saison 1 saison 3

La Quatrième Dimension(1959-1964)

Saison 4

Présentation de la saison 4

1. À son image (In His Image)

2. Une tombe à 55 mètres de fond (The Thirty-Fathom Grave)

3. La vallée de l'ombre (Valley of the Shadow)

4. Il est vivant (He's Alive)

5. La muette (Mute)

6. Le vaisseau de la mort (Death Ship)

7. Jess-Belle (Jess-Belle)

8. Miniature (Miniature)

9. Le journal du Diable (Printer's Devil)

10. Le bon vieux temps (No Time Like the Past)

11. Le parallèle (The Parallel)

12. Un rêve de génie (I Dream of Genie)

13. La nouvelle exposition (The New Exhibit)

14. Je me souviens de Cliffordville (Of Late I Think of Cliffordville)

15. Le monde incroyable de Horace Ford(The Incredible World of Horace Ford)

16. Jeudi, nous rentrons à la maison (On Thursday We Leave for Home)

17. Traversée à bord du Lady Anne (Passage on the Lady Anne)

18. Le chantre (The Bard)

Top 5 de la saison 4


PRÉSENTATION DE LA SAISON 4

The ideal Twilight Zone started with a really smashing idea that hit you right in the first few seconds, then you played that out, and you had a litlle flip at the end, that was the structure. (Richard Matheson)

Ours is the perfect half-hour show… If we went to an hour, we'd have to fleshen our stories, soap-opera style. (Rod Serling)

Mise en sommeil au printemps du fait de la difficulté à trouver un sponsor, puis remplacée par la série humoristique Fair Exchange, La Quatrième Dimension se voit relancée par CBS en novembre 1962. De notables différences interviennent néanmoins, illustrées d'ailleurs par un éloquent changement de titre : The Twilight Zone devenant simplement Twilight Zone. Si Rod Serling, quittant sa chaire de Mass Media, conserve la direction officielle de la série, son pouvoir décisionnel se voit considérablement réduit. Il doit notamment céder sur la durée des épisodes, ceux-ci passant d'une courte demi-heure à quasiment une heure. Il s'agit d'une revendication ancienne de la chaîne pour permettre à l'anthologie de s'insérer plus commodément dans la grille américaine des programmes, traditionnellement découpée en tranches d'heure complète.

Fidèle à sa politique de programmation, CBS espère également attirer un public élargi et davantage familial grâce à ce format plus usuel et donc considéré comme moins rebutant. Serling avait jusqu'ici pu défendre sa conception d'un programme court débouchant sur une retentissante chute, mais l'affaiblissement de l'anthologie ne lui en laisse plus le loisir.

La diffusion de la nouvelle version débute le 3 janvier 1963 lors des coutumiers lancements de mi-saison. Elle remplace à son tour Fair Exchange. Plusieurs figures historiques de l'équipe de production se sont entre-temps éclipsées vers d'autres horizons, ce qui pénalisera considérablement cette reprise. Un nouveau générique est mis en place. Le trio central Serling/Matheson/Beaumont demeure en place concernant l'écriture des scénarios, mais de manière moins importante. Les problèmes récurrents de santé de Beaumont s'aggravent et Serling s'investit moins que précédemment dans le projet. Également bien moins présent sur les tournages, ses proverbiales ouvertures d'épisodes seront ainsi réalisées à part, sur un fond uniformément gris, et non plus délicieusement insérées dans celui de l'épisode.

La série s'ouvre donc, partiellement, à d'autres auteurs ou capitalise sur des compagnons de route tels Earl Hammer Jr. Comme conséquence de la tardive entrée en lice, le nombre total d'épisodes connaît également une forte décrue, s'établissant à 18, contre 37 la saison précédente. L'anthologie atteint cependant le chiffre déjà imposant de 120 épisodes et connaît de ce fait toujours davantage de peine à se renouveler et à innover.

En définitive, même si l'on observe encore deux nominations au Emmy Awards et une victoire aux Hugo, les prédictions de Rod Serling se révèlent hélas exactes. Ce format long fait perdre sa spécificité à la série tandis qu'un trop long délayage minore souvent l'efficacité de la chute. Plusieurs épisodes demeurent néanmoins excellents, mais la qualité d'ensemble subit un net glissement tandis que la majorité des fans considère encore aujourd'hui cette période comme la moins enthousiasmante. Ils admettent souvent une césure entre les trois premières saisons et les ultérieures, moins brillantes, même si La Quatrième Dimension demeure clairement la meilleure série Fantastique de son temps.

La grande majorité des épisodes de cette saison 4 n'a d'ailleurs pas été diffusée en France et ceux-ci demeurent non traduits. Devant l'évidence, CBS acceptera un retour au format habituel pour la saison suivante. L'anthologie se voit en effet renouvelée car si les gains d'audience espérés par CBS par le passage au format standard d'une heure ne se vérifient pas, le public, fidèle, ne déserte pas.

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1. À SON IMAGE
(IN HIS IMAGE)



Date de diffusion : 03 janvier 1963

Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Perry Lafferty

Résumé :

Alain Talbot, citoyen ordinaire et nouvellement fiancé, se sent envahi d'inexplicables pulsions homicides, de plus en plus violentes. Un jour, il y cède, poussant une vieille dame sous le métro. De plus, sa mémoire s'altère progressivement, des pans entiers de son passé disparaissant. Lors d'une visite de sa ville natale où il ne reconnaît plus rien, une effarante vérité se fait jour…

Critique :

Passée l'amère déception de découvrir Rod Serling incrusté sur son triste fond gris (quelle perte de saveur !), force est de constater que cette saison 4 a la main plutôt heureuse pour cet épisode inaugural. Le délayage occasionné par le rallongement des intrigues au format d'une heure s'amoindrit grâce à l'adaptation d'une œuvre originale de Beaumont, riche et seulement secondairement conçue comme un récit à chute. L'essentiel se situe ailleurs, avec cette vision purement littéraire du concept de robot.

Beaumont n'évite pas certaines faiblesses comme un temps d'exposition trop long ou une mise en place assez mécanique de l'effondrement de la réalité telle que la perçoit Talbot, on a connu bien plus dérangeant précédemment. Mais son récit s'inscrit avec bonheur dans une veine féconde du Fantastique remontant à Frankenstein.

La dimension purement de Science fiction de son histoire n'en atténue pas l'étrange poésie, et Ryder apparaît bien comme un Prométhée postmoderne, participant au Divin par sa création d'une vie, aussi artificielle soit-elle. Ce sentiment vertigineux renvoie également à la notion de mort, thématique chère à l'auteur. Talbot ressent son inexorable approche avec une angoisse similaire à celle d'un humain. Sa farouche volonté d'une porte de sortie via la construction d'un autre lui-même émeut autant qu'elle interpelle le spectateur. L'on ressort troublé de cette histoire autrement plus ambitieuse et profonde que celle des Cybernautes des Avengers (ou pour rester dans l'anthologie, de la nounou robot d'I sing the body electric) dont on se gargarise tant par ailleurs. Cette dimension toute littéraire constitue l'originalité et la force d'une vision du Robot aux antipodes des constructions logiques et ludiques d'un Asimov ou de l'élan divertissant du Space Opera.

Une nouvelle fois, Beaumont trace son sillon en rénovant avec succès les thèmes classiques, mais le succès de In His Image doit aussi beaucoup à l'excellente prestation de George Grizzard, incarnant avec une égale conviction trois personnalités totalement hétéroclites. Si on y rajoute le personnage encore différent de La potion magique, la richesse de sa palette de comédien s'impose avec force, et on l'imagine sans mal triompher sur scène. Que le reste de la distribution se montre plus anodin ne présente guère d'inconvénient.

Le réalisateur vétéran Perry Lafferty (futur beau-père de William Shatner) manifeste également un vrai métier dans l'usage des bruitages et des décors, tandis qu'il filme avec un vrai sens de l'impact les moments où Talbot bascule dans la folie homicide (très intense introduction). Dans la grande tradition de La Quatrième Dimension, il réemploie avec succès des éléments de décors déjà usités dont la station de métro de L'esprit et la matière. Les scènes urbaines ou d'intérieur retrouvent également cet aspect de documentaire sur l'époque, régulièrement apprécié au fil de l'anthologie.

L'épisode connaît une chute assez prévisible, de plus anecdotique face à son sujet, mais demeure une entrée en matière réussie pour cette saison.

Acteurs :

George Grizzard (1928-2007) fut avant tout une grande figure de Broadway, ne cessant de paraître sur scène tout au long d'une carrière s'étendant sur cinq décennies. Il participe néanmoins à de nombreux films et séries : Alfred Hitchcock présente, Hawaii Police d'État, Perry Mason, Arabesque, Law & Order...  Il apparaît également dans un épisode de la première saison, La potion magique.

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2. UNE TOMBE À 55 MÈTRES DE FOND
(THE THIRTY-FATHOM GRAVE)

Date de diffusion :  10 janvier 1963

Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Perry Lafferty

Résumé :

Aux environs du site de la bataille de Guadalcanal, l'équipage d'un destroyer de 1963 découvre, profondément immergée, l'épave d'un sous-marin de 1942. Étrangement, des bruits s'en échappent, comme si une activité s'y déroulait encore. Un des sous-officiers du navire devient sujet à des hallucinations de plus en plus effrayantes.

Critique :

Après un opus inaugural fort réussi, la saison 4 rencontre ses démons à l'occasion de cet interminable pensum. On assiste ainsi à un bel exemple de recyclage de récits précédents par épuisement narratif tant l'intrigue se rapproche de celle de La nuit du jugement (pour la dimension maritime et surnaturelle), mâtinée à celle de L'arrivée (pour l'aspect énigmatique). Mais ce qui pénalise avant tout The thirty-fathom grave demeure la terrible inadéquation du format long désormais revêtu par l'anthologie. Car ici le rallongement temporel ne s'accompagne d'aucun apport narratif substantiel.

Pour meubler, Serling multiplie les allées et venues, souligne toutes les prises de décisions, multiplie les scènes statiques… Une histoire traditionnellement simple mais si intelligente et efficace se délaie désormais en amas de bavardages souvent passifs. De plus, comme nous sommes en terrain connu (le Hollandais Volant), la chute apparaît vite prévisible au dernier degré. Cet élément de suspense réduit à la portion congrue, le spectateur ne peut désormais plus qu'attendre, tandis que s'étirent désespérément les minutes. Difficile de ne pas établir de parallèle entre l'immobilisme de l'histoire et celle du bateau.

Plusieurs éléments viennent néanmoins à la rescousse de l'intrigue et des dialogues, empêchant l'épisode d'échouer totalement. On apprécie vivement la performance de Simon Oakland en commandant au solide bon sens, bourru, mais finalement paternel envers son équipage. On s'amusera à y retrouver de nombreux points communs avec le futur général Moore des Têtes brûlées. Perry Lafferty s'ingénie à contrecarrer l'impression de confinement et d'immobilisme inhérente à ce huis clos en rendant sa caméra aussi mobile que le contexte le lui permet. Surtout, il bénéficie d'un superbe décor lors de ce tournage effectivement réalisé sur un destroyer de l'US Navy.

Les amateurs de marine découvriront avec plaisir les diverses installations d'un USS classe Forrest Sherman (les tous premiers conçus après guerre) dont la passerelle délicieusement rétro. Les passages en extérieur valent également le coup d'œil. Tout ceci contribue à amoindrir l'ennui mais non à le dissiper totalement, il s'en faut de beaucoup.

Acteurs :

Simon Oakland (1915-1983) se spécialisa dans les personnages détenteurs d'autorité. Il fut ainsi le patron de Carl Kolchak dans The Night Stalker (1972-1975) et le général Moore, supérieur de Pappy Boyington dans Les Têtes brûlées (1976-1978). Il apparut également dans Les Incorruptibles, Perry Mason, Bonanza, Max la Menace, Hawaï Police d'État… Au cinéma, il participa à Psychose, West Side Story, Bullitt, etc. Violoniste de haut niveau, il débuta sa carrière en donnant de nombreux concerts à travers le pays.

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3. LA VALLÉE DE L'OMBRE
(VALLEY OF THE SHADOW)

Date de diffusion : 17 janvier 1963

Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Perry Lafferty

Résumé :

À la recherche d'un raccourci que jamais il ne trouva, Philip Redfield, journaliste, découvre Peacefull Valley, une petite ville perdue dans la campagne américaine. L'endroit et ses habitants sont charmants, mais Redfield va vite s'apercevoir qu'ils sont prêts à tout pour dissimuler un fabuleux secret...

Critique :

Beaumont étonne par cet épisode charmant mais très léger, aux antipodes de son style coutumier. L'on ne s'ennuie certes pas en regardant Valley of Shadow car la découverte des différents prodiges scientifiques détenus par les habitants constitue un fil rouge plaisant. L'amateur de la Science-Fiction de cette époque s'amusera ainsi à y découvrir quelques standards du Space opera classique, déplacés astucieusement dans une petite ville américaine commune.

Malheureusement, outre une bluette désarmante de naïveté, l'auteur se cantonne à cette répétition facile, échouant totalement (ne tentant même pas) à constituer une atmosphère étrange et inquiétante, voire paranoïaque à l'image du Prisonnier. Pourtant, cette histoire d'un adorable village devenu prison (et sa mairie au sous-sol dissimulant tout un arsenal technologique) aurait pu s'y prêter en employant à bon escient la durée supplémentaire impartie à l'épisode. La lecture au second degré, dénonciation des périls scientifiques, s'affiche de manière bien moins subtile que ce que l'anthologie nous offrait jadis.

De fait, pas une seule fois l'on ne ressent un réel danger ou une quelconque intensité dramatique tant ces gens s'avèrent gentils et de bonne foi. De plus, l'inévitable issue heureuse se laisse voir venir de loin car particulièrement évidente (ne surprenant pas le public de L'heure perdue des Avengers), privant Valley of Shadow de tout chute retentissante. « J'aurais dû y penser plus tôt » déclare le maire, ce qui demeure un peu court comme explication. La protagoniste féminine se révèle non dépourvue de clichés.

L'épisode bénéficie toutefois d'une interprétation de grande qualité, et même si Lafferty ne peut guère apporter de vie à ces incessants dialogues, reste agréable par cette patine rétro dont décidément on ne se lasse pas. Heureux temps où le plein de carburant de la monumentale Chevrolet Impala coûtait moins de cinq dollars ! Dean Winchester en aurait pleuré... De manière amusante, on discernera également dans cet opus un prédécesseur lointain d'Eureka, série certes distrayante et moins naïve dans son argument, mais également dépourvue de profondeur et d'intensité.

Acteurs :

Ed Nelson (1928-2014) débuta comme réalisateur avant de rapidement devenir comédien à part entière dans les années 50. Il participe à un très grand nombre de séries américaines : Bonanza, Laramie, Les Incorruptibles, Le Fugitif, Cannon, Le Sixième Sens, Les rues de San Francisco, Super Jaimie, Dynastie, Arabesque, etc.

Morgan Brittany (1951), créditée ici sous son vrai nom de Suzanne Cupito, et ici à l'orée de sa carrière, incarne la petite fille. Elle deviendra très connue pour son rôle de Katherine Wentworth dans Dallas. Après un brillant parcours d'enfant acteur (on la retrouve dans les épisodes Cæsar and me et Nightmare as a Child), Morgan Brittany apparaît dans de très nombreuses publicités et séries américaines : Lassie, Buck Rodgers, Shérif fais-moi peur, L'Île Fantastique, La Croisière s'amuse (sept apparitions), Les Dessous de Palm Beach, etc.

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4. IL EST VIVANT
(HE'S ALIVE)

Date de diffusion : 24 janvier 1963

Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Stuart Rosenberg

Résumé :

Peter Vollmer, jeune néo-nazi, connaît un foudroyant début de carrière politique. Il bénéficie pour cela des conseils avisés d'un mystérieux inconnu au visage dissimulé dans le noir. Or, il se révèle que celui-ci n'est autre que le fantôme d'Adolf Hitler !

Critique :

Avec He's alive, nous renouons avec une sensation similaire à celle éprouvée lors du Musée des morts, épisode traitant déjà des terribles conséquences du nazisme. L'on se trouve confronté à l'évidente totale sincérité de Rod Serling, humaniste pour qui cette nuit de l'esprit représente le mal absolu. La force salutaire de ce rejet se ressent clairement et il s'avère impossible d'y demeurer insensible.

Malheureusement, une nouvelle fois, ce discours vibrant emploie une forme terriblement maladroite. Par sa naïveté et sa démonstration dépourvue de subtilité, ce récit devient vite contre-productif. La dimension Fantastique s'y révèle réellement ridicule, avec ce fantôme d'Hitler grotesque et hors sujet. Il aurait été bien davantage fin et pertinent de montrer qu'un phénomène semblable au nazisme peut parfaitement naître et prospérer dans nos sociétés contemporaines, plutôt que d'utiliser un subterfuge aussi puéril. De plus, l'histoire pèche par le manque absolu de réalisme du parcours de Vollmer et du simplisme des diverses péripéties survenant. Rod Serling emprunte à l'évidence la voie de la fable.

Un récit acéré et concret aurait présenté bien plus d'impact, à l'image d'ailleurs de La Résistible Ascension d'Arturo Ui (1959) de Brecht dont l'épisode rejoint le thème mais pas l'habileté narrative. La caméra de Stuart Rosenberg se montre, hélas, aussi emphatique que l'écriture de l'auteur, soulignant jusqu'à l'absurde chaque effet.

Grandiloquence demeure le terme synthétisant au mieux cet opus, avec comme parachèvement le cabotinage exalté de Dennis Hopper. Sa performance paraît parfaitement calibrée pour un Oscar mais achève d'épuiser le spectateur par son volume sonore et ses outrancières postures ; il confond le charismatique avec le strident. L'extension du format de l'anthologie se retourne une nouvelle fois contre celle-ci car l'ardente prestation du jeune acteur aurait été nettement mieux appréciée sur une durée plus adéquate. Rod Serling achève son récit avec une conclusion derechef tonitruante.

Il a toutefois le bon goût, eu égard à la gravité et à la solennité du thème abordé, de ne pas recourir à son gimmick The Twilight Zone, un évènement unique dans toute l'anthologie.

Acteurs :

Dennis Hopper (1936-2010) fut une figure majeure du cinéma américain en tant que réalisateur et acteur d'Easy Rider (1969), mais aussi pour ses participations marquantes à Apocalypse now (1979), Blue Velvet (1986), ou Speed (1994), etc. Se faisant connaître comme partenaire de James Dean dans plusieurs productions (La Fureur de vivre, 1955...), il tourne dans plus de 150 films et apparaît dans de nombreuses séries télé (Time Tunnel, Bonanza, 24h Chrono…). Il est également connu pour ses talents de photographe et de sculpteur.

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5. LA MUETTE
(MUTE)

Date de diffusion : 31 janvier 1963

Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : Stuart Rosenberg

Résumé :

Les parents de la petite Ilse ont éduqué celle-ci dans une maison isolée. Ils développent en elle le don de télépathie, en ne lui enseignant aucune autre forme de langage. Ilse est donc muette, ne sachant pas parler, mais parvient à lire dans l'esprit d'autrui. Ses parents décèdent brusquement dans un incendie et elle se retrouve hébergée par le shérif et son épouse, dont l'unique fille est également morte. Ils l'inscrivent alors à l'école…

Critique :

De manière encore plus affirmée que Beaumont pour Valley of the shadow, Richard Matheson se démarque totalement de son art coutumier, avec à la clef un résultat absolument affligeant. Alors qu'il plaçait, avec un talent unique, ses protagonistes dans des situations absurdes et inexpliquées, il choisit ici de développer tout un pesant et verbeux préambule pour planter son décor. Les autres personnages se perdent en conjectures sur la nature d'Ilse, mais comme le spectateur connait in extenso la solution de l'énigme, toute intensité dramatique ou suspense disparaissent de ces bavardages tournant en boucle.

Outre sa pesante introduction, cette histoire se développe avec maladresse, sa longueur accrue la rendant encore davantage soporifique. Outre les rocambolesques circonstances ayant conduit Ilse dans cette école, l'auteur croît judicieux de rajouter une nouvelle énorme coïncidence avec cette institutrice ayant connu une expérience similaire. Cela relève d'une naïveté à la rare lourdeur chez Matheson. La narration ne cesse d'en rajouter dans le mélodrame facile et sucré, rappelant le déjà calamiteux I sing the body electric de Bradbury. La convergence des deux épisodes s'impose d'autant plus que les décors extérieurs se révèlent les mêmes.

On a vraiment l'impression qu'il s'agit d'un lénifiant récit pour la jeunesse tel qu'on en concevait dans les années 60, et non d'un opus de The Twilight Zone. La conclusion, à la morale d'un étonnant conservatisme et au happy end expéditif, se montre de plus hautement prévisible et totalement dépourvue d'une de ces chutes vertigineuses que nous offrait jadis Matheson. Quelle négation des valeurs de l'individualité et du talent ! Mute passe à côté de son sujet, les traumas infligés durant l'enfance et leurs conséquences à l'âge adulte. À l'exception d'Ann Jullian qui tient avec expressivité son rôle muet, le reste de la distribution apparaît correct, guère plus.

Avec les moyens limités de l'anthologie, Rosenberg réussit cependant quelques plans suggestifs restituant fort plaisamment les visions d'Ilse (photos s'animant, images en surimpression sur les têtes…). C'est malheureusement insuffisant pour tirer hors de l'ornière Mute, qui souffre également du côté rabattu de son thème, la télépathie. Un classique maintes fois usité de la Science-fiction, employé ici sur un mode fort basique. L'on n'échappe d'ailleurs pas à quelques poncifs comme Ilse terrassée par l'afflux des pensées d'une foule l'environnant, tout comme Buffy Summers dans l'épisode Voix intérieures, récit autrement plus enlevé et imaginatif que cette historiette des plus mineures dans l'œuvre du grand Matheson.

Acteurs :

Ann Jillian (1950) connut une belle carrière d'actrice de voix dans de nombreux dessins animés. Après plusieurs rôles d'enfant et de jeunes filles, elle mit sa carrière entre parenthèses durant les années 70. Elle connut une grande popularité durant les années 80 avec la sitcom It's a Living (1980-1989). Elle participe à Kojak, L'Île fantastique, Perry Mason, Walker Texas Ranger

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6. LE VAISSEAU DE LA MORT
(DEATH SHIP)

Date de diffusion : 7 février 1963

Auteur : Richard Matheson
Réalisateur : Don Medford

Résumé :

Avançant au mépris du danger vers l'inconnu, un vaisseau spatial survole une planète abritant de la vie. Ayant repéré un éclat métallique, les trois cosmonautes se posent. Ils trouvent alors une réplique absolument exacte de leur engin, mais s'étant écrasé au sol. À l'intérieur, ils découvrent leurs propres cadavres…

Critique :

Après l'inquiétante chute d'air de l'opus précédent, c'est avec un plaisir entier que l'on retrouve un Richard Matheson au sommet de son art. Il renoue ici avec les situations absurdes dont il a le secret, mais avec une miroitante innovation vis-à-vis de ses précédents épisodes : les victimes de ce mauvais tour du destin ne sont pas cette fois des quidams que rien ne distingue du spectateur, mais d'héroïques cosmonautes de Space opera. On pourrait craindre un instant que le style si particulier de Matheson se dilue dans ce genre lui étant si étranger, il n'en est rien.

En effet, l'auteur parvient à saisir le meilleur de ces récits (date fantaisiste de 1997, éléments de vocabulaire, vaisseau surréaliste, planète étrange, équipage face à l'épreuve…) tout en les détournant au profit de l'angoissante énigme en place. La fusion des deux styles s'effectue avec un art consommé, l'intrigue ne se contentant pas de ce détournement hors normes d'un récit classique.

Le jeu des hypothèses successives se montre particulièrement brillant, où, de manière finalement ludique, les protagonistes, aux caractères finement balancés, tentent de recourir à différents styles de Science-Fiction pour sortir de l'impasse (dérèglement temporel, intervention extra-terrestre...). Le récit occupe ainsi avec intelligence et sens du tempo le format rallongé de l'épisode, tout en s'autorisant audacieusement des fugues dans un autre plan dont on ne sait s'il relève de l'onirisme, de l'au-delà, ou d'autre chose encore. La maestria dont fait preuve tout du long Matheson s'avère absolument enthousiasmante. Peu à peu, l'hypothèse la plus sombre semble se dessiner, tandis que l'épisode dégage une pure terreur, digne des meilleurs moments de l'anthologie, jusqu'à une chute des plus glaçantes. Death Ship aura implacablement mêlé diverses sources de peur – celle de l'inconnu, de la mort, et de la folie – en les unissant avec un rare impact

Cette relecture du mythe du Hollandais Volant se double d'une fine peinture psychologique, condamnant le refus obstiné du commandant devant l'inévitable. C'est finalement sous ses postures d'esprit fort, désirant tout dominer, que sourd la peur la plus irrépressible. Les différents acteurs se montrent remarquables d'expressivité, achevant de donner une dimension très humaine à ce qui ne constitue définitivement plus un de ces récits d'exploration formatés pullulant à l'époque.

Assisté par une excellente musique et quelques concluants effets spéciaux, Don Medford parvient à soutenir avec éclat le pari de cet épisode entre scènes de Space Opera délicieusement archétypales (on retrouve une nouvelle fois la sublime soucoupe rescapée de Planète Interdite) et plans inspirés mettant admirablement en valeur le jeu des comédiens et rendant palpable l'effroi qui inexorablement les gagne. Se détache la scène montrant les trois cadavres gisant dans la lumière vacillante du second vaisseau, rejoignant cette fois le pur film d'épouvante.

Acteurs :

Ross Martin (1920-1981) reste bien entendu l'interprète du célèbre Artemus Gordon des Mystères de l'Ouest (1965-1969). Ce comédien polyglotte eut également une belle carrière au cinéma, jouant notamment régulièrement dans les films de Blake Edwards (La grande course autour du monde, 1965...). Il participa également à de nombreuses séries télé des années 60 et 70 : Wonder Woman, Columbo, Hawaï Police d'État, Drôles de Dames… Il décède d'une crise cardiaque survenue durant une partie de tennis. Il apparaît également dans l'épisode Quatre d'entre nous sont mourants.

Jack Klugman (1922-2012) débuta à Broadway avant de participer à de nombreux classiques du cinéma (Douze hommes en colère, 1957 ; Le Jour du vin et des roses, 1962 ; Goodbye, Columbus, 1969...). Il reste néanmoins surtout connu pour ses rôles récurrents à la télévision : The Odd Couple, 1970-1975, Quincy, 1976-1983... Klugman joue également dans de nombreuses autres séries : Les Incorruptibles, Le Virginien, Le Fugitif... Il apparaît dans quatre épisodes : Un coup de trompette, Le joueur de billard, Le vaisseau de la Mort, et Amour paternel.

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7. JESS-BELLE
(JESS-BELLE)

Date de diffusion : 14 février 1963

Auteur : Earl Hamner, Jr.
Réalisateur : Buzz Kulik

Résumé :

Vers 1900, dans un petit village de l'Amérique rurale, Ben obtient la main d'Ellwyn. Désespérée et jalouse, Jess-Belle, son ancienne petite amie, fait alors appel à la sorcière locale pour récupérer l'amour de Ben. Elle découvre le prix à payer quand elle devient elle-même une sorcière, se transformant en léopard la nuit…

Critique :

Ce chantre exalté de l'Amérique rurale que fut toujours l'écrivain Earl Hamner recrée ici l'environnement lui tenant tant à cœur, à l'image d'un de ses opus précédents The Hunt. Si le scénario apparaît ici un tantinet moins démonstratif, on y retrouve une naïveté similaire de même que de nombreux éléments culturels identifiants : la campagne, la petite communauté, l'importance de la respectabilité et de la religion, chanson folk comme fil rouge, danses country… Sur ce terreau se bâtit un récit que l'on peut découvrir sous deux angles différents : d'abord comme un pur récit fantastique, conçu autour de la lycanthropie, où le chat sauvage se substitue au loup.

Sous cette optique, l'épisode s'avère une catastrophe proche de l'absolu. Aucune tension nerveuse, aucun effroi ne se dégagent de ce pensum verbeux et statique, conclu sur une confrontation désarmante de candeur. Le patent manque de dynamisme de la mise en scène de Kulik accroit encore cette insignifiance. Contrairement à The Hunt, l'absence de scènes en extérieur se fait cruellement ressentir. Le plus pathétique demeure ces apparitions faméliques d'un léopard amorphe, supposé terroriser les foules, à grands renforts de musique ronflante et d'effets spéciaux remontant à l'époque de Méliès.

Mais l'on glisse finalement assez facilement vers l'autre lecture de Jess-Belle, incité par l'évidente et communicative sincérité de l'ensemble. On y discerne alors la saveur de ces éternels contes et légendes du terroir. On aime y retrouver plusieurs éléments caractéristiques, comme le prince charmant accourant à la rescousse de sa dulcinée en péril, ou la figure emblématique de la sorcière (excellente d'ailleurs, difficile de ne pas songer à la Rhéa du Cöos de Stephen King).

Avec un soupçon de bonne volonté, le spectateur pourra y renouer avec une part de l'émerveillement de l'enfance. On goûte également de redécouvrir cette Amérique profonde, bien moins présente à l'écran que les mégapoles des rivages océaniques. L'interprétation se montre des plus solides, avec un James Best se mouvant avec authenticité dans son répertoire naturel, de même que bon nombre des seconds rôles.

L'attraction principale reste cependant Anne Francis, brune peut-être pour l'unique fois de sa carrière. Dans un rôle subtilement tourmenté, totale antithèse d'Honey West ou de Doreen Maney, elle se montre des plus convaincantes. On ajoutera une vraie émotion de la retrouver si peu de temps après son décès. Elle demeure l'atout de cet épisode bucolique que l'on se surprend à apprécier. Les amateurs de loups-garous à la sauce américaine rouge sang pourront se consoler avec l'excellent Métamorphoses des X-Files.

Acteurs :

Anne Francis (1930-2011) fut l'inoubliable Altaira Morbius, vedette féminine du grand classique de la Science-Fiction Planète Interdite (1956), mais reste également dans les mémoires pour la pétillante Honey West (1965-1966), première série de détective au rôle-titre féminin. Elle joua également dans Les Incorruptibles, Cannon, Dallas, Riptide, Arabesque, L'Île Fantastique, Vegas, Drôles de Dames, Matlock… Cette ancienne mannequin participa également à l'épisode Neuvième étage (saison 1).

James Best (1926-2015) est un spécialiste des seconds rôles de Western, genre dans lequel il apparut près de 300 fois au grand comme au petit écran. Il reste néanmoins remémoré pour son rôle de shérif abruti dans Shérif, fais-moi peur (1978-1985). Il participe à deux autres épisodes de l'anthologie, Les funérailles de Jeff Myrtlebank et Vengeance d'outre-tombe. James Best a publié ses mémoires en 2009.

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8. MINIATURE
(MINIATURE)

Date de diffusion : 21 février 1963

Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Walter Grauman

Résumé :

Charley Parkes, comptable introverti aimant la solitude, a pris l'habitude de déjeuner dans la cafétéria paisible d'un musée. Un jour, dans l'une des galeries, il découvre une superbe maison de poupées du XIXe siècle. Sous ses yeux, son habitante prend soudainement vie ! Il en tombe éperdument amoureux…

Critique :

On pourra certes reprocher à Miniature une chute se révélant prévisible dès le début de l'intrigue. Cette dernière se montre d'ailleurs quelque peu délayée, subissant de plein fouet l'allongement du format de l'anthologie. La maison de poupée, par sa troublante création d'un univers clos distinct du nôtre, a stimulé l'imagination de nombreux auteurs de Fantastique, y compris pour les séries télévisées : remarquable épisode Audrey Pauley des X-Files, décor central de la Dollhouse de Joss Whedon en reconstituant une maison de poupées à l'échelle humaine. Et il demeure exact qu'en comparaison, la version donnée par The Twilight Zone, avec son piano et son ambiance de la haute bourgeoise du XIXe siècle, paraît quelque peu sucrée et simpliste.

Mais l'essentiel de l'épisode se situe ailleurs, dans le fin portrait psychologique du protagoniste. Avec habileté, Charles Beaumont évite toute caricature : la famille de Parkes se montre avant tout aimante, même si elle ne le comprend pas. De manière amusante, sa sœur au caractère bien trempé introduit une touche Sixties dans une anthologie se situant encore volontiers dans l'atmosphère des années 50. Le gardien du musée se montre pareillement pétri d'humanité et de compréhension, de même que le psychiatre. Tout ceci renforce la singularité et l'énigme représentées par cet homme introverti, refusant tout contact réel avec ses contemporains, peinant lui-même à expliquer la raison de sa quête de solitude, pour soudain se découvrir un amour follement romantique.

L'ambiguïté entre le Fantastique et la déraison (jusqu'à la chute) a déjà été exploitée avec succès dans l'anthologie, mais ce profil lui apporte une agréable incertitude supplémentaire. Robert Duvall, au sommet de son art dès l'orée de sa carrière contrairement à d'autres futures stars apparues dans La Quatrième Dimension, se révèle l'acteur parfait pour incarner avec subtilité la troublante personnalité de Parkes. Il devient réellement effrayant en caricature de « l'homme normal » ! On tient là l'une des plus impressionnantes prestations de l'anthologie. Le reste de la distribution se complète de comédiens éprouvés, lui rendant la réplique avec talent.

La mise en scène de Walter Grauman, réalisateur de télévision au long cours, manifeste également une fine sensibilité. La colorisation de l'univers prenant vie dans la maison de poupée s'avère fort bien trouvée, à l'instar du Magicien d'Oz. Cet effet fut rajouté en syndication et constitue l'une des premières tentatives de ce genre.

Acteurs :

Robert Duvall (1931), après plusieurs succès critiques, accéda à la grande popularité grâce au rôle du Consigliere Tom Hagen, dans Le Parrain (1972). Il multiplie par la suite les rôles marquants : Apocalypse Now (1979), Préjudice (1998)... Sélectionné six fois aux Oscars, il remporte cette distinction en 1983 pour Tendre Bonheur.

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9. LE JOURNAL DU DIABLE
(PRINTER'S DEVIL)

Date de diffusion : 28 février 1963

Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Ralph Senensky

Résumé :

Douglas Winter, directeur d'un modeste journal local, voit son entreprise péricliter du fait de la concurrence d'un grand groupe moderne. Désespéré, il s'apprête à sauter quand il rencontre le Diable en personne, dissimulé sous les traits de Mr. Smith, journaliste et linotypiste surdoué. Celui-ci lui propose ses services. Il parvient à renflouer la petite entreprise, grâce à sa linotype annonçant les évènements avec une stupéfiante rapidité…

Critique :

Au-delà du clin d'œil au Heaven can wait de Lubitsch, Printer's Devil permet à Beaumont d'adresser un pamphlet aussi divertissant que cinglant aux dérives d'une certaine presse. La charge s'avère impitoyable car dénonçant non seulement la vénalité sous-tendant ces abandons, hélas de temps à autres avérés, de la déontologie, mais aussi le vertige saisissant parfois les responsables. Il n'y a effectivement qu'un petit pas à franchir pour s'imaginer qu'un évènement n'acquiert sa réalité que s'il est évoqué par les médias, donc soi-même, à l'image de la linotype diabolique.

Beaumont se garde d'ailleurs de rendre sympathiques les concurrents brutaux et sensationnalistes de Winter sous prétexte qu'ils soient victimes des menées du démon. On perçoit clairement que son affinité véritable penche vers le journal honnête et modeste une fois revenu sur le droit chemin. Il rejoint ainsi la veine sous-jacente d'une anthologie manifestant souvent une certaine défiance envers les travers du progrès. La chute, certes assez prévisible compte tenu de la sympathie suscitée par Winter et surtout par son attachante fiancée, ne manque toutefois pas d'une redoutable astuce.

Après les fort réussis Escape clause et A nice place to visit, cette variation faustienne démontre à quel point le personnage de Satan s'avère un inépuisable sujet pour peu qu'il soit utilisé avec intelligence et humour, en fuyant les clichés. On le vérifie encore aujourd'hui avec l'excellent Le Diable et Moi (2007-2009). Le Déchu trouve ici un interprète à la hauteur en Burgess Meredith, compagnon de route d'une anthologie qu'il quitte ici après cet ultime coup d'éclat… en attendant le film de 1983 ! Il apporte au cynique personnage une vitalité et un allant électrisant l'ensemble de l'épisode. Que le même grand acteur ait pu incarner avec un semblable succès le timide protagoniste de Time enough at last en dit long quant à la variété de son talent. Il rattrape ainsi une certaine fadeur des autres membres de la distribution, mais ceux-ci restent efficaces face à un Burgess dévorant l'écran.

Ralph Senensky, ici à l'orée d'une prolifique carrière de réalisateur pour la télévision, apporte un vrai dynamisme à la mise en scène, avec plusieurs bonnes idées comme les images accompagnant en transparence les unes toujours sinistres du journaliste démiurge. Il tire également le meilleur de l'impressionnante linotype d'époque, dont la manipulation détaillée se suit avec un vif intérêt.

Acteurs :

Burgess Meredith (1907-1997) connaît un début de carrière prometteur au théâtre et au cinéma (Des souris et des hommes, 1939...), avant d'être inscrit sur la liste noire du MacCarthysme. Revenu à la fin de cette triste période, il apparaît dans de très nombreux films, dont la série des Rocky où il interprète le vieil entraîneur de Balboa. À la télévision, il incarna le Pingouin, l'un des pires ennemis de Batman (1966-1968). Il apparaît également dans Les Mystères de l'Ouest, Bonanza, Mannix, L'homme de her… Avec quatre rôles, il détient le record de participations à La Quatrième Dimension à égalité avec Jack Klugman. En 1983, il se substitue d'ailleurs à Rod Serling, décédé, pour devenir le narrateur du film. En un vrai fil rouge de l'anthologie, ses rôles sont toujours liés à l'écrit, livres ou journaux.

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10. LE BON VIEUX TEMPS
(NO TIME LIKE THE PAST)

Date de diffusion : 7 mars 1963

Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Justus Addiss

Résumé :

À l'aide d'une machine à remonter le temps, Paul Driscoll revisite l'histoire. Il tente de modifier les pires évènements causant des pertes humaines : empêcher Hiroshima, assassiner Hitler avant qu'il ne prenne le pouvoir… Tout semble cependant échouer tant le passé paraît inaltérable...

Critique :

Rod Serling se contente ici d'étoffer l'intrigue écrite en 1958 pour The Time Element, épisode de l'anthologie Westinghouse Desilu Playhouse (1958-1960). On y retrouve le thème du voyage dans le passé, échouant à modifier celui-ci. No Time like the past apporte davantage de variété, diverses époques se substituant au seul Pearl Harbor. D'autre part, l'on apprécie la volonté de réconciliation s'exprimant lors du passage consacré à Hiroshima.

On perçoit clairement la sincérité de ce vétéran de la Guerre du Pacifique qu'est Serling, et agréger cette explosion atomique parmi les grandes abominations de l'Histoire ne coulait pas de source pour une série américaine du début des années 60. Par ailleurs, si le voyage temporel en lui-même se voit évoqué par un procédé minimaliste, la machine dégage une étrange poésie. Encore une fois, La Quatrième Dimension sait tirer des merveilles de décors peu onéreux. L'épisode bénéficie également d'une composition convaincante de Dana Andrews.

Cependant l'on demeure assez tétanisé devant le traitement réservé par Rod Serling au voyage temporel, soit l'un des piliers les plus féconds de la Science-fiction. Nier avec autant de véhémence l'intangibilité du passé revient à nier tous ces paradoxes temporels et autres jeux de l'esprit constituant une bonne part de l'intérêt du genre. Il reste assez paradoxal de voir The Twilight Zone refuser que l'imagination s'exprime. Par ailleurs, les quelques vignettes en constituant la démonstration brillent par leur naïveté : est-il pertinent que Driscoll intervienne toujours quelques minutes à peine avant l'évènement fatidique ? Un individu disposant d'un niveau technologique autorisant le voyage dans le temps utiliserait-il un moyen aussi primaire et risqué qu'un tir de fusil pour tuer Hitler ?

Par la suite, dans une seconde partie artificiellement distincte de la première, l'épisode s'étire au long d'une bluette mièvre, de dialogues emphatiques et grandiloquents, jusqu'à une citation finale vraiment tirée à la ligne. Vainement, on espère une conclusion renversante, ou du moins étonnante. Pour solde de tout compte, un ultime laïus vient une énième fois rabâcher l'antienne que l'épisode nous serine depuis sa première partie.

Acteurs :

Dana Andrews (1909-1992) se fit connaître par plusieurs grands rôles dramatiques ou de film noir : Laura (1944), Les Plus Belles Années de notre vie (1946)... Malgré quelques autres sucès, le déroulement de sa carrière fut entravé par un alcoolisme chronique qui le cantonna le plus souvent aux séries B. Il fut l'une des premières personnalités à participer publiquement aux Alcooliques Anonymes.

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11. LE PARALLÈLE
(THE PARALLEL)

Date de diffusion : 14 mars 1963

Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Alan Crosland

Résumé :

Après une mission spatiale correctement remplie, mais marquée par une rupture temporaire des communications, l'astronaute Robert Gaines revient chez lui. Mais très vite des indices s'accumulent : il a atterri sur une planète très semblable à la Terre mais néanmoins différente…

Critique :

Cet épisode constitue malheureusement un éloquent témoignage de l'essoufflement narratif de l'anthologie. Succédant à plusieurs épisodes recourant à des concepts déjà employés précédemment (le Diable, le voyage dans le passé, l'Amérique rurale éternelle…), il confirme cette tendance avec ce voyage dans l'espace suivi d'un retour aux étranges conséquences, évoquant directement Les trois fantômes. De plus, alors que le scénario de Richard Matheson se révélait une merveille d'inventivité et de sens de l'étrange, on se retrouve ici avec un récit linéaire et prévisible au possible, lesté de dialogues pesants ou grandiloquents (le parallèle avec Le parallèle se montre désastreux, je me comprends).

On a presque l'impression de regarder un épisode de The outer limits au lieu de The Twilight Zone. De plus, l'intrigue subit de plein fouet le rallongement du format. En effet, celui-ci se traduit uniquement par du délayage verbeux et une navrante incursion au pays du soap opera le plus éculé, avec cette famille américaine archétypale et proprette. Le protagoniste manque cruellement de charisme, tandis que la mise en scène ne dégage aucune énergie.

Par ailleurs, le récit paraît terriblement long dès lors que l'on a compris le pot aux roses, soit très rapidement (il n'y a aucun suspense), aucun rebondissement ne venant bouleverser le déroulement de l'intrigue jusqu'à un happy end lénifiant se substituant à la chute coutumière. Quelle faible utilisation du thème si riche des univers miroirs ! Avec la courte durée habituelle, Le parallèle aurait été perçu comme simplement médiocre, ici il se montre réellement ennuyeux.

À côté des inserts réussis et de la prestation stéréotypée de Steve Forrest, mais dont le jeu similaire à celui du Baron amuse par analogie, on note une fugace croisée de fer avec la censure moraliste du temps puisque le contact charnel avec son épouse semble, de manière seulement suggérée, indiquer au héros qu'il n'est pas chez lui… C'est amusant et assez osé, mais ne suffit certes pas à amender l'impression nettement négative laissée par cet opus très en dessous.

Cette idée d'une Terre Miroir (un grand thème de la SF littéraire) se verra réemployée en 1969 dans Danger, planète inconnue (Doppelgänger) avec, dans le rôle du cosmonaute, un certain Roy Thinnes.

Acteurs :

Steve Forrest (1925-2013) est le frère de Dana Andrews, l'interprète principal de l'épisode précédent. Il lui doit pour partie le lancement de sa carrière ; celle-ci le verra occuper de nombreux seconds rôles au cinéma (Le jour le plus long, 1962...) mais également à la télévision : Gunsmoke, Opération Danger, Les rues de San Francisco, Cannon, Dallas Arabesque, Columbo… Il demeure surtout connu pour le rôle principal de la série anglaise Le Baron (1966-1967) avec Sue Lloyd comme partenaire.

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12. UN RÊVE DE GÉNIE
(I DREAM OF GENIE)

Date de diffusion :  21 mars 1963

Auteur : Robert Gist
Réalisateur : John Furia

Résumé :

Howard Morris, un employé de bureau effacé et timide, fait l'acquisition d'une vieille lampe à huile. Un Génie en surgit, lui proposant d'accomplir un seul vœu. Avant de prendre sa décision, Howard imagine successivement ce que lui occasionneraient l'amour, l'argent, puis le pouvoir.

Critique :

Alors que deux jours plus tard, Cathy Gale s'apprête à tirer sa révérence en Angleterre, avec l'archétypal Génie de la Lampe l'on renoue de nouveau avec un thème déjà employé dans l'anthologie (The man in the bottle et The mind and the matter). De plus, le récit ne se distingue par aucune originalité, l'on se situe strictement dans les canons du genre, avec un titre original évoquant d'ailleurs le prochain I Dream of Jeannie (1965-1970), la série rivale de Bewitched.

Certes le génie n'offre qu'un vœu au lieu des trois traditionnels, mais le héros s'adonnant à trois rêveries successives tournant à la catastrophe, l'astuce ne fait pas long feu ; son résultat en revient en fait strictement au même. Il ne s'agit cependant pas tout à fait d'un épisode pour rien.

Le métier des différents comédiens, de même qu'un certain allant de la réalisation, appuient parfaitement l'instauration d'un humour bon enfant. Celui-ci rend l'ensemble assez plaisant, même si tout cela demeure léger et guère consistant. De plus, l'insertion de trois tableaux autonomes (l'argent, l'amour, le pouvoir, comme à l'accoutumée) se révèle un efficace substitut à la durée rallongée propre à cette saison. Celui du Président est vraiment réussi. L'insertion de personnages réels au gré de la fantaisie du rêveur s'avère divertissante, à l'image de Les Belles de Nuit (1952).

De plus, on retrouve enfin une chute étonnante, qui diffère assez de ce que l'on pouvait supposer résulter de ces méditations. Détail amusant, il s'agit de l'antithèse absolue de la conclusion de l'excellent Je souhaite, l'épisode équivalent des X-Files ! Au total un opus mineur, mais atteignant son objectif de divertir sans prétention.

Acteurs :

Howard Morris (1919-2005) fut un comédien apparaissant souvent dans des rôles humoristiques (The Andy Griffith Show, 1960-1968...). Sa verve comique l'entraîna à travailler également comme metteur en scène pour des séries comme Max la Menace, Ma sorcière bien-aimée, Papa Schultz… Il fut également un acteur de voix pour dessins animés, notamment pour les productions Hanna-Barbera.

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13. LA NOUVELLE EXPOSITION
(THE NEW EXHIBIT)

Date de diffusion :  4 avril 1963

Auteur : Jerry Sohl (crédité à Charles Beaumont)
Réalisateur : John Brahm

Résumé :

Un modeste musée de cire ferme définitivement. Martin Senescu, l'un des employés, décide de conserver dans sa cave le chef-d'œuvre de la collection, la représentation de cinq célèbres assassins. Sa fascination pour les statues ne cesse de s'accroître, au grand déplaisir de son épouse…

Critique :

À défaut de compter parmi les plus grands noms du genre, Jerry Sohl fut un auteur non négligeable de la Science-fiction des années 50 et 60, avec une authentique finesse d'écriture (Point Ultimate). La santé de Beaumont ne cessant de décliner (il décède en 1967, à 38 ans), Sohl va se substituer à l'écrivain pour trois épisodes (avec Living Doll et Queen of the Nile). Sohl est en effet formé à l'écriture télévisuelle, ayant déjà travaillé pour Alfred Hitchcock présente ; il participera d'ailleurs par la suite notamment à Star Trek et aux Envahisseurs.

Certes, les formes humaines inanimées ont déjà été traitées à plusieurs reprises dans l'anthologie (The after hours, Elegy, Still valley), qu'elles perdent ou prennent vie. Mais il s'agissait de contextes totalement différents au Musée de Cire, par ailleurs l'un des grands thèmes du Fantastique traditionnel en littérature comme au cinéma. On découvre donc avec intérêt l'approche par La Quatrième Dimension de ce sujet, correspondant par ailleurs parfaitement à la tendance souvent manifestée par Beaumont à rénover les classiques.

L'exercice de style apparaît comme une parfaite réussite. L'effroi suscité par les mannequins de cire des assassins (dont Landru et Jack l'Éventreur) s'avère palpable tout du long, d'autant que l'évidence de comédiens simulant l'immobilité joue plutôt comme un atout accroissant l'impression de vie des créatures. Comme un écho amplificateur y répond l'obsession toujours plus abyssale et folle de Senescu, narrée avec pertinence par Sohl et exprimée avec grand talent par Martin Balsam.

En grand conteur, Sohl joue habilement de ces deux sources d'effroi, leur choc lors de la confrontation finale suscitant certainement l'une des scènes les plus effrayantes de l'anthologie. Un moment de pure épouvante, débouchant sur une chute à l'humour noir magistral, où l'auteur fait se rencontrer The Twilight Zone et Alfred Hitchcock presents. La mise en scène de John Brahm manifeste également un vrai à-propos pour saisir les mannequins sous l'angle le plus suggestif. Elle rend la banale cave d'une maison américaine aussi terrorisante que le plus gothique des musées, ce qui finalement s'inscrit idéalement dans les vues de Beaumont. Un épisode à visionner avant de visiter le Madame Tussauds londonien !

Acteurs :

Martin Balsam (1919-1996), au cours d'une carrière très active s'étendant sur près d'un demi-siècle, apparut dans de très nombreux films (Douze hommes en colère, 1957 ; Psychose, 1960 ; Diamants sur canapé, 1961 ; Little big man, 1970 ; Les hommes du président, 1976…). Il participe à Kojak, Les Incorruptibles, Le Fugitif... mais aussi à La Cinquième Dimension ! Il joue également dans l'épisode Du succès au déclin.

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14. JE ME SOUVIENS DE CLIFFORDVILLE
(OF LATE I THINK OF CLIFFORDVILLE)

Date de diffusion : 11 avril 1963

Auteur : Rod Serling, d'après une nouvelle de Malcolm Jameson (Blind Alley)
Réalisateur : David Lowell Rich

Résumé :

L'impitoyable magnat William Feathersmith est parvenu au sommet de l'échelle sociale à force de mauvais coups et d'avidité sans bornes. Devenu vieux, il s'ennuie car il ne lui reste plus rien à conquérir, tandis qu'il regrette l'allant de sa jeunesse. Une séduisante Diablesse lui propose alors de remonter dans le temps pour pouvoir rebâtir son empire grâce à sa connaissance des évènements à venir…

Critique :

Dès Walking Distance, son cinquième épisode, l'anthologie employait cette idée d'un retour nostalgique à sa jeunesse ; ce thème a été réutilisé à plusieurs reprises, de même que celui du bon vieux temps idéalisé (Feathersmith arrive d'ailleurs en train à Cliffordville, tout comme pour Willoughby), ou encore le Diable, encore récemment cette saison avec Printer's Devil.

Autant dire que Of late I think of Cliffordville n'innove guère. Le traitement ne convainc guère non plus car se résumant à une comédie manquant de consistance et accumulant les maladresses, comme la personnalité caricaturale de Feathersmith, l'absurdité de son choix initial, ou que le redoutable homme d'affaires se révèle un crétin suffisant incapable de mener à bien quoi que ce soit. On se demande bien comment il a pu bâtir son empire.

Toutes les situations se révèlent démonstratives au possible. On voit bien comment le récit tire à la ligne pour en parvenir à marche forcée à sa chute très prévisible, jusqu'à accélérer absurdement en conclusion alors qu'il a accumulé jusque-là les discussions diversement utiles. La distribution ne réalise guère de prouesses, handicapée il est vrai par d'exécrables maquillages.

Reste que l'on apprécie la dénonciation avant-gardiste du capitalisme prédateur et financier au détriment de l'industriel. Le meilleur de l'épisode demeure sans doute la prestation fort gouleyante de Julie Newmar en démon très féminin. Ses cornes amusantes par leur naïveté évoquent déjà Batman, tandis que le réalisateur s'amuse à faire tournoyer les images tout comme dans cette série ! Catwoman n'est vraiment pas loin. Julie Newmar campe un Diable séduisant, oscillant avec délectation entre séduction, cynisme, et sarcasmes impitoyables. Ce personnage s'avère décidément inépuisable. Un régal, faisant irrésistiblement songer à l'incandescente Elizabeth Hurley du très réussi Endiablé (2000) et à ses trompeuses promesses. Pour le reste, s'impose néanmoins le ressenti d'un épisode essentiellement anodin, d'autant que la narration s'étire une nouvelle fois interminablement.

Acteurs :

Albert Salmi (1928-1990) débuta à Broadway avant de percer au cinéma avec Les Frères Karamazov (1958), film pour lequel il fut nommé aux Oscars. Tout en interprétant avec succès les grands auteurs au théâtre, il apparut par la suite dans de nombreuses séries (Gunsmoke, Les Incorruptibles, Bonanza, Lost in Space, Land of Giants, Kung-fu, Dallas, K2000...). Il sombra dans la dépression après un divorce douloureux et se suicida le 22 avril 1990 après avoir abattu son ancienne épouse. Il apparaît également dans les épisodes La grandeur du pardon et Exécution

Julie Newmar (1933) débuta comme danseuse à Broadway et fut une célèbre pin-up. Sa carrière d'actrice se limita essentiellement aux années 50 et 60. Elle reste surtout connue pour le rôle de l'iconique Catwoman (Batman, 1966-1968) dont les tenues de cuir ne sont pas sans évoquer une autre célèbre héroïne de série télé, à la même époque.

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15. LE MONDE INCROYABLE D'HORACE FORD
(THE INCREDIBLE WORLD OF HORACE FORD)

Date de diffusion : 18 avril 1963

Auteur : Reginald Rose
Réalisateur : Abner Biberman

Résumé :

Horace Ford traverse une crise, tant professionnelle que familiale. Ne supportant plus les duretés de l'âge adulte, il se réfugie toujours plus dans ses souvenirs d'enfance. Un jour, lors d'une promenade, il reconnaît ses amis d'autrefois, toujours aussi jeunes. Va-t-il se joindre à eux, ou poursuivre sa vie ?

Critique :

On trouve ici de nouveau un retour décevant dans le passé du protagoniste, thème déjà moult fois exploité au cours de l'anthologie, notamment dans l'épisode précédent, même si cela concernait davantage le début de l'âge adulte que l'enfance.

Outre la surexploitation de ce sujet, l'épisode souffre de la torpeur de la narration, ultra répétitive au gré des itérations d'un personnage qui ne franchit finalement le pas que dans les ultimes minutes. Jusque-là, il a fallu subir situations et dialogues ressassés à l'extrême, tandis que l'intrigue préfère aligner les clichés qu'explorer réellement  la personnalité tourmentée de son protagoniste, passant ainsi à côté de son sujet. « On oublie le mauvais pour ne se souvenir que du bon » constitue une réponse pour le moins schématique. La manifestation du passé résulte assez désarmante de naïveté, d'autant que la mise en scène se montre réellement atone. 

À force de se répéter en s'époumonant, Pat Hingle finit par solliciter fortement la patience du spectateur, si ce n'est plus. Toute la distribution apparaît d'ailleurs en petite forme, hormis la mère. Passons sur le gamin dont la dent manquante est à l'évidence colorée en noir. Le plus triste demeure ce happy end tombant visiblement à rebrousse-poil du récit et exigé par les producteurs de The Twilight Zone. Le récit original de Réginald Rose, auteur chevronné de drames volontairement réalistes, connaissait un dénouement bien plus sombre, en cohérence avec le délabrement psychologique du héros. Un épisode particulièrement creux et ennuyeux.

Acteurs :

Pat Hingle (1924-2009) est surtout connu pour avoir interprété le Commissaire Gordon dans quatre aventures cinématographiques de Batman. Il compta de nombreux autres seconds rôles au cinéma où il se spécialisa dans les figures d'autorité (juges, policiers…). Il participa par ailleurs à Rawhide, Les Incorruptibles, Les Envahisseurs, Gunsmoke, L'Homme qui valait trois milliards, Les rues de San Francisco, etc.

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16. JEUDI, NOUS RENTRERONS À LA MAISON
(ON THURSDAY WE LEAVE FOR HOME)

Date de diffusion : 2 mai 1963

Auteur : Rod Serling
Réalisateur : Buzz Kulik

Résumé :

Installée depuis trente ans sur une planète déserte, calcinée par trois soleils, une petite colonie terrienne dépérit inexorablement. Elle ne survit que grâce à l'énergie et à la conviction du Capitaine Benteen, apprécié de tous. Soudain, un vaisseau se pose : son équipage vient ramener la population sur la planète mère.

Critique :

Rod Serling déclara par la suite que cet épisode était son préféré de la saison. Effectivement l'on y retrouve une situation enfin originale, autorisant l'un de ces discours politiques tant appréciés par l'auteur. Le portrait psychologique de l'ambivalent et complexe Benteen s'avère mené avec subtilité et éloquence, porté par la superbe composition de James Whitmore. Tout d'abord certes brutal, mais avant tout énergique moteur d'une communauté dont il assure la survie à bout de bras, Benteen se révèle progressivement un dictateur mégalomane, arc-bouté sur sa mission alors que le paradigme change.

À travers cet argument de Science-fiction, Serling exprime avec à-propos que tout pouvoir absolu, aussi éclairé et bienveillant soit-il, demeure condamnable. Il est de plus réprouvé à terme de par sa nature figée, s'intoxiquant par sa propre propagande, tandis que la démocratie, non seulement plus juste, permet une meilleure souplesse et réactivité, car plus ouverte sur le monde et ses changements. La démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres, indiquait Churchill.

Malheureusement, cet opus réussi souffre du fléau commun à cette saison : sa durée trop longue conduit à une répétition et à un certain surplace émoussant son efficacité. Le dénouement, inutilement démonstratif et cruel, apparaît quelque peu artificiel. Par ailleurs, si le décor de la planète, quoique réalisé de manière évidente en studio, se montre impressionnant et de bon goût, il assure une ambiance exotique où s'insère fort agréablement cette élégante soucoupe issue de Forbidden Planet que l'on ne se lasse jamais de découvrir d'épisode en épisode. Assurément l'un des symboles marquants de The Twilight Zone ! La réalisation de Buzz Kulik exploite l'ensemble avec efficacité. De manière amusante, ces grottes où les colons terriens se réfugient pour échapper aux fléaux tombant du ciel évoquent l'imposante Ballade de Pern d'Anne McCaffrey.

Acteurs :

James Whitmore (1921-2009) fut une figure importante des productions hollywoodiennes (Tora ! Tora ! Tora !, 1970...), ce qui lui valu d'être sélectionné deux fois pour l'Oscar. Également très présent au théâtre, il participa à plusieurs séries télévisées : Les Envahisseurs (rusé Harry Swain), Le Virginien, La grande vallée, Les Experts… Il tint le rôle semi récurrent de Raymond Oz, mentor de Bobby Donnell, dans The Practice.

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17. TRAVERSÉE À BORD DU LADY ANNE
(PASSAGE ON THE LADY ANNE)

Date de diffusion :  9 mai 1963

Auteur : Charles Beaumont
Réalisateur : Larry Johnson

Résumé :

Les Ransome, jeune ménage américain en crise, décident de partir en croisière pour Londres afin de sauver leur couple. Ils s'aperçoivent que tous les passagers et membres d'équipage sont sans exception de vieux Anglais. Ceux-ci leur manifestent d'emblée une hostilité inexpliquée...

Critique :

Passage on the Lady Anne représente un tournant dans l'histoire de La Quatrième Dimension puisqu'il s'agit du dernier épisode réellement écrit par Charles Beaumont (à partir de sa nouvelle Song for a Lady). Sa maladie nerveuse le rongeant toujours davantage, il se voit obligé de cesser ses activités. Il sera à l'avenir remplacé principalement par Jerry Sohl et John Tomerlin, toujours non crédités. C'est donc un adieu à un pilier de l'anthologie depuis ses commencements qui s'effectue ici, d'où une indéniable émotion, d'autant que l'évènement trouve un parfait écho dans le thème du jour, le départ vers l'ultime rivage.

Si les récits maritimes n'ont pas toujours porté bonheur à The Twilight Zone, celui-ci sait dégager une véritable atmosphère grâce aux superbes décors reconstituant à merveille le raffinement des transatlantiques de naguère, ainsi qu'à la réalisation élégante de Larry Johnson. Ce dernier tire le meilleur parti de la brume ambiante, sans en abuser jusqu'à la caricature. Si le couple vedette ne crève guère l'écran, tous les seconds rôles, tenus par des comédiens britanniques vétérans, se montrent absolument charmants ou émouvants, Gladys Cooper en tête. Mais la véritable force de l'épisode réside dans le récit d'un Charles Beaumont renouant une dernière fois avec son thème de prédilection, la Mort, perçue ici comme une amie consolatrice.

Le mystère régnant sur l'étrange odyssée du Lady Anne induit un suspense constant, de plus relayé par la disparition temporaire de l'épouse (certes inexpliquée, mais qu'importe). Pour une fois, on en oublie la durée rallongée de l'épisode. On apprécie au plus haut point la manière progressive dont la terrible vérité émerge inexorablement, à la fois folle, lugubre, et fabuleusement romantique, combattant avec succès notre incrédulité effarée. Beaumont a la suprême habileté de ne jamais énoncer explicitement la solution de l'énigme, laissant les faits susciter l'imagination et le Lady Anne gagner sereinement sa destination. Un épisode original et troublant, reposant sur un non-dit digne et pudique effectivement très britannique.

Acteurs :

Lee Philips (1927-1999) connut une carrière de comédien essentiellement limitée aux années 50 et 60 (Perry Mason, Le Fugitif, Les Incorruptibles…). Par la suite il s'orienta vers la mise en scène de séries (Peyton Place) et de téléfilms.

Gladys Cooper (1888-1971), élevée au rang de Dame de l'Empire Britannique en 1967, fut l'une des plus grandes gloires du théâtre anglais tout au long d'une carrière débutée en 1905. Elle connut également le succès dans de nombreux films hollywoodiens (My Fair Lady, 1964...). Elle participe aussi à Nothing in the Dark. Sa dernière apparition eut lieu dans Amicalement vôtre (L'héritage Ozerov).

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18. LE CHANTRE
(THE BARD)

Date de diffusion : 23 mai 1963

Auteur : Rod Serling
Réalisateur : David Butler

Résumé :

Julius K. Moomer, exécrable auteur pour séries télévisées, invoque William Shakespeare. Ce dernier devient son nègre, Moomer espérant ainsi obtenir succès et reconnaissance. Mais décideurs et sponsors désirent-ils vraiment produire du Shakespeare ?...

Critique :

La saison 4 s'achève sur un réjouissant et truculent canular. Serling développe une joyeuse fantaisie fort similaire à celle du futur Bewitched où surgiront pareillement d'augustes figures du passé, considérées sous un angle aussi décapant que bon enfant. William Shakespeare, certes totalement irréaliste, suscite de nombreux gags réussis, à base d'anachronismes et de citations astucieuses de plusieurs de ses célèbres tirades. L'auteur a d'ailleurs l'excellente idée de toujours préciser pièces, actes et scènes. Serling s'amuse par ailleurs à faire s'exprimer le Barde dans un style fleuri et archaïque rappelant quelque peu son style.

L'inusable procédé du duo antagoniste fonctionne à plein avec cet auteur extraverti et volontiers arriviste, à qui Jack Weston apporte une belle énergie tout en le rendant heureusement sympathique. Serling échappe au piège de la répétitivité induit par le format rallongé en insérant plusieurs pittoresques seconds rôles, provoquant autant de sketches autonomes. Le petit grain de folie de la libraire obsédée par les retransmissions sportives, du chauffeur de bus parano, ou de la secrétaire imbuvable s'avère très amusant et évoque parfois légèrement les Excentriques des Avengers. Le meilleur demeure le comédien cuistre et narcissique incarné avec brio par un jeune Burt Reynolds pastichant allègrement la méthode de l'Actor's Studio, Marlon Brando, et l'ego hollywoodien. Un régal.

Mais l'épisode gagne une nouvelle dimension par sa satire féroce des mœurs télévisuelles sur lesquelles Serling s'épanche à nouveau après A Stop at Willoughby. La charge se montre féroce quant aux compromissions et affadissement des textes que véhicule l'assujettissement de l'écriture des séries télévisées aux formats imposés par des sponsors incultes et bornés. Diffiicle de ne pas entendre que Serling règle quelques comptes à l'issue de cette saison ayant vu CBS maltraiter son anthologie pour la rendre plus conforme aux standards en vigueur, cédant notamment aux contraintes publicitaires. Classiquement, la critique a recours à l'humour fantaisiste pour échapper aux foudres de la censure. La chute, virant franchement à la farce, se situe pleinement dans cette tradition.

The Bard, aux pétillants dialogues, est en avance sur son temps à une époque où les séries se montrent bien moins librement autocritiques sur ces sujets qu'aujourd'hui. Toujours actuel, il a d'ailleurs acquis une certaine valeur de symbole. Ainsi le dernier épisode des Sopranos voit Tony le visionner à son domicile.

Acteurs :

Burt Reynolds (1936) est un comédien particulièrement populaire pour son abattage et sa fantaisie (Cours après moi, shérif ; L'équipée du Cannonball ; Hauts les flingues…). Rendu célèbre en 1972 par Délivrance, il se situe encore ici à l'orée de sa carrière. Il connut le rare privilège de tourner dans les deux sommets de la série fantastique puisqu'il participa quelques décennies plus tard aux X-Files ; Il fut en effet l'invité vedette d'Improbable, épisode totalement halluciné.

Tout au long de sa carrière aux multiples seconds rôles, Jack Weston (1924-1996) alterna les emplois humoristiques (Ne mangez pas les marguerites, 1960 ; Fleur de Cactus, 1969...) ou inquiétants (Wait until dark, 1967...). Par ailleurs, il joua dans de nombreuses pièces humoristiques à Broadway, notamment avec Woody Allen. Il participe également à l'épisode Les monstres de Maple Street.

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TOP 5 DE LA SAISON 4

1) Le vaisseau de la Mort : Un implacable voyage au bout de l'horreur, du space opera supérieurement intelligent et maîtrisé.

2) Traversée à bord du Lady Anne : De merveilleux comédiens au service d'une histoire réellement étrange. De superbes adieux pour Charles Beaumont, l'un des trois architectes majeurs de l'anthologie.

3) La nouvelle exposition : Une romance déroutante, accompagnée d'un captivant portrait psychologique. Robert Duvall est extraordinaire.

4) Le journal du Diable : Une satire mordante des travers de la presse et une pertinente relecture de Faust. Le polymorphe Burgess Meredith crève une nouvelle fois l'écran.

5) Jess-Belle : Une charmante fable country, avec le plaisir de retrouver une brune Anne Francis.

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Crédits photo : Universal.

Images capturées par Estuaire44.