science-fiction issue du film majeur Forbidden Planet, dont l'anthologie récupéra tant d'éléments de décor et qui exerça une influence profonde sur les séries Sixties du genre. Le retrouver au sein d'un environnement relevant non plus du Space Opera mais d'un domicile américain cossu apporte une étrangeté bienvenue, mais l'épisode se résume à bien peu de choses par ailleurs. On y découvre en effet qu'un mélodrame passablement théâtral et outré, d'un intérêt et d'une crédibilité limités, avec un jeu très accentué de la part des comédiens.

On devine la conspiration, transparente au possible, dès que l'on aperçoit le robot à la personnalité en devenir, tout ceci demeurant passablement cousu de fil blanc. La conclusion n'apporte rien hormis un ultime trait à la ligne, d'autant qu'avoir rendu Barbara aussi antipathique minore l'effet de son infortune ultime. On a également connu Don Siegel mieux inspiré que lors de cette mise en scène comportant des gros plans agressifs à force d'accélération et quelques effets musicaux bien trop démonstratifs. Après une participation en tant que jouet à Pour les Anges, Robby le Robot aura droit à une nouvelle chance dans Automatisation.

Lors de la traditionnelle présentation de l'épisode suivant, Rod Serling utilise pour la première fois le diminutif  « TZ », devenu familier des fans de l'anthologie. Il leur fait d'ailleurs un clin d'œil, annonçant que même les plus fidèles d'entre eux seront surpris par la chute de l'intrigue !

Acteurs :

Sir Cedric Hardwicke (1893-1964), ancien de la RADA, fut une grande figure du West End, notamment proche de George Bernard Shaw. Il apparut également à Broadway et à Hollywood, où il se spécialisa dans les rôles d'autorité ; il incarne ainsi le Pharaon Séthi Ier dans Les dix commandements (1956).

Constance Ford (1923-1993), mannequin, devint célèbre en posant pour une campagne de soutien aux forces armées américaines (1943). Par la suite, elle participa à de nombreuses pièces et séries avant de devenir l'une des figures principales du soap au long cours Another World (1964-1999) de 1967 à 1992. Elle décéda d'un cancer.

Retour à l'index


9. SONDE 7 – FORT ET CLAIR
(PROBE 7 – OVER AND OUT)

Date de diffusion : 29 novembre 1963
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Ted Post

Résumé :

Alors que son monde sombre dans une guerre atomique, un explorateur spatial s'écrase sur une planète habitable mais apparemment déserte. Il a cependant la surprise d'y rencontrer une femme elle aussi rescapée d'un naufrage, mais en provenance d'un autre astre…

Critique :

Épisode éminemment pauvre que celui-ci. Le naufragé spatial s'échouant non pas sur une île déserte mais sur une planète habitable appartient aux figures de styles les plus pratiquées de la Science-fiction et a d'ailleurs déjà été maintes fois mis en scène par La Quatrième Dimension. Plus grave encore, l'épisode ne développe aucune intrigue pertinente à partir de ce socle, se contentant de rabâcher des thèmes déjà aperçus dans des opus précédents : le duo de survivants ne partageant pas la même langue rappelle ainsi clairement Deux, tandis que la conclusion, vraiment naïve et archi usée, se rapproche dangereusement de celle de Third from the Sun. On retrouve de nouveau l'épouvantail nucléaire, d'ailleurs trop rapidement après The old man in the cave.

L'épisode exprime finalement davantage l'épuisement narratif de Serling que tout autre élément. Si l'on apprécie le jeu sensible de Richard Basehart, la réalisation impersonnelle de Ted Post ne vient guère compenser la faiblesse du scénario. L'on s'amuse dès lors des invraisemblances caractéristiques des récits de l'époque, comme cette conversation en simultané entre deux personnes distantes de 4,3 années lumière, et avec un émetteur quasiment dépourvu d'énergie, ou ce vaisseau spatial s'écrasant en ne provoquant qu'un petit enfouissement sans altérer l'environnement le moins du monde.

La diffusion de l'épisode, initialement programmée le 22 novembre, fut repoussée d'une semaine du fait de l'assassinat de Kennedy, survenu ce jour là ; le même jour également où un certain voyageur temporel de la planète Gallifrey arrivait sur les écrans britanniques, pour y demeurer encore aujourd'hui.

Acteurs :

Richard Basehart (1914-1984) fut un comédien prolifique (Voyage au fond des mers, 1964-1968...), mais sa voix riche et profonde lui valut également de devenir le narrateur de nombreux films et séries. Un mois avant sa mort, il assurait encore les annonces de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Los Angeles.

Retour à l'index


10. LES FANTÔMES DU SEPTIÈME DE CAVALERIE
(THE 7TH IS MADE UP OF PHANTOMS)

Date de diffusion : 29 novembre 1963
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Alan Crosland Jr.

Résumé :

Trois membres de la Garde Nationale sont en manœuvre près du site de la bataille de Little Big Horn. Au fur et à mesure qu'ils s'en rapprochent, de nombreux indices indiquent que la frontière entre le passé et le présent s'estompe progressivement…

Critique :

La Quatrième Dimension retourne dans le Weird West, ce courant de la Science-fiction essentiellement américain lui ayant souvent réussi par le passé. Dans la grande tradition de d'Au Cœur du Temps, on s'apprête alors à revisiter l'un des évènements majeurs de l'histoire des États-Unis, la bataille de Little Big Horn (1876) voyant l'écrasement du 7e régiment de cavalerie de Custer par l'alliance indienne inspirée par Sitting Bull. Se profile alors la perspective d'un voyage temporel plaisant mais classique, d'autant que la présence d'un tank laisse entrevoir une possibilité d'uchronie.

Mais l'épisode prend très habilement le spectateur par surprise avec un récit montrant les héros se situer en permanence sur cet espace étrange (cette zone crépusculaire, "twilight" en anglais) où s'entremêlent fort habilement les deux époques. Serling prolonge ainsi avec originalité et acuité ce passage constituant le socle du genre, en développant ainsi l'étrangeté et la fascination de l'instant.

La mise en scène varie astucieusement les preuves du basculement, de plus en plus concluantes mais jamais définitives jusqu'à la toute fin. Le gradué se voit fort bien rendu à partir de quelques éléments agréablement simples (bruits de bataille, villages indiens déserts, apparition d'un cheval…). Rarement l'anthologie aura autant fait de son manque de moyens une force, tandis qu'Alan Crosland exploite parfaitement de superbes décors naturels. La présence d'acteurs talentueux mais relativement peu connus ajoute encore à la véracité de l'histoire.

Les amateurs auront cependant le plaisir de reconnaître Greg Morris, le futur Barney de Mission : Impossible, le temps d'une fugitive apparition. Le récit ne se veut pas militariste, mais exalte l'amitié virile et le sentiment du devoir, jusqu'à une chute réellement poignante. L'on remarque au passage que, durant les années 60, même au sein d'une série progressiste comme The Twilight Zone, il est inenvisageable de mettre en perspective le parcours de Custer, devenu bien plus controversé aujourd'hui.

Acteurs :

Ron Foster (1930) est un habitué des séries de Western : Rawhide, Bonanza, Gunsmoke, Le Virginien, Colt 45… il est aussi l'une des figures du soap Haine et Passion (1937-2009) où il incarna le Dr Grant.

Retour à l'index


11. LA FONTAINE DE JOUVENCE
(A SHORT DRINK FROM A CERTAIN FONTAIN)

Date de diffusion : 13 décembre 1963
Auteur : Rod Serling, d'après une idée de Lou Holtz
Réalisateur : Bernard Girard

Résumé :

Un vieil homme a épousé une jeune beauté, mais celle-ci, uniquement attirée par l'argent, se montre acariâtre au possible avec lui, lui reprochant sans cesse son âge. Désespéré, il demande de l'aide à son frère qui a développé un sérum de jouvence, encore expérimental.

Critique :

Le mythe populaire de la Fontaine de Jouvence ne cesse d'inspirer les auteurs, on en trouve d'ailleurs encore l'écho dans les X-Files et Pirates des Caraïbes. La version qui nous en est ici offerte détonne par son manque de contenu. Justifier le phénomène par une origine scientifique demeure un procédé assez réducteur et hors de propos au sein d'une anthologie privilégiant souvent à juste titre l'étrange et l'inexpliqué. Les évènements se déroulent sans aucune surprise, l'ensemble restant tout du long parfaitement prévisible, même si la chute apporte un léger surplus de cruauté tombant à pic. La substance narrative très faible du récit apparaît également dans la mise en place verbeuse et délayée de la situation.

Les seuls éléments réellement distrayants de cette anodine historiette en huis clos demeurent l'abattage de la superbe Ruta Lee, très tonique en cocotte cynique et langue de vipère, ainsi que différents éléments culturels (musique, vêtements, décors) indiquant que l'anthologie a définitivement versé dans les années 60. À l'origine, elle se situait davantage dans la décennie précédente. On remarque également qu'une nouvelle fois, la série a la main malheureuse avec ses maquillages de vieillissement, celui du jour est une nouvelle fois abominable.

Acteurs :

Patrick O'Neal (1927-1994) fut avant tout un comédien de théâtre, issu de l'Actor's Studio. Il accomplit quelques apparitions au cinéma et à la télévision. Il fit finalement fortune dans la restauration, possédant à New York plusieurs établissements de grand standing.

Ruta Lee (1935) est une actrice canadienne apparue dans de nombreuses séries des années 50 et 60 (Le Fugitif, Les Mystères de l'Ouest, Le Virginien, Perry Mason…), ainsi que dans de nombreux jeux télévisés et émissions de variété.

Retour à l'index


12. LE RYTHME DU TEMPS
(NINETY YEARS WITHOUT SLUMBERING)

Date de diffusion : 20 décembre 1963
Auteur : Richard de Roy, d'après une histoire de Johnson Smith (pseudonyme de George Clayton Johnson)
Réalisateur : Roger Kay

Résumé :

Le vieil horloger Sam Forstman est persuadé qu'il mourra le jour où l'horloge de son père s'arrêtera. Sa famille l'incite à s'en ouvrir à un psychiatre…

Critique :

C'est avec un plaisir des plus vifs que l'on retrouve l'excellent Ed Wynn, qui nous avait enchantés lors des débuts de l'anthologie avec le réjouissant et sensible One for the Angels. On retrouve en effet ici son humour, sa bonhommie et sa faconde, et de fait, son numéro réjouit tout au long du récit. Il parvient à parfaitement entremêler humour et émotion. On s'aperçoit d'ailleurs bien vite que l'épisode du jour tente de réitérer la performance de One for the Angels, plaçant de nouveau le protagoniste au seuil de la mort. Malheureusement il se résume pour l'essentiel à du verbiage anodin, avec quelques passages obligés et absolument prévisibles : visite chez le psychiatre, réticences du gendre… L'idée de la pendule couplée à... l'horloge biologique n'est pas mauvaise en soi, mais son traitement ne développe guère de moments forts.

D'autre part, les seconds rôles et la mise en scène se montrent pareillement dépourvus de saveur. Le seul suspense existant, savoir si Sam va mourir ou non quand l'horloge s'arrête, ou si tout cela n'est que psychologique, se dénoue avec une scène se voulant malicieuse et charmante, mais qui s'avère surtout lénifiante. Absurde également, car l'on se demande bien pourquoi Sam change d'avis d'un seul coup, lui qui était si ancré dans ses certitudes. On comprend que George Clayton Johnson n'ait plus voulu être associé au projet après que sa propre conclusion, autrement plus sombre et intense, se soit vue supplantée par celle-ci. Il demeure particulièrement attristant de découvrir l'anthologie choisir l'issue la plus inoffensive possible, elle qui se montrait si audacieuse par le passé. Une nouvelle fois, La Quatrième Dimension reproduit du déjà vu et en moins réussi.

Ninety years without slumbering marque aussi les adieux d'un compagnon de route car il s'agit de l'ultime opus contenant une musique écrite par Bernard Herrmann. George Clayton Johnson n'écrira, lui, plus de scénario pour la série. À l'opposé, les nouveaux auteurs, à l'instar de Richard de Roy, vont prouver au cours de cette saison (6 épisodes en tout) qu'ils n'ont pas réellement intégré l'esprit de la série.

Acteurs :

Ed Wynn (1886-1966) fut un important acteur comique de l'âge d'or d'Hollywood. Assistant de W.C. Fields, il accède à la notoriété par le succès des Ziegfeld Follies à Broadway en 1914. Star du muet, il fut l'un des rares à poursuivre sa carrière à l'avènement du parlant. Il devint une grande figure des dramatiques radios, dont ces anthologies qui inspireront des productions télévisées comme La Quatrième Dimension. Ed Wynn est également l'Oncle Albert de Mary Poppins (1964) et réalisa la voix du dessin animé Wally Gator. Il participe aussi à l'épisode One for the Angels.

Retour à l'index


13. RETOUR EN FORCE
(RING-A-DING GIRL)

Date de diffusion : 27 décembre 1963
Auteur : Earl Hammer Jr.
Réalisateur : Alan Crosland Jr.

Résumé :

Une association d'admirateurs natifs de sa ville natale offre à la grande actrice Bunny Blake une superbe opale. Mais Bunny s'aperçoit rapidement qu'elle peut y lire des prophéties alarmantes concernant ses proches. Elle décide de revenir dans sa famille…

Critique :

Cet épisode tonique et réussi bénéficie de plusieurs atouts. Earl Hammer Jr. s'émancipe de ses contes « country » coutumiers, codifiés, et parfois naïfs, mais conserve intacte toute sa malice. Certes déplacée dans un environnement alors contemporain (et pour nous délicieusement Sixties), on retrouve cependant son exaltation des valeurs de l'Amérique traditionnelle, au bon sens opposé au superficiel et au clinquant hollywoodiens. Ce choc de deux sociétés, vif et enlevé, jamais démonstratif, apporte un vrai piquant au récit, d'autant que Bunny ne se résume pas à une caricature outrancière.

Dynamique et décidée, elle séduit d'autant plus que la charmante Maggie McNamara se montre assez ébouriffante dans ce portrait d'un univers qu'elle connaît bien. Elle apporte une vraie énergie à cette femme demeurant foncièrement sympathique au-delà de ses petits travers. Les seconds rôles se montrent également convaincants.

À ce petit monde, Earl Hammer parvient par ailleurs à agréger une brillante histoire fantastique. Avec à propos, il ne s'embarrasse pas d'une laborieuse explication des pouvoirs de la pierre et les exploite au mieux grâce à des effets spéciaux simples mais réussis. Le tempo est parfait (même si légèrement répétitif) entre les visions reçues par Bunny et son acharnement à écarter ses proches du péril, d'astuces en astuces.

On retrouve un procédé certes éprouvé mais toujours efficace. D'ailleurs, ce modus operandi préfigure clairement celui de la série réussie (du moins dans ses premières saisons) que deviendra Dead Zone. Le tout se voit couronné par une chute proprement renversante, dans la meilleure tradition d'une anthologie qui nous avait privés de ce plaisir depuis quelque temps. Cet effet, ici particulièrement réussi, survient à point nommé ! Il sera d'ailleurs repris avec un succès égal pour la bouleversante scène finale du You're welcome d'Angel.

Acteurs :

Maggie McNamara (1929-1978) fut une étoile montante de Broadway et d'Hollywood durant les années 50. Elle fut ainsi nominée aux Oscars en 1953 pour The moon is blue d'Otto Preminger. Durant les années 60, elle eut moins de succès, ayant passé l'âge de jouer ses rôles fétiches d'ingénues, et  elle s'orienta davantage vers la télévision. Elle se retira en 1964. En 1978, Maggie McNamara se suicida par overdose de somnifères.

Retour à l'index


14. PRENDS LE VOLANT
(YOU DRIVE)

Date de diffusion : 3 janvier 1964
Auteur : Earl Hammer Jr.
Réalisateur : John Brahm

Résumé :

Un homme d'affaires stressé écrase un jeune garçon en rentrant en voiture à son domicile. Il prend alors la fuite. La victime décède, tandis qu'un rival est accusé d'être le meurtrier. Cependant, la voiture manifeste un comportement de plus en plus étrange…

Critique :

La Quatrième Dimension débute la nouvelle année avec un opus singulièrement faible. L'intensité dramatique y tient davantage de la Petite Coccinelle que de Christine tant une mise en scène sans génie se contente d'exploiter mécaniquement les diverses possibilités immédiatement offertes par une voiture (phares, klaxon, radio…). Le procédé devient très vite répétitif au lieu de marquer une réelle progression de l'angoisse, ce qui s'avère toujours catastrophique pour ce type d'épisodes.

La confrontation finale, seul instant montrant quelque peu de force, se voit partiellement gâchée par le recours à une doublure évidente de l'acteur (qui refusa de se prêter à la scène…). On ne reconnaît pas Earl Hammer Jr dans cette historiette dépourvue d'originalité, voire d'enjeu, sinon dans une hostilité envers la voiture, symbole du monde moderne. 

Le récit manque son sujet, qui aurait dû montrer comment le stress social transforme l'humain en bête sauvage. Cet aspect ne se voit qu'à peine effleuré tandis que Rod Serling le souligne vaillamment dans son introduction, comme pour compenser. L'interprétation demeure de qualité mais le seul intérêt concret de You Drive se situe de fait dans la découverte de ces superbes allées bordées de palmiers si caractéristiques d'Hollywood (les extérieurs furent tournés à deux pas des studios de la MGM), parfait écrin pour les voitures de l'époque : ici une Ford Fairlane 1956. Une vraie bouffée de Californie, mais une nouvelle fois l'anthologie remâche en moins réussi des thèmes déjà traités, la situation finalement similaire de Allez-vous en Finchley ! bénéficiant d'un traitement davantage abouti.

Acteurs :

Edward Andrews (1914-1985) apparut dans de très nombreuses séries des années 50 à 80, aisément reconnaissable par sa haute taille, ses cheveux blancs, et ses épaisses lunettes. Il se spécialisa dans les rôles inquiétants ou ambigus et apparut dans Bonanza, Les Envahisseurs, Police Woman, Drôles de dames... Il participa également à de nombreux films (Plus dure sera la chute, 1956, Tora ! Tora ! Tora ! 1970…), tout en demeurant très présent au théâtre.

Retour à l'index


15. UN LOINTAIN LENDEMAIN
(THE LONG MORROW)

Date de diffusion : 10 janvier 1964
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Robert Florey

Résumé :

Un cosmonaute part pour une mission d'exploration. Il est censé la passer dans un caisson d'hibernation, mais il y renonce pour avoir le même âge que sa fiancée à son retour…

Critique :

L'épisode s'arcboute tout entier sur sa chute, et, si elle ne demeure pas tout à tout à fait imprévisible, celle-ci aurait pu constituer un joyeux moment d'humour noir des plus féroces. Malheureusement, Serling choisit de la traiter sur le grand air du mélodrame amoureux dégoulinant, non exempt de grandiloquence et terriblement daté de nos jours. De plus, l'argument demeurant trop juste, même pour le format court de l'anthologie, l'action principale se voit précédée de toute une exposition passablement ronflante et hors sujet sur la conquête spatiale, agrégeant bon nombre de clichés.

The long morrow bénéficie cependant de certains à-côtés comme les fantaisies coutumières de la Science-fiction de l'époque (un vaisseau se mouvant à 70 fois la vitesse de la lumière, disponible en 1988), s'alliant finalement avec saveur à d'excellents inserts de fusées d'alors. De plus, le voyage aurait du durer quatre et non quarante ans, la destination se situant à 141 années lumière… Par ailleurs, tandis que Robert Lansing se montre impeccable, Robert Florey retient la moindre occasion de réaliser un plan esthétique, malgré une nouvelle fois un maquillage désastreux et un criant manque de moyens. Les caissons, pour la première fois apparus dans Rendez-vous dans un siècle, sont ainsi réemployés dans plusieurs épisodes…

On reste néanmoins avec le regret d'une bonne idée développée sans efficience. Un format ultra bref lui aurait sans doute mieux convenu, comme dans les nouvelles si concises et détonantes de Fredric Brown, auteur à l'humour carnassier parfaitement ad hoc. On imagine bien un « cauchemar » supplémentaire dans la série reprise dans son formidable recueil Fantômes et Farfafouilles. Une référence à The long morrow se déroulera dans la série Gilmore Girls dans un épisode portant le même titre (2006). Rory, quittant l'Angleterre pour un an, offre une maquette de fusée à sa fiancée. Celle-ci ne réalise que plus tard l'allusion.

Acteurs :

Robert Lansing (1928-1994) est un visage connu de bien des séries américaines. Il participe ainsi à : Le Virginien, Chapparal, L'Homme de fer, Star Trek, Mannix, Arabesque... Il interprète également Control dans la série Equalizer (1985-1989).

Retour à l'index


16. LE RECYCLAGE DE SALVATORE ROSS
(THE SELF-IMPROVEMENT OF SALVATORE ROSS)

Date de diffusion : 10 janvier 1964
Auteur : Jerry McNeely, d'après une histoire de John Slesar
Réalisateur : Don Siegel

Résumé :

Salvatore Ross, jeune homme brutal et ambitieux, se découvre le pouvoir d'échanger son état physique et ses aptitudes avec ceux d'autrui. Par une succession de négoces, Il en profite pour s'améliorer en tous domaines, tentant de conquérir celle qu'il désire…

Critique :

Don Gordon demeure l'atout principal de cet épisode grâce à un jeu incisif et convaincant, soutenu par d'excellents seconds rôles. Par ailleurs, la mise en scène de Don Siegel apparaît efficace, à défaut d'imaginative. On observe cependant que la malédiction du maquillage vieillissant d'une manière ridicule frappe une nouvelle fois.

Mais l'intérêt de The self-improvement of Salvatore Ross se voit définitivement grevé par la faiblesse de son scénario. Jerry McNeely se contente de recycler sans talent particulier le conte traditionnel voyant un paysan devenir successivement roi, soleil, nuage, montagne, etc. pour finalement échouer à devenir autre chose que lui-même (une idée reprise également avec malice par Tolstoï dans La souris petite fille).

Outre ce manque d'originalité, rapidement perceptible, l'intrigue dose fort mal ses effets entre raccourcis narratifs, conclusion trop précipitée et tirée à la ligne, ou simplifications trop marquées (la jeune femme séduite en une seule journée alors qu'elle se refusait jusqu'ici avec acharnement). En fait, l'on renoue avec une version cette fois médiocre de ce thème désormais rebattu de l'anthologie, voyant un quidam se servir pour le bien ou le mal d'un don inexplicable et en recevant châtiment ou récompense, un sujet traité avec nettement plus de pertinence dans Une curieuse montre.

Acteurs :

Don Gordon (1926) fut un ami proche de Steve McQueen avec qui il participa à de nombreuses productions : Bullitt, Papillon, La tour infernale, Au nom de la loi... Il est par ailleurs une figure familière des séries américaines : Les Incorruptibles, Le Fugitif, Les Mystères de l'Ouest, Les Envahisseurs, Mannix, Columbo, Cannon, Super Jaimie, Supercopter, K2000, Remington Steele

Retour à l'index


17. PORTRAIT D'UNE JEUNE FILLE AMOUREUSE
(NUMBER TWELVE LOOKS JUST LIKE YOU)

Date de diffusion : 24 janvier 1964
Auteur : John Tomerlin, d'après une nouvelle de Charles Beaumont
Réalisateur : Abner Biberman

Résumé :

Dans le futur, hommes et femmes subissent à 18 ans une Transformation. Leur apparence est alors modifiée pour devenir identique à un nombre restreint de superbes modèles. Les individus se distinguent alors en portant leurs prénoms écrits sur leurs vêtements. Une jeune fille, Marylin, s'y refuse, refusant de troquer sa spécificité contre la beauté...

Critique :

S'il ne manifeste pas l'audace narrative ni la maestria de la mise en scène de The Eye of the Beholder, son évident alter ego, Number Twelve looks just like you développe néanmoins une authentique originalité, usant d'armes radicalement différentes pour composer un pamphlet également virulent à propos de la dictature de l'apparence et de la norme. Très habilement, cet univers en folie où l'humanité se réduit à une poignée de visages différents apparaît de prime abord superficiel et léger, voire festif.

Mais par un dégradé au tempo parfaitement minuté, ses implications les plus sinistres quant au devenir des individus, du libre-arbitre, et de la culture se  font jour. Le contraste violent existant entre ces deux perceptions, élaboré avec un grand art du suspense par John Tomerlin, rend cette dystopie particulièrement cinglante, dégageant un irrésistible humour noir. De quoi interpeller le spectateur qui, un demi-siècle plus tard, ne peut que constater que les tendances dénoncées ici n'ont fait que se renforcer depuis.

La mise en scène tire le meilleur parti de costumes et de décors avenants et clinquants. On se croirait d'ailleurs par moments dans le Village, où le psychiatre s'efforçant de briser la jeune fille revêt des apparences d'inquiétant Numéro 2. L'évolution de Marylin durant ses tentatives désespérées d'échappatoire épouse admirablement celui du récit. Ses refus d'abord timides deviennent toujours plus affirmés et désespérés, jusqu'à devenir déchirants, notamment quand elle affirme sans fards sa volonté de demeurer libre et la nature réelle de ce monde  « Ils se moquent que nous soyons beaux, ils veulent que sous soyons tous pareils ! ».

Les différents comédiens se montrent brillants, et idéalement au diapason de cette charge féroce, à la chute des plus glaçantes. Suzy Parker apporte une vraie classe à ses personnages, avec un certain panache au sein de cette vision de l'ultime avatar du phénomène de dictature de la mode et de la conformité, comme du refus de vieillir.

Acteurs :

Richard Long (1927-1974) reste principalement remémoré pour son rôle récurrent de Jarrod Barkley dans La grande vallée (1965-1969). Il joue également dans Bonanza, Maverick, Alfred Hitchcock présente, Nanny and the Professor, etc. Il participe aussi à l'épisode Personne inconnue. Richard Long décède prématurément d'un infarctus.

Suzy Parker (1932-2003) tint quelques rôles au cinéma (Kiss them for me, 1957...), mais fut avant tout une célèbre top model, de 1947 à 1964. Ambassadrice de Revlon puis d'Estée Lauder, amie de Coco Chanel, elle fut l'un des premiers mannequins a dépasser les 100 000 dollars d'alors de gain annuel et à devenir une vraie vedette médiatique. Les Beatles lui dédièrent une chanson portant son nom.

Retour à l'index


18. LES BLOUSONS NOIRS
(BLACK LEATHER JACKETS)

Date de diffusion : 31 janvier 1964
Auteur : Joseph M. Newman
Réalisateur : Abner Biberman

Résumé :

Trois extraterrestres voulant coloniser la terre prennent l'apparence de jeunes « Blousons noirs » afin de créer une base d'opérations dans une petite ville américaine. Mais l'un d'entre eux tombe amoureux de la fille de leurs voisins….

Critique :

On tient sans doute là l'épisode le plus creux rencontré depuis le début de cette promenade au sein de la Quatrième Dimension. La mise en scène se résume à une recherche de sensationnalisme facile, avec de plus une caméra lestée de plomb. L'histoire, d'un navrant minimalisme, consiste à associer les clichés les plus éculés du thème de l'invasion extra-terrestre sur un modus operandi digne des pires séries B des années 50, à ceux des romances sucrées de Teen Movies.

L'effet cumulatif de ces fadaises (aux indigents comédiens) se voit couronné par ce recours désormais totalement ringard aux figures des Blousons Noirs des années 60. On ne compte plus les absurdités, comme des agents infiltrés revêtant la tenue la plus voyante possible, ou une conclusion en queue de poisson.

L'effet de ce trio vêtus de Perfectos, se déplaçant dans une petite ville juchés sur leurs Harley, se voulait sans doute effrayant, il ne s'avère que ridicule. Le seul intérêt de l'épisode réside dans ce rappel du l'importance du phénomène de ce courant de la subculture Sixties que composèrent les « Greasers », trouvant écho dans le cinéma (L'équipée sauvage, La fureur de vivre...), comme de la chanson (Elvis). Mais la vacuité et l'ennui instillés par l'épisode réservent cet aspect aux universitaires les plus vaillants. Le public regardera avec bien davantage d'intérêt les exploits de l'excellent Fonzie des Jours heureux !

Acteurs :

Denver Pyle (1920-1997) reste dans les mémoires pour le rôle d'Oncle Jesse dans Shérif, fais-moi peur ! (1979-1985). Il apparut par ailleurs dans une multitude de seconds rôles, dans des Western, au petit comme au grand écran, ou dans des productions évoquant l'Amérique profonde. Il reste le seul acteur à avoir interprété dans différents épisodes de Perry Mason, un assassin, un suspect, et un meurtrier.

Retour à l'index


19. APPEL NOCTURNE
(NIGHT CALL)

Date de diffusion : 7 février 1964
Auteur :
Richard Matheson
Réalisateur : Jacques Tourneur

Résumé :

Une nuit d'orage, Elva Keene, une dame âgée, reçoit un mystérieux coup de fil, son interlocuteur demeurant silencieux. Les jours suivants, ces appels se multiplient, la plongeant dans l'angoisse…

Critique :

Les coups de téléphone reçus depuis l'au-delà, avatars modernes du spiritisme, constituent un thème régulier des histoires fantastiques (encore récemment dans Supernatural avec Long Distance Call), et constituent une légende urbaine populaire. L'on se situe donc en terrain pour le moins balisé, d'autant que l'anthologie se répète à nouveau, ayant déjà abordé le sujet dans Conversation avec l'au-delà. Matheson nous a accoutumé à davantage d'originalité dans ses coutumiers basculements de la réalité.

L'épisode souffre de plus d'une certaine répétitivité car il faut attendre les deux tiers du récit pour que le contact s'établisse. Jusque-là, appels silencieux et demandes de renseignement d'Elva auprès du service téléphonique se succèdent avec une régularité d'horloge. Entre temps, on a eu largement le temps de comprendre de quoi il en retournait.

Night Call présentait donc toutes les qualités requises pour devenir un opus ennuyeux, mais l'admirable talent de Gladys Cooper vient bouleverser ce schéma. Avec sa vive sensibilité et son jeu évitant tout excès de théâtralité, elle captive le public et hisse l'épisode au rang de drame psychologique. Pour sa troisième et ultime participation à La Quatrième Dimension, elle évoque avec une grande humanité ce fléau de la solitude des personnes âgées, qui insidieusement mais plus cruellement encore, ronge Elva, bien davantage que la peur de l'inconnu.

Un très beau portrait de femme sur le déclin de sa vie, qui autorise à oublier une chute trop brièvement expédiée et inutilement mélodramatique (moins effrayante que celle de la nouvelle originelle de Matheson). Le vétéran Jacques Tourneur parvient par ailleurs à animer ce quasi huis clos, un exercice de style toujours malaisé.

Acteurs :

Gladys Cooper (1888-1971) fut une modèle réputée et une figure du théâtre britannique avant de franchir l'Atlantique dans les années 40 pour connaître également une belle carrière au cinéma (Rebecca, 1940 ; My fair Lady 1964…). Toujours active au soir de sa vie, elle participe à plusieurs séries des années 60, son ultime rôle étant celui de la Duchesse Ozerov dans Amicalement vôtre. Elle figure également dans les épisodes Nothing in the Dark et Passage on the Lady Anne.

Retour à l'index


20. TRÈS AFFECTUEUSEMENT, AGNÈS
(FROM AGNES - WITH LOVE)

Date de diffusion : 14 février 1964
Auteur : Bernard C. Schoenfeld
Réalisateur : Richard Donner

Résumé :

James Ellwood est le programmateur d'un ordinateur révolutionnaire et surpuissant qu'il surnomme Agnès. Parallèlement, il échoue à séduire sa secrétaire, pourtant passablement légère. Il demande alors assistance à l'infaillible Agnès ; or les avis de celle-ci ne font bizarrement qu'échouer...

Critique :

Le thème de l'Intelligence Artificielle connaît une grande vogue dans les récits de Science Fiction des années 60, couronné par le HAL 9000 de Kubrick quatre ans après cet épisode. Celle-ci est impulsée par les grands progrès de l'informatique sur la période, ouvrant de nouveaux horizons aux auteurs. Il ne s'agit pas encore de conceptions de monde virtuel ou de réseaux développés par la vague Cyber des années 80 (William Gibson, Bruce Sterling, etc.) mais simplement d'interlocuteurs mécaniques et surdoués de l'Humanité, souvent perçus comme hostiles, dans la droite ligne des conceptions paranoïaques des années 50. L'épisode constitue en ce sens une intéressante curiosité pour l'amateur d'Histoire de la SF car synthétisant parfaitement cette vision, même si dans un sens humoristique.

Cet aspect se ressent avec d'autant plus de force qu'Agnès se révèle très réussie esthétiquement et bien davantage moderne que l'antiquité aperçue dans Le Grand Penseur des Avengers (1962). On observe qu'elle s'inspire de la technologie des bandes magnétiques, préfigurant ainsi les nombreux ordinateurs des séries des années 70 tandis que les tubes à vide de Platon ne seront plus que fossiles. L'idée des messages écrits, révélés de manière fluide et ludique, s'avère une excellente trouvaille, donnant lieu à de divertissantes surprises. 

Le procédé ne devient pas répétitif, convenant idéalement au format court de l'anthologie. On pourra certes regretter que le récit ne s'extirpe pas de la comédie romantique très légère, le jeu stéréotypé de Cox ou le côté caricatural d'Ellwood en savant Cosinus. Mais tel quel,  From Agnes - With Love demeure un prédécesseur lointain des divers productions Cyber, à la découverte fort plaisante.

Acteurs :

Wally Cox (1923-1974) fut un acteur populaire des premiers temps de la télévision au début des années 50. Il accéda à la célébrité avec Mr. Peppers (1952-1955). Par la suite, il participa à de nombreuses sitcoms et jeux télévisés, ainsi qu'au pilote de Mission : Impossible. Il était un proche de Marlon Brando, son ami d'enfance.

Retour à l'index


21. L'ESPACE D'UN MOMENT
(SPUR OF THE MOMENT)

Date de diffusion : 14 février 1964
Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : Elliot Silverstein

Résumé :

Une jeune héritière doit choisir entre deux prétendants que tout oppose. Lors d'une promenade à cheval, une autre cavalière, d'apparence très menaçante et plus âgée, se précipite vers elle. Après une course-poursuite, elle parvient néanmoins à échapper à cette dernière...

Critique :

Un individu surgissant du futur afin de prévenir son alter ego du passé de ne pas commettre une grave erreur reste l'un des grands classiques des récits de voyage temporel. Pour son ultime participation à une anthologie qu'il aura tant marquée de son talent, Richard Matheson sort donc bien moins des sentiers battus que précédemment. Il n'en demeure pas moins que son histoire apparaît remarquablement agencée, parvenant à faire coexister simultanément à la perfection les deux mondes et à brosser un portrait très touchant de son héroïne. Le talent de Diana Hyland apporte une vraie sensibilité à cette fable amèrement désenchantée, tandis que chaque spectateur pourra se reconnaître dans cette allégorie de l'âge mûr regrettant inutilement les errements d'une vie.

Tout comme Matheson lui-même (l'écrivain se montrant régulièrement critique de la matérialisation de sa vision), on pourra regretter quelques maladresses, comme d'avoir rendu la visiteuse si instantanément reconnaissable. La découverte du pot aux roses survient ainsi très tôt, conduisant à une conclusion manquant quelque peu d'impact. Le parcours semble ici excessivement plus important que la destination, alors que l'écrivain nous avait jusqu'ici régalé des chutes les plus ébouriffantes de La Quatrième Dimension.

Acteurs :

Diana Hyland (1936-1977) participa à plusieurs séries prestigieuses (Le Fugitif, Les Envahisseurs, Happy days, Mannix...) et devint la compagne du jeune John Travolta, rencontré durant le tournage de Le garçon dans la bulle de plastique (1976). Elle décéda prématurément d'un cancer du sein, veillée par l'acteur. Un Emmy Award posthume lui fut décerné, reçu en son nom par Travolta.

Retour à l'index


22. LA RIVIÈRE DU HIBOU
(AN OCCURRENCE AT OWL CREEK BRIDGE)

Date de diffusion : 28 février 1964
Auteur : Robert Enrico, d'après une nouvelle d'Ambrose Pierce
Réalisateur : Robert Enrico

Résumé :

Durant la Guerre de Sécession, un espion confédéré s'apprête à être pendu depuis un pont. La corde se brise et il parvient à s'échapper...

Critique :

L'épisode occupe une place à part au sein de l'anthologie. Alors qu'il manquait encore un opus pour boucler la saison, la production avait d'ores et déjà épuisé le faible budget octroyé par CBS. Par mesure d'économie, il fut donc décidé de ne pas en produire un supplémentaire, mais plutôt d'en acheter un de disponible sur le marché, pratique moins dispendieuse. Le choix se porta sur le court métrage d'Enrico, car le contexte historique de la Guerre de Sécession était propre à intéresser le public américain. The Twilight Zone y a d'ailleurs eu déjà recours par le passé. De plus, le film est alors auréolé d'une Palme obtenue au Festival de Cannes de 1962. CBS hésita longuement devant la perspective d'acheter une œuvre étrangère, mais le bas prix demandé (10 000 dollars) emporta la décision. Bien lui en pris car à la Palme vint s'ajouter l'Oscar du court métrage, apportant à La Quatrième Dimension l'ultime importante distinction manquant à son palmarès.

Toutefois, unique épisode non produit par Rod Serling, La rivière du Hibou demeure considérée comme exogène à l'anthologie. Après la diffusion initiale, le film ne fut jamais repris en syndication, ni dans les diverses sorties DVD ou diffusions de sélections d'épisodes régulièrement entreprises aux États-Unis.

Ce n'est pas par son sujet que le film de Robert Enrico marque les esprits : l'anthologie a plusieurs fois eu recours à ces basculements de perspective, souvent de manière davantage troublante. Ici, le récit indique clairement par sa conclusion qu'il ne s'agit que d'une rêverie du protagoniste, ne relevant que bien marginalement du Fantastique. L'œuvre se veut en fait une réflexion sur la relativité de la notion de réalité consensuelle, mais se montre moins originale et dérangeante que La Jetée, authentique chef d'œuvre français également réalisé en 1962. Le film s'impose néanmoins avec éclat, d'un point de vue strictement cinématographique, grâce au talent et au grand sens de l'image de Robert Enrico (Les grandes gueules, Ho !, Le vieux fusil…).

Les différentes scènes se montrent parfaitement suggestives, magnifiées par une sublime photographie et une admirable musique. La durée de 28 minutes concorde parfaitement avec le sujet, permettant de suivre sans ennui cette histoire simple mais efficace. L'interprétation, composée de comédiens peu connus, se montre tout à fait convaincante et en harmonie avec la vision du metteur en scène.

De plus, les images des Cévennes apportent une singularité française bienvenue au cours de cette longue expédition dans l'Amérique du début des années 60. Une mise en scène particulièrement brillante fait le prix de ce bijou pour cinéphiles, lui apportant un intérêt bien supérieur à celui de simple curiosité au sein de l'anthologie.

Acteurs :

Roger Jacquet a tenu plusieurs seconds rôles, principalement pour la télévision. Il incarne ainsi Jean de Forez dans Les Rois Maudits (1973) et participe également à Les Brigades du Tigre, Un Juge un flic, Sans famille

Retour à l'index


23. LA REINE DU NIL
(QUEEN OF THE NILE)

Date de diffusion : 6 mars 1964
Auteur : Jerry Sohl, crédité à Charles Beaumont
Réalisateur : John Brahm

Résumé :

Un journaliste obtient une interview auprès de la grande vedette de cinéma Pamela Morris. Il se montre très intrigué par son âge : la star montre toujours une admirable jeunesse alors que ses premiers rôles répertoriés remontent à l'avant-guerre. Il ignore que Pamela Morris dissimule un abominable secret…

Critique :

De manière parfaitement louable, Jerry Sohl s'efforce de développer une cohérence avec les œuvres précédentes de Charles Beaumont. En l'occurrence, il se situe dans une tendance profonde de l'auteur, visant à moderniser les grandes figures de l'épouvante classiques. Malheureusement, au lieu de dynamiser les histoires et de leur apporter davantage de sens, il se contente de rester à la surface, en traitant du plus immédiat : les décors et les costumes.

En effet, en dehors de la simple apparence Sixties, les poncifs demeurent dignes de Sax Rohmer ou de Lovecraft : scarabée maudit, Pharaons, vampirisme vital… Tout cela paraît antédiluvien au possible et ne donne même pas lieu à une quelconque action. Au contraire, l'essentiel de cet opus particulièrement bavard se consacre à une conversation assez vaine et répétitive autour de l'âge de l'héroïne. La réalisation de John Brahm se montre de plus singulièrement atone, on l'a connu plus inspiré par le passé.

L'épisode conserve cependant quelques atouts, comme un superbe décor conçu avec un goût réellement exquis et des insertions égyptiennes réussies. L'interprétation s'affirme de qualité : surtout Queen of the Nile permet de couvrir la grande beauté et l'authentique talent de la brune Ann Blyth, dont l'allure très mondaine manifeste une indéniable classe. Il n'en demeure pas moins que l'épisode se limite en définitive à un simple véhicule pour la personnalité de l'actrice. Enfin, la chute et ses effets spéciaux évoquent trop ceux de Long live Walter Jameson.

Acteurs :

Ann Blyth (1928) fut à la fois actrice et chanteuse, se partageant entre les comédies musicales hollywoodiennes (Bowery to Broadway, 1944...) et les rôles plus dramatiques (Mildred Pierce, 1945...). Une blessure au dos handicapa le développement de sa carrière d'actrice, mais elle demeura toujours une chanteuse populaire, également célébrée pour sa beauté. Howard Hughes, admiratif, lui offrit en 1951 une Cadillac et une piscine !

Retour à l'index


24. QU'EST-CE QU'IL Y A À LA TÉLÉ ?
(WHAT'S IN THE BOX)

Date de diffusion : 13 mars 1964
Auteur :
Martin M. Goldsmith
Réalisateur : Richard L. Bare

Résumé :

Après s'être disputé avec un réparateur de télévision, Joe Britt constate que son appareil diffuse des extraits de sa propre vie, y compris future. Effaré, il découvre qu'il va tuer sa femme avec laquelle il ne s'entend plus du tout…

Critique :

Cette très divertissante facétie, teintée d'humour noir, introduit l'un de ces si délectables dérèglements de la réalité dont l'anthologie nous aura régulièrement régalés. Un Fantastique d'excellente qualité surgit au sein du quotidien tandis que l'aspect de pure comédie ne se voit nullement négligé. Les querelles de ménage se montrent très divertissantes, notamment grâce à l'entrain de comédiens chevronnés et en roue libre. Richard L. Bare dynamise avec brio ce huis-clos, tirant parti de tous les éléments du décor et en multipliant les judicieux positionnements de caméra.

Il s'amuse également à flirter avec le quatrième mur, un procédé souvent payant, grâce à l'énigmatique et sarcastique réparateur. Martin M. Goldsmith optimise son postulat initial en développant en sous-main une mordante satire du pouvoir de suggestion de la télévision. Les amateurs de Bewitched auront également le plaisir de reconnaitre dans l'étrange lucarne, un très bref instant, Susan Gould, l'une des interprètes de Mme Kravitz. Toute la distribution de cette série se sera décidément rendue dans La Quatrième Dimension ! On regrettera cependant une nouvelle fois la répétitivité de cette ultime saison, le procédé employé rappelant pour beaucoup celui de A most unusual camera.

Acteurs :

Joan Blondell (1906-1979), ancienne reine de beauté, fut l'une des gloires du Hollywood des années 30 (L'ennemi public, 1931...). Son talent lui valut de prolonger sa carrière après guerre, étant ainsi proposée pour l'Oscar en 1951 pour La femme au voile bleu. Peu de temps avant sa mort, elle participe encore à Grease (1978).

Retour à l'index


25. LES MASQUES
(THE MASKS)

Date de diffusion : 20 mars 1964
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Ida Lupino

Résumé :

Durant le mardi gras, à la Nouvelle Orléans, un vieil homme richissime est sur le point de mourir. Il réunit sa famille, composée de personnages avides et égocentriques, et leur propose de participer à la fête en portant des masques aussi étranges que repoussants, sous peine d'être déshérités…

Critique :

The Masks bénéficie d'une superbe production, notamment grâce à ces masques tenant indiscutablement la vedette. Grotesques et effrayants, mais également révélateurs talentueux des sombres penchants de l'humanité, ils se révèlent d'authentiques ouvrages d'art. Ils interpellent directement l'imagination du spectateur et permettent de comprendre avec acuité l'impact des pièces antiques recourant à ce type de procédé. Par ailleurs, la mise en scène d'Ida Lupino se montre efficace, mettant parfaitement en exergue ces dérangeants visages, de même que les divers maculages. L'interprétation se montre également de qualité, avec des comédiens particulièrement expressifs.

Malheureusement, l'épisode pâtit d'une intrigue se limitant à singer sans aucune valeur ajoutée le grand classique de la littérature fantastique que constitue Le masque de la Mort Rouge d'Edgar Allan Poe. Les péripéties s'y voient copiées avec un parallélisme désespérant, privant par ailleurs la chute de tout effet de surprise, puisque du coup largement anticipée. Les personnages, réduits à de simples poncifs, et un commentaire particulièrement démonstratif achèvent d'ôter tout relief à cette adaptation sans imagination.

Ida Lupino reste l'unique femme a voir dirigé un épisode de l'anthologie, à une époque où ce métier demeure encore essentiellement masculin. Cette pionnière est également la seule a avoir mis en scène un épisode tout en ayant joué dans un autre (The sixteen-millimeter shrine). On notera également que cet épisode fut diffusé la veille de la découverte des ultimes aventures de Cathy Gale aux côtés de John Steed (Lobster Quadrille).

Acteurs :

Robert Keith (1898-1966) apparut dans de nombreux films des années 40 et 50, ainsi que régulièrement à Broadway. Il fut également un auteur de pièces à succès. Dans Le Prisonnier, il interpréta le père de Richard Kimble. Il est également le père de l'acteur Brian Keith (Cher oncle Bill).

Retour à l'index


26. UN MATIN NOIR
(I AM THE NIGHT - COLOR ME BLACK)



Date de diffusion : 27 mars 1964
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Abner Biberman

Résumé :

Dans une petite ville américaine, un homme va être pendu au matin après un procès douteux. Or le soleil ne se lève pas et la région demeure plongée dans l'obscurité…

Critique :

I am the Night - color me black représente une nouvelle et éloquente démonstration selon laquelle les sentiments les meilleurs ne suscitent pas forcément les épisodes les plus réussis. La sincérité de Rod Serling transparait avec vigueur tout au long de ce manifeste humaniste, s'opposant à la peine de mort et aux diverses haines gangrénant nos sociétés. Serling l'écrivit d'ailleurs à chaud, révolté par l'assassinat de Kennedy. Malheureusement, il dédie toute son énergie à l'écriture de dialogues volontiers prêcheurs et empesés, en oubliant au passage de développer une quelconque action.

Les personnages se montrent tout à fait caricaturaux malgré une excellente interprétation, et la conclusion apparait terriblement démonstrative, jusqu'à en devenir indigeste. Abner Biberman n'a guère de latitude autre que de filmer statiquement ces dialogues à rallonge, où les personnages se fustigent pompeusement à tour de rôle. The Monsters are due on Maple Street poursuivait les mêmes objectifs, avec autrement plus de pertinence et de sens de la narration.

Acteurs :

Ivan Dixon (1931-2008) reste surtout connu comme l'interprète du sergent James Kinchloe dans Papa Schultz (1965-1971), même s'il apparut dans d'autres séries (Laramie, Le Fugitif, Au-delà du réel, Perry Mason…). Après avoir quitté Papa Schultz en 1970, il mena une prolifique carrière de metteur en scène de télévision. Également figure de Broadway, il est considéré comme un pionnier pour les comédiens noirs au même titre que Bill Cosby ou Greg Morris. Il participe également à l'épisode Le Vœu magique.

Retour à l'index


27. CHUT !
(SOUNDS AND SILENCES)



Date de diffusion : 3 avril 1964
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Richard Donner

Résumé :

Roswell G. Flemington est un mari et chef d'entreprise tyrannique, adorant faire du bruit et vociférer sans se soucier d'autrui. Un jour, il se met à entendre tous les sons de manière terriblement amplifiée…

Critique :

Cette histoire se distingue par un alliage subtil de drame et de comédie, non en juxtaposant des scènes de natures différentes, mais, de manière bien plus intéressante, en les entremêlant au sein du portrait du protagoniste. Le récit revêt ainsi une apparence de comédie légère du fait de la personnalité de John McGiver et des plaisanteries que suscitent son personnage, mais cela n'empêche pas une authentique cruauté d'affleurer. On la retrouve dans la violence que fait subir Roswell à ses employés et à sa femme, l'épisode trouve d'ailleurs un écho toujours contemporain dans les drames occasionnés par les nuisances sonores.

Mais on la ressent davantage encore de par la manière dont le héros construit aussi aveuglement que méthodiquement son propre piège, avant d'y sombrer lors d'une conclusion à l'humour noir incisif, impeccablement filmée par Richard Donner. Ce mélange des genres fonctionne à merveille, tandis que Sounds and Silences (titre très à la Woody Allen) s'orne de superbes décors d'inspiration maritime. Les dialogues abondent d'ailleurs de métaphores issues de cet univers, jusqu'à revêtir une savoureuse texture d'exercice de style à la Raymond Queneau. Une nouvelle fois, la saison s'inspire d'un opus antérieur, L'Esprit et la Matière, une antienne d'ailleurs reprise expressément ici, mais parvient à varier les effets par sa tonalité davantage tragique et son amertume finale.

Acteurs :

John McGiver (1913-1975) participa à de nombreuses séries des années 50 aux 70 : The beverly hillbillies, Alfred Hitchcock présente, Le Fugitif... Il joua également dans de multiples publicités des Sixties et inaugura notamment le célèbre slogan d'American Express : "Do you know me ?".

Retour à l'index


28. CÉSAR ET MOI
(CAESAR AND ME)



Date de diffusion : 10 avril 1964
Auteur : Adele T. Strassfield
Réalisateur : Robert Butler

Résumé :

Un ventriloque en détresse financière se voit incité par sa marionnette à commettre des cambriolages. Mais la fille de sa logeuse se rend compte de son manège…

Critique :

Cette ultime saison a malheureusement souvent tendance à répéter des thèmes déjà abordés par le passé, et le plus souvent, la copie ne vaut guère l'original. Cette caractéristique atteint sans doute son apogée avec cet opus directement inspiré du chef d'œuvre que constitua The Dummy. Le développement s'en révèle tristement inférieur : à la place d'un récit de pure épouvante, aux lisières de la folie, et somptueusement filmé, l'on se trouve ici confronté à une historiette à la confondante naïveté.

Le mélange des genres entre policier et fantastique ne fonctionne pas du tout, malgré la référence à Little Caesar (1931). Le fait que l'existence de la marionnette animée soit tranquillement accepté par le ventriloque s'avère destructeur pour l'impact de l'épisode.

L'épisode refuse également de jouer la carte de la comédie, qui aurait pu représenter une alternative viable, pour se maintenir sur une pose des plus mièvres : misérabilisme social, jeune fille irritante au possible, mise en scène insipide, chute ultra prévisible et pas effrayante pour deux sous…

Tout ceci demeure dramatiquement dépourvu d'intensité, et seul le talent de Jackie Cooper autorise quelques moments d'émotion, tandis que Morgan Brittany, promise à une belle carrière de Bad Girl, manifeste une belle vivacité. Sans qu'il y ait de rapport de cause à effet, Caesar and Me reste le seul épisode de l'anthologie écrit directement par une femme, d'ailleurs secrétaire de l'un des producteurs, William Froug.

Acteurs :

Jackie Cooper (1922-2011) fut un enfant star des dernières années du muet avant de réussir le passage au parlant (Skippy, 1931...) et d'accomplir une brillante carrière de comédien, mais aussi de producteur et de metteur en scène. Il tint ainsi un grand rôle dans le développent de séries comme Ma sorcière bien-aimée ou MASH. Il fut également le Perry White des Superman de Christopher Reeve.

Morgan Brittany (1951), créditée ici sous son vrai nom de Suzanne Cupito, est ici à l'orée de sa carrière. Elle deviendra très connue pour son rôle de Katherine Wentworth dans Dallas. Après un brillant parcours d'enfant acteur (on la retrouve dans les épisodes Nightmare as a Child et Valley of the shadow), Morgan Brittany apparaît dans de très nombreuses publicités et séries américaines : Lassie, Buck Rodgers, Shérif fais-moi peur ! L'Île Fantastique, La croisière s'amuse (sept apparitions), Les dessous de Palm Beach, etc.

Retour à l'index


29. LA CHAMBRE DE LA MORT
(THE JEOPARDY ROOM)



Date de diffusion : 17 avril 1964
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Richard Donner

Résumé :

Un officier soviétique en rupture de ban se trouve dans une chambre d'hôtel située en pays neutre, attendant un avion en partance pour l'Ouest. Mais un agent du KGB lui tend un piège sophistiqué : une bombe se trouve dissimulée dans la pièce, il a trois heures pour la découvrir sans possibilité de fuite, sinon elle explosera...

Critique :

Cet épisode de fort bonne facture partage de nombreux points communs avec The Silence : pari morbide, suspens lié à un contre la montre impitoyable, situation absurde, huis clos intense... le tout avec une grande efficacité lui apportant une vraie dimension cauchemardesque. Les deux opus se distinguent également au sein de l'anthologie par leur totale absence d'élément fantastique, mais leurs indéniables qualités narratives permettent de surmonter cet inconvénient. On pourra cependant reprocher un plus grand classicisme à The Jeopardy room, avec un héros positif et surtout un happy end un tantinet facile se substituant au face-à-face précédent, magistralement amoral.

Mais cet inconvénient se trouve en grande partie atténué car l'épisode nous conduit en fait dans un territoire bien connu et apprécié, celui des spy shows des années 60 dont la vogue a d'ores et déjà débuté. Au prix de quelques aménagements, l'épisode pourrait d'ailleurs parfaitement se situer dans Destination Danger tant les divers éléments du genre répondent à l'appel ! Outre son grand talent coutumier, la présence de Martin Landau apporte de ce point de vue un sel supplémentaire, dans ce qui pourrait bien trouver un équivalent dans les savoureuses arnaques de Mission : Impossible. Il demeure ainsi particulièrement amusant de découvrir son personnage écouter un message enregistré sur bande, lui annonçant que, lui, sera bientôt détruit !

Acteurs :

Martin Landau (1928), après son passage à l'Actor's Studio, participe à plusieurs grands films : La Mort aux trousses (1959), Cléopâtre (1963), Ed Wood (1994, inoubliable en Bela Lugosi)... et X-Files : Fight the Future en 1998 ! Il reste néanmoins immortalisé pour sa participation marquante à deux séries cultissimes : Mission : Impossible et Cosmos 1999. En 1957, il avait épousé Barbara Bain, également élève de l'Actor's Studio, qui sera sa partenaire dans ces deux séries (leur fille Juliet sera la Drusilla de Buffy). Toujours actif, Landau est également apparu dans Alfred Hitchcock présente, Au-delà du Réel, Des agents très spéciaux, Les Incorruptibles, Les Mystères de l'Ouest, Arabesque, Columbo

Retour à l'index


30. ÉTAPE DANS UNE PETITE VILLE
(STOPOVER IN A QUIET TOWN)



Date de diffusion : 17 avril 1964
Auteur : Earl Hamner, Jr.
Réalisateur : Ron Winston

Résumé :

Après une soirée bien arrosée, un couple de jeunes new-yorkais se réveille dans un domicile inconnu. Celui-ci se trouve dans une étrange petite ville totalement déserte, apparemment uniquement composée d'éléments de décor ou d'objets factices…

Critique :

Le ressort dramatique de Stopover in a quiet town peut de prime abord sembler très similaire à celui du pilote de l'anthologie, mais le récit joue finalement moins sur la terreur liée à la solitude (il s'agit d'ailleurs d'un couple et non d'une personne isolée) que sur l'énigme représentée par cette étrange petite ville factice. On retrouve ici une figure emblématique de La Quatrième Dimension, mais traitée de manière originale et habile. L'imaginatif et talentueux Earl Hamner dose parfaitement ses effets afin de nous faire découvrir progressivement l'absurdité des lieux, avec à la clef de nombreux excellents rebondissements (l'écureuil, le gazon, le train…).

L'identification aux personnages joue à plein et l'on ressent avec intensité la montée de l'angoisse au fur et à mesure que toutes les hypothèses logiques se voient démenties par les faits. La mise en scène et l'interprétation, sobrement efficaces, accompagnent avec acuité ce voyage immobile au bout de l'angoisse. Celui-ci, dans la meilleure tradition d'une anthologie retrouvant ici toutes ses couleurs, s'achève d'ailleurs sur une chute renversante, à la fois absurde et inéluctablement logique. Au passage, elle permet de découvrir l'un des trucages les plus efficaces de l'ensemble de la production.

Les amateurs des Avengers éprouveront le plaisir de découvrir ici quelques sensations évoquant le prodigieux Epic, la seule légère réserve suscitée par l'épisode demeurant d'ailleurs que l'hypothèse d'un décor de cinéma ne soit jamais soulevée par les héros ! Par ailleurs, l'éclatant succès de Stopover in a quiet town tombe à pic pour saluer le 150ème opus de The Twilight Zone !

Acteurs :

Barry Nelson (1917-2007) reste dans les mémoires comme le premier acteur (et unique américain) ayant incarné James Bond à l'écran, dans le Casino Royale de 1954 ; il s'agissait alors d'un épisode de l'anthologie télévisée Climax! (1954-1958). Barry Nelson participa par ailleurs à Alfred Hitchcock présente, Cannon, Dallas, La croisière s'amuse, Arabesque...

Retour à l'index


31. LA RENCONTRE
(THE ENCOUNTER)



Date de diffusion : 1 Mai 1964
Auteur :
Martin M. Goldsmith
Réalisateur : Robert Butler

Résumé :

Un jardinier japonais et son employeur américain, ancien militaire, comparent leur vision de la Guerre du Pacifique. Une épée de Samouraï va bouleverser leur destin.

Critique :

Dans ce récit pétri de bons sentiments, on retrouve l'absence d'élément narratif déjà observé cette saison lors du très similaire I am the Night - Color me black. Mais alors que cet opus précédent semblait simplement artificiel et empesé, on bascule ici tout à fait dans le ridicule. La théâtralité de cette représentation de la culpabilité et de la fatalité atteint des sommets inédits au sein de l'anthologie, accumulant les postures et les dialogues grandiloquents jusqu'à l'absurde.

Ce huis clos éminemment bavard et pompier ne cesse de tourner en rond et de réitérer les mêmes effets, épuisant rapidement l'intérêt du spectateur, lassé par ce premier degré absolu. Les éclatants talents de George Takei et Neville Brand se voient tristement gâchés dans ce fatras grandiloquent.

L'épisode dérangea tout de même, des observateurs y discernant une tonalité pacifiste et anti-patriotique "malvenue" au moment où une autre guerre asiatique, celle du Viêt-Nam, connaît une rapide expansion. Il choqua également la communauté américaine d'origine japonaise car il évoque des trahisons autour de Pearl Harbor que les historiens n'établirent jamais. Après sa diffusion initiale, The Encounter ne fut jamais réemployé en syndication et ne ressortit que tardivement des placards. Il n'apparut ainsi jamais à la télévision française et n'existe qu'en version originale.

Acteurs :

Neville Brand (1920-1992) incarna le terrible Al Capone dans le pilote des Incorruptibles. Il fut un héros de la Seconde Guerre Mondiale, aux multiples décorations. Grand spécialiste des rôles de vilains (films noirs, de guerre, ou de western), il joua de nouveau Al Capone dans le film The George Raft story (1961). Lecteur passionné, Neville Brand avait réuni une collection de plus de 30 000 ouvrages. En 1978, la majeure partie en fut détruite lors de l'incendie de sa résidence de Malibu.

George Takei (1937) reste bien entendu fameux pour son rôle d'Hikaru Sulu, le vaillant pilote de l'Enterprise dans Star Trek Classic comme dans les adaptations au cinéma. Apparu dans de nombreuses autres séries (McGyver, Miami Vice...), il est également très impliqué dans les relations entre Japon et États-Unis, ainsi que dans la défense des droits des homosexuels.

Retour à l'index


32. LA RÉSURRECTION
(MR. GARRITY AND THE GRAVES)



Date de diffusion : 8 Mai 1964
Auteur : Rod Serling, d'après une histoire de Mike Korologos
Réalisateur : Tommy Morgan

Résumé :

Vers 1890, Mr. Garrity arrive dans une petite ville de l'Ouest. Il affirme pouvoir ressusciter les morts et chercher ainsi le bonheur de tous. Or tous les habitants sont prêts à le payer pour que les défunts demeurent au cimetière…

Critique :

Cette ultime virée de l'anthologie dans les étranges contrées du Weird West exploite au mieux l'inépuisable personnage du bateleur promettant sans cesse monts et merveilles avec les justifications les plus abracadabrantes qui soient. L'élément fantastique n'intervient qu'en toute fin de récit, autorisant une amusante conclusion et une insertion justifiée au sein de The Twilight Zone, mais l'intérêt premier de Mr. Garrity and the Graves se situe ailleurs.

L'épisode s'avère ainsi un petit bijou d'humour noir et de satire sociale. Le twist hilarant voyant les villageois non pas se réjouir du retour de leurs disparus, mais au contraire payer une fortune pour s'assurer du contraire, apparaît fort bien amené.

Les différentes justifications plus ou moins honteuses présentées devant un goguenard Garrity dévoilent toutes les lâchetés et les turpitudes des uns et des autres, soigneusement dissimulées derrière l'apparence prospère et heureuse de la petite ville, ce que le roublard Garrity avait parfaitement deviné. Peu importe que l'on devine dès le départ qu'il s'agit d'une arnaque tant cette comédie humaine se montre caustique et irrésistible.

Si la mise en scène ressort efficace, on retiendra surtout le jeu en roue libre d'une excellente distribution, dominée par un brillant John Dehner. Les différents comédiens interprètent avec l'entrain et le pittoresque nécessaires cette farce aussi joyeuse qu'impitoyable, s'achevant sur un gag aussi ironique qu'à pleurer de rire. Comme léger regret, l'on retiendra qu'il ne soit jamais expliqué comment le complice de Garrity parvient à disparaître aussi soudainement.

Acteurs :

John Dehner (1915-1992) eut une longue carrière au cinéma, à la télévision, mais aussi à la radio où il fut une grande figure des dramatiques des années 50 et 60. Il joua très souvent les méchants, notamment dans des westerns (Gunsmoke, Maverick, Bonanza, La grande vallée, Le Virginien…). Il apparaît également dans Les Incorruptibles, L'Immortel, Max la Menace, Mannix… Dehner participe à deux autres épisodes de La Quatrième Dimension : Le solitaire et La jungle.

Retour à l'index


33. AUTOMATISATION
(THE BRAIN CENTER AT WHIPPLE'S)



Date de diffusion : 15 Mai 1964
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Richard Donner

Résumé :

Wallace V. Whipple, chef d'entreprise, décide d'automatiser au maximum ses chaines de production ainsi que l'ensemble de sa société. Les machines se substituent progressivement à l'homme...

Critique :

L'épisode compte comme point fort un impeccable travail de production, comportant d'excellents décors au design agréablement Sixties. Quelques inserts réussis viennent compléter l'ensemble, de même qu'une ultime apparition de Robby le Robot (Planète Interdite), cette fois fort heureusement muni de son visage complet et non de la version passablement ridicule aperçue dans Uncle Simon. Malheureusement, on retrouve ici le ton prêcheur et appuyé déjà subi précédemment cette saison, avec des postures terriblement démonstratives, bien davantage caricaturales que subtilement évocatrices.

La chute se révèle tout à fait prévisible, sur le thème si rebattu de l'arroseur arrosé. L'anthologie et Rod Serling ont su aborder le thème de la déshumanisation du travail avec nettement plus de finesse par le passé, notamment dans A stop at Willoughby. L'interprétation paraît également plus sommaire qu'à l'ordinaire. L'épisode présente néanmoins le mérite d'évoquer une tendance profonde de sa décennie, aux innombrables répercussions toujours parlantes à l'heure actuelle.

Acteurs :

Richard Deacon (1921-1984) se spécialisa dans les rôles d'autorités au cinéma (Invasion of the body snatchers, 1956...) comme à la télévision, notamment dans plusieurs sitcoms (It's a great life...). Il fut également un gourmet et cuisinier raffiné dont les différents livres de cuisine connurent un grand succès durant les années 70 et 80.

Retour à l'index


34. L'HOMME À LA GUITARE
(COME WANDER WITH ME)



Date de diffusion : 15 Mai 1964
Auteur :
Anthony Wilson
Réalisateur : Richard Donner

Résumé :

En excursion à la campagne, un chanteur de rock-a-billy fait la connaissance d'une jeune fille interprétant à merveille une superbe ballade romantique. Mais les évènements étranges vont se multiplier...

Critique :

L'épisode reprend une trame finalement assez proche de celle de Death Ship, entremêlant les thèmes de l'au-delà. Malheureusement, il échoue en tous points, marquant un contraste des plus marqués avec le chef d'œuvre de la saison précédente. Au lieu de dresser une énigme captivante dont la résolution entraînerait une retentissante conclusion du récit, l'intrigue accumule les faits bizarres sans se soucier d'une quelconque progression scénaristique ou de relier ces faits épars.

Une boucle temporelle doit s'organiser avec rigueur pour se montrer pertinente et captiver le public, tandis qu'ici on ne discerne qu'un patchwork d'évènements particulièrement brouillon. Susciter l'étrange n'a jamais consisté à faire n'importe quoi en bloc. On regrette également que le pot-aux-roses soit révélé dès l'introduction de l'histoire, uniquement pour obtenir un effet immédiat et facile. L'absence de l'art de la narration étonne chez Anthony Wilson, auteur à la fort belle carrière (futur créateur de Banacek, Sam Cade, la série La planète des singes, scénariste du pilote des Envahisseurs...).

Quelques éléments de ridicule viennent parachever l'ensemble comme les costumes caricaturaux ou le très mauvais jeu des comédiens, à commencer par Gary Crosby. Parmi les rares points positifs du fiasco, on écoutera avec plaisir la chanson titre, égrenant les divers évènements survenus. Elle fut d'ailleurs plusieurs fois reprise après la diffusion de l'épisode par des artistes tant américains que britanniques.

Le rock-a-billy du héros, antédiluvien aujourd'hui, situe agréablement l'anthologie au sein des Sixties et présente le mérite de nous rappeler à quel point elle a mieux résisté au temps que nombre d'autres caractéristiques de son époque. Le syndrome Emily frappe à nouveau car Come wander with me constitue le dernier épisode tourné de La Quatrième Dimension !

Acteurs :

Gary Crosby (1933-1995) fut le fils du légendaire Bing Crosby. En 1983, après la mort de ce dernier, il fit paraître une autobiographie sans fards, évoquant notamment des abus sexuels commis durant son enfance ; cela causa un immense scandale. Gary Crosby tint plusieurs seconds rôles dans diverses séries américaines, dont Adam-12 (1968-1975).

Retour à l'index


35. QUI A PEUR DE QUI ?
(THE FEAR)



Date de diffusion : 29 Mai 1964
Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Ted Post

Résumé :

Une New-Yorkaise retirée à la campagne suite à une dépression nerveuse aperçoit d'étranges lumières dans le ciel. Le shérif vient lui rendre visite à ce propos quand plusieurs évènements étranges indiquent qu'une immense créature humanoïde rode autour de la maison...

Critique :

Pour son ultime épisode de l'anthologie en tant qu'auteur, Rod Serling ne force guère son talent, se contentant d'un simple remake de The Invaders, en inversant simplement les perspectives entre Aliens et Humains. Or la comparaison avec le chef d'œuvre de Matheson et The Fear se montre dévastatrice pour ce dernier. Le traitement de l'intrigue manifeste bien moins de force, empruntant clairement aux standards des séries télévisées de l'époque. La mise en scène de Ted Post se révèle également bien plus quelconque, subissant par ailleurs de plein fouet un criant manque de moyens lorsqu'elle s'aventure à quelques effets spéciaux.

Comme souvent, on retrouve néanmoins la patte de Serling dans la finesse de la description des personnages et l'empathie développée avec ceux-ci. Le duo que tout oppose mais qui parvient à faire front commun devant l'adversité puis à sympathiser demeure un grand classique, mais il se développe ici avec efficacité.

L'épisode doit également beaucoup à ses deux interprètes, Peter Mark Richman manifestant son expressivité coutumière, annonçant sa superbe carrière à venir, tandis qu'Hazel Court renoue avec ses célèbres postures de films d'épouvante, non sans un indéniable brio. Les dialogues, marqués par le style de Rod Serling, se montrent plaisants, et la connivence s'installant au sein du duo apporte un intérêt compensant partiellement la faiblesse de l'intrigue de Science-Fiction, trop prévisible et balisée pour réellement fonctionner.

Acteurs :

Hazel Court (1926-2008) fut une grande vedette des films d'épouvante des années 50 et 60, notamment en duo avec Vincent Price : Devil girl from Mars (1954), The curse of Frankenstein (1957), Le masque de la Mort Rouge (1964), etc. Cette actrice anglaise participa également à quatre épisodes d'Alfred Hitchcock présente, ainsi qu'à Mission : Impossible, Destination Danger, Les Mystères de l'Ouest, Mannix... En 2008 parurent ses mémoires Hazel Court, Horror Queen.

Peter Mark Richman (1927) est une figure régulière des séries américaines. Il participe ainsi à Les Mystères de l'Ouest, Mission : Impossible, Le Fugitif, Star Trek, Les Envahisseurs, Mannix, Baretta, Dallas, L'Ile Fantastique, Dynasty et bien d'autres encore.

Retour à l'index


36. LA PISCINE ENSORCELÉE
(THE BEWITCHIN' POOL)



Date de diffusion : 19 Juin 1964
Auteur :
Earl Hamner Jr.
Réalisateur : Joseph M. Newman

Résumé :

Un couple très aisé de californiens est en train de se déchirer, avant de divorcer. Leurs deux enfants découvrent alors au fond de leur piscine un passage conduisant à un monde merveilleux….

Critique :

L'eau, fluide parfait et chargé de symboles, a souvent été considérée dans la littérature fantastique comme une porte entre les mondes. Earl Hamner exploite ce thème avec sa malice habituelle, opposant le monde réel si rude pour les enfants à cet imaginaire évoquant irrésistiblement Peter Pan (mais aussi le style de vie hédoniste de la Californie et aux vertus de l'Amérique profonde).

Fort intelligemment, l'auteur emploie l'humour et la fantaisie, rendant son œuvre bien plus digeste que les épisodes moralistes et prêcheurs rencontrés à diverses reprises cette saison. Cette fable d'apparence bon enfant constitue en effet une critique acérée de l'égoïsme forcené des adultes, plaçant leurs enfants bien en deça de leurs priorités personnelles : intrigues amoureuses, réussite sociale, querelles personnelles…

Les différents personnages se voient joliment croqués et bénéficient d'une interprétation très vivace. En aînée tentant de protéger son petit frère, tout en espérant de tout cœur un impossible miracle chez ses parents, Mary Badham (doublée par June Foray pour pallier à une mauvaise prise de son) se montre particulièrement émouvante.

La traditionnelle scène d'introduction fut remplacée par un extrait en flashforward, cette répétition permettant de suppléer à une durée trop courte de l'épisode. The Bewitchin' pool, fable à la fois poétique et cruellement réaliste, permet à l'anthologie de clore dignement son parcours, en attendant le film de 1983.

Acteurs :

Mary Badham (1952) fut une enfant star. Âgée de 10 ans, elle devint la plus jeune actrice jamais proposée pour l'Oscar du second rôle pour Du silence et des ombres. Ce film marqua également le début d'une amitié avec Gary Cooper qui se prolongea jusqu'à la mort de ce dernier, en 2003. Après quelques autres rôles, elle se retira cependant dès 1964. Mary Badham se consacra par la suite à la restauration d'œuvres d'art. Elle est la sœur cadette du réalisateur John Badham.

Retour à l'index


TOP 5 DE LA SAISON 5

1) Étape dans une petite ville : L'un des sommets de l'irruption de l'étrange au sein du quotidien, l'une des caractéristiques fondatrices de l'anthologie. L'énigme tient le spectateur en haleine de bout en bout et la chute s'avère réellement renversante !

2) Cauchemar à 20 000 pieds : Après Les prédictions, William Shatner est de retour pour un nouveau rôle délectable d'anti-héros. Le huis clos se montre intense à souhait, bénéficiant d'une mise en scène particulièrement inventive.

3) Portrait d'une jeune fille amoureuse : Une dystopie particulièrement imaginative et féroce. Le dégradé, menant des aspects les plus rieurs de cet univers en folie jusqu'au pur cauchemar, est mené de main de maître. L'effet de contraste joue à plein, interpellant directement le spectateur.

4) La rivière du Hibou : Le talent de Robert Enrico s'impose avec éclat lors d'une des mises en scène les plus élaborées et visuellement superbes de La Quatrième Dimension. Une œuvre d'une fascinante essence poétique, au cœur de paysages français apportant une originalité bienvenue.

5) La poupée vivante : Un récit particulièrement dérangeant, exprimant une cruauté présente tant chez la victime que chez son bourreau. Le Fantastique se voit de nouveau employé avec intelligence, comme révélateur des aspects sombres de l'Humanité. Superbe composition de Telly Savalas.

Retour à l'index

Crédits photo : Universal.

Images capturées par Estuaire44.